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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Ariane Giacobino, médecin généticienne, raconte comment l’épigénétique a bouleversé sa vision du vivant et de la biologie.
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Un parcours au-delà des gènes

Ariane Giacobino, médecin généticienne, raconte comment l’épigénétique a bouleversé sa vision du vivant et de la biologie.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 15h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 18h04
    |

            Hervé Morin








                        



                                


                            
Le livre. L’épigénétique ? Ce terme un peu abscons a plusieurs sens. En premier lieu, il englobe les mécanismes qui font qu’à partir d’un même programme génétique, d’abord contenu dans une cellule ­unique, un organisme développe et entretient une vaste panoplie de tissus et d’organes différents.
Ensuite, l’épigénétique renvoie à toutes les influences, y compris extérieures à l’individu – alimentation, environnement, microbes, stress… – qui régulent l’activité des gènes. Enfin l’épigénétique pose la question de la transmission à travers les générations de ces influences qui s’exercent sans même ­modifier la séquence de notre ADN.
C’est peu dire que ces dernières années, ce champ de recherche a explosé. Ariane Giacobino, médecin généticienne (faculté de médecine de l’université de Genève) a été aux premières loges pour observer et participer à cette révolution. Mais son livre intitulé Peut-on se libérer de ses gènes ? se distingue par son caractère personnel : c’est en fait une autobiographie scientifique et médicale, où les avancées de la recherche se mêlent intimement au parcours de vie.
Pas de grand livre de la vie
D’abord déroutant, ce choix révèle au fil de la lecture toute sa richesse. Ariane Giacobino, dans sa pratique médicale liée à la fertilité et au dépistage des maladies génétiques, est confrontée à des situations humaines parfois dramatiques, à des choix éthiques difficiles. Elle ne cache rien de la façon dont ce contact avec les patients a pu faire évoluer sa vision de la médecine et de ses enjeux.
Concernant le volet scientifique, elle a aussi l’honnêteté de ne pas occulter certaines « naïvetés » concernant son propre sujet d’étude : à l’aube du XXIe siècle, lire enfin le « grand livre de la vie », à travers le séquençage du génome, n’a pas été la révélation espérée, les choses étant bien plus complexes, notamment en raison des mécanismes épigénétiques, rappelle-t-elle.
Les recherches...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Des milliers de morts chaque année : telle est la conséquence du durcissement de la politique ­migratoire européenne depuis deux décennies. Avant l’examen à l’Assemblée du projet de loi sur l’immigration, enquête auprès des chercheurs qui dénoncent le silence autour de cette hécatombe
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
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Pourquoi migrer tue

Des milliers de morts chaque année : telle est la conséquence du durcissement de la politique ­migratoire européenne depuis deux décennies. Avant l’examen à l’Assemblée du projet de loi sur l’immigration, enquête auprès des chercheurs qui dénoncent le silence autour de cette hécatombe



Le Monde
 |    12.04.2018 à 14h48
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            
En ce jour de juin 2017, des centaines de fragiles embarcations de papier flottent sur les eaux du canal de l’Ourcq, à Paris. Organisé par des associations et des artistes, ce « grand lâcher » de bateaux en origami rend hommage aux milliers de migrants disparus ces dernières années en Méditerranée. A 3 000 kilomètres de là, au large des côtes turques, un cimetière flottant évoque le souvenir des Syriens morts en mer en tentant de rejoindre l’Europe. Sur les pierres tombales amarrées près du rivage figurent les noms de 200 migrants engloutis par les flots – l’une d’elles est consacrée à Alan Kurdi, ce petit garçon de 3 ans dont le corps a été retrouvé sur une plage turque un matin de 2015.
« Une indifférence mêlée de résignation »
En offrant une sépulture symbolique aux milliers de réfugiés morts aux portes de l’Europe, les associations tentent de les extraire du silence et de l’oubli. « Structurelles, les morts aux frontières passent souvent inaperçues, souligne Antoine Pécoud, professeur de sociologie à l’université Paris-XIII, dans un travail réalisé en 2017 pour la Fondation pour les sciences sociales. Les migrants meurent en général dans des endroits peu accessibles ou dans des lieux périphériques, voire fermés. Beaucoup d’entre eux voyagent clandestinement et meurent tout aussi clandestinement. Même lorsque ces décès font l’objet d’une publicité médiatique, ils suscitent souvent une indifférence mêlée de résignation. »
Les migrants morts aux portes de l’Europe sont pourtant très nombreux. Si les estimations varient, les ordres de grandeur donnent le vertige. United for Intercultural Action, un réseau de plus de 500 associations européennes, a répertorié 17 000 décès entre 1993 et 2012. L’association Fortress Europ a comptabilisé plus de 27 000 morts de 1988 à 2016. Le consortium de journalistes The Migrants' Files évoque le chiffre de 35 000 victimes entre 2000 et 2016. Selon Olivier Clochard, codirecteur du laboratoire Migrinter...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Les habitants de l’île ont fait pression pour que les victimes du terrible naufrage de 2013 soient documentées, à défaut d’être identifiées.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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Lampedusa hantée par les morts anonymes

Les habitants de l’île ont fait pression pour que les victimes du terrible naufrage de 2013 soient documentées, à défaut d’être identifiées.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 14h47
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            
Si la mort des migrants passe souvent inaperçue dans le débat public, elle imprègne longtemps la mémoire de ceux qui y ont été confrontés. « Aux îles Canaries, où j’ai travaillé, les gardiens du cimetière qui avaient enterré les morts de la migration des années 1990 se souvenaient très bien de ces drames, explique l’anthropologue ­Carolina ­Kobelinsky. Les habitants de Lampedusa ont, eux aussi, gardé une mémoire très concrète du naufrage de 2013, qui a fait plus de 300 morts : comme le montre le sociologue Guido Nicolosi dans Lampedusa. Les Damnés de la mer [L’Aube, 2017], ils racontent le souvenir des allées et venues et des odeurs, le fait que le poissonnier ait prêté son camion frigorifique pour le transport des cadavres, la mobilisation des fossoyeurs et des médecins de la ville. »
Ces morts anonymes hantent la mémoire des habitants à la manière de fantômes. Après le naufrage de Lampedusa, en octobre 2013, les 366 cercueils ne portaient que quelques brèves indications : « Mort numéro 31, sexe masculin, noir, probablement 30 ans » ; « Mort numéro 54, sexe féminin, noire, probablement 20 ans » ; « Mort numéro 11, sexe masculin, noir, probablement 3 ans ».
Impératif éthique
« C’est à cet anonymat que ne se résignent pas les acteurs de terrain, observe Evelyne Ritaine, chercheuse à Sciences Po Bordeaux, dans un article publié en juin 2017 par la revue Rhizome. Ce sont eux qui font pression pour que les corps soient documentés et que les gouvernements mettent au point des procédures médico-légales d’identification à la disposition des familles. »
Pour ne pas oublier ces morts sans nom et sans histoire, certains observateurs deviennent des « veilleurs de mémoire », selon le mot d’Evelyne ­Ritaine. « Pour eux, il y a un impératif éthique : que ces morts ne soient pas oubliés dans le tragique de l’événement du naufrage, mais aussi dans l’humanité de leur existence, souligne-t-elle....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Dans une tribune au « Monde », la juriste Mireille Delmas-Marty plaide pour une gouvernance mondiale du droit des migrations.
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Migrants : faire de l’hospitalité un principe

Dans une tribune au « Monde », la juriste Mireille Delmas-Marty plaide pour une gouvernance mondiale du droit des migrations.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 14h47
   





                        



                                


                            
Par Mireille Delmas-Marty, juriste, professeure émérite au Collège de France
Tribune. Face au désastre humanitaire qui accompagne les migrations humaines, l’hospitalité n’est pas affaire de morale ni de philanthropie. C’est une évidence et une urgence. L’évidence a été perçue dès le XVIIIe siècle par Kant, qui déduit un « principe d’hospitalité universelle » de la forme sphérique de la Terre : elle « oblige les êtres humains à se supporter parce que la dispersion à l’infini est impossible, et qu’originairement l’un n’a pas plus de droit que l’autre à une contrée ». A l’époque où Kant écrivait son Projet de paix perpétuelle (1795-1796), la population mondiale était d’environ un milliard d’humains – elle a dépassé sept milliards à présent.
Un siècle et demi plus tard, Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955), autre grand visionnaire, évoquera à son tour la surface fermée de la Terre : « La masse humaine, après une période d’expansion qui couvre tous les temps historiques, entre présentement (…) dans une phase de compression que nous pouvons essayer de régulariser, mais dont rien ne permet de prévoir qu’elle doive désormais se renverser àjamais. » Il ajoute que le « serrage de la masse humaine » conduit à une « montée simultanée du social, de la machine et de la pensée dont la triple marée nous soulève ».
Un défi planétaire
Aujourd’hui, cette triple marée pourrait nous submerger. Depuis 1950, la population a progressé d’environ un milliard tous les quinze ans, et cette accélération vertigineuse s’accompagne d’une urbanisation galopante : la population urbaine devrait doubler d’ici à 2050 pour atteindre 6,5 milliards d’habitants. Or, 95 % de cette croissance se situera dans des pays en développement. La mobilité humaine a déjà augmenté plus vite que la population, qu’il s’agisse des déplacements voulus ou forcés. S’ajoute l’accroissement du nombre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Yvon Chouinard, créateur québécois de la marque de vêtements de plein air Patagonia, part en croisade, dans une tribune au « Monde », contre les barrages, économiquement chers et écologiquement dangereux.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
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« Nous devons accélérer le déploiement d’alternatives énergétiques plus propres et plus économiques que les barrages »

Yvon Chouinard, créateur québécois de la marque de vêtements de plein air Patagonia, part en croisade, dans une tribune au « Monde », contre les barrages, économiquement chers et écologiquement dangereux.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 14h00
    |

Yvon Chouinard (Fondateur de la marque de vêtements de plein air Patagonia et producteur exécutif des films DamNation et Blue Heart)







                        



                                


                            
Tribune. Les dernières rivières sauvages d’Europe courent un grave danger. Le risque ne provient pas d’une sécheresse excessive ou des déchets toxiques des usines, mais des barrages hydroélectriques qui prétendent nous apporter une énergie propre, verte et écologique. En réalité, ces barrages sont sales et leur impact destructeur dépasse de loin leur utilité.
Les rivières ne sont pas juste magnifiques ; elles sont les artères de la planète
De nos jours, l’électricité qu’ils génèrent pourrait être obtenue beaucoup plus efficacement à partir d’autres sources qui ne perturbent pas les rivières, ne détruisent pas les habitats et ne déplacent pas les habitants. Si ces projets malveillants ne sont pas stoppés, le dommage écologique et l’impact sur les communautés locales seront dévastateurs.
C’est mon intérêt pour les rivières, en tant que pêcheur passionné, qui m’a fait prendre conscience des dommages causés par les barrages. Les rivières ne sont pas juste magnifiques ; elles sont les artères de la planète. Elles transportent, de la terre vers les océans, des nutriments vitaux pour nourrir le plancton et les poissons. Elles fournissent de l’eau propre à des millions de personnes.
Au niveau le plus bas depuis un siècle
Chaque année, près de 200 millions de tonnes de carbone sont éliminées de l’atmosphère et transportées par les rivières jusque dans les océans, contribuant ainsi à la lutte contre le changement climatique (« How rivers ­regulate global carbon cycle », Woods Hole Oceanographic Institution, 13 mai 2015).
l’hydroélectricité provoque l’extinction de certaines espèces, déplace des communautés et contribue au changement climatique
Les barrages menacent cet équilibre. Contrairement à l’énergie solaire ou éolienne, l’hydroélectricité provoque l’extinction de certaines espèces, déplace des communautés et contribue au changement climatique. De nouvelles recherches scientifiques montrent que les réservoirs créés par les barrages...




                        

                        


<article-nb="2018/04/12/19-6">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Les économistes Luc Behaghel et Esther Duflo prônent, dans une tribune au « Monde », une « modernisation » de l’aide publique française aux pays en développement, qui soit enfin basée sur des méthodes d’évaluation scientifiques.
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« L’aide publique au développement des anciens pays riches est en passe de devenir marginale »

Les économistes Luc Behaghel et Esther Duflo prônent, dans une tribune au « Monde », une « modernisation » de l’aide publique française aux pays en développement, qui soit enfin basée sur des méthodes d’évaluation scientifiques.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 14h14
    |

Luc Behaghel (Chercheur à l’Ecole d’économie de Paris et à l’Abdul Latif Jameel Poverty Action Lab (J-PAL) et Esther Duflo (Chercheuse à l’Ecole d’...







                        



                                


                            
Tribune. Emmanuel Macron a confié au député Hervé Berville (LRM) une mission de réflexion sur la modernisation de la politique d’aide publique au développement (APD). Economistes du développement, nous pensons que c’est une opportunité à saisir pour que le rapport de cette mission ne trouve pas sa place, comme les précédents, sur le plus haut rayon de la bibliothèque. Les deux mots phares de la réflexion semblent être « modernisation » et « redevabilité » (accountability, en anglais). Qu’entend-on par là ?
Les ressources apportées sont de plus en plus modestes face aux ressources domestiques, publiques et privées, dont ces pays disposent
La nécessité de moderniser l’aide au développement est reconnue au-delà de nos frontières : jusqu’en 2018, la coauteure de cette tribune appartenait à une commission chargée par le président Barack Obama de plancher sur cette question. Nos propositions s’inspirent d’une partie des recommandations de cette commission, qui n’ont pas eu le temps d’être mises en œuvre aux Etats-Unis mais qui restent pertinentes.
Le constat de départ est clair : l’APD des anciens pays riches est en passe de devenir marginale. Même si l’objectif de consacrer 0,55 % puis 0,7 % du PIB français à l’APD était atteint, les ressources apportées sont de plus en plus modestes face aux ressources domestiques, publiques et privées, dont ces pays disposent, et aux sommes de plus en plus importantes qui leur sont consacrées par des pays émergents (Brésil, Inde, Chine).
« Capital patient  » de l’innovation
Si nous continuons à faire ce que nous faisons, nos efforts deviendront un détail sans conséquences. Pourquoi s’encombrer d’une aide au développement, dans ces conditions ? Pas pour se substituer aux ressources domestiques afin de payer des dépenses de fonctionnement ou des investissements « évidents ». Ni pour donner des leçons et des prescriptions depuis l’extérieur. D’où la nécessité d’une modernisation en profondeur.
Moderniser...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Boris Barbour et Brandon Stell, responsables du site PubPeer, jugent crucial qu’existe un espace de débat anonyme afin que les résultats scientifiques soient discutés et rectifiés.
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Pouvoir critiquer anonymement la science permet de mieux la corriger

Dans une tribune au « Monde », Boris Barbour et Brandon Stell, responsables du site PubPeer, jugent crucial qu’existe un espace de débat anonyme afin que les résultats scientifiques soient discutés et rectifiés.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 18h15
    |

Boris Barbour et Brandon Stell (Chercheurs au CNRS et responsables du site PubPeer.com)







                        



                                


                            
Tribune. On dit que la science s’autocorrige au fil des résultats ­publiés, mais cette correction est-elle optimale ? Il y a une prise de conscience croissante que certaines dérives du fonctionnement de la ­recherche scientifique – notamment l’impérieux diktat résumé par la formule « publier ou périr » – ont créé un environnement aujourd’hui hostile à la critique des résultats.
En effet, peu de scientifiques peuvent se risquer à ­contrarier leurs collègues. La « police » de la recherche – en principe les journaux et les institutions – se retrouvant de fait juge et partie, elle est sujette à de nombreux conflits d’intérêts d’ordre économique et liés à la réputation. Sur ce terrain propice fleurissent des pratiques préjudiciables à la recherche, ­allant des interprétations optimistes à la fraude avérée, avec un coût financier et humain énorme.
Les premiers touchés sont les chercheurs. Quand ils tentent de prolonger des travaux erronés, ils perdent leur temps et gaspillent de l’argent – celui du contribuable. Un projet parti sur une telle fausse piste peut abréger une carrière de jeune chercheur. Mais l’impact va au-delà : outre la recherche ­future, la politique publique, les investissements privés et les consignes ­médicales doivent se baser sur les ­résultats publiés, réputés fiables.
Conséquences lourdes
Les conséquences d’erreurs dans la ­recherche médicale peuvent être lourdes. En 1998, le Britannique Andrew Wakefield publie dans le prestigieux Lancet un article concluant qu’une vaccination contre la rougeole peut causer l’autisme. L’article est frauduleux et ses conclusions fausses, mais il faudra les douze années de campagne menées par un journaliste pour qu’il soit ­rétracté, que le journal le déclare nul et non avenu. Entre-temps, de nombreux parents inquiets n’ont pas fait vacciner leurs enfants, contribuant à des épidémies de rougeole, parfois mortelle, et c’est encore aujourd’hui le cas.
Face à de tels...




                        

                        


<article-nb="2018/04/12/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Onze professeurs et chercheurs, parmi lesquels Christian Baudelot, Philippe Meirieu et Thomas Piketty, s’élèvent, dans une tribune au « Monde », contre le projet ministériel de rabotage de l’enseignement de l’économie, de la sociologie et des sciences politiques au lycée.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Le risque de marginalisation et de dénaturation des sciences économiques et sociales au lycée est grand »

Onze professeurs et chercheurs, parmi lesquels Christian Baudelot, Philippe Meirieu et Thomas Piketty, s’élèvent, dans une tribune au « Monde », contre le projet ministériel de rabotage de l’enseignement de l’économie, de la sociologie et des sciences politiques au lycée.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 14h17
    |

Collectif







                        



                                


                            
Tribune. Panne de la croissance et persistance du chômage dans la vieille Europe, aggravation des inégalités de revenu et de patrimoine en France et au Royaume-Uni, montée des votes protestataires en Europe, remise en cause de la domination masculine, essor de la Chine, effets contrastés de la mondialisation, défis de la transition écologique…
L’enseignement ne représentera que des horaires faméliques en classe de seconde (1 h 30 par semaine)
Chaque jour, l’actualité nous rappelle la nécessité de disposer des outils d’analyse proposés par l’économie, la sociologie et la science politique afin de pouvoir mieux saisir les grandes questions contemporaines. Les sciences économiques et sociales (SES), dont l’objectif affirmé était d’ouvrir l’école sur le monde contemporain et de reconnaître une « troisième culture » entre les sciences dites dures et les lettres, cultivent cette ambition depuis maintenant plus de cinquante ans.
Pourtant, le projet de réforme du lycée présenté par le ministre de l’éducation nationale rabote l’enseignement des SES : réduit au statut de spécialité – donc en dehors des enseignements communs des élèves – et amputé de la « science politique » en classe de première et terminale générale, il ne représentera que des horaires faméliques en classe de seconde (1 h 30 par semaine), où la sociologie pourrait être réduite à portion congrue.

Pour les rédacteurs des premiers programmes de cette discipline scolaire, à la fin des années 1960, il s’agissait de « créer chez les élèves une certaine attitude intellectuelle » en adoptant une distance critique vis-à-vis de ses propres préjugés et de certaines représentations collectives plus ou moins erronées, grâce aux savoirs et aux outils des sciences sociales (analyses statistiques, observation, entretiens, etc.), mais aussi grâce à la hiérarchisation et au questionnement des sources. Qui peut ignorer que ce type d’apprentissage est on ne peut plus d’actualité,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Editorial. L’audition de Mark Zuckerberg par les parlementaires américains a au moins démontré une chose : l’autorégulation ne permettra pas de sécuriser les données des utilisateurs.
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Le mea culpa de Facebook ne suffira pas

Editorial. L’audition de Mark Zuckerberg par les parlementaires américains a au moins démontré une chose : l’autorégulation ne permettra pas de sécuriser les données des utilisateurs.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 11h26
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 18h35
   





                        



   


Editorial du « Monde ». « I’m sorry. » Voilà les trois mots qui résument le mieux les auditions de Mark Zuckerberg devant le Sénat des Etats-Unis puis face à la Chambre des représentants, les 10 et 11 avril. A 33 ans, l’âge du Christ, le fondateur de Facebook s’est livré à une expiation qui s’est bornée à de plates excuses à propos du scandale Cambridge Analytica, esquivant les questions les plus gênantes par une litanie de « Mon équipe reviendra vers vous avec plus de précisions. »
Le jeune milliardaire n’a en effet apporté que peu d’explications sur ce que le réseau social entend mettre en place pour protéger les données personnelles de ses utilisateurs. En 2016, celles de 87 millions d’entre eux ont été utilisées à leur insu par ce cabinet d’études afin de peser sur l’élection présidentielle américaine. Comme un enfant pris la main dans le sac, M. Zuckerberg s’est contenté de dire pardon en promettant qu’il ne recommencerait pas.

Mais le patron de Facebook est-il davantage désolé qu’en 2003, lorsque, étudiant à Harvard, il avait créé Facemash, un site qui se proposait d’évaluer les étudiantes sur leur physique ? Les excuses de M. Zuckerberg sont-elles plus sincères que celles qu’il avait présentées en 2006, en lançant News Feed, une fonctionnalité qui permet à chacun de traquer les faits et gestes de ses « amis » ? Que vaut ce nouveau mea culpa comparé à celui de 2007, lorsque le réseau social avait créé Beacon, une plate-forme publicitaire qui collectait des données à partir d’achats effectués sur des sites partenaires de Facebook ?
Suspicion d’insincérité
Quid de l’acte de contrition de 2009 à propos de la tentative de s’approprier à vie les contenus postés par les utilisateurs ? Que penser des regrets exprimés en 2010 après avoir transféré leurs données à Microsoft et Yelp ? Enfin, M. Zuckerberg se sent-il plus fautif qu’en 2017, quand il était venu à résipiscence après avoir servi de vecteur à la propagande russe et de diffuseur de fausses nouvelles lors de l’élection présidentielle américaine ?

A force, ce chapelet de regrets ne fait qu’entretenir une suspicion d’insincérité. Et si l’éternel pénitent n’était qu’un dangereux récidiviste ? M. Zuckerberg s’est fixé la « mission » de connecter la planète et de « rapprocher » les hommes. Mais, quatorze ans après la création de Facebook, force est de constater qu’il a consacré son énergie à utiliser la vie privée des gens à des fins commerciales, plus qu’à la protéger.
Un combat ni naïf ni hostile
Dire que le créateur a été dépassé par sa créature serait bien indulgent. Le comportement de Facebook n’est ni une erreur de jeunesse ni un accident de parcours. La collecte des données des utilisateurs est au cœur du modèle économique du réseau social. Le PDG a eu beau répéter au cours des auditions que Facebook ne les vend pas, ce sont bien elles qui ont permis au groupe de peser 480 milliards de dollars (390 milliards d’eu­ros) en Bourse et à Mark Zuckerberg d’amasser une fortune de 64 milliards de dollars.
Ces auditions ont au moins démontré une chose : au regard de ce qui s’est passé ces dernières années, l’autorégulation ne permettra pas de sécuriser les données des utilisateurs. Jusqu’à présent, l’Europe était accusée d’adopter une attitude défensive en tentant de mieux contrôler les géants du Web, faute de pouvoir les concurrencer avec ses propres entreprises. Les Etats-Unis se rendent compte à présent que ce combat n’est ni naïf ni hostile à l’innovation. Il est seulement la condition sine qua non pour que celle-ci se développe en harmonie avec la démocratie.

        Lire aussi :
         

                Audition du PDG de Facebook, Mark Zuckerberg : une discrète revanche de l’Europe






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ La menace de Donald Trump d’envoyer des missiles en réponse au gazage de Douma par le régime d’Al-Assad ne constitue pas une politique syrienne pour les Etats-Unis, note l’éditorialiste Alain Frachon dans sa chronique.
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« Réagir à l’emploi d’un type d’arme ne fait pas une politique syrienne »

La menace de Donald Trump d’envoyer des missiles en réponse au gazage de Douma par le régime d’Al-Assad ne constitue pas une politique syrienne pour les Etats-Unis, note l’éditorialiste Alain Frachon dans sa chronique.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 11h06
    |

            Alain Frachon








                        



                                


                            
Chronique. Même si les missiles que Donald Trump promet de tirer sur la Syrie sont « beaux, nouveaux et intelligents », comme il les a décrits mercredi 11 avril, cela ne change rien à cette réalité : les Etats-Unis n’ont pas de politique syrienne. L’avenir de ce petit pays du Moyen-Orient ne les intéresse que marginalement. Donald Trump se situe à cet égard dans la continuité de Barack Obama.
Le conflit syrien est, certes, l’un des éléments importants de la relation entre Washington et Moscou. Il y a une bonne raison à cela : la possibilité d’un affrontement direct entre les forces que les deux pays ont déployées en Syrie. Quand les armes parlent, elles ont leur logique propre, qui peut entraîner les protagonistes bien au-delà ce qu’ils souhaitent. Certes, encore, le président républicain paraît plus sensible à la singularité de l’arme chimique que son prédécesseur démocrate.

Trump a déjà ordonné, il y a un an, des représailles militaires après que l’aviation de Bachar Al-Assad eut gazé un quartier d’une localité du nord du pays. Au lendemain d’une deuxième attaque chimique, samedi 7 avril à Douma, dans la banlieue de Damas, Trump incrimine indirectement la Russie. Pour la première fois, il s’en est pris, mercredi, à Poutine : « Vous ne devriez pas vous associer à un animal qui tue avec du gaz. » Toutefois, réagir à l’emploi d’un type d’arme ne fait pas une politique syrienne.
Pas de politique cohérente
Les Etats-Unis n’ont en Syrie que des objectifs circonscrits : depuis 2014, la lutte contre les djihadistes de l’organisation Etat islamique et, depuis 2016, contre l’emploi de l’arme chimique. Mais l’avenir du peuple syrien, l’arrêt négocié des combats, la participation à une solution politique à Damas, le dialogue avec Moscou sur le chaos régional, rien de tout cela ne fait partie d’une politique américaine cohérente au Moyen-Orient. Une telle approche n’existe pas.
Le 29 mars, le président dit :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans cette chronique hebdomadaire, le chercheur au CNRS Thibault Gajdos revient sur deux études américaines démontrant que les adeptes du libéralisme « centriste » gobent plus volontiers les « bullshits » que les plus radicaux.
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« Sans aucun rapport avec la vérité, les billevesées ne peuvent même pas être contestées »

Dans cette chronique hebdomadaire, le chercheur au CNRS Thibault Gajdos revient sur deux études américaines démontrant que les adeptes du libéralisme « centriste » gobent plus volontiers les « bullshits » que les plus radicaux.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 11h00
    |

                            Thibault Gajdos (chercheur au CNRS)








                        



                                


                            
Tendances France. Laurent Wauquiez, président du parti Les Républicains (LR), a vendu la mèche lors d’un cours aux élèves de l’Ecole de management de Lyon le 15 février : les discours qu’il débite habituellement aux journalistes sont des « bullshit ». En choisissant ce terme anglais signifiant à peu près (en moins poli) « billevesées », il ne cédait pas à une trivialité démagogique, et encore moins à une coupable paresse linguistique ; il faisait de fait référence aux travaux du philosophe américain Harry Frankfurt (On Bullshit, Princeton University Press, 2005, lien vers PDF en anglais).
Pour le philosophe américain Harry Frankfurt, les billevesées sont des déclarations ayant pour objectif d’impressionner l’auditeur, mais sans contenu réel
Ce dernier définit les billevesées comme des déclarations ayant pour objectif d’impressionner l’auditeur, mais sans contenu réel. Sans aucun rapport avec la vérité, elles ne peuvent même pas – et c’est précisément leur raison d’être – être contestées. Frankfurt note qu’elles abondent en particulier dans les sphères de la communication, de la publicité et de la politique.
Il est difficile de lui donner tort. Laurent Wauquiez, de son propre aveu, en sert à longueur d’entretien. Mais il n’est pas le seul. Le président de la République, par exemple, ne les dédaigne pas : « La démocratie est le système le plus “bottom up” de la terre » (Tweet du 29 mars) ; « Ce qui nous est demandé par le peuple, c’est de renouer avec l’esprit de conquête qui l’a fait pour, enfin, le réconcilier avec lui-même » (discours devant le Parlement réuni en Congrès le 3 juillet 2017).
Réceptivité
Si leur usage est donc assez largement répandu, on peut cependant se demander si nous sommes tous égaux devant les billevesées. C’est la question que se sont posée Gordon Pennycook (université de Yale) et ses collègues (« On the Reception and Detection of Pseudo-Profound Bullshit »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Une tribune publiée par le « New York Times » relance une question minée, celle des différences génétiques observées entre groupes humains. Laurent Alexandre met en garde contre les dérives d’une telle discussion.
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La génétique sur le terrain miné des « races »

Une tribune publiée par le « New York Times » relance une question minée, celle des différences génétiques observées entre groupes humains. Laurent Alexandre met en garde contre les dérives d’une telle discussion.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 11h16
    |

                            Laurent Alexandre (chirurgien urologue, président de DNAVision)








                        



                                


                            
Carte blanche. La part de la génétique dans nos destinées est un sujet douloureux en France. Notre pays est probablement l’un des derniers où une majorité de gens et même d’intellectuels sont persuadés que ­l’intelligence est purement produite par ­l’environnement culturel et familial. Toutes les études montrent pourtant le contraire et relativisent au passage le rôle de l’école.
Des études ont mis en évidence le fait que la réussite et les capacités intellectuelles étaient fortement dépendantes du patrimoine génétique. Partager un environnement commun – famille et éducation – n’explique qu’environ un tiers des différences cognitives. Autrement dit, l’école et la culture familiale ne ­pèsent pas beaucoup face au poids décisif de la génétique, qui compte pour près des deux tiers dans nos différences intellectuelles, si l’on en croit les travaux du Britannique Robert Plomin (King’s College, Londres).
Nier les différences interraciales ­contre-productif
Les différences de réussite scolaire ne traduisent pas avant tout la qualité des professeurs ou des écoles. Ce n’est pas un défaut de compétence des professeurs, ou même des problèmes de méthode, qui expliquent les mauvais résultats de l’école. Egaliser les chances à travers l’éducation est une tâche décourageante ; et la gestion politique des différences neurogénétiques interindividuelles est difficile.
Aux Etats-Unis, certains généticiens de haut vol implorent néanmoins l’opinion de rouvrir un autre débat miné : le lien entre ­notre race, notre ADN et nos caractéristiques, sans même s’interdire de traiter des différences cognitives. Dans un long article publié dans le New York Times, le 23 mars, David Reich – généticien à Harvard de réputation internationale – plaide pour l’ouverture d’une discussion sur la notion de « race » à travers l’analyse génétique.
Il défend avec vigueur l’idée (aussi exposée dans un ouvrage tout juste publié) que nier les différences interraciales...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans « La Mécanique des passions », Alain Ehrenberg corrèle l’engouement pour la mythologie cérébrale à l’individualisme contemporain, sans parvenir à étayer sa thèse.
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Overdose de neurosciences cognitives et comportementales

Dans « La Mécanique des passions », Alain Ehrenberg corrèle l’engouement pour la mythologie cérébrale à l’individualisme contemporain, sans parvenir à étayer sa thèse.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 10h14
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                            Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Mécanique des passions. Cerveau, comportement, société, d’Alain Ehrenberg, Odile Jacob, 336 p., 23,90 €.

Sociologue, directeur de recherches au CNRS, Alain Ehrenberg étudie dans ce nouveau livre les raisons pour lesquelles les neurosciences cognitives et comportementales (NSCC) suscitent un tel engouement qu’elles ont supplanté la psychanalyse et la psychiatrie dans l’approche des maladies de l’âme et des comportements humains normaux, depuis l’observation des enfants scolarisés jusqu’à celle des adultes en bonne santé.
L’affirmation d’une efficacité thérapeutique quantifiée par des évaluations ne suffit pas, selon lui, à expliquer cette fascination qui a conduit de nombreux chercheurs à ajouter le préfixe « neuro » à leur discipline : neuro-économie, neuro-histoire, neuro-psychologie, neuro-ceci ou cela. Tout se passe comme si l’on ne pouvait plus penser la condition humaine sans une référence obligée à une plasticité cérébrale censée expliquer à elle seule nos manières de vivre, de boire, de manger, de faire l’amour, de réussir ou d’échouer. Plus besoin de parler, il suffirait de regarder des flux synaptiques pour connaître le « potentiel caché » de chaque individu. Tel serait, selon l’auteur, le programme de cette « tribu » NSCC : étendre son pouvoir bien au-delà du domaine de la science et du traitement des pathologies.
Lame de fond
A travers une enquête menée avec les instruments d’une sociologie non encore neuronale, Alain Ehrenberg relate les modalités d’implantation de ce nouveau récit, né dans les universités de la Côte ouest des Etats-Unis et qui a envahi nos sociétés depuis une trentaine d’années. Cette lame de fond, qu’il considère comme le principal « baromètre » de l’individualisme contemporain, serait liée à la transformation de la subjectivité, paradigme des angoisses infantiles et généalogiques.

Plus besoin de savoir qui l’on est ni...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Gai Savoir de Nietzsche. Une manière divine de penser », d’Olivier Ponton.
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Figures libres. Comme Nietzsche, pensons poétique

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Gai Savoir de Nietzsche. Une manière divine de penser », d’Olivier Ponton.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 11h10
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Le Gai Savoir de Nietzsche. Une manière divine de penser, d’Olivier Ponton, CNRS Editions, « Philosophie », 306 p., 26 €.

Pour une fois, commençons par la fin. Dernière page, dernière phrase : « Le Gai Savoir est le plus beau livre du monde. » Voilà qui peut faire sourire. Décerner ce genre de médaille est même un exercice si vain, par définition si contestable, que pareille affirmation, au début de l’ouvrage, pourrait dissuader de poursuivre. Mais elle arrive ici au terme de 400 pages. Elles sont consacrées, on l’a compris, à une exploration – lumineuse et sensible – de ce texte central, publié par Nietzsche en 1882, où il formule deux intuitions majeures de sa pensée : « la mort de Dieu » et « l’éternel retour ».
Après avoir suivi le voyage que propose Olivier ­Ponton, professeur de philosophie en classes préparatoires, auteur notamment de Nietzsche. Philosophie de la légèreté (De Gruyter, 2007), on se dit qu’il n’a peut-être pas tort d’utiliser cette formule au premier regard curieuse.
Car il est bien beau, le gai savoir de Nietzsche ! D’une beauté inverse, en fait, à celle de la connaissance chez Platon. Ici, aucun ciel des Idées, pas d’arrière-monde, nul dehors de la caverne. Au contraire, un savoir mobile, pluriel, joyeusement dissonant – celui qu’engendre le corps, au gré de ses pensées organiques, pulsionnelles, individuelles.
Dire que « Dieu est mort », ce n’est pas affirmer qu’il n’existe pas mais plutôt constater que le monde est désormais dépourvu de sens. Il nous appartient donc de lui vouloir un sens, de le forger par nos propres moyens. Non pas une fois pour toutes, mais indéfiniment, dans la perspective d’un « éternel retour » de ce que nous désirons, décidons et fabriquons.
Tableau cubiste
Très finement, Olivier Ponton met en lumière les liens subtils entre ces affirmations et les styles multiples...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ L’historien Florian Michel a mis au jour des trésors d’archives pour alimenter le portrait lacunaire mais intense d’un philosophe au destin foisonnant.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Les incarnations d’Etienne Gilson

L’historien Florian Michel a mis au jour des trésors d’archives pour alimenter le portrait lacunaire mais intense d’un philosophe au destin foisonnant.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 10h12
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Etienne Gilson. Une biographie intellectuelle et politique, de Florian Michel, Vrin, 462 p., 35 €.

Le plus bel hommage d’un biographe à son sujet est peut-être, en renonçant à tracer la perspective qui révélerait l’unité d’une vie, de rendre les armes face à l’inachèvement et au trop-plein. On ne peut s’empêcher de le penser quand on referme, dans un mélange d’admiration et de frustration, l’« essai biographique » que Florian Michel consacre à Etienne Gilson (1884-1978), le premier en français sur ce penseur capital, « découvreur », selon le philosophe Jean-Luc Marion, du ­ « continent » de la philosophie médiévale, et particulièrement de la métaphysique de Thomas d’Aquin (1225-1274). Où est « la soudure », se demandait Marc Bloch (1886-1944), dont Gilson fut proche, entre tous les pans de cette vie bouillonnante ? Comment saisir ensemble l’érudit, le métaphysicien, le catholique, le républicain, le patriote, le cosmopolite, le théoricien de la « chrétienté » et le promoteur d’une « société universelle » fondée sur la raison ?
Lignes de force
Grâce au remarquable travail de recherche accompli par l’historien, directeur du Centre ­Pierre-Mendès-France à l’université ­Paris-I, qui met au jour des dizaines de documents inédits ou rarissimes, les incarnations d’Etienne Gilson se multiplient sans se résumer en aucune, laissant le « cher et inoubliable Gilson », comme l’écrivait Umberto Eco (1932-2016) dans la préface du Nom de la rose (Grasset, 1982), à sa réalité, à son mystère, pôle magnétique de ces trésors d’archives. Des lignes de force apparaissent cependant, qui permettent de ranger les éléments en quelques séries dont ressort, à défaut d’une vérité définitive, l’esquisse convaincante, vivante, d’un homme et d’un destin.
L’engagement dans la vie universitaire représente une de ces séries. Gilson, qui écrivait aussi bien...




                        

                        


<article-nb="2018/04/12/19-16">
<filnamedate="20180412"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180412"><AAMMJJHH="2018041219">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Dans « Le vieux monde est de retour. Enquête sur les nouveaux conservateurs », la journaliste Pascale Tournier décrit la sphère des jeunes néoconservateurs.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Portrait d’une génération antimoderne

Dans « Le vieux monde est de retour. Enquête sur les nouveaux conservateurs », la journaliste Pascale Tournier décrit la sphère des jeunes néoconservateurs.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 10h57
    |

            Nicolas Truong








                        



                                


                            

Livre. Une révolution est en cours, mais elle n’est pas de velours. En France, des jeunes néoconservateurs veulent changer le monde. Et le repenser à nouveaux frais. Ces « anarchrists » et « catholiques identitaires » méthodiquement décrits par Pascale Tournier, rédactrice en chef adjointe au service actualité de La Vie, ne rêvent pas de Mai 68 mais de nouvelles limites.

Leurs ennemis ? Le progressisme, le multiculturalisme et le libéralisme. Leurs racines ? Chrétiennes, assurément. Leurs combats ? La lutte contre le mariage homosexuel, la PMA et la GPA, l’islamisation de la France ou la défense des chrétiens d’Orient. Leur doctrine ? « L’enracinement », concept puisé non sans abus chez la philosophe Simone Weil, réduit à l’idée que nous sommes des héritiers avant d’être des pionniers, qu’il y a des legs du passé (les racines, la culture, les territoires), et que tout n’est pas construit ou à inventer. Sans oublier, bien sûr, les notions plus habituelles de « souveraineté » et d’« identité ». Leur éthique ? Une décroissance qu’ils pratiquent en « révoltés BCBG ».
Un courant organisé et structuré
Orphelins de François Fillon et échaudés par les revirements de l’association Sens commun, ils se cherchent de nouveaux présidentiables, entre Laurent Wauquiez et Marion Maréchal-Le Pen. Surtout cantonné à la sphère des idées, le combat de certains d’entre eux, ouvertement identitaires, « peut flirter rapidement avec les thèses racistes du FN », explique l’auteure.
Moins catastrophiste, mélancolique, désespérée, outrancière ou déplorative que la précédente génération, la nouvelle « estime qu’elle peut gagner », assure Pascale Tournier. Contre la « déconstruction anthropologique » qui serait en cours avec les révolutions dans la filiation, des mères porteuses à l’homoparentalité, ces nouveaux « tories » conquièrent l’espace public.
« Ils disposent...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Histoire d’un livre. Il y a bientôt quarante ans, Richard Goulet entreprit de répertorier tous les penseurs antiques dans un dictionnaire. Le septième et dernier tome paraît.
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2 491 résurrections de philosophes antiques

Histoire d’un livre. Il y a bientôt quarante ans, Richard Goulet entreprit de répertorier tous les penseurs antiques dans un dictionnaire. Le septième et dernier tome paraît.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 07h01
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 11h04
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Dictionnaire des philosophes antiques (tome VII). D’Ulpien à Zoticus, sous la direction de Richard Goulet, CNRS Editions, 1 472 p., 95 €.

C’est un peuple d’ombres que répertorie ce monumental Dictionnaire des philosophes antiques, dont le dernier volume vient de paraître. Silhouettes juste entrevues, œuvres perdues dont seul subsiste le titre, penseurs ne survivant que par une phrase, une anecdote, une mention sur une stèle ou un papyrus…
Au premier regard, rien qu’une poussière de détails. Mais ce sable est si abondant, parfois si coloré, qu’il finit par dessiner des dunes, des paysages parlants. On y entend des voix, on y discerne des courants, des écoles, une immense vie intellectuelle, diversifiée, fourmillante, bigarrée. ­Personne n’en avait mesuré ni l’ampleur ni la diversité.
Océan de sources
Imaginez : 2 491 philosophes antiques ! Combien en connaissez-vous ? La liste est courte. Presque tous, nous sommes bien en peine d’en nommer plus de vingt ou trente. Or ils sont ici cent fois plus nombreux, enseignant du VIe siècle avant notre ère au VIe siècle de notre ère, parlant grec, latin, arabe, hébreu, syriaque, nés dans des cités dispersées, du Péloponnèse à l’Asie mineure, de Rome à l’Egypte. En presque quarante ans de travail (le projet est né en 1981) et trente ans de publication (le premier volume est paru en 1989), la gigantesque masse d’informations réunies par ce Dictionnaire a transformé l’approche de la philosophie antique.
Est-ce un livre ? Les huit volumes, et le Supplément, 9 340 pages, occupent une étagère entière. Au point de départ de cette aventure, l’exigence d’un chercheur, Richard Goulet, aujourd’hui directeur de recherche émérite au CNRS. Au milieu des années 1970, élève de Pierre Hadot à l’Ecole pratique des hautes études, membre de l’équipe de recherche de Jean Pépin au CNRS, il travaillait sur le concept de « sympathie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’essayiste Marianne Durano explique que face au règne des  technologies qui remplacent ce qui est naturel et gratuit en biens artificiels et marchands,  l’« écologie intégrale » est une idée salutaire, car elle propose d’accepter enfin nos limites.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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« Pour une alternative radicale au monde des technosciences »

Dans une tribune au « Monde », l’essayiste Marianne Durano explique que face au règne des  technologies qui remplacent ce qui est naturel et gratuit en biens artificiels et marchands,  l’« écologie intégrale » est une idée salutaire, car elle propose d’accepter enfin nos limites.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 10h57
    |

Marianne Durano (Membre de la revue "Limite")







                        



                                


                            

Tribune. « Il faut trouver la limite car la société est ouverte à tous les possibles, mais la manipulation et la fabrication du vivant ne peuvent s’étendre à l’infini sans remettre en cause l’idée même de l’homme et de la vie. » Cette phrase n’est pas tirée de l’encyclique Laudato si’ (« Loué sois-tu ») du pape François, mais du discours du président Macron devant la Conférence des évêques de France. Comment nier en effet que notre puissance technique grandissante bouleverse nos conditions d’existence ?

En novembre 2017, quinze mille scientifiques lançaient un cri d’alarme sur l’état de la planète, pointant huit domaines où les limites de ce que la biosphère est capable de supporter ont déjà été franchies.
Deux mois plus tard, s’ouvraient en France les Etats généraux de la bioéthique, intégrant officiellement au débat public de nouvelles transgressions anthropologiques : utilisation d’embryons humains pour la recherche médicale, sélection génétique préimplantatoire, développement des interfaces cerveau-machine, ouverture de la procréation médicale assistée (PMA) à des femmes fécondes, autoconservation ovocytaire, insémination postmortem, légalisation du suicide assisté, gestation par autrui, etc.
Au programme également, le recours au big data (mégadonnées) pour le diagnostic médical. Parallèlement, Emmanuel Macron annonçait un plan d’investissements publics de 1,5 milliard d’euros pour développer l’intelligence artificielle (IA).

Nous sentons confusément que tous ces événements participent d’une même dynamique, à laquelle la France participe à marche forcée. La définir, c’est mettre au jour les nouveaux clivages politiques qui structurent notre monde. C’est l’un des buts de l’écologie intégrale que nous défendons.
La technique crée le marché et le public
De la PMA au big data, en passant par la catastrophe écologique dont nous commençons péniblement à prendre conscience,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans un entretien au « Monde », la philosophe s’inquiète de l’offensive menée par les mouvements antiavortement au nom d’une idéologie qui défie la nature.
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Article sélectionné dans La Matinale du 11/04/2018
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Elisabeth Badinter : « Il n’y a pas de féminisme sans laïcité »

Dans un entretien au « Monde », la philosophe s’inquiète de l’offensive menée par les mouvements antiavortement au nom d’une idéologie qui défie la nature.



Le Monde
 |    12.04.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 14h37
    |

Nicolas Truong







                        



                                


                            

Philosophe, Elisabeth Badinter n’a cessé de questionner les rapports entre les hommes et les femmes et de promouvoir un féminisme progressiste et républicain. Essayiste, elle s’attache à réfuter l’idée d’un amour maternel inné (L’Amour en plus, Flammarion, 1980), à défendre une ressemblance entre les sexes (L’un est l’autre, Odile Jacob, 1986), à étudier les racines de l’emprise des religions sur le corps des femmes ou bien encore à critiquer les impasses du néoféminisme (Fausse route, Odile Jacob, 2003).
Pour Le Monde, Elisabeth Badinter revient sur le mouvement #metoo et s’alarme de l’offensive d’une nouvelle droite catholique et identitaire contre les libertés des femmes, comme le droit à l’avortement.
Interdiction des relations sexuelles entre majeurs et moins de 15 ans, allongement des délais de prescription pour les crimes sexuels sur les mineurs, élargissement de la définition du harcèlement sexuel et moral, création d’une contravention d’outrage sexiste… Le projet de loi présenté par Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, et Nicole Belloubet, ministre de la justice, va-t-il dans le bon sens ?
Je suis contente que l’on ait tenu compte des avertissements du Conseil d’Etat contre les condamnations automatiques de jeunes majeurs qui auraient des relations sexuelles avec une adolescente de moins de 15 ans. En revanche, je regrette que l’âge du consentement soit fixé si tard et souhaite vivement que l’on tienne compte des observations du planning familial concernant les différences de maturité entre adolescents de 13 à 14 ans.

Enfin, la notion d’« outrage sexiste » me paraît englober des comportements très différents. Il me semble que l’on ne devrait sanctionner que les situations dangereuses, telles un homme qui vous suit de façon agressive ou des gestes inconvenants sur le corps des femmes. Mais pas les sifflements...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Analyse. L’écologie intégrale s’impose comme l’idéologie des nouveaux catholiques décroissants, observe Nicolas Truong, responsable des pages idées-débats du « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     


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La nouvelle écologie politique de droite

Analyse. L’écologie intégrale s’impose comme l’idéologie des nouveaux catholiques décroissants, observe Nicolas Truong, responsable des pages idées-débats du « Monde ».



Le Monde
 |    12.04.2018 à 06h31
 • Mis à jour le
12.04.2018 à 10h57
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Nicolas Truong







                        



                                


                            
L’écologie est un mot accroché aux lambeaux d’un parti en haillons. C’était pourtant un beau trou de verdure dans une vie politique presque exclusivement teintée de bleu, de rouge et de brun. C’est une idée qui court toujours, du géographe Elisée Reclus à l’agronome René Dumont ; une utopie qui se propage, du « contrat naturel » conceptualisé par le philosophe Michel Serres au mouvement des Colibris lancé par l’agriculteur Pierre Rabhi.
En France, le destin de l’écologie est associé à celui d’un parti politique, Europe Ecologie-Les Verts (EELV), qui devrait être porté par la lutte contre le réchauffement climatique ou la préservation de la biodiversité, mais qui agonise de ses querelles intestines, tiraillé entre culture de gouvernement et activisme citoyen, gauchisme culturel et défense de l’environnement.
L’écologie reste toutefois un terme que l’on revendique en politique, de Jean-Luc Mélenchon à Nicolas Hulot. Mais également – et c’est plus nouveau – du côté de Laurent Wauquiez. « Il y a une écologie de droite à construire », a ainsi assuré le président des Républicains (LR) lors de l’ascension du mont Mézenc (Haute-Loire), le 3 septembre 2017.
La nature est un don de Dieu
Le local contre le global, les produits du terroir contre les cultures hors-sol, l’intégrité de la nature humaine contre la démiurgie des manipulations génétiques : il est possible de tisser bien des liens entre l’écologisme et le conservatisme.
Longtemps restée à gauche, l’écologie est une idée en train de passer à droite. Et elle s’implante au cœur de sa frange la plus radicale. Avec un concept phare, « l’écologie intégrale ». Utilisé par le pape François dans son encyclique Laudato si’ (« Loué sois-tu ») sur la « sauvegarde de la maison commune » (2015), il signifie qu’« il est fondamental de chercher des solutions intégrales qui prennent en compte les interactions des systèmes naturels entre eux et avec les systèmes sociaux ».
Si...




                        

                        

