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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Flamboyante, la série de Billy Ray évoque les arrangements du cinéma américain avec le régime hitlérien (sur Amazon Prime à la demande).
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TV – « The Last Tycoon » : Hollywood sous l’influence du Reich

Notre choix du soir. Flamboyante, la série de Billy Ray évoque les arrangements du cinéma américain avec le régime hitlérien (sur Amazon Prime à la demande).



Le Monde
 |    21.03.2018 à 17h45
    |

            Renaud Machart








                        


Série sur Amazon Prime à la demande

Resté inachevé à la mort de Francis Scott Fitzgerald, en décembre 1940, The Last Tycoon (Le Dernier Nabab) parut en 1941, dans une version mise au point par son ami l’écrivain et critique Edmund Wilson. Cette histoire, considérée comme un roman à clé sur les milieux cinématographiques hollywoodiens des années 1930, a fait l’objet, en 1957, d’une adaptation pour une série dramatique télévisée de John Frankenheimer, avec Lee Remick et Jack Palance. En 1976, The Last Tycoon devint un film, signé Elia Kazan, sur un scénario de Harold Pinter, avec Robert De Niro.
Une deuxième édition littéraire, assurée par un universitaire spécialiste de Fitzgerald, a été publiée en 1993 sous le titre The Love of the Last Tycoon. C’est sur cette version que s’est fondée, en 1998, une adaptation pour le théâtre puis pour une série télévisée sur HBO. La chaîne câblée finit par y renoncer et par vendre les droits à Sony Pictures, qui en assura la production pour les studios d’Amazon Video en 2016.
Glamour en diable
Grâce à un budget conséquent, cette série est réalisée dans l’esprit d’un film hollywoodien flamboyant, reconstituant à grands frais l’époque des années 1930. C’est glamour en diable, avec une image volontiers vaporeuse qui agit comme un élégant sfumato.
Mais l’époque dépeinte est aussi celle où Hitler tente, par le biais de son consulat à Los Angeles, de faire la pluie et le beau temps sur le cinéma américain en censurant tout ce qui ne convient pas à la doctrine nationale-socialiste. La plupart des producteurs – dont beaucoup étaient juifs – plient l’échine car l’Allemagne est un pays où leurs films faisaient d’excellentes recettes.
Intrigues et doubles jeux
Monroe Stahr (Matt Bomer), un bourreau des cœurs encore endeuillé par la disparition de son épouse – une vedette aimée d’Hollywood –, va tenter de s’opposer à cette censure, avec l’appui réticent de son patron, Pat Brady (le granitique Kelsey Grammer), directeur d’un studio qui ne peut se permettre de perdre le marché allemand.
A cet axe s’agrègent des intrigues amoureuses, des doubles jeux, des drames et des violences sociales dont le terrain d’action est le studio de Pat Brady et les somptueuses résidences des nababs d’Hollywood. De sorte que le propos s’illustre par l’artifice, bien connu mais toujours efficace, du principe du théâtre dans le théâtre.

   


Les personnages de Monroe Stahr et Pat Brady auraient été calqués par Fitzgerald sur le producteur Irving Thalberg et le directeur de la Metro Goldwyn-Mayer Louis B. Mayer. Mais la série brouille les pistes en prenant de grandes libertés dans son adaptation et en faisant de ceux-ci deux personnages importants (Pat Brady emprunte même de l’argent à Louis B. Mayer…).
Le propos s’attache aussi à montrer comment Hollywood accueillit une vague de musiciens juifs européens dont certains décidèrent d’émigrer pour échapper aux rafles. La série aurait pu prendre modèle sur un compositeur de cinéma mais a préféré broder sur l’arrivée de membres de l’Orchestre philharmonique de Vienne à Hollywood, en marge d’une tournée de concerts.
La chose est improbable mais possible : les musiciens juifs n’avaient pas encore été chassés de cette formation. Mais elle permet d’évoquer, derrière la façade d’un propos divertissant pour le grand public, une dure réalité qui paraissait bien lointaine à beaucoup de juifs californiens à l’époque.
The Last Tycoon, série créée par Billy Ray. Avec Matt Bomer, Kelsey Grammer, Lily Collins, Dominique McElligott, Enzo Cilenti (EU, 2016-2017, 9 × 50-60 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Des années 1960 à nos jours, le destin croisé d’ultramarins exilés en métropole dans l’espoir d’une vie meilleure (sur France 2 à 20 h 55).
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TV – Un « Rêve français » aux éclats amers

A voir aussi ce soir. Des années 1960 à nos jours, le destin croisé d’ultramarins exilés en métropole dans l’espoir d’une vie meilleure (sur France 2 à 20 h 55).



Le Monde
 |    21.03.2018 à 17h30
    |

            Véronique Cauhapé








                        


Téléfilm sur France 2 à 20 h 55

En 1963, la création par Michel Debré du Bumidom – Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer – vise à favoriser la migration de jeunes Antillais (touchés par le chômage) vers les départements français (en manque de main-d’œuvre). La proposition est trop belle pour ne pas y succomber, et ce sont ainsi des milliers d’ultramarins qui vont choisir l’exil, portés par ce « rêve français » qui leur offre le voyage, leur promet formation, emploi et logement. A travers plusieurs personnages dont les vies se croisent, le téléfilm en deux parties de Christian Faure choisit de raconter cette page occultée de l’histoire de France.
Doris (Aïssa Maïga), Samuel (Yann Gael), originaires de Guadeloupe, et Charley (Aude Legastelois), de La Réunion, sont de ceux qui ont cru à cet eldorado, qui ont quitté leur maison, leur famille et leurs amis pour saisir leur chance, échapper à l’autorité butée du père, devenir avocat ou comédienne. Et qui, arrivés en France, se sont heurtés à une tout autre réalité. Emplois subalternes, racisme, mépris – nourris par les relents colonialistes –, rudoyant quelque peu l’idée qu’on leur avait vendue.
Simplification dramatique
Film choral qui suit ses personnages durant cinquante ans – de 1963 à 2005 –, Le Rêve français révèle les difficultés et blessures de ces exilés réclamés, puis rejetés et oubliés. Le film n’omet pas de signaler, en toile de fond, les différents épisodes qui ont accompagné ce demi-siècle d’histoire : la régression de l’industrie sucrière, le chômage, la montée des mouvements indépendantistes, séparatistes et terroristes, la pollution au chlordécone, la radicalisation de jeunes convertis à l’islam, la mémoire de l’esclavage…

   


Hélas, prévue au départ sur un format de six fois 52 minutes, cette saga, réduite à deux fois 90 minutes, n’a pas eu d’autre choix que de sacrifier la profondeur de son propos et de ses personnages. Si bien que, Le Rêve français devant filer à toute allure, il opte pour des raccourcis qui cèdent aux clichés et à la simplification dramatique. Difficile pour les scénaristes – Sandro Agénor, Alain Agat et Christian Faure – de faire autrement, soucieux, jusqu’au bout et malgré tout, de soutenir l’ambition de leur projet.
Le Rêve français, de Christian Faure. Avec Yann Gael, Aïssa Maïga, Ambroise Michel (Fr., 2017, 2 × 90 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ La romancière franco-ivoirienne Véronique Tadjo se félicite, dans une tribune au « Monde », de la volonté d’Emmanuel Macron de vouloir lier pluralisme linguistique et francophonie. Pour elle, la langue française a trop longtemps voulu défendre son hégémonie en Afrique subsaharienne.
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« Le français ne doit plus faire barrage aux langues nationales des pays dits francophones »

La romancière franco-ivoirienne Véronique Tadjo se félicite, dans une tribune au « Monde », de la volonté d’Emmanuel Macron de vouloir lier pluralisme linguistique et francophonie. Pour elle, la langue française a trop longtemps voulu défendre son hégémonie en Afrique subsaharienne.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 17h19
    |

Véronique Tadjo (Ecrivaine et universitaire franco-ivoirienne)







                        



                                


                            

Tribune. La position du président de la République sur la question de la francophonie me semble nouvelle. En effet, dès le début, le projet est annoncé : il s’agit de parler de la langue française et du pluralisme. C’est une avancée de taille. Pendant trop longtemps, nous avons été habitués à une langue française voulant défendre son hégémonie au point de faire barrage aux langues nationales des pays dits « francophones ».
La majorité des jeunes apprennent à parler et surtout à lire le français à l’école
On connaît l’anecdote truculente des petits élèves africains sous la colonisation récitant leurs leçons en commençant par « Nos ancêtres les Gaulois… » Ensuite, les politiques linguistiques adoptées au moment des indépendances dans bon nombre de pays de l’Afrique subsaharienne, par exemple, ont fait du français la langue officielle au détriment des langues locales. Or, plus de cinquante ans après, on se rend compte que cette décision n’était sans doute pas la plus judicieuse. Surtout dans l’enseignement.

Le français n’a pas répondu aux ambitions que nous lui avions données. La majorité des jeunes apprennent à parler et surtout à lire le français à l’école. Mais d’une crise économique à une autre, d’un conflit armé à un autre, les systèmes éducatifs se sont effondrés et le niveau de langue a fait une chute vertigineuse. Aujourd’hui, les dégâts auraient été réduits si les élèves du primaire avaient suivi un enseignement dans leur langue maternelle. Ils auraient gagné en fierté identitaire et mieux intégrés les premiers concepts de base qui mènent aux sciences, à la technique et à la pensée.
La Francophonie, source de malentendus
Mettre le pluralisme au centre des préoccupations est de l’intérêt du français comme des autres langues qui aspirent à cohabiter pacifiquement avec lui. La francophonie du Sud est naturellement polyglotte. Il faut renforcer le dialogue des langues de façon à ce que nous n’ayons pas des mentalités...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ La station propose jeudi 22 mars, une journée spéciale consacrée à Mai 68 avec en point d’ordre un « tout sonore » composé des archives de la radio.
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Mai 68 en son et en musique sur Europe 1

La station propose jeudi 22 mars, une journée spéciale consacrée à Mai 68 avec en point d’ordre un « tout sonore » composé des archives de la radio.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 17h07
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 17h14
    |

            Christine Rousseau








                        



   


La date du 22 mars choisie par les organisations syndicales pour appeler à une journée de mobilisation générale contre, notamment, les réformes de la fonction publique et de la SNCF voulues par le gouvernement, n’est en rien anodine. En effet, à cette date, il y a tout juste cinquante ans, une centaine d’étudiants occupait la salle du conseil de l’université de Nanterre. Ce « Mouvement du 22 mars », à la tête duquel se trouve Daniel Cohn-Bendit, ne cessera de s’amplifier pour atteindre début mai, La Sorbonne, à Paris, avant de s’étendre à toute la France.
Symbole du déclenchement d’un des plus vastes mouvements social, politique et culturel qu’a connu la France, au XXe siècle, le 22 mars, a également été choisi par Europe 1 pour lancer les commémorations du cinquantième anniversaire de Mai 68, à travers une journée spéciale. Afin de faire revivre les temps forts de ces événements, la station propose un « tout sonore » construit à partir de ses archives, commentées par Thierry Geffrotin qui, chaque dimanche matin, nous berce de ces « refrains de l’actu ».

   


Découpé en quatre épisodes de 10 minutes, allant du 22 mars au 29 mai, date de la disparition surprise du Général de Gaulle, avant son retour et l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale, Mai 68, la révolte sur les ondes permet d’appréhender la manière dont ce mouvement de contestation étudiant s’est mué en mouvement social puis politique. Surtout, il offre par sa richesse sonore, une véritable plongée au plus près des événements au fil desquels on peut (ré) entendre les différents protagonistes, mais également les reporters d’Europe 1 (Gilles Schneider, Fernand Choisel, Alain Cancès…) se glissant dans les cortèges, les assemblées générales ou arpentant le Quartier Latin lors de la nuit des barricades du 4 mai, ainsi que les débats organisés par la station avec les auditeurs.
Outre ce feuilleton radiophonique, dont les deux premiers épisodes sont d’ores et déjà disponibles sur le site de la station, dans « Europe 1 matin » (7 heures-9 h 30) Patrick Cohen fera revivre la journée du 22 mars à travers des archives et des reportages sur le « mouvement des enragés » que commentera certainement Daniel Cohn-Bendit, invité de la matinale. On retrouvera « Dany le rouge » à 20 heures, dans « Europe Soir » de Frédéric Taddeï, lors d’un débat avec Alain Duhamel, auteur de Mai 68, les coulisses de la révolte (diffusé le 25 sur France 5 à 20h50), la philosophe Laëtitia Strauch-Bonart et l’historienne Ludivine Bantigny sur l’héritage de Mai 68. Enfin dans « Shuffle », à 21 heures, Emilie Mazoyer, en compagnie de Guy Carlier, fera souffler un vent de révolte musicale.
Europe1/Mai 68 la révolte sur les ondes, de Sébastien Guidis, commenté par Thierry Geffrotin (4X10 min) sur Europe1.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ A voir ce soir. En écho au scandale du Lévothyrox, « Enquête de santé » revient sur les dérives inhérentes au traitement des maladies liées à la thyroïde en France (sur France 5 à 20 h 50).
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TV – « Thyroïde, l’effet papillon »

A voir ce soir. En écho au scandale du Lévothyrox, « Enquête de santé » revient sur les dérives inhérentes au traitement des maladies liées à la thyroïde en France (sur France 5 à 20 h 50).



Le Monde
 |    21.03.2018 à 17h00
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 17h07
    |

                            Louis Berthelot








                        


Magazine sur France 5 à 20 h 50



« Je suis devenue en quatre-cinq mois une épave, épuisée, fatiguée. Pourquoi toutes ces douleurs ? » En relisant ce qu’elle avait écrit il y a un an, Sylvie peine à cacher son émotion. Pourtant, depuis, elle a trouvé la réponse : ses douleurs étaient dues au changement de formule du Lévothyrox, un médicament destiné à remplacer les hormones que la thyroïde ne produit plus. Un changement opéré, au printemps 2017, par le laboratoire pharmaceutique allemand Merck Biopharma qui, en quelques mois, entraîna 17 000 déclarations d’effets indésirables auprès des agences de santé.
Le Lévothyrox ingéré, en France, par trois millions de personnes est ainsi venu allonger la liste de ces médicaments défaillants, ou abusivement prescrits, tel le Médiator, le traitement du diabète ou encore celui de la maladie de Lyme. Autant de scandales auxquels le magazine « Enquête de santé » s’est fait l’écho, n’hésitant pas à dénoncer les dérives qu’ont pu engendrer la libéralisation des hôpitaux et des soins en France, ainsi que les agissements parfois risqués de certains laboratoires pharmaceutiques.

   


Afin d’alerter sur les risques du surdiagnostic, les journalistes n’ont donc pas hésité, dans ce numéro, à élargir leur investigation au traitement des cancers de la thyroïde – qui conduit, quasi systématiquement à son ablation. Cette opération lourde, réalisée même sur des cancers bénins, est effectuée sur 45 000 personnes, chaque année en France. Un chiffre jugé trop élevé par certains spécialistes interrogés tout au long de ce documentaire dans lequel la réalisatrice Marie Bonhommet interpelle les acteurs du secteur de la santé, en prenant soin de donner la parole aux différentes parties mises en cause. Ainsi, Christelle Ratignier-Carbonneil, directrice-adjointe de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) reconnaît-elle face caméra une défaillance dans la communication de l’agence.
Le documentaire sera suivi d’un débat animé par Michel Cymes, Marina Carrère-d’Encausse et Benoît Thevenet. Autour de la table seront réunis quatre spécialistes et professionnels de santé qui interviennent dans le documentaire.
Thyroïde, l’effet papillon, de Marie Bonhommet (Fr., 2018, 52 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Le groupe new-yorkais Spanglish Fly remet au goût du jour le boogaloo, un style en vogue à la fin des années 1960. Enthousiasmant !
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Une femme cherche dans son récent veuvage la force d’entamer une vie nouvelle. Avec « Quelle n’est pas ma joie », le romancier danois transcende l’ordinaire.
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Jens Christian Grondahl rompt la glace

Une femme cherche dans son récent veuvage la force d’entamer une vie nouvelle. Avec « Quelle n’est pas ma joie », le romancier danois transcende l’ordinaire.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 16h00
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Quelle n’est pas ma joie (Tit er jeg glad), de Jens Christian Grondahl, traduit du danois par Alain Gnaedig, Gallimard, « Du monde entier », 160 p., 15 €.

Jours de débâcle à Copenhague. Le canal de Nyhavn passe du solide au liquide. La glace se rompt et s’éparpille comme les pièces d’un immense puzzle blanc. Il y a quelque chose d’hypnotique dans ce spectacle qui fascina tant de peintres. Peu à peu, l’eau noire apparaît, hostile, tourmentée. Si l’on posait un personnage sur chacun de ces îlots glacés, on obtiendrait une métaphore parfaite de l’œuvre de Jens Christian Grondahl. Une œuvre où chaque être se trouve seul sur sa mini-banquise. « Pauvre petite chose engourdie et transie » emportée par des courants incertains. Tandis que sous ses pieds, tout craque, fond et se désagrège.
Né en 1959, Grondahl est l’écrivain ­danois le plus envoûtant de sa génération. Auteur d’une dizaine de romans traduits – presque tous chez Gallimard –, l’homme a récolté quelques récompenses d’envergure : Grand Prix de littérature du Conseil nordique, prix Impac de Dublin, prix Jean-Monnet pour Piazza Bucarest (2007)… L’intime est sa grande affaire. L’amour, le couple, l’éloignement. Et finalement la solitude. Mais une solitude existentielle à la Kierkegaard, pure comme du cristal. Enveloppée dans une gaze ouatée qui l’esthétise et la rend presque désirable.
Converser dans un cimetière avec une morte pour mieux revivre
Prenez Ellinor, l’héroïne de Quelle n’est pas ma joie. A 70 ans, elle vient de perdre Georg, son mari. Elle s’adresse à Anna, sa meilleure amie, qui fut la première femme de Georg. « Voilà, ton mari est mort lui aussi, Anna. Ton mari, notre mari. (…) De ta tombe, on peut voir l’arrière de la sienne. J’ai opté pour du calcaire (…). Le granit c’est trop lourd, et notre Georg s’était plaint d’une douleur à la poitrine. » Plus tard dans le texte, on comprendra...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Chez lui, à Copenhague, l’écrivain évoque ses thèmes d’élection et leur origine – sa vie, bien sûr, et la tradition littéraire danoise, Kierkegaard ou Blixen.
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Jens Christian Grondahl : « Ecrire, c’est s’efforcer de vivre avec la perte »

Chez lui, à Copenhague, l’écrivain évoque ses thèmes d’élection et leur origine – sa vie, bien sûr, et la tradition littéraire danoise, Kierkegaard ou Blixen.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 16h00
    |

                            Florence Noiville (Copenhague, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Il reçoit dans son élégant appartement, en plein cœur de Copenhague. « Vous savez que le philosophe Soren Kierkegaard [1813-1855] a habité tout près d’ici ?, demande-t-il dans un français impeccable. Il a traversé ces rues qui n’ont pas changé. Si vous vous promenez très tôt, un dimanche, vous apercevrez son fantôme sous son vaste chapeau. Lui, le grand solitaire qui avait rompu avec tout… » Solitude. Le mot est lâché. C’est l’un des préférés de Jens Christian Grondahl. L’un des fils rouges de son œuvre. La solitude le nourrit, il la chérit. Dès qu’il le pourra d’ailleurs, après cette interview, il filera la retrouver. A Skagen, une petite ville de pêcheurs, tout au nord de la pointe du Jutland. Il y possède une maison « entre deux mers, entourée de pins et de dunes ». Il raconte qu’il y a un siècle, une colonie de peintres impressionnistes s’y est établie. Parce que Skagen est l’endroit où la mer du Nord rencontre la Baltique et que la lumière y est exceptionnelle. « J’ai tout le temps besoin d’y retourner, ajoute-t-il, comme s’il parlait d’une drogue. C’est là que j’écris le mieux. C’est aussi là que je trouve l’équilibre le plus harmonieux entre la vie quotidienne, familiale, et le travail égocentrique de l’artiste, un thème récurrent dans tous mes livres. »
« On devient poète à cause d’une femme que l’on a perdue, n’est-ce pas ? »
Ce thème récurrent – ainsi que tous les autres, amours, couples, ruptures, familles, hasards, identités, secrets… –, peut-il en parler ? Il se méfie un peu. « Parfois, il m’a fallu des années avant de bien comprendre moi-même ce que voulait dire un texte », dit-il. On lui fait remarquer que, dans nombre de ses romans, le point de départ est une perte. Un deuil, un abandon, une fugue. Souvent, c’est une femme qui disparaît, comme dans Piazza Bucarest ou dans Silence en octobre. « C’est vrai, confesse-t-il. J’ai moi-même connu cela. Ma mère...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Avec ses reproductions en papier et à taille réelle de lieux connus ou anodins, réalisées à partir de photos de presse, l’artiste allemand interroge le pouvoir de l’image. Pour « M », il dévoile jusqu’à fin mai des détails inédits de ses maquettes.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ L’artiste allemand reproduit en papier des images issues de la presse. Ses clichés, à la frontière de la fiction et de la réalité, interrogent le pouvoir de l’image. Pour « M », qui lui donne « carte blanche » jusqu’à fin mai, il dévoile des photos de détails inédites.
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Thomas Demand, le maître des illusions


                      L’artiste allemand reproduit en papier des images issues de la presse. Ses clichés, à la frontière de la fiction et de la réalité, interrogent le pouvoir de l’image. Pour « M », qui lui donne « carte blanche » jusqu’à fin mai, il dévoile des photos de détails inédites.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 15h36
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 17h01
    |

                            Roxana Azimi








   


Ce casier n’est pas un casier, cet escalier n’est pas un escalier. Depuis le milieu des années 1990, le photographe allemand Thomas Demand, qui réalise une « Carte blanche » pour M, trouble le monde de la photographie avec ses vraies fausses images. Elève indiscipliné, il a pris à rebours l’enseignement de ses professeurs de l’académie de Düsseldorf, Bernd et Hilla Becher, connus pour leurs austères portraits de châteaux d’eau. « L’objectivité, je l’ai jetée par-dessus bord, dit-il tout sourire. Je suis artiste, pas documentariste ! » Son travail, néanmoins, se situe dans cette fragile articulation entre réalité et fiction. Les photos de Demand sont le fruit d’un patient travail de construction. Le procédé n’a pas varié en vingt ans.
« La photographie n’est pas une réalité, mais une représentation qu’il faut déchiffrer. » Thomas Demand
A partir d’images d’archives de journaux, il réalise d’abord une maquette en papier et en carton – grandeur nature – d’un lieu dénué de présence humaine, et généralement chargé d’histoire. Au catalogue : l’atelier de Matisse, la salle de contrôle de la centrale de Fukushima, le bunker d’Hitler, le tunnel du pont de l’Alma fatal à Lady Di, mais aussi des « non lieux » familiers, des bureaux froids et anonymes qui rappellent les entreprises déshumanisées. Pour accentuer la vraisemblance du décor, l’artiste peaufine l’éclairage. Passée la prise de vue, la maquette si soigneusement confectionnée pendant deux à trois semaines est immédiatement détruite.

   


Est-ce du vrai ou du faux ? L’illusion est quasi parfaite. Si Thomas Demand aime ainsi instiller le doute, c’est que lui-même se méfie d’un média si souvent utilisé comme arme de propagande. « L’art doit vous rendre conscient que ce que vous voyez est toujours une construction, professe-t-il. La photographie n’est pas une réalité, mais une représentation qu’il faut déchiffrer. » Et de poursuivre : « Vous devez apprendre à douter de tout. Ce que représente une photo compte moins que la source. Qui vous l’envoie ? Dans quel but ? Voilà les bonnes questions ! » Une hygiène du regard précieuse à l’ère des fake news et des photomontages.

   


Pour sa « Carte blanche », Thomas Demand s’est concentré sur des détails qu’il ne montre habituellement jamais. « Avant de détruire une maquette, confie-t-il, je prends des photos avec un petit appareil, juste pour moi. C’est comme un ultime coup d’œil avant démolition. » Selon lui, les détails ont le pouvoir de raviver la mémoire immédiate. Des casiers anonymes ? Pour Demand, ils évoquent une école américaine, de celles qui sont régulièrement endeuillées et réveillent le sempiternel débat sur la vente libre des armes à feu. Un éboulement de pierres ? Il fait le lien avec les destructions quotidiennes en Syrie. Deux portes entrebâillées sont celles que tout journaliste doit forcer pour avoir accès à l’information. Quant aux violons suspendus chez un luthier, ils rappellent que la seule chose que l’intelligence artificielle ne peut façonner, c’est l’instrument de musique. Un escalier ? à vous de trouver…
Lire aussi : Les prouesses de Thomas Demand, illusionniste de la photo et de la vidéo
« The Complete Papers », de Thomas Demand, MACK, 80 €, à paraître en mai.



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Louise Beaudoin, ancienne ministre des relations internationales du Québec, se réjouit d’entendre Emmanuel Macron reconnaître que la France n’est pas le centre de la francophonie. Mais elle s’interroge sur son silence sur l’Organisation internationale de la francophonie.
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« Les Français sont des francophones comme les autres »

Dans une tribune au « Monde », Louise Beaudoin, ancienne ministre des relations internationales du Québec, se réjouit d’entendre Emmanuel Macron reconnaître que la France n’est pas le centre de la francophonie. Mais elle s’interroge sur son silence sur l’Organisation internationale de la francophonie.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 11h44
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 13h43
    |

Louise Beaudoin (Ancienne ministre des relations internationales du Québec)







                        



                                


                            

Tribune. Les Français sont des francophones comme les autres. Ainsi l’a décrété le 20 mars Emmanuel Macron dans son discours très attendu sur l’ambition de la France pour la langue française et le plurilinguisme prononcé à l’Académie française.
Enfin ! Diront les autres francophones disséminés sur les cinq continents. Nous attendions depuis longtemps une telle déclaration et nous espérons tout simplement qu’elle sera suivie d’effets concrets. Ainsi dorénavant n’entendrons-nous plus jamais un président de la République affirmer, comme le fit Nicolas Sarkozy à propos du rôle de TV5 Monde : « Je veux renforcer les moyens de diffusion de la culture française dans le monde ».

Cette phrase en disait long : pour beaucoup de Français et pour le premier d’entre eux, la francophonie c’était la France ; la langue française c’était la France. Grand bond en avant, par conséquent, avec cette reconnaissance par Emmanuel Macron d’une francophonie multiple dont la France n’est plus nécessairement le centre, tout en admettant qu’elle a des responsabilités particulières par rapport à la langue française.
Il y a plus de dix ans, un collectif d’écrivains francophones dont plusieurs québécois, notamment Dany Laferrière et Wajdi Mouawad, lançaient un Manifeste (« Le Monde des Livres », 15 mars 2007) qui avait fait, à l’époque, grand bruit. Pour ces auteurs, la littérature française était un élément, ni plus ni moins, de la littérature francophone et les lettres francophones n’étaient pas une simple dépendance de la littérature française.
Refus du bilinguisme institutionnel
Ils ajoutaient que la langue française devait être « libérée de son pacte exclusif avec la nation », sous-entendue « française », car elle appartenait à tous les francophones. Alain Mabanckou, souhaitait même, compte tenu de sa connotation péjorative pour beaucoup d’Africains parce que teintée de postcolonialisme, abolir le terme de francophonie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ L’écrivain, membre de l’Académie française, était l’invité d’honneur de la troisième édition de Lire à Douala, début mars, au Cameroun.
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Entretien

Dany Laferrière : « En Haïti, l’Etat policier est le premier lecteur des poètes »

L’écrivain, membre de l’Académie française, était l’invité d’honneur de la troisième édition de Lire à Douala, début mars, au Cameroun.

Propos recueillis par                                            Séverine Kodjo-Grandvaux (Douala, correspondance)




LE MONDE
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        Le 21.03.2018 à 10h36

     •
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        Mis à jour le 21.03.2018 à 11h11






    
Le romancier haïtien Dany Laferrière, à Paris, le 22 novembre 2017.
Crédits : JOEL SAGET/AFP


L’offre littéraire est si rare à Douala, capitale économique du Cameroun, que la tenue d’une manifestation de qualité avec pour invité d’honneur Dany Laferrière (64 ans), prix Médicis pour L’Enigme du retour (2009), est un événement en soi. Pour sa troisième édition, du 5 au 8 mars, Lire à Douala, organisé par l’association du même nom, recevait l’écrivain haïtien aux côtés de Simon Njami, de Djaïli Amadou Amal et de Muriel Samé Ekobo.
Pendant quatre jours, des échanges avec le grand public et des lycéens ont eu lieu dans différents quartiers de Douala, tandis qu’une librairie éphémère proposait plus de 2 000 ouvrages à 1 000 francs CFA le kilo (1,50 euro). Lors de la rencontre organisée à la Galerie MAM le 5 mars, la deuxième personnalité noire à entrer à l’Académie française après Léopold Sédar Senghor, a partagé avec humour et générosité son goût pour la littérature et est revenu sur son itinéraire. Florilège.

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                Dany Laferrière : « La question n’est pas d’affronter le dictateur mais d’être heureux malgré lui »



A comme Alphabet
« Quand on est écrivain, il faut nettoyer le vocabulaire pour redonner à ceux qui souffrent réellement la légitimité de leur douleur. Je ne peux pas dire que j’ai souffert. Même l’usine n’a pas été une souffrance. Je n’aurais jamais pu écrire avec l’urgence qui a été la mienne si je n’avais pas en tête qu’il me fallait en sortir. Seul l’alphabet pouvait me le permettre. »
B comme Baldwin
« Dans ma constellation d’écrivains, il y a cinq B : Borges, Basho, Bukowski, Boulgakov et Baldwin. Ces écrivains sont extrêmement différents et en même temps semblables par un trait simple, l’élégance. Aucun d’eux ne s’apitoie sur son sort. Quand, par exemple, Bukowski dit que parce qu’il a connu les prisons et les hôpitaux il faudra lui “donner du Monsieur”, on sent l’élégance, ce n’est pas quelqu’un qui vient pleurer. Avec Le Maître et Marguerite, Boulgakov a changé sa propre tristesse en joie pour les autres. Baldwin était atteint d’une maladie mortelle : une intelligence hyperbolique dans l’espace le plus répressif des Etats-Unis, Harlem. Imaginez, l’Amérique a été pensée par un jeune Noir de Harlem, homosexuel, chétif, aux yeux globuleux. Il a pris toute cette disgrâce physique et l’a convertie en quelque chose à laquelle l’Amérique ne s’attendait pas : une intelligence qui pense le monde. Basho, ce poète japonais, est magnifique. Il a écrit des poèmes extraordinaires de simplicité qui, en trois vers, peuvent changer la couleur du jour. Enfin Borges, le maître que je compare aisément à Homère : c’est le plus grand styliste de notre époque. »

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                James Baldwin, beauté lyrique et puissance politique



D comme Dictature
« Celui qui contrôle vos émotions vous contrôle. Si vous vous levez chaque matin et que vous vous énervez contre le président, vous avez un maître. Vous ne pouvez pas lui donner la meilleure partie de votre vie, votre meilleure énergie. Toute forme de pouvoir – même conjugal – veut vous absorber. La francophonie, le racisme, peuvent être cela aussi. Le militant se lève tous les matins pour aller manifester. Il va vous rendre libre. Mais ce n’est pas normal d’être obligé de combattre pour vivre. Si vous mettez tout le monde en situation de corvée idéologique, de militantisme trépidant, alors vous faites de la vie une lutte. Or la vie, c’est une joie ! Il faut quand même que quelques personnes se sacrifient à être heureux ! La dictature est une monoculture pour que vous n’ayez plus la mémoire de la diversité, du mouvement de la vie, de l’énergie trépidante. »
E comme Exil
« L’exil le plus dur, celui qui est irrévocable, est celui du temps, qui ne nous permet pas de retrouver notre enfance et notre adolescence. Certains font de cet exil un désastre, d’autres s’en nourrissent pour créer. L’exil du temps est plus terrifiant que celui de l’espace ; ce qui m’a toujours amené à discuter de cette notion. Moi, à 23 ans, on a apposé ce mot à côté de mon nom. Mais on ne peut pas être exilé à 23 ans. A cet âge-là, on est en voyage, on arrive dans un pays seul. Mon père fut exilé, moi-même, plus tard, j’ai fui la dictature Duvalier. En réalité, c’est ma mère qui était en exil de nous. Elle est restée dans le même territoire, mais avec une absence. Moi, je bougeais sans cesse, cela distrayait ma douleur. Un exilé, c’est quelqu’un qui arrive avec femmes et enfants, à 50-60 ans, et qui doit immédiatement trouver du travail, et qui est happé par l’urgence de se sacrifier pour ses enfants. C’est ça le véritable exil : être exilé de la vie. »
F comme Français
« Comment faire pour que le français soit une langue-monde et pour que l’Académie française prenne en considération les évolutions de la langue française en dehors de l’Hexagone ? C’est une question importante. Je siège à la commission du dictionnaire de l’Académie française, où beaucoup d’efforts vont en ce sens, mais il faut reconnaître que cela n’arrivera pas vite. Vous savez, c’est seulement dans les années 1980 que la première femme, Marguerite Yourcenar, est entrée à l’Académie française, et le combat fut sanglant ! Claude Lévi-Strauss avait alors dit qu’on ne pouvait pas accepter de femme parce que sinon on ne pourrait plus parler entre hommes librement. Quel argument ! Maurice Druon, qui était le secrétaire perpétuel, avait demandé : si on laisse entrer les femmes, la prochaine fois, ce serait quoi, les Nègres ? En effet ! Senghor est entré quelque temps plus tard. Quant à moi, je ne passe pas mon temps à expliquer pourquoi j’écris en français. Lorsqu’on débat de la créolité, j’écris un livre Je suis un écrivain japonais. A une époque où on valorise l’activité, je publie L’Art presque perdu de ne rien faire. Je n’écris pas sous la commande du débat présent. La langue française, ce n’est pas une personnalité que l’on doit toucher ou pas toucher, mais une énergie qui circule. Elle est ce qu’on en fait. C’est le même vocabulaire, la même grammaire pour tout le monde, mais tout le monde n’écrit pas comme Céline ! Un grand nombre de livres, de réflexions peuvent être ridicules ; d’autres peuvent être exceptionnels. »
H comme Haïti
« Je ne parle jamais d’Haïti dans mes livres mais de ma mère, de ma grand-mère, de la vie à Petit-Goâve, où j’ai passé mon enfance à observer le ciel avec ma grand-mère. Le monde que nous habitions était fait de constellations et de métamorphoses. Ma grand-mère me montrait les étoiles, la Petite Ourse, le Chien… et j’étais perdu dans ce monde-là, celui de l’universel. J’étais habité par le ciel. C’est en arrivant à Port-au-Prince que j’ai appris qu’il y avait des Noirs. Première nouvelle ! Je pensais que c’étaient des humains. Et que c’étaient des Haïtiens, qui subissaient une dictature. J’étais retombé sur le sol. Je n’ai jamais emmagasiné vraiment cette notion artificielle de pays, au point que si je parle d’Haïti, c’est toujours sur des personnes et des événements de détail. »

        Lire aussi :
         

                « Mme Slimani, portez l’idée d’une Francophonie au service des droits numériques »



I comme Immigration
« On dit aux immigrés qu’ils doivent vivre comme on fait dans le pays où ils viennent d’arriver. C’est une erreur. En les poussant à cela, on les pousse à vivre une nouvelle condition de misérables, à avoir des limites, des frontières. Et on les empêche d’apporter quoi que ce soit de neuf. On devrait, au contraire, les inviter à vivre comme chez eux. Quand je suis arrivé à Montréal, j’ai retrouvé la liberté de l’enfance. J’ai voulu vivre comme je le faisais à Port-au-Prince, ralentir malgré l’usine, et c’est ainsi que j’ai repris la chose la plus lente qui soit, l’écriture. »
P comme Poésie
« On dit qu’un Haïtien, pour légitimer son existence, doit produire au moins un recueil de poèmes. En Haïti, la seule subvention que l’Etat donne à la poésie, qui est l’art majeur, c’est quand il n’arrête pas un poète ! L’Etat policier est notre premier lecteur. Et il nous lit très attentivement. »
V comme Vaudou
« Les deux pays de la Caraïbe qui ont un lien très profond avec l’Afrique sont ceux qui ont fait la révolution, Cuba et Haïti. Les Haïtiens disent toujours qu’ils sont les Nègres de Guinée et que leur culture spirituelle vient du Bénin. Le lien est extrêmement fort, il est tissé dans la vie quotidienne, il est porté par le peuple. Il a été fondamental lors de la révolution. Et il a été beaucoup plus subtil qu’on ne le croit. Parce que pour faire la guerre contre Napoléon, il a fallu organiser une armée. L’une des choses qui ont permis d’organiser cette armée, c’est le vaudou. Les esclaves ont très vite compris que les Européens avaient peur du monde de la nuit, tout en étant extrêmement attirés. La musique résonnait partout, il y avait un écho ici et là. Tout cela était extrêmement bien organisé pour impressionner. Vous avez alors la sensation d’être environné et d’être appelé de partout. Les colons comprenaient que ces gens essayaient de se rappeler de leur culture et qu’ils possédaient un monde auquel eux n’avaient pas accès et qui leur était interdit. La guerre de la nuit était une guerre sur le moral. »


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ La Cuisine, le centre d’art et de design culinaire de Nègrepelisse, déploie des trésors d’ingéniosité.
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Toques et astuces en Tarn-et-Garonne

La Cuisine, le centre d’art et de design culinaire de Nègrepelisse, déploie des trésors d’ingéniosité.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 09h47
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 16h29
    |

            Aureliano Tonet (Nègrepelisse (Tarn-et-Garonne)








                        



                                


                            

C’est dans la forteresse de Nègrepelisse, en plein Tarn-et-Garonne, qu’a lieu le vernissage le plus branché de ce début d’année. Branché, au sens végétal du mot : en ce samedi 10 février, les amateurs d’art papillonnent parmi une foule de branchages, agencés au creux des remparts. Au bout des bouts de bois pendouillent de drôles de boules : il s’agit de gueulardises. Les plus chanceux se délectent de succulents falafels à la pistache ; les moins vernis tombent sur des akènes de platane, tout juste bons à jouer les poils à gratter. Non loin, des copeaux de fromage, disposés sur des bûchettes, complètent la mise en bouche.
Comme lors de chaque inauguration d’exposition, La Cuisine, le centre d’art et de design culinaire de ce village situé à 70 km au nord de Toulouse, a mis les petits plats dans les grands. Autour des créations concoctées par l’artiste aux fourneaux, Anna Burlet, chacun y va de son selfie au falafel : ici, à l’inverse de ce qui se pratique dans moult raouts, les invités se rincent l’œil avant de se ruer sur les amuse-gueules.
De fait, tout le gratin artistique occitanien, ou presque, s’est réuni dans le château médiéval reconverti. A équidistance des fromages et d’un joli plateau de galeristes pyrénéens, on trouve Jean-Dominique Fleury, tout sourire. Le vénérable maître verrier, collaborateur du plus fameux plasticien français en activité, Pierre Soulages, est un habitué des lieux : à ce jour, La Cuisine est la seule construction dans l’Hexagone de l’agence catalane RCR, lauréate du prix Pritzker – équivalent architectural du Nobel – en 2017, avec le Musée Soulages de Rodez.
Association itinérante
Distants d’une grosse centaine de kilomètres, les deux bâtiments ont été inaugurés à quinze jours d’intervalle, à l’été 2014 : « Je ne comprends pas pourquoi on n’a toujours pas mis en place des circuits Rodez-Nègrepelisse pour les férus d’archi ! », s’emporte Jean-Michel Place, localisé, lui, à proximité de la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ A Lyon, l’Opéra célèbre Verdi avec deux œuvres. Celui de Dijon lui rend aussi hommage avec « Simon Boccanegra ».
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Le triomphant « Don Carlos » de Christophe Honoré

A Lyon, l’Opéra célèbre Verdi avec deux œuvres. Celui de Dijon lui rend aussi hommage avec « Simon Boccanegra ».



Le Monde
 |    21.03.2018 à 09h44
    |

                            Marie-Aude Roux (Lyon et Dijon, envoyée spéciale)








                        



   


En dédiant cette année son festival thématique à Verdi, le patron de l’Opéra de Lyon, Serge Dorny, adresse un signe de ­bienvenue à son nouveau directeur musical, le chef d’orchestre Daniele Rustioni, talentueux ­Milanais de 35 ans arrivé en septembre 2017 à la succession de Kazushi Ono. La réflexion sur le pouvoir est la pierre angulaire de bien des ouvrages verdiens, dont Macbeth, Don Carlos et Attila (ici en version de concert).
Le premier témoigne de la fas­cination de Verdi pour Sha­kespeare, mais reste moins po­pulaire qu’Otello ou Falstaff. De même Don Carlos, d’après Schiller, monté ici dans la version originale française en cinq actes avec ballet, en retrait des scènes internationales, qui lui préfèrent l’adaptation italienne, Don Carlo.
Il demeure toujours chez Verdi, fût-ce au plus profond du monstrueux, une part d’humanité
Le pouvoir mène à la folie meurtrière (Macbeth), son exercice ­détruit l’amour entre les êtres (Don Carlos) : deux ouvrages éminemment pessimistes même si demeure toujours chez Verdi, fût-ce au plus profond du monstrueux, une part d’humanité.
L’Opéra de Lyon a déjà accueilli en 2012 la mise en scène du ­Macbeth, d’Ivo van Hove, transposant les tribulations meurtrières autour de la couronne d’Ecosse dans le monde contemporain de la finance. Une salle de marché boursier, open space bordé d’écrans d’ordinateur devant des enfilades de fauteuils de bureau, des tradeurs en costumes et tailleurs portant tablettes et portables, et des vidéos de chiffres « spermatozoïdes » mènent le monde et fécondent un imaginaire peuplé de spectres royaux. Pas plus que les parfums d’Arabie, une femme de ménage omniprésente ne parviendra à effacer le sang qui tache les mains de Lady Macbeth. Seul le triomphe du peuple (les « indignés » d’Occupy Wall Street) permettra à Macbeth de finir comme un sans-abri, une couverture sur le dos et un bol de soupe populaire à la main.
Le travail est fouillé, la dramaturgie intelligente, mais cet univers technologique glacé entré en ­collision avec la flamboyance de la musique ne convainc pas tout à fait. De même, une distribution qu’entachent le timbre peu seyant et le vibrato vitriolé de la Lady Macbeth de Susanna Branchini, nonobstant la vaillance du remarquable Macbeth d’Elchin Azizov, la noblesse du Banquo de Roberto Scandiuzzi et des chœurs affûtés dont les décalages se dissiperont au fil des quatre actes, ­tandis que l’orchestre ne sera pas toujours à son meilleur.
Une émotion incoercible
Tous les espoirs se tournent évidemment vers Don Carlos, clou du festival,mis en scène par Christophe Honoré, qui offre à Lyon sa troisième production après Dialogues des carmélites, de Poulenc (2013), et Pelléas et ­Mélisande, de Debussy (2015). Cette fois, pas de transposition. Mais un espace intemporel meublé de lourds rideaux, hauts murs de béton, escaliers gigantesques et crypte ouverte dans le sol – le tombeau de Charles Quint. Les costumes sont magnifiques (avec un petit côté Game of Thrones), la direction d’acteur ciselée au creux des drames intimes, les effets saisissants intervenant aux moments opportuns. Ainsi le placide ballet faisant se convulser des fous lubriques et dépoitraillés ou les condamnés de l’autodafé hissés tels de vivantes torchères aux monumentales tribunes de bois de l’Inquisition et de l’empire. La salvation finale de Carlos par le spectre de Charles Quint, le rapt d’un enfant lumineux lui sautant dans les bras, provoque une émotion incoercible.
Cette fois, pas de réserve sur le plateau vocal. L’excellente prise de rôle de Stéphane Degout en Rodrigue, révélant l’étendue d’un art total : modelé de la voix, perfection prosodique, sensibilité expressive et autorité naturelle font de l’ami sacrifié de l’infant Carlos une figure centrale. Autre prise réussie pour la mezzo ­Eve-Maud Hubeaux, saisissante princesse Eboli en fauteuil roulant, timbre vibrionnant et projection idéale, portant fier et beau jusqu’au fameux « O don fatal », qui révèle les limites d’aigus un peu trop tendus.
Les Chœurs et l’Orchestre de l’Opéra de Lyon constituent un atout majeur dans une éclatante réussite
Très belle scéniquement mais un peu décevante, l’Elisabeth au français incompréhensible de Sally Matthews se rattrapera dans un magistral et ­poignant « Toi, qui sus les grandeurs de ce monde », tandis que Sergey Romanovsky, dans un rare alliage de finesse, de charme et d’élégance, compose un Carlos attachant, le tout dans une langue impeccable. Magnifique duel de basses à la Jurassic Park entre le Philippe II de Michele Pertusi et le Grand Inquisiteur de Roberto Scandiuzzi, à la hauteur des terribles enjeux entre religion et pouvoir royal. Les Chœurs et l’Orchestre de l’Opéra de Lyon constituent un atout majeur dans une éclatante réussite qui doit beaucoup à la direction naturellement fluide et prolixe de Daniele Rustioni, entre grandeur et intimité, mystère de la mort et poésie de l’amour.
Par un hasard de program­mation, à quelque 200 kilomètres au nord, l’Opéra de Dijon prolongeait la fête verdienne avec Simon ­Boccanegra – les arcanes du pouvoir vus au travers du fantasme de la réconciliation.
La mise en scène de Philipp Himmelmann se pare d’une sobriété assumée, quelques images leitmotivs se ­chargeant d’une temporalité psychologique : une marine à la météo changeante ou ce beau cheval stationné près d’une femme pendue, messager de l’outre-tombe que rejoindra Boccanegra terrassé par le poison. Le plateau réservait lui aussi de belles découvertes : le Boccanegra magnifiquement humain de Vittorio Vitelli, corsaire devenu doge, ou l’Amelia intense et fragile de Keri Alkema, tandis que l’Adorno de Gianluca Terranova frappait par la vigueur éclatante d’une voix solaire aux aigus orgueilleux. La baguette de Roberto Rizzi Brignoli dévoilait de puissantes affinités verdiennes et l’on ne pouvait que se féliciter des immenses progrès accomplis en quelques années par le Chœur et l’Orchestre dijonnais. Une production qui n’a pas à rougir devant son voisin lyonnais.

Programme Verdi à Lyon et Dijon
Opéra de Lyon
« Macbeth », de Verdi Avec Elchin Azizov, Susanna Branchini, Ivo van Hove (mise en scène), Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Lyon, Daniele ­Rustioni (direction). ­Jusqu’au 5 avril.
« Don Carlos », de Verdi Avec Sally Matthews, Michele Pertusi, Sergey Romanovsky, Stéphane Degout, Roberto ­Scandiuzzi, Eve-Maud Hubeaux, Christophe Honoré (mise en scène), Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Lyon, Daniele ­Rustioni (direction). Jusqu’au 6 avril (représentation annulée le 22 mars en raison d’une grève).
Opéra de Dijon
« Simon Boccanegra », de Verdi Avec Vittorio Vitelli, Keri Alkema, Gianluca Terranova, Philipp Himmelmann (mise en scène), Chœur de l’Opéra de Dijon, ­Orchestre Dijon Bourgogne, ­Roberto Rizzi Brignoli (direction). Jusqu’au 22 mars.





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Dans la rue, dans une église ou un musée, le premier week-end du festival de Monte-Carlo a été fidèle à sa réputation.
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Diversité et non-conformisme au Printemps des arts

Dans la rue, dans une église ou un musée, le premier week-end du festival de Monte-Carlo a été fidèle à sa réputation.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 09h42
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 18h33
    |

                            Pierre Gervasoni








                        



                                


                            

Depuis que le compositeur Marc Monnet en a pris la direction artistique, en 2003, le Printemps des arts de Monte-Carlo fourmille d’idées pour transporter le public sur les terres musicales. En attendant le traditionnel « voyage surprise » qui conduira en bus, le 2 avril, les mélomanes intrépides dans des lieux tenus secrets jusqu’à la dernière minute, le premier week-end de l’édition 2018, qui se déroule jusqu’au 29 avril, a donné un bel aperçu d’un festival qui invite à la découverte sur la base, le plus souvent, de piquantes correspondances.
Ainsi, à voir Marc Monnet présenter le concert dans l’autel de la basilique de Menton, devant la figure de son saint patron, l’archange saint Michel, on se dit que la soirée du samedi 17 mars aurait pu se résumer à la lettre M. D’autant que le morceau introductif, bref Frammento 2 fébrilement rapporté par un guitariste amateur (Nicolae-Oliver Bejan, de l’école municipale de Beausoleil), est dû au compositeur Yan Maresz, fil rouge du festival, né en 1966 à… Monaco.
Si la dimension ludique n’est sans doute ici que le fait d’un auditeur amusé par la constante des majuscules, elle est ouvertement investie par le plat de résistance du programme, Le Jeu de Robin et de Marion, conçu à la fin du XIIIe siècle par Adam de la Halle. L’ensemble Micrologus en restitue la verve avec beaucoup d’esprit vocal et de finesse instrumentale.
« Habituer le public à la diversité »
Les intermèdes, souvent des danses, confiés à des effectifs variés (flûtes, harpes, cornemuses, trompettes, percussions), sont colorés à souhait et les motets (chantés en trio) témoignent de la science contrapuntique du plus célèbre des trouvères. « Il faut habituer le public à la diversité », soutient Marc Monnet, pour justifier la confrontation du Moyen Age et du contemporain. Et le compositeur de proclamer que « la musique est quelque chose d’instable, constamment en mouvement ».
Au moindre...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Deux réalisateurs brésiliens, Juliana Rojas et Marco Dutra, cosignent un conte de fées cruel.
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« Les Bonnes Manières » : gare au louveteau-garou

Deux réalisateurs brésiliens, Juliana Rojas et Marco Dutra, cosignent un conte de fées cruel.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 13h37
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Amis lycanthropiques bonsoir, ce film est pour vous. Venu du Brésil, il est signé d’un tandem, Juliana Rojas et Marco Dutra, qui marque également un faible pour l’hybridation ­esthé­tique, si l’on se souvient de leur film Travailler fatigue, croisement de chronique sociale et d’ambiance fantastique, sorti en France en 2012. Les voici de retour avec une histoire de loup-garou sise dans la mégapole elle-même la plus mélangée du monde, Sao Paulo. Rappelons les règles de base du genre : un homme, pour une raison débattue par la légende, se transforme peu ou prou en loup durant la nuit, condamné à errer jusqu’au matin au péril de ceux qui le ­croisent, oublieux le jour revenu de ses forfaits.

        Lire la rencontre :
         

          Juliana Rojas et Marco Dutra, paire de chimistes cinéphiles



Créature légendaire et universelle des folklores (pullulant dans le nôtre), pont aux ânes du genre fantastique (le X-Man Wolverine étant le dernier grand avatar cinématographique en date), elle prend chez notre couple une ­teneur inaccoutumée, non dénuée de poésie ni d’étrange douceur. De fait, sans renoncer à sa cruauté, c’est proprement un conte de fées que nous propose Les Bonnes Manières. Une situation réaliste et ancillaire assez ­typique du jeune cinéma latino-américain introduit le propos. A Sao Paulo, Ana, une jeune femme au charme clinquant, afférente à la catégorie nouvelle riche idiote et oisive, enceinte, engage une infirmière noire, Clara, tout en ­réserve déliée, pour qu’elle prenne comme nounou ses quartiers chez elle.

        Lire le reportage :
         

          A Gérardmer, du sang neuf pour le cinéma d’horreur



La bête du Gévaudan miniature
Les deux femmes cohabitent donc dans ce que le spectateur, familier des terres sud américaines ou non, est invité à lire comme une métaphore menée sur fond d’une guerre des classes larvée. La force du film tient pour beaucoup dans la manière, à la fois subtile et brutale, dont il va s’arracher à ce canevas attendu pour nous mener sur un terrain plus original et inquiétant, celui des vieilles légendes ­revisitées et d’un fantastique ­social merveilleusement inspiré.

   


Tandis que les deux femmes apprennent à se connaître, c’est le ­décor à lui seul qui met la puce à l’oreille quant à un possible développement des forces obscures. Entre l’appartement bleu ciel, les vues urbaines bleutées et futuristes et les nuages immobiles, tout ici respire le faux, le trucage, la stylisation glaciale, l’architecture propice au fantasme. Une série de ruptures dramatiques poursuit crescendo cette mise en doute des apparences. Ana, rejetée par sa famille pour une histoire de mésalliance, s’y révèle comme une âme esseulée, qui va nouer avec Clara le scandale ethnique et social d’une union charnelle, passablement affamée et sauvage. On est déjà ici aux confins du possible, mais, à mesure que la grossesse progresse, l’histoire se détraque un peu plus. Clara ne tarde pas à ­noter, en effet, qu’Ana souffre de somnambulisme, sortant toutes les nuits en petite tenue dans les rues désertes et nimbées du théâtre urbain qui les environne.
Le film passe du registre du mystère et de la suggestion à celui de la confrontation directe avec une monstruosité
L’acte ultime de cette montée en puissance du désordre – ici, ­lecteur soucieux de fraîcheur, suspends ta lecture ! – consiste en la mort en couches de la mère, en l’adoption par la servante de ­l’enfant-monstre qui a assassiné sa génitrice de l’intérieur, in fine en la naissance concomitante d’un deuxième film qui, à la ­faveur d’une ellipse, se met à nous raconter les aventures ­diurnes et nocturnes d’un petit loup-garou de 7 ans.

        Lire le récit :
         

          Au Festival de Locarno, trois âges de l’effroi



Les Bonnes Manières passe alors du registre du mystère et de la suggestion à celui de la confrontation directe avec une monstruosité d’autant plus embarrassante qu’elle est incarnée par un enfant très mignon nommé Joël. Attaché la nuit par Clara comme un galérien dans une pièce sans fenêtre, le garçonnet vit le jour sa vie d’écolier ­modèle, que sa mère adoptive et aimante nourrit selon un régime strictement végétarien. La bonne voisine qui lui donne le goût de la viande, la pleine lune qui reprend ses droits, la recherche d’un père inconnu, finiront bien sûr par ­libérer la bête du Gévaudan ­miniature, montrée de telle ­manière qu’elle dispense tout à la fois le sentiment de la bestialité et de l’enfance. Un film merveilleux donc, inextricablement sauvage et tendre, tel qu’il ne pouvait ­naître, peut-être, qu’au Brésil.



Film brésilien de Juliana Rojas et Marco Dutra. Avec Isabel Zuaa, Marjorie Estiano, Miguel Lobo (2 h 15). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/les-bonnes-manieres



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Le duo de réalisateurs brésiliens est à l’origine des « Bonnes Manières », Léopard d’argent 2017 au Festival de Locarno.
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Les cinéastes Juliana Rojas et Marco Dutra, paire de chimistes cinéphiles

Le duo de réalisateurs brésiliens est à l’origine des « Bonnes Manières », Léopard d’argent 2017 au Festival de Locarno.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 07h44
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 15h03
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Ils tournent des films ensemble et, chacun de leur côté, écrivent pour eux ou pour les autres, œuvrent pour le cinéma ou la télévision. Rencontrer Juliana Rojas et Marco Dutra, duo de réalisateurs brésiliens à l’origine des Bonnes Manières (Léopard d’argent 2017 au Festival de Locarno), c’est se confronter à une singulière combinaison d’autonomie et de complémentarité. Nés au début des années 1980, dans la région de Sao Paulo, les deux complices ont conservé des airs d’éternels étudiants, fidèles à leur goût juvénile pour un cinéma de l’imaginaire et de la féerie. « J’ai toujours aimé raconter des histoires, dit Juliana Rojas. Enfant, je voulais devenir écrivaine. A l’école, je créais des bandes dessinées. En grandissant, je me suis mise à voir des films de toutes sortes. »

Marco Dutra complète le tableau : « Nous nous sommes rencontrés à l’Ecole des arts et de la communication de l’université de Sao Paulo [ECA-USP]. On avait des goûts en commun et on allait souvent voir des films ensemble après les cours. C’est au sein de l’école que nous avons tourné nos premiers courts-métrages. » Le Drap blanc (2004), leur film de fin d’études, leur vaut une ­sélection à la Cinéfondation de Cannes en 2004, puis Un rameau (2007) à la Semaine de la critique, jusqu’à un premier long-métrage d’épouvante et de critique sociale, Trabalhar Cansa (2011), sorti en France en novembre 2012.
« Le film est sorti d’un de mes rêves »
Les Bonnes Manières, conte fantastique baigné dans un rayon de lune et renouant avec le mythe du loup-garou, est un film à l’image du duo : bicéphale, scindé en deux époques, truffé de motifs doubles et de personnages fonctionnant par paires. « Le film est sorti d’un de mes rêvessur deux femmes élevant un bébé monstre, dans un endroit isolé, avec une atmosphère très marquée, précise Marco Dutra. Le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Le cinéaste Cédric Kahn suit le parcours d’un jeune homme qui tente de soigner sa toxicomanie par la religion.
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« La Prière » : le cheminement de Thomas, entre foi et fuite

Le cinéaste Cédric Kahn suit le parcours d’un jeune homme qui tente de soigner sa toxicomanie par la religion.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 07h42
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 08h30
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
En 1900, Jeanne d’Arc entendait des voix devant la caméra de Méliès. Depuis, le cinéma succombe régulièrement à la tentation de l’invisible, de l’ineffable. Il n’est pas besoin d’être croyant – voir Pasolini, Cavalier et maintenant Cédric Kahn.
Le réalisateur de Roberto Succo ou Une vie meilleure aime fouailler dans le tissu social, de préférence aux endroits où il souffre. Dans ce film étonnant, le cinéaste prend la tangente sur les pas de Thomas (Anthony Bajon), un garçon d’une vingtaine d’années qu’on découvre assis dans un autocar qui l’emmène on ne sait où. La trajectoire de Thomas, héroïnomane qui cherche à échapper à son addiction, n’obéira pas aux lois du réalisme social, comme le faisait récemment sur un sujet voisin Marie Garel-Weiss dans son premier film, La fête est finie.
Cédric Kahn trouve la distance nécessaire pour laisser au spectateur sa liberté de croyant ou d’athée
Il sera ici question de foi, de miracle, de vocation, des questions auxquelles Cédric Kahn répond non pas par la théologie mais par le cinéma, trouvant la distance nécessaire pour laisser au spectateur sa liberté de croyant ou d’athée, donnant à son film une rigueur presque ascétique. Ici, tout est dans le « presque », qui laisse à l’humour, à la fantaisie, de petits interstices qui font que cette Prière ne résonne pas seulement comme une psalmodie, mais aussi comme une chanson.
L’autocar emmène Thomas dans une communauté catholique, isolée en montagne (le film a été tourné dans le Jura) où les arrivants sont soumis à une discipline monacale faite de travaux agricoles, de prières et de chants.
On retrouve la violence verbale et physique qui a souvent été le terrain d’élection de Cédric Kahn dans les premières séquences, qui montrent la difficile soumission du nouvel arrivant. Face à lui, il trouve Marco (l’acteur allemand Alex Brendemühl), raide comme la justice inquisitoriale, et une poignée de convertis emmenés par Pierre (Damien Chapelle), bouleversant en grand frère exaspérant qui n’en finit pas d’expier on ne sait quelle faute. Tous conjuguent leurs efforts pour persuader Thomas de se laisser aller.
Reddition
A partir du moment de sa reddition, La Prière prend un autre rythme, plus contemplatif. Le tournage a duré assez longtemps pour que l’on sente le rythme des saisons. Le débutant Anthony Bajon, qui impressionnait au début du film par une violence qui démentait sa carrure, s’épanouit, prend toute sa place dans la petite communauté. Mais au moment de prouver son adhésion à cette foi qui l’a éloigné de la maladie qui le rongeait, Thomas trébuche.
Le film pivote autour des séquences consacrées à la célébration de la communauté par elle-même. Les garçons du centre où séjourne Thomas sont alors réunis avec les filles d’une institution sœur, et l’on attend la visite de sœur Myriam (Hanna Schygulla), la religieuse fondatrice. Il y a l’été qui arrive, et la saynète un peu ridicule que les pensionnaires montent pour évoquer la résurrection de Lazare, il y a tous ces jeunes gens réunis une nuit d’été et le regard sans pitié de sœur Myriam.
Au moment de prouver son adhésion à cette foi qui l’a éloigné de la maladie qui le rongeait, Thomas trébuche
A ce moment, La Prière autorise toutes les formulations possibles : Thomas a été touché par la révélation ; à moins qu’il ne s’appuie sur une béquille métaphysique, avant de reprendre son chemin ; ou encore est-il manipulé par une secte. Quelle que soit l’interprétation dont on se sent le plus proche, elle ne fait pas sortir du film, qui est assez ample, assez accueillant pour les faire cohabiter.
Reste que les lois du scénario obligeaient Cédric Kahn et ses collaborateurs, Fanny Burdino et Samuel Doux, à mener leur personnage jusqu’au port, bon ou mauvais. La dernière partie n’est pas tout à fait à la hauteur du reste. Il y a d’abord l’intervention du surnaturel un soir d’excursion en montagne, qui semble faire tomber Thomas dans le camp des vrais croyants, puis ses hésitations entre les attraits de Sibylle (Louise Grinberg), une jeune archéologue qui vit dans la vallée, et ceux de l’habit sacerdotal. Non seulement ces dilemmes reviennent aux figures traditionnelles de la littérature cléricale, mais ils tendent vers l’abstraction, s’éloignant de l’incarnation forte qui avait jusque-là donné son énergie au film.
Film français de Cédric Kahn. Avec Anthony Bajon, Damien Chapelle, Louise Grinberg (1 h 47). Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/la-priere



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Le réalisateur Robert Schwentke met en scène un épisode de l’effondrement de l’Allemagne hitlérienne.
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« The Captain » : comment devenir criminel de guerre en trois jours

Le réalisateur Robert Schwentke met en scène un épisode de l’effondrement de l’Allemagne hitlérienne.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 07h40
 • Mis à jour le
21.03.2018 à 08h29
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Tourné en noir et blanc, dans un paysage hivernal qui évoque le printemps glacial de 1945, The Captain (L’Usurpateur) prend la forme brutale et précise d’une scène de la guerre de Trente Ans gravée par Jacques Callot. Robert Schwentke, réalisateur allemand exilé à Hollywood (Red, Divergente…), revient au pays et remonte dans le temps pour mettre en scène avec lucidité un épisode de l’effondrement de l’Allemagne hitlérienne.
Le film s’ouvre sur une scène de chasse : un conscrit au visage crasseux court à perdre haleine pour échapper à un commando. Poursuivi et poursuivants portent des uniformes de la Wehrmacht. Les Alliés ont pénétré sur le territoire du Reich et l’une des tâches prioritaires du régime agonisant est de réprimer les traîtres réels ou présumés. Le déserteur, un gamin blond aux traits encore enfantins, s’échappe de justesse. Alors qu’il va succomber au froid et à la faim, il trouve sur une route de campagne une voiture militaire abandonnée. Dans le réservoir, de l’essence. Dans une valise, un uniforme de capitaine de la Luftwaffe.
Le deuxième classe Herold (Max Hubacher) se vêt de l’habit noir, coiffe la casquette et se lance, d’abord avec un peu d’hésitation, puis avec une assurance irrésistible, dans une brève mais fulgurante carrière de criminel de guerre. Il rassemble sous sa jeune autorité une bande faite de désespérés qui voient en lui l’assurance d’un repas chaud, de soudards expérimentés et de gamins perdus. Après avoir terrorisé quelques fermiers, le groupe d’Herold s’installe dans un camp de prisonniers où ont été enfermés des déserteurs allemands.
La perversion des institutions
Dans ce décor funèbre, Robert Schwentke met en scène la transformation d’un lieu de détention en lieu d’extermination. Se prévalant d’ordres oraux du Führer, Herold tente de persuader les policiers, soldats et SS qui encadrent le camp de procéder à l’élimination des détenus. Ce n’est pas tant le désarroi suscité par l’imminence de la défaite qui conduit les bons pères de famille houspillés par l’imposteur à prendre des décisions aberrantes que l’habitude de la soumission. L’image se fait alors presque expressionniste pour mettre en scène cette perversion des institutions – la justice, la fonction publique – et ceux qui les servent. Max Hubacher fait passer de vagues scrupules, des peurs fugaces sur le visage du faux capitaine, aussitôt masqués par son aplomb infernal.
L’épisode du camp de prisonniers donne au film une tournure quasi allégorique
L’épisode du camp de prisonniers occupe la partie centrale de The Captain (pourquoi pas Le Capitaine ou Der Hauptmann ? On finira par croire que les études de marché ont définitivement démontré que les amateurs de cinéma d’auteur étaient d’une anglophilie imbécile). Il donne au film une tournure quasi allégorique et se conclut si brutalement qu’on aurait aimé que le film s’arrêtât sur ce coup de tonnerre.
Mais l’histoire du « capitaine » Herold n’est pas sortie de l’imagination de Robert Schwentke, qui signe le scénario. A la tête de sa petite bande, le jeune déserteur a écumé la Basse-Saxe avant d’être arrêté à quelques jours de l’armistice. Entre picaresque et sordide, ces tribulations qui allongent le film n’ont pas la force terrible des séquences qui précèdent. Reste celle du procès expéditif d’Herold, lorsque les vestiges du système finissent par l’arrêter : cédant à la logique qui les gouverne depuis 1933, ces messieurs de la cour finissent par convenir que le déserteur assassin a fait preuve de toutes les qualités que l’on pouvait attendre d’un bon nazi.

Film allemand de Robert Schwentke. Avec Max Hubacher, Milan Peschel, Frederick Lau (1 h 58). Sur le Web : alfamafilms.com/film/the-captain-l-usurpateur



                            


                        

                        


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DVD : « Mandy », enfant de la discorde

Un coffret réunit trois films d’Alexander Mackendrick, dont une merveille sur une enfant sourde.



Le Monde
 |    21.03.2018 à 07h39
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                            Mathieu Macheret








                        



   


L’éditeur Tamasa consacre un coffret DVD à Alexander Mackendrick, ­cinéaste d’origine écossaise et fer de lance des ­studios britanniques Ealing. Il est l’auteur d’une dizaine de films ­remarquables mais restés globalement ignorés, en dépit de ses ­quelques titres de gloire, comme L’Homme au complet blanc (1951), Tueurs de dames (1955) ou Le Grand Chantage (1957).
Sous le ­titre de Trilogie de l’enfance, le ­coffret réunit trois longs-métrages très différents, dont The Maggie (1954) et Sammy Going South (1963) qui ont en commun ­d’inventer des duos cocasses ou aventureux entre de vieux ­baroudeurs et des petits garçons. Parmi eux, on trouve surtout La Merveilleuse Histoire de Mandy (Mandy, Crash of Silence, Prix spécial du Jury à Venise en 1952), une merveille depuis trop longtemps perdue de vue, sur une fillette atteinte de surdité.
Mandy est le rejeton choyé d’un paisible foyer de la bourgeoisie londonienne, jusqu’à ce que sa mère Christine (Phyllis Calvert) surprenne chez elle des troubles du développement et de la ­communication. Le diagnostic est sans appel : l’enfant est atteinte de surdité congénitale. Ses parents, dévastés, nourrissent sur la question des avis divergents. Son père, Harry (Terence Morgan), installe la petite chez ses parents, dans un univers surprotégé et coupé du monde extérieur, mais redouble ainsi son enfermement. Sa mère, quant à elle, aimerait placer Mandy dans un institut spécialisé, ce à quoi s’oppose ­farouchement son mari.
Christine prend donc sur elle de déménager seule à Manchester, où se situe l’établissement (un véritable ­centre pour enfants sourds où Mackendrick a posé sa caméra), et confie sa fille aux bons soins de Dick Searle (Jack Hawkins), pédiatre bourru aux méthodes ­innovantes. Mais le retard ­accumulé par Mandy creuse un gouffre avec les autres enfants et rend difficile son intégration.
Angoisses de l’enfance et de la parentalité
Si l’on s’en fie à son seul ­argument, La Merveilleuse Histoire de Mandy a tout d’un film prophylactique, voué à sensibiliser les ­familles britanniques au bon ­dépistage de la surdité. D’où vient qu’il charrie alors des émotions si complexes, parfois contradictoires, et déborde la seule question du handicap, pour toucher aux angoisses élémentaires de ­l’enfance et de la parentalité, ­saisies comme en miroir ?
D’abord, grâce à une mise en scène extraordinaire, qui multiplie les figures de l’enfermement, pour les faire voler en éclats à mi-parcours, dans un geste libérateur d’une puissance inouïe. Monde clos, en effet, que l’intérieur londonien cossu et propret des ­parents de Mandy, qui ressemble presque à une maison de poupée, sans aucune prise ni ouverture sur l’extérieur.
Sensation d’isolement, lorsque Mackendrick étouffe à l’occasion la bande-son, pour mieux nous faire partager la subjectivité sourde de Mandy. Intense appel d’air, enfin, quand une infirmière de l’institut fait ressentir à Mandy les vibrations de sa propre voix, au moment précis où la fillette pousse un cri d’effroi. Le film montre l’apprentissage naître ainsi d’une apothéose de la peur et échappe alors complètement au particularisme du handicap, pour toucher à l’universel. Car ­apprendre est la douleur la plus communément partagée.
Les stridences du désaccord
Mais le handicap de la petite fille fonctionne aussi à rebours, comme une mise en crise du foyer britannique. La conjugalité se laisse envahir par les stridences du désaccord, de la séparation, du ­divorce, de l’adultère (l’affection très spéciale qui naît entre le ­docteur Dick Searle et Christine). Le handicap contribue surtout à mettre au jour le rapport de ­pouvoir tacite, voire de subordination, qui régit le foyer, à travers la tentation autocratique du père, détenteur de l’autorité et ­provenant d’un milieu plus riche que son épouse.
Le film s’apparente ainsi à une singulière plongée dans l’inquiétude et le doute, d’une famille dont les liens se détricotent ­irrémédiablement. Avec son propre enfant, le couple idéal voit naître en son sein un champ ­insoupçonné, celui de la différence. Son surgissement les chasse immédiatement de l’éden tant convoité de la bonne conformité aux normes sociales. Il faut en revenir alors aux premiers mots du film, que Christine ­prononce en voix off : « Harry et moi, nous nous prenons à rêver que Mandy devienne femme d’affaires, artiste, ou bien simple ménagère, comme moi. »
Mandy, c’est l’autre au cœur de l’identique. C’est ­surtout un grand point d’interrogation adressé à ses parents, ­débusquant au fond d’eux-mêmes ce désir de reproduction sociale, à laquelle n’échappent souvent pas la majorité des enfants dits « normaux ».

Alexander Mackendrick : The Maggie (1954), Sammy Going South (1962), Mandy, Crash of Silence (1952). Coffret 3 DVD, Tamasa, 29,99 €. Sur le Web : fr-fr.facebook.com/Tamasa-Distribution-330131643671380



                            


                        

                        

