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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Le documentariste Nicolas Peduzzi suit la dérive d’une jeune millionnaire texane, dont il cherche à comprendre les failles.
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« Southern Belle » : Taelor F., déesse du chaos

Le documentariste Nicolas Peduzzi suit la dérive d’une jeune millionnaire texane, dont il cherche à comprendre les failles.



Le Monde
 |    11.04.2018 à 07h39
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Dans ce documentaire, qui est aussi son premier long-métrage, Nicolas Peduzzi nous plonge dans le monde de Taelor F., jeune millionnaire texane qui le traverse comme un ange de l’Apocalypse. Des rondeurs camouflées dans de petites robes évasées, de jolies jambes fines invariablement juchées sur des plates-formes, des boucles d’or lui dégoulinant jusqu’au creux des reins, le sac Vuitton greffé au bras et la cigarette au bec, Taelor se pose là. Cette créature dont le regard semble s’ancrer dans la nuit des temps, qui tend au monde le miroir de son vide, de sa violence absurde, évolue au milieu d’une meute de rednecks racistes, sexistes, imbibés d’alcool, de drogue, fascinés par les armes à feu.

        Lire l’entretien avec Nicolas Peduzzi :
         

          « S’attacher à des personnages qui ont des défauts »



Nicolas Peduzzi les a suivis dans leurs virées, dont il restitue l’atmosphère chaotique par flashs. De la cocaïne partout sur la table en plein après-midi, des fusils qui traînent dans tous les coins, des bouteilles d’alcool qu’on ­siphonne au goulot. Tiens, si on allait « buter des Noirs » et « lever quelques putes », lance un des types à la cantonade. « Mais non, je blague, bébé », souffle-t-il à l’oreille de Taelor. Taelor s’en fout. Taelor est anesthésiée. Taelor est une survivante, rescapée du simulacre de télé-poubelle américaine dans lequel elle a grandi, dont elle est le pur produit.
Une certaine idée de l’enfer
Son père a fait fortune dans l’immobilier. Il est mort quand elle avait 14 ans, peu de temps après avoir divorcé de sa mère. Celle-ci aurait alors consacré son énergie à disputer à la gamine l’héritage dont elle s’est retrouvée l’unique légataire – 500 millions de dollars, tout de même –, la ­faisant interner dans un hôpital psychiatrique où on l’aurait droguée, pendant des mois, à haute dose. Le film ne cherche pas à restituer les faits dans leur exactitude. Comment le pourrait-il dans ce monde où l’idée de vérité s’est dissoute dans les vapeurs d’alcool et la morale vérolée de la télé-réalité ? A partir des bribes de récit que la jeune femme livre de son histoire, des images de son quotidien montées comme dans un reportage de MTV, il traque en revanche la vérité de son héroïne.
On retrouve la petite bande la nuit, sur un parking. Celui qui parlait de « buter des Noirs » prête son téléphone à un homme noir en détresse. C’est lui encore qu’on voit chanter à tue-tête, au clair de lune, sur le porche d’une maison de campagne, ce vieil air de country : « Les gens me demandent pourquoi je me défonce : parce que c’est une tradition familiale ! » Puis il se lance dans une longue déclaration d’amour à Taelor, célébrant cet insondable malheur qu’ils ont en partage, la force de caractère de la jeune femme, son génie singulier… Faisant mine de lui répondre, celle-ci se lance à son tour dans un monologue, tandis qu’il poursuit le sien. Aucun des deux n’écoute l’autre. Ils ne parlent que pour eux-mêmes. Une certaine idée de l’enfer émane de cette scène. Ce n’est pas la seule.
Taelor est vivante. Brisée mais bouleversante, comme sa voix qui résonne dans la salle vide d’un karaoké poisseux
Comme toutes les autres, cette nuit qui les aura aussi vus partir dans la brousse à la chasse au lièvre, à bord d’un pick-up transformé en tank de safari, fait place au jour. Taelor se réveille, découvre les bêtes tuées, disposées en rang d’oignon devant la maison. Délicatement, comme si elle ­accomplissait une forme de rituel, elle ferme les yeux de chacune. Taelor est vivante. Brisée mais bouleversante, comme sa voix qui résonne dans la salle vide d’un karaoké poisseux, chantant à pleins poumons A Change is Gonna Come, de Sam Cooke. Comme cette Marilyn des shopping malls qu’elle devient le temps d’un hit de Julio Iglesias craché par son autoradio, en se ­livrant sur le parking désert d’un hypermarché à un numéro de danse sidérant. Ressortie avec la carapace d’une héroïne de Mad Max du tas de cendres qui restait de sa vie, Taelor porte en bandoulière un désespoir teinté d’une fierté punk et chérit tout à la fois la mémoire d’un temps si proche et pourtant si lointain où elle éprouvait encore des sentiments.
Dans ce film qui, sans elle, n’aurait guère plus de profondeur qu’un reportage à la « Strip-tease », elle fait souffler un vent cassavetien. La mélancolie ravageuse qui sourd sous son masque d’indifférence la rend à la fois attachante et sublime. L’Amérique fracassée de Trump a trouvé sa Gena Rowlands.

Documentaire français de Nicolas Peduzzi (1 h 30). Sur le Web : www.septiemefactory.com/southern-belle



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Le réalisateur revient sur le tournage de son premier film, « Southern Belle », sur l’héritière d’un milliardaire texan, prénommée Taelor.
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Nicolas Peduzzi : « Le cinéma permet de s’attacher à des personnages qui ont des défauts »

Le réalisateur revient sur le tournage de son premier film, « Southern Belle », sur l’héritière d’un milliardaire texan, prénommée Taelor.



Le Monde
 |    11.04.2018 à 07h38
 • Mis à jour le
11.04.2018 à 12h18
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Une sorte de nonchalance bienvenue ambiance la rencontre avec Nicolas ­Peduzzi, auteur d’un film trash sur l’héritière d’un milliardaire texan, prénommée Taelor. Ce grand garçon calme, trompant peut-être son monde, ne donne l’impression ni de vouloir maîtriser l’art de la communication, ni d’avoir forcé le destin pour réaliser son premier long-métrage, pas davantage d’avoir remué ciel et terre pour obtenir le Grand Prix de la compétition française qui a couronné Southern Belle au Festival international du documentaire de Marseille (FID).

Comment avez-vous rencontré votre sujet ?
Je l’ai rencontré avec Taelor, son personnage principal, qui était ma petite amie pendant deux ans aux Etats-Unis. Mais elle avait de tels problèmes d’addiction qu’elle n’arrivait plus à fonctionner et moi-même je n’arrivais plus à l’aider. Malgré notre ­séparation, Taelor est quelqu’un qu’on n’oublie pas. Nous sommes restés amis. C’est un personnage tellement excentrique, tellement peu commun, à la fois si vivante et si détruite, que l’idée de faire quelque chose avec elle m’est venue très tôt, et m’a poursuivi longtemps. J’avais en tête Gena Rowlands, ce genre de femme. Sauf qu’avec Taelor, tout est réel. Et en même temps, tout tend vers la fiction : son histoire stupéfiante, son conflit atroce avec sa mère, son internement forcé, ses amis politiquement terrifiants. On ne sait d’ailleurs jamais vraiment tout à fait ce qui est vrai ou faux avec elle, et je crois qu’elle-même, parfois, ne le sait plus.
Ces personnages très « limites » animent un film qui, parce qu’il ne ­cherche pas à édulcorer leur décadence, est lui aussi très limite. Avez-vous conscience d’avoir réalisé une œuvre qui pourrait rebuter les ­spectateurs ?
Oui, bien sûr. Certains ont reproché au film son intérêt pour la « pauvre petite fille riche ». Beaucoup d’autres, heureusement, ont été touchés par Taelor, ont vu l’immense détresse qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Les réalisateurs Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval signent un documentaire rare et précieux sur la « jungle ».
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« L’Héroïque Lande » : à Calais, la fin d’un monde

Les réalisateurs Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval signent un documentaire rare et précieux sur la « jungle ».



Le Monde
 |    11.04.2018 à 07h35
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Dès 2006, le réalisateur Nicolas Klotz, en col­laboration avec Elisabeth Perceval, mettait sur le devant de la scène cinéma­tographique française la question des réfugiés et de la politique d’accueil les concernant. Le film s’intitulait La Blessure. C’était, entre l’accueil brutal à Roissy et la vie d’un squat à Paris, une fiction documentée pleine de beauté insolente et de rage poétique, qui s’in­surgeait contre la manière particulièrement violente et cynique dont on traitait, dans notre pays, la personne humaine.
Douze ans plus tard, on reconnaîtra sans mal le style enlevé, l’ambition lyrique et la position morale des coréalisateurs dans L’Héroïque Lande. La frontière brûle, nouveau film sur le sujet, passé cette fois-ci avec armes et bagages du côté documentaire, sans abandonner pour autant le souci esthétique ni les amorces de fiction.
On se trouve ici dans la « jungle » calaisienne, où douze mille réfugiés dans l’attente d’une improbable délivrance sont confinés à l’hiver 2016. Le film, tourné de janvier 2016 à février 2017, semble ­remonter des entrailles d’une ville-monde grouillante de vie, et en même temps portant avec elle très fortement les possibilités de son effacement (qui adviendra). Tentes de fortune, humanité en veille constante, boutiques précaires, tendresse des babioles et des loupiotes, froid qui mord, braseros dans la nuit, boulanger à demeure, troc de puces de téléphone, installations de bric et de broc, réchauds portatifs, tout un chez-soi bricolé les pieds dans la boue…
Une histoire souvent terrifiante
Parmi des foules indistinctes et mouvantes, des personnages reviennent. Le film est suffisamment long, suffisamment posé, pour qu’on les identifie. Ils se nomment Yared, Zeid, Dawitt, Almaz. Ils prennent l’apparence, par exemple, d’une jeune fille qui n’aime rien tant qu’à taquiner son amant et rêver d’un avenir commun plus apaisé. Ils viennent de Syrie, d’Afghanistan, d’Ethiopie, d’Erythrée. Ils parlent, par bribes, de leur histoire, souvent terrifiante, du désespoir infini qui, sournoisement, les saisit.
Ils n’en possèdent pas moins la lueur de leur jeunesse, cette légèreté en dépit de tout, cet espoir en dépit du pire, qui brûle au fond des yeux. Qu’il en faille si peu, de ces yeux, de ces visages, pour nous rappeler à notre fraternité avec eux rend, par contraste, démentielles les raisons qui cherchent à nous la faire oublier.
Yared, Zeid, Dawitt, Almaz… n’en possèdent pas moins la lueur de leur jeunesse, cette légèreté en dépit de tout, cet espoir en dépit du pire, qui brûle au fond des yeux
C’est auprès d’eux que le film se réalise, au plus près, dans ce paysage exclusif qui est le leur, circonscrit par les barbelés, creusé par la nuit, interminable comme la lande, fermé plutôt qu’ouvert sur l’horizon béant. Des policiers passent, inutilement provocateurs et agressifs devant le grand malheur du monde, dispensateurs de honte. Des bateaux et des ferries passent au loin, inaccessibles, tels de grands rêves de fer qui glissent silencieusement et s’abîment dans la brume. Pendant ce temps, la « jungle » se réduit comme peau de chagrin : première destruction de la zone sud au printemps 2016, évacuation totale à l’automne.
Il en restera donc ce film, en ceci rare et précieux, d’ailleurs plus atmosphérique qu’informatif, plus sensible aux êtres, au cadrage, aux sons, aux éléments, au paysage qu’à la tenue d’une chronique ­digne de ce nom. Son propos, d’évidence, fut d’accompagner, de conférer une tenue, de mettre un peu de beauté dans ce désordre, de rendre ceux-là que nous ne voyons pas à leur humanité, c’est-à-dire à notre condition ­commune. La musique – Rihanna (Diamonds), Christophe (Dangereuse), Brahms (Concerto pour piano n° 2), Leonard Cohen (Stanger Song) – y aide beaucoup. L’Héroïque Lande nous fait ainsi entrer à pas de loup dans ces temps futurs qui ont déjà commencé, dans cette ère où il faudra, décidément, choisir de vivre ou de mourir ensemble sur cette lande qu’on appelle la terre, et qu’il dépend encore un peu de nous qu’elle nous nourrisse ou qu’elle nous vomisse.
Exister ou disparaître, telle est l’unique dramaturgie de ce film, telle est l’unique question qu’il nous pose. La « jungle » a été rasée. Un homme seul, silhouette gracieuse, danse sur le rivage. Derrière lui, un bateau, le dernier peut-être, traverse l’écran. Tout est calme, tout est pâle. Leonard chante. Une brume blanche estompe la frontière entre terre et mer, dévore le paysage. Nous sommes à la fin du monde. A moins que ce ne soit le début d’un autre.

Documentaire français de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval (3 h 45). Sur le Web : www.shellac-altern.org/films/437



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ La cinéaste s’essaie à la sitcom familiale dans l’environnement explosif de South Central.
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« Kings » : Deniz Gamze Ergüven perdue dans un ghetto

La cinéaste s’essaie à la sitcom familiale dans l’environnement explosif de South Central.



Le Monde
 |    11.04.2018 à 07h34
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Un moment, on croit retrouver ce qui faisait la force de Mustang, le premier long-métrage de Deniz Gamze Ergüven : un intérieur surpeuplé où se frottent, se caressent et se heurtent des êtres qui n’osent s’aventurer dans le monde. Mais Kings se situe loin des rivages de la mer Noire, où grandissaient les jeunes filles de Mustang. Le territoire sur lequel s’est aventurée la réalisatrice turque (désormais française, aussi) est l’un des plus périlleux qui s’offre aux cinéastes qui ne sont pas nés dans la communauté afro-américaine. On est à South Central, ghetto de Los Angeles, en 1992, dans les jours qui précèdent le verdict dans le procès des policiers qui ont torturé l’automobiliste afro-américain Rodney King. Et malgré la bravoure de l’auteure, il n’est guère de piège que tend cet environnement explosif dans lequel elle ne tombe.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Deniz Gamze Ergüven, cinéaste de toutes ses forces



L’intérieur, c’est l’appartement de Millie (Halle Berry). C’est une femme merveilleuse : elle a recueilli une demi-douzaine d’enfants (orphelins, fils ou filles de détenus, de toxicomanes…), et, pour nourrir tout ce monde, fait cuire des gâteaux qu’elle livre dans le quartier. Les aînés sont adolescents, les petits parlent à peine. C’est donc en campant ce décor que la réalisatrice entretient, un temps, l’espoir du spectateur. Halle Berry joue une femme toujours sur le point d’être débordée (par ses ouailles, l’administration, le temps qui passe), et, dans le petit espace où vit la fratrie improvisée, on devine les dynamiques qui unissent ou divisent les enfants.

        Lire le portrait (paru en juin 2015) :
         

          Deniz Gamze Ergüven, impatiente inflexible



Le projet de Deniz Gamze Ergüven n’est pas de faire de ce microcosme l’image du monde qui bouillonne à l’extérieur, mais plutôt d’organiser l’affrontement entre ces deux univers. C’est ce mouvement qui défait le film.
Ruptures de ton
Au tout début de Kings, elle choisit de mettre en scène la mort de Latasha Harlins, survenue au printemps 1991. L’adolescente afro-américaine fut tuée d’une balle dans la tête par une boutiquière née en Corée, qui accusait la jeune fille d’avoir volé une brique de jus d’orange. La tireuse fut condamnée à une amende et à des travaux d’intérêt général. Comment faire tenir dans le même espace l’espèce de sitcom familiale qu’esquisse la réalisatrice au début de son film et la tragédie qui gronde, des mois durant, avant d’exploser, à partir du 29 avril 1992, date de l’acquittement des policiers qui avaient passé à tabac Rodney King ?
La tâche était surhumaine. Deniz Gamze Ergüven ne l’a pas allégée en introduisant dans son récit un personnage et des ruptures de ton qui finissent par empêcher de le prendre tout à fait au sérieux. Le personnage, c’est celui d’Obie (Daniel Craig), un écrivain qui se définit comme le seul Blanc du quartier. Peut-être est-il venu à South Central pour nourrir son inspiration – à moins que les loyers du reste de la métropole ne l’aient contraint à ce choix. Le scénario n’en dira rien, pas plus que ce qui conduit Millie à se comporter comme une dame patronnesse du ghetto, incapable de résister aux attraits d’un cas social.
Virage burlesque
Ces zones d’ombre du scénario ne laissent qu’une explication plausible à l’idylle qui se noue entre Millie et Obie : pour ses débuts à Hollywood (enfin, dans les alentours), on ne peut gâcher le concours de deux têtes d’affiche. Peut-être parce que Deniz Gamze Ergüven est consciente de l’incongruité de la situation (on parle d’un épisode de guerre civile, qui a conduit à la destruction du cadre de vie de dizaines de milliers de personnes, et le film s’en sert pour esquisser une comédie romantique entre Catwoman et 007), Kings prend alors un virage burlesque, le long d’une séquence qui voit les deux vedettes enchaînées à un lampadaire par un policier, et leur libération grâce aux performances athlétiques de la star masculine, qui, pour arriver à ses fins, a besoin de débarrasser sa collègue de son pantalon.
Le geste est audacieux, mais on se souviendra surtout de son effet destructeur. Ce qu’il y a de convaincant dans Kings (entre autres le personnage de Nicole, que joue Rachel Hilson, adolescente en voie d’autodestruction) est comme effacé par les dérapages qui font sortir le film du chemin que semblait s’être assigné la réalisatrice.

Film français et chinois de Deniz Gamze Ergüven. Avec Halle Berry, Daniel Craig, Lamar Johnson, Rachel Hilson (1 h 31). Sur le Web : www.advitamdistribution.com/films/kings



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Onze ans après le 4e volet de la saga de Luc Besson, le nouvel opus, avec une équipe d’acteurs renouvelée, peine à convaincre.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

« Taxi 5 » : retour sans vrombissement dans la cité phocéenne

Onze ans après le 4e volet de la saga créée par Luc Besson, le nouvel opus, avec une équipe d’acteurs renouvelée, peine à convaincre.



Le Monde
 |    11.04.2018 à 07h32
 • Mis à jour le
11.04.2018 à 08h04
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Les franchises comiques françaises à fort capital de sympathie se comptent sur les doigts d’une main. Leur bonne santé transgénérationnelle explique leur tendance, même tardive, à la résurrection, rarement pour le meilleur. Les Bronzés étaient ainsi réapparus en 2006, après vingt-sept ans d’éclipse, Les Visiteurs en 2016, à la suite de dix-huit années d’errance spatio-temporelle. Rien d’inoubliable. Il ne manquait plus que Taxi, comédie d’action marseillaise imaginée, écrite et coproduite en des temps préhis­toriques par Luc Besson, dont la course, inaugurée sous la ­conduite de Gérard Pirès, en 1998, fut stoppée au quatrième titre, en 2007, alors que Gérard Krawczyk était au volant. Le rapport de rentabilité en explique peut-être l’arrêt, le premier opus, financé à hauteur de 8 millions d’euros, ayant généré 6,5 millions de spectateurs, le quatrième « chutant » à 4 millions d’entrées pour une mise de 17 millions d’euros.
L’écurie « Taxi » revient aujourd’hui, mais se distingue – comme le souligne le titre, « La Relève » – en misant sur le renouvellement de ses équipes
En tout état de cause, l’écurie Taxi revient aujourd’hui, mais se distingue – comme le souligne le titre, La Relève – en misant sur le renouvellement de ses équipes. Exit, donc, Samy Naceri (Daniel, le dingue), Frédéric Diefenthal (Emilien, le gentil flic) et Marion Cotillard (Lily, la fiancée du précédent), celle-ci ayant déjà pris la poudre d’escampette au film précédent. Bernard Farcy (l’indécrottable commissaire Gilbert) est donc un des rares survivants – encore a-t-il dû quitter la police pour exercer sa sagacité comme maire de Marseille. Tout cela relève donc de la prise de risques, étant donné la popularité que ce quatuor avait conquise dans le cœur des fans de la franchise.
Luc Besson, qu’on retrouve à la coécriture du film, a visiblement voulu passer un coup de peinture fraîche sur le véhicule (qui reste curieusement une Peugeot 407, alors que tout change autour d’elle) et parler aux nouvelles ­générations. Franck Gastambide a donc été choisi pour réaliser le film, fort du succès de ses deux longs-métrages, Les Kaïra (2012) et Pattaya (2016), dispensateurs d’une image plus contemporaine de l’humour des cités. Il y interprète un super-flic parisien muté à la police municipale marseillaise. A ses côtés se trouve ­l’humoriste Malik Bentalha, alias Eddy Maklouf, censément le petit-neveu du mythique Daniel. Se glisse également Sabrina Ouazani, qui interprète la sœur de ce dernier, par ailleurs gonfleuse de moteur hors pair.
Un tandem qui manque de jus
Les méchants étrangers du jour – après être venus de Germanie, du Japon, de Chine et de Belgique – sont des mafieux napolitains dévalisant, au volant de bolides transalpins, les joailleries de la cité phocéenne. Toutefois, le résultat de cette nouvelle alchimie ne ­convainc pas vraiment. Le film semble moins écrit, les personnages moins attachants, l’intrigue est délaissée, les dialogues inégaux, l’action sans éclat. Le tandem principal manque de jus, avec un Franck Gastambide qui prend le volant sans retrouver le feu et la dinguerie du conducteur originel, et un Malik Bentalha qui paie son écot comique (rendant grâce à Elie Semoun) sans trouver la profondeur d’un caractère. Quant aux méchants – viendraient-ils de la série Gomorra –, ils manquent ­singulièrement de tenue.
La meilleure part du film vient donc de la fine équipe de la police municipale marseillaise et de ses remarquables interprètes. Cons­tituée d’un idiot logorrhéique, d’un nain agressif, d’une obèse nymphomane, d’un pervers incontrôlable et d’un grand dadais adepte des farces et attrapes, cette exécrable bande de seconds couteaux élève l’humour lourdingue du film (un festival de vomi, de caca et de crachats) vers l’absurde et le cartoon, horizon dont il eût été plaisant qu’il prenne plus hardiment la direction.

Film français de Franck Gastambide. Avec Franck Gastambide, Malik Bentalha, Bernard Farcy, Ramzy Bedia, Sabrina Ouazani (1 h 42). Sur le Web : www.europacorp.com/fr/films/taxi5 et www.arpselection.com/category/tous-nos-films/comedie/taxi-5-429.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda mène une réflexion austère sur l’éthique et la justice.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

« The Third Murder » : un coupable trop parfait

Le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda mène une réflexion austère sur l’éthique et la justice.



Le Monde
 |    11.04.2018 à 07h31
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Un homme a été arrêté pour un meurtre brutal, celui de son patron, assommé et brûlé. Son avocat utilise tous les ressorts de la procédure pour accroître sa notoriété, tout en essayant de découvrir la vérité. En plein milieu de son procès, l’accusé, qui risque la peine de mort, va revenir, en effet, sur ses propres aveux.
Qu’est-ce qui guide ce comportement inattendu ? L’avocat, dont la pureté des intentions apparaît parfois douteuse, est-il lui-même l’objet d’une manipulation orchestrée par un personnage particulièrement pervers ?
Dimension démonstrative et rhétorique
Le nouveau film de Kore-eda est tout autant une austère réflexion sur l’éthique et la justice qu’une interrogation proprement métaphysique sur la notion de culpabilité elle-même. Le meurtre est-il justifiable ? Le Mal est-il toujours absolu ? La dimension un peu démonstrative et rhétorique de The Third Murder est compensée par l’intense interprétation de Koji Yakusho, le comédien fétiche d’Imamura sur ses derniers films ainsi que de Kiyoshi Kurosawa.
Film japonais d’Hirokazu Kore-eda. Avec Koji Yakusho, Masaharu Fukuyama, Suzu Hirose (2 h 05). Sur le Web : www.le-pacte.com/france/news/detail/the-third-murder



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Pour son premier long-métrage en tant que réalisateur, l’acteur Nicolas Giraud s’abîme dans l’image de la jeune Clara Ponsot.
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« Du soleil dans mes yeux » : trop jolie pour être vraie

Pour son premier long-métrage en tant que réalisateur, l’acteur Nicolas Giraud s’abîme dans l’image de la jeune Clara Ponsot.



Le Monde
 |    11.04.2018 à 07h29
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
S’il y a bien une chose qui s’exprime dans ce premier long-métrage de l’acteur Nicolas Giraud, c’est la fascination que lui inspire Clara Ponsot, jeune actrice qu’il scrute sous toutes les coutures pendant une heure et demie, magnifiant dans chaque plan son corps sensuel, son visage pulpeux, ses grands yeux de chat…
Pour cette raison même, on peine à croire au personnage qu’elle incarne : une jeune veuve traumatisée, fraîchement sortie d’un long séjour en hôpital psychiatrique, qui vient récupérer, après une longue période de séparation, son fils chez sa belle-mère (Hélène Vincent), et fait la connaissance d’un marin de passage (interprété par Nicolas Giraud lui-même, qui est à l’origine acteur).
Drame psychologique naturaliste
Quand bien même y croirait-on qu’on aurait du mal à s’y intéresser tant ce drame psychologique naturaliste semblant sorti du tréfonds des années 1990 laisse peu de place au spectateur : jeu d’acteurs tout en componction, dialogues chuchotés, lumière poudrée estompant la misère des décors, intimisme douceâtre, non-dits qui en disent long… Ecrasée par tant d’esprit de sérieux, verrouillée par une dramaturgie mécanique, l’intrigue en reste au stade de l’esquisse. Une manière comme une autre d’inviter le public à s’abîmer dans l’image de la jolie Clara Ponsot.

Film français de Nicolas Giraud. Avec Clara Ponsot, Hélène Vincent, Nicolas Giraud (1 h 26). Sur le Web : www.mc4-distribution.fr/film.php?id_film=2



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Chaque semaine, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 10/04/2018
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De « L’Ile aux chiens » à la « jungle » de Calais : un mercredi au cinéma

Chaque semaine, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    11.04.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
11.04.2018 à 07h54
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Nos trois coups de cœur ce mercredi : le film d’animation de Wes Anderson et deux documentaires français.
CRÉDO CANIN POUR LA DIGNITÉ DES VIVANTS : « L’Ile aux chiens », de Wes Anderson

L’animation réussit bien à Wes Anderson, dandy texan et auteur d’une petite dizaine de films élégants et tirés à quatre épingles. Huit ans après Fantastic Mr. Fox (2010), c’est la deuxième fois qu’il s’adonne à l’animation en volume.
L’Ile aux chiens se déroule dans un Japon dystopique, pays réinventé dont l’esthétique cérémonieuse offre un terrain de jeu idéal aux compositions frontales et guindées du cinéaste. Dans la mégalopole fantaisiste de Megasaki, le maire Kobayashi décrète le bannissement de tous les chiens sur une île-décharge du littoral, à la suite d’une épidémie de grippe canine qui sème l’insalubrité. Par démagogie, il y envoie son chien, nommé Spots. C’est compter sans l’attachement de son fils, Atari, qui fugue illico en direction de l’île pour retrouver son compagnon.
Une effervescence romanesque menée tambour battant, où le simple fait de raconter devient en soi une entreprise gigogne et ludique, dans un contexte de mise au rebut des objets comme des êtres vivants qui est quant à lui clairement politique. Mathieu Macheret
« L’Ile aux chiens », film d’animation américain et allemand de Wes Anderson. Avec les voix de Bryan Cranston, Edward Norton (1 h 41).
CALAIS, PAVANE POUR UNE « JUNGLE » DÉFUNTE : « L’Héroïque Lande », de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval

Images de la « jungle » calaisienne, où douze mille réfugiés dans l’attente d’une improbable délivrance sont confinés à l’hiver 2016. Les cinéastes Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval les ont rejoints. Le film, tourné de janvier 2016 à février 2017, semble ­remonter des entrailles d’une ville-monde grouillante de vie, et en même temps portant les possibilités de son effacement (qui adviendra).
Tentes de fortune, humanité en veille constante, boutiques précaires, tendresse des babioles et des loupiotes, froid qui mord, braseros dans la nuit, boulanger à demeure, troc de puces de téléphone, installations de bric et de broc, réchauds portatifs, tout un chez-soi bricolé les pieds dans la boue. Parmi des foules indistinctes et mouvantes, des personnages reviennent. Le film est assez long, suffisamment travaillé pour qu’on les identifie. Ils ont la lueur de la jeunesse, cette légèreté en dépit de tout, cet espoir en dépit du pire, qui brûle au fond des yeux. Qu’il en faille si peu, de ces yeux, de ces visages, pour nous rappeler à notre fraternité avec eux rend, par contraste, démentielles les raisons qui cherchent à nous la faire oublier.
Film infiniment précieux donc, qui confère une tenue, met un peu de beauté dans notre désordre, rend ceux-là mêmes qu’on voudrait nous interdire de voir à leur humanité, à leur fragilité, c’est-à-dire à notre condition ­commune. Jacques Mandelbaum
« L’Héroïque Lande », documentaire français de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval (3 h 45).
SUPERHÉROÏNE DU MAUVAIS RÊVE AMÉRICAIN : « Southern Belle », de Nicolas Peduzzi

Dans ce documentaire, qui est aussi son premier long-métrage, Nicolas Peduzzi nous plonge dans le monde de Taelor F., jeune millionnaire texane qui le traverse comme un ange de l’Apocalypse. Des rondeurs camouflées dans de petites robes évasées, de jolies jambes fines invariablement juchées sur des plates-formes, des boucles d’or lui dégoulinant jusqu’au creux des reins, le sac Vuitton greffé au bras et la cigarette au bec, Taelor se pose là.
Elle est une survivante, rescapée du simulacre de télé-poubelle dans lequel elle a grandi, dont elle est le pur produit. Son père a fait fortune dans l’immobilier. Il est mort quand elle avait 14 ans, peu de temps après avoir divorcé de sa mère. Celle-ci aurait alors consacré son énergie à disputer à la gamine l’héritage dont elle s’est retrouvée l’unique légataire.
Dans ce film qui, sans elle, n’aurait guère plus de profondeur qu’un reportage à la « Strip-tease », elle fait souffler un vent cassavetien. La mélancolie ravageuse qui sourd sous son masque d’indifférence la rend à la fois attachante et sublime. L’Amérique fracassée de Trump a trouvé sa Gena Rowlands. Isabelle Regnier
« Southern Belle », documentaire français de Nicolas Peduzzi (1 h 30).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 11 avril)
L’Héroïque Lande. La frontière brûle, documentaire français de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval (à ne pas manquer)L’Ile aux chiens, film d’animation américain et allemand de Wes Anderson (à ne pas manquer)Southern Belle, documentaire français de Nicolas Peduzzi (à voir)Kings, film français et chinois de Deniz Gamze Ergüven (pourquoi pas)Luna, film français d’Elsa Diringer (pourquoi pas)Taxi 5 : La Relève, film français de Franck Gastambide (pourquoi pas)The Third Murder, film japonais d’Hirokazu Kore-eda (pourquoi pas)Du soleil dans mes yeux, film français de Nicolas Giraud (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
On a 20 ans pour changer le monde, documentaire français d’Hélène MédiguePlutôt mourir que mourir, documentaire français de Natacha NisicSherlock Gnomes, film d’animation américain de John Stevenson





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ La 15e édition du rendez-vous du moyen-métrage a récompensé Guillaume Lillo et Hendrick Dusollier.
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Au festival de cinéma de Brive, la splendeur du tri sélectif

La 15e édition du rendez-vous du moyen-métrage a récompensé Guillaume Lillo et Hendrick Dusollier.



Le Monde
 |    10.04.2018 à 09h25
 • Mis à jour le
10.04.2018 à 10h55
    |

                            Murielle Joudet (Brive (Corrèze)








                        



   


« Faire du cinéma, ça sert à apprendre à vivre, ça sert à faire un lit ». Cette réplique que Jean Eustache faisait dire à Jean-Pierre Léaud dans La maman et la putain nous est revenue en tête, dimanche 8 avril, lors de la remise du Grand prix au Festival du moyen-métrage de Brive qui fêtait ses 15 ans. Le jury, présidé par Romane Bohringer, a récompensé Rémy, de Guillaume Lillo. Sur scène, le cinéaste très ému qui montrait pour la première fois son film au public soulignait malicieusement qu’il avait été « fait dans un lit pendant un an ». Faire du cinéma, c’est apprendre à se remettre au lit.
Pour autant, Rémy laisse croire que le cinéaste a dû se lever pour pouvoir filmer l’errance dépressive de son personnage qui n’apparaît jamais à l’écran (c’est lui qui porte la caméra). Rémy, cloîtré dans la maison vide de ses parents, rumine son mal-être, parle à son chat prénommé Michigan, se promène dans une forêt enneigée tandis qu’une amie lui envoie les vidéos de ses vacances paradisiaques. On pense à l’écriture intime et minimale d’un Alain Cavalier plongée dans une humeur neurasthénique. Seule une voix off est là pour nous guider à travers ce bain d’images et de sensations : présences fugaces d’animaux, chouette, biche blessée, poule, cadavre de marmotte, marche sur un lac gelé qui se craquèle et engloutit le héros, trajet nocturne en voiture, fêtes de fin d’année passées en solitaire.

        Lire le reportage :
         

          Les moyens-métrages trouvent refuge en Corrèze



Le journal quotidien de Rémy dresse peu à peu le portrait d’un personnage à l’humour acide et à la mélancolie féroce et onirique. Mais si ça n’était que ça. Car il est difficile d’évoquer Rémy sans dévoiler son concept, révélé par le générique final. Guillaume Lillo n’a tourné aucune image, tout provient d’extraits de vidéos téléchargées sur internet et le résultat est confondant. En trente minutes, Rémy se fait l’exemple éblouissant d’un onirisme recyclé : il n’y aurait plus qu’à se servir dans l’inépuisable marmite d’images qu’est YouTube, puiser dans les images surabondantes des autres pour faire un film. Cette prouesse alitée fut l’un des grands moments du festival.
Un journal en caméra portée
C’est un autre onirisme mâtiné de malice qu’est venu récompenser le Prix du jury. Derniers jours à Shibati, d’Hendrick Dusollier, primé au Cinéma du réel 2017, est comme Rémy, un journal en caméra portée. Le cinéaste s’égare en Chine dans l’immense ville de Chongqing et plus particulièrement dans un des quartiers les plus pauvres de la ville voué à la démolition. Pour tout bagage, le cinéaste a sa caméra, un appareil photo et quelques insuffisants rudiments de chinois. Il aime à se perdre dans les ruelles infestées de détritus où s’entassent des habitants joyeux et hospitaliers qui s’amusent de cet Occidental mutique. Pour eux, la présence d’un filmeur est forcément liée à son imminente disparition, laissant planer l’idée émouvante qu’on ne filme jamais que ce qui s’apprête à disparaître.
On devine que le cinéaste n’a pu véritablement découvrir son film qu’au moment de traduire la matière récoltée, bien après son voyage. Ce simple fait rend Derniers jours à Shibati extrêmement attachant car contrairement à beaucoup de documentaires qui, trop souvent, pêchent par excès de surplomb, c’est ici ceux qui sont filmés qui guident le filmeur. Hendrick Dusollier se met en situation de faiblesse, ne cherche rien en particulier et cela lui permet de trouver, de provoquer la rencontre avec un jeune enfant, un coiffeur ou encore une vieille dame qui entasse dans un coin, qu’elle surnomme la « maison des rêves », les objets trouvés dans les poubelles du quartier, composant une sorte de petit musée où son imaginaire peut se promener sans entraves.

        Lire le compte-rendu de l’édition 2017 du festival :
         

          A Brive, des acteurs, des marginaux et un cadavre exquis



« C’est ce qu’on appelle du tri sélectif […] C’est la maison de mes pensées, comme je n’ai pas de maison à moi […] J’imagine tout donc j’ai tout ». Le cinéaste revient tous les six mois prendre des nouvelles de la galerie de personnages qui l’a peu à peu adopté. Le quartier enfin démoli, les habitants sont relogés dans des appartements. Dans son message de remerciements, le cinéaste nous apprendra qu’il continue de filmer la vieille dame relogée chez son fils. Celle-ci, désormais loin de la « maison des rêves », empêchée de trouver dans les déchets des autres la matière de ses rêveries, s’ennuie.



Sur le Web : www.festivalcinemabrive.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le nouveau film de Wes Anderson évoque l’exclusion dans un Japon dystopique où les chiens sont bannis sur une île-décharge.
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« L’Ile aux chiens » : résistance canine à la mise au rebut

Le nouveau film de Wes Anderson évoque l’exclusion dans un Japon dystopique où les chiens sont bannis sur une île-décharge.



Le Monde
 |    10.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
11.04.2018 à 17h38
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
L’animation réussit bien à Wes Anderson, dandy texan et auteur d’une petite dizaine de films élégants et tirés à quatre épingles. Huit ans après Fantastic Mr. Fox (2010), c’est la deuxième fois qu’il recourt au stop-motion (« animation en volume »), technique qui consiste à photographier image par image des figurines façonnées à la main, dans des décors en modèles réduits. Façon de se débarrasser du corps des comédiens et d’évacuer toute matière vivante, pour laisser libre cours à ses obsessions ornementales (on a parfois reproché à Wes Anderson de construire ses films comme des maisons de poupées) ? Non, car l’animation touche au cœur de ce cinéma ­maniaque, qui voit dans la fixité le comble du mouvement, dans la pose l’apogée du geste, dans l’image la pointe du récit, et retrouve le vivant par des voies détournées. L’animation renvoie surtout à la primeur enfantine des fables, de celles qui n’hésitent pas, par exemple, à faire dialoguer humains et animaux, comme issus d’un même moule.

        Lire la rencontre :
         

          Wes Anderson, le maître-chien



L’Ile aux chiens se déroule dans un Japon dystopique, pays réinventé dont l’esthétique cérémonieuse offre un terrain de jeu idéal aux compositions frontales et guindées du cinéaste. Dans la mégalopole fantaisiste de Megasaki, le maire Kobayashi décrète le bannissement de tous les chiens sur une île-décharge du littoral, à la suite d’une épidémie de grippe canine qui sème l’insalubrité. Par démagogie, il y envoie son chien, nommé Spots. C’est sans compter sur l’attachement de son fils, Atari, qui fugue illico en direction de l’île pour retrouver son compagnon. Sur place, il s’allie avec cinq chiens galeux, et plus particulièrement avec Chef, le maverick de la bande, dans une quête mettant bientôt au jour les malversations électoralistes de Kobayashi.
Un récit à tiroirs
Mais retracer ainsi l’intrigue centrale ne rend pas complètement justice à un récit à tiroirs, qui se déploie en une riche arborescence de flash-back et de digressions enchevêtrés. Le film multiplie les protocoles narratifs et scéniques, jusqu’à cette idée jubilatoire de mettre en scène, pardes commentateurs assermentés, la traduction du japonais (langue des personnages) vers l’anglais (langue originale du film). De plus, l’odyssée des chiens se trouve innervée par un réseau de sous-intrigues, retraçant les divers courants de résistance qui s’opposent à l’édile tyrannique : un groupuscule de jeunes ­activistes « pro-chiens », un parti d’opposition muselé, un scientifique (le professeur Watanabe) sur la voie d’un vaccin… Le tout dans une effervescence romanesque menée tambour battant, où le simple fait de raconter devient en soi une entreprise gigogne et ludique.

   


La plus grande beauté de L’Ile aux chiens réside toutefois dans son rendu plastique, ayant la richesse d’une grande symphonie de formes et de matières. L’exubérance décorative d’Anderson, ici démultipliée, enlumine chaque image d’une multitude de détails picturaux, qui sollicitent l’œil du spectateur dans une grande orgie de signes. On est convié à « toucher » l’image du regard, à se promener dans ses labyrinthes et ses synesthésies : le pelage pouilleux des chiens, les ordures et la vermine de l’île, les nuages filandreux de poussière, les luisances… Autant de textures suggérées par l’emploi d’autres matériaux et merveilleusement figurées par le talent des animateurs-sculpteurs.
Un terrain politique
Pourtant, cette efflorescence formelle se fonde bel et bien sur un terrain politique – chose jusqu’alors assez inhabituelle dans le cinéma de Wes Anderson. Si le personnage du maire évoque clairement la récente vague des leadeurs populistes, l’exclusion et la relégation des chiens, parqués dans une jungle à ciel ouvert, semblent désigner une autre forme d’actualité : celle des crises migratoires qui font des ravages un peu partout dans le monde.
Plus largement, l’île apparaît comme le symptôme général d’une mise au rebut, dont le monde occidental est devenu le producteur massif ; rebut matériel, animal, humain, sans quoi les grandes métropoles ne savent plus prospérer, et signe d’un dérèglement profond, à l’image des monstrueux amoncellements de déchets qui parsèment la décharge. Contre cela et contre toute démagogie politique, les personnages de Wes Anderson nous montrent la seule réponse appropriée : résistance, recherche, empathie, intelligence et loyauté.

Film d’animation américain et allemand de Wes Anderson. Avec les voix de Bryan Cranston, Edward Norton (1 h 41). Sur le Web : www.isleofdogsmovie.com et www.facebook.com/20thCenturyFoxFrance

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 11 avril)
L’Héroïque Lande. La frontière brûle, documentaire français de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval (à ne pas manquer)L’Ile aux chiens, film d’animation américain et allemand de Wes Anderson (à ne pas manquer)Southern Belle, documentaire français de Nicolas Peduzzi (à voir)Kings, film français et chinois de Deniz Gamze Ergüven (pourquoi pas)Luna, film français d’Elsa Diringer (pourquoi pas)Taxi 5 : La Relève, film français de Franck Gastambide (pourquoi pas)The Third Murder, film japonais d’Hirokazu Kore-eda (pourquoi pas)Du soleil dans mes yeux, film français de Nicolas Giraud (on peut éviter)
Nous n’avons pas vu :
On a 20 ans pour changer le monde, documentaire français d’Hélène MédiguePlutôt mourir que mourir, documentaire français de Natacha NisicSherlock Gnomes, film d’animation américain de John Stevenson





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Le minutieux cinéaste américain revient sur la genèse de sa fable cinéphile et cynophile, « L’Ile aux chiens ».
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Wes Anderson, le maître-chien

Le minutieux cinéaste américain revient sur la genèse de sa fable cinéphile et cynophile, « L’Ile aux chiens ».



Le Monde
 |    10.04.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
10.04.2018 à 08h01
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

Rue du Regard : joli nom pour un rancard. C’est là, dans ses bureaux du 6e arrondissement de Paris, que Wes Anderson assure sans ciller la promotion de L’Ile aux chiens, son neuvième long-métrage. Cette éblouissante dystopie canino-nippone tournée en stop-motion a tapé dans l’œil de tous nos confrères, des plus « waf waf » aux plus sérieux. « Entretien royal, dossier canin », titre Sofilm ; « Royal canin », aboient Les Inrocks ; « Le maître de marionnettes », glapissent Les Cahiers du cinéma… Chez l’intervieweur passant après ce carambolage médiatique, le doute s’installe : et si le cador du cinéma indépendant, à court de salive, avait distribué ailleurs ses meilleurs coups de langue ?

En guise de croquette, nous déboulons muni d’un gadget chipé non chez Pif, mais chez PUF : l’astucieux traité de philosophie canine de Mark Alizart, Chiens (Presses universitaires de France, 144 pages, 9 euros). Pif, paf, pof, Anderson saisit l’ouvrage, qu’il découvre avec une bienveillance de labrador. Il faut dire que le livre a de quoi faire remuer quelques queues : notre meilleur ami, écrit Alizart, serait le seul animal à avoir « appris à deviner l’intention des hommes en observant leur “sclérotique”, le trait blanc qui cerne l’iris ». Rue du Regard, cette hypothèse fait tilt : « L’amour canin ne serait donc littéralement qu’une question de point de vue ? Whaou ! », jappe Anderson.

L’homme se dit moins cynophile que cinéphile, cependant : « J’ai grandi jusqu’à 14 ans avec des chiens, mais Roman Coppola et Jason Schwartzman, mes deux coscénaristes, les adorent bien plus que moi. C’est d’abord l’amour du Japon et de son cinéma qui nous a réunis. Cela dit, le point de départ du film est canin : à Londres, je passais tous les jours devant un endroit appelé “L’île aux chiens”. Nous avons brodé une histoire à partir de ça. »

« Nous avons...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Premier blockbuster de l’univers cinématographique Marvel mettant en scène un superhéros noir, le long-métrage est encore quatrième après huit semaines en salles.
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« Black Panther » dépasse « Titanic » au box-office nord-américain

Premier blockbuster de l’univers cinématographique Marvel mettant en scène un superhéros noir, le long-métrage est encore quatrième après huit semaines en salles.



Le Monde
 |    10.04.2018 à 03h15
 • Mis à jour le
10.04.2018 à 07h18
   





                        



   


A l’issue du week-end, le film Black Panther continue à faire tomber les records au box-office en Amérique du Nord, selon les chiffres de la société Exhibitor Relations publiés lundi 9 avril. Premier blockbuster de l’univers cinématographique Marvel mettant en scène un superhéros noir, le long-métrage est encore quatrième après huit semaines en salles. Il a rapporté 8,7 millions entre vendredi et dimanche, soit un total de 665,6 millions de dollars aux Etats-Unis et au Canada depuis sa sortie.

        Lire la critique :
         

          Avec « Black Panther », l’Afrique a enfin son super-héros sur grand écran



Il dépasse ainsi Titanic (1997) qui avait accumulé 659 millions de dollars en Amérique du Nord, et se place en troisième position des plus grosses recettes nord-américaines de tous les temps. Il reste dépassé par Avatar (2009) et Star Wars : Le réveil de la force (2015), avec 760 millions de dollars accumulés par le premier et 936,7 pour le second.
A l’échelle mondiale, c’est Avatar qui détient le record historique avec 2,8 milliards de dollars de recettes, suivi par Titanic, (2,2 milliards), tous deux ayant été réalisés par James Cameron. Black Panther n’est encore que dixième du classement des records mondiaux.

        Lire le récit :
         

          « Black Panther » bouscule les schémas hollywoodiens






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Fragilisés par les baisses de financement et les délocalisations, des professionnels de la post-production protestent à un mois de l’événement.
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Monteurs, mixeurs et bruiteurs en grève avant le Festival de Cannes

Fragilisés par les baisses de financement et les délocalisations, des professionnels de la post-production protestent à un mois de l’événement.



Le Monde
 |    09.04.2018 à 17h45
 • Mis à jour le
10.04.2018 à 12h39
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


C’est l’autre grève, inattendue, invisible du public, mais qui pourrait donner quelques sueurs froides aux producteurs de cinéma, à un mois du Festival de Cannes (du 8 au 19 mai). Des monteurs, des monteurs son, des bruiteurs et des mixeurs ont décidé de faire grève, du 10 au 12 avril, pour dénoncer l’évolution de leurs conditions de travail. Ces professionnels de la post-production, qui interviennent après le tournage, dans l’ombre, veulent faire valoir leur rôle dans le processus de fabrication d’un film, alors que les délocalisations du montage-son, du bruitage et du mixage, tout particulièrement vers la Belgique, menacent tout un pan de l’industrie française du cinéma.

        Lire le décryptage :
         

          Calendrier modifié et interdiction des selfies sur le tapis rouge pour Cannes 2018



La mobilisation est soutenue par l’Association des artistes bruiteurs (ADAB), l’Association des mixeurs (ADM), l’Association française du son à l’image (AFSI) et Les Monteurs associés (LMA), tandis qu’une assemblée générale est prévue mardi 10 avril à la Maison des Métallos, à Paris.
La grève ne s’est pas déclenchée du jour au lendemain, elle a fini par s’imposer, explique Didier Lesage, président de l’Association des mixeurs. « Cela fait deux ans que nous alertons les syndicats de producteurs que sont l’UPC, le SPI et l’API. On le sait, il y a moins d’argent dans le cinéma. Mais les métiers de la post-production, qui ont toujours été moins organisés, sont aujourd’hui particulièrement fragiles. »
Négociation délicate
Chacun de ces métiers a une histoire spécifique. Les revendications des mixeurs ne sont pas tout à fait les mêmes que celles des monteurs, ce qui rend la négociation délicate. Mais il existe un dénominateur commun. Contrairement aux professionnels du tournage, qui constituent un collectif sur un plateau et peuvent installer un rapport de force face au producteur ou au réalisateur, les monteurs, mixeurs et bruiteurs se trouvent dans des relations plus individualisées, qui peuvent générer des inégalités.
La profession de monteur, historiquement féminine, a toujours été sous-payée. Les indemnités repas ne sont pas toujours versées, et les heures supplémentaires pas souvent – parfois même jamais – payées. En revanche, les mixeurs, issus pour la plupart des grandes écoles de cinéma (Fémis, Louis-Lumière…), sont davantage considérés et mieux lotis financièrement, de même que les bruiteurs, perles rares puisqu’ils ne sont qu’une trentaine dans le cinéma français. Pour son travail sur un film, un mixeur peut ainsi gagner 3 000 euros par semaine, alors qu’un chef monteur est rémunéré 1 640 euros la semaine, et un monteur son 1 440 euros. Ce dernier est un peu le « parent pauvre ».
Un monteur son : «  Mes Césars n’ont rien changé à ma rémunération, ils servent juste à caler les livres chez moi ! »
Un monteur son qui a remporté plusieurs Césars dans sa carrière, et souhaite rester anonyme, fait ce constat grinçant : « En dépit de notre expérience, on continue souvent d’être payé au tarif minimum. Mes Césars n’ont rien changé à ma rémunération, ils servent juste à caler les livres chez moi ! ». Précisons que ces professionnels sont embauchés sur des durées courtes, quelques semaines tout au plus, et alternent des périodes d’emploi et de chômage.
La renégociation de la convention collective du cinéma, en novembre 2013, a durci la situation : une nouvelle grille salariale a été instaurée, avec des minima différents selon le budget du film. Les mixeurs, qui négociaient jusque-là leur salaire de gré à gré, ont vu leur rémunération baisser de 35 % depuis l’entrée en vigueur du texte, voire de 60 % sur les productions plus modestes. Quand ce n’est pas le smic qui s’applique pour les jeunes mixeurs lorsqu’ils sont embauchés sur une troisième catégorie de films, plus fragiles encore, avec des budgets de moins d’un million d’euros…
Sentiment de « déclassement »
Ce sentiment de « déclassement » est aggravé par la crainte de perdre son emploi, poursuit le mixeur Didier Lesage : « Depuis une dizaine d’années, on voit régulièrement des films nous échapper. Le mixage va se faire à l’étranger, tandis que des auditoriums mettent la clé sous la porte en France. Ce contexte nous a conduits à nous fédérer. Une première demi-journée de grève a eu lieu le 23 mars 2017, puis une journée entière cette année le 16 janvier. Faute de réponse satisfaisante, nous avons décidé d’accentuer le mouvement ». Pour préserver leur métier, les mixeurs et monteurs sons demandent à être reconnus en tant que « cadre collaborateur de création », une appellation aujourd’hui réservée à six chefs de poste (directeur de la photographie, chef décorateur, chef monteur, etc.).
Pour le mixeur Stéphane Thiébaut, qui vient de recevoir le César du meilleur son pour Barbara, de Mathieu Amalric, il y a urgence à « repenser le travail ». « Avant, les monteurs image inventaient un dispositif de post-production propre à chaque film. Et leur présence jusqu’à la fabrication finale de la copie assurait la transmission des volontés fondamentales du réalisateur. Petit à petit, cette pratique s’est perdue pour faire des économies », regrette celui qui dirige le département Son à la Fémis.
« Certains producteurs continuent de faire très bien leur métier, mais trop souvent, hélas, c’est une logique comptable qui est à l’œuvre : l’argent est divisé en semaines de travail, le temps de chaque étape, montage, montage son, bruitage, mixage est déterminé sans concertation. Un dispositif de post-production ne peut pas être l’application d’un tableau Excel, il faut quelqu’un aux manettes qui orchestre ça et permette à chacun de travailler correctement et surtout d’inventer encore. Sinon on passera définitivement de la haute couture au prêt-à-porter et tous les films se ressembleront ! »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Mille marionnettes fabriquées à la main ! Le réalisateur a poussé très loin son obsession du détail pour « L’Île aux chiens », en salle le 11 avril. Visite du studio londonien où cette fable politique en « stop motion » a été réalisée.
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Le monde canin de Wes Anderson


                      Mille marionnettes fabriquées à la main ! Le réalisateur a poussé très loin son obsession du détail pour « L’Île aux chiens », en salle le 11 avril. Visite du studio londonien où cette fable politique en « stop motion » a été réalisée.



Le Monde
 |    06.04.2018 à 15h01
    |

                            Maroussia Dubreuil








                              

                        

Il y a trois ans, à l’occasion d’un goûter, le réalisateur Wes Anderson, ses collaborateurs habituels Roman Coppola et Jason Schwartzman, ainsi que l’acteur et scénariste japonais Kunichi Nomura (vu dans The Great Budapest Hotel et Lost in Translation) se découvraient une passion commune pour les films d’Akira Kurosawa, les chiens et les déchetteries. Alors que leur thé infusait, les quatre hommes commençaient à imaginer le scénario de L’Île aux chiens : dans un futur proche au Japon, à la suite d’une épidémie de grippe canine, le maire corrompu de Megasaki juge les chiens de sa ville dangereux et les envoie sur l’Île poubelle. Atari, un jeune orphelin courageux, vole un avion pour retrouver son fidèle compagnon, Spots, au milieu des détritus.
« Un film en stop motion, c’est comme si on devait travailler dans un monde douze fois plus petit et deux cents fois plus complexe. » Andy Gent, le chef marionnettiste
Pour réaliser cette fable politique sur les exclus et la montée des courants populistes, Wes Anderson choisit de revenir à l’animation en volume (plus couramment en anglais, stop motion), huit ans après l’avoir utilisée dans Fantastic Mr. Fox. Une technique artisanale qui consiste à enregistrer image par image les mouvements d’objets ou de marionnettes en 3D. « Je dis toujours que, si on réalise un film en stop motion, c’est comme si on devait travailler dans un monde douze fois plus petit et deux cents fois plus complexe que tout ce qu’on a pu réaliser jusqu’alors, puisqu’il faut en construire chaque élément », explique Andy Gent, le chef marionnettiste du film.
Plus de 670 personnes, dont 70 aux commandes du département des marionnettes et 38 autres au sein du département d’animation, vont ainsi s’affairer pendant deux ans dans les célèbres studios de télévision et de cinéma 3 Mills, dans les quartiers Est de Londres. Résultat : mille marionnettes entièrement fabriquées...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Après 35 ans d’interdiction, une première salle doit ouvrir le 18 avril à Riyad.
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Les cinémas de retour en Arabie saoudite

Après 35 ans d’interdiction, une première salle doit ouvrir le 18 avril à Riyad.



Le Monde
 |    06.04.2018 à 14h06
 • Mis à jour le
09.04.2018 à 18h18
    |

            Nicole Vulser








                        



   


Partir de rien permet d’envisager d’infinies possibilités de développement. C’est dans cet esprit qu’une délégation officielle venue d’Arabie saoudite a entamé cette semaine une tournée aux Etats-Unis pour y rencontrer le gratin d’Hollywood et du divertissement, à quelques jours de l’ouverture du premier cinéma de retour dans le royaume, prévue le 18 avril à Riyad.
Pendant trente-cinq ans, les quelques salles obscures de ce pays sunnite ultraconservateur avaient été purement et simplement oubliées, les chefs religieux ayant obtenu leur fermeture. Le gouvernement avait annoncé en 2017 qu’il lèverait cette interdiction dans le cadre des réformes économiques et sociales menées par le prince héritier Mohammed Ben Salman pour diversifier une économie encore trop dépendante du pétrole. C’est ainsi que Black Panther, le film de super-héros de Marvel réalisé par Ryan Coogler, devrait être le premier présenté dans la salle de concert symphonique reconvertie et exploitée par le groupe américain AMC, détenu par le chinois Wanda.

        Lire aussi :
         

                « MBS », le prince héritier saoudien, en mission de séduction à Washington



La direction d’AMC espère, grâce à son association avec le fonds souverain saoudien Public Investment Fund, contrôler à terme 50 % de l’exploitation cinématographique de ce pays. D’ici cinq ans, le groupe va ouvrir 40 multiplexes, puis une centaine avant 2030. D’autres groupes sont sur les rangs, comme le dubaïote VOX Cinemas, l’américain iPic Entertainment ou le britannique Vue Cinemas, pour profiter de ce marché encore vierge qui pourrait représenter un milliard de dollars (820 millions d’euros) par an dans les prochaines années.
Les Saoudiens ne vont pas non plus découvrir le septième art le 18 avril : ils peuvent déjà visionner des films et des séries américaines chez eux et vont fréquemment se faire une toile chez leurs voisins, à Dubaï ou à Bahreïn.
Développer l’industrie des loisirs
Plus largement, les autorités saoudiennes souhaitent développer localement l’industrie des loisirs. Le Los Angeles Times rapporte que Mohammed Ben Salman a rencontré depuis le début de la semaine à Los Angeles le magnat Rupert Murdoch, mais aussi le patron de Disney, Bob Iger, la patronne de la 20th Century Fox, Stacey Snider, le PDG de Warner Bros., Kevin Tsujihara, ou encore le président d’Universal Filmed Entertainment, Jeff Shell. Sans compter le réalisateur James Cameron ou encore le catcheur, acteur et producteur Dwayne Johnson.
Le magazine américain Variety assure qu’une poignée de contrats ont été signés entre les autorités saoudiennes et le Cirque du Soleil. Le National Geographic Explorer a décroché la construction d’une dizaine d’aquariums géants dont le premier ouvrira l’an prochain à Riyad. Dans la même veine, le groupe Feld Entertainement, basé en Floride, a négocié l’implantation de spectacles comme Disney on Ice, Disney Live, Marvel Experience ou Monster Jam, en assurant la formation des équipes locales. Ces accords concernent un pays critiqué pour des violations des droits humains, qui reste l’un des sept Etats de la planète où les homosexuels risquent la peine de mort.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ La réalisatrice franco-turque de « Mustang » a mis des années à obtenir la nationalité française. Un sentiment d’injustice qui résonne dans « Kings » aujourd’hui en salles.
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Deniz Gamze Ergüven, cinéaste de toutes ses forces 
                  
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Le Monde
 |
                  06.04.2018 à 13h32
 • Mis à jour le
11.04.2018 à 07h10


La réalisatrice franco-turque de « Mustang » a mis des années à obtenir la nationalité française. Un sentiment d’injustice qui résonne dans « Kings » aujourd’hui en salles.

Par             Vanessa Schneider





                     

Elle est debout, juchée sur un tabouret, dos droit, menton levé, regard franc accroché à l’objectif. Elle a donné rendez-vous dans le club de sport où elle a ses habitudes, et c’est dans le hall, au milieu du va-et-vient des habitués, qu’elle prend la pose pour une séance photo.
Rien ne semble pouvoir distraire Deniz Gamze Ergüven. À 39 ans, la réalisatrice de Mustang (quatre Césars, une sélection aux Oscars), qui sort son second long-métrage, Kings, le 11 avril, est un bloc de détermination. Il suffit de l’entendre raconter la genèse de son nouveau film, qui retrace les déboires d’une Afro-Américaine tentant de tenir sa famille à bout de bras pendant les émeutes de Los Angeles de 1992, pour saisir la pleine mesure de ce que le mot veut dire.
Il y a derrière Kings une passion et un acharnement hors du commun. Un projet germe en 2005 alors qu’elle est encore à La Fémis, des années d’écriture, des mois d’enquête sur le terrain, un rêve grand et fou qui finit par se réaliser dix ans plus tard. Pendant trois années, elle se rend régulièrement à South Central, dans ce quartier pauvre de Los Angeles où ont eu lieu les émeutes, et recueille témoignages et anecdotes à la manière d’une reporter.
Comprendre cet « épisode honteux »
La jeune femme menue et gracieuse partage le quotidien des habitants, se fait accepter par les différents gangs, repère ses personnages, note les détails les plus incongrus, gagne la confiance des policiers du LAPD, tourne des images depuis leurs hélicoptères.
Elle veut comprendre ce qui s’est passé, l’enchaînement terrible des faits : le meurtre, d’une balle dans le dos, d’une ado noire de 15 ans par une épicière d’origine coréenne ; le tabassage filmé d’un homme noir, Rodney King, par quatre policiers blancs déchaînés, le procès de ces derniers, leur acquittement, l’embrasement de cette « ville dans la ville », où les Blancs ne mettent pas les pieds, la rage, les pillages et les meurtres....





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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Cinéaste engagé, le réalisateur japonais avait créé en 1985 le studio d’animation Ghibli avec Hayao Miyazaki. Il était âgé de 82 ans.
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Article sélectionné dans La Matinale du 05/04/2018
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Mort d’Isao Takahata, réalisateur du « Tombeau des lucioles »

Cinéaste engagé, le réalisateur japonais avait créé en 1985 le studio d’animation Ghibli avec Hayao Miyazaki. Il était âgé de 82 ans.



Le Monde
 |    06.04.2018 à 03h03
 • Mis à jour le
06.04.2018 à 11h03
    |

            Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance)








                        



   


Cofondateur avec le réalisateur Hayao Miyazaki du studio Ghibli, producteur et réalisateur de films d’animation comme Le Tombeau des lucioles ou Le Conte de la princesse Kaguya, nommé aux Oscars en 2015, le Japonais Isao Takahata est mort jeudi 5 avril à 82 ans. Fervent pacifiste et critique de la politique du gouvernement actuel du premier ministre conservateur Shinzo Abe, il était hospitalisé à Tokyo pour un cancer des poumons.
Né en 1935 à Ujiyamada (aujourd’hui Ise) dans le département de Mie, au centre du pays, dans une famille de sept enfants dont le père Asajiro Takahata (1888-1984) était très impliqué dans les questions d’éducation, il étudie la littérature française à la prestigieuse université de Tokyo et se passionne notamment pour l’œuvre du poète Jacques Prévert (1900-1977).
Isao Takahata rejoint en 1959 la société de production Toei, notamment par intérêt pour l’animation qu’il a découverte au travers du travail de Paul Grimault (1905-1994), réalisateur du Roi et l’Oiseau, d’après La Bergère et le Ramoneur, d’Hans Christian Andersen (1805-1875). Sa première réalisation est la série Ken, l’enfant loup (1963).
« Amis immédiatement » avec Miyazaki
La même année, Hayao Miyazaki est à son tour embauché par Toei. Les deux hommes se rapprochent par le biais d’activités syndicales. « Nous sommes devenus amis immédiatement », a déclaré Isao Takahata. Les deux réalisent leur premier film en 1968, Horus, prince du soleil.
Au cours de leurs presque cinquante années de collaboration – non sans quelques rivalités –, ils ont travaillé sur de multiples projets comme la série Heidi, la petite fille des Alpes (1974) et, en 1984, le long-métrage Nausicaä de la vallée du vent, grand succès qui les amènera à créer le studio Ghibli en 1985, avec le producteur Toshio Suzuki. S’ensuivent vingt-six créations qui ont rencontré un succès planétaire. Le Voyage de Chihiro a même reçu un Oscar en 2003.
Tour à tour producteur et réalisateur, Isao Takahata, surnommé « Paku » par MM. Suzuki et Miyazaki, s’illustre par son perfectionnisme. Dans le livre Dans le studio Ghibli – travailler en s’amusant (Ed. Kana, 2011), Toshio Suzuki explique qu’Isao Takahata a « passé en revue toutes les archives de l’époque » pour savoir de quel côté arrivaient les B-29 pour la scène du bombardement du Tombeau des lucioles. « Même les pains représentés dans Heidi ont été dessinés après des recherches approfondies », ajoute M. Suzuki.

        Lire aussi l’entretien avec Isao Takahata :
         

          « Le dessin doit stimuler l'imagination et la mémoire »



Méfiance envers le numérique
Attaché au réalisme, Isao Takahata disait ne pas apprécier l’usage de personnages dotés de superpouvoirs. Même s’il ne dessinait pas lui-même, il se méfiait du développement du numérique. Avant, déclarait-il, « l’animation était plate et à deux dimensions. Elle ne pouvait pas prétendre au réalisme. Mais c’était là son point fort : en gardant tout à plat, elle laissait au spectateur la liberté d’imaginer ce qu’il y avait derrière l’image ». Le studio Ghibli a toujours produit des films dessinés à la main, ce qui a fini par lui causer des problèmes de rentabilité en 2014.
Les thèmes de ses œuvres pouvaient être variés même s’il rejoignait Hayao Miyazaki dans son attachement à la protection de l’environnement. Le studio Ghibli a d’ailleurs pris position pour la sortie du nucléaire après la catastrophe de Fukushima en 2011.
Proche du Parti communiste, Isao Takahata était profondément pacifiste. Ayant survécu à un bombardement américain en juin 1945 sur Okayama au cours duquel il avait fui sa maison en pyjama avec l’une de ses sœurs, il a participé, en 2015, au mouvement d’opposition au projet du gouvernement de M. Abe de faire adopter des lois sécuritaires visant à faciliter le recours à la force armée par le Japon. Il est l’un des fondateurs du groupe Eigajin Kyujo no Kai (« Les cinéastes pour l’article 9 ») pour la défense de l’article 9 de la Constitution, proclamant le renoncement à la guerre du Japon.
En conférence de presse, en 2015, cet éternel amoureux de la culture française et par ailleurs officier des arts et lettres, déclarait préférer, à la citation latine « Si tu veux la paix, prépare la guerre », le vers du poète Jacques Prévert : « Si tu ne veux pas la guerre, répare la paix » (du poème Cagnes-sur-Mer, 1953).
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            data-slide-description=""Horus, prince du soleil", d'Isao Takahata."
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            data-slide-description=""Panda petit panda", d'Isao Takahata."
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            data-slide-description=""Kié la petite peste", d'Isao Takahata."
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            data-slide-description=""Goshu, le violoncelliste", d'Isao Takahata."
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            data-slide-description=""Le Tombeau des lucioles", d'Isao Takahata."
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            data-slide-description=""Le Tombeau des lucioles", d'Isao Takahata."
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            data-slide-description=""Souvenirs goutte à goutte", d'Isao Takahata."
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            data-slide-description=""Pompoko", d'Isao Takahata."
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            data-slide-description=""Mes voisins les Yamada", d'Isao Takahata.
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            data-slide-description=""Le Conte de la princesse Kaguya", d'Isao Takahata."
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"Horus, prince du soleil", d'Isao Takahata.

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« Everybody Knows » ouvrira le Festival de Cannes

Le thriller psychologique de l’Iranien Ashgar Fahradi briguera également la Palme d’or.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 17h14
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 17h57
   





                        



   


Everybody Knows, de l’Iranien Ashgar Fahradi, avec Penélope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darin, ouvrira le 71e Festival de Cannes, le 8 mai, et sera également en compétition pour la Palme d’or.

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A noter, le film, tourné en espagnol, fait figure d’exception parmi les longs-métrages qui ont ouvert le Festival. « Il faut remonter à 2004 et au long-métrage La Mauvaise Education, de Pedro Almodóvar, pour que le film d’ouverture ne soit ni en langue anglaise ou ni en français », soulignent les organisateurs dans leur communiqué.
Ce n’est en revanche pas la première fois qu’un long-métrage fera office de film d’ouverture tout en briguant la distinction suprême cannoise. Moonrise Kingdom, de l’Américain Wes Anderson (2012), Blindness, du Brésilien Fernando Mereilles (2008), My Blueberry Nights, du cinéaste hongkongais Wong Kar-wai (2007), Moulin Rouge de l’Australien Baz Luhrmann (2001) ou Basic Instinct, du Néerlandais Paul Verhoeven (1992), connurent pareil sort.
Un thriller psychologique au casting déjà très primé
Décrit comme un « thriller psychologique » par le Festival, Everybody Knows suit Laura, incarnée par Penélope Cruz, qui vit avec son mari et leurs enfants à Buenos Aires. « A l’occasion d’une fête de famille, elle revient dans son village natal, en Espagne, avec ses enfants. Un événement inattendu va bouleverser le cours de leur existence. La famille, ses secrets, ses liens, ses traditions et les choix moraux qu’ils imposent sont, comme chacun des scénarios du cinéaste, au cœur de l’intrigue », ajoute le communiqué.
Ce sera en effet le huitième long-métrage d’Asghar Farhadi, un habitué du Festival. Le cinéaste iranien, scénariste reconnu et spécialiste d’un cinéma réaliste dans sa mise en scène, a remporté le prix du scénario pour Le client (2016), qui a également valu à l’acteur Shahab Hosseini le prix d’interprétation masculine. Et en 2013, Bérénice Bejo décrocha le prix d’interprétation féminine pour Le Passé.
Le casting d’Everybody knows connaît bien, lui aussi, les ors de Cannes : Penélope Cruz y a remporté un prix d’interprétation féminine collectif, partagé avec Carmen Maura, Yohan Cobo, Lola Dueñas, Blanca Portillo et Chus Lampreave pour Volver, de Pedro Almodovar, en 2006.
Javier Bardem fut lui aussi distingué en 2010 du prix d’interprétation masculine pour Biutiful, d’Alejandro Gonzalez Iñarritu.
La cérémonie d’ouverture du 71e Festival de Cannes aura lieu le 8 mai et sera suivie de la projection d’Everybody Knows en avant-première. Il sera projeté simultanément dans de nombreuses salles de France, avant sa sortie officielle, le lendemain.

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Malgré ses défauts, le film de Daniel Roby, ludique et minimal, parvient à soutenir longtemps l’intérêt du spectateur.
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« Dans la brume » : Romain Duris dans un Paris d’apocalypse

Malgré ses défauts, le film de Daniel Roby, ludique et minimal, parvient à soutenir longtemps l’intérêt du spectateur.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 16h12
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Désormais séparés, Mathieu (Romain Duris) et Anna (Olga Kurylenko) ont une fille, Sarah (Fantine Harduin), atteinte d’une anomalie génétique qui l’oblige à ne jamais quitter l’environnement stérilisé de sa chambre-capsule. Lorsqu’une étrange brume engloutit Paris, asphyxiant une grande partie de la population, les ex-conjoints se réfugient chez un couple de vieillards habitant au dernier étage de l’immeuble, là où l’air est encore respirable. Mais le brouillard gagne de plus en plus de terrain et la capsule de leur fille, ensevelie dans la brume, doit être sans cesse réalimentée.
Etonnant récit dystopique prenant place en plein cœur de Paris, Dans la brume parvient à nous tenir en haleine par l’étrangeté qui le contamine peu à peu. Le film semble jouer avec une situation familière du cinéma français (Romain Duris arpentant Paris une énième fois) pour la faire progressivement basculer dans un film d’apocalypse à la fois ludique et minimal où la ville est moins filmée que suggérée à partir d’une topographie extrêmement réduite : les toits parisiens, quelques rues, des appartements entièrement construits en studio, et une brume tenace qui transforme la capitale en décor abstrait et angoissant.
Grosses ficelles scénaristiques
Peut-être fallait-il un cinéaste québécois pour accomplir cet étrange pas de côté en réalisant un film que l’on aurait du mal à placer sur la carte du cinéma français et qui, pour cette raison, et, malgré ses défauts, parvient à soutenir longtemps notre intérêt. Mais si le charme opère, Dans la brume a pourtant du mal à retomber sur ses pieds : la faute à un récit qui, à force de se dépouiller de tout élément encombrant, finit par ne plus avoir grand-chose sous la main pour entamer son dénouement. Une métaphore bancale viendra finalement à la rescousse d’une narration un peu lacunaire. En bout de course, cet épais brouillard peine à masquer quelques grosses ficelles scénaristiques.

Film français et québécois de Daniel Roby. Avec Romain Duris, Olga Kurylenko, Fantine Harduin (1 h 29). Sur le Web : www.marsfilms.com/film/dans-la-brume



                            


                        

                        


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La noire réalité derrière « Black Panther »

Résonances. La nouvelle superproduction Marvel met en scène un pays africain imaginaire, le Wakanda, prospère grâce à ses ressources minières. La comparaison avec le Katanga, au sous-sol tout aussi riche, est cruelle.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 14h53
 • Mis à jour le
06.04.2018 à 17h55
   





                        



                                


                            
Par Michel Naepels, anthropologue
Black Panther, le film de Ryan Coogler, a suscité un réel enthousiasme à Lagos comme à Johannesburg, à Dakar comme à Nairobi. La mise en valeur simultanée, dans la nouvelle superproduction Marvel, de l’histoire imaginée de plusieurs civilisations africaines et d’une modernité architecturale et technologique a été grandement appréciée. La beauté, l’intelligence et la force des personnages, et le fait d’entendre parler à l’écran xhosa – la langue maternelle de Nelson Mandela – ajoutent encore au plaisir.
Nuances critiques
Un débat nourri accompagne la réception du film. On a pu lire la ferveur d’Achille Mbembe (« Black Panther : une “nation nègre” debout », Le Point), ou le vagabondage naturaliste et démocratique de Teju Cole (« On the Black­ness of the Panther », Medium). Mais aussi les nuances critiques de Nanjala Nyabola (« Wakanda is not African, and that’s OK », Al-Jazira), et de Shihab ­Rattansi (« Is Black Panther co-opting African struggles against ­oppression ? », Al-Jazira), remarquant que le film est d’abord destiné à une audience occidentale ou afro-américaine, et qu’il constitue une appropriation capitaliste de luttes anticapitalistes.
Comme anthropologue menant des enquêtes en Afrique centrale, non loin du Wakanda imaginaire de Black ­Panther, dans une région rurale parcourue par plusieurs groupes armés où agriculteurs et agricultrices vivent dans une situation précaire et incertaine, ce film m’a troublé en questionnant le type de descriptions que je produis sur le Congo.
L’utopie réjouissante qu’est Black Panther, montrant les capacités et la puissance d’un pays africain imaginaire riche de ses ressources humaines, naturelles, technologiques, incarnation cinématographique de l’afrofuturisme, me questionne sur mes manières d’écrire. N’y a-t-il pas un risque à mettre la focale sur les expériences difficiles des habitants d’une région...




                        

                        

