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<filname="SURF-env_sciences-1"> ¤ Le pelage d’une taupe, les pattes d’une loutre, la queue d’un castor, le bec d’un canard et... du lait maternel. Les chercheurs rêvent de voir cet animal éloigner l’une des pires menaces sanitaires pour l’homme, la résistance aux antibiotiques.
<filname="PROF-env_sciences-1"> ¤                     
                                                   
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L’ornithorynque, sauveur de l’humanité

Le pelage d’une taupe, les pattes d’une loutre, la queue d’un castor, le bec d’un canard et... du lait maternel. Les chercheurs rêvent de voir cet animal éloigner l’une des pires menaces sanitaires pour l’homme, la résistance aux antibiotiques.



Le Monde
 |    25.03.2018 à 18h00
 • Mis à jour le
25.03.2018 à 18h03
    |

            Nathaniel Herzberg








                        



                                


                            

L’anecdote figure dans tous les bons ­livres d’histoire naturelle. Lorsque, en 1798, les Européens découvrirent, en Australie, un ornithorynque, le gouverneur de Nouvelle-Galles du Sud s’empressa d’en envoyer l’enveloppe corporelleaccompagnée de quelques dessins à Londres. Le ­pelage d’une taupe, les pattes d’une loutre, la queue d’un castor et le bec d’un canard… Les scientifiques britanniques crurent à un canular. Ils cherchèrent les coutures, parlèrent de montage. Même George Kearsley Shaw, le ­premier à décrire officiellement l’animal, ­reconnaissait qu’il était impossible de ne pas douter de son existence.
Les années ont passé, et le puzzle s’est ­encore compliqué. On constata d’abord qu’il s’agissait d’un mammifère, puis, quelques ­décennies plus tard, qu’il pondait des œufs. Sur ses chevilles, on découvrit des aiguillons capables, à la manière d’un serpent, d’injecter un puissant venin (mortel pour un chien). Enfin, on comprit que l’animal, qui passe ­l’essentiel de son temps dans les rivières, s’y déplace les yeux fermés. Pour chasser les vers, larves d’insectes et autres crevettes d’eau douce, il utilise l’électrolocalisation : des récepteurs situés sur son bec perçoivent le champ électrique créé par les contractions musculaires de ses proies.
Pas étonnant de voir les scientifiques à la peine pour retrouver l’origine évolutive du groupe des monotrèmes, dont il fait partie. Ni que, après l’incrédulité, la petite bête (de 1 à 2 kg pour 40 à 50 cm du bec à la queue) ait suscité chez eux un profond intérêt. Depuis une ­dizaine d’années, de nouveaux chercheurs ont été à leur tour piqués par la curiosité. Biologistes structuralistes, pathologistes ou ­médecins, ils rêvent de voir l’animal éloigner l’une des pires menaces sanitaires : la résistance aux antibiotiques.
Propriétés antimicrobiennes
Dans un article publié le 15 mars dans la revue Structural Biology Communication, une équipe australienne ­décrit pour la première fois...




                        

                        


<article-nb="2018/03/25/19-2">
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<filname="SURF-env_sciences-2"> ¤ Des chercheurs allemands ont découvert une nouvelle manière de fabriquer le principal principe actif contre le paludisme, l’artémisinine, sans produits chimiques mais en utilisant la chlorophylle.
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Une « soupe verte » pour fabriquer les antipaludiques

Des chercheurs allemands ont découvert une nouvelle manière de fabriquer le principal principe actif contre le paludisme, l’artémisinine, sans produits chimiques mais en utilisant la chlorophylle.



Le Monde
 |    25.03.2018 à 18h00
    |

            David Larousserie








                        



                                


                            

Dans la lutte contre le ­paludisme (plus de 400 000 morts et 210 millions de cas par an), un progrès vient d’être publié dans la ­revue Angewandte Chemie du 21 février. Les chercheurs allemands des Instituts Max Planck à Postdam et Magdebourg et de l’Université libre de Berlin n’ont pas découvert une nouvelle molécule, mais une nouvelle manière de fabriquer le principal principe actif contre cette maladie, l’artémisinine. Cette molécule extraite des feuilles d’armoise (Artemisia annua) a été découverte en 1972 par l’équipe de la Chinoise Youyou Tu, récompensée par un prix ­Nobel en 2015.
Les moins de 200 tonnes pro­duites annuellement proviennent principalement toujours d’extraction des feuilles, qui contiennent environ 1 % d’artémisinine, même si des méthodes industrielles de synthèse existent. Ces dernières consistent le plus souvent à utiliser des bactéries génétiquement modifiées pour, qu’après fermentation, un précurseur de l’artémisinine, l’acide artémisinique (AA), soit obtenu. Ce dernier subit ­ensuite une transformation photocatalytique, c’est-à-dire utilisant de la lumière et un catalyseur, pour arriver au produit désiré.
Coût important
« Même l’extraction coûte cher. En outre, la demande augmente et il existe beaucoup de contrefaçons. Il est donc intéressant de continuer à améliorer les procédés de ­synthèse », explique Peter Seeberger, l’un des auteurs de l’étude d’Angewandte Chemie. Ce dernier, avec son collègue et cosignataire ­Andreas Seidel-Morgenstern, a reçu en 2015 le prix international Humanité dans les sciences pour leurs travaux dans ce domaine. En 2012, ils avaient en effet déjà montré comment accélérer et abaisser les prix de la transformation de l’intermédiaire AA en artémisinine. Leur système utilisait un circuit continu au lieu d’un ­fermenteur de gros volume, ce qui accélère le processus, permet à la lumière d’être plus efficace et évite les coûts de nettoyage des cuves.
Cette...




                        

                        


<article-nb="2018/03/25/19-3">
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<filname="SURF-env_sciences-3"> ¤ Au menu : l’Etna glisse doucement vers la mer, interrogations sur la « guérison » de la couche d’ozone, les secrets des cafards cachés dans leur génome, etc.
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<article-nb="2018/03/25/19-4">
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<filname="SURF-env_sciences-4"> ¤ De nouvelles observations semblent confirmer une étape importante dans le processus qui permet aux nuages interstellaires de donner naissance aux étoiles.
<filname="PROF-env_sciences-4"> ¤ 
<article-nb="2018/03/25/19-5">
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<filname="SURF-env_sciences-5"> ¤ Dimanche 25 mars, la France passe à l’heure d’été. Comme chaque année, les possibles effets de ce mini-décalage horaire sur notre organisme suscitent interrogations et vives discussions. Celles-ci ne sont pas tout à fait triviales, ainsi que le montrent la chronobiologie et les dernières recherches scientifiques...
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Changement d’heure : que la lumière soit !

Dimanche 25 mars, la France passe à l’heure d’été. Comme chaque année, les possibles effets de ce mini-décalage horaire sur notre organisme suscitent interrogations et vives discussions. Celles-ci ne sont pas tout à fait triviales, ainsi que le montrent la chronobiologie et les dernières recherches scientifiques...



Le Monde
 |    24.03.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
25.03.2018 à 11h36
    |

                            Sylvie Chokron (Directrice de recherches au CNRS, Laboratoire de psychologie de la perception, université Paris-Descartes et Fondation ophtalmologique Rothschild)








                        



                                


                            
Comme chaque année, le retour des beaux jours signe la résurgence d’un éternel débat : faut-il ou non passer à l’heure d’été ? En France, cette mesure a été officiellement instaurée en 1976, juste après le premier choc pétrolier, dans le but de faire des économies d’énergie. Cependant, depuis cette date et deux fois par an, les possibles effets de ce mini-décalage horaire sur notre organisme suscitent interrogations et vives discussions.
Celles-ci ne sont pas tout à fait triviales. En effet, on sait depuis les débuts de la chronobiologie que la lumière extérieure a un effet notable sur la régulation de notre sommeil, de nos rythmes circadiens et de notre température corporelle. Par ailleurs, une véritable dépression saisonnière peut être observée lorsque les journées sont plus courtes, l’hiver, chez certains sujets qui souffrent tout particulièrement du manque de lumière.
Plus étonnant, il y a quelques années, ­Daniel Lakens, de l’université d’Eindhoven, a mis au point une série d’expériences ­visant à montrer que la lumière ambiante peut véritablement modifier le jugement que nous portons sur ce que nous voyons. Au cours de ces expériences, des images neutres (un disque, un livre) sont présentées avec une luminosité plus ou moins ­importante. Pour chaque image, les participants doivent décider si l’image est plutôt négative ou plutôt positive. A l’issue des tests, les résultats sont sans appel : une image neutre est jugée d’autant plus positive que sa luminosité est importante.
La vie est plus belle entre 18 et 19 heures
Récemment, Jacob Itzhacki, de l’Institut des neurosciences des Pays-Bas, est allé ­encore plus loin en étudiant l’influence des variations naturelles et quotidiennes de ­lumière sur ce que nous aimons ou désirons. Pendant une semaine et neuf fois par jour, les participants de l’étude entendaient une alarme sonner. A chaque fois, ils devaient répondre à des questions sur ce qu’ils avaient aimé ou ce dont ils avaient eu envie pendant...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-6"> ¤ Au large de l’Espagne, des chercheurs testent l’olfaction de globicéphales, des animaux de la famille des dauphins.
<filname="PROF-env_sciences-6"> ¤ 
<article-nb="2018/03/25/19-7">
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<filname="SURF-env_sciences-7"> ¤ L’équipe américaine du MIT CSAIL a conçu SoFi, un poisson-robot, qui peut nager et descendre au fond des mers.
<filname="PROF-env_sciences-7"> ¤ 
<article-nb="2018/03/25/19-8">
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<filname="SURF-env_sciences-8"> ¤ Ils sont une quinzaine à venir tous les mardis, durant deux heures, pour danser dans une salle de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Une séance prescrite par leur neurologue.
<filname="PROF-env_sciences-8"> ¤                     
                                                   
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Danser contre la maladie de Parkinson

Ils sont une quinzaine à venir tous les mardis, durant deux heures, pour danser dans une salle de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Une séance prescrite par leur neurologue.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 18h43
    |

            Pascale Santi








                        



                                


                            
Dix mille pas et plus. « C’est mon oxygène » : c’est ainsi que Gérard qualifie le cours de danse de ce mardi 6 mars. Il ne raterait une séance pour rien au monde. Et pour cause : « On arrive à effacer ses handicaps. » Depuis octobre 2017, ils sont une quinzaine à venir tous les mardis, durant deux heures, dans une salle de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière pour… danser. Ce jour-là, 14 hommes et femmes, à parité, atteints de la maladie de Parkinson.
Cette ­maladie du cerveau touche environ 200 000 personnes en France. Ses effets varient beaucoup d’un ­malade à l’autre : raideur, lenteur des mouvements, tremblements, problèmes d’équilibre… et souvent une grande fatigue. Si elle ne se guérit pas, des médicaments peuvent atténuer les symptômes, et une chose est sûre : bouger est nécessaire.
L’idée est venue d’Arlette Welaratne, attachée de ­recherche clinique, qui fait elle-même de la danse, et du neurologue à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) Emmanuel Flamand-Roze, convaincu des bienfaits de l’activité physique dans les maladies neurologiques. A chaque cours, Arlette Welaratne est présente, ce qui rassure les patients.
La technique est celle de l’expression primitive, ­basée sur le rythme, les mouvements simples, répétitifs, et la voix exprimée par les danseurs. Car « la ­parole est souvent perturbée par cette maladie », dit Svetlana Panova, danse-thérapeute et danseuse professionnelle, élève de France Schott-Billmann, une des pionnières de la danse-thérapie.
La séance démarre par un temps calme, pour retrouver son souffle, chasser les tensions… Au début, les ­regards sont un peu flottants, certains s’endorment… Puis c’est parti pour un voyage, les danseurs se lèvent, emmenés par la musique. Des mouvements lents puis rapides miment tantôt la colère, la joie, l’étonnement, en lançant des « oh » puis des « ah ». Au fil des pas, les visages s’ouvrent, laissent place aux sourires. Après...




                        

                        


<article-nb="2018/03/25/19-9">
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<filname="SURF-env_sciences-9"> ¤ Etienne Ghys, mathématicien, directeur de recherche au CNRS et parrain de la collection « Génies des mathématiques », dévoile la vie et l’œuvre du prince des mathématiques, Carl Friedrich Gauss.
<filname="PROF-env_sciences-9"> ¤ 
<article-nb="2018/03/25/19-10">
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<filname="SURF-env_sciences-10"> ¤ Dans sa série « Big Brother », le photographe britannique Louis Quail a saisi la vie quotidienne de Justin, son frère schizophrène. Des images qui questionnent, en filigrane, notre rapport à la maladie mentale dans une société ultranormée.
<filname="PROF-env_sciences-10"> ¤                
                                    

La schizophrénie loin des clichés


                      Dans sa série « Big Brother », le photographe britannique Louis Quail a saisi la vie quotidienne de Justin, son frère schizophrène. Des images qui questionnent, en filigrane, notre rapport à la maladie mentale dans une société ultranormée.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 08h00
    |

            Claire Guillot








   


Justin, 59 ans, a une passion : partir dans la nature, loin de tout, avec ses jumelles, pour observer les oiseaux, dont il dresse la liste avec soin – fauvette, martin-pêcheur, bécasse, héron, bergeronnette… Justin est aussi schizophrène. Le photographe britannique Louis Quail, son frère, lui consacre Big Brother, un livre-portrait, et expose ses images au festival Circulation(s), à Paris. « Quand notre mère est morte, en 2010, raconte-t-il, j’ai passé beaucoup de temps avec Justin et je me suis dit que son histoire méritait d’être racontée. Pour sensibiliser les gens, et peut-être l’aider lui aussi. »
Rares sont les photographes qui se risquent à évoquer la maladie mentale dans un projet artistique. En 2008, pour son projet « Act », Denis Darzacq avait collaboré avec des personnes handicapées et mis en scène de fascinants ballets avec ces corps différents et difformes. « La question première est celle du consentement, souligne Louis Quail. C’est une chose compliquée avec quelqu’un atteint d’un trouble mental. Pour Justin, comme je suis son frère, c’est différent. Je prends parfois des décisions pour lui, dans son intérêt. » Justin a donné la permission à son frère de faire le livre – « même si chez lui le processus de décision n’est pas toujours linéaire, explique Louis Quail. L’essentiel, c’est qu’il me fait confiance. Je fais tout pour que ce soit une bonne expérience pour lui ».
« J’essaie de montrer que ceux qu’on appelle les fous ont beau se débattre avec des problèmes de santé, ceux-ci ne sont pas toute leur vie. » Louis Quail
Le photographe, plus habitué à travailler en Afghanistan ou au Kosovo, a pour la première fois braqué son appareil photo sur un sujet proche et intime. Avec une idée en tête : faire de Justin un individu, pas un cas médical. « Mon projet tourne autour de la stigmatisation. J’essaie de montrer que ceux qu’on appelle les fous ont beau se débattre avec des problèmes de santé, ceux-ci ne sont pas toute leur vie. »
Le projet traite la maladie de façon frontale, sans rien édulcorer des difficultés quotidiennes : on y voit les médicaments qui assomment Justin et ses visites à l’hôpital de jour, les frictions avec les travailleurs sociaux ou son appartement en chaos permanent. Le projet pointe aussi, en filigrane, les effets des coupes dans le budget de l’aide sociale en Grande-Bretagne : le centre de jour de Justin a fermé, et c’est souvent les policiers, faute de travailleurs sociaux, qui se retrouvent à devoir gérer les personnes atteintes de troubles mentaux – « sans être formés », regrette Louis Quail. Les images montrent, mieux que des mots, combien dans son attitude Justin est toujours décalé, à part, dans un monde ultranormé.

        Lire aussi :
         

                « La stigmatisation de la schizophrénie est une double peine pour les malades »



Mais le livre dresse de lui un portrait complexe et plein de charme, loin du stéréotype du malade asocial et prostré, la tête enfouie dans les bras. On le croise profitant de ses vacances en Irlande du Nord – les pieds nus dans le sable, les cheveux au vent et le regard à l’horizon, comme n’importe quel touriste. Le livre s’attarde aussi sur la relation profonde, même si elle est mouvementée, qu’il entretient depuis vingt ans avec sa petite amie Jackie, une blonde embrumée par la fumée de ses cigarettes et les vapeurs d’alcool.

        Lire aussi :
         

                La santé mentale, une chose trop grave pour être confiée aux seuls psychiatres



Ce sont surtout les oiseaux, omniprésents, qui donnent accès au monde intime de Justin : il en fait de longues listes précises, il les peint et les dessine, il les observe inlassablement, partout et par tous les temps. On le suit dans ses multiples échappées en quête de ses oiseaux préférés mais aussi d’une paix intérieure qu’il semble avoir trouvée, seul dans la nature, entre les perdrix et les fauvettes aux pattes rouges.
Festival Circulation(s), du 17 mars au 6 mai, au Centquatre, 5, rue Curial, Paris 19e. festival-circulations.com « Big Brother », à paraître en avril aux éditions Dewi Lewis et à commander sur www.louisquail.com



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<filname="SURF-env_sciences-11"> ¤ La sociologue Camille Herlin-Giret s’est intéressée à ces « pratiques routinisées » qui ne sont pas vécues comme de la fraude.
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Le charme discret du contournement de l’ISF

La sociologue Camille Herlin-Giret s’est intéressée à ces « pratiques routinisées » qui ne sont pas vécues comme de la fraude.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 08h55
    |

                            Baptiste Coulmont (Contributeur Sciences  et sociologue, maître de conférences à l’université Paris-VIII)








                        



                                


                            
Carte blanche. Avant de déclarer ce que les gens doivent faire, avant de tenir une position normative, les sociologues ­étudient ce que les gens font. Sujet crucial : parfois les personnes ne font pas ce qui est attendu d’elles. Elles fument certaines substances interdites. Elles ont des relations sexuelles hors mariage. Elles ne paient pas la totalité de leurs impôts. Mais comment ­contourne-t-on la règle ?
Dans sa thèse de sociologie, Camille Herlin-Giret (université Paris Dauphine) a travaillé sur ce qu’elle appelle les « contournements discrets de l’impôt » (Sociétés contemporaines, n° 108, 2017). Pas l’impôt sur le revenu, que nous payons vous et moi, mais l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), que doivent payer les plus fortunés et qui vient d’être transformé en impôt sur la fortune immobilière. Certains de ces contribuables ont ­recours à des conseillers fiscaux, professionnels de l’évitement de l’impôt. Leur travail est certes très intéressant, mais ce qui ­intéresse la sociologue, ce sont les « pratiques routinisées » qui ne sont pas vécues comme de la fraude.
Camille Herlin-Giret met en lumière les « petits stratagèmes » qui permettent de ­diminuer l’ISF. D’abord en minorant l’évaluation des biens. Car la marge de manœuvre est grande. En effet, dans cet impôt, non seulement « la valeur des biens est laissée au choix des déclarants » mais, de plus, très peu de redressements fiscaux ont été réalisés sur la base d’une sous-évaluation.
Autant dire que la « triche » n’est pas activement découragée. Ainsi, une partie des personnes avec lesquelles Camille Herlin-Giret s’est entretenue admettent sous-évaluer leur patrimoine pour le fisc tout en ne s’estimant pas si riches que cela : une fortune de « 3,6 millions, c’est franchement pas grand-chose »…
Une tricherie qui tombe sous le sens
D’autre part, l’enquête sociologique révèle que l’évaluation des biens ne se...




                        

                        


<article-nb="2018/03/25/19-12">
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<filname="SURF-env_sciences-12"> ¤ A la veille d’un vote européen sur l’interdiction des néonicotinoïdes, un collectif de chercheurs européens rappelle, dans une tribune au « Monde », les dangers des néonicotinoïdes et souligne qu’il est tout à fait possible de s’en passer.
<filname="PROF-env_sciences-12"> ¤                     
                                                   
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« Il est temps d’arrêter le grand manège des pesticides ! »

A la veille d’un vote européen sur l’interdiction des néonicotinoïdes, un collectif de chercheurs européens rappelle, dans une tribune au « Monde », les dangers des néonicotinoïdes et souligne qu’il est tout à fait possible de s’en passer.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 19h15
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Les Etats membres de l’Union européenne (UE) se réunissent de nouveau jeudi 22 mars pour discuter d’une interdiction totale des néonicotinoïdes, les pesticides les plus utilisés au monde. C’est une opportunité unique pour protéger nos pollinisateurs, nos enfants, nos cultures et pour repenser notre système alimentaire.
Les humains ont besoin des abeilles. Sans le travail des abeilles à miel, des abeilles sauvages et autres pollinisateurs, près d’un tiers de nos ressources alimentaires disparaîtraient. On ne peut surestimer l’importance de ces insectes pour les écosystèmes naturels et pour notre propre survie.
Nombreux sont les gouvernements qui affirment que les normes actuelles de protection des pollinisateurs sont suffisantes. Mais, en tant que scientifiques ayant passé des dizaines d’années à étudier le monde fragile des insectes, l’environnement et les cultures dont nous dépendons pour notre survie, nous ne sommes pas d’accord.
Imidaclopride, thiaméthoxame et clothianidine
De nombreux pollinisateurs sauvages connaissent un grave déclin et certaines espèces ont même totalement disparu. Certes, les causes en sont complexes et incluent la perte d’habitat et la propagation de maladies non-indigènes. Toutefois, l’exposition aux pesticides apparaît de plus en plus vraisemblablement comme une source majeure de ce déclin. En particulier, il existe un important corpus – et toujours grandissant – de recherches scientifiques sur les insecticides néonicotinoïdes, qui suggère leurs nombreux effets négatifs sur les abeilles, allant de la toxicité létale à la perturbation de leur navigation dans l’espace, la baisse de fertilité et la disparition de leur système immunitaire.

En réponse à l’accumulation des preuves établissant un lien entre les néonicotinoïdes et le déclin des abeilles, la Commission européenne a lancé en 2012 une revue de la littérature scientifique. Publié en janvier 2013, ce document conclut...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-13"> ¤ La modélisation des comportements en sciences sociales se heurte à des difficultés pratiques et conceptuelles.
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La délicate mise en équation de l’homme

La modélisation des comportements en sciences sociales se heurte à des difficultés pratiques et conceptuelles.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 17h36
    |

            David Larousserie








                        



                                


                            
Le livre. « Les sciences sociales sont les véritables sciences “dures” ! » Cette phrase résume le ton et le propos d’un livre très original et stimulant. Son auteur, Pablo ­Jensen, est un ancien physicien, passé aux sciences sociales (versant plutôt économique) avec, avoue-t-il, la naïveté de penser qu’il pourrait, grâce aux maths notamment, modéliser et mettre en équations les systèmes sociaux aussi facilement qu’on prédit qu’un système solide devient liquide à telle température. Le livre raconte la difficulté de réaliser une telle ambition.
Comme celle-ci a été au cœur de nombreux travaux, une bonne partie de l’ouvrage ­consiste en une critique précise et assez ­dévastatrice de nombreux modèles, en économie, en politique, pour les transports… ­Pablo Jensen n’est bien sûr pas le premier à le faire, et les résultats qu’il démonte l’ont été par d’autres, mais ses arguments portent.
On trouve ainsi quelques « ambulances » sur ­lesquelles il tire, comme l’indicateur très ­imparfait du produit intérieur brut (PIB) pour mesurer la richesse, ou bien les modèles irréalistes, mais omniprésents, des agents économiques rationnels. D’autres résultats sont également décortiqués sur les choix électoraux, l’apparition de plusieurs centres urbains, la ségrégation dans une ville…
Mode des mégadonnées
Il se montre aussi très sceptique sur la mode actuelle des mégadonnées, ou big data, qui consiste à penser que plus de données aideraient à sortir de l’impasse. Pour l’auteur, aucun enseignement majeur sur la société n’a été apporté pour l’instant par ces nouvelles techniques gavées de données.
Les raisons sont multiples et renvoient à la première phrase de cette recension. La ­complexité des individus se laisse mal ­réduire à quelques paramètres et inter­actions entre agents. Les caractéristiques humaines, très hétérogènes, ne sont pas aussi stables que celles des atomes. Et ces diables de bonshommes sont aussi...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-14"> ¤ Cet ancien adepte de paranormal s’est intéressé aux sciences après un long cheminement vers l’esprit critique, jusqu’à soutenir sa thèse sur la simulation de l’Univers.
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Sébastien Carassou, des ovnis à l’astrophysique

Cet ancien adepte de paranormal s’est intéressé aux sciences après un long cheminement vers l’esprit critique, jusqu’à soutenir sa thèse sur la simulation de l’Univers.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 11h09
    |

                            Cécile Michaut








                        



                                


                            

Chez un scientifique, c’est l’équivalent d’un coming out, en plus sulfureux. « Pendant une bonne partie de mon adolescence, j’ai gobé toutes les pseudo-sciences : les ovnis, les extraterrestres construisant les pyramides, les complots du 11-Septembre, les phénomènes magiques, les anges, les fantômes, les machines à énergie libre… Il n’y avait pas encore la théorie de la Terre plate, mais j’y aurais sûrement cru aussi. » Celui qui s’exprime ainsi, Sébastien ­Carassou, est pourtant aujourd’hui docteur en astrophysique. Il a soutenu en novembre à l’Institut d’astrophysique de Paris sa thèse sur la simulation de l’Univers pour mieux comprendre l’évolution des galaxies. Cette soutenance s’est d’ailleurs retrouvée au premier rang des tendances en Europe sur Twitter – du jamais-vu pour une thèse ! Sébastien Carassou est aussi un vulgarisateur acharné, lui qui doit tant aux grands passeurs de science comme Carl Sagan (1934-1996) – son modèle – ou ­André Brahic (1942-2016), dont il loue l’humanisme, l’optimisme et la passion.
Son parcours est précieux pour comprendre comment une personne intelligente et ­curieuse peut croire en tout un fatras de théories paranormales, mais aussi comment il est possible de s’en sortir. Important à l’heure où la théorie du complot n’épargne pas les sciences !
Né à La Réunion dans un milieu assez catholique et superstitieux éloigné des sciences, où l’on croit volontiers aux miracles, Sébastien Carassou se définit lui-même comme un rat de bibliothèque, avide de comprendre le monde. Il dévore indistinctement les rayons science et ésotérisme, et il ne voit aucune ­contradiction entre les deux, aucune frontière. Tout ce qu’il lit est au même niveau de crédibilité. « Je cherchais à engranger le plus de connaissances possible, et je me suis enfermé dans une bulle ésotérique à travers les forums, et Internet en général. » Sa première vocation est de devenir parapsychologue : étudier « scientifiquement » les phénomènes...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-15"> ¤ Ce savant allemand du XVIIIe siècle est surtout connu pour ses travaux de théorie des nombres qui lui valent une admiration universelle et une influence vivace.
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Gauss, « le prince des mathématiciens »

Ce savant allemand du XVIIIe siècle est surtout connu pour ses travaux de théorie des nombres qui lui valent une admiration universelle et une influence vivace.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 09h59
    |

                            Michel Broué (Mathématicien, professeur émérite de l’université Paris-Diderot)








                        



   


Il est né en 1777, à l’apogée des ­Lumières. Dans une famille pauvre et d’une mère illettrée. Celui que tous s’accordent à appeler « le prince des mathématiciens » ne publia de son vivant qu’une partie de ses découvertes, immenses, fondatrices des mathématiques contemporaines. Il fut, par exemple, le premier à envisager des géométries non euclidiennes, en rupture avec la géométrie classique, mais ne publia pas ce travail « par crainte des cris des béotiens ».
Avant d’évoquer quelques-uns de ses travaux, je ne résiste pas à l’envie de raconter l’histoire de l’instituteur qui demanda à ses élèves, pensant les occuper un bout de temps, de calculer la somme des 100 premiers nombres : 1 + 2 + 3 +… + 100. Essayez, vous n’aurez pas la patience, et… quel intérêt ? L’élève Gauss n’avait pas 10 ans et, en bon mathématicien, n’eut ni patience ni intérêt… mais un peu d’insolence créatrice. « Pourquoi serais-je obligé de calculer cette somme dans l’ordre croissant des nombres ? Car si je ­calcule la somme du premier et du dernier (1 + 100), puis du deuxième et de l’avant-dernier (2 + 99), et ainsi de suite (3 + 98, etc.), chaque paire me donne la même somme, 101. Je dois faire cela 50 fois, le résultat est donc 50 × 101 = 5 050. » Ahurissement de l’instituteur, entendant le gamin donner le résultat en quelques minutes.
« Sublime science »
Essayons d’effleurer son œuvre. C’est dans le domaine des probabilités que son nom est le plus célèbre, avec la fameuse « courbe de Gauss », en cloche : il a décrit une loi modélisant des situations concrètes, dont la répartition est représentée par une telle courbe. On l’obtient, par exemple, en traçant l’histogramme des tailles d’une large population dont la taille moyenne est de 175 cm.
Mais ce sont ses travaux de théorie des nombres, ce cœur des mathématiques, qui lui valent une admiration universelle et une influence vivace. Impossible d’expliquer, ici, sa conjecture sur la répartition des nombres premiers, qui sera démontrée un siècle après sa formulation. Car, comme il l’écrivait : « Les charmes enchanteurs de cette sublime science ne se décèlent dans toute leur beauté qu’à ceux qui ont le courage de l’approfondir »…
Revenons à des résultats plus importants. Il a introduit la notion de « congruences ». Les « congruences modulo 12 » vous sont familières. Sur un cadran d’horloge, 12 et 0 sont confondus (12 = 0). Et on sait qu’à 15 heures l’horloge indique 3 ; au fond, parce que 15 = 12 + 3 = 0 + 3 = 3. Et puis, 11 = − 1… puisque 11 + 1 = 0, pardi. Si un événement commence lorsque l’horloge indique 4, et se prolonge consécutivement 3 fois pendant 11 heures, quelle heure indiquera l’horloge à la fin ? Réponse : 4 + (3 × 11) = 4 + (3 × − 1) = 4 − 3 = 1. L’horloge indiquera 1. Nous venons de faire des « calculs modulo 12 ». C’est le monde des congruences, outil de base de l’algèbre moderne… et du codage des transmissions numériques.
Astronome réputé et physicien de premier plan
C’est aussi en théoricien des nombres qu’il résolut, à 19 ans, une question venant de l’Antiquité grecque : quels sont les polygones réguliers (tels qu’un triangle équilatéral, un carré, un pentagone régulier, etc.) qui peuvent être construits avec une règle, un compas et un crayon ? Eh bien, il démontra entre autres que, pour un nombre de côtés égal à un « petit » nombre premier, ce n’est possible que pour les nombres 3, 5, 17 et 257. Le monde est ainsi fait, et Gauss et les mathématiques ont contribué à sa connaissance, parfois surprenante.
Ses talents de mathématicien firent de lui un astronome réputé. La plus petite planète naine du système solaire,Cérès, avait disparu. Introuvable. Gauss, à 25 ans, réussit à déterminer son orbite à l’aide de quelques données, et surtout des mathématiques. Il prédit où la trouver. Et en effet, on la retrouva à cet endroit.
Il fut aussi un physicien de premier plan, en particulier dans le domaine de l’électromagnétisme. Bref, s’il faut lister les « génies », il en est. Il fut un homme aussi, avec ses malheurs et ses grandeurs.
Profondément amoureux de sa première femme, il ne se remit guère de son décès prématuré et souffrit, semble-t-il, de dépression chronique. Mathématicien solitaire, il n’aima guère enseigner. Mais il forma des étudiants qui allaient aussi devenir des « princes », tel Bernhard Riemann, auteur de ce qui est sans doute la plus importante des conjectures mathématiques, « l’hypothèse de Riemann ».
La mathématicienne Sophie Germain, sa contemporaine, se cachait pour faire des mathématiques sous le nom mas­culin d’Antoine Auguste Le Blanc (impensable à l’époque qu’une femme fut mathématicienne !). Elle correspondit avec Gauss sous ce nom. Les troupes de Napoléon occupèrent Brunswick, où habitait Gauss. Craignant pour sa vie, Sophie Germain demanda à un général français de le protéger, et c’est ainsi que Gauss apprit qu’Antoine était Sophie. Il lui écrivit alors : « Lorsqu’une personne de ce sexe qui, par nos mœurs et nos préjugés, doit rencontrer infiniment plus d’obstacles et de difficultés que les hommes à se familiariser avec ces recherches épineuses, sait néanmoins franchir ces entraves et pénétrer ce qu’elles ont de plus caché, il faut sans doute qu’elle ait le plus noble courage, des talents tout à fait extraordinaires, le génie supérieur. » Génie, et homme de bien.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-16"> ¤ Une collection pour découvrir des scientifiques d’exception, dont les théories ont révolutionné le monde.
<filname="PROF-env_sciences-16"> ¤                     
                                                

Génies des mathématiques

Une collection pour découvrir des scientifiques d’exception, dont les théories ont révolutionné le monde.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 09h58
    |

            David Larousserie








                        



   


Quelle discipline scientifique peut se targuer d’accoler aussi souvent l’étiquette de « génie » à ses représentants les plus connus ? La chimie, la biologie, les sciences humaines ont évidemment leurs géants, leurs célébrités, leurs révolutionnaires… mais peu sont qualifiés de génies. La physique, avec bien sûr Albert Einstein, se distingue à peine plus.
Assurément, ce sont donc les maths qui remportent la palme. Dès Euclide ou Archimède, le qualificatif se répand. Et il continue avec Newton, Euler, Gauss, Poincaré, Ramanujan, von Neumann, Nash… Et se poursuit encore à l’heure actuelle avec le Britannique Andrew ­Wiles, qui a démontré le théorème de Fermat, ou le Russe Grigori Perelman, qui est venu à bout de la conjecture de Poincaré, deux sommets de la discipline qui résistaient depuis au moins un siècle.
Affrontement direct entre l’homme et la nature
Les génies dont cette nouvelle collection intitulée « Génies des mathématiques », en partenariat avec L’Obs, retrace la vie et l’œuvre, revêtent les formes les plus variées. Il y a les précoces, les étoiles filantes, les défricheurs, les créateurs, les touche-à-tout… Ils ont marqué l’histoire de leur discipline, comme l’histoire tout court.
Constater la profusion d’hommes, et plus rarement de femmes, hors du commun en maths n’est pas faire injure aux autres disciplines. Les maths ont des avantages que les autres n’ont pas. Discipline essentiellement intellectuelle, elle est un affrontement direct entre l’homme et la nature, souvent comparée à l’ascension d’une montagne ou à l’exploration de terres vierges. En cas de découverte, les superlatifs auront donc tendance à pleuvoir, comme en sport ou en musique.
Elle est aussi un exercice souvent solitaire qui fait que les succès sont plus facilement ­attribuables à une seule personne.
Une « éternité » des maths
Il n’est pas rare non plus que ces célébrités soient proches de la folie, comme en témoigne par exemple l’« épidémie » de telles pathologies dans le rang des logiciens comme Gödel, Cantor ou Frege.
Dans l’entretien qui suit, Etienne Ghys, directeur de recherche à l’Ecole normale supérieure de Lyon et parrain de cette collection, relativise cette étiquette de génie, en réalité plus médiatique que pertinente, en rendant hommage au « terreau » de mathématiciens quasi inconnus qui permet à ces grands hommes de sortir du lot. Les profs, les ingénieurs, les ­artisans comptent aussi dans ce paysage, ­décrit à tort comme éclairé de feux d’artifice intellectuels spontanés.
Les maths, comme cette collection nous le montre également, se distinguent aussi par une autre caractéristique, sans doute moins discutable : un rapport particulier au temps. « Dans quelle autre discipline qu’un cours de maths pourriez-vous apprendre des choses correctes de plus de trois cents ans », nous susurrait à l’oreille Etienne Ghys dans un amphi où l’un de ses collègues faisait une conférence. En physique, les concepts d’atomes crochus, de phlogistique, d’éther ont disparu des manuels. Pas les théorèmes de Pythagore ou de Thalès. Une « éternité » des maths à savourer aussi dans les ouvrages de la collection.

        Lire aussi :
         

                La collection Génies des mathématiques






                            


                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-17"> ¤ « Le Monde », en collaboration inédite avec « L’Obs », vous propose une ­nouvelle façon de parler des mathématiques, rigoureuse, accessible et vivante à travers le destin de leurs plus grands génies. Voici les dix premiers ­volumes de la série.
<filname="PROF-env_sciences-17"> ¤                     
                                                

La collection Génies des mathématiques

« Le Monde », en collaboration inédite avec « L’Obs », vous propose une ­nouvelle façon de parler des mathématiques, rigoureuse, accessible et vivante à travers le destin de leurs plus grands génies. Voici les dix premiers ­volumes de la série.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 09h57
   





                        



   


1 - Carl Friedrich Gauss Il fut baptisé « le prince des mathématiciens », un titre qui jamais ne lui fut disputé depuis lors. Parmi les avancées qu’on lui doit, on retiendra particulièrement celles relatives à la théorie des nombres. La construction à la règle et au compas d’un polygone régulier à 17 côtés qui occupait les mathématiciens depuis la Grèce classique constitue par ailleurs l’une de ses premières grandes découvertes.
3,99 €, en vente le jeudi 22 mars

   


2 - Pierre-Simon de Laplace
Il incarna le point culminant de l’esprit scientifique des Lumières. Dans le domaine de la physique ­mathématique, il compléta le programme de Newton, expliquant le fonctionnement du cosmos. Avec sa théorie des probabilités, il éleva l’étude du hasard au rang de discipline scientifique et mit enfin au point le système métrique décimal.
9,99 €, en vente le jeudi 29 mars

   


3 - Leonhard Euler
Grand mathématicien suisse du ­siècle des Lumières dont le nom est indissociable de l’analyse ­mathématique. Il est également l’auteur de contributions fondamentales à la géométrie et à la théorie des nombres et a créé, avec la théorie des graphes, un nouveau champ de recherches. Il a enfin ­publié sur l’hydrodynamique, la mécanique ou l’optique.
9,99 €, en vente le jeudi 5 avril

   


4 - Gottfried Wilhelm Leibniz
Un des plus grands génies des mathématiques, le philosophe et scientifique allemand vécut entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. En plus de la numération binaire et de l’invention de la première calculatrice, il est, à l’instar de Newton, le créateur du plus puissant des outils permettant de décrire mathématiquement le monde physique : le calcul infinitésimal.
9,99 €, en vente le jeudi 12 avril

   


5 - Henri Poincaré
Il marqua durablement la plupart des branches des mathématiques et acquit une renommée scientifique considérable en France comme dans le reste du monde. Son œuvre contribua de manière fondamentale au développement de la théorie de la relativité restreinte et, surtout, de la topologie.
9,99 €, en vente le jeudi 19 avril

   


6 - Jacques Bernoulli
Il fut le premier d’une lignée de mathématiciens suisses des XVIIe et XVIIIe siècles qui sont à l’origine de découvertes telles que le calcul des variations, l’hydrodynamique et de recherches pionnières sur la théorie des nombres. L’aîné des Bernoulli énonça la loi des grands nombres, première contribution ­notable au calcul des probabilités.
9,99 €, en vente le jeudi 26 avril

   


7 - Georg Cantor
Avec Richard Dedekind, il donna la définition d’un ensemble infini. Tablant sur la multiplicité des infinis, l’Allemand Georg Cantor reformula les bases des mathématiques. Les mathématiciens et logiciens d’aujourd’hui utilisent encore ce nouveau monde qu’Henri ­Poincaré comparait à un paradis.
9,99 €, en vente le jeudi 3 mai

   


8 - Srinivasa Ramanujan
Il est le mathématicien indien le plus célèbre, notamment pour ses géniales contributions à la théorie des nombres et à la théorie combinatoire. Il est à l’origine d’un vaste atlas de nouveaux résultats dans l’étude des nombres premiers, les partitions des entiers ou les fractions continues.
9,99 €, en vente le jeudi 10 mai

   


9 - Evariste Galois
Le mathématicien français vécut à peine vingt et un ans et contribua pourtant à transformer les mathématiques ainsi que la ­société de son époque. Il démontra notamment qu’il n’y avait pas une solution générale par radicaux pour les équations de degré ­supérieur à quatre, et ­établit les conditions pour qu’une équation soit résoluble.
9,99 €, en vente le jeudi 17 mai

   


10 - Bernhard Riemann
Il est l’une des figures savantes ­emblématiques du milieu du XIXe siècle. En dépit de la brièveté de sa carrière, le mathématicien ­allemand a marqué la géométrie différentielle et a laissé aux mathématiciens l’hypothèse qui porte son nom et qui constitue la plus ­importante conjecture non résolue.
9,99 €, en vente le jeudi 24 mai



                            


                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-18"> ¤ Le mathématicien parraine la nouvelle collection du « Monde », « Génies des mathématiques », pour diffuser sa discipline au plus grand nombre.
<filname="PROF-env_sciences-18"> ¤                     
                                                

Etienne Ghys : « J’aime bien les maths quand elles sont partagées »

Le mathématicien parraine la nouvelle collection du « Monde », « Génies des mathématiques », pour diffuser sa discipline au plus grand nombre.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 09h56
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 15h15
    |

            David Larousserie








                        



   


Etienne Ghys est directeur de recherche à l’Ecole normale supérieure de Lyon et rédacteur régulier de la rubrique « Carte blanche » dans le supplément « Science & médecine » du Monde. Ce spécialiste de l’étude des systèmes dynamiques est aussi très engagé dans la diffusion de sa discipline auprès du grand public. Il a nourri de dizaines d’articles de vul­garisation le site Images des maths (Images.math.cnrs.fr) et a notamment co­réalisé deux films très pédagogiques, Dimensions, une promenade mathéma­tique en 2008 (Dimensions-math.org) et Chaos, une aventure mathématique en 2013 (Chaos-math.org). Académicien depuis 2004 et membre du récent Conseil scientifique de l’éducation nationale, il a accepté d’être le parrain de la collection « Génies des mathématiques ».

        Lire aussi :
         

                La collection Génies des mathématiques



Vous-même avez été poussé vers cette discipline par un livre, non ?
En partie oui. J’avais 14 ans, lorsque dans la bibliothèque municipale de ­Roubaix j’ai emprunté le livre Les Grands Mathématiciens (Payot, 1950), d’Eric Temple Bell. C’est un ouvrage de portraits de matheux en 30 chapitres environ. J’ai adoré cela car c’était plein d’anecdotes qui me fascinaient, même si j’ai compris bien plus tard que ce livre contenait des ­erreurs historiques, ou tout au moins une présentation un peu romancée de l’histoire des mathématiques.
Par exemple, Euler y était décrit comme un touche-à-tout, ce qui est correct, mais le chapitre se termine par « le 7 septembre 1783, (…) il cessa de calculer et de vivre », ce qui me laissait l’impression qu’il était une espèce de machine à calculer sans aucun sentiment. Or ce n’est pas conforme à la réalité car Euler n’était pas si froid et calculateur. Il était même très humain, comme en témoigne sa correspondance avec une princesse d’Allemagne où il est question de maths mais aussi de musique, de philosophie…
Quel est votre rapport aux grands « anciens » ?
Je suis toujours plongé dans leurs « vieux machins » en fait. C’est comme cela que j’apprends. Je ne suis évidemment pas le seul. En 2007, pour fêter le centenaire d’un théorème, nous nous sommes réunis à une quinzaine dans un gîte rural de Sologne. Nous avons lu beaucoup d’articles qui précédaient ce théorème et nous avons parcouru le chemin qui y conduisait, tout au long du XIXe siècle. C’était très studieux, on a travaillé comme des fous, en ne mangeant que des pâtes. Et à la fin, on s’est dit que ce travail, cette fête, ne devait pas rester entre nous. Alors on a décidé d’en faire un livre collectif, sorti trois ans plus tard, sous pseudonyme, en français, puis traduit en anglais, et où chacun a écrit et relu tous les chapitres (Uniformisation des surfaces de Riemann, retour sur un théorème centenaire, par Henri Paul de Saint-Gervais, ENS Editions, 2010).
Notre mélange de vision mathématique et historique a été modérément apprécié par les historiens. En écrivant pourquoi telle erreur avait été commise et en la corrigeant avec nos méthodes anachroniques du XXe ou XXIe siècle, nous commettions pour eux une sorte de péché mortel. Nous ne cherchions pas la réalité historique mais la compréhension d’un morceau de mathématiques d’aujourd’hui à travers son passé.
En biologie, à quoi bon apprendre des théories erronées anciennes ? Mais en maths, les erreurs sont utiles.
A quoi cela vous a-t-il servi ?
Cette histoire continue de me nourrir aujourd’hui. On dit en général que les mathématiciens ont une vision cumulative de l’histoire : un théorème vrai un jour reste vrai toujours. Le théorème démontré par Archimède restera évidemment toujours vrai, alors que beaucoup de théories d’Aristote sur la physique ou sur la biologie n’ont plus cours depuis longtemps. Mais la réalité est plus subtile.
Il existe des théorèmes qui ne sont plus intéressants ou d’autres qui changent de statut. Le théorème de Pythagore par exemple. Il est bien connu que le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés. C’est le fondement de la géométrie euclidienne. Maintenant cela s’applique à des espaces de grandes dimensions et même en physique quantique, où l’on travaille dans des espaces qu’on appelle « de Hilbert » qui sont en quelque sorte définis à partir du théorème de Pythagore. On peut presque dire que le théorème est devenu une ­définition. Il a acquis un nouveau visage.
Autre exemple de ce principe cumulatif à relativiser. En maths on apprécie énormément que des branches différentes se mettent à interagir. Descartes, en introduisant les coordonnées du plan, fait un lien entre l’algèbre et la géométrie et donne naissance à la géométrie ­algébrique. Les maths sont un arbre un peu étrange dans lequel on constate à la fois l’apparition de nouvelles branches et la fusion de branches différentes.
Avez-vous un héros particulier ?
Ceux qui me connaissent savent que c’est Henri Poincaré. Ses textes me parlent car j’y retrouve la même langue, les mêmes notations que j’utilise au quotidien. D’autres maths, comme celles du XVIIe siècle, me sont moins familières.
Mais des textes plus anciens ont aussi mes faveurs. Je voudrais citer ainsi Archimède, qui a laissé des textes ­toujours limpides aujourd’hui. Il a par exemple écrit L’Arénaire, que j’adore, véritable propagande pour la défense des sciences permettant d’expliquer pourquoi les chercheurs ont besoin de moyens. Il y convainc ainsi un roi que des questions apparemment futiles et inutiles, comme celle de compter le nombre de grains de sable qui seraient nécessaires pour remplir l’Univers, peuvent avoir des répercussions inattendues. Un très beau texte.
Les historiens contemporains ont ­entamé un mouvement pour ne plus écrire l’histoire seulement comme celle des grands hommes, mais en s’intéressant aussi à des populations plus obscures et modestes. Est-ce pareil en maths ?
Je n’ai aucun doute sur le rôle important des grands mathématiciens, comme Newton, Gauss, Riemann, Poincaré… que l’on retrouve évidemment dans cette collection, mais ils n’auraient pas existé sans un terreau dont ils sont issus. Beaucoup de mathématiciens inconnus ont joué de grands rôles dans leur histoire. Ils étaient ingénieurs, professeurs du secondaire, mécaniciens… On peut citer un mathématicien, Augustin Mouchot, pionnier de l’énergie solaire au XIXe siècle, qui pour la domestiquer a passé sa vie à dessiner de grands miroirs paraboliques et a résolu d’intéressantes questions de géométrie. Ce serait dommage d’oublier ces « inconnus ».
Vous regrettez l’absence d’autres ­personnes dans cette historiographie ?
Oui, les femmes ! Et pas seulement dans l’histoire, mais aujourd’hui. Certes, d’autres sciences manquent de femmes, et ce n’est pas spécifique aux maths, mais pour notre discipline c’est de pire en pire. Leur proportion au CNRS, en maths, baisse depuis trente ans. Cette année, il n’y a pas de normalienne en maths à Paris, et il n’y en a que deux ou trois à l’ENS Lyon. Je n’ai pas d’explications mais c’est préoccupant.
La France aura-t-elle encore des médailles Fields au congrès international de mathématiques de Rio en août ?
Je ne me prononcerai pas. On a quelques idées pour expliquer le succès de l’école mathématique française. Il faut d’abord le chercher dans l’histoire de France. Napoléon a mis les maths au cœur d’un système éducatif d’élite, autour de Polytechnique, de l’ENS et des grandes écoles. Pendant longtemps (et encore actuellement, à un degré moindre), les maths étaient un passage obligatoire pour les « bons élèves », qui se retrouvent dans les classes préparatoires d’élite (une spécificité française) puis dans quelques écoles prestigieuses. C’est une raison du succès de la recherche mathématique en France.
Autre raison : si je ne me trompe pas, tous les Médailles Fields français sont passés par le CNRS à un moment ou un autre de leur carrière, souvent au début, ce qui leur a permis de travailler dans d’excellentes conditions. Or, le CNRS est une autre spécificité française.
Il faut noter enfin l’inertie de cet « indicateur de qualité » que seraient les médailles Fields. Les lauréats ont moins de 40 ans et ont donc fait leur thèse quinze ans plus tôt et passé leur bac il y a plus de vingt ans. En exagérant un peu, une abondance de médailles françaises signifie que le système marchait bien… il y a quinze ans !
Ce système marche-t-il moins bien aujourd’hui ?
Bien sûr, les résultats de nos collégiens dans les diverses évaluations ne sont pas bons, mais je voudrais relativiser un peu ces constats. On voit par exemple que la Finlande, dont les élèves sont les meilleurs en science, est aussi la dernière pour ce qui est de l’intérêt pour cette discipline. Il n’y a pas qu’une seule manière de mesurer les choses. Et de toute façon, il n’y a aucune raison d’enseigner les maths de la même manière partout. Le contenu des enseignements dépend de la culture locale. Les maths, ce n’est pas aussi universel qu’on peut le penser : on peut choisir le morceau du gâteau qu’on veut manger.
D’ailleurs il y a aussi plusieurs façons de faire des maths. Les Russes sont très forts en géométrie, les Français ont été, eux, marqués par Bourbaki et ses traités sur les mathématiques favorisant plutôt l’abstraction. Au Brésil, que je connais bien pour y avoir travaillé et gardé des contacts, ils ont développé un langage commun qui leur fabrique un terrain de jeu différent du nôtre.
Alors, tout va bien ?
Je suis préoccupé par un problème sociologique majeur : les Ecoles normales supérieures n’ont plus comme naguère le rôle d’ascenseur social. Auparavant, les mathématiciens de l’ENS venaient de milieux plus divers. Aujourd’hui, on a beaucoup de fils d’enseignants du secondaire ou du supérieur dans les promos de normaliens.
Au CNRS, bon an mal an, une douzaine de chercheurs sont recrutés en maths. Chaque année, quelques-uns d’entre eux sont des fils de mathématiciens professionnels, ce qui n’est pas vraiment représentatif de la population française. C’est un mauvais signe pour l’épanouissement des vocations et cela me préoccupe de me rendre compte que ma profession attire moins les jeunes.
Il ne faut évidemment pas en conclure que l’unique objectif des enseignants de France est de former des chercheurs au CNRS. Ils doivent certes former une élite, mais ils doivent surtout contribuer à décomplexer leurs élèves par rapport aux maths. Ma discipline ferait peur, serait froide, déconnectée de la réalité, servirait d’étalon pour évaluer l’intelligence, sélectionner…
Mais ce n’est pas mon expérience, je vois les maths comme une occasion de créativité et d’expression. Les maths ne sont qu’une manière d’être intelligent, mais bien évidemment pas la seule.
Que faudrait-il corriger dans ­l’enseignement ?
Le rapport Torossian-Villani sur l’enseignement des maths, remis au ministre de l’éducation, formule de véritables constats que l’on répète depuis longtemps. Notamment, qu’il faut mieux former les professeurs des écoles à cette discipline. Beaucoup ont peur de cette matière, sans vraiment avoir eu l’occasion de la connaître et de l’apprécier. Ça peut vous étonner, mais ma fille, institutrice, n’est pas trop intéressée par les maths. Un jour, je lui ai proposé de faire de la géométrie dans la cour de récréation, en dessinant à la craie des cercles de différents rayons. Les enfants ont pu constater, avec des bouts de ficelle, que le périmètre était environ trois fois le diamètre. Ça a été un vrai bonheur pour ses élèves et, victoire personnelle, pour ma fille aussi !

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En tout cas, clairement, il manque de temps et de moyens pour la formation des professeurs des écoles, aussi bien initiale que permanente.
C’est pour défendre cela que vous avez accepté d’être dans le Conseil scientifique de l’éducation nationale présidé par Stanislas Dehaene ?
Oui, j’espère que ça va marcher. Nous verrons. Pour l’instant j’ai choisi de m’impliquer dans le sous-groupe de travail sur les manuels scolaires du primaire. La première étape est de faire un bilan sur l’usage de ces livres : comment servent-ils ? qui s’en sert ? sont-ils même utilisés ?
Ensuite nous essaierons de rédiger un cahier des charges à destination des maisons d’édition pour définir ce que l’on attend d’un bon manuel scolaire. Aujourd’hui, on constate que si tous les livres se prétendent en accord avec les programmes, ce n’est pas toujours le cas. En outre, il existe des marges de manœuvre sur l’interprétation du programme et nous pourrions proposer de poser des garde-fous.
Quel plaisir prenez-vous à faire des maths ?
C’est d’abord souvent de la souffrance en réalité ! On réfléchit en permanence à un problème, on se pose des questions, on cherche une solution… Bref, on piétine. Pour éviter cet état, beaucoup, comme moi, ont plusieurs sujets en tête pour pouvoir en changer. Je dis souvent d’ailleurs que j’ai fait dans ma carrière des choses faciles, évitant les gros morceaux qui me font piétiner.
L’autre souffrance, c’est l’erreur, l’angoisse d’avoir publié quelque chose de faux. Le pire qui puisse arriver à un chercheur est de recevoir un message de quelqu’un qui trouve une erreur dans de vieux articles. Un erratum est honteux. Cela m’est arrivé une fois, mais ce n’était heureusement pas si grave. Mon article énumérait une liste de cas possibles et il en manquait un, qui était en fait tellement évident que je l’avais omis.
Et le vrai plaisir ?
J’aime bien les maths quand elles sont partagées. Et j’aime évidemment moi-même participer à ce partage par des discussions. Ce rapport à d’autres m’aide à mieux comprendre moi-même. Parfois, cela conduit à de jolies histoires, comme récemment avec un de mes étudiants en master, Christopher-Lloyd Simon. Comme je l’ai dit précédemment, j’avais en tête plusieurs problèmes dont l’un en particulier me turlupinait.
Je voulais l’exposer dans mon dernier livre (A Singular Mathematical Promenade, ENS Editions, 2017). Grâce aux commentaires francs et directs de Christopher-Lloyd sur l’un des chapitres, nous avons trouvé ensemble une manière de débloquer la question. Un article devrait sortir à se sujet. C’est le prototype du plaisir en maths : je suis sorti d’une impasse grâce à une collaboration.
Quelle est votre obsession du moment ?
Elle vient d’un cheminement également inattendu. Je devais préparer un exposé pour des élèves en CP sur le flocon de neige. Je ne me faisais évidemment pas de soucis sur ce que j’allais dire, mais en fouillant, comme j’aime le faire, dans la littérature scientifique, j’ai découvert que la théorie rigoureuse de la croissance des flocons de neige était en fait encore à écrire ! J’ai découvert aussi des textes et des illustrations merveilleuses dans de vieux textes de Kepler ou du Moyen Age. Et c’est ce que je ferai découvrir aux lecteurs du Monde le 29 mars lors d’une conférence. Avec, j’espère, une surprise : j’aurais peut-être démontré d’ici là une conjecture qui m’obsède sur les flocons de neige !

Géométrie et chaos  font leur cinéma
Etienne Ghys est le coauteur (avec Aurélien Alvarez et Jos Leys) de deux films frappant par leur pédagogie, Dimensions, une promenade mathématique, 2008 (www.dimensions-math.org) et Chaos, une aventure mathématique, 2013 (www.chaos-math.org). Réalisés en images de synthèse, avec des calculs parfois originaux et complexes, ils n’ont pas vieilli, si ce n’est peut être dans l’esthétique. Ces deux fois neuf épisodes de moins d’un quart d’heure initient aux notions de dimensions et de chaos.

La recette est à chaque fois la même : de la lenteur dans les propos, des situations très imagées, voire spectaculaires, et des références historiques. De quoi amener le lecteur depuis des bases très simples (les deux dimensions, le mouvement de boules de billard, le calcul différentiel) à des concepts plus difficiles et jusqu’aux préoccupations des mathématiciens contemporains.
Le premier film, très géométrique, est plus statique que le second, consacré justement aux mouvements, stables ou, au contraire, chaotiques. Dans ce second volet, des boules de billard s’entrechoquent, des planètes se tournent autour, des figurines de Lego font la course, des canards oscillent sur l’eau et un magnifique taureau de Wall Street se fait parcourir l’échine et les cornes par plusieurs boules.

Inutile de dire que bon nombre des génies de la collection de livres proposés par Le Monde sont sollicités dans ces films : Euclide, Newton, Laplace, Gauss, Riemann, Poincaré…
A signaler, dans le premier film, l’ultime chapitre entièrement consacré à une démonstration pas à pas et très géométrique d’un théorème de Riemann sur la sphère. De quoi convaincre que « démontrer » n’est pas « montrer » et que regarder ces images peut aussi servir à susciter des vocations.



Au programme
Le Monde organise, jeudi 29 mars, de 19 heures à 20 h 30, dans son auditorium, une conférence avec Etienne Ghys, membre de l’Académie des sciences, directeur de recherche au CNRS et parrain de la collection « Génies des mathématiques », sur le thème « La géométrie des flocons de neige ».





                            


                        

                        


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Le bébé fait preuve d’un esprit déjà logique

Une nouvelle étude montre que des capacités déductives primitives devancent l’acquisition du langage.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 15h24
    |

                            Florence  Rosier








                        



                                


                            
Nos bébés sont-ils des ­« détectives » précoces ? En un sens, oui ! C’est ce que suggère une étude publiée dans Science, le 16 mars. Avant même de déployer leurs compétences de langage parlé, nos bambins semblent capables d’une forme de déduction logique. Plus précisément, ils montrent un raisonnement de type « syllogisme disjonctif », qui permet de dire : « Dans le cas où seulement une des deux propositions A ou B est vraie, si A est fausse, alors B est vraie. »
Depuis plus de quarante ans, les neurosciences cognitives n’ont cessé d’éroder le cliché selon ­lequel les nourrissons ne seraient que des ventres. « Depuis les ­années 1970, des centaines d’expériences ont mis en évidence les ­multiples compétences du bébé », relève Stanislas Dehaene, titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentaleau Collège de France. « Même de jeunes enfants peuvent être vus comme de petits scientifiques capables d’inférences logiques », souligne Justin Halberda, de l’université Johns Hopkins de Baltimore (Maryland), dans un commentaire associé dans Science. Pour autant, « ce ­concept se heurte souvent à l’incrédulité. Après tout, le raisonnement logique semble demander beaucoup d’efforts conscients et de ­capacités linguistiques ».
Bébés de 12 à 19 mois
La nouvelle étude dans Science a été menée chez des « enfants » au sens premier du terme – du latin infans, « qui ne parle pas ». Les auteurs, chercheurs à l’université de Barcelone, ont présenté une ­série de courtes vidéos à des bébés de 12 et de 19 mois (vingt-quatre enfants de chaque âge). Sur un film mis en ligne par ces scientifiques, on voit un bambin joufflu suivre avec attention une de ces vidéos, assis sur les genoux de sa mère.
Les bébés regardent d’abord deux objets dessinés qui diffèrent par la forme, la couleur, la catégorie – par exemple, un dinosaure et une fleur –, mais leur partie supérieure est identique. Un écran masque...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-20"> ¤ Alexandra Palt, directrice de la Fondation L’Oréal, montre dans une tribune au « Monde » comment les préjugés sur les femmes – dans le domaine de la santé ou de l’intelligence artificielle, par exemple – influent sur les résultats de la recherche scientifique.
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« Il est vital que les robots soient programmés par des hommes… et des femmes »

Alexandra Palt, directrice de la Fondation L’Oréal, montre dans une tribune au « Monde » comment les préjugés sur les femmes – dans le domaine de la santé ou de l’intelligence artificielle, par exemple – influent sur les résultats de la recherche scientifique.



Le Monde
 |    20.03.2018 à 19h00
    |

Alexandra Palt (Directrice générale de la Fondation L’Oréal)







                        



                                


                            

Tribune. Alors que ces derniers mois resteront sans doute dans l’histoire collective ceux de la libération mondiale de la parole des femmes dans les domaines du cinéma, dans le monde politique, des ONG ou encore de l’entreprise, il reste un secteur où les voix sont demeurées plus silencieuses : le milieu scientifique, alors même qu’il est confronté à une disparité de genre dont nous devrions tous, en tant que société, nous émouvoir.
Si la proportion de femmes engagées dans des carrières en science a augmenté, bien que trop lentement, nombre d’entre elles se heurtent encore à des obstacles pour y accomplir de longs et florissants parcours, pour accéder à des postes à responsabilité ou encore pour avoir accès à des financements. Résultat : aujourd’hui, seulement 11 % des postes à responsabilité dans les institutions académiques de l’Union européenne par exemple, sont exercées par des femmes. Moins de 30 % des chercheurs sont des femmes et seulement 3 % des Prix Nobel scientifiques leur ont été attribués.
Principaux essais cliniques sur des hommes
Comment expliquer qu’après des années de combat pour l’égalité des genres, la sous-représentation des femmes en science soit toujours aussi criante, et surtout quelles en sont les conséquences pour notre société ?
Elles sont nombreuses et nous devons collectivement en prendre la mesure, tant pour le monde que nous voulons construire, que pour l’avancée du progrès scientifique et de la connaissance requise pour résoudre les grands défis de notre temps.
Prenons deux exemples.
Contrairement aux humains, les algorithmes ne peuvent pas lutter consciemment contre les préjugés acquis
Dans le domaine de la santé d’abord, les illustrations sont nombreuses. Avons-nous réellement pris conscience par exemple, que pendant longtemps, l’idée que les maladies cardiovasculaires étaient un problème masculin a prévalu ? Les principaux essais cliniques portant sur la réduction des facteurs...




                        

                        

