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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Cette semaine, le compositeur de musiques de film Alexandre Desplat fait l’éloge dans un entretien de sa femme violoniste.
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Alexandre Desplat : « J’avais une fascination pour la Californie »

Cette semaine, le compositeur de musiques de film Alexandre Desplat fait l’éloge dans un entretien de sa femme violoniste.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 10h25
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 13h28
    |

            Sandrine Blanchard








                        



                                


                            

Compositeur français prolifique, Alexandre Desplat a remporté, le 4 mars, son deuxième Oscar de la meilleure musique de film pour La Forme de l’eau, de Guillermo del Toro. Récompensé plus de soixante fois et auteur de plus d’une centaine de bandes originales, il a travaillé pour de nombreux réalisateurs tels que Jacques Audiard, Wes Anderson, Roman Polanski, Stephen Frears ou George Clooney.
Je ne serais pas arrivé là si…
Si je n’avais pas eu cette passion, très jeune, du cinéma américain et des compositeurs hollywoodiens et si je n’avais pas rencontré, à 24 ans, la personne qui m’a musicalement le plus influencé : la femme avec laquelle je vis. Solré est violoniste. Je l’ai connue lors de ma première séance d’enregistrement en tant que compositeur. Et cette rencontre a été inoubliable.
Pourquoi ?
Parce qu’avant elle, je ne savais pas comment réinventer l’utilisation des cordes dans mes compositions. J’avais un assez fort rejet de tout ce qui était interprété par des cordes de manière romantique, avec beaucoup d’affect, de vibrations. Je trouvais que cela empêchait la musique de film de se plonger vers l’avant. Solré jouait différemment. C’est grâce à elle que j’ai vraiment commencé à écrire pour les cordes. Il y a très peu de musiques de films que j’ai composées où il n’y ait pas un orchestre à cordes.
Dès l’adolescence, vous rêviez de suivre le parcours des compositeurs Maurice Jarre ou Georges Delerue. C’est quand même étonnant d’avoir si jeune une envie si précise…
C’est vrai. Mais cela correspond vraiment à la conjonction de ma passion du cinéma et de la musique de film. Etant français, je pouvais m’identifier à ces deux compositeurs très lyriques, qui avaient écrit la musique de films majeurs pour de grands metteurs en scène, et qui étaient partis à Hollywood. J’avais une fascination pour la Californie. Ils réunissaient tous les rêves que je pouvais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Il n’est jamais là où on l’attend, lui qui nie être un « écrivain voyageur ». Pour le suivre dans son œuvre, qui s’enrichit du « Traquet kurde », vite  ! une boussole, et quatre points cardinaux.
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Jean Rolin, écrivain migrateur

Il n’est jamais là où on l’attend, lui qui nie être un « écrivain voyageur ». Pour le suivre dans son œuvre, qui s’enrichit du « Traquet kurde », vite  ! une boussole, et quatre points cardinaux.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 09h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Le Traquet kurde, de Jean Rolin, P.O.L, 176 p., 15 €. 

Jean Rolin n’a pas attendu que le CNRS tire la sonnette d’alarme, le 20 mars, sur la disparition massive des oiseaux des campagnes françaises pour cultiver la passion des volatiles. Ni pour estimer que leurs pépiements, le trajet de leurs migrations, et plus généralement leur sort, nous parlent de nous. Cet hiver, l’écrivain a ainsi publié Le Traquet kurde, récit sur les traces de cette espèce venue, comme son nom l’indique, du Kurdistan, dont un spécimen fut aperçu et identifié dans le Massif central au printemps 2015, quelques semaines après la bataille de Kobané, ville d’où les troupes kurdes du PKK repoussèrent les forces de l’organisation Etat islamique. Il est question d’ornithologie, mais aussi de Moyen-Orient et d’espions britanniques (parmi beaucoup d’autres choses) dans ce court roman aux phrases merveilleusement sinueuses, qui nous entraîne de l’Auvergne aux abords de Mossoul, en passant par Dakar et Ouessant. L’occasion d’évoquer avec Jean Rolin quelques sujets et motifs récurrents de son œuvre admirable, toute en circonspection ironique, digressions et mélancolie.
Animaux
L’écrivain possède un tropisme certain pour la désolation. Dans les zones arpentées au fil de son œuvre, on ne croise pas toujours d’être humain, mais on finit systématiquement par tomber sur des créatures à poil, écaille ou plume – quand elles ne figurent pas dans le titre de ses ouvrages, tels L’Homme qui a vu l’ours ou Un chien mort après lui (P.O.L, 2006 et 2008). « Où que je sois et quel que soit le contexte, j’en viens toujours à observer des animaux de toutes sortes », dit-il. Quand on le rencontre, il revient d’un voyage en Jordanie et au Liban, et ce qui l’y a réjoui « plus que tout » est d’avoir pu contempler deux spécimens de superbes espèces d’oiseaux, le roselin du Sinaï et le souimanga de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Les 248 exposants de la foire Art Basel convoitent des collectionneurs asiatiques de plus en plus connaisseurs.
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A Hongkong, les marchands d’art regardent vers le Japon, la Chine et la Corée du sud

Les 248 exposants de la foire Art Basel convoitent des collectionneurs asiatiques de plus en plus connaisseurs.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 07h53
    |

                            Roxana Azimi (Hong Kong)








                        



                                


                            

Cofondateur de la galerie Hauser & Wirth, Iwan Wirth est aux anges. Il vient d’inaugurer sa troisième antenne dans le monde, au 15e étage du H Queens Building, gratte-ciel flambant neuf en plein cœur de Hongkong. L’espace est bien plus petit que ceux que le puissant marchand suisse possède à Zürich, Londres ou New York. Mais il est stratégique. « Il y a dix ans, on ne venait qu’une seule fois par an en Asie, dit-il. Depuis deux ans, on a compris qu’il fallait consolider notre présence. » Bien lui en a pris : au vernissage, le 26 mars, il a vendu la quasi-totalité de son exposition inaugurale dédiée à l’artiste américain Mark Bradford à des collectionneurs de la région. Et il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Selon ses prévisions, les acheteurs asiatiques compteront pour un quart de son business en 2019.
Une manne que lorgnaient aussi les 248 exposants de la foire Art Basel Hong Kong, organisée du 29 au 31 mars. Quelques-uns ont déjà pris de l’avance. 30 % des clients des galeries White Cube et Ben Brown résident sur ce continent. Carrefour précieux avec son port franc et ses services financiers, l’ancienne colonie britannique compte peu d’acheteurs locaux. Le vrai potentiel est ailleurs, en Corée du Sud, au Japon, qui revient timidement dans la danse, en Indonésie et à Taïwan, où sera lancée en janvier 2019 une nouvelle foire. Et bien sûr en Chine continentale. Les freins y sont certes encore nombreux : « Les taxes à l’importation, les discours et incitations nationalistes, l’élite qui émigre en raison des problèmes politiques », égrène la galeriste parisienne Nathalie Obadia. Mais on n’arrête pas un train en marche. « L’événement majeur depuis deux ans, constate le marchand et collectionneur Jean-Marc Decrop, c’est l’émergence dans toutes les villes de Chine comme Shenzhen ou Chengdu d’une classe d’acheteurs de 30-45 ans tous atteints du virus de la collection. » Et tous prodigieusement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Si les prix de l’immobilier à Dijon ont diminué en dix ans de 5,9 %, la ville croit beaucoup à la construction de la Cité internationale de la gastronomie et du vin, qui doit être achevée à l’horizon 2019.
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A Dijon, un nouveau quartier en plein centre-ville

Si les prix de l’immobilier à Dijon ont diminué en dix ans de 5,9 %, la ville croit beaucoup à la construction de la Cité internationale de la gastronomie et du vin, qui doit être achevée à l’horizon 2019.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 07h00
    |

            Jérôme Porier








                        



                                


                            

Dijon est l’une des rares agglomérations en France où les prix de l’immobilier ont diminué en 2017 (-1 %). Sur dix ans, la baisse atteint même 5,9 %. Alors que le mètre carré a augmenté en moyenne de 153 % depuis 2002 dans les villes, la préfecture de Côte-d’Or n’affiche qu’une progression de 88 %, ce qui la situe au même niveau qu’Orléans. « Un calme qui s’explique d’abord par le manque de dynamisme économique de la région », estime Jean-François Buet, qui possède deux agences Fnaim dans la ville. Un avis que ne partage pas Pierre Pribetich, adjoint au maire chargé de l’urbanisme : « Les prix restent sages, car la ville a beaucoup construit, ce qui a permis de rééquilibrer l’offre et la demande », dit-il.
Depuis l’élection de François Rebsamen (PS) à la mairie, en 2001, la proportion de logements sociaux est ainsi passée de 13 % à 20 %, mais d’autres facteurs expliquent l’orientation du marché.
Les architectes Anthony Béchu et Alain-Charles Perrot
D’abord, la proportion de propriétaires occupants (61 %) est particulièrement élevée à Dijon. Et le taux de logements vides (7,9 %) n’est pas négligeable, ce qui pèse sur le niveau des loyers, situé aux alentours de 11 euros par m2 (12,50 euros pour les studios et T2, qui représentent 38 % du parc).
Mais la principale explication de cette atonie est d’ordre démographique : en quinze ans, la population de la ville n’a augmenté que de 2,5 %. Depuis cinq ans, on observe cependant un léger mieux : Dijon a gagné 4 000 nouveaux habitants en centre-ville, ce qui porte sa population à environ 160 000 personnes (pour plus de 250 000 sur l’agglomération).

La présence de nombreux étudiants, qui représentent 19 % de la population, stimule le marché locatif. Grâce à des prix d’achat qui restent modérés – environ 2 000 euros par mètre carré pour une petite surface –, un investisseur peut obtenir une rentabilité locative satisfaisante (environ 7 % dans l’ancien)....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ David Hallyday et Laura Smet contestent les dispositions qui les excluent de la succession de leur père
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A l’audience sur la succession de Johnny Hallyday, l’affaire familiale devient cause patriotique

David Hallyday et Laura Smet contestent les dispositions qui les excluent de la succession de leur père



Le Monde
 |    31.03.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 13h19
    |

            Pascale Robert-Diard








                        



   


Le fond, on le connaît, personne n’a pu y échapper. David Hallyday et Laura Smet, les deux premiers enfants de Johnny Hallyday, contestent les dispositions testamentaires prises par leur père qui les excluent de sa succession et désignent comme seule bénéficiaire son épouse Laëticia. Le tout en vertu du droit californien qui permet de disposer librement de ses biens et de les donner à qui bon vous semble, contrairement à notre code civil, si attaché à la défense de la famille et à la transmission du patrimoine.
La bataille, engagée à la fois sur le front médiatique et juridique, a connu, vendredi 30 mars, son deuxième round devant le tribunal de grande instance de Nanterre, après un faux départ le 15 mars. Il n’est pour l’heure question que d’une procédure en urgence – le référé – destinée à convaincre le tribunal de prendre des mesures conservatoires afin de retarder d’une part la sortie de l’album posthume de Johnny Hallyday, sur lequel ses deux aînés revendiquent un droit de regard, et, d’autre part, de geler toute opération concernant ses biens immobiliers situés sur le territoire national, soit une résidence à Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine) et une autre à Saint-Barthélemy.
« Douleur intense » d’une fille et d’un fils
La première scène fut cocasse. A Nanterre, une fois franchi le mur de caméras, de micros et d’objectifs qui les attendait, les avocats des deux parties ont dû en affronter un second, composé des robes noires d’avocats, de greffiers et de magistrats, résolus à profiter de l’aubaine de cette audience pour donner écho à leur mouvement de protestation contre le projet de loi de programmation de la justice. « Justice morte », « euthanasiée », « paupérisée », ont scandé les manifestants avant de s’effacer courtoisement devant l’autre enjeu national du jour, cette audience consacrée à l’héritage de Johnny Hallyday, pour laquelle une bonne vingtaine de policiers et d’agents de sécurité avaient été mobilisés.
En défense des deux exhérédés, Mes Carine Piccio, Pierre-Jean Douvier, Hervé Temime, Emmanuel Ravanas et Pierre-Olivier Sur ont dressé un portrait cruel de Laëticia Hallyday, désignée au choix comme « Madame Boudou » ou « la cinquième épouse ».
A la femme d’affaires avisée et « manipulatrice » qui, après « six testaments successifs, trois contrats de mariage et deux changements de régimes matrimoniaux », est devenue l’unique bénéficiaire du trust mis en place pour gérer le patrimoine du chanteur, à la toute puissante veuve qui s’est adjoint les services de Michèle Marchand, papesse des journaux people, pour défendre son image, ils ont opposé « la douleur intense » d’une fille et d’un fils tenus à l’écart des ultimes moments de vie de leur père et contraints de réclamer en justice le droit d’entendre ses derniers enregistrements.
« Johnny est un destin français »
Au fil de plaidoiries s’adressant autant aux juges qu’à l’opinion publique, les déboires familiaux et patrimoniaux de Laura Smet et de David Hallyday se sont mués en combat patriotique. « Où Johnny malade a-t-il décidé de se faire soigner ? En France ou aux Etats-Unis ? Où Johnny vend-il ses disques ? En France ou aux Etats-Unis ? Johnny est une part de la France, Johnny est un destin français », s’est enflammé Me Ravanas. « Tout a été fait pour que la France n’ait plus accès à quoi que ce soit alors que le patrimoine de Johnny est français », a renchéri Me Douvier, convoquant devant les juges 67 millions de déshérités.
« Je vais ramener un peu de calme et de sérénité, expliquer non pas un fantasme mais une réalité », a répliqué l’avocat de Laëticia Hallyday, Me Ardavan Amir-Aslani. « On nous reproche plusieurs testaments et alors ? Tous vont dans le même sens : désigner sa femme, Laëticia, qui a passé vingt-trois ans à ses côtés. L’artiste n’avait rien quand il l’a rencontrée. Ce qu’il a acquis, il l’a acquis avec elle. Et il a choisi de soumettre son destin à la loi du pays qu’il habitait depuis dix ans, où ses deux enfants mineures sont scolarisées, où il payait ses impôts et où il enregistrait ses albums. L’Amérique était le choix de vie de l’artiste, a-t-il assuré. Il n’est revenu en France que pour honorer sa tournée des “Vieilles Canailles”. Ce n’est pas parce qu’il est mort en France qu’il est résident français. »
Sous les mots policés de l’avocat, la France de Johnny ressemblait tout d’un coup à une vieille épouse abandonnée. Délibéré le 13 avril.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Cinquante ans après l’assassinat du pasteur noir, le 4 avril 1968, à Memphis, « Le Monde » est parti sur ses traces.
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Martin Luther King : itinéraire d’un combattant

Cinquante ans après l’assassinat du pasteur noir, le 4 avril 1968, à Memphis, « Le Monde » est parti sur ses traces.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 10h29
    |

            Nicolas Bourcier (Atlanta, Birmingham, Montgomery, Memphis, Greensboro et Chicago, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Ce matin-là, le ciel est encore à l’orage sur Memphis. Martin Luther King s’est réveillé tard et plutôt d’une humeur joviale. Oubliée la fatigue de la veille qui l’avait vu s’effondrer après un ultime sermon à l’église Mason Temple.
Oublié aussi le coup de fil anonyme survenu quelques heures à peine après son arrivée dans cette rude capitale du Tennessee : « Fais ta prière, négro, tu n’as plus longtemps à ­vivre. » Il a l’habitude. Tout à l’heure, lui et son équipe ont prévu de se rendre chez le révérend Samuel Billy Kyles pour un dîner traditionnel du Sud avant le meeting de soutien aux éboueurs de la ville, en grève depuis plus d’un mois et demi.
Ils sont tous là, ses proches, ses conseillers de l’ombre qui forment depuis si longtemps cette garde rapprochée dont King a tant ­besoin. Ils rient, se chamaillent même, ravis de voir qu’il va mieux. Dans sa chambre du Lorraine Motel, un des rares établissements de la ville à accepter les voyageurs « de couleur », il passe encore un coup de fil à sa secrétaire, Dora McDonald, restée à Atlanta (Géorgie). Il appelle ses parents aussi, leur dit qu’il les aime. Dehors, sur le parking en contrebas, le son d’un saxophone l’attire vers le balcon. C’est Ben Branch qui joue en les attendant. « Dis, ce soir, tu joueras Précieux Dieu, prends ma main, lance King. Et joue-le bien ! »
Onction messianique
Il s’avance encore un peu, sourit, puis s’écroule. Il est 18 h 01 à Memphis, ce 4 avril 1968, une balle vient de lui trancher la gorge et d’éteindre pour toujours cette voix capable de faire chanter l’espoir. Le groupe se précipite, se serre autour de lui. Une photo, prise quelques instants plus tard, retiendra les bras tendus de ce groupe d’hommes en direction de l’endroit d’où est parti le coup de feu.
Maintenant, ils secouent la tête, comme boxés par un destin trop funeste. Par trois fois, le pasteur aurait déjà pu mourir. A Montgomery (Alabama), chez lui, devant sa maison...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Chaque samedi, « La Matinale » propose une sélection de films, documentaires ou émissions à regarder et à écouter en différé.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

Une guerre silencieuse, un parcours chaotique : nos choix de replays

Chaque samedi, « La Matinale » propose une sélection de films, documentaires ou émissions à regarder et à écouter en différé.



Le Monde
 |    31.03.2018 à 06h34
   





                        



   


LES CHOIX DE LA MATINALE
Une plongée dans un Yémen en plein chaos, l’itinéraire déchirant d’un enfant arraché à sa famille d’accueil et le défi improbable d’un journaliste qui veut faire son pan-bagnat de A à Z. Voici notre sélection hebdomadaire de replays.
Le Yémen entre chaos et silence

Très peu de journalistes ­connaissent aussi bien le Yémen que François-Xavier Trégan. Il y a vécu et travaillé, notamment pour Le Monde. On imagine combien il a été bouleversé de retrouver le pays tant aimé qu’il a quitté pour la dernière fois, fin 2014-début 2015, au tout début de la guerre qui le déchire actuellement. Un conflit qui, faute de témoins extérieurs et d’intérêt international, « se réduit à un huis clos misérable ».
Afin de pouvoir traverser le Yémen, ce qui est aujourd’hui impossible pour un journaliste étranger, François-Xavier Trégan et son équipe se sont mis dans les pas du président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Peter Maurer, pour un périple de six jours au pas de charge, mais éclairant, qui nous conduit d’Aden à Sanaa, en passant par Taëz qui marque la ligne de front et la frontière symbolique entre le Sud et le Nord, essentielle à la compréhension de la situation dans le pays.
La guerre, elle, est aussi omniprésente qu’invisible. On saisit des bribes de réel au vol : comment le pays houthiste est mieux tenu, d’une main de fer, que le Sud gouvernemental ; combien la psychose des bombardements aériens, qui tuent pour moitié des civils, est forte. Elle a pris un tour confessionnel, inédit dans ce pays musulman, entre chiites (auxquels sont assimilés les houthistes, d’obédience zaïdite, une branche du chiisme) et sunnites.
D’autres conflits pointent déjà. Depuis le passage de Peter Maurer, à l’été 2017, celui entre les sécessionnistes sudistes et le gouvernement a éclaté au grand jour. C’est aussi le cas à Sanaa, où l’alliance entre les rebelles houthistes et l’ancien président Ali Abdallah Saleh s’est achevée par l’assassinat de ce dernier. A Taëz, la présence de djihadistes d’Al-Qaida et de l’organisation Etat islamique (EI) aux côtés des soldats gouvernementaux et des milices tribales unies contre les houthistes ne présage rien de bon. Christophe Ayad
« Yémen, le chaos et le silence », de François-Xavier Trégan (France, 2018, 52 min). Sur Arte + 7.
Benjamin Carle croque le fait-maison

Benjamin Carle aime s’immerger, expérimenter, se lancer des défis au long cours. Conscient de ne pas savoir faire grand-chose concrètement de ses dix doigts, le journaliste a décidé de se fabriquer un sandwich de A à Z, sans passer par la « supérette du coin ».
Histoire de pimenter l’affaire, notre « jusqu’au-boutiste » a jeté son dévolu sur le pan-bagnat, dont la recette comporte une quinzaine d’ingrédients. Et presque autant de métiers et de savoir-faire à découvrir et à mettre en pratique.
Entre ses rencontres et apprentissages, Benjamin Carle est allé interroger sociologue, anthropologue et philosophe, sur ce que recouvre le phénomène de mode « do it yourself » et, ce qui pousse certains à se reconvertir dans un métier manuel, voire, comme les survivalistes, à vivre en autarcie. En cause : la société de consommation et l’organisation complexe du travail, qui donne le sentiment de n’être qu’« un maillon dans un grand tout », et une forme de dématérialisation qui nourrissent le sentiment de dépossession et de frustration. Une sensation que laisse ce film néanmoins savoureux. Christine Rousseau
« Sandwich », de Benjamin Carle, Neels Castillon et Félix Seger (France, 2018, 90 min). Sur Canal+ à la demande.
Itinéraire d’un enfant déplacé



Placé bébé en famille d’accueil, Yanie, 14 ans, s’apprête à vivre le déchirement de la séparation. Myriam (65 ans) et Jacques (70 ans), qui l’ont élevé, vont prendre leur retraite et à passer la main à un autre couple. Ce départ vers l’inconnu, est vécu par Yanie comme « un choc. Pire même, écrit-il dans son journal, c’est comme mourir pour la première fois, mais pas en vrai. » Reste que, au milieu des bouleversements, l’adolescent veut croire au rapprochement avec sa mère, qu’il revoit deux week-ends par mois, depuis sa sortie de prison. Une mère qui aimerait, elle aussi, tenir un rôle, à la faveur de ces changements.
Entouré, ballotté, sans toujours parvenir à placer des mots sur ses peurs, ses doutes, ses douleurs, sa difficulté à savoir où est sa place, ainsi apparaît cet enfant que Ketty Rios Palma a suivi lors de ce moment charnière entre enfance et adolescence.
Construit en trois actes, ce film poignant dessine avec une infinie délicatesse, l’itinéraire d’un gamin qui cherche sa définition. Et qui finira, par lancer, comme une victoire, dans son journal : « Je suis le gamin de personne. Un gamin ­orphelin mais un gamin, fils de ­soi-même et fier de l’être. » Ch. R.
« Itinéraire d’un enfant placé », de Ketty Rios Palma (France, 2017, 55 min). Sur Arte + 7



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Un demi-siècle plus tard, la Cinémathèque reprend la première Quinzaine des réalisateurs (1969).
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Rétrospective : tourne camarade, le vieux monde est derrière toi !

Un demi-siècle plus tard, la Cinémathèque reprend la première Quinzaine des réalisateurs (1969).



Le Monde
 |    30.03.2018 à 18h47
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            
Pour se réveiller un demi-siècle plus tôt dans le tumulte des combats de rue, dans l’ivresse d’une liberté nouvellement conquise, dans le ridicule de transgressions qui sont déjà devenues des lieux communs, il existe un sortilège infaillible : s’immerger dans le « fac-similé » de la première édition de la Quinzaine des réalisateurs que programme la Cinémathèque jusqu’au 3 mai. C’était en 1969, l’année de la démission du général de Gaulle, de l’élection de Georges Pompidou, de Woodstock et du premier homme sur la Lune, l’année où un soir, dans une sous-préfecture des Alpes-Maritimes, la police interdit l’accès à une salle de cinéma aux jeunes gens qui étaient pieds nus.
En guise de manuel de l’utilisateur, on aura recours au récit de l’élaboration et de l’exécution de cette expérience qui devait devenir un rituel, Quinzaine des réalisateurs, les jeunes années 1967-1975, par Bruno Icher. Il faut, comme l’auteur le fait avec agilité et esprit, remonter de quelques mois en arrière pour comprendre le processus qui a abouti à la création de cette section parallèle. On commencera début 1968 par la mobilisation autour de la Cinémathèque, dont le ministre de la culture André Malraux avait démis le directeur Henri Langlois, avant de redescendre le cours d’un fleuve que l’on croyait alors révolutionnaire, de l’interruption du Festival de Cannes en mai aux « états généraux du cinéma », jusqu’à la création de la Société des réalisateurs de films (SRF).
A la Cinémathèque, on verra 57 des 65 longs-métrages projetés gratuitement à Cannes entre le 9 et le 23 mai 1969
Cette organisation qui fédérait les cinéastes français contre les règles corporatistes qui régissaient leur industrie, contre la censure qui régentait leur art, avait engagé des pourparlers avec le Festival officiel pour en obtenir la réforme. Face à l’incompréhension de l’establishment cinématographique, incarné à l’époque par le délégué général du Festival de Cannes, Robert Favre Le Bret, la SRF...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Connu du grand public pour le rôle du président dans l’émission « Groland » de Canal+, l’acteur est mort d’une crise cardiaque, vendredi, à l’âge de 64 ans.
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Le comédien et danseur Christophe Salengro est mort

Connu du grand public pour le rôle du président dans l’émission « Groland » de Canal+, l’acteur est mort d’une crise cardiaque, vendredi, à l’âge de 64 ans.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 17h56
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 06h38
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

Il avançait « sans balises » sauf celles de ses rencontres avec les gens, dansait en parlant et inversement, écrivait des textes ourlés de fine fantaisie en faisant des croche-pieds à la poésie. Quoi qu’il entreprenne, Christophe Salengro libérait des intensités jamais vues, entre humour, pudeur, émotion sans jamais lâcher la barre d’un physique unique qui déployait sous la toise son presque double mètre.

Le comédien, danseur et auteur est mort d’une crise cardiaque vendredi 30 mars, à Paris. Il avait 64 ans. Sa silhouette longue tige, son regard bleu suspendu entre ses grandes oreilles et son charme profond ont irradié dans tous les domaines.
Choc gestuel et textuel
La pub (Gerflor et son célèbre slogan « Et hop ! » au milieu des années 1980, France Télécom), le cinéma (il a joué pour Yves Boisset, Jonathan Demme, Benoît Delépine et Gustave Kervern), la télé avec Canal+ et son émission satirique « Groland » dont il était, depuis 1992, le président « auto-élu à vie et inmourable », selon la Constitution grolandaise, ont profité de son talent multi-outillé. « Il restera président pour l’éternité », a annoncé Canal+ dans un communiqué, et une soirée spéciale pour les 25 ans de l’émission sera diffusée le 14 avril.
Compagnon de création, dès 1985 et pendant plus de trente ans, du chorégraphe Philippe Decouflé, Christophe Salengro a illuminé plus d’une dizaine de pièces et de films sur le fil de scènes fracassantes et inoubliables auréolées par sa grâce d’échassier dansant.
Chacune de ses apparitions – un abat-jour en guise de couvre-chef ou glissé dans une barboteuse –, dilatait le temps autour d’un choc gestuel et textuel frais, inédit, drôle et émouvant. « Philippe m’a permis de développer toute une recherche sur les langues imaginaires auxquelles je suis très attaché, disait Salengro en 2004 à propos du chorégraphe. Et puis j’adore retrouver la bande de potes qui l’entoure....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Notre choix du soir. Sur une île de Nouvelle-Angleterre, en 1965, deux tourtereaux se cherchent un nid tandis qu’une tempête menace et que les adultes s’affolent à leurs trousses (sur Canal+ Cinéma à 20 h 50).
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TV – « Moonrise Kingdom »

Notre choix du soir. Sur une île de Nouvelle-Angleterre, en 1965, deux tourtereaux se cherchent un nid tandis qu’une tempête menace et que les adultes s’affolent à leurs trousses (sur Canal+ Cinéma à 20 h 50).



Le Monde
 |    30.03.2018 à 17h45
    |

            Jacques Mandelbaum








                        


Film sur Canal+ Cinéma à 20 h 50

Moonrise Kingdom (« le royaume du lever de Lune ») nous invite à visiter un nouveau sanctuaire, celui d’une île cossue et préservée de la Nouvelle-Angleterre en 1965, où un rassemblement scout a planté son camp. L’histoire se noue, au petit matin, sur une note plaisamment scandaleuse : au camp Ivanhoé, un membre de la troupe a déserté le jamboree. On apprend bientôt, par un jeu subtil de retours en arrière mêlés à la trame des événements, que ce jeune garçon solitaire et déterminé se nomme Sam Shakusky et que sa fugue a quelque rapport avec sa condition d’orphelin abandonné par ses tuteurs. Non moins d’ailleurs qu’avec la rencontre de Suzy Bishop, petite rousse piquante en compagnie de laquelle il fomente depuis un an cette commune escapade.
Et tandis que les deux jeunes adolescents (interprétés au petit poil par Jared Gilman et Kara Hayward) jouent le plus solennellement du monde à Davy Crockett sur la piste native des Etats-Unis d’Amérique, le spectateur est invité à faire connaissance avec la troupe bigarrée qui s’élance à leur poursuite. Le capitaine de ­police Sharp, célibataire endurci au grand cœur (Bruce Willis) ; les parents de Suzy, couple d’avocats gravé dans le bois de la bourgeoisie locale, avec le mari en mélomane fatigué (Bill Murray) et la femme (Frances McDormand) qui distrait son ennui par une liaison clandestine, mais non moins monotone, avec le capitaine Sharp ; « Mme Services sociaux », dan­gereuse pimbêche le doigt sur la couture de l’uniforme (Tilda ­Swinton) ; et puis la meute des scouts, dirigée par quelques figures ­hautes en couleur.

   


Tout cela, mené tambour battant entre clair de lune romantique, nature virginale et tornade d’apocalypse, renvoie aux délices revisitées de la « Bibliothèque verte » et du roman d’aventures. A cela près que l’aventure selon Wes Anderson est passablement domestiquée par la mise au cordeau esthétique et le fétichisme vintage. Le plan-séquence panoptique de l’ouverture du film dans la maison des Bishop, tout en travellings et en panoramiques filés, annonce ainsi la virtuosité d’un film qui ne semble pouvoir affronter la cruauté du monde qu’à condition de le réduire à l’état de maquette.
L’exaltation maniériste de cet esprit d’enfance a cela de particulier qu’elle ne célèbre plus la jeunesse et la sauvagerie de l’Amérique, mais témoigne au contraire de l’inquiétude de son déclin, dès lors que les adultes s’y comportent comme des gamins, et les enfants comme des petits vieux.

Il serait donc vain de reprocher au cinéaste cette obsession de la maîtrise : elle est la condition d’une création qui fonde sa propre liberté sur la terreur de la liberté, telle que la génération antérieure (Anderson est né en 1969) en aurait gravement mésusé. Le seul monde vivable reste celui qu’on se réinvente de bric et de broc, par l’exacerbation du style, l’agencement des harmonies, la luxuriance de l’artifice. Un monde bancal, certes, mais avec un maximum de tenue.
Un monde où la country joyeuse d’Hank Williams (Honky Tonkin’), le brio contemporain de Benjamin Britten (Variations et fugue sur un thème de Purcell) et le yé-yé glamour de Françoise Hardy (Le Temps de l’amour) trament la tapisserie musicale sur laquelle un orphelin trop tôt mûri peut rencontrer un adulte dont la générosité de cœur soit à la mesure de sa peine. Au seul chapitre de l’organisation de ce petit miracle, il faut reconnaître à Wes ­Anderson un talent fou.
Moonrise Kingdom, de Wes Anderson. Avec Kara Hayward, Jared Gilman (EU, 2012, 90 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ A voir aussi ce soir. Alors que son père agonise, un jeune fermier cherche à savoir comment sa mère est morte des années auparavant (sur Arte à 20 h 55).
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TV – « Jonathan », l’épreuve du secret

A voir aussi ce soir. Alors que son père agonise, un jeune fermier cherche à savoir comment sa mère est morte des années auparavant (sur Arte à 20 h 55).



Le Monde
 |    30.03.2018 à 17h30
    |

            Véronique Cauhapé








                        


Film sur Arte à 20 h 55

Il n’existe pas de bonne façon de mourir. De même qu’il n’est pas toujours de bonne manière de vivre. Burghardt ­(André Hennicke), atteint d’un cancer depuis trois ans, dont le corps se décompose jour après jour, sait qu’il n’en va pas autrement. Son agonie s’évertuant à ­retarder la fin, et son mutisme, à empêcher sa délivrance.
Car Burghardt n’est pas seu­lement rongé par la maladie, il l’est aussi par un secret qu’il s’obstine à taire. Surtout à son fils, ­Jonathan (Jannis Niewöhner), 23 ans, dont la mère est morte quand il était enfant, et qui fait tourner la ferme familiale tout en veillant sur son père.
« J’ai rencontré des personnes qui avaient tous les organes foutus et ils n’arrivaient pas à partir. Quelque chose les retenait. Quelque chose de pas résolu. Si tu veux mourir, tu dois lâcher prise. Ne ­serait-ce qu’une journée. » Cette phrase adressée par Anka (Julia Koschitz) – l’aide à domicile – à Burghardt résume le premier long-métrage du cinéaste polonais Piotr J. Lewandowski, dont le temps reste suspendu à ce pont entre deux rives, menant de vie à trépas.
Combat contre les ténèbres
Tandis que les jours du père sont comptés et que ceux du fils s’ouvrent à « l’infini », « le secret » (dont les indices censés nous ­conduire au soupçon n’arrivent vraiment qu’à la fin du premier tiers du film) s’insinue, puis enfle jusqu’à son point de rupture : la ­révélation. Des jours vont s’écouler – « Ça occupe pas mal de mourir », tente d’ironiser Burghardt – avant que la lumière ne perce l’ombre. Cette lumière qui éclate çà et là, à des degrés d’intensité différents – crue, dans la chambre ­d’hôpital ; éblouissante, dans les prés où se jouent les scènes d’amour ; jaunâtre, dans les ampoules qui grillent les insectes –, comme autant de signes ­annonciateurs d’un dénouement ouvert sur le ciel.
Ce combat contre les ténèbres que livre, au fond, chacun des personnages s’effectue au gré de corps-à-corps qui – tendres, violents, cruels – tendent tous à la ­réparation. A la victoire de la vie sur la mort, puissamment mise en scène dans le dernier acte sexuel auquel s’abandonne, mourant et sous perfusion, Burghardt. De cette scène, on ne peut rien dire, au risque d’en dévoiler trop, si ce n’est peut-être qu’elle aura son pendant (tout aussi bouleversant) deux ans plus tard, dans le film de Robin Campillo, 120 battements par minute.
Jonathan, de Piotr J. Lewandowski. Avec André Hennicke, Jannis Niewöhner, Julia Koschitz (All., 2015, 90 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Avec Bernard Plattner, l’Italien a conçu le nouveau Palais de justice de Paris, lumineux et proche de la banlieue. Celle-ci sera, dit-il, « le défi des prochaines années ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 30/03/2018
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Renzo Piano : « L’architecte allume les consciences »

Avec Bernard Plattner, l’Italien a conçu le nouveau Palais de justice de Paris, lumineux et proche de la banlieue. Celle-ci sera, dit-il, « le défi des prochaines années ».



Le Monde
 |    30.03.2018 à 17h29
 • Mis à jour le
31.03.2018 à 10h21
    |

            Isabelle Regnier et 
                                Frédéric Edelmann








                        



                                


                            

En 1977, l’architecte Renzo Piano, en partenariat avec Richard Rogers, faisait basculer le cœur de Paris dans l’ère de la modernité pop en greffant sur les vieilles pierres l’extravagance tubulaire du Centre Pompidou. Quarante ans plus tard, le voilà une nouvelle fois aux avant-postes des grandes mutations de la capitale.
Situé dans le nouveau quartier des Batignolles, dans le 17e arrondissement, en lisière du boulevard périphérique, le nouveau Palais de justice – dont il a, avec son associé Bernard Plattner, conçu les plans et supervisé le chantier pendant sept ans – s’apprête à accueillir près de 10 000 personnes chaque jour.
Pour évoquer ce grand projet, l’Italien, qui a récemment soufflé ses 80 bougies, nous a reçus dans les locaux de son agence RPBW, dans le Marais, où il est apparu alerte, élégant comme toujours, heureux comme un homme que l’existence a comblé.

Et il a lui-même lancé l’entretien : « Le temps passe avec une lenteur incroyable… Mais une fois qu’il est passé, tout est derrière vous. D’un coup. Paf ! Cela n’empêche pas qu’à l’agence, il se passe plein de choses. Quand j’arrive le matin, je ne sais pas de quoi je vais m’occuper. Mais ça commence. Et on ne me demande que des choses intéressantes. Impossible de dire non ! A partir d’un certain âge, on ne s’occupe plus que de choses intéressantes, n’est-ce pas ? »

Cela dépend des gens, sans doute…
Si on me demandait ce qu’on demande aux architectes aujourd’hui, je refuserais certainement…
Vous accepteriez de construire une prison, par exemple ?
Ah, je ne sais pas… Mais un hôpital… La fondation Stravros Niarchos, pour qui nous avons construit la bibliothèque d’Athènes, veut offrir trois hôpitaux à l’Etat grec. Elle s’est adressée à nous. Alors, tu te dis : « Mais non, j’ai 80 ans, je ne vais pas faire ça. » Et tu as honte, et tu te rends à Athènes. Tu ne fais pas trois hôpitaux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ En alliant le verre et l’acier pour cet édifice, le cabinet d’architectes RPBW reste fidèle à son écriture.
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Nouveau tribunal de Paris : un jeu de construction géant diaphane et vibrant

En alliant le verre et l’acier pour cet édifice, le cabinet d’architectes RPBW reste fidèle à son écriture.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 17h28
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 17h42
    |

                            Frédéric Edelmann et 
Isabelle Regnier








                        



                                


                            

Dans moins de deux semaines, le tribunal de grande instance de Paris aura déserté le monumental édifice du boulevard du Palais, à l’ombre clémente de la Sainte-Chapelle, sur l’île de la Cité. Une nouvelle page va s’écrire dans le grand bâtiment que les Parisiens ont vu émerger à la lisière du périphérique Nord, et prendre progressivement la forme imaginée par son architecte, Renzo Piano. Pas d’inauguration prévue dans l’immédiat. Pour un symbole pareil, il faut au moins un président, or Emmanuel Macron ne serait pas disponible avant le mois de juin. En attendant, le vieux palais du XIXe siècle se vide. Et le nouveau suscite plutôt des commentaires heureux.

Les avocats, qui juraient leurs grands dieux qu’on ne les délogerait pas de l’île de la Cité, ont fini par demander à Piano de construire « leur » maison juste en face du nouveau tribunal, tandis que se dissipaient dans la poussière du chantier les protestations de principe des défenseurs du vieux Paris, les regrets des architectes concurrents et les arguments budgétaires que Christiane Taubira, alors garde des sceaux de François Hollande, faisait valoir contre la perversion structurelle des partenariats public-privé (PPP). Elle avait montré, lors d’un débat à l’Assemblé nationale en 2012, qu’en transférant à un groupe privé – Bouygues, associé au cabinet d’architectes RPBW (Renzo Piano Building Workshop) – la charge initiale de l’investissement (671 millions d’euros) en échange d’un loyer annuel de 90 millions d’euros à payer pendant vingt-sept ans, l’Etat s’engageait sur une facture totale de 2,7 milliards d’euros.

Haut de 160 mètres (50 de moins que la tour Montparnasse), vaste de 62 000 m2 en surface utile (dont une piazza intérieure de 6 000 m2 et 90 salles d’audience), ce colossal tabouret à trois marches, dont les formes anguleuses et les reflets miroitants redessinent la skyline de la ville, aura suscité moins de controverse,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ La salle des pas perdus, ­située derrière un immense mur de verre, est accessible de plain-pied depuis l’esplanade.
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Nouveau tribunal de Paris : une justice qui se veut plus proche du justiciable

La salle des pas perdus, ­située derrière un immense mur de verre, est accessible de plain-pied depuis l’esplanade.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 17h27
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 17h43
    |

            Jean-Baptiste Jacquin








                        



                                


                            

Bien sûr, il y aura toujours les portiques de sécurité à franchir sous haute surveillance, et probablement du temps perdu à faire la queue avant les audiences. Mais, malgré la sécurité renforcée au nouveau tribunal de Paris, le justiciable et le public pénétreront dans un espace plus ouvert, plus lumineux et moins ­intimidant. La salle des pas perdus, ­située derrière un immense mur de verre, est accessible de plain-pied depuis l’esplanade. La signalétique est peut-être encore à améliorer, mais les espaces d’accueil ont été conçus pour mettre la justice au service du justiciable.
Le service d’accueil unique du justiciable (SAUJ) comprendra 38 guichets
Le déménagement du tribunal de grande instance (TGI), qui laisse la cour d’appel de Paris et la Cour de cassation sur l’île de la Cité, permettra d’accueillir le service de l’aide juridictionnelle, ­actuellement installé dans les locaux du tribunal de commerce. Le service d’accueil unique du justiciable (SAUJ) comprendra 38 guichets. Il permettra d’intenter une action en justice et de suivre une procédure même si elle relève d’un autre tribunal.
Magistrats, greffiers et fonctionnaires de justice saluent des conditions de travail qui vont s’améliorer grâce à des bureaux souvent plus spacieux, plus lumineux, et surtout mieux répartis. Le point noir reste l’accès par les transports en commun, en raison du report à 2020 de l’arrivée de la ligne 14 du métro. La ­ligne 13, déjà surchargée, sera le principal moyen d’accès des 1 800 personnels du tribunal, des centaines d’avocats et des quelque 6 000 particuliers qui devront s’y rendre chaque jour.

Quelques couacs à régler
A l’approche de la première audience dans ce nouveau Palais de justice, celle des référés civils, le lundi 16 avril, des audiences à blanc et des visites sont organisées depuis la mi-février. De quoi mettre au jour certains dysfonctionnements. Les quinze juges des enfants sont situés au 11e étage d’un immeuble...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ La metteuse en scène s’est inspirée de « Déjeuner chez Wittgenstein ».
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Théâtre : Séverine Chavrier et Thomas Bernhard cassent la baraque

La metteuse en scène s’est inspirée de « Déjeuner chez Wittgenstein ».



Le Monde
 |    30.03.2018 à 17h16
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 17h44
    |

                            Fabienne Darge








                        



                                


                            

Ça craque, ça crisse, ça casse les oreilles et ça scie les nerfs que de marcher sur les pots cassés de l’histoire familiale, et de l’Histoire tout court. Tout l’excellent spectacle de Séverine Chavrier, inspiré par Déjeuner chez Wittgenstein, de Thomas Bernhard, est déjà là, dans ce début sur un plateau jonché de vaisselle brisée. Et tout son humour d’une noirceur sans appel est déjà dans son titre : Nous sommes repus mais pas repentis.
Séverine Chavrier, qui dirige aujourd’hui le Centre dramatique national d’Orléans, a d’abord été musicienne (pianiste), avant de devenir metteuse en scène de théâtre. Et c’est d’abord par le travail qu’elle mène sur le son qu’elle met en place sa réjouissante interprétation du jeu de massacre bernhardien, « où il ne s’agit pas de recoller les morceaux, mais bien de les briser encore ».
Les bris de vaisselle font un bruit insupportable, tandis que peu à peu se fait entendre la voix mentale du « héros », si on peut l’appeler ainsi, de la pièce de Bernhard. Voss, philosophe délirant et neurasthénique, vient juste de sortir de l’hôpital psychiatrique, pour retrouver un autre enfermement : celui qu’il vit, avec ses sœurs Ritter et Dene, dans l’appartement hérité de leurs parents – le « cachot familial », comme ils l’appellent eux-mêmes, sans pouvoir en sortir.
Véhémence salutaire
La relation névrotique qu’ils vivent tous trois au milieu des trophées de l’histoire familiale – animaux empaillés, piano, livres, disques et vaisselle fine, donc – est évidemment une métaphore d’une Autriche, et plus généralement d’une Europe, à la fois confite dans une culture muséifiée, et où les vieux rots des tentations fascisantes ne cessent de remonter.
Il y a de la santé et de la colère, une forme de véhémence salutaire dans la manière dont Séverine Chavrier adapte la pièce pour aujourd’hui, en la tissant avec des extraits d’autres textes de Bernhard – Le Naufragé, Maîtres...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Le directeur, depuis plus de trente ans, du Musée d’art contemporain de Lyon, partira à la mi-avril. Son successeur sera désigné au cours de l’été.
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Thierry Raspail officialise son départ du macLYON

Le directeur, depuis plus de trente ans, du Musée d’art contemporain de Lyon, partira à la mi-avril. Son successeur sera désigné au cours de l’été.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 17h09
    |

            Emmanuelle Jardonnet








                        



   


Une page se tourne dans le paysage culturel lyonnais. Thierry Raspail, directeur du macLYON depuis sa création en 1984 et co-créateur, en 1991, de la Biennale d’art contemporain de Lyon, dont il est le directeur artistique, a officialisé son départ ce vendredi 30 mars par un mail, annonçant qu’il quittera ses fonctions dès le 13 avril.
L’historien de l’art, âgé de 66 ans, accompagne son annonce de remerciements à l’ensemble des acteurs du musée :
« Je tiens à témoigner mon infinie gratitude envers tous les artistes et tous les partenaires privés et publics grâce auxquels une fabuleuse collection d’œuvres d’art a pu être réunie au Musée. Nos 14 biennales ont été l’occasion pour moi et mes équipes de nouer des relations artistiques, intellectuelles et humaines d’une intensité et d’une qualité exceptionnelles. Sans l’aide, la générosité et le soutien permanent et obstiné de tous les acteurs et actrices qui ont présidé à ce succès : artistes, critiques, historiens d’art, universitaires, commissaires, directeurs d’institution, galeristes, collectionneurs, Ville de Lyon, Métropole, région Auvergne Rhône-Alpes et Etat, cet ambitieux projet n’aurait pu voir le jour. Je tiens à vous remercier tout particulièrement, public fidèle, vous qui n’avez cessé de croître et de vous diversifier au fil des expositions tant au Musée qu’à la Biennale. »
Le processus de recrutement pour sa succession a été lancé à la mi-mars, avec un calendrier qui s’échelonne jusqu’à l’été : date limite de candidature le 3 avril, entretien avec les candidats retenus à la fin mai, et nomination au cours de l’été.
Thierry Raspail précise par ailleurs qu’il « n’abandonne pas le monde de l’art et des artistes, avec qui [il] poursuivra des collaborations dans le futur ». Et donne d’ores et déjà rendez-vous au macLYON le 20 septembre pour l’inauguration de l’exposition « Bernar Venet, rétrospective » dont il assure le commissariat.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ La 8e édition de Détours de Babel convoque, jusqu’au 7 avril dans l’agglomération grenobloise et alentours, les cultures de tous les continents.
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« Sangâta », le nouveau râga occidental de Thierry Pécou

La 8e édition de Détours de Babel convoque, jusqu’au 7 avril dans l’agglomération grenobloise et alentours, les cultures de tous les continents.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 16h12
    |

                            Marie-Aude Roux (Grenoble (Isère), envoyée spéciale)








                        



   


Elle est vêtue d’un joli sari bleu électrique, assise en tailleur, cheveux noirs dénoués, un violon devant elle, volute vers le bas : Ragini Shankar est la petite-fille de la célèbre Dr N. Rajam, qui a donné ses lettres de noblesse à l’instrument colonial, introduit depuis dans la musique carnatique de l’Inde du Sud. A ses côtés, le percussionniste Amaan Ali (tabla), et le joueur de flûte bansuri Rishab Prasanna. La jeune femme a d’abord déclenché dans les hauts-parleurs le bourdon harmonique de la tampura (luth à long manche), avant que la flûte n’aborde le râga Yaman (la beauté intérieure). Temps soudainement suspendu entre flûte et violon, un dialogue élaboré par touches ornementales, dont le développement appellera bientôt l’entrée du tabla, lequel fera encore monter d’un cran la tension, jusqu’au brillant final à l’unisson.
Nous sommes dans l’Auditorium de l’Espace culturel L’Odyssée, à Eybens, dans la banlieue de Grenoble, qui accueillait, jeudi 29 mars, l’un des concerts du festival Détours de Babel. Deux courtes pièces « occidentales » utilisant des modes indiens suivront : le mystique Tori Interlude pour piano électrique, de Michael Ellison, avec ses lents accords plaqués ou arpégés par Thierry Pécou et les vivaces Murmurations pour flûte et clarinette, de Richard Blackford, Anne Cartel et Carjez Gerretsen se disputant les motifs répétitifs comme les pigeons affamés un morceau de pain.
Une mélopée mélancolique
Cette première partie de soirée a préludé à Sangâta, nouvelle pièce composée par Thierry Pécou à l’instigation notamment des Détours de Babel, du Centre international des Musiques Nomades et de l’Alliance Française de New Delhi. C’est en effet dans la capitale de l’Inde, en février, que le compositeur français, avide de ces « ailleurs » dont il a toujours nourri son œuvre (du Canada à l’Equateur, en passant par la Chine, le Japon, le Mexique et la Colombie, sans oublier Cuba) a emmené ses deux solistes de l’Ensemble Variances à la rencontre des trois musiciens indiens de New Delhi et Mumbai. Pécou apportait avec lui le canevas d’une œuvre ouverte, que tous ensemble ils ont tissée, entre écriture occidentale et traditions orales hindoustani.
Introduite par la flûte bansuri puis le violon indien, la partition a d’abord déployé une mélopée mélancolique soutenue par le continuum du Fender Rhodes. Les sonorités se fondent et se croisent dans une première plage lente assez consonante, avant la rupture des attaques des vents et les onomatopées rythmiques du joueur de tabla dans une atmosphère crépitante et légère. Plus tard, une longue mélodie à l’unisson installe un rituel incantatoire que ponctuent de petites cymbales chinoises, avant la mêlée d’un tutti pointilliste. Des analogies se font jour, comme la parenté sonore entre claquements de clés de la clarinette basse et la percussion. Musique inventive et étonnamment familière, Sangâta délivre un plaisir hédoniste et profond, que saluera le public d’une « standing ovation ». Les yeux des Occidentaux rivés sur leur pupitre et le regard ouvert des Orientaux auront seuls souligné l’appartenance de chacun à sa propre culture.
Sangâta, pour flûte bansuri, violon indien, tabla, flûte, clarinette, piano électrique et harmonium, de Thierry Pécou. Avec Ragini Shankar (violon), Rishab Prasanna (flûte bansuri), Amaan Ali (tabla), Carjez Gerretsen (clarinette), Anne Cartel (flûte), Thierry Pécou (direction et claviers). Festival Les Détours de Babel. Jusqu’au 7 avril. Tél. : 04-76-89-07-16. De tarif libre à 30 €. detoursdebabel.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Le Musée Picasso, à Paris, consacre une riche exposition au tableau emblématique qui n’a plus quitté Madrid depuis 1981.
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Tout sur « Guernica », mais sans… « Guernica »

Le Musée Picasso, à Paris, consacre une riche exposition au tableau emblématique qui n’a plus quitté Madrid depuis 1981.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 15h50
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 15h51
    |

                            Philippe Dagen








                        



                                


                            

Il faut une certaine audace pour faire une exposition sur l’un des tableaux les plus célèbres du monde en sachant qu’il en sera absent. Il faut un certain talent pour y réussir au point que l’on en sorte en oubliant presque qu’on n’a pas vu l’œuvre, ­Guernica. Car elle ne voyage plus, pas plus que La Joconde.
C’est moins une question technique qu’une décision symbolique. De sa première présentation dans le pavillon de la République espagnole à l’Exposition universelle de Paris, le 12 juillet 1937, à son arrivée à Madrid le 9 septembre 1981, Guernica a longuement circulé. D’abord en Suède, au Danemark et en Grande-Bretagne pour lever des fonds en faveur des républicains qui combattaient franquistes et fascistes. Puis, après la ­défaite, aux Etats-Unis, pour obtenir des aides en faveur des ­réfugiés : New York, Los Angeles, San Francisco et Chicago à l’été 1939. Puis un deuxième tour, de novembre 1939 à décembre 1940, dans la rétrospective « Picasso : Forty Years of His Art », conçue par le MoMA – rappelons qu’aucune rétrospective Picasso n’a eu lieu dans un musée français avant la seconde guerre mondiale.

Après-guerre, Guernica va à ­Milan en 1953, à Sao Paulo aussitôt après. Retour en Europe ensuite : Paris (tout de même), Munich, ­Cologne, Hambourg, Bruxelles, Amsterdam et Stockholm en 1955-1956. Troisième tournée américaine en 1957 et, enfin, un séjour plus tranquille au MoMA. En ­février 1970, Picasso écrit au ­musée pour lui demander de restituer le tableau à l’Espagne quand le pays sera redevenu une démocratie libre. Ce qui advient en 1981 : ­au Cason du buen retiro d’abord, au Musée national centre d’art Reina Sofia en 1992, d’où la toile n’a plus bougé.
C’est trahir Picasso que d’immobiliser la toile dans un musée, si bien présentée y soit-elle
Est-ce ironiquement ? La première chose que l’on voit en entrant au Musée Picasso est une reproduction plus grande que nature...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Le Musée Picasso consacre une exposition, jusqu’au 29 juillet, à cette icône de la peinture du XXe siècle, sans la présenter.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ A écouter cette semaine : les « Leçons de Ténèbres » d’un maître de chant du XVIIe siècle, les œuvres d’un jeune compositeur, un hommage à Debussy…
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Sélection albums : Michel Lambert, Aurélien Dumont, Enrico Pieranunzi…

A écouter cette semaine : les « Leçons de Ténèbres » d’un maître de chant du XVIIe siècle, les œuvres d’un jeune compositeur, un hommage à Debussy…



Le Monde
 |    30.03.2018 à 15h22
   





                        


Michel Lambert Leçons de Ténèbres Marc Mauillon (basse-taille), Myriam Rignol (viole de gambe), Thibaut Roussel (théorbe), Marouan Mankar-Bennis (clavecin et orgue)

   


Si l’on connaissait le maître de chant Michel Lambert (1610-1696) pour ses splendides airs de cour et sa science du théorbe, on ignorait presque tout de sa veine religieuse. Une découverte donc capitale. Mais plus encore parce que cette exhumation est le fruit d’un formidable travail de reconstitution, minutieux et délicat, de la partition établie par Marc Mauillon et ses complices à partir d’un manuscrit du début des années 1660. Sans doute cette pièce liturgique imposa-t-elle le genre des Leçons de Ténèbres à la cour royale, acquise, depuis la régence d’Anne d’Autriche, à la spiritualité tridentine. Avant Charpentier, Lalande ou Couperin, Lambert compose ce cycle pour la semaine sainte qui s’ouvre sur le dolorisme des Lamentations de Jérémie en alliant la science du plain-chant grégorien et celle de l’ornementation virtuose qui est sa signature. La réussite est totale, comme l’engagement et l’intensité de Marc Mauillon, magistralement soutenus par un continuo aussi sobre qu’inspiré. Philippe-Jean Catinchi
2 CD Harmonia Mundi.
Aurélien Dumont Stillness Ensemble Linea, Jean-Philippe Wurtz (direction)

   


Les œuvres réunies dans cette envoûtante monographie ne semblent pas avoir été écrites par un jeune compositeur. Pourtant, Aurélien Dumont est né en 1980 et la pièce qui ouvre le programme – le bref et ludique Start the dance ! – date de 2009. Si sa prédilection pour les bribes sonores peut rappeler la manière d’un Mauro Lanza ou d’un Gérard Pesson, le climat est tout autre et la trajectoire, personnelle au point d’invalider toute idée de référence. La musique d’Aurélien Dumont atteint déjà l’idéal de bien des novateurs : elle se découvre en permanence. Littéralement, par un service continu de l’inouï. Symboliquement, par une remise en cause de l’habillage de chaque instant. D’un abord rude, elle culmine dans le scintillement (Berceuse et des poussières). D’une mer qui dort elle fait émerger des clapotis (7 Vallées). Pour donner à de tels parcours la force de l’évidence, il fallait plus que de l’engagement. L’ensemble Linéa (dirigé par Jean-Philippe Wurtz) invite à parler d’affinités. Pierre Gervasoni 
1 CD Odradek Records.
Enrico Pieranunzi Monsieur Claude

   


Après Scarlatti, Bach et Haendel dont il a joué les œuvres ou qui ont inspiré ses improvisations, le pianiste italien Enrico Pieranunzi rend hommage à Claude Debussy, dont on célèbre le centenaire de la mort. Complété par le batteur André Ceccarelli et le contrebassiste Diego Imbert, le trio forme l’ossature sur laquelle se greffent selon les morceaux la chanteuse italienne Simona Severini, entendue dans l’album du pianiste My Songbook (Via Veneto Jazz), ou le saxophoniste ténor David El Malek. Une configuration inhabituelle dans la discographie de Pieranunzi. Tour à tour alerte et virevoltant (Passepied, L’Autre Ballade, Cheveux), lâchant les chevaux (Blues for Claude, Mr. Golliwogg) ou tout en délicatesse (Nuit d’étoiles, Romance) jusqu’à ce moment de poésie qu’est L’Adieu, Enrico Pieranunzi et ses complices enchantent. Paul Benkimoun
1 CD Bonsaï.
Holger Czukay Cinema

   


Mort le 5 septembre 2017, à l’âge de 79 ans, le compositeur et multi-instrumentiste Holger Czukay a été l’un des membres fondateurs du groupe allemand Can, auquel il participa comme bassiste de 1968 à 1977, avant une carrière solo. Laquelle fait l’objet d’un coffret rétrospectif, Cinema, en 5 CD et 1 DVD avec un film à la fois fiction et documentaire. Les univers de Czukay empruntent au rock, au reggae, à la pop, aux musiques d’Afrique ou d’Orient, à la musique classique et contemporaine, sont parfois contemplatifs, le plus souvent fantasques, complexes et accessibles à la fois. Les concepteurs de ce coffret ont soigné la présentation graphique mais ont délaissé les informations sur les labels d’origine, noms de tous les musiciens des enregistrements, dates et lieux, instruments etc. L’album Movies (1979) est présenté dans son intégralité mais sans suivre l’ordre de sa parution originale, d’autres sont absents, Moving Pictures (1987), Linear City (2001), Eleven Years Innerspace (2015)… Sylvain Siclier
1 coffret de 5 CD et 1 DVD Grönland Records/PIAS.
Arat Kilo, Mamani Keita, Mike Ladd Visions of Selam

   


Arat Kilo est, avec Akalé Wubé, l’un de ces talentueux groupes français qui ont ingurgité avec gourmandise la collection Ethiopiques, créée il y a vingt ans par le producteur Francis Falceto. Ils ont assimilé ce swing coloré, baptisé éthio-jazz, qui s’est épanoui à Addis-Abeba dans les années 1960 et 1970, et y ont trouvé une source inspirante pour inventer leur propre histoire. Ce nouveau chapitre intègre et met au premier plan deux de leurs invités de l’album précédent (Nouvelle fleur, paru en 2016), la chanteuse malienne Mamani Keïta et le rappeur-slameur américain Mike Ladd. Dès la première flambée de cuivres, les premiers mots, en bambara et en anglais (« Toulo/We’re Having Fun ») le ton et l’humeur sont donnés, l’horizon s’ouvre sur des tourbillons funky, une transe dense et vivifiante, aérée d’ondulations rêveuses. Patrick Labesse
1 CD Accords croisés/PIAS.

        Lire aussi la critique de l’EP « My Dear Melancholy » :
         

          The Weeknd de retour en pleine mélancolie






                            


                        

                        

