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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’historien Christian Chevandier revient sur les luttes sociales menées dans le passé par les cheminots. Pour que le mouvement réussisse, il faut trouver le moyen de créer une complicité entre grévistes et usagers.
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« Statut des cheminots : ce que l’histoire nous enseigne »

Dans une tribune au « Monde », l’historien Christian Chevandier revient sur les luttes sociales menées dans le passé par les cheminots. Pour que le mouvement réussisse, il faut trouver le moyen de créer une complicité entre grévistes et usagers.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 18h41
    |

Christian Chevandier (Professeur d’histoire contemporaine à l’université du Havre)







                        



                                


                            

Tribune. Le statut des cheminots a disparu pendant vingt ans, et personne ne s’en est plaint. Des cheminots ont, à un autre moment, choisi de faire grève selon des procédés particuliers, et les usagers en furent enchantés. Revenir, même brièvement, sur des moments de l’histoire de ce groupe social ne peut que nous permettre de mieux comprendre ce qu’il advient aujourd’hui.
Le premier statut des cheminots date de 1920. Mais il reprend et unifie les principaux points des règlements des différentes compagnies ferroviaires et se situe dans la continuité d’une série de textes législatifs antérieurs qui faisaient parler avant même la première guerre mondiale d’une « charte du personnel des agents des chemins de fer ». Ces dispositions, mises en place dans les compagnies ferroviaires privées, avaient pour fonction de fixer dans ces entreprises un personnel dont la qualification et l’expérience sont d’autant plus indispensables que les tâches y sont spécifiques.

En 1920, cette volonté d’encadrer la gestion du personnel d’un secteur ou d’une branche n’avait rien d’une singularité puisque l’année précédente fut votée la loi qui affirme la suprématie des conventions collectives sur le contrat de travail. Ce statut, qui prévoit notamment qu’il n’est pas possible de licencier hors cas de faute grave les agents « commissionnés » (c’est-à-dire titularisés après une période d’essai d’environ une année), n’a suscité dans un premier temps qu’un intérêt réduit. C’est seulement avec la crise des années 1930, lorsque les compagnies licencièrent la plupart de cheminots non commissionnés, que les travailleurs des chemins de fer en perçurent l’intérêt.
À la création de la SNCF, en 1937, ce statut fut remplacé par une convention collective qui en reprit les grands principes tout en les bonifiant, prévoyant ainsi une politique d’apprentissage. Comme ce fut le cas dans l’ensemble du monde du travail, cette convention a été encore améliorée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ En collectant d’innombrables images sur la Toile, réseaux sociaux et opérateurs d’Internet peuvent rivalisent avec les Etats sur leurs prérogatives propres, explique le chercheur en intelligence artificielle et président du comité d’éthique du CNRS.
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Jean-Gabriel Ganascia : « La reconnaissance de visages est une grande intrusion dans nos vies »

En collectant d’innombrables images sur la Toile, réseaux sociaux et opérateurs d’Internet peuvent rivalisent avec les Etats sur leurs prérogatives propres, explique le chercheur en intelligence artificielle et président du comité d’éthique du CNRS.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 17h04
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            

Jean-Gabriel Ganascia est professeur au laboratoire d’informatique de l’université Pierre-et-Marie-Curie (Paris-VII), chercheur en intelligence artificielle, président du comité d’éthique du CNRS et auteur du Mythe de la singularité. Faut-il craindre l’intelligence artificielle ? (Seuil, 2017).
Pourquoi parlez-vous de « sousveillance » plutôt que d’une surveillance généralisée ?
L’idée de « sousveillance » rend très bien compte de cette situation nouvelle dans laquelle les Etats démocratiques se trouvent, en quelque sorte, dépossédés de leur surveillance au profit de nouveaux acteurs. Ce néologisme, forgé par le technologue américain Steve Mann sur le modèle du mot français « surveillance », signifie que la « veille » ne vient pas d’au-dessus, de ceux qui ont le pouvoir, mais du dessous, de ceux qui sont soumis à l’autorité.
En pratique, cela veut dire que la masse des individus contribue elle-même à la collecte d’images et d’annotations. Toutefois, cette collecte n’est pas spontanée : elle fait intervenir les réseaux sociaux et les opérateurs de l’Internet, qui deviennent ainsi à même d’assurer la sécurité intérieure mieux que les Etats. En effet, en Europe et dans les pays démocratiques, les pouvoirs publics disposent de photos, par exemple de photos d’identité, mais en faible nombre et de mauvaise qualité. De plus, des lois interdisent la réutilisation de fichiers contenant des données personnelles.
En revanche, les réseaux sociaux et les grands acteurs de l’Internet, bénéficiant de la généralisation de la « sousveillance », possèdent d’innombrables photos et peuvent en user librement, puisque nous les leur fournissons. C’est un renversement politique et social considérable qui s’instaure, car des acteurs transnationaux rivalisent désormais avec les Etats sur ce qui relevait de leurs prérogatives propres.
Cette « sousveillance » n’est-elle pas également à visée commerciale ?
Nous...




                        

                        


<article-nb="2018/03/22/19-3">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Dans la rue, dans les commerces, sur Internet, des algorithmes peuvent à tout moment nous identifier. Ces nouveaux outils, auxquels s’intéressent professionnels du marketing et forces de l’ordre, posent d’importantes questions éthiques.
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Reconnaissance faciale : comment nos visages sont traqués

Dans la rue, dans les commerces, sur Internet, des algorithmes peuvent à tout moment nous identifier. Ces nouveaux outils, auxquels s’intéressent professionnels du marketing et forces de l’ordre, posent d’importantes questions éthiques.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 16h59
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 17h06
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            

Notre visage est la source de l’éthique du fait qu’il est nu, expressif, doué de la parole humaine et semble nous dire : « Tu ne me défigureras pas » ou, plus profondément : « Tu ne tueras point », assure le philosophe Emmanuel Levinas (1906-1995). De son côté, l’anthropologue David Le Breton avance que le visage, auquel il a consacré plusieurs études, « incarne la différence infinitésimale portée par chaque homme », mais aussi, étant changeant et mobile, « donne vie à notre esprit », ce qui fait qu’« on tombe amoureux d’un visage, ou le déteste parfois »…
Aujourd’hui, nos traits sont devenus une donnée exploitable : les progrès de la numérisation en ont fait une marchandise convoitée par les géants du Web, les experts du marketing et les services de police. La publicité ciblée est en effet devenue le carburant de l’économie numérique. Avec le visage, le profilage systématique des internautes s’affine.
Prenez Facebook, ce grand « livre du visage », le réseau social aux 2 milliards d’utilisateurs actifs : il engage chaque jour les internautes à taguer les photos qu’ils publient avec les noms de leurs « amis ». Puis, grâce à DeepFace, son système de reconnaissance faciale, l’entreprise se constitue une gigantesque banque de visages identifiables. Du big data « très précieux » à l’heure du « boom du marketing personnalisé », fait remarquer Benjamin Sobel, chercheur en droit et technologie à l’université Harvard (Massachusetts), préoccupé par la disparition de l’anonymat sur le Web et les réseaux sociaux.
Repérer les voleurs jusque sur le trottoir
Sans surprise, Google s’y intéresse aussi. L’algorithme de reconnaissance faciale FaceNet de Google Photos est capable d’identifier, de nommer, de classer et de localiser d’innombrables personnes présentes sur les albums des internautes. Si cette fonction a été désamorcée en Europe à la demande des défenseurs de la vie privée,...




                        

                        


<article-nb="2018/03/22/19-4">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Alors que l’objectif du gouvernement en matière de gestion des personnels reste un mystère, l’économiste Philippe Askenazy explique, dans cette chronique, que les syndicats du rail et les cheminots peuvent néanmoins trouver des raisons de se rassurer.
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SNCF : « La disparition des statuts ne signifie pas celle des avantages »

Alors que l’objectif du gouvernement en matière de gestion des personnels reste un mystère, l’économiste Philippe Askenazy explique, dans cette chronique, que les syndicats du rail et les cheminots peuvent néanmoins trouver des raisons de se rassurer.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 14h00
    |

                            Philippe Askenazy (Chercheur au CNRS/ENS/Centre Maurice Halbwachs)








                        



                                


                            

Tendances France. La réforme ferroviaire est inévitable dans le cadre européen de la libéralisation du transport de passagers. En France comme ailleurs en Europe, la fin des anciens monopoles d’Etat, du transport aérien à l’énergie, s’est traduite par une mutation des entreprises nationales en sociétés où s’impose la logique du profit. Les statuts des agents ont soit brusquement disparu, soit été éteints progressivement, tel celui de fonctionnaire des télécommunications en France.
Avant même la libéralisation, la France dispose de trois géants mondiaux du transport terrestre multimodal
Privatisation ou pas, la SNCF n’échappera pas à ces abandons quelle que soit la mobilisation des cheminots. Alors pourquoi donc bloqueraient-ils la France ? Parce qu’à ce jour, une multiplicité de paramètres est inconnue.
La libéralisation britannique affichait clairement le démantèlement de la société nationale. La libéralisation allemande a accompagné la transformation de la Deutschebahn en une multinationale du transport terrestre, avec en parallèle une stratégie lui permettant de continuer de détenir la quasi-totalité du marché des lignes commerciales germaniques.
La situation française est fort différente. Avant même la libéralisation, la France dispose de trois géants mondiaux du transport terrestre multimodal : Keolis (SNCF), RATP Groupe et Transdev. Transdev qui exploite des lignes de la Suède à la Nouvelle-Zélande vient justement, le 12 mars, d’obtenir le certificat de sécurité ferroviaire et ainsi de devenir le deuxième groupe à détenir le « statut d’entreprise ferroviaire de voyageurs » dans l’Hexagone.
Ouverture de la concurrence
Mais l’objectif du gouvernement français en matière de gestion des personnels dans ce contexte reste un mystère. Le projet de loi d’habilitation présenté la semaine dernière n’apporte guère de précisions.
Deux activités sont à distinguer. Dès 2020, la concurrence s’ouvre sur le marché des...




                        

                        


<article-nb="2018/03/22/19-5">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Limiter le « reste à charge » payé par les patients sans augmenter le coût des assurances complémentaires nécessitera des efforts des professionnels concernés, estime Bernard Spitz, président de la Fédération française de l’assurance, dans une tribune au « Monde ».
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« Nous, assureurs, sommes prêts à offrir à tous nos concitoyens des soins décents à un coût­ acceptable »

Limiter le « reste à charge » payé par les patients sans augmenter le coût des assurances complémentaires nécessitera des efforts des professionnels concernés, estime Bernard Spitz, président de la Fédération française de l’assurance, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    22.03.2018 à 14h00
    |

Bernard Spitz (Président de la Fédération française de l’assurance (FFA)







                        



                                


                            
Tribune. Depuis un demi-siècle, les Français se demandent, à raison, pourquoi la santé de leurs dents, de leur vue, de leur audition n’est pas ­couverte, à l’égal des autres ­affections. Etre en mesure de voir pour conduire, lire, travailler, d’entendre pour ne pas être coupé totalement de sa famille et du monde autour de soi : autant de conditions élémentaires pour mener une vie normale, pourtant inaccessibles aux plus modestes, alors que pointent déjà, à un ­horizon proche, les ­progrès dus à l’usage de nouvelles technologies.
Saluons donc l’objectif ­consis­tant à associer les organismes complémentaires à cette situation simple : des lunettes, des prothèses, des soins dentaires remboursés, en totalité, ce que l’on appelle le « reste à charge zéro ».
Une démarche d’intérêt général
Que la Sécurité sociale se retire ou pas de ce qu’elle finance aujourd’hui ne changera rien à la réalité : ce sont les assureurs qui prennent en charge l’essentiel de ces remboursements. Il importe donc, dans une démarche d’in­térêt général sur laquelle nous nous retrouvons pleinement avec ­l’ensemble des organismes complémentaires, de s’entendre sur ce qu’il serait raisonnable d’offrir à tous.
« Raisonnable » signifie ici une offre claire, médicalement justifiée, acceptable socialement et économiquement soutenable.
« Médicalement justifiée » ­sup­pose que l’on puisse offrir une prise en charge intégrale des dépenses sur les soins essentiels s’agissant des trois domaines concernés, et d’agir dès le plus jeune âge sur l’éducation et la ­prévention.
« Socialement acceptable » reconnaît la nécessité de ne pas ­réduire les prestations au point de discriminer les bénéficiaires. Pas question, par exemple, de ­perpétuer ce qui fut pendant des décennies le jugement ironique sur les « montures Sécu » des ­lunettes d’entrée de gamme. Il ne serait pas plus acceptable aujourd’hui de ne couvrir que des prothèses dentaires en métal, comme...




                        

                        


<article-nb="2018/03/22/19-6">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Un collectif de maires, dont Anne Hidalgo (Paris) et Alain Juppé (Bordeaux), regrette dans une tribune au « Monde » que l’essentiel des leviers de la politique de l’énergie reste aux mains de l’Etat ou d’opérateurs nationaux en situation de monopole.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Anne Hidalgo et Alain Juppé : « L’efficacité et la transition énergétique dépendent d’abord de l’initiative locale »

Un collectif de maires, dont Anne Hidalgo (Paris) et Alain Juppé (Bordeaux), regrette dans une tribune au « Monde » que l’essentiel des leviers de la politique de l’énergie reste aux mains de l’Etat ou d’opérateurs nationaux en situation de monopole.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 18h39
   





                        



                                


                            
Tribune. Alors que s’ouvre le débat public pour la programmation pluriannuelle de l’énergie et que la Commission européenne va publier sa feuille de route « Climat et Energie EU 2025 », nous appelons au fléchage vers les collectivités d’une partie de la hausse de la contribution climat énergie et à l’adoption d’une loi d’orientation pour la décentralisation de la politique énergétique. L’efficacité de notre action, son acceptation sociale et la cohésion des territoires en dépendent.
sur le terrain, tout démontre que l’approche technique et centralisée a atteint ses limites
En 2015, l’accord de Paris et la loi pour la transition énergétique nous ont donné le chemin à suivre pour limiter la hausse des températures à moins de 2 °C et, dans l’idéal, à moins d’1,5 °C d’ici à 2100. L’atteinte de ces objectifs dépend très largement des politiques territoriales.
Or, en matière de politique énergétique, l’essentiel des leviers reste aux mains de l’Etat ou d’opérateurs nationaux en situation de monopole. Pourtant, sur le terrain, tout démontre que l’approche technique et centralisée a atteint ses limites : les infrastructures de production d’énergies renouvelables peinent à se mettre en place, les rénovations énergétiques ambitieuses sont rares et le véhicule individuel, avec moins de deux personnes à bord, reste le mode de déplacement dominant. Pour y remédier, il faut faire évoluer la gouvernance du système énergétique vers davantage de décentralisation et de démocratie locale.
Construire une autre façon de vivre
Le fléchage vers les collectivités d’une partie de la hausse de la contribution climat énergie, défendue aujourd’hui par la plupart des associations de collectivités, des ONG et des fédérations professionnelles, est indispensable. La mise en œuvre de l’accord de Paris à l’échelle de chaque territoire doit mobiliser près de 300 euros par habitant et par an. Affecter 5 % des 8 milliards de recettes de la contribution climat pour...




                        

                        


<article-nb="2018/03/22/19-7">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Les acteurs du transport et de la mobilité urbaine sont tour à tour victimes et bénéficiaires de la révolution numérique ; à eux d’en reprendre la maîtrise, affirme, dans une tribune au Monde, Alain Bagnaud, organisateur de la Semaine internationale du transport et de la logistique.
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« La logistique est devenu un enjeu de compétitivité et de souveraineté nationale »

Les acteurs du transport et de la mobilité urbaine sont tour à tour victimes et bénéficiaires de la révolution numérique ; à eux d’en reprendre la maîtrise, affirme, dans une tribune au Monde, Alain Bagnaud, organisateur de la Semaine internationale du transport et de la logistique.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 14h00
    |

Alain Bagnaud (Directeur général de la Semaine internationale du transport et de la logistique (SITL)







                        



                                


                            
Tribune. Dire que la logistique a pris le virage du numérique est un euphémisme : peu de secteurs auront été autant impactés par les innovations technologiques et le numérique. Et pour cause : la logistique fait figure d’épine dorsale de nombreux modèles économiques, tant des géants du e-commerce que des start-up du numérique. Derrière le succès de ces nouveaux acteurs, c’est en effet la logistique qui a contribué à créer de nouveaux standards en matière d’expérience clients : livraison à J + 1, voire en moins d’une heure dans les zones urbaines, logistique des retours quasi gratuits, etc.
toutes les parties prenantes sont impactées par la déferlante numérique
Pour arriver à ce niveau de performance, le secteur s’est transformé. L’ancienne gestion de flux standards massifs et récurrents a fait place à des flux d’informations qui précèdent désormais les flux physiques. Dématérialisation, plates-formes numériques, robotisation, « blockchain »… les entreprises du transport et de la logistique sont devenues un laboratoire pour de très nombreuses technologies.
Mais si les champions du numérique ont bouleversé le modèle de la distribution traditionnelle, leur intégration verticale progressive est également une menace pour les opérateurs logistiques. Pour preuve, les investissements programmés par Amazon dans le fret maritime et aérien, dans les camions et les drones, ou encore l’arrivée aux portes de Paris des entrepôts du géant chinois de l’e-commerce Alibaba… Industriels, distributeurs, opérateurs de transports et logistique, territoires : toutes les parties prenantes sont impactées par la déferlante numérique dont ils peuvent être, tour à tour, les bénéficiaires ou les victimes.
Un enjeu de taille
Les territoires l’ont bien compris. Car, en dernière instance, cette révolution numérique se traduit bel et bien par des flux physiques sur le terrain. L’enjeu est de taille. Le secteur du transport et de la logistique représente...




                        

                        


<article-nb="2018/03/22/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Editorial. Ce n’est pas d’acharnement, mais d’une remarquable ténacité, dont les juges du pôle financier ont fait preuve en mettant de nouveau en examen l’ancien président de la République.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

Nicolas Sarkozy mis en examen : l’indispensable justice

Editorial. Ce n’est pas d’acharnement, mais d’une remarquable ténacité, dont les juges du pôle financier ont fait preuve en mettant de nouveau en examen l’ancien président de la République.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 10h55
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 16h22
   





                        



Editorial du « Monde ». Nicolas Sarkozy et ceux de ses « amis » qui lui restent fidèles ne manqueront pas de dénoncer une nouvelle fois l’acharnement de la justice et des médias contre l’ancien président de la République. Enquêtes à charge, accusations sans preuves, ont-ils systématiquement affirmé lorsque, à plusieurs reprises ces dernières années, M. Sarkozy a été mis en cause ou mis en examen par la justice. Ce dernier a notamment été mis en examen pour « corruption » et « trafic d’influence » (affaire dite « des écoutes », en lien avec le dossier Bettencourt) et il a été renvoyé devant le tribunal correctionnel pour « financement illégal » de sa campagne présidentielle de 2012 (affaire Bygmalion).
Ce n’est pourtant pas d’acharnement que les juges du pôle financier ont fait preuve en mettant de nouveau en examen l’ancien président, mercredi 21 mars. Mais d’une remarquable ténacité dans un dossier d’une tout autre gravité. Ils le soupçonnent, en effet, de « corruption passive et financement illégal de campagne électorale » – en l’occurrence celle de 2007, qui avait conduit à l’élection de M. Sarkozy.

        Lire aussi :
         

                Financement libyen de la campagne de 2007 : Nicolas Sarkozy est mis en examen



Ils y ont explicitement ajouté un motif sans précédent dans l’histoire de la Ve République : « recel de détournement de fonds publics libyens ». En clair, ils soupçonnent l’ancien président d’avoir bénéficié, pour financer cette campagne électorale, de fonds occultes versés par un Etat étranger, et pas n’importe lequel : la Libye du colonel Kadhafi, un dictateur excentrique mais implacable, financeur durant des décennies de nombreux mouvements terroristes dans le monde et qui fut accusé d’avoir fait exploser le vol Pan Am de Lockerbie en 1988.
Tué dans des conditions confuses au cours de l’intervention internationale menée par la France, la Royaume-Uni et les Etats-Unis en 2011, sous le couvert de l’ONU, pour mettre un terme à la guerre civile qui menaçait de tourner au bain de sang en Libye, M. Kadhafi n’est plus là pour témoigner dans cette affaire. Mais, au terme d’une enquête tentaculaire, menée depuis cinq ans, les juges ont estimé disposer d’éléments assez solides pour mettre en cause directement Nicolas Sarkozy.
Un champ d’investigations complexes
Initialement, c’est Mediapart qui a déclenché l’enquête. Le site avait notamment publié en avril 2012, entre les deux tours de l’élection présidentielle, une note de 2006 des services secrets libyens faisant état d’un accord entre MM. Kadhafi et Sarkozy pour financer la campagne (de 2007) à hauteur de 50 millions d’euros. Qualifié de faux grossier par la défense de l’ancien président, ce document a été, depuis, certifié par un collège d’experts. Et il a ouvert aux enquêteurs un champ d’investigations aussi complexes que stupéfiantes.

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                Comprendre l’affaire de Sarkozy et la Libye en 2007



Ce qui s’est précisé, au cours de l’enquête, est en effet un réseau d’intermédiaires internationaux douteux, rompus aux affaires de ventes d’armes et aux contrats commerciaux assortis de commissions occultes, en lien avec plusieurs des plus proches collaborateurs de M. Sarkozy lorsqu’il était ministre de l’intérieur et préparait sa campagne de 2007. C’est à ce titre que Claude Guéant, alors son directeur de cabinet avant de devenir secrétaire général de la présidence, ainsi que son conseiller Brice Hortefeux ont été interrogés par les juges sur les liens qu’ils entretenaient avec plusieurs responsables libyens, les voyages discrets qu’ils ont à l’époque effectués à Tripoli et les importantes sommes d’argent liquide qui semblent avoir irrigué la campagne électorale de 2007.
M. Sarkozy bénéficie, c’est l’évidence, de la présomption d’innocence. Nul doute qu’il ne cessera de dénoncer l’inanité des charges qui pèsent désormais contre lui. Et rien ne préjuge de la suite de l’enquête et de sa conclusion. Mais, pour que trois juges chevronnés aient pris la responsabilité de le mettre en examen pour ces motifs, il faut, à tout le moins, qu’ils disposent de très solides éléments. Si leurs soupçons sont fondés, l’opprobre jeté sur l’ancien président de la République sera indélébile.

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                Nicolas Sarkozy, une image de parrain de la droite écornée par les affaires






                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/22/19-9">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Analyse. A l’occasion de la journée mondiale de l’eau, la journaliste du « Monde » Martine Valo revient sur le rapport de l’ONU-eau qui prône le développement des solutions fondées sur la nature pour préserver cette précieuse ressource.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Crise de l’eau : la nature à la rescousse

Analyse. A l’occasion de la journée mondiale de l’eau, la journaliste du « Monde » Martine Valo revient sur le rapport de l’ONU-eau qui prône le développement des solutions fondées sur la nature pour préserver cette précieuse ressource.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 10h30
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 12h13
    |

            Martine Valo








                        



                                


                            
Analyse. La nature a mauvaise réputation. Ou du moins, elle n’a pas droit à une considération à la hauteur des services qu’elle rend. L’eau, par exemple, dont on célèbre la journée mondiale le 22 mars : qui mesure à quel point les écosystèmes sont capables de l’absorber, la filtrer, la stocker ? Peu de monde, mais l’ONU-eau – le programme mondial des Nations unies pour l’évaluation de la précieuse ressource – espère changer les regards des décideurs.
La pollution des rivières s’aggrave à une vitesse vertigineuse et alimenter certaines grandes villes tend à devenir une gageure
Son rapport mondial 2018 (lien vers PDF), consacré aux « Solutions fondées sur la nature pour la gestion de l’eau », vient d’être présenté au 8e Forum mondial de l’eau, qui se tient jusqu’au 23 mars à Brasilia. A cette rencontre organisée tous les trois ans à l’initiative du Conseil mondial de l’eau étaient attendus une dizaine de chefs d’Etat, plus d’une centaine de ministres, parlementaires, maires de grandes villes et cinq fois plus de représentants des industriels du secteur ; plus une poignée d’ONG pour faire bonne mesure.
Potabilisation, dessalement, distribution, irrigation, barrages ou réservoirs : au Brésil, il aura beaucoup été question de financements – fatalement jugés insuffisants – d’un secteur où la demande explose. Or rapporte l’ONU-eau, sur les investissements colossaux pour l’eau et l’assainissement, le soutien aux solutions fondées sur la nature ne dépasse pas 1 % du total, en comptant très large. Et prévient qu’à ce rythme-là « la sécurité hydrique ne sera pas atteinte ». Impossible de s’en tenir au statu quo et de miser uniquement sur l’industrie et ses « solutions grises » – canalisations, usines de traitement, infrastructures artificielles –, quand la pollution des rivières s’aggrave à une vitesse vertigineuse et qu’alimenter certaines grandes villes tend à devenir une gageure.
« Eaux fossiles »
La consommation...




                        

                        


<article-nb="2018/03/22/19-10">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Etienne Ghys, mathématicien, directeur de recherche au CNRS et parrain de la collection « Génies des mathématiques », dévoile la vie et l’œuvre du prince des mathématiques, Carl Friedrich Gauss.
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<article-nb="2018/03/22/19-11">
<filnamedate="20180322"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180322"><AAMMJJHH="2018032219">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Après avoir abandonné les Kurdes, écrit Christine Valain dans une tribune au « Monde », je ne suis pas fière d’être française aujourd’hui ! Les Kurdes ont eu plus de cran que nous, ils se sont battu pour des valeurs qui devraient nous êtres chères « liberté égalité fraternité ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
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« Le drapeau turc flotte sur Afrin ! Le rêve démocratique kurde est tombé ! »

Après avoir abandonné les Kurdes, écrit Christine Valain dans une tribune au « Monde », je ne suis pas fière d’être française aujourd’hui ! Les Kurdes ont eu plus de cran que nous, ils se sont battu pour des valeurs qui devraient nous êtres chères « liberté égalité fraternité ».



Le Monde
 |    22.03.2018 à 09h56
    |

Christine Valain (Citoyenne)







                        



                                


                            

Tribune. Recep Tayyip Erdogan, maître dans l’art de la duplicité, membre de l’OTAN mais ami de la Russie et des fondamentalistes, nargue le monde entier ! C’est bel et bien une invasion et, comme il ne cesse de le répéter, il ne va pas s’arrêter là !
Toute guerre est effroyable, violente et injuste, mais être trahi par ses alliés est pire que tout. Et les Kurdes sont lâchement abandonnés par la coalition dont fait partie la France. Alors ce soir et comme beaucoup de mes concitoyens, je vais exprimer ma honte et je voudrais que nos décideurs regardent leurs femmes, leurs époux, leurs enfants, que leur viennent à ce moment-là les images de ces femmes Yézidies brûlées vives parce qu’elles ont refusé de servir d’esclaves sexuelles, de ces femmes violées par des islamistes sanguinaires, de ces hommes assassinés, décapités sous les yeux de leurs proches, de ces combattant(e)s torturé(e)s, mutilé(e)s en défendant leurs terres, de ces corps d’enfants démembrés par les bombes ou les balles.

Qu’ils se mettent un instant à la place de ce peuple kurde et qu’ils imaginent les sentiments que peuvent ressentir ces hommes et ces femmes à l’encontre de l’Occident qui les a abandonnés à leur sort alors qu’ils sont morts par milliers pour épargner la vie de nos soldats et pour une cause qui étaient bien plus la nôtre que la leur. S’imaginer un instant qu’ils ont combattu Daesh sans qu’on ne leur ait rien promis serait prendre les gens pour des idiots !
Une rançon de 3 milliards
Parce qu’à un moment il faudra bien prendre « NOS » responsabilités. Il est faux et vain de se réfugier derrière des « c’est compliqué ! » ou des « La Turquie fait partie de l’OTAN ! », quand à la fin, on se rend compte que l’Allemagne continue de vendre des armes à Ankara, que l’Europe paie une rançon de 3 milliards [d’euros] pour que la Turquie garde les réfugiés sur son sol et que Etats-Unis et Russie se querellent cette zone pour un gazoduc !
Il...




                        

                        


<article-nb="2018/03/22/19-12">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Dix des douze membres ont quitté mercredi le Haut Comité des commémorations nationales.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

Affaire Charles Maurras : démissions en bloc

Dix des douze membres ont quitté mercredi le Haut Comité des commémorations nationales.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 09h21
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



   


Affaire Charles Maurras, suite. Mercredi 21 mars, dix des douze membres du Haut Comité des commémorations nationales ont annoncé qu’ils en démissionnaient, estimant, dans une lettre ouverte à la ministre de la culture, Françoise Nyssen, que la décision prise par celle-ci, le 28 janvier, de rappeler le Livre des commémorations nationales 2018 pour en retirer le nom du théoricien du « nationalisme intégral » (1868-1952), les empêchait de « continuer à siéger avec, en permanence, la menace soit de la censure, soit de l’autocensure ».

        Lire le document :
         

          La lettre de démission de dix des douze membres du Haut comité aux commémorations nationales



Pourquoi avoir attendu près de deux mois ? L’un des démissionnaires, l’historien et ancien secrétaire d’Etat Jean-Noël Jeanneney, affirme que les membres du Haut Comité ne voulaient rien précipiter, et ont considéré qu’une réunion prévue de longue date leur permettrait de réfléchir et d’agir avec « le recul de la sérénité », car ils estiment que le rôle « des réseaux sociaux et de leur immédiateté » fut prépondérant dans la décision prise par la ministre.

        Lire le compte-rendu :
         

          La référence à Maurras retirée du « Livre des commémorations nationales »



Dans un premier temps, celle-ci avait préfacé le Livre des commémorations nationales 2018, s’adressant ainsi au lecteur de cet ouvrage qui recense les dates marquantes dont l’année en cours est l’occasion de se souvenir : « A vous qui aimez l’histoire de France, à vous qui aimez la voir reprendre vie, je conseille chaleureusement la lecture du Livre des commémorations nationales de 2018. II vous apportera, j’en suis sûre, un grand plaisir et de belles émotions ! »
Débat d’historiens
Mais le 26 janvier, le site Bibliobs note la présence, parmi les événements répertoriés, de la naissance de Charles Maurras, l’écrivain et journaliste antisémite, anti-républicain, qui dirigea L’Action française, et fut condamné en 1945 à la réclusion à perpétuité et à la dégradation nationale pour haute trahison et intelligence avec l’ennemi.

        Lire le point de vue de l’historien Sébastien Ledoux :
         

          Il est difficile d’évoquer Maurras « dans le cadre de commémorations publiques »



Après les protestations d’associations antiracistes, et de celles du délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Dilcra), Frédéric Potier, notant sur Twitter « Commémorer, c’est rendre hommage », la ministre annonce le rappel du livre afin de « lever l’ambiguïté ». Dans Le Monde du 30 janvier, deux membres du Haut Comité, Jean-Noël Jeanneney et Pascal Ory, signent une tribune où ils expliquent : « Commémorer, ce n’est pas célébrer. C’est se souvenir ensemble d’un moment ou d’un destin. » – entraînant un débat d’historiens.

        Lire le point de vue de Pascal Ory et Jean-Noël Jeanneney, historiens :
         

          « Commémorer, ce n’est pas célébrer »



La lettre ouverte adressée à la ministre le 21 mars revient sur cette « distinction essentielle », et rappelle que le Haut Comité, créé en 1974, fut celui des « célébrations nationales » jusqu’en 2011. Date à laquelle la mention, parmi les événements de l’année, des cinquante ans de la mort de Louis-Ferdinand Céline entraîna une controverse, à l’issue de laquelle Frédéric Mitterrand choisit de faire de ce Haut Comité celui des « commémorations nationales ».

        Lire le point de vue du politologue Denis Lacorne :
         

          « Célébrer et commémorer sont synonymes ! »



En prenant acte de la démission des dix membres, Françoise Nyssen souligne pour sa part dans un communiqué que la polémique Maurras « a mis en lumière l’existence d’une ambiguïté persistante dans le débat public entre “célébration”, “commémoration” et “devoir de mémoire” » : « Il a donc été décidé de clarifier le statut, le fonctionnement et les publications du Haut Comité aux commémorations nationales. »
L’écrivaine et académicienne Danièle Sallenave, présidente du Haut Comité (non démissionnaire), est chargée de mener cette réflexion. En attendant, le cent cinquantenaire de la naissance de Maurras sera marqué le 19 avril par la publication chez Bouquins d’un recueil de textes intitulé L’Avenir de l’intelligence.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Déchaînement du monde. Logique nouvelle de la violence », de François Cusset.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. La violence ne décline pas, elle mute

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos du « Déchaînement du monde. Logique nouvelle de la violence », de François Cusset.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h30
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Le Déchaînement du monde. Logique nouvelle de la violence, de François Cusset, La Découverte, « Cahiers libres », 240 p., 20 €.

Toutes les statistiques sont formelles : le monde est aujourd’hui considérablement moins violent qu’auparavant. Homicides, morts au combat, famines, grande pauvreté ont largement reculé au cours des dernières décennies. L’année dernière, le Suédois Johan Norberg a remporté un vrai succès en proclamant, contre le catastrophisme ambiant : Non, ce n’était pas mieux avant (Plon, 2017). Reste à se demander si la violence dont on parle est toujours la même. Et si la pacification apparente empêchait de voir d’autres phénomènes ? Non pas la diminution des violences, mais bien leurs mutations, leurs métamorphoses, leurs changements de style et de registre. Il se pourrait que la violence, loin de reculer, se soit transformée.

C’est ce que veut rappeler le nouvel essai de François Cusset, professeur de civilisation américaine à l’université Paris-Nanterre, auteur notamment de French Theory (La Découverte, 2003). Dans Le Déchaînement du monde, il souligne d’entrée de jeu combien la violence à présent n’est plus ce qu’on croit. Elle ne se tient pas là où l’on persiste à vouloir la traquer. A tort, on se focalise sur les coups donnés, la gifle, le sang, les blessures visibles. On oublie ainsi ce qui s’est déroulé préalablement, le processus qui conduit à l’acte observé, où sont déjà présentes quantité de violences nouvelles, infligées et réelles, mais sans traces, sans marques, sans visibilité.
En voyant un individu menaçant, on ne sait plus comment il a été humilié. On montre un pillage, on masque le vol institutionnalisé. On hurle en voyant une bête torturée, on masque les millions d’animaux abattus chaque année. Ces mises en lumière reposent sur des ombres cachées. Ces dernières constituent le point de départ de cet essai, qui est à la...




                        

                        


<article-nb="2018/03/22/19-14">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ L’historienne Maud Ternon plonge dans les archives judiciaires et livre une approche sociale de la déraison selon les médiévaux, qui contourne Foucault.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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La folie au Moyen Age, une histoire de famille

L’historienne Maud Ternon plonge dans les archives judiciaires et livre une approche sociale de la déraison selon les médiévaux, qui contourne Foucault.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h15
    |

                            Etienne Anheim (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Juger les fous au Moyen Age. Dans les tribunaux royaux en France, XIVe-XVe siècles, de Maud Ternon, PUF, « Le nœud gordien », 304 p., 25 €.

L’Europe du XVIe siècle s’est délectée d’un poème épique qui peut être considéré comme le tombeau du Moyen Age, Orlando furioso, de L’Arioste (1474-1533). Cette « fureur » de Roland, qui a suscité tant de passion, est à la vérité une « folie », celle dans laquelle le héros tombe à la suite de son abandon par Angélique, sa bien-aimée. Furor et furiosus sont les mots de la folie médiévale, comme Maud Ternon le rappelle au seuil de Juger les fous au Moyen Age.
Si l’ombre de Michel Foucault (1926-1984) plane sur l’ouvrage, c’est pourtant d’abord à un détour par rapport à l’héritage écrasant d’Histoire de la folie à l’âge classique (Plon, 1961) que le lecteur est invité, les procédures et les institutions judiciaires étant moins l’occasion d’entreprendre une archéologie du sujet occidental que d’esquisser une histoire sociale de la folie. En s’inspirant du sociologue Howard Becker et de sa notion de labelling (« étiquetage »), l’historienne cherche à comprendre comment une société considère qu’une personne relève de la folie à partir de pratiques concrètes, celles de la justice civile.
Ce choix, qui repose principalement sur l’étude des archives du Parlement de Paris et des registres du Châtelet, est sans doute l’aspect le plus original de la démarche, car les historiens du Moyen Age ont toujours privilégié la justice pénale, ses crimes, son élaboration doctrinale et ses enjeux politiques. Les tribunaux civils offrent une autre scène, sur laquelle la folie est d’abord une affaire de succession ou de curatelle. On cherche à faire invalider un testament ou un contrat, ou bien à mettre sous tutelle un parent qui sème le trouble ou dilapide son patrimoine.
Le surnaturel...



                        

                        


<article-nb="2018/03/22/19-15">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Hubert Bonin étudie la place de l’Etat dans la production entre 1914 et 1919, modèle d’économie mixte.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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La Grande Guerre s’est (aussi) gagnée à l’arrière

Hubert Bonin étudie la place de l’Etat dans la production entre 1914 et 1919, modèle d’économie mixte.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h15
    |

            Antoine Reverchon








                        



                                


                            
La France en guerre économique (1914-1919), d’Hubert Bonin, Droz, 522 p., 69 €.

Dans l’avalanche de livres, études et colloques suscitée par le centenaire de la première guerre mondiale, on compte beaucoup de travaux sur tel ou tel aspect économique ou technique du conflit qui qualifient celui-ci de « première guerre industrielle ». On a l’image des millions d’obus tirés par des milliers de canons à Verdun, du travail des femmes dans les usines de munitions, des camions de la « voie sacrée », des tanks de la victoire finale… Et aussi des « profiteurs de guerre », de « l’impérialisme stade suprême du capitalisme » (Lénine, 1916)… Hubert Bonin aborde tout cela et bien plus dans La France en guerre économique, après des années d’exploration systématique des archives des ministères, de l’armée, mais aussi des entreprises, livrant un tableau encyclopédique bardé de tableaux récapitulant jusqu’aux commandes de bretelles des pantalons des poilus.
L’économie tout entière mobilisée
Car la guerre s’est gagnée autant à l’arrière qu’au front, qui dévore insatiablement non seulement les hommes, mais aussi les munitions, les armes, les vêtements, les véhicules, les aliments… Hubert Bonin dresse le portrait d’une économie – industrie, agriculture, transport, banque, administration – tout entière mobilisée pour satisfaire les besoins de la défense de la patrie. Le 20 septembre 1914, alors que, avant-guerre, l’économie française se caractérisait par un libéralisme assumé et la faiblesse de l’Etat, le gouvernement replié à Bordeaux, inquiet de la baisse des stocks d’obus à l’issue de la bataille de la Marne, convoque le Comité des forges (les sidérurgistes Schneider, de Wendel, Saint-Chamond…), les patrons de Renault, des compagnies ferroviaires et des banques.
On a compris que la guerre durerait. Dès lors se construit une économie mixte organisée par régions et par filières...




                        

                        


<article-nb="2018/03/22/19-16">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ La sociologue Camille Herlin-Giret s’est intéressée à ces « pratiques routinisées » qui ne sont pas vécues comme de la fraude.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Le charme discret du contournement de l’ISF

La sociologue Camille Herlin-Giret s’est intéressée à ces « pratiques routinisées » qui ne sont pas vécues comme de la fraude.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 08h55
    |

                            Baptiste Coulmont (Contributeur Sciences  et sociologue, maître de conférences à l’université Paris-VIII)








                        



                                


                            
Carte blanche. Avant de déclarer ce que les gens doivent faire, avant de tenir une position normative, les sociologues ­étudient ce que les gens font. Sujet crucial : parfois les personnes ne font pas ce qui est attendu d’elles. Elles fument certaines substances interdites. Elles ont des relations sexuelles hors mariage. Elles ne paient pas la totalité de leurs impôts. Mais comment ­contourne-t-on la règle ?
Dans sa thèse de sociologie, Camille Herlin-Giret (université Paris Dauphine) a travaillé sur ce qu’elle appelle les « contournements discrets de l’impôt » (Sociétés contemporaines, n° 108, 2017). Pas l’impôt sur le revenu, que nous payons vous et moi, mais l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), que doivent payer les plus fortunés et qui vient d’être transformé en impôt sur la fortune immobilière. Certains de ces contribuables ont ­recours à des conseillers fiscaux, professionnels de l’évitement de l’impôt. Leur travail est certes très intéressant, mais ce qui ­intéresse la sociologue, ce sont les « pratiques routinisées » qui ne sont pas vécues comme de la fraude.
Camille Herlin-Giret met en lumière les « petits stratagèmes » qui permettent de ­diminuer l’ISF. D’abord en minorant l’évaluation des biens. Car la marge de manœuvre est grande. En effet, dans cet impôt, non seulement « la valeur des biens est laissée au choix des déclarants » mais, de plus, très peu de redressements fiscaux ont été réalisés sur la base d’une sous-évaluation.
Autant dire que la « triche » n’est pas activement découragée. Ainsi, une partie des personnes avec lesquelles Camille Herlin-Giret s’est entretenue admettent sous-évaluer leur patrimoine pour le fisc tout en ne s’estimant pas si riches que cela : une fortune de « 3,6 millions, c’est franchement pas grand-chose »…
Une tricherie qui tombe sous le sens
D’autre part, l’enquête sociologique révèle que l’évaluation des biens ne se...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », déplore que les combattants kurdes soient à nouveau abandonnés, en Syrie comme en Irak.
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Article sélectionné dans La Matinale du 21/03/2018
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« Les Kurdes ont été au premier plan de la lutte contre l’EI. Méritent-ils le cynisme des grandes puissances ? »

Dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », déplore que les combattants kurdes soient à nouveau abandonnés, en Syrie comme en Irak.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 10h15
    |

            Alain Frachon (éditorialiste au « Monde »)








                        



                                


                            
Chronique. Sans les Kurdes, la barbarie de l’organisation dite Etat islamique (EI) sévirait encore. Les djihadistes disposeraient toujours de leurs points d’appui en Syrie et en Irak. Les « hommes en noir » asserviraient les populations locales. A Mossoul, en Irak, ils fabriqueraient de la voiture piégée à la chaîne – pour tuer et mutiler ici et là. A Rakka, en Syrie, ils entraîneraient de jeunes Européens, convertis à leur cause, pour qu’ils repartent semer la mort – à Bruxelles, Paris et ailleurs.
Aux Etats-Unis et en Europe, on présentait la lutte contre le terrorisme islamiste comme une priorité stratégique. On assurait qu’il s’agissait d’une « guerre » à mener sur tous les fronts. La menace était jugée « existentielle ». Nos alliés dans ce combat seraient nos frères d’armes. On ne les oublierait pas, juré, promis. C’était hier. Entre-temps, l’EI a été défait, en tout cas singulièrement affaibli, chassé de Mossoul et de Rakka. Soulagement en Europe et aux Etats-Unis. On peut passer à autre chose.

Aujourd’hui, la Turquie et ses supplétifs occupent le nord-ouest de la Syrie. Notre alliée de l’OTAN y traque les Kurdes, nos alliés de la lutte contre l’EI. Dans le chaos des guerres syriennes, les 2 à 3 millions de Kurdes de Syrie se sont taillés, sous la houlette du Parti de l’union démocratique (PYD), une région autonome le long de la frontière avec la Turquie. Ils l’appellent le Rojava. Le PYD est proche du PKK – les autonomistes kurdes de Turquie, en guerre contre Ankara depuis quarante ans –, que les Etats-Unis et les Européens considèrent comme une organisation terroriste, non sans quelque raison.
Une étonnante équipée
L’armée turque ne veut pas que le Rojava serve de base arrière au PKK, même si aucune attaque contre la Turquie n’a été lancée depuis la Syrie. Elle entend démanteler le Rojava. Elle a le feu vert de la Russie, qui laisse l’aviation turque bombarder les villages kurdes.
Sur le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Il y a peu de chance que la grande grève de 1995 se répète, analyse le philosophe Joël Roman dans une tribune au « Monde ».
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« L’addition de mécontentements ne fait pas un “mouvement social” »

Il y a peu de chance que la grande grève de 1995 se répète, analyse le philosophe Joël Roman dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    22.03.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 10h55
    |

Joël Roman (philosophe, membre du comité de rédaction de la revue "Esprit". Il fut l'un des rédacteurs du texte "Pour une réforme de fond de la Séc...







                        



                                


                            
Tribune. Dans la mémoire collective, une grève à la SNCF évoque sans coup férir la grande grève de l’automne 1995, qui paralysa le pays pendant plus d’un mois et permit d’annexer au mouvement tous ceux qui furent empêchés de rejoindre leur travail, sous le nom de « grève par procuration ».

Rappelons le contexte : le premier ministre d’alors, Alain Juppé, proposait un plan de réforme de la Sécurité sociale, flanqué d’un certain nombre d’autres mesures, dont une réforme du régime de retraite des cheminots, qui devait mettre le feu aux poudres. Alors que le « plan Juppé », comme on l’appela, suscita un soutien assez largement répandu, et fut notamment salué par la CFDT, les mesures spécifiques à la SNCF déclenchèrent un mouvement de grève très spectaculaire.
Un certain nombre d’intellectuels et de responsables associatifs s’engagent alors dans un soutien à la réforme de la Sécurité sociale, qu’ils considèrent comme une réforme de fond, qui assure un financement pérenne de celle-ci et en consolide les principes de solidarité ; tandis qu’en réponse, un appel est lancé par d’autres intellectuels autour de Pierre Bourdieu pour soutenir le mouvement de grève, décrit comme un mouvement social dépassant les enjeux strictement corporatistes et mobilisant rien moins que « les acquis les plus universels de la République ».

Au bout d’un mois de conflit dur, la réforme des retraites des cheminots est abandonnée par le gouvernement, tandis que la réforme de la Sécurité sociale est adoptée, et sera conservée et approfondie par la gauche quand elle reviendra au pouvoir avec Lionel Jospin, quelques années plus tard, à l’occasion de la dissolution de l’Assemblée nationale par Jacques Chirac.
« Du conflit de 1995 est restée une fracture profonde à gauche, entre un courant réformiste et un courant “mouvementiste” »
De ce conflit est restée une fracture profonde à gauche, entre un courant réformiste, soucieux avant tout...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’historienne Michelle Zancarini-Fournel, signataire à l’époque d’un appel contre le plan Juppé, revient sur les grèves de 1995, qui ont opposé Bourdieu, FO et la CGT aux intellectuels « réformistes », proches de la CFDT.
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« Le souvenir de la grève des cheminots de 1995 resurgit »

Dans une tribune au « Monde », l’historienne Michelle Zancarini-Fournel, signataire à l’époque d’un appel contre le plan Juppé, revient sur les grèves de 1995, qui ont opposé Bourdieu, FO et la CGT aux intellectuels « réformistes », proches de la CFDT.



Le Monde
 |    22.03.2018 à 04h45
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 10h51
    |

Michelle Zancarini-Fournel (Historienne, professeure d’histoire contemporaine à l’université Claude-Bernard-Lyon-I)







                        



                                


                            

Tribune. Gare de Lyon, 12 décembre 1995 : le discours de Pierre Bourdieu, à la fin de la manifestation qui a rassemblé plusieurs centaines de milliers de personnes, appartient, selon ses propres termes, aux « armes intellectuelles de la résistance », celles d’un « intellectuel collectif » que Bourdieu entend alors incarner, qui n’est pas l’intellectuel engagé sartrien ou l’intellectuel spécifique de Michel Foucault.
Du 24 novembre au 16 décembre 1995, plus d’un quart de siècle après 1968, la France a connu un conflit social d’une ampleur exceptionnelle. Il a eu pour cible le plan de réforme des systèmes d’assurance-maladie, d’assurance-chômage et des retraites, dévoilé le 15 novembre par le premier ministre Alain Juppé. Il s’est cristallisé en particulier autour de la question controversée des caisses de retraites spécifiques (SNCF, RATP, Poste…). C’est ce dernier point qui provoque une réaction vive des salariés du public, et en premier lieu des cheminots, dont le régime spécial est particulièrement visé par la réforme envisagée.

Elle aboutit à une fracture dans le mouvement syndical : d’un côté, la CFDT, avec à sa tête Nicole Notat, approuve la réforme ; de l’autre, la CGT et FO défendent la Sécurité sociale et les régimes de retraite existants. L’importance de ce mouvement social, soutenu par l’opinion publique, montre l’attachement des Français au système social né de la Libération. Massif par sa mobilisation, avec ses centaines de milliers de grévistes et ses 2 millions de manifestants sur l’ensemble du territoire, le mouvement social a pris la forme de multiples cortèges dans les métropoles régionales comme dans les villes moyennes.
La contestation étudiante (sous forme de grève et d’occupation des universités) pour obtenir plus de moyens d’enseignement et de recherche, a précédé et a coexisté avec la grève des salariés du secteur public. Il ne faut pas oublier non plus la manifestation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ A l’issue d’une grande journée de mobilisation contre le plan Juppé, le 12 décembre 1995, le sociologue prit la parole à la gare de Lyon pour soutenir le mouvement social. Nous reproduisons aujourd’hui ce discours historique, afin de mesurer ce qui le rapproche et le sépare de la situation actuelle
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Pierre Bourdieu avec les grévistes de 1995 : « Contre la destruction d’une civilisation »

A l’issue d’une grande journée de mobilisation contre le plan Juppé, le 12 décembre 1995, le sociologue prit la parole à la gare de Lyon pour soutenir le mouvement social. Nous reproduisons aujourd’hui ce discours historique, afin de mesurer ce qui le rapproche et le sépare de la situation actuelle



Le Monde
 |    22.03.2018 à 04h30
 • Mis à jour le
22.03.2018 à 10h41
    |

Pierre Bourdieu (Sociologue, professeur au Collège de France 1981-2002)







                        



                                


                            

Verbatim. Je suis ici pour dire notre soutien à tous ceux qui luttent, depuis trois semaines, contre la destruction d’une civilisation, associée à l’existence du service public, celle de l’égalité républicaine des droits, droits à l’éducation, à la santé, à la culture, à la recherche, à l’art, et, par-dessus tout, au travail. Je suis ici pour dire que nous comprenons ce mouvement profond, c’est-à-dire à la fois le désespoir et les espoirs qui s’y expriment, et que nous ressentons aussi ; pour dire que nous ne comprenons pas (ou que nous ne comprenons que trop) ceux qui ne le comprennent pas, tel ce philosophe qui, dans Le Journal du dimanche du 10 décembre, découvre avec stupéfaction « le gouffre entre la compréhension rationnelle du monde », incarnée selon lui par Juppé – il le dit en toutes lettres –, « et le désir profond des gens ».
Cette opposition entre la vision à long terme de « l’élite » éclairée et les pulsions à courte vue du peuple ou de ses représentants est typique de la pensée réactionnaire de tous les temps et de tous les pays ; mais elle prend aujourd’hui une forme nouvelle, avec la noblesse d’Etat qui puise la conviction de sa légitimité dans le titre scolaire et dans l’autorité de la science, économique notamment : pour ces nouveaux gouvernants de droit divin, non seulement la raison et la modernité, mais aussi le mouvement, le changement, sont du côté des gouvernants, ministres, patrons ou « experts » ; la déraison et l’archaïsme, l’inertie et le conservatisme du côté du peuple, des syndicats, des intellectuels critiques.
Une chance historique
C’est cette certitude technocratique qu’exprime Juppé lorsqu’il s’écrie : « Je veux que la France soit un pays sérieux et un pays heureux. » Ce qui peut se traduire : « Je veux que les gens sérieux, c’est-à-dire les élites, les énarques, ceux qui savent où est le bonheur du peuple, soient en mesure de faire le bonheur du peuple,...




                        

                        

