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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Inspirée par le mouvement Black Lives Matter et les textes de Tupac, Angie Thomas raconte dans son best-seller comment une jeune femme noire assiste à la mort d’un ami abattu par un policier.
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Dans « The Hate U Give », le racisme et les violences policières racontés aux adolescents

Inspirée par le mouvement Black Lives Matter et les textes de Tupac, Angie Thomas raconte dans son best-seller comment une jeune femme noire assiste à la mort d’un ami abattu par un policier.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 14h57
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 15h35
    |

            Pauline Croquet








                        



   


« L’année de mes 12 ans mes parents ont eu deux conversations avec moi. La première, c’était sur les choux et les roses […] La deuxième conversation, c’était pour m’expliquer quoi faire si un flic me contrôlait. Ça a énervé maman qui a dit à papa que j’étais trop jeune pour ça. Il a répondu qu’il n’y avait pas d’âge pour être arrêté ou se faire descendre. » Ces quelques phrases lâchées dès le premier chapitre par Starr, l’héroïne, peuvent résumer le roman américain The Hate U Give, paru jeudi 5 avril en France chez Nathan.
Ce premier roman d’Angie Thomas, écrivaine trentenaire originaire du Mississipi, est raconté du point de vue d’une jeune femme noire de 16 ans qui assiste à la mort de son meilleur ami lors d’un contrôle de police. Starr, déjà écartelée entre sa vie dans un quartier pauvre gangrené par les gangs et sa scolarité dans un lycée de banlieue chic, va apprendre à relever la tête et se battre pour que justice soit rendue à son ami abattu alors qu’il était désarmé.
Publié voilà un peu plus d’un an aux Etats-Unis, l’ouvrage a été inspiré par le mouvement Black Lives Matter, qui, à travers l’Amérique, rassemble des militants afro-américains depuis 2013 pour dénoncer les violences policières et le racisme systémique contre les noirs. Edité dans une vingtaine de pays et en cours d’adaptation à Hollywood, le livre a été largement salué par la critique et occupe toujours le top 3 du prestigieux classement des best-sellers du New York Times dans la catégorie Young Adult, qui désigne la littérature adolescente.
Exprimer la frustration

   


Angie Thomas n’envisageait d’ailleurs pas d’écrire un roman pour les adultes, bien que son texte soit universel : « Je pense que les livres pour adultes sont ennuyeux. Je trouve que les adolescents sont plus ouverts d’esprit et je sentais que je pourrais créer plus d’empathie chez eux », explique-t-elle lors d’une conférence à la bibliothèque du Congrès, à Washington. Mais aussi parce que les adolescents sont directement concernés par les brutalités policières aux Etats-Unis : « Ce sont généralement des jeunes gens, des Noirs désarmés qui perdent la vie. » Elle égrène régulièrement lors des conférences les noms et l’âge de certaines victimes :
« Trayvon Martin avait 17 ans, Mike Brown 18, Tamir Rice en avait 12. Et beaucoup de très jeunes gens sont affectés par ces morts, ce sont même probablement les plus affectés parce qu’ils s’identifient. »
C’est toutefois à l’université qu’Angie Thomas commence à écrire The Hate U Give, sous la forme d’une nouvelle, en réaction à l’affaire Oscar Grant, abattu par la police à Oakland, en Californie, en 2009 : « Je voulais trouver un moyen d’exprimer ma frustration, ma colère et en même temps trouver un moyen de me redonner espoir. Je voulais aussi montrer l’aspect humain de tous ces cas », explique-t-elle à la chaîne YouTube Epic Reads. « A l’école, les gens parlaient de ce qu’[Oscar] avait fait, qu’il avait peut-être mérité, qu’il avait tort. [Ces victimes] sont parfois jugées pour leur propre mort », détaille l’autrice au Guardian. En 2015, la multiplication des victimes et l’intensification des protestations convainquent Angie Thomas de revenir sur cette nouvelle.

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                Aux Etats-Unis, les violences policières ne sont qu'un « maillon » d'un racisme institutionnel



Née en 1988 dans le secteur de Georgetown à Jackson Mississipi, l’un des quartiers les plus pauvres des Etats-Unis, l’écrivaine a aussi insufflé un ressenti et un vécu personnel dans le récit. « Quand j’avais 6 ans, j’étais au parc, et deux trafiquants de drogue ont décidé de recréer le Far West en déclenchant une fusillade », a-t-elle raconté lors d’une conférence à Austin (Texas) l’été dernier. « J’ai échappé en courant aux tirs croisés, et, peu après, ma mère m’a emmenée à la bibliothèque, parce qu’elle voulait que je voie qu’il y avait plus dans le monde que ce que j’ai vu ce jour-là. » Angie Thomas a également tenu à partager beaucoup de passions avec son héroïne Starr, faisant ainsi de nombreuses mentions à Harry Potter, au Prince de Bel Air, au groupe de R’n’B féminin TLC et à sa collection de paires de baskets.
Des roses dans le béton
Tel un classique pour adolescents, The Hate U Give, parfois abrégé T.H.U.G, est un écrit initiatique. Angie Thomas montre comment Starr finit par trouver sa voie et aiguiser son engagement politique. Elle part pour cela de sa constante colère mais aussi du sentiment qu’éprouve l’héroïne à ne pas trouver naturellement sa place dans la société. En faisant la navette entre son quartier pauvre et noir et un monde blanc privilégié à l’école, la jeune fille doit changer constamment de code, de façon de parler pour ne pas se voir coller l’étiquette de la fille du ghetto ou de la femme noire en colère. « Je pense que beaucoup d’Afro-Américains peuvent comprendre et ressentir cela », dit-elle. Angie Thomas a été la première étudiante noire à se diplômer en écriture créative à la Jackson’s Belhaven University.
Mais c’est avant tout Tupac Shakur, son rappeur préféré, que l’écrivaine cite comme « énorme référence ». Le titre du livre reprend Thug Life, nom de son groupe formé en 1993 et célèbre tatouage qui barrait les abdominaux de l’artiste tué dans une fusillade en 1996. Si l’expression se traduit littéralement par « vie de voyou », elle représentait pour Tupac, fils de militante Black Panther, un acronyme et les prémices d’un code de vie : The Hate U Give Little Infants Fuck Everyone, traduit dans le livre par : « Ce que la société nous fait subir quand on est gamins lui pète ensuite à la gueule ».

« J’ai essayé de faire de Starr, Seven et tous les enfants du livre des roses dans le béton », explique Angie Thomas, filant la métaphore du poème de Tupac The Rose that Grew from Concrete pour expliquer à ses lecteurs que venir de basse extraction « ne doit pas nous empêcher d’être bons et de briller ».
The Hate U Give, de Angie Thomas, traduit par Nathalie Bru, éditions Nathan, 496 pages, 17,95 €.

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                Ferguson, produit d'une longue histoire de brutalités policières






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ L’universitaire Benoît Tadié offre, avec « Front criminel », une histoire littéraire et politique du polar américain. Rencontre à l’occasion du festival Quais du polar, qui se tient à Lyon du 6 au 8 avril.
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« Le polar ou la société américaine en contrechamp »

L’universitaire Benoît Tadié offre, avec « Front criminel », une histoire littéraire et politique du polar américain. Rencontre à l’occasion du festival Quais du polar, qui se tient à Lyon du 6 au 8 avril.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 11h45
    |

                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Si le film noir américain a connu en France – citons Borde et Chaumeton (Panorama du film noir américain : 1941-1953, Ed. d’Aujourd’hui, 1975) et François Guérif (Le Film noir américain, Veyrier, 1979) – maints historiens érudits et connaisseurs madrés, le polar attendait encore une synthèse historique et linguistique d’ampleur. La voici : après un percutant essai sur Le Polar américain, la modernité et le mal (PUF, 2006), Benoît Tadié, professeur à l’université Rennes-II, nous donne avec Front criminel une histoire globale, tant littéraire que linguistique et socio-politique, du polar américain.
Qu’est-ce qui vous a porté à faire du polar un objet d’étude ?
D’abord le plaisir d’en lire depuis toujours. C’est, pour moi, une littérature de plein droit. Quand je me suis spécialisé dans la littérature anglophone, je me suis concentré sur les avant-gardes de l’entre-deux-guerres, Joyce notamment. Etudiant les magazines dans lesquels publiaient ces auteurs, je me suis rendu compte qu’au même moment des choses passionnantes se passaient dans les magazines populaires. Deux mondes hélas cloisonnés par les spécialistes. Mon but a donc été de parler des années 1920-1930 d’une manière autre. J’ai alors étudié ces magazines « pulp » où est né le polar américain, et qui donnaient une sorte de contrechamp sur la société américaine.
Dans votre premier essai, vous montriez en effet que le polar se référait beaucoup plus à la littérature d’avant-garde qu’aux productions de consommation…
Tout à fait, et ce, avec le souci et les limites d’être compris par un public peu lettré. Dans la littérature américaine des années 1920, chez Dashiell Hammett ou William Riley Burnett, apparaissent des bouleversements liés à la première guerre mondiale. Psychologie, personnages, société, technologie… Tout se transforme. Un même pessimisme traverse tous les champs de la littérature. Les liens entre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Récits, essais, romans, anthologie… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 6 avril.
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Livres en bref

Récits, essais, romans, anthologie… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 6 avril.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 09h46
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 11h18
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »), 
Nicolas Weill, 
                                Roger-Pol Droit, 
                            Florent Georgesco, 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Pierre Deshusses (Collaborateur du « Monde des livres »), 
Christine Rousseau, 
                                Philippe-Jean Catinchi et 
Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Chaque semaine, « Le Monde des livres » sélectionne une dizaine de textes à ne pas oublier.
Roman. En route vers Okhotsk
En route vers Okhotsk (Unterwegs nach Ochotsk), d’Eleonore Frey, traduit de l’allemand (Suisse) par Camille Luscher, Quidam, 146 p., 16 €.
Ils s’appellent Sophie, Otto, Robert et Therese. Au centre de leur quatuor se trouve un livre qui porte le même titre que le roman d’Eleonore Frey : En route vers Okhotsk. Il en est le véritable héros. Ecrit sous un pseudonyme par ­Robert, dont Therese est secrètement amoureuse, il a été repéré par Sophie, la libraire, qui l’a fait lire à Otto. Quant à Okhotsk, c’est un endroit perdu de Sibérie, un lieu idéal pour nourrir les fantasmes d’évasion de ces personnages qui mènent une vie discrète dans une province quelconque. Il n’est « jamais trop tard pour opérer dans sa vie quelques changements », remarque l’un d’eux. Il n’y aura pas de grand départ, mais la petite flamme allumée en eux par ce texte montre que si la littérature n’engendre pas directement de révolutions, elle peut les faciliter, en agissant sur ses lecteurs de façon souterraine et profonde. P. Ds
Roman. Les Cigarettes égyptiennes
Les Cigarettes égyptiennes (Beer in the Snooker Club), de Waguih Ghali, traduit de l’anglais par Elisabeth Janvier, L’Olivier, « Replay », 250 p., 15,90 €.
Salué par Philip Roth et Edward Saïd, traduit en arabe, en hébreu et dans nombre de langues européennes, Les Cigarettes égyptiennes – publié par Robert Laffont en 1965 – reparaît dans la collection « Replay » de L’Olivier, consacrée aux grands textes oubliés. Unique roman de Waguih Ghali, né à Alexandrie à la fin des années 1920 et suicidé à Londres en 1969, le livre narre l’existence en éternel porte-à-faux de Ram, le narrateur, ballotté entre son attachement pour son Egypte natale et l’Angleterre dont il a passionnément adopté la langue...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Dans « Massif central », l’auteur met en scène un de ces héros ordinaires qu’il affectionne. Tentative de saisissement, en quatre motifs, d’une œuvre travaillée par la fuite.
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Christian Oster, des hommes en déséquilibre

Dans « Massif central », l’auteur met en scène un de ces héros ordinaires qu’il affectionne. Tentative de saisissement, en quatre motifs, d’une œuvre travaillée par la fuite.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 09h30
    |

                            Avril Ventura (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Chez les héros de Christian Oster, il y a quelque chose de la « blancheur » décrite par le sociologue David Le Breton dans Disparaître de soi (Métailié, 2015). Quelque chose de cette « passion d’absence » dans la façon qu’il a de se tenir à distance de lui-même et du monde extérieur, et de laisser couler son existence. Depuis la publication de son premier roman, Volley-ball, puis dans Mon grand appartement, Une femme de ménage (Minuit, 1989, 1999, 2001), ou encore Le Cœur du problème (L’Olivier, 2015), Christian Oster met en scène des hommes ordinaires aux prises avec l’hostilité du quotidien.
Ainsi ses personnages affrontent-ils tour à tour les méandres du sentiment amoureux, l’angoisse du temps qui passe, mais aussi un vilain rhume ou encore la perte d’une sacoche. Autant de petites et grandes contrariétés avec lesquelles il leur faut apprendre à composer, tels des équilibristes, constamment sur le fil. On retrouve dans son nouveau roman, Massif central, ce goût du dépouillement qui, paradoxalement, comme toujours chez le romancier, va permettre d’ouvrir le champ des possibles.
Fuite
Il y a toujours un ou plusieurs déplacements dans les romans de Christian Oster, en apparence sous un prétexte anodin (une chaise à rapporter, un feu qui prend sous une casserole), en réalité, toujours à la suite de l’échec d’un amour. Le héros laisse derrière lui son passé (qui ne semble d’ailleurs jamais beaucoup le concerner), change souvent de nom (un nom de scène, un patronyme emprunté à un ami), quitte son travail (quand il en a un), voire laisse brûler volontairement sa maison pour partir sur les routes avec une simple valise à roulettes. Il faut dire qu’habiter n’est pas chose aisée pour l’individu ostérien, qui ne se fixe jamais réellement, passe de chambre d’hôtel en chambre d’ami, fait du surplace, se trompe de chemin, revient sur ses pas, et ne se sent jamais autant chez lui que chez les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ En virtuose, l’écrivain guatémaltèque Eduardo Halfon mêle l’enquête sur la mort d’un oncle et l’histoire de sa famille hantée par le deuil. Somptueux.
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La généalogie de Salomon

En virtuose, l’écrivain guatémaltèque Eduardo Halfon mêle l’enquête sur la mort d’un oncle et l’histoire de sa famille hantée par le deuil. Somptueux.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 09h27
    |

                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Tout part d’un secret de famille. Ou plutôt d’une mort, trop pesante pour être évoquée. Et trop douloureuse pour ne pas être omniprésente. Le petit Salomon s’est noyé, à 5 ans, dans le lac d’Amatitlan au Guatemala. C’est du moins ce que l’on disait dans son enfance au romancier Eduardo Halfon (né en 1971 à Guatemala City) de celui qui aurait dû être son oncle paternel. Avec Deuils, l’écrivain, devenu en quelques livres brefs et denses l’une des figures majeures des lettres latino-américaines, revient sur cette disparition, béance dans son arbre généalogique, que son art consommé de la narration va s’employer à combler avec une infinie délicatesse et autant d’interrogations.
Tabou
Qui était donc cet oncle, dont l’accident hanta l’enfance d’Halfon et ses terrains de jeu ? « Mon frère et moi, nous nous étions inventé une prière secrète que nous murmurions sur le ponton (…) avant de plonger dans le lac. Comme une sorte de conjuration. Comme pour chasser le fantôme du petit Salomon, au cas où ce fantôme nagerait encore dans les parages. » Devenu adulte, l’auteur va tirer le peu de fils dont il dispose pour reconstituer par bribes la vie du garçon. Et mettre au jour d’autres vérités, non moins tragiques, sur les circonstances de son décès.
Le mystère et le tabou autour de ce défunt, dont on ne prononçait même pas le nom, « si dangereux, si interdit », auraient pu rester intacts s’ils ne s’étaient pas heurtés à un anathème. « Je m’étais toujours posé des questions sur l’histoire de la mort du frère aîné de mon père ou, plus exactement, sur les histoires de sa mort. Mais quand j’ai voulu cheminer vers elles pour voir ce qu’elles recelaient, mon père a voulu m’interdire d’écrire sur elles. Et, pour un écrivain, il n’y a pas d’aiguillon plus fort que la censure », explique Eduardo Halfon au « Monde des Livres », par courriel, depuis son domicile du Nebraska.
Flashs
Comme dans Le Boxeur polonais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ A chaque livre, l’auteure change d’apparence. Elle s’est rasé la tête en écrivant « La vie effaçant toutes choses », des portraits de femmes en lutte contre un sexisme social étouffant.
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Fanny Chiarello, radicalement vôtre

A chaque livre, l’auteure change d’apparence. Elle s’est rasé la tête en écrivant « La vie effaçant toutes choses », des portraits de femmes en lutte contre un sexisme social étouffant.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 14h46
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Inutile de chercher à masquer sa surprise lorsqu’on rencontre Fanny Chiarello. L’écrivaine de 43 ans aborde immédiatement le sujet de son apparence : si elle ne ressemble pas aux photos qu’on a pu voir d’elle, c’est qu’elle s’est rasé la tête il y a deux ans. « Ce n’est pas un choix esthétique, explique-t-elle, mais complètement politique. » Et elle ajoute : « J’ai commencé à changer en côtoyant la communauté transgenre de Lille, où je vis. C’est une communauté LGBTQ [lesbienne, gay, bi, trans, queer], on est aussi végans, antispécistes, antiracistes, anticapitalistes, anticonsuméristes… Mais je ne fais partie d’aucun mouvement. Je serais plutôt proche des libertaires. »
David Lynch
Il fallait sans doute une transformation physique aussi importante pour rendre manifestes au premier coup d’œil les convictions de Fanny Chiarello : le contraste est saisissant, entre la liste de ses refus, qu’elle égrène avec autorité, et le sourire presque timide qu’elle arbore tout au long de la conversation. « Je suis une gentille, résume-t-elle, mais quand même radicale ! » « Il y a chez moi une colère contre beaucoup de choses, dit-elle encore. J’ai mes causes depuis longtemps, mais j’essayais jusque-là de les aborder de manière très douce, et je crois que la douceur, au bout d’un moment, m’a fatiguée. J’ai changé d’apparence pour paraître plus agressive et pour afficher mon militantisme. J’en avais assez d’être la gentille végane, la gentille lesbienne, la gentille queer, qui n’est acceptée que parce qu’elle se tait et ne gêne personne. » Son nouveau livre, La Vie effaçant toutes choses, est ainsi, selon elle, son texte « le plus abrupt, le plus abrasif », le « moins poli ».
« J’en avais assez d’être la gentille végane, la gentille lesbienne, la gentille queer, qui n’est acceptée que parce qu’elle se tait et ne gêne personne »
C’est d’ailleurs aussi d’une forme d’énervement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Deux ouvrages posent un nouveau regard sur la culture politique de la violence dans le contexte instable de la Révolution française.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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La Terreur en effets

Deux ouvrages posent un nouveau regard sur la culture politique de la violence dans le contexte instable de la Révolution française.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 14h34
   





                        



                                


                            

La Terreur semble échapper à la raison, être un moment où, comme l’écrit Michelet, « l’histoire sort de ses gonds ». Les historiens, pour tenter de comprendre l’incompréhensible, ont longtemps voulu n’en retenir que deux causes principales, en la voyant soit comme une circonstance exceptionnelle imposée par une histoire elle-même exceptionnelle, soit comme un phénomène inhérent au discours des révolutionnaires.
La première réponse a façonné une « théorie des circonstances » justifiant un système dramatique au nom de la « légitime défense » face à une guerre déclarée sur tous les fronts. L’autre relève d’une forme de fatalisme historique : la Terreur, fille dénaturée de la philosophie des Lumières, appartiendrait à l’idéologie révolutionnaire elle-même ; elle en serait le passage obligé.
« Guerre civile »
Deux livres importants permettent de la repenser en d’autres termes. En ce sens, Annie Jourdan et Timothy Tackett conduisent des analyses parfois étonnamment proches. Le second part de ces mois du printemps et de l’automne 1793 où le sentiment de peur diffusé du peuple aux élites de la République impose une série de lois, de décrets, d’institutions d’exception dans le but de terroriser les ennemis, répression d’Etat qui, en une année, fait près de 3 000 victimes, guillotinées à Paris ; l’historien américain cherche à comprendre l’origine de cette culture politique de la violence, remontant à 1789 pour analyser ces moments, plus nombreux qu’on ne le croit, où celle-ci se déchaîne dans l’espace public, et considérer la manière dont les élites politiques s’en sont accommodées en en faisant une source de pouvoir.
De même, Annie Jourdan propose une lecture large – une « nouvelle histoire » – centrée sur l’interprétation de la Révolution comme « guerre civile ». Une guerre qui évolue selon des rivalités successives exacerbées au fil de l’actualité révolutionnaire. Dans les deux cas, cela replace la Terreur dans une...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Le militant trentenaire, filleul de Nan Goldin, livre un récit poignant de ses jeunes années à New York, alors qu’il était encore une fille.
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iO Tillett Wright, confessions d’un enfant du punk

Le militant trentenaire, filleul de Nan Goldin, livre un récit poignant de ses jeunes années à New York, alors qu’il était encore une fille.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 09h21
    |

                            Cécile Dutheil (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Darling Days est un récit houleux et poignant. A la fois livre de confessions et roman d’apprentissage à la dure, arme de défense et lettre d’amour à une mère sacrifiée et à un père héroïnomane. Son auteur, iO Tillett Wright, est né en 1985 à New York, dans le quartier de Bowery, connu à l’époque pour ses loyers bon marché et son taux de criminalité élevé : « Pendant les derniers jours du punk et au cœur des épidémies de sida et de crack, la 3e Rue se distinguait par le raffinement de sa violence (…). Ça faisait dix ans que l’Amérique fermait ses hôpitaux psychiatriques, dont les patients se mêlaient aux déchets de la société – ceux qui ont échoué, se sont paumés ou ont abandonné. » Wright a pour marraine la photographe Nan Goldin, et le peintre Jean-Michel Basquiat (1960-1988) est un ami de son père. Deux artistes apparaissant à peine dans le livre mais qui, eux aussi, ont saisi ce temps et cet univers.
Mère accro
Plus tard, iO Tillett Wright changera de genre. Mais pour l’instant, c’est encore une fille. Sa mère est figurante, danseuse, dealeuse à ses heures, disciplinée comme une athlète, mais accro. Son jeune mari s’est fait assassiner, elle collectionne les amants peu rassurants et se nourrit du charme des immigrés d’Europe de l’Est, qu’ils soient cinéastes, rockeurs ou gangsters : « S’ils ont le regard cave, la peau transparente, s’ils sont hémophiles et ont un humour noir, elle adore. » Elle traîne sa fille sur les tournages, l’aime avec maladresse et brusquerie, si bien que celle-ci finira par la dénoncer à la protection de l’enfance. Le père, lui, est décorateur de théâtre. Il descend de juifs d’Odessa du côté maternel. Désargenté, il fréquente l’été la plage de ­Brighton Beach, dernière station de la ligne F : « Il y règne une ambiance de mafia juive […] avec ces anciens costauds de la marine soviétique qui ont des étoiles de David tatouées et sifflent des pichets de vodka. »
iO...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Dans « Le Chagrin d’aimer », l’auteure tisse un portrait en images de son insaisissable génitrice.
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Geneviève Brisac détricote le mystère de sa mère

Dans « Le Chagrin d’aimer », l’auteure tisse un portrait en images de son insaisissable génitrice.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 09h17
    |

            Raphaëlle Leyris








                        


                                                        
La scène se déroule pendant un atelier d’écriture que doit animer Geneviève Brisac. Elle a accepté, elle ignore elle-même pourquoi, que sa mère l’y accompagne et, très vite, cette dernière prend le pouvoir, se met à diriger la séance. Vêtue d’un pull piqué à sa fille, elle dispense ses conseils et propose au public de s’essayer à dresser d’elle un portrait chinois : « Nous étudierons les images qui vous sont venues, je vous montrerai comment les tricoter, comment les crocheter ensemble, à l’instar de ce pull à grands trous, que vous me voyez porter. Je l’adore, car il est à la fois cuirasse et douceur, air et tissu, laine et soie. »
Trop-pleins
Aussi exaspérée par sa génitrice qu’ait pu être en cet instant Geneviève Brisac, par ses minauderies et ses leçons, aussi compliquée qu’ait pu être entre elles la question de la transmission, on ne peut s’empêcher de songer que ce chandail et cette comparaison ont inspiré l’écrivaine pour tisser Le Chagrin d’aimer, consacré à sa mère – Jacqueline, dite « Hélène » dans la vie, dite « Mélini » ici, la plupart du temps. Un texte plein de trous (elle s’est si peu confiée), construit sur des images – Mélini en train de fumer, de conduire, de taper sur sa machine à écrire, de lire, de rabrouer sa fille aînée ou d’esclavagiser son monde –, comme autant d’instantanés noués ensemble d’un point souple et solide. Un texte qui est à la fois gorgé d’un humour féroce et empli d’une triste tendresse, tramé dans les manques et les trop-pleins de cette femme à la furieuse originalité, qui n’aimait pas grand monde, à part « les princes et les clochards ».
Appartenant à la première catégorie, il y avait Michel, dit « Michka », son mari, auquel Geneviève Brisac avait consacré le superbe Une année avec mon père (L’Olivier, 2010). Elle y racontait les quatre saisons ayant séparé la mort de sa mère, en 2007, dans un accident de voiture, du décès de son père. Le Chagrin d’aimer s’inscrit à...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Récit ovni, sans genre ni narrateur, le vingt-troisième livre de l’écrivain fascine par la souplesse de son architecture et de sa langue.
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Mathieu Lindon, la rage à la racine

Récit ovni, sans genre ni narrateur, le vingt-troisième livre de l’écrivain fascine par la souplesse de son architecture et de sa langue.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 07h20
    |

                            Nils C. Ahl (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Plonger dans ce livre procure un doux vertige, irrésistible, comparable à un étourdissement. Comme un nageur qui se laisse emporter par une vague dans laquelle il vient de plonger, en quelques pages c’est un dérèglement qui submerge le lecteur, un aveuglement, au rythme du mouvement inextinguible et liquide des phrases. Bientôt, un véritable égarement au moment de remonter à la surface comme le cachalot de Moby Dick, auquel la narration fait plusieurs fois référence. Parce que Rages de chêne, rages de roseau est un livre apparemment insaisissable : peu ou pas d’intrigue, plusieurs dispositifs narratifs, une troisième personne mystérieuse au début du texte, un « je » peut-être autobiographique un peu plus loin, du récit, des digressions et même des petites annonces… Et pourtant, à condition de s’y abandonner, on s’y retrouve.
No man’s land
Inclassable, ce vingt-troisième livre de Mathieu Lindon (prix Médicis pour Ce qu’aimer veut dire, P.O.L, 2011) s’avance en creux, se matérialise par ce qu’il n’est pas. Rages de chêne, rages de roseau n’est pas une autobiographie ni un roman, il n’a pas de genre ni vraiment de narrateur, il ne se résume pas. Il est une pensée au fil des paragraphes, une pensée méticuleusement mise en scène, tour à tour roman, théâtre, poème d’une pensée – dont on serait bien en peine de dire à qui elle appartient vraiment. Mais cela n’a aucune importance, il faut se livrer à la vague, s’abîmer et céder. Lire, enfin.
Dans les premières pages, deux incipit semblent à la manœuvre : « Tout à coup, le monde ne convient pas », la phrase inaugurale du texte, et, un peu plus loin, en référence au titre du livre, « Un chêne, un jour, quitte la chênaie ». Car le mouvement primitif du livre tient à une rupture, un départ, un exil, un déracinement : « Et le chêne se met en marche si marchent les chênes. Il respire mieux, ses branches sont plus souples, ses feuilles mieux accrochées....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Claro ne se relèverait pas la nuit pour lire « A l’aube », de Philippe Djian.
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Le feuilleton. Comme un pied sans aile

Claro ne se relèverait pas la nuit pour lire « A l’aube », de Philippe Djian.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 07h00
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            

Surtout, n’écoutez pas ceux qui vous diront qu’A l’aube, le nouveau roman de Philippe Djian, peut se résumer ainsi : une call-girl et son frère autiste doivent affronter l’ancien amant de leur défunte mère rebelle tout en empêchant le lecteur de se taper la tête contre le mur. Rappelons que Djian est avant tout un « styliste hors pair » qui s’intéresse à l’écriture des mots qu’on cisèle dans les phrases. Donc : Marlon et Joan ne sont pas des orphelins confrontés à un passé trouble. Eh non. Ce sont des acrobates professionnels en prise avec un monde tautologique, avec pour seules armes un stock d’idiotismes impressionnant. Je reconnais que ça peut paraître étrange, ainsi formulé, mais je ne vois pas d’autre explication.
Un monde tautologique ? Oui, car ici tout est dit deux fois (si, si). L’évidence vous saute aux yeux puis recommence, au cas où (on ne sait jamais). C’est imprimé noir sur blanc : « La nuit était tombée depuis un moment, on n’y voyait plus rien » ; « elle finissait par douter de ce qu’elle avait vu (…) elle pensa qu’elle avait dû rêver » ; « l’angoisse du soir qui descendait, du jour qui s’éteignait » ; « je suis tombé amoureux, j’ai été foudroyé » ; « elle approchait, elle n’était plus loin »…
Or donc, pour survivre dans cet univers pléonastique, une seule solution : la contorsion. D’où l’intervention d’une acrobate de talent, Joan. Dès la deuxième page, l’héroïne se révèle d’une souplesse surprenante : « Assise sur le lit, elle tournait en rond. » ­D’emblée, le vertige. Elle sait aussi faire deux choses en même temps : « Sans lâcher son frère du regard, elle dodelina de la tête. » Il lui arrive parfois de tenter l’impossible : « [Elle] la raccompagna jusqu’à sa voiture et lui tendit l’oreille. » Ou de prendre des risques insensés, comme de « hocher la tête en baissant les yeux avec un haussement d’épaules ». Face...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Avec force et détails, Vincent Bloch décrit un système tragique d’adaptation à l’arbitraire.
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Tu n’as rien vu à Cuba

Avec force et détails, Vincent Bloch décrit un système tragique d’adaptation à l’arbitraire.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 11h26
    |

                            Paulo A. Paranagua








                        



                                


                            

A ceux qui, après un séjour à Cuba, reviennent séduits par la dignité ou la chaleur des gens et extasiés par l’éducation et la santé gratuites, on ne saurait trop recommander la lecture des deux cents pages centrales du nouvel essai de Vincent Bloch, La Lutte. C’est un récit à la Balzac, méticuleux et passionnant, sur les intrigues et les stratagèmes déployés par les Cubains pour « résoudre », comme ils disent, leurs trois problèmes quotidiens : le petit déjeuner, le déjeuner et le dîner. La famine ne rend pas digne.
Il est plus facile d’abolir les classes dans le métro parisien que dans la société, même quand elle se prétend socialiste. L’auteur, sociologue, anthropologue, mais aussi linguiste et politologue, décrit donc successivement trois milieux différents : le petit peuple, la classe moyenne et les bas-fonds, que les vieux marxistes auraient appelés lumpenprolétariat, sous-estimant leur immense appétit pour l’enrichissement. La lutte qu’il raconte est une suite de combines, de menus larcins ou de gros trafics, d’arnaques aux étrangers, de dissimulation à l’égard des proches, des voisins et a fortiori des autorités, pourtant elles-mêmes empêtrées dans des faux-semblants devenus une seconde nature à force de rituels consentis. L’adaptation à l’arbitraire et surtout à l’incertitude oblige à un mouvement perpétuel, où les positions changent sans cesse comme dans un jeu de rôles.
Passion française
Après avoir lu ces pages, le lecteur entendra une petite voix qui lui soufflera : « Tu n’as rien vu à Cuba », à la manière du personnage d’Hiroshima mon amour d’Alain Resnais (1959). Le chapitre sur la difficulté d’enquêter là-bas, sorte de making of de la recherche, ne surprendra pas ceux qui connaissent le terrain, mais devrait susciter la prudence du visiteur de passage. Vincent Bloch tire les conclusions de ses recherches en les reliant aux débats théoriques sur la nature totalitaire du castrisme. Et il éclaire en particulier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ La chronique hebdomadaire de Roger-Pol Droit, à propos, cette semaine, d’« Eloge de l’immobilité », de Jérôme Lèbre.
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Figures libres. Réapprendre à faire halte

La chronique hebdomadaire de Roger-Pol Droit, à propos, cette semaine, d’« Eloge de l’immobilité », de Jérôme Lèbre.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 14h41
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Toujours plus vite. C’est le mot d’ordre général. Partout règne l’accélération : transmissions, rythmes, innovations et mutations sont censés s’enchaîner ou se succéder à vitesse croissante. Sans qu’on se pose pour autant, de façon claire et nette, la question de l’utilité réelle de cette course effrénée.
On s’interroge finalement fort peu sur les raisons d’être et la finalité de pareille agitation, où il semble interdit, voire carrément dangereux, de s’arrêter. Comme si cesser brutalement de courir, de nomadiser, de parcourir l’espace et de gagner du temps était s’exposer à… quoi au juste ? Peut-être à un anéantissement, en tout cas à une sourde métamorphose. A quelque chose de menaçant.
Multiples tensions
Et pourtant, au sein même de ce mouvement uniformément accéléré, nous ne cessons aussi de rêver de moments d’arrêt, de pauses immobiles. Nous allons donc de plus en plus vite mais tout en étant taraudés par le désir d’instants où tout s’arrêterait, où s’immobiliseraient enfin et le corps et le temps. Et malgré cela, pour ne rien simplifier, nous détestons ce qui ligote, emprisonne et assigne à résidence.
Il y a évidemment, dans ces multiples tensions, matière à réflexion philosophique. Elle ne saurait d’ailleurs oublier combien « mouvement » et « repos » constituent, depuis Pythagore et les débuts de la pensée grecque, un couple d’opposés fondateur.

Cette réflexion – à contre-courant de l’air du temps, du moins pour une part –, Jérôme Lèbre contribue à l’élaborer avec cet Eloge de l’immobilité. Intéressant parce que subtil. On n’y trouve en effet ni simple célébration de tout ce qui bouge (marche, course, vitesse, progrès…) ni pure glorification de ce qui est statique (arrêt, suspens, éternité…). Il ne tombe pas non plus dans le panneau d’une trop courte opposition entre le privilège accordé par l’Occident au mouvement et la valorisation du repos par les pensées d’Orient, de l’Inde à la Chine.
Toute beauté est un...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ La chronique de Leïla Slimani, à propos de « La Petite Fille sur la banquise », d’Adélaïde Bon.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Premier roman. A la recherche du mot perdu

La chronique de Leïla Slimani, à propos de « La Petite Fille sur la banquise », d’Adélaïde Bon.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 07h00
    |

                            Leïla Slimani (Ecrivaine)








                        



                                


                            
A quoi ça sert d’écrire ? Pourquoi se lance-t-on chaque matin dans cette entreprise folle, absurde, extraordinaire ? On peut répondre poliment. Dire qu’on écrit parce qu’on aime la littérature, parce qu’on s’ennuie, parce qu’on cherche une distraction. Et puis on peut ne rien dire, écrire un roman et donner ainsi la plus limpide, la plus forte des réponses. C’est ce que fait Adélaïde Bon dans La Petite Fille sur la banquise.
Un dimanche de mai, Adélaïde a éclaté en morceaux, et les mille pièces du puzzle se sont dispersées. Pendant des années, elle cherche à remettre de l’ordre, à comprendre pourquoi elle ne sait pas s’abandonner. Pourquoi elle est spectatrice de sa vie et si sévère envers elle-même. Adélaïde est décentrée. Elle n’a pas de bassin, pas de milieu. Des pieds qui donnent l’illusion qu’elle tient debout. Un visage de fille gentille qui sourit beaucoup. Mais rien dans le ventre, le vide, le creux, un hurlement sourd qui voudrait parfois monter dans sa gorge, mais qu’elle empêche. Adélaïde, c’est « elle » et c’est « je », et cette alternance de point de vue narratif est déjà une partie de l’histoire. L’histoire d’une femme qui écrit pour partir à la reconquête d’elle-même.
Coupée en deux
Ce dimanche de mai, Adélaïde est violée dans les escaliers de son immeuble par un homme qu’elle n’a jamais vu auparavant. Ce mot, « viol », il lui faudra des années avant de le prononcer. Car le vocabulaire qu’on lui propose est indigent. Les pédophiles, rappelle-t-elle avec une triste ironie, sont étymologiquement « les amis des enfants ». L’attouchement est un insupportable euphémisme. « Quelqu’un lui a fait du mal, quelqu’un lui a fait ce mot-là », finit-elle par comprendre. Les mots résistent. Ceux qu’on ne dit pas à soi-même ou aux autres. Aux parents, qui ont su, qui ont porté plainte et puis avec qui on n’en a plus parlé. Comme si se taire effaçait le malheur. On rit des excentricités d’« Adélaïde l’extraterrestre »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Chaque jeudi dans « La Matinale », « Le Monde des livres » propose ses coups de cœur de la semaine.
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Article sélectionné dans La Matinale du 04/04/2018
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Roman noir et noirceur du roman : nos idées (lumineuses) de lecture

Chaque jeudi dans « La Matinale », « Le Monde des livres » propose ses coups de cœur de la semaine.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 06h16
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 07h27
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
John le Carré, Fanny Chiarello, Gabriel Tallent, Philippe Claudel et Christian Oster composent notre puzzle littéraire de la semaine.
POLAR. « L’Héritage des espions », de John le Carré
Comme il le raconte dans le très complet Cahier de l’Herne qui lui est consacré (272 p., 33 €), John le Carré, dans les années 1960, mettait la dernière main à ce qui deviendrait son gigantesque best-seller L’Espion qui venait du froid (1963). Il imaginait une opération de désinformation contre la Stasi menée par son double littéraire, George Smiley, avec l’aide de son second, Guillam.
C’est sur cette opération (nom de code « Windfall ») qu’il revient dans L’Héritage des espions. Plus d’un demi-siècle s’est écoulé mais l’histoire ne dort que d’un œil. Au moment où Smiley et Guillam coulent une retraite tranquille, elle les rattrape. Car si « Windfall » a été pour l’Occident « une manne de renseignements en or », elle s’est aussi soldée par de lourds « dommages collatéraux » : un excellent agent britannique et une jeune femme innocente morts au pied du mur de Berlin.
Pour quoi ? Un demi-siècle plus tard, les enfants des victimes demandent des comptes et le Carré remonte le passé avec ses deux héros. Qu’ont-ils à dire pour leur défense? Les intérêts supérieurs des années 1960 sont-ils audibles aujourd’hui? L’Héritage des espions est aussi celui de le Carré lui-même. Une réflexion sur l’histoire au moment où l’actualité a de nouveau, parfois, des parfums de guerre froide. Mais aussi une longue méditation sur le temps, la vieillesse et ce qui nous fait agir dans l’existence. Florence Noiville

   


« L’Héritage des espions » (A Legacy of Spies), de John le Carré, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Isabelle Perrin, Seuil, 320 p., 22 €.
NOUVELLES. « La vie effaçant toutes choses », de Fanny Chiarello
Exaspérée que l’on réduise ses précédents romans, Une faiblesse de Carlotta Delmont et Dans son propre rôle (L’Olivier, 2013 et 2015) à des « portraits de femmes », Fanny Chiarello a décidé de composer un livre autour de neuf de ces portraits.
Neuf récits, brillamment liés entre eux par un système de reprises et de micro-décalages, mettant en scène des femmes qui tentent d’échapper aux clichés attachés à leur genre, que ce soit la maternité, la tyrannie de la mode ou la dépendance en toutes choses à l’égard de leur conjoint. Le tissage thématique, les jeux d’échos et la récurrence des mêmes situations produisent un puissant effet de suffocation. Florence Bouchy

   


« La vie effaçant toutes choses », de Fanny Chiarello, L’Olivier, 240 p., 17,50 €.
ROMAN NOIR. « My Absolute Darling », de Gabriel Tallent
C’est un roman noir dans lequel on a du mal à entrer et, une fois dedans, presque envie de fuir. Parce que ce qui y est décrit est insoutenable et que l’écriture vient coller à ce malaise.
Une vieille maison délabrée au milieu des bois, des armes à feu omniprésentes, une violence quotidienne qui imprègne tout. Turtle (« tortue », un surnom qui en dit long sur la carapace que Julia, 14 ans, s’est forgée pour survivre) subit l’emprise de son père et ses viols dans un mélange de terreur et d’acceptation. Son échappatoire : ses fugues dans la nature sauvage. Jusqu’à une curieuse rencontre avec deux adolescents solaires et drôles, Brett et Jacob.
L’atmosphère de face-à-face oppressant entre le père et la fille tient le lecteur en apnée toute la première partie. Les phrases sont courtes, sèches et claquent comme des coups de fusil régulièrement tirés – pour supporter la tension du récit, la violence et la terreur dans lesquelles vit cette adolescente, il faut parfois poser le livre. Puis, lentement, comme dans un tunnel où la lumière perce par les interstices, le style narratif s’ouvre, respire, les phrases se font plus longues à mesure que l’adolescente s’éveille, s’autorise à rire et à aimer. Voici un roman poignant, qui brûle les doigts. Sylvia Zappi

   


« My Absolute Darling », de Gabriel Tallent, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laura Derajinski, Gallmeister, « Americana », 464 p., 24,40 €.
ROMAN. « L’Archipel du Chien », de Philippe Claudel
Dans l’archipel imaginaire du Chien, sur une petite île volcanique, trois cadavres de migrants africains s’échouent sur le sable et mettent au jour le fond de l’âme des habitants. Faut-il leur offrir une sépulture digne ou dissimuler les corps ?
Parmi les personnages qui les découvrent (le Maire, le Curé, l’Instituteur…), l’un va endosser le rôle d’Antigone, l’autre, celui de Créon. Car c’est bien une tragédie grecque que signe Philippe Claudel. Elle nous happe dès le prologue par la voix d’un « narrateur extérieur-Coryphée » qui nous met en garde : cette île est notre tour d’ivoire, la lâcheté de ses habitants, notre aveuglement.
L’Archipel du Chien joue avec les codes du théâtre, de la parabole puis du roman policier quand, au milieu de l’intrigue, arrive un étrange Commissaire. Ce qu’il cherche, on l’ignore, mais un crime et un coupable sont trouvés, et la meute se déchaîne.
Certes, tous les genres littéraires ne sont pas maniés avec la même habileté ; mais, pris dans sa course, le roman touche à coup sûr son but : imprimer sur notre rétine des images cauchemardesques. Il n’y a pas une once d’espoir dans ce livre et quand le volcan se réveille, l’archipel est envoyé directement en enfer. Gladys Marivat

   


« L’Archipel du Chien », de Philippe Claudel, Stock, 288 p., 12,50 €.
ROMAN. « Massif central », de Christian Oster
Le narrateur s’appelle Paul et, autrefois, c’était un architecte. Voilà pour le secondaire. Pour l’essentiel, Paul sait juste qu’il a le cœur vide : il vient de quitter Maud après l’avoir dérobée à Carl Denver, et quand il apprend que celui-ci, qu’il a toujours craint, le cherche, il part chez un couple d’amis dans le Massif central.
Mais, même réfugié dans les montagnes, il semble à Paul que le regard de Denver reste braqué sur lui à la façon d’une caméra. Car, comme souvent chez le romancier, les absents sont omniprésents et inversement. Ainsi, tous ceux que Paul croise sur sa route sont menacés d’effacement. Tous fuient quelque chose, à commencer par eux-mêmes. A l’exception peut-être de Denver, dont« l’irréductible part de rage fondait la force de vivre ». Ce Denver qui apparaît finalement comme une sorte de double en négatif du narrateur.
Dans ce roman à la noirceur plus assumée que les précédents, Oster semble renouer avec les polars de ses débuts. Mais il ne dit en définitive pas autre chose que ce qui parcourt l’ensemble de son œuvre : « Parfois quitter (ou être quitté) tue. » Avril Ventura

   


« Massif central », de Christian Oster, L’Olivier, 10 p., 16,50 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ L’espion George Smiley, double de l’auteur, reprend du service. L’occasion d’une vertigineuse introspection.
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Article sélectionné dans La Matinale du 04/04/2018
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John le Carré, hier ne meurt jamais

L’espion George Smiley, double de l’auteur, reprend du service. L’occasion d’une vertigineuse introspection.



Le Monde
 |    04.04.2018 à 17h34
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 07h15
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            

Octobre 1961. En cette année glaciale de la guerre froide – celle de l’édification du mur de Berlin –, John le Carré a tout juste 30 ans. Il sort d’un camp d’entraînement pour espions et, comme couverture, vient d’être affecté par le MI6 à un poste de second secrétaire à l’ambassade du Royaume-Uni, à Bonn.
Il assiste aux meetings politiques et il chante les louanges de la Communauté économique européenne – « Si l’on savait ça aujourd’hui, à l’heure du Brexit, on me pendrait au réverbère le plus proche », plaisante-t-il dans le superbe volume que lui consacrent les Cahiers de l’Herne (272 p., 33 €).
Ferme bretonne
Mais il n’espionne et ne milite pas seulement. Cette année-là, avant tout, il écrit. Frénétiquement. Dans une chambre minuscule donnant sur le Rhin, et en pleine crise des missiles de Cuba (1962), il termine son futur best-seller, L’Espion qui venait du froid (1963).
Il y imagine une entreprise ultra-sophistiquée de désinformation à l’encontre de la Stasi, le service de renseignement est-allemand. Une idée qui a germé dans le cerveau de son personnage principal – son héros, son double –, devenu l’un des espions les plus célèbres de la littérature contemporaine, George Smiley.
C’est sur cette opération – baptisée « Windfall » – que le Carré revient dans L’Héritage des espions. Plus d’un demi-siècle s’est écoulé. Mais l’histoire ne dort que d’un œil. Au moment où Smiley et Peter Guillam, son fidèle second, coulent une retraite tranquille – l’un dans un endroit mystérieux que l’on ne connaîtra qu’à la fin, l’autre entre ses vaches dans une ferme bretonne –, voilà qu’elle les rattrape.
Car si « Windfall » a été pour l’Occident « une manne de renseignements en or », elle s’est aussi soldée par de lourds « dommages collatéraux ». Deux morts au pied du mur de Berlin, un excellent agent britannique et une jeune femme innocente. Pour quoi ?
Héros ou assassin
Au moment où...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Le Musée Tomi Ungerer revient sur le choc créé par le dessin animé de Jacques Rouxel, avec son trait minimaliste et ses volatiles.
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Exposition : les Shadoks, l’autre révolution de mai 68

Le Musée Tomi Ungerer revient sur le choc créé par le dessin animé de Jacques Rouxel, avec son trait minimaliste et ses volatiles.



Le Monde
 |    04.04.2018 à 10h50
 • Mis à jour le
04.04.2018 à 17h05
    |

            Frédéric Potet (Strasbourg, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Il paraît que les Shadoks pompaient, pompaient, pompaient soir et matin. N’allez pas à Strasbourg pour le vérifier, vous serez déçu. L’exposition que le Musée Tomi Ungerer propose à l’occasion du 50e anniversaire de la série d’animation évoque en effet à peine cette action, hautement métaphysique, d’extraction des fluides, qui valut pourtant leur renommée aux oiseaux nigauds créés par Jacques Rouxel.
L’accrochage – 250 pièces, issues de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) et du studio aaa (animation art graphique audiovisuel), fondé par Rouxel et son épouse, Marcelle Ponti – accorde tout aussi peu de place, d’ailleurs, à Claude Piéplu, la « voix » des Shadoks, qui contribua grandement au succès des volatiles. Alors que se profile un autre cinquantenaire, celui de Mai 68, l’idée est plutôt, ici, de montrer en quoi la révolution shadokienne bouscula les codes et l’esthétique du dessin animé, secteur jusqu’alors dominé par Disney.
C’est la première fois que les Shadoks ont l’honneur d’une ­exposition dans une structure ­labellisée « Musée de France ». Qui aurait imaginé cela, ce 29 avril 1968, quand apparurent pour la première fois à l’écran ces échassiers aussi bêtes que méchants dont le vocabulaire se limitait à quatre syllabes : « Ga, Bu, Zo, Meu » ? Très vite interrompue en raison des événements parisiens, la série retrouvera son rythme quotidien en septembre de la même année, scindant, en deux camps, ce que la France comptait de téléspectateurs.
Une inspiration féconde
Le schisme fut tel que Jacques Martin, dans son émission Midi Magazine, organisa un référendum en demandant aux pro et aux anti-Shadoks de lui écrire. L’abondant courrier reçu donna alors lieu à une deuxième émission, visible à Strasbourg, dans laquelle Daniel Prévost et Jean Yanne se renvoient des extraits de lettres. « Massacre télévisuel flagrant », « apothéose de la crétinerie », « économie de somnifères », lance le premier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Le film de Steven Spielberg, sorti ce week-end aux Etats-Unis, a convaincu par son imagerie mais refroidi par son message.
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La presse jeu vidéo partagée sur le film « Ready Player One »

Le film de Steven Spielberg, sorti ce week-end aux Etats-Unis, a convaincu par son imagerie mais refroidi par son message.



Le Monde
 |    03.04.2018 à 13h25
    |

            William Audureau








                        



   


Nota bene : cet article aborde certains aspects de l’intrigue du film.
Il ne suffit pas d’aligner des références à Street Fighter, Megaman ou encore Overwatch pour séduire les joueurs, si l’on en croit les retours divisés de la presse jeu vidéo depuis la sortie de Ready Player One le 28 mars. Le dernier long-métrage en date de Steven Spielberg met en scène l’Oasis, un système ludique virtuel dans lequel s’échappent les habitants d’un monde dystopique, l’Ohio de 2048. Truffé de clins d’œil au jeu vidéo comme au septième art, le film est unanimement salué comme un excellent moment de divertissement, mais sa vision parcellaire et moraliste inquiète.
« Honnêtement, les images de synthèse étaient incroyables. Spielberg est fondamentalement un grand réalisateur, il sait faire un film », relève ainsi Gita Jackson, du site américain Kotaku. « Avec ses courses-poursuites explosives et ses fusillades dantesques, certaines scènes d’action de Ready Player One paraissent déjà inoubliables, et sont l’une des meilleures excuses que j’aie vues pour devenir dingue d’effets visuels, abonde Alanah Pierce, sur IGN. Il joue avec les échelles, le mouvement, la gravité et le temps de manière fluide ; Spielberg utilise à plein la créativité sans pareille que seuls permettent les films composés en grande partie d’animation. »
Jeuxvideo.com se désole quant à lui qu’en choisissant de condenser 600 pages du roman original en deux heures de film, Steven Spielberg ait éludé toute la dimension sociale de l’Oasis, pour n’en garder qu’une impressionnante machine à divertissement – et flatter le public joueur. Street Fighter, Overwatch, Halo, Mortal Kombat, Alien… On ne compte plus les innombrables références et clins d’œil disséminés dans le film, souvent de manière évidente, parfois moins. IGN est arrivé au chiffre de 138 références.
Un catalogue de placements produits
Côté pile, Ready Player One donne l’impression d’un long-métrage renseigné sur son sujet et généreux pour les amateurs de culture geek. « On peut bien critiquer des éléments de l’intrigue ou les motivations des personnages autant qu’on veut, mais au bout du compte, reconnaît Seung Park, community manager de Kotaku, j’ai littéralement bondi de joie de mon siège quand [le robot géant pilotable] Gundam a décollé pour affronter Mecha Godzilla au côté du Géant de fer ».
Côté face, il s’agit d’un catalogue sans fin de placements produits, qui ferait passer le moindre James Bond pour un modèle de pudeur en la matière, et donne l’impression d’un film qui tourne en boucle sur des références que Steven Spielberg a lui-même inspirées – à l’image de ce dinosaure de Jurassic Park en plein monde virtuel. « Dire que Ready Player One (…) est autoréférentiel serait un euphémisme. C’est un nœud de Mœbius qui met le cerveau à l’envers, une entité monodimensionnelle sans fin ni début, en permanence en train de se tordre sur lui-même », épingle Odi Welsh, sur le site anglais Eurogamer.
Ce dernier relève qu’au contraire d’un autre cinéaste célèbre pour sa culture de la citation, Quentin Tarantino, Steven Spielberg accumule les références sans vraiment chercher à les ingérer. IGN, dont la critique est pourtant l’une des plus enthousiastes, reconnaît ainsi que le film « tombe de temps en temps dans le ringard, comme avec ce personnage déclamant au premier degré “un fanboy sait reconnaître un hater” » – deux termes de la culture geek employés dans le film à mauvais escient.
Plusieurs médias relèvent d’ailleurs que derrière l’apparente flatterie de la culture geek, le film délivre finalement un message très conservateur, à l’image de sa dernière phrase, « la réalité est la seule chose qui soit réelle », éternelle critique de joueurs qui ignoreraient la nature imaginaire de leur loisir. Jeuxvidéo.com évoque un message « par moment grossier et assez naïf », « parfois cliché et peu subtil (on se serait bien passé de cette morale un brin condescendante) ». D’autant que le livre se conclut sur une phrase différente, moins moraliste : le héros, amoureux, constate juste que pour la première fois depuis longtemps il n’a pas envie de se reconnecter à l’Oasis. Polygon résume ainsi le long-métrage à « un excellent film gâché par un dernier dialogue catastrophique », « à la fois meilleur et pire qu’espéré ». 



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Chaque premier lundi du mois, le service Pixels du « Monde » offre ses recommandations en matière de culture geek. Au programme aujourd’hui, ces œuvres qui, à l’instar du film « Ready Player One », revisitent avec beaucoup de nostalgie l’imaginaire geek des années 1980.
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Article sélectionné dans La Matinale du 01/04/2018
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Huit films, séries, livres et jeux pour replonger dans les années 1980

Chaque premier lundi du mois, le service Pixels du « Monde » offre ses recommandations en matière de culture geek. Au programme aujourd’hui, ces œuvres qui, à l’instar du film « Ready Player One », revisitent avec beaucoup de nostalgie l’imaginaire geek des années 1980.



Le Monde
 |    02.04.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
02.04.2018 à 15h11
    |

            Corentin Lamy








                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Ready Player One, le film de Steven Spielberg adapté du roman éponyme et en salle depuis mercredi 28 mars, n’est pas qu’un film d’aventure : c’est aussi une collection de références et de clins d’œil à l’imaginaire geek et à la culture pop des années 1980, celle de Retour vers le futur et de Donkey Kong.
D’autres œuvres — films, séries, comics, jeux vidéo — ont, à leur façon, revisité cette décennie avec beaucoup de nostalgie.
Le film : « Turbo Kid »
C’est un peu le futur du passé, ou l’inverse, on ne sait plus. Situé dans un 1997 fantasmé et plongé dans un hiver nucléaire définitif, un gamin perdu adepte du fluo et de comics pop tente de s’affranchir d’un méchant borgne (Michael Ironside, Starship Troopers). Un film canadien indépendant et étrange, gore et réjouissant, sorte de Mad Max en vélo tout-terrain qui aurait percuté de plein fouet Bioman.
Disponible sur iTunes ou Google Play.

La série : « Dark »
Impossible, quand on aborde la question de la nostalgie et des années 1980, de ne pas mentionner Stranger Things. Mais « impossible » n’étant, paraît-il, pas français, c’est de Dark dont il sera ici question. Comme son homologue d’outre-Atlantique, cette série allemande fantastique nous parle d’enfants mystérieusement disparus, de passages étranges vers d’autres espace-temps et de lumières qui clignotent. Mais la réalisation plus sombre, les références moins caricaturales et un scénario autrement plus intéressant en font, aux yeux de certains, une alternative plus recommandable encore que Stranger Things.
Disponible sur Netflix.

Le jeu : « Retro City Rampage DX »
Si Ready Player One était un jeu, ce serait définitivement Retro City Rampage DX. Pas tellement pour son principe, mais plutôt pour sa volonté d’accumuler les clins d’œil à la pop culture rétro. Pas de chasse au trésor ici, pas plus que de mondes virtuels, mais plutôt une parodie tout en pixels des premiers Grand Theft Auto, avec sa ville à parcourir librement, ses courses-poursuites en voiture et ses échanges de coups de feu, ainsi que des kilos, des tonnes, de références rigolardes et appuyées à la pop culture, de Retour vers le futur aux Tortues Ninja.
Disponible sur PC, Switch, 3DS, PS4, Vita, iOS et Android.

   


Le clip : la vidéo promotionnelle des « Gardiens de la Galaxie Vol. 2 »
Quand il ne sauve pas la galaxie, Peter « Star-Lord » Quill est très occupé à écouter les plus grands tubes des années 1970 et 1980. Pour la sortie en Blu-ray du dernier volet de ses aventures, Marvel a rendu hommage à ses goûts rétro avec un clip délicieusement kitsch, dans lequel une star prestigieuse (dont on ne « divulgâchera » pas l’identité) fait une apparition remarquée.

Un jouet : THEC64 Mini
La Super Nintendo Mini ? Pas assez rétro ! La NES Mini ? En rupture de stock… Mais rassurez-vous, une alternative existe. Le THEC64 Mini est en effet une version miniature de l’antique Commodore 64, un pionnier de la micro-informatique sorti en 1982, qui se branche directement sur votre TV. Celle-ci embarque un joystick et 64 jeux. La plupart des « grosses » séries (Ultima, Pirates !, Maniac Mansion…) manquent à l’appel, mais quel joueur d’époque pourrait résister au charme suranné de jeux d’arcade comme Impossible Mission, California Games, Creatures, Monty on the Run ou, bien sûr, Boulder Dash ? Il est même possible, pour celles et ceux dont la mémoire est la moins rouillée, de convoquer ses notions de Basic et de s’essayer à la programmation.
Disponible dans les boutiques spécialisées à 80 €.

   


Le disque : « Leather Teeth », de Carpenter Brut
Elle est violente et sombre comme un film d’horreur des années 1980 : inspirée par la musique hard rock chevelue et le cinéma de John Carpenter, l’électro du Français Carpenter Brut a d’abord explosé aux oreilles des amateurs de jeux vidéo du monde entier (Hotline Miami 2, Fury) avant d’envahir les salles de concert. Mais comme les films dont elle s’inspire, son ambiance un peu glauque n’est pas à prendre au premier degré : elle dissimule d’ailleurs mal une véritable jubilation à récupérer, exploiter, déformer et sublimer ces sonorités furieusement eighties.
Leather Teeth, deuxième album de Carpenter Brut, disponible en streaming, mp3 et CD (prochainement en vinyle).

Le comics : « Paper Girls », de Brian K. Vaughan et Cliff Chiang
Au lendemain d’Halloween 1988, quatre adolescentes de l’Ohio, Mac, KJ, Tiffany et Erin, entament leur tournée de livraison de journaux. Rien que de très banal, jusqu’au moment où elles croisent un étrange groupe encapuchonné, et une mystérieuse machine qui semble venue de l’espace. Hommage aux Goonies, Paper Girls est l’œuvre pop et énergique, douce et nostalgique du scénariste Brian K. Vaughan et de Cliff Chiang, dessinateur remarqué pour son travail sur Wonder Woman.
Paper Girls, Brian K. Vaughan (scénario) et Cliff Chiang (dessin), Urban Comics, tome 1, 10 euros.

   


La vidéo YouTube : « Kung Fury », par David Sandberg
Pas tout neuf, Kung Fury : sorti il y a trois ans, ce court-métrage est peut-être même l’étincelle qui a mis le feu à la poudrière des jeux, films et séries au look rétro. Une déclaration d’amour à l’esthétique néon des années 1980, ou en tout cas, au souvenir qu’en avait David Sandberg, son réalisateur (et principal acteur) suédois. Une histoire totalement excessive de flic à Miami voyageant dans le temps et luttant, aux côtés d’une guerrière viking et à dos de T-Rex, contre un Adolf Hitler adepte du kung-fu. Rien que ça. Le court devrait connaître une suite : Michael Fassbender est déjà prévu au casting.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ De 2012 à 2017, le sociologue Stéphane Beaud a écouté une fratrie d’enfants d’immigrés maghrébins lui raconter trente ans de leur quotidien. Une rencontre passionnante.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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« La France des Belhoumi » : entendre l’intégration silencieuse

De 2012 à 2017, le sociologue Stéphane Beaud a écouté une fratrie d’enfants d’immigrés maghrébins lui raconter trente ans de leur quotidien. Une rencontre passionnante.



Le Monde
 |    01.04.2018 à 09h00
    |

            Maryline Baumard








                        



                                


                            
La France des Belhoumi. Portraits de famille (1977-2017), de Stéphane Beaud, La Découverte, « L’envers des faits », 352 p., 21 €.

Les Belhoumi sont « nés » le 12 juin 2012. Ce soir-là, une mission locale de Seine-Saint-Denis fête ses trente ans. Le sociologue Stéphane Beaud y prend la parole. Il raconte l’intégration silencieuse des descendants de l’immigration maghrébine, s’arrêtant sur ses heurts et ratés, que les missions locales (ces organismes qui accompagnent les jeunes de 16 à 25 ans sortis du système scolaire) connaissent bien.
Dans la salle de cinéma où se tiennent les débats, Samira écoute. Les statistiques que convoque l’universitaire la renvoient à des visages. Elle reconnaît l’histoire de Rachid et d’Azzedine, deux de ses frères. Un peu celles de Leïla et Amel, ses deux sœurs qui l’accompagnent ce soir-là. Et puis ça la ramène à sa propre histoire, aussi. Fille d’un père algérien arrivé en France en 1971, Samira a été infirmière avant de devenir cadre hospitalière. A la maison, elle a rempli le rôle que lui confère sa place d’aînée et elle continue à le faire, même installée à Paris. Alors qu’elle voit ses parents vieillir, et qu’elle-même est devenue mère, elle a envie que soient consignés par écrit l’exil paternel et la saga de sa famille.
« Samira a pressenti d’emblée le sens politique de la démarche »
Ce soir de juin, l’intervention de Stéphane Beaud sonne tellement juste, à ses oreilles et à celles de ses sœurs, que le trio s’autorise à apostropher le chercheur. Le courant passe bien et le sociologue est immédiatement persuadé que ces trois jeunes femmes peuvent être un terrain d’étude passionnant, que leur belle réussite de cadres de la fonction publique, qui raconte l’intégration silencieuse des descendants d’Algériens, ferait un bel article. Un pacte est scellé sur la terrasse du cinéma. Les « Belhoumi » – patronyme imaginé pour préserver l’anonymat de la famille...




                        

                        

