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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-1"> ¤ « Questions directes » sera diffusé tous les quinze jours, le mercredi en deuxième partie de soirée. Le premier numéro, diffusé ce soir, est consacré à la menace terroriste.
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Julian Bugier étrenne sa nouvelle émission de débats sur France 2

« Questions directes » sera diffusé tous les quinze jours, le mercredi en deuxième partie de soirée. Le premier numéro, diffusé ce soir, est consacré à la menace terroriste.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 18h16
    |

                            Mathieu Ait Lachkar








                        


Magazine sur France 2
À 22 h 35

   


Julian Bugier en fait la promesse : « Il n’y aura pas d’idéologies. » Pour le joker d’Anne-Sophie Lapix au 20 heures de France 2, « dans un débat sur la religion ou la laïcité, on a systématiquement Manuel Valls d’un côté, et Rokhaya Diallo de l’autre. Résultat, on est vite dans des extrêmes et des idéologies. »
Grâce à « Questions directes », l’animateur de 36 ans espère justement sortir de cette verticalité du débat, souvent accaparé par la parole d’experts, de politiques, et autres intellectuels. « Leur donner la parole est normal car leur avis compte. Mais il y a aussi des milliers de gens qui disent des choses très intéressantes, et que l’on entend moins », estime Julian Bugier.
Voilà pourquoi il souhaite réinvestir le champ du débat de société, en donnant cette fois-ci la parole aux Français. Ainsi, deux fois par mois, en alternance avec « La soirée continue » dont il est aussi l’animateur, et « Dans les yeux d’Olivier », « Questions directes » abordera une problématique choisie en fonction de l’actualité. Et pour sa première, qui devait être consacrée à l’égalité des sexes, l’émission traitera finalement de la menace terroriste en résonance avec l’attaque de Trèbes (Aude).
Dans sa construction, le magazine produit par Maximal Productions, par ailleurs producteur de « C dans l’air » sur France 5, devrait débuter par un magnéto de contextualisation du sujet. S’ensuivra alors une première prise de parole citoyenne afin d’établir un constat. Une fois celui-ci posé, tour à tour, la douzaine d’invités débattra quatre-vingt-dix minutes durant. En fin d’émission ils tenteront chacun d’apporter leur réponse à la question. Le tout en direct, en public, et alimenté par des reportages tournés en France ou à l’étranger, ainsi que par des sondages de l’institut Ipsos.
France 2 pousse la philosophie jusqu’au bout en proposant un décor sans table pour éviter toute hiérarchisation physique des paroles. Ce nouveau format confirme Julian Bugier comme étant un des visages phare de France Télévisions. Après le magazine de consommation, « Tout compte fait », diffusé chaque samedi après-midi sur France 2, l’animateur endossera avec « Questions directes » un rôle qu’il a l’habitude d’exercer pendant les débats de « La soirée continue », même si, il avoue, « là l’enjeu est de taille car il va falloir maîtriser douze personnes en direct pendant plus d’une heure ».
« Questions directes », magazine présenté par Julian Bugier (Fr., 2018, 90 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-2"> ¤ Sacha Ghozlan, président de l’UEJF, dénonce des actes commis sur ce local de Tolbiac « le jour de la marche blanche pour Mireille Knoll, ce qui n’est pas anodin ».
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Un local de l’Union des étudiants juifs de France saccagé à l’université Paris-I

Sacha Ghozlan, président de l’UEJF, dénonce des actes commis sur ce local de Tolbiac « le jour de la marche blanche pour Mireille Knoll, ce qui n’est pas anodin ».



Le Monde
 |    28.03.2018 à 18h14
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 18h28
    |

            Adrien de Tricornot








                        


Un local utilisé par l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) a été saccagé, et ses murs recouverts d’inscriptions à caractère antisémite, sur le site Tolbiac de l’université Paris-I, a annoncé le président de l’UEJF, Sacha Ghozlan, qui a constaté les dégâts, mercredi 28 mars, vers 13 heures. Une vidéo diffusée sur le compte Twitter de l’association montre une armoire éventrée, et des inscriptions telles qu’« A mort Israël », « vive Arafat » ou « local sioniste raciste anti-goy » et « Palestine vaincra », ainsi que des aplats de peinture noire : « visiblement d’autres tags ont été effacés, avant la découverte des locaux, avec la même peinture, sans que l’on sache s’il s’agissait des mêmes messages que ceux laissés visibles, ou bien d’autres inscriptions », précise au Monde M. Ghozlan.

L'UEJF dénonce le saccage du local de l’UEJF (FEDER) à l’Universite Paris 1 Sorbonne et demande au président de l’U… https://t.co/VUnNmQD5sz— uejf (@UEJF)


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Les faits se sont probablement produits dans la matinée, selon lui, alors que le centre Tolbiac-Pierre-Mendès-France de Paris-I est occupé depuis plusieurs jours par des étudiants demandant le retrait de la loi orientation et réussite des étudiants (ORE), qui réforme l’accès à l’université, et la loi asile-immigration.
Journée de deuil national, avant la marche blanche pour Mireille Knoll
A Tolbiac, « cela faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu d’actes aussi éclatants ou forts d’antisémitisme. Mais dans les universités, la haine d’Israël sert bien souvent de prétexte pour s’en prendre aux étudiants juifs », ajoute Sacha Ghozlan, citant l’annulation récente d’un festival culturel sur Israël à l’université de Lille. Il souligne aussi que la dégradation du local « intervient le jour de la marche blanche pour Mireille Knoll, ce qui n’est pas anodin ». La manifestation doit rendre hommage à cette octogénaire juive, survivante de la rafle du Vél’ d’Hiv, assassinée dans son appartement. Le président de l’UEJF a aussi déclaré :
« Je demande au président de l’université d’agir rapidement pour mettre fin au blocus et mettre tout en œuvre pour identifier les auteurs de ce saccage d’un local d’étudiants juifs parce qu’ils sont juifs. »
Dans un communiqué, la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a condamné « avec la plus grande fermeté ces dégradations honteuses », à « caractère antisémite ». « En cette journée de deuil national et à quelques heures de la marche blanche en hommage à Mireille Knoll, il est plus que jamais nécessaire de replacer au cœur de notre société les valeurs fondamentales de respect, de solidarité et de fraternité », a-t-elle ajouté.

Toute la lumière doit être faite sur les dégradations et les tags à caractère antisémite découverts aujourd’hui à l… https://t.co/S9OYjon0Wz— VidalFrederique (@Frédérique Vidal)


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Sacha Ghozlan a affirmé qu’il allait « déposer plainte au commissariat ». Ariel Goldmann, président du Fonds social juif unifié (FSJU) – qui soutient l’UEJF –, s’est dit « extrêmement choqué par cet acte lâche qui apparaît à un moment compliqué pour la nation et les Français juifs ». Le chancelier des universités de l’académie de Paris, Gilles Pécout, a réagi également sur Twitter, prévenant que « ces actes seront instruits avec la sévérité qui s’impose ».

Je tiens, comme chancelier des universités @Academie_Paris, à assurer de ma solidarité la communauté étudiante et u… https://t.co/xifidiwAah— GillesPecout (@Gilles Pécout)


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-3"> ¤ Le rassemblement mercredi, place de la Nation à Paris, a été organisé par le CRIF, en hommage à la rescapée de la Shoah dont le meurtre à caractère antisémite a provoqué une vive émotion.
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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-4"> ¤ De Marine Le Pen à Laurent Wauquiez, des responsables politiques qui jugent les lois trop permissives occultent l’existence de textes permettant déjà nombre d’applications.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

Terrorisme, radicalisation : un arsenal de lois déjà bien fourni

De Marine Le Pen à Laurent Wauquiez, des responsables politiques qui jugent les lois trop permissives occultent l’existence de textes permettant déjà nombre d’applications.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 17h23
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 17h47
    |

            Adrien Sénécat








                        


Un attentat, une nouvelle loi ? Au lendemain des événements de Trèbes (Aube), plusieurs responsables politiques, de Marine Le Pen à Laurent Wauquiez, réclament de nouvelles mesures pour poursuivre les individus dans la mouvance terroriste. Certaines de leurs pistes, notamment concernant les personnes fichées « S », sont difficilement applicables, comme l’a rappelé à plusieurs reprises Le Monde.
Surtout, elles laissent parfois penser qu’il serait impossible, en l’état actuel, de poursuivre en France des individus dangereux, sur le point de commettre des actes terroristes. Les limites de la lutte antiterroriste sont-elles vraiment le fait d’un arsenal juridique trop maigre ? Tour d’horizon (non exhaustif) des réponses déjà prévues par la loi dans différents cas.
Ceux qui ont déjà commis des actes en lien avec une entreprise terroriste
Un chapitre entier du code pénal est consacré au terrorisme. L’article 421 donne une définition assez large de ces actes. Ainsi, toute une série d’infractions sont considérées comme des actes de terrorisme « lorsqu’elles sont intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ».
La liste des faits visés inclut notamment :
les atteintes aux personnes (atteintes à la vie ou à l’intégrité physique, enlèvements, séquestrations…) ;les atteintes aux biens (vols, destructions, dégradations…) ;les infractions en matière d’armes, de produits explosifs ou de matières nucléaires ;les infractions de blanchiment ;les délits d’initié ;les attaques qui viseraient à contaminer l’environnement (l’air, le sol, les aliments, les eaux…) ;le fait de participer à un groupement formé pour préparer un attentat ;le fait de financer une entreprise terroriste.
Ainsi, le code pénal ne permet pas seulement de poursuivre les combattants terroristes, mais aussi leurs éventuels complices. Par exemple, une quinzaine de personnes sont poursuivies pour avoir, à des degrés divers, apporté une aide logistique à Amedy Coulibaly dans les attentats de janvier 2015.
Dès lors qu’elles sont jugées comme actes de terrorisme, toutes ces infractions font l’objet de sanctions plus sévères que sans ce qualificatif aggravant : jusqu’à la prison à perpétuité pour les faits « normalement » punis de trente ans de prison maximum, trente ans de prison au lieu de vingt, et ainsi de suite.

        Lire (en édition abonnés) :
         

          « Charlie Hebdo » et Hyper Cacher : trois ans après les attentats, l’enquête sera close en 2018



Ceux qui prévoient de passer à l’acte
Autre point qui mérite d’être rappelé dans ce débat : le code pénal ne punit pas que le fait de commettre des actes terroristes, il punit aussi le fait d’en préparer. C’est « l’association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes », et l’article 421-2-1 du code pénal prévoit justement que « constitue également un acte de terrorisme le fait de participer à un groupement formé ou à une entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d’un des actes de terrorisme ». Ce n’est donc pas seulement la réalisation, mais aussi l’intention qui est visée.
On peut, par exemple, rappeler le cas de trois candidats au djihad interpellés à l’aéroport de Saint-Etienne en 2012, avant leur départ. Ces derniers avaient été condamnés en 2014 à des peines de quatre à cinq ans de prison ferme, sans jamais avoir mis les pieds en Syrie.
A cette aune, le cas des individus fichés « S » les plus dangereux, régulièrement agité par certains responsables politiques, ne pose plus tant un problème de droit (il est tout à fait possible de poursuivre des personnes qui projettent des actes terroristes) que de renseignement et de suivi. L’enjeu est alors de savoir si les individus les plus dangereux ont bien été identifiés et si les autorités disposent de suffisamment de charges à leur encontre pour les poursuivre.

        Lire :
         

          « Impunité » pour les candidats au djihad : Benoist Apparu contredit par les faits



Ceux qui sont de nationalité étrangère
La loi prévoit la possibilité d’expulser des personnes étrangères sous condition. Par exemple, celles qui représentent « une menace grave ou très grave pour l’ordre public », qu’elles disposent d’un titre de séjour valide ou non. Il n’est pas nécessaire que la personne visée ait déjà fait l’objet d’une condamnation pénale, mais la mesure d’expulsion doit être « proportionnée » à la menace que représente la personne.
Cette procédure concerne les résidents étrangers qui viennent de pays non membres de l’Union européenne, mais une procédure particulière existe également pour les Européens.
Par ailleurs, les binationaux naturalisés français depuis moins de quinze ans au moment des faits de terrorisme peuvent être déchus de leur nationalité française.
Ceux qui affichent leur sympathie avec le terrorisme
L’article 421-2-5 du code pénal prévoit le cas spécifique de l’incitation au terrorisme et de l’apologie des actes terroristes. La peine encourue pour ces délits est de cinq ans de prison et 75 000 euros ainsi que sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende « lorsque les faits ont été commis en utilisant un service de communication au public en ligne ». 
C’est, par exemple, à ce titre que l’ancien candidat de La France insoumise Stéphane Poussier a été condamné, le 27 mars, à un an de prison avec sursis, ainsi qu’à une privation de ses droits civiques pendant sept ans. Il s’était réjoui, sur Twitter et Facebook, de la mort du lieutenant-colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame.
Ceux qui incitent au terrorisme sous couvert de religion
La liberté religieuse est garantie en France, notamment par l’article 1 de la Constitution qui dit que la République « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion [et] respecte toutes les croyances. »
En revanche, l’apologie du terrorisme est punie, tout comme les appels à la violence ou à la haine d’une manière générale. C’est sur cette base que des poursuites ont pu être engagées contre des imams ou que des mosquées salafistes ont été fermées.
Des imams étrangers peuvent être expulsés pour les mêmes raisons : le 8 mars, une commission de magistrats a ouvert la voie à l’expulsion de l’imam salafiste algérien El Hadi Doudi, qui officiait à Marseille. L’intéressé est accusé d’avoir mené des prêches radicaux et haineux à l’encontre des juifs et de ceux qu’il qualifie de « mécréants ».

        Lire :
         

          Après les attentats de l’Aude, des propositions contre le terrorisme difficilement applicables






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-5"> ¤ Dans « Porn Valley », la journaliste Laureen Ortiz brise tout fantasme ou apparence de glamour qui pourrait encore exister autour de l’industrie du X, « la plus décriée de Californie ».
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

Bienvenue à Pornoland

Dans « Porn Valley », la journaliste Laureen Ortiz brise tout fantasme ou apparence de glamour qui pourrait encore exister autour de l’industrie du X, « la plus décriée de Californie ».



Le Monde
 |    28.03.2018 à 17h04
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 17h42
    |

            Hélène Bekmezian








                        



   


Livre. Assise sur un canapé posé dans un garage quelque part sous le soleil de Los Angeles, Laureen Ortiz préfère, à ce moment précis, « se concentrer sur le petit chien qui se dandine autour [d’elle], une espèce de caniche blanc minuscule respirant l’innocence ». La journaliste, en pleine enquête de terrain, est allée au plus près de son sujet, et l’animal n’est pas de trop pour apaiser son malaise : « J’imagine que lui aussi ne comprend pas tout ce qui se passe ici. A ses yeux, une scène de sodomie est sans doute une bagatelle. Pour moi, c’est plus difficile, comme ça, en direct. Les gouttes de transpiration se transforment en sueur froide. » Bienvenue dans la réalité des films pornographiques.
Dès les premières pages de Porn Valley, cette journaliste indépendante basée à Los Angeles brise tout fantasme ou apparence de glamour qui pourrait encore exister autour de l’industrie du X, « la plus décriée de Californie », comme l’annonce le sous-titre.
Recul des limites de l’acceptable
Plus de cent vingt ans après le premier film à caractère pornographique, sorti en 1896 en France, les protagonistes du secteur eux-mêmes affichent un certain écœurement. Il suffit pour s’en convaincre de faire un tour sur le compte Twitter du réalisateur Mike Quasar, cité à de nombreuses reprises par l’auteure du livre. Dans ses messages, le cynisme le dispute au dégoût, comme lorsqu’il se plaint d’être obligé de devoir rester, pour le montage d’un film, devant son ordinateur pendant son jour de congé « jusqu’à ce que [ses] yeux saignent ».

When you're "day off" requires you to sit in front of a computer until your eyes bleed. https://t.co/B6nQsTbDOk— mikequasar (@Mike Quasar)


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Après un énième tournage mettant en scène une femme et son supposé demi-frère, il écrit avoir perdu toute « dignité ». Car ce que raconte surtout Laureen Ortiz dans cette passionnante enquête narrée à la première personne, c’est le virage inquiétant qu’a pris le milieu depuis quelques années, avec le développement des sites de diffusion de vidéos X gratuites et le recul toujours plus loin des limites de l’acceptable. Un membre de l’industrie raconte : « Dans les années 1980, on a inventé le porno dit “tabou”. Ça a donné une flopée de scénarios du genre “infirmière et patient”, “prêtre et bonne sœur”, “élève et professeur”, bon. Maintenant, c’est “père et fille”, “frère et demi-sœur”, tu vois le genre. » « Plus c’est déviant, mieux c’est », appuie un autre.
MindGeek, détentrice de tous les gros « tubes »
Désormais, une entreprise tentaculaire, dont le nom pourrait la faire passer pour une sympathique start-up, fait la pluie et le beau temps sur l’industrie et sur les scénarios de ces films : MindGeek. Détentrice de tous les gros « tubes » (ces sites qui diffusent du porno gratuitement), la boîte a racheté un à un la plupart des studios de la vallée de San Fernando, surnommée « Porn Valley ».
Début 2017, la réalisatrice française et ex-actrice X Ovidie avait déjà dénoncé, dans son documentaire Pornocratie, les pratiques de cette société que tout le monde connaît dans l’industrie du X mais que personne n’a jamais vue. « Barricadés à Montréal, en Floride, à Chypre, ainsi que dans divers paradis fiscaux », les dirigeants de MindGeek se sont imposés par la force et à distance. « Ils se sont construits sur le piratage, sur le vol de nos œuvres, puis ils sont devenus si gros qu’on a dû apprendre à travailler avec eux », résume l’actrice X Tasha Reign.
Les filles arrivent, se préparent, se déshabillent, exécutent des figures relevant du sport de combat extrême, puis se barrent, le corps en lambeaux. Les bleus apparaissent les jours suivant
« Tout vient du Canada. Ils nous envoient le script, le choix des filles, la catégorie, etc. Nous, on tourne, c’est tout », raconte un chef opérateur ayant requis l’anonymat. Les yeux rivés sur les algorithmes et l’analyse des données de leurs sites – davantage que sur la plastique des acteurs –, ces financiers avisés ont changé la donne dans la Porn Valley.
Sur les tournages, « les filles paraissent isolées. Elles arrivent, se préparent, se déshabillent, exécutent des figures relevant du sport de combat extrême, puis se barrent, le corps en lambeaux. Les bleus apparaissent les jours suivant », raconte Laureen Ortiz, que l’on suit dans ses doutes, ses impasses, ses questionnements.
Industrie sordide et impitoyable
Pour autant, l’industrie n’a pas attendu MindGeek pour être sordide et impitoyable, surtout avec les filles. Comme le dit une autre actrice, Nina Hartley, « faire du porno, ce n’est pas une question de morale, mais de classe sociale ». Les biographies des filles sont truffées de pères alcooliques, de mères toxicomanes, de violences sexuelles et, très souvent, nourries d’une éducation catholique très stricte.
Sur elles, le piège du X se referme très vite. « Au départ, tu ne comprends pas bien dans quoi tu tombes. Puis une fois que tu y es, tu ne peux plus en sortir », témoigne Phyllisha, ex-actrice et fil rouge du livre. Rob Spallone, réalisateur et « encyclopédie ambulante du porno », sort, lui, de ses vieux souvenirs l’histoire d’« une fille, très belle » : « Elle débarque et me dit qu’elle veut faire que du fille-fille. Tu parles ! Quatre mois plus tard, elle était au milieu d’un gang bang ! Sinon, tu dures pas et tu gagnes pas ta vie. »
Les morts par overdose ou les suicides de filles du X ne datent pas non plus de l’arrivée d’Internet, mais depuis quelques mois, leur rythme semble s’être tristement accéléré
La santé est un enjeu majeur de l’industrie, et ce n’est pas (que) à cause de MindGeek que les producteurs se sont élevés contre le port du préservatif. Quand celui-ci est devenu obligatoire, en 2012, les studios se sont simplement mis à filmer sans autorisation (entre 2012 et 2015, les demandes de permis de tourner des films X à Los Angeles ont chuté de 95 %).
Outre le VIH, « les staphylocoques sont monnaie courante », rapporte Phyllisha, qui pense être « protégée par une bonne étoile », puisqu’elle n’a attrapé « que » une chlamydiose. Les morts par overdose ou les suicides de filles du X ne datent pas non plus de l’arrivée d’Internet, mais depuis quelques mois, leur rythme semble s’être tristement accéléré : entre novembre et janvier, cinq jeunes actrices sont mortes dans des circonstances dramatiques. Une liste qui n’est sûrement pas exhaustive.
« Porn Valley. Une saison dans l’industrie la plus décriée de Californie », de Laureen Ortiz. Premier Parallèle, 320 pages, 19,90 euros



                            


                        

                        


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Le Monde
 |    28.03.2018 à 16h53
    |

                            Zineb Dryef








                        



                                


                            

« Je ne veux plus entendre parler d’amour », a décidé Amira il y a six mois. C’était fin septembre. Elle était au restaurant chinois avec son nouveau copain. Une sortie exceptionnelle. La jeune fille de 22 ans, apprentie esthéticienne dans un salon parisien, avait pensé que ce serait « sympa » de faire quelque chose à deux, de rompre l’ordinaire des soirées en pantalons mous devant l’écran plat de son studio, à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne). « A la base, c’était mon meilleur ami. Comme j’ai pris un studio pas loin de chez mes parents, il venait traîner chez moi quasiment tous les soirs. » 
Au restaurant, devant un bœuf aux oignons, son copain s’est mis à parler d’une autre fille, comme ça, sans précautions particulières – ça s’annonçait plutôt bien, leurs échanges sur Messenger – la messagerie de Facebook – étaient encourageants. Quand elle a explosé, qu’elle lui a demandé s’il se foutait de sa gueule, il n’a pas compris. « Pour lui, on n’était pas ensemble. On s’est embrassé une fois et tout ça… Mais pour lui, je n’étais rien. » Depuis, elle préfère les rencontres sur Tinder. « La plupart des mecs te demandent direct : “Tu fais quoi sur Tinder ? Tu cherches juste un plan cul ou autre chose ? C’est pour que les choses soient claires.” »
« Plans cul »
Amira a donc rejoint les quelque 50 millions d’utilisateurs de l’application mobile. Massivement utilisée par des jeunes – 50 % des utilisateurs ont entre 18 et 24 ans –, Tinder s’est imposée comme un nouveau mode de rencontre, ludique et décomplexé, et a institutionnalisé les possibilités de relations éphémères (également dites « plan cul »). « Internet a banalisé la sexualité, vécue par certains comme un plaisir sans engagement, un loisir comme un autre, décrit le sociologue du couple Jean-Claude Kaufmann. Ce développement d’une sexualité dédramatisée et décomplexée est très impressionnant, comme s’il s’agissait de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-7"> ¤ Christian Medves, Hervé Sosna et Jean Mazières ont été tués par Radouane Lakdim dans les attaques de Carcassonne et Trèbes.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

Attentats dans l’Aude : portraits des victimes

Christian Medves, Hervé Sosna et Jean Mazières ont été tués par Radouane Lakdim dans les attaques de Carcassonne et Trèbes.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 16h42
    |

            Yann Bouchez et 
                                Gilles Rof








                        


Avant de s’attaquer au lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, auquel un hommage national a été rendu, mercredi 28 mars, Radouane Lakdim avait tué trois personnes lors des attentats dans l’Aude, vendredi : Jean Mazières, à Carcassonne, et Christian Medves et Hervé Sosna dans le Super U de Trèbes.

        Lire le portrait :
         

          Le gendarme Arnaud Beltrame, « un mec bien, humain avec ses troupes »



Jean Mazières

   


« Généreux », « honnête », « bon vivant », les qualificatifs sont soigneusement choisis. Puis Marc Rofès, le maire de Villedubert (Aude), résume en une phrase : « Jean, il faisait partie de ce qu’on appelle les gens bien, avec toute la noblesse que portent ces mots. » A la tête de cette petite commune de 350 habitants à 6 kilomètres au nord-est de Carcassonne, « un village sous le choc », M. Rofès connaissait Jean Mazières « depuis cinquante ans ». Ce retraité de 61 ans, passager de la voiture volée par Radouane Lakdim, a été la première victime, vendredi 23 mars au matin, de l’assaillant du Super U de Trèbes.

        Lire aussi :
         

                Attentats dans l’Aude : les obsèques des quatre victimes auront lieu jeudi



Viticulteur à la retraite « depuis une paire d’années », Jean Mazières avait repris le domaine de son père. Ses amis décrivent un homme de la vigne et du terroir, très attaché à ses origines. « Il connaissait l’histoire du village par cœur, raconte Marc Rofès, lui aussi natif de Villedubert. C’était la troisième ou quatrième génération de Mazières sur la commune. » Même s’il aimait voyager dans la région, à Toulouse, en Espagne, le néoretraité ne s’éloignait jamais trop longtemps. « Il était un Villedubertois à fond. C’était un élément important du village, Jean », témoigne Guadeloupe Catuffe. Cette habitante de Villedubert le connaissait très bien : son mari, Didier, président du comité des fêtes depuis trois ans, était l’un de ses amis d’enfance.
« J’aimerais un petit peu qu’on se penche sur les autres victimes qui sont mortes, parce qu’il y a beaucoup de douleur »
Au comité des fêtes, Jean Mazières, marié et père d’un fils de 19 ans, était toujours là quand il fallait donner un coup de main, résument ses proches. Pas le dernier à vouloir danser ou entamer une partie de pétanque. « C’est quelqu’un qui aidait énormément, mais qui était discret, dit Guadeloupe Catuffe. Quand il y avait des gens extérieurs du village, il était un peu plus timide, mais dès qu’on le branchait c’était fini, il partait au quart de tour. » Jean Mazières aimait « rire et raconter des bêtises autour d’une table ». « Comme dit mon mari, il avait le coup de fourchette incroyable », poursuit-elle.
Jean Mazières, qui habitait en bas de Villedubert, dans la partie de l’« ancien village », était connu de tous ceux qui s’impliquaient dans la vie de la commune. « Le lieutenant-colonel Arnaud [Beltrame], le pauvre, il a été magnifique, il n’y aura pas de mots pour qualifier cet homme, il mérite tout ce qu’on fait pour lui, mais j’aimerais un petit peu qu’on se penche sur les autres victimes qui sont mortes, parce qu’il y a beaucoup de douleur, confie Guadeloupe Catuffe. Il n’y a pas trop de tralala pour eux, et c’est un peu dommage. »
Le 14 avril, le comité des fêtes devait organiser une soirée repas, où il était prévu de partager un fréginat, un plat local à base de haricots et de porc. Jean Mazières en avait proposé l’idée quelques jours avant le drame. Les membres du comité ont d’abord pensé l’annuler. Ce ne sera finalement pas le cas, la femme du viticulteur ayant souhaité que l’événement ait lieu. L’occasion de lui rendre hommage autour de ces plats qu’il aimait partager avec un bon vin et des amis.
Hervé Sosna

   


Sa journée avait commencé comme tant d’autres… Hervé Sosna est mort alors qu’il faisait ses courses, comme chaque semaine, au Super U de Trèbes. Discret, cet habitant « ne faisait vraiment pas parler de lui, même si tout le monde le connaissait, ici », a raconté à L’Indépendant son demi-frère, William Durand. Maçon à la retraite, âgé de 65 ans, Hervé Sosna était « viscéralement attaché » à sa commune, où il avait toujours vécu. Plus jeune, on lui avait proposé de travailler à Carcassonne, mais « il avait refusé, car même Carcassonne, c’était trop loin de Trèbes », explique M. Durand. Une grosse poignée de kilomètres seulement sépare pourtant les deux villes.
Célibataire, Hervé Sosna avait perdu sa mère il y a peu. Un décès qui l’« avait énormément marqué » et « atteint psychologiquement », selon William Durand. Vendredi 23 mars, de longues heures après l’attaque, les proches de l’ancien maçon sont restés dans un état de stress intense, ne sachant pas ce qu’il lui était arrivé. « On a angoissé, et ce n’est que dans la nuit qu’on est venu nous informer de sa mort », a confié Rachel, sa nièce, à L’Indépendant. Au quotidien local, William Durand a décrit un homme cultivé, grand lecteur et amateur de poèmes. « Mon frère était discret, très intelligent, et il s’est fait tuer comme ça… »
Très émus et ne souhaitant plus s’exprimer dans les médias, ses proches ont assisté à la messe en hommage aux victimes de l’attaque, dimanche 25 mars, à l’église Saint-Etienne de Trèbes.
Christian Medves

   


Le 10 mars 2018, Christian Medves avait célébré ses 50 ans avec ses amis, ses proches, dans une salle de Trèbes, pas loin de l’Aude et du canal du Midi. Une belle fête comme ce boulimique de la vie les aimait, joyeuse et conviviale, allant jusqu’au bout de la nuit. Tué vendredi 23 mars à l’entrée du magasin Super U de Trèbes, où il dirigeait la boucherie depuis plus de quinze ans, Christian Medves semblait, aux yeux de tous ceux qui le connaissaient, habité d’une énergie sans borne.
Né à Carcassonne, dans le quartier populaire de Grazailles, au printemps 1968, cet Italien d’origine, dont le patronyme remonterait même jusqu’en Hongrie, avait appris ce métier de boucher puis était venu s’installer à Trèbes, d’où on garde encore une vue sur les remparts de la cité médiévale. Avec Nathalie, son épouse depuis vingt-cinq ans, qui tient un salon de coiffure à Carcassonne, Christian Medves avait fait construire une jolie maison, pour élever leurs deux filles, Julie et Florine. « Christian était leur héros…, raconte Franck Alberti, avocat et ami depuis l’école primaire, et il serait sûrement devenu celui de sa petite-fille, qu’il adorait déjà. »
« Christian avait un caractère exubérant mais agréable, toujours dans l’action »
Christian Medves s’investissait avec autant d’envie dans tout ce qu’il entreprenait. « Il me disait souvent : “On est de Grazailles !” Pour lui, cela voulait dire : “On y va à fond !” », se souvient encore Franck Alberti. Au Super U, où son service débutait régulièrement à 6 heures du matin, il avait été élu délégué du personnel en octobre 2013. Puis, au sein de la CFDT de l’Aude, dont il était adhérent depuis 2009, membre du bureau du secteur des services. A l’union départementale, rue Armagnac à Carcassonne, on avait pris l’habitude de voir la moto trail de Christian Medves garée devant la porte. « Il avait également souhaité devenir conseiller du salarié et il donnait son temps sans compter pour aller soutenir des personnes en procédure avec leur entreprise », témoigne Jérôme Gonzalez, ami et collègue, avec qui Christian Medves pilotait la section CFDT au sein du Super U de Trèbes.
En 2014, le chef boucher, avec qui les clients adoraient faire un brin de causette au-dessus du rayon, s’était offert, avec son ami Franck Alberti, une petite aventure politique. Treizième sur la liste classée divers droite « Ensemble pour Trèbes », il avait fait la campagne avec son habituel sens du contact et récolté 17 % des voix au premier tour. Au sein de l’association Tres Bes, Christian Medves était aussi le « maître des cérémonies », celui qui pilotait les grands pique-niques conviviaux dans un grand champ au bord de l’Aude. « Au propre comme au figuré, il passait son temps à crier à la vie. Christian avait un caractère exubérant mais agréable, toujours dans l’action », complète l’avocat.
Son énergie, Christian Medves la mettait aussi dans sa passion pour la course à pied. « Il y a quelques années, il s’était arrêté de fumer et s’était pris en main », raconte Jérôme Gonzalez. Plusieurs fois par semaine, aux alentours de Trèbes, on pouvait voir sa grande silhouette de plus d’un 1,80 m, gabarit sec et musclé, filer sur les chemins entre les vignes. En 2016, il avait fini 117e du semi-marathon de Carcassonne. En 2017, il avait bouclé la course au pied des remparts de « sa » cité en 1 heure et 46 minutes. En 2018, Christian Medves ne sera pas au départ. Arrêté dans sa course par la folie terroriste.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-8"> ¤ Les X achètent une maison aux Y, en Meurthe-et-Moselle, pour un montant de 154 000 euros. Lors de leur entrée dans les lieux, ils découvrent que le chauffage est hors service, les radiateurs ayant éclaté sous l’effet du gel. Ils attaquent les vendeurs.
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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-9"> ¤ Deux enquêtes sont en cours après l’évacuation violente d’étudiants grévistes de la faculté de droit dans la nuit du 22 mars.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-9"> ¤                     
                                                

Violences à la faculté de droit de Montpellier : l’ex-doyen et un professeur placés en garde à vue

Deux enquêtes sont en cours après l’évacuation violente d’étudiants grévistes de la faculté de droit dans la nuit du 22 mars.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 16h08
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 18h29
    |

            Camille Stromboni








                        



   


Près d’une semaine après l’évacuation violente d’étudiants grévistes de la faculté de droit de Montpellier, dans la nuit du jeudi 22 mars, deux personnes ont été placées en garde à vue, en début d’après-midi mercredi 28 mars. Il s’agit de l’ancien doyen de la faculté, Philippe Pétel, et d’un professeur d’histoire du droit, Jean-Luc Coronel de Boissezon, précise au Monde le procureur Christophe Barret.
Ils étaient entendus dans le cadre de l’enquête pour « violences aggravées », commises par des hommes encagoulés et armés de bâtons qui ont fait irruption dans un amphithéâtre occupé par des étudiants hostiles au projet de réfome de l’université. Outre le président de l’université, huit victimes auraient déposé plainte, d’après la Ligue des droits de l’homme, qui accompagne plusieurs étudiants. Les blessures les plus graves correspondent à une journée d’incapacité totale de travail, précise le procureur.
L’université de Montpellier avait annoncé vendredi soir la démission du doyen de la faculté de droit, Philippe Pétel, accusé par des étudiants – ce qu’il dément – d’avoir été à l’origine de l’expulsion.

        Lire :
         

          Montpellier : le doyen de la faculté de droit démissionne après la violente évacuation d’étudiants



Des noms d’enseignants accusés d’avoir participé à ces violences avaient par ailleurs été publiés sur un site antifasciste montpelliérain ou tagués sur des murs de la fac, dont celui de Jean-Luc Coronel de Boissezon. D’après les témoignages recueillis par Le Monde, plusieurs étudiants participant à l’occupation ont expliqué l’avoir vu dévaler les marches de l’amphithéâtre, le visage découvert, et frapper des étudiants sur l’estrade, avec ses poings. Celui-ci a répondu par courriel aux questions de Libération sur son implication :
« Si j’étais bien présent dans l’amphithéâtre de ma faculté, ce soir-là, pour veiller sur nos locaux, nos étudiants et nos collègues présents, je n’étais évidemment pas cagoulé et donc parfaitement identifiable de mon plein gré. » 
S’il précisait réserver ses observations aux autorités compétentes, il ne niait pas avoir porté des coups, ajoutant :
« Je n’ai pas l’habitude, lorsque je suis agressé, de rester passif. »
Plaintes pour diffamation
Les noms d’autres enseignants ou chargés de travaux dirigés (TD) circulent, avec des témoignages d’étudiants contradictoires quant à la participation de certains au commando. Un professeur spécialiste du droit de la santé a assuré, dans un courriel à Libération, de sa « ferme condamnation envers toute forme de violence », et explique avoir porté plainte pour diffamation ; ce que le parquet a confirmé au Monde. Le doyen de la faculté de droit aurait lui aussi porté plainte, notamment pour diffamation, précise Le Point, citant « une source proche du dossier ». Libération évoque enfin, sans citer leurs noms, deux chargés de TD ainsi que deux de leurs collègues qui ont, selon leur avocat, été entendus par la police sans être mis en examen.
Deux enquêtes en cours et huit plaintes de victimes déposées à ce jour
Outre l’enquête judiciaire, une autre, administrative, a débuté lundi : la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a en effet dépêché sur place l’Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR).
Le président de l’université de Montpellier a annoncé, mardi, le maintien de la fermeture de la faculté de droit – décidée vendredi, au lendemain des événements, et ce, jusqu’au matin du mardi 3 avril. La réouverture n’aura lieu qu’une fois « la situation complètement apaisée et lorsque les conditions de sécurité seront remplies pour garantir l’accueil des étudiants et des agents », précise un communiqué.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-10"> ¤ Dominique Sorain remplacera Frédéric Veau, a annoncé Annick Girardin, la ministre des outre-mer, tandis que l’île est secouée par un mouvement social depuis plus d’un mois.
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Mayotte : le gouvernement nomme un nouveau préfet

Dominique Sorain remplacera Frédéric Veau, a annoncé Annick Girardin, la ministre des outre-mer, tandis que l’île est secouée par un mouvement social depuis plus d’un mois.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 15h50
   





                        



   


Le gouvernement a nommé, mercredi 28 mars, un nouveau préfet à Mayotte, Dominique Sorain, en remplacement de Frédéric Veau, a annoncé la ministre des outre-mer, Annick Girardin. Le mouvement de contestation dans ce département d’outre-mer est entré dans sa sixième semaine.
Jusqu’alors directeur de cabinet de la ministre des outre-mer, M. Sorain, nommé également « délégué du gouvernement », sera « accompagné d’une équipe interministérielle qui viendra renforcer les services de l’Etat sur place », a détaillé la ministre. Autour du délégué, « l’équipe interministérielle sera en lien direct avec élus, acteurs du mouvement social, société civile et présentera, dans un délai d’un mois, un train de mesures sociales et économiques en faveur du développement et du redressement de Mayotte », a-t-elle précisé.

J’ai proposé de nommer mon directeur de cabinet, Dominique Sorain, délégué du gouvernement et préfet du département… https://t.co/mExetOtVtA— AnnickGirardin (@Annick Girardin)


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« Les entraves à la circulation, la mise en danger d’autrui, les opérations de justice communautaires et le racket organisé sur certains barrages sont des faits graves passibles de poursuites », a rappelé la ministre. Le département français d’outre-mer est secoué depuis plus d’un mois par un mouvement social qui dénonce l’insécurité et l’immigration clandestine venue des Comores. Lors de rassemblements, des manifestants avaient demandé le départ du préfet, qu’ils accusaient de régulariser massivement la communauté comorienne.

        Lire aussi :
         

                Mayotte : désaccord au sommet de l’Etat sur les relations avec les Comores






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-11"> ¤ Le terroriste Radouane Lakdim – qui a tué quatre personnes lors d’attaques le 23 mars à Carcassonne et à Trèbes (Aude) – était un individu fiché « S » par les services de police et de l’antiterrorisme. Cette particularité a relancé la polémique sur le traitement à accorder aux individus surveillés.
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Fichés « S » : faut-il légiférer ?

Le terroriste Radouane Lakdim – qui a tué quatre personnes lors d’attaques le 23 mars à Carcassonne et à Trèbes (Aude) – était un individu fiché « S » par les services de police et de l’antiterrorisme. Cette particularité a relancé la polémique sur le traitement à accorder aux individus surveillés.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 15h48
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 16h34
   





                        



   


Le terroriste Radouane Lakdim qui a tué, le 23 mars, quatre personnes, dont le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, lors d’attaques à Trèbes et à Carcassonne (Aude), était un individu fiché « S » par les services de police et de l’antiterrorisme. Cette particularité a relancé la polémique sur le traitement à accorder aux individus surveillés.
Deux points de vue s’opposent sur la question : l’ancien député (PS) Sébastien Pietrasanta considère que légiférer serait un contresens dans la lutte contre le terrorisme, alors que le professeur de droit, Christian Vallar propose de s’inspirer de la loi du 5 juillet 2011 sur les soins psychiatriques sans consentement – qui permet aux autorités administratives d’hospitaliser des personnes sans leur accord, pour des motifs en particulier d’ordre public –, à condition de respecter les principes juridiques de la République.
Christian Vallar : « La loi sur les soins psychiatriques sans consentement de 2011 peut être la référence. » Le professeur de droit rappelle que voter une loi contre les personnes faisant l’objet d’une fiche « S » doit respecter l’ensemble des conditions juridiques et techniques, ainsi que les principes républicains.
Sébastien Pietrasanta : « La rétention est un contresens en matière de lutte contre le terrorisme. » L’ancien député socialiste et rapporteur de la commission d’enquête sur les attentats estime que placer un individu fiché « S » en détention administrative ou l’assigner équivaut à le prévenir qu’il est surveillé.
A lire aussi :
– Qu’est-ce qu’une « fiche S » ?, par Jérémie Baruch et Pierre Breteau. Les membres identifiés de l’attaque contre le Bataclan faisaient tous l’objet d’une signalisation d’atteinte à la sûreté de l’Etat, comme 20 000 personnes en France.
– Ce que contient le plan pour identifier et prendre en charge la radicalisation, par Jean-Baptiste Jacquin. Education, justice et recherche font partie des secteurs mobilisés dans le plan, baptisé « Prévenir pour protéger » (lien PDF), dévoilé le 23 février par le premier ministre.
– L’internement des fichés « S », un débat récurrent mais une mesure impossible, par Julia Pascual. Le Conseil d’Etat a estimé fin 2015 que « nul ne peut être détenu arbitrairement ».
– « La quête de vengeance est consubstantielle à l’ensemble du djihadisme contemporain », par Myriam Benraad (professeure associée en science politique à l’université de Leyde, Pays-Bas). L’universitaire explique que la vengeance permet aux terroristes de justifier leurs actes et de se fabriquer un ennemi. Un discours qu’il faut donc déconstruire.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-12"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’ancien député (PS) et rapporteur de la commission d’enquête sur les attentats, Sébastien Pietrasanta, estime que placer un individu fiché S en détention administrative ou l’assigner équivaut à le prévenir qu’il est surveillé.
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édition abonné


Fichés « S » : « La rétention est un contresens en matière de lutte contre le terrorisme »

Dans une tribune au « Monde », l’ancien député (PS) et rapporteur de la commission d’enquête sur les attentats, Sébastien Pietrasanta, estime que placer un individu fiché S en détention administrative ou l’assigner équivaut à le prévenir qu’il est surveillé.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 15h18
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 16h35
    |

Sébastien Pietrasanta (Ancien député PS, rapporteur de la commission d'enquête sur les attentats, consultant sur les questions de terrorisme)







                        



                                


                            

Tribune. Malheureusement, après chaque attentat, la polémique revient sur les fiches S. Un débat qui tourne au mieux à la méconnaissance et au pire à la démagogie et aux habituels poncifs. Soit l’individu qui a commis un acte terroriste n’était pas fiché et on accuse les services de renseignement d’être inefficaces, soit le terroriste est fiché et on remet alors en cause la pertinence des fichiers.
60 % des terroristes ayant commis un attentat ces trois dernières années n’étaient pas fichés par nos services de renseignement
Faut-il rappeler une nouvelle fois, qu’une fiche S, sous-fichier du FPR (fichier des personnes recherchées) est un outil de renseignement comme les écoutes téléphoniques, la géolocalisation ou encore la sonorisation ? La fiche S est utile en cas de contrôle d’identité pour collecter des informations pour le service prescripteur : où, vers quelle direction ou de quelle provenance, quand, avec qui est l’individu fiché.
C’est intéressant pour connaître ses déplacements, notamment à l’international, grâce aux contrôles opérés par la direction centrale de la police aux frontières. Dans la lutte contre le terrorisme, pourquoi vouloir casser un outil qui collecte du renseignement ?
Contraire à notre Constitution
Il ne faut donc pas confondre fiche S et dangerosité de l’individu. Les fiches S sont numérotées de S1 à S16, non pas en fonction de la dangerosité de l’individu mais en fonction de la conduite à tenir pour les policiers et les gendarmes en cas de contrôle d’identité. Rappelons, en outre, que d’après le Centre d’analyse du terrorisme, 60 % des terroristes ayant commis un attentat ces trois dernières années n’étaient pas fichés par nos services de renseignement.
Renier notre Etat de droit c’est donner une victoire symbolique aux islamistes
On a voulu faire de la question des fichiers l’alpha et l’oméga de la lutte contre le terrorisme. Il était nécessaire, en 2015, de créer le fichier des signalements...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-13"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le juriste Christian Vallar rappelle que voter une loi contre les personnes faisant l’objet d’une fiche S doit respecter l’ensemble des conditions juridiques, techniques et les principes républicains.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Fichier S : « La loi sur les soins psychiatriques sans consentement de 2011 peut être la référence »

Dans une tribune au « Monde », le juriste Christian Vallar rappelle que voter une loi contre les personnes faisant l’objet d’une fiche S doit respecter l’ensemble des conditions juridiques, techniques et les principes républicains.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 15h05
    |

Christian Vallar (Professeur, doyen de la faculté de droit et science politique université Côte-d'Azur, avocat au barreau de Nice)







                        



                                


                            

Tribune. La fiche S, pour sûreté de l’Etat, est devenue depuis quelque temps avec la perpétration d’actes terroristes djihadistes un thème récurrent, sujet à polémiques. Le fiché S serait ipso facto un individu dangereux à surveiller étroitement par les services de police, et d’aucuns ne comprennent pas comment un terroriste qui était ainsi fiché a pu néanmoins passer à l’acte.
La fiche S est un instrument de contrôle et d’alerte pour les forces de police et de gendarmerie, sans surveillance systématique et régulière, avec une mise à jour biannuelle
Encore faut-il rappeler ce qu’est en réalité une fiche S. Instituée initialement pour le contrôle du déplacement des diplomates, elle relève de la catégorie plus étendue du fichier des personnes recherchées qui regroupe plus de 400 000 noms sur vingt et-une rubriques… Elle signale toute personne menaçante pour la sûreté de l’Etat, qui pour autant n’est pas un terroriste potentiel, et encore moins un terroriste islamiste : sur environ vingt mille fichés S près de onze mille sont en lien avec l’islamisme radical, d’autres sont par exemple des activistes d’extrême droite ou d’extrême gauche, des hooligans.
Cette fiche est un instrument de contrôle et d’alerte pour les forces de police et de gendarmerie, sans surveillance systématique et régulière, avec une mise à jour bisannuelle. Elle est classée en différents niveaux de S1 à S16, qui renvoient au type d’action à effectuer par les forces de l‘ordre plus qu’à la dangerosité des personnes, même si la relation entre les deux facteurs existe (S14 vise les djihadistes de retour de Syrie ou d’Irak).
Risque d’inconstitutionnalité ?
Il n’est donc pas possible de procéder à l’arrestation de quelqu’un pour le seul motif de son fichage S, ni de l’expulser s’il est étranger. En tout état de cause une autorité administrative ne dispose pas de la compétence pour ce faire, sous peine d’illégalité sinon de voie de fait. Dans un Etat de droit...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-14"> ¤ Le refus de l’instance de la communauté juive en France de voir des membres de La France insoumise à la marche blanche prévue mercredi fait débat.
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Pourquoi le CRIF s’oppose à la venue de Jean-Luc Mélenchon à l’hommage à Mireille Knoll

Le refus de l’instance de la communauté juive en France de voir des membres de La France insoumise à la marche blanche prévue mercredi fait débat.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 14h11
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 15h54
   





                        



   


Après le « meurtre odieux » de Mireille Knoll, une femme juive de 85 ans assassinée à son domicile parisien, le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) a appelé lundi 26 mars à une marche blanche silencieuse, mercredi à 18 h 30, place de la Nation. Cette marche doit permettre « l’expression de la compassion de tous les Français », a expliqué l’instance de la communauté juive en France.

#Crif #Rassemblement - Suite au meurtre odieux de Mireille Knoll, une femme Juive de 85 ans, à son domicile à Paris… https://t.co/gJJxLLMRhE— Le_CRIF (@CRIF)


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                Ce que l’on sait du meurtre de l’octogénaire juive Mireille Knoll



Mardi soir, son président, Francis Kalifat, a pourtant mis un bémol à cette volonté d’unité. Alors que de nombreuses personnalités politiques ont émis l’intention de participer au rassemblement, parmi lesquels Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, le dirigeant du CRIF a exprimé son refus de marcher à leurs côtés, arguant que ni l’un ni l’autre n’étaient les « bienvenus ».
Cette position du CRIF, qui traite sur un pied d’égalité les deux formations politiques dont l’histoire politique est pourtant radicalement opposée, a provoqué le débat, mercredi matin, y compris au sein des membres de la communauté juive.
Qu’est-ce que le CRIF ?
Le CRIF a été créé dans la clandestinité en 1943, en plein génocide des juifs. Sa mission initiale était d’organiser de manière unifiée le sauvetage de juifs persécutés. Depuis, l’instance se définit comme la « voix officielle et politique » de la communauté juive en France. Elle a pour buts la lutte contre l’antisémitisme et le racisme, la solidarité avec l’Etat d’Israël et la mémoire de la Shoah et fédère 72 associations religieuses, éducatives, sociales ou politiques. En 2016, Francis Kalifat est devenu son douzième président, après un second mandat de trois ans de Roger Cukierman.
Est-ce la première fois que le CRIF désigne des persona non grata ?
Depuis toujours, le CRIF prend ses distances avec le Front national, considéré comme un « parti à éviter ». L’instance accuse le parti de « véhiculer la haine de l’autre, le rejet de l’étranger » et de rassembler « tous les antisémites notoires ». Le fondateur du FN, Jean-Marie Le Pen, a d’ailleurs été condamné à plusieurs reprises pour contestation de crime contre l’humanité – et mardi 27 mars de manière définitive pour ses propos sur les chambres à gaz.

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                Dîner du CRIF : Macron veut lutter contre la cyberhaine



Mais le CRIF qualifie également d’« infréquentable » le parti de La France insoumise (LFI), ainsi que son candidat à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon. « Je renvoie dos à dos Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon car ils véhiculent tous les deux la haine », avait expliqué Francis Kalifat en 2017 pour justifier de n’avoir pas invité le leader de gauche au traditionnel dîner républicain donné chaque année par le CRIF.
Les écologistes sont également dans le viseur du CRIF, à cause de leur position sur Israël. En 2012, avant la présidentielle, le CRIF n’avait pas invité la candidate d’Europe Ecologie-Les Verts, Eva Joly et, en 2017, le candidat écologiste Yannick Jadot n’avait pas non plus été invité.
Que reproche le CRIF aux « insoumis » ?
Le président du CRIF a justifié son refus de voir M. Mélenchon participer au rassemblement par le fait que les antisémites étaient « surreprésentés » à l’extrême gauche et à l’extrême droite. Francis Kalifat a également relevé une « contradiction » entre la présence du député des Bouches-du-Rhône à la marche blanche et son soutien au « boycott d’Israël ». Le mouvement international Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS) contre l’Etat hébreu, est soutenu notamment par le Parti de gauche lancé par Jean-Luc Mélenchon en 2008. Si Francis Kalifat « ne [met] pas en doute l’empathie de M. Mélenchon à l’égard du drame vécu par Mme Knoll (…), il faut une cohérence de discours et d’action ».

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                Qu’est-ce que le mouvement BDS, à l’origine des appels au boycott d’Israël ?



En novembre 2017, sept députés du PCF et de La France insoumise s’étaient vu interdire l’accès au territoire israélien, au motif notamment qu’ils soutenaient le BDS, créé en 2005 par des militants propalestiniens pour dénoncer l’occupation israélienne en Cisjordanie.
Pourquoi cela fait-il polémique cette fois ?
La marche blanche de mercredi est un hommage à la mémoire de Mireille Knoll, une femme dont l’histoire personnelle est liée à l’histoire des juifs de France, notamment parce qu’elle a échappé à la rafle du Vél’d’Hiv en 1942. Daniel Knoll, le fils de l’octogénaire, a fustigé la position de Francis Kalifat sur RMC mercredi matin :
« Le CRIF fait de la politique, moi j’ouvre mon cœur. A tout le monde, à tous ceux qui ont une mère. Tous les gens sont concernés. (…) Les gens qui ont une mère peuvent me comprendre, or tout le monde a une mère, il n’y a pas de limite, je suis contre les limites. »
Une position partagée notamment par plusieurs personnalités politiques, au sein du gouvernement ou dans l’opposition. « Il y a des moments d’unité où peut-être il faut pouvoir dépasser cela », a ainsi déclaré la ministre de la justice, Nicole Belloubet, mercredi sur RMC. « Chacun est libre de se rendre à une manifestation », a affirmé sur Radio Classique le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, qui a précisé ne pas partager la position du CRIF.
Même ligne de conduite pour le socialiste Jérôme Guedj : comme il l’a affirmé sur Twitter en s’adressant à Francis Kalifat, « dans ce moment nécessaire de concorde et après avoir si souvent déploré la solitude des Français juifs face à l’antisémitisme, c’est une erreur de vouloir cadenasser et décerner des brevets de lutte contre l’antisémitisme ».
De son côté, l’eurodéputée Les Républicains Rachida Dati s’est dite mercredi sur BFM-TV « choquée » par l’attitude de l’instance juive, estimant que « cette marche n’appartient pas au CRIF ». Seul le maire (Les Républicains) de Nice, Christian Estrosi, a défendu le CRIF mercredi sur France 2, en estimant qu’« il faut respecter ceux qui constituent l’autorité et qui attendent aujourd’hui qu’il y ait surtout le calme et qu’il n’y ait aucune récupération politique ».
Comment réagissent Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise ?
Après avoir été écarté du dîner du CRIF en février, Jean-Luc Mélenchon avait qualifié la position du CRIF de « faute morale et politique ». Quelques mois auparavant, en décembre 2017, le candidat de La France insoumise avait déjà déploré au micro d’Europe 1 que le CRIF soit représentatif « d’institutions qui n’existent pas » :
« C’est une association communautaire qui en plus manie un rayon paralysant. Dès que vous dites quelque chose qui ne leur plaît pas, pouf ! vous voilà repeint en antisémite. »
Mercredi matin, l’entourage de M. Mélenchon a fait savoir à l’AFP que le chef de file de LFI se rendrait quand même à l’hommage.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-15"> ¤ Lors d’une cérémonie ouverte au public, le président de la République, Emmanuel Macron, a prononcé l’éloge funèbre d’Arnaud Beltrame, saluant « un homme droit, lucide et brave », le 28 mars aux Invalides.
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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-16"> ¤ L’écrivain estime, dans une tribune au « Monde », que seuls les musulmans ont la capacité de contrer l’idéologie de Daech et de la confrérie des Frères musulmans.
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Marek Halter : « C’est aux musulmans, horrifiés par les meurtres qui salissent l’image de leur religion, de s’organiser, de protester, de réagir »

L’écrivain estime, dans une tribune au « Monde », que seuls les musulmans ont la capacité de contrer l’idéologie de Daech et de la confrérie des Frères musulmans.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 12h43
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 12h44
    |

Marek Halter (Ecrivain)







                        



                                


                            

Tribune. Un meurtre est toujours motivé. Par le gain, s’il est crapuleux. Par une idéologie, s’il est politique. C’est elle, d’ailleurs, qui arme le bras de l’assassin. La plupart des attentats qui ont touché la France, comme celui de Trèbes et de Carcassonne, sont exécutés par des hommes qui croient.
La question est simple : qui nourrit cette foi qui pousse cette poignée d’hommes, jeunes pour la plupart, à porter la mort à d’autres hommes qu’ils ne connaissent même pas ? Le Coran ? Non, parce qu’ils ne l’ont pas lu. Le Coran au contraire condamne le meurtre des innocents (cf. sourate V, 32) et promet aux assassins les affres de l’enfer.
La guerre qui nous est imposée n’est pas, comme certains le prétendent, une guerre classique
Or, dans notre pays, des groupes, des associations, au nom de leurs intérêts ou de la stratégie des puissances qui les financent, répercutent, totalement ou partiellement, une idéologie proche de celle de Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique, EI]. N’est-ce pas un membre de la confrérie des Frères musulmans qui a assassiné Anouar el-Sadate au Caire le 6 octobre 1981 ? Pourtant, depuis, cette organisation a toujours un pied-à-terre en France.
La guerre qui nous est imposée n’est pas, comme certains le prétendent, une guerre classique. Il ne sert à rien de mobiliser des dizaines de milliers de policiers supplémentaires, des gendarmes, des soldats… Car il s’agit d’une guerre idéologique. Rien ne sert non plus, dans ce cas, d’opposer le Traité de la tolérance de Voltaire à la charia.
C’est aux musulmans eux-mêmes, héritiers d’Avicenne, d’Al-Boukhari et d’Al-Farabi, horrifiés par les meurtres qui salissent l’image de leur religion, de s’organiser, de protester, de réagir. Comme l’ont fait en leur temps les dissidents russes, Soljenitsyne, Sakharov ou Boukovski, qui n’exigeaient que l’application de la Constitution soviétique.
Les mots précèdent les actes
Un rassemblement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-17"> ¤ Malgré la promesse d’une enveloppe de 10 milliards d’euros, nombre d’élus craignent « une mort à petit feu » de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine.
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Dans les quartiers, les projets de rénovation urbaine revus à la baisse

Malgré la promesse d’une enveloppe de 10 milliards d’euros, nombre d’élus craignent « une mort à petit feu » de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 12h33
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 14h45
    |

            Louise Couvelaire et 
Isabelle Rey-Lefebvre








                        



                                


                            
Ils n’étaient qu’une cinquantaine cet après-midi-là, mais l’ambiance était survoltée. Samedi 24 mars, au cœur de la cité de la Prêtresse, à Stains (Seine-Saint-Denis), le maire (PCF) Azzedine Taïbi avait donné rendez-vous aux riverains pour leur annoncer une mauvaise nouvelle. Le projet de réhabilitation prévu depuis plusieurs années risque d’être revu à la baisse : sur les quatre barres d’immeubles qui composent le quartier, une seule – celle baptisée Newton, longue de 300 mètres – bénéficiera d’un lifting complet piloté par l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU). Un coup dur pour les habitants et l’élu.
« Le président Macron fait de grandes déclarations mais il ne donne pas à l’ANRU les moyens d’agir, tempête le maire. C’est une forme de mépris. » « Ils veulent nous fourguer une rénovation au rabais », peste une habitante. « L’ANRU fait progressivement marche arrière et se retire », souffle Gaëlle Baquet, 32 ans, représentante du collectif des habitants de la Prêtresse.
La ville de Stains n’est pas la seule à s’inquiéter de l’avenir de l’ANRU, créée par Jean-Louis Borloo en 2003. Cela fait près de trois ans que le deuxième volet du programme national de rénovation urbaine – qui concerne un peu plus de 450 quartiers entre 2014 et 2024 – est à l’arrêt. Et il peine à redémarrer, malgré l’engagement d’Emmanuel Macron de doubler son enveloppe, pour la porter à 10 milliards d’euros. Nombre d’élus craignent « une mort à petit feu de l’ANRU ».
En cause, plusieurs décisions qui mettent à mal son financement. La loi de finances 2018 d’abord. « L’Etat est censé contribuer à hauteur de un milliard d’euros sur dix ans, mais seulement 10 à 15 millions d’euros de crédits de paiement sont inscrits dans la loi, dénonce une élue du Nord. On est très loin du compte. » « C’est seulement de la tambouille interne, explique-t-on au ministère de la cohésion des territoires. L’ANRU...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-18"> ¤ La CNCDH dénonce le projet éducatif cassé des CEF devenus « antichambres de la prison ». Le gouvernement prépare un assouplissement de ce régime.
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Le modèle des centres éducatifs fermés mis en cause

La CNCDH dénonce le projet éducatif cassé des CEF devenus « antichambres de la prison ». Le gouvernement prépare un assouplissement de ce régime.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 12h07
    |

            Jean-Baptiste Jacquin








                        



                                


                            

Certaines promesses électorales peuvent devenir encombrantes pour les ministres qui ont à les mettre en œuvre. Emmanuel Macron avait promis lors de la campagne présidentielle de 2017 de doubler, jusqu’« à une centaine », le nombre de centres éducatifs fermés (CEF). Ce symbole de la fermeté judiciaire à l’égard de la délinquance juvénile, créé en 2002 dans la foulée de la réélection de Jacques Chirac, semblait bon à prendre.
Nicole Belloubet, ministre de la justice, qui prépare actuellement une grande loi de programmation de la justice, prévoit de ne créer que vingt CEF, contre la cinquantaine envisagée, pour porter leur nombre à soixante-treize. Surtout, sans véritablement le dire, la chancellerie prend ses distances avec le concept « fermé » de ces centres. Selon l’article 56 de ce projet de loi actuellement soumis au Conseil d’Etat avant un examen prévu en conseil des ministres le 18 avril, le juge des enfants pourra ordonner des plages de respiration en dehors du centre.
Pourquoi prévoir des sorties du CEF alors que la mesure coercitive et éducative est censée durer six mois ? « Afin de préparer au mieux la sortie des mineurs de CEF et notamment le retour en famille pour en atténuer les effets déstabilisants », justifie l’exposé des motifs du projet de loi. Selon Anaïs Vrain, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, cela « signe l’échec du CEF », puisque le gouvernement « acte l’intérêt de passer à quelque chose de moins contraignant ». Selon le projet de loi, cet « accueil temporaire » pourra s’effectuer dans un établissement éducatif plus ouvert, une famille d’accueil, un foyer de jeunes travailleurs ou un hébergement autonome en appartement.
« Antichambre de la prison »
Cet infléchissement de la doctrine, sur lequel a travaillé Madeleine Mathieu, directrice de la protection judiciaire de la jeunesse, avec le cabinet de Mme Belloubet, arrive au moment où la Commission...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-19"> ¤ Escorté par huit motards de la garde républicaine, le cercueil d’Arnaud Beltrame a rejoint les Invalides pour un hommage national, le 28 mars.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-19"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-20"> ¤ « Alertés » par nos smartphones, nous avons le sentiment d’être au cœur des événements, et l’empathie nous fait nous sentir victimes, analyse le professeur de philosophie Thomas Schauder.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

Attentats : « Que vaut notre sécurité si elle n’est pas mise au service de la liberté ? »

« Alertés » par nos smartphones, nous avons le sentiment d’être au cœur des événements, et l’empathie nous fait nous sentir victimes, analyse le professeur de philosophie Thomas Schauder.



Le Monde
 |    28.03.2018 à 11h28
 • Mis à jour le
28.03.2018 à 12h03
   





                        



   


Chronique Phil’d’actu. La semaine dernière a connu une terrible vague de violence. Des actions de « décasage » à Mayotte contre des immigrés comoriens à l’assassinat sauvage à Paris d’une octogénaire survivante de la rafle du Vél d’Hiv, en passant par l’agression des étudiants occupant la fac de droit de Montpellier, et, bien sûr, les attaques de Trèbes et de Carcassonne.
Vendredi après-midi, j’étais à Lille pour participer au Grand Barouf numérique quand l’un des intervenants nous a dit, à ma voisine et à moi : « Il y a eu un attentat dans l’Aude », et il nous a montré l’écran de son smartphone sur lequel était affichée « l’alerte » qu’il avait reçue. C’est ainsi qu’aujourd’hui la violence surgit, fait irruption dans notre poche, que des vies brisées brisent le flux de l’existence. Nous voilà tous « alertés ».
Tous victimes ?
« La France a peur tous les soirs à 20 heures », chantait Mickey 3D il y a presque vingt ans. Plus besoin d’attendre 20 heures désormais : elle peut avoir peur en temps réel, presque en même temps que les victimes. Paradoxe de la connexion aux réseaux : le monde entier me parvenant dans la solitude, j’assiste à la violence qui frappe autrui, et c’est comme si elle me frappait moi. Par empathie, je deviens la victime.
Comment espérer, dès lors, avoir quelque recul sur les événements ? Comment les « experts » (juristes, sociologues, historiens et autres) peuvent-ils encore être audibles, sans être taxés de relativisme ? Comment les policiers et les magistrats peuvent-ils ne pas être traités d’incompétents sur les réseaux sociaux et dans les commentaires, puisque c’est comme si nous y étions et que nous avions pu constater leur impuissance ? Faut-il s’étonner, après cela, d’entendre venir de partout des cris de vengeance ?
Ces cris ont retenti au moment du procès d’Abdelkader Merah. Ils retentissent dans la pétition contre l’inhumation de Radouane Lakdim et derrière les discours appelant à l’expulsion des « fichés S » ou à l’interdiction du salafisme. Ce désir de vengeance est compréhensible, peut-être même légitime, de la part des victimes. Mais qu’en est-il de nous, de la société, de la nation ? Se peut-il que nous nous réclamions collectivement du traumatisme pour fixer les critères du droit ?
Tentation liberticide
Il va de soi que l’Etat a pour charge d’assurer la sécurité des citoyens. Mais que vaut cette sécurité si elle n’est pas mise au service de la liberté ? Et qu’est-ce que la liberté si elle ne s’appuie pas sur des lois, des valeurs, des principes qui font qu’elle ne s’oppose pas à la liberté d’autrui ? Le risque que nous fait courir le climat anxiogène, c’est d’abord de réduire en nous la capacité de penser, de raisonner en toute autonomie. Le risque de faire partie de la masse, dans la fièvre de consommation comme dans la peur de mourir à tout instant.
En 1920, l’écrivain russe Eugène Zamiatine écrivait un grand roman dystopique, qui a inspiré aussi bien Aldous Huxley que George Orwell : Nous autres*. Dans un futur lointain, une société dans laquelle chaque individu est désigné par un matricule est gouvernée par l’Etat unique, sous la tutelle du Bienfaiteur, selon les lois de l’Harmonie. Mais une organisation secrète se propose de « délivrer l’humanité du joug bienfaisant de l’Etat » :
« Délivrer l’humanité ! C’est extraordinaire à quel point les instincts criminels sont vivaces chez l’homme. Je le dis sciemment : criminels. La liberté et le crime sont […] intimement liés […] et si la liberté de l’homme est nulle, il ne commet pas de crime. C’est clair. Le seul moyen de délivrer l’homme du crime, c’est de le délivrer de la liberté. »
La tentation est grande, dans les périodes de crise et de violence, de nous réfugier dans une forteresse imprenable, où le risque de l’altérité n’existerait pas. Il n’est pas question de nier cette violence, ou de ne pas demander à l’Etat de faire son possible pour l’endiguer. Mais gardons-nous de céder à cette tentation. Soutenons ceux qui en ont besoin, rendons hommage à ceux qui le méritent, dénonçons ce qui doit être dénoncé. Essayons aussi de garder la tête froide et de ne pas faire le jeu des criminels qui veulent nous diviser, ni des gouvernants qui ont tout intérêt à ce que nous leur abandonnions notre libre arbitre.
Thomas Schauder
* Nous autres est disponible chez Gallimard dans la collection « L’Imaginaire », et chez Actes Sud dans une nouvelle traduction depuis 2017, sous le titre Nous.

A propos de l’auteur de la chronique
Thomas Schauder est professeur de philosophie. Il a enseigné en classe de terminale en Alsace et en Haute-Normandie. Il travaille actuellement à l’Institut universitaire européen Rachi, à Troyes (Aube). Il est aussi chroniqueur pour le blog Pythagore et Aristoxène sont sur un bateau. Il a regroupé, sur une page de son site, l’intégralité de ses chroniques Phil d’actu, publiées chaque mercredi sur Le Monde.fr/campus.

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