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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ L’espion George Smiley, double de l’auteur, reprend du service. L’occasion d’une vertigineuse introspection.
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John le Carré, hier ne meurt jamais

L’espion George Smiley, double de l’auteur, reprend du service. L’occasion d’une vertigineuse introspection.



Le Monde
 |    04.04.2018 à 17h34
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            

Octobre 1961. En cette année glaciale de la guerre froide – celle de l’édification du mur de Berlin –, John le Carré a tout juste 30 ans. Il sort d’un camp d’entraînement pour espions et, comme couverture, vient d’être affecté par le MI6 à un poste de second secrétaire à l’ambassade de Grande-Bretagne, à Bonn. Il assiste aux meetings politiques et chante les louanges de la Communauté économique européenne – « Si l’on savait ça aujourd’hui, à l’heure du Brexit, on me pendrait au réverbère le plus proche », plaisante-t-il dans le superbe volume que lui consacrent les Cahiers de l’Herne (272 p., 33 €).
Ferme bretonne
Mais il n’espionne et ne milite pas seulement. Cette année-là, avant tout, il écrit. Frénétiquement. Dans une chambre minuscule donnant sur le Rhin, et en pleine crise des missiles de Cuba (1962), il termine son futur best-seller, L’Espion qui venait du froid (1963). Il y imagine une entreprise ultra-sophistiquée de désinformation à l’encontre de la Stasi, le service de renseignement est-allemand. Une idée qui a germé dans le cerveau de son personnage principal – son héros, son double –, devenu l’un des espions les plus célèbres de la littérature contemporaine, George Smiley.
C’est sur cette opération – baptisée « Windfall » – que le Carré revient dans L’Héritage des espions. Plus d’un demi-siècle s’est écoulé. Mais l’histoire ne dort que d’un œil. Au moment où Smiley et Peter Guillam, son fidèle second, coulent une retraite tranquille – l’un dans un endroit mystérieux que l’on ne connaîtra qu’à la fin, l’autre entre ses vaches dans une ferme bretonne –, voilà qu’elle les rattrape. Car si « Windfall » a été pour l’Occident « une manne de renseignements en or », elle s’est aussi soldée par de lourds « dommages collatéraux ». Deux morts au pied du mur de Berlin, un excellent agent britannique et une jeune femme innocente. Pour quoi ?
Héros ou assassin
Au moment où s’ouvre le roman, Guillam...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Le Musée Tomi Ungerer revient sur le choc créé par le dessin animé de Jacques Rouxel, avec son trait minimaliste et ses volatiles.
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Exposition : les Shadoks, l’autre révolution de mai 68

Le Musée Tomi Ungerer revient sur le choc créé par le dessin animé de Jacques Rouxel, avec son trait minimaliste et ses volatiles.



Le Monde
 |    04.04.2018 à 10h50
 • Mis à jour le
04.04.2018 à 17h05
    |

            Frédéric Potet (Strasbourg, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Il paraît que les Shadoks pompaient, pompaient, pompaient soir et matin. N’allez pas à Strasbourg pour le vérifier, vous serez déçu. L’exposition que le Musée Tomi Ungerer propose à l’occasion du 50e anniversaire de la série d’animation évoque en effet à peine cette action, hautement métaphysique, d’extraction des fluides, qui valut pourtant leur renommée aux oiseaux nigauds créés par Jacques Rouxel.
L’accrochage – 250 pièces, issues de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) et du studio aaa (animation art graphique audiovisuel), fondé par Rouxel et son épouse, Marcelle Ponti – accorde tout aussi peu de place, d’ailleurs, à Claude Piéplu, la « voix » des Shadoks, qui contribua grandement au succès des volatiles. Alors que se profile un autre cinquantenaire, celui de Mai 68, l’idée est plutôt, ici, de montrer en quoi la révolution shadokienne bouscula les codes et l’esthétique du dessin animé, secteur jusqu’alors dominé par Disney.
C’est la première fois que les Shadoks ont l’honneur d’une ­exposition dans une structure ­labellisée « Musée de France ». Qui aurait imaginé cela, ce 29 avril 1968, quand apparurent pour la première fois à l’écran ces échassiers aussi bêtes que méchants dont le vocabulaire se limitait à quatre syllabes : « Ga, Bu, Zo, Meu » ? Très vite interrompue en raison des événements parisiens, la série retrouvera son rythme quotidien en septembre de la même année, scindant, en deux camps, ce que la France comptait de téléspectateurs.
Une inspiration féconde
Le schisme fut tel que Jacques Martin, dans son émission Midi Magazine, organisa un référendum en demandant aux pro et aux anti-Shadoks de lui écrire. L’abondant courrier reçu donna alors lieu à une deuxième émission, visible à Strasbourg, dans laquelle Daniel Prévost et Jean Yanne se renvoient des extraits de lettres. « Massacre télévisuel flagrant », « apothéose de la crétinerie », « économie de somnifères », lance le premier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Le film de Steven Spielberg, sorti ce week-end aux Etats-Unis, a convaincu par son imagerie mais refroidi par son message.
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La presse jeu vidéo partagée sur le film « Ready Player One »

Le film de Steven Spielberg, sorti ce week-end aux Etats-Unis, a convaincu par son imagerie mais refroidi par son message.



Le Monde
 |    03.04.2018 à 13h25
    |

            William Audureau








                        



   


Nota bene : cet article aborde certains aspects de l’intrigue du film.
Il ne suffit pas d’aligner des références à Street Fighter, Megaman ou encore Overwatch pour séduire les joueurs, si l’on en croit les retours divisés de la presse jeu vidéo depuis la sortie de Ready Player One le 28 mars. Le dernier long-métrage en date de Steven Spielberg met en scène l’Oasis, un système ludique virtuel dans lequel s’échappent les habitants d’un monde dystopique, l’Ohio de 2048. Truffé de clins d’œil au jeu vidéo comme au septième art, le film est unanimement salué comme un excellent moment de divertissement, mais sa vision parcellaire et moraliste inquiète.
« Honnêtement, les images de synthèse étaient incroyables. Spielberg est fondamentalement un grand réalisateur, il sait faire un film », relève ainsi Gita Jackson, du site américain Kotaku. « Avec ses courses-poursuites explosives et ses fusillades dantesques, certaines scènes d’action de Ready Player One paraissent déjà inoubliables, et sont l’une des meilleures excuses que j’aie vues pour devenir dingue d’effets visuels, abonde Alanah Pierce, sur IGN. Il joue avec les échelles, le mouvement, la gravité et le temps de manière fluide ; Spielberg utilise à plein la créativité sans pareille que seuls permettent les films composés en grande partie d’animation. »
Jeuxvideo.com se désole quant à lui qu’en choisissant de condenser 600 pages du roman original en deux heures de film, Steven Spielberg ait éludé toute la dimension sociale de l’Oasis, pour n’en garder qu’une impressionnante machine à divertissement – et flatter le public joueur. Street Fighter, Overwatch, Halo, Mortal Kombat, Alien… On ne compte plus les innombrables références et clins d’œil disséminés dans le film, souvent de manière évidente, parfois moins. IGN est arrivé au chiffre de 138 références.
Un catalogue de placements produits
Côté pile, Ready Player One donne l’impression d’un long-métrage renseigné sur son sujet et généreux pour les amateurs de culture geek. « On peut bien critiquer des éléments de l’intrigue ou les motivations des personnages autant qu’on veut, mais au bout du compte, reconnaît Seung Park, community manager de Kotaku, j’ai littéralement bondi de joie de mon siège quand [le robot géant pilotable] Gundam a décollé pour affronter Mecha Godzilla au côté du Géant de fer ».
Côté face, il s’agit d’un catalogue sans fin de placements produits, qui ferait passer le moindre James Bond pour un modèle de pudeur en la matière, et donne l’impression d’un film qui tourne en boucle sur des références que Steven Spielberg a lui-même inspirées – à l’image de ce dinosaure de Jurassic Park en plein monde virtuel. « Dire que Ready Player One (…) est autoréférentiel serait un euphémisme. C’est un nœud de Mœbius qui met le cerveau à l’envers, une entité monodimensionnelle sans fin ni début, en permanence en train de se tordre sur lui-même », épingle Odi Welsh, sur le site anglais Eurogamer.
Ce dernier relève qu’au contraire d’un autre cinéaste célèbre pour sa culture de la citation, Quentin Tarantino, Steven Spielberg accumule les références sans vraiment chercher à les ingérer. IGN, dont la critique est pourtant l’une des plus enthousiastes, reconnaît ainsi que le film « tombe de temps en temps dans le ringard, comme avec ce personnage déclamant au premier degré “un fanboy sait reconnaître un hater” » – deux termes de la culture geek employés dans le film à mauvais escient.
Plusieurs médias relèvent d’ailleurs que derrière l’apparente flatterie de la culture geek, le film délivre finalement un message très conservateur, à l’image de sa dernière phrase, « la réalité est la seule chose qui soit réelle », éternelle critique de joueurs qui ignoreraient la nature imaginaire de leur loisir. Jeuxvidéo.com évoque un message « par moment grossier et assez naïf », « parfois cliché et peu subtil (on se serait bien passé de cette morale un brin condescendante) ». D’autant que le livre se conclut sur une phrase différente, moins moraliste : le héros, amoureux, constate juste que pour la première fois depuis longtemps il n’a pas envie de se reconnecter à l’Oasis. Polygon résume ainsi le long-métrage à « un excellent film gâché par un dernier dialogue catastrophique », « à la fois meilleur et pire qu’espéré ». 



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Chaque premier lundi du mois, le service Pixels du « Monde » offre ses recommandations en matière de culture geek. Au programme aujourd’hui, ces œuvres qui, à l’instar du film « Ready Player One », revisitent avec beaucoup de nostalgie l’imaginaire geek des années 1980.
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Article sélectionné dans La Matinale du 01/04/2018
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Huit films, séries, livres et jeux pour replonger dans les années 1980

Chaque premier lundi du mois, le service Pixels du « Monde » offre ses recommandations en matière de culture geek. Au programme aujourd’hui, ces œuvres qui, à l’instar du film « Ready Player One », revisitent avec beaucoup de nostalgie l’imaginaire geek des années 1980.



Le Monde
 |    02.04.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
02.04.2018 à 15h11
    |

            Corentin Lamy








                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Ready Player One, le film de Steven Spielberg adapté du roman éponyme et en salle depuis mercredi 28 mars, n’est pas qu’un film d’aventure : c’est aussi une collection de références et de clins d’œil à l’imaginaire geek et à la culture pop des années 1980, celle de Retour vers le futur et de Donkey Kong.
D’autres œuvres — films, séries, comics, jeux vidéo — ont, à leur façon, revisité cette décennie avec beaucoup de nostalgie.
Le film : « Turbo Kid »
C’est un peu le futur du passé, ou l’inverse, on ne sait plus. Situé dans un 1997 fantasmé et plongé dans un hiver nucléaire définitif, un gamin perdu adepte du fluo et de comics pop tente de s’affranchir d’un méchant borgne (Michael Ironside, Starship Troopers). Un film canadien indépendant et étrange, gore et réjouissant, sorte de Mad Max en vélo tout-terrain qui aurait percuté de plein fouet Bioman.
Disponible sur iTunes ou Google Play.

La série : « Dark »
Impossible, quand on aborde la question de la nostalgie et des années 1980, de ne pas mentionner Stranger Things. Mais « impossible » n’étant, paraît-il, pas français, c’est de Dark dont il sera ici question. Comme son homologue d’outre-Atlantique, cette série allemande fantastique nous parle d’enfants mystérieusement disparus, de passages étranges vers d’autres espace-temps et de lumières qui clignotent. Mais la réalisation plus sombre, les références moins caricaturales et un scénario autrement plus intéressant en font, aux yeux de certains, une alternative plus recommandable encore que Stranger Things.
Disponible sur Netflix.

Le jeu : « Retro City Rampage DX »
Si Ready Player One était un jeu, ce serait définitivement Retro City Rampage DX. Pas tellement pour son principe, mais plutôt pour sa volonté d’accumuler les clins d’œil à la pop culture rétro. Pas de chasse au trésor ici, pas plus que de mondes virtuels, mais plutôt une parodie tout en pixels des premiers Grand Theft Auto, avec sa ville à parcourir librement, ses courses-poursuites en voiture et ses échanges de coups de feu, ainsi que des kilos, des tonnes, de références rigolardes et appuyées à la pop culture, de Retour vers le futur aux Tortues Ninja.
Disponible sur PC, Switch, 3DS, PS4, Vita, iOS et Android.

   


Le clip : la vidéo promotionnelle des « Gardiens de la Galaxie Vol. 2 »
Quand il ne sauve pas la galaxie, Peter « Star-Lord » Quill est très occupé à écouter les plus grands tubes des années 1970 et 1980. Pour la sortie en Blu-ray du dernier volet de ses aventures, Marvel a rendu hommage à ses goûts rétro avec un clip délicieusement kitsch, dans lequel une star prestigieuse (dont on ne « divulgâchera » pas l’identité) fait une apparition remarquée.

Un jouet : THEC64 Mini
La Super Nintendo Mini ? Pas assez rétro ! La NES Mini ? En rupture de stock… Mais rassurez-vous, une alternative existe. Le THEC64 Mini est en effet une version miniature de l’antique Commodore 64, un pionnier de la micro-informatique sorti en 1982, qui se branche directement sur votre TV. Celle-ci embarque un joystick et 64 jeux. La plupart des « grosses » séries (Ultima, Pirates !, Maniac Mansion…) manquent à l’appel, mais quel joueur d’époque pourrait résister au charme suranné de jeux d’arcade comme Impossible Mission, California Games, Creatures, Monty on the Run ou, bien sûr, Boulder Dash ? Il est même possible, pour celles et ceux dont la mémoire est la moins rouillée, de convoquer ses notions de Basic et de s’essayer à la programmation.
Disponible dans les boutiques spécialisées à 80 €.

   


Le disque : « Leather Teeth », de Carpenter Brut
Elle est violente et sombre comme un film d’horreur des années 1980 : inspirée par la musique hard rock chevelue et le cinéma de John Carpenter, l’électro du Français Carpenter Brut a d’abord explosé aux oreilles des amateurs de jeux vidéo du monde entier (Hotline Miami 2, Fury) avant d’envahir les salles de concert. Mais comme les films dont elle s’inspire, son ambiance un peu glauque n’est pas à prendre au premier degré : elle dissimule d’ailleurs mal une véritable jubilation à récupérer, exploiter, déformer et sublimer ces sonorités furieusement eighties.
Leather Teeth, deuxième album de Carpenter Brut, disponible en streaming, mp3 et CD (prochainement en vinyle).

Le comics : « Paper Girls », de Brian K. Vaughan et Cliff Chiang
Au lendemain d’Halloween 1988, quatre adolescentes de l’Ohio, Mac, KJ, Tiffany et Erin, entament leur tournée de livraison de journaux. Rien que de très banal, jusqu’au moment où elles croisent un étrange groupe encapuchonné, et une mystérieuse machine qui semble venue de l’espace. Hommage aux Goonies, Paper Girls est l’œuvre pop et énergique, douce et nostalgique du scénariste Brian K. Vaughan et de Cliff Chiang, dessinateur remarqué pour son travail sur Wonder Woman.
Paper Girls, Brian K. Vaughan (scénario) et Cliff Chiang (dessin), Urban Comics, tome 1, 10 euros.

   


La vidéo YouTube : « Kung Fury », par David Sandberg
Pas tout neuf, Kung Fury : sorti il y a trois ans, ce court-métrage est peut-être même l’étincelle qui a mis le feu à la poudrière des jeux, films et séries au look rétro. Une déclaration d’amour à l’esthétique néon des années 1980, ou en tout cas, au souvenir qu’en avait David Sandberg, son réalisateur (et principal acteur) suédois. Une histoire totalement excessive de flic à Miami voyageant dans le temps et luttant, aux côtés d’une guerrière viking et à dos de T-Rex, contre un Adolf Hitler adepte du kung-fu. Rien que ça. Le court devrait connaître une suite : Michael Fassbender est déjà prévu au casting.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ De 2012 à 2017, le sociologue Stéphane Beaud a écouté une fratrie d’enfants d’immigrés maghrébins lui raconter trente ans de leur quotidien. Une rencontre passionnante.
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« La France des Belhoumi » : entendre l’intégration silencieuse

De 2012 à 2017, le sociologue Stéphane Beaud a écouté une fratrie d’enfants d’immigrés maghrébins lui raconter trente ans de leur quotidien. Une rencontre passionnante.



Le Monde
 |    01.04.2018 à 09h00
    |

            Maryline Baumard








                        



                                


                            
La France des Belhoumi. Portraits de famille (1977-2017), de Stéphane Beaud, La Découverte, « L’envers des faits », 352 p., 21 €.

Les Belhoumi sont « nés » le 12 juin 2012. Ce soir-là, une mission locale de Seine-Saint-Denis fête ses trente ans. Le sociologue Stéphane Beaud y prend la parole. Il raconte l’intégration silencieuse des descendants de l’immigration maghrébine, s’arrêtant sur ses heurts et ratés, que les missions locales (ces organismes qui accompagnent les jeunes de 16 à 25 ans sortis du système scolaire) connaissent bien.
Dans la salle de cinéma où se tiennent les débats, Samira écoute. Les statistiques que convoque l’universitaire la renvoient à des visages. Elle reconnaît l’histoire de Rachid et d’Azzedine, deux de ses frères. Un peu celles de Leïla et Amel, ses deux sœurs qui l’accompagnent ce soir-là. Et puis ça la ramène à sa propre histoire, aussi. Fille d’un père algérien arrivé en France en 1971, Samira a été infirmière avant de devenir cadre hospitalière. A la maison, elle a rempli le rôle que lui confère sa place d’aînée et elle continue à le faire, même installée à Paris. Alors qu’elle voit ses parents vieillir, et qu’elle-même est devenue mère, elle a envie que soient consignés par écrit l’exil paternel et la saga de sa famille.
« Samira a pressenti d’emblée le sens politique de la démarche »
Ce soir de juin, l’intervention de Stéphane Beaud sonne tellement juste, à ses oreilles et à celles de ses sœurs, que le trio s’autorise à apostropher le chercheur. Le courant passe bien et le sociologue est immédiatement persuadé que ces trois jeunes femmes peuvent être un terrain d’étude passionnant, que leur belle réussite de cadres de la fonction publique, qui raconte l’intégration silencieuse des descendants d’Algériens, ferait un bel article. Un pacte est scellé sur la terrasse du cinéma. Les « Belhoumi » – patronyme imaginé pour préserver l’anonymat de la famille...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr », d’Antoine Marchalot.
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Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 95)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr », d’Antoine Marchalot.



Le Monde
 |    01.04.2018 à 06h39
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Il n’est jamais là où on l’attend, lui qui nie être un « écrivain voyageur ». Pour le suivre dans son œuvre, qui s’enrichit du « Traquet kurde », vite  ! une boussole, et quatre points cardinaux.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Jean Rolin, écrivain migrateur

Il n’est jamais là où on l’attend, lui qui nie être un « écrivain voyageur ». Pour le suivre dans son œuvre, qui s’enrichit du « Traquet kurde », vite  ! une boussole, et quatre points cardinaux.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 09h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Le Traquet kurde, de Jean Rolin, P.O.L, 176 p., 15 €. 

Jean Rolin n’a pas attendu que le CNRS tire la sonnette d’alarme, le 20 mars, sur la disparition massive des oiseaux des campagnes françaises pour cultiver la passion des volatiles. Ni pour estimer que leurs pépiements, le trajet de leurs migrations, et plus généralement leur sort, nous parlent de nous. Cet hiver, l’écrivain a ainsi publié Le Traquet kurde, récit sur les traces de cette espèce venue, comme son nom l’indique, du Kurdistan, dont un spécimen fut aperçu et identifié dans le Massif central au printemps 2015, quelques semaines après la bataille de Kobané, ville d’où les troupes kurdes du PKK repoussèrent les forces de l’organisation Etat islamique. Il est question d’ornithologie, mais aussi de Moyen-Orient et d’espions britanniques (parmi beaucoup d’autres choses) dans ce court roman aux phrases merveilleusement sinueuses, qui nous entraîne de l’Auvergne aux abords de Mossoul, en passant par Dakar et Ouessant. L’occasion d’évoquer avec Jean Rolin quelques sujets et motifs récurrents de son œuvre admirable, toute en circonspection ironique, digressions et mélancolie.
Animaux
L’écrivain possède un tropisme certain pour la désolation. Dans les zones arpentées au fil de son œuvre, on ne croise pas toujours d’être humain, mais on finit systématiquement par tomber sur des créatures à poil, écaille ou plume – quand elles ne figurent pas dans le titre de ses ouvrages, tels L’Homme qui a vu l’ours ou Un chien mort après lui (P.O.L, 2006 et 2008). « Où que je sois et quel que soit le contexte, j’en viens toujours à observer des animaux de toutes sortes », dit-il. Quand on le rencontre, il revient d’un voyage en Jordanie et au Liban, et ce qui l’y a réjoui « plus que tout » est d’avoir pu contempler deux spécimens de superbes espèces d’oiseaux, le roselin du Sinaï et le souimanga de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Chaque samedi, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nancy Pena.
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Article sélectionné dans La Matinale du 30/03/2018
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« Le chat Madame, grand reporter », par Nancy Pena (épisode 40)

Chaque samedi, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nancy Pena.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 07h10
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Clément Rosset, qui articulait sa philosophie autour de ces deux idées, est mort le 28 mars, à Paris, à l’âge de 78 ans.
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Mort de Clément Rosset, philosophe du tragique et du double

Clément Rosset, qui articulait sa philosophie autour de ces deux idées, est mort le 28 mars, à Paris, à l’âge de 78 ans.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 10h50
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 15h28
    |

Nicolas Truong







                        



                                


                            

Le philosophe Clément Rosset est mort le 28 mars, à Paris. Né le 12 octobre 1939 à Carteret (Manche), auteur d’une œuvre majeure et singulière dans la philosophie française, Clément Rosset a construit la sienne autour de deux idées : celle du tragique et celle du double. Depuis La Philosophie tragique (PUF, 1960), Clément Rosset déploie l’idée selon laquelle l’existence n’a pas de sens, mais que cette pensée n’empêche pas la joie de vivre, bien au contraire. Est tragique « ce qui laisse muet tout discours » et qui « se dérobe à toute tentative d’interprétation », écrit-il dans Logique du pire. Eléments pour une philosophie tragique (PUF, 1971).
Une intuition de jeunesse notamment éprouvée à l’écoute du Boléro de Maurice Ravel, dont le thème repris et répété jusqu’à l’épuisement est bien plus qu’une métaphore de la vie, mais la vie elle-même, où le tragique et la jubilation se confondent ; intuition qu’il ne cessera de développer et à laquelle il donnera l’un de ses plus beaux développements dans La Force majeure (Minuit, 1983).
Rosset montre que le réel est sans double, qu’il n’y a pas d’autres mondes et qu’il est vain de vouloir nier la réalité par la morale
A partir du livre Le Réel et son double (Gallimard, 1976) et avec ceux qui suivront, Clément Rosset démontre, à l’aide de la lecture du mythe d’Œdipe ou de L’Oreille cassée, de Hergé, d’une interprétation des Vacances de Monsieur Hulot, de Jacques Tati ou d’une lecture d’A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, que le réel est sans double, qu’il n’y a pas d’autres mondes et qu’il est vain de vouloir nier la réalité par la morale (qui dit ce qui doit être) ou même la politique (qui dit ce que la cité doit devenir).
Pour Clément Rosset, il faut prendre l’existence dans sa singularité (L’Objet singulier, Minuit, 1979), son idiotie (Le Réel. Traité de l’idiotie,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Dans « Du goût de l’autre », anthropologie de l’anthropophagie, le chercheur pourfend les fantasmes qui entourent ce phénomène mais en détaille aussi les pratiques avérées.
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Mondher Kilani prend le cannibalisme à bras-le-corps

Dans « Du goût de l’autre », anthropologie de l’anthropophagie, le chercheur pourfend les fantasmes qui entourent ce phénomène mais en détaille aussi les pratiques avérées.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 09h41
    |

                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Du goût de l’autre. Fragments d’un discours cannibale, de Mondher Kilani, Seuil, « La couleur des idées », 384 p., 25 €.

Les humains, enfin certains, sont-ils réellement capables d’ingurgiter sans scrupule et sans dégoût leurs congénères ? Du goût de l’autre, le nouvel essai de ­Mondher Kilani, consacré à l’anthropophagie, dissipe quelques doutes à son sujet. Le cannibalisme est-il une réalité ? Qui dévore les premiers chapitres ne peut échapper à la question, bien que la complexité du sujet et la pluralité des cas de figure ne permettent pas à l’anthropologue de la formuler en ces termes.
En revanche, il insiste sur le fait que le mot « cannibalisme » (altération de caraïb attribuée à Christophe Colomb) a été inventé pendant la colonisation, quand il était fort utile de rendre sauvages les Indiens, quitte à transformer les rumeurs en certitudes et à produire un faux témoignage, comme le fit le médecin Diego ­Alvarez Chanca en 1493.
Le même phénomène de « déformation, exagération et fabrication de preuves sur le cannibalisme local » a pu s’observer en Australie ou en Afrique australe. L’auteur rappelle que « la littérature est remplie de peuples victimes de ce type de dénonciation : Carthage par Rome, les chrétiens par les païens (…), les Irlandais par les Anglais, les Chinois par les Coréens ». Le fantasme de la dévoration par les ennemis serait donc universel – les expressions « étranger » et « cannibale » ne sont-elles pas synonymes chez les Ku-Waru de Nouvelle-Guinée ?
Récurrence des métaphores cannibales
Mondher Kilani nous apprend aussi que les Jivaro ont usé de leur réputation de réducteurs de têtes pour tenir éloignés les Espagnols. Le cannibale, comme figure allégorique d’une férocité poussée à son paroxysme, se révèle particulièrement efficace pour terroriser un ennemi réel ou potentiel.
Les pages consacrées à la muséographie,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Au sortir de l’adolescence, le futur grand peintre de la mi-XIXe siècle s’essaye à la littérature. A découvrir en parallèle à la rétrospective du Louvre.
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Eugène Delacroix en jeune écrivain romantique

Au sortir de l’adolescence, le futur grand peintre de la mi-XIXe siècle s’essaye à la littérature. A découvrir en parallèle à la rétrospective du Louvre.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h30
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        



                                


                            
Les Dangers de la cour, suivi d’Alfred et de Victoria, d’Eugène Delacroix, édité par Servane Dargnies et Dominique de Font-Réaulx, Flammarion, 240 p., 17 €.

Quand il entre dans l’atelier du peintre Pierre-Narcisse Guérin, à 17 ans tout juste, Eugène Delacroix (1798-1863) se sait déjà artiste. Reste à choisir le médium. Très tôt épris de musique, il a, tout au long de sa scolarité au lycée impérial, à Paris, acquis une culture classique qui intègre tant les Antiques que les Modernes, Homère, Virgile et Horace côtoyant le Tasse, Racine et Voltaire. Mais, par goût personnel, il y ajoute Dante et Shakespeare comme les maîtres du roman gothique anglais : Matthew Gregory Lewis, Horace Walpole ou Ann Radcliffe. Est-ce à dire qu’il se rêve écrivain, lui dont le Journal, la riche correspondance et les nombreuses études esthétiques attestent le talent de plume ? Il s’en défendra plus tard, préférant l’ascèse du peintre à celle de l’écrivain : « Je ne connais rien qui réponde au labeur ingrat de tourner et retourner des phrases et des mots pour éviter soit une consonance, soit une répétition. »
Et il sait de quoi il parle, puisqu’il s’y est essayé, justement au moment où il se lançait dans la peinture dans le sillage de Géricault. Sans doute fit-il tout pour que ces essais de jeunesse soient oubliés, ne les mentionnant jamais, ni dans son Journal ni dans sa correspondance. Au point qu’il a fallu mener une enquête serrée pour prouver que les trois textes aujourd’hui réunis dans Les Dangers de la cour, suivi d’Alfred et de Victoria – deux longues nouvelles et une pièce de théâtre, inédite jusqu’ici – sont bien de la main du jeune Delacroix.
Sans doute le plus abouti est-il celui présenté sous le titre Les Dangers de la cour – initialement cette fable, qui croise le goût rousseauiste de la solitude et le combat voltairien contre l’intolérance...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Dans « Aveuglements », l’essayiste passe au crible de la violence contemporaine le lien entre politique et théologie.
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Jean-François Colosimo éclaire le côté obscur des Lumières

Dans « Aveuglements », l’essayiste passe au crible de la violence contemporaine le lien entre politique et théologie.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h30
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            
Aveuglements. Religions, guerres, civilisations, de Jean-François Colosimo, Le Cerf, « Actualité », 544 p., 22,90 €.

Dans un bref essai paru à Vienne en 1938 et immédiatement confisqué par la Gestapo, le philosophe Eric Voegelin (1901-1985) faisait du nazisme une expérience religieuse, une espérance apocalyptique, une mystique sanglante : « Et le geste sera bon, si rouge coule le sang », disait un poème récité par les zélateurs hitlériens. Raillant les intellectuels qui refusaient d’envisager le noyau religieux du totalitarisme, Voegelin écrivait : « La question religieuse reste taboue pour ces esprits sécularisés ; et la soulever sérieusement et radicalement aujourd’hui leur apparaît comme douteux – peut-être aussi comme une barbarie ou un retour vers le sombre Moyen Age. » Ce petit livre indispensable, Les Religions politiques, a été traduit en français en 1994 aux éditions du Cerf.
Un demi-siècle plus tard, Jean-François Colosimo, le patron de cette vénérable maison fondée par des frères dominicains, s’inscrit en partie dans le même sillage. Alors que d’autres fanatiques font couler le sang avec ferveur, il publie Aveuglements, livre plus épais que celui de Voegelin, mais qui décrit également le « lien impensé » entre politique et théologie. Déjà auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, Colosimo signe ici son essai le plus personnel. On y retrouve son érudition exaltée, mais aussi cette écriture subtilement ténébreuse qui vaut sans doute fidélité à son maître, le penseur post-maurrassien Pierre Boutang (1916-1998).
« A quoi mourons-nous symboliquement et de quoi meurent, assassinés, trop d’entre nous ? » D’entrée de jeu, la question est vaste. Pour y répondre, Colosimo emmène son lecteur dans une méditation de longue haleine, où il croisera de nombreux auteurs d’époque et d’horizon différent. Voegelin, bien sûr, mais aussi de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Œuvres complètes », de Lucien de Samosate.
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Figures libres. Allez chez Lucien, tout est bon !

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Œuvres complètes », de Lucien de Samosate.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Œuvres complètes, de Lucien, traduit du grec ancien et édité par Anne-Marie Ozanam, Les Belles Lettres, « Editio minor », 1432 p., 55 €.

Quel auteur ! On ne s’en lasse jamais. Parce qu’il est drôle. Mais aussi caustique, imaginatif, savant, imprévisible, ironique, généreux. Et populaire, bien que puriste. Il se moque des philosophes au nom de la philosophie, fustige les humains par humanité, fait rire des dieux par respect pour la raison. On trouve en lui de l’Offenbach et du Voltaire, du La Bruyère et du Rabelais, du Swift et même du Nietzsche. Le tout en grec ancien, dont il manie les moindres subtilités et astuces, bien que ce ne soit pas sa langue maternelle. Il écrit à l’époque de Marc Aurèle et de Commode, de l’Empire romain florissant et décadent, de la philosophie confrontée aux changements du monde.
Son nom, Lucien, fleure bon la France, évoquant, au choix, Leuwen, Rubempré ou des chansons de Piaf comme de Renaud. Lui, pourtant, naquit en 120 de notre ère, dans la province romaine de Syrie, à Samosate. La région, aujourd’hui turque, est proche des frontières de la Syrie et de l’Irak actuels. Enfant d’une famille relativement modeste, il renonce tout jeune à sculpter la pierre pour ciseler des phrases, bien qu’il ait sans doute parlé araméen avant de maîtriser le grec. Voilà donc un « barbare » qui va devenir l’un des plus étincelants stylistes grecs, parcourant l’empire, d’Athènes à Rome, en passant notamment par Antioche, la Gaule, l’Egypte.
Nos raisons de redécouvrir Lucien, que Renaissance et âge classique ont scruté avec passion, ne tiennent pas au seul plaisir littéraire. Vivant dans un tourbillon presque aussi troublé que le nôtre, il dénonce avec ardeur faux prophètes, charlatans et marchands de sagesse qui tous refleurissent à présent. Il déteste superstitions et fanatismes, se moque des faux savoirs et des postures intellectuelles, avec une acuité et une rudesse dont nous avons...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Célèbre femme de la Belle Epoque, modèle, actrice, elle était d’une liberté et d’une beauté irrésistibles. Puis… Sylvain-Christian David raconte son étonnante histoire.
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Biographie. Fanny Zaessinger, la muse terminale

Célèbre femme de la Belle Epoque, modèle, actrice, elle était d’une liberté et d’une beauté irrésistibles. Puis… Sylvain-Christian David raconte son étonnante histoire.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 10h01
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Fanny. Histoire de Fanny Zaessinger, qui disparut, de Sylvain-Christian David, Le Sandre, 336 p., 22 €.

Il y a eu un moment, vers 1895, où tout le monde, à Paris, n’a juré que par Fanny, n’a pensé qu’à Fanny, n’a rêvé que de Fanny, hommes et femmes confondus, emportés dans un même élan d’admiration, de désir ou de curiosité pour cette très jeune femme apparue un beau jour à Montmartre, dans « un joli petit chalet branlant », et qui disparaîtra quelques années plus tard, sans plus d’explication, pour toujours. Du moins jusqu’à la belle enquête biographique que lui consacre aujourd’hui Sylvain-Christian David qui, fasciné depuis des décennies par cette figure oubliée, a traqué la moindre trace de son existence. Et a découvert, derrière le météore fin de siècle, une autre vie, une autre Fanny, loin de la grâce joyeuse qu’elle a brièvement incarnée.
En attendant ces glaçantes révélations finales, et comme pour retarder l’échéance, place à la joie, justement, à la jeunesse explosive, virevoltante, de Fanny Zaessinger. Ou plutôt, place aux souvenirs de cette jeunesse, aux dizaines de textes, patiemment rassemblés par l’obsessionnel auteur, qui la racontent, ou l’évoquent, ou la laissent deviner. Car il n’y a presque aucune source directe sur elle. Sans doute, conjecture Sylvain-Christian David, est-elle née au Creusot (Saône-et-Loire) en 1877, dans une famille alsacienne qui aurait refusé de devenir allemande. Peut-être est-elle arrivée à Paris en 1894. Plus certainement : c’est cette année-là que tout commence à s’enflammer autour d’elle.
Elle faisait un effet inoubliable
Elle est alors le modèle favori et, qui sait ?, la maîtresse du peintre Charles Léandre (1862-1934). Les journaux se mettent à parler d’elle, les poètes la glissent dans leurs vers, les romanciers la recrutent comme personnage, les chroniqueurs mondains la chahutent… Elle devient comédienne, joue Ibsen au Théâtre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Nouvelles, récits, histoire, anthologie, biographie, auteurs du « Monde »… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 30 mars 2018.
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Livres en bref

Nouvelles, récits, histoire, anthologie, biographie, auteurs du « Monde »… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 30 mars 2018.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 08h29
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
Thomas Doustaly, 
                                Emilie Grangeray, 
                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Etienne Anheim (Historien et collaborateur du « Monde des livres ») et 
                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Biographie. Pauvre Guillaume Dustan
Dustan superstar, de Raffaël Enault, Robert Laffont, 316 p., 21 €.

Il n’était pas prudent de confier la vie de Guillaume Dustan, auteur de trois romans fulgurants, Dans ma chambre, Je sors ce soir et Plus fort que moi (P.O.L, 1996, 1997 et 1998), à Raffaël Enault. « Je l’aimais parce que j’aurais voulu qu’il soit mon père », ne tarde pas à confesser ce dernier dans la biographie ratée qu’il consacre à l’écrivain, réduit dès les premières pages à la « perruque pailletée » qu’il lui arrivait de porter à la télévision. C’est encombré de cette confidence qu’on essaie de glaner au fil des pages quelques informations éclairantes sur la vie de William Baranès, né en 1965 à Paris, devenu une figure de l’autofiction au tournant des années 2000 et mort tragiquement en 2005.
Mais, au lieu de revenir précisément sur l’homme et son temps (pas une ligne sur le contexte de l’épidémie de sida, par exemple), Enault s’enivre de son obsession pour son sujet, jusqu’à inclure son propre journal à cette biographie. Une collection de longs verbatim (d’émissions de radio ou de télévision) ou de textes de Dustan lui-même et quelques entretiens avec des proches ne peuvent pas remplacer un travail d’enquête. Alors que la polémique qui a opposé l’écrivain (lui-même séropositif) à l’association Act Up est essentielle pour comprendre la fin de sa vie, l’auteur en donne un récit unilatéral qui lui interdit toute analyse fine des événements. Reste le récit de la jeunesse d’un fort en thème (concours général, ENA) à la fois privilégié, hyper­productif et insatisfait, auquel on s’attache. T. Dy
Lire un extrait sur le site des éditions Robert Laffont.
Anthologie. Une bible marine
La Mer dans la littérature française. De François Rabelais à Pierre Loti, de Simon Leys, Robert Laffont, « Bouquins », 1 408 p.,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ La chronique de Bruno Latour, à propos d’« Antithèses. Mallarmé, Péguy, Paulhan, Céline, Barthes », de Charles Coustille.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Qui a la parole ? Doctorants privés de soins

La chronique de Bruno Latour, à propos d’« Antithèses. Mallarmé, Péguy, Paulhan, Céline, Barthes », de Charles Coustille.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 09h01
    |

                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            
Antithèses. Mallarmé, Péguy, Paulhan, Céline, Barthes, de Charles Coustille, Gallimard, « Bibliothèque des idées », 312 p., 24 €.

L’écriture d’une thèse en humanités ou en sciences sociales n’est pas simplement une épreuve de type sportif, mais une forme de maladie mentale d’autant plus douloureuse qu’elle est ignorée des psychiatres et qu’il n’existe pas d’autre traitement que de la terminer ! Trouver le sujet, choisir le directeur de thèse, chercher le financement, accéder au terrain, tout cela est déjà difficile. Là où les choses deviennent affreuses, c’est qu’il arrive un moment où il faut rédiger la thèse. Et pour qui ? Pour le pire public qui soit : un jury de cinq ou six membres qui la lira à la façon d’un juge pour ne plus y penser une fois le verdict rendu.
Ce qui va rendre fous les doctorants, c’est qu’ils vont rencontrer sur le chemin le spectre de l’écriture. On leur a dit de résoudre d’abord les problèmes de données, de terrain, de références. La chose s’écrira toute seule ; qu’ils laissent les questions d’écriture aux écrivains et aux poètes. Par conséquent, rien ne prépare les impétrants à la possibilité d’un échec de la thèse, interminable.
Tout l’intérêt d’Antithèses, le livre de Charles Coustille, est d’aller voir comment les écrivains et les poètes, de ­Mallarmé à Jean-Benoît Puech, en passant par Paulhan, Barthes et Céline, sans oublier l’admirable Péguy, affrontent le spectre de l’écriture d’une thèse. Pour rendre l’épreuve plus intéressante, il a choisi ceux qui ont abandonné jusqu’à l’espoir de la soutenir. Là où de modestes tâcherons réussissent pourtant à la terminer, de grands écrivains échouent misérablement.
Contre l’académisme
Comme on le fait depuis Villon, les auteurs choisis ont tendance à se défausser de leurs difficultés à terminer leurs thèses en critiquant l’académisme et les universitaires. C’est évidemment le cas de Péguy, qui dresse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Le philosophe François Noudelmann, proche de l’écrivain antillais Edouard Glissant, mort en 2011, propose de celui-ci une biographie sous le signe de l’insatisfaction.
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Biographie. La face inquiète d’Edouard Glissant

Le philosophe François Noudelmann, proche de l’écrivain antillais Edouard Glissant, mort en 2011, propose de celui-ci une biographie sous le signe de l’insatisfaction.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
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                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »)








                        


Edouard Glissant. L’identité généreuse, de François Noudelmann, Flammarion, « Grandes biographies », 442 p., 26 €.

   


C’est la générosité qui domine la pensée d’Edouard Glissant (1928-2011), militant dans sa jeunesse pour l’indépendance de la Martinique, devenu penseur de la ­créolisation, qu’il a élargie en une vaste théorie du « Tout-Monde » et de la « Relation ». Mais à lire la biographie que lui consacre le philosophe François Noudelmann, qui a été l’un des proches amis de l’écrivain à la fin de sa vie, c’est une autre dimension qui apparaît : non pas son envers, mais sa face plus inquiète.
Né sur les hauteurs de Sainte-Marie, en Martinique, le jeune garçon souffre de la préférence pour son frère aîné, Paul, qu’il décèle chez sa mère. Glissant poursuit des études de philosophie à Paris, où il forge ses premières armes critiques et jouit d’une soudaine notoriété lorsque, à côté de son œuvre poétique, il publie son premier roman, La ­Lézarde (Seuil, prix Renaudot 1958). Mais dès lors s’enchaînent les malentendus.
Sourde insatisfaction
François Noudelmann alterne chapitres biographiques et intermèdes amicaux – dont la familiarité, trop grande, devient parfois gênante – pour mettre Glissant en scène dans sa vie d’écrivain-universitaire à la fois mondialement reconnu et sourdement insatisfait. Les retours en Martinique sont source de déception : sa réussite sociale l’isole, et son œuvre n’y est pas lue.
C’est aux Etats-Unis, et non en France, que les universités lui ouvrent leurs portes, mais on attend de lui un discours identitaire, alors qu’il veux parler de ses poètes, Victor Segalen (1878-1919) ou Saint-John Perse (1887-1975). Sa création, l’Institut martiniquais d’études, où les jeunes Antillais sont nourris de leur culture, lui échappera. Il ne recevra jamais le prix Nobel. L’œuvre de Glissant est une des plus généreuses que la France puisse offrir, mais peut-être l’a-t-elle reconnue trop tard.
Lire un extrait sur le site des éditions Flammarion.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Claro est fou de Perrine Le Querrec.
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édition abonné


Le feuilleton. C’est ainsi qu’il faut les voir

Claro est fou de Perrine Le Querrec.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
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                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Le Plancher, de Perrine Le Querrec, L’Eveilleur, 120 p., 15 €.

Si le malheur des hommes vient bel et bien de ne savoir pas mariner dans une pièce, ainsi que l’estimait Pascal, alors il y a fort à parier que la littérature a tout intérêt à s’enfermer avec eux. Que dit leur agitation ? Repousse-t-elle les murs ? Contre ces derniers, que cognent-ils en sus de leur tête ? Sont-ils déjà morts quand ils feignent de dormir ? Quelles sont ces secousses qui les laissent ainsi désaxés ? Rêvent-ils de s’échapper ou aspirent-ils à ne faire qu’un avec les surfaces qui les contiennent ? Et leur sang, coule-t-il en rond ? Voyez, dès qu’on est derrière la porte fermée, l’esprit assiégé se tend, claque comme un élastique, l’œil erre, se retourne, toutes sortes de sensations sont diffractées, adieu le repos, et c’est écrire qu’il faut, sans tarder, quel que soit le risque, et ce sous la pression sans cesse croissante de ce monstre qu’est le silence.
Dans une chambre, disais-je. Je pourrais tout aussi bien préciser : dans un corps. Là où sévit le chaud extrême, sous l’inquiétante froidure. Là encore, voyez : quand tous les repères disparaissent, se noyer dans l’instant devient toute une histoire. Et raconter cette histoire, on s’en doute, ne va pas de soi, et, pour ce faire, peut-être faut-il justement partir d’un autre « soi ». A ce jeu qui n’en est pas un, Perrine Le Querrec excelle. Profitons de la réédition d’un de ses premiers textes, Le Plancher, pour voir ce qu’il en est de la chambre du corps et du malheur des hommes.
Le plancher dont il est question ici, c’est le fameux « plancher de Jeannot », une surface de quinze mètres carrés sur laquelle un jeune paysan du Béarn a gravé, en 1971, un texte en lettres capitales, texte brut et violent où tout est dit de l’angoisse d’un retranché de la vie – ces lattes griffées sont aujourd’hui exposées face à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris. Perrine...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Pour l’auteur de « L’Attrape-cœurs », mort en 2010, la vie privée n’était pas une vaine chose. Ce qui ne rend pas facile la tâche de ses biographes, dont Denis Demonpion.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
      

Biographie. La discrétion ­persistante de J. D. Salinger

Pour l’auteur de « L’Attrape-cœurs », mort en 2010, la vie privée n’était pas une vaine chose. Ce qui ne rend pas facile la tâche de ses biographes, dont Denis Demonpion.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
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                            Florence Noiville








                        


Salinger intime. Enquête sur l’auteur de « L’Attrape-cœurs », de Denis Demonpion, Robert Laffont, 400 p., 21 €.

   


Il existe plusieurs biographies américaines de Jerome David ­Salinger (1919-2010). Si le journaliste Denis Demonpion en propose une nouvelle – après celles d’Arletty et de Houellebecq (Flammarion, 1996, et Maren Sell, 2005) –, c’est pour saisir de manière « intime » l’auteur de L’Attrape-cœurs (Robert Laffont, 1953 ; 35 millions d’exemplaires vendus), dont on sait pourtant qu’il avait une sainte horreur de toute intrusion dans sa vie privée.
Denis Demonpion n’a pas réussi à approcher l’écrivain. Mais dix années d’enquête et de jeu de piste, ainsi que l’épluchage de lettres inédites, lui permettent néanmoins de brosser en creux un portrait très vivant du célèbre reclus de Cornish (New Hampshire).
Sur Utah Beach le 6 juin 1944
Entre sa naissance de parents immigrés et la pose de sa pierre tombale où il rêvait, comme son héros Holden Caulfield, de ne voir inscrits que ces mots : « Allez vous faire foutre », Denis Demonpion évoque notamment l’adolescence de Salinger et son voyage en Pologne, pays d’origine de son père, au cours duquel il travailla dans l’abattoir familial. Ou ce 6 juin 1944 quand, avec sa machine à écrire emmaillotée dans son paquetage, il débarqua en Normandie, à Utah Beach, en réchappa miraculeusement, mais n’en revint jamais vraiment.
Au chapitre des blessures, on trouve aussi celle laissée par son amour pour la jeune Oona O’Neill, fille du dramaturge Eugene O’Neill (1888-1953, Prix Nobel 1936), qui lui préférera Charlie Chaplin. Salinger lui écrivit « de très, très, très belles lettres » d’amour, selon Jane ­Chaplin, l’une des huit enfants d’Oona et Chaplin. Pour préserver la mémoire de leurs parents, ces derniers n’ont cependant pas autorisé l’accès à cette correspondance. Preuve que du Salinger intime, il reste encore à découvrir. C’est plutôt une bonne nouvelle : le mystère résiste.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ L’écrivain, new-yorkais de cœur, raconte son avant et son après-11 septembre 2001, d’une écriture somptueuse.
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Les méditations new-yorkaises de Patrick Declerck

L’écrivain, new-yorkais de cœur, raconte son avant et son après-11 septembre 2001, d’une écriture somptueuse.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h00
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                            Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
New York vertigo, de Patrick Declerck, Phébus, 128 p., 13 €.

Psychanalyste, philosophe, anthropologue et écrivain, Patrick Declerck s’est fait connaître en 2001 par la publication d’une enquête majeure sur les sans-abri (Les Naufragés. Avec les clochards de ­Paris, Plon, « Terre humaine »). Sensible aux marginaux, aux anormaux, aux situations extrêmes, et marqué par trois influences décisives – Nietzsche, Schopenhauer et Freud –, ce grand voyageur mélancolique signe aujourd’hui un texte flamboyant sur New York, ville aimée où il a passé son adolescence et où il est retourné en 2012, juste avant d’être opéré d’une tumeur cérébrale.
Dès les premières pages, il entraîne le lecteur dans le vertige d’une écriture somptueuse et parfaitement ciselée, à la manière d’un tableau de Jérôme Bosch. New York vertigo est à la fois une réflexion sur l’avant et l’après-11 septembre 2001, sur la haine que l’auteur éprouve pour les « assassins coranophiles », et sur le pourrissement inéluctable des corps : « Manhattan où je n’étais pas retourné depuis vingt-sept ans. Cette ville où, depuis mes 11 ans, j’avais commencé à devenir moi-même et dont l’anglais souvent brutal et argotique était devenu mon adorée première langue, celle des rêves, des extases et de toutes les colères. »
Scènes poignantes
Dans ce récit, construit comme une autobiographie sur fond de pessimisme noir, de visite à « Ground Zero » et de tendresse avouée pour la misère du monde, l’auteur mêle ses propres souvenirs aux histoires ordinaires de ceux qui disparurent dans l’effondrement des tours. Tels Ed Beyea et Abe Zelmanowitz, deux magnifiques amis travaillant ensemble dans la tour 1WTC : le premier, tétraplégique et obèse, converti au catholicisme, le second, juif orthodoxe et solitaire. Quand ils allaient dîner en ville, chacun invitait l’autre à tour de rôle. Abe veillait à ce que le restaurant choisi...




                        

                        

