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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Figure de la nouvelle génération d’architectes nippons, Junya Ishigami s’est affranchi des codes traditionnels de la discipline. Il expose une vingtaine de ses maquettes à la Fondation Cartier.
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Junya Ishigami, architecte de la liberté


                      Figure de la nouvelle génération d’architectes nippons, Junya Ishigami s’est affranchi des codes traditionnels de la discipline. Il expose une vingtaine de ses maquettes à la Fondation Cartier.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 18h30
    |

                            Anne-Lise Carlo








   


L’architecte japonais fait disparaître les frontières entre environnement extérieur et espace intérieur. Ses projets sont exposés à la Fondation Cartier, à Paris.
Pourquoi avez-vous appelé l’exposition « Freeing Architecture » ?
Je voulais prouver l’étendue des possibles qui existent autour de la conception architecturale. D’où cette idée de titre, qui renvoie à une architecture (rendue) libre. Dans ce métier, il ne faut pas se laisser enfermer dans les conventions ni dans un style unique, ce qui arrive trop souvent. On classifie les architectes et, ce faisant, on les enferme. Nos idées doivent d’abord venir des problématiques auxquelles nous sommes confrontés.
Comment avez-vous choisi les vingt projets, réalisés, en cours ou futurs, exposés à La Fondation Cartier ?
Chaque projet montre que l’architecture ne peut plus se contenter de s’adapter à l’homme et à ses usages. Qu’elle doit aussi prendre en compte son environnement proche et celui de la planète entière, ce qui doit décupler nos réponses. Ainsi, j’ai déplacé une forêt entière au Japon pour la sauver. J’y ai reconstruit un paysage onirique entre arbres et étangs. A Moscou, j’ai creusé sous terre l’extension d’un musée pour magnifier ses fondations.

   


Vos constructions sont présentées sous la forme de grandes maquettes : Est-ce votre processus de réflexion habituel ?
Réaliser des maquettes est un point fondamental de mon travail. Je peux en fabriquer des dizaines pour un seul projet. Cette phase de test permet de passer du stade d’une idée à la naissance d’un projet. On entrevoit alors sa faisabilité. A la Fondation Cartier, une des maquettes mesure six mètres de haut. Elle représente une chapelle en Chine dont l’entrée fait en réalité quarante-cinq mètres de haut. Pour l’exposition, nous avons fait appel à un maquettiste, mais d’habitude nous fabriquons tout nous-mêmes au sein du studio, très souvent à la main.
Quand on observe la maquette de l’Institut de technologie de Kanagawa, construit en 2008, on se dit que ce bâtiment à l’apparente fragilité défie les règles de l’architecture…
Pour certains architectes, les matériaux aident juste à soutenir la structure extérieure d’une construction. Je pense pour ma part qu’ils peuvent faire corps avec le bâtiment. J’aime les frontières spatiales ambiguës, qui ne sont pas définies par des murs.
« Nous restons influencés par la culture traditionnelle japonaise. Et, à ce titre, la simplicité nous caractérise toujours. »
A Kanagawa, c’est l’image d’une forêt qui m’a guidé pour disséminer les 305 fines colonnes qui supportent le toit. A l’inverse, dans le parc de Vijversburg aux Pays-Bas, j’ai construit une structure en verre transparent dont la seule courbure soutient le toit. Celle-ci se fond dans le paysage car il n’y a plus de frontières matérielles apparentes.
Poésie, finesse et vulnérabilité sont des termes souvent associés à votre architecture, Vous conviennent-ils ?
Certaines fois seulement. J’aime aussi travailler des matériaux lourds et massifs. C’est le cas en ce moment pour une résidence de vacances à Dali (Chine) en cours de construction. Nous avons utilisé de grosses roches mégalithiques de la région pour porter un gigantesque toit de 300 mètres de long et faire ainsi entrer le paysage naturel au sein même de la résidence. C’est aussi une manière de capturer la mémoire d’une nature toujours en mouvement.
La France aime l’architecture japonaise : Sou Fujimoto, par exemple, y multiplie les projets, une tour de logements à Montpellier, un bâtiment sur le campus de Paris-Saclay… Qu’est-ce qui fait la particularité de votre génération ?

   


Nous restons influencés par la culture traditionnelle japonaise. Et, à ce titre, la simplicité nous caractérise toujours. Néanmoins, si j’ai le sentiment que notre génération est très influencée par la nature et par l’enfance, aucune tendance architecturale particulière ne nous définit à ce jour.

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                Les créations de Junya Ishigami, en apesanteur à Bordeaux



« Freeing architecture », de Junya Ishigami, Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261, bd Raspail, Paris 14e. Jusqu’au 10 juin. www.fondationcartier.com



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ La chorégraphe, qui campait l’incontrôlable Zabou dans le film « Timbuktu », d’Abderrahmane Sissako, participera au débat sur le genre, lors de la troisième édition des Voix d’Orléans.
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D’Haïti au Mali, la danse transgressive de Kettly Noël

La chorégraphe, qui campait l’incontrôlable Zabou dans le film « Timbuktu », d’Abderrahmane Sissako, participera au débat sur le genre, lors de la troisième édition des Voix d’Orléans.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 18h30
    |

            Pierre Lepidi








                        



   


Portrait. Zabou fait sourire, mais elle peut aussi inspirer la peur. Il y a en elle un subtil mélange de fragilité, d’inconscience, de force et de courage. Dans Timbuktu, le chef-d’œuvre du cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako, qui a obtenu sept Césars en 2015, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur, Kettly Noël interprète le rôle de Zabou, une petite femme mystérieuse au regard inquiétant et aux cheveux hirsutes. Comme elle est un peu disjonctée, on la laisse transgresser tous les interdits dictés par la charia. Alors elle fume, elle chante, se maquille, danse… Sorte de poétesse vaudoue, elle insulte même les djihadistes qui règnent sur Tombouctou, au centre du Mali, sans provoquer leur haine. « Connards ! » est le premier mot qu’elle prononce dans le film, et c’est en les regardant dans les yeux.

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Kettly Noël est une actrice et une chorégraphe qui sera présente à la 3e édition des Voix d’Orléans, vendredi 6 avril, où elle participera au débat sur « le progrès du genre ». La danseuse est une énergie brute, une force vivante. Mais derrière ce caractère insoumis apparaît aussi une grande sensibilité. « Comme Zabou, Kettly est une femme de défi qui ne se laisse pas enfermer, assure Abderrahmane Sissako. Elle est libre, mais fissurée. C’est un cri. »
Attirance magnétique pour le Mali
Kettly Noël est née en Haïti il y a cinquante-deux ans. Elle a grandi sur ce « bout d’Afrique » des Caraïbes, la première République noire libre de l’Histoire. C’était en 1804, et c’est toujours une fierté dans ce pays où la population d’ascendance vient très largement des côtes africaines, et notamment de l’ancien port négrier de Ouidah, au Bénin (ex-Dahomey). A fond de cale, les anciens esclaves ont été déportés avec leur culture, leurs rites vaudous et évidemment leurs danses.
Le lien est fort avec l’Afrique. « Que ce soit au carnaval, pendant la fête de l’indépendance ou lors de divers événements sportifs ou religieux, j’ai toujours dansé, se souvient l’actrice. La danse est en moi. » La volcanique Kettly Noël est une touche-à-tout, véritable boulimique d’échanges et de rencontres. Elle débarque à Paris au début des années 1990 et papillonne entre la musique, la danse et le théâtre. Elle lit beaucoup et se découvre grâce à Amkoullel, l’enfant peul, d’Amadou Hampâté Bâ (Babel, 1992), une attirance magnétique pour le Mali. A la Maison des cultures du monde, elle présente en 1995 Nanlakou, une première pièce chorégraphique où elle interroge ses racines haïtiennes. Elle se fond dans les rythmes. Quelques mois plus tard, elle croise Angélique Kidjo et, entre l’Haïtienne et la Béninoise, la danseuse et la chanteuse, les liens deviennent naturels et spontanés. Kettly Noël fera la chorégraphie du clip d’Agolo, un tube de la diva africaine.
« Une danse qui peut être proche de la transe et qui est liée à ses racines haïtiennes. C’est très expulsif, parfois chaotique »
« Il était écrit que j’allais découvrir l’Afrique en commençant par vivre au Bénin », raconte la danseuse. A Cotonou, où elle suit son mari qui a été muté, Kettly Noël est à l’origine d’un travail de formation à la danse avec des jeunes issus des quartiers de la capitale économique. Sur place, tout ressemble à Haïti. « Mais quatre ans plus tard, c’est le Mali qui m’appelle, se souvient Kettly Noël. Je suis ma route. » Toujours en famille, elle ne s’installe pas à Tombouctou mais à Bamako, où elle crée une structure de danse, Donko Seko, et un festival Dense Bamako Danse, qui rassemble plusieurs compagnies d’Afrique de l’Ouest chaque année. Elle encadre aussi un groupe d’enfants des rues et parvient à réinsérer certains gamins. A tous, elle redonne l’envie d’y croire, de se battre, de vivre. Avec l’acharnement d’une Zabou, elle porte ses projets à bout de bras.
Coq sur l’épaule
Sa carrière de danseuse décolle en 2002. Avec le spectacle Tichèlbè, qui traite de la condition féminine, Kettly Noël devient lauréate des Rencontres chorégraphiques d’Afrique et d’océan Indien à Madagascar avant de gagner l’année suivante le prix RFI Danse. « Kettly est une bête de scène, assure Sophie Renaud, directrice de l’Institut français de Tunisie, qui a suivi l’ascension de la danseuse lorsqu’elle dirigeait le programme Afrique en créations. Elle dégage une force qui mêle une puissance animale et une fragilité incroyable… Elle a une danse qui peut être proche de la transe et qui est liée à ses racines haïtiennes. C’est très expulsif, parfois chaotique. » En 2004, Kettly Noël crée Errance, un solo interprété dans un décor glacial. Trois ans plus tard, elle propose Correspondances, un duo avec la Sud-Africaine Nelisiwe Xaba.

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Kettly Noël vit aujourd’hui entre Paris, Bamako et Port-au-Prince. « Elle fait partie de ceux ou celles qui ont dépassé le concept de frontière et de drapeau, assure Abderrahmane Sissako. Pour elle, les distances n’existent pas. Kettly faisait parfois deux jours de voiture pour se rendre sur le tournage du film à Oualata [dans le sud-est de la Mauritanie]. Elle est généreuse, partante pour tout. » Zabou existe, et elle est pareille. Originaire d’un petit village malien où elle a été mariée à l’âge de 13 ans, Zeynaba Arounhenna Maïga (alias Zabou) a été danseuse au Crazy Horse, et a fréquenté le gratin parisien dans les années 1970. Après une vie cabossée, elle est rentrée au Mali, ruinée et traumatisée. En 2012, lorsque sa ville de Gao est tombée sous la coupe des islamistes d’Ansar Eddine, puis du Mujao, Zabou a continué à vivre sa vie, protégée par son grain de folie.
Elle arpenterait encore les rues poussiéreuses de sa ville avec des airs de femme du monde et un coq sur l’épaule. « Même s’il a fallu adapter le personnage en y ajoutant une touche haïtienne dans le film, nous avons de nombreux points communs, assure Kettly Noël. Zabou est un ovni, un brin mythomane, et on me considère parfois comme ça. Mais aurais-je eu son courage pour résister aux djihadistes comme elle l’a fait ? Elle a tout de même un sacré culot. »



                            


                        

                        


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« Everybody Knows » ouvrira le Festival de Cannes

Le thriller psychologique de l’Iranien Ashgar Fahradi briguera également la Palme d’or.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 17h14
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 17h57
   





                        



   


Everybody Knows, de l’Iranien Ashgar Fahradi, avec Penélope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darin, ouvrira le 71e Festival de Cannes, le 8 mai, et sera également en compétition pour la Palme d’or.

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A noter, le film, tourné en espagnol, fait figure d’exception parmi les longs-métrages qui ont ouvert le Festival. « Il faut remonter à 2004 et au long-métrage La Mauvaise Education, de Pedro Almodóvar, pour que le film d’ouverture ne soit ni en langue anglaise ou ni en français », soulignent les organisateurs dans leur communiqué.
Ce n’est en revanche pas la première fois qu’un long-métrage fera office de film d’ouverture tout en briguant la distinction suprême cannoise. Moonrise Kingdom, de l’Américain Wes Anderson (2012), Blindness, du Brésilien Fernando Mereilles (2008), My Blueberry Nights, du cinéaste hongkongais Wong Kar-wai (2007), Moulin Rouge de l’Australien Baz Luhrmann (2001) ou Basic Instinct, du Néerlandais Paul Verhoeven (1992), connurent pareil sort.
Un thriller psychologique au casting déjà très primé
Décrit comme un « thriller psychologique » par le Festival, Everybody Knows suit Laura, incarnée par Penélope Cruz, qui vit avec son mari et leurs enfants à Buenos Aires. « A l’occasion d’une fête de famille, elle revient dans son village natal, en Espagne, avec ses enfants. Un événement inattendu va bouleverser le cours de leur existence. La famille, ses secrets, ses liens, ses traditions et les choix moraux qu’ils imposent sont, comme chacun des scénarios du cinéaste, au cœur de l’intrigue », ajoute le communiqué.
Ce sera en effet le huitième long-métrage d’Asghar Farhadi, un habitué du Festival. Le cinéaste iranien, scénariste reconnu et spécialiste d’un cinéma réaliste dans sa mise en scène, a remporté le prix du scénario pour Le client (2016), qui a également valu à l’acteur Shahab Hosseini le prix d’interprétation masculine. Et en 2013, Bérénice Bejo décrocha le prix d’interprétation féminine pour Le Passé.
Le casting d’Everybody knows connaît bien, lui aussi, les ors de Cannes : Penélope Cruz y a remporté un prix d’interprétation féminine collectif, partagé avec Carmen Maura, Yohan Cobo, Lola Dueñas, Blanca Portillo et Chus Lampreave pour Volver, de Pedro Almodovar, en 2006.
Javier Bardem fut lui aussi distingué en 2010 du prix d’interprétation masculine pour Biutiful, d’Alejandro Gonzalez Iñarritu.
La cérémonie d’ouverture du 71e Festival de Cannes aura lieu le 8 mai et sera suivie de la projection d’Everybody Knows en avant-première. Il sera projeté simultanément dans de nombreuses salles de France, avant sa sortie officielle, le lendemain.

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Malgré ses défauts, le film de Daniel Roby, ludique et minimal, parvient à soutenir longtemps l’intérêt du spectateur.
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« Dans la brume » : Romain Duris dans un Paris d’apocalypse

Malgré ses défauts, le film de Daniel Roby, ludique et minimal, parvient à soutenir longtemps l’intérêt du spectateur.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 16h12
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Désormais séparés, Mathieu (Romain Duris) et Anna (Olga Kurylenko) ont une fille, Sarah (Fantine Harduin), atteinte d’une anomalie génétique qui l’oblige à ne jamais quitter l’environnement stérilisé de sa chambre-capsule. Lorsqu’une étrange brume engloutit Paris, asphyxiant une grande partie de la population, les ex-conjoints se réfugient chez un couple de vieillards habitant au dernier étage de l’immeuble, là où l’air est encore respirable. Mais le brouillard gagne de plus en plus de terrain et la capsule de leur fille, ensevelie dans la brume, doit être sans cesse réalimentée.
Etonnant récit dystopique prenant place en plein cœur de Paris, Dans la brume parvient à nous tenir en haleine par l’étrangeté qui le contamine peu à peu. Le film semble jouer avec une situation familière du cinéma français (Romain Duris arpentant Paris une énième fois) pour la faire progressivement basculer dans un film d’apocalypse à la fois ludique et minimal où la ville est moins filmée que suggérée à partir d’une topographie extrêmement réduite : les toits parisiens, quelques rues, des appartements entièrement construits en studio, et une brume tenace qui transforme la capitale en décor abstrait et angoissant.
Grosses ficelles scénaristiques
Peut-être fallait-il un cinéaste québécois pour accomplir cet étrange pas de côté en réalisant un film que l’on aurait du mal à placer sur la carte du cinéma français et qui, pour cette raison, et, malgré ses défauts, parvient à soutenir longtemps notre intérêt. Mais si le charme opère, Dans la brume a pourtant du mal à retomber sur ses pieds : la faute à un récit qui, à force de se dépouiller de tout élément encombrant, finit par ne plus avoir grand-chose sous la main pour entamer son dénouement. Une métaphore bancale viendra finalement à la rescousse d’une narration un peu lacunaire. En bout de course, cet épais brouillard peine à masquer quelques grosses ficelles scénaristiques.

Film français et québécois de Daniel Roby. Avec Romain Duris, Olga Kurylenko, Fantine Harduin (1 h 29). Sur le Web : www.marsfilms.com/film/dans-la-brume



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Après quarante ans à écumer les prisons pour interroger et filmer plus de soixante-dix tueurs en série, il est devenu en France l’un des meilleurs spécialistes. Dans son nouveau livre, il révèle le journal intime de Mark Twitchell, sorte de « Dexter » canadien.
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Stéphane Bourgoin : « Le premier crime d’un serial killer reste toujours un mystère »

Après quarante ans à écumer les prisons pour interroger et filmer plus de soixante-dix tueurs en série, il est devenu en France l’un des meilleurs spécialistes. Dans son nouveau livre, il révèle le journal intime de Mark Twitchell, sorte de « Dexter » canadien.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 15h55
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 16h21
    |

                            Martine Delahaye








                        



   


Il va de plateaux de télévision en colloques, de sessions de formation dispensées à l’Ecole nationale de la magistrature à des interventions auprès de psychiatres ou de commissaires de police, ce qui ne l’empêche pas de continuer à interroger des criminels récidivistes un peu partout dans le monde. Dès qu’il s’agit de crimes et de faits divers sanglants, Stéphane Bourgoin est appelé à témoigner de son savoir acquis auprès de plus de soixante-dix « serials killers » (surtout américains) qu’il a interrogés et filmés depuis presque quarante ans. Auteur d’une cinquantaine de livres et de documentaires sur le sujet, Stéphane Bourgoin vient de publier L’Homme qui rêvait d’être Dexter – Les Terrifiantes confessions du réalisateur d’un « Star Wars » devenu serial killer (Ring).
Contrairement à ce que montre la série Mindhunter, créée à partir des écrits de l’agent John Douglas, le terme de « serial killer » n’aurait pas été imaginé au sein du FBI vers la fin des années 1970 ?
Comme beaucoup, j’ai longtemps cru que le terme avait été inventé par un agent du FBI ; ils ont d’ailleurs été plusieurs à s’en disputer la paternité. En fait, on trouve cette référence, déjà, dans la bouche du directeur de la police criminelle à Berlin, Ernst Gennat, qui a travaillé dans les années 1930 sur le cas du « vampire de Düsseldorf », Peter Kürten.
Ernst Gennat emploie pour la première fois la dénomination de « serial murderer » en 1932, lors d’un entretien qu’il accorde à un journal, entretien publié par un psychiatre allemand, Karl Berg, lequel avait longuement interrogé Peter Kürten. Il faisait alors référence à ce que l’on appelle aujourd’hui un « tueur en série ». Cela dit, ce sont les agents du FBI qui ont inscrit ce terme dans le marbre dans les années 1980. Alors qu’auparavant, on qualifiait ce type de personnage de « mass murderer » ou de « tueur fou ».
La définition de « tueur en série » communément admise vaut pour quelqu’un qui a commis au moins trois meurtres, espacés dans le temps. Vous y ajoutez « un mobile d’ordre psychologique ». Pourquoi ?
Cela permet de différencier ce type de criminels de tueurs professionnels comme les tueurs à gage, par exemple. Les tueurs en série sont presque tous des psychopathes, des gens qui ont des troubles du comportement (perversion, sadisme, nécrophilie, etc.), mais qui ne souffrent pas de maladie mentale. Toute société compte en son sein 2 % à 3 % de personnes qui ont des troubles de psychopathie : ils sont menteurs, manipulateurs, ne s’intéressent qu’à eux. Ils ont tout à fait conscience de leurs actes mais s’en moquent totalement. Pour eux, les victimes sont des objets destinés à assouvir leurs pulsions. 

Selon vous, ils font même « le choix » de devenir tueurs en série…
Oui, parce qu’on ne naît pas tueur en série. On le devient. Ces criminels franchissent en effet un certain nombre de paliers. Lorsqu’on examine le parcours des tueurs en série (Emile Louis, Guy George, Patrice Allègre, Jacques Rançon, etc.), ils ont tous un parcours dans la délinquance dite ordinaire avant de passer aux crimes les plus graves. Ils continuent d’ailleurs à commettre des actes de délinquance tout en étant des tueurs en série.
Avant de commettre sa première agression sexuelle, vers quinze ans, Jacques Rançon, dit le « tueur de la gare de Perpignan », dont le procès vient de se terminer, a déjà volé quarante-huit véhicules. Même chose pour Patrice Alègre : il est dans le trafic de stupéfiant, des cambriolages, des vols à caractère fétichiste, devient le bras armé d’un proxénète à Toulouse, videur de boîte de nuit et dealer, avant de devenir tueur en série.
Ils auraient pu ne pas devenir tueur en série…
Tout à fait ! C’est une volonté délibérée chez eux. Ils sont souvent mus par un fantasme, qui peut être une haine vis-à-vis des femmes, de leur mère, de la société, etc. Il est vrai que leur premier crime reste toujours un mystère. Ils se trouvent confrontés, cette fois-là, à une situation où ils sont en capacité d’incarner leurs fantasmes dans la vie réelle. Puis ils se rendent compte que ça leur plaît, d’où leur envie de réitérer leurs actes.
Donald Harvey, « l’infirmier de la mort » américain qui a assassiné 87 personnes m’a dit, textuellement : « Lorsque je tue, pour la première fois de mon existence je ne suis plus une victime. C’est moi qui décide de la mort de telle ou telle personne, je deviens en quelque sorte l’égal de Dieu. »
Vos entretiens avec des « serial killers » vous ont-ils montré, comme l’indique l’expert psychiatre Daniel Zagury, que ces criminels ont subi des carences ou des déficiences graves dans leur toute petite enfance ?
Oui, je suis totalement en accord avec Daniel Zagury. On découvre presque toujours des familles dysfonctionnelles, des problèmes d’alcool et/ou de drogue au sein de la cellule familiale, d’abandon parental, une absence récurrente de la figure paternelle, des abus physiques, psychologiques ou sexuels. Mais comme Daniel Zagury, j’insiste aussi sur le fait que des milliers d’enfants maltraités ou abusés ne choisissent pas de devenir des délinquants, et encore moins des tueurs en série.

Les estimez-vous plus intelligents que la moyenne ?
Il s’agit d’une image véhiculée par la fiction, le plus souvent : quelqu’un d’omniscient, de manipulateur, qui calcule les choses à l’avance tel un joueur d’échec. C’est vrai d’un Ed Kemper, comme on le voit dans la série Mindhunter (on lui a trouvé un quotient intellectuel supérieur à celui d’Einstein), ou d’un Mark Twitchell, comme on s’en aperçoit au travers de son journal personnel, que je publie dans mon livre L’Homme qui rêvait d’être Dexter, mais j’en ai rencontré beaucoup de frustes.
S’ils peuvent parfois donner l’impression d’être plus intelligents que la moyenne, c’est qu’ils ont eu affaire à la police et la justice quasiment depuis leur adolescence, qu’ils savent donc comment les enquêtes sont menées, et savent user de ruse et d’intelligence vouée au mal en raison de cette longue expérience dans la délinquance. En anglais, sans qu’on ait un équivalent en français, on les qualifie à raison de « street wise », de « street smart ».
Peuvent-ils toujours expliquer ce qu’ils ont fait, ou est-ce souvent un point aveugle dont ils ne peuvent rien dire ?
Mon but, en restant de longues heures avec eux, c’est d’arriver, petit à petit, à ouvrir la porte de communication, de façon que je devienne leur confident, voire une forme d’« ami ». Or la plupart du temps, ils ont un souvenir très précis des actes qu’ils ont commis, et même de l’état dans lequel ils se sentaient.
Seuls deux ou trois, sur les soixante-dix-sept que j’ai rencontrés, n’ont rien pu me dire. En général, ils sont tout à fait capables d’une forme d’auto-analyse. Quelquefois ils l’expriment de manière très crue, parfois de façon très sophistiquée comme un Ed Kemper. Cela dit, il faut toujours se rappeler que l’on a affaire à des psychopathes, menteurs invétérés et manipulateurs.
Ed Kemper a pu passer plus de dix heures à m’évoquer un seul de ses crimes. Et cela vingt ans après les faits… J’ai mené plus de 300 heures d’entretien avec lui – vous en trouverez des extraits sur Youtube. Il est un peu un cas à part dans la profondeur de l’auto-analyse, même s’il me ment à de nombreuses reprises.
A l’opposé, certains peuvent se montrer incapables de s’exprimer par la parole. C’est le cas de Jacques Rançon, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, le 26 mars. Je ne l’ai pas rencontré, mais au vu des procès-verbaux de ses interrogatoires et des images de reconstitution de ses crimes, on s’aperçoit qu’il est très à l’aise, lors des reconstitutions : il décrit tous ses gestes dans les moindres détails (notamment comment il découpe ses victimes à la lueur du clair de lune), alors qu’il a paru tétanisé et quasi muet lorsqu’on le questionnait pendant les trois semaines de son procès à Perpignan.

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Etes-vous sollicité, comme conseiller, en France, pour des fictions traitant de tueurs en série ?
J’ai surtout initié, dès les années 1990, les premières émissions de télévision, documentaires ou reportages, sur les tueurs en série. De nombreux clins d’œil ont été faits à mon travail dans des fictions, ne serait-ce que dans la série La Mante de TF1, achetée par Netflix, mais sans que je participe au scénario.
Récemment, j’ai signé un contrat pour écrire, avec Jérôme Camut et Nathalie Hug, une série de fiction pour la télévision, sans doute anglo-saxonne, qui s’appellerait Serial Hunter. Si ce projet aboutit, il s’agira de la confrontation entre un enquêteur, un peu à l’image de ce que je fais, avec des tueurs en série qui aideront à l’enquête.
J’ai aussi rencontré la réalisatrice Josée Dayan qui aimerait tourner un téléfilm autour mon travail. Et d’ici à un an, je devrais de nouveau partir interroger d’autres tueurs en série à travers le monde, pour une nouvelle série documentaire.
J’ai aussi commencé à écrire un thriller, fiction, pour les éditions Grasset, et je prépare un livre sur les techniques de « profiling », d’analyse comportementale, pour lequel j’ai interrogé un grand nombre de spécialistes, policiers ou gendarmes, psy ou agents du FBI, depuis l’Amérique du sud jusqu’en Russie.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Dans son nouveau livre, Stéphane Bourgoin publie le stupéfiant journal intime de ce tueur en série canadien dans lequel il consignait ses fantasmes, ses réflexions et ses crimes.
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Mark Twitchell, un serial killer à la « Dexter »

Dans son nouveau livre, Stéphane Bourgoin publie le stupéfiant journal intime de ce tueur en série canadien dans lequel il consignait ses fantasmes, ses réflexions et ses crimes.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 15h51
    |

                            Martine Delahaye








                        



   


Il dédicace son livre d’un « Avec mes amitiés les plus “sanglantes” ». Stéphane Bourgoin, qui a interrogé et filmé en prison plus de soixante-dix tueurs en série à ce jour, publie chez Ring, L’Homme qui rêvait d’être Dexter. Sous-titre : Les terribles confessions du réalisateur d’un « Star Wars » devenu serial killer.
L’ouvrage révèle notamment le stupéfiant journal intime, jusqu’ici inédit, dans lequel un serial killer canadien, Mark Twitchell, a rapporté ses fantasmes, sa vie quotidienne, ses réflexions et décrit ses crimes dans le détail. Ce dernier avait créé son compte Facebook au nom de « Dexter Morgan », anti-héros de la série télévisée américaine Dexter (2006-2013). Condamné à la prison à vie en 2011, Mark Twitchell purge sa peine au pénitencier de la Saskatchewan (Canada).
Alors que le Dexter Morgan sériel était un expert en médecine légale le jour et tueur en série la nuit – éliminant des criminels que la justice n’avait pu mettre en cause –, Mark Twitchell se voulait réalisateur de grands films à succès le jour et tueur en série la nuit. Un désir qui l’avait conduit à tourner, en 2007, un ersatz de « Star Wars » : film de fan dont il avait coécrit le scénario – et dont il n’aura d’ailleurs jamais le temps de terminer le montage.
Cinéaste de jour, tueur la nuit
C’est ainsi que commence à prendre forme, en 2008, sa double activité. Entre août et septembre 2008, ayant « un mois à tuer », Twitchell part à la recherche d’un acteur pour tourner « un court-métrage thriller avec le titre de House of Cards », explique-t-il à des amis. Le scénario ? « L’histoire d’un serial killer qui prend son pied à assassiner des personnes qui ont quelque chose à se reprocher. » Il s’agira d’interpréter « un sociopathe inquiétant, calme, froid et tranquille ». Plus précisément, un tueur en série « à la Dexter » qui attirera des inconnus dans un garage isolé et tapissé de bâches en plastique afin de les assassiner et de les démembrer pour mieux s’en débarrasser. Deux semaines après avoir tourné son thriller, le réalisateur passe à l’acte, reproduisant à l’identique les agissements de son « héros ».
Dans le même temps, Twitchell rédige sur son ordinateur deux textes – « Profile of a Psychopath » (sept pages) et « SKConfessions » (quarante-deux pages) – que les enquêteurs ont confié à Stéphane Bourgoin. Le premier texte est une auto-analyse : « Ceci n’est pas un diagnostic clinique, l’étude d’un cas ou une analyse en profondeur, indique-t-il en préambule. C’est pour moi un moyen virtuel de ce que je pense être une évaluation pour mieux me comprendre. » Le second texte, tout aussi clair dans ses intentions et rédigé comme un scénario, commence ainsi : « Mon récit est basé sur des faits réels. (…) Ceci est l’histoire de ma progression pour devenir un serial killer. Comme tout le monde qui s’embarque dans un nouveau domaine, j’ai connu quelques mésaventures et commis quelques erreurs à mes débuts. Laissez-moi vous raconter comment j’ai commencé, et je pense que vous comprendrez ce que je cherche à vous expliquer. » 
Aujourd’hui, Mark Twitchell cherche à récupérer les droits de ses films, pour finir de les monter dans l’espoir de les rendre publics. Et « sévit » sur Internet où, par un intermédiaire, il a fait passer une petite annonce afin de trouver une compagne. Des réponses lui sont d’ores et déjà parvenues.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Inspirée par le mouvement Black Lives Matter et les textes de Tupac, Angie Thomas raconte dans son best-seller comment une jeune femme noire assiste à la mort d’un ami abattu par un policier.
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Dans « The Hate U Give », le racisme et les violences policières racontés aux adolescents

Inspirée par le mouvement Black Lives Matter et les textes de Tupac, Angie Thomas raconte dans son best-seller comment une jeune femme noire assiste à la mort d’un ami abattu par un policier.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 14h57
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 15h35
    |

            Pauline Croquet








                        



   


« L’année de mes 12 ans mes parents ont eu deux conversations avec moi. La première, c’était sur les choux et les roses […] La deuxième conversation, c’était pour m’expliquer quoi faire si un flic me contrôlait. Ça a énervé maman qui a dit à papa que j’étais trop jeune pour ça. Il a répondu qu’il n’y avait pas d’âge pour être arrêté ou se faire descendre. » Ces quelques phrases lâchées dès le premier chapitre par Starr, l’héroïne, peuvent résumer le roman américain The Hate U Give, paru jeudi 5 avril en France chez Nathan.
Ce premier roman d’Angie Thomas, écrivaine trentenaire originaire du Mississipi, est raconté du point de vue d’une jeune femme noire de 16 ans qui assiste à la mort de son meilleur ami lors d’un contrôle de police. Starr, déjà écartelée entre sa vie dans un quartier pauvre gangrené par les gangs et sa scolarité dans un lycée de banlieue chic, va apprendre à relever la tête et se battre pour que justice soit rendue à son ami abattu alors qu’il était désarmé.
Publié voilà un peu plus d’un an aux Etats-Unis, l’ouvrage a été inspiré par le mouvement Black Lives Matter, qui, à travers l’Amérique, rassemble des militants afro-américains depuis 2013 pour dénoncer les violences policières et le racisme systémique contre les noirs. Edité dans une vingtaine de pays et en cours d’adaptation à Hollywood, le livre a été largement salué par la critique et occupe toujours le top 3 du prestigieux classement des best-sellers du New York Times dans la catégorie Young Adult, qui désigne la littérature adolescente.
Exprimer la frustration

   


Angie Thomas n’envisageait d’ailleurs pas d’écrire un roman pour les adultes, bien que son texte soit universel : « Je pense que les livres pour adultes sont ennuyeux. Je trouve que les adolescents sont plus ouverts d’esprit et je sentais que je pourrais créer plus d’empathie chez eux », explique-t-elle lors d’une conférence à la bibliothèque du Congrès, à Washington. Mais aussi parce que les adolescents sont directement concernés par les brutalités policières aux Etats-Unis : « Ce sont généralement des jeunes gens, des Noirs désarmés qui perdent la vie. » Elle égrène régulièrement lors des conférences les noms et l’âge de certaines victimes :
« Trayvon Martin avait 17 ans, Mike Brown 18, Tamir Rice en avait 12. Et beaucoup de très jeunes gens sont affectés par ces morts, ce sont même probablement les plus affectés parce qu’ils s’identifient. »
C’est toutefois à l’université qu’Angie Thomas commence à écrire The Hate U Give, sous la forme d’une nouvelle, en réaction à l’affaire Oscar Grant, abattu par la police à Oakland, en Californie, en 2009 : « Je voulais trouver un moyen d’exprimer ma frustration, ma colère et en même temps trouver un moyen de me redonner espoir. Je voulais aussi montrer l’aspect humain de tous ces cas », explique-t-elle à la chaîne YouTube Epic Reads. « A l’école, les gens parlaient de ce qu’[Oscar] avait fait, qu’il avait peut-être mérité, qu’il avait tort. [Ces victimes] sont parfois jugées pour leur propre mort », détaille l’autrice au Guardian. En 2015, la multiplication des victimes et l’intensification des protestations convainquent Angie Thomas de revenir sur cette nouvelle.

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Née en 1988 dans le secteur de Georgetown à Jackson Mississipi, l’un des quartiers les plus pauvres des Etats-Unis, l’écrivaine a aussi insufflé un ressenti et un vécu personnel dans le récit. « Quand j’avais 6 ans, j’étais au parc, et deux trafiquants de drogue ont décidé de recréer le Far West en déclenchant une fusillade », a-t-elle raconté lors d’une conférence à Austin (Texas) l’été dernier. « J’ai échappé en courant aux tirs croisés, et, peu après, ma mère m’a emmenée à la bibliothèque, parce qu’elle voulait que je voie qu’il y avait plus dans le monde que ce que j’ai vu ce jour-là. » Angie Thomas a également tenu à partager beaucoup de passions avec son héroïne Starr, faisant ainsi de nombreuses mentions à Harry Potter, au Prince de Bel Air, au groupe de R’n’B féminin TLC et à sa collection de paires de baskets.
Des roses dans le béton
Tel un classique pour adolescents, The Hate U Give, parfois abrégé T.H.U.G, est un écrit initiatique. Angie Thomas montre comment Starr finit par trouver sa voie et aiguiser son engagement politique. Elle part pour cela de sa constante colère mais aussi du sentiment qu’éprouve l’héroïne à ne pas trouver naturellement sa place dans la société. En faisant la navette entre son quartier pauvre et noir et un monde blanc privilégié à l’école, la jeune fille doit changer constamment de code, de façon de parler pour ne pas se voir coller l’étiquette de la fille du ghetto ou de la femme noire en colère. « Je pense que beaucoup d’Afro-Américains peuvent comprendre et ressentir cela », dit-elle. Angie Thomas a été la première étudiante noire à se diplômer en écriture créative à la Jackson’s Belhaven University.
Mais c’est avant tout Tupac Shakur, son rappeur préféré, que l’écrivaine cite comme « énorme référence ». Le titre du livre reprend Thug Life, nom de son groupe formé en 1993 et célèbre tatouage qui barrait les abdominaux de l’artiste tué dans une fusillade en 1996. Si l’expression se traduit littéralement par « vie de voyou », elle représentait pour Tupac, fils de militante Black Panther, un acronyme et les prémices d’un code de vie : The Hate U Give Little Infants Fuck Everyone, traduit dans le livre par : « Ce que la société nous fait subir quand on est gamins lui pète ensuite à la gueule ».

« J’ai essayé de faire de Starr, Seven et tous les enfants du livre des roses dans le béton », explique Angie Thomas, filant la métaphore du poème de Tupac The Rose that Grew from Concrete pour expliquer à ses lecteurs que venir de basse extraction « ne doit pas nous empêcher d’être bons et de briller ».
The Hate U Give, de Angie Thomas, traduit par Nathalie Bru, éditions Nathan, 496 pages, 17,95 €.

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Résonances. La nouvelle superproduction Marvel met un scène un pays africain imaginaire, le Wakanda, prospère grâce à ses ressources minières. La comparaison avec le Katanga, au sous-sol tout aussi riche, est cruelle.
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La noire réalité derrière « Black Panther »

Résonances. La nouvelle superproduction Marvel met un scène un pays africain imaginaire, le Wakanda, prospère grâce à ses ressources minières. La comparaison avec le Katanga, au sous-sol tout aussi riche, est cruelle.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 14h53
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 17h15
   





                        



                                


                            
Par Michel Naepels, anthropologue
Black Panther, le film de Ryan Coogler, a suscité un réel enthousiasme à Lagos comme à Johannesburg, à Dakar comme à Nairobi. La mise en valeur simultanée, dans la nouvelle superproduction Marvel, de l’histoire imaginée de plusieurs civilisations africaines et d’une modernité architecturale et technologique a été grandement appréciée. La beauté, l’intelligence et la force des personnages, et le fait d’entendre parler à l’écran xhosa – la langue maternelle de Nelson Mandela – ajoutent encore au plaisir.
Nuances critiques
Un débat nourri accompagne la réception du film. On a pu lire la ferveur d’Achille Mbembe (« Black Panther : une “nation nègre” debout », Le Point), ou le vagabondage naturaliste et démocratique de Teju Cole (« On the Black­ness of the Panther », Medium). Mais aussi les nuances critiques de Nanjala Nyabola (« Wakanda is not African, and that’s OK », Al-Jazira), et de Shihab ­Rattansi (« Is Black Panther co-opting African struggles against ­oppression ? », Al-Jazira), remarquant que le film est d’abord destiné à une audience occidentale ou afro-américaine, et qu’il constitue une appropriation capitaliste de luttes anticapitalistes.
Comme anthropologue menant des enquêtes en Afrique centrale, non loin du Wakanda imaginaire de Black ­Panther, dans une région rurale parcourue par plusieurs groupes armés où agriculteurs et agricultrices vivent dans une situation précaire et incertaine, ce film m’a troublé en questionnant le type de descriptions que je produis sur le Congo.
L’utopie réjouissante qu’est Black Panther, montrant les capacités et la puissance d’un pays africain imaginaire riche de ses ressources humaines, naturelles, technologiques, incarnation cinématographique de l’afrofuturisme, me questionne sur mes manières d’écrire. N’y a-t-il pas un risque à mettre la focale sur les expériences difficiles des habitants d’une région...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ L’autorité publique doit délaisser son pouvoir de nomination au profit d’une action de corégulation étendue aux plates-formes numériques, analyse Jean Spiri, ancien conseiller de Michel Boyon, ex-président du CSA, dans une tribune au « Monde ».
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« Il faut revoir les outils de régulation du CSA »

L’autorité publique doit délaisser son pouvoir de nomination au profit d’une action de corégulation étendue aux plates-formes numériques, analyse Jean Spiri, ancien conseiller de Michel Boyon, ex-président du CSA, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    05.04.2018 à 14h00
    |

Jean Spiri (Conseiller régional (LR) d’Ile-de-France, ancien conseiller de Michel Boyon, ex-président du CSA)







                        



                                


                            
Tribune. Quelque 1 % de l’activité, 90 % de la lumière – et des ennuis. C’est ainsi que le pouvoir de nomination des présidents de l’audiovisuel public a toujours été vu au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Il en va de même pour le respect du pluralisme, ces décomptes du temps de parole qui, dans l’imaginaire collectif, transforment tout agent du CSA en chronomètre tatillon. Enfin, le CSA ne serait pas lui-même sans cette réputation de « censeur » (par définition fausse puisqu’il intervient a posteriori) qui a nourri la martyrologie de tant d’animateurs et de chaînes.
Ce qui fondait la régulation audiovisuelle, la rareté des fréquences, n’existe plus
Que le CSA ait été à l’origine du succès du déploiement de la TNT, que son rôle de régulateur économique s’affirme, que son impact sur la société ne se limite pas à des sanctions médiatiques, n’empêche pas la question récurrente : « A quoi sert-il ? » C’est pourquoi il devrait se défaire de cette prérogative de nomination si encombrante pour mieux se concentrer sur de nouvelles missions.
Car c’est tout le système actuel de régulation qui n’est plus tenable, avec une intervention forte pour un contenu diffusé sur un canal hertzien, mais faible pour le même contenu diffusé sur une plate-forme. Ce qui fondait la régulation audiovisuelle, la rareté des fréquences, n’existe plus. Ce qui doit la fonder désormais, c’est la gestion de la multitude. Pour cela, il faut revoir les outils de régulation du CSA et s’orienter vers ce que les Anglo-Saxons pratiquent sous le nom de co­régulation.
Outils juridiques
Coréguler, cela veut dire négocier avec tous les acteurs des contenus pour qu’ils acceptent de se soumettre à des règles – et transposer au mieux les règles dans cet univers. Construire ensemble les outils pour répondre aux impératifs publics, s’assurer que la puissance publique contrôle bien – et que le privé accepte de se soumettre à sa régulation.
on ne peut se contenter d’imposer...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ L’ancien président de Radio France, qui conteste la décision auprès du Conseil d’Etat, pourrait emporter une victoire symbolique et des indemnités.
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Radio France : Mathieu Gallet a déposé un recours contre sa révocation par le CSA

L’ancien président de Radio France, qui conteste la décision auprès du Conseil d’Etat, pourrait emporter une victoire symbolique et des indemnités.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 12h49
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 15h15
    |

            Alexandre Piquard








                        



   


Comme il l’avait laissé entendre, Mathieu Gallet n’a pas renoncé à faire casser la décision qui l’a écarté, à la fin de janvier, de la présidence de Radio France : il a déposé le 30 mars un recours auprès du Conseil d’Etat contestant le choix du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de le démettre de ses fonctions, a révélé le site de BFMBusiness jeudi 5 avril.
M. Gallet ne pourra dans tous les cas pas retrouver son poste, qui doit être attribué à un successeur au plus tard le 14 avril. Mais il peut contribuer à « défendre son honneur », après sa condamnation à un an d’emprisonnement avec sursis et à 20 000 euros d’amende pour favoritisme lorsqu’il était à la tête de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), entre 2010 et 2014. Une peine dont il a fait appel.

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Mathieu Gallet pourrait en outre toucher des indemnités, en compensation de l’interruption de son mandat, qui courait théoriquement jusqu’en mai 2019 : selon BFMBusiness, il pourrait espérer entre 223 000 et 270 000 euros. « Je souhaite que le droit soit dit, tout simplement », avait-il expliqué en février au Figaro.
L’argument de l’indépendance
Sur le fond, Mathieu Gallet a quelque chance d’avoir gain de cause. Notamment sur l’argument de l’indépendance, principe garanti pour les médias dans la Constitution : le CSA avait en effet invoqué dans sa décision l’état des relations entre le président de Radio France et ses autorités de tutelle.
« Pour assurer dans de bonnes conditions la gestion et la tutelle d’une société possédée à 100 % par l’Etat actionnaire, il importe, dans le respect strict de la liberté de communication, que les relations d’échange et de dialogue entre les représentants de l’Etat et le PDG de la société soient denses, confiantes et permanentes ; que l’ensemble de ces conditions sont nécessaires au bon fonctionnement du service public audiovisuel. »
Ce passage faisait référence aux déclarations de la ministre de la culture, dont dépend Radio France. Françoise Nyssen avait ainsi déclaré le 16 janvier au Monde :
« Un dirigeant d’entreprise publique condamné pour favoritisme, ce n’est pas une situation acceptable. Il appartient à l’intéressé d’en tirer les conséquences, ainsi qu’au Conseil supérieur de l’audiovisuel, légalement compétent. »
Selon les défenseurs de M. Gallet, l’hostilité du gouvernement ne peut pas en soi être un critère qui fonde la destitution d’un dirigeant d’audiovisuel public par une autorité administrative comme le CSA. D’autres arguments juridiques pourraient être avancés devant le Conseil d’Etat.
La procédure engagée par le CSA était inédite. Mise sous pression par l’exécutif, l’autorité a dû se fonder sur des dispositions légales qui ne définissent que de façon très succincte les conditions d’une révocation, laissant une part d’interprétation.
Si la révocation de M. Gallet était cassée, ce serait un revers pour le CSA, mais aussi pour Françoise Nyssen, qui a choisi de s’impliquer personnellement dans ce dossier.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ La monographie du talentueux paysagiste disparu en 2015, illustrée de plus d’un millier de ses photographies, est à nouveau disponible.
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Sélection livre : « Pascal Cribier. Itinéraires d’un jardinier »

La monographie du talentueux paysagiste disparu en 2015, illustrée de plus d’un millier de ses photographies, est à nouveau disponible.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 12h12
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 12h23
    |

            Lucien Jedwab








                        



   


Pascal Cribier a participé à l’élaboration de cette monographie « à quatre mains », selon ses propres mots, à l’occasion de l’exposition qu’il a conçue à l’Espace Electra, à Paris, en 2008 : « Les racines ont des feuilles ». On pouvait y voir des projections photographiques de ses jardins et, spectaculaires, des troncs d’arbre dessouchés, avec leur impressionnant système racinaire.

   


La première édition du livre regroupait plus d’un millier de photographies prises par Pascal Cribier lui-même, dûment commentées. La mise en pages, reprise dans la réédition, en était particulièrement heureuse, avec sa succession de formats horizontaux, rythmée par des inserts de courts textes dus à ses amis Hervé Brunon, Francis Hallé ou Monique Mosser. Les aménagements paysagers et les jardins publics ou privés que Pascal Cribier a réhabilités ou créés (comme les Tuileries, avec le paysagiste Louis Benech, ou le jardin expérimental, aujourd’hui en déshérence, de Méry-sur-Oise, avec le botaniste Patrick Blanc) témoignent de ses talents exceptionnels.

   


L’aventure de son jardin de Varengeville, aménagé au fil des ans avec des amis, occupe une place de choix dans l’ouvrage. Celui-ci a été complété par ses dernières réalisations, dont le parc aux Angéliques, à Bordeaux. Sa traduction en anglais, aujourd’hui disponible, devrait faire connaître plus largement l’œuvre d’un artiste qui lui-même ne se considérait pas comme tel.

   


« Pascal Cribier. Itinéraires d’un jardinier » (édition augmentée), sous la direction de Laurent Le Bon, Ed. Xavier Barral, 328 p., 65 €. (En anglais : A Gardener’s Journey, chez le même éditeur.) Disponible auprès de l’Association Les Amis de Pascal Cribier (amis.pascal.cribier@gmail.com). En librairie à partir du 3 mai. Un colloque,  « Pascal Cribier : dans les pas d’un jardinier », se tiendra dans l’auditorium du Louvre le 23 mai.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ L’universitaire Benoît Tadié offre, avec « Front criminel », une histoire littéraire et politique du polar américain. Rencontre à l’occasion du festival Quais du polar, qui se tient à Lyon du 6 au 8 avril.
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« Le polar ou la société américaine en contrechamp »

L’universitaire Benoît Tadié offre, avec « Front criminel », une histoire littéraire et politique du polar américain. Rencontre à l’occasion du festival Quais du polar, qui se tient à Lyon du 6 au 8 avril.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 11h45
    |

                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Si le film noir américain a connu en France – citons Borde et Chaumeton (Panorama du film noir américain : 1941-1953, Ed. d’Aujourd’hui, 1975) et François Guérif (Le Film noir américain, Veyrier, 1979) – maints historiens érudits et connaisseurs madrés, le polar attendait encore une synthèse historique et linguistique d’ampleur. La voici : après un percutant essai sur Le Polar américain, la modernité et le mal (PUF, 2006), Benoît Tadié, professeur à l’université Rennes-II, nous donne avec Front criminel une histoire globale, tant littéraire que linguistique et socio-politique, du polar américain.
Qu’est-ce qui vous a porté à faire du polar un objet d’étude ?
D’abord le plaisir d’en lire depuis toujours. C’est, pour moi, une littérature de plein droit. Quand je me suis spécialisé dans la littérature anglophone, je me suis concentré sur les avant-gardes de l’entre-deux-guerres, Joyce notamment. Etudiant les magazines dans lesquels publiaient ces auteurs, je me suis rendu compte qu’au même moment des choses passionnantes se passaient dans les magazines populaires. Deux mondes hélas cloisonnés par les spécialistes. Mon but a donc été de parler des années 1920-1930 d’une manière autre. J’ai alors étudié ces magazines « pulp » où est né le polar américain, et qui donnaient une sorte de contrechamp sur la société américaine.
Dans votre premier essai, vous montriez en effet que le polar se référait beaucoup plus à la littérature d’avant-garde qu’aux productions de consommation…
Tout à fait, et ce, avec le souci et les limites d’être compris par un public peu lettré. Dans la littérature américaine des années 1920, chez Dashiell Hammett ou William Riley Burnett, apparaissent des bouleversements liés à la première guerre mondiale. Psychologie, personnages, société, technologie… Tout se transforme. Un même pessimisme traverse tous les champs de la littérature. Les liens entre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Pour sa nouvelle édition, jusqu’au 8 avril au Grand Palais, la foire parisienne met à l’honneur la Suisse et s’ouvre à de nombreuses galeries venues des régions.
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Une cure de détox à Art Paris

Pour sa nouvelle édition, jusqu’au 8 avril au Grand Palais, la foire parisienne met à l’honneur la Suisse et s’ouvre à de nombreuses galeries venues des régions.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 11h07
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 11h19
    |

            Harry Bellet








                        



   


Il y a plusieurs sortes d’amateurs d’art : ceux qui vont dans les foires où il y a les méga-galeries et ne comprendraient pas de ne pas y trouver le stand de Larry Gagosian, et ceux qui, dans les mêmes, en ont marre de voir toujours Larry Gagosian… A ces derniers, souffrant de ce que les Anglo-Saxons nomment joliment une « fair fatigue », celle qui atteint des gens qui, après dix heures d’avion, se rendent compte qu’ils voient peu ou prou les mêmes artistes que s’ils étaient restés chez eux, on conseillera une cure d’Art Paris.
Depuis vingt ans maintenant, celle qui se posait à ses débuts en alternative à la FIAC – les mauvaises langues parlaient de « salon des refusés », ce qui n’est plus vrai, certaines grandes enseignes comme Templon, Obadia ou Loevenbruck participant désormais aux deux événements – a su trouver son rythme et son identité propre.
Ainsi, elle choisit de mettre chaque année un pays à l’honneur – la Suisse pour cette édition 2018 –, ouvre grand ses portes aux galeries de province, qui font un travail formidable loin des lumières parisiennes, et encourage à la présentation d’expositions monographiques, permettant de mieux approfondir le travail d’un artiste : ils sont 36 à avoir joué le jeu. En outre, pour marquer son vingtième anniversaire, elle a demandé au critique d’art François Piron de sélectionner vingt artistes parmi les participants, et de rédiger un texte sur chacun d’eux.
Un « regard sur la scène française »
Un « regard sur la scène française » assez intéressant par son éclectisme, puisqu’il se penche aussi bien sur le cas de Frédéric Pardo, un héros méconnu de la contre-culture des années 1970, présenté par la galerie Loevenbruck, que sur celui de Hessie, qui brode ou pratique le collage dans un registre féministe, exposé chez Arnaud Lefebvre, ou encore Blek le Rat (galerie Ange Basso), pionnier français du street art. Un même regard sur des propositions aussi différentes que celles de Jean-Pierre Raynaud chez Caroline Smulders – sans doute un des plus étonnants stands de la foire – et Roland Topor chez Vallois, Leonardo Cremonini chez T&L galerie ou Hervé di Rosa chez AD Galerie…
Cette dernière vient de Montpellier. C’est une des nombreuses enseignes de province (on en a compté 17) que les Parisiens négligent ou méconnaissent, comme celle du Lyonnais Michel Descours (qui montre le Belge Jean Raine) ou de la galerie Wagner, venue du Touquet avec l’artiste bâloise Marie-Thérèse Vacossin.
Ou encore, le Strasbourgeois Ritsch-Fisch, qui a réussi deux jolis coups sur son stand : exposer un ensemble d’A.C.M., lequel pulvérise d’antiques machines à écrire pour les transformer en architectures mouvantes, et un autre des dessins et des sculptures d’Hervé Bohnert, boulanger-pâtissier de son état, une révélation de cette foire : pas de l’art brut, mais des « memento mori » extrêmement subtils et percutants. Cultivé aussi : un de ses dessins en particulier montre qu’il a dû attentivement et librement regarder les gravures de Hans Holbein. Un grand collectionneur français a raflé presque tout le jour du vernissage.
Un ensemble drôle et désespéré
Du côté de la Suisse, pays mis à l’honneur, une douzaine de galeries ont fait le voyage, dont l’excellente Ditesheim et Maffei qui montre, notamment, un grand mobile de Tinguely, quelques petites sculptures de Germaine Richier, et un ensemble de fusains de Laurent Wolf, bien connu des lecteurs du Temps de Genève : lui n’était pas boulanger-pâtissier, mais critique d’art, et de la meilleure farine.
Mais nos amis helvètes ont aussi trouvé refuge dans des galeries parisiennes, qui les montrent pour l’occasion, comme, parmi d’autres, Gottfried Honegger et André Stempfel chez Lahumière, Le Corbusier chez Zlotowski associé à Eric Mouchet ou Gérard Thalmann chez Pascal Gabert. Ne pas manquer non plus le programme vidéo, vingt-cinq artistes, toutes des femmes : l’occasion pour la commissaire de l’exposition, Karine Tissot, de rappeler que, dans son pays, le droit de vote ne leur a été concédé qu’en 1971, au moment précisément où débute cette forme d’expression. Ce sont également des artistes suisses dont les œuvres numériques sont projetées, de 20 h 30 à minuit, sur la façade du Grand Palais.
Enfin, quelques projets spéciaux, l’un lié au pays invité, puisqu’il présente un fragment des collections de l’assureur Helvetia, d’autres pas, comme les grands formats d’Erro réunis par la galerie Ernst Hilger de Vienne, avec le soutien du Musée de Reykjavik, une curiosité avec le stand de Misk Art Institute de Ryad, en Arabie Saoudite, et notre chouchou, l’ensemble drôle et désespéré de tableaux d’Oscar Rabine, Russe de Paris, qui n’avait pu rentrer dans son pays qu’après la Perestroïka. Nonagénaire, toujours vaillant, mais lucide comme l’était son ami le poète Vsevolod Nekrassov : l’œuvre centrale de cet ensemble est intitulée Gare Père Lachaise, terminal.
Art Paris, Grand Palais, avenue Winston Churchill, Paris 8e. Jusqu’au 8 avril. A partir de 11 h 30, jusqu’à 21 heures le vendredi 6 avril, 20 heures le samedi 7 avril, 19 heures le dimanche 8 avril. Entrée : 25 €. www.artparis.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Il est l’un des acteurs les plus en vue de l’industrie du cinéma indien. Il a été condamné par un tribunal du Rajasthan pour avoir chassé des antilopes protégées.
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Salman Khan, superstar de Bollywood, reconnu coupable de braconnage et condamné

Il est l’un des acteurs les plus en vue de l’industrie du cinéma indien. Il a été condamné par un tribunal du Rajasthan pour avoir chassé des antilopes protégées.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 10h38
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 11h24
   





                        



   


A 52 ans, Salman Khan est l’un des acteurs les plus en vue de Bollywood, l’industrie du cinéma indien. Il a été reconnu coupable de braconnage et condamné à cinq ans de prison, jeudi 5 avril, pour avoir abattu, en 1998, deux antilopes cervicapres (antilope indienne ou blackbuck en anglais), des animaux protégés, pendant le tournage de Hum Saath Saath Hain.
« Le tribunal a donné cinq ans de prison et une amende de 10 000 roupies (125 euros) à Salman Khan. Le mandat d’arrêt est en préparation et il sera envoyé à la prison centrale de Jodhpur », grande ville du Rajasthan, a déclaré à la presse Mahipal Bishnoi, avocat d’une communauté locale partie civile dans le procès.
L’acteur – qui a plaidé non coupable – pourrait toutefois échapper à son incarcération immédiate en faisant appel dans la foulée, ce qui aurait pour effet de suspendre la peine.
« Une condamnation de Salman Khan veut dire beaucoup pour l’industrie [du cinéma] car il est une superstar dont les films assurent d’énormes chiffres au box-office. Il travaille actuellement Race 3, dont le tournage approche de la fin, qui sort pour l’Aïd, en juin 2018 », analyse Komal Nahta, spécialiste du secteur.
Les quatre autres célébrités de Bollywood – Ali Khan, Sonali Bendre, Tabu et Neelam Kothari – qui participaient à cette expédition de chasse en marge d’un tournage ont, elles, été relaxées pour absence de preuves.

   


Ce n’est pas la première fois que la star de Bollywood comparaît devant la justice. En décembre 2015, il avait été blanchi pour un délit de fuite à l’occasion de la mort d’un sans-abri, treize ans auparavant.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Récits, essais, romans, anthologie… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 6 avril.
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Livres en bref

Récits, essais, romans, anthologie… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 6 avril.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 09h46
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 11h18
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »), 
Nicolas Weill, 
                                Roger-Pol Droit, 
                            Florent Georgesco, 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Pierre Deshusses (Collaborateur du « Monde des livres »), 
Christine Rousseau, 
                                Philippe-Jean Catinchi et 
Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Chaque semaine, « Le Monde des livres » sélectionne une dizaine de textes à ne pas oublier.
Roman. En route vers Okhotsk
En route vers Okhotsk (Unterwegs nach Ochotsk), d’Eleonore Frey, traduit de l’allemand (Suisse) par Camille Luscher, Quidam, 146 p., 16 €.
Ils s’appellent Sophie, Otto, Robert et Therese. Au centre de leur quatuor se trouve un livre qui porte le même titre que le roman d’Eleonore Frey : En route vers Okhotsk. Il en est le véritable héros. Ecrit sous un pseudonyme par ­Robert, dont Therese est secrètement amoureuse, il a été repéré par Sophie, la libraire, qui l’a fait lire à Otto. Quant à Okhotsk, c’est un endroit perdu de Sibérie, un lieu idéal pour nourrir les fantasmes d’évasion de ces personnages qui mènent une vie discrète dans une province quelconque. Il n’est « jamais trop tard pour opérer dans sa vie quelques changements », remarque l’un d’eux. Il n’y aura pas de grand départ, mais la petite flamme allumée en eux par ce texte montre que si la littérature n’engendre pas directement de révolutions, elle peut les faciliter, en agissant sur ses lecteurs de façon souterraine et profonde. P. Ds
Roman. Les Cigarettes égyptiennes
Les Cigarettes égyptiennes (Beer in the Snooker Club), de Waguih Ghali, traduit de l’anglais par Elisabeth Janvier, L’Olivier, « Replay », 250 p., 15,90 €.
Salué par Philip Roth et Edward Saïd, traduit en arabe, en hébreu et dans nombre de langues européennes, Les Cigarettes égyptiennes – publié par Robert Laffont en 1965 – reparaît dans la collection « Replay » de L’Olivier, consacrée aux grands textes oubliés. Unique roman de Waguih Ghali, né à Alexandrie à la fin des années 1920 et suicidé à Londres en 1969, le livre narre l’existence en éternel porte-à-faux de Ram, le narrateur, ballotté entre son attachement pour son Egypte natale et l’Angleterre dont il a passionnément adopté la langue...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Un cycle de concerts à l’Auditorium du musée célèbre l’amitié du peintre avec Frédéric Chopin.
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Au Louvre, la palette musicale de Delacroix

Un cycle de concerts à l’Auditorium du musée célèbre l’amitié du peintre avec Frédéric Chopin.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 09h02
   





                        



                                


                            

A l’Auditorium du Musée du Louvre, la saison musicale programmée par Laurent Muraro est construite en regard de celle du musée. Après le cycle consacré à Claude Debussy, puis aux « Musiques de nuit », en miroir d’une quinzaine de tableaux nocturnes, c’est en prolongement de l’exposition consacrée à Eugène Delacroix que sera présenté à l’auditorium, jusqu’au 17 mai, un cycle intitulé « Delacroix et la musique ».

Les écrits de l’artiste témoignent d’un amour et d’une connaissance profonde de la musique, qu’il considérait comme « le plus puissant des arts ». Imaginés comme un portrait, les six concerts proposés évoqueront à la fois l’admiration du peintre pour les classiques, son goût pour l’Orient, et son amitié avec Frédéric Chopin. Car si le célèbre tableau de Delacroix présentant Chopin de trois quarts face, regard illuminé, ne figure pas dans l’exposition, le compositeur, adoré par Delacroix, apparaît comme le fil rouge de la programmation musicale.
C’est avec ses Trois Sonates, interprétées par le pianiste allemand Joseph Moog, que s’est ouvert le cycle mercredi 4 avril. Joseph Moog, 30 ans, nommé en 2015 « jeune artiste de l’année » par le magazine Gramophone et en 2016 aux Grammy Awards pour son enregistrement des concertos de Grieg et de Moszkowski, entre en scène, saluant le public d’un franc sourire.
Modèle de rigueur et d’équilibre
Dans la Sonate n°1 en ut mineur Op.4, œuvre rarement jouée du jeune Chopin de 18 ans, Moog impose un jeu vigoureux, aux sonorités denses et au rubato maîtrisé. Si la Sonate n°2 Op.35, achevée dix ans plus tard, est sous les doigts virtuoses du pianiste modèle de rigueur et d’équilibre, la célèbre « Marche funèbre » du troisième mouvement n’aura ni le mystère ni la grâce espérés.
Déception compensée par la Sonate n°3 en si mineur Op.58, où les moyens techniques de Moog feront sensation. La souplesse de ses poignets, la clarté de son...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Le comédien interprète « La Petite Fille de Monsieur Linh », de Philippe Claudel, à la MC93 de Bobigny.
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Jérôme Kircher donne corps à une voix de l’exil

Le comédien interprète « La Petite Fille de Monsieur Linh », de Philippe Claudel, à la MC93 de Bobigny.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h31
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 09h09
    |

            Brigitte Salino








                        



                                


                            

Un mot, « horizon », écrit en blanc sur un écran noir. Un homme qui s’avance devant l’écran, habillé de noir, ­tenant un bâton. Il sourit. Sur l’écran, les lettres d’« horizon » s’écartent les unes des autres, puis disparaissent. Reste l’homme, seul avec l’histoire qu’il va nous ­raconter. La sienne. Celle d’un émigrant, qui un jour, debout sur le pont arrière d’un bateau, a vu s’effacer les dernières lignes d’horizon de son pays natal.
Cet homme, tous ceux qui ont lu La Petite fille de Monsieur Linh, de Philippe Claudel, le connaissent. Les autres le découvrent, différent et inchangé, à la MC93 de Bobigny, où Jérôme Kircher le joue, dans une mise en scène du Flamand Guy Cassiers, passé maître dans l’art d’allier les voix, les images et les sons. Les silences, aussi, entre les mots qu’il fait entendre comme une musique intérieure.
Ce qui compte, c’est la perception qu’un homme peut avoir dans un environnement où tout de sa vie antérieure est effacé
Dans le roman de Philippe Claudel, Monsieur Linh n’est pas seul. Il tient dans ses bras une petite fille, dont il s’occupe comme d’un trésor, et il a un ami, Monsieur Bark, rencontré sur le banc de la ville étrangère où l’exil l’a mené. Monsieur Linh ne comprend pas un mot de ce qu’il lui dit, mais il a senti dès le début que Monsieur Bark ne lui était pas hostile. Au contraire : sa bienveillance est devenue un baume, qui donne un sens au cours des jours.

A Bobigny, Monsieur Linh est seul. Ainsi l’a voulu Guy Cassiers, qui jamais ne fait apparaître Monsieur Bark, sinon comme une image sur l’écran. Et cette image est celle d’un double de Monsieur Linh. De la même façon, jamais on ne verra la petite fille. Ces ­absences ne trahissent pas Philippe Claudel. Elles font entrer le roman dans une autre dimension, propice à l’écoute du théâtre, et juste, sur le fond.
Car on ne sait pas, quand on ­referme La Petite Fille de Monsieur Linh, ce que le vieux monsieur ­assis...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ L’actrice et réalisatrice présente une version scénique de son roman, « 70 heures pour s’aimer quand même », avec quatre comédiennes, à Paris.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Isild Le Besco danse ses mots

L’actrice et réalisatrice présente une version scénique de son roman, « 70 heures pour s’aimer quand même », avec quatre comédiennes, à Paris.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h14
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 09h24
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                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

S’aimer quand même. Le titre du nouveau roman de l’actrice et réalisatrice Isild Le Besco, publié chez Grasset (192 p., 18 euros), embrasse d’un jet un thème beau et profond comme un gouffre. « Ce livre est l’histoire de ma rupture avec ma vie d’avant. Mes liens d’avant, les liens du père, de la mère, des frères et sœurs, et surtout les liens dans lesquels on s’enfonce malgré soi, emporté par une voix intérieure qui nous somme d’obéir », explique-t-elle dans l’introduction.
Quelques pages de ce livre profond font l’objet d’une mise en scène signée par Isild Le Besco elle-même et intitulée 70 heures pour s’aimer quand même. Ce spectacle, entre théâtre et danse, dans lequel elle est interprète auprès d’Elodie Bouchez, de Lolita Chammah, Capucine Goust et Tran Nu Yên-Khê, est à l’affiche, jusqu’au 5 avril, du festival Etrange Cargo, à la Ménagerie de verre, à Paris. « J’avais peur pour elles et je me suis dit que je devais être avec elles sur le plateau, qu’il fallait aussi que je me mette en danger. »
Création à la cool
Que la réalisatrice, comédienne auprès de sa sœur Maïwenn, d’Emmanuelle Bercot, de Benoît Jacquot, mais également dessinatrice et peintre, s’attaque à la mise en scène semble évident. En répétition dans un studio de la Ménagerie, Isild Le Besco rayonne de tranquillité. Elle se faufile au milieu de ses quatre complices, glisse au sol et roule. Une danseuse se déchaîne en tourbillonnant. Communauté des femmes en train de ruer dans les brancards ? Elodie Bouchez attaque un texte évoquant Marilyn Monroe. Elle se jette comme on se noie en se ­cognant à ses partenaires de jeu. « C’est grâce à Elodie qui prend des cours de danse ici que j’y présente ce spectacle, raconte Isild Le Besco. A l’origine, j’ai fait une lecture et, l’idée d’une pièce est née. »
Longtemps, le groupe des cinq reste assis à discuter des raisons de faire tel ou tel mouvement. Raout entre copines,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Dans « Massif central », l’auteur met en scène un de ces héros ordinaires qu’il affectionne. Tentative de saisissement, en quatre motifs, d’une œuvre travaillée par la fuite.
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Christian Oster, des hommes en déséquilibre

Dans « Massif central », l’auteur met en scène un de ces héros ordinaires qu’il affectionne. Tentative de saisissement, en quatre motifs, d’une œuvre travaillée par la fuite.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 09h30
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                            Avril Ventura (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Chez les héros de Christian Oster, il y a quelque chose de la « blancheur » décrite par le sociologue David Le Breton dans Disparaître de soi (Métailié, 2015). Quelque chose de cette « passion d’absence » dans la façon qu’il a de se tenir à distance de lui-même et du monde extérieur, et de laisser couler son existence. Depuis la publication de son premier roman, Volley-ball, puis dans Mon grand appartement, Une femme de ménage (Minuit, 1989, 1999, 2001), ou encore Le Cœur du problème (L’Olivier, 2015), Christian Oster met en scène des hommes ordinaires aux prises avec l’hostilité du quotidien.
Ainsi ses personnages affrontent-ils tour à tour les méandres du sentiment amoureux, l’angoisse du temps qui passe, mais aussi un vilain rhume ou encore la perte d’une sacoche. Autant de petites et grandes contrariétés avec lesquelles il leur faut apprendre à composer, tels des équilibristes, constamment sur le fil. On retrouve dans son nouveau roman, Massif central, ce goût du dépouillement qui, paradoxalement, comme toujours chez le romancier, va permettre d’ouvrir le champ des possibles.
Fuite
Il y a toujours un ou plusieurs déplacements dans les romans de Christian Oster, en apparence sous un prétexte anodin (une chaise à rapporter, un feu qui prend sous une casserole), en réalité, toujours à la suite de l’échec d’un amour. Le héros laisse derrière lui son passé (qui ne semble d’ailleurs jamais beaucoup le concerner), change souvent de nom (un nom de scène, un patronyme emprunté à un ami), quitte son travail (quand il en a un), voire laisse brûler volontairement sa maison pour partir sur les routes avec une simple valise à roulettes. Il faut dire qu’habiter n’est pas chose aisée pour l’individu ostérien, qui ne se fixe jamais réellement, passe de chambre d’hôtel en chambre d’ami, fait du surplace, se trompe de chemin, revient sur ses pas, et ne se sent jamais autant chez lui que chez les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ En virtuose, l’écrivain guatémaltèque Eduardo Halfon mêle l’enquête sur la mort d’un oncle et l’histoire de sa famille hantée par le deuil. Somptueux.
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La généalogie de Salomon

En virtuose, l’écrivain guatémaltèque Eduardo Halfon mêle l’enquête sur la mort d’un oncle et l’histoire de sa famille hantée par le deuil. Somptueux.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 09h27
    |

                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Tout part d’un secret de famille. Ou plutôt d’une mort, trop pesante pour être évoquée. Et trop douloureuse pour ne pas être omniprésente. Le petit Salomon s’est noyé, à 5 ans, dans le lac d’Amatitlan au Guatemala. C’est du moins ce que l’on disait dans son enfance au romancier Eduardo Halfon (né en 1971 à Guatemala City) de celui qui aurait dû être son oncle paternel. Avec Deuils, l’écrivain, devenu en quelques livres brefs et denses l’une des figures majeures des lettres latino-américaines, revient sur cette disparition, béance dans son arbre généalogique, que son art consommé de la narration va s’employer à combler avec une infinie délicatesse et autant d’interrogations.
Tabou
Qui était donc cet oncle, dont l’accident hanta l’enfance d’Halfon et ses terrains de jeu ? « Mon frère et moi, nous nous étions inventé une prière secrète que nous murmurions sur le ponton (…) avant de plonger dans le lac. Comme une sorte de conjuration. Comme pour chasser le fantôme du petit Salomon, au cas où ce fantôme nagerait encore dans les parages. » Devenu adulte, l’auteur va tirer le peu de fils dont il dispose pour reconstituer par bribes la vie du garçon. Et mettre au jour d’autres vérités, non moins tragiques, sur les circonstances de son décès.
Le mystère et le tabou autour de ce défunt, dont on ne prononçait même pas le nom, « si dangereux, si interdit », auraient pu rester intacts s’ils ne s’étaient pas heurtés à un anathème. « Je m’étais toujours posé des questions sur l’histoire de la mort du frère aîné de mon père ou, plus exactement, sur les histoires de sa mort. Mais quand j’ai voulu cheminer vers elles pour voir ce qu’elles recelaient, mon père a voulu m’interdire d’écrire sur elles. Et, pour un écrivain, il n’y a pas d’aiguillon plus fort que la censure », explique Eduardo Halfon au « Monde des Livres », par courriel, depuis son domicile du Nebraska.
Flashs
Comme dans Le Boxeur polonais...




                        

                        

