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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Les photographies qui symbolisent aujourd’hui le mouvement n’ont que rarement été publiées en mai et juin 1968. C’est dans la durée, grâce à des acteurs qui les ont valorisées, qu’elles se sont imposées.
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Photo : comment les icônes de Mai 68 ont été fabriquées

Les photographies qui symbolisent aujourd’hui le mouvement n’ont que rarement été publiées en mai et juin 1968. C’est dans la durée, grâce à des acteurs qui les ont valorisées, qu’elles se sont imposées.



Le Monde
 |    18.03.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 13h36
    |

                            Fanny Arlandis








                        



                                


                            

Elles avaient les qualités esthétiques, symboliques ou journalistiques pour s’imposer : certaines images viennent immédiatement à l’esprit lorsque l’on pense à Mai 68. Daniel Cohn-Bendit souriant face à un CRS, ou la « Marianne de Mai 68 », ces clichés célèbres représentent, par métonymie, les événements de ce printemps-là. Et pourtant…
Aura symbolique
La « Marianne de Mai 68 », prise par le photographe Jean-Pierre Rey, convoque une autre image (elle-même symbolique), La Liberté guidant le peuple (1830), d’Eugène Delacroix. En 1968, elle ne paraît qu’une seule fois dans un magazine français : Paris Match la publie dans son numéro daté du 15 juin, mais en petit format, dans une double page consacrée à la manifestation unitaire parisienne du 13 mai. « L’aura symbolique ne peut donc pas être la seule explication à son iconisation », constate Audrey Leblanc, docteure en histoire et commissaire de l’exposition « Icônes de Mai 68. Les images ont une histoire », qui se tiendra à la BNF, à Paris, du 17 avril au 26 août. Même chose pour la photographie de Cohn-Bendit par le photographe Gilles Caron : cette année-là, elle n’est publiée qu’une fois, en juin, avec une quinzaine d’autres, dans le magazine spécialisé Journalistes Reporters Photographes.
En réalité, « l’iconisation de ces images a été construite progressivement, à chaque anniversaire, par des acteurs du monde journalistique, éditorial et culturel », explique Audrey Leblanc. Il faut attendre les commémorations de 1978 pour que la « Marianne » figure en bonne place dans Paris Match et dans Le Nouvel Observateur, puis encore dix ans pour qu’elle soit en « une » de Paris Match. Une circulation médiatique emblématique : « L’histoire de la photo de Cohn-Bendit se construit également au fil du temps, poursuit Audrey Leblanc. Que dit cette histoire ? Que c’est le plus grand photographe de la plus grande agence de photographie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ En mai 1968, ce photographe, membre de l’agence Magnum, a couvert à Paris et en banlieue le mouvement de contestation sociale en couleurs, fait rare pour l’époque.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Editorial. La série d’enquêtes que « Le Monde » vient de publier montre qu’il reste des zones d’ombre autour du rôle de la France pendant le génocide. Aux archives désormais de « parler ».
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Faire la clarté sur le rôle de la France au Rwanda

Editorial. La série d’enquêtes que « Le Monde » vient de publier montre qu’il reste des zones d’ombre autour du rôle de la France pendant le génocide. Aux archives désormais de « parler ».



Le Monde
 |    17.03.2018 à 10h27
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 15h55
   





                        



   


Editorial du « Monde ». A quoi bon enquêter sur le rôle de la France avant et pendant le génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda ? Tout n’a-t-il pas déjà été dit par la Mission d’information parlemaentaire de 1998 ? Les archives n’ont-elles pas été déclassifiées par François Hollande en 2015 ? Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas reconnu en 2010 des « erreurs d’appréciation, des erreurs politiques » qui « ont eu des conséquences absolument dramatiques » ? Eh bien non. Il reste d’importantes zones d’ombre.
Certaines relèvent de la France, d’autres pas. Ce génocide, le dernier du XXe siècle, est loin d’avoir été élucidé dans toutes ses dimensions. A commencer par son « déclencheur », l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président hutu Juvénal Habyarimana : ce crime, qui est à l’origine mais qui n’est pas la cause des massacres qu’une partie du régime en place avait largement préparés, est devant la justice française depuis vingt ans, sans que l’enquête soit close. D’autres procédures sont en cours, visant des militaires français pour leur rôle durant l’opération militaro-humanitaire « Turquoise » intervenue fin juin 1994, avec pour mandat de l’ONU de faire cesser les massacres et de protéger les civils. Ces procédures sont devenues une gêne diplomatique et un abcès de fixation.
La série d’enquêtes que Le Monde vient de publier montre que le rôle de la France, meilleur soutien du régime Habyarimana dans sa guerre contre la rébellion tutsi du Front patriotique rwandais – FPR –, est loin d’avoir été clair pendant les massacres. « Turquoise », dans l’esprit de certains dirigeants français, devait, sous couvert d’humanitaire, remettre en selle le gouvernement intérimaire rwandais, auteur du génocide. Trop occupée à massacrer des civils, l’armée rwandaise était, en effet, en train de perdre la guerre contre le FPR. Quand les soldats de « Turquoise » ont débarqué au Zaïre voisin, il était – heureusement – trop tard pour reprendre le contrôle de Kigali, la capitale.
Travail incomplet
D’autres faits sont troublants. Pourquoi et comment des livraisons d’armes aux Forces armées rwandaises (FAR) ont-elles pu avoir lieu sous les yeux des soldats français en plein embargo de l’ONU ? Que faisaient et que savaient les militaires français restés aux côtés des FAR après le début du génocide ? Enfin, pourquoi des avertissements explicites – comme la note de la délégation aux affaires stratégiques du ministère de la défense que nous avons révélée – sur la catastrophe à venir, la répétition de massacres précurseurs, la formation de milices, la préparation des esprits, ont-ils été ignorés ?
Sur tous ces points, le travail de la mission parlementaire de 1998 est pour le moins incomplet et ses conclusions lénifiantes. Les tribunaux ne sont pas le lieu, non plus, pour dire sereinement l’Histoire. Parce qu’ils sont les premiers visés par les instructions en cours, des militaires sont sortis de leur réserve, pour se défendre ou mettre en cause les ordres reçus. C’est aux politiques et à leurs archives qu’il incombe de « parler ». A commencer par celles de François Mitterrand, qui a joué un rôle essentiel dans le soutien au régime rwandais de 1990 à 1994. Ses écrits sont consultables, mais uniquement selon le bon vouloir de Dominique Bertinotti, gestionnaires des archives du président défunt.
Emmanuel Macron, qui n’a pas d’héritage politique à ménager, ni à droite ni à gauche (la France était en cohabitation en 1994), est le mieux placé aujourd’hui pour rendre réelle et effective la déclassification annoncée par son prédécesseur en 2015. C’est une exigence morale et historique.

        Lire aussi :
         

                Génocide au Rwanda : retrouvez les réponses à vos questions sur le rôle exact de la France






                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/18/19-4">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Alors que les effets néfastes du plomb sur l’homme sont connus depuis plusieurs siècles, des chercheurs viennent de montrer qu’il serait responsable de près de 18 % de la mortalité aux Etats-Unis, explique, dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ».
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« L’épidémiologie environnementale est la science des catastrophes invisibles »

Alors que les effets néfastes du plomb sur l’homme sont connus depuis plusieurs siècles, des chercheurs viennent de montrer qu’il serait responsable de près de 18 % de la mortalité aux Etats-Unis, explique, dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ».



Le Monde
 |    17.03.2018 à 10h23
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 11h32
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            

Chronique. Certains chiffres sont si surprenants qu’ils font lever le sourcil. C’est le cas de ceux révélés dans la dernière édition de la revue The Lancet Public Health, sous la signature d’une équipe d’épidémiologistes conduits par Bruce Lanphear (Simon Fraser University, à Vancouver, Canada). Ceux-ci publient une réévaluation de la mortalité attribuable au plomb aux Etats-Unis et parviennent à une estimation frappante : outre-Atlantique, ce sont quelque 400 000 personnes qui meurent, chaque année, de l’exposition de la population à ce métal lourd – conséquence de sa présence généralisée dans l’environnement au sens large, l’eau et la chaîne alimentaire… L’ordre de grandeur est stupéfiant : le plomb serait responsable de près de 18 % de la mortalité aux Etats-Unis !
Pour établir ce chiffre, les chercheurs ont analysé les données d’une cohorte rassemblant quelque 15 000 Américains, suivis pendant deux décennies. Ils ont comparé la fraction la moins exposée à celles des individus les plus exposés : chez ces derniers, la mortalité due aux maladies (notamment cardiovasculaires) connues pour être aggravées par le plomb était plus élevée, et ce dans des proportions dépassant largement ce qui était attendu. Pour limiter les biais, les auteurs ont pris en compte un grand nombre d’autres facteurs (alcool, tabac, etc.). Ils ont aussi répété l’analyse en la limitant aux individus de la cohorte ayant un taux de plomb inférieur à 5 microgrammes par décilitre de sang, confirmant qu’il n’existe aucun seuil d’exposition sans risque.

« La tendance à la hausse mondiale [des maladies cardiovasculaires] est attribuée à la croissance démographique, au vieillissement, ainsi qu’aux facteurs de risques comportementaux et métaboliques comme le tabac, l’hypertension, la sédentarité, l’obésité et la consommation excessive d’alcool, écrit Philip Landrigan (Mount Sinai Hospital, New York), un des grands spécialistes de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Oleksiy Makukhin est membre d’une ONG ukrainienne qui a conduit des travaux de recherche sur la télévision russe. Dans une tribune au « Monde », il livre les conclusions de cette enquête.
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« Sur les écrans de télé russes, l’Europe est mentionnée de façon négative »

Oleksiy Makukhin est membre d’une ONG ukrainienne qui a conduit des travaux de recherche sur la télévision russe. Dans une tribune au « Monde », il livre les conclusions de cette enquête.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 08h00
    |

Oleksiy Makukhin (chercheur au Ukraine Crisis Media Center)







                        



                                


                            
Tribune. Depuis quelques années, la mise en place par la Russie de véritables usines à trolls et à « fake news » est un phénomène désormais avéré. Notre organisation non gouvernementale Ukraine Crisis Media Center (UCMC) travaille sur la question de la désinformation russe depuis le début de l’agression militaire de ce pays contre l’Ukraine, en 2014. En nous fondant sur les cas nombreux où nous avons pu mettre au jour des cas de désinformation délibérée, nous avons constaté avec étonnement que même lorsque des nouvelles manifestement fausses sont confrontées aux faits, cela ne modifie en rien l’opinion de fond de l’audience visée.
Nous avons étudié les journaux télévisés et les talk-shows politiques des trois plus grandes chaînes de télévision publiques sur une période de trois ans et demi
La méthode de propagande russe repose sur des récits que nous considérons comme des éléments essentiels des campagnes de désinformation conduites par Moscou. Ces récits sont globaux, simples et émotionnels. Ils fournissent aux événements réels et à leurs motivations supposées des explications qui sont faciles à comprendre et leur donnent du sens aux yeux du spectateur moyen. Une fois mis en place, ces récits résistent efficacement à toute vérification, car ils répondent à toute accusation par une contre-accusation. La fréquence de l’utilisation de formules telles que « hystérie antirusse » et « russophobie » a été multipliée de plusieurs dizaines de fois en 2017 sur la chaîne publique Russia Today, le site étatique Sputnik et dans les déclarations du ministère russe des affaires étrangères.
Comme nous autres Ukrainiens sommes régulièrement accusés sans aucune preuve de russophobie, nous avons mené, en accumulant une quantité énorme de données, une étude systématique des récits diffusés par les médias russes. Nous avons étudié les journaux télévisés et les talk-shows politiques des trois plus grandes chaînes de télévision publiques...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Certes, Angela Merkel a été réélue chancelière et la coalition sortante a été reconduite. Mais cette continuité a quelque chose de trompeur, analyse le correspondant du « Monde » à Berlin, Thomas Wieder.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Double rupture en Allemagne

Certes, Angela Merkel a été réélue chancelière et la coalition sortante a été reconduite. Mais cette continuité a quelque chose de trompeur, analyse le correspondant du « Monde » à Berlin, Thomas Wieder.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 15h11
    |

            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








                        



                                


                            
Analyse. Les six mois qui viennent de s’écouler marqueront durablement la vie politique allemande. Certes, le dénouement de la séquence, ouverte avec les élections législatives du 24 septembre 2017, peut donner l’impression du contraire. Mercredi 14 mars, ce n’est pas seulement Angela Merkel qui a été réélue chancelière, mais aussi la coalition sortante qui a été reconduite, une première depuis l’accession au pouvoir de la présidente de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), en 2005.
Jusque-là, chaque nouveau mandat de Mme Merkel s’était accompagné d’un changement de majorité. En 2009, après avoir gouverné quatre ans avec les sociaux-démocrates (SPD), la chancelière conservatrice s’était alliée aux libéraux (FDP). En 2013, le SPD était revenu au gouvernement. Cinq ans plus tard, après avoir hésité, il a choisi d’y rester. Même chancelière, même majorité : pour trouver pareille continuité entre deux législatures, il faut remonter à 2002, date de la réélection de Gerhard Schröder à la tête d’une coalition associant le SPD et les Verts.
me Merkel pour constituer un gouvernement ne sont pas qu’une parenthèse 
Mais cette continuité a quelque chose de trompeur. Les six mois qui auront été nécessaires à Mme Merkel pour constituer un gouvernement ne sont pas qu’une parenthèse. Pendant cette période, une double rupture s’est opérée dans la vie politique allemande. La première est l’entrée du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) au Bundestag. Ses 92 députés (sur 709) constituent désormais le principal groupe parlementaire de l’opposition. C’est un tournant historique. Non que l’extrême droite ait complètement disparu du champ politique allemand après la seconde guerre mondiale, mais elle était résiduelle et dispersée. Instaurée en 1953, l’obligation pour un parti de recueillir au moins 5 % des voix pour être représenté au Bundestag a durablement tenu...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’historien Antoine Arjakovsky estime que le rapport, censuré mi-mars, des opposants au régime russe Ilya Yachine et Vladimir Milov, condamne à juste titre la politique menée depuis dix-huit ans.
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Article sélectionné dans La Matinale du 17/03/2018
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Antoine Arjakovsky : « L’échec de la politique de Poutine est lié à sa “vision mafieuse de l’Etat” »

Dans une tribune au « Monde », l’historien Antoine Arjakovsky estime que le rapport, censuré mi-mars, des opposants au régime russe Ilya Yachine et Vladimir Milov, condamne à juste titre la politique menée depuis dix-huit ans.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 07h09
    |

Antoine Arjakovsky (historien)







                        



                                


                            
Tribune. Le 11 mars à Moscou, Ilya Yachine et Vladimir Milov, deux des principaux opposants à Vladimir Poutine, ont présenté devant la presse leur dossier « Poutine : le bilan 2018 ». Les deux hommes appartiennent à la nouvelle génération des hommes politiques russes qui sont les héritiers de Boris Nemtsov, assassiné le 27 février 2015 à Moscou. Ilya Yachine, né en 1983, a été élu en 2017 député de la municipalité de Moscou. Vladimir Milov, né en 1972, a été le vice-ministre de l’énergie, en 2002, du gouvernement de Mikhaïl Kassianov. Il est l’un des membres de la plateforme d’opposition créée par Alexeï Navalny en décembre 2017, avant que celui-ci n’ait été empêché de se présenter à l’élection présidentielle. Tous deux sont les principaux responsables du mouvement politique Solidarnost créé en 2008.
Leur bilan des dix-huit années de pouvoir de Vladimir Poutine est sans appel. Ils expliquent que, entre 2000 et 2017, l’Etat russe a reçu une manne financière exceptionnelle de « 3,5 trillions de dollars » du fait des exportations de pétrole et de gaz à des tarifs sans précédent. Rappelons qu’un trillion correspond à un milliard de milliards, soit un 1 suivi de 18 zéros. Avec cette somme, les deux hommes expliquent que des dizaines de milliers d’écoles et d’hôpitaux auraient pu être construits et des centaines de milliers de kilomètres d’autoroute auraient pu être réalisés.
Politique extérieure catastrophique
A l’inverse, pendant cette période, des milliers d’écoles ont été fermées et le nombre d’enseignants a diminué d’un tiers. Il n’y a plus que 5 400 hôpitaux, contre 10 700 en l’an 2000. Et il n’existe toujours pas d’autoroute entre les deux principales villes du pays, Moscou et Saint-Pétersbourg. Yachine et Milov expliquent également que, depuis 2013, le revenu moyen mensuel des Russes est passé de 800 à 500 dollars, tandis que le PIB par habitant de la Russie est descendu à la 49e place dans le monde.
Le président...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Le temps est venu de retrouver ses esprits même s’il est difficile de parler avec le président russe, considère le spécialiste de la Russie et de l’ancien espace soviétique dans une tribune au « Monde ».
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Jean Radvanyi : « La spirale des menaces est relancée entre Russes et occidentaux »

Le temps est venu de retrouver ses esprits même s’il est difficile de parler avec le président russe, considère le spécialiste de la Russie et de l’ancien espace soviétique dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    17.03.2018 à 07h00
    |

Jean Radvanyi (professeur à l'Inalco)







                        



                                


                            
Tribune. Alors que s’achève une campagne présidentielle russe sans enjeu, tant le résultat est connu d’avance, la politique extérieure a fait une entrée spectaculaire dans le champ ­médiatique. Plusieurs épisodes sont venus raviver les polémiques quant au rôle de la ­Russie dans le monde, une des clés de la rhétorique poutinienne.
Dernier voyage du candidat sortant, la rencontre entre Vladimir Poutine et les constructeurs du pont qui doit relier ­bientôt la Crimée à la Russie est venue rappeler aux électeurs l’annexion de la péninsule (les Russes parlent de réintégration) qui a pratiquement fait l’unanimité dans l’opinion russe. Mais les combats continuent au Donbass oriental et l’intervention de l’armée russe, niée officiellement, a fait basculer dans une nouvelle russophobie la majorité de la population ukrainienne, une réalité douloureuse pour les nombreuses familles partagées entre les deux pays.
La tension est aussi montée d’un cran sur le terrain syrien quand le chef d’état-major russe a menacé de s’attaquer aux navires lanceurs de missiles américains au cas où l’armée américaine procéderait à des bombardements sur Damas. Cela faisait suite à des déclarations de Nikki Haley, la représentante des Etats-Unis à l’ONU, qui n’excluait aucune option dans le cas où Bachar Al-Assad poursuivrait ses attaques à l’arme chimique sur la Ghouta orientale. Jusqu’où le Kremlin est-il prêt à défendre le dictateur syrien ? Si l’intervention russe en Syrie a renforcé la position de Moscou et confirmé auprès des Russes que leur pays était redevenu un acteur majeur sur la scène internationale, cette complicité avec un régime qui n’hésite pas à massacrer son propre peuple pour rester au pouvoir demeurera une tache funeste sur l’image du président russe.
er mars, lors de son adresse au Parlement russe, Vladimir Poutine annonçait la mise au point d’une nouvelle génération de missiles
Encore plus inquiétante est la relance annoncée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans une tribune au « Monde », la politologue Marie Mendras estime que le processus électoral pour la présidentielle russe de dimanche 18 mars est entièrement dirigé par le Kremlin, de l’enregistrement des candidats jusqu’au comptage des voix.
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Article sélectionné dans La Matinale du 16/03/2018
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« Si le Kremlin est convaincu du soutien des 110 millions d’électeurs inscrits, pourquoi empêche-t-il un scrutin libre ? »

Dans une tribune au « Monde », la politologue Marie Mendras estime que le processus électoral pour la présidentielle russe de dimanche 18 mars est entièrement dirigé par le Kremlin, de l’enregistrement des candidats jusqu’au comptage des voix.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 06h42
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17.03.2018 à 08h49
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Marie Mendras (politologue au CNRS et au Centre de recherches internationales de Sciences Po)







                        



                                


                            
Tribune. Dimanche 18 mars [date du premier tour de la présidentielle], dix-huit ans après sa première élection à la tête de la Russie, Vladimir Poutine engagera un cinquième mandat, de six ans. Un cinquième, et pas un quatrième, comme une lecture institutionnaliste le laisse croire. En effet, la présidence Medvedev de 2008-2012 était bien le troisième mandat. Le jeune protégé avait été élu avec l’engagement de faire de Poutine un chef de gouvernement tout-puissant. « Votez Medvedev, vous garderez Poutine », scandaient alors les médias aux ordres.
Cette année encore, le président russe a préféré un vote sous contrôle à une élection honnête
Cette année encore, le président russe a préféré un vote sous contrôle à une élection honnête. Il n’a voulu prendre aucun risque, et a emballé l’affaire sans fioritures. Il a adoubé les sept autres candidats, qui animent le décor, et interdit la compétition au seul homme politique d’envergure, pourfendeur des puissants corrompus et héros des jeunes, en pleine ascension à Moscou et dans les provinces : Alexeï Navalny.

Si le Kremlin est convaincu du soutien enthousiaste des quelque 110 millions d’électeurs inscrits, pourquoi empêche-t-il un scrutin libre et pluraliste ? S’il croit vraiment aux « 85 % » de popularité du chef, pourquoi doit-il contrôler le vote des étudiants, fonctionnaires et retraités, augmenter les salaires pour remonter la participation, et remplir les urnes à l’avance en Tchétchénie ou au Tatarstan ?
Seul le suffrage universel, libre et pluraliste est un test sûr de l’adhésion populaire. En mars 2012, le score officiel de Poutine avait été de 63,6 %, son score réel estimé autour de 52 % à 55 %. Sur 110 millions d’électeurs inscrits, le président avait obtenu, avant fraudes, autour de 35 millions de suffrages. On était loin du plébiscite.
L’enjeu pour le Kremlin, la participation
Le processus électoral est entièrement dirigé, de l’enregistrement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Au fil des célébrations, toute une mythologie s’est bâtie autour des « événements » de mai-juin 1968. Le point sur les nuances et rectifications que la recherche a apporté depuis une dizaine d’années.
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Six idées reçues sur Mai 68

Au fil des célébrations, toute une mythologie s’est bâtie autour des « événements » de mai-juin 1968. Le point sur les nuances et rectifications que la recherche a apporté depuis une dizaine d’années.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 06h30
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17.03.2018 à 12h19
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            Catherine Vincent, 
Anne Chemin, 
Frédéric Joignot, 
                                Marion Rousset et 
                            Julie Clarini








                        



                                


                            

Les travaux d’historiens et de sociologues apportent un regard neuf sur le mouvement qui a secoué la France en mai-juin 1968, et remet en cause nombre de lieux communs élaborés au fil des célébrations. Démonstration en six points.
Idée reçue n° 1 : il existe une « génération 68 »
Les jeunes révoltés de Mai 68 se seraient-ils tous convertis au néolibéralisme ? Ce lieu commun ne résiste pas aux recherches récentes. « Un certain nombre de porte-parole autoproclamés ont construit cette idée de “génération 68” sur la base de leur devenir propre », estime la sociologue Julie Pagis. L’historienne Michelle Zancarini-Fournel relève des « absences criantes » dans ce récit : « celle de la banlieue, de Nanterre et de ses libertaires pourtant à l’origine conjoncturelle du mouvement ; absence aussi des catholiques, des immigrés, des paysans et des OS [ouvriers spécialisés] ». Cependant, précise l’historienne Ludivine Bantigny, « il est possible de distinguer une singularité générationnelle. Il s’agit d’une “génération” plus à gauche que celles qui se sont socialisées avant et après »
Idée reçue n° 2 : Mai 68 a marqué l’an I de la révolution sexuelle
« Jouissez sans entraves », tel est l’un des slogans de 1968. Mais si Daniel Cohn-Bendit a interpellé le ministre des sports sur les « problèmes sexuels des jeunes », « la question de la sexualité n’a quasiment pas été abordée lors des assemblées générales dans les universités », affirme l’historienne Michelle Zancarini-Fournel, qui met en garde : « Il faut distinguer les représentations qui se sont imposées au cours des décennies qui ont suivi 1968 et les pratiques réelles de l’époque. » La parole sur le corps et la sexualité s’est libérée par la suite, peu à peu, notamment grâce aux mouvements féministes.

Idée reçue n° 3 : l’esprit de Mai 68 est dans ses slogans
Les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Des étudiants devant les grilles fermées de l’usine Renault à Billancourt : cette image télévisée masque des « rencontres improbables » entre les deux mondes attestées par de nombreux témoignages.
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Etudiants et ouvriers ont-ils fait la jonction en Mai 68 ?

Des étudiants devant les grilles fermées de l’usine Renault à Billancourt : cette image télévisée masque des « rencontres improbables » entre les deux mondes attestées par de nombreux témoignages.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h58
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                            Julie Clarini








                        



                                


                            

A l’époque, c’est encore un voyage. Quarante kilomètres. Quand, au soir du 6 juin, les étudiants de la Sorbonne décident de rejoindre l’usine Renault de Flins (Yvelines), ils sont pourtant nombreux, plusieurs centaines : ils partent soutenir les « camarades » ouvriers menacés d’expulsion par les forces de l’ordre. Affolée par plusieurs mots d’ordre de rassemblement, la police forme des barrages et arrête les automobilistes aux cheveux longs, suspects. Dans la nuit, plus de trois cents personnes sont interpellées. Parmi elles, une moitié d’étudiants, a compté Ludivine Bantigny dans 1968. De grands soirs en petits matins (Seuil, 464 p., 25 euros) : chez les ouvriers, cette entraide « marque les esprits et en bouleverse plus d’un ». La distance sociale semble s’être évanouie, au moins quelques jours.
C’est pourtant une autre image de « 68 » qui s’imposera : celle de l’usine de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), qui se déclare en grève, mais reste fermée, close sur elle-même, à l’arrivée des étudiants. Cette séquence du 16 mai, filmée par la télévision – des jeunes piétinant devant les grilles –, figure dans de nombreuses émissions de commémoration : elle illustre la coupure entre les deux mondes. Comme une évidence. D’ailleurs, comment ces jeunes contestataires, avides de liberté sexuelle et prônant la révolution, auraient-ils pu rencontrer la classe ouvrière, particulièrement méfiante à l’égard de ces « fils à papa » ? C’était invraisemblable. Si bien que la mémoire en a effacé la possibilité même.
Collisions inattendues
Mieux, le désir de « jonction » exprimé par les étudiants, leur emprunt des signes de l’agitation ouvrière (drapeaux rouges et barricades), leur slogan « Les étudiants avec les travailleurs », ont prêté le flanc à une ironie mordante – fantasmes de petits-bourgeois. Cela participe pourtant d’un « déni », expliquent vigoureusement les deux historiens Xavier Vigna et Michelle Zancarini-Fournel...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ L’usage des armes à feu a été exceptionnel pendant les événements. Mais les nombreuses exactions des forces de l’ordre ont contribué à radicaliser les étudiants.
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Y a-t-il eu des violences policières en Mai 68 ?

L’usage des armes à feu a été exceptionnel pendant les événements. Mais les nombreuses exactions des forces de l’ordre ont contribué à radicaliser les étudiants.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h58
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16.03.2018 à 18h10
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            Frédéric Joignot








                        



                                


                            

Il y a eu sept morts au cours des manifestations de mai-juin 1968, selon la plupart des historiens. L’usage des armes à feu fut exceptionnel. Les forces de l’ordre ont tiré deux fois à balles réelles : le 30 mai, dans le Calvados, tuant un jeune homme, et le 11 juin, devant l’usine de Sochaux à Montbéliard, abattant l’ouvrier-serrurier Pierre Beylot, 24 ans. Les manifestants de rue n’ont pas utilisé d’armes létales. Mais si Mai 1968 n’a pas été une révolution sanglante, ni même une « révolution » au sens classique d’une tentative de renversement politique, ce ne fut pas non plus un « carnaval », un « psychodrame », ou des « saturnales » menées par « la jeunesse dorée du XVIe arrondissement », comme a pu l’écrire Raymond Aron.
L’historienne Michelle Zancarini-Fournel met en garde contre cette « interprétation aronienne », qui « gomme la violence » à l’œuvre pendant ces deux mois. Fabien Jobard, sociologue de la police, prévient lui aussi : « La thèse développée après coup d’une police responsable, pleine de sang-froid, à la violence contenue ne correspond pas à la réalité, même si, grâce à des hommes comme le préfet Maurice Grimaud, le pire a été évité. »
Faute originelle
Dès les premiers jours, le gouvernement gaulliste entend étouffer dans l’œuf l’agitation étudiante née à l’université de Nanterre, où la mobilisation contre la guerre du Vietnam s’étend – comme elle le fait sur les campus américains et européens. Le 3 mai, il fait évacuer manu militari la Sorbonne, où se tient un meeting. C’est la faute originelle de Mai 1968. Aussitôt, la nouvelle se répand au Quartier latin. Il faut comprendre l’émoi qui saisit les étudiants et les professeurs. Comme le rappellent Hervé Hamon et Patrick Rotman dans Génération (Seuil, 1987), la dernière fois que la Sorbonne, protégée depuis des siècles par une tradition ­d’invio­la­bilité, a été fermée, c’était sous l’occupation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Presque toutes les villes universitaires a été touchées par le mouvement, et les grèves et occupations d’entreprises ont eu lieu dans l’ensemble du pays.
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Mai 68 a-t-il été un mouvement essentiellement parisien ?

Presque toutes les villes universitaires a été touchées par le mouvement, et les grèves et occupations d’entreprises ont eu lieu dans l’ensemble du pays.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h57
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            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Mai 1968. Dans sa belle bâtisse du Gers, Mme Vieuzac est victime d’une crise cardiaque. La famille accourt pour un ultime hommage, mais celui-ci va prendre une tournure inattendue… Car le vent révolutionnaire qui souffle sur la capitale propage ses effluves jusqu’à cette campagne cossue, si joliment filmée par Louis Malle dans ­Milou en mai (1990). Campagne dans ­laquelle n’apparaît pas le moindre contestataire, laissant croire, comme souvent, que les événements de mai-juin restèrent essentiellement parisiens.
Villes universitaires
Rien de plus faux ! Dans certains cas, la ­province précéda même la capitale. ­Toulouse est ainsi la première ville universitaire à avoir réagi au mouvement lancé le 22 mars à la ­faculté de Nanterre. Dès le 25 avril – soit plusieurs jours avant le 3 mai, où l’évacuation par la police de 500 étudiants de la faculté de la Sorbonne entraîne l’apparition des ­premières barricades dans le Quartier latin –, la faculté des lettres y ­informe sur les événements, et des affrontements se produisent entre extrême ­gauche et extrême droite. Du 6 au 8 mai, des appels à la grève sont lancés à Montpellier, Strasbourg, Marseille et Lyon. Dans la cité phocéenne, dès le 8 mai, une fraction des étudiants passe même une ­alliance précoce avec la CGT et le PCF, qui encadrent à leur demande une manifestation de 2 500 étudiants.
« Au total, c’est quasiment l’ensemble des ­villes universitaires de province qui est touché par le mouvement, avec des chiffres qui, proportionnellement à leur population ­étudiante, sont comparables à ceux de ­Paris », résume l’historienne Michelle ­Zancarini-Fournel, qui a codirigé l’ouvrage 68. Une histoire collective (1962-1981) (La Découverte, 2008). Très vite, le mouvement dépasse le cadre estudiantin. Le 8 mai, les neuf départements de Bretagne et des Pays de la Loire manifestent avec le même ­slogan, « L’Ouest veut vivre » : plus de 100 000 personnes défilent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Si les formules politico-poétiques tracées sur les murs du Quartier latin montrent le désir, alors largement partagé, de changer la vie, ils ne sauraient représenter l’état d’esprit des 10 millions de personnes qui ont pris part au mouvement.
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Les slogans résument-ils l’esprit de Mai 68 ?

Si les formules politico-poétiques tracées sur les murs du Quartier latin montrent le désir, alors largement partagé, de changer la vie, ils ne sauraient représenter l’état d’esprit des 10 millions de personnes qui ont pris part au mouvement.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h56
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16.03.2018 à 18h08
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                            Marion Rousset








                        



                                


                            

C’était le printemps. A côté des rangées de platanes bien taillés, des aphorismes ont soudain fleuri sur les murs comme pousse la mauvaise herbe, aussi piquants qu’un chardon des champs, aussi légers qu’un pissenlit duveteux, aussi poétiques qu’un coquelicot au bord d’une autoroute. « Il est interdit d’interdire », « Sous les pavés, la plage », « Jouissez sans entraves », « Ne perdez pas votre vie à la gagner », « L’imagination au pouvoir », « Tout, tout de suite » : ces slogans poético-politiques restent enracinés dans la mémoire collective telle une trace vivace de l’esprit de Mai.
Cerveaux créatifs
Leur succès a contribué à orienter la vision d’une révolution placée sous le signe du refus de l’autorité, de l’individualisme, de la libération sexuelle, de l’éloge du présent. Et l’on oublie ce faisant que l’on ne doit pourtant leur existence qu’à quelques cerveaux créatifs : « La plupart ont été inventés par une toute petite minorité, qu’on a appelée les “enragés de Nanterre”. Moins d’une dizaine de personnes dont les idées étaient celles de l’Internationale situationniste », assure l’historienne Michelle Zancarini-Fournel. A savoir, Guy Debord, René Viénet, René ­Riesel, Raoul Vaneigem, Mustapha Khayati… qui tiennent le premier comité d’occupation de la Sorbonne. C’est Viénet en personne qui aurait peint : « L’humanité ne sera heureuse que quand le dernier bureaucrate sera pendu avec les tripes du dernier capitaliste. » Et c’est à Debord que l’on doit d’avoir tracé à la craie « Ne travaillez jamais », pour la première fois, rue de Seine, en 1953.
« Ces slogans ne sont pas représentatifs de l’état d’esprit des 10 millions de participants. Le registre d’un ouvrier de La Rochelle ou d’ailleurs n’était pas forcément le même que celui des situationnistes », reconnaît l’historienne Ludivine Bantigny. De fait, les tracts qui circulent dans les usines en grève et au sein des organisations d’extrême gauche...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Certes, Daniel Cohn-Bendit a interpellé le ministre des sports sur les « problèmes sexuels des jeunes », mais la question a été peu abordée pendant le mouvement. C’est au cours des décennies suivantes que la parole sur le corps et la sexualité s’est libérée.
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Mai 68 marque-t-il l’an I de la révolution sexuelle ?

Certes, Daniel Cohn-Bendit a interpellé le ministre des sports sur les « problèmes sexuels des jeunes », mais la question a été peu abordée pendant le mouvement. C’est au cours des décennies suivantes que la parole sur le corps et la sexualité s’est libérée.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h56
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16.03.2018 à 18h07
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            Anne Chemin








                        



                                


                            

« Jouissez sans entraves », « Plus je fais l’amour, plus j’ai envie de faire la révolution. Plus je fais la révolution, plus j’ai envie de faire l’amour »… Les graffitis inscrits sur les murs de Paris en Mai 1968 ont construit une légende : ce joli mois marquerait l’an I de la révolution sexuelle. Un mythe que déconstruit patiemment Michelle Zancarini-Fournel. « Il faut distinguer les représentations qui se sont imposées au cours des décennies qui ont suivi 1968 et les pratiques réelles de l’époque », prévient l’historienne, qui a dirigé, avec Philippe Artières, 68. Une histoire collective (1962-1981) (La Découverte, 2008).
Les féministes aux avant-postes
En 1968, il y eut certes l’interpellation de Daniel Cohn-Bendit au ministre des sports de De Gaulle – « J’ai lu votre Livre blanc sur la jeunesse, en 300 pages, il n’y a pas un seul mot sur les problèmes sexuels des jeunes » – et les revendications du Mouvement du 22-Mars sur l’accès des garçons à la résidence universitaire des filles de Nanterre. Mais ce fut à peu près tout. « La question de la sexualité intéressait les étudiants en sociologie de Nanterre avant 1968, mais elle n’a quasiment pas été abordée lors des assemblées générales dans les universités, souligne Michelle Zancarini-Fournel. Et, dans le mouvement social, on en parlait peu ou pas du tout – sauf dans quelques entreprises de femmes. »
C’est plutôt au cours des décennies qui suivent Mai 1968 que la parole sur le corps et la sexualité, peu à peu, se libère. Les féministes sont aux avant-postes de ce mouvement qui bouscule la morale, la pudeur et la bienséance. « Elles insistent sans relâche sur le fait que leur corps leur appartient, raconte Michelle Zancarini-Fournel. C’est d’ailleurs le titre d’un livre témoignage écrit par des femmes de Boston et publié en France en 1977 : Notre corps, nous-mêmes [Albin Michel]. Ces mouvements luttent surtout en faveur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Etudiants, mais aussi lycéens, ouvriers, immigrés, banlieusards, paysans... La figure du « soixante-huitard » converti au néolibéralisme par opportunisme masque une réalité plurielle.
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Existe-t-il une « génération 68 » ?

Etudiants, mais aussi lycéens, ouvriers, immigrés, banlieusards, paysans... La figure du « soixante-huitard » converti au néolibéralisme par opportunisme masque une réalité plurielle.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h55
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16.03.2018 à 18h05
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                            Marion Rousset








                        



                                


                            

Depuis des décennies, on se repasse le même film. Celui d’une génération d’étudiants qui évoluent dans un tout petit périmètre parisien, entre la Seine et le Luxembourg, la rue d’Ulm et le boulevard Saint-Michel. On raconte l’histoire de ces jeunes gens qui ont décidé, un joli jour de mai, de transformer la cour de la Sorbonne en agora. On évoque en toile de fond les guerres d’Algérie et du Vietnam, la révolution cubaine et les projets de Mao, trame de leur engagement politique. On parle de ces rebelles d’un soir qui se sont convertis au néolibéralisme pour occuper des postes de pouvoir.
Figures de proue
Ces trajectoires sont-elles vraiment emblématiques d’une « génération 68 » – expression devenue un lieu commun ? « Un certain nombre de porte-parole autoproclamés ont construit cette idée de “génération 68” sur la base de leur devenir propre, qui n’était pas représentatif des destinées des soixante-huitards ordinaires. Leur vision a évacué la masse des lycéens, des ouvriers, des employés qui ont participé à l’événement », estime la sociologue Julie Pagis.
Un livre joue un rôle crucial dans la construction de ce mythe : Génération (Seuil). Le best-seller d’Hervé Hamon et de Patrick Rotman, dont les deux tomes paraissent en 1987 et 1988, donne naissance à une série documentaire diffusée sur TF1 à la fin des années 1990. Il popularise le mythe d’une jeunesse révoltée, privilégiée, hédoniste et opportuniste. Au fil des commémorations, une poignée de « vedettes » ayant un accès direct aux médias ont contribué à façonner ce portrait à leur image.
Dans les années 2000, ce sont les mêmes figures de proue que fait revivre l’écrivain Olivier Rolin dans ­Tigre en papier (Seuil, 2002), roman amer sur les ruines de la révolution. Et quand, quarante ans après les événements, Virginie Linhart publie Le Jour où mon père s’est tu (Seuil), c’est toujours aux plus célèbres des intellectuels militants – Benny Lévy, Blandine...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ La novlangue managériale, mélange d’acronymes, d’anglicismes et de concepts évanescents, crée une « insécurité linguistique » estime la sociologue Agnès Vandevelde-Rougale.
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Article sélectionné dans La Matinale du 17/03/2018
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« Tu benchmarkes la solution, j’attends ton feedback » : le jargon d’entreprise, dialecte impénétrable


                      La novlangue managériale, mélange d’acronymes, d’anglicismes et de concepts évanescents, crée une « insécurité linguistique » estime la sociologue Agnès Vandevelde-Rougale.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 15h22
    |

                            Nicolas Santolaria








                              

                        

Pour vivre une expérience linguistique véritablement dépaysante, pas besoin de partir à la rencontre d’une lointaine peuplade amazonienne qui serait restée des siècles en marge de la civilisation. Tout en vous évitant de croiser la route d’une mygale, pousser la porte d’une société du tertiaire suffira alors à vous confronter à un dialecte potentiellement impénétrable : le jargon d’entreprise. « C’est un discours qui sert à mobiliser les êtres humains au service d’un objectif. Ce n’est pas vraiment une langue à part entière, comme le français ou l’allemand, plutôt une façon de s’exprimer qui détourne les mots et les codes idiomatiques classiques à son profit, à l’image d’un virus. Les formulations managériales utilisent par exemple le présent de l’indicatif et la forme affirmative, pour ne pas laisser de place au doute », explique la sociologue Agnès ­Vandevelde-Rougale, auteure de l’ouvrage La ­Novlangue managériale. Emprise et résistance paru chez Erès, en 2017.

Autrement dénommée « technolecte » par les spécialistes, cette façon de parler est parfois si impénétrable qu’elle semble avoir pour fonction inavouée de maintenir les étrangers à distance, à l’aide d’un mélange d’acronymes, d’anglicismes et de concepts évanescents. La novlangue managériale créerait alors une « insécurité linguistique » chez ceux qui ne la maîtrisent pas. « Chaque organisation ou secteur d’activité possède son jargon, poursuit la sociologue. Cela produit un effet d’appartenance. Si l’on veut pouvoir être entendu et reconnu, il est souvent impératif d’adopter cette façon de parler. »
ASAP, TL;DR, LMK, TBD
Bien souvent, le premier réflexe de survie du stagiaire arrivant dans l’« open space » sera alors de se constituer un lexique lui permettant de saisir les enjeux des conversations alentour. Sinon, impossible de comprendre cette phrase qui vous serait adressée par un supérieur sur le ton de l’évidence : « Tu prends...




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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ De la haute langue littéraire à la novlangue de la start-up nation, le français ne cesse de se transformer. Faut-il se réjouir de cette diversité ou regretter le morcellement ?
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Les sept langues du français : du « disruptif  » au « croquignolesque  »


                      De la haute langue littéraire à la novlangue de la start-up nation, le français ne cesse de se transformer. Faut-il se réjouir de cette diversité ou regretter le morcellement ?



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h00
    |

            Eric Collier








                              

                        

« Nobody’s perfect ! » La réplique finale de Certains l’aiment chaud (Billy Wilder, 1959) est l’une des premières expressions en anglais à avoir trouvé bonne place dans la conversation française. Facile à comprendre, aisée à prononcer, un rien chic, allons-y ! Depuis, c’est un déferlement, toutes les lois et tous les quotas n’y ont rien changé : près de mille ans après l’invasion terrestre et linguistique de Guillaume le Conquérant, le mouvement inverse est en marche, la langue de Shakespeare a envahi celle de Molière. Le process, comme on dit aujourd’hui au gouvernement ou dans les salles de réunion, paraît irrémédiablement engagé. Et on ne voit pas, à l’heure de la globalisation, ce qui pourrait le freiner. Des « élus » du gouvernement des lettres rêvent-ils d’une langue qui résisterait mieux aux outrages de l’anglais ? « Bullshit », comme dirait le nouveau chantre de la France éternelle (la province, donc), le normalien et agrégé d’histoire Laurent Wauquiez.
Le refrain est connu, il y aurait deux France qui s’éloignent l’une de l’autre. Deux France qui ne se « parlent » pas ou plus assez.
L’anglais est chez lui chez nous – comme partout dans le monde –, mais il n’est peut-être pas la seule langue « étrangère » du pays. Le refrain est connu, il y aurait deux France qui s’éloignent l’une de l’autre. Deux France qui ne se « parlent » pas ou plus assez. Deux France, deux langues et une incompréhension ? Dans un ouvrage récent, Notre langue française (Fayard, 220 p., 18 €), l’historien Jean-Michel Delacomptée a, lui, répertorié pas moins de sept « sous-domaines » de français : « la haute langue », « la langue standard », « les langues régionales ou minoritaires », « les langues métissées », « la langue technique, celle des spécialistes », « la langue des rues » et « la langue des cités, nouvelle venue ».

A première vue, aucune raison d’affirmer que ces sept niveaux...




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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le juriste Philippe Blachèr estime nécessaire l’inscription dans un article constitutionnel de principes fondamentaux sur la transparence de la vie publique.
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« La déontologie de la vie politique, grande absente de la réforme constitutionnelle »

Dans une tribune au « Monde », le juriste Philippe Blachèr estime nécessaire l’inscription dans un article constitutionnel de principes fondamentaux sur la transparence de la vie publique.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 15h42
    |

Philippe Blachèr (Professeur à l’université de Lyon)







                        



                                


                            

Tribune. La réforme constitutionnelle, qui fait actuellement l’objet de consultations et devrait être présentée en conseil des ministres au mois d’avril, vise à moderniser la Constitution de 1958 sans affecter les grands équilibres institutionnels qui ont forgé la longévité du régime de la Cinquième République.
Les mesures en discussion concernent la diminution du nombre des députés et sénateurs, la limitation du nombre des mandats parlementaires à trois, la réforme du Conseil économique social et environnemental, la suppression de la Cour de justice de la République, la réforme du Conseil supérieur de la magistrature, la suppression des membres de droit au Conseil constitutionnel, la limitation du droit d’amendement des parlementaires, l’inscription de la Corse et la référence à la protection climatique dans le préambule.
Curieusement, aucune référence n’est faite à ce qui constitue, sans nul doute, le cœur de la rénovation du système politique : la déontologie de la vie politique. Les pouvoirs publics se sont pourtant engagés, bien avant l’affaire Cahuzac de 2013, dans un processus de codification de règles de bonne conduite et de transparence (notamment en matière de financement de la vie politique et de comportement des élus) et dans la mise en place de mécanismes sectoriels d’enquête et de sanction pour lutter contre les conflits d’intérêts, pour sanctionner les manquements grave à l’éthique et pour rappeler les élus et les décideurs au devoir d’exemplarité en raison du caractère public de leur charge.
« Il ne peut y avoir de réforme sans confiance »
Si le législateur français a adopté, depuis 1988, des lois afin d’injecter des règles déontologiques dans le financement de la vie politique, les lois relatives à la transparence de la vie publiquede 2013, à la lutte contre la corruption dite « Sapin 2 » de 2016 et à la confiance dans la vie politique de 2017, énoncent les règles de comportement attendues...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Une jeune fille victime pendant 24 mois de bâillements incoercibles. Elle bâillait vingt à trente fois d’affilée, et ce dix à douze fois par jour !
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