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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ L’ancienne garde des sceaux s’insurge, dans une tribune au « Monde », contre la condamnation du réalisateur ukrainien, en 2015, par un tribunal militaire russe, à vingt ans d’emprisonnement.
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Christiane Taubira : « Nous demandons la libération d’Oleg Sentsov »

L’ancienne garde des sceaux s’insurge, dans une tribune au « Monde », contre la condamnation du réalisateur ukrainien, en 2015, par un tribunal militaire russe, à vingt ans d’emprisonnement.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 17h07
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 18h58
    |

                            Christiane Taubira (Ancienne garde des sceaux, ministre de la justice (2012-2016)








                        



                                


                            
[Opposé à l’annexion russe de la Crimée, dont il est originaire, le réalisateur ukrainien Oleg Sentsov a été ­arrêté en mai 2014 par le Service fédéral de sécurité de la ­Fédération de Russie et condamné en août 2015 à vingt ans d’emprisonnement pour « organisation d’un groupe terroriste ». Christiane Taubira est la marraine du mouvement demandant sa libération immédiate, qui a mis en ligne une pétition en ce sens sur le site Change.org]
Tribune. Le temps presse. On ne séjourne pas sans graves conséquences dans une prison en Sibérie, en hiver, au nord du Cercle polaire. Et si ces lieux résonnent dans notre mémoire collective avec un écho glaçant de détresse et de destruction, c’est parce que nous savons que des femmes, des hommes y furent broyés.
« Je vous écris d’un pays autrefois clair. Je vous écris du pays du manteau et de l’ombre. Nous vivons depuis des années. Nous vivons sur la Tour du pavillon en berne. Je vous écris de la cité du Temps interrompu. La catastrophe lente ne s’achève pas. ­Notre vie s’écoule, notre vie s’amenuise, et nous attendons encore le moment qui ­repasse le mur. »
C’est du poète Henri Michaux et cela sonne comme un manifeste pour prisonniers injustement détenus.
Nous demandons la libération d’Oleg Sentsov.
Au nom d’un procès juste et équitable. Au nom du respect des droits de la ­défense. Au nom du refus de la torture, de tous traitements cruels, inhumains et ­dégradants. Au nom de la liberté ­d’expression et de la liberté artistique. Au nom du droit de se réclamer d’accords ­internationaux dûment conclus, ainsi des accords et protocoles de Minsk. Au nom tout simplement des principes d’un Etat de droit, ce qu’est censé être tout pays membre du Conseil de l’Europe. La Russie en est.
Nous demandons qu’Oleg Sentsov puisse revenir dans son pays, l’Ukraine.
Nous savons que nous vivons dans un monde de fracas. Les bombardements en Syrie, dans la Ghouta orientale ;...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Dix-sept millions d’Européens vivent et travaillent dans un autre pays de l’Union. Ils doivent pouvoir faire respecter leurs droits et bénéficier d’une protection sociale, quel que soit leur statut. La Commission de Bruxelles peut les y aider, affirme Marianne Thyssen, commissaire européenne à l’emploi, dans une tribune au « Monde ».
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Pourquoi il faut créer « une nouvelle autorité européenne du travail »

Dix-sept millions d’Européens vivent et travaillent dans un autre pays de l’Union. Ils doivent pouvoir faire respecter leurs droits et bénéficier d’une protection sociale, quel que soit leur statut. La Commission de Bruxelles peut les y aider, affirme Marianne Thyssen, commissaire européenne à l’emploi, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    29.03.2018 à 14h15
    |

Marianne Thyssen (Commissaire européenne pour l’emploi, les affaires sociales, les compétences et la mobilité des travailleurs)







                        



                                


                            

Tribune. Le retour de la croissance en Europe s’affirme et a des effets visibles sur le marché de l’emploi : fin 2017, 237 millions d’Européens exerçaient un emploi dans l’Union européenne (UE), le niveau le plus élevé jamais enregistré. La Commission européenne s’est fixé comme priorité de veiller à ce que cette croissance soit plus inclusive et profite à tous.
C’est l’objectif du socle européen des droits sociaux, que les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE ont officiellement proclamé en novembre 2017 à Göteborg : il traduit en 20 principes les valeurs d’équité, de justice sociale et d’inclusion que l’Europe sociale doit porter. Il s’agit maintenant de mettre en pratique ces principes, avec la création d’une nouvelle autorité européenne du travail, proposée par la Commission.
Lorsque l’on pose la question aux Européens : quel est le droit de l’UE qui vous tient le plus à cœur ? 80 % répondent : la libre circulation. Aujourd’hui, 17 millions d’Européens vivent et travaillent dans un autre Etat membre. C’est deux fois plus qu’il y a dix ans. Avec la révision de la directive sur le travail détaché et les nouvelles règles de coordination de la sécurité sociale, nous allons maintenant disposer de règles justes pour faciliter la mobilité des travailleurs.
Faciliter l’accès à l’information
Mais que se passe-t-il si les travailleurs ignorent leurs droits, ou si ces règles ne sont pas appliquées dans la pratique ? Ce sera justement le rôle de cette future autorité d’aider les citoyens à connaître leurs droits, et les Etats membres à les faire respecter.

L’autorité européenne du travail permettra aux citoyens et aux entreprises de trouver leurs marques sur un marché du travail de plus en plus européen en facilitant l’accès à l’information. Elle servira aussi à renforcer la coopération entre les Etats membres pour s’assurer que les autorités nationales travaillent ensemble à faire respecter les règles communes....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Face à la révolution numérique imposée par Netflix et YouTube, les studios hollywoodiens doivent changer de modèle économique ou disparaître, analyse dans une tribune au « Monde » l’économiste Erwann Tison.
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« L’exclusivité doit redevenir le cœur même de toute expérience cinématographique »

Face à la révolution numérique imposée par Netflix et YouTube, les studios hollywoodiens doivent changer de modèle économique ou disparaître, analyse dans une tribune au « Monde » l’économiste Erwann Tison.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 14h00
    |

Erwann Tison (Economiste à l’Institut Sapiens, groupe de réflexion économique et social)







                        



                                


                            
Tribune. Depuis 1930, date à partir de laquelle le cinéma a ­commencé à représenter la majorité des recettes du monde du spectacle à ­travers le monde, le 7e art a connu une progression presque linéaire de ses recettes. En France, l’année 2017 n’a pas dérogé à la règle, enregistrant près de 210 millions d’entrées, soit la troisième meilleure année depuis cinquante ans, ­selon le Centre national du cinéma (CNC).
Néanmoins, si la quantité semble être au rendez-vous, ce n’est pas forcément le cas de la qualité, du moins en ce qui concerne ­l’originalité des programmes. Selon le box-office Mojo, les vingt-cinq plus gros succès mondiaux ont rapporté 16 milliards de dollars (12,90 milliards d’euros) à travers le monde. Or, dans ce classement, seul un film, ­Dunkerque, de Christopher Nolan, est une création originale. Les autres films sont des remakes, des spin-off, des préquelles ou des suites (sequels), c’est-à-dire des dérivés d’une œuvre originale.
le public a une appétence pour les histoires qu’il connaît
Ce classement révèle que le public a une appétence pour les histoires qu’il connaît. On l’explique soit par une nostalgie latente chez les spectateurs, soit par une volonté de ne pas prendre le risque d’être déçu en allant visionner une œuvre que l’on ­connaît déjà et que l’on est sûr d’apprécier. Un choix motivé aussi par le prix relativement élevé d’une place de cinéma… Jean de La Bruyère disait : « Tout est dit, et l’on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent. »
Tout serait donc écrit depuis qu’il y a des hommes, et ce constat devrait enterrer l’originalité dans toute création artistique. Une intuition déjà affirmée par l’écrivain américain Kurt Vonnegut, qui en 1995 était persuadé qu’il n’existait que six formes différentes du récit. Ce qu’a confirmé en 2015 Matthew Jockers, professeur à l’université du Nebraska, qui a fait analyser plus de quarante...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Plutôt qu’un improbable grand établissement réunissant universités et grandes écoles sur le plateau de Saclay, Christophe Assens et Jean-Pierre Bouchez, chercheurs en management, plaident dans une tribune au « Monde » pour une structure en réseau préservant l’autonomie de chacun.
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« Il est impérieux que le projet d’université Paris-Saclay réussisse »

Plutôt qu’un improbable grand établissement réunissant universités et grandes écoles sur le plateau de Saclay, Christophe Assens et Jean-Pierre Bouchez, chercheurs en management, plaident dans une tribune au « Monde » pour une structure en réseau préservant l’autonomie de chacun.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 14h00
    |

Christophe Assens (Directeur adjoint du Larequoi (laboratoire de recherche en management de l’université Paris-Saclay) et Jean-Pierre Bouchez (Dire...







                        



                                


                            
Tribune. En dépit des grandes manœuvres autour de la création de l’université de Paris-Saclay, dont la finalisation a d’ailleurs été repoussée de trente mois pour des raisons de gouvernance, il semble difficile de réunir à Saclay les conditions d’excellence d’un « cluster » comme la Silicon Valley, où chercheurs et entrepreneurs partagent la même proximité de travail. En raison d’un choc culturel entre grandes écoles et universités, à cause des conflits politiques dans la gouvernance et des lourdeurs administratives, ce projet n’est toujours pas à la hauteur des exigences de la compétition mondiale.

En effet, comment se fait-il que HEC, partenaire naturel sur le plateau de Saclay, semble vouloir développer un double partenariat stratégique d’une part avec Polytechnique et d’autre part avec Sciences Po (basé à Paris), au détriment des collaborations de proximité dans Paris-Saclay ? S’agit-il d’un nouveau recul dans ce projet d’université de classe mondiale ?
Depuis une décennie, on assiste à une campagne de lobbying de la part des grandes écoles pour résister au « mariage » avec les universités
Depuis plus de dix ans, le pouvoir politique cherche à faire entrer la France dans le XXIe siècle de la recherche en essayant de réduire le fossé entre grandes écoles prestigieuses et privées – un modèle d’exception française unique au monde – et universités publiques.
Il s’agit d’améliorer nos chances de mieux figurer au palmarès des grandes universités dans les classements internationaux de type Shanghaï en incitant, par des subventions publiques, les grandes écoles et les universités à se regrouper pour former l’université de Paris-Saclay, considérant que la grande taille fait la force.
Mais ce raisonnement est singulier, dans la mesure où les universités de classe mondiale sont généralement de petite taille ! Par ailleurs, les établissements partenaires de Paris-Saclay sont unanimement d’accord pour bénéficier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Dans cette chronique, la journaliste du « Monde » Audrey Tonnelier rappelle que rendre à chacun un peu de la paternité des bonnes nouvelles fiscales n’empêche pas d’en souligner les limites.
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Réduction du déficit : « Les prochains arbitrages gouvernementaux seront cruciaux »

Dans cette chronique, la journaliste du « Monde » Audrey Tonnelier rappelle que rendre à chacun un peu de la paternité des bonnes nouvelles fiscales n’empêche pas d’en souligner les limites.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 14h00
    |

            Audrey Tonnelier








                        



                                


                            
Tendances France. A bien y regarder, il en va des finances publiques comme des comptes des entreprises : on peut faire dire aux chiffres ce que l’on veut. La publication, le 26 mars, d’un déficit public tricolore de 2,6 % au titre de 2017, passé pour la première fois depuis une décennie sous le seuil des 3 %, n’a pas fait exception à cette règle. « Excellente nouvelle due à nos efforts pour moins dépenser et aux recettes du nouvel élan économique inspiré par Emmanuel Macron ! » s’est félicité, sur son compte Twitter, le ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin.
La forte réduction du déficit l’an dernier doit beaucoup à la bonne conjoncture économique qui souffle sur la France depuis plus d’un an
« Quand les résultats sont là, l’honnêteté, c’est de les attribuer à leurs auteurs. Les efforts et le sérieux engagés depuis 2012 ont payé », ont pour leur part estimé les députés du groupe Nouvelle Gauche dans un communiqué. Enfin Eric Woerth, le président (LR) de la commission des finances de l’Assemblée nationale, a mis en garde : « Il y a une embellie, mais pas une embellie sur les dépenses. (…) Le gouvernement actuel n’est pas le seul responsable, il y a aussi les décisions du quinquennat précédent. »
Comme souvent, la réalité est nuancée. La forte réduction du déficit l’an dernier (il atteignait encore 3,4 % en 2016) doit beaucoup à la bonne conjoncture économique qui souffle sur la France depuis plus d’un an, et est allée en s’accélérant depuis l’été 2017. C’est ce qui a permis de doper les recettes fiscales nationales (TVA, impôt sur le revenu…), de gonfler le produit des taxes locales (comme les droits de mutation, cette taxe sur les transactions immobilières) et d’engranger des cotisations supplémentaires sur les salaires.
« Business friendly »
La confiance retrouvée des chefs d’entreprise et des investisseurs doit beaucoup à l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, qui parle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Dans une tribune au « Monde », un collectif comprenant, entre autres, Stéphane Breton, Pascal Bruckner, Gérard Chaliand et Bernard Kouchner appelle le président de la République à soutenir nos alliés kurdes avant qu’il soit trop tard.
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« Monsieur Macron, sortez du silence et agissez en faveur des Kurdes de Syrie »

Dans une tribune au « Monde », un collectif comprenant, entre autres, Stéphane Breton, Pascal Bruckner, Gérard Chaliand et Bernard Kouchner appelle le président de la République à soutenir nos alliés kurdes avant qu’il soit trop tard.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 13h20
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 13h42
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Monsieur le président, vous savez mieux que personne que ce sont les Kurdes qui ont mis hors d’état de nuire en Syrie les islamistes de Daech, auteurs des effroyables attentats qui ont frappé la France. Ils y sont parvenus avec notre soutien militaire et celui du reste de la coalition internationale. Pendant plus de trois années de combats, ils ont été nos alliés indéfectibles et efficaces. Et voilà qu’aujourd’hui la France reste silencieuse devant l’invasion injustifiée qu’ils subissent par la Turquie dans la région d’Afrin.
Si la France laissait se poursuivre la conquête turque, elle s’exposerait à deux conséquences désastreuses ; l’une morale, l’autre politique
Appuyée par des groupes islamistes sanguinaires, l’armée turque vient de s’emparer de la capitale, dont le pillage a commencé. Est-il acceptable que nous soyons indifférents au sort de nos alliés kurdes, maintenant que nous croyons à tort ne plus avoir besoin d’eux ? Si la France laissait se poursuivre la conquête turque, qui viole toutes les règles du droit international, elle s’exposerait à deux conséquences désastreuses ; l’une morale, l’autre politique.
Nous risquerions d’abord d’être complices du gigantesque nettoyage ethnique annoncé publiquement par le président turc lui-même, qui a promis d’installer à la place des Kurdes d’Afrin des populations étrangères à cette région. Si nous n’empêchions pas cela, nous nous trouverions devant une situation rappelant celle des Arméniens en Turquie il y a cent ans.
Retour en arrière
Ensuite, laisser la Turquie établir dans le nord de la Syrie des islamistes antioccidentaux revient à accepter la reconstitution de réseaux terroristes qui ne manqueront pas de frapper à nouveau la France. Nous sommes en train de perdre en ce moment tous les gains du combat que nous avons mené avec les Kurdes contre Daech depuis plus de trois ans. C’est un retour en arrière pur et simple. Plus que jamais, les intérêts sécuritaires des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Editorial. La marche blanche organisée mercredi en mémoire de Mireille Knoll a réuni des milliers de personnes à Paris. Un sursaut de l’ensemble de la société est nécessaire et urgent.
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Antisémitisme, le refus de la banalisation

Editorial. La marche blanche organisée mercredi en mémoire de Mireille Knoll a réuni des milliers de personnes à Paris. Un sursaut de l’ensemble de la société est nécessaire et urgent.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 12h01
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 15h06
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Comment en est-on arrivé là ? Ou plutôt comment en est-on revenu là, à cette résurgence de plus en plus insistante d’un antisémitisme que l’on voulait croire éradiqué par l’Histoire et les millions de morts de la Shoah ? Comment en est-on revenu à cette vieille haine hideuse, odieuse, qui ne se satisfait plus de préjugés obscurantistes, mais insulte, agresse et, désormais, tue des Français parce qu’ils sont juifs ? Comment en est-on réduit, aujourd’hui, à constater la banalisation de l’intolérable et à devoir descendre dans la rue pour dénoncer cette insulte à la France ?
La justice dira la part des motivations antisémites qui ont conduit au meurtre, dans son appartement parisien, de Mireille Knoll, cette vieille dame de 85 ans qui avait échappé à la rafle du Vél’ d’Hiv en 1942, quand elle était encore une enfant. Mais la liste est déjà accablante des assassinats dont le motif ne fait aucun doute.
Celui d’Ilan Halimi, kidnappé en 2006 et tué par l’autoproclamé « gang des barbares » après d’infinies tortures – Ilan Halimi dont la stèle qui honore la mémoire à Bagneux a été à nouveau profanée à l’automne 2017. Celui des quatre victimes, dont trois enfants, de l’école juive de Toulouse par Mohamed Merah en mars 2012. Celui des clients de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, en janvier 2015. Celui encore de Sarah Halimi, en avril 2017 à Paris, dont la justice vient de retenir le mobile antisémite après de longs mois d’atermoiements.

        Lire aussi :
         

                Marche pour Mireille Knoll : un message d’unité gâché par des échauffourées



Il ne s’agit là que des exemples les plus dramatiques. Ils ne sauraient masquer la banalisation d’un antisémitisme ordinaire, fait d’insultes quotidiennes, d’inscriptions menaçantes dans les cages d’escalier ou sur des magasins juifs, de rassemblements hostiles, d’agressions physiques, d’ostracisme dans les établissements scolaires. Selon les derniers chiffres publiés en janvier par le ministère de l’intérieur, si les actes racistes ont globalement diminué en France en 2016, les actions violentes dont la population juive est la cible ont augmenté de façon très significative, passant de 77 à 97 faits avérés. Encore ne s’agit-il que des agressions déclarées.
« Vigilance et civisme »
Même si le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) ne s’est pas grandi en voulant en écarter Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, la marche blanche qui a réuni à Paris, mercredi 28 mars, des milliers de personnes venues honorer la mémoire de Mireille Knoll témoigne d’une salutaire prise de conscience. Mais il ne suffira pas, comme l’a fait le président de la République, le matin même, lors de l’hommage national au colonel Arnaud Beltrame, victime de l’attaque terroriste de Carcassonne, d’appeler à un « regain de vigilance et de civisme ».
C’est à une lutte sans relâche contre tous les racismes – et particulièrement contre l’antisémitisme – que les pouvoirs publics doivent se consacrer. Des mesures ont été annoncées, le 19 mars, par le premier ministre. Elles visent notamment à encadrer par la loi, en France et en Europe, les obligations et les responsabilités des plates-formes numériques qui permettent la diffusion virale des menaces antisémites. Elles prévoient également de renforcer le travail de prévention et de pédagogie mené par l’éducation nationale. Mais, au-delà, c’est un sursaut de l’ensemble de la société qui est urgent. Pour combattre l’indifférence, alerter les consciences, mobiliser la solidarité républicaine. Et apaiser l’inquiétude et la colère – légitimes – de la communauté juive.

        Lire aussi :
         

                « Il est grand temps que l’Etat protège tous ses citoyens »



Mise à jour du 29 mars à 15 heures : une erreur de date concernant les meurtres commis par Mohamed Merah a été corrigée.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Clément Rosset, qui articulait sa philosophie autour de ces deux idées, est mort le 28 mars, à Paris, à l’âge de 78 ans.
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Mort de Clément Rosset, philosophe du tragique et du double

Clément Rosset, qui articulait sa philosophie autour de ces deux idées, est mort le 28 mars, à Paris, à l’âge de 78 ans.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 10h50
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 10h51
    |

Nicolas Truong







                        



                                


                            

Le philosophe Clément Rosset est mort le 28 mars, à Paris. Né le 12 octobre 1939 à Carteret (Manche), auteur d’une œuvre majeure et singulière dans la philosophie française, Clément Rosset a construit la sienne autour de deux idées : celle du tragique et celle du double. Depuis La Philosophie tragique (PUF, 1960), Clément Rosset déploie l’idée selon laquelle l’existence n’a pas de sens, mais que cette pensée n’empêche pas la joie de vivre, bien au contraire. Est tragique « ce qui laisse muet tout discours » et qui « se dérobe à toute tentative d’interprétation », écrit-il dans Logique du pire. Eléments pour une philosophie tragique (PUF, 1971).
Une intuition de jeunesse notamment éprouvée à l’écoute du Boléro de Maurice Ravel, dont le thème repris et répété jusqu’à l’épuisement est bien plus qu’une métaphore de la vie, mais la vie elle-même, où le tragique et la jubilation se confondent ; intuition qu’il ne cessera de développer et à laquelle il donnera l’un de ses plus beaux développements dans La Force majeure (Minuit, 1983).
Rosset montre que le réel est sans double, qu’il n’y a pas d’autres mondes et qu’il est vain de vouloir nier la réalité par la morale
A partir du livre Le Réel et son double (Gallimard, 1976) et avec ceux qui suivront, Clément Rosset démontre, à l’aide de la lecture du mythe d’Œdipe ou de L’Oreille cassée, de Hergé, d’une interprétation des Vacances de Monsieur Hulot, de Jacques Tati ou d’une lecture d’A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, que le réel est sans double, qu’il n’y a pas d’autres mondes et qu’il est vain de vouloir nier la réalité par la morale (qui dit ce qui doit être) ou même la politique (qui dit ce que la cité doit devenir).
Pour Clément Rosset, il faut prendre l’existence dans sa singularité (L’Objet singulier, Minuit, 1979), son idiotie (Le Réel. Traité de l’idiotie,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ A l’occasion de la mort du philosophe, le 28 mars à Paris, « Le Monde » republie un extrait d’un entretien qu’il avait donné au « Monde de l’éducation », en 1999.
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Clément Rosset : « Etre heureux, c’est toujours être heureux malgré tout »

A l’occasion de la mort du philosophe, le 28 mars à Paris, « Le Monde » republie un extrait d’un entretien qu’il avait donné au « Monde de l’éducation », en 1999.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 10h47
    |

            Nicolas Truong (Propos recueillis)








                        



                                


                            
En novembre 1999, alors que sortaient Loin de moi (Minuit) et Route de nuit (Gallimard), Clément Rosset accordait un long entretien au Monde de l’éducation (n° 275) dont nous reproduisons un extrait.
Pourquoi le choix de la philosophie ?
A priori, je me destinais davantage à une carrière musicale. J’étais plutôt bon pianiste, mais mauvais lecteur de musique. Cependant, mon attachement pour Montaigne, Pascal, Nietzsche, dont la lecture m’a profondément marqué, l’a emporté. Et puis, à 19 ans, j’ai été saisi par une idée, celle du tragique, que j’ai formulée dans un livre, La Philosophie tragique, en 1960. Je suis donc devenu très tôt écrivain et philosophe, un peu malgré moi, tout simplement parce que je me suis retrouvé en possession d’une thématique que je n’avais pas envie de laisser tomber. Au fond, je n’ai eu que deux idées dans ma vie, celle du tragique et celle du double, vers 1975. Ce sont d’ailleurs ces deux idées que je n’ai cessé de répéter dans tous mes livres, à l’exception de Route de nuit, le seul qui ne soit pas philosophique.
Comment est venue l’idée du tragique ?
Bien avant 19 ans, même si c’est à cet âge que j’ai réussi à la formuler. Il faut remonter beaucoup plus loin et faire intervenir la personnalité de Maurice Ravel, qui a toujours joué un rôle essentiel pour moi, même si je lui préfère l’unique Mozart.
Etant enfant, infans, c’est-à-dire « ne parlant pas », j’étais tellement épris de musique que, lorsque je revenais de vacances, ma joie était de pouvoir écouter les disques sur le Gramophone. Bien que je fusse incapable d’atteindre la hauteur de la table de la salle à manger, je parvenais, en mettant des Bottin et des annuaires par terre, à monter sur la table et à remonter sa manivelle afin de me passer les quatre faces Polydor de l’enregistrement du Boléro, de Ravel, dirigé par le compositeur lui-même.
Alors...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Analyse. Pour le journaliste du « Monde » Jean-Baptiste Jacquin, si le constat d’une justice pau­périsée, asphyxiée et, au final, décrédibilisée ne fait plus guère de débat, la divergence entre gouvernement et syndicats porte sur la méthode et certains choix.
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La justice a besoin de sa réforme

Analyse. Pour le journaliste du « Monde » Jean-Baptiste Jacquin, si le constat d’une justice pau­périsée, asphyxiée et, au final, décrédibilisée ne fait plus guère de débat, la divergence entre gouvernement et syndicats porte sur la méthode et certains choix.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 10h30
    |

            Jean-Baptiste Jacquin








                        



                                


                            
Analyse. Que se passe-t-il dans les palais de justice ? Les mou­vements de protestation des avocats et des magistrats contre le projet de loi de programmation de la justice semblent extrê­mement vifs alors qu’aucun gouvernement n’avait promis une telle progression des moyens. Selon le texte, actuellement soumis au Conseil d’Etat avant son examen en conseil des ministres prévu le 18 avril, le budget de la justice et des prisons progressera de 24 % sur le quinquennat, à 8,3 milliards d’euros, et 6 500 emplois à temps plein seront créés, sans compter le comblement des vacances de poste promis.
Le Conseil national des barreaux dénonce « un projet dicté par une vision purement gestionnaire au mépris des droits fondamentaux »
Pourquoi, alors, les principaux syndicats de la justice appellent-ils à une journée « justice morte », vendredi 30 mars, après celle décrétée, le 21 mars, par le Conseil national des barreaux ? Parce que le gouvernement organise « le décès programmé de la justice », prévient le texte signé mardi 27 mars par l’Union syndicale des magistrats (USM) et le Syndicat de la magistrature (SM), avec les syndicats de greffiers et des personnels de justice (CGT, CFDT, FO, UNSA) et le Syndicat des avocats de France.
Selon l’intersyndicale, le gouvernement veut « racler, réduire, supprimer, sacrifier tout ce qui peut l’être, au détriment de la qualité, pour que les jugements – ou leurs ersatz – sortent le plus vite possible, à moindre coût, et que les personnels ne soient plus que des pions à déplacer ». Le Conseil national des barreaux dénonce « un projet dicté par une vision purement gestionnaire au mépris des droits fondamentaux ».
L’écart des moyens
Un fossé s’est-il creusé entre les intentions affichées par la garde des sceaux et la perception qu’en ont ses interlocuteurs syndicaux ? Certains griefs sont mal fondés, comme ­l’absence de concertation. Ceux qui hurlent aujourd’hui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans les Antilles françaises et en Guyane, les dispositifs de santé contre le sida et les infections sexuellement transmissibles ne correspondent ni aux territoires ni aux besoins des populations. Le professeur Patrick Yeni explique, dans une tribune au « Monde », que l’Etat doit revoir sa stratégie d’intervention.
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« Il faut repenser la lutte contre le VIH outre-mer »

Dans les Antilles françaises et en Guyane, les dispositifs de santé contre le sida et les infections sexuellement transmissibles ne correspondent ni aux territoires ni aux besoins des populations. Le professeur Patrick Yeni explique, dans une tribune au « Monde », que l’Etat doit revoir sa stratégie d’intervention.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 13h27
    |

Professeur Patrick Yeni (Président du Conseil national du sida et des hépatites virales)







                        



                                


                            
Tribune. Le mouvement social guyanais du printemps 2017, puis le ­passage de l’ouragan Irma qui a dévasté Saint-Martin il y a six mois, ont montré que l’offre de santé ­demeure extrêmement fragile en Guyane et dans les Antilles fran­çaises. Pour autant, la santé n’est pas ­devenue une priorité des politiques publiques, au-delà de la réponse ­d’urgence apportée.
En matière de lutte contre le virus du sida (VIH) et les autres infections sexuellement transmissibles (IST), les politiques de santé ne sont adaptées ni aux territoires ni aux besoins des populations, alors que le niveau des épidémies demeure très préoc­cupant. Le taux de nouvelles infections par le VIH est dix fois plus élevé en Guyane et quatre fois plus élevé en Guadeloupe et à Saint-Martin que dans l’ensemble du territoire national. Aussi, la stratégie d’intervention des pouvoirs publics devrait-elle être revue dans plusieurs domaines.
En dépit du consensus que constitue aujourd’hui la promotion de la prévention, celle-ci apparaît soit ­absente, soit inadaptée dans certains contextes territoriaux, sociaux ou culturels. Une partie des populations de Guyane et des Antilles demeure à l’écart des actions de prévention, qu’elles résident dans des zones ­enclavées ou qu’elles se trouvent socialement marginalisées, à l’instar des migrants, dont la proportion est importante parmi les personnes vivant avec le VIH en Guyane, à Saint-Martin et en Guadeloupe.
Le recours à la ­médiation communautaire en santé reste faible, alors que celle-ci représente un enjeu-clé pour l’accès à la prévention dans un contexte de forte diversité culturelle et linguistique.
Pas de centre de planification familiale
L’offre de santé est par ailleurs très concentrée dans des centres hospitaliers en grande difficulté et faiblement déployée auprès des populations. En Guyane en particulier, les centres de dépistage du VIH et des IST sont sous-dimensionnés en regard des besoins des grandes villes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », explique les raisons pour lesquelles le président américain a finalement décidé de nommer cet ultranationaliste au poste de conseiller pour la sécurité nationale à la Maison Blanche.
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« La moustache de John Bolton, ce détail qui a fait hésiter Trump à le recruter  »

Dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », explique les raisons pour lesquelles le président américain a finalement décidé de nommer cet ultranationaliste au poste de conseiller pour la sécurité nationale à la Maison Blanche.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 09h57
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 10h08
   





                        



                                


                            
Chronique. Le président a longtemps hésité. Il aimait bien s’entretenir avec John Bolton. Ce boutefeu de la politique étrangère, détesté de toute l’aristocratie diplomatico-journalistique, a des solutions simples pour chacune des pathologies de la scène internationale. Donald Trump ne pouvait qu’être séduit. Pourtant, dans la personnalité de Bolton, quelque chose retenait le président américain.

En janvier 2016, il avait bien pensé à lui pour le poste de secrétaire d’Etat – ministre des affaires étrangères. Mais non, Bolton ne ferait pas l’affaire. Un détail clochait, tranchait avec cette image de gros dur de la planète, empêchait qu’on prenne le personnage avec toute la gravité requise par la fonction. Ce n’étaient pas les idées ni la carrière, plutôt médiocre, suivie par ce laborieux de la profession politique. C’était un détail physique : la moustache.
Trump ne s’y habituait pas, raconte l’ancien conseiller du président, Steve Bannon, dans Le Feu et la fureur, le livre de Michael Wolff (Robert Laffont, 418 pages, 20 euros). Que voulez-vous, « la moustache, Trump pensait que ça ne faisait pas secrétaire d’Etat », dit Bannon. Le New York Times confirme :
« M. Bolton a longtemps fait campagne pour avoir le poste (…), même après que le président lui a dit non, en partie – c’est sérieux – parce qu’il n’aimait pas cette grosse moustache. »
Que craignait Trump ?
A la décharge de Donald Trump, il faut dire qu’il ne s’agit pas de n’importe quelle moustache. Bolton arbore une énorme barre de poils drus, aujourd’hui grisonnants, tombant à pic de la narine à la lèvre supérieure, comme on en voit chez certains vieux morses (Odobenus rosmarus) sommeillant le soir sur la banquise. Que craignait Trump ? Que ce barrage de pilosité touffue ne masque un tempérament de poète plus que de faucon ? Un tropisme bohème, plus que guerrier ?
Il faut croire que Trump...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Le rapport Villani met en avant la nécessité pour l’Etat de maîtriser les technologies d’IA, explique l’expert Charles Thibout, dans une tribune au « Monde ».
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Intelligence artificielle : il faut « construire des synergies autour de l’innovation civile et militaire »

Le rapport Villani met en avant la nécessité pour l’Etat de maîtriser les technologies d’IA, explique l’expert Charles Thibout, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    29.03.2018 à 08h41
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 11h16
    |

Charles Thibout (Chercheur à l'IRIS, enseignant à l'IEJ-Paris)







                        



                                


                            

Tribune. A la fin du rapport Villani, « Donner du sens à l’intelligence artificielle. Pour une stratégie nationale et européenne », rendu public le 28 mars (voir lien PDF), les questions de défense et de sécurité font l’objet d’un chapitre qui fixe le cadre des transformations à venir que devra engager la défense française afin d’opérer le virage de l’intelligence artificielle (IA). Les auteurs prévoient en effet que la maîtrise des technologies d’IA deviendra une nécessité pour l’Etat, afin notamment d’« assurer les missions de sécurité, conserver l’ascendant face à nos adversaires potentiels » et « tenir notre rang par rapport aux alliés ».
Plus important encore, le rapport met en lumière la nécessité d’engager une collaboration étroite entre le public et le privé, afin de faire émerger des « écosystèmes de qualité » ; autrement dit, construire des synergies autour de l’innovation civile et militaire en IA : les annonces récentes de la ministre des armées, Florence Parly, autour de la création d’un « Défense Lab », vont dans ce sens.

Pour parvenir à ce résultat, les différentes entités issues des secteurs public et privé devront échanger leurs données, la matière première de l’apprentissage automatique des machines. A l’évidence, cela entraînera des difficultés techniques, outre les questions légitimes de sécurité et de confidentialité que pourrait soulever le partage de certaines données sensibles. Néanmoins, la mission Villani et la ministre des armées semblent résolues à décloisonner la recherche et l’innovation en IA.
Un enjeu majeur de souveraineté
L’objectif affiché est de parvenir à édifier un complexe civilo-militaire de l’innovation technologique, centré sur le numérique et, plus spécialement, sur l’intelligence artificielle. A rebours des décennies précédentes où les résultats de la recherche publique militaire se déversaient dans la sphère civile, c’est désormais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans « Du goût de l’autre », anthropologie de l’anthropophagie, le chercheur pourfend les fantasmes qui entourent ce phénomène mais en détaille aussi les pratiques avérées.
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Mondher Kilani prend le cannibalisme à bras-le-corps

Dans « Du goût de l’autre », anthropologie de l’anthropophagie, le chercheur pourfend les fantasmes qui entourent ce phénomène mais en détaille aussi les pratiques avérées.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 09h41
    |

                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Du goût de l’autre. Fragments d’un discours cannibale, de Mondher Kilani, Seuil, « La couleur des idées », 384 p., 25 €.

Les humains, enfin certains, sont-ils réellement capables d’ingurgiter sans scrupule et sans dégoût leurs congénères ? Du goût de l’autre, le nouvel essai de ­Mondher Kilani, consacré à l’anthropophagie, dissipe quelques doutes à son sujet. Le cannibalisme est-il une réalité ? Qui dévore les premiers chapitres ne peut échapper à la question, bien que la complexité du sujet et la pluralité des cas de figure ne permettent pas à l’anthropologue de la formuler en ces termes.
En revanche, il insiste sur le fait que le mot « cannibalisme » (altération de caraïb attribuée à Christophe Colomb) a été inventé pendant la colonisation, quand il était fort utile de rendre sauvages les Indiens, quitte à transformer les rumeurs en certitudes et à produire un faux témoignage, comme le fit le médecin Diego ­Alvarez Chanca en 1493.
Le même phénomène de « déformation, exagération et fabrication de preuves sur le cannibalisme local » a pu s’observer en Australie ou en Afrique australe. L’auteur rappelle que « la littérature est remplie de peuples victimes de ce type de dénonciation : Carthage par Rome, les chrétiens par les païens (…), les Irlandais par les Anglais, les Chinois par les Coréens ». Le fantasme de la dévoration par les ennemis serait donc universel – les expressions « étranger » et « cannibale » ne sont-elles pas synonymes chez les Ku-Waru de Nouvelle-Guinée ?
Récurrence des métaphores cannibales
Mondher Kilani nous apprend aussi que les Jivaro ont usé de leur réputation de réducteurs de têtes pour tenir éloignés les Espagnols. Le cannibale, comme figure allégorique d’une férocité poussée à son paroxysme, se révèle particulièrement efficace pour terroriser un ennemi réel ou potentiel.
Les pages consacrées à la muséographie,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Dans « Aveuglements », l’essayiste passe au crible de la violence contemporaine le lien entre politique et théologie.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Jean-François Colosimo éclaire le côté obscur des Lumières

Dans « Aveuglements », l’essayiste passe au crible de la violence contemporaine le lien entre politique et théologie.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h30
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            
Aveuglements. Religions, guerres, civilisations, de Jean-François Colosimo, Le Cerf, « Actualité », 544 p., 22,90 €.

Dans un bref essai paru à Vienne en 1938 et immédiatement confisqué par la Gestapo, le philosophe Eric Voegelin (1901-1985) faisait du nazisme une expérience religieuse, une espérance apocalyptique, une mystique sanglante : « Et le geste sera bon, si rouge coule le sang », disait un poème récité par les zélateurs hitlériens. Raillant les intellectuels qui refusaient d’envisager le noyau religieux du totalitarisme, Voegelin écrivait : « La question religieuse reste taboue pour ces esprits sécularisés ; et la soulever sérieusement et radicalement aujourd’hui leur apparaît comme douteux – peut-être aussi comme une barbarie ou un retour vers le sombre Moyen Age. » Ce petit livre indispensable, Les Religions politiques, a été traduit en français en 1994 aux éditions du Cerf.
Un demi-siècle plus tard, Jean-François Colosimo, le patron de cette vénérable maison fondée par des frères dominicains, s’inscrit en partie dans le même sillage. Alors que d’autres fanatiques font couler le sang avec ferveur, il publie Aveuglements, livre plus épais que celui de Voegelin, mais qui décrit également le « lien impensé » entre politique et théologie. Déjà auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, Colosimo signe ici son essai le plus personnel. On y retrouve son érudition exaltée, mais aussi cette écriture subtilement ténébreuse qui vaut sans doute fidélité à son maître, le penseur post-maurrassien Pierre Boutang (1916-1998).
« A quoi mourons-nous symboliquement et de quoi meurent, assassinés, trop d’entre nous ? » D’entrée de jeu, la question est vaste. Pour y répondre, Colosimo emmène son lecteur dans une méditation de longue haleine, où il croisera de nombreux auteurs d’époque et d’horizon différent. Voegelin, bien sûr, mais aussi de...




                        

                        


<article-nb="2018/03/29/19-16">
<filnamedate="20180329"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180329"><AAMMJJHH="2018032919">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Œuvres complètes », de Lucien de Samosate.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Allez chez Lucien, tout est bon !

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des « Œuvres complètes », de Lucien de Samosate.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
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                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Œuvres complètes, de Lucien, traduit du grec ancien et édité par Anne-Marie Ozanam, Les Belles Lettres, « Editio minor », 1432 p., 55 €.

Quel auteur ! On ne s’en lasse jamais. Parce qu’il est drôle. Mais aussi caustique, imaginatif, savant, imprévisible, ironique, généreux. Et populaire, bien que puriste. Il se moque des philosophes au nom de la philosophie, fustige les humains par humanité, fait rire des dieux par respect pour la raison. On trouve en lui de l’Offenbach et du Voltaire, du La Bruyère et du Rabelais, du Swift et même du Nietzsche. Le tout en grec ancien, dont il manie les moindres subtilités et astuces, bien que ce ne soit pas sa langue maternelle. Il écrit à l’époque de Marc Aurèle et de Commode, de l’Empire romain florissant et décadent, de la philosophie confrontée aux changements du monde.
Son nom, Lucien, fleure bon la France, évoquant, au choix, Leuwen, Rubempré ou des chansons de Piaf comme de Renaud. Lui, pourtant, naquit en 120 de notre ère, dans la province romaine de Syrie, à Samosate. La région, aujourd’hui turque, est proche des frontières de la Syrie et de l’Irak actuels. Enfant d’une famille relativement modeste, il renonce tout jeune à sculpter la pierre pour ciseler des phrases, bien qu’il ait sans doute parlé araméen avant de maîtriser le grec. Voilà donc un « barbare » qui va devenir l’un des plus étincelants stylistes grecs, parcourant l’empire, d’Athènes à Rome, en passant notamment par Antioche, la Gaule, l’Egypte.
Nos raisons de redécouvrir Lucien, que Renaissance et âge classique ont scruté avec passion, ne tiennent pas au seul plaisir littéraire. Vivant dans un tourbillon presque aussi troublé que le nôtre, il dénonce avec ardeur faux prophètes, charlatans et marchands de sagesse qui tous refleurissent à présent. Il déteste superstitions et fanatismes, se moque des faux savoirs et des postures intellectuelles, avec une acuité et une rudesse dont nous avons...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ La chronique de Bruno Latour, à propos d’« Antithèses. Mallarmé, Péguy, Paulhan, Céline, Barthes », de Charles Coustille.
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Qui a la parole ? Doctorants privés de soins

La chronique de Bruno Latour, à propos d’« Antithèses. Mallarmé, Péguy, Paulhan, Céline, Barthes », de Charles Coustille.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 09h01
    |

                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            
Antithèses. Mallarmé, Péguy, Paulhan, Céline, Barthes, de Charles Coustille, Gallimard, « Bibliothèque des idées », 312 p., 24 €.

L’écriture d’une thèse en humanités ou en sciences sociales n’est pas simplement une épreuve de type sportif, mais une forme de maladie mentale d’autant plus douloureuse qu’elle est ignorée des psychiatres et qu’il n’existe pas d’autre traitement que de la terminer ! Trouver le sujet, choisir le directeur de thèse, chercher le financement, accéder au terrain, tout cela est déjà difficile. Là où les choses deviennent affreuses, c’est qu’il arrive un moment où il faut rédiger la thèse. Et pour qui ? Pour le pire public qui soit : un jury de cinq ou six membres qui la lira à la façon d’un juge pour ne plus y penser une fois le verdict rendu.
Ce qui va rendre fous les doctorants, c’est qu’ils vont rencontrer sur le chemin le spectre de l’écriture. On leur a dit de résoudre d’abord les problèmes de données, de terrain, de références. La chose s’écrira toute seule ; qu’ils laissent les questions d’écriture aux écrivains et aux poètes. Par conséquent, rien ne prépare les impétrants à la possibilité d’un échec de la thèse, interminable.
Tout l’intérêt d’Antithèses, le livre de Charles Coustille, est d’aller voir comment les écrivains et les poètes, de ­Mallarmé à Jean-Benoît Puech, en passant par Paulhan, Barthes et Céline, sans oublier l’admirable Péguy, affrontent le spectre de l’écriture d’une thèse. Pour rendre l’épreuve plus intéressante, il a choisi ceux qui ont abandonné jusqu’à l’espoir de la soutenir. Là où de modestes tâcherons réussissent pourtant à la terminer, de grands écrivains échouent misérablement.
Contre l’académisme
Comme on le fait depuis Villon, les auteurs choisis ont tendance à se défausser de leurs difficultés à terminer leurs thèses en critiquant l’académisme et les universitaires. C’est évidemment le cas de Péguy, qui dresse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Le philosophe François Noudelmann, proche de l’écrivain antillais Edouard Glissant, mort en 2011, propose de celui-ci une biographie sous le signe de l’insatisfaction.
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Biographie. La face inquiète d’Edouard Glissant

Le philosophe François Noudelmann, proche de l’écrivain antillais Edouard Glissant, mort en 2011, propose de celui-ci une biographie sous le signe de l’insatisfaction.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h15
    |

                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »)








                        


Edouard Glissant. L’identité généreuse, de François Noudelmann, Flammarion, « Grandes biographies », 442 p., 26 €.

   


C’est la générosité qui domine la pensée d’Edouard Glissant (1928-2011), militant dans sa jeunesse pour l’indépendance de la Martinique, devenu penseur de la ­créolisation, qu’il a élargie en une vaste théorie du « Tout-Monde » et de la « Relation ». Mais à lire la biographie que lui consacre le philosophe François Noudelmann, qui a été l’un des proches amis de l’écrivain à la fin de sa vie, c’est une autre dimension qui apparaît : non pas son envers, mais sa face plus inquiète.
Né sur les hauteurs de Sainte-Marie, en Martinique, le jeune garçon souffre de la préférence pour son frère aîné, Paul, qu’il décèle chez sa mère. Glissant poursuit des études de philosophie à Paris, où il forge ses premières armes critiques et jouit d’une soudaine notoriété lorsque, à côté de son œuvre poétique, il publie son premier roman, La ­Lézarde (Seuil, prix Renaudot 1958). Mais dès lors s’enchaînent les malentendus.
Sourde insatisfaction
François Noudelmann alterne chapitres biographiques et intermèdes amicaux – dont la familiarité, trop grande, devient parfois gênante – pour mettre Glissant en scène dans sa vie d’écrivain-universitaire à la fois mondialement reconnu et sourdement insatisfait. Les retours en Martinique sont source de déception : sa réussite sociale l’isole, et son œuvre n’y est pas lue.
C’est aux Etats-Unis, et non en France, que les universités lui ouvrent leurs portes, mais on attend de lui un discours identitaire, alors qu’il veux parler de ses poètes, Victor Segalen (1878-1919) ou Saint-John Perse (1887-1975). Sa création, l’Institut martiniquais d’études, où les jeunes Antillais sont nourris de leur culture, lui échappera. Il ne recevra jamais le prix Nobel. L’œuvre de Glissant est une des plus généreuses que la France puisse offrir, mais peut-être l’a-t-elle reconnue trop tard.
Lire un extrait sur le site des éditions Flammarion.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Un ouvrage de Francesco Alfieri et Friedrich-Wilhelm von Herrmann prétend blanchir « Cahiers noirs » de toute « contamination » par le nazisme. Sans convaincre.
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Polémique. Heidegger contre toute évidence

Un ouvrage de Francesco Alfieri et Friedrich-Wilhelm von Herrmann prétend blanchir « Cahiers noirs » de toute « contamination » par le nazisme. Sans convaincre.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 11h11
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Martin Heidegger, la vérité sur ses « Cahiers noirs » (Martin Heidegger. La verita sui « Quaderni neri »), de Francesco Alfieri et Friedrich-Wilhelm von Herrmann, traduit de l’italien et de l’allemand par Pascal David, Gallimard, « L’Infini », 488 p., 36,50 €.

L’ « affaire Heidegger », qui a été relancée par la publication en Allemagne, à partir de 2014, des quatre premiers volumes des « Cahiers noirs » tenus par le philosophe sous le régime nazi et au-delà, peut donner l’impression d’un éternel retour. Pourtant, les francophones – contrairement aux Italiens et aux Anglo-Saxons – ne disposaient jusqu’à présent que d’une poignée de passages pour juger si cette philosophie, dont l’auteur fut membre du Parti national-socialiste de 1933 à 1945, véhicule l’idéologie hitlérienne.
C’est cette thèse que Friedrich-Wilhelm von Herrmann, le dernier assistant de Martin Heidegger, chargé de l’édition de ses œuvres complètes, et le philosophe italien Francesco Alfieri, un religieux franciscain, s’emploient à réfuter en proposant de larges extraits de ces « Cahiers » aux non-germanistes, assortis de reproductions photographiques des manuscrits (Martin Heidegger. La vérité sur ses « Cahiers noirs », traduit de l’allemand et de l’italien par Pascal David, ­Gallimard, « L’Infini », 488 p., 36,50 €).
Leur apologie du « maître-penseur », dont l’appartenance même au corpus philo­sophique est même, discutée par quelques-uns, donne surtout l’impression d’une tentative de déminage, à l’avance, de ces textes par un groupe de disciples inconditionnels, en attendant la parution en français, annoncée pour l’automne, chez Gallimard, des deux premiers tomes des « Cahier noirs » en version intégrale.

Certes, les auteurs en profitent pour ­livrer des éclairages intéressants sur la genèse des « Cahiers noirs » : d’après von Herrmann, Heidegger, souffrant d’insomnie, jetait la nuit sur des bouts de papier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Ancienne déportée à Auschwitz, la scénariste et cinéaste exprime, dans un entretien au « Monde », son horreur de voir revenir, plus de soixante-dix ans après les camps de la mort, la haine antisémite.
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Marceline Loridan-Ivens : « Si le motif antisémite du meurtre est avéré, Mireille Knoll a vécu la Shoah dans son appartement »

Ancienne déportée à Auschwitz, la scénariste et cinéaste exprime, dans un entretien au « Monde », son horreur de voir revenir, plus de soixante-dix ans après les camps de la mort, la haine antisémite.



Le Monde
 |    29.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
29.03.2018 à 16h24
    |

            Nicolas Truong








                        



                                


                            
Scénariste, actrice, cinéaste et auteure de L’Amour après (Grasset, 162 pages, 16 euros) Et tu n’es pas revenu (avec Judith Perrignon, Grasset, 2015), récit d’une jeunesse marquée à vie par sa déportation, en 1944, alors qu’elle avait 15 ans, dans le même convoi que Simone Veil, au camp d’Auschwitz-Birkenau, puis à Bergen-Belsen et Theresienstadt, où elle fut libérée en 1945, Marceline Loridan-Ivens exprime « l’horreur » que lui inspire l’assassinat de Mireille Knoll.

Âgée de 85 ans, celle qui avait échappé à la rafle du Vel’d’Hiv a été retrouvée morte à son domicile, frappée de 11 coups de couteau. Deux hommes ont été mis en examen, lundi 26 mars, pour « homicide volontaire » à caractère antisémite et « vol aggravé ».
Comment réagissez-vous au meurtre de Mireille Knoll ?
Une colère infinie m’envahit à l’annonce de la nouvelle des circonstances de la mort de Mireille Knoll. Si cette femme qui a survécu à la rafle du Vél’d’Hiv a bien été assassinée parce qu’elle était juive, c’est l’horreur. Tant d’années après la destruction des juifs d’Europe, c’est honteux, en particulier dans un pays, la France, qui ne s’est pas conduit de manière exemplaire au moment où l’on raflait les juifs pour les convoyer vers les camps de la mort.
A l’exception de quelques rares et admirables « Justes » – 3 000 sur 41 millions, c’est bien peu – la France de Pétain a participé au massacre des juifs pendant la période de la collaboration. Mireille Knoll avait échappé à la rafle du Vel’d’Hiv. Je suis de sa génération et une rescapée d’Auschwitz, de Bergen-Belsen et de Theresienstadt. Alors, que nous veulent-ils encore ?

La France est-elle touchée par nouvel antisémitisme ?
Les tueurs sont certes aujourd’hui de jeunes musulmans radicalisés, mais l’antisémitisme et la haine meurtrière sont les mêmes. Nous sommes toujours, nous les Juifs, les boucs émissaires. Tous les musulmans...




                        

                        

