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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ #deletefacebook ! Pendant une semaine, notre journaliste s’est déconnecté du réseau social. L’occasion de réfléchir à la façon dont cette prothèse numérique modifie en profondeur nos façons d’être et notre sociabilité.
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Comment j’ai arrêté Facebook

#deletefacebook ! Pendant une semaine, notre journaliste s’est déconnecté du réseau social. L’occasion de réfléchir à la façon dont cette prothèse numérique modifie en profondeur nos façons d’être et notre sociabilité.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 16h03
    |

                            Nicolas Santolaria








                        



                                


                            
A l’heure des communications par écrans interposés, il est finalement assez cocasse que cette enquête démarre par un coup de téléphone. Le Monde me propose de tenter une expérience de sevrage qui, au regard de la socialité telle qu’elle va aujourd’hui, a tout de l’amputation relationnelle potentiellement douloureuse : arrêter Facebook durant une semaine, à vrai dire, je n’y aurais jamais pensé moi-même.
Cette invitation à scier sans anesthésie une de mes principales prothèses numériques s’inscrit dans le sillage du scandale Cambridge Analytica, du nom de cette société qui a aspiré, sans leur consentement, les données de plusieurs millions d’utilisateurs inscrits sur le réseau de Mark Zuckerberg. Ces informations confidentielles ont ensuite servi à influencer les votes des électeurs en faveur de Donald Trump lors de la dernière présidentielle américaine.
A la suite de ces révélations, le hashtag #delete­facebook est apparu sur les réseaux sociaux, invitation à quitter sur-le-champ cette interface techno-amicale, comme on claquerait la porte d’une soirée étudiante qui a mal tourné. Fondateur de l’application de messagerie WhatsApp et militant pour le chiffrement des données, Brian Acton a été une des premières personnalités à s’infliger publiquement ce seppuku numérique. Suivi par Elon Musk, qui a fermé tour à tour les pages de ses sociétés SpaceX et Tesla.
Jour 1 : de la difficulté de se déconnecter
Si eux l’ont fait, pourquoi pas moi ? Le problème, c’est que je n’ai pas la moindre idée de comment procéder. Paradoxe de la vie numérique, je suis donc contraint de me rendre sur Facebook pour savoir comment quitter Facebook. Comme je m’en doutais, les choses ne sont pas si simples. Autant demander à un dealer s’il connaît un bon addictologue.
Sous l’onglet « Gestion de votre compte », j’apprends ceci : « Jusqu’à 90 jours peuvent être nécessaires à partir du début du processus de suppression pour supprimer tout ce que vous avez...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ En donnant accès à certains projets à des quantités massives de données, Facebook oriente la recherche, souligne le sociologue Dominique Boullier, qui s’inquiète de la vulnérabilité du système face aux pirates.
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« L’époque du Far West des données doit se terminer »

En donnant accès à certains projets à des quantités massives de données, Facebook oriente la recherche, souligne le sociologue Dominique Boullier, qui s’inquiète de la vulnérabilité du système face aux pirates.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 16h02
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
Dominique Boullier est sociologue, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse). Il a notamment publié Sociologie du numérique (Armand Colin, 2016).
L’affaire Cambridge Analytica vient de le rappeler brutalement : les données personnelles des deux milliards d’utilisateurs de Facebook peuvent être utilisées à leur insu – et à l’insu de la plate-forme elle-même. Quelle réflexion cela vous inspire-t-il ?
Cela montre que l’époque du Far West des données doit se terminer. Non seulement nos données numériques sont abusivement utilisées à des fins commerciales, mais les géants du Net qui les hébergent – car Facebook n’est qu’un des Gafam, aux côtés de Google, Apple, Amazon ou Microsoft – sont accessibles par tous les pirates du monde. Je tiens chaque semaine l’inventaire des data breaches [brèches de sécurité par lesquelles les hackeurs siphonnent les données], il y en a sans arrêt ! Le système a été conçu pour la vitesse à tout prix, mais le réseau fuit de partout.
Au-delà de leur exploitation commerciale, une faramineuse quantité de données personnelles transitant par Facebook est également exploitée par des laboratoires de recherche publique, notamment en sciences sociales. De quelle manière ?
Il y a plusieurs façons pour une équipe de recherche d’y accéder. La plus limitée consiste à aspirer les données des pages publiques. D’autres vont lancer des sondages – pour étudier des préférences, par exemple – sur la base du volontariat : vous donnez accès à votre compte en devenant « ami » avec un laboratoire, qui lance son questionnaire sur votre réseau personnel. Enfin, Mark Zuckerberg lui-même peut décider de passer des accords avec certaines équipes. Facebook soutient ainsi depuis six mois une recherche de Raj Chetty, économiste à Stanford, en lui fournissant des données d’une ampleur jamais égalée : il pourra traiter les 230 millions de comptes ouverts aux Etats-Unis en...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Bertrand Camus, dirigeant du groupe Suez et président de la Fédération professionnelle des entreprises de l’eau, s’insurge dans une tribune au « Monde » contre le procès fait à « l’eau trop chère », rappelant que les services indispensables à son traitement, à sa distribution et à sa dépollution ont un prix.
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« La qualité de l’eau au robinet a un coût »

Bertrand Camus, dirigeant du groupe Suez et président de la Fédération professionnelle des entreprises de l’eau, s’insurge dans une tribune au « Monde » contre le procès fait à « l’eau trop chère », rappelant que les services indispensables à son traitement, à sa distribution et à sa dépollution ont un prix.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 15h54
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 18h10
    |

Bertrand Camus (Président de la Fédération professionnelle des entreprises de l’eau)







                        



                                


                            

Tribune. En France, l’eau distribuée présente une qualité en permanence conforme pour plus de 97 % des consommateurs. Ce chiffre est extrêmement encourageant. Il ne faut pourtant pas perdre de vue que près de 2 millions de Français boivent une eau parfois non conforme, principalement dans les territoires ruraux et de montagne. Dans les zones les plus rurales, le taux de non-conformité est vingt fois supérieur à celui des zones les plus urbaines.
La qualité de l’eau au robinet n’est pas un fait acquis. Dans ce contexte, les débats faisant de la réduction du prix l’alpha et l’oméga de la gestion des services d’eau sont démagogiques. Ils diffusent l’idée reçue selon laquelle l’eau serait une ressource inépuisable, de qualité égale sur l’ensemble du territoire et qui pourrait donc être quasiment gratuite. La réalité est que si l’eau est gratuite dans le milieu naturel, les services indispensables à son traitement, à sa distribution puis à sa dépollution ont un coût : c’est le prix de la qualité.

Combattons d’abord un faux problème : des études comparatives menées à l’échelle européenne démontrent qu’avec une moyenne proche de 4 euros pour 1 000 litres, le prix du service de l’eau est plutôt bas en France au regard de son haut niveau de qualité. De fait, les pays où les services d’eau sont vraiment moins chers ont accumulé des retards inquiétants dans la modernisation de leurs infrastructures. C’est le cas de l’Italie en particulier, où l’hypothèse d’une interruption de la distribution d’eau pour les Romains durant l’été 2017 a fortement inquiété.
Rappelons, ensuite, que les acteurs et les observateurs habilités (Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), Agence française pour la biodiversité, agences de l’eau) préconisent un prix reflétant, pour chaque service, une gestion responsable et préservant le pouvoir d’achat des Français.
0,8 % du budget des ménages
C’est aujourd’hui le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Résonances. La nouvelle superproduction Marvel met un scène un pays africain imaginaire, le Wakanda, prospère grâce à ses ressources minières. La comparaison avec le Katanga, au sous-sol tout aussi riche, est cruelle.
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La noire réalité derrière « Black Panther »

Résonances. La nouvelle superproduction Marvel met un scène un pays africain imaginaire, le Wakanda, prospère grâce à ses ressources minières. La comparaison avec le Katanga, au sous-sol tout aussi riche, est cruelle.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 14h53
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 17h15
   





                        



                                


                            
Par Michel Naepels, anthropologue
Black Panther, le film de Ryan Coogler, a suscité un réel enthousiasme à Lagos comme à Johannesburg, à Dakar comme à Nairobi. La mise en valeur simultanée, dans la nouvelle superproduction Marvel, de l’histoire imaginée de plusieurs civilisations africaines et d’une modernité architecturale et technologique a été grandement appréciée. La beauté, l’intelligence et la force des personnages, et le fait d’entendre parler à l’écran xhosa – la langue maternelle de Nelson Mandela – ajoutent encore au plaisir.
Nuances critiques
Un débat nourri accompagne la réception du film. On a pu lire la ferveur d’Achille Mbembe (« Black Panther : une “nation nègre” debout », Le Point), ou le vagabondage naturaliste et démocratique de Teju Cole (« On the Black­ness of the Panther », Medium). Mais aussi les nuances critiques de Nanjala Nyabola (« Wakanda is not African, and that’s OK », Al-Jazira), et de Shihab ­Rattansi (« Is Black Panther co-opting African struggles against ­oppression ? », Al-Jazira), remarquant que le film est d’abord destiné à une audience occidentale ou afro-américaine, et qu’il constitue une appropriation capitaliste de luttes anticapitalistes.
Comme anthropologue menant des enquêtes en Afrique centrale, non loin du Wakanda imaginaire de Black ­Panther, dans une région rurale parcourue par plusieurs groupes armés où agriculteurs et agricultrices vivent dans une situation précaire et incertaine, ce film m’a troublé en questionnant le type de descriptions que je produis sur le Congo.
L’utopie réjouissante qu’est Black Panther, montrant les capacités et la puissance d’un pays africain imaginaire riche de ses ressources humaines, naturelles, technologiques, incarnation cinématographique de l’afrofuturisme, me questionne sur mes manières d’écrire. N’y a-t-il pas un risque à mettre la focale sur les expériences difficiles des habitants d’une région...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ En fusionnant les instances représentatives du personnel, le gouvernement fragilise l’assise géographique des syndicats, note Eric Ferreres, consultant en ressources humaines, dans une tribune au « Monde ».
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« L’avenir du syndicalisme interprofessionnel territorial est menacé »

En fusionnant les instances représentatives du personnel, le gouvernement fragilise l’assise géographique des syndicats, note Eric Ferreres, consultant en ressources humaines, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    05.04.2018 à 14h22
    |

Eric Ferreres (Consultant en ressources humaines)







                        



                                


                            

Tribune. L’une des conséquences prévisibles de la fusion des instances de représentation du personnel (IRP) instituée par les ordonnances Macron réformant le code du travail sera de diminuer considérablement le nombre d’élus. Selon Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, entre « 150 000 et 200 000 personnes vont perdre leur mandat ».
Or, le fonctionnement des unions syndicales locales, départementales ou régionales repose pour une large part sur des élus du personnel syndiqués qui utilisent une partie de leurs heures de délégation pour occuper des responsabilités nécessaires à l’activité de ces unions. L’avenir du syndicalisme interprofessionnel territorial, et par là même une certaine forme de régulation sociale, est ainsi menacé.
Un lieu d’accueil
Ces unions sont des structures clés des syndicats, issues du modèle et de l’expérience des Bourses du travail qui se sont développés à la fin du XIXe siècle. Les Bourses du travail étaient l’expression d’un regroupement interprofessionnel sur une base géographique, permettant au syndicalisme d’avoir un cadre d’action recouvrant une dimension horizontale. Dans cette filiation, les organisations territoriales syndicales manifestent une solidarité dépassant les diversités des professions pour s’inscrire dans des rapports de proximité et de solidarité interprofessionnelle sur une base géographique.

Elles sont les héritières de la double dynamique originelle du syndicalisme français. La première était d’unir les travailleurs sur la base de leur activité professionnelle, d’où les syndicats d’entreprise et les fédérations ; la seconde était de créer ce lien sur une identité ancrée dans un territoire. C’est d’ailleurs la rencontre de ces deux mouvements qui a permis la création de la première organisation syndicale, la Confédération générale du travail (CGT) en 1895 à Limoges.

Ces structures de proximité sont des lieux de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Le sociologue Jean-Claude Barbier conteste, dans une tribune au « Monde », l’aggravation des sanctions et des contrôles envisagée par le gouvernement, et le soupçonne de viser une politique démagogique plutôt qu’une mesure efficace.
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« “Punir les chomeurs” est surtout un signal politique envoyé par les gouvernements »

Le sociologue Jean-Claude Barbier conteste, dans une tribune au « Monde », l’aggravation des sanctions et des contrôles envisagée par le gouvernement, et le soupçonne de viser une politique démagogique plutôt qu’une mesure efficace.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 14h00
    |

Jean-Claude Barbier (Directeur de recherche émérite  au CNRS à l’université ­Paris-I - Panthéon-Sorbonne)







                        



                                


                            
Tribune. Le principe de l’indemnisation des chômeurs est le même ­depuis l’invention des caisses d’assurance (mutualistes ou municipales) en Allemagne au XIXe siècle. Les chômeurs s’assuraient collectivement, mais vérifiaient ­également (avec les employeurs, quand ces derniers participaient à la gestion des caisses) que les assurés cherchaient effectivement du travail. En 1896, à Cologne, les assurés ­devaient ainsi « pointer » deux fois par jour. On ne pouvait pas se permettre d’avoir des tricheurs.
Le gouvernement Philippe a ­relancé une vieille antienne, comme tant de ses prédécesseurs
Ce principe a persisté avec l’adoption, dans plusieurs pays, de ce qu’on a appelé le « système de Gand », du nom de la ville belge où il fut mis en pratique : la caisse est gérée par les syndicats de chômeurs, lesquels s’autocontrôlent entre eux, en quelque sorte. Le Danemark, malgré les réformes récentes, est resté proche de ce principe. En France, en revanche, le contrôle de la recherche d’emploi n’est pas le fait des chômeurs ou de leurs représentants syndicaux, mais de l’administration.
Or le gouvernement Philippe a ­relancé une vieille antienne, comme tant de ses prédécesseurs : il entend accroître la sévérité des sanctions et annonce la multiplication des contrôles. La séparation entre sanctions administratives (radiation pour absence à un rendez-vous de ­contrôle) et sanctions prononcées par le préfet va disparaître, et avec elle une garantie pour les chômeurs.
« Fraudeurs nocifs »
Les citoyens peu informés peuvent penser que les contrôles et les ­sanctions sont justes et efficaces. Mais, pour savoir si c’est le cas, il ­faudrait disposer d’études précises à ce sujet. Or ni l’Unédic ni le gou­­­­ver­nement n’ont fourni, depuis 1991, de ­décompte du nombre de sanctions, ou évalué leur efficacité. Cette loi du silence reste un des grands scandales du secteur social français. Les chercheurs en sont ­réduits à des conjectures, ou...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ L’autorité publique doit délaisser son pouvoir de nomination au profit d’une action de corégulation étendue aux plates-formes numériques, analyse Jean Spiri, ancien conseiller de Michel Boyon, ex-président du CSA, dans une tribune au « Monde ».
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« Il faut revoir les outils de régulation du CSA »

L’autorité publique doit délaisser son pouvoir de nomination au profit d’une action de corégulation étendue aux plates-formes numériques, analyse Jean Spiri, ancien conseiller de Michel Boyon, ex-président du CSA, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    05.04.2018 à 14h00
    |

Jean Spiri (Conseiller régional (LR) d’Ile-de-France, ancien conseiller de Michel Boyon, ex-président du CSA)







                        



                                


                            
Tribune. Quelque 1 % de l’activité, 90 % de la lumière – et des ennuis. C’est ainsi que le pouvoir de nomination des présidents de l’audiovisuel public a toujours été vu au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Il en va de même pour le respect du pluralisme, ces décomptes du temps de parole qui, dans l’imaginaire collectif, transforment tout agent du CSA en chronomètre tatillon. Enfin, le CSA ne serait pas lui-même sans cette réputation de « censeur » (par définition fausse puisqu’il intervient a posteriori) qui a nourri la martyrologie de tant d’animateurs et de chaînes.
Ce qui fondait la régulation audiovisuelle, la rareté des fréquences, n’existe plus
Que le CSA ait été à l’origine du succès du déploiement de la TNT, que son rôle de régulateur économique s’affirme, que son impact sur la société ne se limite pas à des sanctions médiatiques, n’empêche pas la question récurrente : « A quoi sert-il ? » C’est pourquoi il devrait se défaire de cette prérogative de nomination si encombrante pour mieux se concentrer sur de nouvelles missions.
Car c’est tout le système actuel de régulation qui n’est plus tenable, avec une intervention forte pour un contenu diffusé sur un canal hertzien, mais faible pour le même contenu diffusé sur une plate-forme. Ce qui fondait la régulation audiovisuelle, la rareté des fréquences, n’existe plus. Ce qui doit la fonder désormais, c’est la gestion de la multitude. Pour cela, il faut revoir les outils de régulation du CSA et s’orienter vers ce que les Anglo-Saxons pratiquent sous le nom de co­régulation.
Outils juridiques
Coréguler, cela veut dire négocier avec tous les acteurs des contenus pour qu’ils acceptent de se soumettre à des règles – et transposer au mieux les règles dans cet univers. Construire ensemble les outils pour répondre aux impératifs publics, s’assurer que la puissance publique contrôle bien – et que le privé accepte de se soumettre à sa régulation.
on ne peut se contenter d’imposer...



                        

                        


<article-nb="2018/04/05/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Les représentations liées à cette maladie  entretiennent « une discrimination quasi systématique, parfois inconsciente », déplore le psychiatre Nicolas Rainteau, dans une tribune au « Monde ».
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Dépassons les stéréotypes négatifs associés au mot « schizophrénie »

Les représentations liées à cette maladie  entretiennent « une discrimination quasi systématique, parfois inconsciente », déplore le psychiatre Nicolas Rainteau, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    05.04.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 17h09
    |

Docteur Nicolas Rainteau (Chef de clinique assistant au CHU de Montpellier)







                        



                                


                            

Tribune. Accepteriez-vous de travailler avec une personne atteinte de schizophrénie ? D’être son ­colocataire, son voisin, son copain, sa copine ? La recommanderiez-vous pour un travail ou bien pour louer un appartement ?
Quelle serait votre réponse à ces questions ? Si vous ne savez pas, avez un doute, alors prenez le temps de lire ces lignes. Voici l’échange que j’ai eu il y a quelques jours avec Margaux, une usagère de l’hôpital de jour qui venait de passer un entretien d’embauche.
« Cela s’est très bien passé, j’ai pu ­parler de tout de manière très franche et très ouverte. C’était un peu compliqué au début et j’étais assez stressée, mais je suis plutôt confiante, je suis ­hypercontente.
– Génial, du coup, vous avez pu ­évoquer votre diagnostic de schizophrénie avec eux ?
– Oh là là ! Non, faut pas déconner ! Ça, je le garde pour moi, cette maladie fait encore trop peur, je risquerais de ne pas être embauchée. »
Malheureusement, Margaux a raison. Aujourd’hui, ce ne sont pas les symptômes de la schizophrénie qui pourraient l’empêcher de retravailler. En effet, depuis plusieurs mois, elle va bien. Les voix qui s’en prenaient à elle ont disparu et les idées de persécution se sont petit à petit atténuées.
C’est au jour le jour que l’étiquette liée à la schizophrénie se dresse, tel un mur infranchissable
Et puis Margaux n’a pas ménagé sa peine, parce que le traitement ne fait pas tout. Entraînement aux habiletés sociales pour retrouver la facilité ­d’interagir avec les autres et être capable d’affronter un entretien d’embauche. Travail sur la mémoire, la concentration, l’organisation de la pensée. Toutes ces capacités insidieusement touchées par la schizophrénie et qui demandent aux patients une volonté de tous les instants pour reprendre le dessus.
Mais, à force d’acharnement, Margaux était prête le jour J. Et ce boulot qu’elle a décroché est la juste ­récompense d’un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Editorial. Le gouvernement a présenté les grandes lignes de la réforme institutionnelle. Cumul des mandats, proportionnelle, nombre de parlementaires... Le texte fera l’objet d’âpres débats.
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Réforme des institutions : le gymkhana du président Macron

Editorial. Le gouvernement a présenté les grandes lignes de la réforme institutionnelle. Cumul des mandats, proportionnelle, nombre de parlementaires... Le texte fera l’objet d’âpres débats.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 11h15
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 15h07
   





                        


Editorial du « Monde ». En dévoilant, mercredi 4 avril, les grandes lignes de la réforme des institutions voulue par le président de la République, le premier ministre, Edouard Philippe, a donné le coup d’envoi d’une course d’obstacles complexe dont le résultat apparaît, à ce stade, très incertain. Lorsqu’il avait ouvert ce chantier, le 3 juillet 2017, devant le Congrès réuni à Versailles, Emmanuel Macron avait fixé un objectif ambitieux : des institutions modernisées, plus efficaces et plus représentatives de la diversité politique du pays. Les longues tractations préalables engagées ces derniers mois, notamment avec le président du Sénat, lui ont permis de mesurer la difficulté de l’exercice.

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                Réforme des institutions : le gouvernement présente un compromis loin de satisfaire le Sénat



Tout d’abord, cette réforme comporte des dispositions nombreuses et de nature fort différentes. Les unes font l’objet d’un large consensus : suppression de la Cour de justice de la République, réforme du Conseil supérieur de la magistrature et du Conseil économique, social et environnemental, suppression du privilège accordé aux anciens présidents de la République de siéger de droit au Conseil constitutionnel. A quoi l’on peut ajouter l’élargissement du droit à l’expérimentation réglementaire accordé aux collectivités locales.
Les autres, en revanche, sont plus spectaculaires, mais beaucoup plus controversées. Elles prévoient la réduction de 30 % du nombre de députés et de sénateurs, l’introduction d’une dose de représentation proportionnelle aux élections législatives pour 15 % des sièges de députés à pourvoir, enfin l’interdiction du cumul des mandats dans le temps (trois mandats consécutifs maximum), sauf pour les maires des communes de moins de 9 000 habitants, ce qui en réduit fortement la portée. Tout aussi épineuse sera l’inscription de la Corse dans la Constitution, promise par le chef de l’Etat, mais dès à présent jugée abusivement restrictive par les élus insulaires.

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                Réforme des institutions : les parlementaires français seront parmi les moins nombreux d’Europe



Critiques virulentes
Le gymkhana procédural de cette réforme n’est pas moins accidenté. Bon nombre de ces mesures nécessitent une révision de la Constitution, laquelle suppose avant son adoption le vote conforme des deux assemblées, donc l’accord du Sénat. La réduction du nombre de parlementaires et la question du cumul des mandats relèvent de la Loi organique et supposent, là encore, l’accord du Sénat, puisqu’il est concerné. Quant à la modification du mode de scrutin législatif, elle relève de la loi ordinaire, pour laquelle la majorité présidentielle a le dernier mot à l’Assemblée.
Enfin, la bataille politique va être intense, comme l’ont immédiatement démontré les critiques virulentes qui, à droite comme à gauche, ont accueilli les premiers arbitrages. Nul doute qu’elles redoubleront quand on entrera dans le détail précis des mesures, en particulier les modalités d’application de la dose de proportionnelle (fort inoffensive en réalité, mais hautement symbolique) et le profond redécoupage des circonscriptions législatives et sénatoriales, rendu indispensable par la réduction du nombre de parlementaires.
Certes, le pouvoir exécutif sait que les aspects les plus emblématiques de cette réforme sont plébiscités par l’opinion. Mais, sauf à utiliser l’arme périlleuse du référendum, il devra en passer, pour l’essentiel, par un vote conforme des deux assemblées. Or, l’on doute fort que les quelques concessions dès à présent accordées au président du Sénat suffisent à convaincre la droite, majoritaire au Palais du Luxembourg, de faire à Emmanuel Macron le cadeau d’un tel succès politique. Cette bataille ne fait que commencer.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Dans un entretien au « Monde », Lionel Fontagné, professeur à l’uni­versité Pa­ris-I-Panthéon-Sorbonne et expert des questions commerciales, explique que les Etats-Unis redoutent d’être rattrapés par la Chine.
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Entre Washington et Pékin, « une bataille technologique, plus qu’une guerre commerciale »

Dans un entretien au « Monde », Lionel Fontagné, professeur à l’uni­versité Pa­ris-I-Panthéon-Sorbonne et expert des questions commerciales, explique que les Etats-Unis redoutent d’être rattrapés par la Chine.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 11h04
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 13h35
    |

            Marie de Vergès








                        



                                


                            

Pour Lionel Fontagné, professeur à l’uni­versité Pa­ris-I-Panthéon-Sorbonne et expert des questions commerciales, les droits de douane ne sont qu’une petite partie de l’arsenal que les Etats-Unis s’apprêtent à déployer contre la Chine.
Quelle est la logique des produits ciblés par la Chine en réponse aux menaces américaines de droits de douane ?
La Chine choisit des produits qui ont potentiellement un fort impact politique, en affectant les électeurs de Donald Trump. Cibler le soja n’est évidemment pas neutre. En effet, c’est un ­produit très important pour les expor­tateurs américains et Donald Trump n’a aucun intérêt à ce que les agriculteurs se re­tournent contre lui.
Cette escalade lance-t-elle pour de bon la guerre commerciale ?
Les tarifs sur l’acier et l’aluminium relevaient du conflit commercial traditionnel et visaient la protection d’industries déclinantes. Cette fois, le fond de l’affaire est différent. C’est une bataille technologique qui est engagée, beaucoup plus qu’une guerre commerciale. Donald Trump s’intéresse là à l’autre partie de l’économie américaine : l’innovation.

Ses conseillers redoutent que les Etats-Unis soient rattrapés par la Chine. Ils craignent cet horizon de 2025 dessiné par Pékin dans son plan de politique industrielle « Made in China 2025 », qui pourrait consacrer ce que les historiens appellent le basculement des économies-monde : il s’agit du passage de relais, hier entre l’Angleterre et les Etats-Unis, ­demain peut-être entre les Etats-Unis et la Chine. Pour y parer, Washington utilise un argument de très grande portée, celui du non-respect par la Chine de la propriété intellectuelle.
La stratégie américaine a-t-elle des chances de donner des résultats ?
Les droits de douane agités par les Etats-Unis ne vont sans doute pas empêcher les Chinois de progresser. Cela risque plutôt de pénaliser les entreprises américaines,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Analyse. La France et ses partenaires occidentaux se sont empressés d’adresser leurs vœux de réussite à M. Sissi après sa réélection à un second mandat lors d’un scrutin qui n’aura eu que les apparences du pluralisme, relève la journaliste du service international Hélène Sallon.
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En Egypte, un président tout-puissant

Analyse. La France et ses partenaires occidentaux se sont empressés d’adresser leurs vœux de réussite à M. Sissi après sa réélection à un second mandat lors d’un scrutin qui n’aura eu que les apparences du pluralisme, relève la journaliste du service international Hélène Sallon.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 11h37
    |

            Hélène Sallon








                        



                                


                            
Analyse. La voie est dégagée pour un règne sans partage du président Abdel Fattah Al-Sissi sur l’Egypte. Avec plus de 97 % des suffrages exprimés en sa faveur lors du scrutin qui s’est tenu du 26 au 28 mars, le maréchal à la retraite s’était assuré une réélection sans obstacle à un second mandat.
Peu lui importe que le scrutin n’ait eu que les apparences du pluralisme, avec pour seul concurrent l’un de ses soutiens, qui a joué les faire-valoir une fois écartés tous les candidats. Ni même qu’un tiers seulement des 59 millions d’électeurs se soient déplacés, certains fortement incités par les dons de soutiens zélés du régime, les pressions des employeurs ou la perspective d’une amende. Seul le résultat compte et, à 63 ans, M. Sissi est assuré de gouverner l’Egypte ­quatre ans ­encore, si ce n’est plus.
La gêne face au déroulement de ce scrutin a motivé quelques appels au pluralisme des alliés occidentaux, France comprise, sans grande audace
Ni la France ni ses autres partenaires occidentaux n’ont l’intention de contrarier ses ambitions. Non seulement ils sont restés totalement muets face à la succession d’arrestations et d’intimidations qui ont visé un à un les candidats déclarés à la présidentielle, mais encore se sont-ils empressés d’adresser leurs vœux de réussite à M. Sissi. Le président américain, Donald Trump, a été l’un des premiers à prendre son téléphone, à la proclamation des résultats le 2 avril, pour le féliciter. Les Etats-Unis ont assuré, sans hypocrisie, être « impatients de ­continuer à travailler avec M. Sissi (…) pour faire avancer notre partenariat stratégique », selon un communiqué du département d’Etat.

La gêne face au déroulement de ce scrutin a motivé quelques appels au pluralisme des alliés occidentaux, France comprise, sans grande audace. Lors des vœux qu’il a adressés par téléphone à M. Sissi, Emmanuel Macron a souligné « l’importance de préserver une société civile dynamique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Dans cette chronique, l’économiste Jean Pisani-Ferry estime qu’une société traumatisée par des décennies de chômage de masse ne renoncera à la sécurité des protections statutaires que si la politique économique est orientée vers le plein-emploi.
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« Une société de mobilité n’est pas une société de précarité »

Dans cette chronique, l’économiste Jean Pisani-Ferry estime qu’une société traumatisée par des décennies de chômage de masse ne renoncera à la sécurité des protections statutaires que si la politique économique est orientée vers le plein-emploi.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 10h30
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 11h52
    |

Jean Pisani-Ferry (Professeur d’économie à Sciences Po, à la Hertie School de Berlin et à l’Institut universitaire européen de Florence)







                        



                                


                            
Tendances France. Les réformes sociales succèdent aux réformes sociales : après les ordonnances sur le droit du travail, le Parlement va être saisi de celles concernant l’apprentissage, la formation professionnelle et l’assurance-chômage. Viendront ensuite les retraites. Beaucoup crient à la frénésie. La vraie question, cependant, est inverse : pour passer d’une société de statuts à une société de mobilités, est-ce suffisant ?
L’inspiration des réformes Macron est moins nouvelle qu’il n’y paraît. Pays-Bas et Danemark en ont posé les bases dans les années 1990, avant que le rapport Supiot les conceptualise (Au-delà de l’emploi, Flammarion 1999) : dans une économie plus volatile, la sécurité des actifs ne doit plus reposer sur leur statut, mais sur des parcours professionnels combinant emplois et formations ; pour mettre les personnes en mesure de construire de tels parcours, il faut transférer la responsabilité de la formation des entreprises aux salariés ; le soutien aux chômeurs doit passer d’une logique d’assurance à une logique d’accompagnement ; et il faut lever les obstacles à la mobilité professionnelle.
Le gouvernement entend simplifier radicalement l’offre de formation et garantir la transparence sur les débouchés
Du droit individuel à la formation de 2004 au compte personnel d’activité de 2016, en passant par la rupture conventionnelle de 2008 et les droits rechargeables de 2013, ce programme a largement inspiré l’action des gouvernements précédents. Mais, à force de petits pas, ils ne sont pas allés bien loin.
La nouveauté est qu’Emmanuel Macron cherche à faire système, à réunir la masse critique nécessaire à la tran­si­tion d’un modèle à un autre. Pour la première fois, cette perspective devient crédible. Mais nous ne sommes pas au bout du chemin.
En matière de formation, les droits ne suffisent pas. Loin de corriger les écarts initiaux, la formation professionnelle a jusqu’ici tendu à les accroître....




                        

                        


<article-nb="2018/04/05/19-13">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Récits, essais, romans, anthologie… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 6 avril.
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Livres en bref

Récits, essais, romans, anthologie… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 6 avril.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 09h46
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 11h18
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »), 
Nicolas Weill, 
                                Roger-Pol Droit, 
                            Florent Georgesco, 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Pierre Deshusses (Collaborateur du « Monde des livres »), 
Christine Rousseau, 
                                Philippe-Jean Catinchi et 
Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Chaque semaine, « Le Monde des livres » sélectionne une dizaine de textes à ne pas oublier.
Roman. En route vers Okhotsk
En route vers Okhotsk (Unterwegs nach Ochotsk), d’Eleonore Frey, traduit de l’allemand (Suisse) par Camille Luscher, Quidam, 146 p., 16 €.
Ils s’appellent Sophie, Otto, Robert et Therese. Au centre de leur quatuor se trouve un livre qui porte le même titre que le roman d’Eleonore Frey : En route vers Okhotsk. Il en est le véritable héros. Ecrit sous un pseudonyme par ­Robert, dont Therese est secrètement amoureuse, il a été repéré par Sophie, la libraire, qui l’a fait lire à Otto. Quant à Okhotsk, c’est un endroit perdu de Sibérie, un lieu idéal pour nourrir les fantasmes d’évasion de ces personnages qui mènent une vie discrète dans une province quelconque. Il n’est « jamais trop tard pour opérer dans sa vie quelques changements », remarque l’un d’eux. Il n’y aura pas de grand départ, mais la petite flamme allumée en eux par ce texte montre que si la littérature n’engendre pas directement de révolutions, elle peut les faciliter, en agissant sur ses lecteurs de façon souterraine et profonde. P. Ds
Roman. Les Cigarettes égyptiennes
Les Cigarettes égyptiennes (Beer in the Snooker Club), de Waguih Ghali, traduit de l’anglais par Elisabeth Janvier, L’Olivier, « Replay », 250 p., 15,90 €.
Salué par Philip Roth et Edward Saïd, traduit en arabe, en hébreu et dans nombre de langues européennes, Les Cigarettes égyptiennes – publié par Robert Laffont en 1965 – reparaît dans la collection « Replay » de L’Olivier, consacrée aux grands textes oubliés. Unique roman de Waguih Ghali, né à Alexandrie à la fin des années 1920 et suicidé à Londres en 1969, le livre narre l’existence en éternel porte-à-faux de Ram, le narrateur, ballotté entre son attachement pour son Egypte natale et l’Angleterre dont il a passionnément adopté la langue...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Sans idéaliser l’Union, on peut affirmer que l’Europe ne fait pas mauvaise figure face aux Etats-Unis de Donald Trump, à la Russie de Vladimir Poutine ou à la Chine de Xi Jinping, remarque, dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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« Nous vivons peut-être un moment européen »

Sans idéaliser l’Union, on peut affirmer que l’Europe ne fait pas mauvaise figure face aux Etats-Unis de Donald Trump, à la Russie de Vladimir Poutine ou à la Chine de Xi Jinping, remarque, dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».



Le Monde
 |    05.04.2018 à 09h43
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 11h03
    |

            Alain Frachon








                        



                                


                            
Chronique. L’Union européenne souffre d’une maladie française. Elle ne s’aime pas. Elle se complaît dans la contemplation de ses faiblesses. Elle ignore ses succès et radote à l’infini sur ses échecs. Pourtant, elle tourne, bien moins mal qu’on ne le dit souvent. Mais porter un regard plus serein sur l’Europe suppose un préalable : sortir de l’exercice de dénigrement permanent que les europhiles affectionnent autant que les europhobes.
Les premiers ont tellement investi dans le projet européen qu’ils débinent l’UE pour ce qu’elle n’est pas : un géant diplomatico-militaire au même titre que la Chine, les Etats-Unis, ou la Russie. Les seconds la condamnent pour les choix faits par les gouvernants démocratiquement élus de ses membres : économie de marché tempérée (relativement) et libre-échange régulé (moyennement).
Il faut regarder l’UE pour ce qu’elle est d’abord : un marché unique – sans lequel elle n’aurait ni le niveau d’emploi ni le volume d’investissement qui sont les siens – et une zone de droit et de protection des libertés publiques comme il y en a peu au monde. Elle est cela, qui est déjà pas mal, mais pas autre chose, pour l’heure. A cette aune, la dernière édition du rapport Schuman publiée cette semaine, sous la direction de Thierry Chopin et Michel Foucher, dresse un « Etat de l’Union 2018 » (Ed. Marie B, 368 p., 19,90 euros) plutôt optimiste.
Des pathologies actuelles
On dira que c’est l’objet de la Fondation Robert Schuman et du Centre Wilfried Martens, qui assurent cette publication annuelle, de dire du bien de l’Europe. Mais, justement, on trouvera là une manière pragmatique et factuelle de regarder ce qui marche et ne marche pas au sein de l’Union. L’heure n’est plus au romantisme incantatoire que portent les formules creuses trop souvent ânonnées pour parler de l’UE et qu’on devrait s’interdire à jamais. On connaît ce « blabla » stérile, tendance pratiques vaudou, qui va de la nécessité de « refonder...




                        

                        


<article-nb="2018/04/05/19-15">
<filnamedate="20180405"><AAMM="201804"><AAMMJJ="20180405"><AAMMJJHH="2018040519">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Dans « L’Empire et les cinq rois », Bernard-Henri Lévy évoque, au travers de l’exemple du Kurdistan, les nouvelles réalités géopolitiques d’un monde apolaire, marqué par la montée en puissance des peuples et pays émergents.
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Bernard-Henri Lévy au chevet des peuples maltraités par l’Histoire

Dans « L’Empire et les cinq rois », Bernard-Henri Lévy évoque, au travers de l’exemple du Kurdistan, les nouvelles réalités géopolitiques d’un monde apolaire, marqué par la montée en puissance des peuples et pays émergents.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 09h30
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 11h25
    |

            Marc Semo








                        



                                


                            

Livre. En cette nuit de septembre 2017, après l’annonce officielle du oui massif – 92 % – des Kurdes irakiens à l’indépendance, Bernard-Henri Lévy était dans le bureau de Nechirvan Barzani, premier ministre et neveu du président, qui tentait en vain de joindre au téléphone ses alliés occidentaux alors que Bagdad comme Ankara et Téhéran lançaient le blocus avant la reconquête les jours suivant par les forces irakiennes de la ville contestée de Kirkouk avec ses richesses pétrolières.
Il n’y avait personne au bout de la ligne. « Le tragique du destin du peuple kurde le rattrapait. Il avait une voix, sèche, dure, et les yeux dilatés par l’affront », raconte l’écrivain, lui-même stupéfait de cette dérobade occidentale et « de l’ahurissant spectacle de la première puissance mondiale acceptant de voir humilié son allié le plus précieux dans la région ». C’est une nouvelle donne, « comme si nous étions entrés dans un monde sans les Etats-Unis, ou pire, retournés dans un temps vertigineux et, pour ainsi dire, précolombien, où l’Amérique n’existait pas ».

Le philosophe analyse, à partir du Kurdistan, les conséquences sur la scène mondiale du retrait américain amorcé par Barack Obama et précipité par Donald Trump. C’est un point focal, « où se concentrent et se réfractent des forces éparses, à l’œuvre depuis longtemps, mais qui, tout à coup, conspirent pour dessiner les contours d’un nouvel ordre du monde ». Les combattants kurdes irakiens, les peshmergas – littéralement « ceux qui défient la mort » –, sont ses héros. Il leur a consacré un film au titre homonyme narrant leur geste dans la bataille de Mossoul. Il revient sur le sujet avec ce pamphlet aux accents bernanossiens.
L’héritage d’écrivains combattants
Le peuple kurde, « ce peuple en trop », le fascine par sa persistance dans son être malgré les tragédies et les massacres. Comme le peuple juif. « J’admire les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Dans une tribune au « Monde », la philosophe Chantal Mouffe observe que le chef du Labour a su renouveler son parti en s’appuyant sur des mouvements populaires, rompant avec une pratique de la politique purement technocratique.
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Chantal Mouffe : « Jeremy Corbyn montre la voie à suivre pour la social-démocratie européenne »

Dans une tribune au « Monde », la philosophe Chantal Mouffe observe que le chef du Labour a su renouveler son parti en s’appuyant sur des mouvements populaires, rompant avec une pratique de la politique purement technocratique.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 09h04
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 10h04
    |

Chantal Mouffe (Professeure de théorie politique à l'université de Westminster, Londres)







                        



                                


                            

[Les 7 et 8 avril, le Parti socialiste (PS) se réunira en congrès à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). A cette occasion, le député de Seine-et-Marne Olivier Faure sera officiellement intronisé premier secrétaire. Il est arrivé en tête du premier tour le 15 mars, avant que sa victoire ne soit entérinée le 29 mars. Le 13e premier secrétaire du parti prend la direction d’une formation en pleine reconstruction après les lourdes défaites électorales de 2017. Alors que le PS cherche un nouveau souffle, Le Monde, dans ses versions papier et numérique, a donné la parole à différents intellectuels et acteurs politiques pour réfléchir à l’avenir du socialisme au XXIe siècle.]
Tribune. La crise de la social-démocratie européenne se confirme. Après les échecs du Pasok en Grèce, du PvdA aux Pays-Bas, du PSOE en Espagne, du SPÖ en Autriche, du SPD Allemagne et du PS en France, le PD en Italie vient d’obtenir le pire résultat de son histoire. La seule exception à ce désastreux panorama se trouve en Grande-Bretagne, où le Parti travailliste, sous la direction de Jeremy Corbyn, est en pleine progression. Avec près de 600 000 adhérents, le Labour est maintenant le plus grand parti de gauche en Europe.
Comment Corbyn, élu à la surprise générale à la direction du parti en 2015, a-t-il réussi cet exploit ?
Après une tentative de renversement par l’aile droite en 2016, le moment décisif dans la consolidation de son leadership a été la forte progression du Parti travailliste lors des élections de juin 2017. Alors que les sondages donnaient 20 points d’avance aux conservateurs, le Parti travailliste a gagné 32 sièges, faisant perdre aux tories leur majorité absolue. C’est la stratégie mise en place pour ces élections qui donne la clé du succès de Corbyn.
Celui-ci est dû à deux facteurs principaux.
Un manifeste radical
Tout d’abord, un manifeste radical, en phase avec le rejet de l’austérité...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Ces oiseaux ont une représentation innée du nombre d’objets qu’ils ont sous les yeux. Le dénombrement ne serait ainsi pas l’apanage des primates, expliquent les généticiens Benjamin Prud’homme et Nicolas Gompel.
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Les « capacités mathématiques étonnantes » du corbeau

Ces oiseaux ont une représentation innée du nombre d’objets qu’ils ont sous les yeux. Le dénombrement ne serait ainsi pas l’apanage des primates, expliquent les généticiens Benjamin Prud’homme et Nicolas Gompel.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 11h12
    |

                            Benjamin Prud'homme (Généticien,  Institut de biologie du développement de Marseille-Luminy CNRS) et 
                            Nicolas Gompel (Généticien, LMU de Munich)








                        



                                


                            

Carte blanche. Si moins de cinq objets traînent sur la ­table du salon, un rapide coup d’œil suffit à les dénombrer sans réfléchir. Longtemps avant d’avoir appris à compter ses bonbons sur le bout des doigts comme dans une photo à la Doisneau, l’enfant est aussi ­capable, de manière innée, de recenser quelques objets.
Cette faculté cognitive, considérée comme une caractéristique des primates, est permise par des neurones du cortex préfrontal. D’autres animaux, tels les oiseaux, peuvent apprendre à compter. Mais savent-ils dénombrer sans avoir appris à le faire ? Des chercheurs de l’université de Tübingen, en ­Allemagne, se sont posé la question et ont ­publié leur étonnante découverte dans la ­revue Current Biology, en ligne le 15 mars.
Andreas Nieder et son équipe ont cherché à savoir s’il existait chez les corbeaux des neurones capables de compter. Dans leurs expériences, les chercheurs présentent à des corbeaux des images avec des points de couleur. Le nombre de points, leurs tailles et leurs positions sur l’image sont aléatoires.
Pour s’assurer que les corbeaux regardent bien les images, tout en évitant qu’ils ­apprennent à reconnaître les nombres (le projet porte sur le sens inné des nombres), les chercheurs recourent à la ruse. Ils focalisent l’attention visuelle des corbeaux en les entraînant à distinguer des couleurs.
Mouvement de tête
Chaque corbeau se voit présenter d’abord une image avec des points d’une certaine couleur, puis une seconde image, soit avec des points de la même couleur, soit d’une autre couleur. Si la première et la seconde image sont de la même couleur, le corbeau peut le signaler en bougeant la tête, et reçoit alors une récompense.
Si en revanche le corbeau bouge la tête alors que les images ont des couleurs différentes, il ne reçoit rien. Les corbeaux testés, aussi malins que gourmands, apprennent très vite à reconnaître les couleurs. Surtout, leurs mouvements de tête...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ A la veille du congrès du PS, le politologue explique, dans une tribune au « Monde », que la confrontation des idées socialistes au « réel » gouvernemental a toujours été historiquement douloureuse.
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Rémi Lefebvre : « Plus que le bilan du pouvoir, ce sont les conditions de son exercice que les socialistes devraient interroger »

A la veille du congrès du PS, le politologue explique, dans une tribune au « Monde », que la confrontation des idées socialistes au « réel » gouvernemental a toujours été historiquement douloureuse.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h47
    |

Rémi Lefebvre (Professeur en sciences politiques à l’université de Lille, chercheur au Centre d'études et de recherches administratives, politiques...







                        



                                


                            
[Les 7 et 8 avril, le Parti socialiste (PS) se réunira en congrès à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). A cette occasion, le député de Seine-et-Marne Olivier Faure sera officiellement intronisé premier secrétaire. Il est arrivé en tête du premier tour le 15 mars, avant que sa victoire ne soit entérinée le 29 mars. Le 13e premier secrétaire du parti prend la direction d’une formation en pleine reconstruction après les lourdes défaites électorales de 2017. Alors que le PS cherche un nouveau souffle, Le Monde a donné la parole à différents intellectuels et acteurs politiques pour réfléchir à l’avenir du socialisme au XXIe siècle.]
Tribune. Le congrès socialiste qui s’achève le week-end prochain à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) n’aura été qu’un congrès de survie. Il dote enfin le PS d’une direction (une équipe autour d’Olivier Faure), mais pas vraiment d’une orientation tant la ligne médiane plébiscitée paraît floue… Le « rassemblement » des derniers socialistes a tenu lieu de seul cap politique. Pour préserver l’appareil en attendant des jours meilleurs, une base militante anémiée (35 000 votants) a choisi de ne pas réellement trancher, arbitrant pour une synthèse qui a fait naguère la fortune électorale du parti.
Les socialistes ont à peine engagé la tâche colossale de « refondation » qui pourrait permettre un rebond
Lorsqu’il était dominant, le PS ne sortait de l’ambiguïté qu’à ses dépens. Désormais déclassé, il est condamné à la clarté. Mais les socialistes, tétanisés par la débâcle historique de 2017, ont à peine engagé la tâche colossale de « refondation » qui pourrait permettre un rebond. Olivier Faure l’a déclaré pendant les débats : « Le programme que les militants attendent c’est d’abord un programme de travail. » Toujours pris en étau entre La République en marche et La France insoumise, le PS n’a plus ni espace politique, ni stratégie, ni alliés,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ A chaque livre, l’auteure change d’apparence. Elle s’est rasé la tête en écrivant « La vie effaçant toutes choses », des portraits de femmes en lutte contre un sexisme social étouffant.
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Fanny Chiarello, radicalement vôtre

A chaque livre, l’auteure change d’apparence. Elle s’est rasé la tête en écrivant « La vie effaçant toutes choses », des portraits de femmes en lutte contre un sexisme social étouffant.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 14h46
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Inutile de chercher à masquer sa surprise lorsqu’on rencontre Fanny Chiarello. L’écrivaine de 43 ans aborde immédiatement le sujet de son apparence : si elle ne ressemble pas aux photos qu’on a pu voir d’elle, c’est qu’elle s’est rasé la tête il y a deux ans. « Ce n’est pas un choix esthétique, explique-t-elle, mais complètement politique. » Et elle ajoute : « J’ai commencé à changer en côtoyant la communauté transgenre de Lille, où je vis. C’est une communauté LGBTQ [lesbienne, gay, bi, trans, queer], on est aussi végans, antispécistes, antiracistes, anticapitalistes, anticonsuméristes… Mais je ne fais partie d’aucun mouvement. Je serais plutôt proche des libertaires. »
David Lynch
Il fallait sans doute une transformation physique aussi importante pour rendre manifestes au premier coup d’œil les convictions de Fanny Chiarello : le contraste est saisissant, entre la liste de ses refus, qu’elle égrène avec autorité, et le sourire presque timide qu’elle arbore tout au long de la conversation. « Je suis une gentille, résume-t-elle, mais quand même radicale ! » « Il y a chez moi une colère contre beaucoup de choses, dit-elle encore. J’ai mes causes depuis longtemps, mais j’essayais jusque-là de les aborder de manière très douce, et je crois que la douceur, au bout d’un moment, m’a fatiguée. J’ai changé d’apparence pour paraître plus agressive et pour afficher mon militantisme. J’en avais assez d’être la gentille végane, la gentille lesbienne, la gentille queer, qui n’est acceptée que parce qu’elle se tait et ne gêne personne. » Son nouveau livre, La Vie effaçant toutes choses, est ainsi, selon elle, son texte « le plus abrupt, le plus abrasif », le « moins poli ».
« J’en avais assez d’être la gentille végane, la gentille lesbienne, la gentille queer, qui n’est acceptée que parce qu’elle se tait et ne gêne personne »
C’est d’ailleurs aussi d’une forme d’énervement...




                        

                        


<article-nb="2018/04/05/19-20">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Deux ouvrages posent un nouveau regard sur la culture politique de la violence dans le contexte instable de la Révolution française.
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La Terreur en effets

Deux ouvrages posent un nouveau regard sur la culture politique de la violence dans le contexte instable de la Révolution française.



Le Monde
 |    05.04.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.04.2018 à 14h34
   





                        



                                


                            

La Terreur semble échapper à la raison, être un moment où, comme l’écrit Michelet, « l’histoire sort de ses gonds ». Les historiens, pour tenter de comprendre l’incompréhensible, ont longtemps voulu n’en retenir que deux causes principales, en la voyant soit comme une circonstance exceptionnelle imposée par une histoire elle-même exceptionnelle, soit comme un phénomène inhérent au discours des révolutionnaires.
La première réponse a façonné une « théorie des circonstances » justifiant un système dramatique au nom de la « légitime défense » face à une guerre déclarée sur tous les fronts. L’autre relève d’une forme de fatalisme historique : la Terreur, fille dénaturée de la philosophie des Lumières, appartiendrait à l’idéologie révolutionnaire elle-même ; elle en serait le passage obligé.
« Guerre civile »
Deux livres importants permettent de la repenser en d’autres termes. En ce sens, Annie Jourdan et Timothy Tackett conduisent des analyses parfois étonnamment proches. Le second part de ces mois du printemps et de l’automne 1793 où le sentiment de peur diffusé du peuple aux élites de la République impose une série de lois, de décrets, d’institutions d’exception dans le but de terroriser les ennemis, répression d’Etat qui, en une année, fait près de 3 000 victimes, guillotinées à Paris ; l’historien américain cherche à comprendre l’origine de cette culture politique de la violence, remontant à 1789 pour analyser ces moments, plus nombreux qu’on ne le croit, où celle-ci se déchaîne dans l’espace public, et considérer la manière dont les élites politiques s’en sont accommodées en en faisant une source de pouvoir.
De même, Annie Jourdan propose une lecture large – une « nouvelle histoire » – centrée sur l’interprétation de la Révolution comme « guerre civile ». Une guerre qui évolue selon des rivalités successives exacerbées au fil de l’actualité révolutionnaire. Dans les deux cas, cela replace la Terreur dans une...




                        

                        

