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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Rapport d’étonnement. La logique capitaliste s’empare enfin des idées écologiques, considérées naguère comme contraires à la croissance et à l’emploi.
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L’économie circulaire convainc jusqu’au Medef

Rapport d’étonnement. La logique capitaliste s’empare enfin des idées écologiques, considérées naguère comme contraires à la croissance et à l’emploi.



Le Monde
 |    01.04.2018 à 12h30
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            
L’utopie écologique n’est plus une chimère, ses rêves nous rattrapent. Industries propres, retraitement des déchets, villes végétalisées, immeubles économes, agroécologie associant cultures et élevage, « économie circulaire » fonctionnant comme un écosystème, réintégrée au cœur de la nature, privilégiant la valorisation des énergies naturelles plutôt que l’extraction des matières fossiles : il y a dix ans encore, ces idées étaient considérées comme contraires à la croissance et à l’emploi, menaçant les profits des entreprises. Bref, impraticables.
Alternative crédible
Aujourd’hui, elles semblent capables d’offrir une alternative crédible à la ruineuse destruction de la biosphère par notre mode de production – à nouveau dénoncée, samedi 24 mars, par les 550 experts de la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques. C’est ainsi que, vendredi 30 mars, le ministère de la transition écologique et solidaire doit faire connaître sa « Feuille de route pour l’économie circulaire », la présentant comme le « nouveau paradigme » capable de détrôner notre vieille logique économique « non soutenable », et proposant de l’ériger en « objectif national ».
On dira : l’écologiste Nicolas Hulot se démène pour se faire entendre, comme bien d’autres ministres soucieux de l’environnement avant lui, qui ont tous déchanté. Mais, l’avenir s’obscurcissant, les responsabilités s’avérant de plus en plus lourdes à porter, les temps changent : l’environnement devient la frontière de la logique capitaliste.
On l’a bien vu lors de l’université d’été du Medef, en août 2017, quand le patron du groupe Suez, Jean-Louis Chaussade, a donné un exemple frappant : « Le plastique est un excellent exemple de la limite de notre modèle d’économie linéaire. Plus de 320 millions de tonnes par an aujourd’hui, plus d’un milliard de tonnes en 2050 (…), et il n’est pas biodégradable ! Résultat,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ De 2012 à 2017, le sociologue Stéphane Beaud a écouté une fratrie d’enfants d’immigrés maghrébins lui raconter trente ans de leur quotidien. Une rencontre passionnante.
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« La France des Belhoumi » : entendre l’intégration silencieuse

De 2012 à 2017, le sociologue Stéphane Beaud a écouté une fratrie d’enfants d’immigrés maghrébins lui raconter trente ans de leur quotidien. Une rencontre passionnante.



Le Monde
 |    01.04.2018 à 09h00
    |

            Maryline Baumard








                        



                                


                            
La France des Belhoumi. Portraits de famille (1977-2017), de Stéphane Beaud, La Découverte, « L’envers des faits », 352 p., 21 €.

Les Belhoumi sont « nés » le 12 juin 2012. Ce soir-là, une mission locale de Seine-Saint-Denis fête ses trente ans. Le sociologue Stéphane Beaud y prend la parole. Il raconte l’intégration silencieuse des descendants de l’immigration maghrébine, s’arrêtant sur ses heurts et ratés, que les missions locales (ces organismes qui accompagnent les jeunes de 16 à 25 ans sortis du système scolaire) connaissent bien.
Dans la salle de cinéma où se tiennent les débats, Samira écoute. Les statistiques que convoque l’universitaire la renvoient à des visages. Elle reconnaît l’histoire de Rachid et d’Azzedine, deux de ses frères. Un peu celles de Leïla et Amel, ses deux sœurs qui l’accompagnent ce soir-là. Et puis ça la ramène à sa propre histoire, aussi. Fille d’un père algérien arrivé en France en 1971, Samira a été infirmière avant de devenir cadre hospitalière. A la maison, elle a rempli le rôle que lui confère sa place d’aînée et elle continue à le faire, même installée à Paris. Alors qu’elle voit ses parents vieillir, et qu’elle-même est devenue mère, elle a envie que soient consignés par écrit l’exil paternel et la saga de sa famille.
« Samira a pressenti d’emblée le sens politique de la démarche »
Ce soir de juin, l’intervention de Stéphane Beaud sonne tellement juste, à ses oreilles et à celles de ses sœurs, que le trio s’autorise à apostropher le chercheur. Le courant passe bien et le sociologue est immédiatement persuadé que ces trois jeunes femmes peuvent être un terrain d’étude passionnant, que leur belle réussite de cadres de la fonction publique, qui raconte l’intégration silencieuse des descendants d’Algériens, ferait un bel article. Un pacte est scellé sur la terrasse du cinéma. Les « Belhoumi » – patronyme imaginé pour préserver l’anonymat de la famille...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Les dirigeants d’entreprise dysfonctionnent psychologiquement plus souvent que la moyenne de la population. Bien se comporter, c’est s’y adapter, explique la journaliste du « Monde » Annie Kahn, dans sa chronique bimensuelle.
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Comment « savoir être » face à des patrons déséquilibrés

Les dirigeants d’entreprise dysfonctionnent psychologiquement plus souvent que la moyenne de la population. Bien se comporter, c’est s’y adapter, explique la journaliste du « Monde » Annie Kahn, dans sa chronique bimensuelle.



Le Monde
 |    01.04.2018 à 07h00
    |

            Annie Kahn








                        



                                


                            

Ma vie en boîte. Le chercheur d’emploi lambda, ou toute personne soucieuse de conserver son poste ou d’évoluer professionnellement, se doit aujourd’hui d’améliorer son « savoir-être », entend-on de tous côtés. Savoir-être, on l’aura compris, signifie apprécier le travail collaboratif quand cela s’avère nécessaire. Mais aussi être très autonome quand les conditions l’exigent. Se comporter intelligemment avec ses collègues, clients et dirigeants. Pour des relations apaisées, empathiques, basées sur la compréhension de l’autre, l’écoute.
On comprend aisément que dans un tel univers paradisiaque, sans perte de temps en conflits inutiles, la productivité s’améliore. En ce début de week-end prolongé, on vous épargnera la longue liste des études universitaires établissant corrélation et causalité entre savoir-être et productivité.
En haut de la pyramide, en revanche, il semble que le savoir-être ne soit plus du tout essentiel. A moins qu’il ne se définisse tout à fait autrement. Car, dans les entreprises, les dirigeants dysfonctionnent psychologiquement plus souvent que la moyenne de la population, affirment Manfred Kets de Vries, professeur en développement du leadership et changement des organisations à l’Insead, et Caroline Rook, assistante à la Henley Business School, dans la lettre Insead Knowledge du 19 mars.
Comportements toxiques
En effet, si, en moyenne, la moitié des adultes américains souffrent de troubles psychiatriques à un moment ou l’autre de leur vie, selon une étude de la Harvard Medical School, les responsabilités des dirigeants sont tellement stressantes qu’elles stimulent ou aggravent des troubles psychologiques préexistants à leur nomination, estiment M. Kets de Vries et Mme Rook. On considérera qu’il doit en être de même en Europe.
Or, les comportements toxiques les plus répandus chez les dirigeants vont tout à fait à l’encontre de ce qui est attendu du fameux « savoir-être »....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Commercialisée depuis vingt ans, la plus célèbre des petites pilules bleues a révolutionné la sexualité masculine, selon l’urologue Nicolas Thiounn.
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Article sélectionné dans La Matinale du 31/03/2018
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« La découverte du Viagra est un grand coup de chance »

Commercialisée depuis vingt ans, la plus célèbre des petites pilules bleues a révolutionné la sexualité masculine, selon l’urologue Nicolas Thiounn.



Le Monde
 |    01.04.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
01.04.2018 à 09h36
    |

            Charlotte Chabas








                        



   


Elle est la pilule bleue la plus célèbre au monde. Le 1er avril 1998, le Viagra apparaissait pour la première fois dans des pharmacies américaines. Vingt ans plus tard, le traitement commercialisé par le laboratoire Pfizer est délivré dans plus de 120 pays, et a été prescrit plus de 65 millions de fois. Rançon du succès, il est l’un des traitements les plus contrefaits au monde, avec plusieurs millions de fausses pilules vendues sur Internet chaque année.
Retour sur l’histoire d’une pilule qui a révolutionné la sexualité masculine avec Nicolas Thiounn, urologue à l’hôpital européen Georges-Pompidou et professeur d’urologie à l’université Paris-Descartes.
Vingt ans, cela semble relativement récent pour un traitement aussi mondialement connu. Pourquoi le Viagra est-il apparu aussi tardivement ?
De tout temps, l’homme a tenté de maintenir ses érections. Déjà dans l’Egypte ancienne, on a retrouvé dans les tombeaux des anneaux à mettre autour du pénis qui agissaient comme des garrots.
Mais le sujet a pourtant longtemps été un tabou de société, comme tout ce qui est relatif au sexe. Ce n’est qu’en 1974 que l’OMS [Organisation mondiale de la santé] a reconnu que la « santé sexuelle faisait partie intégrante du bien-être et de la qualité de vie ». Toutes les recherches dans ce domaine sont donc très récentes.
Le Viagra a d’ailleurs été découvert par accident : la molécule, le sildénafil, était d’abord testée pour soigner les angines de poitrine. Cela a été un échec, mais en revanche les cobayes ont signalé comme effet secondaire une vie sexuelle plus épanouie. Dans les notes de laboratoire, on voit combien la découverte du Viagra est un grand coup de chance.
Comment cette pilule bleue a-t-elle été accueillie par le public ?
Son arrivée sur le marché a été assez controversée. D’abord parce que c’était un produit de luxe, à près de 20 euros le comprimé. Il y avait aussi beaucoup de rumeurs à son sujet, on entendait que cela pouvait tuer les patients. En 1998, c’était encore trop sulfureux de parler d’améliorer la qualité des rapports sexuels.
Comment fonctionne le Viagra ?
Le Viagra n’est pas curatif, il ne guérit pas les dysfonctions érectiles. Il ne résout pas non plus les problèmes de libido puisqu’il n’est en aucun cas déclencheur de l’érection.
La molécule bloque l’enzyme responsable de la dégradation du médiateur qui permet l’érection. En clair, il prolonge la qualité de l’érection en permettant un meilleur contrôle du temps qui précède l’orgasme masculin. Mais si le Viagra a un effet de quatre à huit heures, cela ne veut pas dire qu’il maintient une érection aussi longue. Elle sera juste facilitée durant ce laps de temps.

        Lire aussi :
         

                L’intérêt des labos pour la libido



On peut dire que le Viagra ne fait que rendre plus apte au rapport sexuel. Il est un facilitateur. Jamais il ne se substitue au désir, contrairement à ce qui est souvent dit. Si vous n’êtes pas excité par votre partenaire, le Viagra ne vous aidera pas.
Peut-on dire que le Viagra a révolutionné la sexualité ?
Avant le Viagra, les seules possibilités pour les personnes atteintes de dysfonctions érectiles, c’étaient, en gros, la piqûre, la prothèse d’érection ou la pompe. Il est donc miraculeux d’avoir une pilule pour remplacer cet attirail.
Surtout, le Viagra a permis de dépasser l’idée que la baisse de la qualité de la sexualité, notamment du fait de l’âge, était une fatalité. L’érection est souvent liée à la confiance en soi. Il y a une intellectualisation et une dramatisation de l’enjeu. Le Viagra permet de dépasser ça et de déculpabiliser les hommes et les couples. Il permet de renouer avec une sexualité plus épanouie.
Ces changements dans les mentalités ont notamment été rendus possibles par la révolution d’Internet, qui a changé la manière de parler du sexe. Le Viagra est devenu quelque chose de relativement courant, même s’il y a évidemment toujours des difficultés à parler de sa vie sexuelle, y compris avec le monde médical.
Qui prend du Viagra aujourd’hui ?
Selon les études, on sait qu’environ 40 % des usages sont d’ordre récréatif. C’est-à-dire pris par des gens qui n’ont pas de dysfonctions érectiles, mais qui veulent améliorer la qualité de leurs rapports. Ce sont souvent des hommes entre 30 et 50 ans, en recherche d’une meilleure sexualité, qui prennent cette pilule comme un petit « extra ».

        Lire aussi :
         

                Le pénis et la confiance, cercle vicieux ou vertueux ?



Pour ma part, je la prescris surtout à des hommes d’un certain âge, qui parviennent à m’exprimer que leur sexualité « était mieux avant ». A 70 ans, il faut savoir que 70 % des hommes ont des dysfonctions érectiles. Cela n’a pourtant rien d’une condamnation, et on peut garder une vie sexuelle épanouie, même à des âges avancés.
Tous les hommes peuvent-ils prendre du Viagra ?
Il y a quelques contre-indications, notamment pour les personnes atteintes d’insuffisance cardiaque et d’insuffisance coronarienne. C’est aussi contre-indiqué aux personnes qui prennent des dérivés nitrés. Enfin, du côté des médecins, il faut être vigilant à ne pas prescrire le Viagra à une personne qui peut être un délinquant sexuel.
Il ne faut pas oublier non plus qu’une dysfonction érectile, c’est aussi une vigie du reste du corps. Quand il y a un problème à ce niveau-là, on peut craindre des problèmes cardiaques notamment. C’est d’autant plus important d’en parler à son médecin, et de prescrire des tests complémentaires.
Peut-on devenir accro au Viagra ?
La seule accoutumance connue est d’ordre psychologique. Certains perdent leur confiance en eux au point de se croire incapable de donner ou de prendre du plaisir sans prendre leur pilule.
Pourquoi n’existe-t-il pas d’équivalent féminin ?
Chez les femmes, plusieurs tests ont été réalisés mais aucun ne s’est avéré satisfaisant. Pour l’heure, la sexualité féminine n’est pas du tout paramétrable, cela reste la grande inconnue. On a des indices tels que la lubrification, mais le plaisir féminin est plus mystérieux que la sexualité de l’homme, et il y a beaucoup à faire pour comprendre ce qui reste un Atlantide. On peut déplorer qu’il n’y ait pas plus de laboratoires qui travaillent sur le sujet.
Y a-t-il des limites à l’usage du Viagra ?
Pourquoi mettre une limite ? Un jour peut-être, on pourra proposer une pilule qui booste pour douze heures les capacités intellectuelles… Pourquoi ne pas la prendre le jour où vous savez que vous avez plusieurs réunions ou un gros dossier à présenter ? C’est pareil pour le Viagra.

        Lire aussi :
         

                Les fantasmes autour du « Viagra féminin »



Tant que c’est entre adultes consentants, pourquoi se priver de quelque chose qui peut permettre d’augmenter la qualité des rapports sexuels et permettre aux protagonistes d’en éprouver plus de plaisir ?
Toute la difficulté est de faire accepter socialement que l’épanouissement sexuel est une composante du bonheur individuel. Aujourd’hui, la santé sexuelle est de plus en plus reconnue comme un enjeu de santé publique, mais il y a encore beaucoup à faire.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ L’émergence du mouvement contre le harcèlement et les violences sexuelles a modifié notre manière de percevoir ou de tolérer certains traits d’humour.
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Peut-on rire de #metoo avec n’importe qui ?

L’émergence du mouvement contre le harcèlement et les violences sexuelles a modifié notre manière de percevoir ou de tolérer certains traits d’humour.



Le Monde
 |    01.04.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
01.04.2018 à 12h51
    |

            Sandrine Blanchard








                        



                                


                            

« Je crois que c’est clair pour tout le monde : les producteurs n’ont plus le droit de violer les actrices. Par contre, il y a quelque chose qu’il va falloir clarifier assez vite : est-ce que, nous, on a encore le droit de coucher pour avoir les rôles ? Parce que, si on n’a plus le droit, alors il faudra apprendre des textes, passer des castings et, franchement, on n’a pas le temps. » L’humour noir de Blanche Gardin a fait sensation, vendredi 2 mars, lors de la cérémonie des Césars. Sur la scène de la Salle Pleyel, à Paris, devant tout le petit monde du cinéma français arborant un ruban blanc en soutien aux femmes victimes de harcèlement ou de violences sexuelles, cette comédienne, figure montante du stand-up, ne s’est pas départie de son art du contre-pied pour déclencher l’hilarité.
Onde de choc
Le registre comique est souvent une question de timing. Comme à chaque fois qu’un sujet envahit l’espace médiatique, les humoristes, capteurs de l’air du temps, s’en emparent. Le mouvement ­#metoo et #balancetonporc ne fait pas exception. « Beaucoup de garçons l’évoquent, soit pour revendiquer leur féminisme, soit pour se justifier de ne pas être un porc, constate Antoinette Colin, directrice artistique du mythique café-théâtre parisien Le Point-Virgule. Les filles, elles, n’ont pas attendu ­#metoo pour libérer leur parole sur scène. »

Qu’elles s’appellent Blanche Gardin, Tania Dutel, Marina ­Rollman, Constance ou Agnès Hurstel, les femmes humoristes de la nouvelle génération ont devancé l’onde de choc suscitée par l’affaire Weinstein en portant, dans leur spectacle, un regard sans concession sur les rapports hommes-femmes et en évoquant sans tabou leur sexualité. Bon nombre de leurs homologues masculins, tels Vérino, Haroun, Roman Frayssinet ou Frédérick Sigrist prennent désormais leur défense, comparant les misogynes à des has been. « La misogynie est un rire facile. Etre féministe, c’est lutter contre la première...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Le héros du rail s’est transformé en technicien de pointe, puis en gréviste inflexible : examen d’un imaginaire en mutation, alors qu’une nouvelle épreuve de force oppose le gouvernement au personnel de la SNCF.
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Les métamorphoses du cheminot

Le héros du rail s’est transformé en technicien de pointe, puis en gréviste inflexible : examen d’un imaginaire en mutation, alors qu’une nouvelle épreuve de force oppose le gouvernement au personnel de la SNCF.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 12h00
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            

Jean Gabin, le visage couvert de suie, concentré sur sa manœuvre, penché à extérieur de la ­ « Lison » – comme il appelle amoureusement sa locomotive à vapeur, une Pacifix 231 de l’époque : cette image du film La Bête humaine (1938), de Jean ­Renoir, a longtemps inspiré, et influence encore, toute une iconographie sur les cheminots. Elle montre l’alliance d’un employé du chemin de fer au savoir-faire précieux et d’une machine puissante, capricieuse, sorte de « monstre mécanique » décrit par Zola dans son roman éponyme publié en 1890.
« On retrouve cette imagerie du conducteur responsable, à l’air grave, sur les affiches de La Bataille du rail, le film de René Clément [1946], comme sur la plupart des ouvrages qui retracent l’histoire de la résistance des cheminots pendant l’occupation allemande » – la fameuse « Résistance-fer » –, rappelle le photographe Jean-Jacques d’Angelo, responsable de la valorisation de l’image à la Cité du train, à Mulhouse. Cette iconographie héroïque du cheminot dévoué et courageux remonte à la guerre de 1914-1918 : dans L’Usine nouvelle du 10 mars, le sociologue Georges ­Ribeill, membre fondateur de l’association Rails et Histoire, rappelle que le fameux « statut des cheminots », remis en cause aujourd’hui, « a été fabriqué en 1920 pour remercier les cheminots de leur engagement pendant la Grande Guerre ».
Savoir-faire technique
Dans les années 1950-1960, l’électrification fait évoluer les technologies et les métiers du rail, tout comme l’imagerie des cheminots – qu’ils soient conducteurs, ingénieurs ou ouvriers de maintenance. « En mars 1955, ils deviennent les maîtres de la vitesse en établissant le record du monde sur rail à 331 km/h avec deux locomotives, ­l’Alsthom CC 7107 et la BB 9004 Jeumot-Schneider », précise Jean-Jacques ­d’Angelo. La SNCF y consacre un documentaire (visible sur YouTube) dans lequel les conducteurs sont montrés...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ La revue de Sartre et Beauvoir consacre un dossier au Venezuela.
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L’échec du chavisme selon « Les Temps modernes »

La revue de Sartre et Beauvoir consacre un dossier au Venezuela.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 12h00
    |

                            Paulo A. Paranagua








                        



                                


                            
L’intelligentsia française a longtemps flirté avec Hugo Chavez et sa « révolution bolivarienne ». Aussi, le dossier que consacre au Venezuela la revue de Sartre et Beauvoir est un petit événement. Pour ne pas désespérer Billancourt, l’ensemble se situe « dans une perspective de gauche », précise l’avant-propos de ce numéro des Temps modernes. Il aura fallu vingt ans de chavisme (1998-2018) pour que cet avatar de populisme enrobé de rhétorique révolutionnaire devienne infréquentable.
Dérive plébiscitaire et autoritaire
La faillite n’est pourtant imputable ni à la bêtise de Nicolas Maduro, qui a succédé en 2013 au « Commandant éternel », ni à la chute du cours du pétrole. La catastrophe économique et sociale était inscrite dans la gabegie de ces deux décennies à l’égard d’une rente pétrolière qui s’élève à 1 000 milliards d’euros. Plus dépendant que jamais de l’exportation d’hydrocarbures et de l’importation de presque tout, le Venezuela sombre dans la misère. Mais l’échec du chavisme, cerné par l’historienne Margarita Lopez Maya, est avant tout politique.
La dérive plébiscitaire et autoritaire de Chavez, en effet, a débouché sur une « dictature à vocation totalitaire ». Conflits écologiques inhérents à l’extractivisme, montée de la famine, culte de Bolivar ou mensonge décomplexé comme méthode discursive sont autant d’aspects évoqués par les auteurs, presque tous vénézuéliens, dont certains sont des « chavistes déçus » qui n’ont pas renoncé à la lucidité.
Dommage que trois facteurs essentiels à la compréhension de la situation ne soient pas abordés. Le premier est l’influence néfaste, si ce n’est l’emprise, du régime cubain sur son précieux allié, fournisseur de pétrole et de devises en échange de services payés au tarif fort. Le castrisme reste un point aveugle pour l’opinion européenne. Le deuxième sujet est la nature politique de l’opposition, ce qui implique d’expliquer comment Chavez a divisé et phagocyté...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ La théorie économique dominante lie efficacité et compétition. Pourtant la coordination peut aussi se révéler efficace, observe l’économiste Gérard Fonouni dans une tribune au « Monde ».
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Réformes Macron : « La concurrence ne conduit pas toujours à une harmonie optimale »

La théorie économique dominante lie efficacité et compétition. Pourtant la coordination peut aussi se révéler efficace, observe l’économiste Gérard Fonouni dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    31.03.2018 à 11h10
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 11h27
    |

Gérard Fonouni (Professeur agrégé d’économie et gestion)







                        



                                


                            

[Ouverture de la SNCF à la concurrence, assouplissement du marché du travail, allégement de la fiscalité des hauts revenus, promotion de l’innovation… La « remise en marche » tous azimuts qu’Emmanuel Macron et son gouvernement mènent au pas de charge se fait au nom de l’efficacité, de la rationalisation et de l’épanouissement de l’initiative individuelle et entrepreneuriale. Elle reprend de ce fait le cadre conceptuel et les prémisses d’une théorie et de modèles bien précis de la pensée économique, ceux de l’efficience des marchés et des anticipations rationnelles des agents. Mais, pour certains économistes, les nouveaux défis posés par le creusement des inégalités et les limites écologiques de notre mode de production nécessitent de changer le cadre intellectuel des prises de décisions politiques.]
Tribune. Au cœur de l’analyse économique, se trouve désormais le concept de l’efficacité, servant de fondement à toutes les politiques économiques. De simple moyen, il est devenu aujourd’hui une fin.
L’efficacité, mesurée par l’adéquation des moyens aux objectifs, est aussi recherchée par toutes les entreprises produisant dans un environnement concurrentiel. Dans cet environnement, les firmes parvenant à optimiser leurs ressources c’est-à-dire à maximiser leurs profits sous contrainte de coûts tout en recherchant à satisfaire les besoins de leurs clients, peuvent se développer, conquérir de nouveaux marchés ou encore se différencier des concurrents et donc créer des emplois. Alors que celles qui n’y parviennent pas, à défaut d’efficacité, sont éliminées par la concurrence. Telle est la loi du marché, celle du plus fort, à partir de laquelle se sont tissées les relations économiques entre les acteurs économiques et entre les pays.
La libre concurrence entre les entreprises privées permet, en théorie, de concilier les intérêts divergents des producteurs et des consommateurs grâce aux prix fixés librement en...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Les crises écologiques, qui font à la fois des gagnants et des perdants, démentent la possibilité d’un équilibre des préférences, et appellent de nouveaux modes de résolution, affirment dans une tribune au « Monde » les économistes Cécile Aubert et Lauriane Mouysset
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Réformes Macron : « Faire face à la crise écologique appelle une réflexion combinant les hommes et la nature »

Les crises écologiques, qui font à la fois des gagnants et des perdants, démentent la possibilité d’un équilibre des préférences, et appellent de nouveaux modes de résolution, affirment dans une tribune au « Monde » les économistes Cécile Aubert et Lauriane Mouysset



Le Monde
 |    31.03.2018 à 10h59
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 11h30
    |

Lauriane Mouysset (Chercheuse CNRS à l’université de Bordeaux) et Cécile Aubert (Chercheuse à l’Ecole d’économie de Toulouse et à l’université de B...







                        



                                


                            

[Ouverture de la SNCF à la concurrence, assouplissement du marché du travail, allégement de la fiscalité des hauts revenus, promotion de l’innovation… La « remise en marche » tous azimuts qu’Emmanuel Macron et son gouvernement mènent au pas de charge se fait au nom de l’efficacité, de la rationalisation et de l’épanouissement de l’initiative individuelle et entrepreneuriale. Elle reprend de ce fait le cadre conceptuel et les prémisses d’une théorie et de modèles bien précis de la pensée économique, ceux de l’efficience des marchés et des anticipations rationnelles des agents. Mais, pour certains économistes, les nouveaux défis posés par le creusement des inégalités et les limites écologiques de notre mode de production nécessitent de changer le cadre intellectuel des prises de décisions politiques.]
Tribune. De la disparition du dodo de l’île Maurice à la fin du XVIIe siècle à la réduction alarmante des oiseaux communs, l’érosion de la biodiversité par l’humain n’a de cesse de s’accélérer. Nous savons pourtant que cette biodiversité est essentielle à notre épanouissement. Régulation du climat, formation des sols, contrôle des ravageurs de culture, émotions procurées par le chant des oiseaux, sont autant de bienfaits fournis par la nature que nous avons intérêt à préserver. Alors, pourquoi ne change-t-on pas de comportement ? Pourquoi n’arrive-t-on pas à trouver de solution pour stopper ce déclin ?
La réponse à cette question est complexe. Une première difficulté émane du fait que la crise de la biodiversité ne peut plus se cantonner à une réflexion strictement écologique. Notre société est influencée par cet environnement tout autant qu’elle l’impacte. Faire face à la crise écologique appelle inévitablement une réflexion combinant les hommes et la nature.
C’est en intégrant des modèles de décisions économiques avec des modèles de prédiction de leurs conséquences écologiques sur les paysages et les écosystèmes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ L’économiste Paul Seabright rend compte dans sa chronique d’une étude qui compare l’évolution du taux de criminalité violente après la dépénalisation médicale de la marijuana dans certains Etats américains avec cette même évolution dans les Etats qui n’ont pas eu recours à la dépénalisation.
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Cannabis : « Avec la dépénalisation, le taux de criminalité violente baisse »

L’économiste Paul Seabright rend compte dans sa chronique d’une étude qui compare l’évolution du taux de criminalité violente après la dépénalisation médicale de la marijuana dans certains Etats américains avec cette même évolution dans les Etats qui n’ont pas eu recours à la dépénalisation.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 10h57
    |

                            Paul Seabright (Institut d'études avancées de Toulouse)








                        



                                


                            

Recherches. Les effets de la dépénalisation de certaines drogues illicites sont complexes et difficiles à prévoir. Mais la discussion publique autour de cette perspective, elle, est toujours aussi passionnée, notamment autour de l’impact que la dépénalisation peut avoir dans plusieurs domaines : la consommation, la qualité des substances vendues, la santé des consommateurs, leurs autres habitudes de consommation, le degré de criminalité auquel le commerce est associé…
Une étude récente permet d’évaluer les effets sur la criminalité de la dépénalisation de la consommation de marijuana pour des utilisations médicales (Medical Marijuana Laws), mise en place par plusieurs Etats américains ces dernières années (« Is Legal Pot Crippling Mexican Drug Trafficking Organisations ? The Effect of Medical Marijuana Laws on US Crime », Evelina Gavrilova, Takuma Kamada et Floris Zoutman, Economic Journal, 16 novembre 2017).
Il est ici important de préciser que les Medical Marijuana Laws dépénalisent non seulement la consommation, sous certaines conditions, mais aussi la production. Elles créent ainsi une concurrence aux organisations clandestines criminelles, notamment d’origine mexicaine, qui contrôlaient jusqu’ici la grande majorité de la production destinée au marché américain. Cette nouvelle concurrence réduisant les rentes associées au commerce illégal diminue-t-elle les conflits que cette course au profit provoquait ?
Comparaison « avant » - « après »
Pour répondre à cette question, les auteurs ont utilisé une méthodologie appelée « difference-in-difference » pour comparer l’évolution du taux de criminalité violente après la dépénalisation médicale de la marijuana dans certains Etats avec cette même évolution dans les Etats qui n’ont pas eu recours à la dépénalisation.
Une simple comparaison entre « avant » et « après » dans un même Etat pourrait être trompeuse, car il peut y avoir d’autres facteurs qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ La vision théorique d’individus utilitaristes et rationnels a fini par imprégner nos propres comportements réels, observe l’économiste Bernard Walliser dans une tribune au « Monde ».
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Réformes Macron : « Le modèle de l’homo œconomicus » est devenu « une croyance autoréalisatrice »

La vision théorique d’individus utilitaristes et rationnels a fini par imprégner nos propres comportements réels, observe l’économiste Bernard Walliser dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    31.03.2018 à 10h49
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 11h29
    |

Bernard Walliser (directeur d’études en économie à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, EHESS)







                        



                                


                            
[Ouverture de la SNCF à la concurrence, assouplissement du marché du travail, allégement de la fiscalité des hauts revenus, promotion de l’innovation… La « remise en marche » tous azimuts qu’Emmanuel Macron et son gouvernement mènent au pas de charge se fait au nom de l’efficacité, de la rationalisation et de l’épanouissement de l’initiative individuelle et entrepreneuriale. Elle reprend de ce fait le cadre conceptuel et les prémisses d’une théorie et de modèles bien précis de la pensée économique, ceux de l’efficience des marchés et des anticipations rationnelles des agents. Mais, pour certains économistes, les nouveaux défis posés par le creusement des inégalités et les limites écologiques de notre mode de production nécessitent de changer le cadre intellectuel des prises de décisions politiques.]
Tribune. Pendant des décennies, la théorie économique néoclassique a analysé l’agent économique comme un homo œconomicus, qui optimise ses objectifs sous des contraintes imposées. S’appuyant sur des préférences et des croyances très générales, la version faible de cette théorie se révèle assez souple pour intégrer nombre de comportements usuels. Mais sa version forte appliquée aux agents économiques est bien plus restrictive : le consommateur se cantonnerait à maximiser l’utilité des biens qu’il achète, et le producteur le profit issu des biens qu’il transforme. En revanche, les motivations symboliques ou éthiques, si elles demeurent bien présentes, seraient cantonnées à des choix extérieurs au champ économique.
Certes, ce modèle se veut une abstraction de la réalité qui ne saurait être acceptée qu’en première approximation. Les économistes mettent en avant sa simplicité, qui permet d’en déduire nombre de conséquences quant au fonctionnement des marchés. Pourtant, ils ne se privent pas d’ironiser à son propos en se l’appliquant à eux-mêmes, en l’occurrence des savants à la seule recherche de prestige personnel… Par ailleurs,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ A l’occasion de l’Earth Hour, le chef de l’Etat a posté sur Twitter une vidéo dans laquelle il alerte sur l’effondrement de la biodiversité. Passée assez inaperçue, cette intervention aura pourtant un impact que nous ne soupçonnons pas, estime dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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« L’allocution du 24 mars d’Emmanuel Macron a inscrit la biodiversité dans la parole présidentielle »

A l’occasion de l’Earth Hour, le chef de l’Etat a posté sur Twitter une vidéo dans laquelle il alerte sur l’effondrement de la biodiversité. Passée assez inaperçue, cette intervention aura pourtant un impact que nous ne soupçonnons pas, estime dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ».



Le Monde
 |    31.03.2018 à 10h46
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 11h06
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            
Chronique. « Imaginez. Vous vous réveillez et quelque chose a changé. Vous n’entendez plus le chant des oiseaux. Vous regardez par la fenêtre : les paysages que vous avez jadis chéris sont désormais desséchés et toute vie en a disparu. L’air et l’eau, tout ce que vous respirez et qui permet la vie, est altéré. Ce n’est pas un cauchemar et encore moins une illusion. Vous le savez. Vous le savez parce que nous en constatons les premiers effets. Le temps du déni est révolu. Nous ne sommes pas seulement en train de perdre la bataille contre le changement climatique, nous sommes en train de perdre notre bataille contre l’effondrement de la biodiversité. »

Ces mots d’alarme ne sont pas ceux d’un militant écologiste : ce sont ceux du président de la République française, prononcés (en anglais) dans une brève vidéo postée le 24 mars à 20 h 35 sur son compte Twitter. L’adresse d’Emmanuel Macron s’achève en enjoignant aux citoyens d’accomplir le geste symbolique institué un samedi de la fin du mois de mars depuis une dizaine ­d’années par le WWF, avec l’Earth Hour : éteindre la lumière pendant une heure, en signe d’adhésion aux politiques de protection de l’environnement. En clôture de la courte séquence, un dernier plan montre, en exemple, l’extinction des feux au palais de l’Elysée.
Un terme vague et technique
L’allocution présidentielle a été visionnée un peu plus de 200 000 fois sur le réseau social, mais est passée à peu près inaperçue des grands médias. Poliment ignorée, ou presque. Cette relative indifférence ne tient sans doute pas uniquement à l’encombrement de l’actualité, marquée par l’émotion qui a suivi l’attentat de Trèbes (Aude) et l’assassinat de Mireille Knoll. Il y a aussi, plus probablement, la difficulté à installer la question de la biodiversité au cœur du débat public. « Biodiversité » : le terme est vague, technique, n’évoque pas grand-chose en lui-même. Sans incarnation forte autour d’une espèce ou d’une...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Editorial. Emmanuel Macron a « souhaité qu’un dialogue puisse s’établir entre les Forces démocratiques syriennes et la Turquie avec l’assistance de la France ». Il est permis de douter du succès d’une telle démarche, balayée par Ankara vendredi.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                

La France impuissante face à la guerre turque contre les Kurdes

Editorial. Emmanuel Macron a « souhaité qu’un dialogue puisse s’établir entre les Forces démocratiques syriennes et la Turquie avec l’assistance de la France ». Il est permis de douter du succès d’une telle démarche, balayée par Ankara vendredi.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 10h37
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Que la France envoie ou non certaines de ses forces spéciales déjà présentes en Syrie vers Manbij dans le but de prévenir l’offensive annoncée à grand bruit par le président turc Erdogan ne changera pas grand-chose. Confirmé par les uns, démenti par les autres, ce déploiement, s’il a lieu, ne pourra être que symbolique. Manbij, une ville arabe contrôlée par les Forces démocratiques syriennes (FDS), dont l’encadrement est principalement kurde, est déjà sous la protection de soldats américains depuis l’automne 2016.
Les FDS et les unités kurdes sont les alliés de la coalition internationale contre l’Etat islamique, dont la France fait partie depuis 2014. Elles ont pris Rakka, la capitale du « califat » syrien de l’organisation Etat islamique (EI). Vue depuis Paris, la poursuite de la lutte contre les djihadistes est un impératif de sécurité nationale. Il nécessite d’apporter un minimum de garanties politiques et sécuritaires aux FDS, visées par M. Erdogan, qui les considère comme le prolongement, en Syrie, du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) contre lequel il est en guerre. La prise de l’enclave kurde syrienne d’Afrin par l’armée turque et ses alliés arabes syriens a été le premier acte de la lutte à mort que M. Erdogan veut leur mener.
Un partenaire essentiel
En recevant une délégation civile et militaire, liée au FDS, jeudi 29 mars à l’Elysée, Emmanuel Macron a cherché à montrer sa solidarité avec les meilleurs alliés de la France dans sa guerre contre le djihadisme. Pour Ankara, cette forme de reconnaissance est totalement inacceptable : l’implantation durable d’une entité politique dominée par les FDS à sa frontière est, pour la Turquie, une menace existentielle.

        Lire aussi :
         

                Erdogan tance Macron, accusé de soutenir les Kurdes de Syrie



Or la Turquie est aussi un partenaire essentiel de la France dans la lutte contre le djihadisme – en extradant les ressortissants français qu’elle intercepte sur son territoire et en servant de garde-frontière à l’Europe dans le cadre de sa politique migratoire. Paris cherche donc à ménager tout le monde. Dans le communiqué officiel publié à l’issue de la rencontre de jeudi, l’Elysée affirme que le président de la République « a assuré les FDS du soutien de la France » et a « rappelé l’engagement de la France contre le PKK ». Pour Ankara, les FDS sont le PKK. On touche là les limites de la « diplomatie de l’en même temps » de M. Macron.
Un puissant outil de mobilisation
Les Etats-Unis, qui cherchent à ménager leur allié turc dans l’OTAN tout en donnant des garanties à leurs partenaires des FDS dans la guerre contre l’EI, sont aussi confrontés à ce dilemme. Mais ils sont plus puissants – et donc craints d’Ankara – et plus lointains géographiquement de la Turquie : les conséquences d’une querelle avec M. Erdogan ne sont pas les mêmes.
M. Macron a proposé ses bons offices et « souhaité qu’un dialogue puisse s’établir entre les FDS et la Turquie avec l’assistance de la France ». Il est permis de douter du succès d’une telle démarche, balayée par Ankara vendredi. Seuls un front uni et une démarche commune des Occidentaux – Français, Américains, Britanniques, Allemands, etc. – pourraient dissuader M. Erdogan de stopper sa croisade anti-kurde en Syrie.

        Lire aussi :
         

                « Les Kurdes ont été au premier plan de la lutte contre l’EI. Méritent-ils le cynisme des grandes puissances ? »



Il y a trouvé un puissant outil de mobilisation d’une société turque travaillée par l’islamo-nationalisme virulent promu par le pouvoir en place. M. Erdogan, candidat à sa propre succession en 2019, n’a aucune raison de mettre fin à une guerre qui le rend populaire. Et lui permet de réprimer ses opposants à l’intérieur du pays.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’économiste Jean-Luc Gaffard explique que ce cercle vertueux vanté par les économistes ne fonctionne pas s’il s’accompagne du renforcement des rentes.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 31/03/2018
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« Face à l’accroissement des inégalités, il est difficile de parler de ruissellement de la richesse »

Dans une tribune au « Monde », l’économiste Jean-Luc Gaffard explique que ce cercle vertueux vanté par les économistes ne fonctionne pas s’il s’accompagne du renforcement des rentes.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 10h32
 • Mis à jour le
01.04.2018 à 11h15
    |

Jean-Luc Gaffard (professeur à l’Université Côte d’Azur et membre honoraire de l’Institut Universitaire de France)







                        



                                


                            
[Ouverture de la SNCF à la concurrence, assouplissement du marché du travail, allégement de la fiscalité des hauts revenus, promotion de l’innovation… La « remise en marche » tous azimuts qu’Emmanuel Macron et son gouvernement mènent au pas de charge se fait au nom de l’efficacité, de la rationalisation et de l’épanouissement de l’initiative individuelle et entrepreneuriale. Elle reprend de ce fait le cadre conceptuel et les prémisses d’une théorie et de modèles bien précis de la pensée économique, ceux de l’efficience des marchés et des anticipations rationnelles des agents. Mais, pour certains économistes, les nouveaux défis posés par le creusement des inégalités et les limites écologiques de notre mode de production nécessitent de changer le cadre intellectuel des prises de décisions politiques.]
Tribune. La Fable des abeilles, de Bernard Mandeville (1670-1733), est le plaidoyer le plus connu en faveur du ruissellement : elle entend nous convaincre que la consommation des riches, fût-elle ostentatoire, assure aux pauvres emplois et revenus. John M. Keynes, dans sa Théorie générale de l’emploi de l’intérêt et de la monnaie, s’en empare pour dénoncer les méfaits d’une épargne qui ne serait pas investie.
L’autre plaidoyer en faveur du ruissellement encense justement l’épargne, une épargne d’autant plus élevée que la répartition est inégalitaire, en invoquant le fait qu’en étant investie elle permet de développer l’entrepreneuriat. Les inégalités apparaissent ainsi comme le moteur de l’innovation et d’une croissance finalement bénéfique à tous. Dans cette perspective, les nouveaux biens voient le jour parce qu’ils sont demandés par les individus les plus riches, lesquels sont disposés à payer des prix très élevés autorisant les entreprises à avoir des taux de marge élevés leur permettant de financer des dépenses de recherche et développement (R&D) très coûteuses. Ces mêmes biens se...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Cinquante ans après l’assassinat du pasteur noir, le 4 avril 1968, à Memphis, « Le Monde » est parti sur ses traces.
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Martin Luther King : itinéraire d’un combattant

Cinquante ans après l’assassinat du pasteur noir, le 4 avril 1968, à Memphis, « Le Monde » est parti sur ses traces.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 10h29
    |

            Nicolas Bourcier (Atlanta, Birmingham, Montgomery, Memphis, Greensboro et Chicago, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Ce matin-là, le ciel est encore à l’orage sur Memphis. Martin Luther King s’est réveillé tard et plutôt d’une humeur joviale. Oubliée la fatigue de la veille qui l’avait vu s’effondrer après un ultime sermon à l’église Mason Temple.
Oublié aussi le coup de fil anonyme survenu quelques heures à peine après son arrivée dans cette rude capitale du Tennessee : « Fais ta prière, négro, tu n’as plus longtemps à ­vivre. » Il a l’habitude. Tout à l’heure, lui et son équipe ont prévu de se rendre chez le révérend Samuel Billy Kyles pour un dîner traditionnel du Sud avant le meeting de soutien aux éboueurs de la ville, en grève depuis plus d’un mois et demi.
Ils sont tous là, ses proches, ses conseillers de l’ombre qui forment depuis si longtemps cette garde rapprochée dont King a tant ­besoin. Ils rient, se chamaillent même, ravis de voir qu’il va mieux. Dans sa chambre du Lorraine Motel, un des rares établissements de la ville à accepter les voyageurs « de couleur », il passe encore un coup de fil à sa secrétaire, Dora McDonald, restée à Atlanta (Géorgie). Il appelle ses parents aussi, leur dit qu’il les aime. Dehors, sur le parking en contrebas, le son d’un saxophone l’attire vers le balcon. C’est Ben Branch qui joue en les attendant. « Dis, ce soir, tu joueras Précieux Dieu, prends ma main, lance King. Et joue-le bien ! »
Onction messianique
Il s’avance encore un peu, sourit, puis s’écroule. Il est 18 h 01 à Memphis, ce 4 avril 1968, une balle vient de lui trancher la gorge et d’éteindre pour toujours cette voix capable de faire chanter l’espoir. Le groupe se précipite, se serre autour de lui. Une photo, prise quelques instants plus tard, retiendra les bras tendus de ce groupe d’hommes en direction de l’endroit d’où est parti le coup de feu.
Maintenant, ils secouent la tête, comme boxés par un destin trop funeste. Par trois fois, le pasteur aurait déjà pu mourir. A Montgomery (Alabama), chez lui, devant sa maison...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Des êtres sensibles soumis au régime des biens : l’ambiguïté du statut des bêtes est mise en évidence par un ouvrage qui regroupe tous les textes de loi les concernant
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L’animal dans le droit, à la fois chose et sujet

Des êtres sensibles soumis au régime des biens : l’ambiguïté du statut des bêtes est mise en évidence par un ouvrage qui regroupe tous les textes de loi les concernant



Le Monde
 |    31.03.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 10h14
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
Il est né le 22 mars et c’est le premier du genre, en France comme en Europe. Lourd de plus de 1 000 pages, le Code de l’animal, publié aux éditions LexisNexis (49 euros), réunit sous sa couverture bleue l’intégralité des textes dispersés dans les sept codes qui régissent notre rapport aux animaux ­ (codes civil, pénal, de procédure pénale, rural et de pêche maritime, de l’environnement, des collectivités territoriales, de la santé publique), ainsi que les grandes décisions jurisprudentielles concernant les animaux de compagnie, de ferme, sauvages ou apprivoisés. Une petite révolution.
Symbole
Non pas que ce code privé – au même titre que le code de la montagne ou le code administratif – contienne de nouvelles lois. Mais sa publication, réalisée par une équipe de spécialistes en droit animalier en collaboration avec la Fondation 30 millions d’amis, aurait été impensable il y a seulement dix ans. Un symbole à lui seul de la transformation de notre regard sur les bêtes depuis la première loi française d’importance en matière de protection animale, dite loi Grammont, du 2 juillet 1850.
« Seront punis d’une amende de cinq à quinze francs, et pourront l’être d’un à cinq jours de prison, ceux qui auront exercé publiquement et abusivement des mauvais traitements envers les animaux domestiques », précisait-elle. « Une loi fondatrice mais restreinte à l’espace public, qui protégeait essentiellement la sensibilité des spectateurs et non pas celle des animaux », souligne Jean-Pierre Marguénaud, professeur de droit privé à l’université de Limoges et codirecteur du code de l’animal. Il fallut attendre plus d’un siècle, soit le décret du 7 septembre 1959 d’Edmond Michelet, ministre de la justice du général de Gaulle, pour que la répression des mauvais traitements soit élargie au domaine privé et pour que les animaux soient protégés en raison de leur propre sensibilité.

Le droit pénal avait donné le ton mais, pendant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’écrivain Mouloud Akkouche s’empare de la tragédie de l’Aude pour témoigner de la légitime difficulté d’être un Arabe en France. Jusqu’où ira la suspicion à l’égard des Français de rite musulman qui vivent sous la tyrannie d’une « minorité de décérébrés sanguinaires » ?
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Mouloud Akkouche : « Ces tueurs et d’autres islamistes me ressemblent physiquement »

Dans une tribune au « Monde », l’écrivain Mouloud Akkouche s’empare de la tragédie de l’Aude pour témoigner de la légitime difficulté d’être un Arabe en France. Jusqu’où ira la suspicion à l’égard des Français de rite musulman qui vivent sous la tyrannie d’une « minorité de décérébrés sanguinaires » ?



Le Monde
 |    30.03.2018 à 17h32
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 18h37
    |

Mouloud Akkouche (Ecrivain)







                        



                                


                            

Tribune. Quatre morts dans l’Aude. Dont un homme qui a donné sa vie pour en sauver une autre. Qui était le tueur ? Un terroriste islamiste. Mireille Knoll, âgée de 85 ans, a été tuée de onze coups de couteau. Puis cette vieille femme de confession juive, ayant échappé à la rafle du Vél’ d’Hiv, a été brûlée dans son appartement parisien. Qui est le meurtrier présumé ? Un voisin musulman, d’après la petite-fille de la victime (ma première information sur ce sauvage assassinat).
Bien sûr, il n’y a pas 1,2 milliard de musulmans kamikazes, assassins, antisémites, lapideurs de femmes, etc. sur la planète. Mais le dire ne fera pas ressusciter les morts. Ni n’apaisera la douleur de leurs proches. Les premiers à plaindre dans cette folie barbare. Une barbarie inexcusable. A condamner et à combattre.
Ces tueurs et d’autres islamistes me ressemblent physiquement. Comme à de nombreux individus du même type. « L’Arabe du coin » désigne l’épicier du quartier ouvert à pas d’heure et le dimanche soir. En croisant un basané dans la rue, on pouvait penser naguère à ce commerçant qui « dépanne bien ». Peut-être aujourd’hui à un joueur de foot ou au comique très drôle de la télé. Plus de nos jours.
Pourquoi accélère-t-il ? Attend-elle réellement un enfant devant l’école ? Pourquoi garde-t-il sa main sous son blouson ? Désormais des situations plus « banalement quotidiennes » pour quelqu’un d’origine nord-africaine ou métèque en général. On a tous quelque chose d’islamiste… A cause d’une minorité de décérébrés sanguinaires.
Soudés contre la haine
« Nous sommes tous des juifs allemands », scandait-on en 1968. Trente-trois ans plus tard « Nous sommes tous américains », après le 11 septembre 2001. Puis « Je suis Charlie ». Et tous les autres « Je suis… » fleurissant à chaque drame. Des catharsis collectives nécessaires pour se sentir soudés contre la haine et exprimer sa révolte.
Mais se méfier des effets...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Avec Bernard Plattner, l’Italien a conçu le nouveau Palais de justice de Paris, lumineux et proche de la banlieue. Celle-ci sera, dit-il, « le défi des prochaines années ».
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Renzo Piano : « L’architecte allume les consciences »

Avec Bernard Plattner, l’Italien a conçu le nouveau Palais de justice de Paris, lumineux et proche de la banlieue. Celle-ci sera, dit-il, « le défi des prochaines années ».



Le Monde
 |    30.03.2018 à 17h29
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 10h21
    |

            Isabelle Regnier et 
                                Frédéric Edelmann








                        



                                


                            

En 1977, l’architecte Renzo Piano, en partenariat avec Richard Rogers, faisait basculer le cœur de Paris dans l’ère de la modernité pop en greffant sur les vieilles pierres l’extravagance tubulaire du Centre Pompidou. Quarante ans plus tard, le voilà une nouvelle fois aux avant-postes des grandes mutations de la capitale.
Situé dans le nouveau quartier des Batignolles, dans le 17e arrondissement, en lisière du boulevard périphérique, le nouveau Palais de justice – dont il a, avec son associé Bernard Plattner, conçu les plans et supervisé le chantier pendant sept ans – s’apprête à accueillir près de 10 000 personnes chaque jour.
Pour évoquer ce grand projet, l’Italien, qui a récemment soufflé ses 80 bougies, nous a reçus dans les locaux de son agence RPBW, dans le Marais, où il est apparu alerte, élégant comme toujours, heureux comme un homme que l’existence a comblé.

Et il a lui-même lancé l’entretien : « Le temps passe avec une lenteur incroyable… Mais une fois qu’il est passé, tout est derrière vous. D’un coup. Paf ! Cela n’empêche pas qu’à l’agence, il se passe plein de choses. Quand j’arrive le matin, je ne sais pas de quoi je vais m’occuper. Mais ça commence. Et on ne me demande que des choses intéressantes. Impossible de dire non ! A partir d’un certain âge, on ne s’occupe plus que de choses intéressantes, n’est-ce pas ? »

Cela dépend des gens, sans doute…
Si on me demandait ce qu’on demande aux architectes aujourd’hui, je refuserais certainement…
Vous accepteriez de construire une prison, par exemple ?
Ah, je ne sais pas… Mais un hôpital… La fondation Stravros Niarchos, pour qui nous avons construit la bibliothèque d’Athènes, veut offrir trois hôpitaux à l’Etat grec. Elle s’est adressée à nous. Alors, tu te dis : « Mais non, j’ai 80 ans, je ne vais pas faire ça. » Et tu as honte, et tu te rends à Athènes. Tu ne fais pas trois hôpitaux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’ancien ministre, chercheur au CNRS, rappelle que, face au terrorisme, les Français veut des solutions pour lutter contre la radicalisation et l’obscurantisme.
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Azouz Begag : « Notre force viendra de notre union face à la nouvelle épreuve de Trèbes »

Dans une tribune au « Monde », l’ancien ministre, chercheur au CNRS, rappelle que, face au terrorisme, les Français veut des solutions pour lutter contre la radicalisation et l’obscurantisme.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 16h52
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 07h09
    |

Azouz Begag (Ministre à la promotion de l'égalité des chances en 2005-2007, chercheur au CNRS)







                        



                                


                            
Tribune. Il y a tout lieu de le penser. Le terroriste Radouane Lakdim aura contribué à écorner davantage l’image des « Arabes » et des « musulmans ». Sur les réseaux sociaux, les haines se déchaînent au gré des informations détaillées sur le drame du Super U – survenu le 23 mars à Trèbes (Aude) –, sur les identités des victimes, sur le scénario macabre de la prise d’otages, sur la bravoure du gendarme Arnaud Beltrame.
Partout, chez les « eux » comme chez les « nous », le ras-le-bol se mêle aux peurs, les colères aux silences. A tout moment, une étincelle peut incendier le fragile équilibre des relations interculturelles dans notre pays. Hier, un ami d’ici m’a suggéré que « nous » devrions manifester dans les rues pour dire non au djihadisme et rassurer ainsi l’opinion publique…
Autodévalorisation identitaire
De quels « nous » voulait-il parler ?
En fait, depuis le jour du drame, autour de moi, deux types de réactions dans la dite communauté musulmane émergent.
Le premier exprime un sentiment de lassitude et de « haine de soi ». Chez certains, les attentats participent d’une autodévalorisation identitaire parce qu’ils sont commis par des « semblables ». Depuis ceux de New York, en 2001, à chaque attentat islamiste s’amplifie un syndrome de culpabilité par association dans cette population communautarisée par les regards. Elle redoute que les coupables soient des « gens de chez nous ».
Déjà victimes d’une mauvaise image, certains musulmans endossent la responsabilité « communautaire » d’un attentat comme une double peine. Ils font profil bas. Ils se communautarisent par défaut comme pour expier le péché d’être de la même origine que les assassins. Le seul fait d’appartenir à cette communauté fait d’eux des coupables à leurs propres yeux.
Lésions identitaires
Une telle mésestime de soi génère des lésions identitaires. Ils finissent, en effet, par ne plus supporter la compagnie d’autres arabo-musulmans. Malcolm...




                        

                        


<article-nb="2018/04/01/18-20">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ L’écrivain Tahar Ben Jelloun explique, dans une tribune au « Monde », qu’il faut laver l’islam de ces discours haineux et désastreux qui contredisent ses principes et ses valeurs en résonance avec les deux autres monothéismes
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« Les musulmans doivent participer à la lutte que mène la République contre le terrorisme »

L’écrivain Tahar Ben Jelloun explique, dans une tribune au « Monde », qu’il faut laver l’islam de ces discours haineux et désastreux qui contredisent ses principes et ses valeurs en résonance avec les deux autres monothéismes



Le Monde
 |    30.03.2018 à 16h14
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 16h42
    |

                            Tahar Ben Jelloun (Ecrivain)








                        



                                


                            

Tribune. La France est un Etat de droit. Le terrorisme tente de casser cet Etat et de ruiner la démocratie. Toutes les réponses de la France ont été en parfaite concordance avec l’esprit républicain.
Pas question par exemple de suivre l’exemple américain consistant à créer un Guantanamo à la française. Des voix s’élèvent pour mettre sur pied des centres de rétention où séjourneraient les vingt mille individus classés « S ». Ce n’est ni possible ni souhaitable. Alors que faire ?
La France se trouve la cible permanente d’un mouvement animé par la haine de la République, par le rejet de ses lois, par le racisme antichrétien et aussi antijuif. Le discours des djihadistes est simpliste. En criant « Allah Akbar », ils annoncent la couleur de leurs actes. On leur a assez dit combien ce pays est « une terre de mécréants, dominés par les juifs et qu’il est du devoir du musulman de le nettoyer ». Il n’y a pas autre chose dans la tête de ces individus qui ont été conquis par une propagande efficace et insistante dominée par un antisémitisme de plus en plus virulent.
La France ne pourra pas continuer d’attendre que ses ennemis se fatiguent ou deviennent raisonnables. Ils ne vont pas abandonner ni se repentir. On trouverait davantage de possibilités d’arrangement avec la Mafia qu’avec les djihadistes, car ces derniers sont remplis par une idéologie de guerre et de haine incommensurable.
L’indignation est insuffisante
Faut-il déclarer de nouveau l’état d’urgence ? Multiplier le nombre de vigiles et accentuer les recherches ? Tout cela est possible, mais au fond, il ne sert pas à grand-chose. La police et la gendarmerie font leur travail sans relâche. L’acte héroïque du colonel Arnaud Beltrame est là pour le prouver.
Mais ce qui est à faire pour mettre fin à cet éternel retour de la tragédie relève d’une autre stratégie : que la population musulmane s’implique réellement dans la lutte et la prévention du terrorisme qui...




                        

                        

