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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Le nouveau jeu de rôle de Bandai Namco mêle action, gestion et gentils esprits de la forêt, dans un croisement improbable entre « The Witcher 3 » et « Mon voisin Totoro ».
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On a testé… « Ni no Kuni II », le jeu vidéo entre Bilbo le Hobbit et Miyazaki

Le nouveau jeu de rôle de Bandai Namco mêle action, gestion et gentils esprits de la forêt, dans un croisement improbable entre « The Witcher 3 » et « Mon voisin Totoro ».



Le Monde
 |    24.03.2018 à 08h00
    |

                            Daniel Andreyev








                        



   


C’est un royaume féerique et coloré, peuplé d’hommes-chats et de vieillards à tête de souris. C’est un monde chaleureux, complètement dépourvu de toxicité. Certes, il y a des combats, des gentils et des méchants et les enjeux sont parfois plus importants qu’ils n’y paraissent. Mais si peu.
Au milieu de ce royaume de Carabas, vous êtes Evan, petit prince aux oreilles de chat qui se voit dépossédé de son rang par un coup d’Etat de souris. Il prend la fuite, aidé par Roland, un fonctionnaire international arrivé là par le truchement des mondes parallèles. Ensemble, ils vont essayer de rebâtir un royaume de paix et d’amour.
Comme dans les films du studio Ghibli, l’histoire est racontée à hauteur d’enfant, mais avec quelques grilles de lectures pour les adultes. L’intrigue explore différents horizons comme la conspiration politique ou une réflexion sur l’écologie et la course à l’armement. Le thème de l’aventure, c’est l’espoir, et ce jeu le rappelle de mille feux.

« A la manière » du studio Ghibli
Disponible depuis vendredi 23 mars sur PlayStation 4 et PC, Ni no Kuni II s’adresse directement à notre inconscient de cinéphile, alimenté par l’animation japonaise et principalement par des œuvres comme Le Voyage de Chihiro, Le Château ambulant ou Princesse Mononoké. Complètement à l’opposé de la course au photoréalisme, son apparence fait croire qu’il s’agit du travail du studio Ghibli.
C’était le cas avant : le premier épisode, sorti en 2010 sur PlayStation 3 et Nintendo DS, était une collaboration directe avec le studio de Hayao Miyazaki. Cette fois, ses artistes vétérans, en free-lance, font tout pour entretenir l’illusion, « à la manière de ». Les connaisseurs se souviennent qu’en 1998 le jeu de rôle japonais Jade Cocoon, sur PlayStation 1, jouait déjà sur ce style.

   


Le style Ghibli, justement, c’est l’animation japonaise dans sa plus éclatante expressivité. Pas seulement des couleurs en aplats, mais aussi le choix des textures, toujours douces et ses lignes, souvent très simples et épurées. La force des films de Miyazaki, c’est leur puissance évocatrice et le sentiment de nostalgie qu’ils procurent. Au cinéma comme en jeu vidéo, c’est devenu presque un genre en soi et Ni no Kuni II parvient avec raffinement à l’évoquer.
Pour que la rêverie soit totale, le studio de développement Level-5 a fait appel une nouvelle fois à Joe Hisaishi, le compositeur attitré de Miyazaki et de la grande période de Takeshi Kitano. Et, même s’il est meilleur pour mettre en musique les longs-métrages, certaines de ses mélodies sont vraiment très réussies.
Pensé pour les plus jeunes
Manette en main, le jeu maintient une accessibilité maximale, grâce à un système de combat qui est sans doute ce qui se fait de plus simple dans le genre. Il ressemble presque à un The Witcher pour enfants – étrangement, Ni no Kuni II s’inspire d’ailleurs beaucoup de la trilogie de jeux de rôles polonais, jusque dans la représentation de son monde ouvert.
Ni no Kuni II n’est jamais ardu, et à part de rares moments purement aléatoires et certains boss, on reste dans une difficulté calibrée pour les joueurs débutants. Le jeu invente tout un tas d’options et de paramètres pour leur simplifier encore plus la tâche, comme les esprits sylvains locaux, les Mousses, qui distribuent des sorts de soin, des attaques bonus, tandis que l’armement de qualité est abondamment distribué.

   


La protection du royaume est aussi primordiale et fait intervenir une mécanique de stratégie en temps réelle. Pas de problème pour les plus jeunes, la victoire repose sur la traditionnelle trinité des forces, pierre-feuille-ciseaux. Parfois un peu brouillon, ce mode de combat casse le rythme et la monotonie, et s’inscrit dans une longue tradition des champs de bataille dans les jeux de rôle japonais, à commencer par Suikoden. La partie stratégie demeure assez simple pour ne pas dire limitée : il suffit souvent de foncer dans le tas pour voir les troupes ennemies tomber comme des cafards.
Du « SimCity » dans un jeu de rôle
L’idée géniale de Ni no Kuni II est surtout de proposer de créer un royaume. Concrètement, cela implique de le gérer, un peu comme une base. Au Japon, le modèle a été popularisé par Suikoden. Plus récemment, les récents Metal Gear Survive et Fire Emblem ont offert des possibilités de décorer son habitat et de fonder des casernes.

   


Un quartier général à gérer, c’est souvent la garantie d’un jeu accrocheur. Ici, il faut construire des baraques, gérer les commerces, créer une société meilleure où ses citoyens gagnent de l’expérience pour la mettre, à leur tour, aux services du bien commun… Le monde de Ni no Kuni II fonctionne comme une monarchie éclairée, une utopie qui opère quand tout le monde remplit sa part de travail. Même sa gestion de quêtes s’inspire d’une interface à la Facebook, dénuée de toute toxicité.
Un jeu japonais pour Occidentaux
L’éditeur Bandai Namco s’est spécialisé avec la série des « Tales of » dans les jeux de rôles puisant dans l’animation japonaise. Ici, ils franchissent une étape supplémentaire : l’aventure bienveillante et généreuse. Ni no Kuni 2, c’est Bilbo le Hobbit dans le monde de Miyazaki avec un jeu de gestion au milieu. Et le paradoxe le plus fascinant, c’est que le premier épisode a été un jeu qui s’est vendu avant tout en Occident.

   


A la fin de sa vie, Kurosawa était devenu presque un ovni dans son pays, un génie boudé et ignoré. Pour faire ses films, le maître faisait appel à ceux qui l’aimaient, aux réalisateurs étrangers, à ses généreux admirateurs. De cette manière, il a réalisé des films pas forcément personnels, mais grandioses et ambitieux. Les parallèles avec Ni no Kuni II paraissent évidents : plus riche, plus grandiloquent, moins intimiste.
Conçu avant tout pour le public des gaijin – les non-japonais –, il n’oublie cependant pas ses racines et ses recettes purement nippones. Cela ne veut pas dire que c’est un chef-d’œuvre du genre, non. Cela signifie simplement que, désormais, l’Occident ne passe plus à côté des choses simples.
En bref
On a aimé :
L’ambiance ;Le système de royaume à construire ;Les musiques dans leur ensemble ;Un jeu de rôle très simple mais pas simpliste ;Un bien meilleur jeu que le précédent ;L’histoire, aussi « Ghibli » que les graphismes.
On n’a pas aimé :
La difficulté parfois aléatoire ;Les quêtes de remplissage ;Les donjons annexes.
C’est plutôt pour vous si…
il vous faut un jeu de rôle accessible à tout public ;Les films de Miyazaki vous manquent ;Vous débutez dans le jeu de rôles japonais.
Ce n’est plutôt pas pour vous si…
Si les jeux à l’apparence enfantine vous refroidissent.
La note de Pixels 8 Mikado sur 10 Choco BN à la fraise.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Dans un entretien au « Film français », le délégué général du Festival, Thierry Frémaux détaille les changements qui prendront effet lors de la 71e édition, du 8 au 19 mai.
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Cannes 2018 : calendrier modifié et interdiction des selfies sur le tapis rouge

Dans un entretien au « Film français », le délégué général du Festival, Thierry Frémaux détaille les changements qui prendront effet lors de la 71e édition, du 8 au 19 mai.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 14h56
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Lors de la 71e édition du Festival de Cannes, qui aura lieu du 8 au 19 mai, les médias découvriront les films en compétition pour la Palme d’or en même temps que, ou après, les spectateurs et l’équipe du film présenté en séance de gala. Le public de ces séances, organisées en soirée dans la salle Lumière à laquelle conduisent les fameuses marches, aura interdiction d’immortaliser le moment en prenant un selfie sur le tapis rouge.
Ces modifications du règlement de la plus grande manifestation cinématographique au monde ont été annoncées, vendredi 23 mars, à l’hebdomadaire professionnel Le Film français par Thierry Frémaux, délégué général du Festival. Les selfies seront prohibés en raison de leur « trivialité et du ralentissement » qu’ils provoquent. Dans cet entretien, Thierry Frémaux revient également sur la question de la parité et sur les conséquences des affaires Weinstein ainsi que sur l’état des relations entre le Festival et la plateforme Netflix.

        Lire la chronique :
         

          « A Cannes, les films se sont fait voler la vedette par Netflix, les séries télé et la réalité virtuelle »



Calendrier modifié
On savait déjà que le calendrier du Festival avait été modifié. Il commencera un jour plus tôt, le mardi au lieu du mercredi, et se terminera le samedi de la semaine suivante, au lieu du dimanche. Depuis quelques années, le Festival exige du distributeur du film d’ouverture qu’il sorte en salle simultanément. Cette obligation a parfois eu pour conséquence – ce fut le cas pour Gatsby le Magnifique en 2013 – de faire passer la projection de gala après les premières séances en salle. L’ouverture le mardi lui rend ainsi son statut d’avant-première.
Le nouvel agencement des projections de presse procède d’un souci largement partagé par les dirigeants de festival qui voient régulièrement des équipes, acteurs, réalisateur, faire grise mine sur le tapis rouge après avoir appris que leur film a mal été accueilli lors de la projection de presse, qui précède l’officielle.
Le film projeté en séance de gala à 19 heures était montré aux médias le matin à 8 h 30, celui de la séance de gala de 22 heures, la veille à 19 heures, un rythme conçu en fonction des impératifs de la presse écrite quotidienne. Or, désormais de nombreuses critiques sont mises en ligne, en particulier par les trades, les influentes publications professionnelles anglophones, dans la foulée de la projection de presse. Certaines manifestations, comme la Berlinale, se sont contentées de faire respecter un strict embargo sur les critiques jusqu’à l’heure de la projection officielle. Dorénavant, le film de 19 heures sera montré simultanément, dans deux salles différentes, au public de la séance de gala et à la presse. Quant à celui de 22 heures, les accrédités médias devront attendre le lendemain pour le découvrir. Seuls quelques journalistes, titulaire de la carte « soiriste », pourront assister aux projections de gala.
Les conséquences des affaires Weinstein
En ce qui concerne la parité entre genres, Thierry Frémaux rappelle au Film français que le Festival la respecte en ce qui concerne la présidence et la composition des jurys (celui qui décernera la Palme d’or sera cette année présidé par l’actrice australienne Cate Blanchett) et que les comités qui sélectionnent les films des diverses sections de la sélection officielle sont arrivés à une « quasi-parité ». Le délégué général annonce qu’il rencontrera prochainement, avec Pierre Lescure, le président du Festival, la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa pour évoquer les conséquences des affaires Weinstein, dont plusieurs épisodes ont eu le Festival pour cadre.

        Lire le compte-rendu :
         

          L’actrice Cate Blanchett présidera le jury du 71e Festival de Cannes



Quant à Netflix, le refus de la plateforme de laisser sortir en salle, dans le respect de la réglementation française, les films qui pourraient être sélectionnés en compétition, a eu pour conséquence une modification du règlement du Festival qui barre la route des longs-métrages qu’elle présente. Ceux-ci pourront être projetés hors compétition, mais dorénavant les films concourant pour la Palme d’or devront « sortir dans les salles françaises ». Pour Thierry Frémaux, les deux longs-métrages de la plateforme sélectionnés en 2017, Okja, de Bong Joon-ho, et The Meyerowitz Stories, de Noah Baumbach, « se sont perdus dans les algorithmes ».

        Lire l’enquête :
         

          « Okja » ou le coup de pied du pachyderme dans la fourmilière du cinéma



Sur le Web : www.festival-cannes.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Avec « Ready Player One », qui sort sur les écrans français le 28 mars, l’auteur américain voit son premier roman mis en scène par le réalisateur de ses rêves.
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Ernest Cline, un fan de Spielberg adapté par son idole


                      Avec « Ready Player One », qui sort sur les écrans français le 28 mars, l’auteur américain voit son premier roman mis en scène par le réalisateur de ses rêves.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 14h30
    |

            Samuel Blumenfeld








   


A l’origine, il avait imaginé son premier roman comme une conversation entre amis. La discussion aurait porté sur la culture des années 1980 : La Guerre des étoiles, Alien, Indiana Jones, Retour vers le futur, l’avènement des premiers jeux vidéo, Space Invaders en tête. Soit, aux yeux d’Ernest Cline, l’âge d’or de la « culture geek », ce moment magique, selon lui, juste avant l’apparition d’Internet, devenu l’alpha et l’oméga de son existence.
Après neuf ans de travail, Ready Player One paraissait en 2011 aux Etats-Unis, et atterrissait en tête des meilleures ventes. Traduit depuis dans plus d’une vingtaine de langues – il a été publié en France en 2013 par Michel Lafon –, il a surtout fait l’objet d’une féroce surenchère entre plusieurs studios de cinéma pour l’obtention des droits.
Une chasse au trésor
Le 28 mars, Ready Player One sort sur les écrans français, adapté par Steven Spielberg, d’après un scénario de l’auteur et d’un de ses partenaires de PlayStation, Zak Penn. Un aboutissement inespéré pour Ernest Cline, qui voit son premier roman mis en scène par le réalisateur idéal à ses yeux. Celui dont les films des années 1980 – Les Aventuriers de l’Arche perdue, Indiana Jones et le Temple maudit, E.T. – atteignent à ses yeux une forme de perfection.

Lorsqu’il s’est lancé dans ce projet au début du millénaire, l’informaticien avait d’abord à se prouver à lui-même qu’il était à même de relever le défi. Ernest Cline imaginait alors une histoire de chasse au trésor dans un univers virtuel dont l’issue dépendrait de la maîtrise par les candidats de la culture des années 1980.
« J’ai grandi dans une petite ville de l’Ohio. J’avais 7 ans en 1980 et ma vie a débuté avec cette décennie. Pour se clore avec elle d’une certaine manière. » Ernest Cline
« J’ai grandi dans une petite ville de l’Ohio. J’avais 7 ans en 1980 et ma vie a débuté avec cette décennie. Pour se clore avec elle d’une certaine manière. Tout mène et se ramène à cette période », explique-t-il par téléphone. La vie d’Ernest Cline, qui avait entre-temps déménagé à Austin, au Texas, était alors réglée comme une horloge : le matin, programmation sur son ordinateur ; en fin d’après-midi, jeux en ligne ; le soir, écriture.
Après le succès immédiat de Ready Player One, l’écrivain se souvient avoir pensé à une seule chose : une DeLorean, la voiture de sport aux formes uniques conduite par Michael J. Fox dans Retour vers le futur. Il pouvait s’offrir le véhicule emblématique du cinéma des années 1980, effectuer la promotion de son livre à bord de cet engin et devenir la créature d’un de ses films préférés. Parvenu depuis au rang de star de la science-fiction aux Etats-Unis, il roule bien entendu toujours à bord de son bolide, signe de sa réussite et de son appartenance à une époque.

   


Avec le recul, Ernest Cline reste frappé par la noirceur de son premier roman, qui reflétait son angoisse de l’époque. Dans un futur proche, en 2044, notre planète est à bout de souffle : crise énergétique, dérèglement climatique, famine, pauvreté, guerre. L’unique échappatoire à ce cauchemar devenu réalité est l’OASIS, un système de réalité virtuelle où se connecte chaque habitant sur Terre.

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          Ernest Cline, auteur de « Ready Player One » : « J’ai grandi à l’époque parfaite »



Ernest Cline avait imaginé son histoire juste après le 11-Septembre. « A cela s’ajoutaient la prolifération nucléaire, la crise énergétique avec la fin du pétrole. Il était alors facile d’imaginer que nous allions vers le pire. Aujourd’hui, ce n’est guère différent », analyse-t-il.
Un avatar pour deux existences
Quand Ready Player One est apparu en librairie, Ernest Cline regardait Internet, par sa capacité à mettre en réseau ses utilisateurs, comme l’une des inventions les plus heureuses de l’histoire de l’humanité. L’idée de prendre un avatar – un principe au centre de l’œuvre – séduisait particulièrement le romancier, qui y voyait le moyen de mener deux existences séparées, lui qui assure avoir une vie devant un ordinateur quand il écrit et une autre, sous pseudonyme, dans les jeux en ligne.
Un rêve qu’il estime désormais impossible, à l’heure de Facebook. « C’est frappant. Si Internet était conçu à l’origine comme un moyen de communication, les gens l’utilisent de plus en plus pour s’isoler – en atteste leur usage du smartphone – et ne plus interagir. Il y aura des conséquences politiques. Je crains qu’on ne se mette à protester que sur le Net, et plus dans le vrai monde. » Pour raconter cette histoire, Ernest Cline a déjà un titre : Ready Player Two.

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                La sidération selon Steven Spielberg






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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Le festival parisien du documentaire, qui s’ouvre le 23 mars, fête sa 40e édition dans un climat de concurrence.
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L’image brouillée du Cinéma du réel

Le festival parisien du documentaire, qui s’ouvre le 23 mars, fête sa 40e édition dans un climat de concurrence.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 09h56
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Comment devenir « le » festival de référence du film documentaire, l’endroit incontournable pour les professionnels qui cherchent la pépite ? C’est l’ambition du Cinéma du réel, dont la quarantième édition aura lieu du 23 mars au 1er avril, au Centre Pompidou, à Paris (ainsi qu’au Forum des images et au Luminor). Mais pour l’heure, la manifestation parisienne cherche sa place dans un paysage de plus en plus compétitif. La concurrence s’exacerbe avec les grands festivals, tels la Berlinale, qui sélectionnent des documentaires et leur décernent des prix spéciaux. Les esthétiques évoluent, les frontières avec la fiction s’estompent, les passerelles avec l’art contemporain se développent…

C’est un paradoxe : fort de son histoire et de ses prestigieux fondateurs, le « Réel » souffre d’un manque de moyens et n’est pas assez reconnu à l’étranger. En 1979, la Bibliothèque publique d’information (BPI) du Centre Pompidou créait, sous l’impulsion de la responsable du secteur audiovisuel de l’établissement Marie-Christine de Navacelle, le Cinéma du réel sous l’égide du cinéaste ethnologue Jean Rouch. Les films sociologiques et ethnographiques étaient mis à l’honneur pour un public de spécialistes. Puis l’Association des amis du Cinéma du réel est apparue en 1984, sous la présidence d’honneur du Néerlandais Joris Ivens. Le Réel est aujourd’hui cogéré par la BPI et l’Association des amis du Réel, laquelle a pour mission de faire rayonner le festival et de trouver l’argent : essentiellement des subventions et quelques partenariats privés (pour un total d’environ 450 000 euros).
Après le départ de l’ancienne directrice artistique Maria Bonsanti, la BPI et l’Association ont choisi de recruter Andréa Picard, alors programmatrice au Toronto International Film Festival et commissaire d’exposition. Quel regard la critique de cinéma porte-t-elle sur l’héritage du Réel ? « Le défi de cet anniversaire, c’est de rendre hommage à cette histoire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Son long-métrage « Anni » fait partie des trois films qu’on pourra découvrir en première mondiale au Cinéma du réel.
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Zhu Rikun documente le déficit démocratique de la Chine

Son long-métrage « Anni » fait partie des trois films qu’on pourra découvrir en première mondiale au Cinéma du réel.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 09h54
 • Mis à jour le
23.03.2018 à 09h57
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Jamais sans doute la programmation générale du Réel n’a donné l’impression de mettre le cap si loin de lui-même, sans qu’il soit assuré qu’à cette ouverture un peu « tendance » au cinéma d’artiste, le festival, en plus de brouiller son image, gagne au change. Onze longs-métrages y sont présentés par ailleurs dans une compétition internationale dont la politique de non-exclusivité pose problème face à une concurrence accrue. Trois premières mondiales, comme c’est le cas cette année, ne suffisent plus à la crédibilité et au rang d’un festival qui vise l’excellence. Le renoncement à cette loi d’airain compétitive n’est certes pas déshonorant, dès lors qu’il permet d’aligner, en revanche, une sélection de très haut niveau. Guère plus de trois films, politiquement brûlants, peuvent néanmoins y prétendre.

Deux ont été récemment découverts au Festival de Berlin, et chroniqués dans ces colonnes. Il s’agit de Kinshasa Makambo, du Congolais Dieudo Hamadi, et de Waldheims Walzer, de l’Autrichienne Ruth Berckermann. Le premier suit, dans le feu de l’action, l’insurrection indécise de la jeunesse congolaise contre le pouvoir de Joseph Kabila. Le second est un remarquable montage d’archives qui revient sur le scandale de l’élection de Kurt Waldheim, impliqué comme officier de la Wehrmacht dans des actions relatives à des crimes contre l’humanité, à la présidence autrichienne en 1986.

Le troisième, qui est l’un des trois films qu’on pourra découvrir en première mondiale, est Anni, du réalisateur chinois Zhu Rikun. Ce film se situe dans le sillage d’un cinéma alternatif chinois qui documente de manière brute, et d’autant plus sensible, le déficit démocratique d’un pays dont le président vient de faire passer une loi sur mesure lui assurant le renouvellement potentiellement sans limites de son mandat. Zhu Rikun, né dans le Guangdong voici quarante et un ans, est l’une des principales figures de ce mouvement,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », observe que les avocats du producteur sont des pointures qui sauront entretenir le doute sur sa culpabilité.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 22/03/2018
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« Depuis la révélation du scandale, Weinstein n’est toujours pas poursuivi, pas interrogé »

Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », observe que les avocats du producteur sont des pointures qui sauront entretenir le doute sur sa culpabilité.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
23.03.2018 à 09h14
    |

            Michel Guerrin (Rédacteur en chef au « Monde »)








                        



                                


                            

Chronique. Et si Harvey Weinstein n’était pas jugé ? Et s’il n’était pas condamné ? Ces questions peuvent sembler ahurissantes, mais elles sont posées depuis quelques jours aux Etats-Unis.
Parce qu’il faut bien constater que depuis la révélation du scandale, il y a près de six mois, les enquêtes se multiplient à New York – où se trouve l’entreprise Weinstein – et à Los Angeles – où se trouve l’industrie d’Hollywood –, mais l’ancien producteur n’est pas poursuivi, pas interrogé et encore moins incarcéré.
L’association Time’s Up vient de demander au gouverneur de l’Etat de New York, Andrew Cuomo, « une enquête sur le processus de décision dans le dossier Weinstein »
Le décalage est vertigineux avec les témoignages de quelque 80 femmes, pour la plupart des actrices. Elles ont dit dans la presse ce que le producteur américain leur a fait subir – du comportement sexiste au viol. Leurs confessions ont provoqué un mouvement dépassant de loin le cas Weinstein. Qui, de son côté, n’a pas donné un seul entretien.
Devant le malaise, l’association Time’s Up est passée à l’offensive le 19 mars. Son nom signifie « c’est fini ». C’est fini, pour nous les femmes, de laisser faire. Créée en janvier par 300 actrices, dont Cate Blanchett, Natalie Portman ou Meryl Streep, ce groupe part d’un constat : « Souvent, les harceleurs ne payent jamais les conséquences de leurs actes. » Aussi Time’s Up vient de demander au gouverneur de l’Etat de New York, Andrew Cuomo, « une enquête sur le processus de décision dans le dossier Weinstein ». Des juristes s’étonnent également de voir la police s’activer mais pas la justice.
La question centrale est celle de la preuve
Comme par enchantement, cette enquête va voir le jour. Dans la ligne de mire, le procureur du district de Manhattan, Cyrus R. Vance Jr et la façon dont il mène l’enquête Weinstein.
Time’s Up a des raisons de douter de « l’intégrité » du procureur....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Malgré Thierry Lhermitte en grand-père vieillissant, le premier long-métrage de Robin Sykes ne casse pas trois pattes à un canard.
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« La Finale » : un énième film de tandem sur fond d’Alzheimer

Malgré Thierry Lhermitte en grand-père vieillissant, le premier long-métrage de Robin Sykes ne casse pas trois pattes à un canard.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 09h53
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
La maison UGC montre rarement ses comédies à la presse non acquise à sa cause, laquelle est souvent et censément comique. De fait, La Finale, film plus respectable que ne le laisserait supposer une telle rétention, ne casse pas trois pattes à un canard. Pour son premier long-métrage, le réalisateur Robin Sykes a imaginé – non le premier en la matière – le croisement entre une problèmatique sociale (la maladie d’Alzheimer) et le traditionnel film de tandem aussi dissemblable que possible.
Motif évidemment porteur, a fortiori avec la présence d’un acteur particulièrement apprécié d’un public qui a vieilli pour ainsi dire avec lui. Il s’agit ici, dans la famille Verdi, de Thierry Lhermitte posant, avec une sobriété bienvenue, en ex-restaurateur parisien atteint de ladite maladie et temporairement hébergé à Lyon chez sa fille Delphine (Emilie Caen) et son gendre Hicham (Lyes Salem). L’argument le rapproche de son petit-fils Jean-Baptiste (Rayane Bensetti), qui n’a guère dû voir son aïeul plus de cinq fois dans sa vie, les relations entre gendre et beau-père ne l’ayant vraisemblablement pas permis. Suffisamment d’éléments laissent ici discrètement à penser que les préjugés franchouillards du second y seraient pour quelque chose.
Un « road trip » sous perfusion doucereuse
L’action démarre le jour où le couple, chargé à bon compte par le film, recherche une institution pour placer l’ancêtre, et se voit contraint, suite à un problème inopiné, de confier sa garde à Jean-Baptiste, qui doit conséquemment annuler sa participation à une finale junior de basket-ball le soir même à Paris, autant dire renoncer au jour le plus important de sa vie. Qu’à cela ne tienne, JB emmène pépé avec lui, et le voyage, comme on se l’imagine, connaîtra quelques péripéties tout en permettant au grand-père – bloqué, quant à lui, le jour de la Coupe du monde de football 1998, dernière image d’une France qui gagne – et à son petit-fils de renouer une relation.
Deux facteurs entravent cependant le déroulement des opérations. Le premier tient aux bons sentiments et au moralisme qui grippent la mécanique comique. Le second est lié à la manière dont les scénaristes, jamais à court d’un filon, commencent à s’emparer du phénomène de vieillissement (notamment du public de cinéma) dans les pays riches, multipliant ce genre de « road trip » sous perfusion doucereuse qui donne en vérité peu envie de rire.

Film français de Robin Sykes. Avec Thierry Lhermitte, Rayane Bensetti, Emilie Caen, Lyes Salem (1 h 25). Sur le Web : www.ugcdistribution.fr/film/la-finale



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ La filiale de vidéos de Google a annoncé la sortie prochaine en salles de « Vulture Club », avec Susan Sarandon en tête d’affiche.
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YouTube emboîte le pas à Amazon pour produire des films

La filiale de vidéos de Google a annoncé la sortie prochaine en salles de « Vulture Club », avec Susan Sarandon en tête d’affiche.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 01h04
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 08h03
   





                        



   


Emboîtant le pas au géant de la distribution en ligne Amazon, la filiale de vidéos de Google, YouTube, a fait savoir, mercredi 21 mars, qu’elle allait produire en interne un film qui sera distribué en salles de cinéma. Vulture Club est actuellement en postproduction. L’actrice oscarisée Susan Sarandon (La Dernière Marche, Thelma et Louise) y campe une infirmière urgentiste dont le fils a été enlevé par des terroristes. Le long-métrage, réalisé par l’Irano-Américaine Maryam Keshavarz (En secret), met également en scène Edie Falco (Les Sopranos, Nurse Jackie) et Matt Bomer (Magic Mike, American Horror Story : Hotel).

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YouTube Red, le service de streaming de la plateforme, avait déjà distribué en salles une comédie de science-fiction, Lazer Team, en janvier 2016. Il s’agissait toutefois d’un projet à faible budget avec des acteurs inconnus et qui est passé inaperçu au box-office. Vulture Club est d’une tout autre dimension, tout comme deux autres acquisitions récentes de YouTube Red : la parodie produite par le rappeur Eminem Bodied et le documentaire sur l’industrie alimentaire Super Size Me 2 : Holy Chicken ! de Morgan Spurlock.

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L’irritant Netflix
La référence du secteur du streaming, Netflix, a irrité nombre de cinéastes, dont Christopher Nolan, en montrant peu d’intérêt pour les sorties en salles, diffusant en même temps ses films en ligne et sur grand écran.

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A l’inverse, Amazon Studios fait équipe avec des sociétés de production et distribution comme Bleecker Street ou Lionsgate pour donner aux nouvelles œuvres une fenêtre de sortie uniquement en salles avant une diffusion en streaming. La société est maintenant considérée comme un studio à part entière, avec des films nommés ou primés aux Oscars comme The Big Sick, Manchester by the Sea ou Le Client. 



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Deux réalisateurs brésiliens, Juliana Rojas et Marco Dutra, cosignent un conte de fées cruel.
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« Les Bonnes Manières » : gare au louveteau-garou

Deux réalisateurs brésiliens, Juliana Rojas et Marco Dutra, cosignent un conte de fées cruel.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 13h37
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Amis lycanthropiques bonsoir, ce film est pour vous. Venu du Brésil, il est signé d’un tandem, Juliana Rojas et Marco Dutra, qui marque également un faible pour l’hybridation ­esthé­tique, si l’on se souvient de leur film Travailler fatigue, croisement de chronique sociale et d’ambiance fantastique, sorti en France en 2012. Les voici de retour avec une histoire de loup-garou sise dans la mégapole elle-même la plus mélangée du monde, Sao Paulo. Rappelons les règles de base du genre : un homme, pour une raison débattue par la légende, se transforme peu ou prou en loup durant la nuit, condamné à errer jusqu’au matin au péril de ceux qui le ­croisent, oublieux le jour revenu de ses forfaits.

        Lire la rencontre :
         

          Juliana Rojas et Marco Dutra, paire de chimistes cinéphiles



Créature légendaire et universelle des folklores (pullulant dans le nôtre), pont aux ânes du genre fantastique (le X-Man Wolverine étant le dernier grand avatar cinématographique en date), elle prend chez notre couple une ­teneur inaccoutumée, non dénuée de poésie ni d’étrange douceur. De fait, sans renoncer à sa cruauté, c’est proprement un conte de fées que nous propose Les Bonnes Manières. Une situation réaliste et ancillaire assez ­typique du jeune cinéma latino-américain introduit le propos. A Sao Paulo, Ana, une jeune femme au charme clinquant, afférente à la catégorie nouvelle riche idiote et oisive, enceinte, engage une infirmière noire, Clara, tout en ­réserve déliée, pour qu’elle prenne comme nounou ses quartiers chez elle.

        Lire le reportage :
         

          A Gérardmer, du sang neuf pour le cinéma d’horreur



La bête du Gévaudan miniature
Les deux femmes cohabitent donc dans ce que le spectateur, familier des terres sud américaines ou non, est invité à lire comme une métaphore menée sur fond d’une guerre des classes larvée. La force du film tient pour beaucoup dans la manière, à la fois subtile et brutale, dont il va s’arracher à ce canevas attendu pour nous mener sur un terrain plus original et inquiétant, celui des vieilles légendes ­revisitées et d’un fantastique ­social merveilleusement inspiré.

   


Tandis que les deux femmes apprennent à se connaître, c’est le ­décor à lui seul qui met la puce à l’oreille quant à un possible développement des forces obscures. Entre l’appartement bleu ciel, les vues urbaines bleutées et futuristes et les nuages immobiles, tout ici respire le faux, le trucage, la stylisation glaciale, l’architecture propice au fantasme. Une série de ruptures dramatiques poursuit crescendo cette mise en doute des apparences. Ana, rejetée par sa famille pour une histoire de mésalliance, s’y révèle comme une âme esseulée, qui va nouer avec Clara le scandale ethnique et social d’une union charnelle, passablement affamée et sauvage. On est déjà ici aux confins du possible, mais, à mesure que la grossesse progresse, l’histoire se détraque un peu plus. Clara ne tarde pas à ­noter, en effet, qu’Ana souffre de somnambulisme, sortant toutes les nuits en petite tenue dans les rues désertes et nimbées du théâtre urbain qui les environne.
Le film passe du registre du mystère et de la suggestion à celui de la confrontation directe avec une monstruosité
L’acte ultime de cette montée en puissance du désordre – ici, ­lecteur soucieux de fraîcheur, suspends ta lecture ! – consiste en la mort en couches de la mère, en l’adoption par la servante de ­l’enfant-monstre qui a assassiné sa génitrice de l’intérieur, in fine en la naissance concomitante d’un deuxième film qui, à la ­faveur d’une ellipse, se met à nous raconter les aventures ­diurnes et nocturnes d’un petit loup-garou de 7 ans.

        Lire le récit :
         

          Au Festival de Locarno, trois âges de l’effroi



Les Bonnes Manières passe alors du registre du mystère et de la suggestion à celui de la confrontation directe avec une monstruosité d’autant plus embarrassante qu’elle est incarnée par un enfant très mignon nommé Joël. Attaché la nuit par Clara comme un galérien dans une pièce sans fenêtre, le garçonnet vit le jour sa vie d’écolier ­modèle, que sa mère adoptive et aimante nourrit selon un régime strictement végétarien. La bonne voisine qui lui donne le goût de la viande, la pleine lune qui reprend ses droits, la recherche d’un père inconnu, finiront bien sûr par ­libérer la bête du Gévaudan ­miniature, montrée de telle ­manière qu’elle dispense tout à la fois le sentiment de la bestialité et de l’enfance. Un film merveilleux donc, inextricablement sauvage et tendre, tel qu’il ne pouvait ­naître, peut-être, qu’au Brésil.



Film brésilien de Juliana Rojas et Marco Dutra. Avec Isabel Zuaa, Marjorie Estiano, Miguel Lobo (2 h 15). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/les-bonnes-manieres



                            


                        

                        


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Les cinéastes Juliana Rojas et Marco Dutra, paire de chimistes cinéphiles

Le duo de réalisateurs brésiliens est à l’origine des « Bonnes Manières », Léopard d’argent 2017 au Festival de Locarno.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 07h44
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 15h03
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Ils tournent des films ensemble et, chacun de leur côté, écrivent pour eux ou pour les autres, œuvrent pour le cinéma ou la télévision. Rencontrer Juliana Rojas et Marco Dutra, duo de réalisateurs brésiliens à l’origine des Bonnes Manières (Léopard d’argent 2017 au Festival de Locarno), c’est se confronter à une singulière combinaison d’autonomie et de complémentarité. Nés au début des années 1980, dans la région de Sao Paulo, les deux complices ont conservé des airs d’éternels étudiants, fidèles à leur goût juvénile pour un cinéma de l’imaginaire et de la féerie. « J’ai toujours aimé raconter des histoires, dit Juliana Rojas. Enfant, je voulais devenir écrivaine. A l’école, je créais des bandes dessinées. En grandissant, je me suis mise à voir des films de toutes sortes. »

Marco Dutra complète le tableau : « Nous nous sommes rencontrés à l’Ecole des arts et de la communication de l’université de Sao Paulo [ECA-USP]. On avait des goûts en commun et on allait souvent voir des films ensemble après les cours. C’est au sein de l’école que nous avons tourné nos premiers courts-métrages. » Le Drap blanc (2004), leur film de fin d’études, leur vaut une ­sélection à la Cinéfondation de Cannes en 2004, puis Un rameau (2007) à la Semaine de la critique, jusqu’à un premier long-métrage d’épouvante et de critique sociale, Trabalhar Cansa (2011), sorti en France en novembre 2012.
« Le film est sorti d’un de mes rêves »
Les Bonnes Manières, conte fantastique baigné dans un rayon de lune et renouant avec le mythe du loup-garou, est un film à l’image du duo : bicéphale, scindé en deux époques, truffé de motifs doubles et de personnages fonctionnant par paires. « Le film est sorti d’un de mes rêvessur deux femmes élevant un bébé monstre, dans un endroit isolé, avec une atmosphère très marquée, précise Marco Dutra. Le...




                        

                        


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« La Prière » : le cheminement de Thomas, entre foi et fuite

Le cinéaste Cédric Kahn suit le parcours d’un jeune homme qui tente de soigner sa toxicomanie par la religion.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 07h42
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 08h30
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
En 1900, Jeanne d’Arc entendait des voix devant la caméra de Méliès. Depuis, le cinéma succombe régulièrement à la tentation de l’invisible, de l’ineffable. Il n’est pas besoin d’être croyant – voir Pasolini, Cavalier et maintenant Cédric Kahn.
Le réalisateur de Roberto Succo ou Une vie meilleure aime fouailler dans le tissu social, de préférence aux endroits où il souffre. Dans ce film étonnant, le cinéaste prend la tangente sur les pas de Thomas (Anthony Bajon), un garçon d’une vingtaine d’années qu’on découvre assis dans un autocar qui l’emmène on ne sait où. La trajectoire de Thomas, héroïnomane qui cherche à échapper à son addiction, n’obéira pas aux lois du réalisme social, comme le faisait récemment sur un sujet voisin Marie Garel-Weiss dans son premier film, La fête est finie.
Cédric Kahn trouve la distance nécessaire pour laisser au spectateur sa liberté de croyant ou d’athée
Il sera ici question de foi, de miracle, de vocation, des questions auxquelles Cédric Kahn répond non pas par la théologie mais par le cinéma, trouvant la distance nécessaire pour laisser au spectateur sa liberté de croyant ou d’athée, donnant à son film une rigueur presque ascétique. Ici, tout est dans le « presque », qui laisse à l’humour, à la fantaisie, de petits interstices qui font que cette Prière ne résonne pas seulement comme une psalmodie, mais aussi comme une chanson.
L’autocar emmène Thomas dans une communauté catholique, isolée en montagne (le film a été tourné dans le Jura) où les arrivants sont soumis à une discipline monacale faite de travaux agricoles, de prières et de chants.
On retrouve la violence verbale et physique qui a souvent été le terrain d’élection de Cédric Kahn dans les premières séquences, qui montrent la difficile soumission du nouvel arrivant. Face à lui, il trouve Marco (l’acteur allemand Alex Brendemühl), raide comme la justice inquisitoriale, et une poignée de convertis emmenés par Pierre (Damien Chapelle), bouleversant en grand frère exaspérant qui n’en finit pas d’expier on ne sait quelle faute. Tous conjuguent leurs efforts pour persuader Thomas de se laisser aller.
Reddition
A partir du moment de sa reddition, La Prière prend un autre rythme, plus contemplatif. Le tournage a duré assez longtemps pour que l’on sente le rythme des saisons. Le débutant Anthony Bajon, qui impressionnait au début du film par une violence qui démentait sa carrure, s’épanouit, prend toute sa place dans la petite communauté. Mais au moment de prouver son adhésion à cette foi qui l’a éloigné de la maladie qui le rongeait, Thomas trébuche.
Le film pivote autour des séquences consacrées à la célébration de la communauté par elle-même. Les garçons du centre où séjourne Thomas sont alors réunis avec les filles d’une institution sœur, et l’on attend la visite de sœur Myriam (Hanna Schygulla), la religieuse fondatrice. Il y a l’été qui arrive, et la saynète un peu ridicule que les pensionnaires montent pour évoquer la résurrection de Lazare, il y a tous ces jeunes gens réunis une nuit d’été et le regard sans pitié de sœur Myriam.
Au moment de prouver son adhésion à cette foi qui l’a éloigné de la maladie qui le rongeait, Thomas trébuche
A ce moment, La Prière autorise toutes les formulations possibles : Thomas a été touché par la révélation ; à moins qu’il ne s’appuie sur une béquille métaphysique, avant de reprendre son chemin ; ou encore est-il manipulé par une secte. Quelle que soit l’interprétation dont on se sent le plus proche, elle ne fait pas sortir du film, qui est assez ample, assez accueillant pour les faire cohabiter.
Reste que les lois du scénario obligeaient Cédric Kahn et ses collaborateurs, Fanny Burdino et Samuel Doux, à mener leur personnage jusqu’au port, bon ou mauvais. La dernière partie n’est pas tout à fait à la hauteur du reste. Il y a d’abord l’intervention du surnaturel un soir d’excursion en montagne, qui semble faire tomber Thomas dans le camp des vrais croyants, puis ses hésitations entre les attraits de Sibylle (Louise Grinberg), une jeune archéologue qui vit dans la vallée, et ceux de l’habit sacerdotal. Non seulement ces dilemmes reviennent aux figures traditionnelles de la littérature cléricale, mais ils tendent vers l’abstraction, s’éloignant de l’incarnation forte qui avait jusque-là donné son énergie au film.
Film français de Cédric Kahn. Avec Anthony Bajon, Damien Chapelle, Louise Grinberg (1 h 47). Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/la-priere



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le réalisateur Robert Schwentke met en scène un épisode de l’effondrement de l’Allemagne hitlérienne.
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« The Captain » : comment devenir criminel de guerre en trois jours

Le réalisateur Robert Schwentke met en scène un épisode de l’effondrement de l’Allemagne hitlérienne.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 07h40
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 08h29
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Tourné en noir et blanc, dans un paysage hivernal qui évoque le printemps glacial de 1945, The Captain (L’Usurpateur) prend la forme brutale et précise d’une scène de la guerre de Trente Ans gravée par Jacques Callot. Robert Schwentke, réalisateur allemand exilé à Hollywood (Red, Divergente…), revient au pays et remonte dans le temps pour mettre en scène avec lucidité un épisode de l’effondrement de l’Allemagne hitlérienne.
Le film s’ouvre sur une scène de chasse : un conscrit au visage crasseux court à perdre haleine pour échapper à un commando. Poursuivi et poursuivants portent des uniformes de la Wehrmacht. Les Alliés ont pénétré sur le territoire du Reich et l’une des tâches prioritaires du régime agonisant est de réprimer les traîtres réels ou présumés. Le déserteur, un gamin blond aux traits encore enfantins, s’échappe de justesse. Alors qu’il va succomber au froid et à la faim, il trouve sur une route de campagne une voiture militaire abandonnée. Dans le réservoir, de l’essence. Dans une valise, un uniforme de capitaine de la Luftwaffe.
Le deuxième classe Herold (Max Hubacher) se vêt de l’habit noir, coiffe la casquette et se lance, d’abord avec un peu d’hésitation, puis avec une assurance irrésistible, dans une brève mais fulgurante carrière de criminel de guerre. Il rassemble sous sa jeune autorité une bande faite de désespérés qui voient en lui l’assurance d’un repas chaud, de soudards expérimentés et de gamins perdus. Après avoir terrorisé quelques fermiers, le groupe d’Herold s’installe dans un camp de prisonniers où ont été enfermés des déserteurs allemands.
La perversion des institutions
Dans ce décor funèbre, Robert Schwentke met en scène la transformation d’un lieu de détention en lieu d’extermination. Se prévalant d’ordres oraux du Führer, Herold tente de persuader les policiers, soldats et SS qui encadrent le camp de procéder à l’élimination des détenus. Ce n’est pas tant le désarroi suscité par l’imminence de la défaite qui conduit les bons pères de famille houspillés par l’imposteur à prendre des décisions aberrantes que l’habitude de la soumission. L’image se fait alors presque expressionniste pour mettre en scène cette perversion des institutions – la justice, la fonction publique – et ceux qui les servent. Max Hubacher fait passer de vagues scrupules, des peurs fugaces sur le visage du faux capitaine, aussitôt masqués par son aplomb infernal.
L’épisode du camp de prisonniers donne au film une tournure quasi allégorique
L’épisode du camp de prisonniers occupe la partie centrale de The Captain (pourquoi pas Le Capitaine ou Der Hauptmann ? On finira par croire que les études de marché ont définitivement démontré que les amateurs de cinéma d’auteur étaient d’une anglophilie imbécile). Il donne au film une tournure quasi allégorique et se conclut si brutalement qu’on aurait aimé que le film s’arrêtât sur ce coup de tonnerre.
Mais l’histoire du « capitaine » Herold n’est pas sortie de l’imagination de Robert Schwentke, qui signe le scénario. A la tête de sa petite bande, le jeune déserteur a écumé la Basse-Saxe avant d’être arrêté à quelques jours de l’armistice. Entre picaresque et sordide, ces tribulations qui allongent le film n’ont pas la force terrible des séquences qui précèdent. Reste celle du procès expéditif d’Herold, lorsque les vestiges du système finissent par l’arrêter : cédant à la logique qui les gouverne depuis 1933, ces messieurs de la cour finissent par convenir que le déserteur assassin a fait preuve de toutes les qualités que l’on pouvait attendre d’un bon nazi.

Film allemand de Robert Schwentke. Avec Max Hubacher, Milan Peschel, Frederick Lau (1 h 58). Sur le Web : alfamafilms.com/film/the-captain-l-usurpateur



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Un coffret réunit trois films d’Alexander Mackendrick, dont une merveille sur une enfant sourde.
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DVD : « Mandy », enfant de la discorde

Un coffret réunit trois films d’Alexander Mackendrick, dont une merveille sur une enfant sourde.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 07h39
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’éditeur Tamasa consacre un coffret DVD à Alexander Mackendrick, ­cinéaste d’origine écossaise et fer de lance des ­studios britanniques Ealing. Il est l’auteur d’une dizaine de films ­remarquables mais restés globalement ignorés, en dépit de ses ­quelques titres de gloire, comme L’Homme au complet blanc (1951), Tueurs de dames (1955) ou Le Grand Chantage (1957).
Sous le ­titre de Trilogie de l’enfance, le ­coffret réunit trois longs-métrages très différents, dont The Maggie (1954) et Sammy Going South (1963) qui ont en commun ­d’inventer des duos cocasses ou aventureux entre de vieux ­baroudeurs et des petits garçons. Parmi eux, on trouve surtout La Merveilleuse Histoire de Mandy (Mandy, Crash of Silence, Prix spécial du Jury à Venise en 1952), une merveille depuis trop longtemps perdue de vue, sur une fillette atteinte de surdité.
Mandy est le rejeton choyé d’un paisible foyer de la bourgeoisie londonienne, jusqu’à ce que sa mère Christine (Phyllis Calvert) surprenne chez elle des troubles du développement et de la ­communication. Le diagnostic est sans appel : l’enfant est atteinte de surdité congénitale. Ses parents, dévastés, nourrissent sur la question des avis divergents. Son père, Harry (Terence Morgan), installe la petite chez ses parents, dans un univers surprotégé et coupé du monde extérieur, mais redouble ainsi son enfermement. Sa mère, quant à elle, aimerait placer Mandy dans un institut spécialisé, ce à quoi s’oppose ­farouchement son mari.
Christine prend donc sur elle de déménager seule à Manchester, où se situe l’établissement (un véritable ­centre pour enfants sourds où Mackendrick a posé sa caméra), et confie sa fille aux bons soins de Dick Searle (Jack Hawkins), pédiatre bourru aux méthodes ­innovantes. Mais le retard ­accumulé par Mandy creuse un gouffre avec les autres enfants et rend difficile son intégration.
Angoisses de l’enfance et de la parentalité
Si l’on s’en fie à son seul ­argument, La Merveilleuse Histoire de Mandy a tout d’un film prophylactique, voué à sensibiliser les ­familles britanniques au bon ­dépistage de la surdité. D’où vient qu’il charrie alors des émotions si complexes, parfois contradictoires, et déborde la seule question du handicap, pour toucher aux angoisses élémentaires de ­l’enfance et de la parentalité, ­saisies comme en miroir ?
D’abord, grâce à une mise en scène extraordinaire, qui multiplie les figures de l’enfermement, pour les faire voler en éclats à mi-parcours, dans un geste libérateur d’une puissance inouïe. Monde clos, en effet, que l’intérieur londonien cossu et propret des ­parents de Mandy, qui ressemble presque à une maison de poupée, sans aucune prise ni ouverture sur l’extérieur.
Sensation d’isolement, lorsque Mackendrick étouffe à l’occasion la bande-son, pour mieux nous faire partager la subjectivité sourde de Mandy. Intense appel d’air, enfin, quand une infirmière de l’institut fait ressentir à Mandy les vibrations de sa propre voix, au moment précis où la fillette pousse un cri d’effroi. Le film montre l’apprentissage naître ainsi d’une apothéose de la peur et échappe alors complètement au particularisme du handicap, pour toucher à l’universel. Car ­apprendre est la douleur la plus communément partagée.
Les stridences du désaccord
Mais le handicap de la petite fille fonctionne aussi à rebours, comme une mise en crise du foyer britannique. La conjugalité se laisse envahir par les stridences du désaccord, de la séparation, du ­divorce, de l’adultère (l’affection très spéciale qui naît entre le ­docteur Dick Searle et Christine). Le handicap contribue surtout à mettre au jour le rapport de ­pouvoir tacite, voire de subordination, qui régit le foyer, à travers la tentation autocratique du père, détenteur de l’autorité et ­provenant d’un milieu plus riche que son épouse.
Le film s’apparente ainsi à une singulière plongée dans l’inquiétude et le doute, d’une famille dont les liens se détricotent ­irrémédiablement. Avec son propre enfant, le couple idéal voit naître en son sein un champ ­insoupçonné, celui de la différence. Son surgissement les chasse immédiatement de l’éden tant convoité de la bonne conformité aux normes sociales. Il faut en revenir alors aux premiers mots du film, que Christine ­prononce en voix off : « Harry et moi, nous nous prenons à rêver que Mandy devienne femme d’affaires, artiste, ou bien simple ménagère, comme moi. »
Mandy, c’est l’autre au cœur de l’identique. C’est ­surtout un grand point d’interrogation adressé à ses parents, ­débusquant au fond d’eux-mêmes ce désir de reproduction sociale, à laquelle n’échappent souvent pas la majorité des enfants dits « normaux ».

Alexander Mackendrick : The Maggie (1954), Sammy Going South (1962), Mandy, Crash of Silence (1952). Coffret 3 DVD, Tamasa, 29,99 €. Sur le Web : fr-fr.facebook.com/Tamasa-Distribution-330131643671380



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le drame sudiste de 1946 est édité dans un coffret qui raconte l’implication du producteur et de plusieurs cinéastes.
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DVD : dans les coulisses de « Duel au soleil », film démesuré de King Vidor

Le drame sudiste de 1946 est édité dans un coffret qui raconte l’implication du producteur et de plusieurs cinéastes.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 07h37
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


Il est des films dans l’histoire du cinéma qui dépassent toutes proportions raisonnables, produits de la volonté mégalomane de producteurs à qui le système hollywoodien laissait alors à peu près toute licence. Ce fut le cas de Duel au soleil, que réalisa, en 1946, King Vidor, pour David O’Selznick.
A l’origine, il y avait un roman de Niven Busch, qui sera par ailleurs scénariste de quelques beaux westerns shakespeariens et freudiens (La Vallée de la peur, Les Furies). Le récit se situe au Texas, bien après la guerre de Sécession, et le producteur d’Autant en emporte le vent avait sans doute la volonté de mêler western et drame sudiste en adaptant un best-seller audacieux.
Film monstrueux, « Duel au soleil » se caractérise par ce que Berthomieu appelle une « malédiction de l’impureté »
On trouvera, avec moult précisions, tous ces détails dans le livre de Pierre Berthomieu qui accompagne le somptueux coffret DVD Blu-ray du film édité par Carlotta, Le Temps des folies : la fabrique de « Duel au soleil ». Historien du cinéma, spécialiste d’Hollywood, Berthomieu détaille la genèse d’un film au cours de laquelle le producteur ne voulut jamais lâcher prise, fit écrire puis réécrire le scénario, obsédé par le désir de donner un écrin à sa compagne, l’actrice Jennifer Jones. S’il embaucha King Vidor pour la mise en scène, il fit rajouter des séquences par d’autres cinéastes et non des moindres (William Dieterle, Josef von Sternberg).
Film monstrueux, Duel au soleil se caractérise ainsi par ce que Berthomieu appelle une « malédiction de l’impureté ». A qui attribuer la paternité artistique du film, celle des différents plans, entre un producteur interventionniste, trois réalisateurs et autant de directeurs de la photographie ? Il est désormais possible d’y voir plus clair à la lumière de ce travail archéologique minutieux. Tout ce savoir ne retire rien à la beauté du film et, s’il avoue une implication écrasante du producteur, rattache malgré tout de plein droit Duel au soleil à la filmographie de King Vidor.
Romantisme violent
Même si ce ne fut pas son premier choix, Selznick fit vraisemblablement appel à Vidor, un Texan d’origine, cinéaste de l’énergie vitale et tellurique, parce qu’il voyait en lui un réalisateur capable de mettre à nu toute la charge érotique de ce mélo du Sud décadent. L’heure est à l’avancée de la civilisation, incarnée par la progression du chemin de fer dans le Texas d’après la guerre de Sécession. Les grands barons du bétail s’opposent au rail, hostiles à tout ce qui menace leurs privilèges écrasants. L’Ouest change.
Pearl Chavez, le personnage incarné par Jennifer Jones, est une jeune métisse prise entre deux hommes, ses deux cousins, dont l’opposition est un symbole de l’Histoire en train de se faire. L’un incarne la raison (Joseph Cotten), l’autre la pulsion brute (Gregory Peck dans un de ses rares rôles de bad boy). Elle sera irrémédiablement liée au second par une intense attraction sexuelle.
Le film est notamment célèbre pour sa séquence finale, d’un romantisme violent, où deux amants s’entre-tuent en se déclarant leur amour, illustration à coups de Winchester et de colt 45 du principe « ni avec toi ni sans toi ». Avec ce film, Vidor apparaît définitivement comme le cinéaste de la passion au sens où elle est décrite par le philosophe Clément Rosset : « Convoiter un objet qu’on prend soin d’écarter en toutes circonstances. »

Film américain de King Vidor (1946). Avec Jennifer Jones, Gregory Peck (2 h 24). Coffret DVD/Blu-ray et livret « Le Temps des folies : la fabrique de“Duel au soleil” ». Carlotta. Sur le Web : carlottavod.com/coffrets-ultra-collectors/duel-au-soleil et www.acaciasfilms.com/film/duel-au-soleil-2



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le film de F. J. Ossang, précieuse anomalie du cinéma français, invente un étrange récit à bord d’un cargo perdu dans une nuit sans fin.
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« 9 doigts » : virée paranoïaque dans un monde devenu illisible

Le film de F. J. Ossang, précieuse anomalie du cinéma français, invente un étrange récit à bord d’un cargo perdu dans une nuit sans fin.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 07h36
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 15h20
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Huit ans après Dharma Guns (2011), l’astéroïde François-Jacques Ossang (dit « F. J. »), précieuse anomalie du cinéma français, revient obombrer les écrans d’un nouveau dédale filmique en noir et blanc, ou plutôt « en pétrole et acier ». Poète et musicien autant que cinéaste, l’homme est le père d’une filmographie d’inspiration post-moderne, hantée par les images et les sonorités antérieures – celles du cinéma muet, de la musique industrielle, du roman noir ou d’anticipation –, et le chantre néoexpressionniste d’un monde au bord du gouffre, où ne s’entrechoquent plus que des êtres à la dérive.
Son dernier film en date, 9 doigts, s’ouvre sur la cavale d’un homme, Magloire (Paul Hamy), qui, après avoir dérobé une forte somme à un homme agonisant, est rattrapé par une bande de malfrats, menée par un certain Kurtz (Damien Bonnard). Celui-ci l’embarque de force pour une étrange virée sur un grand rafiot vide, abritant en guise de cargaison une mystérieuse charge radioactive, aussi susceptible de leur procurer le pouvoir que de les éradiquer. Mais les nuits se succèdent et la course indéfinie s’apparente bientôt à un long cauchemar halluciné, l’équipage cédant à une psychose toxique, à mesure que le cargo s’enfonce dans un territoire inconnu, nommé le « Nowhereland ».
Imaginaire à géométrie variable
9 doigts fascine pour son imaginaire à géométrie variable, infiniment instable et mouvant, sous la forme d’une traversée statique et, on le devine, intérieure, dont émanent des bouffées paranoïaques et délirantes. Le film fonctionne avant tout par son rapport ambigu au récit, dessinant l’errance de ses personnages dans un monde où les narrations collectives sont devenues illisibles, hermétiques, voire cryptiques. Surgit ainsi toute une série de motifs subjugants : une boîte de Pandore radioactive (on pense à En quatrième vitesse, de Robert Aldrich, 1955), un cargo tournant en rond dans une nuit sans fin, une île de déchets à l’échelle d’un continent se recomposant sans cesse… Toutes choses suggérées sans être précisément cernées, ni montrées, mais caressant de leur noirceur d’encre l’imagination du spectateur.
Qu’est-ce qu’un monde dont on ne peut plus comprendre l’histoire ? Un monde condamné, certes, mais aussi un espace où la langue peut enfin déchaîner sa puissance de déflagration. Ainsi la beauté de 9 doigts est-elle d’inventer, avec ses comédiens (dont Gaspard Ulliel et Pascal Greggory dans de belles apparitions iconiques), une déclamation froide et tranchante comme le métal, et comme détruite de l’intérieur par sa bile vénéneuse. On ne revient pas d’un tel voyage au bout de la nuit.

Film français et portugais de F. J. Ossang. Avec Paul Hamy, Damien Bonnard, Pascal Greggory, Gaspard Ulliel, Lisa Hartmann, Elvire, Diogo Doria (1 h 39). Sur le Web : www.capricci.fr/9-doigts-f-j-ossang-2017-415.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Ce film politique, plein de rebondissements, sur un militant d’extrême gauche accusé d’assassinat, souffre d’un traitement trop académique.
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« Après la guerre » : Marco rattrapé par son passé italien

Ce film politique, plein de rebondissements, sur un militant d’extrême gauche accusé d’assassinat, souffre d’un traitement trop académique.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 07h35
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
En 1985, le président de la République François Mitterrand prend l’engagement de ne pas extrader en Italie les anciens activistes et militants d’extrême gauche venus se réfugier en France. Cette « doctrine Mitterrand » prend fin en 2002. La même année à Bologne, les universités se mobilisent contre la loi travail, et l’assassinat d’un juge ravive un chapitre de l’histoire politique italienne et française.
On soupçonne Marco, ancien militant d’extrême gauche, qui habite en France depuis 20 ans, d’avoir commandité cet assassinat, et le gouvernement italien exige son extradition. Après des années de tranquillité, il est obligé de fuir avec Viola, sa fille de 16 ans. Sa famille restée en Italie est elle-même bouleversée par ce nouveau rebondissement.
Manque de crédibilité
Présenté à Cannes dans la sélection Un certain regard, Après la guerre coche toutes les cases du film politique italien plein de rebondissements. Mais ce scénario sous tension fait l’objet d’un traitement extrêmement figé et académique. Rien ne déborde dans ce énième exemple de scénario filmé dans laquelle la relation filiale, pourtant au centre du récit, souffre d’un cruel manque de crédibilité.

Film français et italien d’Annarita Zambrano. Avec Giuseppe Battiston, Charlotte Cétaire, Barbora Bobulova (1 h 32). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/apres-la-guerre-dopo-la-guerra.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Souvent brouillon, le premier documentaire réalisé par un cinéaste tamoul sur le conflit qui a déchiré son pays recèle une impressionnante masse d’informations.
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« Demons in Paradise » : les fantômes de la guerre civile sri-lankaise

Souvent brouillon, le premier documentaire réalisé par un cinéaste tamoul sur le conflit qui a déchiré son pays recèle une impressionnante masse d’informations.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 07h32
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 07h34
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
La guerre civile au Sri Lanka (1983-2009) a fait des dizaines de milliers de morts, des centaines de milliers de réfugiés. Parmi eux, Jude Ratnam, qui a dû d’abord fuir Colombo, la capitale de l’île, lors des pogroms dirigés contre la population tamoule avant de s’exiler. Le cinéaste avait cinq ans lors des premiers affrontements et son film apparaît comme l’effort d’un homme adulte pour donner une forme, sinon un sens, au chaos dans lequel il a grandi.
Réduisant au minimum les éléments de contexte historique (quelques images d’archives coloniales britanniques en début de projection, une poignée de phrases qui rappellent le déchaînement d’une partie de la population cinghalaise contre ses compatriotes tamouls), Jude Ratnam fait parler des membres de sa famille – un oncle et une tante qui sont restés à Colombo, un autre oncle devenu guérillero – et des habitants du nord de l’île, théâtre des combats les plus violents.
Un train comme leitmotiv visuel
Mieux vaut s’être documenté au préalable pour comprendre cette conversation nocturne entre anciens combattants qui racontent non seulement la pression de l’armée gouvernementale mais aussi la dérive autoritaire des LTTE (les Tigres de la libération de l’Eelam Tamoul), l’organisation politico-militaire qui a pris la direction des opérations.
Avec, pour leitmotiv visuel, un train – celui qui reliait le Sud cinghalais au Nord tamoul – immobilisé par la jungle sur une voie qui ne va plus nulle part, Jude Ratnam tente de porter son film vers le lyrisme, vers une déploration qui serait aussi une œuvre historique. Le cinéaste fait sans doute trop confiance aux connaissances et à l’agilité intellectuelle de son public, et les approximations de la mise en scène, les imprécisions du récit, l’empêchent de mener à bien ce projet. Reste une masse d’informations, de regrets et de colères qu’on n’avait pas encore vue à l’écran.



Documentaire français et sri-lankais de Jude Ratnam (1 h 34). Sur le Web : www.survivance.net/document/46/69/Demons-in-Paradise



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 20/03/2018
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Hédonisme, loup-garou et apocalypse : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 06h42
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 07h58
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Le film sensuel et estival d’Abdellatif Kechiche arrive sur les écrans après avoir divisé le Festival de Venise. Sur ses pas déboulent un loup-garou brésilien, un déserteur nazi et un toxicomane touché par la grâce.
LES CORPS AU SOLEIL : « Mektoub, My Love : Canto Uno »

Pour son sixième long-métrage, Abdellatif Kechiche (La Vie d’Adèle) ouvre en grand les fenêtres de son cinéma et plonge dans un tourbillon de scènes créant un appel d’air si intense qu’on parvient à peine à y reprendre son souffle. Sans doute peut-on voir en Mektoub, My Love, lointainement inspiré du roman La Blessure, la vraie, de François Bégaudeau l’aboutissement d’une recherche : le cinéaste trouve ici un terrain d’épanouissement, mais surtout une prise directe sur ce qu’il filme : la beauté des corps immergés dans la lumière d’été, les jeux fluctuants de l’amour et de la séduction, tout s’organise en une sorte de grand cosmos humain, où le moindre détail renvoie à chaque instant à la profonde unité du vivant.
De la scène d’ouverture, où le personnage central, Amin, surprend les ébats d’un couple clandestin, jusqu’aux séquences de plage, où les silhouettes s’ébrouent dans les eaux papillotantes de la Méditerranée, la part belle est faite aux plastiques féminines (plutôt plantureuses), comme aux roulements de mécanique masculins (parfois envahissants).
C’est que l’art de Kechiche carbure à cette fibre désirante, fantasmatique, qui est à la source de son geste de cinéaste. Amin, protagoniste en retrait, rétif aux jeux de séduction, occupe vis-à-vis des autres une position de spectateur, lui qui pratique la photographie et regarde seul des classiques du cinéma russe dans la pénombre de sa chambre. Ce qui se joue avec lui, c’est bel et bien la naissance d’un regard, amoureux mais isolé, parfois concupiscent, gorgé en tout cas de la beauté dionysiaque du monde alentour. Mathieu Macheret
« Mektoub, My Love : Canto Uno », film français d’Abdellatif Kechiche. Avec Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Salim Kechiouche, Lou Luttiau, Alexia Chardard, Hafsia Herzi (2 h 54).
GARE AU LOUVETEAU GAROU : « Les Bonnes Manières »

Créature légendaire et universelle des folklores, pont aux ânes du genre fantastique, le loup-garou prend chez le duo de réalisateurs brésiliens Juliana Rojas et Marco Dutra une teneur inaccoutumée, non dénuée de poésie ni d’étrange douceur. De fait, sans renoncer à sa cruauté, c’est proprement un conte de fées que nous propose Les Bonnes Manières.
A Sao Paulo, Ana, une jeune femme au charme clinquant, afférente à la catégorie nouvelle riche idiote et oisive, enceinte, engage une infirmière noire, Clara, tout en réserve déliée, pour qu’elle prenne comme nounou ses quartiers chez elle. Les deux femmes cohabitent donc dans ce que le spectateur est invité à lire comme une métaphore menée sur fond d’une guerre des classes larvée. La force du film tient pour beaucoup dans la manière, à la fois subtile et brutale, dont il va s’arracher à ce canevas attendu pour nous mener sur un terrain plus original et inquiétant, celui des vieilles légendes revisitées et d’un fantastique social merveilleusement inspiré.
Dans sa deuxième partie, Les Bonnes Manières passe alors du registre du mystère et de la suggestion à celui de la confrontation directe avec une monstruosité d’autant plus embarrassante qu’elle est incarnée par un enfant très mignon nommé Joël. Attaché la nuit par sa mère comme un galérien dans une pièce sans fenêtre, le garçonnet vit le jour sa vie d’écolier modèle, jusqu’à ce que la bête du Gévaudan qui sommeille en lui finisse par se libérer. Un film merveilleux donc, sauvage et tendre. Jacques Mandelbaum
« Les Bonnes Manières », film brésilien de Juliana Rojas et Marco Dutra. Avec Isabel Zuaa, Marjorie Estiano, Miguel Lobo (2 h 15).
THOMAS, ENTRE FUITE ET FOI : « La Prière »

Depuis plus d’un siècle, le cinéma succombe régulièrement à la tentation de l’invisible, de l’ineffable. Il n’est pas besoin d’être croyant – voir Pasolini, Cavalier et maintenant Cédric Kahn. Le réalisateur de Roberto Succo (2001) ou Une vie meilleure (2012) aime souvent fouailler dans le tissu social, de préférence aux endroits où il souffre.
Dans ce film étonnant, le cinéaste prend la tangente sur les pas de Thomas (Anthony Bajon), un garçon d’une vingtaine d’années qu’on découvre assis dans un autocar qui l’emmène vers une communauté catholique de stricte obédience. La trajectoire de Thomas, héroïnomane qui cherche à échapper à son addiction n’obéira pas aux lois du réalisme social. Il sera ici question de foi, de miracle, de vocation, des questions auxquelles Cédric Kahn répond non pas par la théologie mais par le cinéma. Ici, tout est dans le « presque », qui laisse à l’humour, à la fantaisie de petits interstices qui font que cette Prière ne résonne pas seulement comme une psalmodie, mais aussi comme une chanson. Thomas Sotinel
« La Prière », film français de Cédric Kahn, avec Anthony Bajon, Damien Chapelle, Louise Grinberg, Alex Brendemühl (1 h 47).
CRIMINEL DE GUERRE EN TROIS JOURS : « The Captain. L’Usurpateur »

Tourné en noir et blanc, dans un paysage hivernal qui évoque le printemps glacial de 1945, The Captain prend la forme brutale et précise d’une scène de la guerre de Trente Ans gravée par Jacques Callot. Robert Schwentke, réalisateur allemand exilé à Hollywood (Red, Divergente…), revient au pays et remonte dans le temps pour mettre en scène avec lucidité un épisode de l’effondrement de l’Allemagne hitlérienne.
Le film s’ouvre sur une scène de chasse : un conscrit au visage crasseux court à perdre haleine pour échapper à un commando. Poursuivi et poursuivants portent des uniformes de la Wehrmacht. Les Alliés ont pénétré sur le territoire du Reich, et l’une des tâches prioritaires du régime agonisant est de réprimer les traîtres réels ou présumés. Le déserteur, un gamin blond aux traits encore enfantins, s’échappe de justesse.
Alors qu’il va succomber au froid et à la faim, il trouve sur une route de campagne une voiture militaire abandonnée. Dans le réservoir, de l’essence. Dans une valise, un uniforme de capitaine de la Luftwaffe. Le deuxième classe Herold (Max Hubacher) se vêt de l’habit noir, coiffe la casquette, et se lance, d’abord avec un peu d’hésitation, puis avec une assurance irrésistible, dans une brève mais fulgurante carrière de criminel de guerre, qui le mènera, en tant que geôlier, dans un camp où sont détenus d’autres déserteurs.
Dans ce décor funèbre, Robert Schwentke met en scène la transformation d’un lieu de détention en lieu d’extermination. L’image se fait alors presque expressionniste pour mettre en scène cette perversion des institutions – la justice, la fonction publique – et ceux qui les servent. T. S.
« The Captain. L’Usurpateur », film allemand de Robert Schwentke, avec Max Hubacher, Milan Peschel, Frederick Lau (1 h 58).
RÉTROSPECTIVE : Mizoguchi à la Cinémathèque

   


Ce mercredi 21 mars au soir, il est une excellente manière de célébrer l’arrivée du printemps, fût-elle théorique. Il suffit de se trouver à Paris et de se rendre sur le coup de 19 h 30 à la Cinémathèque, rue de Bercy, afin d’y acheter un billet pour les Contes de la lune vague après la pluie. C’est le seul film fantastique du réalisateur japonais Kenji Mizoguchi (1898-1956) auteur de quelques-uns des plus beaux films dont le cinéma ait fait présent à l’humanité.
Si les Contes, réalisés en 1953, se distinguent par les gracieux spectres qui le hantent, ils ont en partage avec le reste de la filmographie de Mizoguchi cette beauté évidente et complexe qui caractérise ses mises en scène.
La rétrospective que la Cinémathèque lui consacre jusqu’au 15 avril permettra de comprendre comment le cinéaste, à force d’innovation et de fidélité à la tradition plastique et picturale de son pays, est arrivé à cette maîtrise. Les rares longs-métrages muets de Mizoguchi qui ont été préservés y seront montrés. Les néophytes auront avantage à commencer par la fin, avec ces évocations du Japon impérial (L’Intendant Sansho) ou du demi-monde du spectacle et de la prostitution (Les Musiciens de Gion), qui ont fait de la dernière période du cinéaste la plus féconde. T. S.
Cycle Mizoguchi, jusqu’au 15 avril. Cinémathèque française, 51, rue de Bercy, Paris 12e.

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 21 mars)
Mektoub, My Love, film français d’Abdellatif Kechiche (chef-d’œuvre)Les Bonnes Manières, film brésilien et français de Juliana Rojas et Marco Dutra (à ne pas manquer)9 doigts, film français et portugais de Frédéric-Jacques Ossang (à voir)La Prière, film français de Cédric Kahn (à voir)The Captain. L’Usurpateur, film allemand, français et polonais de Robert Schwentke (à voir)Après la guerre, film francais et italien d’Annarita Zambrano (pourquoi pas)Demons in Paradise, documentaire français et sri-lankais de Jude Ratnam (pourquoi pas)Dokhtar, film iranien de Reza Mirkarimi (pourquoi pas)Vincent et moi, documentaire français d’Edouard Cuel et Gaël Breton (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
Auzat, l’Auvergnat, documentaire français d’Arnaud Fournier MontgieuxLa Finale, film français de Robin SykesPacific Rim : Uprising, film américain de Steven S. DeKnightPas comme lui, film français de Franck LlopisProchain arrêt : Utopia, documentaire grec d’Apostolos KarakasisSerge Pey et la boîte aux lettres du cimetière, documentaire français de Francis FourcouWilly et les gardiens du lac (saison printemps-été), film d’animation hongrois de Zsolt Palfi





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Le sixième long-métrage d’Abdellatif Kechiche est lointainement inspiré d’un roman de François Bégaudeau.
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« Mektoub, My Love » : l’amour, à en perdre le souffle

Le sixième long-métrage d’Abdellatif Kechiche est lointainement inspiré d’un roman de François Bégaudeau.



Le Monde
 |    20.03.2018 à 08h28
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 08h16
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – chef-d’œuvre
Pour son sixième long-métrage, Abdellatif Kechiche ouvre en grand les fenêtres de son cinéma et plonge dans un tourbillon de scènes dont le caractère extensif n’a d’égal que la sensation de plénitude, créant un appel d’air si intense qu’on parvient à peine à y reprendre son souffle. Sans doute peut-on voir en Mektoub, My Love, lointainement inspiré du roman La Blessure, la vraie, de François Bégaudeau, la quintessence du cinéma de Kechiche, tout du moins l’aboutissement d’une recherche qui avait pris jusqu’alors des formes transitoires. Le cinéaste trouve ici un terrain d’épanouissement, mais surtout une prise directe sur ce qu’il filme : la beauté des corps immergés dans la lumière d’été, les jeux de l’amour et de la séduction, tout s’organise en un cosmos humain, où le moindre détail renvoie à chaque instant à l’unité du vivant.

        Lire l’entretien avec Abdellatif Kechiche :
         

          « Un artiste qui crée n’est ni homme ni femme »



L’audace du film tient à son récit, délesté de toute détermination et n’affichant d’autre ambition que celle de passer du temps avec ses personnages. Amin (Shaïn Boumedine), ex- étudiant en médecine à Paris, revient pour l’été à Sète, auprès des siens, une famille de restaurateurs d’origine tunisienne. Autour de lui, les corps des autres – son cousin Tony, dragueur invétéré, son amie Ophélie, mais aussi Céline et Charlotte, deux touristes en goguette – s’échauffent au soleil et se tournent autour dans un bouillonnement de sensualité.
Exaltation des corps
Mais Amin, garçon timide et prévenant, reste au seuil de ces amours d’été, caressant le rêve de devenir réalisateur. L’histoire a lieu en 1994 et cette perspective jette un jour autobiographique sur les approches et les esquives d’Amin, entre la plage, les sorties au bar et en boîte de nuit.
Kechiche investit cette trame diaphane pour mieux s’engouffrer dans des scènes interminables (au sens propre : qu’il ne se résout jamais à terminer), fascinantes par leur capacité à lâcher prise. Certes, le cinéaste nous avait habitués à une esthétique de l’exténuation, mais qui apparaît ici expurgée de toute idée de performance, de ressassement ou d’insistance. Ce qui l’intéresse, c’est le champ infiniment ouvert de la sociabilité, en ce qu’elle mêle les relations familiales, amicales, érotiques ou sentimentales, jusqu’à la confusion. Car sous son apparente simplicité, le film n’en explore pas moins la complexité des comportements amoureux, desquels se révèle peu à peu une forme de cruauté.
Ce qui frappe, c’est la façon dont le film plonge comme en apnée dans la substance même du présent
Dans une scène époustouflante, où tout ce petit monde se retrouve dans un bar, Kechiche brasse une multitude de personnages, d’échanges, d’événements, jusqu’à ce que la danse subjugue les corps et les entraîne dans une fièvre extatique. Ce qui frappe alors, c’est la façon dont le film plonge comme en apnée dans la substance même du présent. Un présent qui dilue peu à peu la notion de scénario pour laisser place à autre chose : de pures présences humaines se mouvant devant la caméra, fusion accomplie et miraculeuse des personnages et des comédiens – parmi lesquels Hafsia Herzi, révélée en 2007 dans La Graine et le Mulet. Cette pointe extrême du présent coïncide avec l’exaltation des corps, de leur splendeur, de leur vitalité.

        Lire le portrait :
         

          Salim Kechiouche, l’acteur qui sort du cadre



De la scène d’ouverture, où Amin surprend les ébats adultérins d’Ophélie et de Tony, jusqu’aux séquences de plage, où les silhouettes s’ébrouent dans les eaux de la Méditerranée, la cinéaste fait la part belle aux plastiques féminines (plutôt plantureuses), comme aux roulements de mécanique masculins (parfois envahissants). C’est que l’art de Kechiche carbure à cette fibre désirante, fantasmatique, qui est à la source de son geste de cinéaste.
Naissance d’un regard
D’aucuns verront peut-être, dans la récurrence de certains recadrages sur les anatomies charnues, une forme de voyeurisme mal canalisé. Mais il faut surtout comprendre qu’Amin, protagoniste en retrait, occupe vis-à-vis des autres une position de spectateur, lui qui pratique la photographie et regarde seul des classiques du cinéma russe dans la pénombre de sa chambre. Ce qui se joue avec lui, c’est la naissance d’un regard, amoureux mais isolé, parfois concupiscent, gorgé de la beauté dionysiaque du monde alentour. Monde qu’Amin est pourtant incapable d’habiter pleinement. Car l’artiste est toujours à côté de la vie : son recul d’observateur le sépare des autres.

        Lire la critique parue lors de la Mostra de Venise :
         

          Le sensuel hymne à la vie d’Abdellatif Kechiche



C’est donc aussi comme une profession d’art poétique que l’on peut voir Mektoub, My Love (dont le sous-titre, Canto Uno – « chant un » –, annonce une suite). Film qui s’attelle à relier la créativité aux mouvements du désir, la chair au regard, la présence à la clarté, et donc la matière à l’immatériel. Le lien mystique entre toutes ces dimensions, c’est la lumière, celle irradiante du Midi qui baigne Amin dès le premier plan du film. Cette lumière que saint Jean et le Coran glorifient, dans deux citations en exergue, est, dit-on, dotée d’une double nature, corpusculaire et ondulatoire. Un corps et une onde : sans doute la meilleure définition qu’on pouvait donner d’un film aussi généreux et éblouissant que celui-ci.

Film français d’Abdellatif Kechiche. Avec Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Salim Kechiouche (2 h 54). Sur le Web : www.pathefilms.com/film/mektoubmylovecantouno

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 21 mars)
Mektoub, My Love, film français d’Abdellatif Kechiche (chef-d’œuvre)Les Bonnes Manières, film brésilien et français de Juliana Rojas et Marco Dutra (à ne pas manquer)9 doigts, film français et portugais de Frédéric-Jacques Ossang (à voir)La Prière, film français de Cédric Kahn (à voir)The Captain. L’Usurpateur, film allemand, français et polonais de Robert Schwentke (à voir)Après la guerre, film francais et italien d’Annarita Zambrano (pourquoi pas)Demons in Paradise, documentaire français et sri-lankais de Jude Ratnam (pourquoi pas)Dokhtar, film iranien de Reza Mirkarimi (pourquoi pas)Vincent et moi, documentaire français d’Edouard Cuel et Gaël Breton (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
Auzat, l’Auvergnat, documentaire français d’Arnaud Fournier MontgieuxLa Finale, film français de Robin SykesPacific Rim : Uprising, film américain de Steven S. DeKnightPas comme lui, film français de Franck LlopisProchain arrêt : Utopia, documentaire grec d’Apostolos KarakasisSerge Pey et la boîte aux lettres du cimetière, documentaire français de Francis FourcouWilly et les gardiens du lac (saison printemps-été), film d’animation hongrois de Zsolt Palfi





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ L’actrice de « Autant en emporte le vent » a déposé plainte pour atteinte à « sa réputation ». La justice californienne doit se prononcer aujourd’hui.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤                
                                    

L’actrice de 101 ans Olivia de Havilland refuse de passer pour une peste dans la série « Feud »


                      L’actrice de « Autant en emporte le vent » a déposé plainte pour atteinte à « sa réputation ». La justice californienne doit se prononcer aujourd’hui.



Le Monde
 |    20.03.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
20.03.2018 à 10h43
    |

            Samuel Blumenfeld








   


C’était la veille de son cent unième anniversaire. Le 30 juin 2017, Olivia de Havilland, la Melanie d’Autant en emporte le vent (1939), déposait une plainte pour le portrait que la première saison de la série Feud faisait d’elle. La cour d’appel de Californie se prononcera le 20 mars sur la recevabilité de la requête. Celle qui reste l’une des dernières comédiennes vivantes de l’âge d’or d’Hollywood, récompensée à deux reprises par l’Oscar de la meilleure actrice, pour A chacun son destin (1947), de Mitchell Leisen, et L’Héritière (1949), de William Wyler, assure ne jamais avoir donné son accord, ou reçu la moindre somme d’argent, pour l’utilisation de son nom et de son identité. Et estime que le personnage incarné à l’écran par la comédienne britannique Catherine Zeta-Jones entache « sa réputation professionnelle », elle qui est « connue pour son intégrité, son honnêteté, son abnégation et sa dignité » 
Les sœurs ennemies du cinéma
Feud, diffusée en 2017 aux Etats-Unis sur la chaîne FX Networks et en France sur Canal+, raconte la rivalité hors normes entre deux stars hollywoodiennes, Bette Davis et Joan Crawford, sur le tournage heurté, fou et passionnel de Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?. Le film de Robert Aldrich, sorti en octobre 1962, joue sur la confusion assumée entre le scénario – deux sœurs, l’une ancienne star de cinéma et en chaise roulante ; l’autre actrice ratée martyrisant sa cadette dans une maison transformée en tombeau – et le désir mutuel de ces stars quinquagénaires d’en découdre dans la vie réelle. Cette pulsion meurtrière reste l’un des facteurs qui permet à Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? de s’imposer comme le plus génial et le plus troublant opus jamais réalisé sur Hollywood. « Si Joan Crawford venait à prendre feu, estimait une Bette Davis étrangère à toute langue de bois, je ne me donnerais même pas la peine de pisser dessus. »

Dans Feud, Jessica Lange incarne Joan Crawford, tandis que Susan Sarandon endosse le costume de Bette Davis. Le personnage d’Olivia de Havilland tient un rôle secondaire. L’actrice y raconte notamment la fameuse soirée des Oscars en 1963 où, nommée pour la statuette de la meilleure actrice pour Baby Jane, Bette Davis regarda, médusée, Joan Crawford aller chercher en personne la récompense attribuée à Anne Bancroft pour Miracle en Alabama, après s’être mise d’accord avec l’intéressée. Elle y évoque aussi « sa salope de sœur », à savoir Joan Fontaine, la vedette de Rebecca, d’Alfred Hitchcock.
Une scène dommageable pour son image
Leur rivalité reste relativement méconnue du grand public. L’aînée, Olivia de Havilland, avait gardé son nom pour poursuivre sa carrière, contraignant sa cadette à adopter celui de sa mère. Mais c’est Joan Fontaine qui fut la première à remporter l’Oscar de la meilleure actrice en 1942 pour Soupçons, d’Alfred Hitchcock, devant sa sœur, estomaquée, nommée de son côté pour Par la porte d’or, de Mitchell Leisen. « Je me suis mariée avant elle, j’ai obtenu l’Oscar avant elle, et, si je meurs avant elle, elle en deviendra blême. Même là, je l’aurai devancée », disait Joan Fontaine, décédée en 2013 à l’âge de 96 ans.
Olivia de Havilland, qui vit à Paris depuis le milieu des années 1950 et son mariage avec le journaliste de Paris Match Pierre Galante, était, elle, une icône terne, un modèle de « respectabilité », que ce soit à travers le rôle de la cousine vertueuse de Scarlett O’Hara dans Autant en emporte le vent ou comme la partenaire attitrée d’Errol Flynn, entre autres dans Les Aventures de Robin des bois de Michael Curtiz, dont elle se vantait d’avoir refusé les avances. Dans Feud, toujours au sujet de la remise des Oscars en 1963, Olivia de Havilland ajoute que Frank Sinatra, qui présentait la cérémonie cette année-là, devait avoir vidé le bar de sa loge vu qu’il ne restait plus la moindre bouteille dans le frigo.

        Lire aussi :
         

                TV : « Feud », deux chattes sur un tournage brûlant



L’actrice d’Autant en emporte le vent estime cette scène dommageable pour son image. Son action en justice vise à empêcher de futures productions de dépeindre des personnes encore vivantes sans leur accord ou celui de leurs héritiers. Une démarche qui a peu de chances d’aboutir, même si l’actrice centenaire se déclare prête à venir témoigner en personne. L’enjeu reste de taille. La série Feud, qui signifie querelle et dont le second volet sera consacré, en 2019, au prince Charles et à sa première épouse, Diana Spencer, verrait tout son principe remis en cause. Au-delà, c’est la possibilité de mettre en scène un personnage réel, en le portraiturant de manière critique dans une fiction, qui deviendrait impossible.


