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Guantanamo, un récit tragique en images

Le roman graphique de Jérôme Tubiana et d’Alexandre Franc raconte le périple kafkaïen de Mohammed El-Gorani envoyé croupir, au lendemain du 11 septembre 2001, dans la prison construite dans l’enclave américaine de Cuba pour y accueillir les présumés djihadistes, alors qu’il n’avait pas 14 ans.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 16h18
    |

            Laurent Carpentier








                        



                                


                            

Livre. C’est en 2010 à N’Djamena, au Tchad, que le journaliste Jérôme Tubiana a rencontré pour la première fois Mohammed El-Gorani. Pendant quinze jours, le jeune homme lui a raconté le périple kafkaïen qui l’a envoyé croupir au lendemain du 11 septembre 2001, alors qu’il n’avait pas 14 ans, dans les geôles de Guantanamo, cette opaque prison construite dans l’enclave américaine de Cuba pour y accueillir les présumés djihadistes. Il y restera huit ans avant d’être finalement reconnu innocent et renvoyé chez lui. Enfin pas vraiment chez lui.
C’est que Mohammed El-Gorani est né et a grandi en Arabie saoudite de parents tchadiens. Autant dire des non-citoyens. Pour se construire une vie, il avait décidé d’aller étudier l’informatique au Pakistan. Pour rejoindre seul ce pays, il avait dû tricher sur son âge. Profondément pieux, il sera pris dans une rafle après les attentats de New York. Son statut pas clair, sa peau noire, son accent saoudien, son adolescence rebelle… À partir de là c’est une longue errance de prisons en brimades qu’il raconte.
Livré par la police pakistanaise aux forces américaines. Guantanamo. Renvoyé ensuite au Tchad par les États-Unis, pays qu’il ne connaît pas bien qu’il en soit citoyen de droit. Malade, cherchant de l’aide auprès d’amis au Soudan en traversant le Darfour en guerre, de nouveau la prison, retour au Tchad. Puis le Ghana où la vie semble lui sourire jusqu’au changement de régime. Prison. Coups de nouveau. Retour au Tchad. Dont il réussit finalement à s’enfuir pour se réfugier aujourd’hui au Nigeria.
Héros et auteur
C’est tout cela que raconte le roman graphique de Jérôme Tubiana et du dessinateur Alexandre Franc. À commencer par Guantanamo justement, cette prison dont on sait finalement si peu. 730 personnes sont passées par ses cellules depuis son ouverture en 2001, neuf y sont morts, et 41 y sont encore détenus.
Or parmi la foison de romans graphiques qui fleurissent depuis quelques...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Avec « Ready Player One », qui sort sur les écrans français le 28 mars, l’auteur américain voit son premier roman mis en scène par le réalisateur de ses rêves.
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Ernest Cline, un fan de Spielberg adapté par son idole


                      Avec « Ready Player One », qui sort sur les écrans français le 28 mars, l’auteur américain voit son premier roman mis en scène par le réalisateur de ses rêves.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 14h30
    |

            Samuel Blumenfeld








   


A l’origine, il avait imaginé son premier roman comme une conversation entre amis. La discussion aurait porté sur la culture des années 1980 : La Guerre des étoiles, Alien, Indiana Jones, Retour vers le futur, l’avènement des premiers jeux vidéo, Space Invaders en tête. Soit, aux yeux d’Ernest Cline, l’âge d’or de la « culture geek », ce moment magique, selon lui, juste avant l’apparition d’Internet, devenu l’alpha et l’oméga de son existence.
Après neuf ans de travail, Ready Player One paraissait en 2011 aux Etats-Unis, et atterrissait en tête des meilleures ventes. Traduit depuis dans plus d’une vingtaine de langues – il a été publié en France en 2013 par Michel Lafon –, il a surtout fait l’objet d’une féroce surenchère entre plusieurs studios de cinéma pour l’obtention des droits.
Une chasse au trésor
Le 28 mars, Ready Player One sort sur les écrans français, adapté par Steven Spielberg, d’après un scénario de l’auteur et d’un de ses partenaires de PlayStation, Zak Penn. Un aboutissement inespéré pour Ernest Cline, qui voit son premier roman mis en scène par le réalisateur idéal à ses yeux. Celui dont les films des années 1980 – Les Aventuriers de l’Arche perdue, Indiana Jones et le Temple maudit, E.T. – atteignent à ses yeux une forme de perfection.

Lorsqu’il s’est lancé dans ce projet au début du millénaire, l’informaticien avait d’abord à se prouver à lui-même qu’il était à même de relever le défi. Ernest Cline imaginait alors une histoire de chasse au trésor dans un univers virtuel dont l’issue dépendrait de la maîtrise par les candidats de la culture des années 1980.
« J’ai grandi dans une petite ville de l’Ohio. J’avais 7 ans en 1980 et ma vie a débuté avec cette décennie. Pour se clore avec elle d’une certaine manière. » Ernest Cline
« J’ai grandi dans une petite ville de l’Ohio. J’avais 7 ans en 1980 et ma vie a débuté avec cette décennie. Pour se clore avec elle d’une certaine manière. Tout mène et se ramène à cette période », explique-t-il par téléphone. La vie d’Ernest Cline, qui avait entre-temps déménagé à Austin, au Texas, était alors réglée comme une horloge : le matin, programmation sur son ordinateur ; en fin d’après-midi, jeux en ligne ; le soir, écriture.
Après le succès immédiat de Ready Player One, l’écrivain se souvient avoir pensé à une seule chose : une DeLorean, la voiture de sport aux formes uniques conduite par Michael J. Fox dans Retour vers le futur. Il pouvait s’offrir le véhicule emblématique du cinéma des années 1980, effectuer la promotion de son livre à bord de cet engin et devenir la créature d’un de ses films préférés. Parvenu depuis au rang de star de la science-fiction aux Etats-Unis, il roule bien entendu toujours à bord de son bolide, signe de sa réussite et de son appartenance à une époque.

   


Avec le recul, Ernest Cline reste frappé par la noirceur de son premier roman, qui reflétait son angoisse de l’époque. Dans un futur proche, en 2044, notre planète est à bout de souffle : crise énergétique, dérèglement climatique, famine, pauvreté, guerre. L’unique échappatoire à ce cauchemar devenu réalité est l’OASIS, un système de réalité virtuelle où se connecte chaque habitant sur Terre.

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          Ernest Cline, auteur de « Ready Player One » : « J’ai grandi à l’époque parfaite »



Ernest Cline avait imaginé son histoire juste après le 11-Septembre. « A cela s’ajoutaient la prolifération nucléaire, la crise énergétique avec la fin du pétrole. Il était alors facile d’imaginer que nous allions vers le pire. Aujourd’hui, ce n’est guère différent », analyse-t-il.
Un avatar pour deux existences
Quand Ready Player One est apparu en librairie, Ernest Cline regardait Internet, par sa capacité à mettre en réseau ses utilisateurs, comme l’une des inventions les plus heureuses de l’histoire de l’humanité. L’idée de prendre un avatar – un principe au centre de l’œuvre – séduisait particulièrement le romancier, qui y voyait le moyen de mener deux existences séparées, lui qui assure avoir une vie devant un ordinateur quand il écrit et une autre, sous pseudonyme, dans les jeux en ligne.
Un rêve qu’il estime désormais impossible, à l’heure de Facebook. « C’est frappant. Si Internet était conçu à l’origine comme un moyen de communication, les gens l’utilisent de plus en plus pour s’isoler – en atteste leur usage du smartphone – et ne plus interagir. Il y aura des conséquences politiques. Je crains qu’on ne se mette à protester que sur le Net, et plus dans le vrai monde. » Pour raconter cette histoire, Ernest Cline a déjà un titre : Ready Player Two.

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                La sidération selon Steven Spielberg






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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ De l’usine, où il voulait semer la révolution il y a cinquante ans, à l’oraison funèbre de l’idole des jeunes le 9 décembre 2017, l’ancien maoïste devenu écrivain fut aussi journaliste, éditeur et diplomate.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤             
Daniel Rondeau, de Mai 68 à Johnny 
                  
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Le Monde
 |
                  23.03.2018 à 14h24
 • Mis à jour le
23.03.2018 à 15h04


De l’usine, où il voulait semer la révolution il y a cinquante ans, à l’oraison funèbre de l’idole des jeunes le 9 décembre 2017, l’ancien maoïste devenu écrivain fut aussi journaliste, éditeur et diplomate.

Par             Philippe Ridet





                     
Il m’a recommandé de venir en voiture et expédié les consignes par SMS. « A4 jusqu’à La Ferté-sous-Jouarre. Traverser La Ferté en restant sur la nationale. » Après, ça devenait plus compliqué jusqu’à cette « allée d’arbres » en direction de Gionges. « C’est nous », avait-il précisé. J’ai suivi les instructions à la lettre cherchant dans ces prairies et ces bois traversés ce qu’il voulait faire voir de lui-même, dans le plissement d’un vallon, le secret d’une âme. Il est né et il vit désormais au cœur de ces paysages. Quand ses vies multiples l’ont mené ailleurs, il n’est jamais resté longtemps sans les parcourir.

En chemin, j’ai croisé des silos à grains élancés comme des cathédrales, des églises aux clochers d’ardoise, trapues et tassées sur elles-mêmes. Passé Montmirail, quatre biches ont traversé la route avec un petit toupet blanc au derrière. Champaubert, Montmort, Villers-aux-Bois… La Champagne apparaissait vaste, trouée d’étangs, un peu grise. A Villers-aux-Bois, la longue allée de hêtres nus dont il avait parlé n’était pas difficile à trouver. Daniel Rondeau faisait signe de la main.
Membre de la Gauche prolétarienne
Il y a trente ans, en 1988, un petit livre à couverture bleue paru aux éditions du Quai Voltaire, L’Enthousiasme (réédition « Les Cahiers rouges », Grasset), a décidé de mon admiration. L’incipit m’avait touché au cœur : « J’ai passé les années les plus vives de ma jeunesse dans une ville triste et étale qui jamais ne m’ennuya. »
Daniel Rondeau faisait le récit de sa révolte qui, au sortir de Mai 68, dont on fêtait alors les 20 ans, l’avait conduit à lâcher ses études pour « s’établir » pendant trois ans dans plusieurs usines de Lorraine. Le but était d’y fomenter sinon la « révolution », du moins quelques grèves. Rondeau suivait en cela un des préceptes de la Gauche prolétarienne (GP), le groupuscule maoïste, auquel il appartenait, était dirigé par le philosophe...





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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Histoire d’un livre. La romancière a conçu « Community » sur l’île Amsterdam, littéralement au milieu de nulle part.
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Article sélectionné dans La Matinale du 22/03/2018
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Ecrire à l’écart du monde ? Estelle Nollet vainqueure !

Histoire d’un livre. La romancière a conçu « Community » sur l’île Amsterdam, littéralement au milieu de nulle part.



Le Monde
 |    23.03.2018 à 06h31
 • Mis à jour le
23.03.2018 à 10h19
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
« Community », d’Estelle Nollet, Albin Michel, 270 p., 19 €.

Certains auteurs découvrent au hasard de pérégrinations sur Internet le sujet de leur prochain roman. D’autres, nombreux, s’appuient sur Google Earth pour décrire, par exemple, un immeuble d’une rue lointaine, et à peu près tous ont recours à Wikipédia (et à une infinité de sites spécialisés) pour vérifier une date, un détail de procédure judiciaire, des données économiques, le sens d’une tournure de phrase…
Bref, Internet joue un rôle de moins en moins marginal dans la littérature contemporaine, et cette rubrique en témoigne souvent. A rebours de ces exemples, Community, d’Estelle Nollet, doit beaucoup à l’absence de réseau là où il a été rédigé, au bout du monde.
Madagascar, Nouvelle-Zélande, TAAF…
Tout commence pourtant par un échange de courriels : en 2012, Estelle Nollet travaille à son troisième roman dans une résidence d’auteurs à Madagascar, quand elle reçoit un message de son attachée de presse chez Albin Michel, son éditeur, qui l’encourage à postuler pour une autre résidence, à ­Wellington, en Nouvelle-Zélande – pays où l’auteure d’On ne boit pas les rats-kangourous et de Le Bon, la Brute, etc. (2009 et 2011) rêvait de retourner. Sélectionnée, elle y passe six mois en 2013, et y termine Quand j’étais vivant (2015).
Elle y rencontre aussi « pas mal de gens » qui lui donnent envie d’écrire sur le « principe de communauté », raconte-t-elle au « Monde des livres ». Germe alors l’idée d’un roman qui parlera de la communauté maorie à travers l’enlèvement d’un enfant ; la structure sera celle d’un huis clos, ce qui était déjà le cas dans ses précédents romans – « Il faut croire que je me sens coincée dans ce monde », analyse l’écrivaine, estimant que le fait de voyager beaucoup ne change rien à cette impression.
Le temps que le projet mûrisse et, fin 2015,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « 3 fois dès l’aube », d’Aude Samama et Denis Lapière.
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C’est graphique. Matins

La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « 3 fois dès l’aube », d’Aude Samama et Denis Lapière.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h30
    |

                            Pénélope Bagieu (Dessinatrice)








                        



                                


                            
3 fois dès l’aube, d’Aude Samama (dessins) et Denis Lapière (scénario), Futuropolis, 104 p., 20 €.

Après Martin Eden, d’après Jack London (Futuropolis, 2016), le duo Aude Samama et Denis Lapière adapte Trois fois dès l’aube, d’Alessandro Baricco (Gallimard, 2015). Ce surprenant triptyque ressemble presque à un jeu d’improvisation pour apprenti cinéaste. Voilà ce que l’on met à sa disposition pour tricoter son histoire : deux personnages, un lieu et un moment ; un homme banal, une femme très belle, un hall d’hôtel un peu glauque, quelques heures avant le lever du soleil. A partir de ces ingrédients, il lui faut imaginer trois histoires différentes. Incroyables mais crédibles. Autre règle du jeu qui a son importance : les acteurs ont le droit de changer de costume, d’inverser les rôles, de vieillir, de rajeunir, de déplacer les éléments du décor, d’en sortir même parfois.
Un commercial quadragénaire s’apprête à quitter le vestibule de l’hôtel pour partir faire sa tournée, quand une femme passablement éméchée passe la porte dans l’autre sens, tombe littéralement à ses pieds et lui demande de lui tenir compagnie et de lui parler de son métier pour l’aider à ne pas lui vomir sur les chaussures (c’est d’ailleurs un échec).
Un gardien de nuit d’hôtel se prend de pitié pour une cliente terrifiée à l’idée de monter retrouver son compagnon violent et tente de la persuader de reprendre sa vie en main.
Une inspectrice de police au bord de la retraite récupère un adolescent à skateboard qui vient d’être témoin d’un drame familial. Plutôt que de le regarder tourner en rond dans cette minuscule chambre d’hôtel, elle décide de l’embarquer dans sa voiture banalisée et de rouler avec lui sur l’autoroute. Et même de le laisser sortir le gyrophare.
Huis clos
Mais chaque tableau, au fur et à mesure que se déroulent les récits de chacun, livrera son lot de révélations. Car...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Déchaînement du monde. Logique nouvelle de la violence », de François Cusset.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. La violence ne décline pas, elle mute

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Déchaînement du monde. Logique nouvelle de la violence », de François Cusset.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h30
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Le Déchaînement du monde. Logique nouvelle de la violence, de François Cusset, La Découverte, « Cahiers libres », 240 p., 20 €.

Toutes les statistiques sont formelles : le monde est aujourd’hui considérablement moins violent qu’auparavant. Homicides, morts au combat, famines, grande pauvreté ont largement reculé au cours des dernières décennies. L’année dernière, le Suédois Johan Norberg a remporté un vrai succès en proclamant, contre le catastrophisme ambiant : Non, ce n’était pas mieux avant (Plon, 2017). Reste à se demander si la violence dont on parle est toujours la même. Et si la pacification apparente empêchait de voir d’autres phénomènes ? Non pas la diminution des violences, mais bien leurs mutations, leurs métamorphoses, leurs changements de style et de registre. Il se pourrait que la violence, loin de reculer, se soit transformée.

C’est ce que veut rappeler le nouvel essai de François Cusset, professeur de civilisation américaine à l’université Paris-Nanterre, auteur notamment de French Theory (La Découverte, 2003). Dans Le Déchaînement du monde, il souligne d’entrée de jeu combien la violence à présent n’est plus ce qu’on croit. Elle ne se tient pas là où l’on persiste à vouloir la traquer. A tort, on se focalise sur les coups donnés, la gifle, le sang, les blessures visibles. On oublie ainsi ce qui s’est déroulé préalablement, le processus qui conduit à l’acte observé, où sont déjà présentes quantité de violences nouvelles, infligées et réelles, mais sans traces, sans marques, sans visibilité.
En voyant un individu menaçant, on ne sait plus comment il a été humilié. On montre un pillage, on masque le vol institutionnalisé. On hurle en voyant une bête torturée, on masque les millions d’animaux abattus chaque année. Ces mises en lumière reposent sur des ombres cachées. Ces dernières constituent le point de départ de cet essai, qui est à la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
      

Trans|Poésie. Passe-passe

Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h30
    |

                            Didier Cahen








                        



   


Qui habite sous le chapeau ?
Sous le chapeau qui est trois ?
Trois chapeaux
§
L’enfant regarde
Avec des yeux tout ronds
Tout autour il regarde
§
Qui a jamais pris
Le monde
Pour un rectangle ?
« Choses dites », comme Victor Hugo avait ses « choses vues »… Poète, essayiste, romancier, Ales Steger (né en Slovénie en 1973) s’arrête à ce qu’il voit et à ce qui nous échappe, avec le fol espoir « qu’au moins il y ait des noms pour ce qui n’est pas ».
Evguénia Tchouprina, dramaturge et poète « rétrofuturiste », réside à Kiev où elle est née en 1971. Ses éclairs transeuropéens symbolisent l’effervescence de la revue Po&sie, qui publie un riche numéro double pour célébrer ses quarante années d’existence.
De Jacques Roubaud à l’américain Keith Waldrop, la jeune revue La Tête et les Cornes rassemble des poètes qui ont marqué ses directeurs, Marie de Quatrebarbes (née en 1984) et Maël Guesdon (né en 1983), figures emblématiques de la nouvelle génération.
Le Livre des choses, d’Ales Steger, traduit du slovène par Guillaume Métayer et Mathias Rambaud, Circé, 96 p., 12 €.
Po&sie no 160-161, Belin, 320 p., 30 €.
La Tête et les Cornes no 4, 36 p., 6 €, et Gommage de tête, de Marie de Quatrebarbes, Eric Pesty, 82 p., 13 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ « Milena ou le plus beau fémur du monde », une implacable enquête sur l’esclavage sexuel en Europe et en Amérique signée de l’écrivain mexicain.
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Jorge Zepeda Patterson chasse le proxénète

« Milena ou le plus beau fémur du monde », une implacable enquête sur l’esclavage sexuel en Europe et en Amérique signée de l’écrivain mexicain.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h30
    |

            Sylvia Zappi








                        



                                


                            
Milena ou le plus beau fémur du monde (Milena o el femur mas bello del mundo), de Jorge Zepeda Patterson, traduit de l’espagnol (Mexique) par Claude Bleton, Actes Sud, « Actes noirs », 448 p., 23 €.

Economiste, sociologue, journaliste, chroniqueur politique : il fallait probablement avoir été tout cela, comme le Mexicain Jorge Zepeda Patterson, pour réussir un thriller aussi protéiforme. Une fresque sur les mafias de la prostitution européennes et mexicaines digne d’un Don Winslow. Une intrigue mâtinée d’enquête journalistique très actuelle. Le titre, Milena ou le plus beau fémur du monde, avec cette allusion gore qui déclenche le frisson, donne le ton.

C’est un roman à plusieurs voix qui nous emmène sur les traces de Milena, une prostituée de luxe croate. Kidnappée à l’âge de 16 ans alors qu’elle s’appelait encore Alka, la jeune femme, d’une beauté époustouflante, est entraînée dans le nouveau commerce triangulaire des corps. Impliquée dans les sordides éliminations des concurrents de son proxénète, elle consigne dans un petit carnet tous les détails de ce qu’elle apprend sur ses connexions cachées avec le Kremlin et ses sbires en Ukraine.
Ce trésor va la mettre en danger de mort. Elle doit fuir au Mexique, croisant le chemin de plusieurs personnages qui vont tenter de l’aider : une patronne de presse, une députée de gauche, un journaliste, un flic, un jeune hackeur… L’auteur va faire entendre ces différents points de vue, où se mêlent grands élans et petites lâchetés. L’intrigue se précise puis s’éloigne, dans des allers et retours entre le passé et le présent des différents témoins. Mais ces va-et-vient entre les protagonistes se font dans des styles de narration si variés que le lecteur ne décroche pas. L’écriture est précise et plaisante. C’est tour à tour une fresque des mœurs de la société mexicaine contemporaine, la description des réseaux mafieux et de leur collusion...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Claro arpente les malls du monde avec Rinny Gremaud, qui signe « Un monde en toc ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. Au-delà des biens et du mall

Claro arpente les malls du monde avec Rinny Gremaud, qui signe « Un monde en toc ».



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h30
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Un monde en toc, de Rinny Gremaud, préface d’Olivier Rolin, Seuil, « Fiction & Cie », 176 p., 17 €.

L’invention assez récente qu’est l’écrivain-voyageur, cette astuce commerciale qui permet de refourguer à un lectorat statique une belle tranche de rêve persillée d’exotisme mais emballée dans de la mauvaise conscience et des descriptions frelatées, cette invention a sans doute encore de beaux jours et de longs rayonnages devant elle. Mélange malin entre le baroudeur et le sociologue, souvent plus vieux que campeur, le scribe aux semelles crantées fait de son mieux pour entraîner son troupeau d’assis dans des odyssées distanciées d’où il ressort que l’ailleurs, bien qu’ailleurs, a au final l’attrait d’un commerce de proximité. Les paysages ne sont plus que des contrats d’édition, et on prend aujourd’hui le Transsibérien comme autrefois la pose. Mais oublions les tics des écrivains-bagagistes et demandons-nous si ce monde, finalement, n’est pas en toc. C’est en tout cas la question que pose Rinny Gremaud dans son tour du monde des plus grands malls.
On est en janvier 2014 et, à lire le début d’Un monde en toc, on pourrait croire à tort que l’auteure a tenté de battre divers records : « Dans ce court laps de temps, j’ai traversé quatorze aéroports, où j’ai vécu quarante-deux heures en tout, environ 7 % du voyage. (…) J’ai passé près de cinquante-neuf heures en cabine pressurisée, 10 % du temps (…). J’ai cumulé 23 800 miles sur la carte de fidélité d’une alliance aérienne, ce qui signifie que j’ai parcouru 38 300 kilomètres en avion. » Mais ce n’est pas le bilan carbone qui intéresse Gremaud, même si ces chiffres donnent le ton du monde comptable qu’elle a décidé d’infiltrer : les malls. Les shopping malls. Autrement dit, des centres commerciaux surdimensionnés, proposant produits et activités, nutrition et divertissement, capables de transmuer l’ennui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ L’historienne Maud Ternon plonge dans les archives judiciaires et livre une approche sociale de la déraison selon les médiévaux, qui contourne Foucault.
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La folie au Moyen Age, une histoire de famille

L’historienne Maud Ternon plonge dans les archives judiciaires et livre une approche sociale de la déraison selon les médiévaux, qui contourne Foucault.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h15
    |

                            Etienne Anheim (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Juger les fous au Moyen Age. Dans les tribunaux royaux en France, XIVe-XVe siècles, de Maud Ternon, PUF, « Le nœud gordien », 304 p., 25 €.

L’Europe du XVIe siècle s’est délectée d’un poème épique qui peut être considéré comme le tombeau du Moyen Age, Orlando furioso, de L’Arioste (1474-1533). Cette « fureur » de Roland, qui a suscité tant de passion, est à la vérité une « folie », celle dans laquelle le héros tombe à la suite de son abandon par Angélique, sa bien-aimée. Furor et furiosus sont les mots de la folie médiévale, comme Maud Ternon le rappelle au seuil de Juger les fous au Moyen Age.
Si l’ombre de Michel Foucault (1926-1984) plane sur l’ouvrage, c’est pourtant d’abord à un détour par rapport à l’héritage écrasant d’Histoire de la folie à l’âge classique (Plon, 1961) que le lecteur est invité, les procédures et les institutions judiciaires étant moins l’occasion d’entreprendre une archéologie du sujet occidental que d’esquisser une histoire sociale de la folie. En s’inspirant du sociologue Howard Becker et de sa notion de labelling (« étiquetage »), l’historienne cherche à comprendre comment une société considère qu’une personne relève de la folie à partir de pratiques concrètes, celles de la justice civile.
Ce choix, qui repose principalement sur l’étude des archives du Parlement de Paris et des registres du Châtelet, est sans doute l’aspect le plus original de la démarche, car les historiens du Moyen Age ont toujours privilégié la justice pénale, ses crimes, son élaboration doctrinale et ses enjeux politiques. Les tribunaux civils offrent une autre scène, sur laquelle la folie est d’abord une affaire de succession ou de curatelle. On cherche à faire invalider un testament ou un contrat, ou bien à mettre sous tutelle un parent qui sème le trouble ou dilapide son patrimoine.
Le surnaturel...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Hubert Bonin étudie la place de l’Etat dans la production entre 1914 et 1919, modèle d’économie mixte.
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La Grande Guerre s’est (aussi) gagnée à l’arrière

Hubert Bonin étudie la place de l’Etat dans la production entre 1914 et 1919, modèle d’économie mixte.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h15
    |

            Antoine Reverchon








                        



                                


                            
La France en guerre économique (1914-1919), d’Hubert Bonin, Droz, 522 p., 69 €.

Dans l’avalanche de livres, études et colloques suscitée par le centenaire de la première guerre mondiale, on compte beaucoup de travaux sur tel ou tel aspect économique ou technique du conflit qui qualifient celui-ci de « première guerre industrielle ». On a l’image des millions d’obus tirés par des milliers de canons à Verdun, du travail des femmes dans les usines de munitions, des camions de la « voie sacrée », des tanks de la victoire finale… Et aussi des « profiteurs de guerre », de « l’impérialisme stade suprême du capitalisme » (Lénine, 1916)… Hubert Bonin aborde tout cela et bien plus dans La France en guerre économique, après des années d’exploration systématique des archives des ministères, de l’armée, mais aussi des entreprises, livrant un tableau encyclopédique bardé de tableaux récapitulant jusqu’aux commandes de bretelles des pantalons des poilus.
L’économie tout entière mobilisée
Car la guerre s’est gagnée autant à l’arrière qu’au front, qui dévore insatiablement non seulement les hommes, mais aussi les munitions, les armes, les vêtements, les véhicules, les aliments… Hubert Bonin dresse le portrait d’une économie – industrie, agriculture, transport, banque, administration – tout entière mobilisée pour satisfaire les besoins de la défense de la patrie. Le 20 septembre 1914, alors que, avant-guerre, l’économie française se caractérisait par un libéralisme assumé et la faiblesse de l’Etat, le gouvernement replié à Bordeaux, inquiet de la baisse des stocks d’obus à l’issue de la bataille de la Marne, convoque le Comité des forges (les sidérurgistes Schneider, de Wendel, Saint-Chamond…), les patrons de Renault, des compagnies ferroviaires et des banques.
On a compris que la guerre durerait. Dès lors se construit une économie mixte organisée par régions et par filières...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Le maître du thriller fantastique et son fils signent « Sleeping Beauties », une apologie mystique de la féminité, pleinement dans la manière King.
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Stephen et Owen King s’inclinent devant la femme

Le maître du thriller fantastique et son fils signent « Sleeping Beauties », une apologie mystique de la féminité, pleinement dans la manière King.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h00
    |

                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Sleeping Beauties, de Stephen et Owen King, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, Albin Michel, 830 p., 25,90 €.

Nous voilà bien loin du Luna Park hanté de Joyland (Albin Michel, 2014) ou des variations sur Frankenstein qu’était Revival (2015)… Sleeping Beauties, le nouveau roman de Stephen King (né en 1947) – écrit à quatre mains avec son fils cadet Owen King, par ailleurs romancier et nouvelliste –, le voit renouer avec des thèmes qui lui sont totalement familiers : ceux du microcosme urbain (Ça et Dôme, Albin Michel, 1988 et 2011), de la pandémie apocalyptique (Le Fléau, Alta, 1981) et des personnages féminins hauts en douleurs (Carrie, Gallimard, 1976).
L’intrigue se situe à Dooling, une localité pauvre des Appalaches. Deux femmes y assurent l’ordre et triment sans trêve : Lila Norcross, la shérif, et Janice Coates, la directrice d’une prison pour femmes où cent quinze détenues de tous âges, purgeant tous types de peines, sont l’objet des attentions du médecin, Clinton Norcross, et du harcèlement du ­gardien, Don Peters. Au sein de ce petit monde, tour à tour routinier et survolté, survient un événement considérable : la fièvre Aurora – du nom de la Belle au bois dormant (Sleeping Beauty, en anglais). Ainsi, les femmes vivant à Dooling, dès qu’elles sombrent dans le sommeil, se voient prises dans la texture d’un linceul gluant dont les filaments semblent germer du corps même des victimes, comme un cocon.
Assaut bestial et meurtrier
Malheur au mâle qui, de ce sarcophage mou et poisseux, tenterait d’extraire le corps de sa femme, de sa fille ou de sa mère. Il subirait dans l’instant l’assaut bestial et meurtrier de celle qu’il veut sauver. Les médias l’apprennent vite aux intéressés : Dooling n’est pas le seul lieu touché par ce phénomène. La planète entière est gagnée par l’effacement de la gent féminine....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Romans, récits, poésie, essais, histoire, document, BD, polar, enfance… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 22 mars.
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Livres en bref

Romans, récits, poésie, essais, histoire, document, BD, polar, enfance… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 22 mars.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h00
    |

                            Emilie Grangeray, 
Cédric Pietralunga, 
Abel Mestre, 
                                André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            David Zerbib, 
Nicolas Weill, 
Marc-Olivier Bherer, 
                                Eric Loret, 
Marc Semo, 
                                Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »), 
Raphaëlle Leyris, 
                                Philippe-Jean Catinchi et 
                            Cécile Dutheil (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Récit. Scène-Pétersbourg
De petits riens sans importance (Povest o poustiakh), de Iouri Annenkov, traduit du russe par Anne Coldefy-Faucard, Verdier, 320 p., 23 €.
C’est une fresque de Saint-Pétersbourg sur un quart de siècle que propose De petits riens sans importance, où les vétilles du titre sont tout de même les secousses qui mirent à bas le monde tsariste, à compter de la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Tout se joue sur un grand théâtre urbain où l’auteur – qui nourrit largement son personnage principal, Kolenka Khokhlov, de sa propre expérience – règle en esthète les éclairages et les entrées, fureurs, rumeurs et silences. Publiée en russe à Berlin en 1934 (et en France sous le titre La Révolution derrière la porte, Lieu commun, 1988), cette chronique romanesque offre une fascinante série de tableaux au charme fané et entêtant. Peintre et décorateur, costumier préféré de Max Ophüls, Iouri Annenkov (1889-1974) a signé là son seul roman. Un chef-d’œuvre singulier dont la réédition est un événement autant qu’une aubaine. Ph.-J. C.
Récit. Inventer l’histoire
De colère et d’ennui. Paris, chronique de 1832, de Thomas Bouchet, Anamosa, 176 p., 18 €.
Comment passaient les jours en 1832 ? De quoi étaient faites les vies ordinaires ? Pour approcher la texture du passé, l’historien Thomas Bouchet s’est autorisé à l’invention, presque à la fiction. Presque, parce que des années de recherches et de lectures, dans les correspondances, les archives et les journaux, l’ont rendu intime de la période. De quoi rendre exacte son imagination et véridiques les personnages qu’il crée, quatre figures féminines – une bourgeoise, une militante, une prisonnière, une religieuse – dont il fait entendre les voix en cette année de barricades et de choléra. Tout les oppose, sauf peut-être les barrières qui les enferment. Troublant, sensible, l’ouvrage réalise son ambition en forme...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Un quadragénaire quitte Buenos Aires quelques jours pour l’Uruguay. Y sauvera-t-il son couple ? L’écrivain argentin signe « L’Uruguayenne », un hymne à la liberté.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Pedro Mairal fait le point à Montevideo

Un quadragénaire quitte Buenos Aires quelques jours pour l’Uruguay. Y sauvera-t-il son couple ? L’écrivain argentin signe « L’Uruguayenne », un hymne à la liberté.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h00
    |

                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Uruguayenne (La Uruguaya), de Pedro Mairal, traduit de l’espagnol (Argentine) par Delphine Valentin, Buchet-Chastel, 144 p., 14 €.

On peut être obsédé par l’argent et convoiter une autre femme que la sienne sans être le plus vénal ni le plus vil des hommes. L’Uruguayenne, quatrième roman de l’Argentin Pedro Mairal, en apporte la preuve. Le héros, ­Lucas, est un écrivain de 44 ans sans le sou, dont les relations avec son épouse, Catalina, déjà fragilisées par la précarité, ont aussi été mises à mal par l’arrivée d’un enfant. Le ménage ne vit que sur un seul salaire, celui de l’épouse. Mari et femme se reprochent en silence la délicatesse de leur situation. Lucas supporte mal son rôle de père au foyer et rêve de pouvoir se remettre à écrire, seule occupation (mal) rémunérée qu’il accepte d’envisager. Catalina, de son côté, tient scrupuleusement à jour le compte des dettes de son mari envers elle et s’absorbe dans les obligations d’un travail de plus en plus prenant – semble-t-il. Le déséquilibre au sein de leur couple a, bien entendu, placé leur vie sexuelle dans une parenthèse dont chacun peine à voir le terme.
Périple de tous les dangers
La seule source d’espoir est un aller-retour que doit effectuer Lucas en Uruguay – à quelques heures de Buenos Aires, où il réside – pour toucher, de ses éditeurs étrangers, une avance importante sur ses droits d’auteur. A Montevideo, il entend récupérer cette somme en dollars et la soustraire aux prélèvements du fisc de son pays. Il entend aussi revoir Guerra, une splendide jeune femme de 28 ans, avec laquelle il a un peu plus que flirté quelques mois auparavant, lors d’un festival littéraire.
C’est ce périple de tous les dangers – symboliquement effectué de l’autre côté d’un fleuve, le bien nommé rio de la Plata, ou « fleuve de l’argent » – que narre Pedro Mairal avec des trésors d’humour et de mise en scène. Comme dans Une nuit avec Sabrina...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Tous les jeudis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.
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« Pop corn », par Salch (épisode 27)

Tous les jeudis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 07h03
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Que les auteurs trouvent dans leur entourage une source d’inspiration, quoi de plus naturel ? Parfois, ces connaissances s’en agacent ou en souffrent, jusqu’à aller en justice. Plongée au cœur d’un malaise d’époque.
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Quand rien ne va plus entre les écrivains et leurs proches

Que les auteurs trouvent dans leur entourage une source d’inspiration, quoi de plus naturel ? Parfois, ces connaissances s’en agacent ou en souffrent, jusqu’à aller en justice. Plongée au cœur d’un malaise d’époque.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 10h10
    |

                            Virginia Bart (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Le fait est exceptionnel : deux rentrées littéraires, celles de septembre 2017 et de janvier 2018, se sont achevées sans aucune action judiciaire menée à l’encontre d’un écrivain par un proche. Pas la moindre accusation d’atteinte à la vie privée, comme ont pu en connaître Simon Liberati avec sa belle-mère pour Eva (Stock, 2015), Christine Angot avec l’ex-femme de son ami pour Les Petits (Flammarion, 2011), Lionel Duroy avec son fils pour Colères (Julliard, 2011), et tant d’autres avant et après eux.
Pas de mise en cause non plus dans les médias d’un auteur par un entourage s’estimant insulté, comme la famille d’Edouard Louis lors de la parution d’En finir avec Eddy Bellegueule (Seuil, 2014) ; ni, à notre connaissance, de réaction violente comme celle des habitants du village d’origine de Pierre Jourde, qui avaient accueilli celui-ci et sa famille à coups de pierres après Pays perdu (L’Esprit des péninsules, 2003).
Que l’actualité récente n’ait pas connu de démêlés de ce type ne suffit pourtant pas à effacer la certitude que ces affaires ont ancrée : entre les écrivains et leurs parents, amis ou connaissances, la littérature sème souvent la discorde.
Ce « moi qui s’exprime désormais sans retenue »
La faute, selon l’historienne de la psychanalyse Elisabeth Roudinesco (collaboratrice du « Monde des livres »), à une époque « toute à l’autofiction ». « La subjectivité a tout envahi avec des histoires à la première personne qui ressemblent à des cas cliniques », regrette-elle. L’éditrice Emilie Colombani, chez Rivages, confirme : « Il y a une libération de la légitimité du moi qui s’exprime désormais sans retenue, ce qui n’est pas sans conséquences. »
Mais la place prise au cours des trente dernières années par l’autofiction n’explique pas tout. Les écrivains se sont toujours nourris de leur propre vie et de celle de leurs proches. « La moitié du Paris de l’époque...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Chaque jeudi, « Le Monde des livres » partage ses conseils de lecture avec les abonnés de « La Matinale ».
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Contes de la folie et de l’ordinaire : notre sélection de livres

Chaque jeudi, « Le Monde des livres » partage ses conseils de lecture avec les abonnés de « La Matinale ».



Le Monde
 |    22.03.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 07h29
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
ROMAN. « Quelle n’est pas ma joie », de Jens Christian Grondahl
L’intime est la grande affaire du Danois Jens Christian Grondahl. L’amour, le couple, l’éloignement. Et finalement la solitude. Mais une solitude existentielle à la Kierkegaard, pure comme du cristal. Enveloppée dans une gaze ouatée qui l’esthétise et la rend presque désirable. Prenez Ellinor, l’héroïne de Quelle n’est pas ma joie. A 70 ans, elle vient de perdre Georg, son mari. Elle s’adresse à Anna, sa meilleure amie, qui fut la première femme de Georg. Le roman s’ouvre au moment précis où la tombe du défunt se referme. Ellinor doit désormais écrire une page nouvelle de son existence. Mais comment s’y prendre sans d’abord revisiter le passé ?
Le tour de force de Grondhal est de faire un roman sur tout avec presque rien. Des pensées décousues. Les ruminations d’une vieille dame. Tellement banales en apparence qu’elles paraîtraient des lieux communs chez n’importe qui d’autre. Mais nul ne transcende l’ordinaire comme ce grand écrivain. Sans effet de manches. Epure et dépouillement sont ses maîtres mots. Comme dans une toile de son compatriote Hammershoi (1864-1916), tout est simple mais profond, élégant, subtil. Florence Noiville

   


« Quelle n’est pas ma joie » (Tit er jeg glad), de Jens Christian Grondahl, traduit du danois par Alain Gnaedig, Gallimard, « Du monde entier », 160 p., 15 €.
PHILOSOPHIE. « La Loi naturelle et les droits de l’homme », de Pierre Manent
Sur quelle idée de l’homme reposent les droits de l’homme ? En tirant le fil des incertitudes conceptuelles de nos démocraties, le philosophe Pierre Manent, spécialiste des idées politiques, remonte à leur source, chez Machiavel, Hobbes et Rousseau, et débouche sur un conflit irrésolu entre deux conceptions de la nature.
Pour les modernes, il n’y a de naturel que l’individu, postulat qui entraîne « l’artifi­cialisation indéfinie » de tout le reste et, de là, une soumission des réalités sociales au « regard théorique », supposément capable de tout déconstruire et reconstruire. L’idée adverse veut que certaines réalités nous constituent hors de toute décision de notre part – telle notre recherche en toute chose de « l’agréable, l’utile et l’honnête ».
« Langage de la nature » en nous, elles permettent de repenser le lien entre liberté et « loi naturelle », à travers une recherche de ce qui peut guider notre action, non pour la contraindre mais pour lui permettre de s’exercer pleinement dans le monde qui est devant nous, autre que nous. Florent Georgesco

   


« La Loi naturelle et les droits de l’homme », de Pierre Manent, PUF, « Chaire Etienne Gilson », 140 p., 22 €.
HISTOIRE. « Juger les fous au Moyen Age », de Maud Ternon
C’est à partir de pratiques concrètes, celles de la justice civile, que l’historienne Maud Ternon cherche à comprendre comment une société considère qu’une personne relève de la folie, alors que les historiens du Moyen Age ont toujours privilégié la justice pénale.
Les tribunaux civils offrent une autre scène. On cherche à faire invalider un testament ou un contrat, ou à mettre sous tutelle un parent qui sème le trouble ou dilapide son patrimoine. La folie devient un outil juridique et sociologique d’arbitrage des conflits familiaux, dans un lent processus de judiciarisation de la vie des parentèles, où la puissance publique n’intervient qu’en dernier recours.
L’âge d’un nouveau partage entre folie et raison, lié à une gestion collective et institutionnelle de la folie, n’est pas arrivé. Mais, dans ce régime médiéval de la déraison, l’exercice, par leurs proches, de la violence et de la contrainte physique sur les fous est la condition de l’intégration sociale de la folie et de son acceptation au quotidien. Etienne Anheim

   


« Juger les fous au Moyen Age. Dans les tribunaux royaux en France, XIVe-XVe siècles », de Maud Ternon, PUF, « Le nœud gordien », 304 p., 25 €.
ROMAN. « Community », d’Estelle Nollet
Ils sont deux femmes et huit hommes (ornithologue, botaniste, médecin, zoologue, militaires…), partis passer un an en mission sur la base d’une île subantarctique, prêts à supporter pour ce laps de temps l’isolement, avec quelques coups de fil pour seuls contacts extérieurs. Mais la parabole permettant ces échanges se casse, puis le navire supposé venir les chercher n’apparaît pas… La nature sur l’île est riche, les risques de mourir de faim sont faibles pour ces néorobinsons. Pas ceux de devenir fous.
Dix personnages sur une île coupée du monde. On songe forcément aux Dix petits nègres, d’Agatha Christie (Le Masque, 1940), en lisant Community, d’Estelle Nollet, à la tension nonchalamment distillée. Mais ce qui fait avancer le récit, rapporté par la voix de Charles, le cuisinier, est moins de savoir qui va survivre que ce qui, en chacun, va survivre le plus longtemps, du corps ou de l’esprit, alors que les barrières morales se déplacent.
Tenant fort bien sa narration, dont les quatre parties vont accélérant, Estelle Nollet offre un récit « de genre » (le survivalisme) très libre dans sa manière de s’approprier ses canons et de poser les questions afférentes – sur la difficulté de vivre avec et sans autrui, sur le nécessaire et le superflu… Très douée, Estelle Nollet se paye même le luxe de glisser dans son roman à la grande efficacité le beau récit d’une vie de solitude au milieu des autres, celui de Charles, à la voix aussi faussement détachée qu’elle est touchante. Raphaëlle Leyris

   


« Community », d’Estelle Nollet, Albin Michel, 270 p., 19 €.
POLAR. « Plus jamais seul », de Caryl Férey
Il nous avait manqué. Ouvrir Plus jamais seul, le troisième titre de Caryl Férey racontant les enquêtes et mésaventures de McCash, ex-policier borgne, c’est comme de retrouver un vieil ami un peu dingue, perdu de vue depuis longtemps.
Depuis 2007 et La Jambe gauche de Joe Strummer (Folio, « Policier »), sa précédente enquête, McCash a vieilli : toujours fauché et limite suicidaire, il a une fille préadolescente qu’il trimballe partout avec lui ; son œil manquant le fait souffrir, et il a peur de finir aveugle. Mais le pire est la mort de son meilleur ami, Marco, un avocat, navigateur à ses heures perdues. Son voilier a été littéralement écrasé par un cargo au large de Gibraltar. Marco n’était pas seul. Il naviguait avec sa belle-sœur, accessoirement ex-femme du borgne. Que faisaient-ils ensemble dans les eaux espagnoles ? L’ancien flic décide de se lancer dans une enquête qui le conduira jusqu’en Grèce, où les réseaux mafieux trafiquent les êtres humains.
Caryl Férey signe ici un roman jouissif, totalement différent de ses livres plus noirs comme Utu, Zulu ou Mapuche (Gallimard, 2004, 2008, 2012). Ici, c’est du hard-boiled, où l’antihéros est alcoolique, désabusé, nihiliste, et prend souvent des raclées. L’humour et l’autodérision affleurent à chaque page. Mais au-delà de cet aspect purement récréatif, Férey signe un livre très politique, évoquant les relations de l’Union européenne avec la Grèce comme les militants associatifs qui s’occupent d’accueillir les migrants dans l’hostilité généralisée. Un livre plus complexe et profond qu’il n’y paraît. Abel Mestre

   


« Plus jamais seul », de Caryl Férey, Gallimard, « Série noire », 320 p., 19 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Après avoir revisité des contes sous un angle futuriste, la romancière américaine pour adolescents Marissa Meyer se lance dans les récits de super-héros. Elle était l’une des auteures stars du Salon du livre de Paris.
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Marissa Meyer, auteure du « Gang des prodiges » : « La fanfiction m’a appris à être professionnelle »

Après avoir revisité des contes sous un angle futuriste, la romancière américaine pour adolescents Marissa Meyer se lance dans les récits de super-héros. Elle était l’une des auteures stars du Salon du livre de Paris.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 19h09
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 07h33
    |

            Pauline Croquet








                        


A 34 ans, la romancière pour adolescents Marissa Meyer caracole en tête du prestigieux classement des best-sellers du New York Times. D’abord éditrice et auteure de fanfiction (des récits d’internautes dérivés d’œuvres célèbres), l’écrivaine originaire de l’Etat de Washington a connu un succès quasi immédiat avec Cinder (Pocket jeunesse, 2013), une adaptation futuriste de Cendrillon où l’héroïne est désormais une cyborg rebelle et combative. Suivront plusieurs tomes revisitant les contes de fée populaires, regroupés dans sa série Les Chroniques lunaires.
Son dernier roman, Le Gang des prodiges (Pocket jeunesse, 2018), était très attendu. Dans cet opus sorti en février dans les librairies francophones, la romancière prend les clés d’un tout autre univers : celui des super-héros. Elle y raconte l’opposition entre une équipe de surhumains qui gouvernent la société et des rebelles qui souhaitent les détrôner. Parmi ces derniers, Nova, une jeune héroïne qui veut venger la mort de ses parents.
Marissa Meyer était l’une des têtes d’affiche du Salon Livre Paris 2018 qui s’est achevé lundi 19 mars et qui consacrait, pour la première fois, un espace à la littérature pour adolescents.

La dernière dédicace de @marissa_meyer débute sur notre stand à Livre Paris! https://t.co/kavf5lj6xO— pocket_jeunesse (@pocket_jeunesse)


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Votre dernier roman, Le Gang des prodiges, est une histoire de super-héros, un scénario qu’on aurait pu lire dans un comics. Pourquoi choisir d’en faire un roman plutôt qu’une BD ?
Je me considère d’abord comme une romancière. L’idée de cette histoire et des personnages m’est d’abord venue sous la forme d’un roman même si, pour ce livre, j’ai été vraiment inspirée par des comics books classiques et des films de super-héros que j’aime depuis toute petite. Cela dit, j’ai quelques idées pour de potentiels spin-off en BD.
Quels éléments sont importants pour écrire un bon roman de super-héros ?
Le registre des super-héros c’est d’abord une question de fantasme par procuration. On voudrait tous avoir des superpouvoirs et on aimerait avoir la possibilité de les utiliser pour faire le bien et la justice. Du coup, pour moi, le plus important à l’écriture était de développer des pouvoirs intéressants et de voir ce que cela pourrait donner si les « prodiges » évoluaient dans le réel. Il s’agissait de voir aussi comment les personnages les utilisent pour rendre le monde plus juste selon eux. Et, dernière chose, il faut mettre beaucoup d’action, de scènes de batailles.
Est-ce que justement il vous a été difficile de retranscrire les scènes de combats à l’écrit ?
J’aime le terme de retranscrire. Beaucoup de scènes que j’écris me donnent l’impression que je suis en train de me passer un film dans la tête. Les scènes de combats sont généralement les plus difficiles parce que mes livres ont des gros castings. Dans Le Gang des prodiges, chaque personnage a des pouvoirs différents, il faut donc bien garder en tête tous ceux qui sont présents dans la scène, où ils sont placés, quelles sont leurs aptitudes… C’est comme une grosse production. Heureusement que ces scènes sont marrantes à écrire.
Une grande part de votre travail repose sur des inspirations populaires et des contes de fée ? Comment évitez-vous le sentiment de déjà-vu des lecteurs ?
J’essaie d’abord d’écrire des livres qui m’enthousiasment. J’aime les contes de fées et je me disais que ça serait amusant d’évoluer dans cet univers. J’aime les contes de fée réinterprétés et j’en ai lu plusieurs ; mais en même temps, quand j’ai commencé Les Chroniques lunaires, personne n’avait projeté ces contes dans un univers futuriste. J’y ai vu beaucoup de potentiel.
C’est une question d’équilibre parce qu’en effet les lecteurs peuvent avoir ce sentiment de déjà-vu avec les contes de fée. J’ai vraiment envie que les lecteurs se sentent dans un univers familier, reconnaissent l’histoire, des détails, des personnages. Mais je consacre beaucoup de temps à réfléchir à comment je peux transformer ces éléments pour les rendre uniques et emmener les lecteurs dans une aventure qu’ils n’attendaient pas.

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                Cinq romans pour adolescents à découvrir au Salon du livre de Paris



Le Gang des prodiges, comme la série Les Chroniques lunaires, reposent sur des modèles de société particuliers, qui ont une place importante dans le récit. Est-ce que la politique est importante pour vos récits ?
Ces modèles surviennent toujours comme un outil narratif, un concept de base, mais à un moment donné, il faut construire le monde et la société autour des personnages et cette construction s’accompagne généralement de politique. Je ne m’estime pas particulièrement politisée mais je considère qu’il est important d’être conscient de ce que le gouvernement fait, d’avoir une opinion, de souligner son désaccord. Je n’écris pas mes livres dans un but politique, mais je pense que beaucoup de questions intéressantes à ce sujet peuvent surgir naturellement.
Chaque livre développe ses propres thèmes. Par exemple, dans Le Gang des prodiges, il est question d’un corps politique de super-héros qui ont de bonnes intentions mais qui, dans leur volonté d’aider les gens, renoncent à certains aspects de la liberté de la société. Face à eux, les « anarchistes » défendent beaucoup plus une liberté personnelle.
On souligne souvent la diversité d’origines de votre galerie de personnages. En revanche, vous choisissez la plupart du temps des héroïnes ? Est-ce plus facile à écrire ?
Pas nécessairement. Logiquement, je me reconnais plus dans des personnages féminins. Quand j’écris mes livres j’ai souvent en tête la Marissa ado et je me demande quel genre de personnages elle aimerait lire. Donc j’aime développer des personnages féminins forts avec des hobbies et des aptitudes géniales parce que ce sont des choses que j’admire chez les autres. Toutefois, dans Le Gang des prodiges, c’était aussi très amusant d’écrire du point de vue du personnage masculin Adrian.
A vos débuts, vous avez écrit de la fanfiction sur « Sailor Moon ». Aimez-vous les mangas ?
Je n’en lis plus autant qu’avant. J’en dévorais des tonnes quand j’étais ado : des shojos et tout ce qui contenait des histoires d’amour mais aussi les mangas dessinés par Clamp ou encore Ranma ½. Le manga n’a pas seulement inspiré mes fanfictions mais aussi mon travail aujourd’hui.

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                De la romance nunuche à la chronique sociale : les shojos, mangas mal aimés



Qu’est ce que vous a apporté votre expérience dans la fanfiction ?
Avec la fanfiction, on prend conscience de son lectorat. Si j’avais directement écrit des récits classiques originaux, il n’y aurait pas vraiment eu de monde avec qui j’aurais pu partager mon travail au début. Dans la fanfiction, la communauté de fans inspire, encourage et a un véritable impact sur les auteurs. Ça a eu de l’influence non seulement sur mon style d’écriture, mais aussi cela m’a appris à persévérer et à tenir des dates butoir, parce que les fans attendent un chapitre chaque semaine. Cela m’a appris à être écrivaine professionnelle même si je n’étais pas payée pour ça.
Les romans pour adolescents permettent aux lecteurs de grandir, d’en retirer des leçons. Quel conseil reçu plus jeune aimeriez vous donner à vos lecteurs ?
Je n’écris jamais en pensant faire passer un message spécifique. Mon but est juste de divertir. Ceci étant dit, on va toujours mettre des choses qui nous sont importantes. Une chose que je n’ai pas apprise ado mais que j’aurais aimé recevoir, c’est la question de la confiance en soi à propos de son image et son corps. Quand j’étais mal dans ma peau, j’aurais aimé être capable de prendre du recul sur ça et apprécier le fait que j’étais forte, en bonne santé, que j’avais des atouts. J’aimerais pouvoir revenir dans le temps et dire à mon moi ado : relax, tu es merveilleuse juste comme tu es, ta vie ne va pas être gâchée parce que ta coiffure est nulle aujourd’hui.
Le Gang des prodiges, tome I, de Marissa Meyer, traduit par Guillaume Fournier, Pocket jeunesse, 608 pages, 18,90 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ La romancière franco-ivoirienne Véronique Tadjo se félicite, dans une tribune au « Monde », de la volonté d’Emmanuel Macron de vouloir lier pluralisme linguistique et francophonie. Pour elle, la langue française a trop longtemps voulu défendre son hégémonie en Afrique subsaharienne.
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« Le français ne doit plus faire barrage aux langues nationales des pays dits francophones »

La romancière franco-ivoirienne Véronique Tadjo se félicite, dans une tribune au « Monde », de la volonté d’Emmanuel Macron de vouloir lier pluralisme linguistique et francophonie. Pour elle, la langue française a trop longtemps voulu défendre son hégémonie en Afrique subsaharienne.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 17h19
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 14h13
    |

Véronique Tadjo (Ecrivaine et universitaire franco-ivoirienne)







                        



                                


                            

Tribune. La position du président de la République sur la question de la francophonie me semble nouvelle. En effet, dès le début, le projet est annoncé : il s’agit de parler de la langue française et du pluralisme. C’est une avancée de taille. Pendant trop longtemps, nous avons été habitués à une langue française voulant défendre son hégémonie au point de faire barrage aux langues nationales des pays dits « francophones ».
La majorité des jeunes apprennent à parler et surtout à lire le français à l’école
On connaît l’anecdote truculente des petits élèves africains sous la colonisation récitant leurs leçons en commençant par « Nos ancêtres les Gaulois… » Ensuite, les politiques linguistiques adoptées au moment des indépendances dans bon nombre de pays de l’Afrique subsaharienne, par exemple, ont fait du français la langue officielle au détriment des langues locales. Or, plus de cinquante ans après, on se rend compte que cette décision n’était sans doute pas la plus judicieuse. Surtout dans l’enseignement.

Le français n’a pas répondu aux ambitions que nous lui avions données. La majorité des jeunes apprennent à parler et surtout à lire le français à l’école. Mais d’une crise économique à une autre, d’un conflit armé à un autre, les systèmes éducatifs se sont effondrés et le niveau de langue a fait une chute vertigineuse. Aujourd’hui, les dégâts auraient été réduits si les élèves du primaire avaient suivi un enseignement dans leur langue maternelle. Ils auraient gagné en fierté identitaire et mieux intégrés les premiers concepts de base qui mènent aux sciences, à la technique et à la pensée.
La Francophonie, source de malentendus
Mettre le pluralisme au centre des préoccupations est de l’intérêt du français comme des autres langues qui aspirent à cohabiter pacifiquement avec lui. La francophonie du Sud est naturellement polyglotte. Il faut renforcer le dialogue des langues de façon à ce que nous n’ayons pas des mentalités...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Une femme cherche dans son récent veuvage la force d’entamer une vie nouvelle. Avec « Quelle n’est pas ma joie », le romancier danois transcende l’ordinaire.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Jens Christian Grondahl rompt la glace

Une femme cherche dans son récent veuvage la force d’entamer une vie nouvelle. Avec « Quelle n’est pas ma joie », le romancier danois transcende l’ordinaire.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 08h52
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Quelle n’est pas ma joie (Tit er jeg glad), de Jens Christian Grondahl, traduit du danois par Alain Gnaedig, Gallimard, « Du monde entier », 160 p., 15 €.

Jours de débâcle à Copenhague. Le canal de Nyhavn passe du solide au liquide. La glace se rompt et s’éparpille comme les pièces d’un immense puzzle blanc. Il y a quelque chose d’hypnotique dans ce spectacle qui fascina tant de peintres. Peu à peu, l’eau noire apparaît, hostile, tourmentée. Si l’on posait un personnage sur chacun de ces îlots glacés, on obtiendrait une métaphore parfaite de l’œuvre de Jens Christian Grondahl. Une œuvre où chaque être se trouve seul sur sa mini-banquise. « Pauvre petite chose engourdie et transie » emportée par des courants incertains. Tandis que sous ses pieds, tout craque, fond et se désagrège.

Né en 1959, Grondahl est l’écrivain ­danois le plus envoûtant de sa génération. Auteur d’une dizaine de romans traduits – presque tous chez Gallimard –, l’homme a récolté quelques récompenses d’envergure : Grand Prix de littérature du Conseil nordique, prix Impac de Dublin, prix Jean-Monnet pour Piazza Bucarest (2007)… L’intime est sa grande affaire. L’amour, le couple, l’éloignement. Et finalement la solitude. Mais une solitude existentielle à la Kierkegaard, pure comme du cristal. Enveloppée dans une gaze ouatée qui l’esthétise et la rend presque désirable.
Converser dans un cimetière avec une morte pour mieux revivre
Prenez Ellinor, l’héroïne de Quelle n’est pas ma joie. A 70 ans, elle vient de perdre Georg, son mari. Elle s’adresse à Anna, sa meilleure amie, qui fut la première femme de Georg. « Voilà, ton mari est mort lui aussi, Anna. Ton mari, notre mari. (…) De ta tombe, on peut voir l’arrière de la sienne. J’ai opté pour du calcaire (…). Le granit c’est trop lourd, et notre Georg s’était plaint d’une douleur à la poitrine. » Plus tard dans le texte,...




                        

                        

