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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Le film des studios Marvel, record absolu de fréquentation, pourrait donner le goût des salles obscures à la classe moyenne de Nairobi.
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Reportage

Au Kenya, l’industrie du cinéma veut profiter du succès phénoménal de « Black Panther »

Le film des studios Marvel, record absolu de fréquentation, pourrait donner le goût des salles obscures à la classe moyenne de Nairobi.

Par                                            Marion Douet (Nairobi, correspondance)




LE MONDE
              datetime="2018-04-01T18:00:27+02:00"

        Le 01.04.2018 à 18h00






    
Projection en 3D de « Black Panther » dans un cinéma de Nairobi, le 14 février 2018.
Crédits : YASUYOSHI CHIBA / AFP


Des séances de cinéma complètes plusieurs jours à l’avance ? Au Kenya, on n’avait jamais vu ça. L’engouement autour de Black Panther a certes touché la planète entière, mais ici, le dernier film des studios Marvel a connu un succès particulier. Six semaines après leur sortie, les aventures des habitants du Wakanda ont attiré quelque 100 000 spectateurs dans les salles, pour des recettes d’environ 50 millions de shillings kényans (400 000 euros), selon les chiffres du groupe Century Cinemax, leader du marché.

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Le chiffre peut sembler modeste, mais il s’agit au Kenya d’un record absolu. Avengers : l’Ere d’Ultron, qui occupait jusqu’ici la première place, avait rassemblé en 2015 moins de 30 000 spectateurs et amassé une dizaine de millions de shillings. Au-delà du Kenya, la performance de Black Panther est similaire dans toute l’Afrique de l’Est, souligne Century Cinemax.
« C’est le film parfait ici »
Au pimpant centre commercial Junction Mall, qui accueille l’un des plus grands cinémas de Nairobi (la capitale en compte neuf), Simone sort ravi, avec son fils, de la projection du début d’après-midi. Si le garçon, un soda en main, est encore exalté par « les scènes d’action et les combats », son père a surtout apprécié la symbolique. « C’est très différent des “black movies” américains habituels, où il y a toujours cette séparation, plus ou moins marquée, entre les Noirs et les Blancs », salue-t-il, évoquant aussi l’univers africain et « la logique d’indépendance ».
Un bon résumé, selon Jotham Micah, directeur du marketing de Century Cinemax, de ce qui a fait le succès du film au Kenya. « Black Panther, c’est le film parfait ici, se félicite-t-il en dégustant un cappuccino à la terrasse du Java House voisin. D’abord parce que les gens adorent les films de superhéros, ensuite parce qu’il y a une dimension africaine… et aussi parce qu’il y a Lupita. » 

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L’actrice Lupita Nyong’o, oscarisée pour son rôle dans Twelve Years a Slave et fille du gouverneur du comté de Kisumu, dans l’ouest du Kenya, a permis de braquer l’attention sur Black Panther avant sa sortie. Pour la première projection mondiale du film de l’Américain Ryan Coogler, le 13 février, elle était d’ailleurs attendue dans cette ville modeste des abords du lac Victoria. Si tout le gratin politique était présent, Lupita Nyong’o n’est finalement pas apparue, mais le buzz était là.
Séance en 3D
Le scénario a fait le reste. Le royaume du Wakanda, situé en Afrique, dépeint un pays technologiquement en avance sur le reste de l’humanité grâce à la possession et à la mise en valeur d’un métal aux propriétés multiples, le vibranium. Une civilisation africaine symbolique dont les influences culturelles ont été empruntées, par petites touches, à l’ensemble du continent. Dans les costumes, on aperçoit notamment des shukas, tissus traditionnels masaï, et d’épaisses couvertures inspirées de celles que portent les habitants des montagnes du Lesotho. Le Wakanda entend également représenter une société égalitaire où les femmes, cheffes de tribus, guerrières ou espionnes, tiennent des rôles de premier plan.

    
Lors de la première projection mondiale de « Black Panther », à Kisumu, au Kenya, le 13 février 2018.
Crédits : YASUYOSHI CHIBA / AFP


« C’est ce qui m’a le plus plu, toutes ces femmes noires et fortes qui portent leurs cheveux au naturel », s’enthousiasme Mariam Hiba Maluk en sortant de la séance en 3D à Junction Mall. Enfin délivrée des examens de fin du premier trimestre, cette étudiante de 20 ans s’est ruée, avec son amie Sharon Ndunge Muoki, pour découvrir ce royaume africain « exemplaire » et tant salué par la critique. Elles y ont aussi trouvé des limites. « Qu’est-ce qu’ils ont fait avec ces accents ? D’où ça vient ? C’est exagéré et un peu ridicule », se moque ainsi Sharon.

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Sur ce point comme sur d’autres, Black Panther n’a pas suscité que des louanges. « Au fond, c’est un film à propos d’un continent divisé, tribalisé, découvert par un homme blanc qui ne vise rien d’autre que ses ressources naturelles ; dirigé par une élite riche, avide de pouvoir, belliqueuse et féodale ; une nation qui, avec les meilleures armes et technologies au monde, n’a pas réussi à développer d’autres moyens de transfert des pouvoirs que les combats à mort et les coups d’Etat », a déploré le caricaturiste kényan Patrick Gathara dans une tribune au Washington Post. Le film, « fantastiquement bien fait », ne peut avoir germé selon lui que dans un esprit « néocolonialiste » et n’a d’ailleurs, ironise-t-il, pas manqué de répondre « au cliché du magnifique coucher de soleil africain ».
Un divertissement d’avenir
Loin de ces critiques, Century Cinemax se frotte les mains. Le succès de Black Panther pourrait bien marquer l’envol du secteur, selon le directeur marketing. « Une partie des spectateurs qui sont venus ces dernières semaines n’avaient jamais mis les pieds dans un cinéma, ils reviendront sûrement », souligne Jotham Micah. Son groupe, qui envisage d’ouvrir de nouvelles salles, voit dans le cinéma un divertissement d’avenir au Kenya, et plus particulièrement à Nairobi, où se concentre la classe moyenne de la première économie d’Afrique de l’Est. A 600 shillings (moins de 5 euros) la place – pop-corn offert –, l’activité vise avant tout cette frange minoritaire de la population.

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L’effet domino ira-t-il jusqu’à la production cinématographique, une industrie encore confidentielle au Kenya ? Rien n’est moins sûr. Car les 17-25 ans, principaux clients des salles obscures, ne jurent que par les films d’action, note Jotham Micah. Outre Black Panther et Avengers, les principaux succès commerciaux ont été enregistrés par Wonder Woman, Captain America et Fast and Furious. Or cette demande est bien éloignée de l’offre locale : des films à petit budget, très « art et essai ».
« Nous les cinéastes kényans, nous aimons raconter des histoires sombres de vies difficiles, de slums [bidonvilles], parce que c’est ce qui nous touche », confesse le réalisateur et producteur Reuben Odanga, admettant que ses compatriotes viennent au cinéma pour se relaxer et passer un bon moment, loin de leurs soucis quotidiens. Lui qui ambitionne de tourner cette année son premier long-métrage – « une romance qui visera un public féminin » – reconnaît d’ailleurs avoir « a-do-ré » Black Panther.


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Notre choix du soir. Le réalisateur américain éclaire avec mélancolie les arrière-plans humains de la bataille d’Iwo Jima, menée en 1945 (sur TCM Cinéma à 20 h 45).
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TV – « Mémoires de nos pères »

Notre choix du soir. Le réalisateur américain éclaire avec mélancolie les arrière-plans humains de la bataille d’Iwo Jima, menée en 1945 (sur TCM Cinéma à 20 h 45).



Le Monde
 |    01.04.2018 à 17h45
    |

                            Jean-François Rauger








                        


Film sur TCM Cinéma à 20 h 45

Le film de Clint Eastwood semble obéir à un programme contenu dans son titre : l’allégeance au passé, l’hommage aux anciens, la soumission respectueuse à une généalogie, dont ne fut peut-être pas mesurée la valeur profonde. Mémoires de nos pères est l’adaptation d’un récit de James Bradley, dont le père, vétéran de la bataille de l’île d’Iwo Jima, péniblement prise aux Japonais, fit partie des six soldats qui hissèrent le drapeau américain sur le mont ­Suribachi, le 23 février 1945, après ­plusieurs jours de combat. Cette action fut immortalisée par le photographe Joe Rosenthal, qui réalisa une image-emblème, une icône de la victoire, dont l’écrivain et le cinéaste avouent avoir voulu traiter les arrière-plans humains.
Trois périodes s’entrelacent dans le film : le présent (des survivants de l’époque sont interviewés par le narrateur) et deux moments du passé, celui des combats sur l’île et celui de la tournée que firent les trois survivants du cliché de Rosenthal aux Etats-Unis, acclamés comme des héros au cours d’une campagne publicitaire destinée à inciter les Américains à acheter des bons de guerre.
Une étrange épopée individuelle
Ainsi, à la rhétorique du film de guerre s’ajoutent les scènes qui montrent quelques individus sommés de sortir de leur humanité concrète afin de se transformer en symboles. C’est le premier sujet de Mémoires de nos pères : que devient une image lorsqu’elle n’est pas simplement la trace d’une réalité visible, mais qu’elle se transforme en icône ?
Cette mutation devient aussi un récit de cinéma, une étrange épopée individuelle au cours de laquelle les trois « héros » sont ballottés de cérémonies dérisoires et parfois grotesques en rencontres, forcément décevantes, avec une société civile américaine devenue étrangère. Celle-ci, tout en les ­acclamant, leur rappelle leur ­condition sociale ou ethnique : l’un des soldats est un Indien à qui l’on rappelle parfois vulgairement son origine.

   


Mémoires de nos pères rejoint la grande fiction hollywoodienne, qui a souvent interrogé les prin­cipes fondateurs de l’Amérique et la définition de la démocratie. Des films épiques de King Vidor aux comédies matrimoniales de George Cukor en passant par les méditations de John Ford, une grande partie du cinéma américain, avant qu’il ne s’adonne aux délices de la mise en abîme iro­nique ou réflexive, s’est toujours construite sur la résolution d’un paradoxe : l’homme ordinaire peut-il être aussi un héros de ­cinéma – ici de la grande histoire – sans perdre sa nature de sujet de la démocratie ? Comment être un individu parmi d’autres et être unique ? C’est la question que pose frontalement le film d’East­wood, qui vient miracu­­leu­sement illuminer le reste de sa ­filmographie.
En questionnant la nature de l’héroïsme de ses personnages, le film donne une des clés de la ­mélancolie au cœur de l’œuvre de l’auteur d’Impitoyable. Elle est aussi dans la mise en scène. Le goût du réalisateur pour les ombres et la pénombre n’expri­me-t-il pas le sentiment d’un effacement de la figure humaine comme condition de sa pétrification en statue héroïque ? Le cinéma de Clint Eastwood n’a jamais cessé de parler de cela.
Mémoires de nos pères, de Clint Eastwood. Avec Ryan Phillippe, Adam Beach, Neal McDonough (EU, 2006, 132min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Martin Luther King. Après un été 1964 marqué par des émeutes dans des villes du nord des Etats-Unis, le reporter Jacques Amalric se rend à Harlem, quartier emblématique de la communauté noire à New York.
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Harlem entre l’« ordre » et la colère

Martin Luther King. Après un été 1964 marqué par des émeutes dans des villes du nord des Etats-Unis, le reporter Jacques Amalric se rend à Harlem, quartier emblématique de la communauté noire à New York.



Le Monde
 |    01.04.2018 à 13h00
    |

                            Jacques Amalric








                        



                                


                            

« Le haut lieu de l’élégance, du bien-être, de la culture et de l’intelligence sera bientôt l’ancien et vénérable village de Harlem. » La prédiction est extraite du Harlem Monthly Magazine. Mais elle date de 1893.
« Harlem est un ghetto, une colonie économique de la ville de New York. Ses habitants forment une communauté inférieure, victime de la cupidité, de la cruauté, de la dureté de leurs maîtres coupables et apeurés. Cette communauté ­elle-même se caractérise par l’esprit de stagnation, de défaitisme, l’hostilité aveugle, l’agressivité, des tensions externes et des troubles intérieurs. » Ce jugement est plus récent. Il date du printemps dernier, avant que les émeutes noires de cet été ne concentrent les feux de l’actualité sur les ghettos des grandes villes industrielles du nord et de l’est des Etats-Unis. Il est extrait d’un volumineux rapport de six cent vingt pages ­publié, après dix-huit mois de travail assidu, par une organisation chargée de la promotion des jeunes habitants noirs de Harlem.
La rue, perpétuelle salle d’attente
Très vite la question de la peau ne suffit plus à expliquer le ­contraste. La foule est toujours dans la rue, mais ce n’est plus la même foule, et la rue est devenue autre chose qu’une simple voie de communication : c’est une ­immense pièce commune, une perpétuelle salle d’attente, où ont pris l’habitude de vivre et de ne plus ­espérer jeunes gens et ­adultes sans travail, enfants en rupture d’école.
Les immeubles qui constituent la toile de fond de cette civilisation de la rue n’ont rien de commun avec le décor géant – béton et verre – qui sert de cadre, là-bas, dans la ville basse, à la vie des autres New-Yorkais. Souvent comparables à celles des quartiers ­portoricains voisins, les maisons de Harlem gardent des proportions humaines et rappellent ce qu’on a connu autrefois, ici.
Une certaine opulence et un ­certain art de vivre : du côté de ­Lenox Avenue, il est encore...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Martin Luther King. En avril 1965, l’organisation secrète, plus que centenaire, est en plein renouveau.
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Les haines sans fin du Ku Klux Klan

Martin Luther King. En avril 1965, l’organisation secrète, plus que centenaire, est en plein renouveau.



Le Monde
 |    01.04.2018 à 13h00
   





                        



                                


                            

« Les Nègres ne seront ­contents que lorsque nous aurons déclenché une guerre raciale dans ce pays. Une race doit être supérieure à l’autre. » M. Calvin Craig, « grand dragon » du Klan de Géorgie, parle. Les quelques centaines d’hommes qui l’écoutent, drapés dans leurs longues robes blanches, applaudissent. La scène se passe aux environs d’Atlanta, mais elle pourrait se dérouler dans n’importe quel autre Etat du Sud : le public serait sensiblement le même, toujours aussi fanatique pour accueillir les « vérités » du Ku Klux Klan (KKK).
Expéditions meurtrières
Depuis 1954, en effet, le Ku Klux Klan est en plein renouveau. Cette seconde jeunesse, il la doit en partie aux juges de la Cour suprême qui déclarèrent cette année-là que la ségrégation raciale dans l’enseignement public était inconstitutionnelle ; la décision réveilla la « vigilance » endormie des Klansmen, qui décidèrent de reprendre leurs activités au service de la ­supériorité de la race blanche. Dix ans plus tôt une telle renaissance n’aurait sans doute pas été possible, tant l’organisation s’était ­discréditée par des scandales ­financiers et par ses liens avec le Bund germano-américain, association ouvertement pronazie.
Les Klans – on en compte une douzaine d’importants – ont une double vie. Les meetings au clair de lune à la fin desquels on ­embrase une immense croix, les discours racistes, les défilés en ­faveur de la ségrégation, font partie de leur vie publique. De même les réunions de Klaverns – les ­sections locales d’un Klan – où aucune décision importante n’est prise : en fait, on s’y donne surtout du courage en entendant ­répéter ce que l’on a envie d’entendre, on porte ses cotisations et, à l’occasion, on graisse les ­armes du petit arsenal collectif. L’expérience a trop prouvé aux ­dirigeants des Klans combien il était facile aux agents du FBI de s’y infiltrer pour que tous les membres soient mis au courant des expéditions meurtrières.
La...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Un an et demi après l’assassinat du pasteur noir américain, l’écrivain Claude Roy analyse les changements de fond perceptibles au sein de la communauté.
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Martin Luther King : la couleur des mots

Un an et demi après l’assassinat du pasteur noir américain, l’écrivain Claude Roy analyse les changements de fond perceptibles au sein de la communauté.



Le Monde
 |    01.04.2018 à 13h00
    |

                            Claude Roy (écrivain, « Le Monde » du 22 novembre 1969)








                        



                                


                            

Il y a dans l’air, dans les ­regards, dans le vocabulaire un imperceptible et perceptible décalage. (…) La couleur des mots a changé. En face d’un Noir, autrefois, j’avais toujours présente à l’esprit la ligne de démarcation entre les vocables insultants et les mots convenables. Nigger c’était, comme coon, comme dark, un mot imprononçable, aussi ignoble que raton ou bicot pour désigner un Arabe, ou que youtre. Black, c’était un mot agressif, gênant, intempestif. Le mot juste et courtois, pour désigner un « non-Caucasien à peau noire », c’était : negro.
Mais même dans le champ des mots autorisés il y avait des nuances. Selon l’interlocuteur, on sentait qu’il valait mieux employer negro, ou colored people (puis, plus tard, Afro-Américain). (…) Maintenant, si j’emploie le mot negro, j’ai cette vague impression de malaise qu’on ressent devant quelqu’un qui dit israélite pour ne pas dire juif, et que sa délicatesse malhabile met au bord de la grossièreté.
Jadis à Harlem, presque tout le monde avait l’air obsédé malgré soi par la distinction entre les darkskins, les brownskins et les ­lightskins, les noir-noir, les café au lait, les peaux claires. La vieille Mrs Walker avait gagné des millions de dollars en inventant une huile à décrêper les cheveux. Aujourd’hui, dans la conversation avec des Noirs, dans les rues, les ­affiches, les chansons, le mot Black claque sur les lèvres noires comme une affirmation, une fierté, un cri. Il tend à supplanter le mot jadis « bien élevé », le mot ­negro, qui prend un air blême, malsain et cauteleux.
« Je suis né de cette couleur-là »
Vocabulaire « extrémiste » ? Black Muslims, Black Panthers, Black Power… L’idole noire du rock, ­Brother Soul Number One, James Brown, « le Frère Ame Numéro Un », n’est certes pas un extrémiste....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ En mars 1966, le leadeur noir est l’invité du comité de soutien franco-américain pour l’intégration raciale.
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A Paris, le pasteur Martin Luther King surveillé de près par la police

En mars 1966, le leadeur noir est l’invité du comité de soutien franco-américain pour l’intégration raciale.



Le Monde
 |    01.04.2018 à 10h00
    |

            Yves Bordenave








                        



                                


                            

Le visiteur était attendu, et sa venue en France avait suscité l’attention de la police. Cinquante-deux ans après, la Préfecture de police en conserve la mémoire dans ses archives centrales. En ce vendredi 25 mars 1966, son avion n’a pas ­encore décollé de New York que déjà les renseignements généraux (RG) de la Préfecture de police de Paris s’escriment à vérifier et ­revérifier son emploi du temps sur le sol français. Le pasteur Martin Luther King, Prix Nobel de la paix 1964, doit atterrir à l’aéroport d’Orly le lendemain. Dans une note blanche datée du 25 mars et intitulée « modification du programme du prochain séjour à Paris du pasteur Martin Luther King, leader intégrationniste noir américain », un policier des RG livre les dernières informations qu’il a recueillies auprès de ses sources.
« Invité par le comité de soutien franco-américain pour l’intégration raciale, mouvement animé à Paris par le pasteur Martin ­Sargent de l’église américaine, 65, quai ­d’Orsay (7e), le pasteur Martin Luther King est attendu à Paris le samedi 26 mars, à 23 heures, venant de New York », écrit le fonctionnaire. Deux jours auparavant, une première note, encore très incomplète, résumait à grands traits l’objet de la venue de cette personnalité, que les autorités vont suivre pas à pas.
« Plateau » de célébrités
Le leadeur noir américain reste cinq jours en France, avant de poursuivre son voyage vers Oslo. Il loge à l’Hôtel George-V, et le point d’orgue de son séjour est prévu le lundi suivant au Palais des sports de la porte de Versailles. La soirée retient l’attention des services de la Préfecture de police. Pas tant pour les risques éventuels de troubles à ­l’ordre public qu’elle pourrait occasionner, que pour le « plateau » de célébrités qu’elle est censée accueillir.
« A 21 h 30, soirée artistique à laquelle assisteront 4 500 personnes, indique la note. En première partie, se produiront la vedette noire américaine...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ De 2012 à 2017, le sociologue Stéphane Beaud a écouté une fratrie d’enfants d’immigrés maghrébins lui raconter trente ans de leur quotidien. Une rencontre passionnante.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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« La France des Belhoumi » : entendre l’intégration silencieuse

De 2012 à 2017, le sociologue Stéphane Beaud a écouté une fratrie d’enfants d’immigrés maghrébins lui raconter trente ans de leur quotidien. Une rencontre passionnante.



Le Monde
 |    01.04.2018 à 09h00
    |

            Maryline Baumard








                        



                                


                            
La France des Belhoumi. Portraits de famille (1977-2017), de Stéphane Beaud, La Découverte, « L’envers des faits », 352 p., 21 €.

Les Belhoumi sont « nés » le 12 juin 2012. Ce soir-là, une mission locale de Seine-Saint-Denis fête ses trente ans. Le sociologue Stéphane Beaud y prend la parole. Il raconte l’intégration silencieuse des descendants de l’immigration maghrébine, s’arrêtant sur ses heurts et ratés, que les missions locales (ces organismes qui accompagnent les jeunes de 16 à 25 ans sortis du système scolaire) connaissent bien.
Dans la salle de cinéma où se tiennent les débats, Samira écoute. Les statistiques que convoque l’universitaire la renvoient à des visages. Elle reconnaît l’histoire de Rachid et d’Azzedine, deux de ses frères. Un peu celles de Leïla et Amel, ses deux sœurs qui l’accompagnent ce soir-là. Et puis ça la ramène à sa propre histoire, aussi. Fille d’un père algérien arrivé en France en 1971, Samira a été infirmière avant de devenir cadre hospitalière. A la maison, elle a rempli le rôle que lui confère sa place d’aînée et elle continue à le faire, même installée à Paris. Alors qu’elle voit ses parents vieillir, et qu’elle-même est devenue mère, elle a envie que soient consignés par écrit l’exil paternel et la saga de sa famille.
« Samira a pressenti d’emblée le sens politique de la démarche »
Ce soir de juin, l’intervention de Stéphane Beaud sonne tellement juste, à ses oreilles et à celles de ses sœurs, que le trio s’autorise à apostropher le chercheur. Le courant passe bien et le sociologue est immédiatement persuadé que ces trois jeunes femmes peuvent être un terrain d’étude passionnant, que leur belle réussite de cadres de la fonction publique, qui raconte l’intégration silencieuse des descendants d’Algériens, ferait un bel article. Un pacte est scellé sur la terrasse du cinéma. Les « Belhoumi » – patronyme imaginé pour préserver l’anonymat de la famille...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ L’émergence du mouvement contre le harcèlement et les violences sexuelles a modifié notre manière de percevoir ou de tolérer certains traits d’humour.
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Peut-on rire de #metoo avec n’importe qui ?

L’émergence du mouvement contre le harcèlement et les violences sexuelles a modifié notre manière de percevoir ou de tolérer certains traits d’humour.



Le Monde
 |    01.04.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
01.04.2018 à 12h51
    |

            Sandrine Blanchard








                        



                                


                            

« Je crois que c’est clair pour tout le monde : les producteurs n’ont plus le droit de violer les actrices. Par contre, il y a quelque chose qu’il va falloir clarifier assez vite : est-ce que, nous, on a encore le droit de coucher pour avoir les rôles ? Parce que, si on n’a plus le droit, alors il faudra apprendre des textes, passer des castings et, franchement, on n’a pas le temps. » L’humour noir de Blanche Gardin a fait sensation, vendredi 2 mars, lors de la cérémonie des Césars. Sur la scène de la Salle Pleyel, à Paris, devant tout le petit monde du cinéma français arborant un ruban blanc en soutien aux femmes victimes de harcèlement ou de violences sexuelles, cette comédienne, figure montante du stand-up, ne s’est pas départie de son art du contre-pied pour déclencher l’hilarité.
Onde de choc
Le registre comique est souvent une question de timing. Comme à chaque fois qu’un sujet envahit l’espace médiatique, les humoristes, capteurs de l’air du temps, s’en emparent. Le mouvement ­#metoo et #balancetonporc ne fait pas exception. « Beaucoup de garçons l’évoquent, soit pour revendiquer leur féminisme, soit pour se justifier de ne pas être un porc, constate Antoinette Colin, directrice artistique du mythique café-théâtre parisien Le Point-Virgule. Les filles, elles, n’ont pas attendu ­#metoo pour libérer leur parole sur scène. »

Qu’elles s’appellent Blanche Gardin, Tania Dutel, Marina ­Rollman, Constance ou Agnès Hurstel, les femmes humoristes de la nouvelle génération ont devancé l’onde de choc suscitée par l’affaire Weinstein en portant, dans leur spectacle, un regard sans concession sur les rapports hommes-femmes et en évoquant sans tabou leur sexualité. Bon nombre de leurs homologues masculins, tels Vérino, Haroun, Roman Frayssinet ou Frédérick Sigrist prennent désormais leur défense, comparant les misogynes à des has been. « La misogynie est un rire facile. Etre féministe, c’est lutter contre la première...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Notre choix du soir. Le nouveau format court de la chaîne cryptée épingle avec humour et subtilité les rapports sociaux et la vie en entreprise (en clair sur Canal+ à 20 h 25).
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TV – « Un entretien » d’embauche dans la tête du DRH

Notre choix du soir. Le nouveau format court de la chaîne cryptée épingle avec humour et subtilité les rapports sociaux et la vie en entreprise (en clair sur Canal+ à 20 h 25).



Le Monde
 |    31.03.2018 à 17h45
    |

            Véronique Cauhapé








                        


Programme court sur Canal+ à 20 h 25

Canal+ nous réserve encore des surprises qui prouvent qu’elle n’a pas tout à fait perdu son ADN. Et principalement sur le programme court, pour lequel la chaîne cryptée possède un savoir-faire historique. Rappelons Les Deschiens, le JTN (les Nuls), Le Cinéma de Jamel, La Minute blonde, Bref… ou encore, les pastilles « SAV » et « Catherine et Liliane »…
Adapté du court-métrage du même nom (primé meilleur court-métrage au Festival de l’Alpe d’Huez 2016), Un entretien s’inscrit dans cette tradition. De l’humour tel qu’on l’aime, utilisé pour pointer des situations, des caractères humains et des rapports sociaux d’aujourd’hui, singuliers – mais universels. De quoi s’agit-il ? Comme le suggère en partie le titre, d’un « entretien »… d’embauche, qui met face à face le même directeur des ressources humaines (Benjamin Lavernhe) à un candidat différent, à chaque épisode. Prétentieux, farfelu, ennuyeux… les postulants se succèdent, élargissant une galerie de portraits auxquels nous avons tous été, un jour ou l’autre, ­confrontés, tandis que le DRH s’évertue à rester concentré, distrait par les pensées ­intérieures qui le traversent et viennent parfois même perturber ses échanges.
Subtil et jouissif
L’idée géniale de ce programme réside dans l’application formelle du concept qui le définit, à savoir le chevauchement d’un dialogue « in » (exprimé dans le champ) et d’un monologue « off » (hors champ). Ce décalage, qui fournit un merveilleux terrain à la drôlerie et à l’identification – lequel de nous, face un interlocuteur, ne s’est jamais livré à un soliloque intérieur ? –, s’accompagne, chez les comédiens, d’une gestuelle qui soumet au regard attentif un troisième niveau de lecture, subtil et jouissif.
Durant les trois minutes qui lui sont offertes, chacun des acteurs incarnant un candidat délivre un jeu dans lequel se condensent les traits nécessaires et justes du profil qu’il a à défendre. Enfin, Un entretien ne bénéficierait pas du même impact comique s’il ne mettait en scène, dans le rôle du DRH, un comédien tel que Benjamin Lavernhe, de la Comédie-Française – tout dernièrement nommé lors des Césars 2018 dans la catégorie « meilleur jeune espoir masculin » pour Le Sens de la fête. Il n’est qu’à regarder son visage et la façon dont il l’anime pour s’en convaincre.
Un entretien, de Julien Patry. Avec Benjamin Lavernhe (Fr., 2018, 10 × 3 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Cette semaine, le compositeur de musiques de film Alexandre Desplat fait l’éloge, dans un entretien, de sa femme violoniste.
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Alexandre Desplat : « J’avais une fascination pour la Californie »

Cette semaine, le compositeur de musiques de film Alexandre Desplat fait l’éloge, dans un entretien, de sa femme violoniste.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 10h25
 • Mis à jour le
01.04.2018 à 06h39
    |

            Sandrine Blanchard








                        



                                


                            

Compositeur français prolifique, Alexandre Desplat a remporté, le 4 mars, son deuxième Oscar de la meilleure musique de film pour La Forme de l’eau, de Guillermo del Toro. Récompensé plus de soixante fois et auteur de plus d’une centaine de bandes originales, il a travaillé pour de nombreux réalisateurs tels que Jacques Audiard, Wes Anderson, Roman Polanski, Stephen Frears ou George Clooney.
Je ne serais pas arrivé là si…
Si je n’avais pas eu cette passion, très jeune, du cinéma américain et des compositeurs hollywoodiens et si je n’avais pas rencontré, à 24 ans, la personne qui m’a musicalement le plus influencé : la femme avec laquelle je vis. Solré est violoniste. Je l’ai connue lors de ma première séance d’enregistrement en tant que compositeur. Et cette rencontre a été inoubliable.
Pourquoi ?
Parce qu’avant elle, je ne savais pas comment réinventer l’utilisation des cordes dans mes compositions. J’avais un assez fort rejet de tout ce qui était interprété par des cordes de manière romantique, avec beaucoup d’affect, de vibrations. Je trouvais que cela empêchait la musique de film de se plonger vers l’avant. Solré jouait différemment. C’est grâce à elle que j’ai vraiment commencé à écrire pour les cordes. Il y a très peu de musiques de films que j’ai composées où il n’y ait pas un orchestre à cordes.
Dès l’adolescence, vous rêviez de suivre le parcours des compositeurs Maurice Jarre ou Georges Delerue. C’est quand même étonnant d’avoir si jeune une envie si précise…
C’est vrai. Mais cela correspond vraiment à la conjonction de ma passion du cinéma et de la musique de film. Etant français, je pouvais m’identifier à ces deux compositeurs très lyriques, qui avaient écrit la musique de films majeurs pour de grands metteurs en scène, et qui étaient partis à Hollywood. J’avais une fascination pour la Californie. Ils réunissaient tous les rêves que je pouvais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Il n’est jamais là où on l’attend, lui qui nie être un « écrivain voyageur ». Pour le suivre dans son œuvre, qui s’enrichit du « Traquet kurde », vite  ! une boussole, et quatre points cardinaux.
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Jean Rolin, écrivain migrateur

Il n’est jamais là où on l’attend, lui qui nie être un « écrivain voyageur ». Pour le suivre dans son œuvre, qui s’enrichit du « Traquet kurde », vite  ! une boussole, et quatre points cardinaux.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 09h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Le Traquet kurde, de Jean Rolin, P.O.L, 176 p., 15 €. 

Jean Rolin n’a pas attendu que le CNRS tire la sonnette d’alarme, le 20 mars, sur la disparition massive des oiseaux des campagnes françaises pour cultiver la passion des volatiles. Ni pour estimer que leurs pépiements, le trajet de leurs migrations, et plus généralement leur sort, nous parlent de nous. Cet hiver, l’écrivain a ainsi publié Le Traquet kurde, récit sur les traces de cette espèce venue, comme son nom l’indique, du Kurdistan, dont un spécimen fut aperçu et identifié dans le Massif central au printemps 2015, quelques semaines après la bataille de Kobané, ville d’où les troupes kurdes du PKK repoussèrent les forces de l’organisation Etat islamique. Il est question d’ornithologie, mais aussi de Moyen-Orient et d’espions britanniques (parmi beaucoup d’autres choses) dans ce court roman aux phrases merveilleusement sinueuses, qui nous entraîne de l’Auvergne aux abords de Mossoul, en passant par Dakar et Ouessant. L’occasion d’évoquer avec Jean Rolin quelques sujets et motifs récurrents de son œuvre admirable, toute en circonspection ironique, digressions et mélancolie.
Animaux
L’écrivain possède un tropisme certain pour la désolation. Dans les zones arpentées au fil de son œuvre, on ne croise pas toujours d’être humain, mais on finit systématiquement par tomber sur des créatures à poil, écaille ou plume – quand elles ne figurent pas dans le titre de ses ouvrages, tels L’Homme qui a vu l’ours ou Un chien mort après lui (P.O.L, 2006 et 2008). « Où que je sois et quel que soit le contexte, j’en viens toujours à observer des animaux de toutes sortes », dit-il. Quand on le rencontre, il revient d’un voyage en Jordanie et au Liban, et ce qui l’y a réjoui « plus que tout » est d’avoir pu contempler deux spécimens de superbes espèces d’oiseaux, le roselin du Sinaï et le souimanga de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Les 248 exposants de la foire Art Basel convoitent des collectionneurs asiatiques de plus en plus connaisseurs.
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A Hongkong, les marchands d’art regardent vers le Japon, la Chine et la Corée du sud

Les 248 exposants de la foire Art Basel convoitent des collectionneurs asiatiques de plus en plus connaisseurs.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 07h53
    |

                            Roxana Azimi (Hong Kong)








                        



                                


                            

Cofondateur de la galerie Hauser & Wirth, Iwan Wirth est aux anges. Il vient d’inaugurer sa troisième antenne dans le monde, au 15e étage du H Queens Building, gratte-ciel flambant neuf en plein cœur de Hongkong. L’espace est bien plus petit que ceux que le puissant marchand suisse possède à Zürich, Londres ou New York. Mais il est stratégique. « Il y a dix ans, on ne venait qu’une seule fois par an en Asie, dit-il. Depuis deux ans, on a compris qu’il fallait consolider notre présence. » Bien lui en a pris : au vernissage, le 26 mars, il a vendu la quasi-totalité de son exposition inaugurale dédiée à l’artiste américain Mark Bradford à des collectionneurs de la région. Et il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Selon ses prévisions, les acheteurs asiatiques compteront pour un quart de son business en 2019.
Une manne que lorgnaient aussi les 248 exposants de la foire Art Basel Hong Kong, organisée du 29 au 31 mars. Quelques-uns ont déjà pris de l’avance. 30 % des clients des galeries White Cube et Ben Brown résident sur ce continent. Carrefour précieux avec son port franc et ses services financiers, l’ancienne colonie britannique compte peu d’acheteurs locaux. Le vrai potentiel est ailleurs, en Corée du Sud, au Japon, qui revient timidement dans la danse, en Indonésie et à Taïwan, où sera lancée en janvier 2019 une nouvelle foire. Et bien sûr en Chine continentale. Les freins y sont certes encore nombreux : « Les taxes à l’importation, les discours et incitations nationalistes, l’élite qui émigre en raison des problèmes politiques », égrène la galeriste parisienne Nathalie Obadia. Mais on n’arrête pas un train en marche. « L’événement majeur depuis deux ans, constate le marchand et collectionneur Jean-Marc Decrop, c’est l’émergence dans toutes les villes de Chine comme Shenzhen ou Chengdu d’une classe d’acheteurs de 30-45 ans tous atteints du virus de la collection. » Et tous prodigieusement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Si les prix de l’immobilier à Dijon ont diminué en dix ans de 5,9 %, la ville croit beaucoup à la construction de la Cité internationale de la gastronomie et du vin, qui doit être achevée à l’horizon 2019.
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A Dijon, un nouveau quartier en plein centre-ville

Si les prix de l’immobilier à Dijon ont diminué en dix ans de 5,9 %, la ville croit beaucoup à la construction de la Cité internationale de la gastronomie et du vin, qui doit être achevée à l’horizon 2019.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 07h00
    |

            Jérôme Porier








                        



                                


                            

Dijon est l’une des rares agglomérations en France où les prix de l’immobilier ont diminué en 2017 (-1 %). Sur dix ans, la baisse atteint même 5,9 %. Alors que le mètre carré a augmenté en moyenne de 153 % depuis 2002 dans les villes, la préfecture de Côte-d’Or n’affiche qu’une progression de 88 %, ce qui la situe au même niveau qu’Orléans. « Un calme qui s’explique d’abord par le manque de dynamisme économique de la région », estime Jean-François Buet, qui possède deux agences Fnaim dans la ville. Un avis que ne partage pas Pierre Pribetich, adjoint au maire chargé de l’urbanisme : « Les prix restent sages, car la ville a beaucoup construit, ce qui a permis de rééquilibrer l’offre et la demande », dit-il.
Depuis l’élection de François Rebsamen (PS) à la mairie, en 2001, la proportion de logements sociaux est ainsi passée de 13 % à 20 %, mais d’autres facteurs expliquent l’orientation du marché.
Les architectes Anthony Béchu et Alain-Charles Perrot
D’abord, la proportion de propriétaires occupants (61 %) est particulièrement élevée à Dijon. Et le taux de logements vides (7,9 %) n’est pas négligeable, ce qui pèse sur le niveau des loyers, situé aux alentours de 11 euros par m2 (12,50 euros pour les studios et T2, qui représentent 38 % du parc).
Mais la principale explication de cette atonie est d’ordre démographique : en quinze ans, la population de la ville n’a augmenté que de 2,5 %. Depuis cinq ans, on observe cependant un léger mieux : Dijon a gagné 4 000 nouveaux habitants en centre-ville, ce qui porte sa population à environ 160 000 personnes (pour plus de 250 000 sur l’agglomération).

La présence de nombreux étudiants, qui représentent 19 % de la population, stimule le marché locatif. Grâce à des prix d’achat qui restent modérés – environ 2 000 euros par mètre carré pour une petite surface –, un investisseur peut obtenir une rentabilité locative satisfaisante (environ 7 % dans l’ancien)....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ David Hallyday et Laura Smet contestent les dispositions qui les excluent de la succession de leur père
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Article sélectionné dans La Matinale du 30/03/2018
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A l’audience sur la succession de Johnny Hallyday, l’affaire familiale devient cause patriotique

David Hallyday et Laura Smet contestent les dispositions qui les excluent de la succession de leur père



Le Monde
 |    31.03.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 13h19
    |

            Pascale Robert-Diard








                        



   


Le fond, on le connaît, personne n’a pu y échapper. David Hallyday et Laura Smet, les deux premiers enfants de Johnny Hallyday, contestent les dispositions testamentaires prises par leur père qui les excluent de sa succession et désignent comme seule bénéficiaire son épouse Laëticia. Le tout en vertu du droit californien qui permet de disposer librement de ses biens et de les donner à qui bon vous semble, contrairement à notre code civil, si attaché à la défense de la famille et à la transmission du patrimoine.
La bataille, engagée à la fois sur le front médiatique et juridique, a connu, vendredi 30 mars, son deuxième round devant le tribunal de grande instance de Nanterre, après un faux départ le 15 mars. Il n’est pour l’heure question que d’une procédure en urgence – le référé – destinée à convaincre le tribunal de prendre des mesures conservatoires afin de retarder d’une part la sortie de l’album posthume de Johnny Hallyday, sur lequel ses deux aînés revendiquent un droit de regard, et, d’autre part, de geler toute opération concernant ses biens immobiliers situés sur le territoire national, soit une résidence à Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine) et une autre à Saint-Barthélemy.
« Douleur intense » d’une fille et d’un fils
La première scène fut cocasse. A Nanterre, une fois franchi le mur de caméras, de micros et d’objectifs qui les attendait, les avocats des deux parties ont dû en affronter un second, composé des robes noires d’avocats, de greffiers et de magistrats, résolus à profiter de l’aubaine de cette audience pour donner écho à leur mouvement de protestation contre le projet de loi de programmation de la justice. « Justice morte », « euthanasiée », « paupérisée », ont scandé les manifestants avant de s’effacer courtoisement devant l’autre enjeu national du jour, cette audience consacrée à l’héritage de Johnny Hallyday, pour laquelle une bonne vingtaine de policiers et d’agents de sécurité avaient été mobilisés.
En défense des deux exhérédés, Mes Carine Piccio, Pierre-Jean Douvier, Hervé Temime, Emmanuel Ravanas et Pierre-Olivier Sur ont dressé un portrait cruel de Laëticia Hallyday, désignée au choix comme « Madame Boudou » ou « la cinquième épouse ».
A la femme d’affaires avisée et « manipulatrice » qui, après « six testaments successifs, trois contrats de mariage et deux changements de régimes matrimoniaux », est devenue l’unique bénéficiaire du trust mis en place pour gérer le patrimoine du chanteur, à la toute puissante veuve qui s’est adjoint les services de Michèle Marchand, papesse des journaux people, pour défendre son image, ils ont opposé « la douleur intense » d’une fille et d’un fils tenus à l’écart des ultimes moments de vie de leur père et contraints de réclamer en justice le droit d’entendre ses derniers enregistrements.
« Johnny est un destin français »
Au fil de plaidoiries s’adressant autant aux juges qu’à l’opinion publique, les déboires familiaux et patrimoniaux de Laura Smet et de David Hallyday se sont mués en combat patriotique. « Où Johnny malade a-t-il décidé de se faire soigner ? En France ou aux Etats-Unis ? Où Johnny vend-il ses disques ? En France ou aux Etats-Unis ? Johnny est une part de la France, Johnny est un destin français », s’est enflammé Me Ravanas. « Tout a été fait pour que la France n’ait plus accès à quoi que ce soit alors que le patrimoine de Johnny est français », a renchéri Me Douvier, convoquant devant les juges 67 millions de déshérités.
« Je vais ramener un peu de calme et de sérénité, expliquer non pas un fantasme mais une réalité », a répliqué l’avocat de Laëticia Hallyday, Me Ardavan Amir-Aslani. « On nous reproche plusieurs testaments et alors ? Tous vont dans le même sens : désigner sa femme, Laëticia, qui a passé vingt-trois ans à ses côtés. L’artiste n’avait rien quand il l’a rencontrée. Ce qu’il a acquis, il l’a acquis avec elle. Et il a choisi de soumettre son destin à la loi du pays qu’il habitait depuis dix ans, où ses deux enfants mineures sont scolarisées, où il payait ses impôts et où il enregistrait ses albums. L’Amérique était le choix de vie de l’artiste, a-t-il assuré. Il n’est revenu en France que pour honorer sa tournée des “Vieilles Canailles”. Ce n’est pas parce qu’il est mort en France qu’il est résident français. »
Sous les mots policés de l’avocat, la France de Johnny ressemblait tout d’un coup à une vieille épouse abandonnée. Délibéré le 13 avril.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Cinquante ans après l’assassinat du pasteur noir, le 4 avril 1968, à Memphis, « Le Monde » est parti sur ses traces.
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Article sélectionné dans La Matinale du 30/03/2018
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Martin Luther King : itinéraire d’un combattant

Cinquante ans après l’assassinat du pasteur noir, le 4 avril 1968, à Memphis, « Le Monde » est parti sur ses traces.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 10h29
    |

            Nicolas Bourcier (Atlanta, Birmingham, Montgomery, Memphis, Greensboro et Chicago, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Ce matin-là, le ciel est encore à l’orage sur Memphis. Martin Luther King s’est réveillé tard et plutôt d’une humeur joviale. Oubliée la fatigue de la veille qui l’avait vu s’effondrer après un ultime sermon à l’église Mason Temple.
Oublié aussi le coup de fil anonyme survenu quelques heures à peine après son arrivée dans cette rude capitale du Tennessee : « Fais ta prière, négro, tu n’as plus longtemps à ­vivre. » Il a l’habitude. Tout à l’heure, lui et son équipe ont prévu de se rendre chez le révérend Samuel Billy Kyles pour un dîner traditionnel du Sud avant le meeting de soutien aux éboueurs de la ville, en grève depuis plus d’un mois et demi.
Ils sont tous là, ses proches, ses conseillers de l’ombre qui forment depuis si longtemps cette garde rapprochée dont King a tant ­besoin. Ils rient, se chamaillent même, ravis de voir qu’il va mieux. Dans sa chambre du Lorraine Motel, un des rares établissements de la ville à accepter les voyageurs « de couleur », il passe encore un coup de fil à sa secrétaire, Dora McDonald, restée à Atlanta (Géorgie). Il appelle ses parents aussi, leur dit qu’il les aime. Dehors, sur le parking en contrebas, le son d’un saxophone l’attire vers le balcon. C’est Ben Branch qui joue en les attendant. « Dis, ce soir, tu joueras Précieux Dieu, prends ma main, lance King. Et joue-le bien ! »
Onction messianique
Il s’avance encore un peu, sourit, puis s’écroule. Il est 18 h 01 à Memphis, ce 4 avril 1968, une balle vient de lui trancher la gorge et d’éteindre pour toujours cette voix capable de faire chanter l’espoir. Le groupe se précipite, se serre autour de lui. Une photo, prise quelques instants plus tard, retiendra les bras tendus de ce groupe d’hommes en direction de l’endroit d’où est parti le coup de feu.
Maintenant, ils secouent la tête, comme boxés par un destin trop funeste. Par trois fois, le pasteur aurait déjà pu mourir. A Montgomery (Alabama), chez lui, devant sa maison...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Chaque samedi, « La Matinale » propose une sélection de films, documentaires ou émissions à regarder et à écouter en différé.
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Une guerre silencieuse, un parcours chaotique : nos choix de replays

Chaque samedi, « La Matinale » propose une sélection de films, documentaires ou émissions à regarder et à écouter en différé.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 06h34
   





                        



   


LES CHOIX DE LA MATINALE
Une plongée dans un Yémen en plein chaos, l’itinéraire déchirant d’un enfant arraché à sa famille d’accueil et le défi improbable d’un journaliste qui veut faire son pan-bagnat de A à Z. Voici notre sélection hebdomadaire de replays.
Le Yémen entre chaos et silence

Très peu de journalistes ­connaissent aussi bien le Yémen que François-Xavier Trégan. Il y a vécu et travaillé, notamment pour Le Monde. On imagine combien il a été bouleversé de retrouver le pays tant aimé qu’il a quitté pour la dernière fois, fin 2014-début 2015, au tout début de la guerre qui le déchire actuellement. Un conflit qui, faute de témoins extérieurs et d’intérêt international, « se réduit à un huis clos misérable ».
Afin de pouvoir traverser le Yémen, ce qui est aujourd’hui impossible pour un journaliste étranger, François-Xavier Trégan et son équipe se sont mis dans les pas du président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Peter Maurer, pour un périple de six jours au pas de charge, mais éclairant, qui nous conduit d’Aden à Sanaa, en passant par Taëz qui marque la ligne de front et la frontière symbolique entre le Sud et le Nord, essentielle à la compréhension de la situation dans le pays.
La guerre, elle, est aussi omniprésente qu’invisible. On saisit des bribes de réel au vol : comment le pays houthiste est mieux tenu, d’une main de fer, que le Sud gouvernemental ; combien la psychose des bombardements aériens, qui tuent pour moitié des civils, est forte. Elle a pris un tour confessionnel, inédit dans ce pays musulman, entre chiites (auxquels sont assimilés les houthistes, d’obédience zaïdite, une branche du chiisme) et sunnites.
D’autres conflits pointent déjà. Depuis le passage de Peter Maurer, à l’été 2017, celui entre les sécessionnistes sudistes et le gouvernement a éclaté au grand jour. C’est aussi le cas à Sanaa, où l’alliance entre les rebelles houthistes et l’ancien président Ali Abdallah Saleh s’est achevée par l’assassinat de ce dernier. A Taëz, la présence de djihadistes d’Al-Qaida et de l’organisation Etat islamique (EI) aux côtés des soldats gouvernementaux et des milices tribales unies contre les houthistes ne présage rien de bon. Christophe Ayad
« Yémen, le chaos et le silence », de François-Xavier Trégan (France, 2018, 52 min). Sur Arte + 7.
Benjamin Carle croque le fait-maison

Benjamin Carle aime s’immerger, expérimenter, se lancer des défis au long cours. Conscient de ne pas savoir faire grand-chose concrètement de ses dix doigts, le journaliste a décidé de se fabriquer un sandwich de A à Z, sans passer par la « supérette du coin ».
Histoire de pimenter l’affaire, notre « jusqu’au-boutiste » a jeté son dévolu sur le pan-bagnat, dont la recette comporte une quinzaine d’ingrédients. Et presque autant de métiers et de savoir-faire à découvrir et à mettre en pratique.
Entre ses rencontres et apprentissages, Benjamin Carle est allé interroger sociologue, anthropologue et philosophe, sur ce que recouvre le phénomène de mode « do it yourself » et, ce qui pousse certains à se reconvertir dans un métier manuel, voire, comme les survivalistes, à vivre en autarcie. En cause : la société de consommation et l’organisation complexe du travail, qui donne le sentiment de n’être qu’« un maillon dans un grand tout », et une forme de dématérialisation qui nourrissent le sentiment de dépossession et de frustration. Une sensation que laisse ce film néanmoins savoureux. Christine Rousseau
« Sandwich », de Benjamin Carle, Neels Castillon et Félix Seger (France, 2018, 90 min). Sur Canal+ à la demande.
Itinéraire d’un enfant déplacé



Placé bébé en famille d’accueil, Yanie, 14 ans, s’apprête à vivre le déchirement de la séparation. Myriam (65 ans) et Jacques (70 ans), qui l’ont élevé, vont prendre leur retraite et à passer la main à un autre couple. Ce départ vers l’inconnu, est vécu par Yanie comme « un choc. Pire même, écrit-il dans son journal, c’est comme mourir pour la première fois, mais pas en vrai. » Reste que, au milieu des bouleversements, l’adolescent veut croire au rapprochement avec sa mère, qu’il revoit deux week-ends par mois, depuis sa sortie de prison. Une mère qui aimerait, elle aussi, tenir un rôle, à la faveur de ces changements.
Entouré, ballotté, sans toujours parvenir à placer des mots sur ses peurs, ses doutes, ses douleurs, sa difficulté à savoir où est sa place, ainsi apparaît cet enfant que Ketty Rios Palma a suivi lors de ce moment charnière entre enfance et adolescence.
Construit en trois actes, ce film poignant dessine avec une infinie délicatesse, l’itinéraire d’un gamin qui cherche sa définition. Et qui finira, par lancer, comme une victoire, dans son journal : « Je suis le gamin de personne. Un gamin ­orphelin mais un gamin, fils de ­soi-même et fier de l’être. » Ch. R.
« Itinéraire d’un enfant placé », de Ketty Rios Palma (France, 2017, 55 min). Sur Arte + 7



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Un demi-siècle plus tard, la Cinémathèque reprend la première Quinzaine des réalisateurs (1969).
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Rétrospective : tourne camarade, le vieux monde est derrière toi !

Un demi-siècle plus tard, la Cinémathèque reprend la première Quinzaine des réalisateurs (1969).



Le Monde
 |    30.03.2018 à 18h47
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            
Pour se réveiller un demi-siècle plus tôt dans le tumulte des combats de rue, dans l’ivresse d’une liberté nouvellement conquise, dans le ridicule de transgressions qui sont déjà devenues des lieux communs, il existe un sortilège infaillible : s’immerger dans le « fac-similé » de la première édition de la Quinzaine des réalisateurs que programme la Cinémathèque jusqu’au 3 mai. C’était en 1969, l’année de la démission du général de Gaulle, de l’élection de Georges Pompidou, de Woodstock et du premier homme sur la Lune, l’année où un soir, dans une sous-préfecture des Alpes-Maritimes, la police interdit l’accès à une salle de cinéma aux jeunes gens qui étaient pieds nus.
En guise de manuel de l’utilisateur, on aura recours au récit de l’élaboration et de l’exécution de cette expérience qui devait devenir un rituel, Quinzaine des réalisateurs, les jeunes années 1967-1975, par Bruno Icher. Il faut, comme l’auteur le fait avec agilité et esprit, remonter de quelques mois en arrière pour comprendre le processus qui a abouti à la création de cette section parallèle. On commencera début 1968 par la mobilisation autour de la Cinémathèque, dont le ministre de la culture André Malraux avait démis le directeur Henri Langlois, avant de redescendre le cours d’un fleuve que l’on croyait alors révolutionnaire, de l’interruption du Festival de Cannes en mai aux « états généraux du cinéma », jusqu’à la création de la Société des réalisateurs de films (SRF).
A la Cinémathèque, on verra 57 des 65 longs-métrages projetés gratuitement à Cannes entre le 9 et le 23 mai 1969
Cette organisation qui fédérait les cinéastes français contre les règles corporatistes qui régissaient leur industrie, contre la censure qui régentait leur art, avait engagé des pourparlers avec le Festival officiel pour en obtenir la réforme. Face à l’incompréhension de l’establishment cinématographique, incarné à l’époque par le délégué général du Festival de Cannes, Robert Favre Le Bret, la SRF...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Connu du grand public pour le rôle du président dans l’émission « Groland » de Canal+, l’acteur est mort d’une crise cardiaque, vendredi, à l’âge de 64 ans.
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Le comédien et danseur Christophe Salengro est mort

Connu du grand public pour le rôle du président dans l’émission « Groland » de Canal+, l’acteur est mort d’une crise cardiaque, vendredi, à l’âge de 64 ans.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 17h56
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 06h38
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

Il avançait « sans balises » sauf celles de ses rencontres avec les gens, dansait en parlant et inversement, écrivait des textes ourlés de fine fantaisie en faisant des croche-pieds à la poésie. Quoi qu’il entreprenne, Christophe Salengro libérait des intensités jamais vues, entre humour, pudeur, émotion sans jamais lâcher la barre d’un physique unique qui déployait sous la toise son presque double mètre.

Le comédien, danseur et auteur est mort d’une crise cardiaque vendredi 30 mars, à Paris. Il avait 64 ans. Sa silhouette longue tige, son regard bleu suspendu entre ses grandes oreilles et son charme profond ont irradié dans tous les domaines.
Choc gestuel et textuel
La pub (Gerflor et son célèbre slogan « Et hop ! » au milieu des années 1980, France Télécom), le cinéma (il a joué pour Yves Boisset, Jonathan Demme, Benoît Delépine et Gustave Kervern), la télé avec Canal+ et son émission satirique « Groland » dont il était, depuis 1992, le président « auto-élu à vie et inmourable », selon la Constitution grolandaise, ont profité de son talent multi-outillé. « Il restera président pour l’éternité », a annoncé Canal+ dans un communiqué, et une soirée spéciale pour les 25 ans de l’émission sera diffusée le 14 avril.
Compagnon de création, dès 1985 et pendant plus de trente ans, du chorégraphe Philippe Decouflé, Christophe Salengro a illuminé plus d’une dizaine de pièces et de films sur le fil de scènes fracassantes et inoubliables auréolées par sa grâce d’échassier dansant.
Chacune de ses apparitions – un abat-jour en guise de couvre-chef ou glissé dans une barboteuse –, dilatait le temps autour d’un choc gestuel et textuel frais, inédit, drôle et émouvant. « Philippe m’a permis de développer toute une recherche sur les langues imaginaires auxquelles je suis très attaché, disait Salengro en 2004 à propos du chorégraphe. Et puis j’adore retrouver la bande de potes qui l’entoure....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Notre choix du soir. Sur une île de Nouvelle-Angleterre, en 1965, deux tourtereaux se cherchent un nid tandis qu’une tempête menace et que les adultes s’affolent à leurs trousses (sur Canal+ Cinéma à 20 h 50).
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TV – « Moonrise Kingdom »

Notre choix du soir. Sur une île de Nouvelle-Angleterre, en 1965, deux tourtereaux se cherchent un nid tandis qu’une tempête menace et que les adultes s’affolent à leurs trousses (sur Canal+ Cinéma à 20 h 50).



Le Monde
 |    30.03.2018 à 17h45
    |

            Jacques Mandelbaum








                        


Film sur Canal+ Cinéma à 20 h 50

Moonrise Kingdom (« le royaume du lever de Lune ») nous invite à visiter un nouveau sanctuaire, celui d’une île cossue et préservée de la Nouvelle-Angleterre en 1965, où un rassemblement scout a planté son camp. L’histoire se noue, au petit matin, sur une note plaisamment scandaleuse : au camp Ivanhoé, un membre de la troupe a déserté le jamboree. On apprend bientôt, par un jeu subtil de retours en arrière mêlés à la trame des événements, que ce jeune garçon solitaire et déterminé se nomme Sam Shakusky et que sa fugue a quelque rapport avec sa condition d’orphelin abandonné par ses tuteurs. Non moins d’ailleurs qu’avec la rencontre de Suzy Bishop, petite rousse piquante en compagnie de laquelle il fomente depuis un an cette commune escapade.
Et tandis que les deux jeunes adolescents (interprétés au petit poil par Jared Gilman et Kara Hayward) jouent le plus solennellement du monde à Davy Crockett sur la piste native des Etats-Unis d’Amérique, le spectateur est invité à faire connaissance avec la troupe bigarrée qui s’élance à leur poursuite. Le capitaine de ­police Sharp, célibataire endurci au grand cœur (Bruce Willis) ; les parents de Suzy, couple d’avocats gravé dans le bois de la bourgeoisie locale, avec le mari en mélomane fatigué (Bill Murray) et la femme (Frances McDormand) qui distrait son ennui par une liaison clandestine, mais non moins monotone, avec le capitaine Sharp ; « Mme Services sociaux », dan­gereuse pimbêche le doigt sur la couture de l’uniforme (Tilda ­Swinton) ; et puis la meute des scouts, dirigée par quelques figures ­hautes en couleur.

   


Tout cela, mené tambour battant entre clair de lune romantique, nature virginale et tornade d’apocalypse, renvoie aux délices revisitées de la « Bibliothèque verte » et du roman d’aventures. A cela près que l’aventure selon Wes Anderson est passablement domestiquée par la mise au cordeau esthétique et le fétichisme vintage. Le plan-séquence panoptique de l’ouverture du film dans la maison des Bishop, tout en travellings et en panoramiques filés, annonce ainsi la virtuosité d’un film qui ne semble pouvoir affronter la cruauté du monde qu’à condition de le réduire à l’état de maquette.
L’exaltation maniériste de cet esprit d’enfance a cela de particulier qu’elle ne célèbre plus la jeunesse et la sauvagerie de l’Amérique, mais témoigne au contraire de l’inquiétude de son déclin, dès lors que les adultes s’y comportent comme des gamins, et les enfants comme des petits vieux.

Il serait donc vain de reprocher au cinéaste cette obsession de la maîtrise : elle est la condition d’une création qui fonde sa propre liberté sur la terreur de la liberté, telle que la génération antérieure (Anderson est né en 1969) en aurait gravement mésusé. Le seul monde vivable reste celui qu’on se réinvente de bric et de broc, par l’exacerbation du style, l’agencement des harmonies, la luxuriance de l’artifice. Un monde bancal, certes, mais avec un maximum de tenue.
Un monde où la country joyeuse d’Hank Williams (Honky Tonkin’), le brio contemporain de Benjamin Britten (Variations et fugue sur un thème de Purcell) et le yé-yé glamour de Françoise Hardy (Le Temps de l’amour) trament la tapisserie musicale sur laquelle un orphelin trop tôt mûri peut rencontrer un adulte dont la générosité de cœur soit à la mesure de sa peine. Au seul chapitre de l’organisation de ce petit miracle, il faut reconnaître à Wes ­Anderson un talent fou.
Moonrise Kingdom, de Wes Anderson. Avec Kara Hayward, Jared Gilman (EU, 2012, 90 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ A voir aussi ce soir. Alors que son père agonise, un jeune fermier cherche à savoir comment sa mère est morte des années auparavant (sur Arte à 20 h 55).
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TV – « Jonathan », l’épreuve du secret

A voir aussi ce soir. Alors que son père agonise, un jeune fermier cherche à savoir comment sa mère est morte des années auparavant (sur Arte à 20 h 55).



Le Monde
 |    30.03.2018 à 17h30
    |

            Véronique Cauhapé








                        


Film sur Arte à 20 h 55

Il n’existe pas de bonne façon de mourir. De même qu’il n’est pas toujours de bonne manière de vivre. Burghardt ­(André Hennicke), atteint d’un cancer depuis trois ans, dont le corps se décompose jour après jour, sait qu’il n’en va pas autrement. Son agonie s’évertuant à ­retarder la fin, et son mutisme, à empêcher sa délivrance.
Car Burghardt n’est pas seu­lement rongé par la maladie, il l’est aussi par un secret qu’il s’obstine à taire. Surtout à son fils, ­Jonathan (Jannis Niewöhner), 23 ans, dont la mère est morte quand il était enfant, et qui fait tourner la ferme familiale tout en veillant sur son père.
« J’ai rencontré des personnes qui avaient tous les organes foutus et ils n’arrivaient pas à partir. Quelque chose les retenait. Quelque chose de pas résolu. Si tu veux mourir, tu dois lâcher prise. Ne ­serait-ce qu’une journée. » Cette phrase adressée par Anka (Julia Koschitz) – l’aide à domicile – à Burghardt résume le premier long-métrage du cinéaste polonais Piotr J. Lewandowski, dont le temps reste suspendu à ce pont entre deux rives, menant de vie à trépas.
Combat contre les ténèbres
Tandis que les jours du père sont comptés et que ceux du fils s’ouvrent à « l’infini », « le secret » (dont les indices censés nous ­conduire au soupçon n’arrivent vraiment qu’à la fin du premier tiers du film) s’insinue, puis enfle jusqu’à son point de rupture : la ­révélation. Des jours vont s’écouler – « Ça occupe pas mal de mourir », tente d’ironiser Burghardt – avant que la lumière ne perce l’ombre. Cette lumière qui éclate çà et là, à des degrés d’intensité différents – crue, dans la chambre ­d’hôpital ; éblouissante, dans les prés où se jouent les scènes d’amour ; jaunâtre, dans les ampoules qui grillent les insectes –, comme autant de signes ­annonciateurs d’un dénouement ouvert sur le ciel.
Ce combat contre les ténèbres que livre, au fond, chacun des personnages s’effectue au gré de corps-à-corps qui – tendres, violents, cruels – tendent tous à la ­réparation. A la victoire de la vie sur la mort, puissamment mise en scène dans le dernier acte sexuel auquel s’abandonne, mourant et sous perfusion, Burghardt. De cette scène, on ne peut rien dire, au risque d’en dévoiler trop, si ce n’est peut-être qu’elle aura son pendant (tout aussi bouleversant) deux ans plus tard, dans le film de Robin Campillo, 120 battements par minute.
Jonathan, de Piotr J. Lewandowski. Avec André Hennicke, Jannis Niewöhner, Julia Koschitz (All., 2015, 90 min).



                            


                        

                        

