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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-1"> ¤ Le ministre de l’intérieur a pointé « l’acte d’héroïsme » du lieutenant-colonel de gendarmerie qui s’est substitué à un otage à Trèbes.
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Attaques dans l’Aude : les élus expriment leur solidarité et saluent le travail des forces de l’ordre

Le ministre de l’intérieur a pointé « l’acte d’héroïsme » du lieutenant-colonel de gendarmerie qui s’est substitué à un otage à Trèbes.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 18h16
 • Mis à jour le
23.03.2018 à 18h34
   





                        



Après les attaques survenues à Trèbes et Carcassonne, dans l’Aude, vendredi 23 mars, les élus de toute la France ont témoigné leur soutien aux familles des victimes et aux forces de l’ordre. Redouane Lakdim a été abattu avoir pris en otage des clients et employés d’un supermarché de Trèbes, attaqué des CRS à Carcassonne ainsi que le chauffeur et le passager d’une voiture. Trois personnes ont été tuées.
Depuis Bruxelles, le président de la République, Emmanuel Macron, a assuré aux « habitants de Trèbes l’entière solidarité et mobilisation des services de l’Etat et de ses forces de l’ordre ». Jean-Claude Junker, le président de la Commission européenne, a, lui, exprimé au nom de l’Union européenne son « émotion » et son « plein soutien » au peuple français.

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          Attaque à Trèbes : le preneur d’otages tué par les forces de l’ordre



Hommage au travail des forces de l’ordre
Le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, s’est aussitôt rendu sur les lieux de la prise d’otages. Il a salué « l’acte d’héroïsme » du lieutenant-colonel de gendarmerie qui s’est livré au suspect en échange d’un otage dans le Super U de Trèbes. « La rapidité d’intervention des gendarmes a sans doute évité un massacre », a-t-il dit.

Le preneur d’otages a été abattu par nos forces.Un lieutenant-colonel de @Gendarmerie s’est substitué à l’un des otages. Il est grièvement blessé. Son héroïsme et son courage forcent notre respect. pic.twitter.com/plbUmhYxfw— Gérard Collomb (@gerardcollomb) 23 mars 2018


Le président Les Républicains du Sénat, Gérard Larcher, a également salué le travail des forces de l’ordre.

Pensée pour les victimes de #Trèves et leurs familles.Hommage à nos forces de sécurité et leur travail remarquable pour protéger les Fçais— gerard_larcher (@Gérard Larcher)


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Même constat du président du groupe LRM à l’Assemblée nationale, Richard Ferrand :
« Au nom des députés LRM, j’adresse toute ma compassion aux victimes de l’ignoble attaque de Trèbes, ainsi qu’à leurs proches. »
Le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, a également adressé ses pensées « aux victimes et à leurs familles ». « Le terrorisme islamiste, c’est le terrorisme de délinquants de droit commun qui basculent dans le fanatisme. Ne pas prendre en compte ces réalités serait une folie », a-t-il ajouté.

#Trèbes : Le terrorisme qui nous menace est le terrorisme islamiste, c’est le terrorisme de délinquants de droit commun qui basculent dans le fanatisme. Ne pas prendre en compte ces réalités serait une folie. pic.twitter.com/lt78mW4YDr— Bruno Retailleau ن (@BrunoRetailleau) 23 mars 2018


De son côté, le futur premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a affirmé qu’« une fois encore », le peuple français était « solidaire des victimes et uni dans la douleur comme dans la défense de la République. »

Une fois encore, une fois de trop la barbarie et la lâcheté. Une fois encore le courage de nos forces de sécurité.… https://t.co/5QmImPmdAz— faureolivier (@Olivier Faure)


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Benoît Hamon, ancien candidat PS à la présidence de la République, aujourd’hui à la tête du mouvement Génération.s, a, lui, appelé à l’unité :
« Mes pensées vont aux victimes de l’attentat terroriste de Trèbes et à leurs familles. En dépit des attaques répétées, nous restons unis par nos valeurs républicaines et notre démocratie. »

Mes pensées vont aux victimes de l'attentat terroriste de Trèbes et à leurs familles. En dépit des attaques répétée… https://t.co/VYkdxmlmZB— benoithamon (@Benoît Hamon)


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                Ce que l’on sait des attaques à Trèbes et Carcassonne



Le Pen dénonce « la responsabilité » des députés
Après avoir envoyé ses pensées « aux victimes et à leurs familles », la présidente du Front national (FN) a souligné la « responsabilité » des responsables politiques. « Si le profil d’étranger fiché pour radicalisation se confirme, ceux qui ont refusé la proposition des députés FN d’expulser immédiatement les étrangers fichés “S” porteront une responsabilité politique dans ce drame », a tweeté Marine Le Pen.
A ce stade, il n’a pas été confirmé si l’assaillant, Redouane Lakdim, était bien de nationalité marocaine. Par ailleurs, il avait été suivi par les renseignements, mais il n’est pas confirmé qu’il était fiché « S ». « Nous pensions qu’il n’y avait pas de radicalisation. (…) Il est passé à l’acte brusquement », a expliqué Gérard Collomb, vendredi.

Si le profil d'étranger fiché pour radicalisation se confirme, ceux qui ont refusé la proposition des députés FN d'… https://t.co/N67LmHQTZ2— MLP_officiel (@Marine Le Pen)


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-2"> ¤ La présidente du MJS a décidé de rejoindre le mouvement de Benoît Hamon, Génération.s.
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Roxane Lundy : « Le Mouvement des jeunes socialistes va prendre son indépendance vis-à-vis du PS »

La présidente du MJS a décidé de rejoindre le mouvement de Benoît Hamon, Génération.s.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 17h58
 • Mis à jour le
23.03.2018 à 18h19
    |

                            Astrid de Villaines








                        



   


C’est un petit coup de tonnerre dans la galaxie socialiste. En plein entre-deux-tours du congrès du Parti socialiste (PS) et avant la désignation officielle d’Olivier Faure comme prochain premier secrétaire, la présidente du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), Roxane Lundy, a décidé de quitter le parti pour rejoindre Génération.s, le mouvement de Benoît Hamon. Elle est suivie par 25 membres sur 30 du bureau national, ainsi que de nombreux militants.
Pourquoi quittez-vous le PS ?
Je quitte le PS sans haine, c’est un désaccord politique. Je fais le choix avec des milliers de jeunes socialistes de partir, car je considère que le Parti socialiste n’est pas l’outil qui permettra de transformer la société. J’ai voulu croire que l’esprit de synthèse d’Epinay pouvait encore exister, que le PS allait comprendre les échecs du précédent quinquennat, qu’il allait se remettre en question, mais ce n’est pas le cas.

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En avez-vous parlé avec Olivier Faure, le futur premier secrétaire du PS ?
Je n’ai pas encore eu l’occasion d’en parler avec lui. Je l’ai félicité pour son élection, je lui ai proposé un rendez-vous, mais je n’ai pas encore eu de suite. Aujourd’hui, nous avons un désaccord politique avec sa ligne et celle de Stéphane Le Foll arrivé deuxième. Nous ne parlons plus la même langue. Je pense que le PS n’est pas en mesure de se relever.

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Partez-vous avec le nom et le logo du MJS, aujourd’hui rattaché au Parti socialiste ?
Le Mouvement des jeunes socialistes va prendre son indépendance vis-à-vis du PS. Je le dis simplement, ce n’est pas une question d’étiquette. Si des sociaux-démocrates ou sociaux-libéraux veulent un outil de jeunesse pour continuer à s’engager au sein du PS, je n’y vois pas de problème. Nous leur laisserons le nom s’ils le souhaitent.
Resterez-vous à la tête du mouvement ?
Je reste présidente et je deviens militante de Génération.s. L’objectif est de faire une réforme statutaire lors de notre prochain congrès. Je ne serai plus salariée du PS, nous ne toucherons plus d’argent du PS, nous ne dépendrons plus d’eux.
Le congrès du MJS à Bondy (Seine-Saint-Denis), le 10 février, au cours duquel vous avez été élue est contesté. Plusieurs militants dénoncent des fraudes. Que répondez-vous à ceux qui contestent votre légitimité ?
Je vis très mal ces accusations. Ce congrès s’est passé dans les règles. Ma sensibilité l’emporte à une très large majorité : 70 % des voix. Il y a eu des enjeux qui nous ont dépassés et qui sont le fruit de désaccords politiques. Je veux tourner cette page.
Avez-vous eu des discussions avec Benoît Hamon avant de prendre cette décision ?
Benoît Hamon ne m’a pas démarchée. Je constate qu’il y a une dynamique derrière lui. Je lui ai annoncé que je le rejoignais. Il voit cela d’un bon œil. L’objectif est de se mobiliser pour changer l’avenir. Cinquante ans après Mai 68, le PS est devenu un Ephad.

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Vous organisez un congrès le premier week-end d’avril, date du 78e congrès du PS où Olivier Faure doit être intronisé, est-ce une façon de venir le perturber ?
Non. C’est un hasard de calendrier. Nous allons créer une dynamique avec Génération.s. On prévient à l’avance, ce n’est pas un mauvais coup ni un règlement de compte. Je pars tranquille vis-à-vis du PS et je respecte les sociaux-libéraux et démocrates.

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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-3"> ¤ Nicolas Chapuis, chef du service politique du « Monde », a répondu à vos questions sur la journée de mobilisation de jeudi.
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Fonction publique, SNCF : après la grève et les manifestations, « l’exécutif reste sur la même ligne »

Nicolas Chapuis, chef du service politique du « Monde », a répondu à vos questions sur la journée de mobilisation de jeudi.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 16h46
 • Mis à jour le
23.03.2018 à 17h25
   





                        


Quelques centaines de milliers de personnes ont défilé, jeudi 22 mars, dans des manifestations, émaillées de heurts à Paris, pour défendre le service public, le statut des fonctionnaires et des cheminots, qui se sont fortement mobilisés, face à un gouvernement déterminé. Le leader de la CGT, Philippe Martinez, a salué sur Cnews une « forte mobilisation », ajoutant que « la balle est dans le camp du gouvernement ». Face à ce test social d’envergure, quelle est la réponse du gouvernement ? Nicolas Chapuis, chef du service politique du « Monde », a répondu à vos questions au cours d’un tchat, vendredi 23 mars.
Rosy : Finalement, [jeudi] était un jour de grèves-manifestations très classique. A ce stade, le gouvernement n’a pas vraiment de raisons de trembler, non ?
Comme l’a noté notre journaliste spécialisée dans le suivi des syndicats, Raphaëlle Besse Desmoulières, « le 22 mars marque un étiage plutôt haut » en ce qui concerne la mobilisation dans la rue. Alors même que la CFDT et l’UNSA (2e et 4e syndicats dans la fonction publique) n’avaient pas appelé à manifester.
On peut donc dire que les syndicats ont plutôt réussi leur journée… Mais cela ne fait pour autant pas bouger le gouvernement, qui attend surtout de voir si d’autres syndicats entrent dans la danse et s’il y a un effet de contagion avec le mouvement perlé à la SNCF qui se profile.
Majorité silencieuse : Pourquoi dites-vous que les syndicats ont plutôt réussi leur journée ? Pourquoi les médias parlent-ils d’une journée de mobilisation réussie ?
Les syndicats ont plutôt réussi leur journée, parce qu’ils ont rassemblé plus de personnes à travers la France qu’en octobre 2017, sans l’appui de la CFDT et de l’UNSA (qui étaient partie prenante du mouvement en octobre). De leur point de vue, cela peut être perçu comme un succès.

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En même temps, le rapport de force ne leur permet pas pour le moment d’ébranler la position du gouvernement. C’est l’ambiguïté de ce résultat que nous essayons de rendre à travers le titre du Monde : « La journée d’action du 22 mars, une réussite pour les syndicats, n’a pas ébranlé l’exécutif. »
Et les « médias » ne parlent pas tous de réussite. Nous avons dans notre pays une pluralité de médias, et c’est tant mieux, avec des interprétations différentes. Une rapide revue de presse des titres de ce matin serait la meilleure démonstration :
Le Parisien : « Ça ne prend pas »
Le Figaro : « Divisés, les syndicats peinent à mobiliser »
Libération : « Le réveil de la rue »
Les Echos : « Réforme de la SNCF : l’avertissement des cheminots »
SK : Pourquoi la CFDT et l’UNSA ne se sont-elles pas jointes à l’appel de défense du service public jeudi ?
Les deux syndicats étaient jusqu’à présent sur des stratégies différentes de la CGT notamment, avec l’espoir d’infléchir la position du gouvernement dans les discussions. Cela pourrait changer rapidement.
Laurent Berger, le patron de la CFDT, a prévenu sur RTL jeudi matin : « Soit ils écoutent et ce sera un coup de semonce et il n’y aura pas de suite, soit ils n’écoutent pas, et là, je vous le dis, les fonctionnaires, y compris les militants de la CFDT des fonctions publiques, seront extrêmement mobilisés. » L’entrée dans la danse de la CFDT serait une mauvaise nouvelle pour le gouvernement.
Mais le syndicat prévient aussi qu’il ne veut pas se lancer dans un grand mouvement transversal. « La convergence des luttes, ce n’est pas la tasse de thé de la CFDT, pour une raison simple, c’est que la convergence des luttes, elle ne permet jamais d’avoir des résultats concrets », avait aussi dit, sur RTL, M. Berger.
Parisien : Le gouvernement compte-t-il utiliser les effets négatifs de la grève sur la vie quotidienne pour continuer à monter des catégories de Français les unes contre les autres ?
Il est certain qu’un mouvement social est avant tout une bataille d’opinions. Beaucoup d’observateurs notent que la grève de 1995 a réussi, parce que les grévistes avaient globalement le soutien de la population, même si leur grève provoquait des difficultés dans le quotidien des gens.
Impossible de savoir à l’heure actuelle de quel côté le vent va tourner sur cette mobilisation. Ce qui est certain, c’est que la SNCF pâtit d’une mauvaise réputation avec des retards, des prix élevés (qui ne sont pas le fait des cheminots), et que donc beaucoup de Français sont favorables à une réforme de cette entreprise.
BGMVI : En imaginant qu’aucun accord ne soit trouvé entre syndicats et gouvernement, pouvons-nous imaginer une grève autre que sur le papier ?
La grève n’existe pas que sur le papier. Hier, le taux national de grévistes était de 12,8 % pour la fonction publique d’Etat, 8,11 % pour la territoriale et 10,9 % dans l’hospitalière, selon le ministère (en léger recul, cependant, par rapport à octobre). Et il était de 35,4 % chez les cheminots, selon la direction.
J’ajoute que, côté SNCF, les syndicats ont la ferme intention de la mener à partir du 3 avril, deux jours sur cinq.
Maria : Peut-on s’attendre à un nouveau « printemps social », comme nous en avions connu il y a deux ans contre la loi El Khomri ?
La CGT propose d’ores et déjà aux autres syndicats une journée de mobilisation, le 19 avril. Mais c’est surtout la grève à la SNCF et sa forme inédite (deux jours sur cinq par semaine) qui risque de rythmer le printemps.
La question, comme dans chaque mouvement social, est la suivante : les différents manifestants et cortèges défilent pour des raisons diverses, arriveront-ils à trouver un mot d’ordre fédérateur, autour du « pouvoir d’achat » ou de « la défense des services publics » par exemple ?
Isa : Existe-t-il une sorte de « cellule de veille sociale » à l’Elysée, qui prendrait la température des contestations, des possibilités de diffusion-coagulation des mouvements ?
Comme toutes les présidences, celle d’Emmanuel Macron comporte des conseillers sociaux chargés de discuter avec les syndicats mais aussi de remonter les éventuels risques de coagulation, etc. Le ministère du travail joue également ce rôle.
J’ajoute que, par rapport à des temps plus anciens (1995, par exemple), la surveillance des réseaux sociaux, qui sont devenus des relais majeurs de mobilisation, est absolument cruciale pour le pouvoir.
Antoine : L’exécutif a-t-il déjà prévu des leviers pour lâcher du lest et tenter de calmer le mouvement social ?
Pour l’instant, l’exécutif reste sur la même ligne : « On continue de discuter, mais on ira au bout des réformes. » En clair : le dialogue n’est pas rompu avec les organisations syndicales, mais la marge de négociation est très faible.
Debelineen : A gauche, qui sort gagnant de cette mobilisation en demi-teinte programmée au départ par les fonctionnaires des fonctions publiques ?
Difficile de savoir qui sort « gagnant ». Les différentes organisations de gauche ont montré qu’elles étaient capables de discuter entre elles. En revanche, on peut identifier un « perdant » : le Parti socialiste, dont le nouveau leader, Olivier Faure, a été copieusement hué dans le cortège.
Cela montre le chemin que le PS doit parcourir pour regagner en crédibilité auprès d’une partie de l’électorat de gauche.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-4"> ¤ Le Conseil d’Etat, saisi par deux syndicats de magistrats, censure partiellement un décret du gouvernement pris en décembre 2016 au nom de l’indépendance de la justice.
<filname="PROF-0,57-0,64-823353,0-4"> ¤                     
                                                

La Cour de cassation exclue du champ de compétence de l’inspection générale de la justice

Le Conseil d’Etat, saisi par deux syndicats de magistrats, censure partiellement un décret du gouvernement pris en décembre 2016 au nom de l’indépendance de la justice.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 16h21
 • Mis à jour le
23.03.2018 à 16h41
    |

            Jean-Baptiste Jacquin








                        


La plus haute juridiction administrative vient au secours de la plus haute juridiction judiciaire. Le Conseil d’Etat a décidé, vendredi 23 mars, d’exclure la Cour de cassation du champ de compétence de l’inspection générale de la justice (IGJ) créée par la précédente majorité. Il était saisi par deux syndicats, FO-Magistrats et l’Union syndicale des magistrats, d’un recours en annulation contre un décret du 5 décembre 2016.

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En découvrant la nouvelle à la lecture de ce décret dans le Journal officiel, le sang de Bertrand Louvel, premier président de la Cour de cassation, et celui de Jean-Claude Marin, procureur général, n’avaient fait qu’un tour. Ils avaient, fait rarissime, adressé une lettre ouverte au premier ministre pour s’indigner de voir « la juridiction supérieure de l’autorité judiciaire (…) placée sous le contrôle direct du gouvernement par l’intermédiaire de l’inspection générale de la justice, en rupture avec la tradition républicaine observée jusqu’à ce jour ».
« Garant de l’Etat de droit »
A l’origine de cette crise se trouvait la décision de Jean-Jacques Urvoas, alors garde des sceaux, de fusionner en une inspection générale de la justice les trois services existants : l’inspection des services judiciaires, l’inspection des services pénitentiaires et celle de la protection judiciaire de la jeunesse. Une rationalisation des services du ministère de la justice que personne ne contestait. Mais, subrepticement, à l’occasion de cette création, a été glissée dans le décret l’intégration de la Cour de cassation et de ses hauts magistrats dans le champ d’intervention de l’inspection. Ils en étaient exclus depuis un décret de 1965 pris par le général De Gaulle.
La section du contentieux du Conseil d’Etat considère que compte tenu de sa dépendance à l’égard du garde des sceaux et donc du gouvernement, l’inspection générale de la justice ne doit pas avoir de droit de regard sur l’institution du quai de l’Horloge sans porter atteinte à l’indépendance de la justice. « Eu égard tant à la mission ainsi confiée par le législateur à la Cour de cassation, placée au sommet de l’ordre judiciaire, qu’aux rôles confiés par la Constitution à son premier président et à son procureur général, notamment à la tête du Conseil supérieur de la magistrature chargé par la Constitution d’assister le président de la République dans son rôle de garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire, le décret attaqué ne pouvait légalement inclure la Cour de cassation dans le champ des missions de l’inspection générale de la justice sans prévoir de garanties supplémentaires relatives, notamment, aux conditions dans lesquelles sont diligentées les inspections et enquêtes portant sur cette juridiction ou l’un de ses membres », peut-on lire dans la décision du Conseil d’Etat. Il annule en conséquence l’article 2 du décret attaqué.
« Par cette décision, le Conseil d’Etat montre qu’il est un garant de l’Etat de droit et un défenseur de la Cour de cassation et de l’ordre judiciaire », se félicite un conseiller d’Etat. Mais peut-être aussi la section du contentieux a-t-elle été sensible à un commentaire du rapporteur public à l’audience du 16 mars ? Louis Dutheillet de Lamothe avait notamment expliqué qu’une validation de cette inspection générale de la justice lèverait tout obstacle constitutionnel à un rattachement au ministère de la justice des inspections des juridictions administratives et financières actuellement attachées au Conseil d’Etat et à la Cour des comptes. Si à l’avenir une telle réforme survenait, le Conseil d’Etat resterait à l’abri d’une telle inspection par la chancellerie.
« Victoire en demi-teinte »
En revanche, les syndicats de magistrats n’ont pas obtenu gain de cause sur le reste de leurs demandes alors qu’ils souhaitaient l’annulation de la totalité du décret. Selon eux, le fait qu’une inspection dépendante d’un ministre puisse contrôler non seulement le fonctionnement d’une juridiction, mais également la pratique professionnelle d’un magistrat est une atteinte à l’indépendance de la justice. Le Conseil d’Etat estime que les garanties sont pourtant suffisantes. La France est le seul pays d’Europe dans ce cas de figure. Dans les pays où un service d’inspection existe auprès du ministre, il contrôle l’activité des juridictions, pas celle des magistrats.
Pour Patrice Spinosi, avocat de FO-Magistrats, la décision du Conseil d’Etat est une « victoire en demi-teinte », la distinction faite entre la Cour de cassation et les autres juridictions judiciaires lui paraissant « artificielle ». « Tous les magistrats doivent se voir garantir la même indépendance », souligne l’avocat.
Justifiant le bien-fondé de telles inspections puisque le gouvernement doit pouvoir contrôler les dépenses dont il est responsable devant le Parlement, le rapporteur public du Conseil d’Etat avait néanmoins reconnu que la publication d’un rapport d’inspection par le ministre « pourrait constituer un moyen de déstabiliser une juridiction ». Ce risque persiste.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-5"> ¤ Sur TF1, l’ancien président a notamment assuré, à tort, que la note publiée par « Mediapart » avait été considérée comme fausse par la justice.
<filname="PROF-0,57-0,64-823353,0-5"> ¤                     
                                                

Financement libyen : les arrangements de Nicolas Sarkozy avec les faits sur TF1

Sur TF1, l’ancien président a notamment assuré, à tort, que la note publiée par « Mediapart » avait été considérée comme fausse par la justice.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 15h22
 • Mis à jour le
23.03.2018 à 17h41
    |

            Adrien Sénécat








                        



   


Nicolas Sarkozy a livré sa « vérité », jeudi 22 mars, au journal de 20 heures de TF1. Mis en examen pour « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale » et « recel de détournement de fonds publics libyens », l’ex-chef de l’Etat a balayé les accusations dont il fait l’objet dans l’affaire de possibles financements illicites de sa campagne présidentielle en 2007. Un argumentaire offensif, dans la droite ligne de la défense, dont il avait déjà communiqué les grandes lignes au Figaro. Quitte à s’arranger avec les faits à plusieurs reprises.
Une intox sur la note révélée par « Mediapart »
Ce qu’il a dit : 
Nicolas Sarkozy a, une nouvelle fois, contesté l’authenticité de la note issue des archives des services secrets libyens datée du 10 décembre 2006 et publiée par Mediapart en 2012. Ce document, signé par Moussa Koussa, ancien chef des renseignements extérieurs de la Libye, évoquait un accord de financement de la campagne de 2007 du candidat de la droite à hauteur de 50 millions d’euros. Un « faux » document manifeste, assure Nicolas Sarkozy. Son interlocuteur a alors rappelé que la justice n’avait pas tranché en ce sens, ce que l’ancien chef de l’Etat a contesté :
Gilles Bouleau : « Vous aviez poursuivi “Mediapart” pour dire que ce document était un faux, et vous avez été débouté deux fois. »
Nicolas Sarkozy : « Non, ce n’est pas vrai. »
Gilles Bouleau : « La justice et les experts français ont dit : “Ce document n’est pas un faux évident.” »
Nicolas Sarkozy : « Non, non, non. “Mediapart” a bénéficié d’un non-lieu, car ils ont prétendu qu’ils n’étaient pas au courant de la fausseté du document. »
Et d’enfoncer le clou quelques minutes plus tard, évoquant un possible « complot » à son encontre, alimenté par « un document reconnu comme faux ».
POURQUOI C’EST FAUX
Il n’est pas étonnant que Nicolas Sarkozy conteste le contenu du document de Mediapart pour se défendre. Sa présentation des faits est, en revanche, mensongère.
L’ancien chef de l’Etat a bien porté plainte en 2012 contre Mediapart, pour « faux » et « usage de faux ». L’enjeu du dossier était de savoir si la note attribuée à Moussa Koussa pouvait être considérée comme un faux document, qui aurait, par exemple, été fabriqué de toutes pièces ou falsifié. L’enquête qui a suivi n’a pas permis d’étayer cette hypothèse, et Mediapart a donc bénéficié d’un non-lieu en première instance puis en appel – Nicolas Sarkozy s’est pourvu en cassation en 2017.
L’ordonnance de non-lieu en première instance, le 30 mai 2016, dit notamment ceci : « L’ensemble des investigations visant à déterminer si le document publié par Mediapart était un faux matériel, c’est-­à-dire, indépendamment de son contenu, un support fabriqué par montage ou tout autre moyen, ou altéré par des falsifications de toute nature, n’a pas permis de l’établir. »
La justice n’a donc pas considéré qu’il s’agissait d’un faux document, mais ne s’est pas prononcée sur le fond pour autant. Nicolas Sarkozy a donc bien tronqué les faits.

        Lire sur le sujet :
         

          Financement libyen : les angles morts de la défense de Nicolas Sarkozy



Un problème de calendrier qui n’en est pas vraiment un
Ce qu’il a dit :
Nicolas Sarkozy a contesté plusieurs déclarations du marchand d’armes franco-libanais Ziad Takieddine. Il a notamment affirmé pouvoir prouver qu’il était impossible qu’il l’ait « croisé » au ministère de l’intérieur le 26 janvier 2007, comme l’affirme M. Takieddine.
« Il dit, ce sinistre individu, qu’il m’aurait croisé au ministère de l’intérieur (…) autour du 27 janvier 2007 », rappelle l’ancien président. Le marchand d’armes assure avoir remis une valise avec 1,5 million d’euros à celui qui était alors candidat à l’élection présidentielle à ce moment précis – « voyez la crédibilité de la scène », ironise Nicolas Sarkozy.
Cette anecdote serait forcément fausse, car incompatible avec son agenda, a avancé l’ancien chef de l’Etat, évoquant un « ignoble mensonge, factuellement » :
« Mais il n’a pas de chance, cet escroc. (…) J’ai la preuve que, le 27 janvier, je n’étais pas à Paris, j’étais en Avignon. Que, le 28 janvier, je n’étais pas à Paris, j’étais en Avignon. Que, le 26 janvier, je n’étais pas à Paris, j’étais en Poitou-Charentes. Et que, le 25 janvier, dans l’après-midi, je n’étais pas à Paris, j’étais à Saint-Quentin. »
POURQUOI C’EST FAUX
Les déplacements évoqués par Nicolas Sarkozy sont bien réels. Ce qu’il ne dit pas, en revanche, c’est qu’il était bien présent à Paris le 26 janvier 2017. Il a ainsi assisté aux obsèques de l’abbé Pierre à la cathédrale Notre-Dame de Paris, comme le montrent des images d’un reportage de France 2 à l’époque :

Interrogé par BuzzFeed News, l’entourage de l’ex-chef de l’Etat a reconnu sa présence à Paris, le 26 janvier 2007, mais précise que « ce qu’il a voulu dire, c’est qu’il n’était pas à son bureau. Son agenda l’atteste. » 
Il n’est cependant pas complètement impossible que le ministre ait fait un détour place Beauvau ce jour-là. BuzzFeed News a d’ailleurs exhumé une lettre rédigée à « Paris, le 26 janvier 2007 » dans laquelle il s’excuse de son absence le lendemain pour une galette des rois au bureau UMP d’Asnières.
Un argument trompeur sur les sommes en jeu
Ce qu’il a dit :
Nicolas Sarkozy a également minimisé les soupçons qui pèsent sur le financement de sa campagne présidentielle :
« Connaissez-vous le chiffre qu’ont formulé les policiers (…) sur le liquide qui aurait circulé dans ma campagne de 2007 ? 38 000 euros, ce qui représente 0,0018 % sur une campagne qui a coûté 21 millions d’euros. On est bien loin des allégations folles de M. Khadafi et de “Mediapart” parlant de 50 millions d’euros. »
POURQUOI C’EST PLUS COMPLIQUÉ
Les interrogations sur le montant exact des sommes en jeu et sur leur destination sont au cœur de l’enquête sur le possible financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. La note publiée par Mediapart en 2012, mais qui remonte à 2006, évoque un accord de financement hauteur de 50 millions d’euros. Rien ne prouve aujourd’hui que de tels montants ont ensuite alimenté la campagne du candidat de la droite par la suite.
L’un des éléments de l’enquête porte sur des enveloppes en liquide, pour un montant de l’ordre de 30 000 à 35 000 euros, qui auraient circulé au QG du candidat ou au siège de l’UMP. Cet argent aurait ensuite été versé sous forme de primes à des membres de la campagne. Interrogé sur ces sommes, Eric Woerth, qui était le trésorier du candidat à l’époque, a évoqué des « dons anonymes » qui se seraient « répétés », racontait France info en octobre 2017, relevant que l’explication n’avait pas convaincu les enquêteurs.
C’est vraisemblablement à ce point du dossier que Nicolas Sarkozy a fait référence jeudi soir, tout en minimisant la portée. Ces 38 000 euros représentent effectivement une somme de l’ordre de 0,18 % (et pas 0,0018 % comme l’a déclaré l’ex-président) de son budget de campagne de l’époque.
Mais cette présentation des faits occulte des pans entiers de l’enquête sur le possible financement libyen. Les juges ont également rassemblé d’autres éléments qui pourraient attester de l’utilisation d’argent venu de Libye par l’entourage de Nicolas Sarkozy, en dehors de son QG de campagne.
Par exemple, l’ouverture suspecte d’un coffre-fort par Claude Guéant ou les virements d’argent libyen ayant profité à Claude Guéant et Ziad Takieddine. Sans oublier les témoignages de différents protagonistes de l’affaire qui évoquent des versements de l’ordre de plusieurs millions d’euros.

        Infographie interactive :
         

          Comprendre l’affaire de Sarkozy et la Libye en 2007






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-6"> ¤ Emmanuel Macron a réagi à la prise d’otages de Trèbes, près de Carcassonne, en région Occitanie, survenue vendredi 23 mars.
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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-7"> ¤ Le 19 mars, Arnaud Montebourg tenait conférence devant les étudiants de l’Institut d’économie scientifique et de gestion, à Paris. Guillemette Faure, la chroniqueuse de « M », était dans les gradins de l’amphithéâtre.
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Une leçon de « vraie vie » par Arnaud Montebourg


                      Le 19 mars, Arnaud Montebourg tenait conférence devant les étudiants de l’Institut d’économie scientifique et de gestion, à Paris. Guillemette Faure, la chroniqueuse de « M », était dans les gradins de l’amphithéâtre.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 14h38
    |

                            Guillemette Faure








   


L’étudiant grimpe en cavalant les marches de l’amphi : « J’ai pissé avec Montebourg ! En vrai, il était à côté de moi dans les chiottes… – La classe ! », approuve une copine. « Viens, on se met devant dans l’amphi. » Quand on tient une telle proximité avec un ancien ministre, on ne peut pas y renoncer.
Depuis le show de Laurent Wauquiez à l’EM Lyon en février, c’est devenu une gageure de parler devant une école de commerce. Certes, l’Institut d’économie scientifique et de gestion n’est pas l’Ecole de management de Lyon et Montebourg est en retrait de la vie politique. Mais à l’heure où cette stratégie est devenue monnaie courante, cela ne veut plus dire grand-chose. La dernière fois qu’Arnaud Montebourg a essayé, ça n’a pas marché. Lui qui avait parié si tôt sur l’empêchement de François Hollande de se présenter à la présidentielle s’est fait doubler sur l’extérieur par Emmanuel Macron dans sa stratégie de l’outsider…
Pourquoi Montebourg ? « Il est assez accessible maintenant. Et puis il a du temps. » Un étudiant de l’IESEG
Sur leurs tablettes dans l’amphi, certains ont posé son livre sur la démondialisation, d’autres celui sur « la bataille du made in France ». Pourquoi Montebourg ? « Il est assez accessible maintenant », m’explique un étudiant de La Tribune IÉSEG, l’association qui l’a invité. « Et puis il a du temps. » Joanny Hervé, président de l’association, se charge du discours d’introduction. « Chers amis, quel immense plaisir de vous voir si nombreux… J’ai rarement vu cet amphithéâtre si rempli. » Ses congénères se regardent et gloussent. D’accord, Joanny avait préparé son texte à l’avance, mais il aurait pu s’adapter devant un amphi à moitié vide.
« De Bercy à l’entrepreneuriat », dit l’affiche. L’ancien ministre est plus volubile sur la première partie de l’intitulé. « Notre déficit commercial chronique est extrêmement dangereux, lance-t-il. Le poids de l’industrie dans le PIB est de 19 % en Italie, nous, on est à 11 %, on est devenu la lanterne rouge en Europe. » Il dit aussi que notre problème en France, c’est qu’on passe notre temps à nous critiquer nous-mêmes, que ce problème d’estime de soi fait partie de notre culture.

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                Laurent Wauquiez « assume » ses propos, au risque de la rupture



Evidemment, il a des remarques sur la politique économique actuelle. « Un fonds pour l’innovation de rupture à 10 milliards, franchement c’est petit bras. » L’Europe ? « J’ai lu les discours du président de la République, je les trouve naïfs. Ça va un moment d’enfiler les perles… L’Union européenne demande une vision plus forte. » A propos des accords européens qu’« il faut mépriser dans la pratique », il explique à un étudiant : « Ton traité, tu peux emballer le poisson avec parce qu’il ne vaut plus rien ». Le professeur Montebourg conseille ainsi à ses étudiants d’éviter « la finance qui va s’écrouler ». Dommage, c’est la spécialité de l’école. « Tout le secteur financier va être mis par terre », prévient-il, par le shadow banking, l’activité de banque hors les banques qui n’est pas réglementée. « Vous recommandez autre chose qu’un master finance ? », l’interroge une étudiante un peu inquiète. « Allez dans l’industrie, c’est là qu’est la vraie vie. »
« La politique aime les divisions et les subdivisions. L’entrepreneuriat, ce n’est que l’unité. L’entreprise, c’est une force capable de résoudre les problèmes, un outil de transformation du monde. » Arnaud Montebourg
Oubliée la politique, Arnaud Montebourg est entrepreneur. Peut-être même qu’il l’a toujours été. « J’ai lancé des courants, j’ai lancé des idées, j’ai été start-upeur en politique et j’ai fait faillite… » Start-upeur au moins, on peut échouer, ce n’est pas comme homme politique ou gérant de SARL, comme on appelait autrefois les patrons de PME. « La politique, c’est la lutte de tous contre tous. La politique aime les divisions et les subdivisions. L’entrepreneuriat, ce n’est que l’unité. L’entreprise, c’est une force capable de résoudre les problèmes, un outil de transformation du monde. » Passer de la politique à l’entrepreneuriat, « être seul et y croire ou être obligé d’avaler des couleuvres pour être plus puissant. Qu’est-ce qu’il vaut mieux ?, réfléchit-il à voix haute. Ça dépend ».
Mais pour qui a-t-il donc voté ?
« Pour finir, on vous a préparé un petit Konbini », lui annonce un étudiant. Autrement dit, deux mots qui s’affichent sur un mur entre lesquels l’invité doit choisir. Trump ou Poutine ? Poutine ! Faure ou Cambadélis ? Faure ! La Fouine ou Booba ? Joker… Allez, La Fouine. Dans les applaudissements, on en a oublié l’écran suivant, Blum ou Jaurès ? Il n’a pas non plus eu le temps de parler des amandes, sa dernière activité d’entrepreneur. Pour le miel, il a fallu attendre une heure. Alors à la fin de son intervention, des dizaines de jeunes abeilles butinent autour de lui et viennent lui poser les questions qu’elles n’ont pas osé poser sur les élections passées. Ça doit lui faire du bien d’en parler : à l’époque de la présidentielle, personne ne s’était inquiété de savoir pour qui il était allé voter. A se demander même s’il y était allé.

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          Du miel et des amandes : la nouvelle vie d’Arnaud Montebourg, entrepreneur



Un an plus tard, il raconte qu’il n’était pas question pour lui de soutenir Manuel Valls, ni de voter Emmanuel Macron trop à droite, qu’il n’allait pas rallier Benoît Hamon et sa proposition de revenu universel dont il ne s’est toujours pas remis (« quelle démobilisation de la société »). Son soutien aurait pu aller à Jean-Luc Mélenchon, mais pas celui des Tweet. On n’en saura pas plus. Tout juste confie-t-il, qu’il « ne veut plus voter par défaut… J’ai fait ça toute ma vie, lâche celui qui a trente ans de PS derrière lui. Maintenant je vote blanc. »



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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-8"> ¤ L’ancien président de la mission parlementaire sur le Rwanda, Paul Quilès, explique que si les questions majeures encore sans réponse n’impliquent pas la France, les documents qui restent à étudier doivent cependant être accessibles aux chercheurs.
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Paul Quilès : Il faut « revenir aux faits pour mieux comprendre le génocide au Rwanda »

L’ancien président de la mission parlementaire sur le Rwanda, Paul Quilès, explique que si les questions majeures encore sans réponse n’impliquent pas la France, les documents qui restent à étudier doivent cependant être accessibles aux chercheurs.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 12h54
 • Mis à jour le
23.03.2018 à 13h13
    |

                            Paul Quilès (Ancien ministre de la défense et de l’intérieur et ancien président de la mission parlementaire sur le Rwanda (1998)








                        



                                


                            

Tribune. Le génocide perpétré au Rwanda entre avril et juillet 1994 fait partie des grandes tragédies du XXe siècle. De 500 000 à un million de personnes y ont été assassinées dans les conditions les plus barbares en raison de leur naissance. Depuis, les témoignages, les récits, les analyses divergentes, les polémiques se sont multipliés, comme l’illustrent les récents articles du Monde. Mais très peu ont entrepris une analyse objective des enchaînements qui ont conduit à une telle tragédie.
C’est pour cette raison que j’ai pris l’initiative en 1998, en tant que président de la commission de la défense de l’Assemblée nationale, de demander la création d’une mission parlementaire d’information. L’objectif était de « faire la lumière sur le rôle qu’ont pu jouer les différents pays qui sont intervenus, ainsi que l’ONU, dans la crise rwandaise entre 1990 et 1994 ». Notre mission a enquêté pendant neuf mois et a rendu un rapport de 1 500 pages.
Pendant cent dix heures, les députés ont auditionné quatre-vingt-huit personnes, des responsables politiques, des militaires, des diplomates, des universitaires, des civils français et rwandais. Ces auditions ont été exceptionnelles, tant par leur nombre que par leur sérieux. La plupart ont été publiques, ouvertes à la presse écrite et audiovisuelle.
Les rapporteurs se sont rendus à Bruxelles, à Washington, au siège des Nations unies à New York, ainsi qu’au Rwanda, en Ouganda, au Burundi, et en Tanzanie. Les témoignages des soixante-quatorze personnes qu’ils ont rencontrées ont été rigoureusement examinés. La mission a analysé 15 000 pages de textes, de télégrammes diplomatiques et de documents militaires ; pour 7 000 pages, la classification « secret défense » a été levée.
Lacunes
D’autres documents restent sans doute encore à étudier, et il serait souhaitable que les chercheurs puissent y avoir accès. Mais les documents consultés par la mission donnent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-9"> ¤ Invitée jeudi du Club de l’économie du « Monde », Valérie Pécresse, présidente LR de la région Ile-de-France, a dénoncé les modalités de la grève des cheminots.
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Valérie Pécresse : « Je soutiens la réforme de la SNCF »

Invitée jeudi du Club de l’économie du « Monde », Valérie Pécresse, présidente LR de la région Ile-de-France, a dénoncé les modalités de la grève des cheminots.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 12h37
    |

            Françoise Fressoz et 
Philippe Escande








                        



                                


                            

Invitée jeudi 22 mars du Club de l’économie du Monde, Valérie Pécresse, présidente (LR) du conseil régional d’Ile-de-France, a exprimé son soutien à la réforme de la SNCF, évoqué les conséquences de la grève des cheminots et ses relations avec la maire de Paris, Anne Hidalgo. Morceaux choisis.
La réforme de la SNCF
« J’avais été choquée, il y a deux ans, que François Hollande et Manuel Valls renoncent à mettre en œuvre le plan de productivité que [le PDG] Guillaume Pepy et ses équipes avaient négocié. C’était renoncer à des économies considérables, à la fois pour le secteur ferroviaire et pour les voyageurs. C’est la raison pour laquelle je soutiens la réforme de la SNCF… La fin du statut des cheminots est un emblème mais le vrai contenu de la réforme se résume en une phrase : il faut de meilleurs transports à un meilleur coût. On ne peut plus vivre avec une société nationale qui fait payer 30 % de plus au kilomètre [par rapport à la concurrence] aux autorités organisatrices de transport – pas forcément aux voyageurs, c’est d’ailleurs toute la perversité du système ».
La réaction des Franciliens
« La grève est le prix à payer. Cela va être très dur, notamment pour les Franciliens. Les modalités de grève choisies par les syndicats sont particulièrement perverses, car elles consistent à plonger dans la galère, semaine après semaine, les voyageurs, avec le minimum de grévistes. Je trouve cela d’une inhumanité terrible pour les grands banlieusards dont je fais partie… C’est pourquoi j’essaie de trouver des modes alternatifs de fonctionnement de la société. Si de cette grève sortent plus de télétravail, plus de souplesse dans les horaires de travail, du lissage des heures de pointe, plus de covoiturage, on sera passé dans une logique d’économie beaucoup plus collaborative. Pour une région comme l’Ile-de-France, c’est vraiment la vision de l’avenir ».
La gratuité des transports parisiens
« La gratuité...




                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-10"> ¤ Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, en annonçant la commande de 100 TGV à Alstom par « l’Etat », a grillé la politesse à la SNCF, alors que le principe de la réforme est de donner d’avantage d’autonomie à la société, estime Philippe Escande, éditorialiste économique du « Monde ».
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SNCF-Alstom : « L’Etat joue au train »

Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, en annonçant la commande de 100 TGV à Alstom par « l’Etat », a grillé la politesse à la SNCF, alors que le principe de la réforme est de donner d’avantage d’autonomie à la société, estime Philippe Escande, éditorialiste économique du « Monde ».



Le Monde
 |    23.03.2018 à 12h25
    |

            Philippe Escande








                        



                                


                            

Chronique. Pendant que les cheminots foulent le pavé dans l’espoir de faire dérailler la réforme de la SNCF, l’Etat, droit dans ses bottes, achète des trains. Au sortir d’une rencontre avec les dirigeants d’Alstom et de Siemens, le ministre de l’économie Bruno Le Maire n’a pu s’empêcher de distiller la bonne nouvelle : l’Etat commande 100 TGV à Alstom. L’Etat ? Conscient du lapsus, le ministre corrige. Ce sera la SNCF bien sûr, dont le conseil d’administration ne s’est pas encore réuni, mais qui avalisera la chose en avril. Un détail donc. Mais un détail qui en dit long.

Alors que le gouvernement jette la France cheminote dans la rue avec ses projets d’ouverture à la concurrence et de fin programmée du statut, il garde quelques vieux réflexes du temps d’avant. Celui béni où chaque filière industrielle était pilotée par une entreprise d’Etat dirigée par un haut fonctionnaire qui prenait ses instructions dans les palais de la République. Instructions dont le caractère politique primait sur le reste.
Ainsi, la SNCF a-t-elle longtemps été l’annexe du ministère de l’industrie et de celui de l’aménagement du territoire. A elle de sauver l’industrie mécanique française et la ruralité oubliée. Tous objectifs nobles et justifiés, mais aussi contradictoires avec la volonté, affichée par le gouvernement, de donner plus d’indépendance à l’entreprise nationale dans un souci de plus grande efficacité économique et de meilleur service.
Changement de statut
Fin 2016, il s’agissait de sauver Belfort, l’usine historique d’Alstom, menacée de fermeture par sa maison mère. En urgence, le pouvoir annonce une commande surprise de rames TGV pour une ligne qui n’existe pas (Bordeaux-Toulouse). La même année, Alstom gagne un appel d’offres taillé sur mesure pour concevoir le TGV du futur avec la SNCF. Depuis, les commandes se faisaient attendre. La pression des syndicats était forte pour accélérer la décision et remplir la charge des sites...




                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-11"> ¤ Invité jeudi du Club de l’économie du « Monde », le patron du groupe français spécialisé dans la gestion de l’eau, des déchets et de l’énergie a redit son soutien au projet de réforme du code civil sur l’objet social de l’entreprise.
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Antoine Frérot, PDG de Veolia : « L’entreprise a besoin d’être utile »

Invité jeudi du Club de l’économie du « Monde », le patron du groupe français spécialisé dans la gestion de l’eau, des déchets et de l’énergie a redit son soutien au projet de réforme du code civil sur l’objet social de l’entreprise.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 12h20
    |

            Françoise Fressoz et 
Philippe Escande








                        



                                


                            

Invité du Club de l’économie du Monde, jeudi 22 mars, Antoine Frérot, PDG de Veolia et président du groupe de réflexion l’Institut de l’entreprise, est revenu sur les conclusions du rapport Notat-Senard qui plaide pour une inscription dans la loi des missions de l’entreprise et pour plus de salariés dans les conseils d’administration.
Le gouvernement s’apprête à inscrire dans la loi l’obligation pour une entreprise de définir sa « raison d’être ». En quoi est-ce important et n’est-ce pas une contrainte de plus face à la compétition internationale ?
Une entreprise, pour se développer, a besoin d’un projet, d’une utilité. C’est parce qu’une entreprise est utile qu’elle est prospère, et non l’inverse. Ce n’est pas une contrainte de définir l’entreprise par ce qu’elle est avant tout, les entreprises le font déjà, c’est juste mettre le droit à l’aune de la réalité. En revanche, il peut y avoir un risque de judiciarisation si des parties prenantes qui se trouveraient maltraitées pouvaient saisir le juge. Le rapport de Notat-Senard a prévu l’antidote. Il consiste à rappeler que le conseil d’administration est la seule instance qui doit arbitrer les intérêts en jeu au sein de l’entreprise. Ce n’est pas au juge de le faire.
Le ministre de l’économie Bruno Le Maire parle d’en finir avec la lutte des classes, vous, de la fin de l’opposition entre le capital et le travail. N’est-ce pas un peu exagéré ?
L’entreprise, c’est bien plus que la sempiternelle dialectique, depuis un siècle, entre le capital et le travail. C’est un projet collectif, une aventure humaine. Si les propositions du rapport Notat-Senard sont reprises dans la loi, je pense que cela rappellera à tous ceux qui contribuent à ce projet pourquoi ils le font, ce qu’ils en attendent et à trouver une meilleure harmonie dans le fonctionnement, la stratégie de l’entreprise et la répartition de ses fruits.
Cela signifie-t-il...




                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-12"> ¤ Le futur patron du PS a été chahuté lors de la manifestation à Paris, avant de rejoindre Martine Aubry à Lille pour une réunion militante.
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Sifflé à Paris, adoubé à Lille, la journée mitigée d’Olivier Faure

Le futur patron du PS a été chahuté lors de la manifestation à Paris, avant de rejoindre Martine Aubry à Lille pour une réunion militante.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 11h27
 • Mis à jour le
23.03.2018 à 16h37
    |

                            Astrid de Villaines








                        



                                


                            

« Social traître ! », « Vendu ! » Pour son premier acte politique en tant que futur premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure a été vertement accueilli par les manifestants, jeudi 22 mars, à Paris.
Arrivé peu après 13 heures à quelques encablures de la gare de l’Est d’où partait le défilé des cheminots, M. Faure a d’abord retrouvé les militants socialistes de Paris et ses anciens adversaires du premier tour du congrès, Luc Carvounas et Emmanuel Maurel, Stéphane Le Foll étant resté en circonscription. « C’est très important que le PS soit dans la rue aujourd’hui », a commenté M. Maurel, qui laisse planer le doute sur son éventuel départ du PS. Le député européen a tout de même clarifié sa position : « J’ai toujours travaillé avec Olivier Faure, je suis socialiste, je suis avec les socialistes », a-t-il assuré, avant de quitter le groupe pour aller saluer Benoît Hamon et finir la manifestation jusqu’à la place de la Bastille.

« Rien à faire là »
De son côté, Olivier Faure s’est élancé dans la foule, accompagné de près par Rachid Temal, actuel coordinateur du parti. Il a reçu, tout au long de son passage, insultes et huées. « Vous étiez où l’année dernière ? », « Vous n’avez rien à faire là ! », ont lancé plusieurs manifestants, en référence à la loi El Khomri et aux mobilisations du printemps 2016.
M. Faure, impassible, a poursuivi son trajet avant d’emprunter une rue parallèle pour éviter les jets de projectiles lancés par des militants radicaux. « On paie le fait que nous représentons, pour beaucoup, une gauche molle ou édulcorée. Ils réapprendront à nous connaître et à nous respecter », a réagi le président du groupe Nouvelle Gauche à l’Assemblée nationale. « Nous savons d’où nous venons. Nous avons fait 6 % à l’élection présidentielle, nous ne sommes pas venus chercher un tapis rouge. Ce n’est pas forcément agréable d’être sifflé mais nous continuerons...




                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-13"> ¤ Cheminots et fonctionnaires ont défilé dans la capitale « pour arrêter la casse » du service public.
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A Paris, une manifestation « pour les autres travailleurs »

Cheminots et fonctionnaires ont défilé dans la capitale « pour arrêter la casse » du service public.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 11h21
 • Mis à jour le
23.03.2018 à 11h25
    |

            Sylvia Zappi








                        



 / AFP / Philippe LOPEZ
                                 / AFP / Philippe LOPEZ



                            
« Nous, on roule sur le fer pas sur l’or ». Le slogan griffonné sur le dos d’une chasuble SNCF résumait parfaitement l’état d’esprit des cheminots tout au long de leur cortège, jeudi 22 mars à Paris. Ils sont venus nombreux, avec force cornes de brume et fumigènes pour rappeler leur réalité de travail et leur opposition à la réforme ferroviaire.

Devant la gare de l’Est, Magali, Sophie et Kristelle, manageuse et contrôleuse à la SNC, font le constat d’une compagnie ferroviaire « qui se délite depuis des années ». « Nos conditions de travail sont devenues de plus en plus dures, avec une pression forte, des suppressions de postes et des départs à la retraite non remplacés ». C’est pour « arrêter la casse » que, comme beaucoup, elles se mobilisent aujourd’hui.
Les différents force de gauche présentes
La défense du statut de cheminot, hérité des anciens et qui fait la fierté des gars du rail, revient sur toutes les lèvres. « Ce n’est pas en l’enlevant que la dette va se réduire », tranche Frédéric Kusmierek, cheminot de 55 ans, qui gagne 2 200 euros brut par mois, « avec week-ends travaillés et nuits sur les voies ». Celui qui a participé à de nombreuses manifestations, « fera toutes celles du printemps », malgré les emprunts pour sa maison à rembourser. Romuald Selle, trentenaire, est, lui aussi, « prêt à tenir la grève même si je dois manger des pâtes et du jambon ».
Cet aiguilleur de Strasbourg explique ainsi que la protestation des cheminots n’est pas que pour eux. « On est là pour la défense du service public et surtout pour les autres travailleurs » : « Si ces ordonnances passent, le pouvoir va se sentir les mains libres et s’attaquer à tout le monde », assure ce trentenaire tout juste syndiqué à la CGT. Corinne, 46 ans, contractuelle à la RATP « en soutien aux cheminots », renchérit : « Macron a dit...




                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-14"> ¤ Les nombreux manifestants ne font pas vaciller l’exécutif, qui reste cependant attentif à un effet de contagion.
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Manifestation du 22 mars : statu quo après une mobilisation « réussie »

Les nombreux manifestants ne font pas vaciller l’exécutif, qui reste cependant attentif à un effet de contagion.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 11h16
    |

            Raphaëlle Besse Desmoulières, 
Benoît Floc'h et 
Cédric Pietralunga








                        



   


La balle est maintenant dans le camp du gouvernement. C’est du moins ce que les syndicats considèrent, estimant que la journée d’actions, jeudi 22 mars, est « une réussite ». Les cheminots ont défilé à Paris, les fonctionnaires sur l’ensemble du pays. En tout, « plus de 180 rassemblements et manifestations partout en France, regroupant plus de 500 000 manifestants dans les rues », s’est réjoui la CGT. Selon le ministère de l’intérieur, ils étaient 323 000. A titre de comparaison, la précédente manifestation des seuls fonctionnaires, le 10 octobre 2017, avait attiré entre 209 000 et 400 000 personnes selon les sources. Le 22 mars marque donc un étiage plutôt haut.
Chacun est venu avec ses revendications, avec l’idée commune de défendre les services publics. Les quatre syndicats représentatifs de la SNCF (CGT, UNSA, SUD-Rail, CFDT) entendaient protester contre la réforme ferroviaire et l’ouverture à la concurrence du rail. Selon un comptage réalisé par le cabinet Occurrence pour un collectif de médias dont Le Monde, ils étaient 13 100, soit moins que les chiffres donnés par la Préfecture de police et les syndicats (16 500 et 25 000).
« Nous pouvons gagner »
Les cheminots ont davantage fait grève qu’attendu à l’appel de l’UNSA et SUD, avec un taux de 35,4 % de grévistes selon la direction. Un avertissement pour le gouvernement. Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminot, premier syndicat de l’entreprise publique, a salué, avant le départ de la manifestation, « une réussite extraordinaire ». « Tous ensemble nous allons gagner, nous pouvons gagner », a-t-il ajouté. Le calendrier de leur mouvement est déjà fixé : à partir du 3 avril, une grève en pointillé est prévue du 3 avril au 28 juin. Reste à savoir comment réagira l’opinion publique face à ces arrêts de travail qui risquent de désorganiser le trafic.
Dans la capitale, leur cortège a retrouvé celui des fonctionnaires place de la Bastille. Selon le décompte du cabinet Occurrence, ces derniers étaient 34 700 dans la capitale (32 500 selon la Préfecture de police et 40 000 selon la CGT). Le taux national de grévistes, à 12,8 % pour la fonction publique d’Etat, 8,11 % pour la territoriale, et 10,9 % dans l’hospitalière, selon des estimations du ministère, a légèrement baissé par rapport au 10 octobre. Contrairement à cette date, seuls sept des neuf syndicats représentatifs avaient demandé aux agents de se mobiliser ; la CFDT et l’UNSA (2e et 4e syndicat) jugeant cette action « prématurée ».
« Le gouvernement doit maintenant ouvrir de véritables négociations, sinon il portera la responsabilité de la poursuite du mouvement », estime Jean-Marc Canon, secrétaire général de la CGT-Fonctionnaires. Tout est dans le terme « véritable ». Car, formellement, organisations syndicales et gouvernement sont déjà engagés dans une concertation. Devant durer une année, elle porte sur les quatre chantiers que le premier ministre a ouverts le 1er février : rénovation du dialogue social, accentuation de la rémunération au mérite, recours accru aux contractuels, plans de départs volontaires. Mais pour les syndicats, il s’agit d’« une parodie de concertation puisque le gouvernement a déjà fixé le but à atteindre ». Opposés à la réforme telle qu’elle se présente, ils demandent surtout à parler pouvoir d’achat. Dans un Tweet publié vendredi matin, Gérald Darmanin rappelle, lui, qu’outre la rémunération au mérite, « des rattrapages dans les métiers les moins bien payés » seront effectués.
Les syndicats se retrouveront mardi 27 mars pour envisager la suite. Deux jours plus tard, ils ont rendez-vous avec Olivier Dussopt, secrétaire d’Etat. « On attend que le gouvernement bouge, sinon, il se passera quelque chose », prévient Christian Grolier (FO). Et cette fois, la CFDT pourrait être de la partie : « Soit ils écoutent et ce sera un coup de semonce et il n’y aura pas de suite, soit ils n’écoutent pas et là, je vous le dis, les fonctionnaires, y compris les militants de la CFDT des fonctions publiques, seront extrêmement mobilisés », a mis en garde Laurent Berger, son secrétaire général, jeudi matin sur RTL.
« Répondre aux inquiétudes »
La CGT, elle, a déjà un plan de bataille en tête : au-delà de ces journées sectorielles, elle a proposé, jeudi soir dans un communiqué, l’organisation d’une journée nationale de mobilisation interprofessionnelle le 19 avril, « dans la recherche de convergence des luttes », sur les thèmes du « pouvoir d’achat » mais aussi de « l’emploi et la protection sociale, les services publics et les droits collectifs ». Une date suffisamment lointaine pour tenter de convaincre ses homologues de la suivre mais qui tombe en pleines vacances scolaires de la zone A et C. Le résultat est loin d’être gagné d’avance. « La convergence des luttes, ce n’est pas la tasse de thé de la CFDT, pour une raison simple, c’est que la convergence des luttes, elle ne permet jamais d’avoir des résultats concrets », avait indiqué M. Berger sur RTL.

        Lire aussi :
         

                Grève à la SNCF : le calendrier des perturbations



Le président de la CFE-CGC, François Homméril, lui, reste « prudent » mais note une évolution dans la méthode de la CGT. « Si elle le “propose”, c’est que c’est à débattre. Donc, c’est que l’on progresse dans la concertation intersyndicale, indique-t-il. Il faut voir ce que chacun tire du 22 mars et quel peut être le “slogan” fédérateur d’une telle journée. » A FO, la réponse pourrait être plus ouverte, la confédération s’apprêtant à tourner une page lors de son congrès fin avril. « Cela fait un an que le gouvernement dit qu’il réforme mais il ne réforme pas, il déforme, critique Pascal Pavageau, qui s’apprête à succéder à Jean-Claude Mailly à la tête du syndicat. Il pose des bombes à fragmentation qui n’explosent pas toutes en même temps. »
Du côté de l’exécutif, qui a affiché ces derniers jours sa fermeté, on se veut à l’écoute. « Ces manifestations montrent qu’il y a encore des inquiétudes et il faut y répondre, indique-t-on à Matignon. C’est le rôle de la concertation, menée sur la SNCF par Elisabeth Borne et sur les fonctionnaires par Olivier Dussopt. » Mais un proche du chef de l’Etat ajoute : « Le postulat de départ qui est que les Français veulent que ça bouge reste vrai, il n’est pas question de ralentir ou de s’arrêter. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-15"> ¤ Le vocabulaire de la Macronie est truffé de mots parfois alambiqués.
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Quatre mots-clés du lexique LRM

Le vocabulaire de la Macronie est truffé de mots parfois alambiqués.



Le Monde
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            Nicolas Chapuis








                        



                                


                            
Pour décrypter le langage de la nouvelle majorité, il est nécessaire de posséder les fondamentaux de son lexique, truffé de mots-concepts parfois alambiqués qui se contentent souvent de renommer l’existant pour lui donner les atours de la nouveauté.
La disruption
Maître mot du nouveau pouvoir, qui sert tout autant à définir une stratégie politique (« éviter d’avoir à choisir entre une voie ou l’autre et en trouver une médiane », selon le promoteur de ce mot dans les années 1990, le publiciste Jean-Marie Dru) qu’à se sortir d’un mauvais pas, en disqualifiant toute critique. « A l’origine, c’est un mot qui a eu son heure de gloire dans la pub, explique la sémiologue Mariette Darrigrand. C’est un mot ancien que les milieux de management connaissent très bien. Cela trahit le retard du monde politique. »
Synonyme sarkozyste : rupture

Coconstruction
Méthode d’élaboration des projets de loi avec la participation des syndicats et du patronat. « C’est comme la construction d’une maison : on discute des plans, on demande l’avis de tous, on se laisse convaincre, on trouve une place pour tout le monde, mais c’est quand même le gouvernement qui reste le maître d’ouvrage », explique-t-on au ministère du travail. Avec un succès relatif. « La méthode Macron, c’est vous discutez, je tranche », a résumé dans Les Echos Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, manifestement peu satisfait d’être du mauvais côté de la truelle.
Synonyme hollandais : concertation
Libérer les énergies
Il s’agit de supprimer des contraintes, des normes, des dispositions dans la loi, pour permettre aux acteurs individuels de l’économie de s’exprimer. La formule « libérer les énergies » se conjugue en général avec son corollaire « protéger les individus », même si ce deuxième volet est pour le moment moins visible.
Synonyme dans l’ancien monde : libéraliser

« Bottom up »
Très...




                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-16"> ¤ Pour la chercheuse Cécile Alduy, l’euphémisation est une clé de la rhétorique de La République en marche.
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Cécile Alduy : « Emmanuel Macron camoufle la violence sociale sous des expressions abstraites »

Pour la chercheuse Cécile Alduy, l’euphémisation est une clé de la rhétorique de La République en marche.



Le Monde
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            Nicolas Chapuis








                        



                                


                            
Cécile Alduy, professeure de littérature à Stanford, en Californie, et chercheuse associée au Cevipof de Sciences Po, décrypte les ressorts du langage employé par Emmanuel Macron et ses proches.
Y a-t-il d’après vous une syntaxe spécifique au macronisme ?
Oui la syntaxe est particulière, avec d’abord l’emploi intransitif de verbes transitifs comme « faire », « transformer » ou l’usage dans l’absolu de verbes comme « agir » ou « avancer » sans compléments. Avec cet élément de langage répété comme justification de toute mesure : « le président fait ce qu’il a dit ». Comme si tout débat sur le bien-fondé des mesures envisagées sur le fond était balayé par l’argument de la parole tenue. C’est un signe inquiétant de notre démocratie : la parole politique a été tellement démonétisée que le seul fait de faire ce qu’on a annoncé (à la différence, sous-entendu, des prédécesseurs) devient en soi un gage – quelles que soient les conséquences économiques et sociales des mesures.
Le deuxième marqueur syntaxique découle du mouvement dialectique de la pensée « en même temps », qui suppose de toujours tenir ensemble dans une même phrase les deux versants a priori opposés d’un problème (« liberté et protection », « humanisme et fermeté ») : la syntaxe s’en ressent avec des phrases construites sur des symétries. Mais l’équilibre des phrases ne veut pas dire équilibre des politiques entre libéralisation et protection sociale par exemple.

Quelles sont les influences de la Macronie dans le choix des mots ?
Deux sources au premier abord étrangères : une inspiration littéraire d’une part, une culture d’entreprise de l’autre. On a deux littéraires à la tête du pouvoir : Philippe, un romancier qui se pique de littérature ; Macron, khâgneux et théâtreux, assistant de Ricœur. Mais tous deux passés par le privé (Areva, Rothschild) et sa logique de rentabilité et de profit, et sa novlangue du business.
Leur culture...




                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-17"> ¤ Nicolas Sarkozy a clamé son « indignation », jeudi 22 mars, sur TF1. Se disant « blessé au plus profond de lui-même », il a longuement fustigé l’entourage de l’ancien dictateur libyen Kadhafi.
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<filnamedate="20180323"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180323"><AAMMJJHH="2018032319">
<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-18"> ¤ Face à une colère sociale qui monte, le président et sa majorité usent et abusent d’un vocabulaire managérial pour défendre leurs projets de loi.
<filname="PROF-0,57-0,64-823353,0-18"> ¤                     
                                                   
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Macron et les mots choisis de la réforme

Face à une colère sociale qui monte, le président et sa majorité usent et abusent d’un vocabulaire managérial pour défendre leurs projets de loi.



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            Nicolas Chapuis








                        



                                


                            

« Il faut assumer cette transformation disruptive pour libérer les énergies dans un esprit de coconstruction. » Cette phrase n’a pas été prononcée – à notre connaissance – par le chef de l’Etat, en réponse à la forte mobilisation sociale à travers la France, jeudi 22 mars. Mais elle pourrait illustrer à merveille le « style Macron », qui fait école au sein de la majorité, appelée à défendre les multiples réformes mises en œuvre en ce mois de mars.

Face aux menaces d’un mouvement social d’ampleur durant le printemps, pas un ministre qui ne reprenne à son compte ce « langage de vérité » (Edouard Philippe), destiné à défendre « le devoir d’efficacité » (Agnès Buzyn) et la « compétitivité » (Bruno Le Maire) de la SNCF. Quant aux éventuels accrocs, sur la CSG des retraités par exemple, il s’agit avant tout d’un « problème d’explication » (Gérald Darmanin) qui ne saurait résister à un travail « de pédagogie » (Benjamin Griveaux). Et, pour les problèmes plus coriaces, il reste toujours l’argument ultime : « Le président fait ce qu’il a dit » (à peu près tout le monde).
Le chef de l’Etat et ses collaborateurs seraient-ils tous atteints par le virus managérial qui les pousserait à parler davantage comme des chefs d’entreprise que comme des responsables politiques ? « Dans le moment actuel, on n’est plus dans le concept, on est dans le “faire” », note Mariette Darrigrand, auteure d’Emmanuel Macron en dix mots (revue Etudes, septembre 2017). Pour la sémiologue, le chef de l’Etat avait « réhabilité la dimension conceptuelle du langage politique » lors de sa campagne, n’hésitant pas « à utiliser quelques “gros mots” abstraits, tel progressisme ». Mais le champ lexical « de la technicité et de l’efficacité » a repris le dessus ces dernières semaines.
« Paradoxe »
Une prééminence qu’il est possible de mesurer scientifiquement....




                        

                        


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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-19"> ¤ Nicolas Chapuis, chef du service politique du « Monde », répond à vos questions sur les conséquences politiques de la grève du 22 mars.
<filname="PROF-0,57-0,64-823353,0-19"> ¤ 
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<filname="SURF-0,57-0,64-823353,0-20"> ¤ En mars 1998, cinq présidents de région UDF sont élus avec l’aide des voix du Front national. Vingt ans plus tard, la question d’une alliance est toujours forte, alors que Marine Le Pen ripoline son parti et que la droite de Wauquiez laboure les terres frontistes.
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Article sélectionné dans La Matinale du 22/03/2018
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Régionales 1998 : quand la droite et le centre pactisaient avec le FN


                      En mars 1998, cinq présidents de région UDF sont élus avec l’aide des voix du Front national. Vingt ans plus tard, la question d’une alliance est toujours forte, alors que Marine Le Pen ripoline son parti et que la droite de Wauquiez laboure les terres frontistes.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
23.03.2018 à 11h17
    |

            Olivier Faye








                              

                        

Le comble du chic, en cette année 1998, c’est de rouler en Safrane. « Un homme en Safrane n’est pas qu’un homme au volant », promet la pub à la télé. La berline de Renault titille l’imaginaire masculin, trône en tête de gondole au rayon réussite sociale et équipe les lieux de pouvoir – l’Elysée en particulier, et son locataire, Jacques Chirac. « Une voiture qu’elle est bien pour la conduire », moquent Les Nuls dans La Cité de la peur.
On retrouve même le bolide dans les conseils régionaux, ces obscures assemblées de villes moyennes, qui sont à la politique ce que la Coupe Intertoto est alors aux compétitions européennes de football : une sous-division, un lot de consolation. Cela n’enlève rien au plaisir de grimper à l’arrière de la bagnole et d’entendre le chauffeur lancer : « Où est-ce que je vous conduis, monsieur le président du conseil régional ? »
« On ne vend pas son âme pour une Safrane ! »
Philippe Séguin, qui connaît les faiblesses de la nature humaine, le sait bien. Et ça le met hors de lui. Le concessionnaire du RPR a prévenu ses troupes : « On ne vend pas son âme pour une Safrane ! » Le parti, dont il a pris la présidence un an plus tôt, sort d’une déroute aux élections législatives de 1997.
La gauche plurielle, avec Lionel Jospin, Dominique Voynet et Robert Hue, enquille réformes et popularité – Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry sont plébiscités, la croissance repart, la Bourse s’envole – pendant que l’opposition tourne en rond en essayant d’attraper sa queue (toute comparaison avec la situation politique de 2018 serait fortuite).
« Nous avons l’occasion de briser notre encerclement politique et de faire une bonne action : empêcher que les régions basculent à gauche. » Bruno Mégret, FN en 1998
Bref, en ce début d’année 1998, la droite tire la tronche. Et la perspective des élections régionales du 15 mars rouvre le débat, côté RPR et UDF, sur l’éventualité de s’adjoindre...



