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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ La plate-forme de streaming américaine entend réagir à son exclusion de la compétition pour la Palme d’or lors du prochain Festival.
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Netflix retire un film d’Orson Welles de la sélection cannoise

La plate-forme de streaming américaine entend réagir à son exclusion de la compétition pour la Palme d’or lors du prochain Festival.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 16h46
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 17h25
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


C’est un rituel lors de l’annonce de la sélection officielle du Festival de Cannes. Thierry Frémaux, le délégué général, refuse d’énumérer les titres qui n’ont pas été retenus, et encore plus de donner les raisons de leur absence. Jeudi 12 avril, en égrenant les titres sélectionnés pour la 71e édition, il a pourtant regretté publiquement l’absence de The Other Side of The Wind, le long-métrage laissé inachevé par Orson Welles, terminé par le réalisateur Peter Bogdanovich et le producteur Frank Marshall. « Ce film avait sa place à Cannes, Orson Welles avait été président du jury », a remarqué Thierry Frémaux.

        Lire le compte-rendu :
         

          Netflix boude le Festival de Cannes par crainte d’un « manque de respect »



Mais ce projet a été financé par Netflix et, dans les heures qui ont précédé la conférence de presse cannoise, Ted Sarandos, le responsable des contenus de la plate-forme de streaming, avait annoncé à la publication professionnelle hollywoodienne Variety que son entreprise ne présenterait plus de films à Cannes, après l’exclusion de la compétition des longs-métrages qui ne sortiraient pas en salle.
Respecter la chronologie française des médias
Le délégué général du festival a par ailleurs évoqué un autre film, qui aurait pu prendre part à la compétition si Netflix avait bien voulu respecter la chronologie française. Il peut s’agir de Roma, du Mexicain Alfonso Cuaron (le premier qu’il ait tourné dans son pays depuis Y tu mama tambien), de Hold the Dark, de l’Américain Jeremy Saulnier, ou de Norway, le film du Britannique Paul Greengrass, qui évoque le massacre commis en 2011 sur l’île d’Utoya et à Oslo par Anders Breivik.
Dans l’état des relations entre le Festival et Netflix, les premières mondiales de ces films auront lieu ailleurs que sur la Croisette. Pour Ted Sarandos, la règle qui veut qu’un film sélectionné en compétition soit exploité en salle « est tout à fait contraire à l’esprit de n’importe quel festival ». Cette disposition a été prise après la sélection en compétition, en 2017, d’Okja, du Coréen Bong Joon-ho, et de The Meyerowitz Stories, de l’Américain Noah Baumbach, qui, dans plusieurs pays, sont sortis simultanément en salle et en ligne. La réglementation nationale interdit cette possibilité, et les deux longs-métrages n’ont jamais été projetés sur un grand écran français.

        Lire la rencontre avec Ted Sarandos (en mai 2017) :
         

          Pour Netflix, « un film peut recevoir la Palme sans sortir en salles »



La direction du Festival de Cannes avait laissé ouverte la possibilité de présenter des films diffusés par Netflix hors compétition, mais M. Sarandos a décliné la proposition : « Il n’y a pas de raison de le faire. Cette règle visait implicitement Netflix, et, quand Thierry l’a annoncée, il nous a explicitement désignés », explique-t-il.
« Dialogue fructueux »
Si le délégué général du Festival de Cannes assure qu’un « dialogue fructueux » se poursuit avec Netflix, le directeur des contenus de la plate-forme rappelle qu’il a « appris la nouvelle réglementation par la presse ». Pierre Lescure, le président du Festival, espère que le débat « ne pourra pas se solder par un “on ne vient plus” ». Mais, pour l’instant, l’impasse est totale, alors que Netflix accroît sans cesse ses investissements dans les longs-métrages – comme The Irishman, de Martin Scorsese, que l’on devrait voir en 2019.
Thierry Frémaux a fait valoir que d’autres acteurs de l’industrie américaine étaient présents à Cannes : des studios comme Universal, qui distribue Black Klansman, de Spike Lee (en compétition), et Un homme de parole, le documentaire que Wim Wenders a consacré au pape François ; Disney, qui dévoilera, hors compétition, Solo, nouvelle déclinaison de l’univers Star Wars ; et, parmi les étoiles montantes du secteur qui feront le voyage de Cannes, le producteur et distributeur A24 (Moonlight), qui présente Under the Silver Lake, de David Robert Mitchell.

        Lire le récit :
         

          Polémique à Cannes après la sélection de deux films financés par Netflix



Evoquant les films américains qui sortent à l’automne en vue de la campagne pour les Oscars, le délégué général a convenu que Cannes « n’est peut-être pas le lieu idéal » pour les montrer, « parce qu’il y a danger ». Il répondait à une question sur l’absence de The Brothers Sisters, le western auquel Jacques Audiard met la dernière main, qui a été cofinancé par un autre pilier du cinéma d’auteur américain, Annapurna Pictures, et n’a pas été soumis au comité de sélection du festival.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ La sélection du 71e Festival a été dévoilée jeudi. Sont notamment invités, le dissident iranien Jafar Panahi et le Russe Kirill Serebrennikov, assigné à résidence à Moscou.
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Festival de Cannes 2018 : Jean-Luc Godard, Spike Lee et Asghar Farhadi en compétition

La sélection du 71e Festival a été dévoilée jeudi. Sont notamment invités, le dissident iranien Jafar Panahi et le Russe Kirill Serebrennikov, assigné à résidence à Moscou.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 12h24
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 18h45
   





                        



   


La sélection officielle du 71e Festival de Cannes, qui se tiendra du 8 au 19 mai, a été dévoilée, jeudi 12 avril. A ce jour, 18 films sont sélectionnés pour briguer la Palme d’Or. Quelques ajouts de dernière minute sont possibles, a rappelé le délégué général du festival Thierry Frémaux, précisant que cela était parfois profitable aux heureux élus, comme l’an passé pour The Square, du Suédois Ruben Östlund.
Quatre cinéastes français sont en lice :
Stéphane Brizé avec En guerre ;Christophe Honoré avec Plaire, aimer et courir vite ;le Franco-Suisse Jean-Luc Godard avec Le livre d’image ;Eva Husson avec Les Filles du soleil. Cette dernière fait partie des trois femmes cinéastes sélectionnées, avec la Libanaise Nadine Labaki et l’Italienne Alice Rohrwacher.

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          « Everybody Knows » ouvrira le Festival de Cannes



Les 18 films sélectionnés :
Yomeddine, 
Film égyptien de A.B Shawky, avec Rady Gamal, Ahmed Abdelhafiz, Shahira Fahmy (1 h 37)
Ce premier long-métrage (le seul de la compétition) met en scène le voyage d’un lépreux, qui a quitté sa colonie, à travers l’Egypte d’aujourd’hui.
Leto (L’été), 

   


Film russe de Kirill Serebrennikov, avec Teo Yoo, Irina Starshebaum. (2 heures)
Leningrad, début des années 1980. Les prémices de la vague Rock en URSS. Viktor Tsoi est un jeune musicien inconnu. Sa rencontre avec Mike Naumenko et sa femme Natasha, avec qui ils vont former un triangle amoureux, va poser les jalons d’un parcours qui fera de lui l’idole de toute l’Union Soviétique, et de la Russie. Le cinéaste, également dramaturge et assigné à résidence dans son pays, avait présenté Le Disciple dans la section Un Certain Regard en 2016.
Lazzaro Felice, 
Film italien d’Alice Rohrwacher avec Nicoletta Braschi, Sergi Lopez, Alba Rohrwacher (2 h 10)
Après Les Merveilles en 2014, l’Italienne adepte de la décroissance écologique et esthétique, revient enchanter la compétition avec ces aventures de Lazzaro, personnage d’innocent né dans un hameau resté à l’écart du monde moderne, la réalisatrice veut étudier, à la manière d’un conte poétique, les bouleversements de la société italienne de ces 30 dernières années.
Zimna wojna (Guerre froide), 

   


Film polonais de Pawel Pawlikowski avec Joanna Kulig, Jeanne Balibar (1 h 25)
La Pologne revient en compétition grâce au réalisateur d’Ida, qui présente une histoire d’amour entre Varsovie et Paris, au temps où le mur était encore debout.
Three Faces

   


Film iranien de Jafar Panahi (1 h 24)
Une actrice reçoit l’appel au secours d’une jeune femme et traverse le pays en compagnie d’un cinéaste nommé Jafar Panahi. Le réalisateur de Taxi Téhéran a toujours la bougeotte malgré les restrictions que les autorités iraniennes imposent à ses mouvements.
Under the silver lake,

   


Film américain de David Robert Mitchell, avec Andrew Garfield, Riley Keough (2 h 20)
Le réalisateur du film de terreur It Follows se lance dans un de ces labyrinthes californiens qui ont déjà tant donné au cinéma, du Grand Sommeil à Inherent Vice, en passant par Chinatown.
Blackkklansman,
Film américain de Spike Lee, avec John David Washington, Topher Grace, Adam Driver (2 h 08)
Vingt sept ans après sa dernière participation à la compétition (Jungle Fever, 1991), Spike Lee revient avec l’histoire d’un policier afro-américain infiltré dans le Ku Klux Klan. L’auteur de Malcolm X est « toujours aussi en colère », selon Thierry Frémaux.
Buh-Ning,

   


Film coréen de Lee Chang-Dong, avec Yoo Ah-in, Steven Yeun (2 h 28)
Le réalisateur et homme politique coréen revient à Cannes avec un thriller huit ans après Poetry, qui avait remporté le prix du scénario.
Capharnaüm
Film libanais de Nadine Labaki (2 h 30)
De ce film fleuve, on sait seulement qu’il met en scène le procès intenté par un enfant à ses parents et que la réalisatrice l’a elle-même produit.
Shoplifters, 

   


Film japonais de Kore-Eda Hirokazu, avec Kirin Kii, Lily Franky, Sosuke Ikematsu (2 h 01)
Le réalisateur de Nobody Knows (en compétition 14 ans avant Everybody Knows) ne s’écarte pas de ses thèmes favoris, famille et marginalité : un clan de petits délinquants adopte un enfant trouvé.
Ash is purest white,

   


Film chinois de Jia Zhang-Ke, avec Zhao Tao, Fan Liao, Feng Xiaogang (2 h 30)
Comme avec son précédent long-métrage (Au-delà des montagnes, 2015), le réalisateur chinois traverse le temps mettant en scène dix ans de la vie d’une femme, maîtresse d’un voyou devenue notable.
Les filles du soleil,

   


Film français d’Eva Husson, avec Golshifteh Farahani, Emmanuelle Bercot (2 heures)
Alors qu’elle s'apprête à mener son unité à la reconquête d’une ville passée sous contrôle intégriste, une commandante kurde (Golshifteh Farahani) croise la route d’une journaliste française (Emmanuelle Bercot).
Plaire aimer et courir vite,

   


Film français de Christophe Honoré avec Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès (2 h 12)
Dix après Les Chansons d’amour (2007), Christophe Honoré regagne les rangs de la compétition. 1990. Arthur a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques, un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite.
Netemo sametemo (Asako I et II),

   


Film japonais de Ryusuke Hamaguchi avec Erkika Karata, Masahiro Higashide (1 H 59)
Alors que sort sur les écrans français son film fleuve Senses, Ryusuke Hamaguchi propose l’histoire d’une jeune femme qui perd son amour pour, deux ans plus tard, en rencontrer le double exact.
Le livre d’image,
Film suisse et français de Jean-Luc Godard (1 h 30)
« Rien que le silence, rien qu’un chant révolutionnaire, une histoire en cinq chapitres, comme les cinq doigts de la main. » En quoi se profile une réflexion en forme d’essai sur le monde arabe en 2017 à travers des images documentaires et de fiction. Un retour sur les cimes cannoises après Adieu au langage en 2104.
Dogman
Film italien de Matteo Garrone avec Adamo Dionisi, Francesco Acquaroli (2 heures)
L’auteur de Gomorra quitte Naples pour une banlieue de Rome où règne un chef de bande cocaïnomane.
En guerre

   


Film français de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon (1 h 52)
Todos lo saben, 
Film français, espagnol et iranien d’Asghar Farhadi, avec Penelope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darin (2 h 10)
L’Iranien Panahi et le Russe Serebrennikov invités
Le Festival de Cannes a invité jeudi le cinéaste dissident iranien Jafar Panahi et le metteur en scène russe assigné à résidence à Moscou Kirill Serebrennikov à venir à la prochaine édition, en mai, pour présenter leurs films en compétition.
Le cinéaste russe est invité pour son film « Leto » (« L’été »), retenu dans la course à la Palme d’or. Directeur artistique du Centre Gogol, un théâtre contemporain moscovite réputé, Kirill Serebrennikov est visé par une affaire de détournement de fonds publics qu’il dénonce comme « absurde ». Il a reçu le soutien de nombreuses personnalités artistiques russes et étrangères.
Concernant le réalisateur iranien, les autorités iraniennes « recevront une lettre de notre part et des autorités françaises pour autoriser Jafar Panahi à quitter le territoire, à présenter son travail et pouvoir rentrer dans son pays », a annoncé le patron du festival.
Intitulé Three Faces (Trois visages), le film de M. Panahi est en sélection, alors que ce réalisateur est interdit de travailler dans son pays. Couronné en 2015 par l’Ours d’or à Berlin pour Taxi Téhéran, filmé à l’intérieur d’un taxi, le cinéaste iranien est l’un des réalisateurs les plus influents de la nouvelle vague iranienne.

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ « Amo », de Brillante Mendoza, est vivement critiquée aux Philippines.
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Une série de Netflix accusée de faire le jeu des escadrons de la mort

« Amo », de Brillante Mendoza, est vivement critiquée aux Philippines.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 09h09
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 09h28
    |

            Harold Thibault








                        



   


Le vice-président des acquisitions de contenus de Netflix, Robert Roy, la décrit comme « une série audacieuse et à suspense qui a le potentiel pour saisir les spectateurs amateurs de sensations fortes de par le monde ». Certains estiment qu’elle pourrait connaître le même succès que Narcos.
Amo (« maître » ou « boss », en philippin), dont les douze premiers épisodes ont été mis en ligne le 9 avril aux Etats-Unis et dans plusieurs pays – mais pas encore en France –, se déroule dans les rues des Philippines sous la présidence de Rodrigo Duterte et sa sanglante campagne contre la drogue, qui a fait des milliers de morts – les chiffres officiels ne sont pas fiables. Ces petits revendeurs, toxicomanes ou simples voisins dénoncés à tort tombent sans autre forme de procès.
Le réalisateur, Brillante Mendoza, dont le travail a été plusieurs fois distingué à Cannes (Kinatay, prix de la mise en scène en 2009, Ma Rosa, prix d’interprétation féminine 2016), donnait déjà dans l’ultraviolence qui caractérise les mauvais quartiers de Manille. Il reprend ce thème dans Amo, avec ses propres convictions. Il a déjà expliqué qu’il voyait la campagne antidrogue comme une « nécessité », et ce malgré les condamnations des Nations unies et un examen préliminaire de la procureure de la Cour pénale internationale. Depuis deux ans, il n’a pas fait mystère de son soutien à la politique de M. Duterte, dont il a accepté de réaliser pour la télévision le discours le plus important, l’Adresse sur l’état de la nation, deux années d’affilée.
« Tuer n’est pas juste »
La série de Netflix suscite l’indignation des organisations de la société civile et de familles de victimes. Elles accusent M. Mendoza, qui, certes, n’élude ni la corruption ni la gâchette facile des policiers, d’avoir laissé de côté l’aspect le plus central, quoique inavoué de cette guerre sur les quartiers : dans de multiples cas, et comme cela l’a été pendant plus de deux décennies dans la ville dont Duterte a été maire, les escadrons de la mort sont les policiers eux-mêmes, qui enfilent des cagoules à la nuit tombée pour ne pas s’embarrasser de présomption d’innocence et autres procédures judiciaires, afin de liquider les revendeurs qui les savent mouillés dans le trafic et pourraient les dénoncer à la hiérarchie ou les faire chanter, ou par appât pour ces primes qui leur sont versées.
Une mère de famille dont le fils a été tué en avril 2017 de deux balles dans la tête au lendemain d’une dénonciation – infondée, selon elle – d’un voisin avec qui il s’était disputé et qui l’avait en représailles accusé au commissariat de vendre de l’herbe, a lancé une pétition, signée par 7 400 personnes cette semaine. Quatorze hommes masqués avaient enlevé son fils, Raymart Siapo, lui avaient cassé les bras et l’avaient abattu, alors que, souffrant d’un pied-bot, il était dans l’incapacité de courir. « Je voudrais vous demander d’annuler cette série. La guerre contre la drogue n’est pas la solution. Pour moi, tuer n’est pas juste. Chacun mérite une chance de vivre et de changer sa vie », écrit la mère endeuillée, Luzviminda Siapo, à la direction de Netflix.
« Une réécriture des faits indécente »
Joint par What’s App, M. Mendoza s’excuse de ne pas pouvoir donner d’interviews ces jours-ci mais s’est défendu auprès du Telegraph en disant s’intéresser aux « deux facettes de la médaille » : un gouvernement devenu « vraiment dur » sur le problème de la drogue, qui « doit être réglé », mais aussi une police fortement corrompue.
Ses critiques l’accusent de glorifier la campagne de Rodrigo Duterte et de ne pas montrer que le policier de jour et le tueur à moto de nuit sont souvent la même personne dans les Philippines d’aujourd’hui. « Lui présente les meurtres comme le résultat avant tout de conflits entre gangs. Ça ne représente pas la réalité, ça ne montre pas le fait que Duterte a transformé la police en une machine de mort. En ça, il contribue directement à la propagande de Duterte », s’insurge l’activiste Justine Balane, représentant d’un groupe de jeunes dénonçant le sang versé.
M. Balane accuse Netflix d’offrir une plate-forme mondiale à cette lecture des événements. « A voir la série, le public international pourrait croire que ces morts sont justifiées, que c’est légitime. C’est une normalisation, une réécriture des faits complice et indécente pour les familles de victimes », lance-t-il par téléphone. Netflix a estimé qu’il revenait au spectateur de se forger un jugement.

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                Netflix boude le Festival de Cannes par crainte d’un « manque de respect »



Sur le Web : brillantemamendoza.com/news/tag/amo



                            


                        

                        


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Article sélectionné dans La Matinale du 11/04/2018
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Netflix boude le Festival de Cannes par crainte d’un « manque de respect »

Les films sans distribution en salles en France sont exclus de la compétition. La plateforme refuse de projeter ses productions qui ne concourraient pas.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 02h47
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 09h13
   





                        



   


Le directeur des contenus de Netflix, Ted Sarandos, a annoncé, mercredi 11 avril, que la plateforme de vidéo à la demande serait absente cette année du Festival de Cannes, dont la sélection sera connue jeudi. La manifestation a mis en place une nouvelle règle interdisant à tout film sans distribution en salles en France d’être en compétition.
Netflix avait fait scandale en 2017. Deux de ses films figuraient en sélection officielle à Cannes, mais la plateforme avait refusé de diffuser en salles Okja, pour pouvoir le fournir sans délai à ses abonnés. L’autre long-métrage en compétition était The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach.
« Nous voulons être sur un plan d’égalité avec les autres cinéastes », a relevé M. Sarandos dans un entretien au magazine spécialisé Variety, mercredi. Il estime par ailleurs que projeter des films hors compétition ferait courir à ces derniers, ainsi qu’aux cinéastes produits par Netflix, le risque de subir un « manque de respect (…) Je ne pense pas que ce serait bien pour nous d’y aller ».

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          Calendrier modifié et interdiction des selfies sur le tapis rouge pour Cannes 2018



Le nouveau poids lourd de l’audiovisuel mondial a dit être ouvert à une sortie de ses films dans les salles françaises mais sans garantir une fenêtre de trente-six mois après la sortie avant qu’ils fussent disponibles en streaming.
Chronologie obsolète
La réglementation française prévoit pour un film une sortie au cinéma, puis, quatre mois après, une distribution en DVD ou en vidéo à la demande à l’acte et, au bout de dix mois, une diffusion à la télévision. Il ne peut être diffusé sur une plateforme de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) que trente-six mois après sa sortie.
Cette chronologie est considérée en grande partie comme obsolète avec l’essor du piratage et des plateformes de SVOD comme les américains Netflix et Amazon.
Un rapport commandé par le gouvernement pour moderniser ce système proposait en mars de ramener de quatre à trois mois la période d’exclusivité dont disposent les cinémas pour diffuser la plupart des films.
La disponibilité sur les plateformes de vidéo par abonnement serait avancée à quinze mois après la sortie en salles, mais uniquement pour celles dites « vertueuses », c’est-à-dire qui respecteraient une série d’engagements assez stricts en termes de financement de la création française. Des conditions que Netflix et Amazon notamment sont loin de remplir. Les plateformes non vertueuses verraient leur période de diffusion commencer à vingt-sept mois.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le documentariste Nicolas Peduzzi suit la dérive d’une jeune millionnaire texane, dont il cherche à comprendre les failles.
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« Southern Belle » : Taelor F., déesse du chaos

Le documentariste Nicolas Peduzzi suit la dérive d’une jeune millionnaire texane, dont il cherche à comprendre les failles.



Le Monde
 |    11.04.2018 à 07h39
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Dans ce documentaire, qui est aussi son premier long-métrage, Nicolas Peduzzi nous plonge dans le monde de Taelor F., jeune millionnaire texane qui le traverse comme un ange de l’Apocalypse. Des rondeurs camouflées dans de petites robes évasées, de jolies jambes fines invariablement juchées sur des plates-formes, des boucles d’or lui dégoulinant jusqu’au creux des reins, le sac Vuitton greffé au bras et la cigarette au bec, Taelor se pose là. Cette créature dont le regard semble s’ancrer dans la nuit des temps, qui tend au monde le miroir de son vide, de sa violence absurde, évolue au milieu d’une meute de rednecks racistes, sexistes, imbibés d’alcool, de drogue, fascinés par les armes à feu.

        Lire l’entretien avec Nicolas Peduzzi :
         

          « S’attacher à des personnages qui ont des défauts »



Nicolas Peduzzi les a suivis dans leurs virées, dont il restitue l’atmosphère chaotique par flashs. De la cocaïne partout sur la table en plein après-midi, des fusils qui traînent dans tous les coins, des bouteilles d’alcool qu’on ­siphonne au goulot. Tiens, si on allait « buter des Noirs » et « lever quelques putes », lance un des types à la cantonade. « Mais non, je blague, bébé », souffle-t-il à l’oreille de Taelor. Taelor s’en fout. Taelor est anesthésiée. Taelor est une survivante, rescapée du simulacre de télé-poubelle américaine dans lequel elle a grandi, dont elle est le pur produit.
Une certaine idée de l’enfer
Son père a fait fortune dans l’immobilier. Il est mort quand elle avait 14 ans, peu de temps après avoir divorcé de sa mère. Celle-ci aurait alors consacré son énergie à disputer à la gamine l’héritage dont elle s’est retrouvée l’unique légataire – 500 millions de dollars, tout de même –, la ­faisant interner dans un hôpital psychiatrique où on l’aurait droguée, pendant des mois, à haute dose. Le film ne cherche pas à restituer les faits dans leur exactitude. Comment le pourrait-il dans ce monde où l’idée de vérité s’est dissoute dans les vapeurs d’alcool et la morale vérolée de la télé-réalité ? A partir des bribes de récit que la jeune femme livre de son histoire, des images de son quotidien montées comme dans un reportage de MTV, il traque en revanche la vérité de son héroïne.
On retrouve la petite bande la nuit, sur un parking. Celui qui parlait de « buter des Noirs » prête son téléphone à un homme noir en détresse. C’est lui encore qu’on voit chanter à tue-tête, au clair de lune, sur le porche d’une maison de campagne, ce vieil air de country : « Les gens me demandent pourquoi je me défonce : parce que c’est une tradition familiale ! » Puis il se lance dans une longue déclaration d’amour à Taelor, célébrant cet insondable malheur qu’ils ont en partage, la force de caractère de la jeune femme, son génie singulier… Faisant mine de lui répondre, celle-ci se lance à son tour dans un monologue, tandis qu’il poursuit le sien. Aucun des deux n’écoute l’autre. Ils ne parlent que pour eux-mêmes. Une certaine idée de l’enfer émane de cette scène. Ce n’est pas la seule.
Taelor est vivante. Brisée mais bouleversante, comme sa voix qui résonne dans la salle vide d’un karaoké poisseux
Comme toutes les autres, cette nuit qui les aura aussi vus partir dans la brousse à la chasse au lièvre, à bord d’un pick-up transformé en tank de safari, fait place au jour. Taelor se réveille, découvre les bêtes tuées, disposées en rang d’oignon devant la maison. Délicatement, comme si elle ­accomplissait une forme de rituel, elle ferme les yeux de chacune. Taelor est vivante. Brisée mais bouleversante, comme sa voix qui résonne dans la salle vide d’un karaoké poisseux, chantant à pleins poumons A Change is Gonna Come, de Sam Cooke. Comme cette Marilyn des shopping malls qu’elle devient le temps d’un hit de Julio Iglesias craché par son autoradio, en se ­livrant sur le parking désert d’un hypermarché à un numéro de danse sidérant. Ressortie avec la carapace d’une héroïne de Mad Max du tas de cendres qui restait de sa vie, Taelor porte en bandoulière un désespoir teinté d’une fierté punk et chérit tout à la fois la mémoire d’un temps si proche et pourtant si lointain où elle éprouvait encore des sentiments.
Dans ce film qui, sans elle, n’aurait guère plus de profondeur qu’un reportage à la « Strip-tease », elle fait souffler un vent cassavetien. La mélancolie ravageuse qui sourd sous son masque d’indifférence la rend à la fois attachante et sublime. L’Amérique fracassée de Trump a trouvé sa Gena Rowlands.

Documentaire français de Nicolas Peduzzi (1 h 30). Sur le Web : www.septiemefactory.com/southern-belle



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le réalisateur revient sur le tournage de son premier film, « Southern Belle », sur l’héritière d’un milliardaire texan, prénommée Taelor.
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Nicolas Peduzzi : « Le cinéma permet de s’attacher à des personnages qui ont des défauts »

Le réalisateur revient sur le tournage de son premier film, « Southern Belle », sur l’héritière d’un milliardaire texan, prénommée Taelor.



Le Monde
 |    11.04.2018 à 07h38
 • Mis à jour le
11.04.2018 à 12h18
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Une sorte de nonchalance bienvenue ambiance la rencontre avec Nicolas ­Peduzzi, auteur d’un film trash sur l’héritière d’un milliardaire texan, prénommée Taelor. Ce grand garçon calme, trompant peut-être son monde, ne donne l’impression ni de vouloir maîtriser l’art de la communication, ni d’avoir forcé le destin pour réaliser son premier long-métrage, pas davantage d’avoir remué ciel et terre pour obtenir le Grand Prix de la compétition française qui a couronné Southern Belle au Festival international du documentaire de Marseille (FID).

Comment avez-vous rencontré votre sujet ?
Je l’ai rencontré avec Taelor, son personnage principal, qui était ma petite amie pendant deux ans aux Etats-Unis. Mais elle avait de tels problèmes d’addiction qu’elle n’arrivait plus à fonctionner et moi-même je n’arrivais plus à l’aider. Malgré notre ­séparation, Taelor est quelqu’un qu’on n’oublie pas. Nous sommes restés amis. C’est un personnage tellement excentrique, tellement peu commun, à la fois si vivante et si détruite, que l’idée de faire quelque chose avec elle m’est venue très tôt, et m’a poursuivi longtemps. J’avais en tête Gena Rowlands, ce genre de femme. Sauf qu’avec Taelor, tout est réel. Et en même temps, tout tend vers la fiction : son histoire stupéfiante, son conflit atroce avec sa mère, son internement forcé, ses amis politiquement terrifiants. On ne sait d’ailleurs jamais vraiment tout à fait ce qui est vrai ou faux avec elle, et je crois qu’elle-même, parfois, ne le sait plus.
Ces personnages très « limites » animent un film qui, parce qu’il ne ­cherche pas à édulcorer leur décadence, est lui aussi très limite. Avez-vous conscience d’avoir réalisé une œuvre qui pourrait rebuter les ­spectateurs ?
Oui, bien sûr. Certains ont reproché au film son intérêt pour la « pauvre petite fille riche ». Beaucoup d’autres, heureusement, ont été touchés par Taelor, ont vu l’immense détresse qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Les réalisateurs Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval signent un documentaire rare et précieux sur la « jungle ».
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« L’Héroïque Lande » : à Calais, la fin d’un monde

Les réalisateurs Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval signent un documentaire rare et précieux sur la « jungle ».



Le Monde
 |    11.04.2018 à 07h35
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Dès 2006, le réalisateur Nicolas Klotz, en col­laboration avec Elisabeth Perceval, mettait sur le devant de la scène cinéma­tographique française la question des réfugiés et de la politique d’accueil les concernant. Le film s’intitulait La Blessure. C’était, entre l’accueil brutal à Roissy et la vie d’un squat à Paris, une fiction documentée pleine de beauté insolente et de rage poétique, qui s’in­surgeait contre la manière particulièrement violente et cynique dont on traitait, dans notre pays, la personne humaine.
Douze ans plus tard, on reconnaîtra sans mal le style enlevé, l’ambition lyrique et la position morale des coréalisateurs dans L’Héroïque Lande. La frontière brûle, nouveau film sur le sujet, passé cette fois-ci avec armes et bagages du côté documentaire, sans abandonner pour autant le souci esthétique ni les amorces de fiction.
On se trouve ici dans la « jungle » calaisienne, où douze mille réfugiés dans l’attente d’une improbable délivrance sont confinés à l’hiver 2016. Le film, tourné de janvier 2016 à février 2017, semble ­remonter des entrailles d’une ville-monde grouillante de vie, et en même temps portant avec elle très fortement les possibilités de son effacement (qui adviendra). Tentes de fortune, humanité en veille constante, boutiques précaires, tendresse des babioles et des loupiotes, froid qui mord, braseros dans la nuit, boulanger à demeure, troc de puces de téléphone, installations de bric et de broc, réchauds portatifs, tout un chez-soi bricolé les pieds dans la boue…
Une histoire souvent terrifiante
Parmi des foules indistinctes et mouvantes, des personnages reviennent. Le film est suffisamment long, suffisamment posé, pour qu’on les identifie. Ils se nomment Yared, Zeid, Dawitt, Almaz. Ils prennent l’apparence, par exemple, d’une jeune fille qui n’aime rien tant qu’à taquiner son amant et rêver d’un avenir commun plus apaisé. Ils viennent de Syrie, d’Afghanistan, d’Ethiopie, d’Erythrée. Ils parlent, par bribes, de leur histoire, souvent terrifiante, du désespoir infini qui, sournoisement, les saisit.
Ils n’en possèdent pas moins la lueur de leur jeunesse, cette légèreté en dépit de tout, cet espoir en dépit du pire, qui brûle au fond des yeux. Qu’il en faille si peu, de ces yeux, de ces visages, pour nous rappeler à notre fraternité avec eux rend, par contraste, démentielles les raisons qui cherchent à nous la faire oublier.
Yared, Zeid, Dawitt, Almaz… n’en possèdent pas moins la lueur de leur jeunesse, cette légèreté en dépit de tout, cet espoir en dépit du pire, qui brûle au fond des yeux
C’est auprès d’eux que le film se réalise, au plus près, dans ce paysage exclusif qui est le leur, circonscrit par les barbelés, creusé par la nuit, interminable comme la lande, fermé plutôt qu’ouvert sur l’horizon béant. Des policiers passent, inutilement provocateurs et agressifs devant le grand malheur du monde, dispensateurs de honte. Des bateaux et des ferries passent au loin, inaccessibles, tels de grands rêves de fer qui glissent silencieusement et s’abîment dans la brume. Pendant ce temps, la « jungle » se réduit comme peau de chagrin : première destruction de la zone sud au printemps 2016, évacuation totale à l’automne.
Il en restera donc ce film, en ceci rare et précieux, d’ailleurs plus atmosphérique qu’informatif, plus sensible aux êtres, au cadrage, aux sons, aux éléments, au paysage qu’à la tenue d’une chronique ­digne de ce nom. Son propos, d’évidence, fut d’accompagner, de conférer une tenue, de mettre un peu de beauté dans ce désordre, de rendre ceux-là que nous ne voyons pas à leur humanité, c’est-à-dire à notre condition ­commune. La musique – Rihanna (Diamonds), Christophe (Dangereuse), Brahms (Concerto pour piano n° 2), Leonard Cohen (Stanger Song) – y aide beaucoup. L’Héroïque Lande nous fait ainsi entrer à pas de loup dans ces temps futurs qui ont déjà commencé, dans cette ère où il faudra, décidément, choisir de vivre ou de mourir ensemble sur cette lande qu’on appelle la terre, et qu’il dépend encore un peu de nous qu’elle nous nourrisse ou qu’elle nous vomisse.
Exister ou disparaître, telle est l’unique dramaturgie de ce film, telle est l’unique question qu’il nous pose. La « jungle » a été rasée. Un homme seul, silhouette gracieuse, danse sur le rivage. Derrière lui, un bateau, le dernier peut-être, traverse l’écran. Tout est calme, tout est pâle. Leonard chante. Une brume blanche estompe la frontière entre terre et mer, dévore le paysage. Nous sommes à la fin du monde. A moins que ce ne soit le début d’un autre.

Documentaire français de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval (3 h 45). Sur le Web : www.shellac-altern.org/films/437



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ La cinéaste s’essaie à la sitcom familiale dans l’environnement explosif de South Central.
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« Kings » : Deniz Gamze Ergüven perdue dans un ghetto

La cinéaste s’essaie à la sitcom familiale dans l’environnement explosif de South Central.



Le Monde
 |    11.04.2018 à 07h34
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Un moment, on croit retrouver ce qui faisait la force de Mustang, le premier long-métrage de Deniz Gamze Ergüven : un intérieur surpeuplé où se frottent, se caressent et se heurtent des êtres qui n’osent s’aventurer dans le monde. Mais Kings se situe loin des rivages de la mer Noire, où grandissaient les jeunes filles de Mustang. Le territoire sur lequel s’est aventurée la réalisatrice turque (désormais française, aussi) est l’un des plus périlleux qui s’offre aux cinéastes qui ne sont pas nés dans la communauté afro-américaine. On est à South Central, ghetto de Los Angeles, en 1992, dans les jours qui précèdent le verdict dans le procès des policiers qui ont torturé l’automobiliste afro-américain Rodney King. Et malgré la bravoure de l’auteure, il n’est guère de piège que tend cet environnement explosif dans lequel elle ne tombe.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Deniz Gamze Ergüven, cinéaste de toutes ses forces



L’intérieur, c’est l’appartement de Millie (Halle Berry). C’est une femme merveilleuse : elle a recueilli une demi-douzaine d’enfants (orphelins, fils ou filles de détenus, de toxicomanes…), et, pour nourrir tout ce monde, fait cuire des gâteaux qu’elle livre dans le quartier. Les aînés sont adolescents, les petits parlent à peine. C’est donc en campant ce décor que la réalisatrice entretient, un temps, l’espoir du spectateur. Halle Berry joue une femme toujours sur le point d’être débordée (par ses ouailles, l’administration, le temps qui passe), et, dans le petit espace où vit la fratrie improvisée, on devine les dynamiques qui unissent ou divisent les enfants.

        Lire le portrait (paru en juin 2015) :
         

          Deniz Gamze Ergüven, impatiente inflexible



Le projet de Deniz Gamze Ergüven n’est pas de faire de ce microcosme l’image du monde qui bouillonne à l’extérieur, mais plutôt d’organiser l’affrontement entre ces deux univers. C’est ce mouvement qui défait le film.
Ruptures de ton
Au tout début de Kings, elle choisit de mettre en scène la mort de Latasha Harlins, survenue au printemps 1991. L’adolescente afro-américaine fut tuée d’une balle dans la tête par une boutiquière née en Corée, qui accusait la jeune fille d’avoir volé une brique de jus d’orange. La tireuse fut condamnée à une amende et à des travaux d’intérêt général. Comment faire tenir dans le même espace l’espèce de sitcom familiale qu’esquisse la réalisatrice au début de son film et la tragédie qui gronde, des mois durant, avant d’exploser, à partir du 29 avril 1992, date de l’acquittement des policiers qui avaient passé à tabac Rodney King ?
La tâche était surhumaine. Deniz Gamze Ergüven ne l’a pas allégée en introduisant dans son récit un personnage et des ruptures de ton qui finissent par empêcher de le prendre tout à fait au sérieux. Le personnage, c’est celui d’Obie (Daniel Craig), un écrivain qui se définit comme le seul Blanc du quartier. Peut-être est-il venu à South Central pour nourrir son inspiration – à moins que les loyers du reste de la métropole ne l’aient contraint à ce choix. Le scénario n’en dira rien, pas plus que ce qui conduit Millie à se comporter comme une dame patronnesse du ghetto, incapable de résister aux attraits d’un cas social.
Virage burlesque
Ces zones d’ombre du scénario ne laissent qu’une explication plausible à l’idylle qui se noue entre Millie et Obie : pour ses débuts à Hollywood (enfin, dans les alentours), on ne peut gâcher le concours de deux têtes d’affiche. Peut-être parce que Deniz Gamze Ergüven est consciente de l’incongruité de la situation (on parle d’un épisode de guerre civile, qui a conduit à la destruction du cadre de vie de dizaines de milliers de personnes, et le film s’en sert pour esquisser une comédie romantique entre Catwoman et 007), Kings prend alors un virage burlesque, le long d’une séquence qui voit les deux vedettes enchaînées à un lampadaire par un policier, et leur libération grâce aux performances athlétiques de la star masculine, qui, pour arriver à ses fins, a besoin de débarrasser sa collègue de son pantalon.
Le geste est audacieux, mais on se souviendra surtout de son effet destructeur. Ce qu’il y a de convaincant dans Kings (entre autres le personnage de Nicole, que joue Rachel Hilson, adolescente en voie d’autodestruction) est comme effacé par les dérapages qui font sortir le film du chemin que semblait s’être assigné la réalisatrice.

Film français et chinois de Deniz Gamze Ergüven. Avec Halle Berry, Daniel Craig, Lamar Johnson, Rachel Hilson (1 h 31). Sur le Web : www.advitamdistribution.com/films/kings



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Onze ans après le quatrième volet de la saga de Luc Besson, le nouvel opus, avec une équipe d’acteurs renouvelée, peine à convaincre.
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« Taxi 5 » : retour sans vrombissement dans la cité phocéenne

Onze ans après le quatrième volet de la saga de Luc Besson, le nouvel opus, avec une équipe d’acteurs renouvelée, peine à convaincre.



Le Monde
 |    11.04.2018 à 07h32
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 06h31
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Les franchises comiques françaises à fort capital de sympathie se comptent sur les doigts d’une main. Leur bonne santé transgénérationnelle explique leur tendance, même tardive, à la résurrection, rarement pour le meilleur.
Les Bronzés étaient ainsi réapparus en 2006, après vingt-sept ans d’éclipse, Les Visiteurs en 2016, à la suite de dix-huit années d’errance spatio-temporelle. Rien d’inoubliable.
Parler aux nouvelles ­générations
Il ne manquait plus que Taxi, comédie d’action marseillaise imaginée, écrite et coproduite en des temps préhis­toriques par Luc Besson, dont la course, inaugurée sous la ­conduite de Gérard Pirès, en 1998, fut stoppée au quatrième titre, en 2007, alors que Gérard Krawczyk était au volant. Le rapport de rentabilité en explique peut-être l’arrêt, le premier opus, financé à hauteur de 8 millions d’euros, ayant généré 6,5 millions de spectateurs, le quatrième « chutant » à 4 millions d’entrées pour une mise de 17 millions d’euros.
L’écurie « Taxi » revient aujourd’hui, mais se distingue – comme le souligne le titre, « La Relève » – en misant sur le renouvellement de ses équipes
En tout état de cause, l’écurie Taxi revient aujourd’hui, mais se distingue – comme le souligne le titre, La Relève – en misant sur le renouvellement de ses équipes.
Exit, donc, Samy Naceri (Daniel, le dingue), Frédéric Diefenthal (Emilien, le gentil flic) et Marion Cotillard (Lily, la fiancée du précédent), celle-ci ayant déjà pris la poudre d’escampette au film précédent. Bernard Farcy (l’indécrottable commissaire Gilbert) est donc un des rares survivants – encore a-t-il dû quitter la police pour exercer sa sagacité comme maire de Marseille. Tout cela relève donc de la prise de risques, étant donné la popularité que ce quatuor avait conquise dans le cœur des fans de la franchise.
Luc Besson, qu’on retrouve à la coécriture du film, a visiblement voulu passer un coup de peinture fraîche sur le véhicule (qui reste curieusement une Peugeot 407, alors que tout change autour d’elle) et parler aux nouvelles ­générations.
Franck Gastambide a donc été choisi pour réaliser le film, fort du succès de ses deux longs-métrages, Les Kaïra (2012) et Pattaya (2016), dispensateurs d’une image plus contemporaine de l’humour des cités. Il y interprète un super-flic parisien muté à la police municipale marseillaise. A ses côtés se trouve ­l’humoriste Malik Bentalha, alias Eddy Maklouf, censément le petit-neveu du mythique Daniel. Se glisse également Sabrina Ouazani, qui interprète la sœur de ce dernier, par ailleurs gonfleuse de moteur hors pair.
Un tandem qui manque de jus
Les méchants étrangers du jour – après être venus de Germanie, du Japon, de Chine et de Belgique – sont des mafieux napolitains dévalisant, au volant de bolides transalpins, les joailleries de la cité phocéenne.
Toutefois, le résultat de cette nouvelle alchimie ne ­convainc pas vraiment. Le film semble moins écrit, les personnages moins attachants, l’intrigue est délaissée, les dialogues inégaux, l’action sans éclat. Le tandem principal manque de jus, avec un Franck Gastambide qui prend le volant sans retrouver le feu et la dinguerie du conducteur originel, et un Malik Bentalha qui paie son écot comique (rendant grâce à Elie Semoun) sans trouver la profondeur d’un caractère. Quant aux méchants – viendraient-ils de la série Gomorra –, ils manquent ­ singulièrement de tenue.
La meilleure part du film vient donc de la fine équipe de la police municipale marseillaise et de ses remarquables interprètes. Cons­tituée d’un idiot logorrhéique, d’un nain agressif, d’une obèse nymphomane, d’un pervers incontrôlable et d’un grand dadais adepte des farces et attrapes, cette exécrable bande de seconds couteaux élève l’humour lourdingue du film (un festival de vomi, de caca et de crachats) vers l’absurde et le cartoon, horizon dont il eût été plaisant qu’il prenne plus hardiment la direction.

« Taxi 5 », film français de Franck Gastambide. Avec Franck Gastambide, Malik Bentalha, Bernard Farcy, Ramzy Bedia, Sabrina Ouazani (1 h 42). Sur le Web : Europacorp.com/fr/films/taxi5 et Arpselection.com/category/tous-nos-films/comedie/taxi-5-429.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda mène une réflexion austère sur l’éthique et la justice.
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« The Third Murder » : un coupable trop parfait

Le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda mène une réflexion austère sur l’éthique et la justice.



Le Monde
 |    11.04.2018 à 07h31
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Un homme a été arrêté pour un meurtre brutal, celui de son patron, assommé et brûlé. Son avocat utilise tous les ressorts de la procédure pour accroître sa notoriété, tout en essayant de découvrir la vérité. En plein milieu de son procès, l’accusé, qui risque la peine de mort, va revenir, en effet, sur ses propres aveux.
Qu’est-ce qui guide ce comportement inattendu ? L’avocat, dont la pureté des intentions apparaît parfois douteuse, est-il lui-même l’objet d’une manipulation orchestrée par un personnage particulièrement pervers ?
Dimension démonstrative et rhétorique
Le nouveau film de Kore-eda est tout autant une austère réflexion sur l’éthique et la justice qu’une interrogation proprement métaphysique sur la notion de culpabilité elle-même. Le meurtre est-il justifiable ? Le Mal est-il toujours absolu ? La dimension un peu démonstrative et rhétorique de The Third Murder est compensée par l’intense interprétation de Koji Yakusho, le comédien fétiche d’Imamura sur ses derniers films ainsi que de Kiyoshi Kurosawa.
Film japonais d’Hirokazu Kore-eda. Avec Koji Yakusho, Masaharu Fukuyama, Suzu Hirose (2 h 05). Sur le Web : www.le-pacte.com/france/news/detail/the-third-murder



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Pour son premier long-métrage en tant que réalisateur, l’acteur Nicolas Giraud s’abîme dans l’image de la jeune Clara Ponsot.
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« Du soleil dans mes yeux » : trop jolie pour être vraie

Pour son premier long-métrage en tant que réalisateur, l’acteur Nicolas Giraud s’abîme dans l’image de la jeune Clara Ponsot.



Le Monde
 |    11.04.2018 à 07h29
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
S’il y a bien une chose qui s’exprime dans ce premier long-métrage de l’acteur Nicolas Giraud, c’est la fascination que lui inspire Clara Ponsot, jeune actrice qu’il scrute sous toutes les coutures pendant une heure et demie, magnifiant dans chaque plan son corps sensuel, son visage pulpeux, ses grands yeux de chat…
Pour cette raison même, on peine à croire au personnage qu’elle incarne : une jeune veuve traumatisée, fraîchement sortie d’un long séjour en hôpital psychiatrique, qui vient récupérer, après une longue période de séparation, son fils chez sa belle-mère (Hélène Vincent), et fait la connaissance d’un marin de passage (interprété par Nicolas Giraud lui-même, qui est à l’origine acteur).
Drame psychologique naturaliste
Quand bien même y croirait-on qu’on aurait du mal à s’y intéresser tant ce drame psychologique naturaliste semblant sorti du tréfonds des années 1990 laisse peu de place au spectateur : jeu d’acteurs tout en componction, dialogues chuchotés, lumière poudrée estompant la misère des décors, intimisme douceâtre, non-dits qui en disent long… Ecrasée par tant d’esprit de sérieux, verrouillée par une dramaturgie mécanique, l’intrigue en reste au stade de l’esquisse. Une manière comme une autre d’inviter le public à s’abîmer dans l’image de la jolie Clara Ponsot.

Film français de Nicolas Giraud. Avec Clara Ponsot, Hélène Vincent, Nicolas Giraud (1 h 26). Sur le Web : www.mc4-distribution.fr/film.php?id_film=2



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Chaque semaine, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 10/04/2018
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De « L’Ile aux chiens » à la « jungle » de Calais : un mercredi au cinéma

Chaque semaine, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    11.04.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
11.04.2018 à 07h54
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Nos trois coups de cœur ce mercredi : le film d’animation de Wes Anderson et deux documentaires français.
CRÉDO CANIN POUR LA DIGNITÉ DES VIVANTS : « L’Ile aux chiens », de Wes Anderson

L’animation réussit bien à Wes Anderson, dandy texan et auteur d’une petite dizaine de films élégants et tirés à quatre épingles. Huit ans après Fantastic Mr. Fox (2010), c’est la deuxième fois qu’il s’adonne à l’animation en volume.
L’Ile aux chiens se déroule dans un Japon dystopique, pays réinventé dont l’esthétique cérémonieuse offre un terrain de jeu idéal aux compositions frontales et guindées du cinéaste. Dans la mégalopole fantaisiste de Megasaki, le maire Kobayashi décrète le bannissement de tous les chiens sur une île-décharge du littoral, à la suite d’une épidémie de grippe canine qui sème l’insalubrité. Par démagogie, il y envoie son chien, nommé Spots. C’est compter sans l’attachement de son fils, Atari, qui fugue illico en direction de l’île pour retrouver son compagnon.
Une effervescence romanesque menée tambour battant, où le simple fait de raconter devient en soi une entreprise gigogne et ludique, dans un contexte de mise au rebut des objets comme des êtres vivants qui est quant à lui clairement politique. Mathieu Macheret
« L’Ile aux chiens », film d’animation américain et allemand de Wes Anderson. Avec les voix de Bryan Cranston, Edward Norton (1 h 41).
CALAIS, PAVANE POUR UNE « JUNGLE » DÉFUNTE : « L’Héroïque Lande », de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval

Images de la « jungle » calaisienne, où douze mille réfugiés dans l’attente d’une improbable délivrance sont confinés à l’hiver 2016. Les cinéastes Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval les ont rejoints. Le film, tourné de janvier 2016 à février 2017, semble ­remonter des entrailles d’une ville-monde grouillante de vie, et en même temps portant les possibilités de son effacement (qui adviendra).
Tentes de fortune, humanité en veille constante, boutiques précaires, tendresse des babioles et des loupiotes, froid qui mord, braseros dans la nuit, boulanger à demeure, troc de puces de téléphone, installations de bric et de broc, réchauds portatifs, tout un chez-soi bricolé les pieds dans la boue. Parmi des foules indistinctes et mouvantes, des personnages reviennent. Le film est assez long, suffisamment travaillé pour qu’on les identifie. Ils ont la lueur de la jeunesse, cette légèreté en dépit de tout, cet espoir en dépit du pire, qui brûle au fond des yeux. Qu’il en faille si peu, de ces yeux, de ces visages, pour nous rappeler à notre fraternité avec eux rend, par contraste, démentielles les raisons qui cherchent à nous la faire oublier.
Film infiniment précieux donc, qui confère une tenue, met un peu de beauté dans notre désordre, rend ceux-là mêmes qu’on voudrait nous interdire de voir à leur humanité, à leur fragilité, c’est-à-dire à notre condition ­commune. Jacques Mandelbaum
« L’Héroïque Lande », documentaire français de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval (3 h 45).
SUPERHÉROÏNE DU MAUVAIS RÊVE AMÉRICAIN : « Southern Belle », de Nicolas Peduzzi

Dans ce documentaire, qui est aussi son premier long-métrage, Nicolas Peduzzi nous plonge dans le monde de Taelor F., jeune millionnaire texane qui le traverse comme un ange de l’Apocalypse. Des rondeurs camouflées dans de petites robes évasées, de jolies jambes fines invariablement juchées sur des plates-formes, des boucles d’or lui dégoulinant jusqu’au creux des reins, le sac Vuitton greffé au bras et la cigarette au bec, Taelor se pose là.
Elle est une survivante, rescapée du simulacre de télé-poubelle dans lequel elle a grandi, dont elle est le pur produit. Son père a fait fortune dans l’immobilier. Il est mort quand elle avait 14 ans, peu de temps après avoir divorcé de sa mère. Celle-ci aurait alors consacré son énergie à disputer à la gamine l’héritage dont elle s’est retrouvée l’unique légataire.
Dans ce film qui, sans elle, n’aurait guère plus de profondeur qu’un reportage à la « Strip-tease », elle fait souffler un vent cassavetien. La mélancolie ravageuse qui sourd sous son masque d’indifférence la rend à la fois attachante et sublime. L’Amérique fracassée de Trump a trouvé sa Gena Rowlands. Isabelle Regnier
« Southern Belle », documentaire français de Nicolas Peduzzi (1 h 30).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 11 avril)
L’Héroïque Lande. La frontière brûle, documentaire français de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval (à ne pas manquer)L’Ile aux chiens, film d’animation américain et allemand de Wes Anderson (à ne pas manquer)Southern Belle, documentaire français de Nicolas Peduzzi (à voir)Kings, film français et chinois de Deniz Gamze Ergüven (pourquoi pas)Luna, film français d’Elsa Diringer (pourquoi pas)Taxi 5 : La Relève, film français de Franck Gastambide (pourquoi pas)The Third Murder, film japonais d’Hirokazu Kore-eda (pourquoi pas)Du soleil dans mes yeux, film français de Nicolas Giraud (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
On a 20 ans pour changer le monde, documentaire français d’Hélène MédiguePlutôt mourir que mourir, documentaire français de Natacha NisicSherlock Gnomes, film d’animation américain de John Stevenson





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ La 15e édition du rendez-vous du moyen-métrage a récompensé Guillaume Lillo et Hendrick Dusollier.
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Au festival de cinéma de Brive, la splendeur du tri sélectif

La 15e édition du rendez-vous du moyen-métrage a récompensé Guillaume Lillo et Hendrick Dusollier.



Le Monde
 |    10.04.2018 à 09h25
 • Mis à jour le
10.04.2018 à 10h55
    |

                            Murielle Joudet (Brive (Corrèze)








                        



   


« Faire du cinéma, ça sert à apprendre à vivre, ça sert à faire un lit ». Cette réplique que Jean Eustache faisait dire à Jean-Pierre Léaud dans La maman et la putain nous est revenue en tête, dimanche 8 avril, lors de la remise du Grand prix au Festival du moyen-métrage de Brive qui fêtait ses 15 ans. Le jury, présidé par Romane Bohringer, a récompensé Rémy, de Guillaume Lillo. Sur scène, le cinéaste très ému qui montrait pour la première fois son film au public soulignait malicieusement qu’il avait été « fait dans un lit pendant un an ». Faire du cinéma, c’est apprendre à se remettre au lit.
Pour autant, Rémy laisse croire que le cinéaste a dû se lever pour pouvoir filmer l’errance dépressive de son personnage qui n’apparaît jamais à l’écran (c’est lui qui porte la caméra). Rémy, cloîtré dans la maison vide de ses parents, rumine son mal-être, parle à son chat prénommé Michigan, se promène dans une forêt enneigée tandis qu’une amie lui envoie les vidéos de ses vacances paradisiaques. On pense à l’écriture intime et minimale d’un Alain Cavalier plongée dans une humeur neurasthénique. Seule une voix off est là pour nous guider à travers ce bain d’images et de sensations : présences fugaces d’animaux, chouette, biche blessée, poule, cadavre de marmotte, marche sur un lac gelé qui se craquèle et engloutit le héros, trajet nocturne en voiture, fêtes de fin d’année passées en solitaire.

        Lire le reportage :
         

          Les moyens-métrages trouvent refuge en Corrèze



Le journal quotidien de Rémy dresse peu à peu le portrait d’un personnage à l’humour acide et à la mélancolie féroce et onirique. Mais si ça n’était que ça. Car il est difficile d’évoquer Rémy sans dévoiler son concept, révélé par le générique final. Guillaume Lillo n’a tourné aucune image, tout provient d’extraits de vidéos téléchargées sur internet et le résultat est confondant. En trente minutes, Rémy se fait l’exemple éblouissant d’un onirisme recyclé : il n’y aurait plus qu’à se servir dans l’inépuisable marmite d’images qu’est YouTube, puiser dans les images surabondantes des autres pour faire un film. Cette prouesse alitée fut l’un des grands moments du festival.
Un journal en caméra portée
C’est un autre onirisme mâtiné de malice qu’est venu récompenser le Prix du jury. Derniers jours à Shibati, d’Hendrick Dusollier, primé au Cinéma du réel 2017, est comme Rémy, un journal en caméra portée. Le cinéaste s’égare en Chine dans l’immense ville de Chongqing et plus particulièrement dans un des quartiers les plus pauvres de la ville voué à la démolition. Pour tout bagage, le cinéaste a sa caméra, un appareil photo et quelques insuffisants rudiments de chinois. Il aime à se perdre dans les ruelles infestées de détritus où s’entassent des habitants joyeux et hospitaliers qui s’amusent de cet Occidental mutique. Pour eux, la présence d’un filmeur est forcément liée à son imminente disparition, laissant planer l’idée émouvante qu’on ne filme jamais que ce qui s’apprête à disparaître.
On devine que le cinéaste n’a pu véritablement découvrir son film qu’au moment de traduire la matière récoltée, bien après son voyage. Ce simple fait rend Derniers jours à Shibati extrêmement attachant car contrairement à beaucoup de documentaires qui, trop souvent, pêchent par excès de surplomb, c’est ici ceux qui sont filmés qui guident le filmeur. Hendrick Dusollier se met en situation de faiblesse, ne cherche rien en particulier et cela lui permet de trouver, de provoquer la rencontre avec un jeune enfant, un coiffeur ou encore une vieille dame qui entasse dans un coin, qu’elle surnomme la « maison des rêves », les objets trouvés dans les poubelles du quartier, composant une sorte de petit musée où son imaginaire peut se promener sans entraves.

        Lire le compte-rendu de l’édition 2017 du festival :
         

          A Brive, des acteurs, des marginaux et un cadavre exquis



« C’est ce qu’on appelle du tri sélectif […] C’est la maison de mes pensées, comme je n’ai pas de maison à moi […] J’imagine tout donc j’ai tout ». Le cinéaste revient tous les six mois prendre des nouvelles de la galerie de personnages qui l’a peu à peu adopté. Le quartier enfin démoli, les habitants sont relogés dans des appartements. Dans son message de remerciements, le cinéaste nous apprendra qu’il continue de filmer la vieille dame relogée chez son fils. Celle-ci, désormais loin de la « maison des rêves », empêchée de trouver dans les déchets des autres la matière de ses rêveries, s’ennuie.



Sur le Web : www.festivalcinemabrive.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le nouveau film de Wes Anderson évoque l’exclusion dans un Japon dystopique où les chiens sont bannis sur une île-décharge.
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« L’Ile aux chiens » : résistance canine à la mise au rebut

Le nouveau film de Wes Anderson évoque l’exclusion dans un Japon dystopique où les chiens sont bannis sur une île-décharge.



Le Monde
 |    10.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
11.04.2018 à 17h38
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
L’animation réussit bien à Wes Anderson, dandy texan et auteur d’une petite dizaine de films élégants et tirés à quatre épingles. Huit ans après Fantastic Mr. Fox (2010), c’est la deuxième fois qu’il recourt au stop-motion (« animation en volume »), technique qui consiste à photographier image par image des figurines façonnées à la main, dans des décors en modèles réduits. Façon de se débarrasser du corps des comédiens et d’évacuer toute matière vivante, pour laisser libre cours à ses obsessions ornementales (on a parfois reproché à Wes Anderson de construire ses films comme des maisons de poupées) ? Non, car l’animation touche au cœur de ce cinéma ­maniaque, qui voit dans la fixité le comble du mouvement, dans la pose l’apogée du geste, dans l’image la pointe du récit, et retrouve le vivant par des voies détournées. L’animation renvoie surtout à la primeur enfantine des fables, de celles qui n’hésitent pas, par exemple, à faire dialoguer humains et animaux, comme issus d’un même moule.

        Lire la rencontre :
         

          Wes Anderson, le maître-chien



L’Ile aux chiens se déroule dans un Japon dystopique, pays réinventé dont l’esthétique cérémonieuse offre un terrain de jeu idéal aux compositions frontales et guindées du cinéaste. Dans la mégalopole fantaisiste de Megasaki, le maire Kobayashi décrète le bannissement de tous les chiens sur une île-décharge du littoral, à la suite d’une épidémie de grippe canine qui sème l’insalubrité. Par démagogie, il y envoie son chien, nommé Spots. C’est sans compter sur l’attachement de son fils, Atari, qui fugue illico en direction de l’île pour retrouver son compagnon. Sur place, il s’allie avec cinq chiens galeux, et plus particulièrement avec Chef, le maverick de la bande, dans une quête mettant bientôt au jour les malversations électoralistes de Kobayashi.
Un récit à tiroirs
Mais retracer ainsi l’intrigue centrale ne rend pas complètement justice à un récit à tiroirs, qui se déploie en une riche arborescence de flash-back et de digressions enchevêtrés. Le film multiplie les protocoles narratifs et scéniques, jusqu’à cette idée jubilatoire de mettre en scène, pardes commentateurs assermentés, la traduction du japonais (langue des personnages) vers l’anglais (langue originale du film). De plus, l’odyssée des chiens se trouve innervée par un réseau de sous-intrigues, retraçant les divers courants de résistance qui s’opposent à l’édile tyrannique : un groupuscule de jeunes ­activistes « pro-chiens », un parti d’opposition muselé, un scientifique (le professeur Watanabe) sur la voie d’un vaccin… Le tout dans une effervescence romanesque menée tambour battant, où le simple fait de raconter devient en soi une entreprise gigogne et ludique.

   


La plus grande beauté de L’Ile aux chiens réside toutefois dans son rendu plastique, ayant la richesse d’une grande symphonie de formes et de matières. L’exubérance décorative d’Anderson, ici démultipliée, enlumine chaque image d’une multitude de détails picturaux, qui sollicitent l’œil du spectateur dans une grande orgie de signes. On est convié à « toucher » l’image du regard, à se promener dans ses labyrinthes et ses synesthésies : le pelage pouilleux des chiens, les ordures et la vermine de l’île, les nuages filandreux de poussière, les luisances… Autant de textures suggérées par l’emploi d’autres matériaux et merveilleusement figurées par le talent des animateurs-sculpteurs.
Un terrain politique
Pourtant, cette efflorescence formelle se fonde bel et bien sur un terrain politique – chose jusqu’alors assez inhabituelle dans le cinéma de Wes Anderson. Si le personnage du maire évoque clairement la récente vague des leadeurs populistes, l’exclusion et la relégation des chiens, parqués dans une jungle à ciel ouvert, semblent désigner une autre forme d’actualité : celle des crises migratoires qui font des ravages un peu partout dans le monde.
Plus largement, l’île apparaît comme le symptôme général d’une mise au rebut, dont le monde occidental est devenu le producteur massif ; rebut matériel, animal, humain, sans quoi les grandes métropoles ne savent plus prospérer, et signe d’un dérèglement profond, à l’image des monstrueux amoncellements de déchets qui parsèment la décharge. Contre cela et contre toute démagogie politique, les personnages de Wes Anderson nous montrent la seule réponse appropriée : résistance, recherche, empathie, intelligence et loyauté.

Film d’animation américain et allemand de Wes Anderson. Avec les voix de Bryan Cranston, Edward Norton (1 h 41). Sur le Web : www.isleofdogsmovie.com et www.facebook.com/20thCenturyFoxFrance

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 11 avril)
L’Héroïque Lande. La frontière brûle, documentaire français de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval (à ne pas manquer)L’Ile aux chiens, film d’animation américain et allemand de Wes Anderson (à ne pas manquer)Southern Belle, documentaire français de Nicolas Peduzzi (à voir)Kings, film français et chinois de Deniz Gamze Ergüven (pourquoi pas)Luna, film français d’Elsa Diringer (pourquoi pas)Taxi 5 : La Relève, film français de Franck Gastambide (pourquoi pas)The Third Murder, film japonais d’Hirokazu Kore-eda (pourquoi pas)Du soleil dans mes yeux, film français de Nicolas Giraud (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
On a 20 ans pour changer le monde, documentaire français d’Hélène MédiguePlutôt mourir que mourir, documentaire français de Natacha NisicSherlock Gnomes, film d’animation américain de John Stevenson





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le minutieux cinéaste américain revient sur la genèse de sa fable cinéphile et cynophile, « L’Ile aux chiens ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/04/2018
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Wes Anderson, le maître-chien

Le minutieux cinéaste américain revient sur la genèse de sa fable cinéphile et cynophile, « L’Ile aux chiens ».



Le Monde
 |    10.04.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
10.04.2018 à 08h01
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

Rue du Regard : joli nom pour un rancard. C’est là, dans ses bureaux du 6e arrondissement de Paris, que Wes Anderson assure sans ciller la promotion de L’Ile aux chiens, son neuvième long-métrage. Cette éblouissante dystopie canino-nippone tournée en stop-motion a tapé dans l’œil de tous nos confrères, des plus « waf waf » aux plus sérieux. « Entretien royal, dossier canin », titre Sofilm ; « Royal canin », aboient Les Inrocks ; « Le maître de marionnettes », glapissent Les Cahiers du cinéma… Chez l’intervieweur passant après ce carambolage médiatique, le doute s’installe : et si le cador du cinéma indépendant, à court de salive, avait distribué ailleurs ses meilleurs coups de langue ?

En guise de croquette, nous déboulons muni d’un gadget chipé non chez Pif, mais chez PUF : l’astucieux traité de philosophie canine de Mark Alizart, Chiens (Presses universitaires de France, 144 pages, 9 euros). Pif, paf, pof, Anderson saisit l’ouvrage, qu’il découvre avec une bienveillance de labrador. Il faut dire que le livre a de quoi faire remuer quelques queues : notre meilleur ami, écrit Alizart, serait le seul animal à avoir « appris à deviner l’intention des hommes en observant leur “sclérotique”, le trait blanc qui cerne l’iris ». Rue du Regard, cette hypothèse fait tilt : « L’amour canin ne serait donc littéralement qu’une question de point de vue ? Whaou ! », jappe Anderson.

L’homme se dit moins cynophile que cinéphile, cependant : « J’ai grandi jusqu’à 14 ans avec des chiens, mais Roman Coppola et Jason Schwartzman, mes deux coscénaristes, les adorent bien plus que moi. C’est d’abord l’amour du Japon et de son cinéma qui nous a réunis. Cela dit, le point de départ du film est canin : à Londres, je passais tous les jours devant un endroit appelé “L’île aux chiens”. Nous avons brodé une histoire à partir de ça. »

« Nous avons...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Premier blockbuster de l’univers cinématographique Marvel mettant en scène un superhéros noir, le long-métrage est encore quatrième après huit semaines en salles.
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« Black Panther » dépasse « Titanic » au box-office nord-américain

Premier blockbuster de l’univers cinématographique Marvel mettant en scène un superhéros noir, le long-métrage est encore quatrième après huit semaines en salles.



Le Monde
 |    10.04.2018 à 03h15
 • Mis à jour le
10.04.2018 à 07h18
   





                        



   


A l’issue du week-end, le film Black Panther continue à faire tomber les records au box-office en Amérique du Nord, selon les chiffres de la société Exhibitor Relations publiés lundi 9 avril. Premier blockbuster de l’univers cinématographique Marvel mettant en scène un superhéros noir, le long-métrage est encore quatrième après huit semaines en salles. Il a rapporté 8,7 millions entre vendredi et dimanche, soit un total de 665,6 millions de dollars aux Etats-Unis et au Canada depuis sa sortie.

        Lire la critique :
         

          Avec « Black Panther », l’Afrique a enfin son super-héros sur grand écran



Il dépasse ainsi Titanic (1997) qui avait accumulé 659 millions de dollars en Amérique du Nord, et se place en troisième position des plus grosses recettes nord-américaines de tous les temps. Il reste dépassé par Avatar (2009) et Star Wars : Le réveil de la force (2015), avec 760 millions de dollars accumulés par le premier et 936,7 pour le second.
A l’échelle mondiale, c’est Avatar qui détient le record historique avec 2,8 milliards de dollars de recettes, suivi par Titanic, (2,2 milliards), tous deux ayant été réalisés par James Cameron. Black Panther n’est encore que dixième du classement des records mondiaux.

        Lire le récit :
         

          « Black Panther » bouscule les schémas hollywoodiens






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Fragilisés par les baisses de financement et les délocalisations, des professionnels de la post-production protestent à un mois de l’événement.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤                     
                                                

Monteurs, mixeurs et bruiteurs en grève avant le Festival de Cannes

Fragilisés par les baisses de financement et les délocalisations, des professionnels de la post-production protestent à un mois de l’événement.



Le Monde
 |    09.04.2018 à 17h45
 • Mis à jour le
10.04.2018 à 12h39
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


C’est l’autre grève, inattendue, invisible du public, mais qui pourrait donner quelques sueurs froides aux producteurs de cinéma, à un mois du Festival de Cannes (du 8 au 19 mai). Des monteurs, des monteurs son, des bruiteurs et des mixeurs ont décidé de faire grève, du 10 au 12 avril, pour dénoncer l’évolution de leurs conditions de travail. Ces professionnels de la post-production, qui interviennent après le tournage, dans l’ombre, veulent faire valoir leur rôle dans le processus de fabrication d’un film, alors que les délocalisations du montage-son, du bruitage et du mixage, tout particulièrement vers la Belgique, menacent tout un pan de l’industrie française du cinéma.

        Lire le décryptage :
         

          Calendrier modifié et interdiction des selfies sur le tapis rouge pour Cannes 2018



La mobilisation est soutenue par l’Association des artistes bruiteurs (ADAB), l’Association des mixeurs (ADM), l’Association française du son à l’image (AFSI) et Les Monteurs associés (LMA), tandis qu’une assemblée générale est prévue mardi 10 avril à la Maison des Métallos, à Paris.
La grève ne s’est pas déclenchée du jour au lendemain, elle a fini par s’imposer, explique Didier Lesage, président de l’Association des mixeurs. « Cela fait deux ans que nous alertons les syndicats de producteurs que sont l’UPC, le SPI et l’API. On le sait, il y a moins d’argent dans le cinéma. Mais les métiers de la post-production, qui ont toujours été moins organisés, sont aujourd’hui particulièrement fragiles. »
Négociation délicate
Chacun de ces métiers a une histoire spécifique. Les revendications des mixeurs ne sont pas tout à fait les mêmes que celles des monteurs, ce qui rend la négociation délicate. Mais il existe un dénominateur commun. Contrairement aux professionnels du tournage, qui constituent un collectif sur un plateau et peuvent installer un rapport de force face au producteur ou au réalisateur, les monteurs, mixeurs et bruiteurs se trouvent dans des relations plus individualisées, qui peuvent générer des inégalités.
La profession de monteur, historiquement féminine, a toujours été sous-payée. Les indemnités repas ne sont pas toujours versées, et les heures supplémentaires pas souvent – parfois même jamais – payées. En revanche, les mixeurs, issus pour la plupart des grandes écoles de cinéma (Fémis, Louis-Lumière…), sont davantage considérés et mieux lotis financièrement, de même que les bruiteurs, perles rares puisqu’ils ne sont qu’une trentaine dans le cinéma français. Pour son travail sur un film, un mixeur peut ainsi gagner 3 000 euros par semaine, alors qu’un chef monteur est rémunéré 1 640 euros la semaine, et un monteur son 1 440 euros. Ce dernier est un peu le « parent pauvre ».
Un monteur son : «  Mes Césars n’ont rien changé à ma rémunération, ils servent juste à caler les livres chez moi ! »
Un monteur son qui a remporté plusieurs Césars dans sa carrière, et souhaite rester anonyme, fait ce constat grinçant : « En dépit de notre expérience, on continue souvent d’être payé au tarif minimum. Mes Césars n’ont rien changé à ma rémunération, ils servent juste à caler les livres chez moi ! ». Précisons que ces professionnels sont embauchés sur des durées courtes, quelques semaines tout au plus, et alternent des périodes d’emploi et de chômage.
La renégociation de la convention collective du cinéma, en novembre 2013, a durci la situation : une nouvelle grille salariale a été instaurée, avec des minima différents selon le budget du film. Les mixeurs, qui négociaient jusque-là leur salaire de gré à gré, ont vu leur rémunération baisser de 35 % depuis l’entrée en vigueur du texte, voire de 60 % sur les productions plus modestes. Quand ce n’est pas le smic qui s’applique pour les jeunes mixeurs lorsqu’ils sont embauchés sur une troisième catégorie de films, plus fragiles encore, avec des budgets de moins d’un million d’euros…
Sentiment de « déclassement »
Ce sentiment de « déclassement » est aggravé par la crainte de perdre son emploi, poursuit le mixeur Didier Lesage : « Depuis une dizaine d’années, on voit régulièrement des films nous échapper. Le mixage va se faire à l’étranger, tandis que des auditoriums mettent la clé sous la porte en France. Ce contexte nous a conduits à nous fédérer. Une première demi-journée de grève a eu lieu le 23 mars 2017, puis une journée entière cette année le 16 janvier. Faute de réponse satisfaisante, nous avons décidé d’accentuer le mouvement ». Pour préserver leur métier, les mixeurs et monteurs sons demandent à être reconnus en tant que « cadre collaborateur de création », une appellation aujourd’hui réservée à six chefs de poste (directeur de la photographie, chef décorateur, chef monteur, etc.).
Pour le mixeur Stéphane Thiébaut, qui vient de recevoir le César du meilleur son pour Barbara, de Mathieu Amalric, il y a urgence à « repenser le travail ». « Avant, les monteurs image inventaient un dispositif de post-production propre à chaque film. Et leur présence jusqu’à la fabrication finale de la copie assurait la transmission des volontés fondamentales du réalisateur. Petit à petit, cette pratique s’est perdue pour faire des économies », regrette celui qui dirige le département Son à la Fémis.
« Certains producteurs continuent de faire très bien leur métier, mais trop souvent, hélas, c’est une logique comptable qui est à l’œuvre : l’argent est divisé en semaines de travail, le temps de chaque étape, montage, montage son, bruitage, mixage est déterminé sans concertation. Un dispositif de post-production ne peut pas être l’application d’un tableau Excel, il faut quelqu’un aux manettes qui orchestre ça et permette à chacun de travailler correctement et surtout d’inventer encore. Sinon on passera définitivement de la haute couture au prêt-à-porter et tous les films se ressembleront ! »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Mille marionnettes fabriquées à la main ! Le réalisateur a poussé très loin son obsession du détail pour « L’Île aux chiens », en salle le 11 avril. Visite du studio londonien où cette fable politique en « stop motion » a été réalisée.
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Le monde canin de Wes Anderson


                      Mille marionnettes fabriquées à la main ! Le réalisateur a poussé très loin son obsession du détail pour « L’Île aux chiens », en salle le 11 avril. Visite du studio londonien où cette fable politique en « stop motion » a été réalisée.



Le Monde
 |    06.04.2018 à 15h01
    |

                            Maroussia Dubreuil








                              

                        

Il y a trois ans, à l’occasion d’un goûter, le réalisateur Wes Anderson, ses collaborateurs habituels Roman Coppola et Jason Schwartzman, ainsi que l’acteur et scénariste japonais Kunichi Nomura (vu dans The Great Budapest Hotel et Lost in Translation) se découvraient une passion commune pour les films d’Akira Kurosawa, les chiens et les déchetteries. Alors que leur thé infusait, les quatre hommes commençaient à imaginer le scénario de L’Île aux chiens : dans un futur proche au Japon, à la suite d’une épidémie de grippe canine, le maire corrompu de Megasaki juge les chiens de sa ville dangereux et les envoie sur l’Île poubelle. Atari, un jeune orphelin courageux, vole un avion pour retrouver son fidèle compagnon, Spots, au milieu des détritus.
« Un film en stop motion, c’est comme si on devait travailler dans un monde douze fois plus petit et deux cents fois plus complexe. » Andy Gent, le chef marionnettiste
Pour réaliser cette fable politique sur les exclus et la montée des courants populistes, Wes Anderson choisit de revenir à l’animation en volume (plus couramment en anglais, stop motion), huit ans après l’avoir utilisée dans Fantastic Mr. Fox. Une technique artisanale qui consiste à enregistrer image par image les mouvements d’objets ou de marionnettes en 3D. « Je dis toujours que, si on réalise un film en stop motion, c’est comme si on devait travailler dans un monde douze fois plus petit et deux cents fois plus complexe que tout ce qu’on a pu réaliser jusqu’alors, puisqu’il faut en construire chaque élément », explique Andy Gent, le chef marionnettiste du film.
Plus de 670 personnes, dont 70 aux commandes du département des marionnettes et 38 autres au sein du département d’animation, vont ainsi s’affairer pendant deux ans dans les célèbres studios de télévision et de cinéma 3 Mills, dans les quartiers Est de Londres. Résultat : mille marionnettes entièrement fabriquées...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Après 35 ans d’interdiction, une première salle doit ouvrir le 18 avril à Riyad.
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Les cinémas de retour en Arabie saoudite

Après 35 ans d’interdiction, une première salle doit ouvrir le 18 avril à Riyad.



Le Monde
 |    06.04.2018 à 14h06
 • Mis à jour le
09.04.2018 à 18h18
    |

            Nicole Vulser








                        



   


Partir de rien permet d’envisager d’infinies possibilités de développement. C’est dans cet esprit qu’une délégation officielle venue d’Arabie saoudite a entamé cette semaine une tournée aux Etats-Unis pour y rencontrer le gratin d’Hollywood et du divertissement, à quelques jours de l’ouverture du premier cinéma de retour dans le royaume, prévue le 18 avril à Riyad.
Pendant trente-cinq ans, les quelques salles obscures de ce pays sunnite ultraconservateur avaient été purement et simplement oubliées, les chefs religieux ayant obtenu leur fermeture. Le gouvernement avait annoncé en 2017 qu’il lèverait cette interdiction dans le cadre des réformes économiques et sociales menées par le prince héritier Mohammed Ben Salman pour diversifier une économie encore trop dépendante du pétrole. C’est ainsi que Black Panther, le film de super-héros de Marvel réalisé par Ryan Coogler, devrait être le premier présenté dans la salle de concert symphonique reconvertie et exploitée par le groupe américain AMC, détenu par le chinois Wanda.

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La direction d’AMC espère, grâce à son association avec le fonds souverain saoudien Public Investment Fund, contrôler à terme 50 % de l’exploitation cinématographique de ce pays. D’ici cinq ans, le groupe va ouvrir 40 multiplexes, puis une centaine avant 2030. D’autres groupes sont sur les rangs, comme le dubaïote VOX Cinemas, l’américain iPic Entertainment ou le britannique Vue Cinemas, pour profiter de ce marché encore vierge qui pourrait représenter un milliard de dollars (820 millions d’euros) par an dans les prochaines années.
Les Saoudiens ne vont pas non plus découvrir le septième art le 18 avril : ils peuvent déjà visionner des films et des séries américaines chez eux et vont fréquemment se faire une toile chez leurs voisins, à Dubaï ou à Bahreïn.
Développer l’industrie des loisirs
Plus largement, les autorités saoudiennes souhaitent développer localement l’industrie des loisirs. Le Los Angeles Times rapporte que Mohammed Ben Salman a rencontré depuis le début de la semaine à Los Angeles le magnat Rupert Murdoch, mais aussi le patron de Disney, Bob Iger, la patronne de la 20th Century Fox, Stacey Snider, le PDG de Warner Bros., Kevin Tsujihara, ou encore le président d’Universal Filmed Entertainment, Jeff Shell. Sans compter le réalisateur James Cameron ou encore le catcheur, acteur et producteur Dwayne Johnson.
Le magazine américain Variety assure qu’une poignée de contrats ont été signés entre les autorités saoudiennes et le Cirque du Soleil. Le National Geographic Explorer a décroché la construction d’une dizaine d’aquariums géants dont le premier ouvrira l’an prochain à Riyad. Dans la même veine, le groupe Feld Entertainement, basé en Floride, a négocié l’implantation de spectacles comme Disney on Ice, Disney Live, Marvel Experience ou Monster Jam, en assurant la formation des équipes locales. Ces accords concernent un pays critiqué pour des violations des droits humains, qui reste l’un des sept Etats de la planète où les homosexuels risquent la peine de mort.



                            


                        

                        


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Deniz Gamze Ergüven, cinéaste de toutes ses forces 
                  
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Le Monde
 |
                  06.04.2018 à 13h32
 • Mis à jour le
11.04.2018 à 07h10


La réalisatrice franco-turque de « Mustang » a mis des années à obtenir la nationalité française. Un sentiment d’injustice qui résonne dans « Kings » aujourd’hui en salles.

Par             Vanessa Schneider





                     

Elle est debout, juchée sur un tabouret, dos droit, menton levé, regard franc accroché à l’objectif. Elle a donné rendez-vous dans le club de sport où elle a ses habitudes, et c’est dans le hall, au milieu du va-et-vient des habitués, qu’elle prend la pose pour une séance photo.
Rien ne semble pouvoir distraire Deniz Gamze Ergüven. À 39 ans, la réalisatrice de Mustang (quatre Césars, une sélection aux Oscars), qui sort son second long-métrage, Kings, le 11 avril, est un bloc de détermination. Il suffit de l’entendre raconter la genèse de son nouveau film, qui retrace les déboires d’une Afro-Américaine tentant de tenir sa famille à bout de bras pendant les émeutes de Los Angeles de 1992, pour saisir la pleine mesure de ce que le mot veut dire.
Il y a derrière Kings une passion et un acharnement hors du commun. Un projet germe en 2005 alors qu’elle est encore à La Fémis, des années d’écriture, des mois d’enquête sur le terrain, un rêve grand et fou qui finit par se réaliser dix ans plus tard. Pendant trois années, elle se rend régulièrement à South Central, dans ce quartier pauvre de Los Angeles où ont eu lieu les émeutes, et recueille témoignages et anecdotes à la manière d’une reporter.
Comprendre cet « épisode honteux »
La jeune femme menue et gracieuse partage le quotidien des habitants, se fait accepter par les différents gangs, repère ses personnages, note les détails les plus incongrus, gagne la confiance des policiers du LAPD, tourne des images depuis leurs hélicoptères.
Elle veut comprendre ce qui s’est passé, l’enchaînement terrible des faits : le meurtre, d’une balle dans le dos, d’une ado noire de 15 ans par une épicière d’origine coréenne ; le tabassage filmé d’un homme noir, Rodney King, par quatre policiers blancs déchaînés, le procès de ces derniers, leur acquittement, l’embrasement de cette « ville dans la ville », où les Blancs ne mettent pas les pieds, la rage, les pillages et les meurtres....





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