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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ L’écrivain Tahar Ben Jelloun explique, dans une tribune au « Monde », qu’il faut laver l’islam de ces discours haineux et désastreux qui contredisent ses principes et ses valeurs en résonance avec les deux autres monothéismes
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« Les musulmans doivent participer à la lutte que mène la République contre le terrorisme »

L’écrivain Tahar Ben Jelloun explique, dans une tribune au « Monde », qu’il faut laver l’islam de ces discours haineux et désastreux qui contredisent ses principes et ses valeurs en résonance avec les deux autres monothéismes



Le Monde
 |    30.03.2018 à 16h14
    |

                            Tahar Ben Jelloun (Ecrivain)








                        



   


Tribune. La France est un Etat de droit. Le terrorisme tente de casser cet Etat et de ruiner la démocratie. Toutes les réponses de la France ont été en parfaite concordance avec l’esprit républicain.
Pas question par exemple de suivre l’exemple américain consistant à créer un Guantanamo à la française. Des voix s’élèvent pour mettre sur pied des centres de rétention où séjourneraient les vingt mille individus classés « S ». Ce n’est ni possible ni souhaitable. Alors que faire ?
La France se trouve la cible permanente d’un mouvement miné par la haine de la République, par le rejet de ses lois, par le racisme anti-chrétien et aussi anti-juif. Le discours des djihadistes est simpliste. En criant « Allah Akbar », ils annoncent la couleur de leurs actes. On leur a assez dit combien ce pays est « une terre de mécréants, dominés par les juifs et qu’il est du devoir du musulman de le nettoyer ». Il n’y a pas autre chose dans la tête de ces individus qui ont été conquis par une propagande efficace et insistante dominée par un antisémitisme de plus en plus virulent.
La France ne pourra pas continuer d’attendre que ses ennemis se fatiguent ou deviennent raisonnables. Ils ne vont pas abandonner ni se repentir. On trouverait davantage de possibilités d’arrangement avec la Mafia qu’avec les djihadistes, car ces derniers sont remplis par une idéologie de guerre et de haine incommensurable.
L’indignation est insuffisante
Faut-il déclarer de nouveau l’Etat d’urgence ? Multiplier le nombre de vigiles et accentuer les recherches ? Tout cela est possible, mais au fond, il ne sert pas à grand chose. La police et la gendarmerie font leur travail sans relâche. L’acte héroïque du colonel Arnaud Beltrame est là pour le prouver.
Mais ce qui est à faire pour mettre fin à cet éternel retour de la tragédie relève d’une autre stratégie : que la population musulmane s’implique réellement dans la lutte et la prévention du terrorisme qui est commis en son nom ou du moins au nom d’une religion mal digérée et sciemment détournée.
Les musulmans, dans leur diversité, ne peuvent plus se contenter de s’indigner et de condamner ces actes de barbarie. Ils doivent participer à la lutte que mène la République contre le terrorisme. Comment ? Il y aurait deux niveaux.
Le premier existe déjà mais ne constitue pas une force importante. De plus en plus de jeunes musulmans (croyants ou pas, mais de culture et de sensibilité musulmanes) intègrent les rangs de la police et de la gendarmerie. Il faudrait les inciter, les motiver, leur donner la possibilité de défendre les valeurs de la république en s’engageant dans cette lutte.
Une communauté tentée par le repli et le silence
Le deuxième plan est plus complexe, car il s’agit de convaincre la majorité de la population musulmane d’aider la nation à prévenir les attentats et à les empêcher. Pour cela il faudra que la France change la vision qu’elle a de l’islam et des musulmans. Il faudra gagner cette communauté, certes divisée et méfiante, tentée par le repli et le silence. Il faudra qu’elle se sente concernée par cette affaire qui lui porte un tort immense et en même temps assumer un islam sécularisé, compatible avec la laïcité.
Comment agir, comment parler, comment s’organiser ? Cela demandera du temps et de l’imagination.
Dans un premier temps Le président de la République pourrait s’adresser aux musulmans de France, les rassurer, leur tendre la main pour une collaboration qui concerne aussi bien leur avenir que celui de toute la nation. On sait qu’un « islam de France » n’existe pas encore. On l’imagine, on l’espère, on le dessine, mais tout le monde en convient pour constater qu’il n’a pas trouvé sa place dans la société française laïque. Il y aurait beaucoup de travail à faire pour le rendre possible, crédible, républicain. Ce travail n’est pas entrepris, même si la fondation culturelle « Islam de France » a été installée depuis 2016 et essaie d’élaborer des projets et des initiatives. Cependant elle manque de moyens.

Attaques dans l’Aude : nos tribunes
André Comte-Sponville : « Arnaud Beltrame, ce héros »Mark Moogalian : « L’acte altruiste d’Arnaud Beltrame a restauré notre foi en l’humanité »Général Vincent Desportes : « Arnaud Beltrame donne un visage à la vertu militaire »Jean-Luc Marret : « Doit-on interdire le salafisme ? »Amélie Chelly : « Le « califat » existe toujours, mais il est devenu mental »
et aussi :
Cynthia Fleury : « Le passage à l’acte mortifère du terroriste n’est nullement courageux »Myriam Benraad : « La quête de vengeance est consubstantielle à l’ensemble du jihadisme contemporain »


Seule une participation sincère et profonde des musulmans de ce pays est susceptible de donner à la lutte contre le terrorisme au nom de l’islam quelque efficacité. Ce serait aussi une façon de laver l’islam de ces discours haineux et désastreux qui contredisent ses principes et ses valeurs en résonance avec les deux autres monothéismes.
La lutte de l’Etat de droit contre la barbarie est un combat asymétrique. L’objectif des djihadistes est justement de pousser les démocraties à abandonner le droit pour utiliser les mêmes armes qu’eux. La France résiste certes, mais elle résisterait encore mieux si les six millions de musulmans qui y vivent acceptent de participer à la lutte pour faire échec au terrorisme qui mène une guerre silencieuse mais déterminée.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Le non-respect des résolutions des Nations unies et le recours aux armes chimiques en Syrie remettent en question tout le système de sécurité collective, juge la chercheuse Laëtitia Atlani-Duault dans une tribune au « Monde ».
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« La tragédie syrienne sera-t-elle le tombeau des Nations unies ? »

Le non-respect des résolutions des Nations unies et le recours aux armes chimiques en Syrie remettent en question tout le système de sécurité collective, juge la chercheuse Laëtitia Atlani-Duault dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    30.03.2018 à 15h45
    |

Laëtitia Atlani-Duault (Anthropologue, directrice du Collège d'études mondiales de la Fondation Maison des Sciences de l'Homme (FMSH), directeur de...







                        



                                


                            
Tribune. La tragédie syrienne sera-t-elle le tombeau des Nations unies ? Après la tragédie d’Alep, celle de la Ghouta orientale pose la même question assortie de deux nouvelles interrogations : la première sur la capacité du Conseil à faire respecter ses propres résolutions ; la seconde, brûlante, sur le contrôle des armes chimiques.
Face à la Ghouta orientale, le Conseil a montré qu’il n’est désormais plus bloqué en raison du droit de veto de l’un au moins de ses cinq membres permanents, comme cela avait été le cas à Alep. Mais il est désormais impotent, et le spectre de la faillite de la Société des nations rôde plus que jamais.

Le 24 février, en effet, le Conseil était pour une fois uni face à une tragédie qui a déjà fait entre 350 000 et un demi-million de morts. Du moins le croyait-il, après avoir voté à l’unanimité une résolution qui exigeait la cessation immédiate des hostilités et une trêve humanitaire d’au moins trente jours. Or, cette résolution n’a pas été appliquée. Le régime a continué son offensive avec des bombardements indiscriminés sur les zones habitées, alors que plus de 400 000 personnes y étaient assiégés.
Des Etats inhibés
Si le siège sanglant d’Alep a montré à nouveau, s’il le fallait encore, tout l’intérêt d’une proposition régulièrement discutée sur le non-recours possible au droit de veto en cas d’atrocités de masse, celui de la Ghouta et sa chute mettent en cause le caractère non contraignant des résolutions du Conseil de sécurité.
Aujourd’hui, il s’agit d’imposer les décisions du Conseil alors même que des acteurs clés (Russie, Syrie, Iran et Turquie) s’y refusent
Tout comme la Société des nations, l’ONU ne dispose pas d’armée en propre et n’a pas les moyens d’imposer la mise en œuvre des résolutions du Conseil. Des sanctions, pour être efficaces, exigent des décisions et des actions des Etats membres. Blâmer l’ONU et appeler à sa réforme n’a aucun sens car le verrou ne se situe pas au...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Dans cette chronique, les professeurs en sciences de gestion Blanche Segrestin et Armand Hatchuel estiment que le rapport Notat-Senard, remis le 9 mars, pourrait arrimer solidement l’entreprise au projet d’une civilisation responsable.
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« Développer l’entreprise à partir d’une “raison d’être” »

Dans cette chronique, les professeurs en sciences de gestion Blanche Segrestin et Armand Hatchuel estiment que le rapport Notat-Senard, remis le 9 mars, pourrait arrimer solidement l’entreprise au projet d’une civilisation responsable.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 14h00
    |

Armand Hatchuel et Blanche Segrestin (Professeurs à Mines-ParisTech/ PSL Université)







                        



                                


                            

Entreprises. Les propositions du rapport remis le 9 mars par Nicole Notat, présidente de l’agence de notation extra-financière Vigeo-Eiris, et Jean-Dominique Senard, président de Michelin, sur « L’entreprise, objet d’intérêt collectif » sont largement débattues. Mais, au-delà d’une simple réforme, elles ouvrent surtout la voie à une nouvelle conception de l’entreprise.
Jusqu’ici, les réformes de l’entreprise visaient un meilleur équilibre entre les intérêts des actionnaires et les droits des salariés. En s’appuyant sur les recherches les plus récentes, le rapport Notat-Senard élargit cette perspective : il propose que l’entreprise puisse sortir du carcan de la société anonyme et développe son intérêt collectif à partir d’une « raison d’être » ou d’une mission inscrite dans ses statuts. L’entreprise pourrait alors mettre sa puissance créative au service d’une civilisation responsable.

Les projets de réforme de l’entreprise sont anciens (Bloch-Lainé en 1967, Sudreau en 1974, lois Auroux en 1982). Mais, quoique d’inspirations politiques divergentes, ils s’appuyaient sur un même cadre d’analyse : l’entreprise est un moteur de croissance et d’emploi, un espace politique où s’affrontent les intérêts du capital et du travail, un lieu de dialogue et de négociation réglé par l’Etat. Or, cette conception de l’entreprise restait aveugle aux transformations de l’action collective et aux nouvelles responsabilités du monde contemporain.
Dérives
Les bouleversements de l’action collective (réseaux, technologies, médias) ont rendu obsolètes les formes classiques du capital et du travail. La vision du capital s’incarnant dans l’épargne d’un actionnaire individuel masque la réalité des grands fonds d’investissement actuels qui jouent en permanence avec le destin de milliers d’entreprises. Pour eux, la société anonyme ne représente aucun « intérêt collectif », et ils ont imposé une logique de la rentabilité actionnariale dont les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ L’ex-patron du label musical Naïve Patrick Zelnik explique, dans une tribune au « Monde », comment les GAFA ont pris le pouvoir sur les contenus musicaux et plaide pour un transfert de richesses des géants d’Internet vers les industries de contenus culturels.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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« Le grand enjeu culturel du XXIe siècle sera la régulation d’Internet »

L’ex-patron du label musical Naïve Patrick Zelnik explique, dans une tribune au « Monde », comment les GAFA ont pris le pouvoir sur les contenus musicaux et plaide pour un transfert de richesses des géants d’Internet vers les industries de contenus culturels.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 14h00
    |

Patrick Zelnik (Producteur de musique, ancien président Virgin France, ancien président de Naïve)







                        



                                


                            
Tribune. Quelle place et quel avenir pour la culture, à l’heure d’Internet ? La révolution ou plutôt le big bang numérique bouscule le monde réel dans des proportions difficiles à imaginer. Internet est un extraordinaire outil de communication inter­active et multimédia, une encyclopédie dynamique de la connaissance, un accès à toutes les cultures. Mais un outil ne saurait être une fin en soi.
En 2008, on assiste au développement rapide du « streaming », qui supplante déjà le marché physique
L’enjeu culturel d’Internet, c’est la survie de la création et des industries de contenus. Les acteurs de l’Internet ont utilisé ces contenus sans se préoccuper de leurs financements et des ravages provoqués par la piraterie.
A partir de la création d’iTunes, en 2001, c’est un fabricant d’ordinateurs, Apple, qui fixe intelligemment le prix de la musique à 9,99 euros pour le téléchargement d’un album. Soit une déduction d’environ 20 % du prix d’un album physique. Fort heureusement, Steve Jobs était un enfant du rock – sa marque en témoigne. Cette première étape, celle du téléchargement payant, était donc vertueuse, permettant de financer la création. Dans les années qui ont suivi la création de Spotify, en 2008, on assiste au développement rapide du « streaming », qui supplante déjà le marché physique.
Changement de perception
Les sites de streaming, Spotify, Apple Music, Deezer, fixent le prix de la musique à 10 euros par mois, pour accéder à dix, puis vingt millions de titres. On peut donc, pour le même prix de 10 euros, acheter un album en téléchargement ou souscrire à un abonnement. Comment expliquer une telle absurdité ?
Pour le consommateur, le juste prix n’est pas nécessairement le prix le plus bas
Les plates-formes de streaming préoccupées par la concurrence déloyale de la piraterie ont souhaité fixer un prix attrayant. Mais ce modèle a des conséquences désastreuses dans le domaine de la musique et de l’image car il ne permet...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Pour garder ses quelques champions dans les nouvelles technologies, il serait urgent que Bruxelles harmonise les règles relatives aux introductions en Bourse, estime l’économiste Karel Lannoo dans une tribune au « Monde ».
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« Aucun débat en Europe n’a eu lieu pour l’entrée de l’européenne Spotify à la Bourse de New York »

Pour garder ses quelques champions dans les nouvelles technologies, il serait urgent que Bruxelles harmonise les règles relatives aux introductions en Bourse, estime l’économiste Karel Lannoo dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    30.03.2018 à 14h00
    |

Karel Lannoo (Directeur général du Centre for European Policy Studies (CEPS, Bruxelles)







                        



                                


                            
Tribune. La plus importante introduction en Bourse d’une entreprise high-tech de ces dernières années est réalisée par une société européenne, mais elle aura lieu aux Etats-Unis, mardi 3 avril. Cette décision stratégique démontre que l’Europe a la capacité de développer des entreprises technologiques innovantes, mais que, dès que ces sociétés ont besoin de capitaux, ce n’est pas en ­Europe qu’elles les cherchent.
Cette décision souligne la nécessité d’initiatives beaucoup plus ambitieuses si nous souhaitons réellement une union des marchés de capitaux et la création d’un canal attrayant pour le financement des entreprises qui soit une réelle alternative au financement bancaire. Et ceci est d’autant plus urgent dans le contexte du départ imminent du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE).
Spotify est le plus important service d’abonnement de streaming musical dans le monde. La société a été créée en 2008 et a réalisé un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros en 2017, avec d’importantes pertes cumulées ces dernières années. La société est européenne en ce sens qu’elle a été fondée en Suède, qu’elle a établi sa holding au Luxembourg et qu’elle publie ses comptes en euros, suivant les normes IFRS (International Financial Reporting Standards), qui est également la norme européenne. La moitié de ses effectifs et sa base la plus importante d’abonnés résident en Europe.
Action de haute technologie
A la fin de l’année 2017, Spotify comptait 159 millions d’utilisateurs actifs, dont 58 millions en Europe, contre 52 millions en Amérique du Nord. Ce chiffre est presque le double de celui de son plus proche concurrent, Apple Music, comme indiqué dans son rapport auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), l’autorité de surveillance des marchés américains.
Le marché européen des introductions a été robuste l’année dernière, avec une valeur totale de 43,9 milliards d’euros
C’est une action de haute technologie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Pourquoi tant d’hommes se sentent-ils tenus d’expliquer à des femmes des choses qu’elles connaissent mieux qu’eux ? Entretien avec l’écrivaine américaine, auteure d’un livre sur le sujet.
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Le « mansplaining » expliqué par Rebecca Solnit

Pourquoi tant d’hommes se sentent-ils tenus d’expliquer à des femmes des choses qu’elles connaissent mieux qu’eux ? Entretien avec l’écrivaine américaine, auteure d’un livre sur le sujet.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 12h17
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            
Le nouveau livre de l’écrivaine américaine Rebecca Solnit vient d’être traduit en français sous le titre Ces hommes qui m’expliquent la vie (L’Olivier, 176 pages, 16 euros).
Dans votre livre, « Ces hommes qui m’expliquent la vie », vous racontez une scène de « mansplaining » qui vous avait frappée – au point que beaucoup vous attribuent la paternité de ce néologisme. Comment résumeriez-vous cette attitude masculine dont vous avez été victime ?
Le « mansplaining » consiste, pour un homme, à expliquer quelque chose à une femme en supposant d’emblée qu’il est le détenteur du savoir et qu’elle est ignorante, alors que le contraire est vrai. Beaucoup d’avocates, de docteures, d’astrophysiciennes, de musiciennes, d’historiennes ou d’autres femmes m’ont raconté avoir entendu des hommes leur expliquer doctement leur travail d’expert alors qu’ils n’y connaissaient rien.

Ces moments ne sont pas forcément traumatisants, mais ils mettent en scène des hommes postulant qu’ils comptent et pas elles, qu’ils doivent remplir l’espace de la conversation et pas elles, que la connaissance est, d’une certaine manière, inhérente au genre masculin comme l’ignorance est inhérente au genre féminin. Ces situations sont souvent liées à un manque d’écoute. S’ils avaient fait ce premier pas, ils auraient découvert, par exemple, que cette femme croisée dans un magasin de musique n’est pas une néophyte qui s’achète sa première guitare, mais la guitariste d’un groupe célèbre.
Vous estimez qu’il y a une continuité entre le « man­splaining » et des crimes comme le viol. Pourquoi ?
Le « mansplaining » fait partie d’un système qui consiste à dévaluer la parole et la personne des femmes. Ainsi, les juges hommes de la Cour suprême des Etats-Unis interrompent les trois juges femmes trois fois plus qu’ils ne s’interrompent entre eux. C’est agaçant, bien sûr, mais surtout, cela complique la tâche de ces magistrates qui veulent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Editorial. Elu, jeudi 29 mars, premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure hérite d’une maison désertée par ses occupants où tout est à reconstruire, des fondations au plafond.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

Le PS face à un défi existentiel

Editorial. Elu, jeudi 29 mars, premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure hérite d’une maison désertée par ses occupants où tout est à reconstruire, des fondations au plafond.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 11h33
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 12h30
   





                        



   


Editorial du « Monde ». S’il aime les métaphores, Olivier Faure pourrait reprendre les paroles d’une chanson de Michel Polnareff, Dans la maison vide (1969) : « Dans la maison vide, (...) je passe ma vie à regarder les oiseaux qui passent comme des menaces et (...) je n’attends personne. »
Elu, jeudi 29 mars, premier secrétaire du Parti socialiste, lors d’un second tour de scrutin où il était seul en lice, le président du groupe Nouvelle Gauche de l’Assemblée nationale hérite d’une maison en ruine, où tout est à reconstruire, des fondations au plafond, une chaumière délabrée, désertée par ses occupants – il n’y a eu qu’un peu plus de 35 000 votants –, cernée par des « oiseaux qui passent comme des menaces » et se nomment Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, ou encore le moineau Benoît Hamon.

        Lire aussi :
         

                Avec Olivier Faure, les militants du PS « n’attendent pas un candidat pour 2022 »



A première vue, l’élection d’Olivier Faure, 49 ans, est une bonne nouvelle pour ce parti qui, entre 2012 et 2017, a perdu tous les leviers de pouvoir dont il disposait : l’Elysée, Matignon, l’Assemblée nationale, le Sénat, la plupart des régions, la majorité des départements et des grandes villes. Aussi invisible qu’inaudible depuis sa débâcle électorale de 2017, le PS a enfin un chef, qui sera intronisé au congrès d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le 7 avril.
Un parti qui n’a plus d’identité affirmée
Le premier tour de scrutin, le 15 mars, a montré que le noyau dur des militants qui n’ont pas quitté le parti d’Epinay est majoritairement « hollandais », M. Faure et son principal concurrent, Stéphane Le Foll, ancien ministre de l’agriculture de François Hollande, ayant recueilli près de 75 % des suffrages. Le député de Seine-et-Marne est assuré de l’appui de 68 fédérations sur 103 et disposera d’une majorité confortable, mais hétérogène – allant de Jean-Marc Ayrault à Martine Aubry –, dans les instances de direction. Mais les défis qui l’attendent sont gigantesques.

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Le PS n’a plus d’identité affirmée. Dans une gauche plus que jamais éclatée, ce n’est plus lui mais La France insoumise qui est en position hégémonique. Le Parti communiste et Europe Ecologie-Les Verts sont moribonds. Il lui faudra reconquérir un espace dans un paysage où une grande partie de ses électeurs, et même de ses élus, ont rallié M. Macron ou M. Mélenchon. Quelle sera la stratégie d’alliance de M. Faure alors que, aux élections européennes de 2019, le PS court le risque de se retrouver derrière Génération.s de M. Hamon ? Cela suppose que, dans un premier temps, il opère ce que François Hollande appelle « une clarification » sur sa conception de l’Europe, un sujet qui a déchiré le parti depuis 1983, avec le tournant de la rigueur, et plus encore lors du référendum de 2005.

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A juste titre, M. Faure veut « rassembler », mais l’unité qu’il semble incarner grâce à son profil très consensuel est, à ce stade, un leurre. Le député, qui s’est abstenu sur le vote de confiance au gouvernement d’Edouard Philippe, prône une opposition « responsable », et non « pavlovienne », à M. Macron. Une position qui a toutes les chances d’entraîner, au lendemain du congrès d’Aubervilliers, le départ du dernier carré d’« hamonistes », qui, comme la majorité du Mouvement des jeunes socialistes, va rejoindre M. Hamon. Et il y a encore des socialistes qui sont séduits par En marche ! Dans une Europe où la social-démocratie est partout en crise, Olivier Faure va devoir redéfinir l’identité « réformiste » du PS. La refondation est à ce prix, comme un défi existentiel ou une mission impossible.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Selon des documents officiels bulgares, l’intellectuelle aurait donné des informations sur les milieux culturels français des années 1970.
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Julia Kristeva : la Bulgarie publie le dossier de « l’agent Sabina »

Selon des documents officiels bulgares, l’intellectuelle aurait donné des informations sur les milieux culturels français des années 1970.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 10h50
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 11h04
    |

            Benoît Vitkine








                        



   


Intellectuelle mondialement reconnue, Julia Kristeva a toutes les casquettes : linguiste, psychanalyste, critique littéraire, militante féministe, romancière… et désormais celle, plus embarrassante, de « l’agent Sabina ». A en croire plusieurs documents officiels bulgares, ce pseudonyme lui aurait été attribué en 1971, au moment de son recrutement comme « agent » et « collaborateur secret » par la Darjavna Sigournost, la sécurité d’Etat du régime communiste, et plus précisément par son Premier Département, chargé du renseignement à l’étranger.
Rendues publiques mardi 27 mars, ces informations ont soulevé une tempête tant en Bulgarie que dans les milieux intellectuels dans le reste du monde. Elles ont entraîné un vigoureux démenti de la part de Mme Kristeva. Selon ses explications à L’Obs, jeudi, cette allégation n’est « pas seulement grotesque et fausse », mais « diffamatoire ». « Quelqu’un veut me nuire », assurait-elle, expliquant son inscription dans les registres de la sécurité d’Etat par le fait qu’elle a « dû faire l’objet de surveillance » de la part de ces services.
Si cette accusation paraît aujourd’hui, c’est que la philosophe, épouse du romancier Philippe Sollers, a récemment voulu travailler avec une revue bulgare, Literaturen Vestnik, tombant sous le coup d’un règlement de la Commission pour l’affiliation des citoyens bulgares aux services de sécurité de l’Etat, qui doit vérifier puis rendre public le passé de tout journaliste né avant 1976. De telles procédures existent aussi notamment pour les fonctionnaires ou les élus.
Aragon et la Tchécoslovaquie
Mme Kristeva était arrivée en France en 1966, cinq ans avant ce recrutement supposé, bénéficiant d’une bourse d’études du gouvernement français. Un tel départ en Occident était difficilement imaginable sans l’approbation des très zélés et très compétents services bulgares, qui contrôlaient étroitement les émigrés, en particulier quand ils avaient de la famille restée au pays.
La même Commission bulgare a publié, vendredi 30 mars, une version bien plus fournie du dossier de l’agent Sabina, même s’il ne semble pas complet : 77 pages de documents, en grande partie anodins ou seulement révélateurs de la fièvre bureaucratique des services bulgares, mais parmi lesquels figurent bel et bien des rapports attribués à la source « Sabina », parfois explicitement désignée par ses officiers traitants comme « Julia Kristeva, née en 1941 dans la ville de Sliven ».
A en croire ces documents, une partie des communications de la jeune intellectuelle à destination de Sofia relèvent de la simple observation des milieux culturels et de la gauche française du début des années 1970. Elle y évoque Louis Aragon, les positions défendues par son journal, les Lettres françaises, ou la réaction de la gauche française à l’intervention soviétique de 1968 en Tchécoslovaquie. L’une des missions qui lui est explicitement donnée par son officier traitant, le premier lieutenant Ivan Bojikov, est de « distinguer les centres idéologiques qui conduisent en France un travail de sape contre la Bulgarie et le camp socialiste ».
« Passé de souffrance »
Parmi ces considérations générales, quelques indications plus précises apparaissent parfois. Le 19 février 1970, l’un des rapports établis par Sofia, supposément sur la base des informations de « Sabina », évoque Roland Leroy, l’un des dirigeants du Parti communiste français, d’abord critique de l’intervention en Tchécoslovaquie, qui « a corrigé sa position officielle » à la suite des prises de position du Parti, mais qui « continue dans des cercles amicaux à condamner ces actions ».
Autre sujet semblant intéresser particulièrement Sofia : la politique arabe de la France. L’agent « Lioubomir », rédigeant son rapport sur la foi des informations transmises par « Sabina » en décembre 1970, écrit : « Un certain nombre d’instituts de propagande français sont entre les mains d’organisations sionistes, ce qui explique le fait qu’ils soutiennent souvent des positions pro-israéliennes. (…) Cela devrait expliquer les échecs des actions d’aide et de propagande pro-arabes et pro-palestiniennes. »
Vendredi matin, Julia Kristeva n’a pas souhaité réagir. Son avocat, Jean-Marc Fedida, a indiqué au Monde que sa cliente « confirme n’avoir jamais appartenu à un service quelconque, ni jamais été l’auteure d’un rapport de quelque nature que ce soit. En 1971, elle participait au lancement du mouvement Tel Quel, qui était en rupture avec la ligne officielle du Parti communiste. Tout cela la ramène à un passé de souffrance qu’elle a décrit dans ses livres. Elle s’indigne que son action et son œuvre puissent être mises en cause sur la base de documents qui, qui à les supposer authentiques, traduisent des méthodes caricaturales des polices totalitaires. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », observe que la ministre de la culture, bien que sincère, multiplie les prises de parole maladroites.
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« Françoise Nyssen a des convictions et des idées, plus que d’autres dans le passé. Mais elle rame »

Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », observe que la ministre de la culture, bien que sincère, multiplie les prises de parole maladroites.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 06h31
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 15h25
    |

            Michel Guerrin (rédacteur en chef au « Monde »)








                        



                                


                            
Chronique. Vous savez ce que veut dire « faire une Nyssen » ? Etre évasif, enfiler les perles et les généralités. Mais aussi ne pas finir ses phrases, ne pas savoir synthétiser ni porter un discours clair. Des responsables politiques qui prennent la parole pour ne rien dire, ou pour répondre à côté, il y en a des tonnes, et ça ne date pas d’hier, mais c’est un art de manier la langue de bois et de répondre quand on n’a rien à dire.
Aucun emballage chez Françoise Nyssen, la ministre de la culture, qui multiplie les prises de parole maladroites. Les réactions, au début, y compris dans son entourage, c’était : « Soyez indulgent, elle n’est pas du métier, et puis elle est très sympathique. » Tout cela est vrai. Mais ça fait dix mois que ça dure.
On pourrait énumérer ses sorties hasardeuses, par exemple quand elle s’enferre dans l’idée de faire voyager La Joconde, alors qu’elle sait le tableau trop fragile pour sortir du Louvre. Alors ça n’a pas loupé. Le 9 mars, l’humoriste François Morel a livré sur France Inter une chronique cruelle autour du « parler Nyssen » après un entretien qu’elle a donné sur cette même station, où ses réponses se limitaient à « l’important, c’est de réfléchir ».
On dira que, l’essentiel, ce ne sont pas les mots, mais les actes. Sauf qu’une ministre de la culture, sans même convoquer Malraux, se doit d’avoir de l’allure à l’oral. D’autant qu’un verbe faible décrédibilise l’action. Et puis, pour l’instant, les actes forts, on les cherche. Françoise Nyssen est championne de la réflexion. De la table ronde. Jack Lang, lui, avait fait ces consultations bien avant d’être nommé ministre, ce qui lui avait permis de prendre plusieurs mesures importantes dans les six mois qui avaient suivi sa nomination, en 1981.
Objectifs ambitieux, mesures-gadgets
Pourtant, Françoise Nyssen a des convictions et des idées, bien plus que d’autres dans le passé. Elle est sincère, n’est pas une carriériste...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Le 5 avril, le nouveau titulaire de la chaire « Migrations et sociétés  » du Collège de France donnera sa leçon inaugurale. Voilà presque vingt ans qu’il se consacre à ce sujet, à la fois en démographe, en sociologue et en philosophe.
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François Héran, l’immigration sous tous les angles

Le 5 avril, le nouveau titulaire de la chaire « Migrations et sociétés  » du Collège de France donnera sa leçon inaugurale. Voilà presque vingt ans qu’il se consacre à ce sujet, à la fois en démographe, en sociologue et en philosophe.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 10h26
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            

Le grand bureau blanc qui donne sur la rue d’Ulm, à Paris, est encore un peu vide, une caisse en carton patiente sur les rayonnages, mais les étagères qui recouvrent les murs sont déjà pleines de livres. « C’est la moitié de ma bibliothèque sur l’immigration, le reste viendra plus tard », sourit François Héran. En ce mois de février, le tout nouveau titulaire de la chaire « Migrations et sociétés » du Collège de France, qui présentera sa leçon inaugurale le 5 avril, fait ses premiers pas dans la maison fondée en 1530 par François Ier. Il fait visiter les salles de réunion, montre les bibliothèques installées dans les couloirs, raconte le calme des lieux. « Ça incite à bosser ! »
Appétit pour le savoir
François Héran n’en a pas vraiment besoin : depuis son plus jeune âge, son appétit pour le savoir ne s’est jamais démenti. A 15 ans, il obtient le droit de suivre en auditeur libre les cours d’égyptologie de l’université de Strasbourg et se fait offrir la grammaire de moyen-égyptien d’Alan Gardiner. A 16 ans, il apprend l’arabe et décroche la bourse Zellidja, qui lui permet de partir en Egypte, un été, pour réaliser une enquête sur le Musée du Caire. A 17 ans, son mémoire ayant remporté le premier prix, il part au Liban, toujours pendant l’été, pour travailler cette fois sur les relations entre les chrétiens et les musulmans.
Il commence un cursus d’égyptologie à la Sorbonne, fréquente le séminaire de sociologie de Pierre Bourdieu, apprend le kurde et le persan et suit une formation à la recherche anthropologique
C’est le début d’un parcours qui associe des savoirs et des cultures d’horizons différents. François Héran entre à l’Ecole normale supérieure en tant que philosophe, mais il n’aime guère l’idée de se « laisser enfermer » dans sa discipline. Le voilà donc qui commence un cursus d’égyptologie à la Sorbonne, fréquente le séminaire de sociologie de Pierre Bourdieu, apprend le kurde et le persan à l’Institut...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Rien de neuf dans les ricanements de Twitter, affirme l’historien du rire, pour qui une veine drôle et méchante court des mazarinades à « Charlie Hebdo ». Si la France la perçoit comme légitime, c’est qu’elle a longtemps été le seul moyen de s’opposer.
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Alain Vaillant : « Le rire agressif est une tradition française »

Rien de neuf dans les ricanements de Twitter, affirme l’historien du rire, pour qui une veine drôle et méchante court des mazarinades à « Charlie Hebdo ». Si la France la perçoit comme légitime, c’est qu’elle a longtemps été le seul moyen de s’opposer.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 06h29
    |

                            Marion Dupont et 
                            Julie Clarini








                        



                                


                            

Spécialiste du XIXe siècle, professeur à l’université Paris-Ouest, Alain Vaillant a mené des recherches sur le rire à l’époque moderne. On lui doit notamment une magistrale enquête, La Civilisation du rire (CNRS Editions, 2016).
On a longtemps reproché à la télévision son ricanement, son cynisme. Maintenant, on voit l’agressivité de l’humour sur les réseaux sociaux devenir un nouveau sujet de préoccupation. Qu’en pensez-vous ? A quoi est due cette férocité ?
Le rire n’est pas plus méchant qu’avant. Le rire français se caractérise, depuis très longtemps, par son agressivité. C’est une tradition nationale : pensez aux mazarinades [pamphlets contre le cardinal Mazarin]. Ou au rire à la Révolution française : c’était d’une violence inouïe – si bien que ­Madame de Staël a dit, en substance, qu’il valait mieux laisser le rire à l’aristocratie parce que le rire populaire était trop méchant.
e siècle : les Français sont un peuple vaniteux, moqueur et persifleur »
C’est un lieu commun à l’étranger dès le XVIIIe siècle : les Français sont un peuple vaniteux, moqueur et persifleur. Je pourrais aussi, pour vous convaincre, aligner les blagues sexistes sur les femmes au XIXe siècle, qui envahissent la presse de l’époque avec une monotonie accablante. Flaubert ironise aussi sur les femmes, et son ironie n’est ni fine ni libératrice… Bref, il n’y a rien de très nouveau. Ce qui explique que le rire sur les réseaux sociaux passe pour très violent, c’est simplement qu’il n’est pas régulé par la présence de l’autre. Rire en face de l’autre impose naturellement des limites.
Voulez-vous dire que c’est un rire de salon, en cela traditionnel, sauf que soudainement tout le monde entre dans le salon ?
Oui, c’est la grande différence. Le problème des réseaux sociaux, c’est le brouillage entre l’espace privé,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Avoir 20 ans en 2018 (5/5). Cinquante ans après Mai-68, l’engagement religieux n’est pas toujours facile pour les jeunes croyants. Mais Dieu n’est pas mort sur les barricades.
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Avoir 20 ans en 2018 : Dieu fait de la résistance

Avoir 20 ans en 2018 (5/5). Cinquante ans après Mai-68, l’engagement religieux n’est pas toujours facile pour les jeunes croyants. Mais Dieu n’est pas mort sur les barricades.



Le Monde
 |    30.03.2018 à 04h45
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 14h52
    |

                            Raphaëlle Rérolle








                        



                                


                            

Dieu n’est pas mort sur les barricades. Un demi-siècle après Mai-68, on peut même dire qu’il fait de la résistance : 46 % des 18-30 ans interrogés par Opinionway pour La Croix, en juin 2016, considéraient son existence comme « certaine » ou « probable ».
Pour autant, ils vivent dans un monde bien différent de celui qui vit fleurir les espoirs et les colères de ce printemps fiévreux. A l’époque, 20 % des Français se rendaient chaque dimanche à la messe et 80 % d’entre eux se définissaient comme catholiques. C’est contre cet ordre-là, entre autres, que les manifestants brandissaient des slogans comme : « Il est interdit d’interdire » ou « Jouissez sans entraves ».
Cinquante ans plus tard, le paysage a changé : les catholiques pratiquants ne sont plus que 4 %, et les autres 55 %, avec des degrés de croyance très variés. Les jeunes, eux, se sont massivement éloignés des institutions : d’après une étude européenne publiée par l’hebdomadaire La Vie le 22 mars, 23 % des Français de 16 à 29 ans se disent catholiques, et 64 % sans appartenance religieuse.
Les remous de Mai-68 sont passés par là, mais aussi le développement de religions peu représentées dans les années 1950, notamment l’islam et le christianisme évangélique, une branche du protestantisme qui attire aujourd’hui presque le double de moins de 35 ans que les autres ramifications protestantes (sondage Ipsos d’octobre 2017 pour Réforme et la Fédération protestante de France). Chez les juifs, l’arrivée de séfarades en provenance d’Afrique du Nord après les indépendances a revitalisé la pratique religieuse.
Pas de « repli brutal »
Ces groupes n’ont pas été frappés par le grand décrochage dont ont souffert les catholiques après la fin des années 1960. « La génération 68 n’a pas élevé ses enfants dans une perspective religieuse, ou alors elle les a laissés s’en écarter »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ L’ancienne garde des sceaux s’insurge, dans une tribune au « Monde », contre la condamnation du réalisateur ukrainien, en 2015, par un tribunal militaire russe, à vingt ans d’emprisonnement.
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Christiane Taubira : « Nous demandons la libération d’Oleg Sentsov »

L’ancienne garde des sceaux s’insurge, dans une tribune au « Monde », contre la condamnation du réalisateur ukrainien, en 2015, par un tribunal militaire russe, à vingt ans d’emprisonnement.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 17h07
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 07h26
    |

                            Christiane Taubira (Ancienne garde des sceaux, ministre de la justice (2012-2016)








                        



                                


                            
[Opposé à l’annexion russe de la Crimée, dont il est originaire, le réalisateur ukrainien Oleg Sentsov a été ­arrêté en mai 2014 par le Service fédéral de sécurité de la ­Fédération de Russie et condamné en août 2015 à vingt ans d’emprisonnement pour « organisation d’un groupe terroriste ». Christiane Taubira est la marraine du mouvement demandant sa libération immédiate, qui a mis en ligne une pétition en ce sens sur le site Change.org]
Tribune. Le temps presse. On ne séjourne pas sans graves conséquences dans une prison en Sibérie, en hiver, au nord du Cercle polaire. Et si ces lieux résonnent dans notre mémoire collective avec un écho glaçant de détresse et de destruction, c’est parce que nous savons que des femmes, des hommes y furent broyés.
« Je vous écris d’un pays autrefois clair. Je vous écris du pays du manteau et de l’ombre. Nous vivons depuis des années. Nous vivons sur la Tour du pavillon en berne. Je vous écris de la cité du Temps interrompu. La catastrophe lente ne s’achève pas. ­Notre vie s’écoule, notre vie s’amenuise, et nous attendons encore le moment qui ­repasse le mur. »
C’est du poète Henri Michaux et cela sonne comme un manifeste pour prisonniers injustement détenus.
Nous demandons la libération d’Oleg Sentsov.
Au nom d’un procès juste et équitable. Au nom du respect des droits de la ­défense. Au nom du refus de la torture, de tous traitements cruels, inhumains et ­dégradants. Au nom de la liberté ­d’expression et de la liberté artistique. Au nom du droit de se réclamer d’accords ­internationaux dûment conclus, ainsi des accords et protocoles de Minsk. Au nom tout simplement des principes d’un Etat de droit, ce qu’est censé être tout pays membre du Conseil de l’Europe. La Russie en est.
Nous demandons qu’Oleg Sentsov puisse revenir dans son pays, l’Ukraine.
Nous savons que nous vivons dans un monde de fracas. Les bombardements en Syrie, dans la Ghouta orientale ;...




                        

                        


<article-nb="2018/03/30/16-14">
<filnamedate="20180330"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180330"><AAMMJJHH="2018033016">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dix-sept millions d’Européens vivent et travaillent dans un autre pays de l’Union. Ils doivent pouvoir faire respecter leurs droits et bénéficier d’une protection sociale, quel que soit leur statut. La Commission de Bruxelles peut les y aider, affirme Marianne Thyssen, commissaire européenne à l’emploi, dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Pourquoi il faut créer « une nouvelle autorité européenne du travail »

Dix-sept millions d’Européens vivent et travaillent dans un autre pays de l’Union. Ils doivent pouvoir faire respecter leurs droits et bénéficier d’une protection sociale, quel que soit leur statut. La Commission de Bruxelles peut les y aider, affirme Marianne Thyssen, commissaire européenne à l’emploi, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    29.03.2018 à 14h15
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Marianne Thyssen (Commissaire européenne pour l’emploi, les affaires sociales, les compétences et la mobilité des travailleurs)







                        



                                


                            

Tribune. Le retour de la croissance en Europe s’affirme et a des effets visibles sur le marché de l’emploi : fin 2017, 237 millions d’Européens exerçaient un emploi dans l’Union européenne (UE), le niveau le plus élevé jamais enregistré. La Commission européenne s’est fixé comme priorité de veiller à ce que cette croissance soit plus inclusive et profite à tous.
C’est l’objectif du socle européen des droits sociaux, que les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE ont officiellement proclamé en novembre 2017 à Göteborg : il traduit en 20 principes les valeurs d’équité, de justice sociale et d’inclusion que l’Europe sociale doit porter. Il s’agit maintenant de mettre en pratique ces principes, avec la création d’une nouvelle autorité européenne du travail, proposée par la Commission.
Lorsque l’on pose la question aux Européens : quel est le droit de l’UE qui vous tient le plus à cœur ? 80 % répondent : la libre circulation. Aujourd’hui, 17 millions d’Européens vivent et travaillent dans un autre Etat membre. C’est deux fois plus qu’il y a dix ans. Avec la révision de la directive sur le travail détaché et les nouvelles règles de coordination de la sécurité sociale, nous allons maintenant disposer de règles justes pour faciliter la mobilité des travailleurs.
Faciliter l’accès à l’information
Mais que se passe-t-il si les travailleurs ignorent leurs droits, ou si ces règles ne sont pas appliquées dans la pratique ? Ce sera justement le rôle de cette future autorité d’aider les citoyens à connaître leurs droits, et les Etats membres à les faire respecter.

L’autorité européenne du travail permettra aux citoyens et aux entreprises de trouver leurs marques sur un marché du travail de plus en plus européen en facilitant l’accès à l’information. Elle servira aussi à renforcer la coopération entre les Etats membres pour s’assurer que les autorités nationales travaillent ensemble à faire respecter les règles communes....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Face à la révolution numérique imposée par Netflix et YouTube, les studios hollywoodiens doivent changer de modèle économique ou disparaître, analyse dans une tribune au « Monde » l’économiste Erwann Tison.
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« L’exclusivité doit redevenir le cœur même de toute expérience cinématographique »

Face à la révolution numérique imposée par Netflix et YouTube, les studios hollywoodiens doivent changer de modèle économique ou disparaître, analyse dans une tribune au « Monde » l’économiste Erwann Tison.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 14h00
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Erwann Tison (Economiste à l’Institut Sapiens, groupe de réflexion économique et social)







                        



                                


                            
Tribune. Depuis 1930, date à partir de laquelle le cinéma a ­commencé à représenter la majorité des recettes du monde du spectacle à ­travers le monde, le 7e art a connu une progression presque linéaire de ses recettes. En France, l’année 2017 n’a pas dérogé à la règle, enregistrant près de 210 millions d’entrées, soit la troisième meilleure année depuis cinquante ans, ­selon le Centre national du cinéma (CNC).
Néanmoins, si la quantité semble être au rendez-vous, ce n’est pas forcément le cas de la qualité, du moins en ce qui concerne ­l’originalité des programmes. Selon le box-office Mojo, les vingt-cinq plus gros succès mondiaux ont rapporté 16 milliards de dollars (12,90 milliards d’euros) à travers le monde. Or, dans ce classement, seul un film, ­Dunkerque, de Christopher Nolan, est une création originale. Les autres films sont des remakes, des spin-off, des préquelles ou des suites (sequels), c’est-à-dire des dérivés d’une œuvre originale.
le public a une appétence pour les histoires qu’il connaît
Ce classement révèle que le public a une appétence pour les histoires qu’il connaît. On l’explique soit par une nostalgie latente chez les spectateurs, soit par une volonté de ne pas prendre le risque d’être déçu en allant visionner une œuvre que l’on ­connaît déjà et que l’on est sûr d’apprécier. Un choix motivé aussi par le prix relativement élevé d’une place de cinéma… Jean de La Bruyère disait : « Tout est dit, et l’on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent. »
Tout serait donc écrit depuis qu’il y a des hommes, et ce constat devrait enterrer l’originalité dans toute création artistique. Une intuition déjà affirmée par l’écrivain américain Kurt Vonnegut, qui en 1995 était persuadé qu’il n’existait que six formes différentes du récit. Ce qu’a confirmé en 2015 Matthew Jockers, professeur à l’université du Nebraska, qui a fait analyser plus de quarante...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Plutôt qu’un improbable grand établissement réunissant universités et grandes écoles sur le plateau de Saclay, Christophe Assens et Jean-Pierre Bouchez, chercheurs en management, plaident dans une tribune au « Monde » pour une structure en réseau préservant l’autonomie de chacun.
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« Il est impérieux que le projet d’université Paris-Saclay réussisse »

Plutôt qu’un improbable grand établissement réunissant universités et grandes écoles sur le plateau de Saclay, Christophe Assens et Jean-Pierre Bouchez, chercheurs en management, plaident dans une tribune au « Monde » pour une structure en réseau préservant l’autonomie de chacun.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 14h00
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Christophe Assens (Directeur adjoint du Larequoi (laboratoire de recherche en management de l’université Paris-Saclay) et Jean-Pierre Bouchez (Dire...







                        



                                


                            
Tribune. En dépit des grandes manœuvres autour de la création de l’université de Paris-Saclay, dont la finalisation a d’ailleurs été repoussée de trente mois pour des raisons de gouvernance, il semble difficile de réunir à Saclay les conditions d’excellence d’un « cluster » comme la Silicon Valley, où chercheurs et entrepreneurs partagent la même proximité de travail. En raison d’un choc culturel entre grandes écoles et universités, à cause des conflits politiques dans la gouvernance et des lourdeurs administratives, ce projet n’est toujours pas à la hauteur des exigences de la compétition mondiale.

En effet, comment se fait-il que HEC, partenaire naturel sur le plateau de Saclay, semble vouloir développer un double partenariat stratégique d’une part avec Polytechnique et d’autre part avec Sciences Po (basé à Paris), au détriment des collaborations de proximité dans Paris-Saclay ? S’agit-il d’un nouveau recul dans ce projet d’université de classe mondiale ?
Depuis une décennie, on assiste à une campagne de lobbying de la part des grandes écoles pour résister au « mariage » avec les universités
Depuis plus de dix ans, le pouvoir politique cherche à faire entrer la France dans le XXIe siècle de la recherche en essayant de réduire le fossé entre grandes écoles prestigieuses et privées – un modèle d’exception française unique au monde – et universités publiques.
Il s’agit d’améliorer nos chances de mieux figurer au palmarès des grandes universités dans les classements internationaux de type Shanghaï en incitant, par des subventions publiques, les grandes écoles et les universités à se regrouper pour former l’université de Paris-Saclay, considérant que la grande taille fait la force.
Mais ce raisonnement est singulier, dans la mesure où les universités de classe mondiale sont généralement de petite taille ! Par ailleurs, les établissements partenaires de Paris-Saclay sont unanimement d’accord pour bénéficier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans cette chronique, la journaliste du « Monde » Audrey Tonnelier rappelle que rendre à chacun un peu de la paternité des bonnes nouvelles fiscales n’empêche pas d’en souligner les limites.
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Réduction du déficit : « Les prochains arbitrages gouvernementaux seront cruciaux »

Dans cette chronique, la journaliste du « Monde » Audrey Tonnelier rappelle que rendre à chacun un peu de la paternité des bonnes nouvelles fiscales n’empêche pas d’en souligner les limites.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 14h00
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            Audrey Tonnelier








                        



                                


                            
Tendances France. A bien y regarder, il en va des finances publiques comme des comptes des entreprises : on peut faire dire aux chiffres ce que l’on veut. La publication, le 26 mars, d’un déficit public tricolore de 2,6 % au titre de 2017, passé pour la première fois depuis une décennie sous le seuil des 3 %, n’a pas fait exception à cette règle. « Excellente nouvelle due à nos efforts pour moins dépenser et aux recettes du nouvel élan économique inspiré par Emmanuel Macron ! » s’est félicité, sur son compte Twitter, le ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin.
La forte réduction du déficit l’an dernier doit beaucoup à la bonne conjoncture économique qui souffle sur la France depuis plus d’un an
« Quand les résultats sont là, l’honnêteté, c’est de les attribuer à leurs auteurs. Les efforts et le sérieux engagés depuis 2012 ont payé », ont pour leur part estimé les députés du groupe Nouvelle Gauche dans un communiqué. Enfin Eric Woerth, le président (LR) de la commission des finances de l’Assemblée nationale, a mis en garde : « Il y a une embellie, mais pas une embellie sur les dépenses. (…) Le gouvernement actuel n’est pas le seul responsable, il y a aussi les décisions du quinquennat précédent. »
Comme souvent, la réalité est nuancée. La forte réduction du déficit l’an dernier (il atteignait encore 3,4 % en 2016) doit beaucoup à la bonne conjoncture économique qui souffle sur la France depuis plus d’un an, et est allée en s’accélérant depuis l’été 2017. C’est ce qui a permis de doper les recettes fiscales nationales (TVA, impôt sur le revenu…), de gonfler le produit des taxes locales (comme les droits de mutation, cette taxe sur les transactions immobilières) et d’engranger des cotisations supplémentaires sur les salaires.
« Business friendly »
La confiance retrouvée des chefs d’entreprise et des investisseurs doit beaucoup à l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, qui parle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Dans une tribune au « Monde », un collectif comprenant, entre autres, Stéphane Breton, Pascal Bruckner, Gérard Chaliand et Bernard Kouchner appelle le président de la République à soutenir nos alliés kurdes avant qu’il soit trop tard.
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« Monsieur Macron, sortez du silence et agissez en faveur des Kurdes de Syrie »

Dans une tribune au « Monde », un collectif comprenant, entre autres, Stéphane Breton, Pascal Bruckner, Gérard Chaliand et Bernard Kouchner appelle le président de la République à soutenir nos alliés kurdes avant qu’il soit trop tard.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 13h20
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 13h42
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Monsieur le président, vous savez mieux que personne que ce sont les Kurdes qui ont mis hors d’état de nuire en Syrie les islamistes de Daech, auteurs des effroyables attentats qui ont frappé la France. Ils y sont parvenus avec notre soutien militaire et celui du reste de la coalition internationale. Pendant plus de trois années de combats, ils ont été nos alliés indéfectibles et efficaces. Et voilà qu’aujourd’hui la France reste silencieuse devant l’invasion injustifiée qu’ils subissent par la Turquie dans la région d’Afrin.
Si la France laissait se poursuivre la conquête turque, elle s’exposerait à deux conséquences désastreuses ; l’une morale, l’autre politique
Appuyée par des groupes islamistes sanguinaires, l’armée turque vient de s’emparer de la capitale, dont le pillage a commencé. Est-il acceptable que nous soyons indifférents au sort de nos alliés kurdes, maintenant que nous croyons à tort ne plus avoir besoin d’eux ? Si la France laissait se poursuivre la conquête turque, qui viole toutes les règles du droit international, elle s’exposerait à deux conséquences désastreuses ; l’une morale, l’autre politique.
Nous risquerions d’abord d’être complices du gigantesque nettoyage ethnique annoncé publiquement par le président turc lui-même, qui a promis d’installer à la place des Kurdes d’Afrin des populations étrangères à cette région. Si nous n’empêchions pas cela, nous nous trouverions devant une situation rappelant celle des Arméniens en Turquie il y a cent ans.
Retour en arrière
Ensuite, laisser la Turquie établir dans le nord de la Syrie des islamistes antioccidentaux revient à accepter la reconstitution de réseaux terroristes qui ne manqueront pas de frapper à nouveau la France. Nous sommes en train de perdre en ce moment tous les gains du combat que nous avons mené avec les Kurdes contre Daech depuis plus de trois ans. C’est un retour en arrière pur et simple. Plus que jamais, les intérêts sécuritaires des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Editorial. La marche blanche organisée mercredi en mémoire de Mireille Knoll a réuni des milliers de personnes à Paris. Un sursaut de l’ensemble de la société est nécessaire et urgent.
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Antisémitisme, le refus de la banalisation

Editorial. La marche blanche organisée mercredi en mémoire de Mireille Knoll a réuni des milliers de personnes à Paris. Un sursaut de l’ensemble de la société est nécessaire et urgent.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 12h01
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 15h06
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Comment en est-on arrivé là ? Ou plutôt comment en est-on revenu là, à cette résurgence de plus en plus insistante d’un antisémitisme que l’on voulait croire éradiqué par l’Histoire et les millions de morts de la Shoah ? Comment en est-on revenu à cette vieille haine hideuse, odieuse, qui ne se satisfait plus de préjugés obscurantistes, mais insulte, agresse et, désormais, tue des Français parce qu’ils sont juifs ? Comment en est-on réduit, aujourd’hui, à constater la banalisation de l’intolérable et à devoir descendre dans la rue pour dénoncer cette insulte à la France ?
La justice dira la part des motivations antisémites qui ont conduit au meurtre, dans son appartement parisien, de Mireille Knoll, cette vieille dame de 85 ans qui avait échappé à la rafle du Vél’ d’Hiv en 1942, quand elle était encore une enfant. Mais la liste est déjà accablante des assassinats dont le motif ne fait aucun doute.
Celui d’Ilan Halimi, kidnappé en 2006 et tué par l’autoproclamé « gang des barbares » après d’infinies tortures – Ilan Halimi dont la stèle qui honore la mémoire à Bagneux a été à nouveau profanée à l’automne 2017. Celui des quatre victimes, dont trois enfants, de l’école juive de Toulouse par Mohamed Merah en mars 2012. Celui des clients de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, en janvier 2015. Celui encore de Sarah Halimi, en avril 2017 à Paris, dont la justice vient de retenir le mobile antisémite après de longs mois d’atermoiements.

        Lire aussi :
         

                Marche pour Mireille Knoll : un message d’unité gâché par des échauffourées



Il ne s’agit là que des exemples les plus dramatiques. Ils ne sauraient masquer la banalisation d’un antisémitisme ordinaire, fait d’insultes quotidiennes, d’inscriptions menaçantes dans les cages d’escalier ou sur des magasins juifs, de rassemblements hostiles, d’agressions physiques, d’ostracisme dans les établissements scolaires. Selon les derniers chiffres publiés en janvier par le ministère de l’intérieur, si les actes racistes ont globalement diminué en France en 2016, les actions violentes dont la population juive est la cible ont augmenté de façon très significative, passant de 77 à 97 faits avérés. Encore ne s’agit-il que des agressions déclarées.
« Vigilance et civisme »
Même si le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) ne s’est pas grandi en voulant en écarter Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, la marche blanche qui a réuni à Paris, mercredi 28 mars, des milliers de personnes venues honorer la mémoire de Mireille Knoll témoigne d’une salutaire prise de conscience. Mais il ne suffira pas, comme l’a fait le président de la République, le matin même, lors de l’hommage national au colonel Arnaud Beltrame, victime de l’attaque terroriste de Carcassonne, d’appeler à un « regain de vigilance et de civisme ».
C’est à une lutte sans relâche contre tous les racismes – et particulièrement contre l’antisémitisme – que les pouvoirs publics doivent se consacrer. Des mesures ont été annoncées, le 19 mars, par le premier ministre. Elles visent notamment à encadrer par la loi, en France et en Europe, les obligations et les responsabilités des plates-formes numériques qui permettent la diffusion virale des menaces antisémites. Elles prévoient également de renforcer le travail de prévention et de pédagogie mené par l’éducation nationale. Mais, au-delà, c’est un sursaut de l’ensemble de la société qui est urgent. Pour combattre l’indifférence, alerter les consciences, mobiliser la solidarité républicaine. Et apaiser l’inquiétude et la colère – légitimes – de la communauté juive.

        Lire aussi :
         

                « Il est grand temps que l’Etat protège tous ses citoyens »



Mise à jour du 29 mars à 15 heures : une erreur de date concernant les meurtres commis par Mohamed Merah a été corrigée.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Clément Rosset, qui articulait sa philosophie autour de ces deux idées, est mort le 28 mars, à Paris, à l’âge de 78 ans.
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Mort de Clément Rosset, philosophe du tragique et du double

Clément Rosset, qui articulait sa philosophie autour de ces deux idées, est mort le 28 mars, à Paris, à l’âge de 78 ans.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 10h50
 • Mis à jour le
30.03.2018 à 15h28
    |

Nicolas Truong







                        



                                


                            

Le philosophe Clément Rosset est mort le 28 mars, à Paris. Né le 12 octobre 1939 à Carteret (Manche), auteur d’une œuvre majeure et singulière dans la philosophie française, Clément Rosset a construit la sienne autour de deux idées : celle du tragique et celle du double. Depuis La Philosophie tragique (PUF, 1960), Clément Rosset déploie l’idée selon laquelle l’existence n’a pas de sens, mais que cette pensée n’empêche pas la joie de vivre, bien au contraire. Est tragique « ce qui laisse muet tout discours » et qui « se dérobe à toute tentative d’interprétation », écrit-il dans Logique du pire. Eléments pour une philosophie tragique (PUF, 1971).
Une intuition de jeunesse notamment éprouvée à l’écoute du Boléro de Maurice Ravel, dont le thème repris et répété jusqu’à l’épuisement est bien plus qu’une métaphore de la vie, mais la vie elle-même, où le tragique et la jubilation se confondent ; intuition qu’il ne cessera de développer et à laquelle il donnera l’un de ses plus beaux développements dans La Force majeure (Minuit, 1983).
Rosset montre que le réel est sans double, qu’il n’y a pas d’autres mondes et qu’il est vain de vouloir nier la réalité par la morale
A partir du livre Le Réel et son double (Gallimard, 1976) et avec ceux qui suivront, Clément Rosset démontre, à l’aide de la lecture du mythe d’Œdipe ou de L’Oreille cassée, de Hergé, d’une interprétation des Vacances de Monsieur Hulot, de Jacques Tati ou d’une lecture d’A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, que le réel est sans double, qu’il n’y a pas d’autres mondes et qu’il est vain de vouloir nier la réalité par la morale (qui dit ce qui doit être) ou même la politique (qui dit ce que la cité doit devenir).
Pour Clément Rosset, il faut prendre l’existence dans sa singularité (L’Objet singulier, Minuit, 1979), son idiotie (Le Réel. Traité de l’idiotie,...




                        

                        

