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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Cette création du grand chef et compositeur américain est un portrait-type de l’époque qui la vit naître (sur Arte Concert à la demande).
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TV – « Mass », de Bernstein, une œuvre pop, classique et hippie

Notre choix du soir. Cette création du grand chef et compositeur américain est un portrait-type de l’époque qui la vit naître (sur Arte Concert à la demande).



Le Monde
 |    07.04.2018 à 18h00
    |

            Renaud Machart








                        


Concert sur Arte Concert à la demande

Mass (1969-1971), de Leonard Bernstein (1918-1990), n’est pas une messe – dans le sens liturgique, catholique et romain du terme – mais une célébration tous azimuts, hippie en diable et très typique de son époque en pleine ébullition sociétale et créatrice. Mass est inclassable : ni vraiment classique ni vraiment pop, mais un peu tout cela et plus encore.
Au cours de l’année du début de sa composition, 1969, les réfrigérateurs explosent à la fin de Zabriskie Point, le film psychédélique de Michelangelo Antonioni, les drag-queens finissent par se rebeller contre les descentes de police au bar Stonewall, de New York. C’est aussi le moment du festival de Woodstock. Le tout sur fond de guerre au Vietnam, de drogue et de Flower Power.
Bernstein, très grand chef d’orchestre, était un compositeur doué mais inégal, dont l’image était à son goût trop liée à West Side Story (1957, porté au grand écran en 1961). A la fin de sa carrière, il interdisait même qu’on parle de lui comme du « compositeur de West Side Story ». Pourtant, ce musical est ce qu’il a écrit de mieux et la meilleure comédie musicale de tous les temps.
Indéniable et solide préparation
Mais Bernstein cherchait toujours midi à quatorze heures, et, en compliquant les choses à dessein, il échouait souvent dans sa quête du chef-d’œuvre transgenre. Mass veut tout concilier, au risque du bariolage et du kitsch œcuméniques. Pourtant le miracle s’accomplit. Et cette longue « composition dramatique » constitue peut-être le meilleur portrait du janusien et protéiforme compositeur.

Ce concert est le résultat d’une indéniable et solide préparation : les chanteurs – à l’exception du grand chœur – chantent de mémoire et fournissent un jeu scénique convaincant. Le « célébrant », incarné par Jubilant Sykes, est émouvant, ainsi que le chœur Aedes, de Mathieu Romano, impeccable dans ses ensembles ou dans ses interventions solistes (parfois redoutables de difficulté).
Wayne Marshall, formidable musicien (pianiste et organiste), n’est peut-être pas le chef d’orchestre le plus précis que l’on connaisse, mais cette captation donne une belle image de l’œuvre paradoxale et attachante qu’est Mass.
Mass, de Leonard Bernstein, captation de concert réalisée par François-René Martin. Arte Concert à la demande jusqu’au 21 mars 2020.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Dans sa tentative d’éclairer l’exercice du pouvoir par la science, ce documentaire peine à convaincre (sur Public Sénat à 23 h 30).
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤                     
                                                

TV – « Le pouvoir nuit-il gravement au cerveau ? »

A voir aussi ce soir. Dans sa tentative d’éclairer l’exercice du pouvoir par la science, ce documentaire peine à convaincre (sur Public Sénat à 23 h 30).



Le Monde
 |    07.04.2018 à 17h45
    |

            Christine Rousseau








                        


Documentaire sur Public Sénat à 23 h 30



Depuis dix ans, dans son magazine « Déshabillons-les », sur ­Pu­blic Sénat, Hélène Risser passe au crible les discours, gestuelles et images des politiques en faisant appel à des philosophes, des sémiologues ou des psycho­logues. Riche matière que celle-ci, surtout en cette décennie marquée par deux quinquennats émaillés de dérapages verbaux, de confidences surprenantes ou de décisions incompréhensibles, qui ont affaibli une fonction que, ­chacun à sa manière, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont tenté de modifier. Comme si le pouvoir et les nouvelles conditions dans lesquelles il s’exerce ­depuis quelques années – en raison notamment de l’accélération du temps politique et médiatique – avaient affecté leur cerveau.
­Hélène Risser, épaulée par la journaliste Hélène Fresnel, a mené l’enquête, en s’appuyant sur les dernières recherches qui ont été conduites en psychologie et en neurosciences sur la manière dont le cocktail pouvoir, solitude et stress influe sur le comportement et la prise de décision.
Phénomène de cour, tout-puissance, isolement
Hybride dans son propos – mi-scientifique, mi-politique – autant que dans sa forme, qui alterne entretiens avec des proches de Nicolas Sarkozy, de François Hollande, d’Emmanuel Macron et ceux avec des scientifiques (neurologue, éthologue, psychanalyste, psychologue…), cette enquête suit l’évolution de ces deux présidences, ainsi que les débuts de celle d’Emmanuel Macron. Elle tente aussi de saisir comment la vie au « Palais » avec son phénomène de cour, le sentiment de toute-puissance, l’isolement ou encore la pression et le stress ont conduit au fameux « Casse-toi, pauvre con », lancé par Nicolas Sarkozy à un homme qui refusait de lui serrer la main au ­Salon de l’agriculture. Ou encore à l’intervention incongrue de François Hollande dans l’affaire Leonarda, puis ses longues confidences aux journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme dans « Un président ne devrait pas dire ça… » (Stock, 2016).

   


L’idée de faire appel à des scientifiques pour démontrer les incidences du pouvoir sur le cerveau de nos présidents était en soi doublement séduisante, par son ­approche et son questionnement. Et pour le moins ambitieuse. Trop peut-être. Sinon comment comprendre que cette enquête ne se démarque fina­lement que peu des analyses ­connues et rebattues. Comme celle qui ­consiste à dire que le cadre monarchique élyséen et sa charge symbolique mettent à distance le chef de l’Etat non seulement des citoyens, mais également de son entourage, isolement contribuant à nourrir la méfiance, voire l’hostilité. Ou qu’une forme d’impunité autorise à favoriser ses proches, à l’image de Nicolas Sarkozy confiant à son fils Jean, encore étudiant, la direction de l’Epad de la Défense. Sans parler du cheminement de pensée des auteurs, qui n’apparaît pas toujours très clairement.
Paradoxalement, c’est moins du côté des scientifiques que des intervenants politiques, tels ­Patrick Devedjian, savoureux dans ses formules, Aquilino Morelle, conseiller de François Hollande, Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, ou Gilles Savary, ex-député so­cialiste, que l’on trouvera finalement les analyses les plus éclairantes et ­significatives.
Le pouvoir nuit-il gravement au cerveau ?, d’Hélène Fresnel et Hélène Risser (Fr., 2018, 55 min)



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ La performance est à l’honneur dans le centre d’art avec la 4e édition de Do Disturb.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

Le Palais de Tokyo performe tout le week-end

La performance est à l’honneur dans le centre d’art avec la 4e édition de Do Disturb.



Le Monde
 |    07.04.2018 à 16h27
    |

            Emmanuelle Jardonnet








                        



   


La 4e édition du festival de performances Do Disturb a ouvert en fanfare et sous le soleil, vendredi 6 avril, devant le Palais de Tokyo, à Paris. Pas n’importe quelle fanfare, un Marching Band social et transatlantique créé par l’artiste Frédéric Nauczyciel et le vogueur Marquis Revlon, entre Baltimore et La Courneuve. Et qui fait joyeusement voler en éclats normes et clichés par son énergie festive, mêlant tous les âges, tous les corps, pompom girls and boys et des instruments inattendus (accordéon, violon) entre les cuivres.
Do Disturb est devenu une promesse de pépites internationales de la performance dénichées par la commissaire générale de l’événement, Vittoria Matarrese, mais il est préférable d’être en forme pour se plonger dans son grand chaos apparent. Les propositions s’y enchaînent ou se carambolent à un rythme endiablé, et le défi consiste à se perdre, tout en étant au bon endroit au bon moment.
Pour une entrée en douceur, une option : aller à l’Institut d’esthétique. Ce large espace prodigue soins et attentions sous la houlette d’Emile Degorce-Dumas et Vincent Voillat, qui ont invité de nombreux artistes mêlant comme eux questions d’esthétique corporelle et notions d’esthétique artistiques. Avec poésie ou un humour féroce.
Yoga et comédons
Au programme : un masque à la bave d’escargot, réputée excellente pour la peau, mais avec des escargots déposés à même le visage, une cabine de sauna qui enveloppe le corps de chaleur et de musique, avec un DJ set dédié, en live, un coiffeur psychédélique, une manucure engagée, où l’on discute politique et cuticule.
Des séances de méditation sont accessibles en continu, il suffit de s’installer sur l’un des matelas de yoga, de prendre un casque et de se laisser guider par la voix : « Respirez profondément, ressentez pleinement votre narcissisme et votre indifférence totale mais harmonieuse au monde qui vous entoure… »
Relaxation plus radicale encore : le public peut expérimenter une thérapie qui se développerait actuellement au Japon et en Corée, et qui consiste à faire le mort… en assistant à son propre enterrement. Un cercueil est à disposition, ainsi que des chaises pour les proches, chargés de dire tout le bien qu’ils pensaient du défunt.
On peut passer des heures dans cet Institut où la performance la plus étrange est certainement celle de la chanteuse lyrique et ventriloque Mathilde Fernandez. Installée sur une table de chirurgie esthétique, elle compose un hymne glaçant à la jeunesse éternelle. Ne pas rater non plus, la cabine Maxime Roussi, qui partage en flashs lumineux les visions colorées que lui procurent ses orgasmes, du vert sapin au rose fluo.
Corps à corps dans la glaise
Hors de cette bulle, il y a du sport – avec les invraisemblables catcheuses féministes du collectif FLOW, de Los Angeles, une salle de MMA, sport de combat où tous les coups sont permis, et où les femmes sont invitées à se défouler –, et de nombreux moments de grâce. Par exemple, en compagnie de Zadie Xa, jeune artiste d’origine coréenne née au Canada et qui vit à Londres. C’est son identité métissée qu’elle traduit par la danse, la musique et des costumes fantasmagoriques, mixant traditions asiatiques et glamour pop.
Moment de grâce aussi, mais dans les airs pour le duo de circassiennes Pauline Barboux et Jeanne Ragu, plutôt habituées à se suspendre en extérieur, dans des festivals de rue ou en pleine nature. Ou corps à corps, plus terre à terre, chez Florence Peak, où les performeuses, nues, rejouent dans six tonnes de glaise étalée au sol le scandale provoqué en 1913 par le Sacre du printemps de Stravinski.
Le corps de l’artiste afghane Kubra Khademi reste, lui, immobile : ses formes féminines sont exacerbées à la façon d’une ancestrale statuette de la fécondité, grâce à du sel remplissant ses habits, et se dissolvent lentement sous l’effet d’une douche.

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                Vittoria Matarrese : « Il y a un retour du texte dans la performance »



Ce sont deux « coups de foudre artistiques » du festival, et de fait, il serait dommage de passer à côté. D’abord Jamila Johnson Small, la prochaine artiste en résidence au Palais de Tokyo. Cette plasticienne, danseuse, mannequin et musicienne venue de Londres, prend immédiatement possession de la salle 37 lorsqu’elle pénètre dans cet unique espace clos du Palais de Tokyo. Ses micromouvements saccadés, son corps androgyne, sa peau noire recouverte de plastique brillant ou dénudé, l’éclairage jaune stroboscopique, l’obscurité et la fumée, le mixage live : elle dynamite tous les codes, sociaux comme artistiques, envoûtement garanti.
Le travail du New-yorkais Jeremy Nedd, lui aussi inédit en France, se découvre en live et en vidéo. Sur scène, ses performeuses, aux gestes dédoublés, déconstruisent l’idée de sample et de plagiat dans la danse, notamment dans les chorégraphies de Beyoncé. Sur un mur, on le voit décliner son recensement des poses du rap, un langage corporel d’autant plus savoureux qu’il est ici décontextualisé, regardé pour lui-même.
Communion avec des pommes de terre
Un étage plus haut, plusieurs performeurs venus du Brésil se côtoient dans une sorte de théâtre de l’absurde : le Russo-Brésilien Fyodor Povlov, enseveli sous une montagne de pommes de terre, tente d’entrer en communion avec ce tubercule qui fait le lien entre ses deux pays d’origine. Une quête identitaire qui laisse les visiteurs médusés. A côté, ces derniers sont invités à « fusiller » avec du ciment frais Marcelo Cidade qui lit, nu, la liste des mesures du nouveau gouvernement néolibéral brésilien.
Autre pays, autre prisme social : la Sud-Africaine Gabrielle Goliath soulève le tabou des violences faites aux femmes dans son pays, et notamment les assassinats non élucidés (par laxisme). Des chanteuses lyriques, habillées de noir, se succèdent sur une estrade pour tenir une note unique une heure durant dans une longue et émotionnelle plainte chorale. Un texte permet au public de découvrir qui était la femme à qui est dédié cet hommage. Cette fois, il s’agit de Joan, une transexuelle tuée en 2015.
Impossible d’être exhaustif, d’autant qu’entre les projets qui se jouent ponctuellement chaque jour évoluent des « marathoniens », qui œuvrent par infiltrations et perturbent les déambulations des visiteurs d’interventions loufoques ou grinçantes.
Le point d’orgue du festival, dimanche soir, sera une pièce du Dance On Ensemble, une compagnie d’anciens danseurs professionnels de ballet venue de Berlin et pilotée par l’Américain Christopher Roman, qui fut directeur adjoint de la Forsythe Company. Ces corps qui ont dépassé la limite d’âge du ballet ont encore de l’émotion à partager.
Do Disturb, de midi à minuit jusqu’au dimanche 8 avril au Palais de Tokyo, 13, avenue du Président-Wilson, Paris 16e.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Yassine Belattar a inauguré, vendredi, la première édition de ce mini-festival au cours duquel se produiront notamment, jusqu’à dimanche, Smaïn et Haroun.
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L’Institut du monde arabe s’ouvre à l’humour

Yassine Belattar a inauguré, vendredi, la première édition de ce mini-festival au cours duquel se produiront notamment, jusqu’à dimanche, Smaïn et Haroun.



Le Monde
 |    07.04.2018 à 14h39
    |

            Sandrine Blanchard








                        


« C’est très sulfureux de venir me voir », lance Yassine Belattar aux 370 spectateurs réunis, vendredi 6 avril, dans l’auditorium de l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris. Accusé, en décembre 2017 par l’hebdomadaire Marianne, d’« entretenir le déni de l’islamisme », décrit, à la fin du mois de mars par Valeurs actuelles, comme le « Dieudonné de Macron », l’humoriste rétorque : « vous allez voir que, dans deux mois, j’aurais tué Kennedy. »
Devant un public cosmopolite, où l’on croise l’ancien footballeur international Lilian Thuram, créateur de la fondation Education contre le racisme et Latifa Ibn Ziaten, la mère d’Imad, l’un des militaires assassiné à Toulouse en 2012 par le terroriste Mohammed Merah, Yassine Belattar inaugure le premier « week-end humour » de l’IMA. « Il n’était que temps d’ouvrir nos portes au rire. “Enfin !”, pourrait-on dire », justifie Jack Lang. « Pour avoir sillonné les routes du monde arabe, j’ai souvent savouré, des chauffeurs aux bistrotiers en passant par les intellectuels, leur sens aigu de l’humour qui permet à beaucoup de ces peuples de résister », poursuit, lyrique, le président de l’Institut.

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                Un apéro avec Yassine Belattar : « L’ignominie de l’époque, c’est la surenchère »



Le Français d’origine marocaine Yassine Belattar, avec, en première partie, l’humoriste française d’origine tunisienne Samia Orosemane, ont donc ouvert le bal de ce nouveau rendez-vous « pour rire de tout et de tous » appelé à être renouvelé chaque année. « Nous ouvrons les portes de l’Institut à toutes les expressions artistiques pour élargir et diversifier le public », explique Jack Lang, citant la carte blanche à Oxmo Puccino, la nuit de la poésie ou l’Arabic Sound System récemment organisés. « Le rire est un élément, évident et normal, parmi d’autres », insiste-t-il. Pour cette première édition, l’IMA n’a programmé que des artistes qui se produisent en France – Mademoiselle Dalila et Smaïn samedi 7 avril, Wary Nichen et Haroun dimanche 8 avril – et envisage, l’année prochaine, d’inviter des humoristes du monde arabe.
« Cela fait quinze ans que ma carrière est un bordel »
« On ne savait pas qu’on avait un institut ! », s’amuse Yassine Belattar avant de s’embarquer pour deux heures de show alternant commentaires de l’actualité, sketchs et interaction avec la salle. Actuellement dans « l’œil du cyclone », l’humoriste – qui a soutenu Emmanuel Macron pendant les présidentielles et qui vient d’être nommé au Conseil présidentiel des villes –, revient régulièrement sur les attaques les plus folles dont il est la cible sur les réseaux sociaux. « J’ai été très affecté d’avoir été qualifié d’antisémite et d’islamiste », insiste-t-il, sans rire cette fois. « Cela fait quinze ans que ma carrière est un bordel », constate celui qui est aussi animateur sur radio Nova. Mais ces dernières semaines, les coups portés à ce comique français de confession musulmane qui revendique une France de la diversité et s’engage politiquement n’ont jamais été aussi durs. Son tempérament parfois orageux peut agacer, son goût pour les projecteurs peut paraître excessif, mais rien de ce qu’il dit sur scène ne relève du « néoracisme », dont l’accuse certains.
Tout au long de son spectacle, en grande partie identique à celui qu’il présentait avant la polémique, il fustige les « terroristes tarés », se moque de la « racaille », charrie les coutumes des Maghrébins et des Noirs, refuse l’étiquette de « représentant de la banlieue » (où il ne vit plus depuis longtemps), rappelle que la « musulmanie » n’est pas un pays, fait applaudir les parents issus de l’immigration et les professeurs qui travaillent en banlieue.
Avant de quitter le plateau et de se prêter à une séance de selfies avec les spectateurs qui l’attendent dans le hall, Yassine Belattar annonce qu’il va bientôt arrêter ce one-man-show et qu’il consacrera son prochain spectacle à l’éducation de ses trois enfants. Début mai, ajoute-t-il, il accompagnera Latifa Ibn Ziaten à Carcassonne, dans le quartier du djihadiste de l’Aude, Radouane Lakdim, pour promouvoir la laïcité et la paix.
« Week-end humour » à l’Institut du monde arabe, jusqu’au 8 avril



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Le groupe parisien était l’un des cinq finalistes du prix Chorus, tremplin de découvertes du festival musical des Hauts-de-Seine.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

La déferlante sonore de The Psychotic Monks récompensée au festival Chorus

Le groupe parisien était l’un des cinq finalistes du prix Chorus, tremplin de découvertes du festival musical des Hauts-de-Seine.



Le Monde
 |    07.04.2018 à 13h27
    |

            Sylvain Siclier








                        



   


A l’annonce, en fin de matinée, vendredi 6 avril, de la mort de Jacques Higelin, David Ambibard, programmateur du festival Chorus des Hauts-de-Seine, dont la présente édition a lieu depuis le 3 avril et se terminera dimanche 8, est allé voir dans les archives. Depuis la création du festival, en 1988, le chanteur et auteur-compositeur a été programmé « une dizaine de fois ». Son dernier passage, « c’était en 2011, dans un chapiteau Magic Mirror, installé sur le parvis de La Défense. Un grand concert, un beau souvenir. »
Ce vendredi 6, lors de la finale du prix Chorus, tremplin destiné à repérer des nouveaux talents des « musiques actuelles », il n’y aura pas eu de mention du nom de Jacques Higelin. Aucun des cinq groupes qui se sont succédé au Riffx et au Tutti, deux des petites salles de La Seine musicale, sur l’île Seguin, à Boulogne-Billancourt, où est organisé le festival, n’a inscrit à sa prestation une reprise qui aurait été décidée au dernier moment.
Cinq groupes, avec chacun un court programme de trente minutes pour convaincre le jury d’une dizaine de personnes et le public. Des amateurs de découvertes, quelques professionnels, des collégiennes et des collégiens qui ont suivi depuis plusieurs mois le processus de sélection des groupes, ont rencontré certains d’entre eux.
Amateurs de découvertes
A l’applaudimètre de ce jeune public, peut-être parce que ce serait le plus proche de ce qu’ils écoutent quotidiennement, le trio Thé vanille, plutôt pop, Faire, autre trio, plutôt dans l’option électro dansante et Aloïse Sauvage, seule en scène, qui déclenche des séquences mélodiques et rythmiques pour accompagner son parler-chanter. D’Aloïse Sauvage a déjà été repéré un refrain « Aphone/A force d’être à fond », repris en chœur.
Avec en plus le rock puissant, du duo Equipe de foot (un guitariste, un batteur), bruitiste, expérimental, du quartette The Psychotics Monks, la finale du prix Chorus reflète bien ce qui agite les musiques actuellement.

Particularité du prix Chorus, mise en place depuis plusieurs années, à l’issue des concerts et avant la délibération, chaque groupe passe un entretien avec le jury. « Ce n’est pas un grand oral, c’est assez détendu, précise David Ambibard. C’est un moyen d’évaluer les groupes au-delà du concert, de sentir où ils en sont dans leur développement. A la marge, c’est une rencontre qui peut influer quand il y a des hésitations des jurés après une prestation, si l’on sent de la conviction, une envie, de la sincérité. » 
Tard dans la nuit, le jury a fait connaître son choix, qui a été révélé dans un communiqué, samedi 7 en fin de matinée. C’est The Psychotics Monks, groupe parisien, qui est le lauréat du prix Chorus 2018, doté de la somme de 10 000 euros pour son accompagnement professionnel.
Le choix du plus extrême durant cette finale. Le chant, en anglais, y est un des éléments d’un bouillonnement, une déferlante, par les deux guitaristes, en saturation, effets Larsen, le bassiste et claviériste et le batteur. Quelques moments calmes, avant des relances, des sursauts. L’improvisation semble y avoir une place importante, dans un cadre établi.
Le groupe a déjà enregistré un album, sorti en avril 2017. Le concert est un terrain de jeu qui en densifie le propos. On songe alors parfois aux déflagrations du groupe allemand Faust, aux recherches vers l’intensité sonore du Japonais Keiji Haino.
Festival Chorus des Hauts-de-Seine, jusqu’au 8 avril à La Seine musicale, île Seguin, à Boulogne-Billancourt.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires de Nathalie Baye et Mark Zuckerberg, Marc Beaugé scrute celui de l’animateur de « The Voice » qui aime le noir.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Créé par le Scottish Opera, « BambinO » réinvente le langage et les traditions de l’art lyrique pour les bébés de 6 à 18 mois. Les spectateurs installés sur scène sont libres de chanter, parler, gambader. Au Centquatre du 13 au 20 avril.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤                
                                    

Opéra pour mélomanes en couches-culottes


                      Créé par le Scottish Opera, « BambinO » réinvente le langage et les traditions de l’art lyrique pour les bébés de 6 à 18 mois. Les spectateurs installés sur scène sont libres de chanter, parler, gambader. Au Centquatre du 13 au 20 avril.



Le Monde
 |    07.04.2018 à 12h15
    |

                            Valentin Pérez








   


Séances de brainstorming, recherches techniques, répétitions générales… Le Scottish Opera a travaillé par étapes pour créer BambinO, un opéra pour bébés, qui arrive à Paris. En apparence, la forme est celle, classique, d’un petit opéra. Deux actes, un entracte, une histoire portée par une partition… Sauf que les spectateurs de BambinO possèdent une singularité : ils ont entre 6 et 18 mois. Cette production pour bébés débarque à Paris, programmée par le Théâtre du Châtelet et accueillie au Centquatre.
En 2009, l’institution écossaise avait déjà mis en scène BabyO, un spectacle d’initiation musicale. Cette fois, le projet est plus ambitieux. Jane Davidson, chargée de l’éducation artistique au Scottish Opera, lance, début 2016, l’idée d’une véritable pièce pour les tout-petits. « La commande était claire : une partition opératique, avec un cadre narratif qui puisse être compréhensible par les bébés, raconte le compositeur Lliam Paterson, 26 ans, espoir de l’opéra britannique. Avec le metteur en scène, Phelim McDermott, nous avons commencé par un brainstorming pour établir l’histoire. » Centrée sur l’oiseau Uccellina (Charlotte Hoather), elle déroule, en onomatopées et quelques mots d’italien, une intrigue simple : la naissance de son enfant Pulcino (Timothy Connor), l’exploration de la terre, l’envol du petit qui doit finalement quitter le nid pour le ciel…
« C’est un spectacle qui permet d’initier à l’opéra des très jeunes et qui prouve que la musique est universelle, par-delà les langues et les âges. » Ruth Mackenzie, directrice du Théâtre du Châtelet
« Avant de m’atteler à la composition, j’ai lu beaucoup d’ouvrages scientifiques sur le développement auditif. J’ai décidé de privilégier des sons évolutifs qui varient de l’aigu au grave, de mettre en valeur les voyelles… Des éléments plus faciles à mémoriser et à reproduire pour les bébés. » Pour nourrir sa créativité, il se tourne vers Verdi ou Puccini. Une fois la musique établie, un séminaire d’une semaine se tient à Glasgow, en décembre 2016, permettant de tester l’opéra sur dix petits cobayes volontaires. « Nous avons observé leurs réactions et demandé un retour à leurs parents, explique Lliam Paterson. Pour moi qui ne suis pas père, c’était instructif et ça m’a confirmé que nous étions sur la bonne voie. » Au fil des quelques ajustements, la mise en scène se rode. Il est décidé d’installer les spectateurs en culottes courtes à même le plateau – leurs accompagnants étant assis tout autour, en léger retrait – et de les laisser libres de chanter, parler, se déplacer, toucher les interprètes ou les accessoires.
Après la première, donnée au Manchester International Festival en juillet 2017, les critiques anglais applaudissent. Ruth Mackenzie, qui dirige le Théâtre du Châtelet, découvre la performance de trente-cinq minutes à Wigan. « Tout était limpide, pour les bébés comme pour les adultes, se souvient-elle. C’est un spectacle qui permet véritablement d’initier à l’opéra des très jeunes et qui prouve que la musique est universelle, par-delà les langues et les âges. » Sur son invitation, voilà la joyeuse troupe à Paris. Une façon éclatante de rafraîchir le public, alors que l’âge moyen du spectateur d’opéra en France affiche 51,5 ans (Les Forces musicales et Traces TPI, 2017). Même tous réunis, les trente jeunes chanceux qui pourront assister à chaque représentation n’atteignent pas un tel âge.
« BambinO », au Centquatre, 5, rue Curial, Paris 19e. Du 13 au 20 avril (complet). www.104.fr



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Les chaînes de télévision, en quête d’une audience plus jeune, s’intéressent de plus en plus à cette nouvelle technologie.
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Le monde audiovisuel à l’heure de la réalité virtuelle

Les chaînes de télévision, en quête d’une audience plus jeune, s’intéressent de plus en plus à cette nouvelle technologie.



Le Monde
 |    07.04.2018 à 12h12
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                            Mathieu Ait Lachkar et 
                            Camille Langlade








                        



                                


                            

Aucun événement consacré à la télévision n’échappe à un espace « nouvelles technologies ». Parmi elles, la réalité virtuelle occupe désormais une bonne place. Elle apparaît même comme l’une des vedettes du Marché international des programmes de télévision (MIPTV), qui se tiendra à Cannes du 9 au 12 avril. Sa directrice, Laurine Garaude, explique : « Cela fait maintenant trois ans que l’on accélère le développement autour de la VR [initiales de l’anglais virtual reality, réalité virtuelle]. Il est essentiel, dans un marché de contenus comme le MIPTV, de réunir l’ensemble des acteurs qui travaillent à la recherche de nouvelles narrations. »
Cette technologie immersive, capable d’offrir à l’utilisateur une plongée dans un univers à 360 degrés – essentiellement grâce à un casque – fait réfléchir les diffuseurs de contenus, qui observent l’essor des nouveaux modes de consommation de l’image. « Les téléspectateurs, surtout les jeunes adultes, sont de plus en plus nombreux à consommer des contenus vidéo hors de l’écran de la télévision et à délaisser les programmes qui y sont diffusés, constate Pierre Block de Friberg, chargé du pôle Nouvelles écritures de France Télévisions. Il y a une grande appétence pour les nouvelles technologies. »

Bien loin des créneaux horaires imposés par les grilles de programme, les chaînes pourraient chercher à (re)conquérir une audience plus large, et surtout plus jeune. La réflexion est engagée chez Arte : « L’idée pour nous est d’aller à la rencontre d’un public qui ne regarde pas particulièrement Arte à la télévision, mais qui s’intéresse à des narrations et des points de vue originaux », indique Gilles Freissinier, directeur du développement numérique d’Arte France.
Son homologue Pierre Block de Friberg reconnaît quant à lui que « la réalité virtuelle accompagne ces changements d’usages. Elle permet de repenser la narration audiovisuelle, avec...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde », évoque une chorale de seniors originaires de la Mayenne, Huguette the Power, qui vient de se produire sur la scène du Grand Rex, à Paris, dans le cadre de la Silver Night.
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« Les “Huguette”, un exemple des prodiges réalisés, en matière de bien vieillir, dans les Ehpad »

Dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde », évoque une chorale de seniors originaires de la Mayenne, Huguette the Power, qui vient de se produire sur la scène du Grand Rex, à Paris, dans le cadre de la Silver Night.



Le Monde
 |    07.04.2018 à 11h18
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            Frédéric Potet








                        



                                


                            
Chronique. Il a beaucoup été question des Ehpad, ces derniers temps. Des cadences infernales qui y ont cours, de l’épuisement des personnels soignants, des coupes budgétaires auxquels ils sont soumis… Mais assez peu, finalement, des prodiges réalisés, notamment en matière de bien vieillir, à l’intérieur de ces établissements médico-sociaux. Lancé dans cinq maisons de retraite de la Mayenne, un projet vivifiant – le mot n’est pas usurpé – a fait halte, il y a une semaine, au Grand Rex, à Paris, à l’occasion de la Silver Night, soirée de remise des trophées de l’économie des seniors (également appelée « silver économie »). Sur scène : une chorale de cinquante résidents âgés de 70 à 96 ans, interprétant du rock et du hip-hop. Son nom : Huguette the Power, allusion à une remuante chanson de James Brown (You’ve Got the Power, 1960).

Au départ, il y a un festival de musique actuelle, Au foin de la rue, se déroulant depuis 2000 à Saint-Denis-de-Gastines (Mayenne, 1 600 habitants). Prenant conscience, après dix ans d’existence, que programmer des artistes de renom en milieu rural n’était pas une fin en soi, ses organisateurs ont décidé de mener des actions de médiation culturelle auprès de publics ayant peu l’habitude de se rendre à des concerts : scolaires, handicapés, chômeurs… L’idée d’impliquer des personnes âgées a pris une nouvelle dimension, il y a trois ans, avec la décision de créer une chorale qui viendrait se produire pendant le festival – ce qui sera fait lors de l’édition 2016. Une seule condition, pour cela : placer les participants dans des conditions quasi professionnelles.
Ce que les spectateurs n’ont pu percevoir ce jour-là, c’est la somme invisible des progrès réalisés par les résidents
C’est à un musicien dont c’est le métier, Pierre Bouguier, que le projet a été confié. Leader du groupe Mémé les watts (décidément), celui-ci a développé un répertoire « rétro-actuel » consistant à revisiter des morceaux d’autrefois...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Cette histoire initiatique d’une jeune fille qui défie le destin pour devenir sorcière offre une illustration soignée et revisitée du manga de magie.
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« L’Atelier des sorciers », manga enchanteur

Cette histoire initiatique d’une jeune fille qui défie le destin pour devenir sorcière offre une illustration soignée et revisitée du manga de magie.



Le Monde
 |    07.04.2018 à 11h00
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            Pauline Croquet








                        



   


Tolkien a aussi des héritiers au Japon. Les mangas de fantasy et de récits où la magie est un élément central de la narration abondent. En revendiquant l’influence d’Harry Potter et du Seigneur des anneaux, la mangaka Kamome Shirahama inscrit totalement sa série L’Atelier des sorciers dans ce courant tout en cherchant à le renouveler.
Dans ce manga, dont le premier tome vient de paraître en France, la magie n’est pas innée et n’est pas le fruit de pouvoirs détenus par des humains qui arborent des baguettes magiques. Elle s’exerce en dessinant des figures compliquées avec de l’encre magique. Seuls les sorciers ont le droit de la pratiquer. Ainsi, Coco, une petite fille ordinaire qui n’est pas destinée à devenir sorcière, va parvenir à intégrer ce monde qui la fascine tant. « C’est la partie la plus importante de cette œuvre, je voulais montrer qu’il faut faire des efforts pour réaliser son rêve et que c’est un long processus. J’ai créé cette histoire pour dire que tout le monde peut avoir la chance de devenir ce qu’il souhaite être et pas seulement des gens sélectionnés à l’avance ou nés dans certains milieux », explique l’auteure, de passage à Paris.

   


Pas de baguettes donc, mais des chapeaux pointus distinguent les sorciers du reste de la population. Car Kamome Shirahama ne déroute pas complètement les amateurs de fantasy, insufflant des références médiévales occidentales dans les costumes et les décors. Mais elle insère aussi, de façon assez unique dans le manga, des ornements art déco et art nouveau pour mettre en valeur, par exemple, certaines de ses cases : « Je considère que les cadres des cases sont comme les cadres de peintures. Chaque case est une fenêtre par laquelle on peut observer un monde extérieur, imaginaire. Je voulais qu’elles servent d’intermédiaire entre notre monde et celui de l’œuvre », confie la mangaka.
De même, Kamome Shirahama a inventé toute une écriture magique pour les dessins de ses sorciers. Un langage qui relève plus des maths que de la poésie : « Il y a une logique, des symboles qui reviennent et des flèches qui montrent le sens, le rapport de force. Si les lecteurs observent et apprennent au fil des chapitres, ils pourront peut-être activer la magie », poursuit l’auteure.

   


Un travail de minutie qui a poussé Pika, l’éditeur français, à proposer, dès la sortie du premier volume, un petit art book mettant en valeur le travail de l’artiste, laquelle fait par ailleurs carrière comme illustratrice de couverture pour des grands éditeurs de comics américains. Une double carrière qui ne l’a pourtant pas fait hésiter à concevoir L’Atelier des sorciers dans un style manga. « J’avais aussi envie de m’adresser à un public japonais. Je trouve que les comics ou les BD européennes sont comme des œuvres d’art, il y a beaucoup d’éléments artistiques qu’on ne trouve pas dans le manga japonais, je voulais apporter ça dans le manga japonais. »
Bien que porteur des valeurs de persévérance, de dépassement de soi et de collaboration propres aux mangas initiatiques pour adolescents, L’Atelier des sorciers laisse entrevoir une certaine part d’ombre et un danger offrant à la série un peu plus de maturité. Ce premier tome s’avère parfois un peu tendre, en dépit des événements qui poussent Coco à intégrer le monde de la magie et de certaines camarades sorcières qui lui mettront des bâtons dans les roues.

   


Ce parti pris permet néanmoins d’entrer dans ce nouveau monde avec un regard naïf et fasciné, celui d’un enfant. « Le début de l’histoire est raconté du point de vue de l’héroïne, qui est une toute jeune fille, donc le monde est évidemment plutôt merveilleux. Petit à petit, le point de vue va changer. Il y aura donc probablement des scènes moins pacifiques », conclut Kamome Shirahama.
L’Atelier des sorciers, de Kamome Shirahama, traduction de Fédoua Lamodière, tome I le 7 mars, éditions Pika, 208 pages, 7,50 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Influencée par la mélancolique Françoise Hardy et la ténébreuse Nico, la chanteuse vient de sortir « Sainte-Victoire », son premier album, sur lequel son timbre grave s’illumine de rythmes pop.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤                
                                    

Clara Luciani, voix joyeusement grave


                      Influencée par la mélancolique Françoise Hardy et la ténébreuse Nico, la chanteuse vient de sortir « Sainte-Victoire », son premier album, sur lequel son timbre grave s’illumine de rythmes pop.



Le Monde
 |    07.04.2018 à 09h15
    |

                            Stéphane Davet








   


Clin d’œil du hasard, nous rencontrons Clara Luciani, le 8 mars, Journée internationale des femmes. Quelques semaines avant, la grande brune a dégoupillé La Grenade, chanson pugnace (« Hé toi/Qu’est-ce que tu regardes ?/ T’as jamais vu une femme qui se bat ? »), dansant avec une rage entraînante (« Prends garde/Sous mon sein la grenade ») sur les cendres du scandale Weinstein. « J’ai écrit la chanson avant que l’affaire n’éclate », précise la jeune femme, dont l’enthousiasmant premier album, Sainte-Victoire, vient de sortir. « J’en ai ressenti le besoin après une tournée que je faisais en solo, accompagnée d’une ingénieure du son. Quand nous arrivions dans une salle, les mecs nous regardaient souvent comme deux ovnis, en faisant des blagues pourries du style : “On vous montre comment brancher une prise ?” Ajouté à d’autres remarques comme “Mais tu écris tes chansons ?” ou “T’es drôle pour une fille”, ça a fini par me peser. »

Ne pas se fier, donc, à la classe fragile de sa taille mannequin, à un port de tête et une longue coupe à frange évoquant irrésistiblement la grâce sixties d’une Françoise Hardy. Si des journalistes japonais ont récemment vu en elle le comble de l’élégance parisienne, cette Marseillaise d’ascendances corse et sicilienne, originaire de Septèmes-les-Vallons (la ville du premier club de Zinédine Zidane), peut avoir le sang chaud, autant qu’un humour malicieux. Même si la mélancolie de l’interprète de Comment te dire adieu l’a beaucoup inspirée.
« J’ai été très vexée quand, à cause de ma voix grave, la prof de ma chorale m’a fait passer dans le groupe des garçons. » Clara Luciani
« Françoise Hardy fait partie du top 10 des femmes qui m’ont le plus marquée », confirme Luciani. L’autorité électrique de PJ Harvey ou de Patti Smith a aussi été décisive, mais c’est une autre icône du spleen, Nico, qui trône au sommet de son panthéon. « Sa voix d’outre-tombe et ses mots sombres m’ont fascinée. Son timbre grave m’a aidée à me décomplexer », explique la chanteuse de 24 ans, à propos de l’ex-égérie du Velvet Underground, morte en 1988, à 49 ans. Perceptible dans la profondeur altière de certaines chansons, l’influence de la ténébreuse allemande n’empêche pas Sainte-Victoire – réalisé par des pointures de la pop groovy comme Benjamin Lebeau (des Shoes), Sage ou Yuksek – de doper le vague à l’âme de rythmes emballants (On ne meurt pas d’amour, Comme toi) et de refrains enjôleurs (Drôle d’époque, Monstre d’amour).
On l’imagine mal aujourd’hui, mais la demoiselle a longtemps souffert de son physique. « Enfant, je ne correspondais pas aux normes, beaucoup trop grande, trop garçonne, rigole-t-elle. J’ai été très vexée quand, à cause de ma voix grave, la prof de ma chorale m’a fait passer dans le groupe des garçons. » Ces premières fragilités fourniront, estime-t-elle, le terreau d’une précoce vocation artistique, encouragée par un père bassiste, qui lui transmet, en particulier, sa passion pour Paul McCartney et lui fait découvrir William Sheller. Clara a beau écrire des ritournelles depuis l’âge de 11 ans, l’environnement marseillais ne semble guère propice à son épanouissement de chanteuse. Jusqu’à une improbable rencontre…
Les débuts avec La Femme, « groupe fou »
« Avec un copain, nous sommes allés voir, à Cannes, un concert de La Femme, se souvient celle qui était alors étudiante en histoire de l’art à Aix-en-Provence. Après le concert, je me suis mise à danser avec un garçon qui twistait bizarrement, sans reconnaître Marlon, un des chanteurs du groupe. Nous avons fini par parler musique. Je lui ai chanté un bout de chanson, il m’a proposé de passer les voir quand ils enregistreraient à Paris. »
De retour à Aix, Clara plaque ses études et monte à la capitale avec sa guitare rejoindre ces pionniers du renouveau pop francophone. A 19 ans, tout s’enchaîne très vite. Entre deux petits boulots, elle enregistre et tourne avec La Femme – « le groupe le plus fou de France » –, puis accumule les collaborations avec les bonnes fées. Le projet musical Nouvelle Vague, des chanteurs admirés comme Raphael, Benjamin Biolay, Alex Beaupain et même le rappeur Nekfeu, font appel à elle ou la conseillent, séduits par sa voix grave et une écriture qui, après une expérience anglophone en duo sous le nom d’Hologram, libère enfin ses émotions dans la langue de Barbara. Ne pas pour autant la qualifier de muse : « Je n’aime pas ce côté créature passive. J’ai aussi dû être une guerrière pour en arriver là. »
« Sainte-Victoire », de Clara Luciani (Initial/Universal).
En concert le 13 avril à Argenteuil ; le 20, au festival Mythos, à Rennes ; le 28 au Printemps de Bourges ; le 19 mai, au festival Art Rock, à Saint-Brieuc ; le 17 juin, au festival La Magnifique Society, à Reims ; le 24 juin, au festival Solidays, à Paris ; le 7 juillet, au festival Days Off, à Paris ; le 13 aux Francofolies de La Rochelle. www.difymusic.com/clara-luciani



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Pour écrire « L’Archipel du Chien », une parabole sur la crise migratoire, le romancier a autant emprunté au conte qu’au théâtre.
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La géographie imaginaire de Philippe Claudel

Pour écrire « L’Archipel du Chien », une parabole sur la crise migratoire, le romancier a autant emprunté au conte qu’au théâtre.



Le Monde
 |    07.04.2018 à 09h00
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                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Enfant, Philippe Claudel parcourait les chemins de Lorraine, se rêvant aventurier. L’âge adulte l’a mené à une agrégation de lettres, mais n’a pas diminué sa passion pour le voyage. L’écrivain, né en 1962, conçoit chacun de ses livres comme une exploration du monde, de l’histoire littéraire, des possibles. Ainsi, quand il raconte la genèse de L’Archipel du Chien, une parabole sur la crise migratoire, il pose les jalons d’une géographie imaginaire. Un lieu où le jardin de Candide serait frontalier de L’Enfer de Dante, et où Antigone enterrerait son frère aux côtés des naufragés venus d’Afrique.
Laboratoire
Ce qu’il tente d’éclairer : rien de moins que « le mystère humain ». « J’autopsie le vivant et c’est une source de vertige, confie-t-il au “Monde des livres”. L’homme parvient toujours à repousser les frontières du pire, comme s’il s’expérimentait lui-même dans sa propension à faire le mal. » Selon lui, cette inclination se révèle notamment dans notre manière d’accueillir l’autre, ainsi que le montraient La Petite Fille de Monsieur Linh et Le Rapport de Brodeck (Stock, 2005 et 2007). Il y a cinq ans, il décide de se confronter de nouveau au sujet par la fiction, et jette trois corps sur la plage d’une petite ville un matin, pour regarder ce qui se passe – « J’ai fait un très mauvais bac scientifique mais j’ai conservé le goût des expériences », dit-il.
La pièce de sa maison en Meurthe-et-Moselle, où il imagine cette scène, ressemble d’ailleurs à un laboratoire. Une table. Peu de livres – L’Odyssée, la Bible, L’Enfer. Quelques objets : un couteau, un fusil. Un fusil ? « C’est un clin d’œil à Tchekhov qui disait que si une arme était sur scène, elle devait servir avant la fin. » Les migrants de sa scène initiale sont déjà morts, alors une arme, pour qui, pour quoi ? Il ne sait pas encore. Pour l’heure, il a les cadavres sur le sable et une phrase :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ L’exposition du Musée Rodin, qui a lieu jusqu’au 22 juillet à Paris, présente une cinquantaine de dessins et des sculptures.
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<filnamedate="20180407"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180407"><AAMMJJHH="2018040719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Chaque samedi, La Matinale vous propose une sélection d’émissions à voir ou écouter en différé.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤                     
                                                

Cinéma, adolescence et roman-photo : nos choix de replays

Chaque samedi, La Matinale vous propose une sélection d’émissions à voir ou écouter en différé.



Le Monde
 |    07.04.2018 à 06h43
   





                        



   


LES CHOIX DE LA MATINALE
Ce week-end, redécouvrez Jeanne Moreau, rencontrez de jeunes surdoués et plongez-vous sans culpabiliser dans l’histoire du roman-photo.
Jeanne Moreau, égérie de la modernité

A ceux qui attendraient un portrait classique, égrenant banalement les grands moments de la vie et de la carrière de Jeanne Moreau, morte le 31 juillet 2017, on ne saurait trop leur conseiller de passer leur chemin. Au contraire, s’ils veulent (re)découvrir cette comédienne hors norme et comprendre son rapport au cinéma, alors il est impératif de regarder le remarquable documentaire de Virginie Linhart qui a choisi un point de vue moins conventionnel. Et, de ce fait, plus juste et fidèle à ce qu’a été cette femme libre, transgressive, insoumise aux normes et aux conventions.
Pour saisir la trajectoire de celle qui « fougueusement a embrassé l’audace de la modernité », la réalisatrice dévide la bobine d’une décennie de films qui « l’ont révélée à elle et au public ».
D’Ascenseur pour l’échafaud, de Louis Malle, à travers lequel elle découvre, dit-elle, « la beauté et la profondeur du cinéma », au tourbillon joyeux de Jules et Jim, de François Truffaut, de La Notte d’Antonioni jusqu’aux Valseuses de Blier, en passant par Le Journal d’une femme de chambre, de Luis Bunuel, Virginie Linhart, dont on saluera la qualité du montage, s’appuyant sur un choix pertinent d’extraits de films et surtout d’interviews de Jeanne Moreau et de ses metteurs en scène, dessine plus qu’un portrait : l’histoire d’un dialogue riche et fécond entre des cinéastes et cette égérie de la modernité. Christine Rousseau
« Jeanne Moreau, l’affranchie », de Virginie Linhart (France, 2017, 54 min). Sur Arte + 7
Ados précoces et sans repos



Un an après Détenues, ­remarquable documentaire sur des femmes condamnées à de longues peines, Marie Drucker a choisi d’explorer l’enfance à travers une nouvelle plongée, tout aussi sensible et ­délicate, dans l’univers d’ado­lescents ­précoces. Si les sujets et les lieux de ces immersions dif­fèrent, on retrouve la même ­volonté d’éclairer un processus de ­construction en démontant les préjugés, les idées reçues et autres clichés.
Filmant à hauteur d’enfance, Marie Drucker s’attache à mettre en évidence la fragilité de ces enfants, leur sensibilité extrême, leur ­détresse à maîtriser la complexité de leur pensée, les interrogations qui se bousculent dans leur tête. Mais aussi leur rapport aux autres enfants, à leurs parents, à une quête de ­ perfection, d’absolu, qui les écrase.
S’affranchissant de toute linéarité, en bousculant la chronologie, en se passant de tout commentaire, Le Courage de grandir s’offre, à l’image de ces adolescents et de leur pensée foisonnante, comme une arborescence de scènes savoureuses, d’instants à fleur d’émotion, de silences, de ­regards égarés en soi, de paroles poignantes. Ch. R
« Le Courage de grandir », de Marie Drucker (France, 2017, 65 min). Sur France.tv
Zoom sur le roman-photo

   


Au sortir de la seconde guerre mondiale, une nouvelle forme de récit naît en Italie. Mélange de bande dessinée et de photographie, le roman-photo voit sa popularité se propager rapidement. Notamment dans l’Hexagone, où un Français sur trois durant les années 1960 s’adonne à une lecture vilipendée autant par l’Eglise que par les mouvements féministes. En cause : des mises en scène sadiques ou érotiques et des scénarios à l’eau de rose.
Ce « mauvais genre » ne pouvait que trouver sa place dans l’émission de François Angelier sur France Culture. Un mauvais genre auquel le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), à Marseille, consacre jusqu’au 23 avril une rétrospective dans laquelle le journaliste nous entraîne en compagnie de Frédérique Deschamps, la commissaire de l’exposition. A travers des dizaines de petites anecdotes, ils redessinent ensemble l’histoire de genre.
Au fil de leur déambulation, on apprendra par exemple comment France Gall a vécu comme une « déchéance » le fait de poser pour un roman-photo, ou les raisons de l’engouement pour la revue sentimentale Nous Deux, de la très provocante série Satanik ou encore du héros extraterrestre de Supersex. Une plongée piquante et passionnée dans l’imaginaire d’un genre aujourd’hui réhabilité. Antoine Laurent
« De Nous Deux à Satanik », de François Angelier. Avec Céline du Chéné et Christophe Bier (France, 2018, 59 min). En podcast sur Franceculture.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Après la révélation d’agressions sexuelles et de favoritisme au sein de l’institution chargée de l’attribution du prix, trois de ses membres ont démissionné.
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Nobel de littérature : l’Académie suédoise touchée par des démissions en série

Après la révélation d’agressions sexuelles et de favoritisme au sein de l’institution chargée de l’attribution du prix, trois de ses membres ont démissionné.



Le Monde
 |    06.04.2018 à 18h43
 • Mis à jour le
07.04.2018 à 06h44
    |

                            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








                        



   


Depuis que l’affaire avait éclaté en novembre 2017, les dix-huit membres de l’Académie suédoise – institution fondée en 1786 et chargée depuis 1901 d’attribuer le prix Nobel de littérature – gardaient le silence. Pas un mot sur les accusations d’agressions sexuelles et de viols visant Jean-Claude Arnault, personnalité culturelle de premier plan en Suède et mari de l’écrivaine et académicienne Katarina Frostenson. Rien non plus sur les subventions que lui versait l’institution, ni sur l’habitude qu’il avait, selon des témoins, d’ébruiter les noms des lauréats du Nobel de littérature avant qu’ils soient officialisés, ou encore le rôle qu’il s’attribuait dans leur sélection.
Et puis, vendredi 6 avril au matin, coup de tonnerre. Deux écrivains, Klas Östergren et Kjell Espmark, annoncent qu’ils claquent la porte, suivis en milieu d’après-midi par l’ancien secrétaire perpétuel, l’historien Peter Englund, redevenu simple académicien en 2015. Une accélération des événements, qui témoigne de l’ampleur de la crise traversée par l’institution depuis novembre 2017.
« Une trahison »
Dans un communiqué, Klas Östergren, 63 ans, élu en 2014, justifie son départ par les « sérieux problèmes » auxquels fait face l’Académie et les tentatives de « les résoudre en privilégiant des considérations obscures au lieu de suivre le règlement », ce qui constitue, dénonce-t-il, « une trahison à l’égard de son fondateur et de son plus haut protecteur » – le roi Carl XVI Gustaf –, ainsi que de sa devise, « Snille och smak » (« talent et goût », en suédois).
Kjell Espmark, 88 ans, un des doyens de l’institution (où il siège depuis 1981), accuse certains de ses collègues, de faire passer « l’amitié et d’autres considérations hors de propos » avant « l’intégrité » de l’Académie. Même son de cloche de la part de Peter Englund, dont le communiqué publié sur son blog donne quelques précisions sur le contexte de ces démissions en série.
C’est lors d’une réunion entre académiciens tenue jeudi soir à Stockholm que la crise a commencé. A l’ordre du jour : les conclusions de l’enquête menée par un cabinet d’avocat, chargé en novembre 2017 par la secrétaire perpétuelle, Sara Danius, de faire la lumière sur les liens entre les académiciens et Jean-Claude Arnault. Leur rapport devait être rendu public vendredi 13 avril.
Dix-huit femmes accusent
A l’issue de la réunion, les dix-huit académiciens – qui n’étaient déjà plus que seize après que deux de leurs membres ont décidé de ne plus participer aux réunions pour des raisons indépendantes au scandale – n’auraient pas réussi à se mettre d’accord sur la rédaction d’un communiqué de presse. L’académicien Anders Olsson a confirmé également qu’un vote avait eu lieu et qu’une majorité se serait opposée à l’expulsion de la poétesse Katarina Frostenson.
Le scandale avait éclaté le 21 novembre 2017, avec la publication d’une enquête dans le quotidien Dagens Nyheter. Dix-huit femmes y accusaient une « personnalité culturelle de premier plan » de harcèlement, d’agressions sexuelles et de viols. Son nom n’est qu’un secret de polichinelle et il est d’ailleurs bientôt rendu public, alors que plusieurs de ses victimes présumées portent plainte : il s’agit du Français Jean-Claude Arnault, 71 ans, directeur artistique du Forum, un lieu d’évènements culturels à Stockholm.
Quatorze femmes témoignent anonymement, quatre à visage découvert. Les faits auraient eu lieu entre 1996 et 2017 en Suède et à Paris, dans un appartement que possède l’Académie. Elles racontent les agressions, parfois devant témoins, et les intimidations : « Avec cette attitude, je vais faire en sorte que tu ne dures pas longtemps dans la branche ! » ou bien : « Tu ne sais pas à qui je suis marié ? »
Conflits d’intérêt
Très vite, une question se pose : si tout cela est vrai, les académiciens pouvaient-ils ne rien savoir ? Le 23 novembre 2017, la secrétaire perpétuelle de l’Académie, Sara Danius reconnaît que des « filles » et des « épouses » des académiciens et académiciennes ainsi que des membres du « personnel » ont été « exposées à une intimité non désirée ou un comportement inapproprié » de la part du Français.
Mais le scandale prend une nouvelle tournure quand Dagens Nyheter publie de nouveaux témoignages, début décembre 2017, selon lesquels M. Arnault a touché des subventions versées par l’Académie, dont il se considérait comme le « dix-neuvième membre ». Non seulement il aurait ébruité le nom de lauréats avant qu’ils ne soient annoncés, mais il se vantait d’avoir eu un rôle dans le choix de certains, comme J. M. G. Le Clézio en 2008.
En décembre, l’Académie a modifié son règlement pour éviter les conflits d’intérêt. Mais le scandale atteint désormais des proportions inédites, comme en témoignent les réactions en Suède. Le quotidien Dagens Nyheter parle d’une « catastrophe », pour une « institution en ruines ». « C’est comme observer la tour de Babel qui s’effondre », renchérit Aftonbladet. « Les dix-huit sont en chute libre », constate Expressen.
En mars, le ministère public a annoncé que plusieurs des plaintes déposées contre M. Arnault avaient été classés, les faits dénoncés étant prescrits ou impossibles à confirmer. Mais l’enquête se poursuit concernant les faits les plus récents.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Franck Bauer, père de l’artiste Axel Bauer, faisait partie de la petite équipe de journalistes français qui se relayaient sur les ondes de la BBC pour porter l’espoir durant les heures les plus sombres de l’histoire de France.
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« Les Français parlent aux Français » : Franck Bauer, la dernière voix de Radio Londres, s’est éteinte

Franck Bauer, père de l’artiste Axel Bauer, faisait partie de la petite équipe de journalistes français qui se relayaient sur les ondes de la BBC pour porter l’espoir durant les heures les plus sombres de l’histoire de France.



Le Monde
 |    06.04.2018 à 18h15
 • Mis à jour le
06.04.2018 à 18h48
   





                        



   


« Ici Londres… Les Français parlent aux Français »… Franck Bauer, voix de la Résistance contre l’occupant nazi et ultime survivant de la petite équipe de speakers français qui prononçaient rituellement ces mots sur Radio Londres, est mort vendredi 6 avril à l’âge de 99 ans, a annoncé à l’Agence France-Presse (AFP) son fils, l’artiste Axel Bauer.
Dernier survivant de cette équipe, « c’est lui dont on retient la voix et l’image du speaker de Radio Londres » dans les archives de l’époque, et il avait participé à d’importantes commémorations, notamment en 2010 à Londres pour le 70e anniversaire de l’appel du général De Gaulle, a rappelé à l’AFP Axel Bauer.
Résistant, journaliste, secrétaire de la Comédie-Française… Les 1 001 vies de Franck Bauer
Né en juillet 1918 à Troyes, ce fils d’architecte et jeune musicien de jazz, qui s’orientait plutôt vers la profession de son père, s’était engagé au sein de la France libre dès juin 1940, et avait fait partie, de mars 1941 à avril 1943, de cette petite équipe de journalistes français qui, sur les ondes de la BBC, se relayaient pour porter l’espoir durant les heures les plus sombres de l’histoire de France.
Après avoir été occupé à des missions de propagande, il avait été engagé comme speaker à Radio Londres par son patron, Jacques Duchesne, qui jugeait que son timbre de voix avait les caractéristiques nécessaires pour résister au brouillage allemand.
Il a à ce titre prononcé 578 fois le célèbre indicatif : « Les Français parlent aux Français… », et diffusé des centaines de messages codés à ceux qui luttaient contre l’occupant, dont certains étaient restés gravés dans sa mémoire, comme : « Le crabe va rencontrer les serpents » ou « Le cheval envoie ses vœux à Polydore, sa filleule et ses amis. »
Outre ces messages secrets qui aident à coordonner les actions des résistants, les speakers de Radio Londres, dont les émissions débutaient par quelques célèbres notes au ton grave issues de la 5e Symphonie de Beethoven, relayaient aussi des « messages personnels », et des chroniques destinées à soutenir le moral des Français.
A l’époque, pour ces millions de Français qui écoutaient en cachette Radio Londres, « j’étais l’équivalent de PPDA », avait-il raconté en 2009 au quotidien Le Parisien.
Comme il l’avait expliqué dans 40 à Londres ; l’espion qui venait du jazz, livre paru en 2004 aux éditions Bayard, Franck Bauer avait fini par démissionner quelques mois après le débarquement de novembre 1942 en Afrique du Nord, pour ne pas, avait-il expliqué, cautionner les messages entérinant la prise de contrôle à Alger de l’amiral Darlan et du général Giraud, au détriment du général De Gaulle.
Il avait alors été envoyé à Madagascar, pour y prendre en main la radio des Français libres. Mais avant d’accepter, il avait fait promettre à Maurice Schumann, autre camarade de Radio Londres, de le prévenir à temps pour pouvoir prendre part au Débarquement en France.
Une promesse tenue, mais après des étapes à Alger et en Ecosse, Franck Bauer ne touchera le sol normand qu’en juillet 1944. C’était quatre ans après avoir quitté la France sur un navire de guerre polonais pour une destination découverte à son arrivée, l’Angleterre, où il avait rallié « par hasard » un général dont il n’avait auparavant jamais entendu le nom…
Après la Libération, il travailla comme reporter de guerre aux Nouvelles du matin, puis à l’AFP, et entre au ministère de la culture. Il fut par la suite secrétaire général de la Comédie-Française, fondateur du premier cabinet de relations publiques en France, professeur à la Sorbonne et commissaire de l’Exposition universelle de 1967, à Montréal.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Notre choix du soir. Le cinéaste américain Adam McKay s’est mué, pour ce film, en critique avisé du système financier (sur Ciné + Premier à 20 h 45).
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TV – « The Big Short » : comédie pédagogique en milieu schizophrénique

Notre choix du soir. Le cinéaste américain Adam McKay s’est mué, pour ce film, en critique avisé du système financier (sur Ciné + Premier à 20 h 45).



Le Monde
 |    06.04.2018 à 18h06
 • Mis à jour le
06.04.2018 à 18h19
    |

            Jacques Mandelbaum








                        


Film sur Ciné + Premier à 20 h 45

Avec The Big Short, Adam McKay décale son angle de tir. Loin des délires absurdes et infantiles qu’il affectionne, le sujet est cette fois plutôt grave, puisqu’il s’agit de la crise des subprimes, étincelle inaugurale d’une crise économique mondiale. Adam McKay n’en signe pas moins un film drôle, mais d’un nouveau genre dans l’ordre du rire, qu’on pourrait nommer « comique pédagogique ».
Le défi n’est pas mince : il s’agit à la fois de divertir en montrant une brochette de personnages passablement allumés, mus par des affects schizophréniques, et d’informer le spectateur en lui expliquant les mécanismes spéculatifs financiers complexes qui nourrissent leur pathologie.
The Big Short, adapté du livre-enquête éponyme du journaliste Michael Lewis, raconte l’histoire d’une brochette de financiers qui, plus clairvoyants que les autres, ont décelé le caractère délictueux des prêts hypothécaires consentis aux particuliers par les banques, et vu venir l’énormité de la crise des subprimes qui allait s’ensuivre. Tout l’intérêt du film consiste à montrer comment ces personnages, qui ont raison contre leur milieu, vont se positionner à la fois professionnellement et moralement par rapport à ce qu’ils perçoivent comme une catastrophe annoncée.
Dramaturgie pleine de tension
C’est très exactement en cette délicate articulation que le film gagne ses galons. Car, si tous entrent en lutte contre la gigantesque manœuvre qui gangrène les milieux financiers, c’est essentiellement par les mêmes moyens et pour les mêmes fins : la spéculation financière, l’enrichissement personnel, le shoot d’adrénaline.
Ces hommes ont beau être dans le vrai, ils n’en misent pas moins sur l’effondrement général, des spéculateurs comme de leurs victimes, pour mettre du beurre dans leurs épinards. Voilà en un mot la grandeur de The Big Short, qui est de nous rappeler que la probité ne sort jamais gagnante d’un système où l’ultime valeur, le serait-elle au nom d’une certaine définition du bien public, est le profit.
Loin d’être sentencieuse, cette petite leçon de choses néolibérales s’appuie sur une dramaturgie pleine de tension, filme le huis clos à la manière d’un documentaire, ose des caméos brechtiens de la meilleure eau (diverses vedettes appelées à trivialiser en plein milieu de l’action les concepts financiers abscons), tire enfin grand profit d’acteurs à l’abattage frénétique. Christian Bale campe impérialement Michael Burry, ex-neurologue, génie des algorithmes, gestionnaire de fonds excentrico-autarcique, amateur de rock metal et massacreur de batterie, inventeur du mécanisme qui permettra à tous les personnages du film de rafler la mise au moment où Wall Street la perdra.

   


Steve Carell, grande mèche teinte rabattue sur le front, incarne Mark Baum, sorte de Saint-Just perpétuellement indigné d’un milieu dont il fait pourtant partie, ce qui l’énerve encore plus.
Ryan Gosling est Jared Vennett, un jeune loup de Wall Street froid comme la mort, qui a lui aussi senti le coup venir. Finn Wittrock et John Magaro interprètent quant à eux deux jeunes ambitieux gestionnaires de fonds qui vont s’adjoindre le concours d’un ex-tradeur devenu un intégriste de l’écologie (Brad Pitt) pour jouer dans la cour des grands. Autant de héros dont la victoire sera célébrée par un désastre, invitant à considérer The Big Short comme une tragédie qui ne dit pas son nom.
The Big Short, d’Adam McKay. Avec Christian Bale, Steve Carell, Brad Pitt (EU, 2015, 130 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Les 6, 7 et 8 avril a lieu, pour la 34e année, la fête des plantes de printemps au château de Saint-Jean-de-Beauregard.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Figure bouillonnante de la scène française, la maîtresse de ballet est morte dimanche 1er avril, à l’âge de 97 ans.
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La mort de la danseuse et chorégraphe Françoise Adret

Figure bouillonnante de la scène française, la maîtresse de ballet est morte dimanche 1er avril, à l’âge de 97 ans.



Le Monde
 |    06.04.2018 à 17h35
 • Mis à jour le
06.04.2018 à 17h54
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

La danseuse et chorégraphe Françoise Adret, figure bouillonnante de la scène française, est morte dimanche 1er avril, à l’âge de 97 ans. Interprète de Serge Lifar dans les années 1940, chorégraphe elle-même, meneuse de troupe, maîtresse de ballet, inspectrice de la danse au ministère de la culture, elle a endossé tous les rôles avec un dynamisme et une passion inentamés tout au long de sa carrière.
« C’était une femme extraordinaire, une lionne, s’exclame Brigitte Lefèvre, directrice de la danse de l’Opéra national de Paris de 1995 à 2014. Elle savait faire travailler les gens ensemble. Elle avait le sens de l’ouverture, possédait son franc-parler et se fichait des convenances, pas pour cultiver l’originalité pour l’originalité mais parce qu’elle était comme ça. »
Née le 7 août 1920, à Versailles, de son vrai nom Bonnet, Françoise Adret sait dès l’âge de 7 ans « que la danse l’habitera jusqu’à son dernier souffle ». Elle prend ses premiers cours à la fin des années 1920, suivra l’enseignement de professeurs russes fameux, dont celui de « Madame » Rousanne, tout en fréquentant le Palais Garnier, à Paris, où elle découvre les premiers spectacles de Lifar dont elle deviendra l’une des étoiles en 1948 dans Le Pas d’acier.
« Elle aimait les personnalités singulières »
Parallèlement, la même année, elle chorégraphie son premier ballet intitulé La Conjuration. Elle y met en scène un poème de René Char dans un décor de Georges Braque. Entre 1948 et 2000, elle a conçu près d’une soixantaine de pièces, que ce soit pour l’Opéra de Monte-Carlo, de Nice, de Varsovie ou le Ballet de Lorraine. « C’était une bosseuse qui travaillait énormément mais savait aussi se détendre et avait beaucoup d’humour, se souvient la danseuse Muriel Belmondo, qui a collaboré avec elle au Ballet-Théâtre contemporain de 1968 à 1978. Elle m’a appris la discipline, l’endurance. Elle aimait les personnalités...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Pour répondre à cette interrogation qui ne cesse d’être ressassée, le réalisateur se contente de compiler des sketches et des interviews parcellaires (sur France 3 à 20 h 55).
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TV – A la question « Peut-on rire de tout ? », Yves Riou apporte une réponse sommaire

Pour répondre à cette interrogation qui ne cesse d’être ressassée, le réalisateur se contente de compiler des sketches et des interviews parcellaires (sur France 3 à 20 h 55).



Le Monde
 |    06.04.2018 à 17h30
    |

            Sandrine Blanchard








                        


Documentaire sur France 3 à 20 h 55

Trente ans après sa mort, Pierre Desproges est devenu le mètre-étalon de l’humour. « Etonnant, non ? », aurait pu rétorquer l’intéressé. En se demandant avec brio « peut-on rire de tout ? », dans sa célèbre plaidoirie du « Tribunal des flagrants délires », sur France Inter, face à Jean-Marie Le Pen, cet « intellectuel » de l’humour a posé une question qui ne cesse d’être ressassée à l’heure où les réseaux sociaux s’enflamment à la moindre saillie jugée « politiquement incorrecte ». « L’atmosphère plus ­anxiogène pousserait-elle les humoristes d’aujourd’hui à devenir plus frileux ? », se demande le réa­lisateur Yves Riou.
« Eh bien non, affirme-t-il, de manière surprenante, dès les premières minutes de son documentaire. Les plus délurés continuent de s’attaquer aux tabous comme le faisait auparavant Desproges. » Quel dommage que ce postulat soit posé dès le départ ! Car se questionner sur l’évolution du rire et sur la manière dont il aborde les sujets qui fâchent aurait mérité davantage. Mais ce long programme (115 minutes) se borne à accumuler un nombre déraisonnable d’extraits de sketches et des interviews bien trop parcellaires d’humoristes, parmi lesquels François Rollin, Anne Roumanoff, Christophe Alévêque, Yassine Belattar, Haroun, Blanche Gardin, François Morel, etc.
Une conclusion un peu courte
Pour appuyer sa démonstration selon laquelle rien n’a changé depuis Desproges, Yves Riou a découpé son sujet en sept chapitres : racisme, homophobie, antisémitisme, politique, attentat, sexualité, religion. Soit. Il aurait pu ajouter : handicap, armée, femmes. Sur chaque thème, tout est effleuré et rarement analysé. Pourtant, comme le dit Anne Roumanoff, « le curseur change suivant les époques ». L’humour, résume Alex Vizorek, « est un rebond de la société : quand elle évolue, l’humour évolue ».
La peur de la procédure judiciaire, l’engagement politique, l’impact de l’affaire Dieudonné, l’émergence du stand-up, le poids de la religion, l’audace grandissante des femmes humoristes, sont quelques exemples de sujets qui auraient mérité d’être creusés.
« Sentinelles de nos libertés, les humoristes sont salutaires pour notre démocratie, souligne le documentaire. Tant que nous pourrons poser la question “peut-on rire de tout ?”, tout ira bien. » C’est un peu court comme conclusion…
Peut-on rire de tout ?, d’Yves Riou (Fr., 2018, 115 min).



                            


                        

                        

