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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Le thriller psychologique de l’Iranien Ashgar Fahradi briguera également la Palme d’or.
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« Everybody Knows » ouvrira le Festival de Cannes

Le thriller psychologique de l’Iranien Ashgar Fahradi briguera également la Palme d’or.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 17h14
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 17h57
   





                        



   


Everybody Knows, de l’Iranien Ashgar Fahradi, avec Penélope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darin, ouvrira le 71e Festival de Cannes, le 8 mai, et sera également en compétition pour la Palme d’or.

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A noter, le film, tourné en espagnol, fait figure d’exception parmi les longs-métrages qui ont ouvert le Festival. « Il faut remonter à 2004 et au long-métrage La Mauvaise Education, de Pedro Almodóvar, pour que le film d’ouverture ne soit ni en langue anglaise ou ni en français », soulignent les organisateurs dans leur communiqué.
Ce n’est en revanche pas la première fois qu’un long-métrage fera office de film d’ouverture tout en briguant la distinction suprême cannoise. Moonrise Kingdom, de l’Américain Wes Anderson (2012), Blindness, du Brésilien Fernando Mereilles (2008), My Blueberry Nights, du cinéaste hongkongais Wong Kar-wai (2007), Moulin Rouge de l’Australien Baz Luhrmann (2001) ou Basic Instinct, du Néerlandais Paul Verhoeven (1992), connurent pareil sort.
Un thriller psychologique au casting déjà très primé
Décrit comme un « thriller psychologique » par le Festival, Everybody Knows suit Laura, incarnée par Penélope Cruz, qui vit avec son mari et leurs enfants à Buenos Aires. « A l’occasion d’une fête de famille, elle revient dans son village natal, en Espagne, avec ses enfants. Un événement inattendu va bouleverser le cours de leur existence. La famille, ses secrets, ses liens, ses traditions et les choix moraux qu’ils imposent sont, comme chacun des scénarios du cinéaste, au cœur de l’intrigue », ajoute le communiqué.
Ce sera en effet le huitième long-métrage d’Asghar Farhadi, un habitué du Festival. Le cinéaste iranien, scénariste reconnu et spécialiste d’un cinéma réaliste dans sa mise en scène, a remporté le prix du scénario pour Le client (2016), qui a également valu à l’acteur Shahab Hosseini le prix d’interprétation masculine. Et en 2013, Bérénice Bejo décrocha le prix d’interprétation féminine pour Le Passé.
Le casting d’Everybody knows connaît bien, lui aussi, les ors de Cannes : Penélope Cruz y a remporté un prix d’interprétation féminine collectif, partagé avec Carmen Maura, Yohan Cobo, Lola Dueñas, Blanca Portillo et Chus Lampreave pour Volver, de Pedro Almodovar, en 2006.
Javier Bardem fut lui aussi distingué en 2010 du prix d’interprétation masculine pour Biutiful, d’Alejandro Gonzalez Iñarritu.
La cérémonie d’ouverture du 71e Festival de Cannes aura lieu le 8 mai et sera suivie de la projection d’Everybody Knows en avant-première. Il sera projeté simultanément dans de nombreuses salles de France, avant sa sortie officielle, le lendemain.

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Malgré ses défauts, le film de Daniel Roby, ludique et minimal, parvient à soutenir longtemps l’intérêt du spectateur.
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« Dans la brume » : Romain Duris dans un Paris d’apocalypse

Malgré ses défauts, le film de Daniel Roby, ludique et minimal, parvient à soutenir longtemps l’intérêt du spectateur.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 16h12
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Désormais séparés, Mathieu (Romain Duris) et Anna (Olga Kurylenko) ont une fille, Sarah (Fantine Harduin), atteinte d’une anomalie génétique qui l’oblige à ne jamais quitter l’environnement stérilisé de sa chambre-capsule. Lorsqu’une étrange brume engloutit Paris, asphyxiant une grande partie de la population, les ex-conjoints se réfugient chez un couple de vieillards habitant au dernier étage de l’immeuble, là où l’air est encore respirable. Mais le brouillard gagne de plus en plus de terrain et la capsule de leur fille, ensevelie dans la brume, doit être sans cesse réalimentée.
Etonnant récit dystopique prenant place en plein cœur de Paris, Dans la brume parvient à nous tenir en haleine par l’étrangeté qui le contamine peu à peu. Le film semble jouer avec une situation familière du cinéma français (Romain Duris arpentant Paris une énième fois) pour la faire progressivement basculer dans un film d’apocalypse à la fois ludique et minimal où la ville est moins filmée que suggérée à partir d’une topographie extrêmement réduite : les toits parisiens, quelques rues, des appartements entièrement construits en studio, et une brume tenace qui transforme la capitale en décor abstrait et angoissant.
Grosses ficelles scénaristiques
Peut-être fallait-il un cinéaste québécois pour accomplir cet étrange pas de côté en réalisant un film que l’on aurait du mal à placer sur la carte du cinéma français et qui, pour cette raison, et, malgré ses défauts, parvient à soutenir longtemps notre intérêt. Mais si le charme opère, Dans la brume a pourtant du mal à retomber sur ses pieds : la faute à un récit qui, à force de se dépouiller de tout élément encombrant, finit par ne plus avoir grand-chose sous la main pour entamer son dénouement. Une métaphore bancale viendra finalement à la rescousse d’une narration un peu lacunaire. En bout de course, cet épais brouillard peine à masquer quelques grosses ficelles scénaristiques.

Film français et québécois de Daniel Roby. Avec Romain Duris, Olga Kurylenko, Fantine Harduin (1 h 29). Sur le Web : www.marsfilms.com/film/dans-la-brume



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Résonances. La nouvelle superproduction Marvel met un scène un pays africain imaginaire, le Wakanda, prospère grâce à ses ressources minières. La comparaison avec le Katanga, au sous-sol tout aussi riche, est cruelle.
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La noire réalité derrière « Black Panther »

Résonances. La nouvelle superproduction Marvel met un scène un pays africain imaginaire, le Wakanda, prospère grâce à ses ressources minières. La comparaison avec le Katanga, au sous-sol tout aussi riche, est cruelle.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 14h53
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 17h15
   





                        



                                


                            
Par Michel Naepels, anthropologue
Black Panther, le film de Ryan Coogler, a suscité un réel enthousiasme à Lagos comme à Johannesburg, à Dakar comme à Nairobi. La mise en valeur simultanée, dans la nouvelle superproduction Marvel, de l’histoire imaginée de plusieurs civilisations africaines et d’une modernité architecturale et technologique a été grandement appréciée. La beauté, l’intelligence et la force des personnages, et le fait d’entendre parler à l’écran xhosa – la langue maternelle de Nelson Mandela – ajoutent encore au plaisir.
Nuances critiques
Un débat nourri accompagne la réception du film. On a pu lire la ferveur d’Achille Mbembe (« Black Panther : une “nation nègre” debout », Le Point), ou le vagabondage naturaliste et démocratique de Teju Cole (« On the Black­ness of the Panther », Medium). Mais aussi les nuances critiques de Nanjala Nyabola (« Wakanda is not African, and that’s OK », Al-Jazira), et de Shihab ­Rattansi (« Is Black Panther co-opting African struggles against ­oppression ? », Al-Jazira), remarquant que le film est d’abord destiné à une audience occidentale ou afro-américaine, et qu’il constitue une appropriation capitaliste de luttes anticapitalistes.
Comme anthropologue menant des enquêtes en Afrique centrale, non loin du Wakanda imaginaire de Black ­Panther, dans une région rurale parcourue par plusieurs groupes armés où agriculteurs et agricultrices vivent dans une situation précaire et incertaine, ce film m’a troublé en questionnant le type de descriptions que je produis sur le Congo.
L’utopie réjouissante qu’est Black Panther, montrant les capacités et la puissance d’un pays africain imaginaire riche de ses ressources humaines, naturelles, technologiques, incarnation cinématographique de l’afrofuturisme, me questionne sur mes manières d’écrire. N’y a-t-il pas un risque à mettre la focale sur les expériences difficiles des habitants d’une région...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Il est l’un des acteurs les plus en vue de l’industrie du cinéma indien. Il a été condamné par un tribunal du Rajasthan pour avoir chassé des antilopes protégées.
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Salman Khan, superstar de Bollywood, reconnu coupable de braconnage et condamné

Il est l’un des acteurs les plus en vue de l’industrie du cinéma indien. Il a été condamné par un tribunal du Rajasthan pour avoir chassé des antilopes protégées.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 10h38
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 11h24
   





                        



   


A 52 ans, Salman Khan est l’un des acteurs les plus en vue de Bollywood, l’industrie du cinéma indien. Il a été reconnu coupable de braconnage et condamné à cinq ans de prison, jeudi 5 avril, pour avoir abattu, en 1998, deux antilopes cervicapres (antilope indienne ou blackbuck en anglais), des animaux protégés, pendant le tournage de Hum Saath Saath Hain.
« Le tribunal a donné cinq ans de prison et une amende de 10 000 roupies (125 euros) à Salman Khan. Le mandat d’arrêt est en préparation et il sera envoyé à la prison centrale de Jodhpur », grande ville du Rajasthan, a déclaré à la presse Mahipal Bishnoi, avocat d’une communauté locale partie civile dans le procès.
L’acteur – qui a plaidé non coupable – pourrait toutefois échapper à son incarcération immédiate en faisant appel dans la foulée, ce qui aurait pour effet de suspendre la peine.
« Une condamnation de Salman Khan veut dire beaucoup pour l’industrie [du cinéma] car il est une superstar dont les films assurent d’énormes chiffres au box-office. Il travaille actuellement Race 3, dont le tournage approche de la fin, qui sort pour l’Aïd, en juin 2018 », analyse Komal Nahta, spécialiste du secteur.
Les quatre autres célébrités de Bollywood – Ali Khan, Sonali Bendre, Tabu et Neelam Kothari – qui participaient à cette expédition de chasse en marge d’un tournage ont, elles, été relaxées pour absence de preuves.

   


Ce n’est pas la première fois que la star de Bollywood comparaît devant la justice. En décembre 2015, il avait été blanchi pour un délit de fuite à l’occasion de la mort d’un sans-abri, treize ans auparavant.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Les recettes, qui bénéficient d’une reprise du secteur en Chine, ont ainsi augmenté de 5 % par rapport à 2016, qui était déjà une année record.
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Article sélectionné dans La Matinale du 04/04/2018
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Les ventes mondiales de billets de cinéma atteignent un nouveau record en 2017

Les recettes, qui bénéficient d’une reprise du secteur en Chine, ont ainsi augmenté de 5 % par rapport à 2016, qui était déjà une année record.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 00h04
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 09h50
   





                        



   


Les ventes mondiales de billets de cinéma ont atteint un nouveau record en 2017 à 40,6 milliards de dollars (33 milliards d’euros), a annoncé, mercredi 4 avril, l’association américaine du cinéma (MPAA), qui regroupe les six plus gros studios hollywoodiens.
Les recettes ont augmenté de 5 % par rapport à 2016, une année déjà record ; 2017 a été dopée par des mastodontes comme Les Derniers Jedi, huitième épisode de la saga Star Wars, La Belle et la Bête ou encore Wonder Woman.
Hors Amérique du Nord, les recettes ont augmenté de 7 % à 29,5 milliards de dollars, en grande partie grâce à une reprise du secteur en Chine, après un léger ralentissement en 2015. Le Japon, le Royaume-Uni, l’Inde et la Corée du Sud complètent le top 5 des marchés internationaux les plus dynamiques.
En Amérique du Nord les recettes ont légèrement diminué par rapport à 2016, à 11,1 milliards de dollars, après un record en 2016 à 11,4 milliards.
Bond des souscriptions aux services de streaming
Les souscriptions aux services de vidéo en streaming dans le monde ont pour leur part bondi de 33 % pour atteindre 446,8 millions, précise la MPAA.
« Avec plus d’histoires et plus de supports que jamais pour les raconter, notre industrie continue de s’adapter à un monde en constante évolution, a déclaré le président de l’association, Charles Rivkin. Le marché mondial du divertissement se développe sur plusieurs fronts, innovant constamment pour offrir une expérience inégalée aux spectateurs du monde entier. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le groupe a noué un partenariat avec le coréen CJ pour équiper 50 de ses salles en France en 4DX, d’ici à fin 2020.
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Cinéma et sensations fortes : Pathé parie sur les innovations technologiques

Le groupe a noué un partenariat avec le coréen CJ pour équiper 50 de ses salles en France en 4DX, d’ici à fin 2020.



Le Monde
 |    04.04.2018 à 12h29
 • Mis à jour le
04.04.2018 à 14h38
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

Il en coûte désormais 6 euros de plus, soit 21,20 euros la place au plein tarif, aux spectateurs désireux de découvrir le dernier Steven Spielberg, Ready Player One dans la salle Pathé du centre commercial Belle Epine de Thiais (Val-de-Marne), équipée en technologie 4DX. Les amateurs de sensations fortes sont servis : doté d’un dossier vibrant, le siège du spectateur bouge dans tous les sens à chaque choc montré à l’écran, une soufflerie permet d’envoyer des bourrasques de vent, plus ou moins violentes, selon le scénario, des brumisateurs sont programmés avec l’image pour lancer au visage de l’eau, de la pluie, de la neige, voire des bulles ou parfois même du parfum… Certains films ajoutent aussi les lunettes 3D à ce tableau.
Un gadget pour adolescents en mal d’émotions ou adeptes des frissons du grand huit ? Byung-Hwan Choi, directeur général du groupe coréen CJ CGV, propriétaire de la technologie 4DX, inaugurait, mardi 3 avril, avec Jérôme Seydoux, coprésident de Pathé, et Martine Odillard, présidente des Cinémas Gaumont Pathé, sa 500e salle équipée de cette façon dans le monde. « Un engouement », se félicite le patron coréen, qui a démarré l’implantation « de cette expérience de cinéma sensoriel synchronisé » en Corée du Sud, avant d’essaimer dans d’autres pays.
Un taux de remplissage « très important »
Le partenariat conclu entre Pathé et la maison mère coréenne CJ – également présente dans le divertissement, la production cinématographique, la distribution, les chaînes câblées et surtout, les salles de cinéma (3 419 écrans) – prévoit l’équipement de cinquante salles du groupe français d’ici à fin 2020. Jérôme Seydoux s’est toujours montré convaincu que l’avenir du cinéma passait par l’innovation et les nouvelles technologies. Persuadé que le public continuerait d’aller voir les films en salle uniquement si les conditions y étaient bien meilleures que celles offertes depuis un canapé. Cette foi dans le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Cette réédition permet enfin de revoir le film de renaissance de Jacques Rivette, sorti en 1981.
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DVD : « Le Pont du Nord », une ode à la ville et à la vie

Cette réédition permet enfin de revoir le film de renaissance de Jacques Rivette, sorti en 1981.



Le Monde
 |    04.04.2018 à 09h32
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


Il faut d’abord dire l’émotion qu’il y a à voir reparaître Le Pont du Nord (1981), sans doute le plus beau film du regretté Jacques Rivette (1928-2016) et grand absent du marché de l’édition DVD, avant que ­Potemkine ne vienne enfin ­compenser cet inexplicable manque. Déambulation libre et ­anxieuse dans les interstices d’un Paris en mutation, captant un moment de bascule entre deux époques, Le Pont du Nord est précisément un film de renaissance. Il marque, tout du moins, le retour inespéré de Rivette après une inquiétante série noire (deux films non distribués, un tournage abandonné, une mystérieuse disparition) ayant soldé une décennie d’expérimentations à tous crins et, surtout, laissé inachevé son ambitieux projet tétralogique des « Scènes de la vie parallèles » (dont les trois volets existants, Duelle, Noroît et Merry-go-round, sont exhumés sur les écrans ­depuis le 14 mars).

        Lire sur le blog de Thomas Sotinel :
         

          Paris 1980 vu du Pont du Nord



Le Pont du Nord apparaît aujourd’hui, sans doute, comme le dernier film resté invariablement fidèle à un certain esprit ou idéal de la Nouvelle Vague, à ­savoir celui d’un cinéma « descendu » dans la rue, rendu disponible aux hasards et à l’aventure qui, dit-on, guettent à chacun de ses coins. Mieux encore : la rue donne sa forme, à la fois réelle et secrète, à ce film intégralement tourné en extérieurs, avec une équipe et du matériel légers. Reste inscrit au fronton de sa légende d’avoir également rassemblé en un duo merveilleux Bulle et Pascale Ogier, mère et fille à la ville, comédiennes uniques et prodigieuses, la première dans son ­registre lunaire d’absence à elle-même, la seconde (comète du ­cinéma français du début 1980, morte à 25 ans en 1984) pour son invention d’un jeu « hors-sol » et quasi extraterrestre.
Terrain glissant
Bulle, c’est Marie Lafée, débarquant à dos de camion place Denfert-Rochereau, fraîchement sortie de prison et flanquée depuis d’une claustrophobie tenace – si le film reste dehors, c’est évidemment parce que le personnage ne tient pas entre quatre murs. Elle traîne derrière elle des histoires de groupuscules armés, de ­clandestinité et d’attentats, en somme toute la dérive d’une ­certaine gauche vers le terrorisme. Marie veut retrouver Julien (Pierre Clémenti), son amant et ancien partenaire, toujours mêlé à d’obscurs complots et de louches affaires d’argent. Mais par trois fois, elle tombe sur une drôle d’hurluberlue nommée Baptiste (Pascale Ogier), bardée d’un attirail futuriste (perfecto et écouteurs géants) et lancée à mobylette dans une croisade donquichottesque contre les « monstres » de la capitale – les lions sculptés qui ornent place et bâtiments, mais aussi les yeux scrutateurs des affiches ­publicitaires. Les deux s’allient, vagabondent, baguenaudent et dessinent, côte à côte, comme une sorte de relais historique et générationnel : les années 1970 se brisant contre le récif émergeant des années 1980.
Ce basculement se retrouve aussi dans l’état transitoire d’un Paris strié de grues et de grands travaux, creusé de terrains ­vagues et d’étranges perspectives, comme en train de changer de peau. Rivette situe toujours précisément les silhouettes de ses personnages dans les différents ­espaces, ouverts ou confinés, de la ville, mais recompose entre les quartiers une géographie fan­tasque, opérant ainsi un alliage saisissant entre l’enregistrement ­documentaire et l’affabulation ludique. La marche des héroïnes ­impulse son rythme fluctuant au récit, mais trace surtout un iti­néraire de passages dérobés, de voies de traverse et d’escaliers transversaux, dans une capitale escarpée (beaucoup de montées et de descentes) dont on arpente le versant secret, dans les plis de laquelle on se glisse (dormir sur les bancs ou dans les voitures laissées ouvertes).
Quadrillé comme les ­cases d’un jeu de l’oie, Paris se dévoile alors sous un jour fantomatique et fantasmatique
Poème de la ville réinventée, dans la lignée lointaine des escapades de Louis Feuillade (Les Vampires, Fantômas), Le Pont du Nord superpose bientôt la carte au territoire : Marie et Baptiste, en découvrant un mystérieux plan, quadrillent la ville selon les ­cases d’un jeu de l’oie. Paris se dévoile alors sous un jour fantomatique et fantasmatique, comme la survivance de formes en sursis ou d’imaginaires révolus – les entrepôts du port de Bercy, les abattoirs en lambeaux de La Villette, un « phare » perdu au milieu d’un chantier de construction –, qui donnent à la ville des allures d’apocalypse.
Les héroïnes sautent ainsi à cloche-pied dans les cases les plus dangereuses du jeu (le labyrinthe, le puits, l’auberge, etc.), car la ville apparaît également comme un terrain glissant où grouillent les trafics opaques, les bandes rivales et les hommes de main (dont Jean-François ­Stévenin). Le Pont du Nord caresse ainsi un ima­ginaire paranoïaque de surveillance, où le réseau ­urbain n’est pas seulement une ­ligne de fuite, mais aussi une forme d’omniscience autoritaire qui enserre de plus en plus les existences vagabondes et marginales.
Strié de scènes éblouissantes (dont une mémorable virée dans le métro aérien), Le Pont du Nord se traverse comme un formidable traité de résistance et de défi : à la mélancolie de Marie (donc des ­années 1970), Baptiste (l’avenir hirsute) oppose sa quête solitaire et chevaleresque, celle d’affronter les dragons métaphoriques qui se cachent sous l’apparence trompeuse du mobilier urbain. Et c’est en surprenant le rire incontrôlé de son actrice Pascale Ogier, lors de son grand combat final (au ­karaté) contre Jean-François Stévenin, que Rivette déniche à terme, dans un moment d’une grâce infinie, la case « trésor » de son formidable jeu de l’oie : la vérité du geste et le secret du cœur.

Film français de Jacques Rivette (1981), 1 Blu-ray + 1 DVD, Potemkine, 19,90 €. Sur le Web : www.potemkine.fr et www.facebook.com/boutiquepotemkine



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Le film d’animation (1946) réunit trois récits sur les décombres de la guerre.
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« La Révolte des jouets » : la revanche des marionnettes tchèques

Le film d’animation (1946) réunit trois récits sur les décombres de la guerre.



Le Monde
 |    04.04.2018 à 09h27
 • Mis à jour le
04.04.2018 à 10h00
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Hermina Tyrlova (1900-1993), pionnière du cinéma d’animation tchèque et spécialiste de l’animation en volume à qui l’on doit notamment Ferda la fourmi (1944), n’aura pas attendu Toy Story pour imaginer que les jouets pouvaient prendre vie au cinéma. Dès 1946, elle signe ce petit joyau intitulé La Révolte des jouets, hymne à la résistance composé sur les décombres de la seconde guerre mondiale. Comme on s’en rendra compte, Hermina n’a pas davantage attendu Qui veut la peau de Roger Rabbit pour organiser la rencontre saugrenue de l’animation en volume et de la prise de vue réelle.
A la porte d’une ruelle sombre qui pourrait être celle du vieux Prague, un louche gestapiste observe par la fenêtre un honnête fabriquant de marionnettes tchèque qui est, précisément, en train de s’amuser avec une figurine à moustache carrée qui lève mécaniquement le bras, résumant sous la forme d’un distributeur de Pez le grotesque Adolf. Quand le nazillon force l’entrée de la masure, le brave homme s’enfuit par la fenêtre, jetant au passage le Führer dans un poêle, geste comique non dénué de profondeur tragique pour peu qu’on pense ici – et comment ne pas y penser – aux innombrables victimes d’Hitler anéanties dans les fours crématoires.
Un hommage à Skupa
Comment ne pas penser non plus, en l’occurrence, au terme par lequel les nazis, dans la métalangue euphémistique qui était la leur, désignaient leurs victimes dans les camps, par ce mot de « figuren » qui désigne, justement, des marionnettes, des figurines. On assistera donc ici à la revanche des marionnettes, spectacle qu’il est néanmoins permis aux tout-petits de savourer dans la pleine innocence de leur âge et du contexte historique où baigne ce récit faussement naïf, soutenu par la composition joyeusement dissonante de Julius Kalas. L’étrange ballet commence à l’entrée du gestapiste, au demeurant interprété par un acteur juif autrichien, Eduard Linkers, qu’on retrouvera notamment, bien plus tard, dans La Marquise d’O, d’Eric Rohmer. Inspectant rageusement la boutique, renversant meubles et figurines, tirant sur tout ce qui bouge, l’homme finit par s’estourbir lui-même avec le couvercle d’un coffre, moment judicieusement choisi par les marionnettes pour passer à la contre-attaque.
Un cinéma d’animation dont la riche histoire s’est souvent écrite avec des marionnettes et des poupées
Singes, chevaux, chiens, canards, éléphants, marins, coucous, pompiers, soldats d’infanterie et artilleurs se liguent contre le géant pour le faire déguerpir, à grands coups de canon dont l’obus d’honneur sera Adolf Hitler en personne, tiré intact du poêle qui était éteint, et propulsé, sauf votre respect, directement et profondément, dans le fondement de son subordonné en train de prendre la poudre d’escampette sous la mitraille. Deux autres films complètent ce clou du programme. De la même réalisatrice, construit sur le même mélange de prises de vue réelles et d’animation, La Berceuse (1947) montre deux jouets en bois charmant à un bébé en chair et en os pour l’endormir, une fois la porte de la chambre fermée. L’Aventure de minuit, signé de Bretislav Pojar en 1960, est quant à lui de la pure animation d’objets, mais joue sur le même motif de l’éveil nocturne des jouets, en l’occurrence un petit train de bois en rivalité avec un rutilant train électrique.

        Lire la critique des « Nouvelles Aventures de Ferda la fourmi » :
         

          La saga d’un petit insecte tchèque



Ce programme très recommandable révèle donc quelques films oubliés ou méconnus d’un cinéma d’animation dont la riche histoire s’est souvent écrite avec des marionnettes et des poupées (Karel Dodal, Karel Zeman, Jiri Trnka, Jan Svankmajer, pour ne citer que quelques éminents représentants du genre). L’attrait de l’animation tchèque pour cette technique particulière s’enracine sans doute dans l’histoire non moins brillante du théâtre tchèque de marionnettes, dont Josef Skupa fut la figure tutélaire. Il n’est à cet égard pas interdit de voir dans La Révolte des jouets un hommage à Skupa, dont le théâtre fut fermé en 1944 par la Gestapo et l’auteur jeté dans la prison de Dresde, dont il se libérera à la faveur des bombardements alliés. L’art libératoire de la marionnette tchèque pourra dès lors défier le stalinisme.

Film d’animation tchèque d’Hermina Tyrlova et Bretislav Pojar (33 minutes). Sur le Web : www.facebook.com/malavidafilms et www.malavidafilms.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le réalisateur Jhonny Hendrix Hinestroza évoque un vieux couple pendant la période de restrictions qu’a connue l’île.
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« Candelaria » : à Cuba, d’amour et d’eau fraîche

Le réalisateur Jhonny Hendrix Hinestroza évoque un vieux couple pendant la période de restrictions qu’a connue l’île.



Le Monde
 |    04.04.2018 à 09h19
   





                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Les autorités castristes, qui ont toujours su passer sans effort du lyrisme à la nov­langue, ont appelé cette époque « période spéciale en temps de paix ». C’était après la chute du mur de Berlin, lorsque Cuba se trouva privée du salami hongrois et du fromage bulgare, qui complétaient l’ordinaire, et de bien d’autres choses encore, au point qu’une bonne partie de la population fut frappée de malnutrition.
Le réalisateur colombien Jhonny Hendrix Hinestroza a voulu ressusciter ce moment cruel de l’histoire de l’île et en faire l’écrin d’un amour finissant. C’est un projet étrange, qui trouve son sens grâce à la présence à l’écran de deux acteurs de l’île, Alden Knight et Veronica Lynn. Ils donnent une chair lasse et frémissante à ces vieux amants, qui se débattent entre la pénurie et l’approche de la fin.
Victor Hugo (c’est son prénom) traîne son emphysème dans une fabrique de cigares où sa tâche consiste à lire la presse gouvernementale à ses collègues plus jeunes. Candelaria est lingère dans un de ces grands hôtels qui commençaient alors à accueillir un tourisme de masse, et parfois chanteuse dans une boîte de nuit. Ils ont tous deux passé les 70 ans depuis longtemps.
Erosion de tous les désirs
Hinestroza filme avec attention leur intérieur décati, où la vieille dame élève des poussins, plus pour la compagnie que dans l’intention de les faire cuire quand ils seront poulets. C’est un appartement mal éclairé, sur lequel l’obscurité s’abat au rythme des coupures de courant. Victor Hugo rapporte parfois une boîte de cigares soustraite à l’attention de l’encadrement et la revend à un ami plus jeune, qui traficote afin de financer son futur exil en Floride.
En insistant sur ces détails matériels, sur l’érosion de tous les désirs qu’entraîne la lutte quotidienne contre la pénurie, le cinéaste colombien trouve un rythme à la fois modeste et implacable, adouci par l’attention qu’il porte à ses personnages. Il montre ce qui tient : le système de santé, une culture faite de musique et de base-ball, et ce qui se défait : l’adhésion à un idéal politique, la foi dans l’avenir. Poussins et cigares font vivre le couple dans la crainte perpétuelle d’une descente des comités de défense de la révolution (CDR). Cette crainte abîme leur vie bien plus que des CDR qu’on ne verra jamais.
Les deux vieillards se mettent à se filmer, réveillant une passion qu’ils croyaient éteinte
Mais un jour, Candelaria trouve une caméra vidéo dans le panier à linge de l’hôtel. Au lieu de la rendre, ou de la revendre, elle la rapporte et les deux vieillards se mettent à se filmer, réveillant une passion qu’ils croyaient éteinte.
Cette audace bienvenue dans le scénario est un piège dont Jhonny Hendrix Hinestroza ne sait comment se sortir. L’intervention d’un vrai méchant, qui veut – et on peine à le croire – faire du couple des stars du porno amateur, et une succession de malheurs déportent le film du côté du mélodrame. Il ne s’en remet pas tout à fait, mais la conviction douce et ferme des acteurs et le plaisir manifeste que prend le cinéaste à filmer La Havane dans toute sa splendeur défaite permettent de ne pas sortir de la douceur ambiante du film.



Film colombien et cubain de Jhonny Hendrix Hinestroza. Avec Alden Knight, Veronica Lynn, Manuel Viveros (1 h 27). Sur le Web : www.sddistribution.fr/film/candelaria et www.facebook.com/sophiedulacdistribution



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Dans le rôle d’un vieillard confronté à un passé pas toujours reluisant, Jim Broadbent fait sortir cette production britannique des clichés du genre.
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« A l’heure des souvenirs » : la recherche des sixties perdues

Dans le rôle d’un vieillard confronté à un passé pas toujours reluisant, Jim Broadbent fait sortir cette production britannique des clichés du genre.



Le Monde
 |    04.04.2018 à 08h57
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Les autorités du Royaume pourraient décerner un label « British Quality » à la catégorie de films dont relève A l’heure des souvenirs. Destinés – comme Indian Palace, The Lady in the Van ou Confident Royal – à un public qui peut faire valoir sa réduction senior, employant des acteurs nés, comme ces spectateurs, pendant le baby boom, ces longs-métrages se caractérisent par une mise en scène qui peut être délicate (dans le meilleur des cas) ou précautionneuse, par fascination bien tempérée pour les maux de la vieillesse, au premier rang desquels la nostalgie.
Adapté d’un roman de Julian Barnes – qui pourrait obtenir le prix Nobel du temps qui passe, s’il existait – A l’heure des souvenirs se classe, de justesse, parmi les réussites du genre. Comme dans 45 ans, d’Andrew Haigh, ce qui reste – à force de privatisations et de rationalisations – du Royal Post Office joue ici le rôle de deus ex machina. Par un beau matin d’une retraite déjà bien entamée, Tony Webster (Jim Broadbent) reçoit une lettre à en-tête d’un cabinet d’avocat lui annonçant qu’il a hérité du journal intime d’Adrian Finn, qui fut, un demi-siècle plus tôt, son camarade de pensionnat et d’université. Le vieillard, qui occupe ses journées en vendant des Leica de collection hors de prix, est forcé de revenir sur un passé dont il n’avait conservé qu’un souvenir vague et idyllique.

        Lire la critique de « 45 ans » :
         

          Les pièges de l’amour et du temps



Une forme de vérité peu commune au cinéma
Le metteur en scène manie avec dextérité le matériau que requiert ce type d’ouvrage : les allers-retours entre le XXIe siècle et les années 1960, les transitions qui doivent arrimer des acteurs très différents aux mêmes personnages. Freya Mavor, par exemple, ne ressemble en rien à Charlotte Rampling dont elle est censée être l’incarnation juvénile.
Mais cet appareil n’est pas au centre des préoccupations de Ritesh Batra. Le réalisateur de The Lunchbox, trace très attentivement le parcours du vieillard qu’est devenu Tony Webster, forcé d’entrer dans les détails pas très reluisants de sa biographie. Plus qu’en Charlotte Rampling – qui reste une présence périphérique, quoique impressionnante – c’est avec Harriet Walter, qui incarne avec vigueur son ex-épouse, que Jim Broadbent peut développer son personnage, en effeuiller les strates : du boutiquier ronchon, presque dickensien qui forme la couche extérieure à l’adolescent pusillanime qui survit tout au fond de lui-même. Grâce à ses interprètes, A l’heure des souvenirs parvient à une forme de vérité peu commune au cinéma.

Film britannique de Ritesh Batra. Avec Jim Broadbent, Charlotte Rampling, Harriet Walter (1 h 48). Sur le Web : www.alheuredessouvenirs-lefilm.com et www.facebook.com/alheuredessouvenirs



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Francis Lawrence retrouve son actrice d’« Hunger Games » dans un film d’espionnage mêlant violence et érotisme.
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« Red Sparrow » : Jennifer au pays de Vladimir

Francis Lawrence retrouve son actrice d’« Hunger Games » dans un film d’espionnage mêlant violence et érotisme.



Le Monde
 |    04.04.2018 à 08h42
 • Mis à jour le
04.04.2018 à 10h46
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
En ce moment si délicat des relations de la Russie avec le reste du monde, baigné de relents de Novitchok, voici l’équivalent cinématographique et contemporain de Tintin au pays des Soviets : Red Sparrow puise dans un inépuisable réservoir de cruauté et de duplicité, la Russie contemporaine. Dans ce pays où l’on parle anglais avec l’accent slave, il n’est pas un domaine qui échappe à la malévolence de l’Etat, du système de santé au corps de ballet, en passant par (et en insistant longuement sur) les services de renseignement.
De cet enfer émerge Dominika Egorova, héroïne malgré elle, qui parvient à peine à préserver son intégrité physique et morale face aux assauts de l’impérialisme grand-russe qui veut faire d’elle une marionnette au service de ses visées maléfiques. Elle ne trouvera de salut qu’en se réfugiant dans les bras (armés) des Etats-Unis d’Amérique.
Si l’on fait abstraction du ton belliqueux du film de Francis Lawrence et ses prétentions à l’exactitude géopolitique, le mélange d’érotisme bon marché, de violence et de perversité du film exerce une certaine fascination. Elle doit beaucoup à la présence de Jennifer Lawrence au centre du film. Pour interpréter Dominika Egorova, la jeune star a suivi le réalisateur des trois derniers épisodes d’Hunger Games sur le permafrost glissant de ce scénario emprunté à l’auteur de romans d’espionnage (et ex-agent de la CIA) Jason Matthews.

        Lire la critique d’« Hunger Games. La Révolte (partie 2) » :
         

          Jeux efficaces



Au début du film, Dominika est danseuse étoile au Bolchoï, ce qui lui permet de subvenir aux besoins de sa pauvre maman, qui est bien malade. Un soir de représentation, son partenaire de pas de deux tombe sur elle si lourdement qu’il lui brise net le tibia. Dominika ne pourra plus jamais danser, et le Bolchoï ne paiera plus les soins dont sa mère a besoin. Heureusement, son oncle Vania (on n’est pas chez les incultes) Egorov (Matthias Schoenaerts) travaille au SVR, le service de renseignement extérieur qui a succédé à la première direction du KGB. Oncle Vania lui propose de s’inscrire dans l’école des moineaux (en anglais sparrows), où de jolis jeunes gens apprennent à utiliser leurs charmes pour compromettre et obtenir des renseignements sur les ennemis de mère Russie. La directrice a toute l’autorité et la perversité que Charlotte Rampling aime conférer à certains de ses personnages.

        Lire la critique d’« Hunger Games. La Révolte (partie 1) » :
         

          Fin d’un monde, première mi-temps



Dominika a un bon fond (c’est Jennifer Lawrence, quand même, celle qui a affranchi les adolescents du joug des jeux), et elle ne se fait guère d’illusions sur les buts de guerre froide de ses employeurs. Si bien que, quand sa route (en fait de route, il s’agit d’un couloir de piscine, à Budapest) croise celle d’un agent de la CIA à l’impressionnante musculature et au regard de chien battu (Joel Edgerton), l’amour et la défection ne sont pas loin.
Bon petit soldat
Pas loin, mais le film dure bien plus de deux heures, il faut additionner les retournements de situations, les dévoilements (que la pratique des bons auteurs du genre, John le Carré ou Robert Littell, rend prévisibles) et les morceaux de bravoure. On peut regretter qu’à ce rayon Francis Lawrence confonde souvent exposition de la souffrance des corps et mise en scène. On parle ici non seulement du sort de nombre de personnages secondaires (la colocataire et collègue de Dominika à Budapest, que joue Thekla Reuten, ou l’assistante parlementaire américaine incarnée par Mary Louise Parker, entre autres), mais surtout de l’usage que le cinéaste fait de Jennifer Lawrence.
On peut regretter que Francis Lawrence confonde souvent exposition de la souffrance des corps et mise en scène
On dirait que l’insolente santé dont fait preuve l’actrice doit être systématiquement ravagée, par l’accident qui l’éloigne de la scène, l’entraînement à la perversion qu’elle reçoit à l’école, les affrontements physiques avec les agents de tout bord, dont elle sort victorieuse mais pas indemne, auxquels il faut ajouter l’épreuve qui l’attend à la fin du film.
Autour de ce bon petit soldat, le réalisateur aligne une armée de méchants grand-guignolesques, qui forment la hiérarchie du SVR. Jeremy Irons ronronne comme le plus retors des matous, Ciaran Hinds fait un sympathique boucher (de toute la distribution, c’est bien le seul qui aurait pu trouver une place dans La Mort de Staline) et Matthias Schoenaerts incarne avec une froideur terrifiante la modernité poutinienne. L’air de famille qu’il se trouve avec l’actuel président de la Fédération pourrait lui valoir le rôle-titre dans un éventuel biopic, mais il mesure 20 centimètres de plus que son éventuel modèle. Ce genre de détail n’arrête pas Hollywood, comme le prouve Red Sparrow.

Film américain de Francis Lawrence. Avec Jennifer Lawrence, Joel Edgerton, Matthias Schoenaerts (2 h 21). Sur le Web : www.foxfrance.com et www.facebook.com/RedSparrowLeFilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ L’auteur de « Blancanieves » tente de transposer la fantaisie de son succès de 2012 dans la capitale espagnole, de nos jours. L’expérience s’avère décevante.
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« Abracadabra » : à Madrid, la magie de Pablo Berger n’opère plus

L’auteur de « Blancanieves » tente de transposer la fantaisie de son succès de 2012 dans la capitale espagnole, de nos jours. L’expérience s’avère décevante.



Le Monde
 |    04.04.2018 à 08h36
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Avec Blancanieves, sorti en 2012, Pablo Berger avait touché la zone érogène entre pastiche et invention poétique. Sa réinterprétation du mythe de Blanche-Neige dans une Séville pré-franquiste avait séduit bien au-delà des Pyrénées. Abracadabra tente de rééditer l’exploit, remplaçant la cité andalouse par Madrid, les années 1920 par le XXIe siècle. Mais la greffe magique ne prend pas sur l’âge numérique.
Carmen (Maribel Verdu, qui était Blanche-Neige dans le film précédent) est une femme au foyer affligée d’un mari d’un machisme imbécile (Antonio Torres). Au hasard d’une fête de mariage, celui-ci est hypnotisé par un amateur et sort de sa transe habité par un mystérieux esprit, à la fois plus prévenant, mais aussi bien plus inquiétant que celui du légitime propriétaire du corps.
Surenchère dans l’invraisemblable
Recourant à des gags qui avaient pris leur retraite en même temps qu’Abbott et Costello, Pablo Berger tente de sauver son film en surenchérissant dans l’invraisemblable. On verra un singe sur une grue, un serial killer produit d’un Œdipe mal liquidé (figure récurrente du cinéma espagnol), un mage minable qui s’est fait la tête de Raspoutine.
Cette accumulation devrait constituer une masse critique pour faire basculer le film du côté de la fantaisie. Il n’en est rien, et Abracadabra ne se départ jamais de son rythme pépère. Si l’on y trouve de l’intérêt, c’est dans ce qu’il montre de la vie quotidienne à Madrid, de cette persistance de gestes et d’habitudes pré-industriels au temps des portables et d’Internet. Cette désuétude s’accorde bien avec l’humour un peu fatigué du film.

Film espagnol de Pablo Berger. Avec Maribel Verdu, Antonio Torres, Javier Anton (1 h 33). Sur le Web : www.condor-entertainment.com/abracadabra-la-salle



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Biographie du dessinateur tétraplégique et alcoolique John Callahan, le nouveau film de Gus Van Sant est une production conventionnelle.
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« Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot » : le sevrage de John

Biographie du dessinateur tétraplégique et alcoolique John Callahan, le nouveau film de Gus Van Sant est une production conventionnelle.



Le Monde
 |    04.04.2018 à 08h24
 • Mis à jour le
04.04.2018 à 09h09
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Le seizième long-métrage de Gus Van Sant, Nos Souvenirs, présenté en 2015 à Cannes, était si raté qu’une amélioration était inévitable. Et de fait, le dix-septième marque un net progrès. Dans la veine des productions les plus conventionnelles du réalisateur (Will Hunting, A la rencontre de Forrester), Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot a au moins le mérite de la cohérence, et le secours d’interprètes qui semblent croire à ce qu’ils font. Manque l’acuité qui semblait pourtant inhérente au matériau sur lequel Van Sant a écrit son scénario. Il s’agit de l’autobiographie de John Callahan, dessinateur humoristique qui se distinguait par un sens de l’humour dépourvu de toute bienséance et par la paralysie de ses quatre membres, qui lui laissait à peine la liberté de croquer ses petits personnages – parmi lesquels le paralytique dont ses poursuivants disent, après avoir retrouvé sa chaise roulante dans le désert, « Ne vous inquiétez pas, il n’ira pas loin à pied » (en anglais, « Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot »).
Si Callahan était paralysé, c’était qu’il avait pris une voiture un soir de beuverie. Et s’il a surmonté son handicap au point de devenir artiste à plein temps, c’est qu’il a rejoint les Alcooliques anonymes. Et c’est cette rédemption qui intéresse Gus Van Sant, le rituel des réunions, la dynamique qui anime les groupes, les progrès et les rechutes. Il y a la le matériau d’un chef-d’œuvre, comme le prouvera la lecture de L’Infinie Comédie, de David Foster Wallace.
Inquiétante intensité
Mais pas ici. Comme il lui arrive parfois, Gus Van Sant est très littéral. Il demande à – et obtient de – Joaquin Phoenix qu’il se glisse dans la peau d’un modèle pour tous les addicts, faisant dans le même mouvement œuvre de propagandiste pour l’organisation. L’acteur le fait avec l’inquiétante intensité qui le caractérise. Et au gré de son sevrage, son chemin croisera le personnage le plus intéressant du film, Donnie (Jonah Hill), riche héritier qui a échappé à la toxicomanie, mais pas au sida (l’action se déroule pour l’essentiel dans les années 1980). Hill compose avec beaucoup d’inventivité son personnage d’hédoniste à qui sa guérison de l’alcoolisme et la maladie interdisent le plaisir.
Reste tout ce que le film ne veut pas vraiment mettre en scène, se contentant de le montrer comme ça, en passant : le racisme et le sexisme des dessins de Callahan, la souffrance permanente des survivants, l’absurdité d’une discipline qui mène de toute façon à la même issue que la maladie. On aurait aimé que l’auteur de Prête à tout et d’Elephant se soucie moins de remplir des salles de cinéma (le film semble destiné à une belle carrière commerciale aux Etats-Unis) et plus d’accompagner ses personnages dans les recoins de leurs âmes tourmentées.

Film américain de Gus Van Sant. Avec Joaquin Phoenix, Jonah Hill, Jack Black, Rooney Mara (1 h 53). Sur le Web : www.metrofilms.com/films/dont-worry-he-wont-get-far-on-foot et www.facebook.com/DontWorryMovie



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Ce film historique sur le dilemme intime d’une pianiste prodige a tendance à tirer un peu trop sur la corde sensible.
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« Mademoiselle Paradis » : mieux vaut croire que voir

Ce film historique sur le dilemme intime d’une pianiste prodige a tendance à tirer un peu trop sur la corde sensible.



Le Monde
 |    04.04.2018 à 08h03
 • Mis à jour le
04.04.2018 à 08h04
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Cinquième long-métrage de la réalisatrice autrichienne Barbara Albert, Mademoiselle Paradis s’inspire de l’histoire vraie de Maria Theresia Paradis, jeune pianiste prodige, aveugle depuis sa petite enfance, que ses parents, des aristocrates rigides et peu aimants, produisaient à la fin du XVIIIe siècle dans les salons de la haute société viennoise. Dans l’espoir de lui voir recouvrer la vue, ceux-ci la conduisent, alors qu’elle a 18 ans, chez le docteur Franz Anton Mesmer, médecin controversé versé dans des pratiques peu orthodoxes qui l’accueille comme pensionnaire dans son grand établissement rococo. À son contact, la jeune fille retrouve l’usage de ses yeux et, de là, une autonomie de mouvement et de pensée nouvelle, et un pouvoir de séduction dont elle était jusqu’alors totalement dépourvue.
Dilemme intime
Dans le même temps, à son grand désarroi, sa sensibilité musicale se dégrade. Ce dilemme intime s’inscrit dans un conflit plus vaste entre l’affirmation nouvelle de ses désirs et de sa personnalité et un ordre social, incarné au premier chef par ses affreux parents, qui n’aspire qu’à la soumettre à ses diktats. On est vite mis à distance par le traitement caricatural des personnages – plus bêtes et sadiques les uns que les autres à l’exception du médecin et de sa patiente –, symptôme d’une mise en scène globalement phagocytée par le travail de reconstitution historique. L’interprétation à fleur de peau que livre la jeune Maria-Victoria Dragus produit toutefois une forme d’émoi, qui persiste tout au long du film.

Film allemand et autrichien de Barbara Albert. Avec Maria-Victoria Dragus, Devid Striesow (1 h 37). Sur le Web : mademoiselle-paradis.com et ascdistribution.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Cette version numérique et frénétique du léporidé n’a qu’un lointain rapport avec le personnage bucolique imaginé il y a plus d’un siècle par l’Anglaise Beatrix Potter.
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« Pierre Lapin » : « power rongeur »

Cette version numérique et frénétique du léporidé n’a qu’un lointain rapport avec le personnage bucolique imaginé il y a plus d’un siècle par l’Anglaise Beatrix Potter.



Le Monde
 |    04.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
04.04.2018 à 09h40
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Dans un jardin anglais, un vieillard tout dévoué à son potager succombe à une crise cardiaque. Pour célébrer ce décès, une bande envahit le joli cottage du défunt et le saccage. Ce n’est pas Les Chiens de paille, mais cette version de Pierre Lapin n’a qu’un lointain rapport avec l’univers bucolique de Beatrix Potter dont le film se réclame.
Gags bruyants
L’aquarelle edwardienne a cédé la place aux rongeurs de synthèse qui grouillent à l’écran autour d’acteurs de chair et de sang. Dans le premier camp, Pierre Lapin, version léporidée des sales gosses du cinéma américain des années 1980, Ferris Bueller et compagnie. Il est arrogant, téméraire et se croit drôle (il parle par la voix du comique britannique James Corden). Autour de lui, d’autres lapins, tous doublés par des stars, un cochon, un cerf (qui sera l’artisan du meilleur gag du film). Contre lui, l’héritier de feu le jardinier, un Londonien maniaque (Domnhall Gleeson), qui tombe amoureux d’une gentille peintre (Rose Byrne) alliée des lapins.
Au gré de gags bruyants destinés, dans des proportions équitables, aux tout petits auxquels le film est censé s’adresser et à leurs accompagnateurs, Pierre Lapin traverse son coin de campagne anglaise avec la délicatesse d’un train à grande vitesse.

Film d’animation britannique de Will Gluck. Avec Domnhall Gleeson, Rose Byrne (1 h 30). Sur le Web : www.pierrelapin-lefilm.com et www.facebook.com/PierreLapin.LeFilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Le film d’Armando Iannucci s’est vu interdire en Russie, car jugé « insultant ».
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« La Mort de Staline » : panier de crabes soviétiques à la mode anglaise

Le film d’Armando Iannucci s’est vu interdire en Russie, car jugé « insultant ».



Le Monde
 |    04.04.2018 à 06h27
 • Mis à jour le
04.04.2018 à 17h08
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



L’avis du « Monde » – à voir
Spécialiste de la satire politique à la mode anglaise, Armando Iannucci imagine pour son deuxième long-métrage (adapté des deux tomes de la bande dessinée éponyme de Fabien Nury et Thierry Robin) de nous plonger dans les coulisses sanglantes de la succession de ­ Joseph Staline, réunissant pour l’occasion une brochette de bons acteurs anglo-américains rivalisant dans le registre grotesque, sur fond de décors russes. Le film pourrait se résumer sous la forme de la devinette classique. Joseph Staline, Nikita Khrouchtchev, Lavrenti Beria, Gueorgui Malenkov et Viatcheslav Molotov sont dans une pièce. Dix minutes plus tard, Staline meurt d’une attaque cérébrale. Qui va le remplacer ?

        Lire la rencontre :
         

          Armando Iannucci, à l’ombre de Staline



Pour mieux saisir les enjeux de la question, un petit « Who’s Who » de la garde rapprochée, donc pleinement compromise, d’un des plus grands assassins de l’histoire mondiale est nécessaire. Malenkov (Jeffrey Tambor) : numéro deux du pouvoir, c’est lui qui succède à Staline au poste de président du conseil des ministres. Beria (Simon Russell Beale) : compatriote géorgien de Staline, chef du NKVD, organisateur du goulag, responsable du massacre de Katyn, sadique avéré, il est le bourreau en chef de l’Union soviétique (URSS).
Khrouchtchev (Steve Buscemi) : premier secrétaire du Parti communiste, cet homme en retrait finit par évincer Beria et Malenkov pour devenir l’un des artisans de la déstalinisation et le nouvel homme fort du régime. Molotov (Michael Palin) : un des fondateurs de la Pravda, bras droit historique de Staline, ­complice de tous ses crimes, il est l’un des rares à lui rester fidèle après sa mort, le 5 mars 1953.
Théâtre de l’absurde
La charge satirique de Ianucci force évidemment le trait, transformant ces personnages en caractères. Malenkov y occupe la fonction du vaniteux dépourvu d’envergure. Beria, celle du psychopathe. Khrouchtchev, celle du cauteleux stratège. Molotov, celle du pleutre doublé d’un imbécile heureux.
Ajoutez à ce cocktail de seconds couteaux encore pétrifiés par la peur, la fille et le fils de Staline en dégénérés, le tonitruant Joukov, héros de la seconde guerre mondiale mis sur la touche qui revient en idiot utile. Lâchez le tout dans un panier de crabes soviétiques, saupoudrez abondamment de détails sordides et extravagants tels que seule une dictature aussi démente que celle-ci peut en produire, et vous obtenez un film ubuesque, où l’on complote, tremble et torture à tous les étages.

   


Succès au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, La Mort de Staline ­accuse toutefois quelques handicaps qui l’entravent. La langue anglaise, pour commencer, qui nuit au réalisme de la situation. Le côté théâtre de l’absurde, qui n’est pas à la mesure de l’ignominie du ­sujet. Enfin, l’éloignement de la période, qui doit paraître pour les jeunes générations contemporaine de la préhistoire.
Interdit en Russie
Peut-être que seule une âme russe est ­capable de relever un tel défi, comme le laisse à penser l’une des très rares réussites en la matière, Khroustaliov, ma voiture ! (1998) d’Alexeï Guerman. Du moins, deux actualités viennent-elles lester la légèreté de crème sure qu’on pourrait être tenté de reprocher à La Mort de Staline.
Le ministre de la culture russe Vladimir Medinski dénonce « une raillerie insultante envers le passé soviétique »
La première tient aux relations russo-britanniques qui, si elles n’ont jamais été au beau fixe, ont pris ces dernières semaines une tournure neurotoxique, à la suite de la tentative d’assassinat au ­Novitchok de l’ancien agent double Sergueï Skripal à Salisbury au Royaume-Uni. La seconde est l’interdiction du film en Russie, décidée par le ministre de la culture Vladimir Medinski, le 23 janvier, deux jours avant la sortie prévue.
Dénonçant « une raillerie insultante envers le passé soviétique », celui-ci s’est donc rangé à l’avis de pétitionnaires parmi lesquels se trouve le réalisateur Nikita Mikhalkov, « missus dominicus » de Vladimir Poutine, qui, depuis vingt ans, met au placard tout ce que le cinéma russe compte de ­talents. Le même homme signait pourtant en 1994 Soleil trompeur, réquisitoire antistalinien sans ambages. Une vérité qui, à l’instar du sens de l’humour, ne semble plus de mise aujourd’hui en Russie.

Film britannique et français d’Armando Iannucci. Avec Steve Buscemi, Simon Russell Beale, Jeffrey Tambor (1 h 48). Sur le Web : gaumont.fr/fr/film/La-mort-de-Staline et www.facebook.com/LaMortDeStaline

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 4 avril)
La Révolte des jouets, film d’animation tchèque de Bretislav Pojar et Hermina Tyrlova (à ne pas manquer)A l’heure des souvenirs, film britannique de Ritesh Batra (à voir)Candelaria, film colombien et cubain de Jhonny Hendrix Hinestroza (à voir)Dans la brume, film français et québécois de Daniel Roby (à voir)La Mort de Staline, film britannique et français d’Armando Iannucci (à voir)Nul homme n’est une île, documentaire français de Dominique Marchais (à voir)Abracadabra, film espagnol de Pablo Berger (pourquoi pas)Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot, film américain de Gus Van Sant (pourquoi pas)Mademoiselle Paradis, film allemand et autrichien de Barbara Albert (pourquoi pas)Mobile Homes, film canadien et français de Vladimir de Fontenay (pourquoi pas)Pierre Lapin, film d’animation britannique de Will Gluck (pourquoi pas)Red Sparrow, film américain de Francis Lawrence (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
Des figues en avril, documentaire français de Nadir DendouneLa Fille aux deux visages, film français de Romain SerirGaston Lagaffe, film français de Pierre-François Martin-LavalLutine, film français d’Isabelle BrouéPercujam, documentaire français d’Alexandre MessinaProfesseur Balthazar, film d’animation de Zlatko Grgic, Boris Kolar et Ante ZaninovicUn cheval nommé Eléphant, film chilien, mexicain et colombien d’Andres Waissbluth





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Marionnettes de Staline, jouets révolutionnaires et pénuries cubaines : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    04.04.2018 à 06h27
 • Mis à jour le
04.04.2018 à 09h44
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Les écrans de la semaine sont politiques : directement lorsqu’un satiriste anglais évoque la mort du petit père des peuples, sur le mode de la métaphore, avec la ressortie d’un dessin animé tchécoslovaque (vous vous souvenez de la Tchécoslovaquie ?), sur celui de l’intimité, quand un jeune cinéaste colombien fait le portrait d’un couple cubain au temps des pénuries.
Danse macabre sur un mausolée : « La Mort de Staline »

Auteur des séries The Thick of It et Veep, qui se gaussaient respectivement de la mère de toutes les démocraties et du pays qui a donné au monde Abraham Lincoln et Donald Trump, Armando Ianucci n’a pas quitté son habit de satiriste en adaptant le roman graphique de Thierry Robin et Fabien Nury, La Mort de Staline (Dargaud, 2010).
Au départ, il y a une tragédie, celle des millions de victimes du stalinisme, dont les spectres planent sur la comédie noire qui se joue dans ce film. Autour du corps agonisant puis refroidissant du dictateur, chacun des membres d’un groupe de criminels plus ou moins repentants (Beria, Khrouchtchev, Malenkov, Molotov…) s’agite pour s’assurer que la succession du petit père des peuples ne se fera pas à ses dépens.
Mêlant une reconstitution historique scrupuleuse et une invention comique permanente, servie par des acteurs que l’on ne s’attendait pas à voir ici (les Américains Jeffrey Tambor et Steve Buscemi, les Britanniques Simon Russell Beale et Michael Palin), Ianucci mène sa danse macabre avec un entrain qui n’empêche pas l’affliction. Thomas Sotinel
« La Mort de Staline », film britannique et français d’Armando Ianucci, avec Steve Buscemi, Jeffrey Tambor, Simon Russell Beale, Michael Palin (1 h 48).
Marionnettes tchèques : « La Révolte des jouets »

En 1946, plus d’un demi-siècle avant Toy Story, Hermina Tyrlova, pionnière du cinéma d’animation tchèque, imagine que les jouets mènent leur propre vie. Petit joyau, La Révolte des jouets est un hymne à la résistance composé sur les décombres de la seconde guerre mondiale. Le film commence par l’irruption d’un gestapiste dans l’échoppe d’un fabriquant de marionnettes qui s’enfuit en jetant dans son poêle une figurine qui ressemble étrangement au Führer.
Comment ne pas penser aux innombrables victimes d’Hitler anéanties dans les fours crématoires. Comment ne pas penser au terme par lequel les nazis désignaient leurs victimes dans les camps, « figuren », qui désigne justement, des marionnettes, des figurines. Celles-ci prennent ici leur revanche, spectacle qu’il est néanmoins permis aux tout-petits de savourer dans la pleine innocence de leur âge et du contexte historique dans lequel baigne ce récit faussement naïf, soutenu par la composition joyeusement dissonante de Julius Kalas.
Le programme est complété avec La Berceuse, de la même réalisatrice et avec L’Aventure de minuit, de Bretislav Pojar (1960) qui joue sur le même motif de l’éveil nocturne des jouets, en l’occurrence un petit train de bois en rivalité avec un rutilant train électrique. Jacques Mandelbaum
« La Révolte des jouets », films d’animation tchèques d’Hermina Tyrlova et Bretislav Pojar. 33 minutes.
L’amour en « période spéciale » : « Candelaria »

Les autorités castristes, qui ont toujours su passer sans effort du lyrisme à la nov­langue, avaient appelé cette époque « période spéciale en temps de paix ». C’était après la chute du mur de Berlin, lorsque Cuba était privée du salami hongrois et du fromage bulgare, qui complétaient l’ordinaire, et de bien d’autres choses encore, au point qu’une bonne partie de la population fut frappée de malnutrition.
Le réalisateur colombien Jhonny Hendrix Hinestroza a voulu ressusciter ce moment cruel de l’histoire de l’île et en faire l’écrin d’un amour finissant. C’est un projet étrange, qui trouve son sens grâce à la présence à l’écran de deux acteurs septuagénaires, Alden Knight et Veronica Lynn qui incarnent Victor Hugo (c’est son prénom) ouvrier qui attend la retraite dans une usine de cigare et Candelaria, lingère dans un grand hôtel (c’est le début du tourisme de masse à Cuba) le jour et chanteuse de bar la nuit.
Ils donnent une chair lasse et frémissante à ces vieux amants, qui se débattent entre la pénurie et l’approche de la fin. En insistant sur les détails matériels, sur l’érosion de tous les désirs qu’entraîne la lutte quotidienne contre la pénurie, le cinéaste trouve un rythme à la fois modeste et implacable, adouci par l’attention qu’il porte à ses personnages. Il montre ce qui tient : le système de santé, une culture faite de musique et de base-ball, et ce qui se défait : l’adhésion à un idéal politique, la foi dans l’avenir. T. S.
« Candelaria », film colombien et cubain de Jhonny Hendrix Hinestroza. (1 h 27).
Au pays des poules heureuses : « Nul homme n’est une île »

Le documentaire de Dominique Marchais s’ouvre sur une fresque murale d’Ambrogio Lorenzetti (XIVe siècle), dite Du bon et du mauvais gouvernement, ornant les quatre pans d’une salle du palais communal de Sienne, en Italie. Sur les commentaires de l’historienne médiéviste Chiara Frugoni, la caméra balaie l’ouvrage, où sont exposés les principes régissant l’harmonie des cités humaines et, à l’opposé, ceux menant au déséquilibre et à la discorde, au-dessus desquels trône une allégorie du « bien commun ».
Entre la Sicile et les Alpes, Dominique Marchais filme des agriculteurs (ceux de la coopérative Le galline felici, « les poules heureuses »), un architecte, suisse qui veut freiner l’exode rural et les pratiques de démocratie locale en Autriche. Aussi les paysages parcourus, l’expansion des zones commerciales, des autoroutes, la laideur et la normativité. Si la beauté du monde est son seul sujet (d’inquiétude), il ne se permet pas d’enchérir sur elle pour mieux restituer les idées, les propos de chacun. Mathieu Macheret
« Nul homme n’est une île », documentaire français de Dominique Marchais (1 h 36).
Sur la route, sulla strada : « Three »

   


Parmi les dizaines de films exhumés à l’occasion du « fac-similé » de la première Quinzaine des réalisateurs, organisée à Cannes en 1969, il y a cet objet rare, le seul long-métrage de l’écrivain James Salter. Inspiré d’une nouvelle d’Irwin Shaw il met en scène l’errance estivale et européenne de deux jeunes Américains (Robie Porter et un tout jeune Sam Waterston, presque gracile).
Le metteur en scène observe leurs gestes de petits mâles, leurs silences, avant de placer sur leur route une Anglaise fantasque, Marty, qui offre à Charlotte Rampling un rôle comme elle en retrouvera rarement, un personnage solaire qui laisse les garçons au pied du mur de leur masculinité.
Rien de tout cela n’est énoncé, tout passe par une mise en scène étonnamment maîtrisée, allusive, légère, qui partage avec ses personnages l’ivresse d’un été entre Italie du Nord, pays niçois et pays basque. Et si vous ratez Three, samedi soir, allez voir, dans le cadre de la même programmation, le très beau Entre la mer et l’eau douce, chronique juvénile et québécoise de Michel Brault le lundi suivant. T. S.
« Three », film américain de James Salter, avec Sam Waterston, Robie Porter, Charlotte Rampling, Pascale Roberts (1 h 44), le 7 avril à 19 heures, Cinémathèque, 51 rue de Bercy, Paris 12e.

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 4 avril)
La Révolte des jouets, film d’animation tchèque de Bretislav Pojar et Hermina Tyrlova (à ne pas manquer)A l’heure des souvenirs, film britannique de Ritesh Batra (à voir)Candelaria, film colombien et cubain de Jhonny Hendrix Hinestroza (à voir)Dans la brume, film français et québécois de Daniel Roby (à voir)La Mort de Staline, film britannique et français d’Armando Iannucci (à voir)Nul homme n’est une île, documentaire français de Dominique Marchais (à voir)Abracadabra, film espagnol de Pablo Berger (pourquoi pas)Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot, film américain de Gus Van Sant (pourquoi pas)Mademoiselle Paradis, film allemand et autrichien de Barbara Albert (pourquoi pas)Mobile Homes, film canadien et français de Vladimir de Fontenay (pourquoi pas)Pierre Lapin, film d’animation britannique de Will Gluck (pourquoi pas)Red Sparrow, film américain de Francis Lawrence (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
Des figues en avril, documentaire français de Nadir DendouneLa Fille aux deux visages, film français de Romain SerirGaston Lagaffe, film français de Pierre-François Martin-LavalLutine, film français d’Isabelle BrouéPercujam, documentaire français d’Alexandre MessinaProfesseur Balthazar, film d’animation de Zlatko Grgic, Boris Kolar et Ante ZaninovicUn cheval nommé Eléphant, film chilien, mexicain et colombien d’Andres Waissbluth





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le film de Steven Spielberg, sorti ce week-end aux Etats-Unis, a convaincu par son imagerie mais refroidi par son message.
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La presse jeu vidéo partagée sur le film « Ready Player One »

Le film de Steven Spielberg, sorti ce week-end aux Etats-Unis, a convaincu par son imagerie mais refroidi par son message.



Le Monde
 |    03.04.2018 à 13h25
    |

            William Audureau








                        



   


Nota bene : cet article aborde certains aspects de l’intrigue du film.
Il ne suffit pas d’aligner des références à Street Fighter, Megaman ou encore Overwatch pour séduire les joueurs, si l’on en croit les retours divisés de la presse jeu vidéo depuis la sortie de Ready Player One le 28 mars. Le dernier long-métrage en date de Steven Spielberg met en scène l’Oasis, un système ludique virtuel dans lequel s’échappent les habitants d’un monde dystopique, l’Ohio de 2048. Truffé de clins d’œil au jeu vidéo comme au septième art, le film est unanimement salué comme un excellent moment de divertissement, mais sa vision parcellaire et moraliste inquiète.
« Honnêtement, les images de synthèse étaient incroyables. Spielberg est fondamentalement un grand réalisateur, il sait faire un film », relève ainsi Gita Jackson, du site américain Kotaku. « Avec ses courses-poursuites explosives et ses fusillades dantesques, certaines scènes d’action de Ready Player One paraissent déjà inoubliables, et sont l’une des meilleures excuses que j’aie vues pour devenir dingue d’effets visuels, abonde Alanah Pierce, sur IGN. Il joue avec les échelles, le mouvement, la gravité et le temps de manière fluide ; Spielberg utilise à plein la créativité sans pareille que seuls permettent les films composés en grande partie d’animation. »
Jeuxvideo.com se désole quant à lui qu’en choisissant de condenser 600 pages du roman original en deux heures de film, Steven Spielberg ait éludé toute la dimension sociale de l’Oasis, pour n’en garder qu’une impressionnante machine à divertissement – et flatter le public joueur. Street Fighter, Overwatch, Halo, Mortal Kombat, Alien… On ne compte plus les innombrables références et clins d’œil disséminés dans le film, souvent de manière évidente, parfois moins. IGN est arrivé au chiffre de 138 références.
Un catalogue de placements produits
Côté pile, Ready Player One donne l’impression d’un long-métrage renseigné sur son sujet et généreux pour les amateurs de culture geek. « On peut bien critiquer des éléments de l’intrigue ou les motivations des personnages autant qu’on veut, mais au bout du compte, reconnaît Seung Park, community manager de Kotaku, j’ai littéralement bondi de joie de mon siège quand [le robot géant pilotable] Gundam a décollé pour affronter Mecha Godzilla au côté du Géant de fer ».
Côté face, il s’agit d’un catalogue sans fin de placements produits, qui ferait passer le moindre James Bond pour un modèle de pudeur en la matière, et donne l’impression d’un film qui tourne en boucle sur des références que Steven Spielberg a lui-même inspirées – à l’image de ce dinosaure de Jurassic Park en plein monde virtuel. « Dire que Ready Player One (…) est autoréférentiel serait un euphémisme. C’est un nœud de Mœbius qui met le cerveau à l’envers, une entité monodimensionnelle sans fin ni début, en permanence en train de se tordre sur lui-même », épingle Odi Welsh, sur le site anglais Eurogamer.
Ce dernier relève qu’au contraire d’un autre cinéaste célèbre pour sa culture de la citation, Quentin Tarantino, Steven Spielberg accumule les références sans vraiment chercher à les ingérer. IGN, dont la critique est pourtant l’une des plus enthousiastes, reconnaît ainsi que le film « tombe de temps en temps dans le ringard, comme avec ce personnage déclamant au premier degré “un fanboy sait reconnaître un hater” » – deux termes de la culture geek employés dans le film à mauvais escient.
Plusieurs médias relèvent d’ailleurs que derrière l’apparente flatterie de la culture geek, le film délivre finalement un message très conservateur, à l’image de sa dernière phrase, « la réalité est la seule chose qui soit réelle », éternelle critique de joueurs qui ignoreraient la nature imaginaire de leur loisir. Jeuxvidéo.com évoque un message « par moment grossier et assez naïf », « parfois cliché et peu subtil (on se serait bien passé de cette morale un brin condescendante) ». D’autant que le livre se conclut sur une phrase différente, moins moraliste : le héros, amoureux, constate juste que pour la première fois depuis longtemps il n’a pas envie de se reconnecter à l’Oasis. Polygon résume ainsi le long-métrage à « un excellent film gâché par un dernier dialogue catastrophique », « à la fois meilleur et pire qu’espéré ». 



                            


                        

                        


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Cinéma : Armando Iannucci, à l’ombre de Staline

Le cinéaste britannique cultive son penchant pour la satire avec son nouveau film, « La Mort de Staline », consacré au dictateur soviétique.



Le Monde
 |    03.04.2018 à 09h59
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 15h34
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Sans Staline, Armando Iannucci serait peut-être resté caché aux yeux du monde non anglophone. Au Royaume-Uni, sa patrie (il est né à Glasgow il y a cinquante-quatre ans), et depuis peu aux Etats-Unis, il est considéré comme un humoriste de talent et un analyste politique pertinent. Mais sa spécialité, la satire politique, s’exporte difficilement.
The Thick of It, série qui mettait en scène le personnel parlementaire et ministériel britannique, et In the Loop, long-métrage moquant les tractations qui précédèrent l’entrée du Royaume-Uni dans la guerre en Irak aux côtés des Etats-Unis, sont passés inaperçus en France. Veep, autre satire politique dont la cible est, cette fois, la vice-présidente des Etats-Unis, est diffusée sur OCS, mais reste un plaisir pour initiés.

Et voilà qu’en 2014, alors qu’il travaillait sur la troisième saison de Veep, Armando Iannucci a reçu une bande dessinée, envoyée par des producteurs français dont il n’avait jamais entendu parler. Quad, la société qui a produit les films d’Olivier Nakache et Eric Toledano, venait d’acheter les droits de La Mort de Staline, roman graphique de Thierry Robin et Fabien Nury (Dargaud, 2010). « Je pensais déjà faire un film sur un dictateur, mais un dictateur contemporain et fictif, se souvient le metteur en scène et showrunner, de passage à Paris. J’ai lu l’album et je me suis retrouvé au téléphone avec Yann (Zenou) et Laurent (Zeitoun), les producteurs de Quad, à leur dire “on y va”. J’ai quand même ajouté que je ne pouvais pas m’y mettre avant dix-huit mois, le temps d’en finir avec Veep. »
Dimension tragique
Armando Iannucci a abandonné la direction de la série américaine, produite par HBO, au bout de quatre saisons. Il a tourné La Mort de Staline à l’été 2016, entre le vote du Brexit et l’élection de Donald Trump, deux événements qui ont conforté...




                        

                        


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Article sélectionné dans La Matinale du 03/04/2018
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Pour « Don Quichotte », le projet fou de Terry Gilliam, la malédiction continue

C’est l’Arlésienne du septième art. « L’Homme qui tua Don Quichotte » du réalisateur américain, est enfin prêt à sortir en salles. Mais reste bloqué.



Le Monde
 |    03.04.2018 à 09h56
 • Mis à jour le
04.04.2018 à 10h06
    |

            Gérard Davet et 
Fabrice Lhomme








                        



                                


                            

Il faudrait toujours se fier à Sancho Pança, le fidèle serviteur du fantasque chevalier Don Quichotte, les deux ­héros de l’œuvre de Miguel de Cervantes. « Chacun est comme Dieu l’a fait, et bien souvent pire », observait ainsi le valet, pragmatique en diable.
Pour avoir négligé cette sentence, voilà que deux figures majeures du septième art en sont à s’étriper. D’un côté, le mythique producteur Paulo Branco, 67 ans, près de 300 films d’auteur à son actif. De l’autre, le légendaire réalisateur Terry Gilliam, 77 ans, créateur inspiré de Brazil et de ­L’Armée des douze singes, et génial démiurge des Monty Python. Le dernier épisode de leur duel se jouera mercredi 4 avril devant la cour d’appel de Paris.

Aux pieds de ces deux ogres du cinéma mondial, une seule victime : un film, L’Homme qui tua Don Quichotte, ce projet fou caressé par Terry Gilliam depuis un quart de siècle, mille fois enterré et autant de fois ressuscité. Il fit même l’objet d’un documentaire, Lost in La Mancha (2002), retraçant un premier essai – calamiteux – de tournage en 2000, avec Jean Rochefort et Johnny Depp. Tout s’était alors ligué contre Terry Gilliam, y compris sa propre négligence : pluies diluviennes, Rochefort malade, survol constant du plateau de tournage par des avions militaires… Sans compter ces chevaux aussi ­faméliques que Rossinante, la monture du « vrai » Don Quichotte…
Et le sort continue de s’acharner aujourd’hui : finalement tourné et monté pour de bon en 2017, prêt à être distribué, L’Homme qui tua Don Quichotte est maintenant interdit de sortie, en raison du violent conflit entre Branco et Gilliam. Le Festival de Cannes est prêt à dégainer le film, mais la justice lui en laissera-t-elle l’opportunité ?
« Je ne suis pas un saint »
Pourtant, tout semblait réglé, enfin… C’était au Festival de Berlin, en février 2016 : Paulo Branco, allure de pirate fatigué, qui aime à ­fureter un...




                        

                        

