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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. En confectionnant un pan-bagnat de A à Z, le journaliste interroge la mode du « do-it-yourself » (sur Canal+ à 21 heures).
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TV – Avec « Sandwich », Benjamin Carle croque le fait-maison

Notre choix du soir. En confectionnant un pan-bagnat de A à Z, le journaliste interroge la mode du « do-it-yourself » (sur Canal+ à 21 heures).



Le Monde
 |    28.03.2018 à 17h50
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 18h13
    |

            Christine Rousseau








                        


Documentaire sur Canal+ à 21 heures


CANAL+ • Sandwich [Teaser] from Motion Palace on Vimeo.

« Professeur Nimbus » du documentaire de société, Benjamin Carle aime s’immerger, expérimenter, se lancer des défis au long cours. Comme il y a trois ans, lorsqu’il a décidé de vivre, durant une année, en ne consommant que des produits 100 % français. Après cette expérience « made in France », celuiqui ne rechigne pas à donner de sa personne, a décidé de « reprendre en main… [ses] mains ».
Conscient de pas savoir faire grand-chose concrètement de ses dix doigts, le journaliste a décidé de se fabriquer un sandwich de A à Z, sans passer par la case « supérette du coin ». Ecartant le traditionnel jambon-beurre trop simple de prime abord – quoique – histoire de pimenter l’affaire, notre « jusqu’au-boutiste » a jeté son dévolu sur le plus célèbre des casse-croûte méridionaux : le pan-bagnat. Pour donner une petite idée de l’expérience, rappelons que la recette comporte une quinzaine d’ingrédients, assaisonnement compris. Et presque autant de métiers et de savoir-faire à découvrir et à mettre en pratique.
« Individualisme extrême »
Au fil des mois et des rencontres avec des agriculteurs, jardinier, pêcheur, oliveron, éleveur, boulanger, Benjamin Carle va apprendre à retourner la terre, à semer du blé à l’ancienne, à monter une jardinière sur le toit d’un immeuble, à élever des poules, à confectionner son sel, sa farine et son pain. Entre ces multiples apprentissages, relatés avec saveur, loin de croiser ses bras, le journaliste est allé interroger sociologue, anthropologue et philosophe, sur ce que recouvre le phénomène de mode « do-it-yourself » (« faire soi-même ») dont le philosophe Gaspard Koening pointe à juste titre « l’individualisme extrême » ; et, au-delà, ce qui pousse certains à se reconvertir dans un métier manuel, voire, dans les cas les plus extrêmes, à vivre en autarcie.
En cause : la société de consommation et son prêt-à-consommer, mais également l’organisation complexe du travail, qui donne le sentiment de n’être qu’« un maillon dans un grand tout », etune forme de dématérialisation qui nourrissent sentiment de dépossessionet de frustration. Une sensation que l’on éprouve à l’issue de ce film, certes goûteux, mais par trop léger dans sa garniture sociologique.
Sandwich, de Benjamin Carle, Neels Castillon et Félix Seger (Fr., 2018, 90 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Dans « Porn Valley », la journaliste Laureen Ortiz brise tout fantasme ou apparence de glamour qui pourrait encore exister autour de l’industrie du X, « la plus décriée de Californie ».
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Bienvenue à Pornoland

Dans « Porn Valley », la journaliste Laureen Ortiz brise tout fantasme ou apparence de glamour qui pourrait encore exister autour de l’industrie du X, « la plus décriée de Californie ».



Le Monde
 |    28.03.2018 à 17h04
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 17h42
    |

            Hélène Bekmezian








                        



   


Livre. Assise sur un canapé posé dans un garage quelque part sous le soleil de Los Angeles, Laureen Ortiz préfère, à ce moment précis, « se concentrer sur le petit chien qui se dandine autour [d’elle], une espèce de caniche blanc minuscule respirant l’innocence ». La journaliste, en pleine enquête de terrain, est allée au plus près de son sujet, et l’animal n’est pas de trop pour apaiser son malaise : « J’imagine que lui aussi ne comprend pas tout ce qui se passe ici. A ses yeux, une scène de sodomie est sans doute une bagatelle. Pour moi, c’est plus difficile, comme ça, en direct. Les gouttes de transpiration se transforment en sueur froide. » Bienvenue dans la réalité des films pornographiques.
Dès les premières pages de Porn Valley, cette journaliste indépendante basée à Los Angeles brise tout fantasme ou apparence de glamour qui pourrait encore exister autour de l’industrie du X, « la plus décriée de Californie », comme l’annonce le sous-titre.
Recul des limites de l’acceptable
Plus de cent vingt ans après le premier film à caractère pornographique, sorti en 1896 en France, les protagonistes du secteur eux-mêmes affichent un certain écœurement. Il suffit pour s’en convaincre de faire un tour sur le compte Twitter du réalisateur Mike Quasar, cité à de nombreuses reprises par l’auteure du livre. Dans ses messages, le cynisme le dispute au dégoût, comme lorsqu’il se plaint d’être obligé de devoir rester, pour le montage d’un film, devant son ordinateur pendant son jour de congé « jusqu’à ce que [ses] yeux saignent ».

When you're "day off" requires you to sit in front of a computer until your eyes bleed. https://t.co/B6nQsTbDOk— mikequasar (@Mike Quasar)


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Après un énième tournage mettant en scène une femme et son supposé demi-frère, il écrit avoir perdu toute « dignité ». Car ce que raconte surtout Laureen Ortiz dans cette passionnante enquête narrée à la première personne, c’est le virage inquiétant qu’a pris le milieu depuis quelques années, avec le développement des sites de diffusion de vidéos X gratuites et le recul toujours plus loin des limites de l’acceptable. Un membre de l’industrie raconte : « Dans les années 1980, on a inventé le porno dit “tabou”. Ça a donné une flopée de scénarios du genre “infirmière et patient”, “prêtre et bonne sœur”, “élève et professeur”, bon. Maintenant, c’est “père et fille”, “frère et demi-sœur”, tu vois le genre. » « Plus c’est déviant, mieux c’est », appuie un autre.
MindGeek, détentrice de tous les gros « tubes »
Désormais, une entreprise tentaculaire, dont le nom pourrait la faire passer pour une sympathique start-up, fait la pluie et le beau temps sur l’industrie et sur les scénarios de ces films : MindGeek. Détentrice de tous les gros « tubes » (ces sites qui diffusent du porno gratuitement), la boîte a racheté un à un la plupart des studios de la vallée de San Fernando, surnommée « Porn Valley ».
Début 2017, la réalisatrice française et ex-actrice X Ovidie avait déjà dénoncé, dans son documentaire Pornocratie, les pratiques de cette société que tout le monde connaît dans l’industrie du X mais que personne n’a jamais vue. « Barricadés à Montréal, en Floride, à Chypre, ainsi que dans divers paradis fiscaux », les dirigeants de MindGeek se sont imposés par la force et à distance. « Ils se sont construits sur le piratage, sur le vol de nos œuvres, puis ils sont devenus si gros qu’on a dû apprendre à travailler avec eux », résume l’actrice X Tasha Reign.
Les filles arrivent, se préparent, se déshabillent, exécutent des figures relevant du sport de combat extrême, puis se barrent, le corps en lambeaux. Les bleus apparaissent les jours suivant
« Tout vient du Canada. Ils nous envoient le script, le choix des filles, la catégorie, etc. Nous, on tourne, c’est tout », raconte un chef opérateur ayant requis l’anonymat. Les yeux rivés sur les algorithmes et l’analyse des données de leurs sites – davantage que sur la plastique des acteurs –, ces financiers avisés ont changé la donne dans la Porn Valley.
Sur les tournages, « les filles paraissent isolées. Elles arrivent, se préparent, se déshabillent, exécutent des figures relevant du sport de combat extrême, puis se barrent, le corps en lambeaux. Les bleus apparaissent les jours suivant », raconte Laureen Ortiz, que l’on suit dans ses doutes, ses impasses, ses questionnements.
Industrie sordide et impitoyable
Pour autant, l’industrie n’a pas attendu MindGeek pour être sordide et impitoyable, surtout avec les filles. Comme le dit une autre actrice, Nina Hartley, « faire du porno, ce n’est pas une question de morale, mais de classe sociale ». Les biographies des filles sont truffées de pères alcooliques, de mères toxicomanes, de violences sexuelles et, très souvent, nourries d’une éducation catholique très stricte.
Sur elles, le piège du X se referme très vite. « Au départ, tu ne comprends pas bien dans quoi tu tombes. Puis une fois que tu y es, tu ne peux plus en sortir », témoigne Phyllisha, ex-actrice et fil rouge du livre. Rob Spallone, réalisateur et « encyclopédie ambulante du porno », sort, lui, de ses vieux souvenirs l’histoire d’« une fille, très belle » : « Elle débarque et me dit qu’elle veut faire que du fille-fille. Tu parles ! Quatre mois plus tard, elle était au milieu d’un gang bang ! Sinon, tu dures pas et tu gagnes pas ta vie. »
Les morts par overdose ou les suicides de filles du X ne datent pas non plus de l’arrivée d’Internet, mais depuis quelques mois, leur rythme semble s’être tristement accéléré
La santé est un enjeu majeur de l’industrie, et ce n’est pas (que) à cause de MindGeek que les producteurs se sont élevés contre le port du préservatif. Quand celui-ci est devenu obligatoire, en 2012, les studios se sont simplement mis à filmer sans autorisation (entre 2012 et 2015, les demandes de permis de tourner des films X à Los Angeles ont chuté de 95 %).
Outre le VIH, « les staphylocoques sont monnaie courante », rapporte Phyllisha, qui pense être « protégée par une bonne étoile », puisqu’elle n’a attrapé « que » une chlamydiose. Les morts par overdose ou les suicides de filles du X ne datent pas non plus de l’arrivée d’Internet, mais depuis quelques mois, leur rythme semble s’être tristement accéléré : entre novembre et janvier, cinq jeunes actrices sont mortes dans des circonstances dramatiques. Une liste qui n’est sûrement pas exhaustive.
« Porn Valley. Une saison dans l’industrie la plus décriée de Californie », de Laureen Ortiz. Premier Parallèle, 320 pages, 19,90 euros



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Avec « Eugenia », superbe et terrifiant roman de la Roumanie fasciste des années 1930 et 1940, l’écrivain affronte la violence de l’Histoire et la façon dont chacun y réagit.
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Lionel Duroy face au silence des meurtriers

Avec « Eugenia », superbe et terrifiant roman de la Roumanie fasciste des années 1930 et 1940, l’écrivain affronte la violence de l’Histoire et la façon dont chacun y réagit.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 16h03
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Eugenia, de Lionel Duroy, Julliard, 504 p., 21 €.

Dans les dernières pages de son Journal, l’écrivain roumain Mihail Sebastian (1907-1945) notait son souhait de consacrer un livre à la seconde guerre mondiale telle qu’il l’avait vécue. L’auteur de Depuis deux mille ans (1934 ; Stock, 1998) y aurait raconté tout ce qui lui avait inspiré « nausée » et « dégoût » pendant ces années où, juifs, lui et les siens avaient tremblé pour leur vie, dans un pays prompt aux pogroms et allié de l’Allemagne nazie. Mihail Sebastian est mort avant de pouvoir le faire, écrasé à Bucarest par un camion soviétique le 29 mai 1945. Laissant derrière lui, outre une poignée de romans, récits et pièces de théâtre, ce Journal couvrant les années 1935-1944, qui ne sortit en Roumanie qu’en 1996.
Avec la parution du très bel Eugenia, tout se passe comme si Lionel Duroy proposait sa version de ce livre manquant, venant réparer une injustice, combler un manque, prêter main-forte à l’écrivain, mort à 38 ans, dont des publications à la fin des années 1990 permirent de faire découvrir au public français la puissante lucidité et la mélancolie. S’il est jalonné d’extraits du journal, Eugenia n’est pas écrit du point de vue de Sebastian. Mais celui-ci en est un protagoniste, l’amant de l’héroïne et narratrice qui donne son titre au roman.
Antisémitisme d’évidence
Un personnage fictif, elle. On la découvre au lendemain de la mort du romancier et dramaturge, remontant le cours de leur histoire, lisant les carnets de celui qu’elle aima avec fougue pendant dix ans et qui le lui rendit distraitement, épris d’une comédienne volage. Leur rencontre a lieu en 1935. Eugenia est alors une étudiante en lettres de 18 ans à Jassy (Iasi), dans le nord-est du pays, biberonnée depuis l’enfance à l’antisémitisme d’évidence d’une famille où l’on ne parle jamais des « juifs »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ La chorégraphe décline sa pièce historique « May B » avec des étudiants de Rio de Janeiro.
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Danse : le don brésilien de Maguy Marin

La chorégraphe décline sa pièce historique « May B » avec des étudiants de Rio de Janeiro.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 14h23
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

L’art et l’amitié. Lorsque les deux trempent leurs pinceaux dans la même palette, l’histoire est trop belle pour qu’on la rate. La chorégraphe française Maguy Marin et la Brésilienne Lia Rodrigues partagent l’affiche d’une aventure intitulée De Sainte-Foy-lès-Lyon à Rio de Janeiro, May B à la Maré, une fraternité. Le titre est long ? Sans doute, mais il ramasse trente-sept ans de complicité entre les deux femmes. En trait d’union, May B, pièce historique devenue best-seller, créée en 1981 par Maguy Marin, avec Lia Rodrigues comme interprète.

Depuis, ce spectacle a fait le tour de la planète. Soir après soir, sa coulée d’humains crayeux en chemise de nuit rejoue la grande boucle de l’humain en marche. Depuis, Lia Rodrigues a fondé une compagnie à Rio de Janeiro en 1990. En 2011, elle a aussi ouvert une école de danse dans la favela de Maré (140 000 habitants), située en bordure de la grosse Avenida Brasil, qui relie l’aéroport au cœur de Rio. Elle y donne régulièrement des ateliers pour des amateurs et y a créé une petite troupe d’une quinzaine de jeunes gens âgés de 20 à 25 ans.
C’est pour ces étudiants que Maguy Marin offre aujourd’hui May B. Un cadeau esthétique et économique : cette pièce, toujours demandée par les programmateurs, a régulièrement rempli les caisses de la compagnie, lui permettant parfois de colmater des périodes difficiles. Au point que la chorégraphe a plusieurs fois suspendu sa production pour ne pas se piéger dans une seule œuvre. « J’espère bien que cela va aider Lia à poursuivre le travail monumental, très important, qu’elle mène dans la favela, affirme Maguy Marin. Nous, ici, qui sommes des privilégiés, il faut que nous fassions quelque chose. » « C’est un cadeau incroyable, ajoute Lia Rodrigues. Maguy pense que cela va m’aider à faire tourner l’école. Je l’espère, même si actuellement, au Brésil, la situation est très difficile. »
Inspirée...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Au Théâtre de la Bastille, le metteur en scène adapte, en deux parties d’intérêt inégal, « Les Emigrants », de W. G. Sebald.
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Théâtre : Volodia Serre manie le puzzle des souvenirs

Au Théâtre de la Bastille, le metteur en scène adapte, en deux parties d’intérêt inégal, « Les Emigrants », de W. G. Sebald.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 14h18
    |

            Brigitte Salino








                        



                                


                            

Volodia Serre n’a pas d’origines russes, comme son prénom peut le laisser penser. Ses parents l’ont appelé Vladimir – dont Volodia est le diminutif – par amour de la littérature russe. Et ils lui ont transmis cet amour, qui l’a amené à mettre en scène Les Trois Sœurs, de Tchekhov, ou à donner sa version d’Oblomov, le roman de Gontcharov, au Théâtre du Vieux-Colombier, à Paris, en 2013. Ce printemps, c’est au Théâtre de la Bastille que Volodia Serre officie, pas avec un auteur russe célèbre du XIXe siècle, mais avec un auteur allemand du XXe siècle, W. G. Sebald, connu d’un cercle qui apprécie follement ses écrits, dont Les Emigrants, son premier livre paru en France (Actes Sud, 1999).
Sebald est mort jeune, à 59 ans, d’une crise cardiaque au volant de sa voiture, fin 2001. Depuis 1970, il vivait en Angleterre, par choix, et aimait qu’on l’appelât « Max », tant ses prénoms de naissance, Winfried Georg, lui rappelaient l’Allemagne du nazisme, auquel avait adhéré son père. En Angleterre, Sebald enseignait la littérature à l’université de Norwich, dans le Norfolk. Les Emigrants commence par la description des paysages de cette région, que Sebald et sa compagne Clara parcourent, à la recherche d’une maison à louer. Ils la trouvent dans une grande propriété, où vit le docteur Selwyn, un homme étrange : un « fantôme », poursuivi par le passé, comme ceux dont Sebald aime raconter l’histoire, en partant sur leurs traces, et en prenant de petites photos en noir et blanc, qui émaillent les pages de son livre.
Ecriture précise et hypnotique
Ils sont quatre dans Les Emigrants, dont un instituteur de Sebald, son grand-oncle émigré aux Etats-Unis et un peintre de Manchester. Leurs récits croisent la vie de l’auteur, qui rôde à la frontière entre les vivants et les morts, et annule le temps entre le passé et l’avenir. Au théâtre, pour rendre compte de cette écriture précise et hypnotique,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Une œuvre oubliée du compositeur Daniel-François-Esprit Auber, « Le Domino noir », est exhumée avec bonheur.
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Art lyrique : l’esprit d’Auber souffle à l’Opéra-Comique

Une œuvre oubliée du compositeur Daniel-François-Esprit Auber, « Le Domino noir », est exhumée avec bonheur.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 14h17
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 18h10
    |

                            Pierre Gervasoni








                        



                                


                            

Au XIXe siècle, l’opéra est d’abord considéré comme du théâtre. Le librettiste est souvent un auteur dramatique qui ne se cantonne pas à la sphère lyrique. Son nom figure en haut de l’affiche et sa réputation détermine en grande partie l’attrait manifesté par une nouvelle œuvre. Dans les années 1830, la référence en la matière s’appelle Eugène Scribe. Le Domino noir, fruit de sa vingt-troisième collaboration avec le compositeur D. F. E. Auber, est créé le 2 décembre 1837. Deux semaines avant, une comédie ratée du dramaturge est ainsi brocardée : « Une pièce de Scribe sans esprit serait un beau champ de blé sans épis. »
Esprit, tel est le maître mot du Domino noir, pas seulement parce qu’il désigne le troisième prénom du compositeur qui, avant de dominer le quartier de l’Opéra, avec une station de RER, y régnait en maître au milieu du XIXe avec ses œuvres à succès. Rarement joué aujourd’hui, Daniel-François-Esprit Auber (1782-1871) est pourtant un authentique musicien de théâtre, dans la lignée de Rossini. Preuve en est donnée par son Domino noir, que l’Opéra-Comique présente, à Paris, jusqu’au 5 avril.
On se plaît à voir dans le binôme chargé de la mise en scène un duo passionné par la mécanique du plaisir
Si l’intrigue, du meilleur Scribe, excite l’esprit du spectateur pendant trois actes aux multiples rebondissements, elle peut se résumer à une comptine célèbre : « Il est passé par ici, il repassera par là. » Sachant que l’Espagne fournit le cadre pittoresque de l’« ici » et du « là » qui se cache sous ce « il » ? C’est la question que se pose Horace, jeune secrétaire d’ambassade tombé amoureux d’un « domino noir » (terme alors en vogue pour désigner une cape avec capuche) revêtu par une femme à laquelle le mariage est interdit. Le hasard, et son scribe théâtral, faisant bien les choses, Horace aura droit à une réapparition par acte de sa « fantômette » au visage épisodiquement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Après s’être tu musicalement pendant plus d’une décennie, le pianiste croate explore en concert un univers plus radical encore.
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Le piano appassionato d’Ivo Pogorelich

Après s’être tu musicalement pendant plus d’une décennie, le pianiste croate explore en concert un univers plus radical encore.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 14h16
   





                        



                                


                            

En 1980, l’élimination en demi-finale du pianiste Ivo ­Pogorelich au prestigieux Concours Chopin de Varsovie fit grand bruit. Son interprétation, « éblouissante » pour certains, « excentrique » pour d’autres, dynamita le jury dont Martha Argerich allait claquer la porte en s’exclamant : « C’est un génie ! » Le label Deutsche Grammophon l’engagera dans son écurie, le préférant au traditionnel lauréat pour graver Chopin. La carrière internationale du jeune Croate sera lancée.
Quand ce sculpteur de sons s’installe au clavier dans la pénombre, la tension est palpable
Trente-huit ans et quatorze albums plus tard, Pogorelich, en récital parisien Salle Gaveau, mardi 27 mars, fascine et divise toujours. Après s’être tu musicalement pendant plus d’une décennie, très affecté par la disparition de sa femme, son ancienne professeure et guide musical Aliza Kezeradze, il explore en concert un univers plus radical encore, aux confins de l’abstraction. Quand le pianiste sculpteur de sons, en frac noir, partition à la main (il ne joue jamais par cœur) s’installe au clavier dans la pénombre, la tension est palpable : on ne peut prédire le ­chemin qu’empruntera Pogorelich pour chaque œuvre, à chaque instant.
La Fantaisie en do mineur K. 475 de Mozart, comme prise dans un miroir déformant, propulse d’emblée dans la quatrième ­dimension. Le ton est donné, il va falloir oublier textes et versions connues pour s’abandonner aux propositions extrêmes du piano de Pogorelich : une Sonate n° 23 op.57« Appassionata » de Beethoven, aux lignes tendues, tordues, étirées à souhait sans jamais être brisée ; une Ballade n° 3 op.47 de Chopin roborative, conduite par des basses musclées. Avant l’explosion d’un piano-orchestre d’une puissance inouïe dans les trois Etudes d’exécution transcendante (nos 10, 8 et 5) de Liszt. Affranchie de toute indication textuelle, aussi tragique qu’accidentée, La Valse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ La réalisatrice Chloé Zhao chronique la vie d’une famille indienne inscrite dans la tradition du western.
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« The Rider » : chevauchée à travers le mythe

La réalisatrice Chloé Zhao chronique la vie d’une famille indienne inscrite dans la tradition du western.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 07h37
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Puisque la réalisatrice, Chloé Zhao, malade, n’a pu venir à Paris, on ne saura pas le détail de l’étonnant voyage qui a amené une cinéaste née à Pékin à se faire la chroniqueuse de la vie quotidienne du Far West, le vrai, celui du XXIe siècle. Comme son premier long-métrage, Les Chansons que mes frères m’ont apprises (2015), The Rider a été tourné sur une réserve sioux du Dakota du Sud. On y retrouve les mêmes espaces sublimes et désolés des Badlands, le même tissu social fragile qui entrecroise la mémoire du destin des premières nations et la précarité, économique et sanitaire.

        Lire le reportage :
         

          A Telluride, trois films sur la ligne de départ pour les Oscars



Cette fois, le traitement impressionniste d’une société enfermée dans un cul-de-sac de l’histoire fait place à l’épopée intime, qui suit les traces d’un héros comme on n’en avait pas vu depuis longtemps, cavalier émérite coiffé d’un Stetson, un jeune ambitieux qui veut être respecté et adulé dans tout l’Ouest, à qui le destin joue de sales tours. On y retrouvera une bonne part de ce qui a fait, depuis un siècle, la grandeur du western – l’ampleur des chevauchées, la lutte pour l’espace, l’affrontement entre les cultures et les modes de vie –, modelé par un souci constant de faire sa place au réel. La tentative n’est pas inédite, mais Chloé Zhao la mène à bien comme peu de cinéastes ont su le faire, vigoureusement, délicatement

        Lire le post de blog :
         

          A Telluride, le Cambodge d’Angelina Jolie et le western de Chloé Zhao



Quand on découvre Brady Blackburn (Brady Jandreau), face à un miroir, sa chevelure à moitié rasée lui donne l’air d’un Iroquois asymétrique, sa mine angoissée et butée en fait un lointain cousin du Travis Bickle de Taxi Driver. Précautionneusement, le jeune homme se défait du pansement qui recouvre une terrible plaie. Grand espoir du circuit des rodéos, le jeune homme a été jeté à bas par sa monture qui lui a fracassé le crâne. Cet accident, dont les circonstances ont été empruntées à la biographie de Brady Jandreau mais dont les séquelles ont été, dans la réalité, moins lourdes, interdit en théorie à Blackburn de remonter à cheval, de vivre des deux métiers qui sont les siens, cavalier de rodéo et dresseur de chevaux.

        Lire le portrait :
         

          Brady Jandreau, Amérindien, cow-boy et acteur



En une succession de séquences qui semblent toutes arrachées à la vie quotidienne sur une réserve, Chloé Zhao construit le récit de la tempête qui fait rage sous le crâne fracturé de Brady. Le jeune homme vit dans un mobile-home avec son père, Wayne, et sa sœur, Lilly, handicapée (les deux rôles sont tenus par le père et la sœur de l’acteur). La mère et épouse gît tout près, dans un petit cimetière battu par le vent.
Révolte face à la fatalité
Comme son fils, Wayne vit – ou plutôt vivote – de sa science équestre. Lorsqu’il comprend que Brady est résolu à ne pas tenir compte de l’avis des médecins et à remonter en selle, ce père peu fiable (il oublie de payer le loyer, passe beaucoup de temps dans les casinos de la réserve) tente de l’en dissuader. Brady rend aussi visite à Lane, son ami et modèle, un type qui « a gagné 15 000 dollars en un été », en montant des taureaux. Victime d’un accident de voiture, Lane est resté tétraplégique, communique difficilement. Comme Brady qui regarde sur son téléphone la vidéo de son accident, le chevaucheur de taureaux contemple ses exploits passés sur un petit écran.
D’un côté, il y a la révolte face à la fatalité, le rappel incessant de la vocation par les voisins, par les clients qui voudraient que Brady débourre un cheval, en corrige un autre, de l’autre il y a les avertissements des médecins, les tentatives maladroites du père, les appels plus directs de la sœur, atteinte d’une forme d’autisme, pour ramener le jeune homme à la prudence, à la survie.
Chloé Zhao joue avec beaucoup de finesse de la contraction et de l’expansion de l’espace
Chloé Zhao joue avec beaucoup de finesse de la contraction et de l’expansion de l’espace. L’espace intérieur de Brady, tiraillé entre son rêve de grandeur et le lien très fort qui l’unit aux siens. L’espace de la réserve, fait d’intérieurs médiocres (le mobile-home, le supermarché dans lequel le jeune homme tient un emploi qu’il voudrait croire provisoire, le salon de tatouage improvisé de l’un de ses amis) et d’extérieurs dont les horizons semblent aussi lointains que ceux de l’océan.
L’image de Joshua James Richards passe au même rythme d’un réalisme documentaire au lyrisme. Dans ces moments, lorsque le film traverse un instant l’iconographie du western classique – un homme coiffé d’un grand chapeau qui traverse une plaine à cheval –, le genre prend alors une vigueur nouvelle, faite du deuil de ce que la conquête de l’Ouest a détruit et de la vitalité de ceux qui y ont survécu.

Film américain de Chloé Zhao. Avec Brady Jandreau, Tim Jandreau, Lilly Jandreau, Lane Scott (1 h 44). Sur le Web : www.filmsdulosange.fr/fr/film/243/the-rider



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ A 23 ans, l’acteur néophyte a reconnu sa vie et celle des siens dans le film de Chloé Zhao, « The Rider ».
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Brady Jandreau, Amérindien, cow-boy et acteur

A 23 ans, l’acteur néophyte a reconnu sa vie et celle des siens dans le film de Chloé Zhao, « The Rider ».



Le Monde
 |    28.03.2018 à 07h36
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 07h38
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

En septembre 2017, tous les cow-boys étaient là, dans ce petit théâtre de Telluride (Colorado), qui aurait pu servir de décor à un western de Raoul Walsh. Après sa première à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, le Festival de Telluride présentait The Rider, de Chloé Zhao. Les interprètes n’avaient pas pu faire le voyage à Cannes, mais il y a moins loin du Dakota du Sud au Colorado. Autour de Brady Jandreau, il y avait son père, Tim, sa sœur Lilly et son ami Lane Scott dans son fauteuil roulant. The Rider a beau être un film grave et souvent mélancolique, la projection s’est terminée dans une ambiance de saloon, comme si Belle Starr venait de se produire sur scène. Il ne manquait que les coups de pistolet tirés en l’air.

Depuis, Brady Jandreau n’a pas beaucoup vu les chevaux qu’il élève, occupé par la promotion du film, qui fait la tournée des festivals (après Telluride, New York, Sundance et Austin, pour ne parler que des Etats-Unis) en attendant la sortie en salle aux Etats-Unis, le 13 avril, qui sera précédée d’une avant-première dans le cadre du grand rodéo d’Albuquerque (Nouveau-Mexique).
En attendant, Brady Jandreau, 23 ans, a traversé l’Atlantique avec son épouse et leur nouveau-né. Sa veste frappée du logo « Brady Jandreau Performance Horses » le distingue nettement du reste de la clientèle du petit hôtel chic de la rive gauche où ils sont descendus.
« C’est la première fois que je reste aussi longtemps sans monter », remarque-t-il. Sur la réserve de Lower Brule, dans le Dakota du Sud, pas très loin de celle de Pine Ridge où le film a été tourné, il développe son élevage de broncos, destinés à la monte ou au rodéo. « Je suis un quart sioux lakota, explique-t-il, j’ai toujours été inscrit dans une réserve. » Il a aussi toujours monté à cheval.
« Je suis resté cinq jours dans le coma »
En 2015, Brady Jandreau travaillait sur un ranch de Pine Ridge quand Chloé...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ De Vilnius au conflit du Donbass, le cinéaste lituanien Sharunas Bartas retrouve la grâce.
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« Frost » : les amants du dégel

De Vilnius au conflit du Donbass, le cinéaste lituanien Sharunas Bartas retrouve la grâce.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 07h34
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Il fut un temps, à la fin des années 1990, où la seule évocation du nom Sharunas Bartas suscitait chez certains cinéphiles une ferveur quasi religieuse. Peu vus mais largement commentés, les cinq longs-métrages qu’il avait réalisés dans les décombres de l’empire soviétique (Trois jours, 1991, Corridor, 1994, Few of Us, 1996, The House, 1997, Freedom, 2000) lui avaient valu la reconnaissance de ses pairs – Jean-Luc Godard et Leos Carax en tête – et de la critique la plus avertie.
Hiératiques et désespérés, émotionnellement intenses, plastiquement renversants, ces films désignaient cet enfant du « dégel », né à Vilnius en 1964, comme le dernier dépositaire de la grande tradition du cinéma soviétique – et comme le fils spirituel d’Andreï Tarkovski. Un poète prophète dont le regard de glace annonçait des heures sombres, et dont on racontait qu’il fédérait autour de lui, dans un studio artisanal niché dans la forêt, un clan de collaborateurs dévoués prêts à le suivre au bout du monde. Les années 2000 furent plus erratiques. Coproduit par des Européens, en prise avec les formes plus conventionnelles du polar et du road-movie, Seven Invisible Men (2005) et Indigènes d’Eurasie (2010) sont des films moins pleins, plus heurtés. Ponctués de moments de grâce, ils témoignent d’une difficulté de l’auteur à fondre sa vision dans la linéarité de ces canevas exogènes.
Road-movie sur fond de guerre
Si l’on a pu douter du bien-fondé de ce changement de cap, Bartas, lui, s’est obstiné, et Frost lui donne enfin raison. Présenté en 2017, à Cannes, à la Quinzaine des réalisateurs, ce road-movie sur fond de guerre du Donbass vous saisit dès le début pour ne plus vous lâcher. Il vous aimante aux visages bouleversants de ses personnages, aux formes abstraites de la route qui défile, aux traces des néons rouges et bleus, des arbres morts dans les paysages enneigés.
Que ce film arrive après Peace to Us in Our Dreams (2015), fragile écrin dédié à la mémoire de l’ancienne compagne et muse de l’auteur, l’actrice et poétesse Katerina Golubeva (morte en 2011), n’est sans doute pas un hasard. Malgré son titre givré, malgré un pessimisme sans concession que l’état du monde en général, et le postsoviétique en particulier, offrent peu de raison de railler, Frost a des airs de retour à la vie. Illuminé par la beauté de ses acteurs, Andrzej Chyra et Lyja Maknaviciute, il suit le périple des deux ­jeunes amants qu’ils interprètent, dont les sentiments sont mis à l’épreuve du chaos du monde.
D’Andreï et Inga, on ne sait rien sinon qu’ils vivent ensemble à Vilnius dans un petit appartement, partageant ce qui ressemble à une forme très contemporaine de précarité. Et qu’un soir, Andreï se voit proposer de transporter un chargement d’aide humanitaire jusqu’en Ukraine, où la guerre civile fait rage entre nationalistes et ­séparatistes prorusses. Le jeune homme pose quelques questions sur les risques de l’opération, la nature du chargement, les enjeux du conflit, n’obtient que des ­réponses évasives, puis accepte. Ses motivations restent opaques pour le spectateur autant que pour Inga, qu’il embarque avec lui dès le lendemain.
Vivre l’instant présent
A mesure qu’ils passent les frontières de Pologne, les checkpoints d’Ukraine, que les nouvelles du front remettent en cause les directives qu’ils ont reçues au départ, qu’ils perdent leurs repères dans ce pays inconnu, l’horizon de leur périple se fait plus lointain, plus incertain. De détours en escale, cette guerre à laquelle ­Andreï ne comprend rien, dont il n’a vu qu’une vidéo sur Internet la veille du départ, dont tous ceux qu’il rencontre lui racontent le parfum de mort, devient une obsession. Un fantasme d’autant plus excitant qu’il paraît de plus en plus dangereux.
En attendant, il faut vivre l’instant présent qui, en temps de guerre, est toujours plus intense. C’est ainsi qu’au détour d’une nuit passée dans un hôtel de luxe Inga disparaît dans la chambre de leur fixeur, abandonnant Andreï dans la suite d’une Française solitaire et déracinée, souverainement interprétée par Vanessa Paradis.
Point de rupture du film, cette brèche dans le récit voit culminer la crise qui couvait au sein du couple, et l’amour, libéré in extremis de l’ankylose du quotidien, reprendre ses droits. Rivé au trajet du camion, le film avance plus que jamais, dès lors, comme un bateau ivre, tendu entre l’attrait morbide d’Andreï pour le front, pour cette guerre absurde, aveugle, dont il veut sentir le frisson, et la pulsation chaude, intense, galvanisante, du sentiment amoureux à vif qui le lie à Inga. La foi dans l’humain, dans l’amour, dont il témoigne, n’a jamais été si vive chez le cinéaste lituanien. En magnifiant ainsi ces amants romantiques, lointains cousins des héros tragiques de Badlands, de Terrence Malick, ou de Panique à Needle Park, de Jerry Schatzberg, Sharunas Bartas signe un des plus beaux films de sa carrière.

Film lituanien, français, ukrainien et polonais de Sharunas Bartas. Avec Andrzej Chyra, Lyja Maknaviciute, Vanessa Paradis (2 h 12). Sur le Web : www.rezofilms.com/distribution/frost



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Le réalisateur signe un film d’aventures à grand spectacle, qui se déroule en 2045, entre monde virtuel et réel.
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« Ready Player One » : Spielberg renoue avec son âme d’enfant

Le réalisateur signe un film d’aventures à grand spectacle, qui se déroule en 2045, entre monde virtuel et réel.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 07h33
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 17h24
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Entre Cheval de guerre, Lincoln, Le Pont des espions et Pentagon Papers, la filmographie de Steven Spielberg a pris, au cours des années 2010, un tour très sérieux. Cette série de fresques historiques trempées dans des bains de couleurs désaturées pouvait laisser croire que l’inventeur du block­buster, après trois décennies passées à enchanter la jeunesse du monde entier, avait tourné la page de l’entertainment pur jus. Loin de contredire cette idée, le ratage du Bon Gros Géant, adaptation emplâtrée du roman éponyme de Roald Dahl sortie en 2016, pouvait suggérer qu’il avait perdu contact avec son premier public.
Le tsunami Ready Player One remet brutalement les pendules à l’heure. Renouant avec les plaisirs du film d’aventures à très grand spectacle, déployant une inventivité atomique, totalement jubilatoire, le cinéaste américain s’apprête non seulement à sidérer les gamins du monde entier, mais à réveiller chez les adultes les enfants qu’ils ont jadis été.

        Lire l’entretien avec David Peyron, auteur de « Culture geek » :
         

          « “Ready Player One”, c’est la nostalgie réinventée en permanence »



Inspiré d’un roman à succès d’Ernest Cline, le film se déroule en 2045 entre les bidonvilles saturés d’échafaudages de la ville dépotoir qu’est devenue Columbus (Ohio) et les décors bariolés, perpétuellement mutants, du paradis virtuel de L’Oasis. Imaginé vingt ans plus tôt par le bien nommé James Halliday, ce monde qui se développe au gré de l’imagination des joueurs est devenu l’ultime refuge pour les habitants d’une planète surpeuplée, sururbanisée, surexploitée, où l’air est devenu irrespirable.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Ernest Cline, un fan de Spielberg adapté par son idole



Déployant une inventivité atomique, totalement jubilatoire, le cinéaste américain s’apprête à sidérer les gamins du monde entier
Dans l’enveloppe de son avatar Parzival qu’il endosse en allumant son casque de réalité virtuelle, le jeune Wade Watts (Tye Sheridan, remarqué il y a quelques années dans Tree of Life, de Terrence Malick, et dans Mud, de Jeff Nichols) passe le plus clair de son temps, obsédé par l’idée de trouver l’« œuf de Pâques » caché dans le système par son créateur. L’existence de cet œuf a été révélée dans une vidéo mise en ligne après sa mort, dans laquelle James Halliday annonçait qu’il ferait de celui qui le trouve son légataire universel, et énonçait trois énigmes qu’il fallait résoudre pour y arriver.

        Lire l’entretien avec Ernest Cline, auteur de « Ready Player One » :
         

          « J’ai grandi à l’époque parfaite »



Le jeu est virtuel, mais l’enjeu tout ce qu’il y a de plus réel : 500 milliards de dollars (403 milliards d’euros), et le contrôle de l’entreprise qui gère l’Oasis. Autant dire que les jeunes geeks passionnés ne sont pas seuls dans la course. Des escouades de joueurs financés par des entreprises se démènent depuis des années dans ce monde parallèle pour résoudre la première énigme, se relançant ad nauseam dans une course de voitures défiant les lois de la gravité pour finir balayés par un gigantesque Donkey Kong.
Réel contaminé par le virtuel
Espérant y trouver la clé des énigmes, Wade Watts passe des heures dans la grande bibliothèque de l’Oasis où la mémoire d’Halliday est entièrement stockée sous forme de fichiers vidéo. Il a par ailleurs des amis – Art3mis, la guerrière sexy et solitaire, Aech, le forgeron, garagiste et bricoleur géant, Sho le ninja et Daïto le guerrier samouraï – qui l’aident à avancer, et leurs premiers succès les désignent comme cibles à abattre par la puissante multinationale IOI. Jusqu’à quel point peut-on faire confiance à un avatar ? Cette question, qui empêche d’abord le groupe de se souder, se résoudra dans le monde réel où, traqué par les dirigeants de la firme, chacun se présentera sous son vrai visage.
De la réalité de Columbus au rêve de l’Oasis, l’action circule sans donner la moindre sensation de rupture, exprimant un état de la post-humanité où le virtuel a contaminé le réel. Cette fluidité, traduite à l’écran par une succession de décors qui s’autogénèrent les uns les autres à la vitesse de la pensée, est à l’œuvre depuis le scénario, dont la complexité est à peine perceptible : l’enquête dans la psyché de James Halliday, la guerre entre les jeunes héros et les dirigeants sans foi ni loi de la multinationale, la résolution des énigmes du jeu, la vie sociale dans l’Oasis, le roman d’apprentissage de Wade, son histoire d’amour avec la vraie jeune fille qui se cache derrière Art3mis… Ces multiples niveaux de récits s’imbriquent aussi organiquement que les flux d’information dans les tuyaux du Web.
Feu d’artifice citationnel
Dans le rôle du lubrifiant : la banque de pop culture qu’enferme la mémoire de James Halliday, à partir de laquelle il a élaboré son monde. Les références au cinéma, à la musique, aux jeux vidéo des années 1970 et 1980 saturent les plans d’une profusion anarchique de signes et donnent à ce récit futuriste la forme étrangement anachronique qui en fait le charme. Quand les personnages ne se battent pas contre des zombies dans l’hôtel de Shining, quand ils ne font pas la course sur un circuit de Mario Kart au son de Jump de Van Halen, ils lévitent au-dessus du vide sur le dancefloor de La Fièvre du samedi soir, font jaillir des Aliens de leur ventre pour rigoler, convertissent leur connaissance encyclopédique de la filmographie de John Hughes en arme de guerre psychologique… Ce feu d’artifice citationnel n’a rien de gratuit : il célèbre cette culture de l’entertainment dont Spielberg est incontestablement le parrain (Ernest Cline, l’auteur du livre, revendique l’influence que ses films ont eue sur lui), qui a fertilisé l’imaginaire de générations de jeunes gens en leur fournissant une langue commune et un fil précieux qui les rattache à l’enfance.
Le monde ravagé de Ready Player One rappelle celui de A.I. Intelligence artificielle. Face à ses jeunes héros qui apprennent ensemble à développer des sentiments, des liens de solidarité, un sens de la responsabilité, on pense parfois à David, l’enfant robot sensible que rejetaient des humains incapables d’aimer. Si séduisante que soit l’Oasis, elle n’est qu’une prison pour ceux qui cherchent à fuir leur condition humaine : c’est là le véritable héritage de James Halliday, à qui il aura fallu une vie entière pour comprendre qu’il était passé à côté de la sienne. Cette veine mélancolique dont la charge émotionnelle explose dans une scène finale magnifique traduit ce conflit jamais résolu chez le cinéaste entre un optimisme enfantin vis-à-vis du progrès technologique et une angoisse profonde quant à ses effets sur des adultes dangereusement irresponsables.

Film américain de Steven Spielberg. Avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn, Lena Waithe (2 h 20). Sur le Web : www.facebook.com/ReadyPlayerOneFr, readyplayeronemovie.com et www.warnerbros.com/ready-player-one



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Jérémie et Yannick ont écrit et réalisé ensemble ce thriller psychologique en salle le 28 mars. L’occasion de sublimer leur « rivalité fraternelle » et de confronter leurs expériences comme leur « différence de notoriété »…
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Les frères Renier à la même table pour « Carnivores »


                      Jérémie et Yannick ont écrit et réalisé ensemble ce thriller psychologique en salle le 28 mars. L’occasion de sublimer leur « rivalité fraternelle » et de confronter leurs expériences comme leur « différence de notoriété »…



Le Monde
 |    28.03.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 08h11
    |

                            Emilie Grangeray








   


C’est une histoire vieille comme celle d’Abel et de Caïn. Dans Carnivores, Mona (jouée par Leïla Bekhti) est une jeune femme promise à un avenir de comédienne, qui se voit ravir le rôle par Sam, sa petite sœur (Zita Hanrot). Au scénario comme à la réalisation, deux demi-frères : Yannick (42 ans, comédien de théâtre et de cinéma) et Jérémie Renier (37 ans, chouchou des frères Dardenne et de François Ozon).
Ce n’est pas la première fois que le brun et le blond se retrouvent sur un plateau : en 2006, dans Nue propriété, de Joachim Lafosse, ils jouaient les fils d’Isabelle Huppert. Et c’est sur ce film qu’est née l’envie de travailler ensemble. « Nous faisons le même métier et avions envie de mettre en commun la richesse de nos expériences, de les confronter aussi. D’autant que notre différence de notoriété a pu à la fois porter à rire et être cruelle », explique Yannick Renier, davantage dans l’ombre que son cadet, quelque quarante-cinq longs-métrages au compteur, dont Saint Laurent et Cloclo.

« Heureusement pour nous, et contrairement aux personnages de notre film, nous en avons toujours parlé, précise Jérémie. Nous avons donc eu envie de projeter cette rivalité fraternelle, légendaire, mythique, dans un thriller psychologique et de voir, en poussant la machine jusqu’au bout, ce que cela peut donner quand les non-dits subsistent. » 
Plaisir partagé
C’est à quatre mains qu’ils écrivent, jouant parfois eux-mêmes les scènes, et se faisant aider par deux coscénaristes. Ensemble qu’ils tournent, partageant, pendant huit semaines, le même appartement. « Tout s’est fait en confiance totale et en totale concertation », affirme ce monstre à deux têtes.
Si les deux frères ont pris énormément de plaisir à tourner ce film, Yannick tempère, dans l’immédiat, son désir de réalisateur : « En tant qu’acteur, on peut se reposer sur les autres, on est protégé. Vu l’investissement et la concentration que nécessite la réalisation, il faut que cela soit absolument vital pour se lancer. » Jérémie, lui, a plus qu’envie d’y retourner : « La création a été jouissive. Je me suis vraiment senti à ma place. » 

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                Cannes 2017 : Jérémie Renier joue les jumeaux



« Jérémie a toujours rêvé d’être réalisateur. Déjà, tout petit, il avait une caméra à la main », se souvient son frère. Et d’ajouter, après l’avoir vu à l’œuvre : « Il peut voir ou entendre ce que personne ne remarque : le chant des oiseaux, un point de couleur qui a changé entre deux prises. Il a un sens et une mémoire du détail qui sont ceux d’un réalisateur. » Un hommage très fraternel.
« Carnivores », de Jérémie et Yannick Renier, avec Leïla Bekhti et Zita Hanrot. En salle le 28 mars.



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Dans un documentaire apaisé, Christian Sonderegger retrace, en mêlant séquences filmées et archives, la transition de sa demi-sœur Suzanna en homme.
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« Coby » : parcours intime d’un transgenre

Dans un documentaire apaisé, Christian Sonderegger retrace, en mêlant séquences filmées et archives, la transition de sa demi-sœur Suzanna en homme.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 07h29
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 10h59
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



L’avis du « Monde » – à voir
Révélé durant le Festival de Cannes 2017 dans la petite mais vigoureuse section de l’ACID, ce remarquable documentaire consacré à la transformation de longue haleine d’une fille du Midwest en garçon passablement testostéroné sort, par les hasards de la programmation, un mois après Finding Phong, de Tran Phuong Thao et Swann Dubus, qui relatait quant à lui la délicate métamorphose d’un garçon vietnamien en jeune fille. Nonobstant le sens du changement et ses implications différentes, ces deux documentaires ont en partage ce qui les rend si intéressants : le respect absolu de leur sujet, l’intérêt pour le mouvement psychologique accompagnant le processus, l’inclusion dans le film d’une chronique filmée au long cours, réalisée par l’intéressé(e).

        Lire le récit :
         

          De Suzanna à Coby, une opération à œil ouvert



Christian Sonderegger, qui n’est autre que le demi-frère français de Coby (lien apparemment complexe qu’il n’a pas souhaité évoquer dans le film), arrive dans l’après-coup, alors que le jeune homme de 29 ans est déjà un solide ambulancier de nuit, vivant avec son amie Sara. Son film enregistre cet état de fait, en s’ouvrant sur des scènes de la vie quotidienne dont le spectateur est à mille lieues d’imaginer qu’elles se rapporteront à ce type de sujet. Puis le film redéploie lentement le modus operandi de la métamorphose qui a mené sa jeune demi-sœur Suzanna, à l’âge de 23 ans, à décider de changer de sexe, à se prénommer Coby, à vivre en couple avec Sara et à faire accepter ces modestes bouleversements.

Humour distancié et acide
Etonnamment apaisé, marqué par l’humour distancié et acide qu’instille Coby dans le récit de sa propre histoire, le film n’en porte pas moins les ondes du plus grand tremblement de terre intime que peuvent vivre tant un individu qu’une famille. Les parents, le frère, la petite amie, le médecin, tous ici se révèlent formidables, quand bien même un trouble très profond et des pointes de dépit – et comment ne pas le comprendre ? – s’entendent du côté du père et de la mère. Le film donne à voir à quel point cet environnement, passé les orages évoqués d’une jeunesse terriblement insatisfaite puis du coming out, a même pu protéger Suzanna dans un processus dont le film ne nous cache pas, par ailleurs, la lourdeur. Prise de testostérone, ablation des seins et de l’utérus, utilisation d’une prothèse et d’un « pisse-debout », questionnements sur l’incompatibilité entre la pose chirurgicale d’un pénis et la gestation d’un enfant : autant d’étapes que seule l’exigence impérative d’une libération peut permettre de tolérer.
Il y a enfin ce sentiment de fantastique que distille le film, qui naît du contraste entre la trivialité d’une petite ville américaine et le caractère exceptionnel de la situation des personnages (cette conversation à l’épicerie entre Coby et Sara, dans laquelle elle lui dit, à proximité du caramel corn et des lollipops, qu’elle rêve toujours de lui avec un pénis !). Sentiment qui provient aussi du brassage continu entre les scènes tournées par le réalisateur et les nombreux extraits d’archives vidéo qui nous font découvrir par étapes l’insensible et pourtant spectaculaire transformation de Suzanna. On peut dire alors que quelque chose de l’ordre du mystère s’opère sous nos yeux.

Documentaire français de Christian Sonderegger (1 h 17). Sur le Web : www.epicentrefilms.com/Coby-Christian-Sonderegger



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Garth Davis propose une spéculation féministe autour du personnage de Marie de Magdala, extrapolant à partir des évangiles canoniques.
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« Marie Madeleine » : un apocryphe du XXIe siècle

Garth Davis propose une spéculation féministe autour du personnage de Marie de Magdala, extrapolant à partir des évangiles canoniques.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 07h27
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Spéculation féministe autour des évangiles, Marie Madeleine est pour l’instant privée de sortie en salle aux Etats-Unis, où le film devait être distribué par la Weinstein Company, aujourd’hui en faillite. La sainte paie ainsi pour les péchés d’Harvey, preuve, s’il en fallait encore une, que « le royaume n’est pas de ce monde ». Cette circonstance ajoute encore à l’étrangeté de ce projet, dans lequel on retrouve aussi bien les traces des efforts de Pasolini pour donner un visage cinématographique aux textes sacrés que les figures les plus sulpiciennes de la tradition hollywoodienne. Ces aspirations contradictoires – la rigueur et le pathos – empêchent le film de s’élever jusqu’aux hauteurs auxquelles il aspire.
Selon Helen Edmundson et Philippa Goslett, les scénaristes, Marie de Magdala (Rooney Mara) était sur le point de fâcher son père (Tchéky Karyo) et son frère (Denis Ménochet) tant elle mettait de mauvaise volonté à choisir un époux, au moment où Jésus de Nazareth (Joaquin Phoenix) fit un détour par son village des bords du lac de Tibériade, accompagné des apôtres Pierre (Chiwetel Ejiofor) et Judas (Tahar Rahim). Le récit fait des efforts presque surhumains pour concilier les éléments présents dans les évangiles (l’exorcisme de Marie Madeleine par le Christ, son compagnonnage avec Marie) et la thèse ici avancée, qui se fonde en partie sur certains textes apocryphes : le christianisme primitif était une affaire de femmes qui fut confisquée par des mâles, au premier rang desquels Pierre.
On laissera le fond de l’affaire aux théologiens, mais on est forcé – en tant que spectateur – de constater que cette position enferme Garth Davis dans un dilemme insoluble, l’imagination étant toujours contrainte par le respect témoigné, en dernière instance, aux textes canoniques, ce respect devant lui-même s’accommoder des lois du spectacle. Ce qui a pour effet d’entraver le développement des personnages, quels que soient les efforts des acteurs (de ce point de vue, Tahar Rahim et son Judas bipolaire, qui passe de l’exaltation révolutionnaire au défaitisme abject, s’en tire mieux que d’autres).
Hétérogénéité de la distribution
On aura remarqué l’hétérogénéité de la distribution, qui parle anglais avec une belle diversité d’accents, à l’exception des deux rôles principaux. Rooney Mara, incisive, opaque, comme à son habitude, se permet de suggérer toutes les dimensions de l’attraction qu’exerce Jésus sur Marie Madeleine. Le messie de Joaquin Phoenix est à mi-chemin entre la star du rock alternatif (quel fardeau que la popularité) et le mutant qui n’est pas seulement humain, une combinaison qui ne trouve pas toujours de sens. La diversité des origines des acteurs qui interprètent les apôtres n’est jamais mise en œuvre, apparaissant comme un parti pris sympathique dont le metteur en scène n’a su que faire.
Le scénario situe la rencontre entre la sainte et le messie quelques semaines avant la passion. Celle-ci prend possession du film (qui évite heureusement les excès sanguinolents de la lecture qu’en fit Mel Gibson), révélant ainsi ses faiblesses. Malgré les efforts des costumiers et des décorateurs (lin tissé grossièrement et paysages de la Basilicate, comme dans L’Evangile selon saint Mathieu, de Pasolini), il ne s’agit plus que de réciter une histoire qui a déjà défait la plupart des réalisateurs qui l’ont affrontée.

Film britannique et américain de Garth Davis. Avec Rooney Mara, Joaquin Phoenix, Chiwetel Ejiofor, Tahar Rahim (2 heures). Sur le Web : fr.universalpictures.ch/mary-magdalene et www.marymagdalenefilm.co.uk



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Le film de Mauro Bolognini, avec Mastroianni et Claudia Cardinale, ressort en salle en version restaurée.
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Reprise : avec Antonio, Marcello déchirait son image de « latin lover »

Le film de Mauro Bolognini, avec Mastroianni et Claudia Cardinale, ressort en salle en version restaurée.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 07h26
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 08h06
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


De retour dans sa ville natale de Catane en Sicile, Antonio Magnano (Marcello Mastroianni) jouit d’une solide réputation d’homme à femmes. Ses parents, qui ont contribué à nourrir cette image de coureur de jupons, ont arrangé un mariage entre leur fils et la belle et sage Barbara Puglisi (Claudia Cardinale), la fille du notaire. Les deux tourtereaux fraîchement mariés s’installent à la campagne, mais c’est alors que la rumeur se propage : le mariage n’aurait pas été consommé, et la famille de Barbara menace d’annuler cette union.
Le Bel Antonio, dont le scénario, coécrit par Pier Paolo Pasolini, est tiré d’un roman de Vitaliano Brancati, accomplit l’étonnante et comique prouesse de ne parler, pendant une heure quarante-cinq, que de sexualité, tout en reconduisant la formule qui dit que ceux qui en parlent le plus sont ceux qui le font le moins.
Prisonnier de sa réputation
Et c’est surtout la vie sexuelle d’Antonio qui est au cœur des conversations, mâle dominant salué sur son passage par tous les habitants de Catane. A travers lui s’exalte une certaine idée de la masculinité : être un homme, c’est être fertile, volage, viril.
Antonio est à ce point célébré qu’une inquiétude finit par poindre : serait-il autre chose qu’un coq dans une basse-cour ? Là où il passe, l’homme fait l’objet de commentaires élogieux et de compliments, comme si sa vie sexuelle, dont il est absolument dépossédé, était semblable à un match de foot que tout le monde aurait regardé la veille. Par cette invraisemblable logorrhée collective aussi comique qu’effrayante, le brûlot ne se fait pas attendre. Car à travers cette caricature, c’est la société italienne qui est visée : l’Eglise catholique, l’asphyxiante cellule familiale et le voile d’hypocrisie qui crée un profond déséquilibre entre l’expérience des hommes et l’immaturité sexuelle des femmes.
« Le Bel Antonio » fait remonter à la surface ces forces contraires qui hantent un homme au point qu’il ne puisse plus jouir
Celles-ci, victimes d’une vision puritaine, se divisent d’ailleurs en deux catégories : il y a celles avec lesquelles on prend du plaisir, et celles, sacralisées, avec lesquelles on se marie ; la vision puritaine et dissociée de la femme entre la maman et la putain.
C’est de cette impossible réconciliation entre deux images que souffre Antonio. Un détail en rend compte : l’homme tombe amoureux de sa future femme sans l’avoir jamais vue, si ce n’est en photo. Barbara est une icône, un « ange », comme Antonio aime à l’appeler, elle est donc intouchable. Et c’est pourtant elle qui se plaint de ne pas être « honorée » par son mari. Si bien qu’on ne sait plus ce que signifie respecter une femme : la toucher ou la tenir à distance.
Très habilement, et sous les atours d’une fable qui évoque à beaucoup d’égards le cinéma de Luis Buñuel et une version inversée de Cet obscur objet du désir, Le Bel Antonio parvient à faire remonter à la surface tout cet arrière-fond de forces contraires qui hante un homme au point qu’il ne puisse plus jouir.
Etonnante actualité
Antonio, prisonnier de sa réputation, c’est aussi Marcello Mastroianni qui, de concert avec Mauro Bolognini, s’amuse à déchirer l’image de latin lover qui lui a toujours collé à la peau, à la manière d’un Cary Grant qui aimait à mettre en scène sa part féminine et bisexuelle dans les films de Howard Hawks – Le Bel Antonio sort quelques mois après La Dolce Vita.
D’une étonnante actualité, le film raconte de manière très limpide que la sphère la plus intime, la sexualité, n’est pas un monde hors-sol. Elle est soumise à l’air du temps. Peut-être est-ce là une des constantes du cinéma italien de l’époque, qui n’a cessé de mettre en scène cette bataille entre l’individu et le collectif, tentant de faire reculer la famille, la société et la religion, pour qu’enfin puissent triompher l’intimité, l’imaginaire, le fantasme.

Film italien de Mauro Bolognini (1961). Avec Marcello Mastroianni, Claudia Cardinale, Pierre Brasseur, Tomas Milian (1 h 45). Sur le Web :



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ La réalisatrice Stéphane Mercurio a recueilli les témoignages d’anciens prisonniers qui racontent une vie brutale et déshumanisante.
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« Après l’ombre » : retour sur la vie en détention

La réalisatrice Stéphane Mercurio a recueilli les témoignages d’anciens prisonniers qui racontent une vie brutale et déshumanisante.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 07h24
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Après avoir consacré son premier long-métrage (A côté, 2007) aux témoignages de compagnes de détenus qui attendaient l’heure du parloir, Stéphane Mercurio poursuit sa réflexion sur le système pénitentiaire français raconté par ceux qui le subissent. Dans Après l’ombre, la documentariste suit le metteur en scène Didier Ruiz alors en pleine répétition de sa pièce où d’anciens détenus de longue peine et la compagne d’un ancien prisonnier reviennent sur leur quotidien en prison ou auprès d’un détenu.
A travers leurs témoignages, c’est l’histoire d’un système pénitencier brutal et déshumanisant qui se raconte et qui affecte chaque strate de l’intimité : la vie de famille, la sexualité, la santé physique et mentale. Sans jamais tomber dans le misérabilisme, Après l’ombre, et avec lui, la pièce de Didier Ruiz, est là comme un écrin venant recueillir les souvenirs de ces hommes meurtris mais toujours infiniment dignes.
Une évidente portée politique
Emouvant, le film n’en est pas moins aussi un document précieux sur les conditions de détention des prisonniers de longue peine. On apprend ainsi comment un détenu se débrouillait pour pouvoir mener un semblant de vie sexuelle en passant par les petites annonces d’un journal, ou comment beaucoup d’entre eux se sont vus refuser une permission pour assister aux obsèques de leurs proches.
Lors d’une séquence où les anciens détenus travaillent avec une chorégraphe, l’un d’eux s’arrête et avoue ne pas pouvoir supporter d’être touché depuis trente ans, trop habitué à l’être « pour et par la violence ». D’un dispositif simple et ténu, Stéphane Mercurio tire un film juste et d’une évidente portée politique.

Documentaire français de Stéphane Mercurio (1 h 33). Sur le Web : www.docks66.com/distribution/apres-lombre



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Première adaptation animée du classique de l’écrivain américain, le film d’Alexandre Espigares se distingue par son exigence plastique et son scénario habile.
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« Croc-Blanc » : Jack London reprend des couleurs

Première adaptation animée du classique de l’écrivain américain, le film d’Alexandre Espigares se distingue par son exigence plastique et son scénario habile.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 07h23
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Les animaux ne parlent pas, n’ont pas la texture d’un artefact signé Jeff Koons, et les paysages – plutôt que d’avoir été générés par des algorithmes diaboliques – donnent l’impression d’avoir été dessinés puis peints. Bref, cette adaptation de Croc-Blanc, la première à recourir à l’animation, se distingue aussi nettement de la meute des produits destinés à la jeunesse que le bâtard de loup et de chienne imaginé par Jack London du reste des chiens de traîneau.
La texture des images renvoie sans cesse à l’acte de peindre
La première partie de ce premier long-métrage d’Alexandre Espigares (Oscar du court-métrage d’animation en 2013 pour le remarquable M. Hublot) procure un perpétuel étonnement. La situation n’a pourtant rien d’exceptionnel : une femelle élève son petit dans une nature sauvage. Mais le parti pris de ne pas infliger le langage des humains aux animaux, la palette étonnamment nuancée et la texture des images qui renvoie sans cesse à l’acte de peindre – quand bien même certaines d’entre elles sont d’origine numérique –, donne à cette succession de saynètes une fraîcheur que l’on croyait morte avec la maman de Bambi.
Le prologue, qui montre Croc-Blanc, adulte, aux mains d’un sinistre individu qui le force à affronter d’autres chiens, a pourtant averti. Jack London s’intéressait d’abord à la capacité de corruption de la société humaine sur ses membres et sur les espèces qui l’entourent. Le film peut se lire aussi comme une descente aux enfers. Après avoir quitté son eden boréal (l’histoire est située pendant la ruée vers l’or du Klondike, dans les dernières années du XIXe siècle), Croc-Blanc est d’abord domestiqué par des Amérindiens avant de tomber sous la coupe de Beauty Smith, organisateur de combats canins.
Plaisir rare
Le volet humain du récit emporte moins l’adhésion. Si les méchants prennent des allures cauchemardesques (et l’on pourra se demander, au sujet de Beauty Smith, s’il est bien convenable d’enseigner aux enfants que difformité physique et perversité morale vont de pair), les gentils, nobles sauvages et pionniers vertueux ont le physique insipide de tous leurs prédécesseurs du cinéma d’animation, du prince charmant de Blanche Neige à Pocahontas.
Ces défauts restent véniels si on les met en rapport avec le plaisir rare que procure Croc-Blanc. Il offre l’occasion d’aller au cinéma avec un(e) très jeune spectateur/trice en sortant de l’habituel dilemme qui oblige à choisir entre les films à deux niveaux, l’un naïf pour les enfants, l’autre plein de références humoristiques à l’usage des parents, ou des productions qui prennent les enfants pour de parfaits benêts. Cette fois, quel que soit le tarif dont on bénéficie, d’enfant à senior, on aura vu le même film.

Film d’animation français et luxembourgeois d’Alexandre Espigares (1 h 25). Sur le Web : crocblanc-lefilm.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Sous des airs de petit « teen movie » sans prétention, le cinéaste Matan Yair signe un film étonnant et d’une grande intelligence d’écriture.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤                     
                                                

« Les Destinées d’Asher » : un film d’école loin des clichés

Sous des airs de petit « teen movie » sans prétention, le cinéaste Matan Yair signe un film étonnant et d’une grande intelligence d’écriture.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 07h21
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Adolescent de 17 ans, Asher Lax est un garçon impulsif et colérique. Son quotidien se partage entre le lycée et son père qui aimerait voir son fils arrêter ses études pour rejoindre l’affaire familiale d’échafaudages. Mais l’adolescent commence à prendre goût aux cours de littérature de son prof Rami et décide de sérieusement préparer l’épreuve littéraire du baccalauréat.
Sous ses airs de petit « teen movie » sans prétention se cache un film fin, étonnant et d’une grande intelligence d’écriture. Cette réussite tient à la justesse avec laquelle le cinéaste Matan Yair, lui-même ancien professeur de littérature et d’histoire, orchestre ses scènes de cours, très loin des clichés habituels du film d’école.
Entre humour et gravité
Cette finesse se retrouve dans la manière dont le cinéaste approche son héros (joué par le jeune acteur Asher Lax qui prête son nom au héros qu’il incarne), boule d’énergie difficilement appréhendable parce qu’habitée par des forces contraires : désinvolture et sens du devoir, colère et tendresse, ironie et mélancolie.
A son image, Les Destinées d’Asher est toujours pris dans une tension entre humour et gravité, circule gracieusement de l’un à l’autre dans un refus de figer les situations comme les identités. Le surgissement d’un drame qui affectera profondément Asher et la manière dont le cinéaste négocie ce virage étonne par un sens de la réinvention permanente où aucun événement ne se laisse anticiper.



Film israélien et polonais de Matan Yair. Avec Asher Lax, Ami Smolartchik, Jacob Cohen (1 h 33). Sur le Web : www.acaciasfilms.com/film/les-destinees-dasher



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Le réalisateur Walid Mattar dépeint avec justesse et tendresse le quotidien de ses deux héros.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤                     
                                                

« Vent du Nord » : le destin croisé de deux ouvriers entre France et Tunisie

Le réalisateur Walid Mattar dépeint avec justesse et tendresse le quotidien de ses deux héros.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 07h20
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Nord de la France. Lorsqu’une usine s’apprête à être délocalisée, Hervé, qui y travaille, est le seul à se résigner. Ce sera pour lui l’occasion d’enfin vivre de sa passion, la pêche. A priori tout le sépare de Foued, un jeune Tunisien qui vit avec sa mère dans la banlieue de Tunis. C’est pourtant là que l’usine d’Hervé est relocalisée, ce qui permettra à Foued de trouver un travail et de soigner sa mère.
Intriquant ensemble le destin de deux ouvriers que des milliers de kilomètres séparent, le cinéaste tunisien Walid Mattar tente de rendre compte de l’immuabilité de la condition ouvrière et de la solidarité secrète qui lie entre eux deux ouvriers, un Français et un Tunisien.
Un film qui en contiendrait deux
Il y a une forme de justesse et de précision dans la manière qu’a le cinéaste de dépeindre le quotidien de ses deux héros, beaucoup de tendresse lorsqu’il s’agit d’évoquer la vie de famille, le sentiment amoureux ou celui d’une frustration tenace face à une condition que le cinéaste filme comme un destin dont il est difficile de se déprendre.
Pour autant, Vent du Nord donne le sentiment, assez déroutant, d’assister à un film qui en contiendrait deux, celui d’Hervé et celui de Foued, et qui ne cessent de s’interrompre l’un l’autre. Ces deux trajectoires sont finalement unies par un lien trop ténu et artificiel qui empêche de voir émerger une unité fictionnelle, un seul et même souffle narratif – ce qui n’interdit pas d’apprécier chacune des parties, mais indépendamment l’une de l’autre.

Film belge, français et tunisien de Walid Mattar. Avec Philippe Rebbot, Corinne Masiero, Mohamed Amine Hamzaoui (1 h 29). Sur le Web : www.kmbofilms.com/vent-du-nord



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Disneynature profite des avancées technologiques pour présenter de somptueuses images sous-marines sous la forme d’un récit lénifiant.
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« Blue » : gentils dauphins et méchants orques

Disneynature profite des avancées technologiques pour présenter de somptueuses images sous-marines sous la forme d’un récit lénifiant.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 07h19
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                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Dans un siècle, les spectateurs de Blue s’émerveilleront de la technologie à l’œuvre dans ce documentaire tourné dans les mers tropicales, de la maîtrise des hommes sur les technologies numériques et robotiques. En revanche, si les océans n’ont pas survécu aux féroces assauts de l’humanité, ces spectateurs du futur n’auront aucune idée de ce qui se jouait alors à la surface et dans les profondeurs marines. Produit par Disney, Blue est fait pour les enfants. On peut les alarmer en mettant en péril la vie d’un baleineau assailli par une troupe d’orques (ne vous en faites pas, il survivra), la doctrine de la maison de Burbank interdit de leur montrer le contraste entre un récif corallien vivant et un autre dévasté par l’acidification des mers.
Sur une musique tonitruante de Steve Prince et un commentaire lénifiant lu avec infiniment de patience par Cécile de France, Blue est centré autour des aventures d’un jeune dauphin, qui apprend – nous dit l’interprète de L’Auberge espagnole – les rudiments de la vie marine sous la direction ferme et affectueuse d’une mère modèle.
Nuée d’opérateurs
En apparence, l’anthropomorphisme a reculé dans le cinéma animalier produit par la maison Disney. Les prédateurs ne sont plus cruels, ils sont simplement comme ça ; on ne prête plus de pensées abstraites aux êtres que l’on filme. Reste que le scénario de Blue plie les images à ses exigences : celles du récit d’apprentissage. Suivant les instructions maternelles, Blue le dauphin réussit enfin à former un cercle de vase en suspension dans un haut fond marin, afin de nourrir ses congénères. Les petits spectateurs auront ainsi compris les vertus de l’altruisme et du respect des aînés.
Pour profiter des plans extraordinaires saisis par la nuée d’opérateurs mobilisés pour l’occasion, il faut faire abstraction de cet emballage et se laisser aller aux images du vol d’une seiche géante, des surgissements d’une squille multicolore, crustacé sorti d’une rêverie lysergique.

Documentaire américain de Keith Scholey et Alastair Fothergill (1 h 18). Sur le Web : zoom.disneynature.fr/cinema/blue et nature.disney.com



                            


                        

                        

