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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Clément Rosset, qui articulait sa philosophie autour de ces deux idées, est mort le 28 mars, à Paris, à l’âge de 78 ans.
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Mort de Clément Rosset, philosophe du tragique et du double

Clément Rosset, qui articulait sa philosophie autour de ces deux idées, est mort le 28 mars, à Paris, à l’âge de 78 ans.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 10h50
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 15h28
    |

Nicolas Truong







                        



                                


                            

Le philosophe Clément Rosset est mort le 28 mars, à Paris. Né le 12 octobre 1939 à Carteret (Manche), auteur d’une œuvre majeure et singulière dans la philosophie française, Clément Rosset a construit la sienne autour de deux idées : celle du tragique et celle du double. Depuis La Philosophie tragique (PUF, 1960), Clément Rosset déploie l’idée selon laquelle l’existence n’a pas de sens, mais que cette pensée n’empêche pas la joie de vivre, bien au contraire. Est tragique « ce qui laisse muet tout discours » et qui « se dérobe à toute tentative d’interprétation », écrit-il dans Logique du pire. Eléments pour une philosophie tragique (PUF, 1971).
Une intuition de jeunesse notamment éprouvée à l’écoute du Boléro de Maurice Ravel, dont le thème repris et répété jusqu’à l’épuisement est bien plus qu’une métaphore de la vie, mais la vie elle-même, où le tragique et la jubilation se confondent ; intuition qu’il ne cessera de développer et à laquelle il donnera l’un de ses plus beaux développements dans La Force majeure (Minuit, 1983).
Rosset montre que le réel est sans double, qu’il n’y a pas d’autres mondes et qu’il est vain de vouloir nier la réalité par la morale
A partir du livre Le Réel et son double (Gallimard, 1976) et avec ceux qui suivront, Clément Rosset démontre, à l’aide de la lecture du mythe d’Œdipe ou de L’Oreille cassée, de Hergé, d’une interprétation des Vacances de Monsieur Hulot, de Jacques Tati ou d’une lecture d’A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, que le réel est sans double, qu’il n’y a pas d’autres mondes et qu’il est vain de vouloir nier la réalité par la morale (qui dit ce qui doit être) ou même la politique (qui dit ce que la cité doit devenir).
Pour Clément Rosset, il faut prendre l’existence dans sa singularité (L’Objet singulier, Minuit, 1979), son idiotie (Le Réel. Traité de l’idiotie,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Dans « Du goût de l’autre », anthropologie de l’anthropophagie, le chercheur pourfend les fantasmes qui entourent ce phénomène mais en détaille aussi les pratiques avérées.
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Mondher Kilani prend le cannibalisme à bras-le-corps

Dans « Du goût de l’autre », anthropologie de l’anthropophagie, le chercheur pourfend les fantasmes qui entourent ce phénomène mais en détaille aussi les pratiques avérées.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 09h41
    |

                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Du goût de l’autre. Fragments d’un discours cannibale, de Mondher Kilani, Seuil, « La couleur des idées », 384 p., 25 €.

Les humains, enfin certains, sont-ils réellement capables d’ingurgiter sans scrupule et sans dégoût leurs congénères ? Du goût de l’autre, le nouvel essai de ­Mondher Kilani, consacré à l’anthropophagie, dissipe quelques doutes à son sujet. Le cannibalisme est-il une réalité ? Qui dévore les premiers chapitres ne peut échapper à la question, bien que la complexité du sujet et la pluralité des cas de figure ne permettent pas à l’anthropologue de la formuler en ces termes.
En revanche, il insiste sur le fait que le mot « cannibalisme » (altération de caraïb attribuée à Christophe Colomb) a été inventé pendant la colonisation, quand il était fort utile de rendre sauvages les Indiens, quitte à transformer les rumeurs en certitudes et à produire un faux témoignage, comme le fit le médecin Diego ­Alvarez Chanca en 1493.
Le même phénomène de « déformation, exagération et fabrication de preuves sur le cannibalisme local » a pu s’observer en Australie ou en Afrique australe. L’auteur rappelle que « la littérature est remplie de peuples victimes de ce type de dénonciation : Carthage par Rome, les chrétiens par les païens (…), les Irlandais par les Anglais, les Chinois par les Coréens ». Le fantasme de la dévoration par les ennemis serait donc universel – les expressions « étranger » et « cannibale » ne sont-elles pas synonymes chez les Ku-Waru de Nouvelle-Guinée ?
Récurrence des métaphores cannibales
Mondher Kilani nous apprend aussi que les Jivaro ont usé de leur réputation de réducteurs de têtes pour tenir éloignés les Espagnols. Le cannibale, comme figure allégorique d’une férocité poussée à son paroxysme, se révèle particulièrement efficace pour terroriser un ennemi réel ou potentiel.
Les pages consacrées à la muséographie,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Au sortir de l’adolescence, le futur grand peintre de la mi-XIXe siècle s’essaye à la littérature. A découvrir en parallèle à la rétrospective du Louvre.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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Eugène Delacroix en jeune écrivain romantique

Au sortir de l’adolescence, le futur grand peintre de la mi-XIXe siècle s’essaye à la littérature. A découvrir en parallèle à la rétrospective du Louvre.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h30
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        



                                


                            
Les Dangers de la cour, suivi d’Alfred et de Victoria, d’Eugène Delacroix, édité par Servane Dargnies et Dominique de Font-Réaulx, Flammarion, 240 p., 17 €.

Quand il entre dans l’atelier du peintre Pierre-Narcisse Guérin, à 17 ans tout juste, Eugène Delacroix (1798-1863) se sait déjà artiste. Reste à choisir le médium. Très tôt épris de musique, il a, tout au long de sa scolarité au lycée impérial, à Paris, acquis une culture classique qui intègre tant les Antiques que les Modernes, Homère, Virgile et Horace côtoyant le Tasse, Racine et Voltaire. Mais, par goût personnel, il y ajoute Dante et Shakespeare comme les maîtres du roman gothique anglais : Matthew Gregory Lewis, Horace Walpole ou Ann Radcliffe. Est-ce à dire qu’il se rêve écrivain, lui dont le Journal, la riche correspondance et les nombreuses études esthétiques attestent le talent de plume ? Il s’en défendra plus tard, préférant l’ascèse du peintre à celle de l’écrivain : « Je ne connais rien qui réponde au labeur ingrat de tourner et retourner des phrases et des mots pour éviter soit une consonance, soit une répétition. »
Et il sait de quoi il parle, puisqu’il s’y est essayé, justement au moment où il se lançait dans la peinture dans le sillage de Géricault. Sans doute fit-il tout pour que ces essais de jeunesse soient oubliés, ne les mentionnant jamais, ni dans son Journal ni dans sa correspondance. Au point qu’il a fallu mener une enquête serrée pour prouver que les trois textes aujourd’hui réunis dans Les Dangers de la cour, suivi d’Alfred et de Victoria – deux longues nouvelles et une pièce de théâtre, inédite jusqu’ici – sont bien de la main du jeune Delacroix.
Sans doute le plus abouti est-il celui présenté sous le titre Les Dangers de la cour – initialement cette fable, qui croise le goût rousseauiste de la solitude et le combat voltairien contre l’intolérance...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Dans « Aveuglements », l’essayiste passe au crible de la violence contemporaine le lien entre politique et théologie.
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Jean-François Colosimo éclaire le côté obscur des Lumières

Dans « Aveuglements », l’essayiste passe au crible de la violence contemporaine le lien entre politique et théologie.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h30
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            
Aveuglements. Religions, guerres, civilisations, de Jean-François Colosimo, Le Cerf, « Actualité », 544 p., 22,90 €.

Dans un bref essai paru à Vienne en 1938 et immédiatement confisqué par la Gestapo, le philosophe Eric Voegelin (1901-1985) faisait du nazisme une expérience religieuse, une espérance apocalyptique, une mystique sanglante : « Et le geste sera bon, si rouge coule le sang », disait un poème récité par les zélateurs hitlériens. Raillant les intellectuels qui refusaient d’envisager le noyau religieux du totalitarisme, Voegelin écrivait : « La question religieuse reste taboue pour ces esprits sécularisés ; et la soulever sérieusement et radicalement aujourd’hui leur apparaît comme douteux – peut-être aussi comme une barbarie ou un retour vers le sombre Moyen Age. » Ce petit livre indispensable, Les Religions politiques, a été traduit en français en 1994 aux éditions du Cerf.
Un demi-siècle plus tard, Jean-François Colosimo, le patron de cette vénérable maison fondée par des frères dominicains, s’inscrit en partie dans le même sillage. Alors que d’autres fanatiques font couler le sang avec ferveur, il publie Aveuglements, livre plus épais que celui de Voegelin, mais qui décrit également le « lien impensé » entre politique et théologie. Déjà auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, Colosimo signe ici son essai le plus personnel. On y retrouve son érudition exaltée, mais aussi cette écriture subtilement ténébreuse qui vaut sans doute fidélité à son maître, le penseur post-maurrassien Pierre Boutang (1916-1998).
« A quoi mourons-nous symboliquement et de quoi meurent, assassinés, trop d’entre nous ? » D’entrée de jeu, la question est vaste. Pour y répondre, Colosimo emmène son lecteur dans une méditation de longue haleine, où il croisera de nombreux auteurs d’époque et d’horizon différent. Voegelin, bien sûr, mais aussi de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Œuvres complètes », de Lucien de Samosate.
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Figures libres. Allez chez Lucien, tout est bon !

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Œuvres complètes », de Lucien de Samosate.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Œuvres complètes, de Lucien, traduit du grec ancien et édité par Anne-Marie Ozanam, Les Belles Lettres, « Editio minor », 1432 p., 55 €.

Quel auteur ! On ne s’en lasse jamais. Parce qu’il est drôle. Mais aussi caustique, imaginatif, savant, imprévisible, ironique, généreux. Et populaire, bien que puriste. Il se moque des philosophes au nom de la philosophie, fustige les humains par humanité, fait rire des dieux par respect pour la raison. On trouve en lui de l’Offenbach et du Voltaire, du La Bruyère et du Rabelais, du Swift et même du Nietzsche. Le tout en grec ancien, dont il manie les moindres subtilités et astuces, bien que ce ne soit pas sa langue maternelle. Il écrit à l’époque de Marc Aurèle et de Commode, de l’Empire romain florissant et décadent, de la philosophie confrontée aux changements du monde.
Son nom, Lucien, fleure bon la France, évoquant, au choix, Leuwen, Rubempré ou des chansons de Piaf comme de Renaud. Lui, pourtant, naquit en 120 de notre ère, dans la province romaine de Syrie, à Samosate. La région, aujourd’hui turque, est proche des frontières de la Syrie et de l’Irak actuels. Enfant d’une famille relativement modeste, il renonce tout jeune à sculpter la pierre pour ciseler des phrases, bien qu’il ait sans doute parlé araméen avant de maîtriser le grec. Voilà donc un « barbare » qui va devenir l’un des plus étincelants stylistes grecs, parcourant l’empire, d’Athènes à Rome, en passant notamment par Antioche, la Gaule, l’Egypte.
Nos raisons de redécouvrir Lucien, que Renaissance et âge classique ont scruté avec passion, ne tiennent pas au seul plaisir littéraire. Vivant dans un tourbillon presque aussi troublé que le nôtre, il dénonce avec ardeur faux prophètes, charlatans et marchands de sagesse qui tous refleurissent à présent. Il déteste superstitions et fanatismes, se moque des faux savoirs et des postures intellectuelles, avec une acuité et une rudesse dont nous avons...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Célèbre femme de la Belle Epoque, modèle, actrice, elle était d’une liberté et d’une beauté irrésistibles. Puis… Sylvain-Christian David raconte son étonnante histoire.
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Biographie. Fanny Zaessinger, la muse terminale

Célèbre femme de la Belle Epoque, modèle, actrice, elle était d’une liberté et d’une beauté irrésistibles. Puis… Sylvain-Christian David raconte son étonnante histoire.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 10h01
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Fanny. Histoire de Fanny Zaessinger, qui disparut, de Sylvain-Christian David, Le Sandre, 336 p., 22 €.

Il y a eu un moment, vers 1895, où tout le monde, à Paris, n’a juré que par Fanny, n’a pensé qu’à Fanny, n’a rêvé que de Fanny, hommes et femmes confondus, emportés dans un même élan d’admiration, de désir ou de curiosité pour cette très jeune femme apparue un beau jour à Montmartre, dans « un joli petit chalet branlant », et qui disparaîtra quelques années plus tard, sans plus d’explication, pour toujours. Du moins jusqu’à la belle enquête biographique que lui consacre aujourd’hui Sylvain-Christian David qui, fasciné depuis des décennies par cette figure oubliée, a traqué la moindre trace de son existence. Et a découvert, derrière le météore fin de siècle, une autre vie, une autre Fanny, loin de la grâce joyeuse qu’elle a brièvement incarnée.
En attendant ces glaçantes révélations finales, et comme pour retarder l’échéance, place à la joie, justement, à la jeunesse explosive, virevoltante, de Fanny Zaessinger. Ou plutôt, place aux souvenirs de cette jeunesse, aux dizaines de textes, patiemment rassemblés par l’obsessionnel auteur, qui la racontent, ou l’évoquent, ou la laissent deviner. Car il n’y a presque aucune source directe sur elle. Sans doute, conjecture Sylvain-Christian David, est-elle née au Creusot (Saône-et-Loire) en 1877, dans une famille alsacienne qui aurait refusé de devenir allemande. Peut-être est-elle arrivée à Paris en 1894. Plus certainement : c’est cette année-là que tout commence à s’enflammer autour d’elle.
Elle faisait un effet inoubliable
Elle est alors le modèle favori et, qui sait ?, la maîtresse du peintre Charles Léandre (1862-1934). Les journaux se mettent à parler d’elle, les poètes la glissent dans leurs vers, les romanciers la recrutent comme personnage, les chroniqueurs mondains la chahutent… Elle devient comédienne, joue Ibsen au Théâtre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Nouvelles, récits, histoire, anthologie, biographie, auteurs du « Monde »… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 30 mars 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Livres en bref

Nouvelles, récits, histoire, anthologie, biographie, auteurs du « Monde »… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 30 mars 2018.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 08h29
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
Thomas Doustaly, 
                                Emilie Grangeray, 
                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Etienne Anheim (Historien et collaborateur du « Monde des livres ») et 
                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Biographie. Pauvre Guillaume Dustan
Dustan superstar, de Raffaël Enault, Robert Laffont, 316 p., 21 €.

Il n’était pas prudent de confier la vie de Guillaume Dustan, auteur de trois romans fulgurants, Dans ma chambre, Je sors ce soir et Plus fort que moi (P.O.L, 1996, 1997 et 1998), à Raffaël Enault. « Je l’aimais parce que j’aurais voulu qu’il soit mon père », ne tarde pas à confesser ce dernier dans la biographie ratée qu’il consacre à l’écrivain, réduit dès les premières pages à la « perruque pailletée » qu’il lui arrivait de porter à la télévision. C’est encombré de cette confidence qu’on essaie de glaner au fil des pages quelques informations éclairantes sur la vie de William Baranès, né en 1965 à Paris, devenu une figure de l’autofiction au tournant des années 2000 et mort tragiquement en 2005.
Mais, au lieu de revenir précisément sur l’homme et son temps (pas une ligne sur le contexte de l’épidémie de sida, par exemple), Enault s’enivre de son obsession pour son sujet, jusqu’à inclure son propre journal à cette biographie. Une collection de longs verbatim (d’émissions de radio ou de télévision) ou de textes de Dustan lui-même et quelques entretiens avec des proches ne peuvent pas remplacer un travail d’enquête. Alors que la polémique qui a opposé l’écrivain (lui-même séropositif) à l’association Act Up est essentielle pour comprendre la fin de sa vie, l’auteur en donne un récit unilatéral qui lui interdit toute analyse fine des événements. Reste le récit de la jeunesse d’un fort en thème (concours général, ENA) à la fois privilégié, hyper­productif et insatisfait, auquel on s’attache. T. Dy
Lire un extrait sur le site des éditions Robert Laffont.
Anthologie. Une bible marine
La Mer dans la littérature française. De François Rabelais à Pierre Loti, de Simon Leys, Robert Laffont, « Bouquins », 1 408 p.,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ La chronique de Bruno Latour, à propos d’« Antithèses. Mallarmé, Péguy, Paulhan, Céline, Barthes », de Charles Coustille.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Qui a la parole ? Doctorants privés de soins

La chronique de Bruno Latour, à propos d’« Antithèses. Mallarmé, Péguy, Paulhan, Céline, Barthes », de Charles Coustille.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 09h01
    |

                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            
Antithèses. Mallarmé, Péguy, Paulhan, Céline, Barthes, de Charles Coustille, Gallimard, « Bibliothèque des idées », 312 p., 24 €.

L’écriture d’une thèse en humanités ou en sciences sociales n’est pas simplement une épreuve de type sportif, mais une forme de maladie mentale d’autant plus douloureuse qu’elle est ignorée des psychiatres et qu’il n’existe pas d’autre traitement que de la terminer ! Trouver le sujet, choisir le directeur de thèse, chercher le financement, accéder au terrain, tout cela est déjà difficile. Là où les choses deviennent affreuses, c’est qu’il arrive un moment où il faut rédiger la thèse. Et pour qui ? Pour le pire public qui soit : un jury de cinq ou six membres qui la lira à la façon d’un juge pour ne plus y penser une fois le verdict rendu.
Ce qui va rendre fous les doctorants, c’est qu’ils vont rencontrer sur le chemin le spectre de l’écriture. On leur a dit de résoudre d’abord les problèmes de données, de terrain, de références. La chose s’écrira toute seule ; qu’ils laissent les questions d’écriture aux écrivains et aux poètes. Par conséquent, rien ne prépare les impétrants à la possibilité d’un échec de la thèse, interminable.
Tout l’intérêt d’Antithèses, le livre de Charles Coustille, est d’aller voir comment les écrivains et les poètes, de ­Mallarmé à Jean-Benoît Puech, en passant par Paulhan, Barthes et Céline, sans oublier l’admirable Péguy, affrontent le spectre de l’écriture d’une thèse. Pour rendre l’épreuve plus intéressante, il a choisi ceux qui ont abandonné jusqu’à l’espoir de la soutenir. Là où de modestes tâcherons réussissent pourtant à la terminer, de grands écrivains échouent misérablement.
Contre l’académisme
Comme on le fait depuis Villon, les auteurs choisis ont tendance à se défausser de leurs difficultés à terminer leurs thèses en critiquant l’académisme et les universitaires. C’est évidemment le cas de Péguy, qui dresse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Le philosophe François Noudelmann, proche de l’écrivain antillais Edouard Glissant, mort en 2011, propose de celui-ci une biographie sous le signe de l’insatisfaction.
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Biographie. La face inquiète d’Edouard Glissant

Le philosophe François Noudelmann, proche de l’écrivain antillais Edouard Glissant, mort en 2011, propose de celui-ci une biographie sous le signe de l’insatisfaction.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
    |

                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »)








                        


Edouard Glissant. L’identité généreuse, de François Noudelmann, Flammarion, « Grandes biographies », 442 p., 26 €.

   


C’est la générosité qui domine la pensée d’Edouard Glissant (1928-2011), militant dans sa jeunesse pour l’indépendance de la Martinique, devenu penseur de la ­créolisation, qu’il a élargie en une vaste théorie du « Tout-Monde » et de la « Relation ». Mais à lire la biographie que lui consacre le philosophe François Noudelmann, qui a été l’un des proches amis de l’écrivain à la fin de sa vie, c’est une autre dimension qui apparaît : non pas son envers, mais sa face plus inquiète.
Né sur les hauteurs de Sainte-Marie, en Martinique, le jeune garçon souffre de la préférence pour son frère aîné, Paul, qu’il décèle chez sa mère. Glissant poursuit des études de philosophie à Paris, où il forge ses premières armes critiques et jouit d’une soudaine notoriété lorsque, à côté de son œuvre poétique, il publie son premier roman, La ­Lézarde (Seuil, prix Renaudot 1958). Mais dès lors s’enchaînent les malentendus.
Sourde insatisfaction
François Noudelmann alterne chapitres biographiques et intermèdes amicaux – dont la familiarité, trop grande, devient parfois gênante – pour mettre Glissant en scène dans sa vie d’écrivain-universitaire à la fois mondialement reconnu et sourdement insatisfait. Les retours en Martinique sont source de déception : sa réussite sociale l’isole, et son œuvre n’y est pas lue.
C’est aux Etats-Unis, et non en France, que les universités lui ouvrent leurs portes, mais on attend de lui un discours identitaire, alors qu’il veux parler de ses poètes, Victor Segalen (1878-1919) ou Saint-John Perse (1887-1975). Sa création, l’Institut martiniquais d’études, où les jeunes Antillais sont nourris de leur culture, lui échappera. Il ne recevra jamais le prix Nobel. L’œuvre de Glissant est une des plus généreuses que la France puisse offrir, mais peut-être l’a-t-elle reconnue trop tard.
Lire un extrait sur le site des éditions Flammarion.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Claro est fou de Perrine Le Querrec.
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Le feuilleton. C’est ainsi qu’il faut les voir

Claro est fou de Perrine Le Querrec.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Le Plancher, de Perrine Le Querrec, L’Eveilleur, 120 p., 15 €.

Si le malheur des hommes vient bel et bien de ne savoir pas mariner dans une pièce, ainsi que l’estimait Pascal, alors il y a fort à parier que la littérature a tout intérêt à s’enfermer avec eux. Que dit leur agitation ? Repousse-t-elle les murs ? Contre ces derniers, que cognent-ils en sus de leur tête ? Sont-ils déjà morts quand ils feignent de dormir ? Quelles sont ces secousses qui les laissent ainsi désaxés ? Rêvent-ils de s’échapper ou aspirent-ils à ne faire qu’un avec les surfaces qui les contiennent ? Et leur sang, coule-t-il en rond ? Voyez, dès qu’on est derrière la porte fermée, l’esprit assiégé se tend, claque comme un élastique, l’œil erre, se retourne, toutes sortes de sensations sont diffractées, adieu le repos, et c’est écrire qu’il faut, sans tarder, quel que soit le risque, et ce sous la pression sans cesse croissante de ce monstre qu’est le silence.
Dans une chambre, disais-je. Je pourrais tout aussi bien préciser : dans un corps. Là où sévit le chaud extrême, sous l’inquiétante froidure. Là encore, voyez : quand tous les repères disparaissent, se noyer dans l’instant devient toute une histoire. Et raconter cette histoire, on s’en doute, ne va pas de soi, et, pour ce faire, peut-être faut-il justement partir d’un autre « soi ». A ce jeu qui n’en est pas un, Perrine Le Querrec excelle. Profitons de la réédition d’un de ses premiers textes, Le Plancher, pour voir ce qu’il en est de la chambre du corps et du malheur des hommes.
Le plancher dont il est question ici, c’est le fameux « plancher de Jeannot », une surface de quinze mètres carrés sur laquelle un jeune paysan du Béarn a gravé, en 1971, un texte en lettres capitales, texte brut et violent où tout est dit de l’angoisse d’un retranché de la vie – ces lattes griffées sont aujourd’hui exposées face à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris. Perrine...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Pour l’auteur de « L’Attrape-cœurs », mort en 2010, la vie privée n’était pas une vaine chose. Ce qui ne rend pas facile la tâche de ses biographes, dont Denis Demonpion.
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Biographie. La discrétion ­persistante de J. D. Salinger

Pour l’auteur de « L’Attrape-cœurs », mort en 2010, la vie privée n’était pas une vaine chose. Ce qui ne rend pas facile la tâche de ses biographes, dont Denis Demonpion.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
    |

                            Florence Noiville








                        


Salinger intime. Enquête sur l’auteur de « L’Attrape-cœurs », de Denis Demonpion, Robert Laffont, 400 p., 21 €.

   


Il existe plusieurs biographies américaines de Jerome David ­Salinger (1919-2010). Si le journaliste Denis Demonpion en propose une nouvelle – après celles d’Arletty et de Houellebecq (Flammarion, 1996, et Maren Sell, 2005) –, c’est pour saisir de manière « intime » l’auteur de L’Attrape-cœurs (Robert Laffont, 1953 ; 35 millions d’exemplaires vendus), dont on sait pourtant qu’il avait une sainte horreur de toute intrusion dans sa vie privée.
Denis Demonpion n’a pas réussi à approcher l’écrivain. Mais dix années d’enquête et de jeu de piste, ainsi que l’épluchage de lettres inédites, lui permettent néanmoins de brosser en creux un portrait très vivant du célèbre reclus de Cornish (New Hampshire).
Sur Utah Beach le 6 juin 1944
Entre sa naissance de parents immigrés et la pose de sa pierre tombale où il rêvait, comme son héros Holden Caulfield, de ne voir inscrits que ces mots : « Allez vous faire foutre », Denis Demonpion évoque notamment l’adolescence de Salinger et son voyage en Pologne, pays d’origine de son père, au cours duquel il travailla dans l’abattoir familial. Ou ce 6 juin 1944 quand, avec sa machine à écrire emmaillotée dans son paquetage, il débarqua en Normandie, à Utah Beach, en réchappa miraculeusement, mais n’en revint jamais vraiment.
Au chapitre des blessures, on trouve aussi celle laissée par son amour pour la jeune Oona O’Neill, fille du dramaturge Eugene O’Neill (1888-1953, Prix Nobel 1936), qui lui préférera Charlie Chaplin. Salinger lui écrivit « de très, très, très belles lettres » d’amour, selon Jane ­Chaplin, l’une des huit enfants d’Oona et Chaplin. Pour préserver la mémoire de leurs parents, ces derniers n’ont cependant pas autorisé l’accès à cette correspondance. Preuve que du Salinger intime, il reste encore à découvrir. C’est plutôt une bonne nouvelle : le mystère résiste.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ L’écrivain, new-yorkais de cœur, raconte son avant et son après-11 septembre 2001, d’une écriture somptueuse.
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Les méditations new-yorkaises de Patrick Declerck

L’écrivain, new-yorkais de cœur, raconte son avant et son après-11 septembre 2001, d’une écriture somptueuse.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h00
    |

                            Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
New York vertigo, de Patrick Declerck, Phébus, 128 p., 13 €.

Psychanalyste, philosophe, anthropologue et écrivain, Patrick Declerck s’est fait connaître en 2001 par la publication d’une enquête majeure sur les sans-abri (Les Naufragés. Avec les clochards de ­Paris, Plon, « Terre humaine »). Sensible aux marginaux, aux anormaux, aux situations extrêmes, et marqué par trois influences décisives – Nietzsche, Schopenhauer et Freud –, ce grand voyageur mélancolique signe aujourd’hui un texte flamboyant sur New York, ville aimée où il a passé son adolescence et où il est retourné en 2012, juste avant d’être opéré d’une tumeur cérébrale.
Dès les premières pages, il entraîne le lecteur dans le vertige d’une écriture somptueuse et parfaitement ciselée, à la manière d’un tableau de Jérôme Bosch. New York vertigo est à la fois une réflexion sur l’avant et l’après-11 septembre 2001, sur la haine que l’auteur éprouve pour les « assassins coranophiles », et sur le pourrissement inéluctable des corps : « Manhattan où je n’étais pas retourné depuis vingt-sept ans. Cette ville où, depuis mes 11 ans, j’avais commencé à devenir moi-même et dont l’anglais souvent brutal et argotique était devenu mon adorée première langue, celle des rêves, des extases et de toutes les colères. »
Scènes poignantes
Dans ce récit, construit comme une autobiographie sur fond de pessimisme noir, de visite à « Ground Zero » et de tendresse avouée pour la misère du monde, l’auteur mêle ses propres souvenirs aux histoires ordinaires de ceux qui disparurent dans l’effondrement des tours. Tels Ed Beyea et Abe Zelmanowitz, deux magnifiques amis travaillant ensemble dans la tour 1WTC : le premier, tétraplégique et obèse, converti au catholicisme, le second, juif orthodoxe et solitaire. Quand ils allaient dîner en ville, chacun invitait l’autre à tour de rôle. Abe veillait à ce que le restaurant choisi...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Un ouvrage de Francesco Alfieri et Friedrich-Wilhelm von Herrmann prétend blanchir « Cahiers noirs » de toute « contamination » par le nazisme. Sans convaincre.
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Polémique. Heidegger contre toute évidence

Un ouvrage de Francesco Alfieri et Friedrich-Wilhelm von Herrmann prétend blanchir « Cahiers noirs » de toute « contamination » par le nazisme. Sans convaincre.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 11h11
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Martin Heidegger, la vérité sur ses « Cahiers noirs » (Martin Heidegger. La verita sui « Quaderni neri »), de Francesco Alfieri et Friedrich-Wilhelm von Herrmann, traduit de l’italien et de l’allemand par Pascal David, Gallimard, « L’Infini », 488 p., 36,50 €.

L’ « affaire Heidegger », qui a été relancée par la publication en Allemagne, à partir de 2014, des quatre premiers volumes des « Cahiers noirs » tenus par le philosophe sous le régime nazi et au-delà, peut donner l’impression d’un éternel retour. Pourtant, les francophones – contrairement aux Italiens et aux Anglo-Saxons – ne disposaient jusqu’à présent que d’une poignée de passages pour juger si cette philosophie, dont l’auteur fut membre du Parti national-socialiste de 1933 à 1945, véhicule l’idéologie hitlérienne.
C’est cette thèse que Friedrich-Wilhelm von Herrmann, le dernier assistant de Martin Heidegger, chargé de l’édition de ses œuvres complètes, et le philosophe italien Francesco Alfieri, un religieux franciscain, s’emploient à réfuter en proposant de larges extraits de ces « Cahiers » aux non-germanistes, assortis de reproductions photographiques des manuscrits (Martin Heidegger. La vérité sur ses « Cahiers noirs », traduit de l’allemand et de l’italien par Pascal David, ­Gallimard, « L’Infini », 488 p., 36,50 €).
Leur apologie du « maître-penseur », dont l’appartenance même au corpus philo­sophique est même, discutée par quelques-uns, donne surtout l’impression d’une tentative de déminage, à l’avance, de ces textes par un groupe de disciples inconditionnels, en attendant la parution en français, annoncée pour l’automne, chez Gallimard, des deux premiers tomes des « Cahier noirs » en version intégrale.

Certes, les auteurs en profitent pour ­livrer des éclairages intéressants sur la genèse des « Cahiers noirs » : d’après von Herrmann, Heidegger, souffrant d’insomnie, jetait la nuit sur des bouts de papier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Pastiche de « Lady Vernon », premier roman de la fameuse auteure anglaise, « Amour & Amitié » est un gage d’admiration de l’Américain Whit Stillman.
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Une joyeuse irrévérence envers Jane Austen

Pastiche de « Lady Vernon », premier roman de la fameuse auteure anglaise, « Amour & Amitié » est un gage d’admiration de l’Américain Whit Stillman.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h00
    |

                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Amour & Amitié (Love & Friendship), de Whit Stillman, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Johanna Blayac, Tristram, 320 p., 21,50 €.

Avant tout cinéaste, Whit Stillman a réalisé en 2016 Love & Friendship, un film inspiré par Lady Susan, le premier et bref roman épistolaire de Jane Austen (1775-1817). Le texte qui paraît aujourd’hui sous le titre Amour & Amitié n’a, pour autant, rien d’une novélisation – la transposition d’un scénario sous forme de roman. Relevant tout à la fois du pastiche et du remake, Amour & amitié se présente d’abord comme une réfutation. Sur la couverture, le roman porte d’ailleurs un long sous-titre digne des rhéteurs d’autrefois : Où la fascinante Lady Susan Vernon est entièrement blanchie des accusations calomnieuses de Jane Austen. D’évidence, Stillman a trouvé là l’espace d’une respiration et d’une liberté dont il use avec une indéniable maestria.
Ce petit morceau de fiel
Dédiée à « Son Altesse Royale, le prince de Galles », cette réfutation aurait été écrite à Londres, au printemps 1858, par un certain « R. Martin-Colonna de Cesari-Rocca », et c’est pourquoi, une fois tournée la couverture, il n’est plus jamais question de Jane Austen : à l’époque, Lady Susan n’avait pas encore été publié (il le sera en 1871). C’est du moins ce que l’on supposait jusqu’ici : à en croire Martin-Colonna, ce petit morceau de fiel aurait en effet circulé en quelques exemplaires diffusés sous couvert d’anonymat par une « Vieille Demoiselle Auteur » dans le but évident de diffamer ou, plus exactement, de déchiqueter à jamais la réputation de la si belle, si libre et tellement veuve Lady Susan Vernon – qui se trouve avoir été la tante de Martin-Colonna (si vous suivez toujours). La Vieille Demoiselle Auteur n’aurait pas hésité à caviarder certaines lettres et à en surcharger d’autres de preuves fallacieuses...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ L’écrivain, professeur de français et admirateur de Toussaint ou de Modiano, recherche cette économie de moyens qui rend le lecteur actif. « Faire mouche », son troisième roman, est à cet égard éloquent.
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Vincent Almendros, maître en non-dits

L’écrivain, professeur de français et admirateur de Toussaint ou de Modiano, recherche cette économie de moyens qui rend le lecteur actif. « Faire mouche », son troisième roman, est à cet égard éloquent.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h00
    |

                            Emilie Grangeray








                        



                                


                            
Faire mouche, de Vincent Almendros, Minuit, 128 p., 11,50 €.

Lire Vincent Almendros, c’est devoir prêter attention à tout. A chaque mot et à sa possible polysémie, tout autant qu’à sa place même dans la phrase et sur la page. Rien d’autre que le style n’intéresse cet écrivain qui travaille toujours un dictionnaire à portée de main, cramponné à son Robert comme à sa cigarette électronique. Toutes les phrases de son troisième roman, Faire mouche, attestent du soin « maniaque » que ce professeur de français, né en 1978 à Avignon, porte au langage. Pour le reste, c’est par l’entremise de Jean-Philippe Toussaint, qu’il admire et auquel il écrivit, qu’il réussit à faire publier son premier roman, Ma chère Lise, en 2011, aux éditions de Minuit.
Dans celui-ci – une histoire d’amour entre un professeur et son élève –, tout ce qui fait l’essence des livres de Vincent ­Almendros est déjà présent. Chez lui, les narrateurs ont une peur panique de mourir (et un talent certain pour ne pas se reconnaître, parfois, dans les miroirs). Les mères sont absentes ou peu aimables (euphémisme) ; les pères, taiseux ou disparus (voire biologiquement douteux). Il y a des animaux vivants ou morts (voire cuisinés). Des odeurs : de lait, de miel et de jeunes filles en fleurs, mais aussi de boue, de vase et de pourriture. Et une palanquée de Pierre et autres Jean, clin d’œil à Maupassant.
Admirables dialogues de sourds
En revanche, on n’y trouve guère d’histoire. Ou plutôt, comme il s’amuse à le résumer en quatrième de couverture de Faire mouche (où il est question d’un homme, Laurent, revenant dans son village natal pour assister à un mariage avec son amie Constance, à moins que ce ne soit Claire) : « Le problème n’[est] pas là. » Le problème, pour Vincent Almendros, passé maître en non-dits, qui compose d’admirables dialogues de sourds (de préférence sans tirets,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Au terme d’une grossesse non remarquée, un bébé vient au monde. Avec « Tombée des nues », la romancière livre le beau récit choral de son acceptation.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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La nativité, version Violaine Bérot

Au terme d’une grossesse non remarquée, un bébé vient au monde. Avec « Tombée des nues », la romancière livre le beau récit choral de son acceptation.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h00
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                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Tombée des nues, de Violaine Bérot, Buchet-Chastel, 174 p., 13 €.

Cela s’est passé un 29 février. Dans cette drôle de nuit qui ne s’entrouvre qu’une fois tous les quatre ans. Une date hors du temps, qu’on s’étonne presque de voir inscrite au calendrier. Dehors, le vent portait la neige en bourrasques glacées, l’entassait en congères qui rendaient la route difficile, dangereuse. La ferme de Baptiste et Marion, en montagne, loin du village, était comme coupée du monde. Et voilà que là-haut, aux petites heures, dans la salle de bains, rompue de douleur et de saisissement, Marion avait accouché.
Etrange et inquiétante histoire. Tombée des nues, le nouveau roman de Violaine Bérot, raconte une naissance par surprise, par effraction. Car l’enfant qui est arrivé cette nuit-là n’était en aucune façon attendu. Ni sa mère ni son père ne l’avaient voulu, désiré. Ils ignoraient même sa présence. Pendant neuf mois, Marion l’avait porté, ventre plat, sans s’en rendre compte. Sans savoir. Sans sentir. Et son compagnon n’avait rien remarqué. On appelle cette incompréhensible absence, cette maternité engourdie, muette, un « déni de grossesse ».
Une proximité attentive aux corps
Voici maintenant dix livres, à commencer par sa Jehanne (Denoël, 1995), où elle s’attachait à une Jeanne d’Arc adolescente, émue, tourmentée, que Violaine Bérot écrit avec une proximité attentive aux corps, aux âges, aux sentiments des femmes. A leurs élans, à leurs élancements. La fillette de Des mots jamais dits (Buchet-Chastel, 2015) se rendait malade de grandir. La narratrice de Nue, sous la lune (Buchet-Chastel, 2017) s’arrachait à une emprise qui avait transformé en servitude sa passion amoureuse. Ici, Marion, à 42 ans, devenue mère sans s’être jamais soupçonnée enceinte, se recroqueville, s’enfuit, s’égare.
Tombée des nues est un roman choral. On y entend, du mardi de la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Un marginal parle à un chien, son seul confident, au cours d’errances sans fin. « Dans la baie fauve », lyrique premier roman.
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édition abonné


L’Irlandais solitaire de Sara Baume

Un marginal parle à un chien, son seul confident, au cours d’errances sans fin. « Dans la baie fauve », lyrique premier roman.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h00
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                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Dans la baie fauve (Spill Simmer Falter Wither), de Sara Baume, traduit de l’anglais (Irlande) par France Camus-Pichon, Notabilia, 272 p., 19 €.

Un formidable observateur de la nature et des hommes : tel est le héros de ce premier roman. Porté sur les détails infimes, Ray décrit magnifiquement ce qui l’entoure : dans son jardin, le géranium « herbe à Robert » et les euphorbes ; dans le ciel, le vrombissement des syrphes ; dans l’eau, le balai des zostères ; sur le sable, la course des chevaliers gambettes et des vanneaux ; sans parler du « haut de la falaise constellé de scabieuses, de fleurs de camomille, de silènes ». Le lyrisme et la richesse langagière de Sara Baume, écrivaine irlandaise née en 1984, frappent dès l’abord de Dans la baie fauve, son premier roman. Quand Ray parle, c’est comme s’il nous prenait par la main : « Regarde, c’est beau ! »
Pourtant, il refuse de voir quelque chose en lui. Il ne se regarde jamais que par le biais de son reflet, sur le dos d’une cuillère ou le pare-brise de sa voiture. Cette distorsion du regard, d’une grande acuité quand il se porte vers l’extérieur et fuyant quand il s’agit d’introspection, distille très vite une forme de doute. Ray n’est pas un narrateur fiable. Sa capacité d’émerveillement détonne avec ses pensées franchement maussades. En fait, quand il dit : « Ecoute le merle occupé à chasser les insectes sous les chélidoines… », il ne s’adresse pas au lecteur mais à One Eye, un chien borgne qu’il a adopté. C’est grâce à leur relation intense qu’il prend garde à la beauté du monde et affronte peu à peu ses démons.
Au gré des saisons
Ceux-ci le hantent dans la maison rose saumon surchargée et malodorante où il vit reclus. Ray dit encore « la maison de mon père », même si ce dernier est mort deux ans plus tôt. Il n’a jamais connu sa mère. Sara Baume révèle peu à peu les blessures de son personnage. Ce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Chaque jeudi dans « La Matinale », « Le Monde des livres » propose ses coups de cœur de la semaine.
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Article sélectionné dans La Matinale du 28/03/2018
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Deux romans, un essai et une biographie : nos choix littéraires

Chaque jeudi dans « La Matinale », « Le Monde des livres » propose ses coups de cœur de la semaine.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 07h30
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, plongez dans l’entre-deux-guerres en Roumanie, observez les oiseaux avec Jean Rolin, découvrez les origines du cannibalisme et faites la connaissance de Fanny Zaessinger, muse oubliée de la Belle Epoque.
ROMAN. « Eugenia », de Lionel Duroy
L’écrivain roumain Mihail Sebastian (1907-1945) est mort à 38 ans, laissant derrière lui un Journal tenu entre 1935 et 1944. De nombreux extraits en jalonnent Eugenia, dont Sebastian est un protagoniste, l’amant de l’héroïne et narratrice. Un personnage fictif, elle.
On découvre cette Eugenia au lendemain de la mort du romancier et dramaturge, remontant le cours de leur histoire. Leur rencontre a lieu en 1935. Eugenia est alors une étudiante de 18 ans à Jassy (Iasi), dans le nord-est du pays, biberonnée depuis l’enfance à l’antisémitisme d’évidence de sa famille – son frère est membre de la Garde de fer, le violent mouvement d’extrême droite roumain.
Quand celle-ci vient faire le coup de poing durant une conférence de Sebastian, auteur juif, à l’université d’Eugenia, elle prend conscience du sort des juifs dans son pays. Bientôt, des lois antisémites sont promulguées, le pouvoir danse un pas de deux pervers avec la Garde de fer, puis le régime d’Antonescu s’allie à Hitler… A tout cela, Eugenia assiste au côté de Sebastian et comme journaliste. En mai 1941, en reportage à Jassy, proche du front, elle est témoin d’un pogrom qui fait plus de 13 000 morts. Bientôt, elle entre dans la Résistance.
Comment se débrouille-t-on avec son histoire, dans l’Histoire ? C’est la question qui hante toute l’œuvre de Lionel Duroy, placée sous le signe de l’autofiction. Il est assez impressionnant de voir l’écrivain s’y colleter au fil d’un épais roman qui parvient à délivrer tant d’informations sur le contexte historique de l’époque sans oublier en chemin l’épaisseur de ses personnages ni la justesse de la voix, légèrement patinée, de sa narratrice. Eugenia est un texte très ambitieux, souvent terrible, auscultant la montée de la haine et son déchaînement. Raphaëlle Leyris

   


« Eugenia », de Lionel Duroy, Julliard, 504 p., 21 €.
ROMAN. « Le Traquet kurde », de Jean Rolin
Le livre s’ouvre parmi les collections d’ornithologie du British Museum. On y trouve des tiroirs remplis d’oiseaux morts avec, attachées à leurs pattes, des étiquettes indiquant leur espèce, provenance, sexe… Nous sommes prévenus d’emblée, Le Traquet kurde sera une histoire d’ornithologie, mais aussi de classement et de dénomination (il y sera question des frontières, des accords qui les fixent), et de trajectoire (que faisait du côté du puy de Dôme, en mai 2015, un traquet kurde, passereau frayant d’ordinaire en Asie mineure ?). Ainsi que de mensonges.
Pour quelles raisons un admirateur de piafs peut-il être amené à déguiser la vérité ? On le découvrira notamment avec le personnage de Richard Meinertzhagen (1878-1967), ornithologue, colonel et espion, menteur, voleur, probable assassin, qui permet à l’écrivain de revenir sur l’histoire de l’impérialisme britannique – entre autres.
Mais il ne perd jamais de vue le petit traquet qu’il traque ; et, après la campagne anglaise, nous voici dans le Kurdistan irakien. Si la trajectoire du livre peut surprendre, comme celle de l’oiseau, Jean Rolin tient son cap, brassant avec son intelligence et son humour flegmatique habituels, zoologie, histoire, actualité et géographie. R. L. 

   


« Le Traquet kurde », de Jean Rolin, P.O.L, 176 p., 15 €.
ESSAI. « Du goût de l’autre », de Mondher Kilani
Le cannibalisme est-il une réalité ? Qui dévore les premiers chapitres du nouvel essai de l’anthropologue Mondher Kilani ne peut échapper à la question. Le mot a été inventé pendant la colonisation, où il était fort utile de rendre sauvages les Indiens. De même, certains peuples ont usé de leur réputation d’anthropophages pour tenir les étrangers en respect.
Pourtant, la pratique cannibale est indubitablement attestée. Mondher Kilani le prouve, et montre qu’elle répond à des principes. Ainsi, ingérer un ennemi reviendrait à l’inclure en le considérant comme une partie de soi. Quant au cannibalisme au sein de sa propre communauté, il est organisé en fonction des règles de parenté. Chez les Guayaki du Paraguay, par exemple, le cou du défunt revient à l’épouse, le bras au beau-frère, le pénis à la femme enceinte… Cette pratique serait « d’abord une façon de penser les relations sociales », écrit Mondher Kilani. Nulle population ne considère, pour le dire crûment, ses congénères comme de simples aliments. Anne Both

   


« Du goût de l’autre. Fragments d’un discours cannibale », de Mondher Kilani, Seuil, « La couleur des idées », 384 p., 25 €.
BIOGRAPHIE. « Fanny. Histoire de Fanny Zaessinger, qui disparut », de Sylvain-Christian David
Née, sans doute, en 1877, probablement arrivée à Paris en 1894, Fanny Zaessinger – voilà une certitude – est vite devenue l’une des muses les plus en vue de la Belle Epoque. Sylvain-Christian David, fasciné depuis des décennies par cette figure oubliée, rassemble dans sa belle enquête biographique toutes les traces de son existence.
Modèle, comédienne, elle rencontrera aussi bien Colette, André Gide, Pierre Louÿs ou Paul Valéry qu’Alfred Jarry, qui souvent l’évoqueront dans leurs œuvres. Sa beauté et sa liberté en font un météore fin de siècle, une apparition étincelante, vite évanouie.
Car, un jour de 1898, Fanny disparaît, laissant pour toujours ses amis sans nouvelles. Jusqu’à la parution de ce livre, où l’auteur révèle la suite de l’histoire. Ou comment une jeune femme qui a incarné la grâce joyeuse d’une époque se transforme, après avoir épousé un riche Allemand, en notable du IIIe Reich – autre vie, autre Fanny, bien loin de la grâce qu’elle a brièvement incarnée. Florent Georgesco
« Fanny. Histoire de Fanny Zaessinger, qui disparut », de Sylvain-Christian David, Le Sandre, 336 p., 22 €.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Clément Rosset articulait sa philosophie autour de deux idées : celle du tragique et celle du double. Il est mort le 28 mars, à Paris, à l’âge de 78 ans.
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Mort de Clément Rosset, philosophe de la joie tragique

Clément Rosset articulait sa philosophie autour de deux idées : celle du tragique et celle du double. Il est mort le 28 mars, à Paris, à l’âge de 78 ans.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 18h59
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 10h01
    |

Nicolas Truong







                        



   


Le philosophe Clément Rosset est mort, le 28 mars, à Paris. Né le 12 octobre 1939 à Carteret (Manche), auteur d’une œuvre majeure et singulière dans la philosophie française, Clément Rosset a fait toute sa carrière à l’université de Nice, de 1967 à 1998.
Nourri de la lecture précoce de Montaigne, Pascal, Nietzsche, il articule sa philosophie autour de deux idées : celle du tragique et celle du double. Depuis La Philosophie tragique (PUF, 1960), Clément Rosset déploie l’idée selon laquelle l’existence n’a pas de sens et qu’elle « se dérobe à toute tentative d’interprétation », écrit-il dans Logique du pire. Eléments pour une philosophie tragique (PUF, 1971). Une intuition de jeunesse éprouvée à l’écoute du Boléro de Maurice Ravel, dont le thème repris et répété jusqu’à l’épuisement ressemble à une métaphore de la vie, où le tragique et la jubilation se confondent ; intuition qu’il ne cessera de développer et à laquelle il donnera l’un de ses plus beaux développements dans La Force majeure (Minuit, 1983).
A partir du livre, Le Réel et son double (Gallimard, 1976), Clément Rosset démontre, à l’aide de la lecture du mythe d’Œdipe ou du fétiche de L’Oreille cassée, d’Hergé, d’une interprétation des Vacances de Monsieur Hulot, de Jacques Tati ou d’une lecture de La Recherche du temps perdu, de Marcel Proust, que le réel est sans double, qu’il n’y a pas d’autres mondes et qu’il est vain de vouloir nier la réalité par la morale (qui dit ce qui doit être) ou même la politique, lorsqu’elle est utopique. Pour Clément Rosset, il faut prendre l’existence dans sa simplicité, son idiotie (Le Réel. Traité de l’idiotie, Minuit, 1977), sa crudité (Le Principe de cruauté, Minuit, 1988). Une philosophie qui l’a conduit à un certain dégagement, voir un désengagement politique, éprouvant une aversion pour la figure classique ou médiatique de « l’intellectuel engagé ».
Professeur jubilatoire et maître en désenchantement
Elève de Louis Althusser, son maître de l’Ecole normale supérieure auprès duquel il retint que l’objectif du matérialisme consiste, non pas à faire la révolution, mais à « ne plus se raconter d’histoire », Clément Rosset fut lui-même un professeur jubilatoire et un maître en désenchantement (En ce temps-là. Notes sur Louis Althusser, Minuit, 1992). Un auteur à l’ironie féroce, aussi, n’hésitant pas – sous le pseudonyme de Roger Crémant – à se moquer du style des stars du structuralisme de l’époque, Foucault, Barthes ou Lacan (Les Matinées structuralistes, suivies d’un Discours sur l’écrithure (sic) R. Laffont, 1969).
Auteur d’une œuvre foisonnante qui couvre aussi bien l’éthique que l’esthétique, Schopenhauer (Schopenhauer, philosophe de l’absurde, PUF, 1967) que sa propre maladie (Route de nuit. Episodes cliniques, Gallimard, 1999) et dont ses entretiens avec Santiago Espinosa retracent les contours (Esquisse biographique, Encre marine, 2017), Clément Rosset a aussi bien marqué les amateurs de ses essais affûtés que des philosophes aussi différents que Gilles Deleuze, Vincent Descombes ou Jacques Bouveresse.
Mais si sa philosophie tragique invite à se défaire de toutes les idoles, elle ne conduit ni au désespoir ni au « mécontentement » de son ami Cioran. Bien au contraire. La philosophie tragique élaborée par Clément Rosset est l’inverse du pessimisme. Car, disait-il, « être heureux, c’est toujours être heureux malgré tout ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Avec « Eugenia », superbe et terrifiant roman de la Roumanie fasciste des années 1930 et 1940, l’écrivain affronte la violence de l’Histoire et la façon dont chacun y réagit.
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édition abonné


L’écrivain Lionel Duroy face au silence des meurtriers

Avec « Eugenia », superbe et terrifiant roman de la Roumanie fasciste des années 1930 et 1940, l’écrivain affronte la violence de l’Histoire et la façon dont chacun y réagit.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 06h33
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
« Eugenia », de Lionel Duroy, Julliard, 504 p., 21 €.

Dans les dernières pages de son Journal, l’écrivain roumain Mihail Sebastian (1907-1945) notait son souhait de consacrer un livre à la seconde guerre mondiale telle qu’il l’avait vécue. L’auteur de Depuis deux mille ans (1934 ; Stock, 1998) y aurait raconté tout ce qui lui avait inspiré « nausée » et « dégoût » pendant ces années où, juifs, lui et les siens avaient tremblé pour leur vie, dans un pays prompt aux pogroms et allié de l’Allemagne nazie.
Mihail Sebastian est mort avant de pouvoir le faire, écrasé à Bucarest par un camion soviétique le 29 mai 1945. Il laissait derrière lui, outre une poignée de romans, récits et pièces de théâtre, ce Journal couvrant les années 1935-1944, qui ne sortit en Roumanie qu’en 1996.
Avec la parution du très bel Eugenia, tout se passe comme si Lionel Duroy proposait sa version de ce livre manquant, venant réparer une injustice, combler un manque, prêter main-forte à l’écrivain, mort à 38 ans, dont des publications à la fin des années 1990 permirent de faire découvrir au public français la puissante lucidité et la mélancolie. S’il est jalonné d’extraits du journal, Eugenia n’est pas écrit du point de vue de Sebastian. Mais celui-ci en est un protagoniste, l’amant de l’héroïne et narratrice qui donne son titre au roman.
Antisémitisme d’évidence
Un personnage fictif, elle. On la découvre au lendemain de la mort du romancier et dramaturge, remontant le cours de leur histoire, lisant les carnets de celui qu’elle aima avec fougue pendant dix ans et qui le lui rendit distraitement, épris d’une comédienne volage.
Leur rencontre a lieu en 1935. Eugenia est alors une étudiante en lettres de 18 ans à Jassy (Iasi), dans le nord-est de la Roumanie, biberonnée depuis l’enfance à l’antisémitisme d’évidence d’une famille où l’on ne parle jamais...




                        

                        

