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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr », d’Antoine Marchalot.
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Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 96)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr », d’Antoine Marchalot.



Le Monde
 |    08.04.2018 à 06h31
 • Mis à jour le
08.04.2018 à 07h03
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Cette histoire initiatique d’une jeune fille qui défie le destin pour devenir sorcière offre une illustration soignée et revisitée du manga de magie.
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« L’Atelier des sorciers », manga enchanteur

Cette histoire initiatique d’une jeune fille qui défie le destin pour devenir sorcière offre une illustration soignée et revisitée du manga de magie.



Le Monde
 |    07.04.2018 à 11h00
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Tolkien a aussi des héritiers au Japon. Les mangas de fantasy et de récits où la magie est un élément central de la narration abondent. En revendiquant l’influence d’Harry Potter et du Seigneur des anneaux, la mangaka Kamome Shirahama inscrit totalement sa série L’Atelier des sorciers dans ce courant tout en cherchant à le renouveler.
Dans ce manga, dont le premier tome vient de paraître en France, la magie n’est pas innée et n’est pas le fruit de pouvoirs détenus par des humains qui arborent des baguettes magiques. Elle s’exerce en dessinant des figures compliquées avec de l’encre magique. Seuls les sorciers ont le droit de la pratiquer. Ainsi, Coco, une petite fille ordinaire qui n’est pas destinée à devenir sorcière, va parvenir à intégrer ce monde qui la fascine tant. « C’est la partie la plus importante de cette œuvre, je voulais montrer qu’il faut faire des efforts pour réaliser son rêve et que c’est un long processus. J’ai créé cette histoire pour dire que tout le monde peut avoir la chance de devenir ce qu’il souhaite être et pas seulement des gens sélectionnés à l’avance ou nés dans certains milieux », explique l’auteure, de passage à Paris.

   


Pas de baguettes donc, mais des chapeaux pointus distinguent les sorciers du reste de la population. Car Kamome Shirahama ne déroute pas complètement les amateurs de fantasy, insufflant des références médiévales occidentales dans les costumes et les décors. Mais elle insère aussi, de façon assez unique dans le manga, des ornements art déco et art nouveau pour mettre en valeur, par exemple, certaines de ses cases : « Je considère que les cadres des cases sont comme les cadres de peintures. Chaque case est une fenêtre par laquelle on peut observer un monde extérieur, imaginaire. Je voulais qu’elles servent d’intermédiaire entre notre monde et celui de l’œuvre », confie la mangaka.
De même, Kamome Shirahama a inventé toute une écriture magique pour les dessins de ses sorciers. Un langage qui relève plus des maths que de la poésie : « Il y a une logique, des symboles qui reviennent et des flèches qui montrent le sens, le rapport de force. Si les lecteurs observent et apprennent au fil des chapitres, ils pourront peut-être activer la magie », poursuit l’auteure.

   


Un travail de minutie qui a poussé Pika, l’éditeur français, à proposer, dès la sortie du premier volume, un petit art book mettant en valeur le travail de l’artiste, laquelle fait par ailleurs carrière comme illustratrice de couverture pour des grands éditeurs de comics américains. Une double carrière qui ne l’a pourtant pas fait hésiter à concevoir L’Atelier des sorciers dans un style manga. « J’avais aussi envie de m’adresser à un public japonais. Je trouve que les comics ou les BD européennes sont comme des œuvres d’art, il y a beaucoup d’éléments artistiques qu’on ne trouve pas dans le manga japonais, je voulais apporter ça dans le manga japonais. »
Bien que porteur des valeurs de persévérance, de dépassement de soi et de collaboration propres aux mangas initiatiques pour adolescents, L’Atelier des sorciers laisse entrevoir une certaine part d’ombre et un danger offrant à la série un peu plus de maturité. Ce premier tome s’avère parfois un peu tendre, en dépit des événements qui poussent Coco à intégrer le monde de la magie et de certaines camarades sorcières qui lui mettront des bâtons dans les roues.

   


Ce parti pris permet néanmoins d’entrer dans ce nouveau monde avec un regard naïf et fasciné, celui d’un enfant. « Le début de l’histoire est raconté du point de vue de l’héroïne, qui est une toute jeune fille, donc le monde est évidemment plutôt merveilleux. Petit à petit, le point de vue va changer. Il y aura donc probablement des scènes moins pacifiques », conclut Kamome Shirahama.
L’Atelier des sorciers, de Kamome Shirahama, traduction de Fédoua Lamodière, tome I le 7 mars, éditions Pika, 208 pages, 7,50 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Pour écrire « L’Archipel du Chien », une parabole sur la crise migratoire, le romancier a autant emprunté au conte qu’au théâtre.
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La géographie imaginaire de Philippe Claudel

Pour écrire « L’Archipel du Chien », une parabole sur la crise migratoire, le romancier a autant emprunté au conte qu’au théâtre.



Le Monde
 |    07.04.2018 à 09h00
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Enfant, Philippe Claudel parcourait les chemins de Lorraine, se rêvant aventurier. L’âge adulte l’a mené à une agrégation de lettres, mais n’a pas diminué sa passion pour le voyage. L’écrivain, né en 1962, conçoit chacun de ses livres comme une exploration du monde, de l’histoire littéraire, des possibles. Ainsi, quand il raconte la genèse de L’Archipel du Chien, une parabole sur la crise migratoire, il pose les jalons d’une géographie imaginaire. Un lieu où le jardin de Candide serait frontalier de L’Enfer de Dante, et où Antigone enterrerait son frère aux côtés des naufragés venus d’Afrique.
Laboratoire
Ce qu’il tente d’éclairer : rien de moins que « le mystère humain ». « J’autopsie le vivant et c’est une source de vertige, confie-t-il au “Monde des livres”. L’homme parvient toujours à repousser les frontières du pire, comme s’il s’expérimentait lui-même dans sa propension à faire le mal. » Selon lui, cette inclination se révèle notamment dans notre manière d’accueillir l’autre, ainsi que le montraient La Petite Fille de Monsieur Linh et Le Rapport de Brodeck (Stock, 2005 et 2007). Il y a cinq ans, il décide de se confronter de nouveau au sujet par la fiction, et jette trois corps sur la plage d’une petite ville un matin, pour regarder ce qui se passe – « J’ai fait un très mauvais bac scientifique mais j’ai conservé le goût des expériences », dit-il.
La pièce de sa maison en Meurthe-et-Moselle, où il imagine cette scène, ressemble d’ailleurs à un laboratoire. Une table. Peu de livres – L’Odyssée, la Bible, L’Enfer. Quelques objets : un couteau, un fusil. Un fusil ? « C’est un clin d’œil à Tchekhov qui disait que si une arme était sur scène, elle devait servir avant la fin. » Les migrants de sa scène initiale sont déjà morts, alors une arme, pour qui, pour quoi ? Il ne sait pas encore. Pour l’heure, il a les cadavres sur le sable et une phrase :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Auteure de poèmes, animatrice et productrice à France Culture, Geneviève Huttin est morte le 21 mars. Elle avait 66 ans.
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Geneviève Huttin, une voix s’envole

Auteure de poèmes, animatrice et productrice à France Culture, Geneviève Huttin est morte le 21 mars. Elle avait 66 ans.



Le Monde
 |    06.04.2018 à 09h46
 • Mis à jour le
06.04.2018 à 10h36
    |

                            Monique Petillon (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



   


Une voix s’est éteinte. Celle de Geneviève Huttin (née en 1951), auteure de poèmes et de récits qui mêlent l’intime et l’historique. Elle fut productrice des « Nuits de France Culture » avant d’animer les entretiens de « La Nuit rêvée de… » : vingt-trois ans d’une expérience radiophonique évoquée en 2004 dans L’Histoire de ma voix (Farrago). Une voix d’abord assourdie, lors d’une brève vie conjugale. Une parole retrouvée grâce à l’écriture : des recueils publiés par Mathieu Bénézet chez Seghers, Seigneur (1981) et Paris, litanie des cafés (1991). Puis, aux éditions Le Préau des collines, un récit consacré à son père, Cavalier qui penche (2009), et Une petite lettre à votre mère (2014).
Issue d’un milieu modeste, elle a enseigné la philosophie au sortir de l’Ecole normale supérieure. Avant de rejoindre le paquebot nocturne de la radio, ce « château du Graal ». Emouvant récit, son dernier livre, L’Air de Paris, rassemble des fragments autobiographiques autour de ses amours intermittentes avec un poète qu’elle a admiré, « Cavalier bleu de Kandinsky, éternel étranger ». Auprès de celui qu’elle surnomme Bellérophon (héros de la mythologie grecque qui triomphe de la Chimère), elle a fait l’épreuve d’« une liberté angoissante quoique désirée ».
L’Air de Paris. On a volé un poète, de Geneviève Huttin, Le Préau des collines, 104 p., 15 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Tous les jeudis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.
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Article sélectionné dans La Matinale du 05/04/2018
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« Pop corn », par Salch (épisode 28)

Tous les jeudis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.



Le Monde
 |    06.04.2018 à 06h31
 • Mis à jour le
06.04.2018 à 07h04
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Inspirée par le mouvement Black Lives Matter et les textes de Tupac, Angie Thomas raconte dans son best-seller comment une jeune femme noire assiste à la mort d’un ami abattu par un policier.
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Racisme et violences policières racontés aux ado dans « The Hate U Give »

Inspirée par le mouvement Black Lives Matter et les textes de Tupac, Angie Thomas raconte dans son best-seller comment une jeune femme noire assiste à la mort d’un ami abattu par un policier.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 14h57
 • Mis à jour le
08.04.2018 à 16h17
    |

            Pauline Croquet








                        



   


« L’année de mes 12 ans mes parents ont eu deux conversations avec moi. La première, c’était sur les choux et les roses […] La deuxième conversation, c’était pour m’expliquer quoi faire si un flic me contrôlait. Ça a énervé maman qui a dit à papa que j’étais trop jeune pour ça. Il a répondu qu’il n’y avait pas d’âge pour être arrêté ou se faire descendre. » Ces quelques phrases lâchées dès le premier chapitre par Starr, l’héroïne, peuvent résumer le roman américain The Hate U Give, paru jeudi 5 avril en France chez Nathan.
Ce premier roman d’Angie Thomas, écrivaine trentenaire originaire du Mississipi, est raconté du point de vue d’une jeune femme noire de 16 ans qui assiste à la mort de son meilleur ami lors d’un contrôle de police. Starr, déjà écartelée entre sa vie dans un quartier pauvre gangrené par les gangs et sa scolarité dans un lycée de banlieue chic, va apprendre à relever la tête et se battre pour que justice soit rendue à son ami abattu alors qu’il était désarmé.
Publié voilà un peu plus d’un an aux Etats-Unis, l’ouvrage a été inspiré par le mouvement Black Lives Matter, qui, à travers l’Amérique, rassemble des militants afro-américains depuis 2013 pour dénoncer les violences policières et le racisme systémique contre les noirs. Edité dans une vingtaine de pays et en cours d’adaptation à Hollywood, le livre a été largement salué par la critique et occupe toujours le top 3 du prestigieux classement des best-sellers du New York Times dans la catégorie Young Adult, qui désigne la littérature adolescente.
Exprimer la frustration

   


Angie Thomas n’envisageait d’ailleurs pas d’écrire un roman pour les adultes, bien que son texte soit universel : « Je pense que les livres pour adultes sont ennuyeux. Je trouve que les adolescents sont plus ouverts d’esprit et je sentais que je pourrais créer plus d’empathie chez eux », explique-t-elle lors d’une conférence à la bibliothèque du Congrès, à Washington. Mais aussi parce que les adolescents sont directement concernés par les brutalités policières aux Etats-Unis : « Ce sont généralement des jeunes gens, des Noirs désarmés qui perdent la vie. » Elle égrène régulièrement lors des conférences les noms et l’âge de certaines victimes :
« Trayvon Martin avait 17 ans, Mike Brown 18, Tamir Rice en avait 12. Et beaucoup de très jeunes gens sont affectés par ces morts, ce sont même probablement les plus affectés parce qu’ils s’identifient. »
C’est toutefois à l’université qu’Angie Thomas commence à écrire The Hate U Give, sous la forme d’une nouvelle, en réaction à l’affaire Oscar Grant, abattu par la police à Oakland, en Californie, en 2009 : « Je voulais trouver un moyen d’exprimer ma frustration, ma colère et en même temps trouver un moyen de me redonner espoir. Je voulais aussi montrer l’aspect humain de tous ces cas », explique-t-elle à la chaîne YouTube Epic Reads. « A l’école, les gens parlaient de ce qu’[Oscar] avait fait, qu’il avait peut-être mérité, qu’il avait tort. [Ces victimes] sont parfois jugées pour leur propre mort », détaille l’autrice au Guardian. En 2015, la multiplication des victimes et l’intensification des protestations convainquent Angie Thomas de revenir sur cette nouvelle.

        Lire aussi :
         

                Aux Etats-Unis, les violences policières ne sont qu'un « maillon » d'un racisme institutionnel



Née en 1988 dans le secteur de Georgetown à Jackson Mississipi, l’un des quartiers les plus pauvres des Etats-Unis, l’écrivaine a aussi insufflé un ressenti et un vécu personnel dans le récit. « Quand j’avais 6 ans, j’étais au parc, et deux trafiquants de drogue ont décidé de recréer le Far West en déclenchant une fusillade », a-t-elle raconté lors d’une conférence à Austin (Texas) l’été dernier. « J’ai échappé en courant aux tirs croisés, et, peu après, ma mère m’a emmenée à la bibliothèque, parce qu’elle voulait que je voie qu’il y avait plus dans le monde que ce que j’ai vu ce jour-là. » Angie Thomas a également tenu à partager beaucoup de passions avec son héroïne Starr, faisant ainsi de nombreuses mentions à Harry Potter, au Prince de Bel Air, au groupe de R’n’B féminin TLC et à sa collection de paires de baskets.
Des roses dans le béton
Tel un classique pour adolescents, The Hate U Give, parfois abrégé T.H.U.G, est un écrit initiatique. Angie Thomas montre comment Starr finit par trouver sa voie et aiguiser son engagement politique. Elle part pour cela de sa constante colère mais aussi du sentiment qu’éprouve l’héroïne à ne pas trouver naturellement sa place dans la société. En faisant la navette entre son quartier pauvre et noir et un monde blanc privilégié à l’école, la jeune fille doit changer constamment de code, de façon de parler pour ne pas se voir coller l’étiquette de la fille du ghetto ou de la femme noire en colère. « Je pense que beaucoup d’Afro-Américains peuvent comprendre et ressentir cela », dit-elle. Angie Thomas a été la première étudiante noire à se diplômer en écriture créative à la Jackson’s Belhaven University.
Mais c’est avant tout Tupac Shakur, son rappeur préféré, que l’écrivaine cite comme « énorme référence ». Le titre du livre reprend Thug Life, nom de son groupe formé en 1993 et célèbre tatouage qui barrait les abdominaux de l’artiste tué dans une fusillade en 1996. Si l’expression se traduit littéralement par « vie de voyou », elle représentait pour Tupac, fils de militante Black Panther, un acronyme et les prémices d’un code de vie : The Hate U Give Little Infants Fuck Everyone, traduit dans le livre par : « Ce que la société nous fait subir quand on est gamins lui pète ensuite à la gueule ».

« J’ai essayé de faire de Starr, Seven et tous les enfants du livre des roses dans le béton », explique Angie Thomas, filant la métaphore du poème de Tupac The Rose that Grew from Concrete pour expliquer à ses lecteurs que venir de basse extraction « ne doit pas nous empêcher d’être bons et de briller ».
The Hate U Give, de Angie Thomas, traduit par Nathalie Bru, éditions Nathan, 496 pages, 17,95 €.

        Lire aussi :
         

                Ferguson, produit d'une longue histoire de brutalités policières






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ L’universitaire Benoît Tadié offre, avec « Front criminel », une histoire littéraire et politique du polar américain. Rencontre à l’occasion du festival Quais du polar, qui se tient à Lyon jusqu’à dimanche.
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« Le polar ou la société américaine en contrechamp »

L’universitaire Benoît Tadié offre, avec « Front criminel », une histoire littéraire et politique du polar américain. Rencontre à l’occasion du festival Quais du polar, qui se tient à Lyon jusqu’à dimanche.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 11h45
 • Mis à jour le
07.04.2018 à 11h03
    |

                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Si le film noir américain a connu en France – citons Borde et Chaumeton (Panorama du film noir américain : 1941-1953, Ed. d’Aujourd’hui, 1975) et François Guérif (Le Film noir américain, Veyrier, 1979) – maints historiens érudits et connaisseurs madrés, le polar attendait encore une synthèse historique et linguistique d’ampleur. La voici : après un percutant essai sur Le Polar américain, la modernité et le mal (PUF, 2006), Benoît Tadié, professeur à l’université Rennes-II, nous donne avec Front criminel une histoire globale, tant littéraire que linguistique et socio-politique, du polar américain.
Qu’est-ce qui vous a porté à faire du polar un objet d’étude ?
D’abord le plaisir d’en lire depuis toujours. C’est, pour moi, une littérature de plein droit. Quand je me suis spécialisé dans la littérature anglophone, je me suis concentré sur les avant-gardes de l’entre-deux-guerres, Joyce notamment. Etudiant les magazines dans lesquels publiaient ces auteurs, je me suis rendu compte qu’au même moment des choses passionnantes se passaient dans les magazines populaires. Deux mondes hélas cloisonnés par les spécialistes. Mon but a donc été de parler des années 1920-1930 d’une manière autre. J’ai alors étudié ces magazines « pulp » où est né le polar américain, et qui donnaient une sorte de contrechamp sur la société américaine.
Dans votre premier essai, vous montriez en effet que le polar se référait beaucoup plus à la littérature d’avant-garde qu’aux productions de consommation…
Tout à fait, et ce, avec le souci et les limites d’être compris par un public peu lettré. Dans la littérature américaine des années 1920, chez Dashiell Hammett ou William Riley Burnett, apparaissent des bouleversements liés à la première guerre mondiale. Psychologie, personnages, société, technologie… Tout se transforme. Un même pessimisme traverse tous les champs de la littérature. Les liens entre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Récits, essais, romans, anthologie… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 6 avril.
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Livres en bref

Récits, essais, romans, anthologie… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 6 avril.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 09h46
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 11h18
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »), 
Nicolas Weill, 
                                Roger-Pol Droit, 
                            Florent Georgesco, 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Pierre Deshusses (Collaborateur du « Monde des livres »), 
Christine Rousseau, 
                                Philippe-Jean Catinchi et 
Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Chaque semaine, « Le Monde des livres » sélectionne une dizaine de textes à ne pas oublier.
Roman. En route vers Okhotsk
En route vers Okhotsk (Unterwegs nach Ochotsk), d’Eleonore Frey, traduit de l’allemand (Suisse) par Camille Luscher, Quidam, 146 p., 16 €.
Ils s’appellent Sophie, Otto, Robert et Therese. Au centre de leur quatuor se trouve un livre qui porte le même titre que le roman d’Eleonore Frey : En route vers Okhotsk. Il en est le véritable héros. Ecrit sous un pseudonyme par ­Robert, dont Therese est secrètement amoureuse, il a été repéré par Sophie, la libraire, qui l’a fait lire à Otto. Quant à Okhotsk, c’est un endroit perdu de Sibérie, un lieu idéal pour nourrir les fantasmes d’évasion de ces personnages qui mènent une vie discrète dans une province quelconque. Il n’est « jamais trop tard pour opérer dans sa vie quelques changements », remarque l’un d’eux. Il n’y aura pas de grand départ, mais la petite flamme allumée en eux par ce texte montre que si la littérature n’engendre pas directement de révolutions, elle peut les faciliter, en agissant sur ses lecteurs de façon souterraine et profonde. P. Ds
Roman. Les Cigarettes égyptiennes
Les Cigarettes égyptiennes (Beer in the Snooker Club), de Waguih Ghali, traduit de l’anglais par Elisabeth Janvier, L’Olivier, « Replay », 250 p., 15,90 €.
Salué par Philip Roth et Edward Saïd, traduit en arabe, en hébreu et dans nombre de langues européennes, Les Cigarettes égyptiennes – publié par Robert Laffont en 1965 – reparaît dans la collection « Replay » de L’Olivier, consacrée aux grands textes oubliés. Unique roman de Waguih Ghali, né à Alexandrie à la fin des années 1920 et suicidé à Londres en 1969, le livre narre l’existence en éternel porte-à-faux de Ram, le narrateur, ballotté entre son attachement pour son Egypte natale et l’Angleterre dont il a passionnément adopté la langue...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Dans « Massif central », l’auteur met en scène un de ces héros ordinaires qu’il affectionne. Tentative de saisissement, en quatre motifs, d’une œuvre travaillée par la fuite.
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Christian Oster, des hommes en déséquilibre

Dans « Massif central », l’auteur met en scène un de ces héros ordinaires qu’il affectionne. Tentative de saisissement, en quatre motifs, d’une œuvre travaillée par la fuite.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 09h30
    |

                            Avril Ventura (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Chez les héros de Christian Oster, il y a quelque chose de la « blancheur » décrite par le sociologue David Le Breton dans Disparaître de soi (Métailié, 2015). Quelque chose de cette « passion d’absence » dans la façon qu’il a de se tenir à distance de lui-même et du monde extérieur, et de laisser couler son existence. Depuis la publication de son premier roman, Volley-ball, puis dans Mon grand appartement, Une femme de ménage (Minuit, 1989, 1999, 2001), ou encore Le Cœur du problème (L’Olivier, 2015), Christian Oster met en scène des hommes ordinaires aux prises avec l’hostilité du quotidien.
Ainsi ses personnages affrontent-ils tour à tour les méandres du sentiment amoureux, l’angoisse du temps qui passe, mais aussi un vilain rhume ou encore la perte d’une sacoche. Autant de petites et grandes contrariétés avec lesquelles il leur faut apprendre à composer, tels des équilibristes, constamment sur le fil. On retrouve dans son nouveau roman, Massif central, ce goût du dépouillement qui, paradoxalement, comme toujours chez le romancier, va permettre d’ouvrir le champ des possibles.
Fuite
Il y a toujours un ou plusieurs déplacements dans les romans de Christian Oster, en apparence sous un prétexte anodin (une chaise à rapporter, un feu qui prend sous une casserole), en réalité, toujours à la suite de l’échec d’un amour. Le héros laisse derrière lui son passé (qui ne semble d’ailleurs jamais beaucoup le concerner), change souvent de nom (un nom de scène, un patronyme emprunté à un ami), quitte son travail (quand il en a un), voire laisse brûler volontairement sa maison pour partir sur les routes avec une simple valise à roulettes. Il faut dire qu’habiter n’est pas chose aisée pour l’individu ostérien, qui ne se fixe jamais réellement, passe de chambre d’hôtel en chambre d’ami, fait du surplace, se trompe de chemin, revient sur ses pas, et ne se sent jamais autant chez lui que chez les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ En virtuose, l’écrivain guatémaltèque Eduardo Halfon mêle l’enquête sur la mort d’un oncle et l’histoire de sa famille hantée par le deuil. Somptueux.
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La généalogie de Salomon

En virtuose, l’écrivain guatémaltèque Eduardo Halfon mêle l’enquête sur la mort d’un oncle et l’histoire de sa famille hantée par le deuil. Somptueux.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 09h27
    |

                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Tout part d’un secret de famille. Ou plutôt d’une mort, trop pesante pour être évoquée. Et trop douloureuse pour ne pas être omniprésente. Le petit Salomon s’est noyé, à 5 ans, dans le lac d’Amatitlan au Guatemala. C’est du moins ce que l’on disait dans son enfance au romancier Eduardo Halfon (né en 1971 à Guatemala City) de celui qui aurait dû être son oncle paternel. Avec Deuils, l’écrivain, devenu en quelques livres brefs et denses l’une des figures majeures des lettres latino-américaines, revient sur cette disparition, béance dans son arbre généalogique, que son art consommé de la narration va s’employer à combler avec une infinie délicatesse et autant d’interrogations.
Tabou
Qui était donc cet oncle, dont l’accident hanta l’enfance d’Halfon et ses terrains de jeu ? « Mon frère et moi, nous nous étions inventé une prière secrète que nous murmurions sur le ponton (…) avant de plonger dans le lac. Comme une sorte de conjuration. Comme pour chasser le fantôme du petit Salomon, au cas où ce fantôme nagerait encore dans les parages. » Devenu adulte, l’auteur va tirer le peu de fils dont il dispose pour reconstituer par bribes la vie du garçon. Et mettre au jour d’autres vérités, non moins tragiques, sur les circonstances de son décès.
Le mystère et le tabou autour de ce défunt, dont on ne prononçait même pas le nom, « si dangereux, si interdit », auraient pu rester intacts s’ils ne s’étaient pas heurtés à un anathème. « Je m’étais toujours posé des questions sur l’histoire de la mort du frère aîné de mon père ou, plus exactement, sur les histoires de sa mort. Mais quand j’ai voulu cheminer vers elles pour voir ce qu’elles recelaient, mon père a voulu m’interdire d’écrire sur elles. Et, pour un écrivain, il n’y a pas d’aiguillon plus fort que la censure », explique Eduardo Halfon au « Monde des Livres », par courriel, depuis son domicile du Nebraska.
Flashs
Comme dans Le Boxeur polonais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ A chaque livre, l’auteure change d’apparence. Elle s’est rasé la tête en écrivant « La vie effaçant toutes choses », des portraits de femmes en lutte contre un sexisme social étouffant.
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Fanny Chiarello, radicalement vôtre

A chaque livre, l’auteure change d’apparence. Elle s’est rasé la tête en écrivant « La vie effaçant toutes choses », des portraits de femmes en lutte contre un sexisme social étouffant.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 14h46
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Inutile de chercher à masquer sa surprise lorsqu’on rencontre Fanny Chiarello. L’écrivaine de 43 ans aborde immédiatement le sujet de son apparence : si elle ne ressemble pas aux photos qu’on a pu voir d’elle, c’est qu’elle s’est rasé la tête il y a deux ans. « Ce n’est pas un choix esthétique, explique-t-elle, mais complètement politique. » Et elle ajoute : « J’ai commencé à changer en côtoyant la communauté transgenre de Lille, où je vis. C’est une communauté LGBTQ [lesbienne, gay, bi, trans, queer], on est aussi végans, antispécistes, antiracistes, anticapitalistes, anticonsuméristes… Mais je ne fais partie d’aucun mouvement. Je serais plutôt proche des libertaires. »
David Lynch
Il fallait sans doute une transformation physique aussi importante pour rendre manifestes au premier coup d’œil les convictions de Fanny Chiarello : le contraste est saisissant, entre la liste de ses refus, qu’elle égrène avec autorité, et le sourire presque timide qu’elle arbore tout au long de la conversation. « Je suis une gentille, résume-t-elle, mais quand même radicale ! » « Il y a chez moi une colère contre beaucoup de choses, dit-elle encore. J’ai mes causes depuis longtemps, mais j’essayais jusque-là de les aborder de manière très douce, et je crois que la douceur, au bout d’un moment, m’a fatiguée. J’ai changé d’apparence pour paraître plus agressive et pour afficher mon militantisme. J’en avais assez d’être la gentille végane, la gentille lesbienne, la gentille queer, qui n’est acceptée que parce qu’elle se tait et ne gêne personne. » Son nouveau livre, La Vie effaçant toutes choses, est ainsi, selon elle, son texte « le plus abrupt, le plus abrasif », le « moins poli ».
« J’en avais assez d’être la gentille végane, la gentille lesbienne, la gentille queer, qui n’est acceptée que parce qu’elle se tait et ne gêne personne »
C’est d’ailleurs aussi d’une forme d’énervement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Deux ouvrages posent un nouveau regard sur la culture politique de la violence dans le contexte instable de la Révolution française.
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La Terreur en effets

Deux ouvrages posent un nouveau regard sur la culture politique de la violence dans le contexte instable de la Révolution française.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 14h34
   





                        



                                


                            

La Terreur semble échapper à la raison, être un moment où, comme l’écrit Michelet, « l’histoire sort de ses gonds ». Les historiens, pour tenter de comprendre l’incompréhensible, ont longtemps voulu n’en retenir que deux causes principales, en la voyant soit comme une circonstance exceptionnelle imposée par une histoire elle-même exceptionnelle, soit comme un phénomène inhérent au discours des révolutionnaires.
La première réponse a façonné une « théorie des circonstances » justifiant un système dramatique au nom de la « légitime défense » face à une guerre déclarée sur tous les fronts. L’autre relève d’une forme de fatalisme historique : la Terreur, fille dénaturée de la philosophie des Lumières, appartiendrait à l’idéologie révolutionnaire elle-même ; elle en serait le passage obligé.
« Guerre civile »
Deux livres importants permettent de la repenser en d’autres termes. En ce sens, Annie Jourdan et Timothy Tackett conduisent des analyses parfois étonnamment proches. Le second part de ces mois du printemps et de l’automne 1793 où le sentiment de peur diffusé du peuple aux élites de la République impose une série de lois, de décrets, d’institutions d’exception dans le but de terroriser les ennemis, répression d’Etat qui, en une année, fait près de 3 000 victimes, guillotinées à Paris ; l’historien américain cherche à comprendre l’origine de cette culture politique de la violence, remontant à 1789 pour analyser ces moments, plus nombreux qu’on ne le croit, où celle-ci se déchaîne dans l’espace public, et considérer la manière dont les élites politiques s’en sont accommodées en en faisant une source de pouvoir.
De même, Annie Jourdan propose une lecture large – une « nouvelle histoire » – centrée sur l’interprétation de la Révolution comme « guerre civile ». Une guerre qui évolue selon des rivalités successives exacerbées au fil de l’actualité révolutionnaire. Dans les deux cas, cela replace la Terreur dans une...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Le militant trentenaire, filleul de Nan Goldin, livre un récit poignant de ses jeunes années à New York, alors qu’il était encore une fille.
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iO Tillett Wright, confessions d’un enfant du punk

Le militant trentenaire, filleul de Nan Goldin, livre un récit poignant de ses jeunes années à New York, alors qu’il était encore une fille.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 09h21
    |

                            Cécile Dutheil (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Darling Days est un récit houleux et poignant. A la fois livre de confessions et roman d’apprentissage à la dure, arme de défense et lettre d’amour à une mère sacrifiée et à un père héroïnomane. Son auteur, iO Tillett Wright, est né en 1985 à New York, dans le quartier de Bowery, connu à l’époque pour ses loyers bon marché et son taux de criminalité élevé : « Pendant les derniers jours du punk et au cœur des épidémies de sida et de crack, la 3e Rue se distinguait par le raffinement de sa violence (…). Ça faisait dix ans que l’Amérique fermait ses hôpitaux psychiatriques, dont les patients se mêlaient aux déchets de la société – ceux qui ont échoué, se sont paumés ou ont abandonné. » Wright a pour marraine la photographe Nan Goldin, et le peintre Jean-Michel Basquiat (1960-1988) est un ami de son père. Deux artistes apparaissant à peine dans le livre mais qui, eux aussi, ont saisi ce temps et cet univers.
Mère accro
Plus tard, iO Tillett Wright changera de genre. Mais pour l’instant, c’est encore une fille. Sa mère est figurante, danseuse, dealeuse à ses heures, disciplinée comme une athlète, mais accro. Son jeune mari s’est fait assassiner, elle collectionne les amants peu rassurants et se nourrit du charme des immigrés d’Europe de l’Est, qu’ils soient cinéastes, rockeurs ou gangsters : « S’ils ont le regard cave, la peau transparente, s’ils sont hémophiles et ont un humour noir, elle adore. » Elle traîne sa fille sur les tournages, l’aime avec maladresse et brusquerie, si bien que celle-ci finira par la dénoncer à la protection de l’enfance. Le père, lui, est décorateur de théâtre. Il descend de juifs d’Odessa du côté maternel. Désargenté, il fréquente l’été la plage de ­Brighton Beach, dernière station de la ligne F : « Il y règne une ambiance de mafia juive […] avec ces anciens costauds de la marine soviétique qui ont des étoiles de David tatouées et sifflent des pichets de vodka. »
iO...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Dans « Le Chagrin d’aimer », l’auteure tisse un portrait en images de son insaisissable génitrice.
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Geneviève Brisac détricote le mystère de sa mère

Dans « Le Chagrin d’aimer », l’auteure tisse un portrait en images de son insaisissable génitrice.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 09h17
    |

            Raphaëlle Leyris








                        


                                                        
La scène se déroule pendant un atelier d’écriture que doit animer Geneviève Brisac. Elle a accepté, elle ignore elle-même pourquoi, que sa mère l’y accompagne et, très vite, cette dernière prend le pouvoir, se met à diriger la séance. Vêtue d’un pull piqué à sa fille, elle dispense ses conseils et propose au public de s’essayer à dresser d’elle un portrait chinois : « Nous étudierons les images qui vous sont venues, je vous montrerai comment les tricoter, comment les crocheter ensemble, à l’instar de ce pull à grands trous, que vous me voyez porter. Je l’adore, car il est à la fois cuirasse et douceur, air et tissu, laine et soie. »
Trop-pleins
Aussi exaspérée par sa génitrice qu’ait pu être en cet instant Geneviève Brisac, par ses minauderies et ses leçons, aussi compliquée qu’ait pu être entre elles la question de la transmission, on ne peut s’empêcher de songer que ce chandail et cette comparaison ont inspiré l’écrivaine pour tisser Le Chagrin d’aimer, consacré à sa mère – Jacqueline, dite « Hélène » dans la vie, dite « Mélini » ici, la plupart du temps. Un texte plein de trous (elle s’est si peu confiée), construit sur des images – Mélini en train de fumer, de conduire, de taper sur sa machine à écrire, de lire, de rabrouer sa fille aînée ou d’esclavagiser son monde –, comme autant d’instantanés noués ensemble d’un point souple et solide. Un texte qui est à la fois gorgé d’un humour féroce et empli d’une triste tendresse, tramé dans les manques et les trop-pleins de cette femme à la furieuse originalité, qui n’aimait pas grand monde, à part « les princes et les clochards ».
Appartenant à la première catégorie, il y avait Michel, dit « Michka », son mari, auquel Geneviève Brisac avait consacré le superbe Une année avec mon père (L’Olivier, 2010). Elle y racontait les quatre saisons ayant séparé la mort de sa mère, en 2007, dans un accident de voiture, du décès de son père. Le Chagrin d’aimer s’inscrit à...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Récit ovni, sans genre ni narrateur, le vingt-troisième livre de l’écrivain fascine par la souplesse de son architecture et de sa langue.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Mathieu Lindon, la rage à la racine

Récit ovni, sans genre ni narrateur, le vingt-troisième livre de l’écrivain fascine par la souplesse de son architecture et de sa langue.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 07h20
    |

                            Nils C. Ahl (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Plonger dans ce livre procure un doux vertige, irrésistible, comparable à un étourdissement. Comme un nageur qui se laisse emporter par une vague dans laquelle il vient de plonger, en quelques pages c’est un dérèglement qui submerge le lecteur, un aveuglement, au rythme du mouvement inextinguible et liquide des phrases. Bientôt, un véritable égarement au moment de remonter à la surface comme le cachalot de Moby Dick, auquel la narration fait plusieurs fois référence. Parce que Rages de chêne, rages de roseau est un livre apparemment insaisissable : peu ou pas d’intrigue, plusieurs dispositifs narratifs, une troisième personne mystérieuse au début du texte, un « je » peut-être autobiographique un peu plus loin, du récit, des digressions et même des petites annonces… Et pourtant, à condition de s’y abandonner, on s’y retrouve.
No man’s land
Inclassable, ce vingt-troisième livre de Mathieu Lindon (prix Médicis pour Ce qu’aimer veut dire, P.O.L, 2011) s’avance en creux, se matérialise par ce qu’il n’est pas. Rages de chêne, rages de roseau n’est pas une autobiographie ni un roman, il n’a pas de genre ni vraiment de narrateur, il ne se résume pas. Il est une pensée au fil des paragraphes, une pensée méticuleusement mise en scène, tour à tour roman, théâtre, poème d’une pensée – dont on serait bien en peine de dire à qui elle appartient vraiment. Mais cela n’a aucune importance, il faut se livrer à la vague, s’abîmer et céder. Lire, enfin.
Dans les premières pages, deux incipit semblent à la manœuvre : « Tout à coup, le monde ne convient pas », la phrase inaugurale du texte, et, un peu plus loin, en référence au titre du livre, « Un chêne, un jour, quitte la chênaie ». Car le mouvement primitif du livre tient à une rupture, un départ, un exil, un déracinement : « Et le chêne se met en marche si marchent les chênes. Il respire mieux, ses branches sont plus souples, ses feuilles mieux accrochées....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Claro ne se relèverait pas la nuit pour lire « A l’aube », de Philippe Djian.
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Le feuilleton. Comme un pied sans aile

Claro ne se relèverait pas la nuit pour lire « A l’aube », de Philippe Djian.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 07h00
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            

Surtout, n’écoutez pas ceux qui vous diront qu’A l’aube, le nouveau roman de Philippe Djian, peut se résumer ainsi : une call-girl et son frère autiste doivent affronter l’ancien amant de leur défunte mère rebelle tout en empêchant le lecteur de se taper la tête contre le mur. Rappelons que Djian est avant tout un « styliste hors pair » qui s’intéresse à l’écriture des mots qu’on cisèle dans les phrases. Donc : Marlon et Joan ne sont pas des orphelins confrontés à un passé trouble. Eh non. Ce sont des acrobates professionnels en prise avec un monde tautologique, avec pour seules armes un stock d’idiotismes impressionnant. Je reconnais que ça peut paraître étrange, ainsi formulé, mais je ne vois pas d’autre explication.
Un monde tautologique ? Oui, car ici tout est dit deux fois (si, si). L’évidence vous saute aux yeux puis recommence, au cas où (on ne sait jamais). C’est imprimé noir sur blanc : « La nuit était tombée depuis un moment, on n’y voyait plus rien » ; « elle finissait par douter de ce qu’elle avait vu (…) elle pensa qu’elle avait dû rêver » ; « l’angoisse du soir qui descendait, du jour qui s’éteignait » ; « je suis tombé amoureux, j’ai été foudroyé » ; « elle approchait, elle n’était plus loin »…
Or donc, pour survivre dans cet univers pléonastique, une seule solution : la contorsion. D’où l’intervention d’une acrobate de talent, Joan. Dès la deuxième page, l’héroïne se révèle d’une souplesse surprenante : « Assise sur le lit, elle tournait en rond. » ­D’emblée, le vertige. Elle sait aussi faire deux choses en même temps : « Sans lâcher son frère du regard, elle dodelina de la tête. » Il lui arrive parfois de tenter l’impossible : « [Elle] la raccompagna jusqu’à sa voiture et lui tendit l’oreille. » Ou de prendre des risques insensés, comme de « hocher la tête en baissant les yeux avec un haussement d’épaules ». Face...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Avec force et détails, Vincent Bloch décrit un système tragique d’adaptation à l’arbitraire.
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Tu n’as rien vu à Cuba

Avec force et détails, Vincent Bloch décrit un système tragique d’adaptation à l’arbitraire.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 11h26
    |

                            Paulo A. Paranagua








                        



                                


                            

A ceux qui, après un séjour à Cuba, reviennent séduits par la dignité ou la chaleur des gens et extasiés par l’éducation et la santé gratuites, on ne saurait trop recommander la lecture des deux cents pages centrales du nouvel essai de Vincent Bloch, La Lutte. C’est un récit à la Balzac, méticuleux et passionnant, sur les intrigues et les stratagèmes déployés par les Cubains pour « résoudre », comme ils disent, leurs trois problèmes quotidiens : le petit déjeuner, le déjeuner et le dîner. La famine ne rend pas digne.
Il est plus facile d’abolir les classes dans le métro parisien que dans la société, même quand elle se prétend socialiste. L’auteur, sociologue, anthropologue, mais aussi linguiste et politologue, décrit donc successivement trois milieux différents : le petit peuple, la classe moyenne et les bas-fonds, que les vieux marxistes auraient appelés lumpenprolétariat, sous-estimant leur immense appétit pour l’enrichissement. La lutte qu’il raconte est une suite de combines, de menus larcins ou de gros trafics, d’arnaques aux étrangers, de dissimulation à l’égard des proches, des voisins et a fortiori des autorités, pourtant elles-mêmes empêtrées dans des faux-semblants devenus une seconde nature à force de rituels consentis. L’adaptation à l’arbitraire et surtout à l’incertitude oblige à un mouvement perpétuel, où les positions changent sans cesse comme dans un jeu de rôles.
Passion française
Après avoir lu ces pages, le lecteur entendra une petite voix qui lui soufflera : « Tu n’as rien vu à Cuba », à la manière du personnage d’Hiroshima mon amour d’Alain Resnais (1959). Le chapitre sur la difficulté d’enquêter là-bas, sorte de making of de la recherche, ne surprendra pas ceux qui connaissent le terrain, mais devrait susciter la prudence du visiteur de passage. Vincent Bloch tire les conclusions de ses recherches en les reliant aux débats théoriques sur la nature totalitaire du castrisme. Et il éclaire en particulier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ La chronique hebdomadaire de Roger-Pol Droit, à propos, cette semaine, d’« Eloge de l’immobilité », de Jérôme Lèbre.
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Figures libres. Réapprendre à faire halte

La chronique hebdomadaire de Roger-Pol Droit, à propos, cette semaine, d’« Eloge de l’immobilité », de Jérôme Lèbre.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 14h41
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Toujours plus vite. C’est le mot d’ordre général. Partout règne l’accélération : transmissions, rythmes, innovations et mutations sont censés s’enchaîner ou se succéder à vitesse croissante. Sans qu’on se pose pour autant, de façon claire et nette, la question de l’utilité réelle de cette course effrénée.
On s’interroge finalement fort peu sur les raisons d’être et la finalité de pareille agitation, où il semble interdit, voire carrément dangereux, de s’arrêter. Comme si cesser brutalement de courir, de nomadiser, de parcourir l’espace et de gagner du temps était s’exposer à… quoi au juste ? Peut-être à un anéantissement, en tout cas à une sourde métamorphose. A quelque chose de menaçant.
Multiples tensions
Et pourtant, au sein même de ce mouvement uniformément accéléré, nous ne cessons aussi de rêver de moments d’arrêt, de pauses immobiles. Nous allons donc de plus en plus vite mais tout en étant taraudés par le désir d’instants où tout s’arrêterait, où s’immobiliseraient enfin et le corps et le temps. Et malgré cela, pour ne rien simplifier, nous détestons ce qui ligote, emprisonne et assigne à résidence.
Il y a évidemment, dans ces multiples tensions, matière à réflexion philosophique. Elle ne saurait d’ailleurs oublier combien « mouvement » et « repos » constituent, depuis Pythagore et les débuts de la pensée grecque, un couple d’opposés fondateur.

Cette réflexion – à contre-courant de l’air du temps, du moins pour une part –, Jérôme Lèbre contribue à l’élaborer avec cet Eloge de l’immobilité. Intéressant parce que subtil. On n’y trouve en effet ni simple célébration de tout ce qui bouge (marche, course, vitesse, progrès…) ni pure glorification de ce qui est statique (arrêt, suspens, éternité…). Il ne tombe pas non plus dans le panneau d’une trop courte opposition entre le privilège accordé par l’Occident au mouvement et la valorisation du repos par les pensées d’Orient, de l’Inde à la Chine.
Toute beauté est un...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ La chronique de Leïla Slimani, à propos de « La Petite Fille sur la banquise », d’Adélaïde Bon.
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Premier roman. A la recherche du mot perdu

La chronique de Leïla Slimani, à propos de « La Petite Fille sur la banquise », d’Adélaïde Bon.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 07h00
    |

                            Leïla Slimani (Ecrivaine)








                        



                                


                            
A quoi ça sert d’écrire ? Pourquoi se lance-t-on chaque matin dans cette entreprise folle, absurde, extraordinaire ? On peut répondre poliment. Dire qu’on écrit parce qu’on aime la littérature, parce qu’on s’ennuie, parce qu’on cherche une distraction. Et puis on peut ne rien dire, écrire un roman et donner ainsi la plus limpide, la plus forte des réponses. C’est ce que fait Adélaïde Bon dans La Petite Fille sur la banquise.
Un dimanche de mai, Adélaïde a éclaté en morceaux, et les mille pièces du puzzle se sont dispersées. Pendant des années, elle cherche à remettre de l’ordre, à comprendre pourquoi elle ne sait pas s’abandonner. Pourquoi elle est spectatrice de sa vie et si sévère envers elle-même. Adélaïde est décentrée. Elle n’a pas de bassin, pas de milieu. Des pieds qui donnent l’illusion qu’elle tient debout. Un visage de fille gentille qui sourit beaucoup. Mais rien dans le ventre, le vide, le creux, un hurlement sourd qui voudrait parfois monter dans sa gorge, mais qu’elle empêche. Adélaïde, c’est « elle » et c’est « je », et cette alternance de point de vue narratif est déjà une partie de l’histoire. L’histoire d’une femme qui écrit pour partir à la reconquête d’elle-même.
Coupée en deux
Ce dimanche de mai, Adélaïde est violée dans les escaliers de son immeuble par un homme qu’elle n’a jamais vu auparavant. Ce mot, « viol », il lui faudra des années avant de le prononcer. Car le vocabulaire qu’on lui propose est indigent. Les pédophiles, rappelle-t-elle avec une triste ironie, sont étymologiquement « les amis des enfants ». L’attouchement est un insupportable euphémisme. « Quelqu’un lui a fait du mal, quelqu’un lui a fait ce mot-là », finit-elle par comprendre. Les mots résistent. Ceux qu’on ne dit pas à soi-même ou aux autres. Aux parents, qui ont su, qui ont porté plainte et puis avec qui on n’en a plus parlé. Comme si se taire effaçait le malheur. On rit des excentricités d’« Adélaïde l’extraterrestre »,...




                        

                        

