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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-1"> ¤ Quelque 110 millions d’électeurs russes étaient appelés à voter, dimanche 18 mars, pour une élection sans grand suspense qui devrait voir la réélection de Vladimir Poutine.
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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-2"> ¤ Assuré d’être réélu, Vladimir Poutine n’a quasiment pas fait campagne. L’opposition signale des irrégularités, telles que des bourrages d’urnes ou des votes multiples.
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Article sélectionné dans La Matinale du 17/03/2018
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Election présidentielle en Russie : participation en hausse, selon la commission électorale

Assuré d’être réélu, Vladimir Poutine n’a quasiment pas fait campagne. L’opposition signale des irrégularités, telles que des bourrages d’urnes ou des votes multiples.



Le Monde
 |    18.03.2018 à 05h00
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 17h46
    |

                            Le Monde.fr (avec Isabelle Mandraud)








                        



   


Dimanche 18 mars, 108 968 869 électeurs russes sont appelés aux urnes pour le premier tour de l’élection présidentielle qui voit s’affronter huit candidats, sept hommes et une femme. Un scrutin dans lequel l’actuel président, Vladimir Poutine, est grand favori, et qui survient au cœur de nouvelles tensions entre la Russie et plusieurs pays occidentaux.
Selon la Commission électorale, la participation globale s’établissait à 14 heures, heure locale (12 heures, heure française) à 34,72 %, soit davantage que lors du précédent scrutin de 2012 à la même heure. L’agence de presse publique TASS a pour sa part fait état de taux de participation dépassant 60 %, voire 70 %, dans les régions de l’Extrême-Orient russe, où le vote s’est terminé plus tôt en raison du décalage horaire.
Fraudes et incitations au vote
L’ONG Golos, spécialisée dans la surveillance des élections, dresse sur son site Internet une carte des fraudes montrant en début d’après-midi 2 033 cas d’irrégularités, tels que du bourrage d’urnes, des cas de votes multiples ou des entraves au travail des observateurs.
Le principal opposant au Kremin Alexeï Navalny – déclaré inéligible par la commission électorale –, a dépêché plus de 33 000 observateurs dans les bureaux de vote. Dès dimanche matin, il a diffusé une vidéo présentée comme montrant un bourrage d’urne dans un bureau de vote en Extrême-Orient, et sur lequel la commission électorale a promis d’enquêter.
La correspondante du Monde, Isabelle Mandraud, rapportait sur son compte Twitter des bourrages d’urnes signalés en Tchétchénie et en Iakoutie.

Bourrage des urnes, épisode 2. Après la Tchétchénie, en #Iakoutie aussi... De nombreux bureaux de vote étant désorm… https://t.co/NLmbSzTUHt— mandraud (@Mandraud Isabelle)


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Faute de suspense et vu les appels au boycottage d’Alexeï Navalny, le Kremlin a tout fait pour que la participation, seul véritable baromètre de ce scrutin, soit aussi forte que possible dimanche. Les autorités ont mené des campagnes massives d’information et d’incitation au vote, facilitant le vote hors du lieu de résidence mais aussi, selon des médias, en faisant pression sur les fonctionnaires ou les étudiants pour aller aux urnes. Des militants de l’opposition ont fait état dimanche d’électeurs amenés en bus dans les bureaux de vote par la police ou de coupons de réductions distribués aux citoyens se rendant aux urnes.
L’organisation Golos a de son côté rapporté des informations faisant état de contraintes exercées par des employeurs ou universités forçant employés et étudiants à voter non pas dans le bureau correspondant à leur lieu de domicile mais sur leur lieu de travail ou d’études, « où l’on peut contrôler leur participation au scrutin ».
Comment se déroule le vote
De la péninsule du Kamtchatka, à l’est, jusqu’à l’enclave de Kaliningrad à l’ouest, les plus de 108 millions de Russes inscrits sur les listes électorales au 1er janvier ont commencé à voter à 8 heures, heure locale. L’immense pays comptant onze fuseaux horaires, les premiers bureaux de vote de l’Est russe ont ouvert samedi soir à 20 heures GMT. Les derniers bureaux fermeront dimanche soir, à 18 heures (heure de Paris).
A l’étranger, Kiev a décidé de bloquer le vote des électeurs russes résidant en Ukraine pour protester contre la tenue de la présidentielle en Crimée, péninsule annexée par Moscou en 2014.

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                Premier vote en Crimée pour une élection présidentielle russe



Qui sont les candidats ?

   


Le grand absent de ce scrutin est Alexeï Navalny, principal opposant (41 ans) de Vladimir Poutine qui avait mené campagne sur le terrain de puis des mois, écarté de l’élection en raison de condamnations pénales qu’il réfute.
Le favori : Vladimir Poutine, 65 ans
Désigné comme le successeur de Boris Eltsine en 1999, il a été élu pour la première fois président de la Fédération de Russie le 23 mars 2000, avec 52,9 % des voix, puis en 2004 avec 71,3 % des voix. La Constitution russe limitant le nombre de mandats présidentiels consécutifs à deux, Vladimir Poutine a pris la place de son premier ministre, Dmitri Medvedev, en 2008, tandis que celui-ci prenait la sienne au Kremlin après avoir été élu avec 70,2 % des voix. Sous sa présidence, la Constitution a été modifiée afin de repousser la durée du mandat de quatre à six ans. En 2012, malgré des manifestations importantes dénonçant des fraudes, Vladimir Poutine a été réélu avec 63,6 % des voix. Il brigue aujourd’hui un 4e mandat.
L’outsider : Pavel Groudinine, 58 ans

   


Pour la première fois, le candidat qui porte les couleurs du Parti communiste n’est… pas encarté. Directeur du sovkhoze Lénine, une exploitation agricole dans la région de Moscou fondée en 1917 et privatisée en 1995, il a créé la surprise en remportant une mini-primaire organisée au sein du PC russe et de quelques formations nationalistes de gauche. Ce chef d’entreprise atypique, numéro un de la fraise en Russie, avait participé à la première campagne électorale de Vladimir Poutine en 2000, avant de se retirer totalement du parti au pouvoir, Russie unie, en 2010. Les experts lui prédisent la deuxième place à l’issue du scrutin.
Le senior : Vladimir Jirinovski, 71 ans
Président fondateur depuis 1990 du Parti libéral démocrate de Russie (LDPR), il défend des idées ultranationalistes, xénophobes et antisémites, à l’opposé du libellé de sa formation. Candidat lors de la première élection présidentielle russe de 1991, où il avait obtenu 8 % des voix, il s’est présenté toutes les fois suivantes, à l’exception de 2004, en obtenant invariablement la cinquième, la troisième ou la quatrième place.
La benjamine : Ksenia Sobtchak, 36 ans

   


Fille de l’ancien maire de Saint-Pétersbourg, Anatoli Sobtchak, mentor en politique de Vladimir Poutine, la journaliste se présente comme une opposante résolue à Vladimir Poutine sous l’étiquette « contre tous » – une ligne qui figurait autrefois sur les bulletins de vote pour les électeurs mécontents. Accusée d’être une « marionnette du Kremlin » par ses détracteurs, elle est néanmoins l’une des rares voix, en Russie, à oser évoquer l’annexion de la Crimée comme une « violation du droit international ». Soutenue par de riches donateurs, Ksenia Sobtchak veut incarner un courant libéral « qui n’existe plus en Russie » depuis les années 1990.
L’entêté : Gregori Iavlinski, 65 ans
Cet économiste a travaillé avec les réformateurs de la perestroïka. En 1993, il a cofondé le parti démocrate libéral Iabloko, qui attira une partie de l’intelligentsia russe et compta dans ses rangs jusqu’à 16 parlementaires en 2003. Candidat à deux reprises de l’élection présidentielle, en 1996 et en 2000, opposé au retour de Vladimir Poutine en 2012, il avait été écarté de la compétition cette année-là au motif qu’il n’avait pas les deux millions de signatures alors nécessaires.
L’entrepreneur : Boris Titov, 57 ans
Fondateur du Parti de la croissance (libéral et conservateur), il est aussi délégué aux droits des entrepreneurs auprès du président russe. Sa candidature, il ne s’en cache pas, n’est pas là pour gêner le favori, mais pour faire entendre la voix des PME, et promouvoir « l’esprit d’initiative ».
Le rouge-brun : Sergueï Babourine, 59 ans
Député du peuple au dernier Soviet suprême de Russie, en 1990, il est l’un des sept élus à avoir voté contre la dissolution de l’URSS. Réélu par la suite, vice-président de la Douma en 2004, il préside le parti La Volonté du peuple, aujourd’hui renommé « Union des peuples russes ». En 2003, Jean-Marie Le Pen s’était rendu à Moscou à son invitation. Sergueï Babourine a soutenu publiquement le Serbe Radovan Karadzic, surnommé le « Boucher des Balkans », lors de son procès pour « génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre ».
Le cadet : Maxime Souraïkine, 40 ans
Président du parti Communistes de Russie, d’obédience marxiste-léniniste, il est le fondateur d’un mouvement de jeunes présenté comme l’héritier du Komsomol, les jeunesses du Parti communiste en URSS. Il revendique aujourd’hui 50 000 membres pour son parti, qui a obtenu 2,3 % des voix lors des élections législatives de 2016. Le portrait de Staline s’affiche sur son site de campagne.
La non-campagne de Vladimir Poutine
Assuré d’être réélu, Vladimir Poutine n’a quasi pas fait campagne, se contentant de deux participations de deux minutes chacune lors de concerts de soutien et snobant les débats télévisés.

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                Election présidentielle russe, mode d’emploi



Il s’est surtout illustré par un discours très musclé devant le Parlement, le 1er mars, pendant lequel il a longuement vanté les nouveaux missiles « invincibles » de l’armée russe développés en réaction aux projets de bouclier antimissile, sommant les Occidentaux d’« écouter » enfin la Russie. S’il a déclaré que la Russie devait augmenter de moitié le PIB par habitant d’ici à la mi-2020, M. Poutine n’a cependant pas donné la marche à suivre ni présenté de programme économique.
Le contexte international s’est cependant emballé dans les derniers jours de la campagne, depuis l’annonce des sanctions britanniques contre la Russie, et les nouvelles tensions causées par l’empoisonnement de l’agent double russe Sergueï Skripal à Salisbury. Moscou, accusé par le Royaume-Uni et certains de ses alliés, nie être responsable de cette attaque, mais répond avec retenue pour le moment, préférant concentrer l’attention sur le scrutin de dimanche.

        Lire le compte-rendu du tchat avec notre correspondante à Moscou :
         

          « Le principal atout de Poutine, c’est l’absence d’une alternative jugée crédible »



La participation, principal enjeu
Depuis 2000, Vladimir Poutine a toujours été élu dès le premier tour, et selon les sondages, cette élection ne devrait pas briser cette tendance. Le taux de participation est donc le principal enjeu du scrutin, l’actuel dirigeant russe ayant besoin d’une forte participation pour légitimer sa victoire. L’opposition estime qu’un taux inférieur à 50 %, voire à 55 %, mettrait en question la crédibilité de Poutine.
La participation est restée particulièrement stable depuis 2000, avec un peu plus de 64 %, mais en 2006, le taux minimal de 50 % de votants, nécessaire pour valider l’élection, a été supprimé.

   


Selon l’institut de sondages public VTsIOM, 74 % des électeurs russes ont l’intention de se rendre aux urnes le 18 mars. Mais, le seul grand institut indépendant, le Levada Center, affirme, lui, que moins d’un tiers des Russes sont vraiment décidés à aller voter.
Pour s’assurer une participation au niveau des précédentes élections, les autorités ont décidé d’organiser la plus grande campagne d’incitation au vote depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir en 2000. La Commission centrale électorale a réservé un budget de 770 millions de roubles (plus de 10 millions d’euros) pour faire la publicité du scrutin.

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                Tatiana Kastouéva-Jean : « Le pouvoir russe est obsédé par le contrôle »



« Si vous n’allez pas voter, vous serez automatiquement inscrit comme électeur gréviste, et on ajoutera que vous doutez du statut russe de la Crimée », a écrit sur son blog – et en dépit de la réserve imposée aux fonctionnaires et élus – le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, rendant au passage un vibrant hommage à Poutine.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-3"> ¤ ONG et opposants dénoncent des cas de fraude dans plusieurs régions du pays, dimanche, à l’occasion de l’élection présidentielle.
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Des irrégularités signalées lors de la présidentielle en Russie

ONG et opposants dénoncent des cas de fraude dans plusieurs régions du pays, dimanche, à l’occasion de l’élection présidentielle.



Le Monde
 |    18.03.2018 à 16h13
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 17h03
   





                        



   


Des fraudes et des irrégularités, dont il est difficile de déterminer l’ampleur, ont émaillé le scrutin présidentiel russe, dimanche 18 mars. L’ONG russe Golos, spécialisée dans la surveillance des élections, faisait état peu avant 18 heures, heure de Moscou (16 heures, heure de Paris) de 2 288 cas d’irrégularités, parmi lesquelles des cas de bourrages d’urnes, des votes multiples ou des entraves au travail des observateurs. Ces chiffres, qui comprennent également des fautes de procédure, sont invérifiables.
Le mouvement du principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, empêché de se présenter au scrutin et qui affirme avoir dépêché plus de 33 000 observateurs dans les bureaux de vote, a, lui, rapporté des centaines de cas de fraudes dans plusieurs régions du pays. Quelque 150 observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) sont également déployés dans le pays.
La présence de webcams dans les bureaux de vote a permis de documenter les fraudes les plus grossières et les plus visibles, même si nombre de caméras n’ont pas les urnes dans leur champ de vision. Plusieurs sites d’opposition ou de médias répertoriaient dimanche les vidéos montrant des irrégularités.

Bourrage des urnes, épisode 2. Après la Tchétchénie, en #Iakoutie aussi... De nombreux bureaux de vote étant désorm… https://t.co/NLmbSzTUHt— mandraud (@Mandraud Isabelle)


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Dans cette autre vidéo, on voit un homme glisser plusieurs bulletins dans une urne d’un bureau du Daghestan :

Ces fraudes ne sont pas réservées aux régions reculées du Caucase ou d’Extrême-Orient, où elles sont traditionnellement plus nombreuses. Une vidéo diffusée à la mi-journée montrait ainsi un très classique bourrage d’urne dans un bureau de vote de la banlieue de Moscou. Ce dernier cas a été reconnu comme irrégulier par la Commission électorale centrale et les bulletins ont été annulés.

L’opposant Navalny avait aussi montré dans une vidéo, avant le jour de l’élection, la facilité avec laquelle des membres de son équipe avaient obtenu plusieurs bulletins chacun, à la faveur de la procédure permettant, sur simple demande, de voter hors de son bureau de vote traditionnel. Cette pratique, dite du « carrousel », permet des votes multiples par une même personne.
Ces cas signalés sont encore loin des fraudes massives qui avaient émaillé le scrutin législatif de décembre 2011, et dans une moindre mesure la présidentielle de mars 2012. A l’époque, l’indignation soulevée par ces fraudes s’était transformée en un mouvement de contestation long et massif. Ce précédent fait office de repoussoir pour le Kremlin, qui cherche à tout prix à éviter qu’un tel scénario se reproduise. Pour cela, la consigne d’éviter les fraudes trop visibles, en premier lieu dans les grandes villes, a été passée aux autorités locales.

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                Vote en Russie : les élections de 2011-2012, l’épouvantail du pouvoir russe



La participation, enjeu majeur de la présidentielle russe
Cette année, l’enjeu principal pour le pouvoir réside dans la participation. Un chiffre inférieur à celui de 2012 (65,27 %) sonnerait comme un désaveu pour Vladimir Poutine, qui entend légitimer sa politique de confrontation permanente avec l’Ouest.
C’est sur cet aspect que l’accent a été particulièrement mis pour ce scrutin, opportunément placé à la date anniversaire de l’annexion de la Crimée, entérinée par la Douma le 18 mars 2014. Dimanche, des témoignages faisaient état d’électeurs transportés dans les bureaux de vote par autocars entiers, sous la conduite de la police.
Les moyens utilisés pour attirer les électeurs sont variés : distribution de sandwichs, de bons de réduction, organisation de loteries, marchés alimentaires à prix cassés ou encore tenue parallèle de référendums ou de consultations locales, par exemple sur les horaires scolaires. La correspondante de France 24 en Russie a, de son côté, rapporté avoir reçu « en cadeau », après avoir voté, une place de concert gratuite.
Des « reçus » attestant la participation au vote
En amont, la mobilisation des électeurs avait aussi été assurée. Golos s’est inquiétée notamment d’informations faisant état de contraintes exercées par des employeurs ou des universités forçant leurs employés et leurs étudiants à voter non pas à leur lieu de domicile mais sur leur lieu de travail ou d’études, « où l’on peut contrôler leur participation au scrutin ».
Ces pratiques sont particulièrement répandues dans le secteur public et dans certaines grandes entreprises, où les employés doivent faire la preuve de leur vote, comme par exemple la photo de leur bulletin. Des « reçus » attestant la participation au vote ont aussi été distribués de manière inhabituelle dans plusieurs bureaux.
Une vidéo diffusée samedi sur les réseaux sociaux montrait les infirmières d’une maternité expliquer aux parturientes qu’elles « devaient » voter. Dans une autre, on voit des nonnes dans un couvent remplir leur bulletin sous l’œil de leur mère supérieure.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-4"> ¤ Vladimir Poutine a toujours su mêler politique intérieure et extérieure. Les quatre guerres qui ont émaillé ses 18 années de mandat se sont traduites par des regains de sa popularité.
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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-5"> ¤ Depuis la démission de Boris Eltsine, le 31 décembre 1999, Vladimir Poutine et son parti, Russie unie, ont toujours obtenu plus de la moitié des votes dès le premier tour.
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De 2000 à aujourd’hui, la mainmise électorale de Poutine et de Russie unie

Depuis la démission de Boris Eltsine, le 31 décembre 1999, Vladimir Poutine et son parti, Russie unie, ont toujours obtenu plus de la moitié des votes dès le premier tour.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h42
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 17h08
    |

            Pierre Breteau








                        



   


Arrivé au pouvoir par intérim le 1er janvier 2000, à la faveur de la démission du président Boris Eltsine la veille, celui qui n’était alors que le premier ministre Vladimir Poutine devenait président à son tour le 26 mars 2000, élu dès le premier tour avec 52,94 % des suffrages.
Depuis, le locataire du Kremlin n’est plus descendu en dessous de 60 % de suffrages au premier tour, avec un record à 71,2 % en 2004. Néanmoins M. Poutine n’a pas été candidat en 2008, la Constitution n’autorisant que deux mandats consécutifs. Il a alors échangé son poste avec celui de son premier ministre, Dmitri Medvedev. Ce dernier a même failli faire mieux que lui, avec 70,28 % des voix, toujours au premier tour.

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   ╙▓█Γ              █▓▄ ██▀            ▓▌ ██▀Γ             ▀█▄╦ ▀██▀           
                      ╙▀                ▀`                     ▀▀               



L'écrasement des autres formations politiques
Ce graphique représente les résultats officiels des élections présidentielles russes de 2000, 2004, 2008 et 2012. En bleu, les résultats du parti Russie unie, celui du président.
Jusqu'à la loi fédérale du 5 décembre 2006 existait un bulletin de vote « contre tous » (les candidats), comptabilisé dans les suffrages valides. Il a été supprimé lors du second mandat du président Poutine.
Sélectionnez une année électorale dans la liste ci-dessous, puis une barre pour afficher le détail des résultats.


Élection de 2012
Élection de 2008
Élection de 2004
Élection de 2000




Sources : Nohlen & Stöver, Commission électorale centrale


require(["jquery", "jquery-ui/core", "jquery-ui/tooltip", "d3/4.2.2"], function($, jqueryUICore, tooltip, d3) {

    var largeur = document.getElementById("graphrus").offsetWidth,
        hauteur = largeur * .8,
        election = $("#monselect").val(),
        datatemp = [],
        monmobile = "",
        margin = { top: largeur / 20, right: largeur / 20, bottom: 30, left: largeur / 7 };

    /* On change le ratio en cas de mobile */
    if (largeur         margin = { top: largeur / 20, right: largeur / 20, bottom: 20, left: largeur / 5 }
        hauteur = largeur * 1.1
    }
    var width = largeur - margin.left - margin.right,
        height = hauteur - margin.top - margin.bottom;

    var x = d3.scaleLinear()
        .range([0, width]);
    var y = d3.scaleBand()
        .range([0, height])
        .padding(0.1);

    var svg = d3.select("#graphique").append("svg")
        .attr("width", "100%")
        .attr("viewBox", "0 0 " + largeur + " " + hauteur)
        .append("g")
        .attr("class", "groupe")
        .attr("transform", "translate(" + margin.left + "," + margin.top + ")");

    const data = {
            "2012": { "inscrits": 109860331, "abstention": 38158666, "blancsnuls": 1.17, "poutine": 63.60, "ziouganov": 17.18, "prokhorov": 7.98, "jirinovski": 6.22, "mironov": 3.85 },
            "2008": { "inscrits": 107222016, "abstention": 32475367, "blancsnuls": 1.35, "medvedev": 70.28, "ziouganov": 17.72, "jirinovski": 9.35, "bogdanov": 1.30 },
            "2004": { "inscrits": 108064281, "abstention": 38562955, "blancsnuls": 0.90, "contretous": 3.50, "poutine": 71.20, "kharitonov": 13.70, "mironov": 0.8, "glaziev": 4.1, "khakamada": 3.8, "malychkine": 2 },
            "2000": { "inscrits": 109372046, "abstention": 34301270, "blancsnuls": 1.02, "contretous": 1.90, "poutine": 52.94, "ziouganov": 29.21, "jirinovski": 2.70, "iavlinski": 5.8, "tuleiev": 2.95, "titov": 1.47, "pamfilova": 1.01, "autres": 1 }
        },
        m = {
            "mironov": { "nom": "Sergueï Mironov", "parti": "Russie juste", "tendance": "centre-gauche", "couleur": "#ed95c1" },
            "iavlinski": { "nom": "Grigori Iavlinski", "parti": "Iabloko", "tendance": "centriste et écologiste", "couleur": "#58a855 " },
            "ziouganov": { "nom": "Guennadi Ziouganov", "parti": "Parti communiste", "tendance": "communiste", "couleur": "#dc2a1b" },
            "kharitonov": { "nom": "Nikolaï Kharitonov", "parti": "Parti communiste", "tendance": "communiste", "couleur": "#dc2a1b" },
            "khakamada": { "nom": "Irina Khakamada", "parti": "Indépendante", "tendance": "droite", "couleur": "#4a99ce " },
            "poutine": { "nom": "Vladimir Poutine", "parti": "Russie unie", "tendance": "droite conservatrice et nationaliste", "couleur": "#00A0C6" },
            "medvedev": { "nom": "Dimitri Medvedev", "parti": "Russie unie", "tendance": "droite conservatrice et nationaliste", "couleur": "#00A0C6" },
            "prokhorov": { "nom": "Mikhaïl Prokhorov", "parti": "Indépendant", "tendance": "libéral", "couleur": "#a2c4db " },
            "bogdanov": { "nom": "Andreï Bogdanov", "parti": "Parti démocratique de Russie", "tendance": "libéral", "couleur": "#a2c4db " },
            "glaziev": { "nom": "Sergueï Glaziev", "parti": "Rodina", "tendance": "nationaliste", "couleur": "#524440 " },
            "jirinovski": { "nom": "Vladimir Jirinovski", "parti": "Parti libéral-démocrate", "tendance": "ultranationaliste", "couleur": "#524440 " },
            "malychkine": { "nom": "Oleg Malychkine", "parti": "Parti libéral-démocrate", "tendance": "ultranationaliste", "couleur": "#524440 " },
            "tuleiev": { "nom": "Amangeldi Tuleïev", "parti": "Indépendant", "tendance": "", "couleur": "#c1c1c1 " },
            "titov": { "nom": "Konstantin Titov", "parti": "Indépendant", "tendance": "", "couleur": "#c1c1c1 " },
            "pamfilova": { "nom": "Ella Pamfilova", "parti": "Pour la dignité civile", "tendance": "", "couleur": "#c1c1c1 " },
            "autres": { "nom": "Quatre autres candidats", "parti": "Indépendants", "tendance": "", "couleur": "#c1c1c1 " },
            "blancsnuls": { "nom": "Bulletins blancs et nuls", "parti": "", "tendance": "", "couleur": "#e0e0e0" },
            "contretous": { "nom": "Bulletins « contre tous »", "parti": "", "tendance": "", "couleur": "#191919" }
        };

    /* Appli ou mobile */

    try {
        if (document.location.href.indexOf("les-decodeurs") != -1) { /* AEC */
            monmobile = " mobiledec"
        }
    } catch (err) {
        monmobile = ""
    }


    function dessiner(annee) {
        /* On efface de manière assez crade le contenu
         du groupe qui contient tous nos éléments SVG */
        d3.select("g.groupe").selectAll("*").remove();
        /* Nos variables */
        var total = 0;
        var datatemp = []
        /* on affiche les votants et l'abstention */
        meschiffres = "En " + annee + ", " + (data[annee].abstention / 1000000).toFixed(1) + " millions d'électeurs ne se sont pas déplacés sur "
        meschiffres += (data[annee].inscrits / 1000000).toFixed(1) + " millions d'inscrits (soit " + (100 - (data[annee].abstention / data[annee].inscrits) * 100).toFixed(1) + " % de participation)"
        $("#chiffres").html(meschiffres.replace(/\./g, ",") + ".")

        /* on repatouille les données au bout format*/

        Object.keys(data[annee]).forEach(function(key, i) {
            if (key != "inscrits" && key != "abstention") {
                total += data[annee][key]
                datatemp.push({ "quidonc": key, "pourcent": data[annee][key] })
            }
        });

        datatemp.sort(function(a, b) {
            if (a.quidonc == "contretous" || a.quidonc == "blancsnuls") return 1
            return b.pourcent - a.pourcent;
        });

        /*formater les données pour être sûr */
        datatemp.forEach(function(d) {
            d.pourcent = +d.pourcent;
        });

        /* On bricole nos axes*/
        y.domain(datatemp.map(function(d) { return d.quidonc; }));
        /* x.domain([0,d3.max(datatemp, function(d) { return d.pourcent; })]);*/
        x.domain([0, 72]);
        /* les rectangles */
        svg.selectAll(".barre")
            .data(datatemp)
            .enter().append("rect")
            .attr("title", function(d) {
                e = m[d.quidonc]
 " + e.nom + ""
                if (e.parti) {
" + e.parti
                    if (e.tendance) html += " (" + e.tendance + ")"
"
                }
Jusqu'à l'élection de 2004, les électeurs russes pouvaient choisir de voter « contre tous » les candidats, cette possibilité a été supprimée en décembre 2006."
"
" + String(d.pourcent).replace(".", ",") + " % des suffrages" + ((d.pourcent > 50) ? " (élu au premier tour)" : "") + ""

                return html
            })
            .attr("fill", function(d) {
                return m[d.quidonc].couleur
            })
 "barre " + d.quidonc)
            .attr("y", function(d) { return y(d.quidonc); })
            .attr("height", y.bandwidth())
            .attr("x", function(d) { return 0; })
            .attr("width", function(d) { return x(d.pourcent); });
        /* le texte */

        svg.selectAll(".textepourcent")
            .data(datatemp)
            .enter()
            .append("text")
 70) ? " blanctexte textepourcent" : "textepourcent") })
            .attr("text-anchor", function(d) {
                if (d.pourcent                 else return "end"
            })
            .attr("y", function(d) { return y(d.quidonc) + (y.bandwidth() / 1.7); })
            .attr("x", function(d) {
                if (d.pourcent                 else { return x(d.pourcent) - 5 }

            })
            .text(function(d) { return (d.pourcent).toLocaleString() + " %" })


        /* On affiche les axes et les lignes  */
        svg.append("g")
            .attr("class", "grid")
            .call(make_x_gridlines()
                .tickSize(height)
                .tickSizeOuter(0)
            )
        svg.append("g")
            .attr("class","axey")
            .call(d3.axisLeft(y)
                .tickFormat(function(d) {
                    if (d == "blancsnuls") return "blancs"
                    if (d == "autres") return "autres"
                    if (d == "contretous") return "contre"
 l.toUpperCase())
                })
                .tickSize(0)
            );
        svg.append("g")
            .call(d3.axisTop(x)
                .tickFormat(function(d) {
 0) return d + " %"
                })
                .tickSize(1)
                .tickSizeOuter(0));




    };

    function make_x_gridlines() {
        return d3.axisBottom(x)
            .ticks(10)
            .tickFormat("")
    };

    dessiner(election);

    /* On redessine quand l'utilisateur change la date */

    $("#monselect").on("change", function() {
        dessiner($(this).val())
    });

    /*    La gestion du tooltip, ici sur la classe ".selecteur"    */
    $("#graphrus").tooltip({
        show: {
            effect: "fade",
            duration: 0
        },
        hide: {
            effect: "fade",
            duration: 0
        },
        items: "rect.barre",
        track: true,
        tooltipClass: "multimedia-embed tooltipdecodeurs" + monmobile,
        position: {
            my: 'left-30 top+50',
            at: 'right+10 center'
        },
        content: function() {
            return $(this).attr("title")
        },
        open: function(event, ui) {
            /* permet de fermer le tooltip en tapant sur lui-même en mobile*/
            var elem = $(event.target);
            ui.tooltip.click(function() {
                elem.tooltip('close');
            });
        }

    });
    $("#graphrus a").click(function(event) {
        event.stopImmediatePropagation()
    });

});


Accusations de fraude
Dans un pays qui n’a plus connu de second tour à la présidentielle depuis 1996 — sur fond de fraude massive —, ces scores très élevés montrent ce que l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ou le Conseil de l’Europe appellent pudiquement une « élection pas exemplaire » à propos de la présidentielle de 2012. Les deux organisations avaient alors évoqué « certaines défaillances à la fois dans la préparation et dans la tenue de cette élection ».

        Lire (en édition abonnés) :
         

          Tatiana Kastouéva-Jean : « Le pouvoir russe est obsédé par le contrôle »



Côté pouvoir, et pour limiter le mécontentement, « la consigne a été d’éviter au maximum les fraudes, du moins les plus visibles, notamment dans les grandes villes, les choses se font autrement et surtout très en amont », analyse la politologue Tatiana Kastouéva-Jean. « En amont », ça revient surtout à sélectionner les candidats autorisés à se présenter, afin d’écarter ceux qui « constituent le risque de perturbation le plus grand ».
Cela n’a pas empêché certaines régions du Caucase de passer outre et d’afficher des résultats suspects, tels les 99,76 % pour Poutine en Tchétchénie, 92,84 % au Dagestan, ou 91,91 % en Ingouchie lors de la présidentielle de 2012.
Modifications de la loi électorale
La loi fédérale du 5 décembre 2006 vise à réprimer les activités extrémistes en période électorale, comme la « propagation d’un discours de haine » ou de « symboles nazis ». Mais la loi punit d’annulation de l’inscription d’un candidat pour « toute atteinte à la propriété intellectuelle », relève le Conseil de l’Europe, ce qui est suffisamment flou pour pouvoir être interprété largement.
Depuis que cette loi est entrée en vigueur, le 7 décembre 2006, les possibilités pour un citoyen d’être élu sont restreintes ; ainsi, toute condamnation « pour avoir appelé ou incité à exercer des activités extrémistes » est incompatible avec une candidature à la présidentielle. Par ailleurs, la même loi impose qu’un candidat ait purgé ses peines — ferme ou avec sursis — pour pouvoir se présenter ; ce qui n’est pas le cas du candidat anticorruption Alexeï Navalny, disqualifié pour des condamnations pénales, qu’il réfute.
Enfin, cette loi a supprimé des bulletins la case du vote « contre tous » (les candidats), une sorte de vote protestataire reconnu. Entre 1996 et 2004, ce vote est passé de 1,56 % à 3,5 % aux élections présidentielles ; il avait même atteint 4,7 % des suffrages aux législatives de 2003.
Parmi les rares nouveautés du scrutin de 2018, le candidat communiste a changé ; le Parti communiste de la Fédération de Russie ne présente plus Guennadi Ziouganov — candidat à toutes les élections de 1996 à 2012 —, mais un ingénieur en mécanique de 57 ans, Pavel Groudinine. En l’absence d’opposition « non autorisée », le président Poutine a toutes les chances de rester locataire du Kremlin six années de plus — au lieu de quatre jusqu’en 2012 —, et ce, dès le premier tour, dimanche 18 mars.



                            


                        

                        


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Vote en Russie : les élections de 2011-2012, l’épouvantail du pouvoir russe

La contestation qui suivit les élections législatives de décembre 2011, entachées par la révélation de fraudes massives, reste une question sensible pour le Kremlin.



Le Monde
 |    18.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 17h01
    |

                            Dorine Goth








                        



   


Dimanche 18 mars, 110 844 277 électeurs russes sont invités à élire le président de la Fédération de Russie. Si la victoire de Vladimir Poutine fait peu de doute, le déroulement du scrutin reste une question sensible pour le Kremlin. Un précédent, qui fait office de repoussoir, hante encore les esprits : la contestation qui suivit les élections législatives de décembre 2011. La révélation de fraudes massives avait alors poussé des dizaines de milliers de personnes à descendre dans la rue, et avait obligé le pouvoir à affronter sa crise politique la plus sérieuse et la plus longue de l’ère Poutine. Cette année, le Kremlin a tout fait pour se prémunir contre la répétition de scénario.
Les fraudes
Le 4 décembre 2011, le parti de Vladimir Poutine, Russie unie, récolte 49,32 % des suffrages. Une victoire modeste, derrière laquelle se cachent de fortes disparités : au Daghestan, dans le Caucase, le parti du pouvoir obtient 91,44 % des voix ; en Mordovie (Russie centrale), 91,62 % ; et en Tchétchénie, record absolu, 99,48 %. Rapidement, il apparaît que les fraudes ne concernent pas seulement ces territoires excentrés où les autorités locales cherchent à briller aux yeux de Moscou.

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                De 2000 à aujourd’hui, la mainmise électorale de Poutine et de Russie unie



Le lendemain du vote, les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) dénoncent des fraudes électorales « fréquentes », confirmant les conclusions de l’ONG russe Golos, spécialisée dans l’observation électorale. Surtout, des dizaines de vidéos illustrant ces fraudes, filmées avec leur téléphone par de simples citoyens, apparaissent sur Internet. Cela va du simple bourrage d’urne à des méthodes plus inventives. Au choix : l’encre effaçable, qui permet de changer le vote sur un bulletin, ou encore la méthode dite « du carrousel ». Le subterfuge consiste à payer des électeurs afin de les faire voter dans différents bureaux. Un manège bien rôdé qui permet, par exemple, à la Tchétchénie d’atteindre un taux de participation de 99 %.
Si ce n’est pas la première fois que des soupçons d’irrégularité pèsent sur une élection en Russie, sa visibilité est sans précédent, démultipliée par le pouvoir des réseaux sociaux, que les autorités ont sous-estimé. « Une fraude si grossière et d’une telle ampleur était unique, se souvient Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du centre Russie-Nouveaux Etats indépendants de l’Institut français des relations internationales (IFRI). Le pouvoir s’en cachait à peine. »
Des manifestations sans précédent
L’indignation monte progressivement. Dans les jours suivant le vote, de petits rassemblements ont lieu dans plusieurs villes de Russie. Une semaine après la proclamation des résultats, la place Bolotnaïa, au pied du Kremlin, est noire de monde. Estimée à vingt-cinq mille personnes par la police, et entre cinquante mille et quatre-vingt mille par l’opposition, la foule scande : « Députés, nous n’avons pas voté pour vous ! » Le rassemblement est inédit par sa taille et par sa nature, fédérant bien au-delà des cercles traditionnels de l’opposition.
« Pour la première fois, la classe moyenne descendait dans les rues pour demander un renouvellement de la classe politique jusqu’à la démission de Vladimir Poutine », explique la chercheuse. Le choc est d’autant plus important pour le pouvoir que cette classe moyenne qui s’est constituée durant les années de prospérité du régime Poutine, à la faveur de l’envolée du prix des hydrocarbures, constitue son socle électoral. Vladimir Poutine, alors premier ministre, y voit une trahison.
Le pouvoir, qui compte sur l’essoufflement du mouvement, le traite par le dédain. Mais le 24 décembre 2011, cent vingt mille Moscovites, selon l’opposition, bravent le froid et s’agglutinent sur l’avenue Sakharov. Dans les rangs des contestataires, le ton est de plus en plus dur. Parmi les orateurs, l’avocat et blogueur anticorruption Alexeï Navalny fait sensation et s’impose peu à peu comme l’un des principaux opposants à Vladimir Poutine.
Le mouvement se poursuit de façon sporadique jusqu’à l’élection présidentielle du 4 mars 2012, à Moscou et dans une moindre mesure en province. Le parallèle avec les manifestations qui se déroulent à la même époque dans plusieurs pays arabes est dressé, tant dans le camp des opposants que du côté du pouvoir. Dès décembre, le Kremlin accuse les Etats-Unis d’orchestrer la protestation et de payer les manifestants. Unique concession, il annonce l’installation de webcams censées empêcher les fraudes dans les bureaux de vote.
Le 4 mars, alors que la contestation n’est pas entièrement endiguée, 65 % des électeurs se rendent aux urnes, et Vladimir Poutine est élu dès le premier tour avec 64 % des voix. Si le phénomène de fraude est moins massif, « des irrégularités de procédures ont été observées », dit l’OSCE. En Tchétchénie, Poutine obtient 99,8 % ; à Novossibirsk, en Sibérie, les opposants remarquent que les bulletins dépouillés représentent 146 % de la population.
Le 6 mai 2012, veille de l’investiture du président élu, et alors que le mouvement semble s’être essoufflé depuis la réélection du président, les abords de la place Bolotnaïa se remplissent. Le dernier sursaut de l’onde contestataire, dans une ambiance tendue.
La reprise en main du Kremlin
Ce jour-là, la réponse violente des forces de l’ordre sonne le glas des espoirs de l’opposition. Deux cent cinquante personnes (selon les autorités) sont arrêtées. La condamnation de vingt-huit des manifestants à des peines allant jusqu’à quatre ans de prison, dans les mois qui suivent, marque définitivement la reprise en main du régime. Cette répression est complétée par l’adoption progressive d’une série de lois — cinquante depuis 2012, selon le relevé de la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’homme) — réduisant la liberté d’expression ou les capacités de mobilisation de l’opposition, à commencer par une législation nouvelle contre « l’extrémisme ». Le contrôle des médias est resserré.
Dans le même temps, note Tatiana Kastouéva-Jean, une certaine libéralisation est amorcée, avec le retour du scrutin direct pour l’élection des gouverneurs (avec néanmoins des mécanismes de présélection des candidats), un assouplissement des règles d’enregistrement des partis politiques et l’abaissement du quota de signatures pour se présenter à l’élection présidentielle.

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La priorité, surtout, est d’assurer le bon déroulement des journées de scrutin, avec celui du 18 mars en ligne de mire. « Des consignes ont été données afin de limiter les fraudes les plus visibles, dit la chercheuse. C’est désormais en amont que le contrôle s’exerce. » En premier lieu, le choix des candidats : le principal opposant, Alexeï Navalny, n’a pas été autorisé à se présenter du fait de condamnations passées. Tout aussi important, l’encadrement des votes, une vieille tradition héritée de l’époque soviétique : « Des instructions sont données dans certains organismes publics. Le jour du scrutin, les électeurs devront prendre en photo leur bulletin de vote et l’envoyer à un responsable. »
La Russie en a-t-elle fini avec les fraudes ? Dans une vidéo publiée à la veille du scrutin, l’équipe d’Alexeï Navalny montrait avec quelle facilité l’un de ses membres avait pu obtenir le droit de voter dans plusieurs bureaux de vote. Pour ce 18 mars, date anniversaire de l’annexion de la Crimée par la Russie, l’opposition tente de mobiliser des milliers de volontaires, en complément du travail effectué par quelque cent cinquante observateurs internationaux.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-7"> ¤ Certain d’être réélu à la tête de la Russie le 18 mars, Vladimir Poutine s’emploie à motiver son électorat pour obtenir plus de voix qu’en 2012, note la politologue. Et veille particulièrement à museler tout mouvement de protestation.
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Tatiana Kastouéva-Jean : « Le pouvoir russe est obsédé par le contrôle »

Certain d’être réélu à la tête de la Russie le 18 mars, Vladimir Poutine s’emploie à motiver son électorat pour obtenir plus de voix qu’en 2012, note la politologue. Et veille particulièrement à museler tout mouvement de protestation.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 12h04
 • Mis à jour le
10.03.2018 à 12h24
    |

            Benoît Vitkine








                        



                                


                            
Tatiana Kastouéva-Jean dirige le centre Russie/Nouveaux Etats indépendants de l’Institut français des relations internationales (IFRI). Cette spécialiste des politiques intérieure et étrangère russes a publié, en janvier, La Russie de Poutine en 100 questions (Tallandier, 352 pages, 15,90 €).

Quel est l’intérêt de l’élection présidentielle russe du 18 mars ?
Le suspense est inexistant : Poutine vaincra et ce, dès le premier tour. Même les sondages menés par la Fondation de lutte contre la corruption de l’opposant Alexeï Navalny le donnent largement gagnant. Il y a toutefois des choses à observer à la marge, comme le score que fera le candidat des communistes, Pavel Groudinine, ou celui de Ksenia Sobtchak, qui sont tous deux des nouveaux venus sur la scène politique. Leur résultat donnera une idée approximative du vote protestataire, puisqu’une partie de cet électorat boycottera le scrutin, selon la consigne d’Alexeï Navalny.
En 2012, Vladimir Poutine a obtenu 63,6 % des voix avec un taux de participation de 65,3 %. Il a besoin de faire mieux pour prouver que l’électorat soutient sa politique actuelle, très différente de celle des deux premiers mandats. Or, avec le gagnant connu d’avance, le taux d’abstention risque d’être élevé. Le pouvoir utilise donc toutes sortes de « technologies électorales » afin de susciter l’intérêt pour le scrutin : la tenue de référendums locaux ou régionaux à la même date, par exemple.
Si cet objectif n’est pas atteint, peut-on s’attendre à des fraudes ou à des manipulations ?
Pour toutes les élections – parlementaires ou régionales – depuis les protestations de 2011-2012, la consigne a été d’éviter au maximum les fraudes, du moins les plus visibles, notamment dans les grandes villes. Les choses se font autrement et surtout très en amont. Le premier outil est la sélection des candidats autorisés à concourir. Navalny, qui constituait le risque de perturbation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-8"> ¤ Aux commandes du pays depuis plus de dix-huit ans, Vladimir Poutine devrait être réélu à l’issue de la présidentielle, dimanche. Pourtant, son bilan économique et social est loin d’être flatteur.
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La Russie économique et sociale en quelques chiffres

Aux commandes du pays depuis plus de dix-huit ans, Vladimir Poutine devrait être réélu à l’issue de la présidentielle, dimanche. Pourtant, son bilan économique et social est loin d’être flatteur.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 11h00
    |

            Edouard Pflimlin








                        



   


La Russie, plus vaste pays du monde, est dotée de richesses exceptionnelles : hydrocarbures, minerais rares, forêts immenses… Pourtant, elle est confrontée à d’immenses difficultés économiques et sociales et reste dépendante d’une économie de rente fondée sur le pétrole. Le président russe, Vladimir Poutine, aux commandes depuis plus de dix-huit ans, devrait être réélu pour un 4e mandat à la tête du pays, à l’issue de la présidentielle dimanche 18 mars. Pourtant son bilan économique et social est loin d’être flatteur.
143,4 millions
C’est le nombre d’habitants en Russie, selon l’édition 2018 du Bilan du Monde. Depuis 2009, la courbe de croissance de la population est repartie à la hausse, après des années de baisse après le pic atteint en 1992 (148,689 millions d’habitants). Selon Philippe Pelé-Clamour, spécialiste de la Russie et professeur à l’Ecole des hautes études commerciales (HEC) de Paris, « la politique familiale de Poutine pour aider à partir du deuxième enfant n’a pas fonctionné dans les villes, mais seulement dans les campagnes ». Depuis l’arrivée au pouvoir de Poutine, le taux de fécondité – en forte baisse depuis 1987 – est certes reparti à la hausse, mais il reste trop faible pour assurer le renouvellement des générations ; il était de 1,75 en 2015, selon les données disponibles les plus récentes.
1 469,3 milliards
C’est, en dollars, le montant du produit intérieur brut de la Russie, selon le Bilan du Monde, qui s’appuie sur les chiffres du Fonds monétaire international (FMI). Le pays, qui a le 12e plus gros PIB du monde, se place entre la Corée du Sud (1 529,7 milliards) et l’Espagne (1 307,2 milliards) et loin derrière les Etats-Unis, premiers avec 19 362,1 milliards de dollars. Le PIB russe, qui était à son plus-haut en 2013, représente actuellement un petit peu moins de 2 % du PIB mondial.
+ 1,8 %
C’est le taux de croissance qu’a connu Russie en 2017, d’après les estimations du FMI. Pour 2018, la présidente de la Banque centrale de Russie, Elvira Nabioullina, a estimé, en décembre 2017, que la croissance serait « entre 1,5 % et 2 % ». Le pays a beau être sorti de la récession dans laquelle il était plongé depuis 2014, sous le double effet de la chute des cours du pétrole et des sanctions, la reprise reste fragile, notamment à cause de la production industrielle qui a suivi une brusque rechute en novembre 2017.
– 8,4 %
C’est le déficit budgétaire hors recettes pétrolières en 2017, selon le FMI. Avec les recettes pétrolières, il n’était que de 1 % en 2017. Cela montre la dépendance énorme du budget aux recettes des ventes d’hydrocarbures.
10 307
C’est, en dollars, le revenu national brut par habitant en 2016, selon la Banque mondiale. En hausse quasi constante depuis des dizaines d’années, ce chiffre accuse une baisse depuis 2013 et place aujourd’hui la Russie assez loin dans le classement mondial (entre la 55e et la 60e place, selon les modes de calcul), à quelques rangs devant le Kazakhstan, mais derrière notamment la Pologne et la Hongrie.
71,3 ans
C’est l’espérance de vie moyenne en 2015, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), avec un écart très important entre les femmes (76,7 ans) et les hommes (65,9 ans). Cette moyenne reste bien en deçà de celle que connaissent la plupart des pays développés à l’instar de la France (82,4 ans) ou des Etats-Unis (78,8 ans).
103 438
C’est le nombre de nouveaux cas d’infection par le VIH enregistrés en 2016 parmi les citoyens russes, selon l’Onusida. Dans son rapport 2017, l’organisme saluait des améliorations sur l’épidémie partout dans le monde, sauf en Europe orientale et en Asie centrale. En Russie, l’épidémie s’est développée ces dernières années à un rythme inquiétant, puisqu’en 2010, le nombre de nouveaux cas se limitait à 62 581.
19,8 millions
Selon les statistiques officielles russes, c’est le nombre de Russes vivant sous le seuil de pauvreté en 2016 ; 13 % de la population vivait cette année avec moins que le revenu minimal fixé à 9 691 roubles (environ 160 euros), soit le niveau le plus haut enregistré depuis dix ans. Ils n’étaient que 16,1 millions à vivre sous ce seuil en 2014, avant l’entrée de la Russie en récession à cause de l’effondrement des cours du pétrole et des sanctions occidentales dues à la crise ukrainienne. L’année 2016 fut donc la pire en Russie en termes de pauvreté depuis 2006, quand 21,6 millions de Russes vivaient sous le seuil de pauvreté.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-9"> ¤ Dresde, Saint-Pétersbourg, Moscou, Sotchi… ces quatre villes incarnent les ambitions de Vladimir Poutine, qui brigue un quatrième mandat à la tête du plus grand pays du monde.
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Les villes qui ont façonné Vladimir Poutine

Dresde, Saint-Pétersbourg, Moscou, Sotchi… ces quatre villes incarnent les ambitions de Vladimir Poutine, qui brigue un quatrième mandat à la tête du plus grand pays du monde.



Le Monde
 |    18.03.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 17h00
   





                        



   


A l’occasion d’une élection sans suspense, que Vladimir Poutine est pratiquement sûr de remporter, Le Monde dresse un portrait du président russe à travers quatre villes qui l’ont façonné. De Dresde, où il fut officier du KGB, à Saint-Pétersbourg, sa ville natale, en passant par Moscou, le siège du pouvoir, et par la station balnéaire de Sotchi, retour sur le parcours du chef d’Etat à la tête du plus grand pays du monde depuis dix-huit ans.
A Dresde, sur les traces de l’agent Poutine (1/4)
Vladimir Poutine officie comme agent du renseignement à Dresde de 1985 à 1990, sous le pseudonyme de « l’officier Platov », en référence à un général russe qui commanda les troupes cosaques contre Napoléon. Son travail consiste à recueillir des renseignements sur les hommes politiques et « les ennemis potentiels ».
C’est dans cette région de la Saxe allemande que l’officier met en pratique la formation reçue dans les années précédentes au KGB. A 32 ans, il y réalise son rêve d’adolescent : se couler dans la peau d’un « agent de communication », infiltrer des réseaux et rendre compte au « Centre », Moscou. En 1989, c’est depuis Dresde qu’il vit la « plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle », la dislocation de l’URSS, dont il a la primeur.
Poutine et la « bande » de Saint-Pétersbourg (2/4)
Vladimir Poutine est né à Saint-Pétersbourg, alors Leningrad, dans une famille modeste – son père travaillait dans une usine ferroviaire –, vivant dans un appartement communautaire.
En 1990, après cinq années à Dresde, il revient à Leningrad avec le grade de lieutenant-colonel du KGB, dans une ville sens dessus dessous. D’interminables files d’attente se forment devant les magasins, les étalages restent vides, les tickets de rationnement sont la norme. Poutine comprend que son monde s’est effondré. A 38 ans, il rejoint l’université dans laquelle il a autrefois étudié le droit en tant qu’adjoint du recteur.
Un ami lui conseille de rejoindre Anatoli Sobtchak, tout juste élu à la tête du Lensoviet, le conseil municipal de Leningrad. Vladimir Poutine devient son assistant et démissionne du KGB en 1991. Cette année-là, Leningrad retrouve son nom de Saint-Pétersbourg et, en juin, Sobtchak en devient le premier maire élu. Au sein de la mairie, Vladimir Poutine se forge un réseau qui s’imposera au sommet de l’Etat au tournant des années 2000.
Poutine, l’homme de Moscou (3/4)
Vladimir Poutine entre au Kremlin comme simple collaborateur, en 1996, de la tentaculaire administration présidentielle instituée par Boris Eltsine. En moins de trois ans, il apprend vite les codes de la capitale et s’impose aux avant-postes de la scène politique. Il est nommé en 1998 directeur du FSB, les services qui ont succédé au KGB. Poursuivant son ascension, Poutine devient premier ministre en 1999, puis est élu à la tête du Kremlin le 23 mars 2000.
« Nous allons remettre de l’ordre », promet-il d’emblée. Il commence par la Tchétchénie, en lançant une intervention militaire après une série d’attentats attribués à des Tchétchènes. Puis il s’attaque aux oligarques et aux médias. Tout se passe sans heurts, ou presque, car, dans le même temps, le niveau de vie de la population s’élève. La « verticale du pouvoir », un terme qu’il emploie lui-même en s’adressant à la nation en 2000, devient la marque du poutinisme. Tout part du haut, avec un seul chef et ses fidèles à la manœuvre.
Sotchi, le « Poutine World » (4/4)
Vladimir Poutine a choisi Sotchi, ville à la frontière avec l’Abkhazie, pour incarner ses ambitions internationales. Il en fait sa capitale bis, où il reçoit, à plus d’un millier de kilomètres de Moscou, les dirigeants du monde.
La ville accueille les Jeux olympiques d’hiver de 2014, un projet pharaonique dans lequel des milliards de dollars sont engloutis. Autoroutes, ponts, hôtels et stades surgissent de terre en un temps record.
C’est dans cette station balnéaire que se manifestent une partie des tensions internationales autour de la crise ukrainienne, en 2014, lors des Jeux olympiques, puis en 2017-2018, sur la guerre en Syrie : le 22 novembre 2017, l’ancien sanatorium Lénine sert de cadre à la rencontre entre le président russe et ses homologues turc et iranien. En janvier 2018, le Congrès pour la paix en Syrie, organisé dans la ville entièrement pavoisée avec le drapeau du régime de Damas, échoue.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-10"> ¤ A Vladimir-ville, résignés ou convaincus, les électeurs de Vladimir Poutine s’apprêtent à réélire pour un quatrième mandat le président russe.
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A Vladimir-ville en Russie : « Dans ma tête, la présidence et Poutine ne font qu’un »

Résignés ou convaincus, les électeurs de Vladimir Poutine s’apprêtent à réélire pour un quatrième mandat le président russe lors du scrutin du 18 mars.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 17h02
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 07h48
    |

            Isabelle Mandraud (Vladimir (Russie), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Le chauffeur de taxi ne sait pas où se trouve le QG de campagne de Vladimir Poutine. Peu lui chaut d’ailleurs. « Je vais voter pour lui, je ne vois personne d’autre », confie Andreï, le dos voûté sur son volant. « Quoique sa politique ne me plaise pas vraiment, poursuit-il. Il devrait être plus dur sur la corruption, mais sa politique étrangère, en revanche, ça va. De toute façon, dans ma tête, j’associe la présidence avec Poutine, pour moi ils ne font qu’un. »
A quelque 200 kilomètres à l’est de Moscou, Vladimir-ville s’apprête à élire son président, ou plutôt à le réélire, car ici il ne fait aucun doute que Vladimir Poutine, au pouvoir depuis dix-huit ans et qui devait prononcer son discours à la nation jeudi 1er mars, rempilera pour un quatrième mandat jusqu’en 2024. A trois semaines de l’élection du 18 mars, c’est un quasi non-événement dans cette cité de province davantage préoccupée par son quotidien. En ce moment, par exemple, il s’agit plutôt d’attaquer à la pelle les stalactites menaçantes qui se sont formées sur le bord des toits.
La voiture s’arrête rue Gorki, devant l’ancienne maison des syndicats, aujourd’hui occupée par des sociétés privées dont les noms s’alignent à l’entrée. Toujours aucune indication sur le local de campagne. Il faut grimper au 2e étage pour trouver une pièce, deux bureaux, un téléphone, un ordinateur, quelques chaises et des photos, nombreuses, du chef du Kremlin, jeune. L’ensemble est sommaire : le candidat Poutine mène sous l’étiquette « indépendant » une campagne a minima, sans parti, sans meeting, ni même une apparition récente dans ses clips TV.

« C’est un président actif, il ne peut pas tout laisser tomber », justifie Dmitri Joutchenko. A 31 ans, ce jeune père de famille, employé dans la compagnie régionale d’électricité, fait partie des volontaires du QG de Vladimir Poutine, avec la foi des convaincus. « Il a une telle popularité...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-11"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Ekaterina Kuznetsova et Edward N. Luttwak estiment que le président est assuré, sauf accident, de remporter le scrutin présidentiel du 18 mars. Mais cette victoire probable cache une incapacité de l’Etat russe à se moderniser.
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« En Russie, l’absence d’Etat de droit affaiblit Vladimir Poutine »

Dans une tribune au « Monde », Ekaterina Kuznetsova et Edward N. Luttwak estiment que le président est assuré, sauf accident, de remporter le scrutin présidentiel du 18 mars. Mais cette victoire probable cache une incapacité de l’Etat russe à se moderniser.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 07h16
    |

                            Edward N. Luttwak (Chercheur associé au think tank américain Center for Strategic and International Studies)








                        



                                


                            
Tribune. Le 18 mars 2018, Vladimir Poutine va concourir pour son quatrième mandat présidentiel. Sa réélection, soigneusement préparée, semble pratiquement assurée. Une loi sur mesure votée en 2012 empêche Alexeï Navalny, le seul leadeur d’opposition en mesure de contrer M. Poutine, de se porter candidat. Nous allons donc assister à nouveau au triomphe d’un simulacre de démocratie, une élection sans choix.
Cependant, la réélection de Vladimir Poutine ne résoudra pas la question de savoir comment il parviendra à préserver son rôle politique et le régime qui lui est lié au-delà de 2024. Cherchera-t-il encore à échanger les fonctions avec le premier ministre Dimitri Medvedev pour respecter la Constitution interdisant un troisième mandat sans préciser le nombre total de mandats qu’une personne peut assumer dans sa vie politique ? Voudra-t-il au contraire modifier la Constitution pour lui permettre de gouverner indéfiniment en tant que président ou encore établir une République parlementaire pour assurer son pouvoir à travers le parti ?

Les manquements répétés à un passage pacifique du pouvoir attestent d’une absence d’Etat de droit sans lequel aucune succession ne peut être légitime. Voici la grande leçon de l’histoire russe : l’Etat de droit est une question plus difficile que celles qui entourent la démocratie, le constitutionnalisme voire les institutions. Tous ses principes – la précision, la non-rétroactivité, l’universalité – peuvent être condensés dans cette maxime latine : nulla poena sine lege – littéralement « pas de sanction sans une loi ». Ainsi ce n’est pas par manque d’éducation que la Russie a négligé l’Etat de droit, mais parce qu’il n’y avait pas le personnel pour le mettre en œuvre : des fonctionnaires bien formés, des juristes professionnels, des juges indépendants. Et de fait, l’Etat de droit s’est enraciné en Europe occidentale grâce à l’émergence d’une classe de fonctionnaires exerçant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-12"> ¤ Arrêté fin janvier à Moscou, le principal adversaire du Kremlin, qui ne peut concourir à l’élection présidentielle, ne parvient pas à souder l’opposition autour de lui.
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Article sélectionné dans La Matinale du 28/01/2018
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Russie : la stratégie du boycottage de l’opposant Alexeï Navalny

Arrêté fin janvier à Moscou, le principal adversaire du Kremlin, qui ne peut concourir à l’élection présidentielle, ne parvient pas à souder l’opposition autour de lui.



Le Monde
 |    28.01.2018 à 10h44
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 14h50
    |

            Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)








                        


A peine Alexeï Navalny avait-il posé un pied sur l’avenue Tverskaïa, la principale artère de Moscou, que des policiers l’ont embarqué sans ménagement dans un fourgon. Le principal opposant au Kremlin avait appelé ses partisans, dimanche 28 janvier, à manifester partout en Russie contre la « supercherie » de l’élection présidentielle du 18 mars, pour laquelle il ne peut concourir. Sa candidature a été écartée en raison de condamnations pénales, qu’il dénonce comme politiques.

   


« On m’a libéré », a fait savoir sur Twitter l’opposant, plus de huit heures après avoir été interpellé. « Merci à tous ceux qui n’ont pas peur de se battre pour leurs droits. » Il a été inculpé pour « violation des procédures concernant l’organisation d’une manifestation », a indiqué la police moscovite.
Pour la troisième fois en moins d’un an, les manifestants ont répondu présents à son appel dans plus d’une centaine de villes sur tout le territoire. Quoique moins nombreux que lors des précédents rassemblements des mois de mars et de juin, plusieurs milliers de personnes ont bravé les températures négatives et surmonté leur appréhension. Partout, les forces de police ont été déployées en nombre.

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                Le candidat Poutine lance une campagne présidentielle ultra-sécurisée



Trois heures avant le début des manifestations, jugées illicites par les autorités, la Fondation de lutte contre la corruption créée par Alexeï Navalny a été investie par la police, et le centre commercial dans lequel se trouvent ses locaux a été totalement encerclé. Quelques jours plus tôt, la justice avait déjà prononcé la liquidation de cette organisation qui sert à financer l’équipe et les QG de l’opposant.

   


« Tant pis si je dois me faire arrêter, mais vingt-quatre ans [la longévité au pouvoir de Vladimir Poutine en cas de victoire à sa propre succession], c’est trop ! », martelait à Moscou, Pavel, un étudiant de 21 ans, tandis qu’autour de lui la foule, réunie sur la place Pouchkine, criait en anglais « Impeachment ! » ou, en russe, « Ce ne sont pas des élections ! » A Ekaterinbourg, le maire, Evgueni Roïzman, l’un des rares élus de l’opposition, reprenait ce slogan au micro. « Ce ne sont pas des élections, il ne faut pas y participer ! »
L’appel d’Alexeï Navalny, 41 ans, à boycotter le scrutin du 18 mars ne fait pourtant pas l’unanimité. L’opposition se divise sur cette stratégie. Une partie pense que l’abstention n’aboutira qu’à augmenter mécaniquement le score du chef du Kremlin. Depuis 2006, en effet, le seuil minimum de plus de 50 % de votants a été aboli.
« Navalny n’est pas Eltsine »
Tout en apportant son soutien aux manifestations de dimanche, le mouvement Russie ouverte, lancé par l’ex-oligarque Mikhaïl Khodorkovski, en exil en Europe, prône lui aussi un vote « pour tout autre candidat » que Vladimir Poutine, « plutôt qu’un boycottage passif qui conférera une victoire incontestée à l’élite dirigeante ». « Il n’y a pas de boycottage dans l’histoire qui ait conduit à un changement de pouvoir », souligne Alexandre Soloviev, président du mouvement.

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                Russie : interdit de concourir à la présidentielle, l’opposant Navalny appelle à son boycott



« En dépit d’être le seul homme politique véritablement remarquable en Russie aujourd’hui, Navalny ne parvient pas à rassembler tous les électeurs de l’opposition. Malgré tous ses efforts, il n’est pas Boris Eltsine, l’homme qui est devenu une figure unificatrice à la fin des années 1980, quand tout le monde a compris que la Russie devait rompre avec son idéologie communiste », note l’analyste politique Andreï Kolesnikov, de la Fondation Carnegie à Moscou.
Alexeï Navalny doit affronter une nouvelle concurrence avec l’arrivée dans le jeu de Ksenia Sobtchak, 36 ans. Certes, bien moins populaire, voire suscitant la méfiance d’une partie des « anti-Poutine », la fille de l’ancien maire de Saint-Pétersbourg, Anatoli Sobtchak, se pose, elle aussi, en opposante. Dimanche, en même temps que se déroulaient les manifestations des partisans de M. Navalny, la candidate s’est plantée seule sous l’œil de caméras avec une pancarte dans la ville de Grozny, en Tchétchénie. Elle réclamait la libération d’Ouioub Titïev, responsable de l’ONG des droits humains Memorial, qui fait l’objet, sur place, de multiples persécutions.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-13"> ¤ Dans une tribune au « Monde », la politologue Marie Mendras estime que le processus électoral pour la présidentielle russe de dimanche 18 mars est entièrement dirigé par le Kremlin, de l’enregistrement des candidats jusqu’au comptage des voix.
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Article sélectionné dans La Matinale du 16/03/2018
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« Si le Kremlin est convaincu du soutien des 110 millions d’électeurs inscrits, pourquoi empêche-t-il un scrutin libre ? »

Dans une tribune au « Monde », la politologue Marie Mendras estime que le processus électoral pour la présidentielle russe de dimanche 18 mars est entièrement dirigé par le Kremlin, de l’enregistrement des candidats jusqu’au comptage des voix.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 06h42
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 08h49
    |

Marie Mendras (politologue au CNRS et au Centre de recherches internationales de Sciences Po)







                        



                                


                            
Tribune. Dimanche 18 mars [date du premier tour de la présidentielle], dix-huit ans après sa première élection à la tête de la Russie, Vladimir Poutine engagera un cinquième mandat, de six ans. Un cinquième, et pas un quatrième, comme une lecture institutionnaliste le laisse croire. En effet, la présidence Medvedev de 2008-2012 était bien le troisième mandat. Le jeune protégé avait été élu avec l’engagement de faire de Poutine un chef de gouvernement tout-puissant. « Votez Medvedev, vous garderez Poutine », scandaient alors les médias aux ordres.
Cette année encore, le président russe a préféré un vote sous contrôle à une élection honnête
Cette année encore, le président russe a préféré un vote sous contrôle à une élection honnête. Il n’a voulu prendre aucun risque, et a emballé l’affaire sans fioritures. Il a adoubé les sept autres candidats, qui animent le décor, et interdit la compétition au seul homme politique d’envergure, pourfendeur des puissants corrompus et héros des jeunes, en pleine ascension à Moscou et dans les provinces : Alexeï Navalny.

Si le Kremlin est convaincu du soutien enthousiaste des quelque 110 millions d’électeurs inscrits, pourquoi empêche-t-il un scrutin libre et pluraliste ? S’il croit vraiment aux « 85 % » de popularité du chef, pourquoi doit-il contrôler le vote des étudiants, fonctionnaires et retraités, augmenter les salaires pour remonter la participation, et remplir les urnes à l’avance en Tchétchénie ou au Tatarstan ?
Seul le suffrage universel, libre et pluraliste est un test sûr de l’adhésion populaire. En mars 2012, le score officiel de Poutine avait été de 63,6 %, son score réel estimé autour de 52 % à 55 %. Sur 110 millions d’électeurs inscrits, le président avait obtenu, avant fraudes, autour de 35 millions de suffrages. On était loin du plébiscite.
L’enjeu pour le Kremlin, la participation
Le processus électoral est entièrement dirigé, de l’enregistrement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-14"> ¤ Il s’agit du Calvados, de l’Eure, de Paris et sa petite couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne), des Yvelines, de l’Essonne et du Val-d’Oise.
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Météo : neuf départements en vigilance orange pour neige et verglas

Il s’agit du Calvados, de l’Eure, de Paris et sa petite couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne), des Yvelines, de l’Essonne et du Val-d’Oise.



Le Monde
 |    18.03.2018 à 16h59
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 17h17
   





                        



   


Ne rangez pas encore les gros pulls et les bonnets. Le temps restera froid, lundi 19 mars, avec encore un peu de neige dans le nord du pays ; neuf départements étant placés depuis dimanche en vigilance orange pour neige et verglas.
Il s’agit du Calvados, de l’Eure, de Paris et sa petite couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne), des Yvelines, de l’Essonne et du Val-d’Oise.
La neige continuera de tomber au lever du jour sur la Normandie. Ces chutes de neige s’étendront à l’est des pays de Loire et jusqu’au nord de la région Centre et donneront en général 1 à 3 cm sur les départements placés en vigilance, voire 5 cm localement de l’Eure au Calvados. Quelques flocons tomberont également sur le nord de la Bretagne.
Plus à l’est, des Alpes aux Hauts-de-France, de faibles précipitations se produiront et donneront un peu de neige le matin et de la pluie en vallée du Rhône.
Sur l’Aquitaine, de nombreuses averses seront à prévoir toute la journée. Elles s’accompagneront d’orages, et de neige sur les Pyrénées à partir de 600 m, voire jusqu’en plaine en soirée.
Faibles gelées sur la moitié nord
Les éclaircies matinales présentes de l’Occitanie à l’Auvergne seront remplacées par les nuages au fil des heures, donnant des averses dans l’après-midi. De la neige pourra tomber jusque dans l’Aude dans la nuit.
Du Languedoc à la Provence le soleil dominera. Le vent d’ouest sera modéré sur la côte. Le temps restera instable en Corse avec de nombreuses averses sur le nord de l’île le matin. La neige tombera sur le relief vers 800/1000 m.
Le vent de nord-est sera sensible sur les côtes de Manche avec des rafales de l’ordre de 60 à 70 km/h. Sur la côte aquitaine, le vent sera par moments assez fort avec des rafales atteignant les 80/90 km/h.
De faibles gelées seront à prévoir le matin sur la moitié nord. Ailleurs, les minimales seront comprises entre 0 et 3 degrés, jusqu’à 4 à 8 degrés en bord de Méditerranée. Les maximales s’échelonneront entre 3 et 7 degrés du Nord-Est à la Bretagne et 6 à 12 degrés ailleurs, 11 à 15 degrés dans le Sud-Est.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-15"> ¤ Carnet de voyage d’Abomey à Ouidah, dans l’actuel Bénin, sur la route prise en 1860 par Cudjo Lewis, l’une des dernières victimes de la traite négrière.
<filname="PROF-0,2-3208,1-0,0-15"> ¤ 


Une semaine à pied sur les traces des esclaves du Dahomey
« Marche doucement sur cette route des esclaves, elle est sacrée »
 « Nous avons des cousins partout où ont été envoyés les esclaves »
 « Cette histoire d’esclavage au Bénin, je l’ai apprise à l’école, mais elle ne me rend pas triste »
« Certains arbres au Bénin portaient des signes laissés par les esclaves »
« Certains arbres au Bénin portaient des signes laissés par les esclaves »

 A Ouidah, « personne ne peut être considéré responsable de ce que ses ancêtres ont commis » 

« Quand nous avons atteint la plage, j’ai espéré que le sable de Ouidah s’ouvre et m’engloutisse » 

En partance pour le Brésil, « nous étions poussés nus dans le bateau négrier, désespérés de fatigue » 



 
 



 



Une semaine à pied sur les traces des esclaves du Dahomey



Carnet de voyage d’Abomey à Ouidah. Notre reporter a emprunté la route suivie en 1860 par Cudjo Lewis, l’une des dernières victimes de la traite négrière vers les Etats-Unis.





 

            
 

 
En traversant la ville de Bantè, on ne peut manquer Oladjé et Koubété. Ces deux collines qui se font face, et dont les noms signifient « femme » et « homme » en langue nagô, semblent embrasser la commune depuis toujours. Aujourd’hui, elles sont comme assoupies sous la lumière de midi. Mais, pendanttrois siècles,« femme » et « homme » ont été les témoins silencieux d’un cruel exode, d’un crime contre l’humanité.-->
Texte et photos de Pierre Lepidi
En traversant la ville de Bantè, on ne peut manquer Oladjé et Koubété. Ces deux collines qui se font face, et dont les noms signifient « femme » et « homme » en langue nagô, semblent embrasser la commune depuis toujours. Aujourd’hui, elles sont comme assoupies sous la lumière de midi. Mais, pendant trois siècles, « femme » et « homme » ont été les témoins silencieux d’un cruel exode, d’un crime contre l’humanité.
Cet exode, c’est celui des captifs de guerre convoyés depuis Abomey, la capitale de l’ancien royaume du Dahomey – qui correspond à l’actuel Bénin –, jusqu’au port de Ouidah. Entre le XVIIe et le XIXe siècle, Abomey a vu se succéder douze rois considérés comme des dieux, dont les raids pour accroître leur puissance leur ont fourni des esclaves qu’ils gardaient ou vendaient à des négriers européens, nord-américains ou brésiliens installés sur la côte.



La colline d’Oladjè qui surplombe la ville de Bantè, au Bénin.



Les historiens s’accordent à dire que 12,8 millions d’Africains ont été convoyés au-delà de l’Océan Atlantique entre la fin du XVe siècle et 1888, qui marque la fin de l’esclavage au Brésil. Parmi les 192 points d’embarquement établis sur le continent, le port de Ouidah a vu défiler plus d’un million d’individus (1 004 000 selon l’Atlas of the Transatlantic Slave Trade publié par l’Université de Yale en 2010). Pourtant, il ne se classe qu’à la deuxième place derrière le port de Luanda, en Angola, d’où sont partis plus de 2 826 000 esclaves.




 L’incendie au musée d’Abomey alarme sur la sécurité des trésors du Bénin
 



Les collines d’Oladjé et de Koubété ne pourront jamais témoigner. Pour retrouver un signe, une trace de ces déracinés, le seul moyen est d’emprunter à pied les 125 km de cette route des esclaves comme ils le firent jadis. Il faut partir du cœur d’Abomey et descendre plein sud vers Ouidah, puis passer sous l’arche symbolique de la porte du Non-Retour, construite sur la plage en souvenir de tous. C’est jusqu’à ce sable qui porte à jamais la mémoire de leurs empreintes que Le Monde Afrique vous emmène.
L’une des dernières victimes de la traite




Nous allons suivre un précieux « guide », disparu en 1935 aux Etats-Unis mais dont l’histoire a traversé le temps. Son nom : Cudjo Lewis. L’homme, natif de la région de Bantè, a forcément vu les collines. Peut-être même est-il monté sur Koubété, comme le font la plupart des hommes de la région pour admirer la plaine.




Né Oluale Kazoola en 1840, il est considéré comme l’une des dernières victimes de la traite négrière vers les Etats-Unis. En avril 2017, dans le quartier Africatown de la ville de Mobile, en Alabama, un buste à son effigie a été inauguré devant l’église missionnaire baptiste qu’il a construite au début du XXe siècle avec d’autres esclaves affranchis.




 Esclavage : la course de quatre pays africains au tourisme mémo
 





 Cudjo Lewis



Leur histoire est connue. Elle est racontée dans Dreams of Africa in Alabama (Oxford University Press, 2007), un ouvrage écrit par Sylviane Diouf, historienne spécialiste de la diaspora africaine et directrice d’un centre d’études sur l’esclavage à New York. Ce récit, qui a reçu plusieurs récompenses dont le prix Wesley-Logan de l’American Historical Association, retrace l’histoire du Clotilda, le dernier bateau négrier à avoir accosté aux Etats-Unis. Il relate le parcours des 110 esclaves, hommes, femmes et enfants, qui étaient à son bord en juillet 1860. Parmi eux, Oluale Kazoola.
Mais à Bantè, commune de 106 000 habitants du centre-ouest du Bénin, personne n’a eu vent de son existence. « Je n’ai jamais entendu parler de lui, affirme dans son bureau bien rangé Kodjo Koba, adjoint au maire. Il serait toutefois intéressant d’envisager un rapprochement avec la ville de Mobile en Alabama. » A l’autre bout du téléphone, le maire, Innocent Akobi, ne semble pas plus au courant : « Il faudrait se renseigner auprès d’Aruna Mounirou. llest le doyen de notre ville, la mémoire vivante de Bantè. »-->
 Mais à Bantè, commune de 106 000 habitants du centre-ouest du Bénin, personne n’a eu vent de son existence. « Je n’ai jamais entendu parler de lui, affirme dans son bureau bien rangé Kodjo Koba, adjoint au maire. Il serait toutefois intéressant d’envisager un rapprochement avec la ville de Mobile en Alabama. » A l’autre bout du téléphone, le maire, Innocent Akobi, ne semble pas plus au courant : « Il faudrait se renseigner auprès d’Aruna Mounirou. Il est le doyen de notre ville, la mémoire vivante de Bantè. »






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Aruna Mounirou, qui vit entouré de ses piles de livres, est un sage. Né en 1926, cet homme longiligne au regard perçant a été instituteur et imam à Bantè pendant trente ans. « Désolé, mais je ne connais pas ce Cudjo Lewis qui a tant fait parler de lui aux Etats-Unis, s’excuse le vieil homme. J’ai toutefois un fils qui vit à New York, je vais me renseigner. »



Aruna Mounirou est imam et a été instituteur pendant trente ans dans la ville de Bantè, dont il est le doyen.



Un sujet toujours douloureux
Celui qui s’est éteint à Mobile à l’âge de 95 ans est de ces hommes qui ont tout connu. Son négrier, James Meaher, riche entrepreneur de la ville de Mobile où il a été déporté, a commencé par changer son prénom parce qu’il ne parvenait pas à le prononcer. A 20 ans, Oluale devient Cudjo (qui s’écrit parfois Cudjoe ou Kodjo), prénom générique attribué aux garçons nés un lundi dans l’ethnie yoruba à laquelle il appartenait. Emancipé en 1865, il se choisit le patronyme de Lewis. Si Oluale Kazoola a été vendu à la fin du XIXe siècle comme une marchandise, Cudjo Lewis est devenu quelques décennies plus tard un homme respecté et admiré. Aujourd’hui, il est un symbole de la lutte pour l’égalité des droits de l’autre côté de l’Atlantique.
Cette route d’Abomey à Ouidah a été foulée par Cudjo Lewis, par Mahommah Gardo Baquaqua – dont le témoignage a été publié en 1854 sous le titre An Interesting Narrative. Biography of Mahommah G. Baquaqua – et par tant d’autres damnés que le sujet reste douloureux, sensible, parfois même tabou. Au cœur des plantations de manioc, sur les pistes en latérite ou dans les mémoires, que reste-t-il de leur dernier passage sur cette terre africaine ? A t-on oublié jusqu’à leur nom ? Deux siècles plus tard et alors que la vente d’êtres humains se pratique toujours, comme l’ont notamment prouvé les images tournées par CNN en Libye, Le Monde Afrique a emprunté ce chemin pour le savoir.






            



Au Bénin, « marche doucement sur cette route des esclaves, elle est sacrée »





Les bas-reliefs des palais d’Abomey, ancienne capitale historique du Dahomey, racontent la prestigieuse histoire du royaume, sa richesse et la bravoure de ses guerriers. La biographie de Mahommah Gardo Baquaqua, publiée en 1854 par l’Américain abolitionniste Samuel Moore sous le titre An Interesting Narrative, en raconte les heures plus sombres. Neuf ans plus tôt, cet homme a été capturé près de Djougou, son village natal du nord du pays, puis conduit sous bonne escorte à Abomey.
« On m’avait dit que la maison du roi était ornée de crânes humains, mais je ne les ai pas vus, raconte-t-il. Quand je suis arrivé à Abomey, j’ai perdu tout espoir de revoir ma maison. » En tant que prisonnier de guerre, son sort ne dépendait plus que du roi. A l’époque, il s’agissait de Guézo, qui a régné de 1818 à 1858. De Gangnihessou à Béhanzin, ils sont douze à s’être succédé à la tête du Dahomey entre 1600 et 1894. Pour étancher leur soif de puissance et d’hégémonie, les attaques et les razzias étaient alors permanentes.








« Le village était à l’aube d’un immense carnage », a décrit en son temps Cudjo Lewis, décédé en 1935 et considéré comme le dernier survivant de la traite négrière aux Etats-Unis. Ses mémoires, écrites et même filmées par l’écrivaine Zora Neale Hurston en 1928, sont sans équivoque. « Les habitants avaient été surpris par la cruauté de l’armée du roi. Les guerrières [probablement les célèbres amazones] ont largement participé à cette terrible boucherie. » Dans ce pays qui a donné naissance au vaudou, religion qui exalte les forces de la nature et le culte des ancêtres, toutes les attaques étaient soumises à l’approbation de la divinité Fâ.
Fin connaisseur du vaudou
Gabin Djimassé a la soixantaine, la main ferme et une envie inextinguible de raconter l’histoire du Bénin en tant qu’historien, conservateur des palais royaux et directeur de l’office du tourisme d’Abomey. Il est aussi un fin connaisseur du vaudou et a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet. Dans le cadre de ses recherches, il a arpenté cette route des esclaves qui relie Abomey à Ouidah et sur laquelle je vais marcher dès demain.



Zora Neale Hurston



« L’étude du parcours m’a pris environ cinq ans, affirme-t-il. Je me suis appuyé sur des récits historiques mais j’ai également passé du temps sur le chemin avec les descendants de ceux qui accompagnaient les esclaves jusqu’à la mer. Ils étaient gardes, guérisseurs, forgerons… La transmission orale a fonctionné et c’est ce qui me permet de dire que le tracé est précis.– Un dernier conseil avant de partir ?– Il faut marcher doucement sur cette route. Il faut marcher doucement car elle est sacrée. »




 Au Bénin, les zémidjans en mode Uber
 







Parce que les différentes pistes qui conduisent à Ouidah constituent un labyrinthe et que je ne parle pas fongbè, la langue communément parlée au Bénin, je ne marcherai pas seul. Au cours du dîner, je fais la connaissance d’Hubert Agossougbete, qui travaille depuis une dizaine d’années à l’office du tourisme d’Abomey. Cet homme jovial a eu plusieurs vies, dont celle de moto-taxi à Cotonou. Au Bénin, on les appelle les zem – pour zemidjan, qui signifie « emmène-moi vite » en fongbè. Ils quadrillent le pays par centaines de milliers et c’est sans difficulté que j’en trouve un pour retourner à mon hôtel, où je m’installe pour une courte nuit.




« Le roi gardait les plus belles femmes »
A 6 heures, un croissant de lune éclaire timidement la maison Houinato. Cette demeure basse, qui est aujourd’hui une habitation privée, est l’ancienne prison d’Abomey. Construite par le roi Agadja vers 1720, elle a été agrandie par Guézo pour accueillir les prisonniers de guerre et les esclaves. C’est là, devant ses murs défraîchis, que le rendez-vous est donné pour commencer la marche jusqu’à la mer, à Ouidah, à 125 km au sud. Ce sont ces portes qui ont craché pendant près de trois siècles un flot quasiment ininterrompu d’êtres enchaînés réduits en esclavage.




 L’incendie au musée d’Abomey alarme sur la sécurité des trésors du Bénin
 






Königspalast in Abomey, Benin. Weltkulturerbe.



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« Si le roi avait besoin d’agriculteurs ou de tisserands, il les gardait pour le royaume, m’explique Hubert. Il s’appropriait aussi les plus belles femmes et offrait les autres à ses princes et à ses meilleurs soldats. Quant aux récalcitrants, on leur tranchait la tête en sacrifice aux dieux vaudous. »
Nous marchons lentement vers le site des palais royaux, à environ 2 km. Ces derniers couvrent une superficie de 47 hectares et sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Le palais du roi Glèlè (qui a régné de 1858 à 1889) est à côté de celui de son père, Guézo. Ils abritent le musée d’Abomey. Cudjo Lewis est passé devant ces murs en juillet 1860, comme Mahommah Gardo Baquaqua quinze ans plus tôt.






 Gezo, roi du Dahomey





Les vendeurs de kpayo
J’aime les matins d’Afrique. J’aime sentir cet air frais lentement envahi d’une odeur de bois brûlé. Je savoure d’autant plus l’instant que je sais qu’il ne durera pas. Dans quelques dizaines de minutes, le soleil va réchauffer puis embraser chaque parcelle. Et le bruit ! Dans les villes, il va monter pour devenir jusqu’au soir un mélange assourdissant de klaxons, de musiques et de cris.
La cité est encore calme. Les rues de l’ancienne capitale historique s’éveillent à peine lorsque nous quittons le centre-ville. A chaque carrefour, les vendeurs de kpayo remplissent délicatement des bouteilles pour ne pas perdre une goutte de ce carburant de contrebande venu du Nigeria voisin. Devant les boutiques, on rallume les braseros et le silence n’est troublé que par le frottement des balais sur les trottoirs. Les passants se saluent d’un geste, d’un sourire.
En sortant de chez lui, Hubert, qui prévoit de marcher en tongs, a mis deux modèles différents. « Je ne voulais pas allumer la lumière par peur de réveiller ma femme, et je me suis habillé un peu vite », lance-t-il avec un sourire. A peine a-t-il terminé sa phrase qu’il aperçoit un zem qu’il connaît bien. C’est un voisin : « Tu peux aller chez moi pour faire un échange de chaussures ? » Avec une moue d’approbation, le chauffeur démarre en pétaradant une tong à la main.
« On va continuer à marcher pour ne pas perdre de temps, dit Hubert.– Avec une seule tong ?– Le zem nous rattrapera… Ne t’en fais pas. »
Une demi-heure et deux coups de téléphone plus tard, le voisin rapporte la chaussure manquante. « C’est bon, lance Hubert dans un éclat de rire. Maintenant je suis équipé ! » Pourquoi s’inquiéter ?




Des bananes en sacrifice
Nous sommes encore dans les faubourgs d’Abomey lorsque le guide s’approche soudain d’une maisonnette blanche assez discrète, à l’écart du chemin. Des plumes sont collées dans l’embrasure de la porte et, sur l’un des murs est peint un homme tenant dans sa main un immense phallus. Il s’agit du temple du dieu Houndossou-Legba, qui aurait assuré au roi Agonglo, à la fin du XVIIIe siècle, une importante conquête militaire. En remerciement, le roi aurait sacrifié un jeune couple rencontré au hasard.






Devant le temple du dieu vaudou Houndossou-Legba, à la sortie d’Abomey, en octobre 2017.




« C’est un dieu vaudou très puissant, prévient Hubert. Avant le départ pour Ouidah, on immolait ici un coq et une poule pour solliciter la protection divine. Il faut lui offrir quelque chose. » Le guide sort trois bananes de son sac et les remet au gardien du temple. Sans dire un mot, l’homme aux cheveux blancs pénètre dans le lieu sacré et, en prononçant quelques incantations, jette les morceaux de fruit sur un monticule de cire, de légumes et de restes de volaille.
« Il demande au vaudou de nous protéger jusqu’à la mer, traduit Hubert.– Tu y crois ?– Oui, c’est ma religion. C’est important d’offrir quelque chose à Houndossou-Legba qui va nous accompagner. »
« Marche doucement sur cette route, elle est sacrée. »







            



« Nous avons des cousins partout où ont été envoyés les esclaves »





C’est un carrefour qui peut changer une existence, faire basculer le cours d’une vie. Voilà une heure que je marche avec mon guide Hubert sur l’ancienne route des esclaves, au Bénin, qui va d’Abomey jusqu’à Ouidah. Au bout d’une ligne droite, nous arrivons à une patte d’oie. Situé à la sortie d’Abomey, le lieu s’appelle Gbèyizankon.
« A gauche, c’est le chemin qui mène vers la forêt, vers la chasse aux animaux et vers la liberté, dit Hubert. L’autre voie, c’est la route du non-retour, celle qui conduit à Ouidah. Tous les esclaves sont passés ici, aucun n’a jamais pu faire demi-tour. » Ojo Facha, Sakaru, Esso, Deza, Cooyaka, Adissa, Shamba et tous ceux qui ont embarqué avec Cudjo Lewis à bord du Clotilda, le dernier navire négrier à avoir accosté aux Etats-Unis en 1860, ont pris le chemin de droite. Ils sont un million d’hommes, de femmes et d’enfants à avoir bifurqué ici vers l’enfer, selon l’Atlas of the Transatlantic Slave Trade publié par l’Université de Yale.











Première pause au village de Zouzonmè. Nadège s’est levée à l’aube pour préparer des beignets (elle dit des « pâtés ») avec de la farine de blé, du piment et du gingembre. Elle va les vendre au bord de cette route, dont elle ignore le lourd passé. Dans ses marmites posées sur le sol mijote sa production du jour qu’elle vend 25 francs CFA pièce (0,04 euro). « Je suis aide-soignante mais mon mari, pasteur, a été muté ici, raconte t-elle. J’ai commencé à vendre mes pâtés il y a un an. » Nous reprenons la route avec deux sachets tout chauds.
Le ciel est couvert, ce qui rend la marche agréable. Nous traversons des villages où la plupart des habitants nous saluent d’un « bonjour » et parfois d’un « bonsoir » plutôt curieux en ce début de matinée. On s’enfonce dans ce Bénin agricole et multiconfessionnel en passant devant des chapelles, des églises évangéliques, des mosquées, des temples vaudous.








« Le roi leur offrait du manioc et du maïs grillé »
Il est 10 heures. La piste s’est réduite et nous parcourons des plantations d’arachide parfaitement alignées. Plus loin, nous longeons l’école municipale de Gnizinta. Estelle Zinsougueli, institutrice dynamique et sévère de 23 ans, donne un cours de français. J’observe la classe sur le pas de la porte. A l’intérieur, les élèves s’entassent à trois ou quatre par pupitre. Une cinquantaine de paires d’yeux me fixent dans un silence de cathédrale.
– « Puis-je connaître la leçon du jour ?– C’est un exercice de lecture au tableau », répond l’institutrice en plaquant ses cheveux en arrière.
Florence, 11 ans, se présente devant sa classe. Elle sert ses mains dans son dos et, d’une voix timide, lit en butant un peu sur les mots : « Ma mère. J’aime ma mère ! Je l’aime comme tu ne peux pas savoir… » A la demande de la maîtresse, les enfants se lèvent et chantent une chanson pour nous dire au revoir et nous souhaiter bonne route.








Par un raccourci conseillé par des villageois, nous rejoignons le village de Kinta moins d’une heure après. Sous un toit de paille, nous buvons un Coca à « La Teckeraie », une buvette dressée au milieu d’une plantation de teck, ce bois tropical imputrescible.
En repartant, Hubert me montre un espace clairsemé d’un demi-hectare environ : « C’est le stationnement de Kinta. C’est là que les esclaves faisaient une pause et que le roi Guézo leur offrait du manioc et du maïs grillé. Ici, ils étaient placés sous la responsabilité de Hounkanlin, un homme de confiance dévoué au royaume. Il devait veiller sur les esclaves pour qu’ils arrivent en forme à Ouidah et puissent être vendus au meilleur prix. » Nous nous avançons, mais il n’y a rien, aucune trace sur les arbres ou sur les rares pierres. Seule la terre pourrait témoigner de ce qui s’est passé ici.
Une forêt d’eucalyptus succède à une palmeraie. Sur un sentier étroit, des herbes hautes nous entourent jusqu’à nous engloutir. Le paysage alterne ensuite entre champs de maïs et plantations d’arachide.






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Poulet « bicyclette »
Ouassougon, où nous arrivons après 27 km, marque la fin de cette première étape. Dans l’auberge du village, il n’y a pas d’eau, pas d’électricité et la chambre est une fournaise où s’agitent des nuées de moustiques. Nous décidons de sortir les matelas dans la cour. « En fixant nos moustiquaires à des chaises, on sera à l’abri », propose Hubert. Dans la chambre, je fais un brin de toilette au seau, rince mes vêtements et les étends au soleil qui perce maintenant les nuages.




Le soir est tombé, le thermomètre aussi. Je vais me perdre dans le village, rapidement suivi par une ribambelle de gamins intrigués par le « yovo » (« le Blanc »). J’achète de la volaille avec de l’amiwo, des galettes de maïs avec une sauce rouge un peu relevée. Un régal.
Je retrouve Hubert à l’entrée de Ouassougon, assis sous un arbre avec d’autres hommes dont Nestor Sono, l’ancien chef de village (on dit « l’ancien CV »). Cet homme longiligne d’une cinquantaine d’années s’exprime lentement, comme s’il pesait ses mots. Depuis quelques années, il fabrique avec succès du vin de palme grâce à un vieil alambic et il vit de sa production. A tour de rôle, on remplit le seul verre présent sur la table et chacun avale d’un trait « le liquide », qui doit titrer une trentaine de degrés. « Il faut abattre un arbre et attendre une dizaine de jours pour obtenir l’extraction du jus, explique Nestor Sono. En général, 25 litres de jus de palme donnent 10 litres d’alcool. »




 Esclavage : la course de quatre pays africains au tourisme mémoriel
 







La lune, presque pleine, se reflète sur les visages. « Beaucoup de monde a emprunté cette route des esclaves, commence l’ancien CV. A l’époque, on avait coutume de dire qu’un repas préparé à Abomey arrivait encore chaud à Ouidah. A Ouassougon, les esclaves se reposaient dans un champ juste à côté. C’est une histoire douloureuse, mais elle appartient au passé. Aujourd’hui, nous avons des cousins en Amérique, en Europe, partout dans le monde et je vois cela comme une chance. Il faudrait pouvoir les accueillir afin qu’ils puissent ressentir les vibrations de cette terre, le souffle et les émotions de leurs ancêtres. »
Nous buvons un dernier verre et Hubert et moi regagnons l’auberge à la lueur de nos téléphones portables. La femme de Nestor nous a préparé pour le dîner du poulet « bicyclette », l’équivalent africain du label « élevé en plein air ». On avale le plat d’un trait et on s’allonge sur les matelas. Des milliers d’étoiles scintillent au-dessus de nos têtes.






« Cette histoire d’esclavage au Bénin, je l’ai apprise à l’école, mais elle ne me rend pas triste »




 
La nuit est douce, silencieuse et moite. Après une première étape à Ouassougon sur l’ancienne route des esclaves au Bénin, mon guide Hubert et moi avançons sur une piste de sable quasiment rectiligne. Nous croisons des dizaines d’élèves sur le chemin de l’école, dont Carole, 16 ans, qui marche 12 km par jour pour assister aux cours. Son rêve ? Devenir infirmière.-->
La nuit est douce, silencieuse et moite. Après une première étape à Ouassougon, mon guide Hubert et moi avançons sur une piste de sable quasiment rectiligne. Nous croisons des dizaines d’élèves sur le chemin de l’école, dont Carole, 16 ans, qui marche 12 km par jour pour assister aux cours. Son rêve ? Devenir infirmière.
A Dénou-Lissezin, après un baobab esseulé au milieu d’un champ, nous faisons une première pause. Dans sa buvette, dont le sable est d’une finesse soyeuse, Barthélemy Guitoï prépare une omelette baveuse copieusement garnie d’oignons. « Bien sûr que je connais l’histoire de cette route !, s’exclame-t-il. Je l’ai apprise à l’école et on m’en a parlé dans ma famille. J’en ai moi-même discuté avec mes enfants récemment. Cette tragédie ne me rend pas triste, car elle s’est déroulée il y a très, très longtemps. Cette histoire concernait nos grands-grands… papas. » Barthélemy est étonné par notre projet de rallier Ouidah à pied. La discussion s’engage sur le devoir de mémoire. « Il faut que le tourisme se développe au Bénin, notre économie en a besoin. » 



La buvette de Barthélemy Guitoï et son sable fin, à Denou-Lissezin, au Bénin.




Les indicateurs économiques, calculés loin des champs de maïs et de sorgho que nous traversons au lever du jour, ne disent pas autre chose. Au regard de son indice de développement humain, le Bénin se classe aujourd’hui au 173e rang mondial sur 194 pays recensés. Essentiellement tournée vers l’agriculture, son économie est en grande partie alimentée par le commerce informel avec le Nigeria, au point d’atteindre 20 % du PIB.
Dans les campagnes de l’ancien Dahomey, l’argent ne coule pas à flots, mais il irrigue largement les cultes et les mouvements religieux. En reprenant la piste sablonneuse, sur moins de 500 mètres, nous passons devant l’Eglise du christianisme céleste, l’Eglise d’évangélisation du Christ au monde et l’église évangélique Union renaissance d’hommes en Christ.








Plus loin, trois villageois nous interpellent : « Nous avons débroussaillé le chemin, mais les pluies ont inondé la zone marécageuse. Si vous continuez, vous allez patauger dans la boue jusqu’au nombril… Et il y a des serpents ! A Tchito, mieux vaut suivre la voie de chemin de fer jusqu’à Toffo. »




Nom tatoué sur l’avant-bras
La ligne Cotonou-Parakou (438 km) a été créée au début du XXe siècle, à l’époque coloniale. Depuis une dizaine d’années, elle ne transporte plus de voyageurs mais uniquement du fret (coton, minerais…). Avec une vingtaine de trains par mois, la ligne s’est trouvée au centre d’un long bras de fer juridique entre l’industriel français Vincent Bolloré et l’homme d’affaires béninois Samuel Dossou, PDG du groupe Pétrolin. Le contentieux, qui concerne le projet de boucle ferroviaire de l’Ouest africain entre la Cote d’Ivoire et le Bénin, en passant par le Niger et le Burkina Faso, a été réglé fin septembre 2017 par la Cour suprême du Bénin, qui a tranché en faveur de Pétrolin.







Malgré les zemidjans, les motos-taxis, qui nous obligent à monter sur les rails pour les laisser passer, nous avançons d’un bon pas le long du ballast où aucun train ne circule. Un peu après le village de Kodji, nous croisons une femme et une adolescente qui portent des bassines d’eau sur la tête. Après quelques échanges, elles nous invitent chez elles. Nous traversons les rails, quelques champs de sorgho, et arrivons chez Brigitte Dossa et sa nièce Marthe, une cabane au toit de paille et aux planches ajourées. A l’intérieur, quelques vêtements, des sacs, une marmite et des fruits. « Reposez-vous, dit Brigitte Dossa en nous proposant des bananes. Il fait chaud aujourd’hui. »




 La justice béninoise déboute Bolloré et bloque son grand projet ferroviaire
 

            



Cette femme d’une cinquantaine d’années vend elle-même sa production d’ananas à Parakou (à environ 350 km vers le nord) et même jusqu’au Niger. Comme elle ne sait ni lire ni écrire, Brigitte a fait tatouer son nom sur son avant-bras : « S’il m’arrive quelque chose, on pourra ainsi retrouver mon village. » Comme son mari est zem à Cotonou, elle vit seule dans cette cabane isolée au milieu des plantations. « Je n’ai pas peur, maintenant j’ai l’habitude, fait-elle en haussant les épaules. Les serpents ? J’en vois passer sur la natte. On dit qu’ils ne mordent que les personnes mauvaises, celles qui n’ont pas un cœur pur. »



Brigitte Dossa (au centre) et sa famille habitent le long de la voie de chemin de fer Cotonou-Parakou.



 
Torse nu, un homme se présente soudain à l’entrée de la cabane, machette à la main. C’est Gilbert, le frère de Brigitte. Il vit à quelques kilomètres et est venu rendre visite à sa sœur. Aucun des deux ne connaît l’histoire de cette route des esclaves qui passe à côté de la maison. « Mais on raconte que le roi Agadja a envoyé ici des soldats pour capturer des gens et les réduire en esclavage, raconte Gilbert. Le vaudou Dan [dieu des airs et du firmament] se serait transformé en humain. Il est allé au-devant des gardes et leur a préparé des amiwo[une pâte rouge à base de farine de maïs]. Les hommes du roi ont fait demi-tour et ils sont morts à Abomey la nuit suivante. Dan avait empoisonné leur repas pour sauver nos ancêtres. »-->
Torse nu, un homme se présente soudain à l’entrée de la cabane, machette à la main. C’est Gilbert, le frère de Brigitte. Il vit à quelques kilomètres et est venu rendre visite à sa sœur. Aucun des deux ne connaît l’histoire de cette route des esclaves qui passe à côté de la maison. « Mais on raconte que le roi Agadja a envoyé ici des soldats pour capturer des gens et les réduire en esclavage, raconte Gilbert. Le vaudou Dan [dieu des airs et du firmament] se serait transformé en humain. Il est allé au-devant des gardes et leur a préparé des amiwo [une pâte rouge à base de farine de maïs]. Les hommes du roi ont fait demi-tour et ils sont morts à Abomey la nuit suivante. Dan avait empoisonné leur repas pour sauver nos ancêtres. » 
Brigitte et Marthe, qui retournent chercher de l’eau au ruisseau qui coule à 500 mètres de la cabane, repartent avec nous. Et alors que nous rejoignons la voie de chemin de fer, Marthe hurle derrière moi : « Un serpent ! Un serpent ! Juste là ! » En passant, je n’ai rien vu. « Ne t’inquiète pas, lui dit Brigitte en descendant dans les fourrés. Comme tu n’as rien de fait de mal, il te laissera tranquille. »
« Vous faites un sacré voyage »
Au bout d’une heure, nous arrivons à la gare désertée de Toffo, où un homme dort allongé sur un banc. Nous remontons une piste cabossée qui débouche sur une route goudronnée. « Les esclaves dormaient à Toffo, me dit Hubert. C’était dans le champ bordé par des arbres, juste là. Ils étaient soignés par des médecins traditionnels et ceux qui ne pouvaient pas marcher étaient amenés lors d’un convoi suivant. » Certains auraient profité de leur convalescence pour s’échapper et se réfugier sur les rives du lac Nokoué, près de Cotonou. On raconte que les cités lacustres de Ganvié et de Sô-Ava, que l’on atteint en pirogue après avoir traversé d’inextricables marécages, ont été créées par des esclaves en fuite.




A la buvette « Jlo Mawu Ton » (« à la grâce de Dieu »), je descends quasiment d’une traite une bouteille de kuwabo (« bonne arrivée »), une eau légèrement citronnée. Catherine Yavon, la cinquantaine, a ouvert son établissement il y a un an. « Je suis veuve depuis un mois, confie-t-elle. J’ai rouvert la buvette il y a seulement trois jours. La vie est si injuste, parfois. » Hubert propose à Catherine que nous dormions ici contre un dédommagement. « Avec plaisir !, répond-elle. Je vais vous montrer la maison familiale qui est à côté et où il y a déjà mon frère. »




 A Sô-Ava, cité lacustre du Bénin, la lutte s’organise contre les mariages précoces
 







Le salon où nous allons passer la nuit est une pièce à tout faire. Il y a un bureau, une télévision, des fauteuils, deux Mobylette et, surtout, deux canapés. « On accrochera les moustiquaires entre le coin du bureau et le rétroviseur de la moto », propose Hubert.
Après une douche, nous retournons au restaurant. « Mon père m’avait dit que cette route était celle des esclaves, raconteCatherine, qui trouve un peu de temps pour s’asseoir avec nous. Je suis triste de savoir que les gens qui sont passés devant chez moi ont souffert. Mais c’était il y a tellement longtemps… Vous faites un sacré voyage et je marcherais bien avec vous jusqu’à Ouidah, mais je dois m’occuper du restaurant. Au menu du dîner, j’ai de l’agou avec de la viande de bœuf et de la sauce d’arachide : ça vous va ? »-->
Après une douche, nous retournons au restaurant. « Mon père m’avait dit que cette route était celle des esclaves, raconte Catherine, qui trouve un peu de temps pour s’asseoir avec nous. Je suis triste de savoir que les gens qui sont passés devant chez moi ont souffert. Mais c’était il y a tellement longtemps… Vous faites un sacré voyage et je marcherais bien avec vous jusqu’à Ouidah, mais je dois m’occuper du restaurant. Au menu du dîner, j’ai de l’agou avec de la viande de bœuf et de la sauce d’arachide : ça vous va ? »
L’agou, une pâte d’igname pilé, se mange avec les doigts en la trempant dans une sauce pimentée. A la fin du repas, Hubert extrait de son sac une petite bouteille de Coca remplie de vin de palme. « Nestor [l’ancien maire du village où nous avons dormi la veille] me l’a donnée discrètement », sourit le guide.


            



Un signe de l’au-delà
Une amitié est en train de naître avec Hubert, dont j’apprécie la culture, l’humour et l’insatiable envie de savoir, de comprendre. Au cours de la soirée, Hubert me confie qu’il a perdu son père en 1991. Moi c’était ma mère, la même année. En comparant les dates de ces événements qui ont marqué nos vies, on réalise que c’était tous les deux un dimanche, à seulement une semaine d’intervalle.
Ce qui pourrait être considéré ailleurs comme une coïncidence peut être interprété au pays du vaudou comme un signe de l’au-delà, un clin d’œil des « forces de l’esprit », comme disait François Mitterrand. Ici, on ne considère pas la mort comme la fin de la vie mais comme un voyage. « Il faut interroger la divinité Fâ, assure Hubert. Je te tiendrai au courant. » Au loin, des orages déchirent la nuit. Je m’allonge sur le canapé du salon et sombre dans un sommeil de plomb.









« Certains arbres au Bénin portaient des signes laissés par les esclaves »





Les lumières du restaurant de Catherine disparaissent dans la nuit au fur et à mesure que nous avançons sur l’ancienne route des esclaves au Bénin. Cette femme au grand cœur, chez qui nous avons dormi après deux jours de marche, s’est levée bien avant l’aube pour préparer des omelettes roulées dans du pain afin que nous ne repartions pas le ventre vide.
Avec Hubert, mon guide, nous suivons une large piste en latérite qui trace vers le sud puis oblique vers l’est. Les orages qui ont éclaté dans la nuit ont assoupli le sol, mais des nuées de mouches et de moustiques accompagnent notre marche en tournoyant autour de nous. De larges flaques d’eau nous obligent à des détours dans les plantations d’ananas et de sorgho qui bordent le chemin.
Dans cette touffeur tropicale, la route des esclaves emprunte un sentier d’herbes hautes. Hubert presse le pas « à cause des nombreux reptiles qu’il y a par ici ». Vers 10 heures, nous faisons une pause sous l’ombre d’un manguier. Il y a des canards, des poussins et surtout un coq qui bat frénétiquement des ailes au milieu de poules indifférentes. J’essore mon tee-shirt : mélange de sueur et de poussière.




Après une vingtaine de minutes, nous rejoignons la ville de Hinvi, où nous allons devoir suivre sur une dizaine de kilomètres la route nationale 2 qui va d’Abomey à Cotonou. A l’embranchement, j’aperçois un énorme porc roux en train de fouiller un tas d’ordures.
Sur la route goudronnée, le trafic est dense et les véhicules circulent vite, à près de 80 km/h. Si l’espérance de vie d’un piéton sur une autoroute française n’excède pas vingt minutes, de combien est-elle sur une route béninoise dont la bande d’arrêt d’urgence est empruntée par des dizaines de motos ?


            



Saoulés par le bruit, nous faisons un arrêt au bar La Colombe, à Attogon, au bout d’une quarantaine de minutes. Les serveuses jouent des coudes pour nous servir. Chancelle, 19 ans, apporte les bouteilles de Kuwabo,une eau légèrement citronnée,et de Coca. Elle s’allonge ensuite sur un canapé en cuir. « Vous venez vraiment d’Abomey en marchant ? demande-t-elle en se retournant pour que ses copines entendent. Moi, j’ai grandi à Ouidah… Je sais que la route de l’esclavage passait juste devant ce bar. Avant, il y avait des signes sur certains arbres. Mon oncle m’a dit que c’étaient des traces laissées par les esclaves. »La forêt a aujourd’hui laissé la place à des restaurants, des bars, des coiffeurs et cette RN 2 que nous devons suivre encore pendant une heure.




Des liens culturels, linguistiques et spirituels
Allada, enfin. Nous atteignons avec soulagement l’ancienne capitale d’un royaume fon qui, jusqu’au XVIIIe siècle et sa défaite contre le royaume voisin du Dahomey, était l’un des plus puissants, l’un des plus riches de la région. Cette ville a aussi vu naître un prince du nom de Gahou Deguénon, dont le fils, Toussaint Louverture (1743-1803), est le héros de l’indépendance de Haïti arrachée à la France en 1804. Ici comme ailleurs en Afrique, Haïti est une fierté : c’est la première République noire libre de l’histoire.
A deux pas de la statue de Toussaint Louverture, descendant d’esclaves et acteur majeur des mouvements anticolonialiste et abolitionniste, Hubert et moi reprenons des forces. Entre Haïti et l’Afrique de l’Ouest, il existe des liens très forts, qu’ils soient culturels, linguistiques ou spirituels. La quasi-totalité des Haïtiens sont des descendants d’esclaves principalement venus du Nigeria, du Bénin ou du Togo. Dans les Caraïbes, le pays est même vu comme un prolongement de l’Afrique. Sa terre est considérée comme la fille aînée du continent.



La statue de Toussaint Louverture à Allada, au Bénin.


 
Entre le Bénin et Haïti, les relations sont aussi nouées par des forces invisibles, les esprits des morts. A Port-au-Prince, à Jérémie ou à Jacmel, Allada est un perçue comme une ville sainte, comme l’affirme un chant célèbre du vaudou haïtien écrit en hommage à Toussaint Louverture : « Frère, nous sommes tous frères, Allada le dit. Allada, sauve-nous de l’ennemi. Nous sommes tous frères, Allada notre lumière. »-->
Entre le Bénin et Haïti, les relations sont aussi nouées par des forces invisibles, les esprits des morts. A Port-au-Prince, à Jérémie ou à Jacmel, Allada est perçue comme une ville sainte, comme l’affirme un chant célèbre du vaudou haïtien écrit en hommage à Toussaint Louverture : « Frère, nous sommes tous frères, Allada le dit. Allada, sauve-nous de l’ennemi. Nous sommes tous frères, Allada notre lumière. »
Lors d’un concert à Allada il y a quelques mois, Erol Josué, célèbre chanteur haïtien, danseur et prêtre vaudou, a pu constater que le public béninois connaissait les refrains de certaines chansons traditionnelles de son pays. Celles-ci seraient en réalité nées à Allada il y a deux ou trois siècles et auraient ensuite traversé l’Atlantique et les générations.
Après le carrefour qui mène à Cotonou, nous prenons la direction de Ouidah. Cap au sud, toujours. Nous marchons encore trois kilomètres et arrivons en milieu d’après-midi à l’Auberge de la marmite d’or, où l’accueil est chaleureux et les chambres agréables. C’est la fin de cette troisième étape d’environ 25 kilomètres.
Alors que je suspends du linge dans la cour intérieure de l’auberge, j’entends jouer une fanfare. « On se croirait au cœur d’une banda pendant les fêtes de Bayonne », me dis-je en quittant l’auberge. Il y a une centaine de personnes, de nombreux militaires en uniforme. Je croise un gradé :
« On dirait qu’une sacrée fête se prépare par ici !– Pas vraiment monsieur, nous sommes venus pour un enterrement.– Ah… – Un de nos soldats a perdu sa maman. Elle était très âgée et, du coup, la fanfare est venue. C’est comme ça au Bénin, c’est festif ! Parfois il y a même plusieurs fanfares. J’en ai déjà vu cinq pour un enterrement… On se retrouve à ton auberge pour boire une bière ? »
Alors que je m’apprête à repartir, le cercueil est amené dans un corbillard blanc au milieu des sourires et de la fanfare qui joue Le Petit Bonhomme en mousse. Sur les portières du véhicule, le nom de la société de pompes funèbres est écrit en lettres rouges : Mission accomplie.


              
            
              



Le militaire Bienvenu Houngbo, qui me rejoint au bar de l’auberge, est officier. Il a été formé en Belgique et en France. Dans le cadre d’une mission onusienne, il a été envoyé à Kidal, au Mali, et s’apprête à partir au Tchad « pour [se] battre contre Boko Haram ». « Si tu as le temps, passe nous voir à la caserne. Nous sommes près d’Abomey. Prends mon numéro… », dit-il en reposant sa Flag.
Pour le dîner, nous commandons de l’akassa, du maïs plongé dans de l’eau jusqu’à ce qu’il forme une pâte, avec du poulet. Hubert et moi terminons ensuite la bouteille de « liquide », le surnom donné au vin de palme. La nuit est tombée, nous refaisons le monde.






« Certains arbres au Bénin portaient des signes laissés par les esclaves »





A cause d’un coq insomniaque qui a commencé à chanter vers 3 heures, j’ai peu dormi. Le jour n’est pas encore levé lorsque mon guide Hubert et moi lançons nos premières foulées dans la nuit encore fraîche. Après une dizaine de kilomètres, nous traversons la nationale goudronnée pour récupérer un chemin de terre plus agréable.
La marche a le don de réveiller des souvenirs enfouis. Au moment de retrouver la piste en latérite, je repense à cet ami mauritanien venu me rendre visite à Paris il y a une quinzaine d’années. Un jour où l’on se baladait dans un jardin public, Mustapha m’avait demandé s’il pouvait marcher sur un coin du parc non entretenu. « En Europe, vous avez tout goudronné, même les jardins, m’avait-il expliqué. J’ai besoin d’éprouver le contact du sable, des herbes… J’aime sentirle revêtement naturel de la terre sous mes pieds. »-->
La marche a le don de réveiller des souvenirs enfouis. Au moment de retrouver la piste en latérite, je repense à cet ami mauritanien venu me rendre visite à Paris il y a une quinzaine d’années. Un jour où l’on se baladait dans un jardin public, Mustapha m’avait demandé s’il pouvait marcher sur un coin du parc non entretenu. « En Europe, vous avez tout goudronné, même les jardins, m’avait-il expliqué. J’ai besoin d’éprouver le contact du sable, des herbes… J’aime sentir le revêtement naturel de la terre sous mes pieds. 



Dans un village béninois avant Kpomassè, en octobre 2017.




Nous traversons plusieurs villages, où l’on me salue souvent par un bienveillant « Kuwabo yovo ! » (« bonne arrivée le Blanc ! »). Je suis surpris de voir que certaines localités sont parfaitement entretenues avec des rues balayées quotidiennement, et qu’à quelques mètres, d’autres sont jonchées de détritus et de sacs en plastique.
« C’est peut-être lié à l’influence du CV [chef de village] et au message qu’il diffuse dans sa communauté, m’explique le guide. Mais je pense que c’est surtout par effet de mimétisme : si un habitant nettoie l’extérieur de sa maison, son voisin va faire pareil pour ne pas avoir honte et ainsi de suite jusqu’à ce que le village soit entièrement propre. Mais si personne ne montre l’exemple… »
Machettes et parapluie
Denis Hounnon est forgeron et travaille au bord de la piste sablonneuse qui mène à la ville de Kpomassè. D’un geste régulier du bras, il actionne une roue de vélo qui alimente un foyer dans lequel il façonne des outils destinés au travail de la terre. Ce matin, il affine les bords tranchants d’une bêche. « J’aime mon métier. Je viens d’une longue lignée de forgerons », dit-il en me serrant la main. Ses ancêtres travaillaient-ils déjà sur le bord de cette route ? Il l’ignore. J’ai lu que ceux qui assemblaient des pièces de métal étaient très recherchés par les royaumes dahoméens, notamment pour forger les maillons des chaînes des centaines de milliers d’esclaves.




  



Vers 10 h 30, nous arrivons devant une immense enceinte. Des machettes, deux trônes et un parapluie décorent le portail au-dessus duquel on peut lire : « Conseil suprême des souverains du Bénin ». Deux statues de léopards prêtes à bondir ornent aussi l’entrée.




« Qui cherchez-vous ? demande une femme en sortant de l’épicerie qui jouxte le palais.– Le roi ! lui dis-je. Est-il possible d’avoir une audience avec lui ?– Non, malheureusement. Il ne rentrera qu’après-demain. Mais je suis la reine et je peux répondre à vos questions. En revanche, je ne peux pas vous faire entrer dans le palais en l’absence du souverain et il est interdit de me prendre en photo. »
La reine Gbekonton (littéralement « qui a quitté Abomey ») a épousé le roi de Kpomassè en 2013. A 27 ans, elle est l’une des quatre épouses de ce chef de culte vaudou, guérisseur traditionnel.
« Il m’a donné un fils, le prince Don Rodrigue, dit-elle en désignant le poupon de 4 mois qu’elle serre dans ses bras.– Don Rodrigue a-t-il des chances de monter un jour sur le trône et de devenir roi de Kpomassè ?– Je le souhaite, mais seul le roi pourrait répondre à cette question. »



Seh-Dong-Hong-Beh, leader of the en:Dahomey Amazons, drawn by Frederick Forbes in 1851.










Nous reprenons la route. Le soleil écrase nos ombres. « On voit souvent des serpents se reposer ici », dit Hubert en me montrant des traces d’ondulations dans le sable. Au détour d’un virage, une rafale apporte un air chargé d’iode. Elle annonce la fin du voyage. Cudjo Lewis, Mahommah Gardo Baquaqua et tous les esclaves qui ont suivi cette route ont-ils senti cette même bourrasque en passant près des champs de manioc et d’igname qui bordent aujourd’hui la voie ? Venant majoritairement du nord, la plupart ne connaissaient pas l’Océan et ignoraient tout de lui jusqu’à son goût de sel. A vol d’oiseau, une dizaine de kilomètres nous séparent maintenant de l’Atlantique.




« Lavés dans une rivière »
Nous retrouvons la route goudronnée qui mène vers Ouidah. Elle passe par la ville de Savi que nous atteignons en début d’après-midi après un virage en montée. Savi fut une étape majeure de la traite négrière. On raconte que c’est ici que le commerce avec des navigateurs portugais a débuté sous le règne de Kpassè, huitième souverain du royaume de Xwéda, fondé vers 1500. Plus tard ont suivi des commerçants anglais, hollandais et français, qui disposaient tous d’un fort pour leur commerce et leurs échanges à proximité du palais royal. « Les esclaves étaient lavés dans une rivière à l’entrée de la ville afin qu’ils puissent être vendus au meilleur prix, raconte Hubert. Le commerce était alimenté en permanence par les conflits entre les différents royaumes du Dahomey. »
Grâce à un système douanier efficace à l’entrée de la ville, Savi a prospéré. Et, par extension, Ouidah en a tiré profit. En 1727, le roi Agadja, d’Abomey, a conquis la cité en tuant Houffon, le dernier roi de Savi, lors d’un bain de sang qui aurait fait 5 000 morts et 11 000 prisonniers. Le royaume d’Abomey, d’où nous sommes partis il y a maintenant quatre jours, n’avait alors plus d’obstacle, plus d’entrave pour s’étendre jusqu’à la mer. C’est ainsi qu’il est devenu le plus fort, le plus puissant et le plus respecté de tous.



A l’entrée de la ville de Savi.




Hubert me demande de l’accompagner faire une offrande – de l’akassa au poulet – à la divinité To-Legba, dont le temple est situé un peu avant le restaurant Les Trois Singes,où nous avons déjeuné. « On peut nourrir ce dieu avec du bœuf ou du mouton, mais il ne faut jamais lui donner de l’alcool, prévient le guide. C’est un esprit puissant qui peut devenir très nerveux. »
A la nuit tombante, le ciel devient menaçant. Est-ce lié à cette route des esclaves qui nous imprègne jusqu’à nous obséder depuis tant de jours, à l’orage qui gronde ou à la fin du voyage ? Je sens monter comme une angoisse. Pour être déjà allé à Ouidah, que nous atteindrons demain matin et qui marquera la fin de cette marche de 125 km à travers le Bénin, je sais que même si la ville est agréable, la piste qui mène à la fameuse Porte du non-retour est chargée d’une atmosphère lourde et oppressante. Je me souviens y avoir ressenti une gêne et même des maux de tête il y a quelques années.
Nous restons à l’auberge où nous avalons un sandwich fourré aux sardines en buvant une bière tiède. Un écran géant diffuse des clips nigérians où des filles callipyges se trémoussent autour d’un chanteur qui jette de l’argent dans un jacuzzi. La sono est forte, trop forte. Ce soir, le cœur n’y est pas.









A Ouidah, « personne ne peut être considéré responsable de ce que ses ancêtres ont commis »





D’un coup de couteau, Hubert fend le pain et le remplit de sardines, puis nous taillons la route à la lueur d’une lampe frontale. Comme chaque jour depuis que nous marchons mon guide et moi sur les traces des anciens esclaves au Bénin, il n’est pas encore 6 heures du matin lorsque nous lançons nos premières foulées.
Ouidah, que l’on écrit Wida, Whydah, Juda voire Fida selon les époques et les récits, n’est distante de Savi, où nous avons passé la nuit, que de 8 km. Nous traversons le grand carrefour de la route qui mène à Cotonou et rejoignons vite le centre-ville de la cité portuaire.
Une communauté afro-brésilienne
On est dimanche, Ouidah s’éveille. Je connais cette ville pour y avoir célébré avec Erick, un ami béninois, le réveillon de la Saint-Sylvestre en 2011. Il flotte dans ses rues un parfum particulier, ce même mélange de douceur et de fragilité que l’on retrouve à La Havane, la capitale cubaine, ou à Salvador de Bahia, au Brésil.
A l’instar de ces cités cosmopolites, Ouidah porte de multiples influences architecturales, notamment brésiliennes dès le XVIIe siècle, inscrites en ses murs par les négriers portugais ou les esclaves affranchis revenus d’au-delà des mers au Dahomey. Parfois pour se lancer dans le commerce… d’esclaves.








Mais il y eut aussi des survivants de la révolte des Malês, menée en janvier 1835, principalement par des musulmans africains et des Yoruba, contre le pouvoir esclavagiste de l’Etat de Bahia. Après l’échec de cette insurrection qui a marqué l’histoire du Brésil, les insurgés furent exécutés, condamnés à des peines de prison et de travaux forcés ou renvoyés vers le Nigeria et le Bénin.
Dans son livre A Brief History of Brazil, l’auteure Teresa Meade explique que 44 % des Brésiliens considèrent « tenir leur patrimoine de l’Afrique ». Inversement, au Bénin, tous ceux qui ont pour patronyme da Silva, d’Almeida, de Souza ou Moreira, entre autres, sont issus de la communauté afro-brésilienne.
Après avoir longé le marché Kpassè, le complexe scolaire Fonsarame (littéralement « ceux du quartier Fon » et donc, par extension, ceux qui arrivent d’Abomey, comme Hubert et moi), nous tournons devant le marché Zobè, encore inanimé. A la buvette Chez Colo n°1, une cuisinière presse des piments pour en extraire une pâte rouge. Devant une assiette d’agou (de l’igname pilée accompagné d’une sauce au sésame) et un verre de jus d’ananas gorgé de sucre, Hubert et moi reprenons notre souffle.



A la buvette Chez Colo n°1 de Ouidah, une cuisinière presse du piment  qui sera utilisé pour différents mets.



 

Il reste moins de 4 km avant d’atteindre la plage sur laquelle se dresse la célèbre Porte du non-retour, érigée à l’initiative de l’Unesco et inaugurée en 1995. J’ai la terrible intuition que ces derniers pas seront les plus éprouvants de ce périple commencé il y a cinq jours, 120 km plus au nord. Et cette boule qui me noue le ventre depuis hier soir ne cesse de me le rappeler.
Un million d’hommes, de femmes et d’enfants
Nicéphore Soglo, président du Bénin de 1991 à 1996, est à l’initiative du festival Ouidah 92, organisé en 1993, qui fut le premier rassemblement mondial des arts et de la culture vaudous. Le successeur de Mathieu Kérékou a fait de cette manifestation destinée à favoriser la rencontre entre chefs religieux, artistes et intellectuels de l’Afrique et des Amériques « une commémoration du souvenir, une appropriation de cette page tragique de notre destinée collective que fut la traite négrière ».








A l’occasion du Ouidah 92, le Bénin a voté une loi instituant le 10 janvier journée officielle de fête dédiée au culte vaudou. Le long de la route de sable qui mène à la Porte du non-retour, six étapes considérées comme emblématiques de l’histoire de la traite ont été identifiées. Six étapes comme six stations sur le chemin infernal précédant l’effroyable traversée de l’Atlantique. Le parcours est aussi parsemé de statues représentant les emblèmes des rois d’Abomey.



La piste qui mène du centre-ville de Ouidah jusqu’à la plage est parsemée de statues représentant les emblèmes des rois d’Abomey.




Afin de respecter la territorialité des guides, c’est Nadal qui va m’accompagner. Hubert, qui va nous suivre, lui a donné rendez-vous sur la place Chacha, du surnom de Francisco Felix de Souza, le plus connu des négriers, auquel l’écrivain britannique Bruce Chatwin avait consacré en 1980 son roman Le Vice-Roi de Ouidah. Marchand d’esclaves comme son père, ce natif de Salvador de Bahia se serait installé au Dahomey en 1788. Devenu conseiller personnel du roi Guézo, il se comportera jusqu’à sa mort, en 1849, comme le véritable maître de la cité, où un quartier perpétue encore aujourd’hui son souvenir. Sur la célèbre place, l’immeuble de la puissante famille de Souza est immanquable. Une partie de ses nombreux descendants y vit encore, sous la direction d’un chef de famille très respecté.
« N’y a-t-il pas des tensions entre la population et cette famille qui a participé à la traite négrière ?– Non, répond Nadal. Personne ne peut être considéré responsable de ce que ses ancêtres ont commis. »








Un homme valait une centaine de dollars
Ici, un million d’hommes, de femmes et d’enfants ont été vendus aux enchères. D’autres étaient échangés contre du tabac, des armes ou des tissus. Mahommah Gardo Baquaqua, dont le témoignage a été publié en 1854 sous le titre An Interesting Narrative, a été déporté en 1845 vers le port de Pernambouc, plus d’une décennie après la loi qui interdisait l’introduction d’esclaves africains sur le territoire brésilien. Et, en 1860, Cudjo Lewis, dont une statue a été récemment érigée dans la ville de Mobile, en Alabama, a également quitté les côtes africaines en toute illégalité puisque la traite avait été interdite aux Etats-Unis dès le 1er janvier 1808 par le président Thomas Jefferson.
Même si elle a été ralentie par différents décrets et lois tentant d’y mettre un terme, la traite transatlantique, reconnue en France comme crime contre l’humanité en 2001, s’est poursuivie quasiment jusqu’à la fin du XIXe siècle. Afin de maintenir sa puissance, le royaume du Dahomey s’est tourné vers l’exportation d’huile de palme, sans pour autant renoncer au lucratif commerce d’esclaves et, malgré l’Aberdeen Act, une loi britannique appliquée unilatéralement, en 1845, qui permettait aux bateaux de la Royal Navy d’arraisonner tout navire négrier. Dans Ouidah, The Social History of a West African Slaving Port (1727-1892), l’auteur Robin Law estime ainsi que, vers 1860, le prix d’un esclave était à son niveau le plus élevé. Un homme valait alors une centaine de dollars.
Sous un ciel sombre, je devine au bout de la ligne droite qui se dessine devant moi la présence de l’Océan. Je ressens à cet instant son immensité comme une oppression, une menace.






« Quand nous avons atteint la plage, j’ai espéré que le sable de Ouidah s’ouvre et m’engloutisse »




 
Ce sont les dernières foulées de notre marche de 125 km sur le chemin des esclaves du Dahomey, commencée il y a cinq jours. Ce sont aussi les premiers pas vers l’enfer. Nous sommes à Ouidah, dans le sud du pays. Notre guide dans la ville, Nadal, désigne une habitation située près du grand ficus planté au milieu de la place Chacha : « Dans cette maison, on marquait les esclaves au fer rouge derrière l’épaule, explique-t-il. On gravait dans la peau l’initiale de l’acheteur et celle du pays de destination. Il fallait bâillonner les esclaves avec un bout de bois pour ne pas qu’ils mordent le bourreau… Ils avançaient ensuite enchaînés, reliés par le cou. » -->
Ce sont les dernières foulées de notre marche de 125 km sur le chemin des esclaves du Dahomey, commencée il y a cinq jours. Ce sont aussi les premiers pas vers l’enfer. Notre guide dans la ville, Nadal, désigne une habitation située près du grand ficus planté au milieu de la place Chacha : « Dans cette maison, on marquait les esclaves au fer rouge derrière l’épaule, explique-t-il. On gravait dans la peau l’initiale de l’acheteur et celle du pays de destination. Il fallait bâillonner les esclaves avec un bout de bois pour ne pas qu’ils mordent le bourreau… Ils avançaient ensuite enchaînés, reliés par le cou. »
Cette route de misère, de souffrances et d’angoisse qui menait vers la plage où les attendaient les navires négriers se poursuivait par un arrêt devant l’Arbre de l’oubli. « Ce rituel a été initié par le roi Agadja pour rendre les hommes plus dociles et faciliter leur embarquement, raconte Nadal. Ils devaient tourner neuf fois [les femmes sept] autour de l’arbre dans le but d’oublier leur passé, leur maison, leurs enfants. » En lieu et place de l’arbre maudit, il y a aujourd’hui une statue réalisée par l’artiste béninois Dominique Kouas. Elle représente une silhouette en forme d’hippocampe lançant symboliquement un appel à la diaspora pour qu’elle revienne fouler cette terre africaine.








« Je n’avais pas conscience que c’était mon dernier repas en Afrique, raconte l’ancien esclave Mahommah Gardo Baquaqua dans sa biographie publiée en 1854. Je ne savais pas quelle serait ma destination. Heureusement pour moi, je ne savais pas ! Je savais seulement que j’étais un esclave, enchaîné par le cou, et que je devais immédiatement me soumettre. »
« Des hurlements dans la nuit »
Comme lors de ma première venue à Ouidah, il y a six ans, j’ai des frissons et mal à la tête lorsque nous arrivons à Zoungbodji, ultime village avant la plage. A la case Zomaï (qui signifie « que la lumière ne s’y hasarde point »), les esclaves étaient parqués dans l’obscurité, sans toilettes ni autorisation de sortir. L’attente pouvait durer plusieurs semaines, le temps qu’un bateau accoste. « C’était pour les endurcir, pour les habituer aux conditions de la traversée, lâche Nadal. Ceux qui ne survivaient pas étaient jetés dans des fosses communes. »
A une cinquantaine de mètres, ces dernières sont recouvertes par de larges dalles de béton. En regardant le dénuement de ces plaques grises et glaciales, je me revois devant celles du mémorial de Kigali, au Rwanda, où les restes de 250 000 victimes du génocide sont enterrés. Existe-t-il une limite à la folie des hommes ?



This photo courtesy of Bruno Veras shows an image of Mahommah Gardo Baquaqua on the book cover of Baquaqua's auto-biography published in 1854 and titled, "Biography of Mahommah G. Baquaqua," 


 
Une voix grave m’arrache à ces sombres pensées. « Ouidah célèbre aujourd’hui ses jumeaux, me dit un homme sur le pas de sa porte. C’est une fête importante qui existe depuis 1951. J’ai des jumeaux dans ma famille. Entrez donc quelques minutes. » Dans la cour de sa maison, un petit temple vaudou. Trois assiettes et quelques bouteilles viennent d’être offertes à une divinité. Je demande à Rémi Tossou s’il a toujours vécu ici, dans ce lieu chargé d’histoire et de souffrances. « Cette maison appartient à ma famille depuis plusieurs générations, répond-il. Je suis triste quand je pense à ce qui s’est passé ici, mais au fil du tempson s’habitue… Sauf aux appels et aux hurlements de nos ancêtres qu’on entend parfois au milieu de la nuit. »-->
Une voix grave m’arrache à ces sombres pensées. « Ouidah célèbre aujourd’hui ses jumeaux, me dit un homme sur le pas de sa porte. C’est une fête importante qui existe depuis 1951. J’ai des jumeaux dans ma famille. Entrez donc quelques minutes. » Dans la cour de sa maison, un petit temple vaudou. Trois assiettes et quelques bouteilles viennent d’être offertes à une divinité. Je demande à Rémi Tossou s’il a toujours vécu ici, dans ce lieu chargé d’histoire et de souffrances. « Cette maison appartient à ma famille depuis plusieurs générations, répond-il. Je suis triste quand je pense à ce qui s’est passé ici, mais au fil du temps on s’habitue… Sauf aux appels et aux hurlements de nos ancêtres qu’on entend parfois au milieu de la nuit. »








Planté en 1727 un peu plus loin, l’Arbre du retour a vu passer près de son tronc toutes les souffrances des damnés. « Les esclaves devaient en faire trois fois le tour afin que leur âme revienne », raconte Nadal. En ce dimanche matin d’octobre, cinq gamins dansent et s’amusent autour du tronc puissant de ce Kigelia africana séculaire. Sur un même lieu, les époques et les générations se croisent, s’enchevêtrent. Les rires succèdent aux larmes et, dans un tourbillon qui traverse les siècles, tout se mêle.







« Dieu m’a épargné »
Après Zoungbodji, il faut passer sur un pont pour enjamber la zone marécageuse qui précède la plage. Ici commence la fin. Ils ont tous foulé ce sable. Dans ces grains minuscules, les esclaves du Dahomey ont laissé leurs dernières empreintes en Afrique. « Quand nous avons atteint la plage et que nous nous sommes tenus debout sur le sable, j’ai espéré qu’il s’ouvre et m’engloutisse, relateMahommahGardoBaquaqua. Je ne peux pas décrire la misère dans laquelle j’étais. C’était au-delà de toute description. »-->
Après Zoungbodji, il faut passer sur un pont pour enjamber la zone marécageuse qui précède la plage. Ici commence la fin. Ils ont tous foulé ce sable. Dans ces grains minuscules, les esclaves du Dahomey ont laissé leurs dernières empreintes en Afrique. « Quand nous avons atteint la plage et que nous nous sommes tenus debout sur le sable, j’ai espéré qu’il s’ouvre et m’engloutisse, relate Mahommah Gardo Baquaqua. Je ne peux pas décrire la misère dans laquelle j’étais. C’était au-delà de toute description. »
L’arrachement au continent se faisait dans la fureur. « Certains se jetaient au sol pour tenter de se suicider en mangeant du sable, explique Nadal. Souvent, les chaloupes qui emmenaient les esclaves enchaînés vers les navires se retournaient au milieu des requins. » Mahommah Gardo Baquaqua, lui, n’avait jamais vu de bateau avant de s’asseoir dans la pirogue qui l’a emmené vers le large. « J’étais à la pire des places mais Dieu m’a épargné, raconte-t-il après avoir vu la chaloupe qui le précédait se renverser et précipiter au fond de l’océan une trentaine de personnes. Comment peut-on décrire de telles horreurs ? Frères de l’humanité, ayez pitié pour ces pauvres Africains qui ont été envoyés loin de leurs amis et de leur maison. »



La Porte du non-retour, sur la ptlage de Ouidah, en octobre 2017.




« Marche doucement sur cette terre, elle est sacrée », m’avait-on recommandé à mon départ d’Abomey. En silence et d’un pas lent, nous montons avec Hubert, le guide qui m’accompagne depuis le début, les quelques marches qui mènent à la Porte du non-retour, érigée par l’Unesco et inaugurée en 1995 face à l’Atlantique. Puis, comme nous l’avions décidé au premier soir de notre périple, nous avançons symboliquement dans la mer en guise d’hommage. Au-delà de la barrière formée par les vagues, l’immensité de l’Océan semble dangereusement calme. Nous restons de longues minutes à contempler sa couleur argent qui se confond à l’horizon avec le ciel.









En partance pour le Brésil, « nous étions poussés nus dans le bateau négrier, désespérés de fatigue »





Partis à pied d’Abomey, à 125 km, il y a cinq jours, nous voilà arrivés sur la plage de Ouidah, face à l’Océan, au bout de notre marche sur la route des anciens esclaves du Dahomey. Les séparations sont toujours douloureuses. Mon guide, Hubert, doit repartir très vite, mais nous avons prévu de dîner ensemble dans deux jours à Cotonou. Je m’installe au Jardin brésilien, un hôtel qui dispose de quelques bungalows sur la plage.
Dans l’après-midi, j’enfourche un zémidjan, une moto-taxi, et retourne au centre-ville visiter le Temple des pythons, un sanctuaire vaudou qui abrite une centaine de reptiles vivants et totalement inoffensifs. « On laisse sortir les serpents sacrés une fois par mois, raconte le guide à l’intérieur du temple. Souvent, ils reviennent tout seuls, mais il faut parfois que les habitants les ramènent. » Dans une petite cour se trouve un iroko sacré vieux de 600 ans. Devant son tronc massif, chaque matin, le chef du temple invoque les esprits qui l’habitent afin de demander leur clémence.








Le regard des chefs de culte vaudou
Je vais me changer les idées au Musée d’art contemporain de la Fondation Zinsou, du nom d’une grande famille béninoise qui a notamment donné au pays un président de la République (Emile, de 1968 à 1969) et, plus récemment, un premier ministre, économiste de son état (Lionel, le neveu d’Emile, de 2015 à 2016). La Fondation Zinsou, qui est dirigée par l’historienne Marie-Cécile, la fille de Lionel, est hébergée dans la maison Ajavon, une superbe bâtisse de style afro-brésilien. Il y a une bibliothèque, des espaces de lecture et ce musée, dont les pièces appartiennent à la famille Zinsou. L’entrée est gratuite et un bus va même chercher des enfants dans les écoles des alentours dans le but de les familiariser à l’art.
Je déambule parmi les clichés du photographe belge Jean-Dominique Burton, grand passionné d’Afrique. Il y a quelque chose d’hypnotique dans le regard des chefs de culte vaudou et autres guérisseurs traditionnels qu’il a immortalisés. En plus des collages de Bruce Clarke, artiste né à Londres de militants sud-africains anti-apartheid, je m’arrête longuement devant la collection de masques réalisés par Kifouli Dossou. A l’occasion de l’élection présidentielle de 2011, la Fondation Zinsou avait demandé à cet artiste béninois de traverser son pays pour recueillir les attentes de la population. De son voyage est née la fabrication de dix masques réunis dans une œuvre qui s’appelle Le Sondage et sur lesquels sont développés les thèmes de l’accès à l’eau, de l’électricité, de la sauvegarde de l’environnement…



A l’intérieur du Musée d’art contemporain de la Fondation Zinsou, les masques réalisés par l’artiste béninois Kifouli Dossou.




Une nuit douce est tombée. Dans le vaste restaurant du Jardin brésilien, je dîne face à l’Atlantique puis retourne à la Porte du non-retour, érigée par l’Unesco pour se souvenir des innombrables hommes et femmes qui furent arrachés à leur terre natale pour être réduits en esclavage. L’endroit est désert, il ne reste que des âmes. Chaque année, le 10 janvier, les habitants de Ouidah et des visiteurs du monde entier viennent célébrer leur retour sur cette plage à l’occasion de la fête nationale du vaudou. Au rythme des tambours, on chante, on crie, on danse, on entre en transe.








Ce soir, il n’y a pas un bruit. Assis devant l’arche haute d’une vingtaine de mètres, je relis les mémoires de l’ancien esclave Mahommah Gardo Baquaqua : « Nous étions poussés à l’intérieur du bateau, entièrement nus, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Le plafond était si bas que nous ne pouvions pas tenir debout. Nous étions obligés de nous accroupir ou de nous asseoir au sol. Nous étions désespérés par tant de fatigue. La répugnance de cet horrible endroit ne s’effacera jamais de ma mémoire. » 
Le natif de Djougou, une cité du nord du Bénin, a vu plusieurs de ses compatriotes jetés par-dessus bord pendant la traversée. Il est un survivant. Arrivé dans le port brésilien de Pernambouc, un matin à l’aube, il est vendu à un boulanger agressif et manipulateur. L’esclave participe à la construction de maisons en portant de lourdes pierres, il tente de s’évader mais il est rattrapé et sévèrement battu. La cruauté de son maître le pousse au désespoir. Il pense au suicide.



United States Library of Congress's Prints and Photographs © Plymouth Chapter of the Society for Effecting the Abolition of the Slave Trade



Deux ans plus tard, Mahommah Baquaqua est revendu. Il travaille à Rio de Janeiro à bord d’un bateau qui transporte du café jusqu’à New York, où il accoste en juin 1847 et où il apprend que « c’est un pays libre, sans esclavage ». Il rencontre des abolitionnistes qui le convainquent de s’échapper du navire. Il y parvient et peut enfin savourer la liberté retrouvée.






Mahommah Gardo Baquaqua




Direction Cotonou
Quelques mois plus tard, Mahommah Gardo Baquaqua arrive en Haïti, où il côtoie un missionnaire baptiste du nom de William Judd. Il se convertit au christianisme. Mais l’instabilité politique le pousse une nouvelle fois au départ et il rallie les Etats-Unis où il commence des études. C’est en 1854 qu’il rencontre l’abolitionniste Samuel Moore, qui va publier sa biographie. Ensuite, sa vie s’écrit en pointillé. En 1857, l’ancien esclave part en Angleterre, une escale nécessaire pour devenir missionnaire en Afrique. Dans plusieurs lettres, il fait part de son désir de revoir sa terre natale. A-t-il revu les côtes africaines ? Ce sable de Ouidah ? Après une vie faite d’autant de souffrances, d’espoirs, de rencontres et de voyages, on aimerait le croire. Mais il est impossible de l’affirmer.
J’ai décidé de continuer ma route à pied jusqu’à Cotonou. J’ai envie de sentir le soleil, le vent, les embruns et de poursuivre – cette fois en solitaire – mon itinérance sur l’ancienne côte des esclaves, rebaptisée golfe du Bénin. Je vais longer l’Océan pendant deux jours, ce qui devrait me permettre d’arriver juste à temps pour une rencontre prévue avec Angélique Kidjo. En tant que marraine de l’Unicef, la célèbre chanteuse béninoise se bat contre les violences sexuelles infligées aux enfants, notamment dans le cas des mariages précoces. La piste en sable que je vais suivre vers l’est porte un nom qui suffit à déclencher le rêve. On l’appelle la Route des pêches.







 « Nous voulons valoriser l’ancienne route des esclaves pour leur rendre hommage »
Une semaine à pied sur les traces des anciens esclaves du Dahomey. Le voyage de notre reporter s’achève après plus de 165 km de traversée du Bénin. Les autorités sont-elles prêtes à entretenir cette mémoire ? 
 



 Le « Clotilda », dernier navire négrier arrivé aux Etats-Unis, refait surface en Alabama
Partie de Ouidah, au Bénin, la goélette a accosté clandestinement à Mobile en 1860 avec 110 esclaves dans ses cales. Des chercheurs pensent l’avoir etrouvée.
 














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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-16"> ¤ Fantômas, « SAS » ou « Détective » y côtoient les archives des grandes et petites affaires judiciaires. Seul lieu consacré à l’univers du crime sur papier, la Bibliothèque des littératures policières a, pour la première fois, une carte blanche au Salon du livre.
<filname="PROF-0,2-3208,1-0,0-16"> ¤             
Descente à la Bilipo, la caverne des littératures policières 
                  
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Le Monde
 |
                  16.03.2018 à 14h34
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 17h35


Fantômas, « SAS » ou « Détective » y côtoient les archives des grandes et petites affaires judiciaires. Seul lieu consacré à l’univers du crime sur papier, la Bibliothèque des littératures policières a, pour la première fois, une carte blanche au Salon du livre.

Par                             Pierre Sorgue





                     
L’ascenseur s’ouvre sur Humphrey Bogart, ­chapeau mou et costard-cravate, qui tire sur sa clope en vous fixant de son regard à la fois ironi­que et mélancolique. La ­silhouette cartonnée, relique d’une exposition passée, est oubliée ici, de guingois, entre une armoire métallique et des cartons à dessins. Le héros est fatigué. Au rez-de-chaussée, c’est ­Fantômas, plus reluisant, en haut-de-forme et en frac sur la célèbre affiche de la Gaumont où il piétine les toits de Paris et son Palais de ­justice, qui accueille le visiteur dans cette Bibliothèque des littératures policières et d’espionnage, dont l’acronyme (Bilipo) fleure bon les facéties littéraires des Queneau, Perec et autres membres de l’Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo), d’ailleurs admirateurs enthousiastes du bandit masqué. Au cœur du Quartier latin, cette bibliothèque est un sanctuaire de héros.

Ce week-end, le Salon du livre accorde pour la première fois « une scène » au polar, genre le plus lu en France, et a invité la Bilipo pour une carte blanche durant trois jours. Fantômas rôde donc aussi du côté de la porte de Versailles. Ce vendredi 16 mars, des universitaires (Loïc Artiaga, Carole Aurouet, ­Dominique Kalifa) devaient rappeler que le personnage imaginé par Souvestre et Allain à la veille de la Grande Guerre, premier héros récurrent en France (32 épisodes et cinq millions de volumes vendus entre 1911 et 1913), vénéré par les surréalistes, fut bien plus violent et transgressif que son adaptation dans les comédies gentillettes avec Jean Marais et Louis de Funès. Samedi 17 mars, la Bilipo doit présenter les quatre auteurs sélectionnés pour « Les mordus du polar », un prix décerné par les enfants qui fréquentent les bibliothèques de Paris. Dimanche, elle recevra les frères Emmanuel et Jérôme Pierrat, l’un avocat, l’autre journaliste, qui évoqueront quelques affaires criminelles à travers des pièces à conviction (la cuisinière de Landru, la moto du juge Michel, les cordelettes...





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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-17"> ¤ Dimanche, une heure environ après le plongeon du Soleil sous l’horizon ouest, les planètes Vénus et Mercure jouent, avec la participation du mince croissant de Lune, une magnifique scène crépusculaire, visible à l’œil nu. Un spectacle rare.
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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-18"> ¤ Les Marseillais tenteront, dimanche soir, de remporter leur premier match de la saison face à une des quatre meilleures équipes du championnat.
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Contre Lyon, Marseille espère une première victoire face aux gros de la Ligue 1

Les Marseillais tenteront, dimanche soir, de remporter leur premier match de la saison face à une des quatre meilleures équipes du championnat.



Le Monde
 |    18.03.2018 à 16h39
    |

                            Grégor Brandy








                        



   


Dernière équipe française encore en lice sur la scène européenne, l’Olympique de Marseille, actuellement troisième de Ligue 1, jouera sa fin de saison sur deux tableaux. Les Marseillais reçoivent, dimanche 18 mars, un Olympique lyonnais tout juste sorti de la Ligue Europa qu’ils peuvent repousser à huit points en cas de victoire, et se rapprocher par la même occasion à quatre points de Monaco, toujours 2e après sa victoire contre Lille (2-1).
Mais pour cela, les hommes de Rudi Garcia vont devoir réaliser quelque chose qu’ils n’ont encore jamais fait cette saison : battre une des trois autres meilleures équipes françaises en championnat.
En cinq matchs face à Monaco, Paris et Lyon, Marseille a perdu trois fois et fait deux nuls (contre Monaco et Paris). Soit deux petits points pris sur quinze possibles. Une misère, quand on sait que dans ce mini-championnat à quatre le PSG a pris 10 points sur 15 possibles, Monaco 7 sur 15, et Lyon 9 sur 15.
Cette faiblesse face aux grosses équipes ne date pas de cette saison. Depuis mai 2015 et une victoire contre Monaco (2-1), les Marseillais n’ont plus jamais battu Paris, Monaco ou Lyon en championnat.
« Si on ne peut pas battre les gros, on battra tous les autres »
Les chiffres, comme souvent, ne disent pas tout. Lors de cette saison, il y a eu des larges défaites (1-6 à contre Monaco, 0-3 contre le PSG) mais aussi des matchs où les Marseillais auraient pu espérer mieux (la défaite 0-2 contre Lyon). A domicile, ils ont réalisé des performances plus qu’acceptables : ils ont été rejoints à la dernière seconde par Paris, sur un superbe coup franc d’Edinson Cavani (2-2), et se sont contentés d’un nul (2-2) contre Monaco alors qu’ils s’étaient procurés les plus belles occasions.
La fébrilité contre les grosses écuries est compensée par une domination face au reste de la Ligue 1 : Marseille prend en moyenne 2,37 points par match contre les équipes hors « Big Quatre ». Un chiffre forcément inférieur à celui de Paris (2,8 points par match), mais similaire à celui de Monaco (2,36), et bien supérieur à celui de Lyon (1,8). C’est d’ailleurs ce que voulait retenir Rudi Garcia, en conférence de presse, samedi.
« On s’est posé la question avant le match contre Paris, pour savoir s’il ne valait mieux pas gagner au Parc et contre Lyon, et perdre tous les autres. Et puis on a regardé, et on s’est dit qu’on n’irait jamais au bout. On a donc décidé d’essayer de gagner tous les autres, et si on pouvait battre les gros, on les battrait. Et si on ne peut pas, on gagnera tous les autres matchs, et on finira mieux que si on n’avait battu que les gros pendant toute la saison. Trois points, c’est trois points. Les trois points obtenus contre Troyes valent les trois points contre Paris. »
C’est mathématiquement juste, mais une victoire contre un rival direct, en l’occurrence Lyon, c’est non seulement trois points, mais aussi éloigner par la même occasion son adversaire du jour de la dernière place qualificative pour la Ligue des champions. On ne peut pas dire la même chose de Troyes.
L’OM invaincue au Vélodrome depuis 17 matchs
Les Marseillais pourront se rassurer en se rappelant qu’ils sont invaincus au Stade-Vélodrome depuis le mois de septembre, et une défaite 3-1 contre Rennes. L’OM tombait alors à la 10e place, son pire classement de la saison. Depuis, Marseille a enchaîné une série de 17 matchs sans défaite à domicile (13 victoires, 4 nuls) toutes compétitions confondues.
Compte tenu de cette dynamique positive, l’entraîneur marseillais attend beaucoup de ses joueurs et de ses supporteurs, dimanche soir :
« On veut montrer qu’on vaut mieux que le résultat de l’aller [défaite 0-2]. On est chez nous, devant un Vélodrome qui va être plein à craquer. On attend une ambiance de feu, et le fait que ça puisse peser sur l’équipe adverse et galvaniser nos troupes, c’est quelque chose d’important. J’espère que l’on aura des forces décuplées. »
Marseille semble avoir accumulé autant de capital confiance que Lyon en a perdu. Depuis leur victoire contre le PSG, le 21 janvier, les hommes de Bruno Génésio n’ont gagné qu’un match (contre Caen, 1-0), pour trois nuls et trois défaites. Ils ont aussi été éliminés de la Coupe de France et de la Ligue Europa. Le match de dimanche ressemble à une dernière chance pour Génésio, entraîneur en éternelle quête de légitimité, de sauver sa tête.

        Lire aussi :
         

                Ligue 1 : Bruno Génésio, entraîneur mal-aimé de l’Olympique lyonnais






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-19"> ¤ La novlangue managériale, mélange d’acronymes, d’anglicismes et de concepts évanescents, crée une « insécurité linguistique » estime la sociologue Agnès Vandevelde-Rougale.
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Article sélectionné dans La Matinale du 17/03/2018
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« Tu benchmarkes la solution, j’attends ton feedback » : le jargon d’entreprise, dialecte impénétrable


                      La novlangue managériale, mélange d’acronymes, d’anglicismes et de concepts évanescents, crée une « insécurité linguistique » estime la sociologue Agnès Vandevelde-Rougale.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 15h22
    |

                            Nicolas Santolaria








                              

                        

Pour vivre une expérience linguistique véritablement dépaysante, pas besoin de partir à la rencontre d’une lointaine peuplade amazonienne qui serait restée des siècles en marge de la civilisation. Tout en vous évitant de croiser la route d’une mygale, pousser la porte d’une société du tertiaire suffira alors à vous confronter à un dialecte potentiellement impénétrable : le jargon d’entreprise. « C’est un discours qui sert à mobiliser les êtres humains au service d’un objectif. Ce n’est pas vraiment une langue à part entière, comme le français ou l’allemand, plutôt une façon de s’exprimer qui détourne les mots et les codes idiomatiques classiques à son profit, à l’image d’un virus. Les formulations managériales utilisent par exemple le présent de l’indicatif et la forme affirmative, pour ne pas laisser de place au doute », explique la sociologue Agnès ­Vandevelde-Rougale, auteure de l’ouvrage La ­Novlangue managériale. Emprise et résistance paru chez Erès, en 2017.

Autrement dénommée « technolecte » par les spécialistes, cette façon de parler est parfois si impénétrable qu’elle semble avoir pour fonction inavouée de maintenir les étrangers à distance, à l’aide d’un mélange d’acronymes, d’anglicismes et de concepts évanescents. La novlangue managériale créerait alors une « insécurité linguistique » chez ceux qui ne la maîtrisent pas. « Chaque organisation ou secteur d’activité possède son jargon, poursuit la sociologue. Cela produit un effet d’appartenance. Si l’on veut pouvoir être entendu et reconnu, il est souvent impératif d’adopter cette façon de parler. »
ASAP, TL;DR, LMK, TBD
Bien souvent, le premier réflexe de survie du stagiaire arrivant dans l’« open space » sera alors de se constituer un lexique lui permettant de saisir les enjeux des conversations alentour. Sinon, impossible de comprendre cette phrase qui vous serait adressée par un supérieur sur le ton de l’évidence : « Tu prends...




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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-20"> ¤ « Nous tiendrons », quelle que soit la longueur du conflit social pour protester contre le projet de réforme de l’entreprise, a affirmé dimanche le ministre de l’économie et des finances.
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Grève à la SNCF : le gouvernement tiendra bon, assure Bruno Le Maire

« Nous tiendrons », quelle que soit la longueur du conflit social pour protester contre le projet de réforme de l’entreprise, a affirmé dimanche le ministre de l’économie et des finances.



Le Monde
 |    18.03.2018 à 13h32
   





                        



   


Face à la grève annoncée à la SNCF, le gouvernement semble prêt à s’engager dans une épreuve de force. « Nous tiendrons », a assuré, dimanche 18 mars, le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, au micro de l’émission « Questions politiques » sur France Inter, en réponse à la question : « Quelle que soit la durée de la grève, vous tiendrez ? »

Disant « penser aux usagers » et rappelant que la suppression du statut des cheminots ne s’appliquerait qu’« aux nouveaux cheminots et pas aux anciens », le ministre a affirmé qu’il ne cachait pas sa « surprise » devant les appels à la grève annoncés « alors que les discussions ne sont pas achevées ». « Il faut donner sa chance à la discussion », a-t-il ajouté.

        Lire aussi :
         

                SNCF : les cheminots optent pour une grève d’usure sur trois mois



Vendredi, les syndicats de la SNCF ont annoncé une forme de mobilisation inédite pour tenter de faire pression le plus longtemps possible sur le gouvernement, en misant sur des grèves de deux jours par semaine environ, à partir du 3 avril et jusqu’à la fin de juin.
Le ministre a assuré que la question de la dette de la SNCF serait sur la table des discussions, sans dire précisément si l’Etat était prêt à la reprendre à son compte, tout ou partie. « Si je vous le disais, je serais un piètre négociateur », a-t-il fait valoir.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-21"> ¤ Dans le département en partie bloqué depuis le lancement d’un mouvement de grèves, le 20 février, la législative partielle organisée dimanche n’attire pas les foules.
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A Mayotte, le défi d’une législative partielle en plein mouvement de blocages

Dans le département en partie bloqué depuis le lancement d’un mouvement de grèves, le 20 février, la législative partielle organisée dimanche n’attire pas les foules.



Le Monde
 |    18.03.2018 à 11h45
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 11h58
    |

            Patrick Roger (Mayotte, envoyé spécial)








                        


A Mamoudzou, la préfecture de Mayotte, qui n’est pourtant pas entravée par les barrages, les électeurs ne se bousculent pas. La législative partielle organisée dimanche 18 mars à la suite de l’invalidation de l’élection de Ramlati Ali (La République en marche), qui avait devancé de 12 voix le candidat Les Républicains, Elad Chakrina, ne mobilise pas les foules. En juin 2017, 42,3 % des quelque 38 000 inscrits avaient pris part au scrutin.
Cette partielle se tient dans des conditions très particulières, du fait du mouvement de grèves et de blocages qui paralyse l’activité du département depuis le 20 février. « Pour acheminer le matériel électoral, il a fallu déployer des trésors d’imagination, rapporte Le Journal de Mayotte. Les urnes sont arrivées en barque Yamaha, quant aux enveloppes et aux bulletins, il a fallu les transporter en sac à dos en passant par les hauteurs. »
A la mi-journée, dans le bureau de vote no 66 de la mairie de Mamoudzou, où 660 électeurs sont inscrits, 93 avaient déposé leur bulletin, soit 14 %. Selon les premiers chiffres qui nous ont été communiqués, à midi, la participation était de 12,2 % pour le 2e canton et de 13,3 % dans le 3e canton, qui tous deux couvrent la commune de Mamoudzou et regroupent à eux seuls 10 310 électeurs de la circonscription.

        Lire aussi :
         

                Mayotte, une île au cœur des flux de populations



Retards d’ouverture de plusieurs bureaux de vote
Pour le reste de la circonscription, qui couvre globalement le nord de l’île, la situation est plus compliquée. Si certains bureaux ont ouvert dès 8 heures, d’autres n’ont ouvert que plus tard dans les sept communes concernées par le scrutin. La préfecture fait état d’incidents dans quatre d’entre elles, à Acoua, Mtsamboro, Bandraboua et Koungou. Certaines écoles accueillant des bureaux de vote avaient été cadenassées. A 10 h 15, toutefois, tous les bureaux de vote étaient ouverts.
Les barrages, eux, sont toujours présents. Nous avons suivi la nationale 1, au nord de Mamoudzou. La route est sillonnée de glissements de terre à la suite des violentes averses tropicales provoquées par la tempête Eliakim qui touche l’archipel depuis vendredi. Au pied des ravines autour desquelles s’entassent de véritables villages de bangas (constructions sauvages), les eaux boueuses ont charrié des monceaux de déchets et de détritus.
Quelques barrages filtrants sont dressés aux entrées de Koungou. Des palabres s’engagent mais ceux qui veulent aller voter ne sont pas physiquement empêchés de le faire. Au bureau de vote no 95 de la mairie de Koungou, qui compte 529 inscrits, 49 avaient pris part au vote à midi. « Ça se passe tranquillement, très tranquillement », dit en souriant un assesseur.
Nous poursuivons notre route mais, au-delà de Kangani, à 14 kilomètres de Mamoudzou, le chemin s’arrête. Des arbres en travers de la chaussée, un barrage hermétique tenu par une poignée de militants, interdisent d’aller plus loin. Pas moyen de rejoindre la commune suivante, Longoni, un des points durs du mouvement. Là, la participation risque d’être encore nettement inférieure.

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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-22"> ¤ Le « contrat a été rempli », comme l’a dit le directeur technique national de la Fédération française handisport.
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Le bilan français des Jeux paralympiques : 20 médailles et « beaucoup d’émotions »

Le « contrat a été rempli », comme l’a dit le directeur technique national de la Fédération française handisport.



Le Monde
 |    18.03.2018 à 15h03
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 15h20
   





                        


La dernière journée des Jeux paralympiques d’hiver de Pyeongchang s’est achevée, dimanche 18 mars, par deux nouvelles médailles d’or pour la France. La première pour le relais 4 × 2,5 km en ski de fond – composée de Benjamin Daviet, Anthony Chalençon, Simon Valverde, Thomas Clarion et Antoine Bollet. La dernière de ces Jeux a été remportée par la skieuse Marie Bochet en slalom.
Marie Bochet : « Je finis ces Jeux de la plus belle des manières »

   


A elle seule, la skieuse de 24 ans a ramené quatre médailles d’or : en descente, super-G, slalom géant et slalom, cette dernière épreuve paralympique étant la seule qu’elle n’avait pas gagnée jusqu’ici. Avec quatre titres en cinq courses disputées en catégorie debout, elle égale sa moisson de Sotchi en 2014. A l’issue de sa dernière course, elle déclarait à France Télévisions :
« Beaucoup, beaucoup d’émotions. Je finis ces Jeux de la plus belle des manières. J’ai vraiment rempli tout ce que je voulais remplir dans ma carrière, et maintenant, ce n’est que du bonus. C’est vraiment chouette. »
Avec huit médailles d’or et quinze titres mondiaux, elle est désormais l’athlète paralympique française la plus titrée de tous les temps. Il lui faudra encore quelques Jeux pour se rapprocher de la nageuse Béatrice Hess, qui détient le record absolu avec 20 médailles d’or entre 1984 et 2004.
Née avec une agénésie de l’avant-bras gauche, un « problème de développement du bras dans le ventre de ma maman », a-t-elle expliqué à l’Agence France-Presse, Marie Bochet n’a jamais « rêvé de devenir une championne. Je suis devenue compétitrice en grandissant. J’ai une vie passionnée ».
Benjamin Daviet, le Français le plus titré de ces Jeux

   


Spécialiste du biathlon et du ski de fond, Benjamin Daviet a gagné cinq médailles en Corée du Sud : trois en or au sprint 7,5 km, au 12,5 km du biathlon et en relais de ski de fond, deux en argent au 15 km du biathlon et au 20 km du ski de fond.
Dans un chat avec les lecteurs du Monde.fr, vendredi, Benjamin Daviet avait confié que la plus belle des cinq médailles à ses yeux était « sans doute celle sur le biathlon moyenne distance (12,5 km) ». Il saluait également la « grosse ambiance dans l’équipe de France », qui compte douze athlètes et trois guides ainsi que l’encadrement :
« On arrive à tous se voir quasiment tout le temps, on se tire vers le haut. »
Pour saluer cette performance paralympique, Marie Bochet, porte-drapeau de la France à la cérémonie d’ouverture, lui a proposé de porter l’étendard à sa place lors de la cérémonie de clôture. Un beau geste pour cet athlète qui compte bien être présent aux prochains Jeux paralympiques, à Pékin en 2022.

        Benjamin Daviet :
         

          « Avec les Français, on se tire tous vers le haut »



Les autres médaillés français sont :
Arthur Bauchet, skieur et plus jeune membre de la délégation à 17 ans, repart avec quatre médailles d’argent (descente, slalom, super-combiné, super-G) pour ses premiers Jeux.Frédéric François, 41 ans, a récolté deux médailles de bronze (super-G, slalom) et une médaille d’argent (combiné).La snowboardeuse Cécile Hernandez, titrée à deux reprises (bronze en cross, et argent en slalom),Le snowboardeur Thomas Clarion, médaille de bronze en cross.Anthony Chalençon, avec une médaille de bronze en biathlon 15 km.
Vingt médailles pour la France

   


Avec vingt médailles, (7 or, 8 argent, 5 bronze), la France termine à la quatrième place au tableau des médailles derrière les Etats-Unis (trente-six médailles, dont treize en or), l’équipe d’« athlètes paralympiques russes invités » (vingt-quatre médailles, dont huit en or) et le Canada (vingt-huit médailles, dont huit en or). La délégation française (12 athlètes et trois guides) fait mieux qu’en 2014, où elle avait terminé à la cinquième place avec douze médailles, dont cinq en or.
« Contrat rempli. On s’était mis beaucoup de pression. C’est en train de relâcher et on va en profiter », a déclaré Christian Février, le directeur technique national de la Fédération française handisport, qui s’était donné pour objectifs avant les Jeux de finir dans le top 5 au classement des médailles.
Une cérémonie de clôture en hommage à Stephen Hawking

   


« Le temps est venu pour moi de déclarer clos les Jeux paralympiques d’hiver de Pyeongchang 2018 », a déclaré, dimanche, Andrew Parsons, le président du Comité paralympique international (IPC), pour mettre officiellement un terme aux 9 journées de compétition.
Il a notamment tenu à saluer la mémoire de Stephen Hawking, « un génie, un pionnier et une inspiration pour chacun d’entre nous. Alors qu’Hawking ne cessait de tester les limites de son imagination, vous, athlètes paralympiques, vous avez une nouvelle fois repoussé les limites de l’effort humain ». Le scientifique, atteint de la maladie de Charcot et mort cette semaine à l’âge 76 ans, avait participé à la cérémonie d’ouverture des Paralympiques de Londres en 2012.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-23"> ¤ Ce genre typiquement japonais, dans lequel les héros doivent lutter pour leur survie à tout prix, est exubérant et sans limite. Sélection des grands classiques et des nouveautés qui méritent le détour.
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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-24"> ¤ L’armée israélienne semble ne plus reculer devant rien pour briser la résistance, pourtant pacifique, de la famille Tamimi, au cœur de la Cisjordanie occupée, explique dans un post de blog Jean-Pierre Filiu.
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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-25"> ¤ Plus précise et hygiénique que le pouce et l’index, moins sensible à la chaleur aussi, elle est l’alliée du cuisinier. Et aussi des convives, lorsqu’il s’agit de dépiauter des crustacés…
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En cuisine, la pince trône en majesté, et pas seulement pour épater la galerie


                      Plus précise et hygiénique que le pouce et l’index, moins sensible à la chaleur aussi, elle est l’alliée du cuisinier. Et aussi des convives, lorsqu’il s’agit de dépiauter des crustacés…



Le Monde
 |    18.03.2018 à 06h38
    |

                            Stéphanie Noblet








   


Serrer la pince en un geste naturel et efficace requiert un certain savoir-faire. On l’observe chaque année chez nos responsables politiques au Salon de l’agriculture, avec ce ballet de paluches timorées, malhabiles ou expéditives, pas toujours franches du collier. Une illustration plus probante, au sens propre cette fois, fut fournie sur la scène de la Maison de la Mutualité, à Paris, où se tenait, du 4 au 6 mars, la 13e édition du festival Omnivore. La crème des chefs du monde entier s’y est produite lors de master class rondement menées, pour réaliser sous nos yeux, écran XXL à l’appui, des recettes de haut vol : forêt de salsifis (Alexandre Gauthier), millefeuille papillon aux agrumes (Michel Troisgros)… Pour donner la touche finale au dressage de l’assiette, les chefs emploient fréquemment une fine pince métallique, droite ou coudée, redressant ici un bâtonnet de légume, disposant là une élégante herbe décorative, en un geste agile, vif et précis rappelant tour à tour celui d’un peintre ou d’un chirurgien.
Alors, certes, sauf à préparer une prochaine participation à une émission culinaire télévisée, nous ne sommes pas appelés à déployer une telle dextérité dans la cuisine du quotidien. Il n’en demeure pas moins que les pinces occupent une place non négligeable dans une batterie d’ustensiles ordinaires, et pas seulement pour épater la galerie. Le plus humble des cuisiniers possède a minima deux pinces ultrasophistiquées, formées de l’index et du pouce de chaque main, qu’il peut solliciter sans compter. Mais pour pallier les insuffisances ou ­ limites de la préhension naturelle, il est précieux de pouvoir recourir à d’autres outils articulés permettant de saisir, serrer, déplacer, retourner ou servir les aliments.
L’amie du wok
La première des raisons est d’ordre thermique. Pour la cuisson, il est très commode de posséder une grande pince multi-usage, également appelée pince à wok ou feuille de chêne en raison de la forme incurvée de ses extrémités. De la taille d’un double décimètre, en Inox parfois revêtu d’embouts en silicone pour épargner les revêtements fragiles, cet instrument, souvent muni d’une articulation à ressort, permet de manipuler très aisément tous les ingrédients sur le feu. Les pièces de viande en particulier, entières, émincées ou en brochettes, qui conservent ainsi leur précieux jus et leur tendreté, menacés si l’on y introduit la pointe d’une fourchette pour les retourner. Les fritures aussi (beignets, tempuras, fish and chips…), en complémentarité parfaite avec une écumoire. Indissociable compagne de la cuisine au wok, cette pince permet de dissocier les temps de cuisson des ingrédients d’une même recette, en en réservant certains au chaud sur la grille demi-circulaire supérieure. En très grand format, la pince à barbecue fonctionne sur le même principe, aussi utile pour la cuisson que pour le service.
D’autres pinces répondent à des impératifs d’ordre sanitaire. Il en est ainsi de toutes celles conçues pour le service en restauration collective : pince à spaghettis (sorte de double peigne horizontal), pince à pâtisserie, à pain, etc. A la maison, une pince en bois (hêtre, bambou) de bon aloi suffit, que ce soit pour attraper des cornichons et autres pickles dans un bocal sans y mettre les doigts ou pour libérer une tartine prisonnière du grille-pain. Quant aux désuètes pinces à glaçons et pinces à sucre (si chics, avec leurs trois griffes), tout droit sorties d’un manuel de savoir-vivre, nous les laisserons aux bars de palace, aux mixologues et aux brocanteurs, tout en rappelant cette réflexion prêtée à Alphonse Allais : « Un gentleman est un monsieur qui se sert d’une pince à sucre même lorsqu’il est seul. »
Les techniques
Les plus singulières et les plus amusantes de la famille pinces sont sans doute les plus techniques. Chichiteuse et superfétatoire en apparence, la pince à escargots est l’une de mes préférées, drôle de cage articulée qui permet de maintenir la coquille sans se brûler ni se tacher les doigts, tout en allant débusquer le gastéropode avec une pique dans l’autre main. Elle ne sert pas tous les jours, j’en conviens. Idem pour la pince à crustacés (crabe, homard, tourteau, araignée), proche du casse-noix et astucieusement réversible pour s’adapter à tous les calibres de pinces (animales) et carapaces dont elle vise à fendre l’armure, arme redoutable de dégustations sonores et réjouissantes.

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                L’appel de la tarte… salée



Vient la petite dernière, la plus utile et la plus humble, qui n’est pas conviée à table, mais contribue grandement en coulisse à rendre un poisson apte à la dégustation. Il s’agit d’une proche cousine de la pince à épiler, dont l’usage culinaire s’est répandu sous nos latitudes en même temps que les recettes japonaises et la mode des poissons crus. D’une main, on caresse la surface du filet de poisson cru avec les doigts pour localiser les arêtes indésirables ; de l’autre, on manie cette pince aux extrémités biseautées, qui pénètrent dans la chair sans la réduire en charpie et permettent une préhension solide et circonscrite de l’arête, pour l’éliminer d’un geste vif et sûr. Indispensable pour les maquereaux et les sardines, mais aussi pour un saumon gravlax. Vos convives vous sauront gré d’avoir joué les esthéticiennes.



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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-26"> ¤ Pendant toute sa carrière, la comédienne a multiplié les rôles, aussi bien dans des pièces classiques, que dans des comédies de boulevard.
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La comédienne Geneviève Fontanel est morte

Pendant toute sa carrière, la comédienne a multiplié les rôles, aussi bien dans des pièces classiques, que dans des comédies de boulevard.



Le Monde
 |    18.03.2018 à 17h37
   





                        



   


La comédienne Geneviève Fontanel, actrice de théâtre qui a été l’interprète de grands auteurs comme Cocteau, Pirandello ou Ionesco, est décédée samedi 17 mars à l’âge de 81 ans, a appris l’AFP auprès de sa famille.
L’actrice, s’est également illustrée au cinéma, elle a obtenu le César du meilleur second rôle féminin pour son interprétation dans « L’homme qui aimait les femmes » (1977) de François Truffaut. Elle est également connue pour ses rôles dans « Un singe en hiver » d’Henri Verneuil, « La vie devant soi » de Moshé Mizrahi ou « Notre histoire » de Bertrand Blier.
En 1999, elle avait été récompensée par le Molière de la meilleure comédienne dans un second rôle pour la pièce « Délicate Balance » d’Edward Albee.
Pendant toute sa carrière, la comédienne a multiplié les rôles, aussi bien dans des pièces classiques (« Les précieuses ridicules », « Le bourgeois gentilhomme »), que dans des comédies de boulevard, où elle a joué aux côtés de Jean Le Poulain, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault.
Un dernier rôle en 2015
Elle a également interprété du Ionesco - « Macbett », « Ce formidable bordel ! » - comme du Pirandello - « Ce soir on improvise » - ou Cocteau - « Les parents terribles » dans une mise en scène de Jean-Claude Brialy. « Quand je ne joue pas, je suis infernale », reconnaissait alors la comédienne. En parallèle, elle n’a cessé de tourner pour la télévision.
L’actrice était née à Bordeaux mais a grandi à Casablanca. A 17 ans, elle retourne à Bordeaux où elle étudie au conservatoire municipal, avant de rejoindre le Centre d’art dramatique de la rue Blanche à Paris et le conservatoire national d’art dramatique. En 1958, elle intègre la Comédie-Française, dont elle sera pensionnaire pendant quatre ans, et dont elle gardera un souvenir critique :
« Je n’en garde pas un mauvais souvenir, puisque cela m’a permis de jouer une quantité de pièces du répertoire, de débuter au cinéma, de faire des tournées (…) Mais au bout d’un certain temps, on a une impression de captivité à la Comédie-Française »
En 1965, elle épouse le comédien et peintre Jacques Destoop, avec qui elle a eu une fille, Isabelle.
Son dernier rôle a été dans « Les grandes filles » en 2015, où elle incarnait, avec Judith Magre, Claire Nadeau et Edith Scob, un quatuor de vieilles dames indignes.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-27"> ¤ Longtemps, les Français ont considéré le livre audio comme étant réservé aux non-voyants. Mais sur ce marché dominé par Hachette, de nouveaux acteurs comme la Fnac et Editis vont se lancer.
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Article sélectionné dans La Matinale du 17/03/2018
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Le livre audio, nouveau relais de croissance pour l’édition

Longtemps, les Français ont considéré le livre audio comme étant réservé aux non-voyants. Mais sur ce marché dominé par Hachette, de nouveaux acteurs comme la Fnac et Editis vont se lancer.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 13h29
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

A l’instar des Etats-Unis, de l’Allemagne, de la Suède ou de la Grande-Bretagne, un soudain tropisme se fait jour pour le livre audio en France. De nouveaux acteurs (comme la Fnac ou Editis) s’apprêtent à se lancer sur un marché dominé par Hachette (Audiolib). Gallimard et Amazon (Audible) sont déjà bien implantés et tant Apple (iTunes) que Google (Google Play Livres Audio) essaient de s’y faire une place.

Une effervescence rare dans le domaine morose de l’édition – dont les ventes ont légèrement baissé de 1,2 % l’an dernier à 4 milliards d’euros, selon l’institut GFK – qui tient au fait que ce micromarché semble très porteur, grâce à l’engouement pour les téléchargements numériques. Au niveau mondial, l’association des éditeurs audio l’estime à 2,1 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros), en hausse de 18,2 % par rapport à 2016.
« Livres parlants »
Selon Valérie Lévy-Soussan, PDG d’Audiolib, « dans le numérique, le marché français connaît une croissance à deux chiffres. Nos volumes globaux ont progressé de 50 % entre 2014 et 2017, grâce aux téléchargements de livres, qui ont été multipliés par 2,8, tandis que les ventes de CD se maintiennent ».
Il est possible d’écouter « Du côté de chez Swann », de Proust, lu par André Dussollier, sur son vélo ou en faisant de la course à pied
Pendant longtemps, les Français ont considéré que ces livres étaient réservés aux non-voyants, ou à ceux qui n’aimaient pas ouvrir un ouvrage. Mais ces préjugés tendent à disparaître doucement, et le marché reste à conquérir. Le nombre de titres enregistrés augmente, ce qui permet d’écouter Du côté de chez Swann, de Marcel Proust, lu par André Dussollier (Audible), ou La Chambre claire, de Roland Barthes, récitée par Daniel Mesguich (Audiolib), tout en faisant du vélo, de la course à pied ou en restant calé dans un canapé.
Les Editions des femmes-Antoinette Fouque avaient lancé la première collection en France...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-28"> ¤ Cessons de considérer que le viol fait partie de la nature humaine, affirme Maïa Mazaurette, chroniqueuse de « La Matinale ». Le concept de culture du viol, souvent mal compris, constitue un levier remarquable pour changer nos réflexes.
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Article sélectionné dans La Matinale du 17/03/2018
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La culture du viol, un concept pour en finir avec notre fatalisme


                      Cessons de considérer que le viol fait partie de la nature humaine, affirme Maïa Mazaurette, chroniqueuse de « La Matinale ». Le concept de culture du viol, souvent mal compris, constitue un levier remarquable pour changer nos réflexes.



Le Monde
 |    18.03.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 14h17
    |

                            Maïa Mazaurette







Le viol, les abus, sont-ils une fatalité ? Font-ils partie de la nature humaine… et plus précisément d’une certaine nature masculine ? Au regard des derniers chiffres diffusés par l’Ifop, qui font état de 12 % de femmes violées et de 43 % touchées et caressées contre leur gré, on pourrait prêter le flanc au pessimisme. Ce serait pratique : en déclarant la partie perdue d’avance, nous nous dédouanons des efforts nécessaires pour changer la situation. Les abuseurs vont adorer.
Ce laisser-faire prend la forme de discours désabusés et absurdes : « C’est comme ça, ma bonne dame », « Les accidents sont inévitables », « On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs » (traduction : « On ne fait pas de sexualité sans casser des gens »). On imagine la même logique appliquée aux autres injustices : « Il y aura toujours des enfants victimes de maltraitance, cessons de nous en préoccuper. »
Trêve de mauvaises nouvelles, nous disposons aujourd’hui d’une ressource remarquable pour sortir du fatalisme : le concept de « culture du viol ». Lequel n’est malheureusement pas toujours bien compris. On pense à un encouragement, à une célébration du viol, alors qu’il s’agit surtout d’inertie et de vieux réflexes. On ne saura donc trop recommander la lecture d’un essai tout récent, qui synthétise brillamment ces enjeux : En finir avec la culture du viol, aux éditions Les Petits Matins. Son auteure, Noémie Renard, fournit une quantité redoutable d’exemples concrets. En voici quelques-uns (la liste n’est évidemment pas exhaustive).
Le mythe culturel du « vrai viol » se propage
La culture du viol, c’est quand on excuse les violeurs par une maladie mentale (cela concerne moins de 7 % d’entre eux) ou par le très flou concept de misère sexuelle (89 % auraient eu des rapports sexuels consentis au moins deux fois par semaine avant leur incarcération). C’est quand on affirme que les hommes ont des besoins irrépressibles, et que les victimes l’auraient « cherché » – qu’on parle d’habillement, de consommation de substances ou de comportement.

        Lire aussi :
         

                Au Maroc, des rassemblements pour dire « non à la culture du viol »



La culture du viol propage le mythe culturel du « vrai viol » : dans un parking ou un lieu glauque, sous l’agression forcément violente d’un inconnu… alors même que ces actes ont plutôt lieu au domicile et qu’ils sont majoritairement exercés par une personne proche, laquelle n’a nullement besoin de tabasser une victime stupéfaite ou terrifiée. En définissant certains viols comme plus « authentiques » que d’autres, on décourage la majorité des victimes de porter plainte.
La culture du viol, c’est quand on associe pénétration et hiérarchie : celui qui pénètre, c’est le dominant – et par extension, comme le démontre régulièrement l’actualité, c’est celui qui gagne la guerre. A l’inverse, notre langage implique que ceux qui « se font baiser » subissent une forme plus ou moins sévère d’arnaque. Du coup, sans surprise, la culture du viol se nourrit des inégalités hiérarchiques tout en les renforçant : femmes, enfants, vulnérabilité, pauvreté, orientation sexuelle, mais aussi statut, force physique, emprise psychologique ou différence d’âge. On viole trois fois plus souvent une handicapée, deux fois plus souvent les femmes plus économiquement défavorisées. Au cas où il faudrait encore accentuer les inégalités qui facilitent le crime, la culture du viol propage l’érotisation des différences de pouvoir : sont considérés comme attirants les hommes les plus musclés et riches, les femmes les plus minces, jeunes, incompétentes sexuellement et timides – tiens donc !
La culture du viol, c’est encourager les femmes à offrir du sexe pour faire plaisir, ou pour se débarrasser d’une corvée, ou parce qu’elles ont peur des conséquences
La culture du viol, c’est celle qui ne donne pas à la justice les moyens nécessaires à son travail – décourageant ainsi les victimes d’y avoir recours (même quand il y a procès, les victimes sont 81 % à trouver que la justice n’a pas rendu son rôle). Noémie Renard explique que de nombreux viols sont requalifiés pour passer en correctionnelle : les peines sont diminuées… les statistiques du viol, aussi.
20 % croient qu’une femme qui dit non pense souvent oui
La culture du viol, c’est encourager les femmes à offrir du sexe pour faire plaisir, ou pour se débarrasser d’une corvée, ou parce qu’elles ont peur des conséquences. C’est leur faire croire que refuser un rapport sexuel revient à mettre en danger l’épanouissement et la confiance du conjoint – revient à compromettre le couple entièrement. C’est proposer aux femmes de s’abandonner à « un petit coup rapide », en sachant très bien qu’on parle de sexe sans préliminaires, sans caresses, donc le plus souvent sans plaisir.
La culture du viol, c’est s’interdire de s’arrêter quand le rapport a commencé, et/ou laisser le rapport déraper vers des pratiques non consenties. De 40 % à 75 % des femmes auraient connu au moins une situation de coercition « banale » dans leur vie : Noémie Renard propose ainsi de complexifier les niveaux de contrainte. Ainsi, la culture du viol, c’est quand on traite l’autre comme un objet, quand on éjacule sans prévenir sur une partie du corps, quand on se livre ou on essaie de se livrer à une sodomie-surprise ou à une fellation en gorge profonde. C’est quand on retire le préservatif secrètement, quand on continue alors que l’autre veut arrêter, quand on ignore des larmes ou des paroles pour juste « finir rapidement ». C’est quand on gifle ou qu’on tire les cheveux, qu’on étrangle sans se poser la question de savoir si c’est acceptable ou bien vécu (sachant que les magazines et la pornographie encouragent, en les banalisant, des actes de domination considérés comme innocents – « y a pas mort d’homme », « c’est fun »).

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La culture du viol, c’est quand on affirme que les femmes sont masochistes, et qu’au pire, elles finiront par aimer ça. C’est affirmer qu’elles sont passives, c’est valoriser leur inexpérience et leur naïveté (il ne faudrait pas qu’elles soient trop « chaudes »). La culture du viol, c’est quand 25 % des Français pensent que les femmes ne savent pas vraiment ce qu’elles veulent, quand 20 % croient qu’une femme qui dit non pense souvent oui. La culture du viol, c’est quand on affirme que la douleur est normale, dangereuse, excitante… mais que cette injonction n’est valable que pour les femmes. C’est quand les trois quarts d’entre elles ont déjà eu mal pendant l’amour et qu’une sur dix souffre de douleurs persistantes – et que ces femmes n’en parlent pas.
Une culture se modifie, se contourne, se conteste
En somme, la culture du viol n’est pas seulement le fait de prédateurs. Elle existe dans nos mots, dans nos lâchetés, chez vous, chez moi : un constat à la fois accablant et enthousiasmant, qui nous pose toutes et tous en position de responsabilité. Et, de fait, une culture se modifie, se contourne, se conteste. On pourrait notamment travailler à dissocier notre érotisme de la prédation : il ne s’agit pas de détruire la pornographie ou de réécrire Carmen, encore moins d’interdire des œuvres d’art, mais de pouvoir critiquer le passé tout en créant des œuvres qui nous ressemblent, et des représentations moins cruelles. Pour cela, il faudra cesser de considérer la culture comme un monstre sacré et statique. Il faudra aussi se livrer au plus agréable des devoirs (et non, pas le devoir conjugal, justement !) : celui qui consiste à se débarrasser de notre pessimisme.



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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-29"> ¤ Le coup d’envoi du match a été avancé à 13 heures pour séduire les marchés asiatiques, où la LFP espère faire grimper le montant des droits de retransmission de la Ligue 1.
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Ligue 1 : le PSG bat Nice (2-1), sous le regard des téléspectateurs chinois

Le coup d’envoi du match a été avancé à 13 heures pour séduire les marchés asiatiques, où la LFP espère faire grimper le montant des droits de retransmission de la Ligue 1.



Le Monde
 |    18.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 15h13
    |

            Luc Vinogradoff








                        



   


L’arbitre François Letexier a sifflé le coup d’envoi de Nice - Paris-Saint-Germain comptant pour la 30e journée de Ligue 1 à 13 heures, dimanche 18 mars. Le match, animé et souvent spectaculaire, s’est soldé par une victoire parisienne (2-1), avec des buts de Di Maria et Dani Alves pour le PSG et de Saint-Maximin pour les Niçois.
L’horaire, inédit, n’était ni une punition pour les joueurs ni un moyen d’éviter d’éventuels débordements, entre un club qui vise la cinquième place du championnat et un autre quasi assuré de remporter son septième titre. Quand les joueurs lisent 13 heures, la Ligue de football professionnel (LFP) lit 20 heures : ce sera l’heure au même moment en Chine, où elle tente de promouvoir le championnat de France.
Les grands championnats européens tentent de creuser leur trou sur les marchés asiatiques, et la France a à peine commencé à gratter. L’aura médiatique de la Ligue 1 est, de l’avis du directeur général exécutif de la LFP, Didier Quillot, « insuffisante ».
« Par rapport à d’autres pays européens, le football français est très en retard en matière de développement international. Pour développer la notoriété de notre championnat, la Chine est incontournable », dit-il au Monde.

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Pour la LFP, mieux vendre les droits télévisés
L’objectif, pour la LFP, est d’augmenter la valeur des droits télévisés à l’étranger, où la Ligue 1 ne vaut pour l’instant que 80 millions d’euros par an – la valeur la plus faible des cinq grands championnats. La Premier League, à l’inverse le plus riche championnat, a été vendue 3,16 milliards d’euros à l’étranger sur la période 2019-2021, soit plus d’un milliard par saison. Davantage que le prix de vente de la Ligue 1 aux diffuseurs français.
Dans ce montant astronomique atteint par les négociateurs de la Premier League, la Chine compte pour plus de 20 %.
On comprend qu’au vu de ces chiffres la LFP soit prête à tenter tous les paris, y compris les matchs juste avant la sieste du dimanche, pour arriver, comme le dit Didier Quillot, à « une meilleure valorisation de nos droits internationaux pour le cycle 2018-2021 ».
L’Asie, et plus particulièrement la Chine, est « le principal marché où l’on peut espérer obtenir un gros contrat. Tout le monde essaie d’avoir sa part du gâteau », estime Jean-Pascal Gayant, spécialiste de l’économie du sport à l’université du Mans. Avancer un match juste après le déjeuner est « devenu un dispositif presque habituel pour les grandes ligues européennes », note-t-il : le clasico Real Madrid-Barcelone en décembre 2017, et plus récemment, le « derby of England » du 10 mars entre Manchester United et Liverpool, ont été dans ce cas.
Les appels du pied du foot français en Asie ont jusqu’ici pris la forme d’une délocalisation du Trophée des champions sur le sol chinois en 2014 (celui de 2018 devrait avoir lieu à Shenzen), de tournées estivales ou d’opérations de communication plus ou moins abouties, comme le flocage de maillots en mandarin pour la Nouvel An chinois et des inscriptions au réseau social Sina Weibo.
Au-delà des droits télévisés, les objectifs sont multiples et partagés par les instances, comme les clubs, énumère Jérémie Bastien, docteur en sciences économiques à l’université de Reims : « Attirer de nouveau supporteurs, de nouveaux consommateurs de produits dérivés et développer de nouveaux partenariats. »
« Le PSG, c’est un peu comme Vuitton »
En Chine, où le développement du football est souhaité par le président, Xi Jinping, le football français, même porté par le très médiatique PSG de l’ère qatarie, souffre d’un solide déficit de notoriété, loin derrière « celles sans commune mesure de la Premier League et de la Liga », relève Jean-Pascal Gayant.
Ce match est censé contribuer à combler ce retard. La date n’a pas été choisie au hasard : les appels d’offres pour renouveler les droits de diffusion français en Asie du Sud-Est doivent être lancés au début du moins d’avril. Le match non plus : « C’est le club français le plus populaire à l’étranger contre un club possédé à 80 % par des fonds chinois », note Jérémie Bastien.
Quatre investisseurs sino-américains du secteur de l’hôtellerie ont déboursé 20 millions d’euros en 2016 pour entrer dans le capital de Nice. Depuis, les Niçois vont au-delà des traditionnelles tournées estivales pour asseoir leur image en Chine : accueil de jeunes footballeurs, partenariats avec des médias locaux et pluie de produits dérivés aux couleurs niçoises (maillots, écharpes mais aussi chambres d’hôtels et housses de couettes « brandées ») en partenariat avec la chaîne d’hôtels des actionnaires.

   


Au PSG, on considère tout simplement que « l’avenir du club passe par la Chine », selon le directeur général adjoint, Frédéric Longuépée. Le président, Nasser Al-Khelaïfi, l’a rappelé lors de la récente signature d’un contrat pour la gestion de l’image du PSG en Chine : « Nous avons de grandes et fortes ambitions en Chine, un grand pays et un marché crucial pour le club. » 
Pour Didier Quillot, « les Chinois sont friands de marque. Et le PSG d’aujourd’hui, c’est un peu comme Vuitton ». « Le fan de football chinois est peut-être plus ouvert que le fan européen, qui intériorise une hiérarchie européenne très nette, confirme Jean-Pascal Gayant. Ce qui compte davantage, c’est représenter une grande métropole. Le Paris-Saint-Germain, parce qu’il y représente Paris, peut être aussi prestigieux que Manchester ou Madrid. »
Le seul accroc à cette stratégie finement préparée par tous les acteurs consiste en la rare chose qu’ils ne contrôlent pas : le jeu. Neymar, le joyau de la vitrine que le football français voulait exposer à l’Asie, n’était pas sur la pelouse à 13 heures. Le risque est que les téléspectateurs chinois aient rapidement détourné les yeux après ne pas avoir vu le Brésilien sur le terrain. En attendant le retour des audiences asiatiques de ce matche, la LFP annonce vouloir répéter plusieurs fois ce type d’opération dès la saison prochaine.



                            


                        

                        


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Syrie : les Kurdes promettent de se battre pour la « libération » d’Afrin, passée sous contrôle turc

Les forces turques et leurs supplétifs syriens ont pris, dimanche 18 mars, le contrôle de la ville kurde dans le nord-ouest syrien.



Le Monde
 |    18.03.2018 à 15h48
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 15h51
   





                        



   


Les Kurdes de Syrie se sont engagés à se battre jusqu’à la « libération » d’Afrin, promettant de « frapper à chaque opportunité » les forces turques et leurs supplétifs syriens qui ont pris, dimanche 18 mars, le contrôle de la ville kurde dans le nord-ouest syrien. « La résistance à Afrin va se poursuivre jusqu’à la libération de chaque territoire d’Afrin », a mis en garde dans un communiqué l’administration semi-autonome kurde de la région.

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La Turquie a lancé le 20 janvier une opération militaire en territoire syrien dans le but de déloger de l’enclave d’Afrin la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG). L’enclave kurde dans son intégralité est désormais sous le contrôle des forces turques et des rebelles syriens favorables à Ankara, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).
Cette région était autrefois un des trois cantons formant la « région fédérale » proclamée en 2016 sur les territoires de la communauté, contrôlés par une administration semi-autonome.
« Dans tous les secteurs d’Afrin, nos forces vont devenir un cauchemar permanent » pour les forces turques et les rebelles syriens, met en garde le communiqué des autorités locales kurdes. « Notre guerre contre l’occupation turque (…) est entrée dans une nouvelle étape : nous passons d’une guerre de confrontation directe à une tactique d’attaques éclair. »



                            


                        

                        


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Article sélectionné dans La Matinale du 17/03/2018
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Melody Gardot : « Je n’ai que 14 ans dans ma deuxième vie »

La diva du jazz évoque dans un entretien sa renaissance après l’accident qui faillit lui coûter la vie à 19 ans.



Le Monde
 |    18.03.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 13h37
    |

            Annick Cojean








                        



                                


                            
En treize ans, la chanteuse, auteure et compositrice américaine Melody Gardot s’est imposée sur la scène mondiale du jazz. Elle sort un double CD issu de ses meilleurs concerts européens.
Je ne serais pas arrivée là si…
Si je n’avais rencontré sur ma route autant d’amour.
Où ? Quand ? De qui ?
Partout ! En permanence ! Derrière les épreuves ou les drames qui nous frappent, les gens ne voient toujours qu’âpreté et souffrance. Moi, je vois surtout l’amour. C’est lui qui m’a permis de me redresser et de remarcher après qu’un chauffard m’a renversée à bicyclette quand j’avais 19 ans et laissée polytraumatisée, en miettes, quasi-amnésique, sur la chaussée. Lui qui m’a orientée vers la musique alors que je pensais devenir artiste peintre. Lui qui m’a nourrie, protégée, aiguillonnée depuis ma naissance et me maintient encore debout.
A l’origine, de quel amour parlez-vous ?
De celui de ma mère, qui a mené un nombre incalculable de guerres pour que nous puissions survivre toutes les deux. Nous étions pauvres à Philadelphie. Une ou deux paires de chaussures, peu de vêtements, une boîte de conserve à nous partager le soir. Et un logement précaire qui nous obligeait à déménager fréquemment faute d’argent. Tout devait tenir dans deux valises ! Nous formions une petite cellule de deux personnes, une équipe soudée à la vie à la mort. Elle était artiste-photographe, mais prête à tous les jobs pour gagner un peu de fric. Je la regardais se démener, se fatiguer, faire des sacrifices, si seule et si combative. Et surtout si aimante. Cela vous donne de la force pour la vie, une mère comme ça !
Est-ce qu’il y avait des hommes dans cette micro-cellule ?
Non. En tout cas pas au début. Plus tard, quelques-uns sont passés. Et j’étais comme la petite voix de sa conscience : « Allons ! Tu lui donnes trop de chances à celui-là ! Tu t’égares ! »...




                        

                        


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« Ils vous écraseront comme un insecte » : comment la Silicon Valley fait régner la loi du silence

Le « Guardian » publie une enquête édifiante montrant comment les géants de la tech font en sorte que rien ne fuite d’entre leurs murs.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 14h19
 • Mis à jour le
18.03.2018 à 06h40
    |

                            Marie Slavicek








                        



   


Tables de ping pong, canapés moelleux, bars à smoothies… La plupart des géants de la tech rivalisent d’inventivité pour transformer leurs sièges sociaux en espaces de travail ultramodernes où il fait bon vivre. Le but : stimuler l’innovation en chouchoutant les employés. Voilà pour la façade. Mais derrière ce cadre idyllique se cache une culture du secret poussée à l’extrême. Et gare à ceux qui brisent la loi du silence.
Le site du journal britannique The Guardian a publié, vendredi 16 mars, une enquête montrant comment les géants de la Silicon Valley font en sorte que rien ne fuite d’entre leurs murs. Le récit et les témoignages sont glaçants.
Facebook a ainsi mis en place une équipe de « chasseurs de taupes ». « Ce qu’ils savent sur toi est terrifiant », affirme un ancien salarié sous couvert d’anonymat. Accusé d’avoir divulgué des informations anodines à la presse, ce dernier a été confronté à ce qu’il appelle « la police secrète de Mark Zuckerberg », le patron de l’entreprise. Ses employeurs savaient tout, dit-il : les enregistrements d’une capture d’écran qu’il avait prise, les liens sur lesquels il avait cliqué… Ils lui ont aussi expliqué qu’ils avaient eu accès à sa conversation par tchat avec le journaliste.
Travailler chez Google, c’est faire partie d’un clan
Officiellement, cette surveillance – et les menaces de poursuites judiciaires qui vont avec – sert à détecter et prévenir la violation des droits de propriété intellectuelle. Mais, dans les faits, elle sert aussi à empêcher les employés de parler librement en public, y compris de leurs conditions de travail.
Si Apple entretient avec ferveur le culte absolu du secret, à l’inverse, des entreprises comme Google et Facebook prétendent, elles, jouer la carte de la transparence avec leurs salariés. Ainsi, Mark Zuckerberg organise chaque semaine une réunion pour faire le point sur sa stratégie et parler de ses nouveaux projets devant des milliers d’employés. Mais cette confiance a un prix : trahissez-la, et « ils vous écraseront comme un insecte », résume l’ex-salarié à l’origine de fuites.
Chez Google, le personnel échange chaque jour des milliers de notes et de courriers électroniques pour discuter de sujets très variés : cela va de l’accession à la propriété à des thématiques plus sociales, comme le néoconservatisme. A l’exception notable, l’été dernier, du manifeste sexiste de James Damore critiquant la politique de diversité au sein de l’entreprise, rien ne fuite jamais.

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Le géant du Web pousse ses employés à être le plus corporate possible et à agir selon la fameuse Google way – une devise, presque un mode de vie. La firme fait tout pour créer une sorte de « mentalité tribale » propre à l’entreprise et décourager les trahisons. Le silence des salariés peut aussi être récompensé par des primes annuelles. Mais surtout, comme le résume Justin Maxwell, un ancien de chez Google, « vous ne ferez jamais quelque chose qui bousillerait les chances de succès de l’entreprise parce que vous serez directement affecté ». Travailler chez Google, c’est aussi, en quelque sorte, faire partie d’un clan, d’une communauté.
« Pièges à souris »
James Damore, licencié en août de Google après avoir diffusé en interne un manifeste sexiste, pense même avoir été espionné au cours de ses derniers jours au sein de l’entreprise. « Toutes les applications internes se sont mises à jour en même temps, ce qui n’était jamais arrivé auparavant. J’ai dû me reconnecter à mon compte Google et mon Google Drive – où se trouvait le document – a cessé de fonctionner », affirme-t-il. James Damore explique même que ces outils d’espionnage étaient décrits dans son contrat. Des accusations niées par Google.
Concernant Facebook, le Guardian a eu accès au contrat de travail d’un modérateur européen garantissant à l’entreprise le droit de surveiller et d’enregistrer ses activités sur les médias sociaux, y compris sur son compte Facebook personnel, mais aussi ses e-mails, ses appels téléphoniques et son utilisation d’Internet de manière générale. Ce salarié pouvait également être soumis à des fouilles personnelles aléatoires, incluant son sac ou sa voiture.

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D’après un ancien employé ayant travaillé au siège européen de Facebook, à Dublin, les équipes de sécurité laisseraient des « pièges à souris » – des clés USB contenant des données « oubliées » sur des bureaux pour tester la loyauté du personnel. La bonne attitude : la remettre immédiatement à la direction. La mauvaise attitude : la brancher à un ordinateur. La dernière option étant synonyme de licenciement immédiat.
« Tout le monde était paranoïaque », conclut-il.



                            


                        

                        

