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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ La chanteuse sud-africaine a été contrainte à l’exil plusieurs fois pour ses positions politiques.
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La playlist de Binetou : Miriam Makeba, le panafricanisme en musique


Par                                            Laureline Savoye et 
                            Chams Iaz




LE MONDE
              datetime="2018-03-22T17:52:46+01:00"

        Le 22.03.2018 à 17h52






Durée : 05:07 | 

Dès le début des années 1960, Miriam Makeba est une artiste internationalement reconnue grâce à son titre Pata Pata, sorti en 1953. La Sud-Africaine met sa notoriété au service de ses combats : la lutte contre l’apartheid dans son pays, puis pour les droits civiques aux Etats-Unis et, enfin, pour le panafricanisme. Elle chantera dans douze langues du continent, notamment en peul pour Maobé Guinée et en arabe sur le titre Africa. Naturalisée guinéenne dans les années 1960, elle était surnommée « Mama Africa ». Zenzile Makeba Qgwashu Nguvama, de son nom complet, est décédée en 2008.
Retrouvez sur Spotify les titres de Miriam Makeba sélectionnés par Binetou Sylla. http://spoti.fi/2HTEA1M
Binetou Sylla est directrice de Syllart Records, un label de musiques africaines et afro-latines basé à Paris, créé par Ibrahima Sylla en 1978. Elle décrypte pour Le Monde Afrique les nouvelles tendances musicales africaines et nous fait redécouvrir les artistes emblématiques du continent.


                

                     Sudan, dernier rhinocéros mâle blanc du Nord, est mort

                

                     Nana Akufo-Addo, président du Ghana et star des internautes africains

                

                    Violence between the mainly Muslim Fulani herdsmen and Christian farmers has claimed thousands of lives across Nigeria's central states over the past few decades. The conflict is being driven by an increasing need for resources -- primarily land and water -- and is often exacerbated by ethnic and sectarian grievances.

                     2500 morts en 2017 : comprendre le conflit entre bergers peuls et cultivateurs au Nigeria


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Notre choix du soir. Amoureux tout autant de Jérémie et de Louise, Hector s’engage dans une double vie qu’il aura de plus en plus de difficulté à mener (sur Arte à 20 h 55).
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TV – « J’ai 2 amours », une comédie de mœurs réussie

Notre choix du soir. Amoureux tout autant de Jérémie et de Louise, Hector s’engage dans une double vie qu’il aura de plus en plus de difficulté à mener (sur Arte à 20 h 55).



Le Monde
 |    22.03.2018 à 17h45
    |

                            Martine Delahaye








                        


Minisérie sur Arte à 20 h 55

Hector (François Vincentelli), la quarantaine, se souvient encore de la première fois qu’il a vu Louise ­ (Julia Faure) : c’était un jeudi matin au lycée, avant un cours de maths. Elle lui a appris à embrasser, alors qu’il n’était encore qu’un « Neandertal dans un corps d’ado ». C’est bien simple, quand elle a posé ses lèvres sur les siennes, il a cru « accéder enfin à l’humanité ».
Aujourd’hui, Hector mène depuis cinq ans une chouette et tranquille vie de couple avec Jérémie (Olivier Barthélémy). Tous deux essaient même d’avoir un enfant avec Anna (Camille Chamoux), amie d’enfance de Jérémie, et lesbienne esseulée que les deux garçons hébergent dans leur grand appartement. Mais cet équilibre vacille le jour où Hector retrouve inopinément Louise. Débordé par le désir, et par l’envie de croire que tout est possible puisqu’il aime aussi sincèrement Jérémie que Louise, il s’engage alors dans une double vie, jouant à cache-cache entre ses deux « amours » ; ce qui, l’on s’en doute, ne durera qu’un temps.
Léger, drôle et sensé
Bien inscrite dans l’époque, sonnant juste une fois accepté le postulat de départ, J’ai deux amours joue avec délicatesse la carte de la comédie de mœurs à la fois légère, drôle et sensée, une combinaison rarissime en France. Pour une fois, aucune trace de cynisme, de caricature facile ou de mièvrerie. On ne décèle d’ailleurs pas ou peu de différence, ici, entre le couple homo (Jérémie et Hector) et l’hétéro (Hector et Louise) : les enjeux, questionnements ou angoisses – sur le désir de l’autre vis-à-vis de soi, sur la non-maîtrise de ses sentiments, sur la parentalité – sont en réalité similaires.

   


Dommage, au final, que les scénaristes, Jérôme Larcher et, principalement, Olivier Joyard – critique de séries des Inrockuptibles – n’aient parié que sur l’atout « charme et romantisme », sans oser aller plus loin dans les thématiques qu’ils abordent. D’autant que leur « dramédie », élégamment mise en scène par Clément Michel, s’appuie sur des interprètes de qualité. Dont Camille Chamoux, qui, à elle seule, épice le tout de son talent comique.
J’ai 2 amours, série créée par Olivier Joyard et Jérôme Larcher. Avec François Vincentelli, Julia Faure, Camille Chamoux et Olivier Barthélémy (Fr., 2018, 3 × 50 min). En ligne jusqu’au 20 avril.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ A voir aussi ce soir. Un documentaire a suivi l’ouverture de la délocalisation éphémère du restaurant danois de René Redzepi (sur Canal+ Décalé à 21 heures).
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TV – « Noma au Japon : réinventer le meilleur restaurant du monde »

A voir aussi ce soir. Un documentaire a suivi l’ouverture de la délocalisation éphémère du restaurant danois de René Redzepi (sur Canal+ Décalé à 21 heures).



Le Monde
 |    22.03.2018 à 17h30
    |

            Renaud Machart








                        


Documentaire sur Canal+ Décalé à 21 heures

Le Noma, à Copenhague, est l’une des tables les plus réputées du monde. Son chef, René Redzepi, 40 ans, Danois d’origine albanophone de Macédoine, s’y est illustré par une cuisine qui porte à son comble le raffinement du processus culinaire en alliant la rareté – et parfois l’excentricité – des produits et une haute technicité.
L’addition est salée, mais cela ne décourage pas les clients. Alors qu’il délocalisait pour la première fois son établissement au Japon, début 2015, 58 000 personnes étaient inscrites sur liste d’attente. Pendant le mois et demi de résidence du Noma dans un grand hôtel de Tokyo, seules 3 000 personnes ont pu être servies.
Cette délocalisation a été filmée par le réalisateur néerlandais Maurice Dekkers. Son documentaire, sorti au cinéma en avril 2017, est diffusé sur Canal+ Décalé. Le film suit, pas à pas, la préparation hautement minutieuse de la nouvelle carte, gérée d’abord par les sous-chefs, partis en avance sur place, puis par Redzepi lui-même, quinze jours avant l’ouverture de ce restaurant éphémère.
Pesant et sérieux
Autant le dire d’emblée : ce que montre le documentaire semble terriblement pesant et sérieux, comme s’il s’agissait d’un conclave international de sages. Le tout souligné par une musique de fond angoissante. Et l’on s’agace de ce qui paraît vite comme une folle prétention. D’ailleurs, ainsi que le dit malencontreusement un membre de cette brigade de beaux hipsters (les filles y sont rares), tatoués et sportifs : « Une personne normale ne comprend pas ce que nous faisons. » Il veut sûrement dire : « Nous devons avoir l’air de fous » ; mais on comprend : « Circulez, ceci n’est pas pour vous. »
Redzepi n’arrange pas les choses en prononçant des maximes qui tombent parfois à plat pour qui n’est pas dans la révélation du génie et gourou danois : « En cuisinant on ne fait pas que cuisiner, on cherche à comprendre ce que l’on fait et pourquoi on le fait. » Et Dieu dans tout ça ?
Heureusement, le chef fait parfois montre d’un sens de l’humour qui tempère ce redoutable esprit de sérieux. Alors qu’un commis lui présente un champignon gluant qu’il vient de cueillir en forêt, Redzepi lui lance : « Tu viens d’éternuer dessus ? »

   


La caméra, comme dans tous les documentaires filmant un grand cuisinier parti à la conquête d’une terre étrangère, suit la brigade à la recherche des produits locaux : en forêt, où l’on goûte, suce et ­mâchonne à peu près tout, aux marchés de poissons et de légumes. On s’amusera de voir la tête du maraîcher à qui l’on réclame des fraises blanches avant maturité quand on lui assure que, cuisinées, elles sont délicieuses…
Tout est d’une complexité délirante qui, évidemment, respecte le produit et cherche la simplicité. On croira sur parole Redzepi quand il s’extasie sur le glaçage d’un canard à base d’une réduction d’eau, de pain de seigle et de champignons.
Mais on se serait passé de la séquence où une tortue a la tête tranchée vive pour confectionner une soupe. Ladite soupe n’étant pas du goût du maître, la recette est abandonnée et la tortue jetée à la poubelle. Sacré plusieurs fois « Meilleur restaurant du monde », le Noma n’a toujours pas décroché sa troisième étoile Michelin.
Noma au Japon : réinventer le meilleur restaurant du monde, de Maurice Dekkers (P.-B., 2017, 78 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Bénédicte Savoy et Felwine Sarr ont été nommés par l’Elysée pour étudier la question des œuvres emportées en France pendant la période coloniale.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤         

Synthèse

Restitution du patrimoine africain : « Nous sommes face à un défi historique »

Bénédicte Savoy et Felwine Sarr ont été nommés par l’Elysée pour étudier la question des œuvres emportées en France pendant la période coloniale.

Pierre Lepidi
    



LE MONDE
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        Le 22.03.2018 à 17h08

     •
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        Mis à jour le 22.03.2018 à 17h55






    
Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, le 21 mars 2018, au Collège de France, à Paris.
Crédits : ALAIN JOCARD/AFP


« Nous sommes face à un défi historique, avec le sentiment que quelque chose est possible. » C’est ainsi que Bénédicte Savoy a qualifié, mercredi 21 mars, la mission que lui a confiée, au côté du Sénégalais Felwine Sarr, le président de la République française : étudier la question des restitutions, temporaires ou définitives, du patrimoine africain aux pays d’origine.

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                Le président Macron nomme deux experts pour la restitution du patrimoine africain



Nommés début mars par Emmanuel Macron, l’historienne de l’art et l’écrivain et universitaire, auteur du très remarqué essai Afrotopia, ont expliqué les enjeux de leur travail lors d’une conférence de presse au Collège de France. Leur mission mêle des domaines aussi variés que le droit, l’histoire, les techniques de conservation des œuvres et la diplomatie.
« Faire bouger la tectonique des plaques »
A qui appartiennent les œuvres d’art ? La question agite les milieux intellectuels en Europe et en Afrique. La France s’était jusque-là abritée derrière les principes d’inaliénabilité, d’imprescriptibilité et d’insaisissabilité des collections nationales, dont certaines pièces ont été emportées durant la période coloniale.
Faudra-t-il modifier la loi pour engager les restitutions ? La contourner en organisant des prêts à long terme ? Ce point juridique est complexe, mais s’avère crucial. « La tâche est difficile mais on doit rechercher ce désir de complexité, assure Bénédicte Savoy, qui occupe la chaire internationale d’histoire culturelle du patrimoine artistique en Europe (XVIII-XXe siècles) au Collège de France. La mission touche à plusieurs domaines, mais il faut avoir le courage intellectuel de s’y plonger afin de faire bouger la tectonique des plaques sur des questions qui sont restées longtemps figées. »

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Les détracteurs du projet, qui craignent notamment de voir les musées français se vider de leurs œuvres, dénoncent les mauvaises conditions de conservation dans les musées africains. « Cet argument ne peut être un frein au retour des œuvres, répond Bénédicte Savoy. Plusieurs exemples ont montré que les conditions de conservation se créent ou s’améliorent dès que les biens reviennent. » 
« Nous allons affronter un point de l’histoire et on ne fera pas l’économie de toutes les questions que cela pose, promet de son côté Felwine Sarr, qui enseigne l’économie à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, au Sénégal. Nous ne sommes plus dans la colonialité. Ce qui m’intéresse, c’est l’avenir. C’est de voir comment on “solde” cette histoire difficile. »
Un rapport doit être rendu en novembre
C’est à l’occasion de la visite du président béninois, Patrice Talon, le 6 mars à Paris, que le binôme a été nommé. Le Bénin est le seul pays à avoir formulé officiellement une demande de restitution à la France, en août 2016, concernant les trônes des rois Ghézo, Glélé et Béhanzin, les statues anthropomorphes et symboliques les représentant ainsi que les ­regalia du roi Béhanzin.
« L’ambition culturelle de la France est de favoriser l’accès de tous aux œuvres de l’humanité, écrit Emmanuel Macron dans la feuille de route qui a été transmise. A l’Université de Ouagadougou, le 28 novembre 2017, j’ai souhaité lancer une action déterminée en faveur de la circulation des œuvres et du partage de la connaissance collective des contextes dans lesquels ces œuvres ont été créées, mais aussi prises, parfois pillées, sauvées ou détruites… S’agissant plus spécifiquement de l’Afrique, je me suis engagé pour que, d’ici à cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions du patrimoine. »

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                Arts : restituer son patrimoine à l’Afrique ?



Bénédicte Savoy et Felwine Sarr pourront s’appuyer sur le concours des ministères de la culture, des affaires étrangères et de l’enseignement supérieur. Ils pourront également compter sur un inspecteur général des affaires culturelles spécialement nommé pour cette mission, dont l’objectif est de rendre en novembre « un rapport comprenant des propositions concrètes d’actions réalisables à court, moyen et long termes ».
Les deux universitaires entendent créer des ateliers rassemblant des chercheurs, des historiens, des juristes et des professionnels du marché de l’art. « Il nous faut associer beaucoup de monde, explique Bénédicte Savoy. Pour être efficace, on va devoir orchestrer la polyphonie entre ceux qui encouragent ces restitutions et ceux qui les freinent. Nos aptitudes d’universitaires vont nous aider à faire toutes ces synthèses. On ne veut exclure personne du débat. »
Pour le Ghana et le Sénégal, « la porte est entrouverte »
La mission ne saurait se priver d’un inventaire minutieux des œuvres africaines présentes sur le territoire de l’ancienne puissance coloniale. Même si les musées possèdent déjà des bases de données, la tâche n’est pas simple. Le Musée du quai Branly compte 70 000 objets d’Afrique subsaharienne, dont environ 6 000 venant du Bénin.
Si la réflexion sur la restitution des œuvres – elle ne concerne pas les restes humains, tels que les crânes – se limite aujourd’hui aux pièces d’origine africaine, elle « doit rassembler tous les pays européens et notamment l’Allemagne, où le débat est vif, actuellement, sur l’origine des œuvres exposées dans les musées, assure Bénédicte Savoy, qui est également professeure d’histoire de l’art à l’Université technique de Berlin. Je connais la douleur des pays qui ont perdu des guerres. Plus le temps passe, plus la douleur s’accroît. Les pays ne doivent plus laisser passer de temps. » 

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Le Ghana et le Sénégal pourraient demander prochainement le retour de certaines œuvres. « Maintenant que la porte est entrouverte, des pays vont s’engager, veut croire Felwine Sarr. En Afrique, tout le patrimoine qui date de l’époque coloniale a disparu. » 
Mais ces restitutions se feront-elle sans contrepartie ? Comment garantir que les objets d’art de l’époque coloniale ne feront pas l’objet d’un marchandage ? La question étonne Felwine Sarr et Bénédicte Savoy : « Nous sommes dans une question de symboles, de sens et d’histoire, et pas dans une dimension économique, répond Felwine Sarr. Si je pensais que les biens seraient rendus en échange d’un TGV, je ne me serais pas engagé. »


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ L’audiovisuel public en Europe 3/5. Critiqué par les médias privés et le gouvernement libéral-conservateur, le groupe Danmarks Radio s’inquiète pour son avenir.
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La radio-télévision danoise sous pression populiste

L’audiovisuel public en Europe 3/5. Critiqué par les médias privés et le gouvernement libéral-conservateur, le groupe Danmarks Radio s’inquiète pour son avenir.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 11h38
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 15h49
    |

                            Anne-Françoise Hivert (envoyée spéciale à Copenhague)








                        



                                


                            

L’imposante statuette dorée trône sur une étagère, au fond de son bureau, logé dans l’énorme cube en verre de Danmarks Radio (DR), l’organisme danois de radio-télévision publique, sis dans le sud de Copenhague. Ancienne directrice de son département juridique, Maria Rorbye Ronn, 54 ans, en assure la direction depuis 2011.

L’Emmy lui a été décerné lors d’une cérémonie qui s’est tenue à New York, en 2016. Un moment charnière de sa carrière. « J’ai réalisé à quel point nos séries, qui ont été vues par plus de 250 millions de téléspectateurs, avaient contribué à faire connaître notre pays et notre style de vie à l’étranger, assurant ainsi la mission de service public qui est la nôtre », explique-t-elle.
Supprimée, la redevance annuelle sera remplacée par un impôt progressif
L’argument semble avoir laissé de marbre le gouvernement libéral-conservateur de Lars Lokke Rasmussen et son allié populiste au Parlement, le Parti du peuple danois (Dansk Folkeparti, DF). Engagés dans des négociations sur le financement public des médias, ils ont annoncé, vendredi 16 mars, qu’ils étaient parvenus à un accord prévoyant notamment une réduction de 20 % du budget de l’entreprise danoise sur cinq ans, ainsi que la suppression de la redevance annuelle de 2 343 couronnes (315 euros), qui sera remplacée par un impôt progressif.

« L’objectif est de réduire le coût de l’audiovisuel public pour les Danois et de rétablir la ­diversité dans les médias », souligne Alex Ahrendtsen, responsable des questions culturelles chez DF. L’idée n’est pas neuve. Elle a été émise vers 2010 par Danske Medier, l’Association des médias danois, qui regroupe 300 éditeurs.
« DR se trouve en situation de monopole »
La presse écrite traverse alors une crise profonde. Le coupable est tout trouvé : l’audiovisuel public. « Les dirigeants des groupes privés ont lancé une campagne politique contre DR, en disant qu’elle détruisait la ­concurrence,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ « The Killing », « Borgen », « Bron », « Les Héritiers »... Le monde entier s’arrache les séries danoises, ainsi que leurs scénaristes et acteurs, désormais sollicités sur de grands projets internationaux.
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édition abonné


Danmarks Radio, la fabrique de séries à succès

« The Killing », « Borgen », « Bron », « Les Héritiers »... Le monde entier s’arrache les séries danoises, ainsi que leurs scénaristes et acteurs, désormais sollicités sur de grands projets internationaux.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 11h35
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 11h47
    |

                            Anne-Françoise Hivert (envoyée spéciale à Copenhague)








                        



                                


                            

Une série en cinq épisodes sur la communauté danoise en Tanzanie, dans les années 1970, inspirée de la trilogie africaine de l’écrivain Jakob Ejersbo. Le sujet de la dernière grosse production de DR, diffusée depuis le 25 février, le dimanche à 20 heures, aurait pu décourager les téléspectateurs. Surtout que la chaîne concurrente TV2 sortait l’artillerie lourde avec sa nouvelle série à suspense, Greyzone.

Pourtant, 860 000 Danois se sont postés devant leur petit écran pour suivre le premier épisode de Liberty et plus de 200 000 l’ont regardée en télévision de rattrapage sur le site de DR1. Soit plus d’un million de personnes, dans un pays de 5,7 millions d’habitants. Un chiffre moins élevé serait considéré comme un échec pour la chaîne, qui, dans le contrat de ses scénaristes et producteurs, s’est fixé comme objectif le million de téléspectateurs.
Le record a été atteint en février 2004, lors de la diffusion d’un épisode de Kroniken, qui raconte la vie de quatre Danois après la seconde guerre mondiale (2,7 millions de personnes devant leur télévision à 20 heures). Ce soir-là, le trafic à l’entrée de Copenhague a été divisé par deux, et aucun appel d’urgence n’a été enregistré dans la capitale danoise.
« Nous encourageons la prise de risque artistique »
Le dépoussiérage de la fiction chez DR a commencé dans les années 1980. Ses dirigeants se sont rendus aux Etats-Unis pour y puiser leur inspiration. Ils y ont découvert le rôle du scénariste. Le budget de la fiction – 276 millions de couronnes (37 millions d’euros) en 2016, soit environ 9 % des programmes de DR – est négocié sur quatre ans. Le scénariste est embauché pour toute la durée du projet, y compris la phase de développement. Afin d’attirer les meilleurs, DR leur propose de venir accompagnés de leur équipe.
En 2007, la série policière The Killing, coproduite avec les Allemands de la ZDF, révolutionne le genre : vingt épisodes pour...




                        

                        


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<filnamedate="20180322"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180322"><AAMMJJHH="2018032219">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Malgré Thierry Lhermitte en grand-père vieillissant, le premier long-métrage de Robin Sykes ne casse pas trois pattes à un canard.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

« La Finale » : un énième film de tandem sur fond d’Alzheimer

Malgré Thierry Lhermitte en grand-père vieillissant, le premier long-métrage de Robin Sykes ne casse pas trois pattes à un canard.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 09h53
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
La maison UGC montre rarement ses comédies à la presse non acquise à sa cause, laquelle est souvent et censément comique. De fait, La Finale, film plus respectable que ne le laisserait supposer une telle rétention, ne casse pas trois pattes à un canard. Pour son premier long-métrage, le réalisateur Robin Sykes a imaginé – non le premier en la matière – le croisement entre une problèmatique sociale (la maladie d’Alzheimer) et le traditionnel film de tandem aussi dissemblable que possible.
Motif évidemment porteur, a fortiori avec la présence d’un acteur particulièrement apprécié d’un public qui a vieilli pour ainsi dire avec lui. Il s’agit ici, dans la famille Verdi, de Thierry Lhermitte posant, avec une sobriété bienvenue, en ex-restaurateur parisien atteint de ladite maladie et temporairement hébergé à Lyon chez sa fille Delphine (Emilie Caen) et son gendre Hicham (Lyes Salem). L’argument le rapproche de son petit-fils Jean-Baptiste (Rayane Bensetti), qui n’a guère dû voir son aïeul plus de cinq fois dans sa vie, les relations entre gendre et beau-père ne l’ayant vraisemblablement pas permis. Suffisamment d’éléments laissent ici discrètement à penser que les préjugés franchouillards du second y seraient pour quelque chose.
Un « road trip » sous perfusion doucereuse
L’action démarre le jour où le couple, chargé à bon compte par le film, recherche une institution pour placer l’ancêtre, et se voit contraint, suite à un problème inopiné, de confier sa garde à Jean-Baptiste, qui doit conséquemment annuler sa participation à une finale junior de basket-ball le soir même à Paris, autant dire renoncer au jour le plus important de sa vie. Qu’à cela ne tienne, JB emmène pépé avec lui, et le voyage, comme on se l’imagine, connaîtra quelques péripéties tout en permettant au grand-père – bloqué, quant à lui, le jour de la Coupe du monde de football 1998, dernière image d’une France qui gagne – et à son petit-fils de renouer une relation.
Deux facteurs entravent cependant le déroulement des opérations. Le premier tient aux bons sentiments et au moralisme qui grippent la mécanique comique. Le second est lié à la manière dont les scénaristes, jamais à court d’un filon, commencent à s’emparer du phénomène de vieillissement (notamment du public de cinéma) dans les pays riches, multipliant ce genre de « road trip » sous perfusion doucereuse qui donne en vérité peu envie de rire.

Film français de Robin Sykes. Avec Thierry Lhermitte, Rayane Bensetti, Emilie Caen, Lyes Salem (1 h 25). Sur le Web : www.ugcdistribution.fr/film/la-finale



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Créé en 2014 à l’English National Opera de Londres, l’opéra de Berlioz s’installe à l’Opéra Bastille jusqu’au 14 avril.
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Art lyrique : le « Cellini » décevant de Terry Gilliam

Créé en 2014 à l’English National Opera de Londres, l’opéra de Berlioz s’installe à l’Opéra Bastille jusqu’au 14 avril.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 09h48
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 18h22
    |

                            Marie-Aude Roux








                        



                                


                            

Annoncé comme l’un des événements de la saison, le Benvenuto Cellini de Berlioz mis en scène par Terry Gilliam est présenté à l’Opéra Bastille du 20 mars au 14 avril. La production a été créée en 2014 à l’English National Opera de Londres, avant de poursuivre vers Amsterdam (2015), Barcelone et Rome (2016). Un spectacle rodé, donc, dopé par une critique enthousiaste, au point que la première accueillait un gala de l’Association pour le rayonnement de l’Opéra de Paris.

Narrons. Cellini est un sculpteur pris par le temps. Il a reçu du pape Clément VII une commande pour une statue de Persée, alors même qu’il prévoyait de mettre les voiles avec Teresa, la fille du trésorier du pape, Balducci. Egalement en travers de sa route, un rival amoureux aussi bien que professionnel, Fieramosca, dont Cellini sera contraint de tuer en duel l’ami, Pompeo, qui l’a provoqué. Pour obtenir sa grâce et la main de ­Teresa, le sculpteur devra choisir entre la corde ou la livraison immédiate du chef-d’œuvre.
Les nombreux admirateurs de Terry Gilliam, l’homme des Monty Python qui réjouirent la BBC entre 1969 et 1974, réalisateur de l’incontournable Brazil (1985), des Aventures du baron de Münchhausen (1988), du Roi pêcheur (1991) ou de Las Vegas Parano (1998), ne pourront que se féliciter des deux moments-clés que sont la fête de mardi gras avec ses monstres, acrobates et caricatures aux délires fessiers, et le « cauchemar de Cellini », qui voit le pape en apparat descendre des escaliers divins jusque dans son atelier. De même pour la virtuosité de décors piranésiens en blanc et noir animés d’époustouflantes vidéos rougies à la flamme forgeronne aussi bien qu’à la fusion créatrice. Entre les deux, une direction d’acteur efficace mais sans relief particulier, malgré le soin apporté au traitement des grands chœurs (des buveurs de la taverne aux ouvriers en révolte).
Berlioz, génie incompris
Réflexion sur la création...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ La directrice des mouvements et metteuse en scène associée pour « Benvenuto Cellini » revient sur son travail autour de Berlioz avec Terry Gilliam.
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Leah Hausman, chorégraphe : « Un opéra plein de joie et de foutraqueries »

La directrice des mouvements et metteuse en scène associée pour « Benvenuto Cellini » revient sur son travail autour de Berlioz avec Terry Gilliam.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 09h47
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 09h50
    |

                            Marie-Aude Roux








                        



                                


                            

« Benvenuto Cellini », à l’Opéra Bastille jusqu’au 14 avril sous la direction de Philippe Jordan, est le second des opéras de Berlioz que Leah Hausman a monté avec Terry Gilliam, après La Damnation de Faust. Entretien avec la chorégraphe, directrice des mouvements (« body coach ») et metteuse en scène associée.

Ce spectacle a déjà beaucoup tourné. Qu’attendez-vous de cette reprise à Paris ?
Cette version parisienne a toutes les chances d’être la meilleure. Elle bénéficie d’un chœur exceptionnel, même s’il y a eu deux ans de pourparlers pour qu’il accepte ce que la mise en scène exige. Ici, au moins, la prosodie sera respectée, et on comprendra enfin tous les mots, ce qui est essentiel pour moi.
Qu’est-ce qui caractérise cet opéra ?
C’est plein de joie, et de « foutraqueries ». La difficulté consiste à ne pas sombrer dans une comédie trop légère. D’autant que l’histoire de Cellini commence comme une farce à la Feydeau. Ensuite, il y a ce que nous avons appelé, faute de mieux, « le cauchemar de ­Cellini ». Berlioz ne serait pas Berlioz s’il n’avait privilégié la figure de l’artiste livré aux affres de la création. C’est d’ailleurs le schéma exact que nous avons vécu !
Comment analysez-vous la rencontre de Berlioz avec Terry Gilliam ?
Terry est quelqu’un qui aime profondément la musique. Et Berlioz comble son goût pour la grandeur tout en laissant ces no man’s land, où tout semble se détraquer et fonctionner, comme en psychanalyse, par ­associations libres. C’est là où l’émotion devient essentielle. Ce sont les corps qui parlent. Et pour quelqu’un comme moi, qui vient de la danse, c’est du pain bénit.
Quel a été votre rôle exact ?
Son cinéma a beau être très théâtral, Terry n’avait pas de familiarité avec la scène. Je résolvais ce qu’il ne savait pas faire : comment s’adresser à un chanteur par rapport...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Dix des douze membres ont quitté mercredi le Haut Comité des commémorations nationales.
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Affaire Charles Maurras : démissions en bloc

Dix des douze membres ont quitté mercredi le Haut Comité des commémorations nationales.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 09h21
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



   


Affaire Charles Maurras, suite. Mercredi 21 mars, dix des douze membres du Haut Comité des commémorations nationales ont annoncé qu’ils en démissionnaient, estimant, dans une lettre ouverte à la ministre de la culture, Françoise Nyssen, que la décision prise par celle-ci, le 28 janvier, de rappeler le Livre des commémorations nationales 2018 pour en retirer le nom du théoricien du « nationalisme intégral » (1868-1952), les empêchait de « continuer à siéger avec, en permanence, la menace soit de la censure, soit de l’autocensure ».

        Lire le document :
         

          La lettre de démission de dix des douze membres du Haut comité aux commémorations nationales



Pourquoi avoir attendu près de deux mois ? L’un des démissionnaires, l’historien et ancien secrétaire d’Etat Jean-Noël Jeanneney, affirme que les membres du Haut Comité ne voulaient rien précipiter, et ont considéré qu’une réunion prévue de longue date leur permettrait de réfléchir et d’agir avec « le recul de la sérénité », car ils estiment que le rôle « des réseaux sociaux et de leur immédiateté » fut prépondérant dans la décision prise par la ministre.

        Lire le compte-rendu :
         

          La référence à Maurras retirée du « Livre des commémorations nationales »



Dans un premier temps, celle-ci avait préfacé le Livre des commémorations nationales 2018, s’adressant ainsi au lecteur de cet ouvrage qui recense les dates marquantes dont l’année en cours est l’occasion de se souvenir : « A vous qui aimez l’histoire de France, à vous qui aimez la voir reprendre vie, je conseille chaleureusement la lecture du Livre des commémorations nationales de 2018. II vous apportera, j’en suis sûre, un grand plaisir et de belles émotions ! »
Débat d’historiens
Mais le 26 janvier, le site Bibliobs note la présence, parmi les événements répertoriés, de la naissance de Charles Maurras, l’écrivain et journaliste antisémite, anti-républicain, qui dirigea L’Action française, et fut condamné en 1945 à la réclusion à perpétuité et à la dégradation nationale pour haute trahison et intelligence avec l’ennemi.

        Lire le point de vue de l’historien Sébastien Ledoux :
         

          Il est difficile d’évoquer Maurras « dans le cadre de commémorations publiques »



Après les protestations d’associations antiracistes, et de celles du délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Dilcra), Frédéric Potier, notant sur Twitter « Commémorer, c’est rendre hommage », la ministre annonce le rappel du livre afin de « lever l’ambiguïté ». Dans Le Monde du 30 janvier, deux membres du Haut Comité, Jean-Noël Jeanneney et Pascal Ory, signent une tribune où ils expliquent : « Commémorer, ce n’est pas célébrer. C’est se souvenir ensemble d’un moment ou d’un destin. » – entraînant un débat d’historiens.

        Lire le point de vue de Pascal Ory et Jean-Noël Jeanneney, historiens :
         

          « Commémorer, ce n’est pas célébrer »



La lettre ouverte adressée à la ministre le 21 mars revient sur cette « distinction essentielle », et rappelle que le Haut Comité, créé en 1974, fut celui des « célébrations nationales » jusqu’en 2011. Date à laquelle la mention, parmi les événements de l’année, des cinquante ans de la mort de Louis-Ferdinand Céline entraîna une controverse, à l’issue de laquelle Frédéric Mitterrand choisit de faire de ce Haut Comité celui des « commémorations nationales ».

        Lire le point de vue du politologue Denis Lacorne :
         

          « Célébrer et commémorer sont synonymes ! »



En prenant acte de la démission des dix membres, Françoise Nyssen souligne pour sa part dans un communiqué que la polémique Maurras « a mis en lumière l’existence d’une ambiguïté persistante dans le débat public entre “célébration”, “commémoration” et “devoir de mémoire” » : « Il a donc été décidé de clarifier le statut, le fonctionnement et les publications du Haut Comité aux commémorations nationales. »
L’écrivaine et académicienne Danièle Sallenave, présidente du Haut Comité (non démissionnaire), est chargée de mener cette réflexion. En attendant, le cent cinquantenaire de la naissance de Maurras sera marqué le 19 avril par la publication chez Bouquins d’un recueil de textes intitulé L’Avenir de l’intelligence.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Le nouveau spectacle de Christiane Jatahy aux Ateliers Berthier interroge notre civilisation.
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Théâtre : une « Odyssée » d’aujourd’hui

Le nouveau spectacle de Christiane Jatahy aux Ateliers Berthier interroge notre civilisation.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 08h38
    |

                            Fabienne Darge








                        



                                


                            

« Allez, c’est la fête ! Venez danser avec nous ! » L’ambiance bat son plein sur le plateau des Ateliers Berthier, alors que les actrices, en robe longue et talons hauts, au son de « tubes » disco, accueillent les spectateurs. Ainsi commence Ithaque, le nouveau spectacle, qui fera date, de la metteuse en scène brésilienne ­Christiane Jatahy : dans une ­atmosphère survoltée, dont on pressent d’emblée qu’elle ne tardera pas à se noyer dans un océan de larmes.

Ainsi commence Ithaque, du moins, pour la moitié des spectateurs, installés sur un des côtés du décor. Les autres, assis de l’autre côté, verront autre chose : le même spectacle, mais selon un point de vue, une temporalité ­différents.

Ithaque est le premier volet d’un diptyque inspiré par L’Odyssée, d’Homère, et le mot « inspiré » a toute son importance. Il serait dommage, à trop chercher ce que le spectacle n’est pas – une adaptation modernisée de l’épopée d’Ulysse –, de passer à côté de ce qu’il est : un grand moment de théâtre d’aujourd’hui, qui vous embarque dans sa propre odyssée intime et collective.

Vivant et concret
Le texte d’Homère est ici comme un palimpseste, sur ­lequel Christiane Jatahy et ses six extraordinaires comédiens écrivent leur propre texte – un texte qui, pourtant, ne peut exister que parce que celui de l’auteur grec a existé, et parce qu’il est à la source de notre civilisation et de nos représentations imaginaires. Mais tout prend un tour on ne peut plus vivant et concret dans ce théâtre de Christiane Jatahy qui, depuis qu’on l’a découvert, en 2014, avec Julia, d’après ­Strindberg, a fait vieillir d’un coup une bonne partie de ce qui se produit en Europe.

Le vaste plateau des Ateliers ­Berthier est séparé en deux par un immense et double rideau de fil scintillant, d’une beauté somptueuse, qui semble dans ses reflets d’or pâle la matière même du temps. D’un côté – celui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ La neuvième édition du festival musical accueille, entre autres audaces, une carte blanche à Etienne Daho.
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Avec Nouvelle(s) Scène(s), Niort innove encore

La neuvième édition du festival musical accueille, entre autres audaces, une carte blanche à Etienne Daho.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 08h12
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 11h42
    |

            Aureliano Tonet








                        



   


S’il fallait élire une capitale de l’audace, l’on parierait fort que Niort emporte la mise. Siège de la plupart des mutuelles d’assurance de France, le chef-lieu des Deux-Sèvres, 59 000 habitants, s’est spécialisé dans les métiers dits « du risque ». Une tradition qui remonte à loin : Niort, dont l’étymologie signifie « nouveau gué », a baptisé sa plus vaste esplanade place de la Brèche. Ce qui vous pose un peu le décor, dont profite un festival musical de bel aloi, Nouvelle(s) Scène(s).
Du 22 au 24 mars – sans compter quelques avant-premières en amont –, la neuvième édition de cet hymne à la nouveauté fait, comme on aurait dû s’y attendre, du neuf avec du neuf. Sites insolites pour styles insituables : trois jours durant, une vingtaine de lieux peu communs, du cloître de l’hôpital au temple protestant, ­accueilleront une quarantaine de concerts pas banals, aux deux tiers gratuits.
Eric Surmont, programmateur depuis trois éditions, parle « d’invitation à la découverte et au décloisonnement »
Eric Surmont, programmateur depuis trois éditions, parle « d’invitation à la découverte et au décloisonnement ». On le suit volontiers, quand bien même les poulains qu’il nous propose d’enfourcher s’appellent Chevalrex, Chien noir et Le Roi des loups – trois belles bêtes à poil dénichées par les fourrageurs de La Souterraine, l’écurie la plus fureteuse de la chanson française. Cette plate-forme musicale clôturera à Niort le « projet de coopération » qu’elle a lancé fin janvier, en partenariat avec le Théâtre-Auditorium de Poitiers et le collectif François & The Atlas Mountains, intitulé « La Souterraine en Nouvelle-Aquitaine » : une tournée dans treize lieux de treize groupes originaires de la plus grande région de France.
Cela, sans le moindre esprit de clocher. Si vous avez l’honneur, un jour, de déjeuner avec un membre du corps préfectoral poitevin, il se peut qu’il énonce l’hypothèse selon laquelle les chèvres qui font le prestige du marais auraient été laissées derrière eux par les Omeyyades, chassés par les Francs en 732. Suivant cette louable disposition d’esprit, ce n’est pas à un local, mais à un musicien dionysien, pour ne pas dire dionysiaque, Mohamed Lamouri, qu’écherra le statut de « vedette américaine » lors de la soirée estampillée La Souterraine, le 24 mars.


        Lire le portrait :
         

          Mohamed Lamouri, l’amoureux de la ligne 2



Faire frissonner les épidermes
Dans les cœurs de tous les usagers de la ligne 2 du métro parisien, où il se produit souvent, ses reprises « raï-love » de tubes des Eagles, de Michael Jackson ou de Cheb Hasni feront la joie des spectateurs du Pilori, une salle aménagée dans la tour carrée où se réunissaient, au Moyen Age, les échevins du coin.
A l’époque, le chauvinisme niortais s’entichait des chamoiseries, nombreuses, qui prospéraient dans les parages. En écho à ce glorieux passé cutané, une carte blanche a été offerte à la vedette qui fait le mieux frissonner les épidermes, Etienne Daho. Jeudi 22 mars, le chanteur de La Peau dure partagera la scène avec trois de ses plus caressants héritiers, Calypso Valois, Yan Wagner et Lescop, qui savent eux aussi enfoncer leur électro-pop entre cuir et chair.
Pas assez pour sevrer les Deux-Sévriens ? La cité, célèbre pour son donjon et ses dragons, se laissera saisir par le disco capiteux des ­Parisiens de L’Impératrice, les moulinages hors d’âge du pianiste ukrainien Lubomyr Melnyk ou les roucoulades rétropicales de la Francilienne Cléa Vincent, qui interviendra par surcroît dans plusieurs écoles. Ici est né l’auteur de Boussole, Mathias Enard : l’espace d’un week-end au moins, c’est tout Niort qui invite à perdre le Nord.


        Lire le portrait :
         

          Véronique Vincent-Cléa Vincent, les liens du chant



Festival Nouvelle(s) Scène(s), du 22 au 24 mars, à Niort. Avec Etienne Daho, L’Impératrice, Cléa Vincent, Mohamed Lamouri, Lubomyr Melnyk… nouvelles-scenes.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Le Quai Branly présente un gros plan inédit sur les premières villes nées au pied de la Cordillère des Andes.
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Au Pérou, les Mochicas, un modèle de société pour les Incas

Le Quai Branly présente un gros plan inédit sur les premières villes nées au pied de la Cordillère des Andes.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h52
    |

            Florence Evin








                        



   


Il y a deux mille ans, au pied de la Cordillère des Andes, sur une bande côtière de 500 kilomètres au nord de Lima (Pérou), les Mochicas posaient les bases d’une civilisation sophistiquée. Trois cent pièces originaires de cette côte pacifique révèlent, au Musée du quai Branly-Jacques Chirac, à Paris, la richesse culturelle du « Pérou avant les Incas » comme l’annonce le titre de l’exposition. « Cela fait vingt ans à peine que l’on connaît l’existence des palais précolombiens de la période Mochica (ou Moche) du début de notre ère jusqu’à l’an 900 », soulignait Santiago Uceda Castillo, devant les maquettes originales en terre cuite – sortes d’ex-votos – de l’exposition dont il est le commissaire, et qui témoignent desdits palais et sanctuaires.
L’archéologue, directeur du Musée Huacas del Valle de Moche (Lieux sacrés de la Vallée de Moche), professeur à l’Université nationale de Trujillo – victime d’un arrêt cardiaque le 14 janvier –, était, peu de temps avant, à Paris, intarissable devant les bouteilles rituelles provenant de la fouille qu’il avait lancée et qu’il dirigeait au nord de Trujillo. Car « de Huaca de la Luna et de ses douze monticules, on ne savait rien », s’exclamait-il alors. L’énorme chantier de fouilles confirma, au rythme de trois-quatre mois par an, l’organisation sociale, politique, religieuse, complexe de ces populations vivant de la pêche et de l’agriculture, au pied de sommets culminant à quelque 6 000 mètres, de forêts et de vallées comptant une diversité unique de mammifères, d’oiseaux et d’espèces végétales.

   


En quechua, huaca signifie lieu sacré, mais plus encore. C’est le site d’origine d’un groupe social et une sépulture précolombienne. Un sanctuaire urbanisé au fil du temps et doté d’une nécropole. Sur la côte septentrionale péruvienne, la « Mésopotamie des Andes », apparaissent, dès 3 000-2 500 avant notre ère, de vastes complexes architecturaux élaborés, comme le souligne, carte à l’appui, l’archéologue Jeffrey Quilter (Université d’Harvard, Etats-Unis), dans le catalogue de l’exposition.
Une sorte d’Eden
Au Quai Branly, les yeux noirs, vifs et brillants, de Santiago Uceda Castillo, disaient son plaisir à partager ce qu’il avait mis au jour : à Huaca de la Luna, « les cinq temples superposés avaient été construits à chaque calendrier cérémonial, tous les soixante-douze ans, au moment où la constellation d’Orion est à la verticale du soleil », affirmait-il, tout en insistant sur l’importance de l’astrologie chez les Moche. Leur environnement ressemble à une sorte d’Eden, sous la protection naturelle de la Cordillère des Andes. Dans ce contexte propice, se développe une société d’agriculteurs et de pêcheurs à l’écart de toute zone d’influence extérieure. Poissons et crustacés du Pacifique fournissent une nourriture riche en protéines. L’étroite plaine côtière irriguée par les fleuves qui dévalent de la Cordillère garantit l’eau douce et par-delà la culture du maïs et du blé, grâce au réseau d’irrigation sophistiqué que les Moches mettent en place.

   


Parmi les dizaines de céramiques exposées, les bouteilles cérémonielles, au goulot en forme d’étrier, évoquent la rivière et ses canaux de dérivation. Les décors peints racontent la vie quotidienne : la faune et la flore, dans sa diversité – hibou, puma, jaguar, lézard, chouette, héron, singe, cerf, condor, canard, cochon d’Inde, poisson-chat, crabe, oiseaux marins, courge, racines de manioc, etc. Une cruche anthropomorphe, figurant un prisonnier aux yeux exorbités, dit l’usage de substances hallucinogènes, que la forêt procure.
Aux fondements de la civilisation inca
« Aujourd’hui, on travaille dans la zone urbaine, pour comprendre le quotidien des gens que parfois on oublie. Comment vivaient-ils, mangeaient-ils, se soignaient -ils ?, interrogeait l’archéologue Santiago Uceda Castillo. Leur divinité principale est le dieu-montagne, représenté par le Serro Blanco, le pic sacré dominant le site.

   


La plus spectaculaire des pièces exposées est celle de la Dame de Cao, grande prêtresse mochica de San Jose de Moro (150-300 ap. J.-C.), découverte en 1991. Vêtue d’une sorte d’armure, robe longue constituée d’un maillage de petites plaques carrées en cuivre doré, elle porte un collier de grosses pierres semi-précieuses et est coiffée d’un diadème à figure de félin : symbole de force, d’agilité, d’endurance, les emblèmes du pouvoir. La prêtresse, associée au culte de la lune, prépare les prisonniers destinés au sacrifice. Elle présente à la divinité la coupe de leur sang. Il semble, qu’outre leur fonction religieuse, les femmes occupaient une place importante en politique jusqu’à la tête du pouvoir.

   


Santiago Uceda Castillo a réussi à montrer, à travers cette exposition inédite, un modèle de société aux fondements de la civilisation inca. Un hommage posthume lui sera rendu à l’occasion du colloque organisé, jeudi 29 mars au Quai Branly, sur le thème « Archéologie et matérialités au Pérou avant l’empire ».
« Le Pérou avant les Incas », Musée du quai Branly-Jacques Chirac, 31, quai Branly, Paris 7e. Jusqu’au 1er avril. Du mardi au dimanche de 11 heures à 19 heures. Jeudi, vendredi et samedi, jusqu’à 21 heures. Entrée : 10 euros. www.quaibranly.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « 3 fois dès l’aube », d’Aude Samama et Denis Lapière.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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C’est graphique. Matins

La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « 3 fois dès l’aube », d’Aude Samama et Denis Lapière.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h30
    |

                            Pénélope Bagieu (Dessinatrice)








                        



                                


                            
3 fois dès l’aube, d’Aude Samama (dessins) et Denis Lapière (scénario), Futuropolis, 104 p., 20 €.

Après Martin Eden, d’après Jack London (Futuropolis, 2016), le duo Aude Samama et Denis Lapière adapte Trois fois dès l’aube, d’Alessandro Baricco (Gallimard, 2015). Ce surprenant triptyque ressemble presque à un jeu d’improvisation pour apprenti cinéaste. Voilà ce que l’on met à sa disposition pour tricoter son histoire : deux personnages, un lieu et un moment ; un homme banal, une femme très belle, un hall d’hôtel un peu glauque, quelques heures avant le lever du soleil. A partir de ces ingrédients, il lui faut imaginer trois histoires différentes. Incroyables mais crédibles. Autre règle du jeu qui a son importance : les acteurs ont le droit de changer de costume, d’inverser les rôles, de vieillir, de rajeunir, de déplacer les éléments du décor, d’en sortir même parfois.
Un commercial quadragénaire s’apprête à quitter le vestibule de l’hôtel pour partir faire sa tournée, quand une femme passablement éméchée passe la porte dans l’autre sens, tombe littéralement à ses pieds et lui demande de lui tenir compagnie et de lui parler de son métier pour l’aider à ne pas lui vomir sur les chaussures (c’est d’ailleurs un échec).
Un gardien de nuit d’hôtel se prend de pitié pour une cliente terrifiée à l’idée de monter retrouver son compagnon violent et tente de la persuader de reprendre sa vie en main.
Une inspectrice de police au bord de la retraite récupère un adolescent à skateboard qui vient d’être témoin d’un drame familial. Plutôt que de le regarder tourner en rond dans cette minuscule chambre d’hôtel, elle décide de l’embarquer dans sa voiture banalisée et de rouler avec lui sur l’autoroute. Et même de le laisser sortir le gyrophare.
Huis clos
Mais chaque tableau, au fur et à mesure que se déroulent les récits de chacun, livrera son lot de révélations. Car...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Déchaînement du monde. Logique nouvelle de la violence », de François Cusset.
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Figures libres. La violence ne décline pas, elle mute

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Déchaînement du monde. Logique nouvelle de la violence », de François Cusset.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h30
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Le Déchaînement du monde. Logique nouvelle de la violence, de François Cusset, La Découverte, « Cahiers libres », 240 p., 20 €.

Toutes les statistiques sont formelles : le monde est aujourd’hui considérablement moins violent qu’auparavant. Homicides, morts au combat, famines, grande pauvreté ont largement reculé au cours des dernières décennies. L’année dernière, le Suédois Johan Norberg a remporté un vrai succès en proclamant, contre le catastrophisme ambiant : Non, ce n’était pas mieux avant (Plon, 2017). Reste à se demander si la violence dont on parle est toujours la même. Et si la pacification apparente empêchait de voir d’autres phénomènes ? Non pas la diminution des violences, mais bien leurs mutations, leurs métamorphoses, leurs changements de style et de registre. Il se pourrait que la violence, loin de reculer, se soit transformée.

C’est ce que veut rappeler le nouvel essai de François Cusset, professeur de civilisation américaine à l’université Paris-Nanterre, auteur notamment de French Theory (La Découverte, 2003). Dans Le Déchaînement du monde, il souligne d’entrée de jeu combien la violence à présent n’est plus ce qu’on croit. Elle ne se tient pas là où l’on persiste à vouloir la traquer. A tort, on se focalise sur les coups donnés, la gifle, le sang, les blessures visibles. On oublie ainsi ce qui s’est déroulé préalablement, le processus qui conduit à l’acte observé, où sont déjà présentes quantité de violences nouvelles, infligées et réelles, mais sans traces, sans marques, sans visibilité.
En voyant un individu menaçant, on ne sait plus comment il a été humilié. On montre un pillage, on masque le vol institutionnalisé. On hurle en voyant une bête torturée, on masque les millions d’animaux abattus chaque année. Ces mises en lumière reposent sur des ombres cachées. Ces dernières constituent le point de départ de cet essai, qui est à la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
      

Trans|Poésie. Passe-passe

Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h30
    |

                            Didier Cahen








                        



   


Qui habite sous le chapeau ?
Sous le chapeau qui est trois ?
Trois chapeaux
§
L’enfant regarde
Avec des yeux tout ronds
Tout autour il regarde
§
Qui a jamais pris
Le monde
Pour un rectangle ?
« Choses dites », comme Victor Hugo avait ses « choses vues »… Poète, essayiste, romancier, Ales Steger (né en Slovénie en 1973) s’arrête à ce qu’il voit et à ce qui nous échappe, avec le fol espoir « qu’au moins il y ait des noms pour ce qui n’est pas ».
Evguénia Tchouprina, dramaturge et poète « rétrofuturiste », réside à Kiev où elle est née en 1971. Ses éclairs transeuropéens symbolisent l’effervescence de la revue Po&sie, qui publie un riche numéro double pour célébrer ses quarante années d’existence.
De Jacques Roubaud à l’américain Keith Waldrop, la jeune revue La Tête et les Cornes rassemble des poètes qui ont marqué ses directeurs, Marie de Quatrebarbes (née en 1984) et Maël Guesdon (né en 1983), figures emblématiques de la nouvelle génération.
Le Livre des choses, d’Ales Steger, traduit du slovène par Guillaume Métayer et Mathias Rambaud, Circé, 96 p., 12 €.
Po&sie no 160-161, Belin, 320 p., 30 €.
La Tête et les Cornes no 4, 36 p., 6 €, et Gommage de tête, de Marie de Quatrebarbes, Eric Pesty, 82 p., 13 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ « Milena ou le plus beau fémur du monde », une implacable enquête sur l’esclavage sexuel en Europe et en Amérique signée de l’écrivain mexicain.
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Jorge Zepeda Patterson chasse le proxénète

« Milena ou le plus beau fémur du monde », une implacable enquête sur l’esclavage sexuel en Europe et en Amérique signée de l’écrivain mexicain.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h30
    |

            Sylvia Zappi








                        



                                


                            
Milena ou le plus beau fémur du monde (Milena o el femur mas bello del mundo), de Jorge Zepeda Patterson, traduit de l’espagnol (Mexique) par Claude Bleton, Actes Sud, « Actes noirs », 448 p., 23 €.

Economiste, sociologue, journaliste, chroniqueur politique : il fallait probablement avoir été tout cela, comme le Mexicain Jorge Zepeda Patterson, pour réussir un thriller aussi protéiforme. Une fresque sur les mafias de la prostitution européennes et mexicaines digne d’un Don Winslow. Une intrigue mâtinée d’enquête journalistique très actuelle. Le titre, Milena ou le plus beau fémur du monde, avec cette allusion gore qui déclenche le frisson, donne le ton.

C’est un roman à plusieurs voix qui nous emmène sur les traces de Milena, une prostituée de luxe croate. Kidnappée à l’âge de 16 ans alors qu’elle s’appelait encore Alka, la jeune femme, d’une beauté époustouflante, est entraînée dans le nouveau commerce triangulaire des corps. Impliquée dans les sordides éliminations des concurrents de son proxénète, elle consigne dans un petit carnet tous les détails de ce qu’elle apprend sur ses connexions cachées avec le Kremlin et ses sbires en Ukraine.
Ce trésor va la mettre en danger de mort. Elle doit fuir au Mexique, croisant le chemin de plusieurs personnages qui vont tenter de l’aider : une patronne de presse, une députée de gauche, un journaliste, un flic, un jeune hackeur… L’auteur va faire entendre ces différents points de vue, où se mêlent grands élans et petites lâchetés. L’intrigue se précise puis s’éloigne, dans des allers et retours entre le passé et le présent des différents témoins. Mais ces va-et-vient entre les protagonistes se font dans des styles de narration si variés que le lecteur ne décroche pas. L’écriture est précise et plaisante. C’est tour à tour une fresque des mœurs de la société mexicaine contemporaine, la description des réseaux mafieux et de leur collusion...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Claro arpente les malls du monde avec Rinny Gremaud, qui signe « Un monde en toc ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. Au-delà des biens et du mall

Claro arpente les malls du monde avec Rinny Gremaud, qui signe « Un monde en toc ».



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h30
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Un monde en toc, de Rinny Gremaud, préface d’Olivier Rolin, Seuil, « Fiction & Cie », 176 p., 17 €.

L’invention assez récente qu’est l’écrivain-voyageur, cette astuce commerciale qui permet de refourguer à un lectorat statique une belle tranche de rêve persillée d’exotisme mais emballée dans de la mauvaise conscience et des descriptions frelatées, cette invention a sans doute encore de beaux jours et de longs rayonnages devant elle. Mélange malin entre le baroudeur et le sociologue, souvent plus vieux que campeur, le scribe aux semelles crantées fait de son mieux pour entraîner son troupeau d’assis dans des odyssées distanciées d’où il ressort que l’ailleurs, bien qu’ailleurs, a au final l’attrait d’un commerce de proximité. Les paysages ne sont plus que des contrats d’édition, et on prend aujourd’hui le Transsibérien comme autrefois la pose. Mais oublions les tics des écrivains-bagagistes et demandons-nous si ce monde, finalement, n’est pas en toc. C’est en tout cas la question que pose Rinny Gremaud dans son tour du monde des plus grands malls.
On est en janvier 2014 et, à lire le début d’Un monde en toc, on pourrait croire à tort que l’auteure a tenté de battre divers records : « Dans ce court laps de temps, j’ai traversé quatorze aéroports, où j’ai vécu quarante-deux heures en tout, environ 7 % du voyage. (…) J’ai passé près de cinquante-neuf heures en cabine pressurisée, 10 % du temps (…). J’ai cumulé 23 800 miles sur la carte de fidélité d’une alliance aérienne, ce qui signifie que j’ai parcouru 38 300 kilomètres en avion. » Mais ce n’est pas le bilan carbone qui intéresse Gremaud, même si ces chiffres donnent le ton du monde comptable qu’elle a décidé d’infiltrer : les malls. Les shopping malls. Autrement dit, des centres commerciaux surdimensionnés, proposant produits et activités, nutrition et divertissement, capables de transmuer l’ennui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ L’historienne Maud Ternon plonge dans les archives judiciaires et livre une approche sociale de la déraison selon les médiévaux, qui contourne Foucault.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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La folie au Moyen Age, une histoire de famille

L’historienne Maud Ternon plonge dans les archives judiciaires et livre une approche sociale de la déraison selon les médiévaux, qui contourne Foucault.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h15
    |

                            Etienne Anheim (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Juger les fous au Moyen Age. Dans les tribunaux royaux en France, XIVe-XVe siècles, de Maud Ternon, PUF, « Le nœud gordien », 304 p., 25 €.

L’Europe du XVIe siècle s’est délectée d’un poème épique qui peut être considéré comme le tombeau du Moyen Age, Orlando furioso, de L’Arioste (1474-1533). Cette « fureur » de Roland, qui a suscité tant de passion, est à la vérité une « folie », celle dans laquelle le héros tombe à la suite de son abandon par Angélique, sa bien-aimée. Furor et furiosus sont les mots de la folie médiévale, comme Maud Ternon le rappelle au seuil de Juger les fous au Moyen Age.
Si l’ombre de Michel Foucault (1926-1984) plane sur l’ouvrage, c’est pourtant d’abord à un détour par rapport à l’héritage écrasant d’Histoire de la folie à l’âge classique (Plon, 1961) que le lecteur est invité, les procédures et les institutions judiciaires étant moins l’occasion d’entreprendre une archéologie du sujet occidental que d’esquisser une histoire sociale de la folie. En s’inspirant du sociologue Howard Becker et de sa notion de labelling (« étiquetage »), l’historienne cherche à comprendre comment une société considère qu’une personne relève de la folie à partir de pratiques concrètes, celles de la justice civile.
Ce choix, qui repose principalement sur l’étude des archives du Parlement de Paris et des registres du Châtelet, est sans doute l’aspect le plus original de la démarche, car les historiens du Moyen Age ont toujours privilégié la justice pénale, ses crimes, son élaboration doctrinale et ses enjeux politiques. Les tribunaux civils offrent une autre scène, sur laquelle la folie est d’abord une affaire de succession ou de curatelle. On cherche à faire invalider un testament ou un contrat, ou bien à mettre sous tutelle un parent qui sème le trouble ou dilapide son patrimoine.
Le surnaturel...



                        

                        


<article-nb="2018/03/22/19-20">
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Hubert Bonin étudie la place de l’Etat dans la production entre 1914 et 1919, modèle d’économie mixte.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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La Grande Guerre s’est (aussi) gagnée à l’arrière

Hubert Bonin étudie la place de l’Etat dans la production entre 1914 et 1919, modèle d’économie mixte.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h15
    |

            Antoine Reverchon








                        



                                


                            
La France en guerre économique (1914-1919), d’Hubert Bonin, Droz, 522 p., 69 €.

Dans l’avalanche de livres, études et colloques suscitée par le centenaire de la première guerre mondiale, on compte beaucoup de travaux sur tel ou tel aspect économique ou technique du conflit qui qualifient celui-ci de « première guerre industrielle ». On a l’image des millions d’obus tirés par des milliers de canons à Verdun, du travail des femmes dans les usines de munitions, des camions de la « voie sacrée », des tanks de la victoire finale… Et aussi des « profiteurs de guerre », de « l’impérialisme stade suprême du capitalisme » (Lénine, 1916)… Hubert Bonin aborde tout cela et bien plus dans La France en guerre économique, après des années d’exploration systématique des archives des ministères, de l’armée, mais aussi des entreprises, livrant un tableau encyclopédique bardé de tableaux récapitulant jusqu’aux commandes de bretelles des pantalons des poilus.
L’économie tout entière mobilisée
Car la guerre s’est gagnée autant à l’arrière qu’au front, qui dévore insatiablement non seulement les hommes, mais aussi les munitions, les armes, les vêtements, les véhicules, les aliments… Hubert Bonin dresse le portrait d’une économie – industrie, agriculture, transport, banque, administration – tout entière mobilisée pour satisfaire les besoins de la défense de la patrie. Le 20 septembre 1914, alors que, avant-guerre, l’économie française se caractérisait par un libéralisme assumé et la faiblesse de l’Etat, le gouvernement replié à Bordeaux, inquiet de la baisse des stocks d’obus à l’issue de la bataille de la Marne, convoque le Comité des forges (les sidérurgistes Schneider, de Wendel, Saint-Chamond…), les patrons de Renault, des compagnies ferroviaires et des banques.
On a compris que la guerre durerait. Dès lors se construit une économie mixte organisée par régions et par filières...




                        

                        

