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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ John Bailey, qui dirige l’institution hollywoodienne depuis août 2017, fait l’objet d’une enquête après trois accusations de harcèlement sexuel.
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Harcèlement sexuel : le président de l’Académie des Oscars visé par une enquête interne

John Bailey, qui dirige l’institution hollywoodienne depuis août 2017, fait l’objet d’une enquête après trois accusations de harcèlement sexuel.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 08h18
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 11h02
   





                        


Le président de l’Académie des arts et sciences du cinéma, qui remet les prestigieux Oscars, fait l’objet d’une enquête interne à la suite d’accusations de harcèlement sexuel, rapportaient, vendredi 17 mars, plusieurs médias américains. La chaîne de télévision CBS et le magazine spécialisé dans l’industrie du film Variety, citant des sources proches du dossier, écrivent notamment que l’Académie a reçu ces trois accusations, mercredi, au sujet de John Bailey et a aussitôt ouvert une enquête.
En réponse aux questions de l’AFP, l’Académie s’est contentée de répondre qu’elle « traite toutes les plaintes de façon confidentielle pour protéger toutes les parties prenantes ». « La commission des membres examine toutes les plaintes contre des membres de l’Académie au regard de nos règles de conduite, et après cet examen, elle soumet ses conclusions au conseil des gouverneurs », a-t-elle précisé dans sa déclaration.
Séisme de l’affaire Weinstein
John Bailey, directeur de la photographie de 75 ans, préside la vénérable institution d’Hollywood depuis août 2017. En février, lors d’un déjeuner réunissant tous les artistes nommés aux Oscars cette année, il avait affirmé avec force que l’Académie se « réinventait » et qu’Hollywood était en train « d’enfoncer dans l’oubli à coup de marteau-piqueur le lit fossilisé de beaucoup de [ses] pires abus ». Il faisait allusion au séisme de l’affaire Harvey Weinstein, le producteur déchu accusé de harcèlement, agression sexuelle ou viol par une centaine de femmes, dont des stars comme Gwyneth Paltrow, Léa Seydoux ou Angelina Jolie.

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Le scandale sur Weinstein a provoqué une vague de révélations sur des abus sexuels d’hommes puissants à Hollywood, dont Kevin Spacey, Jeffrey Tambor, Dustin Hoffman, Steven Seagal ou le producteur Brett Ratner, entre autres. Weinstein a été exclu de l’Académie et la puissante institution du cinéma américain a annoncé la mise en place d’un nouveau code de conduite destiné à contrer le harcèlement sexuel sur les plateaux.
John Bailey a succédé à Cheryl Boone Isaacs, qui avait mené la charge pour réformer l’Académie et l’ouvrir plus aux minorités ethniques. Elle-même noire, elle avait dû répondre à de nombreuses accusations de discrimination raciale au sein de l’Académie dans la foulée de la campagne #OscarsSoWhite sur les réseaux sociaux. La filmographie de Bailey inclut 84 titres, dont Les Divins Secrets, Un Jour sans fin ou American Gigolo.

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Dealer, gay, taulard, terroriste… Longtemps, il a accepté les rôles stéréotypés. Depuis, il a appris à choisir. Dans « Mektoub My Love. Canto Uno », d’Abdellatif Kechiche, il joue le rôle d’un beau gosse dragueur de filles.
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Article sélectionné dans La Matinale du 15/03/2018
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Salim Kechiouche, l’acteur qui sort du cadre


                      Dealer, gay, taulard, terroriste… Longtemps, il a accepté les rôles stéréotypés. Depuis, il a appris à choisir. Dans « Mektoub My Love. Canto Uno », d’Abdellatif Kechiche, il joue le rôle d’un beau gosse dragueur de filles.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 11h00
    |

                            Pascale Nivelle








                              

                        

Dans ce café parisien, couru des célébrités et où il n’est encore jamais entré, on le reconnaît. Les regards anonymes s’attardent, l’actrice Natacha Régnier lui fait un signe, un pensionnaire de la Comédie-Française lève un œil amical. Kader Aoun, producteur d’humoristes et créateur du « Jamel Comedy Club », bondit et l’étreint dans ses bras de géant. « Le meilleur acteur français depuis Alain Delon ! Ça roule pour toi beau gosse ! »
Ça roule en effet pour Salim Kechiouche : trois films en ce début d’année, Voyoucratie, Corps étranger et surtout le très attendu Mektoub My Love. Canto Uno, d’Abdellatif Kechiche (en salle le 21 mars). Dans cette fresque qui suit le parcours d’un jeune homme (joué par Shaïn Boumedine), il tient un second rôle important, celui du cousin du héros, un tombeur de filles pétri de doutes.

« Mon frère, je suis content pour toi », répète Aoun. Pour les « artistes rebeus, résume-t-il, c’est dur » : « On se tient les coudes comme des cousins de province qui se retrouvent à Paris. » Salim Kechiouche, 38 ans, solaire dans son pull mandarine, se montre imperméable à la dureté du monde, et à celle du cinéma. « C’est marrant la vie », dit-il simplement, son sourire d’acteur en étendard. La sienne est un conte d’aujourd’hui, parfois drôle et souvent triste.
« A 13 ou 14 ans, il était très hâbleur, comme les mecs des cités des années 1990, et en même temps très mélancolique, comme s’il portait quelque chose d’un monde violent. » Le réalisateur Gaël Morel
La première fois qu’il est venu à Paris, c’était au début des années 1990, dans un bus parti de Vaulx-en-Velin, qui avait roulé toute une nuit. Des milliers de jeunes recrutés par le ministère de la jeunesse et des sports pour la campagne « Avoir 20 ans en l’an 2000 » convergeaient vers la capitale. Dans la troupe des Lyonnais, Gaël Morel, cinéaste en devenir de 18 ans, contemplait Salim....




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ L’acteur, qui a joué dans plus de 120 films après avoir incarné le renouveau du théâtre russe à la fin des années 1950, s’est éteint le 12 mars, à l’âge de 82 ans.
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La mort de l’acteur russe Oleg Tabakov

L’acteur, qui a joué dans plus de 120 films après avoir incarné le renouveau du théâtre russe à la fin des années 1950, s’est éteint le 12 mars, à l’âge de 82 ans.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 14h30
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 14h41
    |

Joël Chapron







                        



                                


                            

Avec sa bouille ronde et ses grands yeux étonnés, sans doute Oleg Tabakov restera-t-il chez les spectateurs étrangers l’incontournable Oblomov du film Quelques jours de la vie d’Oblomov que Nikita Mikhalkov tourna en 1979, adapté du roman éponyme d’Ivan Gontcharov. Mais, pour les Russes, Oleg Tabakov, qui est mort le 12 mars à l’âge de 82 ans, a avant tout incarné le renouveau du théâtre au moment du « dégel » khrouchtchévien de la fin des années 1950, avant de devenir l’un des acteurs les plus populaires de sa génération.
Né le 17 août 1935 à Saratov, il entre à l’Ecole-studio du Théâtre d’art académique de Moscou (MKhAT) en 1953 et, avant même de terminer ses études, joue pour la première fois au cinéma dans Le Nœud serré, de Mikhaïl Chveïtzer (1956), qui, considéré comme « idéologiquement corrompu », sort amputé et remanié sous le titre Sacha entre dans la vie, avant de retrouver sa version complète en 1988.
Un théâtre dans une cave
Le jeune acteur est, cette même année du XXe Congrès du Parti prônant la déstalinisation, l’un des cofondateurs du théâtre Sovremennik qui deviendra l’une des principales scènes moscovites. Il est l’un des acteurs phares de la troupe de 1957 à 1983, qu’il dirigera de 1970 à 1976. C’est dans ce théâtre que seront particulièrement appliqués les préceptes de jeu de Stanislavski et de Nemirovitch-Dantchenko.
Son interprétation de Khlestakov dans Le Revizor, de Gogol, qu’il jouera jusqu’à Prague en 1968, assoit sa notoriété nationale et internationale. Il fonde en 1977 son propre théâtre dans une cave de Moscou, surnommé Tabakerka (la « tabatière », en jeu de mots sur son nom), qui conquiert critiques et public, mais se voit refuser un statut officiel et condamner à fermer en 1982, avant d’être enfin reconnu pendant la période de la « perestroïka », en 1987.
Il prend la tête du théâtre d’art Anton-Tchekhov en 2000, sans avoir pour autant jamais cessé...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Malgré quelques bonnes idées, Franck Dubosc signe une comédie romantique sans âme.
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« Tout le monde debout » : entre vulgarité et mièvrerie

Malgré quelques bonnes idées, Franck Dubosc signe une comédie romantique sans âme.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 10h47
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Après le succès de Bienvenue chez les Ch’tis, il semblerait que tous les acteurs comiques s’essayent à l’exercice : réaliser à leur tour leur propre comédie en misant sur leur capital sympathie pour remplir les salles. Avec Tout le monde debout, c’est au tour de Franck Dubosc de passer derrière la caméra (tout en restant devant). Acteur très populaire, croisé dans un grand nombre de comédies triviales et décomplexées (Camping, Boule et Bill), l’acteur a toujours su rester attachant en cultivant un mélange de fragilité, de ringardise assumée et d’innocence.
Jocelyn (Franck Dubosc) est un homme d’affaires a qui tout réussit. Sauf que ce play-boy ne s’aime pas et passe son temps à mentir pour échapper à lui-même. Le jour où, par un malentendu, la voisine de sa mère défunte le croit handicapé, l’homme en profite. Pour les beaux yeux de la jeune femme, il décide de poursuivre le quiproquo. La supercherie, d’abord amusante, finit par se compliquer lorsque Jocelyn rencontre Florence (Alexandra Lamy), la sœur de sa voisine qui, elle, est vraiment handicapée. Désireux de la séduire, il s’invente une double vie : l’une debout, l’autre en fauteuil roulant.

La romance naît ainsi d’une duperie qu’il faut à tout prix maintenir, prétexte à tous les gags qu’il est possible de faire avec un homme peu habitué à la chaise roulante. Passant librement de la vulgarité à la mièvrerie, Tout le monde debout appartient à beaucoup d’égards à ces comédies sans âme et produites à la chaîne : les acteurs sont mauvais, les blagues tantôt sexistes, racistes ou gérontophobes et le tout est enrobé dans une grammaire télévisuelle qui leur assure leur place en première partie de soirée sur une chaîne de télévision. Il faut pourtant rester assis sur son siège et ne pas sortir de la salle pour constater un véritable souci d’écriture qui fait émerger quelques bonnes idées au milieu de ce magma informe. C’est trois fois rien mais c’est déjà beaucoup pour ce genre qu’est la comédie romantique populaire, sinistré depuis trop longtemps.
Comédie française de Franck Dubosc. Avec Franck Dubosc, Alexandra Lamy, Elsa Zylberstein (1 h 47).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le réalisateur franco-marocain Nabil Ayouch revient sur le tollé provoqué par son précédent film et sur la sortie en salles de son nouveau long-métrage, « Razzia ».
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« L’interdiction de “Much Loved” reste une blessure »

Le réalisateur franco-marocain Nabil Ayouch revient sur le tollé provoqué par son précédent film et sur la sortie en salles de son nouveau long-métrage, « Razzia ».



Le Monde
 |    14.03.2018 à 17h43
 • Mis à jour le
14.03.2018 à 17h50
    |

            Charlotte Bozonnet (Marrakech, envoyée spéciale)








                        



   


Il y a trois ans, la sortie de votre film Much Loved, qui racontait le quotidien de quatre prostituées à Marrakech, provoquait un tollé au Maroc. Le film a été interdit, l’une des actrices a été agressée. Quel impact cela a-t-il eu sur vous ?
Nabil Ayouch Ça reste d’abord une blessure. On fait des films pour les montrer. L’interdire dans mon pays d’origine, c’était couper le lien avec ce public. De plus, la manière dont il a été interdit en a fait ce qu’il n’était pas : un objet diabolique. Le torrent de violence et de haine qui a suivi m’a choqué. Dans le même temps, ça m’a permis d’éprouver ma relation avec le Maroc. Je me suis rendu compte que j’étais très attaché à ce pays, aux gens. Mais je n’oublie pas. Les mots que j’ai entendus, lus. Cela va bien au-delà des milliers de « like » sur des pages Facebook appelant à ma mort. Ce sont les insultes sur mes origines, ma famille.
Avec le recul, vous avez compris pourquoi le film avait provoqué un tel déferlement de haine ?
Parce qu’il présente une sorte d’anthropologie inversée : si j’avais construit des personnages féminins harcelés, dominés, battus, il n’y aurait pas eu de réaction. Mais j’ai construit des personnages féminins qui ont pris le pouvoir, des femmes fortes et indépendantes. Surtout, c’est une blessure narcissique. On se focalise toujours sur ce que vont penser les autres de nous. Le problème n’est pas la prostitution mais de faire un film qui en parle. Il faut arrêter de se poser cette question car elle est paralysante. Nous ne sommes ni meilleurs, ni pires que les autres.
Ce souvenir a-t-il pesé lorsque vous avez travaillé sur votre nouveau film, Razzia ?
Non, ça a au contraire renforcé ma conviction qu’il y a une urgence à dire, à montrer, et à parler librement. Et puis c’est trop difficile de faire un film – trois ans de ma vie – pour qu’à l’arrivée, il ne soit pas en accord avec ce que je pense.

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Le film a-t-il eu des difficultés pour sortir ?
Non. J’ai suivi la procédure classique en demandant un visa au Centre cinématographique. Par contre, il a été interdit aux moins de 16 ans. Une décision totalement injustifiée et qui nous coupe d’une partie du public.
Much Loved était né de l’observation de femmes obligées de se prostituer à Marrakech pour gagner leur vie. Quelle est l’origine du film Razzia ?
Des rencontres que j’ai pu faire depuis vingt ans que je vis ici, et ma propre expérience de vie. Je me sens proche de certains personnages. Hakim, le musicien qui veut devenir rock star : c’est une partie de ma jeunesse en banlieue parisienne, et celle d’un jeune rencontré au centre culturel de Sidi Moumen. Inès, c’est un peu ma fille et ses copines à l’école française. Joe, le restaurateur juif marocain, ça vient beaucoup de moi. Pas seulement parce que ma mère est juive mais aussi par cette capacité à vivre dans le déni. Il y a des choses que je ne veux pas voir car elles m’affecteraient trop, alors je regarde ailleurs pour avancer. Il y a aussi Salima, très inspirée par Maryam [Touzani, actrice, coscénariste du film et compagne de Nabil Ayouch] qui a un immense courage.
Qu’est-ce que tous ces personnages ont en commun ?
Une soif incommensurable de liberté, de vivre comme ils l’entendent. Une soif d’aimer, de s’aimer. Mais aussi une solitude profonde.
Vous pensez que les libertés individuelles régressent ou progressent au Maroc ?
C’est très variable. De temps à autre, sur certains sujets, il y a des avancées. On a récemment adopté une loi contre le harcèlement. Mais nous avons aussi reculé, par exemple sur la place des femmes dans la société – je ne parle pas de leurs droits. Il y a vingt ans, il y avait des femmes en politique avec des postes importants, aujourd’hui nous avons une femme ministre et deux ou trois secrétaires d’Etat reléguées au bout de la table. Nous avons un gouvernement et un espace politique d’hommes. Même chose dans l’espace public : il est aussi beaucoup plus dur à conquérir pour les femmes. On a laissé trop d’espace à ceux qui veulent confiner la femme et nous ramener à un modèle de société ancestral.

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Dans Razzia, vous situez la source de ces problèmes aux années 1980 avec ce personnage d’instituteur, dans les montagnes de l’Atlas, contraint par l’Etat de faire la classe à ses élèves, non plus en berbère, leur langue, mais en arabe auquel ils ne comprennent rien.
Oui, pour moi, c’est la source : le grand virage de l’éducation n’a pas été pris. Il est extrêmement difficile de trouver la bonne manière de faire avancer une société dans un contexte d’ignorance. Ce n’est pas seulement à cause de la langue, mais de l’hégémonisme culturel que ça a amené. Aujourd’hui, pour beaucoup de gens, être Marocain, c’est être un bon musulman pratiquant. Je ne sais pas si ça a été totalement volontaire. Disons qu’à un moment de l’histoire, on a cru pouvoir se développer sans passer par la case éducation. Quand on en a pris conscience, il y a quinze ans, il était trop difficile de repartir en arrière. Ça n’est pas fichu mais ça ne viendra pas seulement de la politique. Il faut que les acteurs économiques, sociaux, prennent des initiatives. Je suis de ceux qui pensent que les grands changements viennent de minorités agissantes qui influent sur le destin d’une nation.
L’autre grand thème de Razzia – avec celui des libertés individuelles – est la question sociale et celle des inégalités. Le film montre des manifestations – comme le royaume en a connu cette dernière année – mais aussi de la violence. Vous pensez que c’est un danger qui guette le Maroc ?
Oui, si on n’arrive pas à résoudre l’équation des inégalités et de l’injustice sociale, ces mouvements vont se multiplier. C’est une inquiétude. Nous avons atteint une certaine limite dans le domaine de la justice sociale, mais aussi des libertés individuelles. Il faut faire des choix clairs, qui vont nous engager, en matière de répartition des richesses, d’éducation, d’inclusion des jeunes, du statut de la femme.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Une histoire complexe et originale sur l’enfance, la paternité et l’identité sexuelle, racontée en une minute.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Rhianna Pratchett, scénariste du « Tomb Raider » adapté au cinéma, souhaiterait que les héroïnes de jeu vidéo se diversifient en vieillissant ou en devenant mères.
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Et si Lara Croft cessait d’être immuablement jeune ?

Rhianna Pratchett, scénariste du « Tomb Raider » adapté au cinéma, souhaiterait que les héroïnes de jeu vidéo se diversifient en vieillissant ou en devenant mères.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 15h14
    |

            William Audureau








                        


Qui a dit que la plus célèbre icône féminine du jeu vidéo n’avait pas le droit de vieillir ? Pas Rhianna Pratchett, fille du romancier Terry Pratchett et scénariste en chef des jeux Tomb Raider (2013) et Rise of the Tomb Raider (2015), qui ont donné un nouveau départ à la série. « J’aimerais écrire une Lara Croft plus vieille, dans la cinquantaine, qui soit grisonnante et lessivée, comme il y en a pour les personnages masculins », explique l’écrivaine au site américain Entertainment Weekly à l’occasion de la sortie du film Tomb Raider, mercredi 14 mars.
« Snake [du jeu “Metal Gear Solid”] a évolué avec les années, tout comme Sam Fisher de “Splinter Cell”. Il a été autorisé à vieillir, et j’aimerais voir ça avec un personnage comme Lara, plus âgée, endurcie par les batailles. Et peut-être qu’elle aurait un autre personnage sous son aile, ce qu’on voit souvent avec les figures de papa dans les jeux – c’est la “papaisation”, comme John dans “The Last of Us” ou Booker dans “BioShock Infinite”. »

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Explorer la vulnérabilité
L’auteure, qui n’est plus chargée du scénario de la série, suggère ainsi l’idée que Lara Croft devienne mère – et que davantage de mères soient mises en scènes dans des jeux d’action : « Il y a tant de choses imaginables, tellement d’histoires à raconter, nous ne faisons qu’effleurer la surface. » 
Avec le « reboot » de la saga en 2013, Rhianna Pratchett a tiré un trait sur la personnalité d’héroïne intrépide et insouciante qu’affichait l’icône du jeu vidéo depuis ses débuts en 1996. Le film s’inspire de sa vision du personnage :
« Avec cette Lara, je voulais qu’elle soit plus ancrée (…), nous voulions explorer la vulnérabilité et la peur derrière son grand courage… et la voie pour devenir une pilleuse de tombe [tomb raider en anglais]. »
A ses yeux, le jeu Tomb Raider de 2013, qui a été critiqué à sa sortie pour une scène de tentative de viol, a contribué par son succès commercial à rendre les éditeurs moins frileux à l’idée de mettre en scène des femmes comme personnages secondaires (Ellie dans The Last of Us) et principaux (Aloy dans Horizon: Zero Dawn, Chloe Frazer dans Uncharted: The Lost Legacy).

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Des héros masculins de plus en plus souvent vieillis
A sa naissance, l’héroïne de Tomb Raider ne devait pas être une icône féministe. « A l’origine du projet, Lara Croft était un homme, plus proche de son modèle, Indiana Jones », rappelait en 2017 Alexandre Serel, auteur de L’Histoire de Tomb Raider (éditions Pix’n Love, 2017). « Si elle est devenue une femme, c’est en grande partie pour se démarquer de la concurrence de l’époque, qui employait des mâles ou des mascottes. »
Depuis quelques années, de plus en plus de superproductions mettent en scène des héros masculins vieillis, voire en situation de paternité, comme Kratos dans le prochain God of War, en s’appuyant sur le vécu des développeurs. « Nous savions que la franchise avait besoin d’un nouveau départ », expliquait l’an passé Aaron Kaufman, porte-parole du studio derrière le jeu, Sony Santa Monica Studio. « Comme Cory Barlog [directeur créatif de God of War 2] en avait été éloigné pendant plusieurs années, il a apporté une vision fraîche, très spécifique, liée à l’épopée d’un père et son fils, et de sa propre relation à son fils, qui a 3 ou 4 ans aujourd’hui. Il venait seulement de naître. »
« Je pense que c’est la progression de l’industrie. Le cinéma le fait beaucoup, les séries aussi, constate Shaun Escayg, directeur créatif d’Uncharted: The Lost Legacy. (…) C’est bien que l’on puisse explorer l’évolution du personnage y compris d’un point de vue physique, sans se dire qu’il est éternel, qu’il sera à jamais jeune, etc. » Un traitement réservé pour l’instant aux personnages masculins.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Alicia Vikander incarne l’héroïne baroudeuse dans cette relance de la saga, dépourvue de rythme et de suspense.
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« Tomb Raider » : une pâle quête des origines pour Lara Croft

Alicia Vikander incarne l’héroïne baroudeuse dans cette relance de la saga, dépourvue de rythme et de suspense.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 14h27
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à éviter
Jusqu’au début des années 2000, Lara Croft, l’héroïne de l’univers Tomb Raider (Angelina Jolie dans ses deux premiers volets au cinéma), était une aristocrate millionnaire, baroudeuse et sexy, arpentant des sites exotiques en tenues moulantes. En 2018, à l’occasion du reboot (« redémarrage ») de la saga, le personnage, sous la silhouette plus fluette de la Suédoise Alicia Vikander, est désormais devenu une jeune Londonienne sans le sou qui livre sur son vélo des repas à domicile, se refusant de toucher à l’héritage d’un père absent.

        Lire aussi :
         

                Quand un jeu vidéo est adapté en film, la qualité est rarement au rendez-vous (et c’est vous qui le dites)



Pas sûr que sa refonte aux standards contemporains du « politiquement correct » puisse repêcher de quelque façon cette franchise, tirée d’une série de jeux vidéo des années 1990-2000, qui surfait sur l’imaginaire des récits d’exploration à énigme et détournait le motif de la femme forte au profit d’un pur fantasme « geek ». Cette nouvelle mouture, signée aux Etats-Unis par le réalisateur norvégien Roar Uthaug, joue comme beaucoup d’autres la carte du récit originel, c’est-à-dire remontant aux sources juvéniles d’un personnage tel qu’identifié par la culture populaire.
Sur les traces de son père
Qu’était donc Lara Croft avant de devenir Lara Croft ? Evidemment, une jeune fille à la recherche elle-même de ses origines, en la personne d’un père adoré, Lord Richard Croft (Dominic West), explorateur porté disparu depuis des années et sur les traces duquel elle décide de partir. Elle se plonge alors dans ses travaux inachevés sur Himiko, reine maléfique dont la sépulture gît dans une île perdue au sud du Japon, en pleine mer du Diable. Arrivée sur place, grâce à l’aide d’un chalutier hongkongais (Daniel Wu), elle tombe sur les mercenaires d’une organisation nommée Trinity, lancés eux aussi sur la piste de la sépulture maudite.

A aucun moment Roar Uthaug ne parvient à sortir de la platitude cette aventure de près de deux heures, plombée par une mise en place aussi interminable qu’inutile, et imbibée de conventions et de facilités. Le parcours d’énigmes, normalement le sel du récit, est survolé avec une paresse inimaginable (les différents casse-tête qui se présentent à Lara Croft sont tous réglés en moins de deux), l’action réduite à la portion congrue et la relation père-fille d’une teneur émotionnelle quasiment nulle. On se demande bien ce qu’il reste même de Tomb Raider dans ce film si craintif de prêter le flanc à la moindre forme de défouloir (c’était en partie le but des jeux vidéo) ou de mauvaise pulsion qu’il en devient parfaitement insipide.
Film américain de Roar Uthaug. Avec Alicia Vikander, Dominic West, Daniel Wu, Kristin Scott Thomas, Walton Goggins (1 h 58).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ La réalisatrice Ava DuVernay transforme un roman à succès en un conte sirupeux.
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« Un raccourci dans le temps » : la cause des femmes à la sauce Disney

La réalisatrice Ava DuVernay transforme un roman à succès en un conte sirupeux.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 10h01
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Propulsée en 2012, quand son Middle of Nowhere remporta le grand prix au festival de Sundance, Ava DuVernay a acquis une reconnaissance internationale avec Selma (2014), évocation d’un épisode crucial du combat de Martin Luther King et des Afro-Américains pour les droits civiques. Poursuivant sa trajectoire météorique, la réalisatrice a été choisie pour diriger une superproduction Disney, dont la projection de presse française, le 8 mars, a été introduite par un livestream d’une heure, filmé depuis Los Angeles et retransmis par YouTube.

        Lire l’interview d’Ava DuVernay :
         

          « Je veux faire entendre la voix d'une femme noire au cinéma »



Ava DuVernay y apparaissait entourée de ses actrices : Oprah Winfrey, Reese Witherspoon, la jeune Storm Reid… S’adressant aux jeunes filles du monde entier, cœur de cible du film, elles déclinaient les formules d’un bréviaire d’empowerment made in Disney – « crois en toi, trouve ta voie, provoque ta chance » –, tout en martelant que le film était formidable.
Eprouvant ratage
Après la sortie de Black Panther, de Ryan Coogler, ce conte fantastique incarné par une jeune héroïne afro-américaine et dont le casting est composé en majorité d’acteurs issus des minorités, confirme le nouveau positionnement de l’empire de l’entertainment. A l’instar de Mattel, qui vient de lancer une gamme de poupées Barbie modelées sur des femmes fortes et célèbres (Ava DuVernay en a une à son effigie), Disney s’empare des rêves d’émancipation des minorités pour renouveler son stock de récits et élargir ses sources de revenus.

Cette instrumentalisation de la cause des femmes est apparue d’autant plus cynique que le film est un éprouvant ratage. Adapté d’un roman à succès de Madeleine L’Engle, il conte l’aventure de la jeune Meg à la recherche de son père, scientifique disparu dans une pliure de l’espace-temps. Lissant les aspérités de ses personnages, la réalisatrice pioche dans des films récents, d’Interstellar à Avatar, de Divergente à Premier contact, en passant par la série Stranger Things, pour en faire une matière sirupeuse et roborative. Les jeunes filles méritent mieux.
Film américain d’Ava DuVernay. Avec Storm Reid, Oprah Winfrey, Reese Witherspoon, Mindy Kaling, Chris Pine (1 h 50).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ A partir du texte de l’écrivain suisse Jacques Chessex, le cinéaste Jacob Berger revient sur un épisode longtemps tu de l’histoire de son pays.
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« Un juif pour l’exemple » : esquisse d’une adaptation

A partir du texte de l’écrivain suisse Jacques Chessex, le cinéaste Jacob Berger revient sur un épisode longtemps tu de l’histoire de son pays.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 10h00
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’AVIS DU « MONDE » – POURQUOI PAS
La brièveté de cette adaptation, tirée de l’ultime texte du romancier suisse Jacques Chessex, est à la fois un aveu d’impuissance et le signe de la lucidité du metteur en scène. Un juif pour l’exemple voudrait mettre en scène la résurgence de souvenirs enfouis dans la mémoire d’un septuagénaire. Des images et des situations perçues et vécues soixante ans plus tôt, en 1942, lorsque la Suisse se tenait précautionneusement au bord du gouffre, refoulant les juifs qui lui demandaient asile, redoutant (dans sa majorité) ou espérant (c’était le cas d’une fraction militante de la population) de subir le sort de la Pologne ou de la France, de tomber sous la domination nazie.
Dans la ville de Payerne, romande et protestante, l’écolier Jacques Chessex voit un camarade juif passé à tabac, déshabillé, ligoté. Le garagiste du coin, Fernand Ischi, mène une bande d’hitlériens composée d’éleveurs et de chômeurs, dont le référent idéologique est un pasteur défroqué. Au printemps 1942, à l’approche de l’anniversaire d’Adolf Hitler, la phalange décide de tuer un juif pour célébrer l’événement. Ils choisissent d’abattre Arthur Bloch, marchand de bestiaux. Longtemps tu en Suisse, cet épisode a fait l’objet d’une enquête journalistique avant d’être évoquée sur le mode de la réminiscence par Jacques Chessex. Peu de temps après la sortie du livre, l’écrivain, pris à partie pendant une rencontre avec ses lecteurs, meurt d’une crise cardiaque.
Lâcheté collective
A chacune des questions que soulève la mise en scène de cette histoire de contamination, de lâcheté collective, de persistance du mal, Jacob Berger esquisse une réponse. Certaines sont prometteuses, comme l’idée de refuser la reconstitution pour placer des personnages en costume d’époque dans des décors – bâtiments, véhicules, uniformes… – contemporains. D’autres sont d’un formalisme classique : quand il faut montrer le sadisme sexuel du garagiste nazi, on sent le metteur en scène si embarrassé qu’il en devient maladroit.
Il se contente essentiellement d’énoncer les faits, refusant aussi bien l’abstraction que le drame, deux possibilités qu’offrait le récit. Le lien avec la période contemporaine est à la fois suggéré par le parti pris déjà évoqué et souligné par des répliques explicatives sur le chômage et l’émigration. Mobilisant deux grands acteurs, Bruno Ganz et André Wilms, pour jouer Arthur Bloch et Jacques Chessex, c’est à peine si Jacob Berger use de leur talent. Ils passent à l’écran comme les ombres d’un film fantôme, qui reste à faire.
Film suisse de Jacob Berger. Avec Bruno Ganz, André Wilms, Elisa Löwensohn, Aurélien Patouillard (1 h 19).



                            


                        

                        


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Le cinéaste Nabil Ayouch en tournée au Maroc pour délier les langues

Trois ans après l’hostilité qui avait entouré la sortie de « Much Loved », le réalisateur franco-marocain a présenté son nouveau film, « Razzia ».



Le Monde
 |    14.03.2018 à 09h59
 • Mis à jour le
14.03.2018 à 18h46
    |

            Charlotte Bozonnet (Marrakech, Maroc)








                        



                                


                            

Il a d’abord fallu digérer le ­déferlement de haine qui avait accompagné la sortie du film Much Loved, en 2015. « Une blessure », assure, trois ans après, le cinéaste franco-marocain Nabil Ayouch. Le film, qui ­racontait l’univers de la prostitution à Marrakech à travers le ­portrait de quatre femmes, avait provoqué un tollé dans le pays. L’une des actrices principales, Loubna Abidar, avait dû se réfugier à Paris, après avoir été agressée physiquement à ­Casablanca. Quant au film, il avait été interdit de diffusion au Maroc pour « atteinte flagrante à l’image du pays ».
En ce mois de février 2018, Nabil Ayouch est de retour avec Razzia. « Un film de personnages dans des luttes à la fois très personnelles et qui les dépassent », souligne le ­réalisateur. Abdallah, l’instituteur des montagnes de l’Atlas, ­contraint aux débuts des années 1980 d’enseigner en arabe à des enfants qui ne comprennent que le berbère ; Hakim, musicien rêveur, en permanence tiré vers le bas par les préjugés ; Inès, adolescente perdue des beaux quartiers… Le tout sur fond d’inégalités et de contestation sociale croissantes. Un Maroc que Nabil Ayouch tente de raconter avec force et bienveillance depuis vingt ans, de Mektoub (1997) aux Chevaux de Dieu (2012), sur le basculement de jeunes Casablancais dans le terrorisme, en passant par Ali Zaoua, prince de la rue (2000), sur les enfants des rues.
« Tout ça, je l’ai vécu »
Pour présenter son nouveau film, Nabil Ayouch, 48 ans, a décidé de partir en tournée dans plusieurs villes du pays. Avec une partie des comédiens et comédiennes, il s’est rendu à Casablanca, Rabat, Fès ou encore Agadir, parce que « les échanges me nourrissent et me donnent du courage pour ­continuer », dit-il. Dans la salle du Megarama de Marrakech, ce soir-là, l’émotion étreint une jeune fille après la projection. Etudiante en terminale, elle vient d’un foyer de jeunes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ A travers plusieurs cas d’école, le film de Nabil Ayouch dénonce la dérive autoritaire en cours dans le royaume.
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« Razzia » : les maux du Maroc passés au crible

A travers plusieurs cas d’école, le film de Nabil Ayouch dénonce la dérive autoritaire en cours dans le royaume.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 09h58
 • Mis à jour le
14.03.2018 à 20h51
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Depuis Mektoub (1997), son premier long-métrage, Nabil Ayouch, né à Paris d’un père marocain et d’une mère tunisienne, installé au Maroc depuis dix ans, n’a cessé de confronter, sans aménité particulière et avec un courage certain, son œuvre à la situation socio-politique marocaine. ­Dérive autoritaire, inégalités ­sociales, terrorisme, misère, prostitution, autant de sujets qui ­fâchent et qui rendent la sortie de ses films au Maroc – quand seulement ils sortent – un rien tendue, et sa propre personne, à l’occasion, ouvertement menacée.
Razzia ne fait pas exception à la règle, qui brosse entre deux époques significatives (les années 1980 avec l’arabisation à marche forcée et la suppression des ­humanités dans l’enseignement ; les années 2000, avec la généra­lisation dans la sphère ­sociale de cet esprit répressif), l’inflexion tout à la fois nationaliste et ­religieuse que l’Etat donne à sa ­politique. Razzia est, en un mot, l’histoire d’un considérable ­rétrécissement, des libertés et des consciences.

        Lire aussi :
         

                Le cinéaste Nabil Ayouch en tournée au Maroc pour délier les langues



Construit entre deux dates, le récit aménage des réminiscences narratives qui mènent de l’une à l’autre, mais reste fondamentalement un film choral, qui dresse le portrait de cinq personnages isolés illustrant, à des titres divers, l’ostracisation à l’œuvre dans la société marocaine.
Alliance des conservatismes
Un instituteur enseignant en berbère dans un village de montagne, que l’on oblige à abandonner sa langue et à renoncer à l’enseignement de certaines matières. Une belle femme enceinte qui ne reste qu’un objet de soumission pour son mari. Une jeune fille très riche délaissée par ses parents et coupée des réalités de son pays. Un restaurateur juif et son vieux père, témoin d’une époque plus propice à la cohabitation. Un jeune homosexuel, fan de Freddie Mercury, qui souffre du mépris de son père.

        Lire l’entretien avec Nabil Ayouch :
         

          « L’interdiction de “Much Loved” reste une blessure »



La simple énumération de cette trame fragmentée, nouée en patchwork, associée à la volonté de mettre chaque personnage en situation conflictuelle, donne une idée de la gageure cinématographique. De fait, le risque de l’effilochage menace constamment le film. Succession un peu démonstrative de cas d’école, coexistence dramaturgique de personnages qui ne sont rien les uns pour les autres : Razzia prend délibérément le risque de faire passer l’épreuve cinématographique, avec sa part nécessaire d’indécision et de liberté, sous les fourches Caudines de l’omniscience scénaristique.

Il n’en reste pas moins que le film parvient à montrer le ­découplage entre espace privé et espace public sur la scène de la société marocaine, le premier se réduisant à mesure que le second étend, avec de plus en plus de brutalité, sa juridiction. Femme affichant sa sensualité avilie par les regards et les remarques des passants, juif en butte à l’antisémitisme d’une pros­tituée, homme efféminé conspué par les jeunes de son quartier, autant de situations qui dépeignent l’atmosphère irres­pi­rable de la pression sociale suscitée par l’alliance de tous les ­conservatismes et, partant, le courage qu’il faut mobiliser pour lui résister.
Film franco-marocain de Nabil Ayouch. Avec Maryam Touzani, Arieh Worthalter, Abdelilah Rachid, Amine Ennaji (1 h 59).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Un nouveau film singulier et ambigu de Cheyenne-Marie Carron.
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« Jeunesse aux cœurs ardents » : un teen movie aux accents réactionnaires

Un nouveau film singulier et ambigu de Cheyenne-Marie Carron.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 09h57
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR
Avec sa bande de copains, David, jeune homme de 20 ans, distribue aux plus démunis l’argent récolté lors de petits braquages. Brillant à l’école mais désireux de ne pas suivre une voie conventionnelle, David est habité par des valeurs en contradiction avec le monde dans lequel il vit : l’autorité, le patriotisme et le sens du devoir. Un jour, lui et sa bande braquent un ancien légionnaire qui a vécu les guerres d’Algérie et d’Indochine. Le jeune homme le recroise par hasard dans le métro et noue avec lui une profonde amitié, captivé par les récits de cet homme de 90 ans qui nourrissent sa fascination pour la guerre et le monde militaire.
Jeunesse aux cœurs ardents est une nouvelle pierre ajoutée à l’édifice de la filmographie singulière de Cheyenne-Marie Carron, jeune cinéaste qui écrit, produit et réalise à un rythme effréné des films exaltant non sans mélancolie des valeurs patriotiques et ne ressemblant à rien d’autre dans le paysage du cinéma français. On pense au dernier film de Clint Eastwood, Le 15 h 17 pour Paris, qui tirait le portrait d’une bande de jeunes garçons en décalage par rapport à une société devenue trop nihiliste et hédoniste pour leur soif d’idéal et d’aventure.
Jeunesse aux cœurs ardents est, à sa manière, une sorte de teen movie réac où le héros, plus conservateur que ses parents, finira par embrasser sa vocation pour donner un sens à sa vie – on frise parfois le spot promotionnel pour l’armée française. Et si l’on peut être gêné par certains propos tenus lors des nombreuses conversations qui ponctuent le film, la cinéaste parvient à modérer savamment les discours les plus provocateurs. Malgré quelques ambiguïtés qui laissent perplexe, on ne peut qu’être saisi par cet étrange film de plus de deux heures qui revendique une forme de candeur et d’inactualité.
Drame français de Cheyenne-Marie Carron. Avec André Thiéblemont, Arnaud Jouan (2 h 25).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Samuel Benchetrit poursuit sa veine absurde et métaphysique à travers l’histoire d’un homme réduit à la condition canine.
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« Chien » : une vie de chien, au sens propre

Samuel Benchetrit poursuit sa veine absurde et métaphysique à travers l’histoire d’un homme réduit à la condition canine.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 09h55
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Chez Samuel Benchetrit, écrivain et cinéaste, la comédie grince des dents depuis toujours. Commencée en 2003 avec Janis et John, l’aventure du 7e art se poursuit aujourd’hui avec un sixième long-métrage, Chien (adapté comme le précédent, Asphalte en 2015, d’un de ses romans), qui ne déroge ni à cette règle ni au style très singulier, très bizarre qui la décline. Aki Kaurismaki, Jim Jarmusch, Alex Van Warmendam peuvent, notamment, traverser l’esprit. Un esprit de cocasserie triste, de dépression trash, d’absurde métaphysique y parfume des semi-paumés en quête de pas grand-chose, reclus dans des trous léchés par la mise en scène. Un genre de cinéma bouclé de pied en cap qui peut rebuter, possédant toutefois suf­fisamment de charme et d’intelligence pour intéresser souvent, et donc séduire.
Voyez l’histoire abracadabrante que nous conte Chien, qu’on pourrait présenter comme une métamorphose kafkaïenne de Didier (1997), d’Alain Chabat, croisée avec une interprétation littérale du chef-d’œuvral Ne me quitte pas, de Jacques Brel. Un type, qui s’appelle Jacques Blanchot (Vincent Macaigne), preuve liminaire que la vie n’est pas bien partie pour lui (qui s’appelle Jacques aujourd’hui ? Qui se rappelle Blanchot ?), perd du jour au lendemain tout ce qui constituait sa raison de vivre. Sa femme, son fils, son travail, sa maison, qu’il s’agit tout de même de continuer de payer pour ne plus y vivre. Le pourquoi ne sera jamais explicité par le film, en cela d’une louable concision et d’un réalisme d’airain : peu nombreux sont ceux qui le savent.
Dostoïevski rôde
Le comment, en revanche, est mieux servi. Comment, notamment, et même essentiellement, Jacques Blanchot devient un chien. Assez simple. Il suffit de croiser le chemin d’un Belge sadique qui fait profession d’en vendre (Bouli Lanners), de s’endetter pour payer à votre fils un chihuahua qui ressemble à Hitler, de rentrer à la maison sans l’animal qui s’est en chemin fait ratatiner par un 15-tonnes, d’entendre votre femme (Vanessa Paradis, impavide et parfaite) vous expliquer qu’elle développe une allergie cutanée sévère à votre présence, de retourner chez le marchand pour essayer de vous faire rembourser les cours de dressage hors de prix qu’il vous a fait débourser à l’avance, d’accepter, in fine, les conditions de plus en plus démentes qu’il vous impose pour soi-disant vous rendre service, et la messe sera dite.

C’est une Passion qui s’inaugure alors. Faire le chien, comme on ferait le mort. Accepter l’avilissement, la bêtise, la cruauté du monde et des hommes (et des femmes sauf le respect de #metoo), avec un exemplaire abandon de soi-même et de grands yeux confiants qui défient sans ciller le Mal triomphant sur la Terre. Dostoïevski rôde, Twin Peaks aussi. Blanchot, viré de partout, cher à plus personne, rebut vivant, devient SDF et est recueilli par le maître-chien, seule personne au monde qui se soucie de lui, à condition qu’il se comporte bien, et reçoive les coups en chien. La marche du film, sur le fil de ce surréalisme verdâtre renchéri au scope, en devient presque pénible. Le monde, en vérité, l’est-il moins ?
Film français de Samuel Benchetrit. Avec Vincent Macaigne, Vanessa Paradis, Bouli Lanners (1 h 34).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Sophie Fillières mêle la comédie sentimentale et le fantastique.
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« La Belle et la Belle » : Margaux et son double font bégayer l’amour

Sophie Fillières mêle la comédie sentimentale et le fantastique.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 09h54
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Le dernier film en date de Sophie Fillières – Gentille (2005), Arrête ou je continue (2014) –, la réalisatrice la plus farfelue du cinéma français, s’ouvre sur un couac temporel digne d’un Francis Ford Coppola période Peggy Sue s’est mariée (1986). Lors d’une soirée à Paris, Margaux (Agathe Bonitzer) fait la rencontre de Margaux (Sandrine Kiberlain). Quelques mots leur font comprendre qu’elles ne sont qu’une seule et même personne à deux âges différents.
L’une se lance un peu maladroitement dans la vie, tandis que l’autre sait très bien ce que celle-ci lui réserve. Les souvenirs et les aspirations, les amis d’hier et les connaissances d’aujourd’hui se reflètent à distance dans les regards croisés de l’une et de l’autre. Le lendemain, elles se retrouvent dans le même train en direction de Lyon.
L’idée, assez géniale, fait d’entrée de jeu sauter le verrou du réalisme propre au cinéma français, et entraîne la comédie sentimentale hors de son orbite. Passé la surprise initiale, Sophie Fillières prend le parti (peut-être encore plus fou) de ne pas exploiter son argument de départ. Sans explorer tous les paradoxes temporels qui semblaient en découler, elle poursuit sur sa lancée sentimentale, comme si de rien n’était. Arrivées à Lyon, les deux Margaux tombent en même temps amoureuses du même homme, en la personne de Marc (Melvil Poupaud). A ceci près que la petite vit ce que la grande a déjà vécu.
Déraillements du langage
La relation amoureuse est alors cernée de part et d’autre de sa trajectoire par la conscience double des Margaux. Son commencement communique ainsi avec sa fin. Ce faisant, Sophie Fillières déjoue le risque du film-concept, prisonnier d’un pitch tapageur, pour plonger au cœur de ce que le sentiment amoureux a d’à la fois toujours nouveau et de toujours déjà joué.
Reste que le film a des airs de promesse non tenue. Mais son projet et son véritable intérêt se situent peut-être ailleurs. Le bégaiement du temps ici postulé correspond en mode mineur aux bégaiements de la langue, ces drôles d’expressions dont les déraillements secrets jalonnent notre existence.

Sophie Fillières prête ainsi une attention malicieuse et délectable à tout ce que nos propos ont de drolatique, de cocasse, d’incongru. De la copine qui ponctue toutes ses phrases par « genre » ou « trop pas », aux dérapages verbaux extravagants de la grande Margaux, le langage est le premier vecteur d’incongruité, la nasse dans laquelle nos sentiments, nos émotions et peut-être même toute notre existence, sont pris et trébuchent. C’est lui, en tout cas, qui donne aux choses un air de déjà-vu, nous rappelant que nos expériences ont déjà été vécues. Ou tout du moins « nommées ».
Film français de Sophie Fillières. Avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud, Lucie Desclozeaux, Laurent Bateau (1 h 35).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Ryoo Seung-wan use habilement des technologies numériques sans écraser la dimension humaine du drame que relate son épopée.
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« Battleship Island » : une fresque d’action dans une mine de charbon japonaise

Ryoo Seung-wan use habilement des technologies numériques sans écraser la dimension humaine du drame que relate son épopée.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 09h54
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR
L’île d’Hashima est une mine d’exploitation de charbon située au large de Nagasaki, au Japon. Durant la seconde guerre mondiale, de nombreux Coréens y furent envoyés dans ce qui ressemblait à un camp de travail forcé. Les conditions de vie et de labeur y étaient effroyables et les mineurs étaient régulièrement en butte au racisme des garde-chiourmes japonais.
Cet endroit est le décor de Battleship Island de Ryoo Seung-wan, qui y déploie une impressionnante fresque d’action peuplée de nombreux personnages. Au suspense initial (comment survivre dans cet enfer) vécu par une poignée de protagonistes (un musicien et sa petite fille, une petite frappe qui tente de prendre, à coups de poings, le leadership sur les travailleurs coréens…) s’en mêle un autre (un espion des services secrets américains qui s’infiltre dans la colonie pour en exfiltrer un dirigeant syndicaliste nationaliste).
Une des premières qualités du film réside d’abord dans cette capacité à donner vie et densité psychologique, de façon furtive mais efficace, à de nombreux protagonistes pourtant brossés à traits rapides. Battleship Island donne le sentiment d’une grande confusion au centre de laquelle le spectateur parvient pourtant à se faire un chemin, détaillant les différents types humains représentés.
De l’héroïsme à la lâcheté
Car là sans doute réside l’intérêt du film, dans une manière de décliner ce qui, dans des situations exceptionnelles, caractérise les réactions humaines, de l’héroïsme à la lâcheté en passant par la corruption, la servilité, l’égoïsme, la cupidité, la trahison. Collaborer ou résister, voilà les options qui, à des degrés divers, définiraient l’échantillon d’humanité composé par les personnages de Battleship Island et autour desquelles le film ménage quelques coups de théâtre.
Retrouvant les ficelles du film d’évasion peu à peu remplacées par le scénario d’un soulèvement spectaculaire des damnés de la mine d’Hashima, le film de Ryoo Seung-wan s’achève dans un long et spectaculaire chaos sanglant. Le bruit et la fureur parviennent à atteindre une convaincante dimension d’épopée, un souffle produit par l’usage d’une technologie numérique impressionnante qui ne néglige jamais pourtant, au risque d’un peu de pathos et d’emphase, la dimension humaine et morale du drame qui se joue.
Film coréen de Ryoo Seung-wan. Avec Hwang Jung-min, So Ji-sub, Lee Jung-hyun (2 h 12).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Le Japonais Kiyoshi Kurosawa, cinéaste de l’intime, se lance dans un stupéfiant exercice de science-fiction.
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« Avant que nous disparaissions » : face aux aliens, l’humanité perd ses derniers moyens

Le Japonais Kiyoshi Kurosawa, cinéaste de l’intime, se lance dans un stupéfiant exercice de science-fiction.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 09h52
 • Mis à jour le
14.03.2018 à 20h54
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Depuis Shokuzai (2012), l’œuvre de Kiyoshi Kurosawa, maître japonais des hantises domestiques, s’apparente de plus en plus à un laboratoire, où chaque nouveau film semble prendre la tangente du précédent. Succédant à un essai de fantastique banlieusard français (Le Secret de la chambre noire, 2016) et à un obsédant polar sous hypnose (Creepy, 2016), Avant que nous disparaissions investit le champ de la science-fiction eschatologique.
Le film est adapté d’une pièce de théâtre à succès du dramaturge Tomohiro Maekawa qui porte le même titre en japonais, Sanpo suru shinryakusha, et dont Kurosawa parle comme d’« une parodie des films de science-fiction des années 1950 ». Si la dérision n’est pas forcément le trait essentiel qu’en a retenu le cinéaste, elle n’en draine pas moins son imaginaire vers une pente fantaisiste et composite (celle de Real en 2013, déjà), qui confère au film une sidérante capacité de réinvention.
Avec son histoire d’invasion extraterrestre, Avant que nous disparaissions n’est pas sans évoquer L’Invasion des profanateurs de sépulture (1956), de Don Siegel, modèle du genre et jalon de la série B hollywoodienne à l’ère de la guerre froide. En se déployant sur plusieurs pistes parallèles, le récit entraîne Kurosawa hors de ce qui constitue sa scène privilégiée – le domicile japonais –, dans un chassé-croisé qui multiplie décors, actions et personnages.
Invasion imminente et inéluctable
Dans une ville située à proximité d’une base américaine, le massacre d’une famille et la disparition simultanée d’un particulier sèment le trouble. Ils sont le fait de trois individus étranges – un homme déphasé et deux adolescents violents –, qui se prétendent les émissaires d’une race extraterrestre, camouflés dans des corps humains d’emprunt. Isolés, ils cherchent à se réunir afin de déclencher une invasion, qu’ils annoncent imminente et inéluctable. Mais, en attendant, ils ont besoin de « guides » – des humains complices – pour les assister dans leurs manœuvres. Ils recrutent d’un côté Narumi, une épouse désabusée et submergée de travail, et de l’autre Sakurai, un journaliste sans scrupule et en quête de scoop.
Derrière cette trame, qui paraîtra peut-être datée, le film repose sur une idée passionnante, qui en complexifie singulièrement les enjeux et les représentations : les émissaires ont pour mission de récolter un maximum de concepts humains pour faciliter l’invasion qui vient. Une simple pression du doigt sur le front d’un interlocuteur suffit à en extraire de grands concepts généraux et structurants, desquels dépend toute l’organisation sociale, comme ceux de « famille », de « travail », de « foyer » ou d’« individualité ». Que serait une personne à laquelle il manquerait l’une de ces cases de pensée ? Comment le tissu social en serait-il affecté ?

C’est en mettant en scène ces interrogations que le film donne lieu à des passages stupéfiants. Une adolescente perd la notion de « famille » et, tout à coup, devient agressive avec sa grande sœur, envoie tout voler en éclats : sous la convention clanique ne gisent plus que le ressentiment et le dégoût. Un patron est délesté de la notion de « travail » et se met à sautiller comme un histrion sur ses bureaux, la domination sociale cédant le pas à une exultation régressive. La perte de ses fondements de pensée laisse l’humanité hébétée, aphasique, ou alors hurlant à la lune, comme sujette à une épidémie de démence.
En figurant ainsi une perte générale de sens, à l’échelle d’une société (voire du monde), Kurosawa confirme la stature existentielle de son cinéma, amorçant une pensée sur l’homme en postulant la raréfaction même de l’humain.
Compte à rebours apocalyptique
Le poste avancé de cette raréfaction, ce sont les personnages des trois émissaires, figures littérales de l’« aliénation » (les aliens), qui représentent, en quelque sorte, l’hypothèse du post-humain : leur insensibilité, leur indifférence, leur violence, leurs regards vides dessinent un stade terminal de sécession avec l’ancien régime sentimental de l’humanité.
Et, il ne faut pas s’y tromper, c’est bien une certaine tendance du modèle occidental que le film vise à travers eux. Kurosawa filme l’avènement des extraterrestres (l’invasion annoncée) comme une apocalypse apaisée, car déjà jouée, l’humanité individualiste s’étant elle-même coupée de tous ses moyens, et peut-être même du désir, de résistance.

        Lire aussi :
         

                Kiyoshi Kurosawa, le cinéaste de la destruction et de la renaissance



Avant que nous disparaissions n’en prend pas moins son argument de science-fiction au sérieux et s’engouffre dans une gradation de scènes toujours plus audacieuses (jusqu’à l’affrontement sidérant entre un homme et un avion). Jamais la caméra de Kurosawa ne s’était montrée jusqu’alors aussi mobile, aussi alerte, filant à travers le dédale de rues, se faufilant dans les recoins des installations urbaines, à coups de longs travellings haletants.
Mais la grande beauté du film tient surtout à son constant jeu d’échelle, entre, d’une part, le compte à rebours apocalyptique et, d’autre part, un récit beaucoup plus intime. Ce récit en filigrane, c’est celui d’un couple désuni auquel est offerte, au bord du gouffre, la possibilité de renaître – la conscience de l’homme fusionnant avec celle de l’extraterrestre qui l’habite.
Le film débouche alors sur une fin bouleversante, qui tourne autour du concept, ­insaisissable mais évident, de l’« amour ». La science-fiction rejoint alors le mélodrame pour percevoir en l’amour ce terme indivisible, incessible et pour tout dire « inaliénable » dont puisse encore dépendre l’humanité.
Film japonais de Kiyoshi Kurosawa. Avec Masami Nagasawa, Ryuhei Matsuda, Hiroki Hasegawa (2 h 09).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le documentariste Claus Drexel interroge des Américains de tous bords sur l’élection de Donald Trump, sans parvenir à donner une ligne à son film.
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« America » : une carte postale de l’Arizona

Le documentariste Claus Drexel interroge des Américains de tous bords sur l’élection de Donald Trump, sans parvenir à donner une ligne à son film.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 09h51
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’AVIS DU « MONDE » – POURQUOI PAS
A la télévision comme au cinéma, ces derniers mois ont vu fleurir pléthore de documentaires sur l’Amérique de Trump et cette déferlante risque de perdurer au-delà du mandat de l’actuel président des Etats-Unis. Après la sidération de l’élection, on comprend l’intérêt suscité par les électeurs du nouveau président et l’opportunité documentaire qui s’offre aux cinéastes désireux de rendre compte de leur quotidien et de leurs convictions. A son tour, le cinéaste d’origine bavaroise Claus Drexel pose sa caméra en Arizona, dans une petite ville que traverse la fameuse route 66, juste avant le second tour de l’élection présidentielle. Le documentaire s’égrène au rythme des témoignages de ces Américains souvent pro-Trump, parfois fervents défenseurs du port d’armes, et de quelques abstentionnistes ou électeurs de Bernie Sanders qui évoquent leur désarroi mais aussi le sentiment d’assister à une élection présidentielle aussi terrifiante que passionnante.
Ponctuant ces entretiens de vues fixes sur l’architecture de la ville ou sur des intérieurs très folkloriques, Claus Drexel nous présente le visage d’une Amérique pittoresque, plongée dans le passé, sans pour autant renouveler ou nous apprendre plus que tout ce qui a été dit jusque-là sur ces contrées rurales plongées dans un éternel déclin. La faute à un regard de documentariste reconduisant la stupéfaction stérile qui peut naître au contact de ces Américains aux opinions parfois extrêmes. Trop soucieux de fignoler sa carte postale, le réalisateur accumule confusément les entrevues sans leur donner une quelconque direction. L’ensemble fait l’effet d’être moins un documentaire qu’une énième visite touristique d’une destination à la mode.
Documentaire américain de Claus Drexel (1 h 22).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ A l’occasion de la sortie du film « Tomb Raider », Pixels revient sur les films adaptés de jeux vidéo attendus pour 2018 ou 2019.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Christian Bale, en ancien héros des guerres indiennes, domine ce western aux accents tragiques.
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« Hostiles » : l’envers du mythe fondateur américain

Christian Bale, en ancien héros des guerres indiennes, domine ce western aux accents tragiques.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 09h26
 • Mis à jour le
14.03.2018 à 17h47
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » - A voir
L’histoire des Etats-Unis s’est formée sur pellicule. L’épopée de la conquête, cruelle mais indispensable, a pris la forme du western. Par millions, les métallos et les couturières, les boulangers et les guichetières ont empli, des décennies durant, les salles de cinéma américaines pour voir les pionniers prendre possession du territoire sur ­lequel ils exerçaient désormais leur honnête profession, et l’aménager.
Comment représenter ce mythe fondateur aujourd’hui ? Sur un scénario inachevé de Donald Stewart (Missing, A la poursuite d’Octobre rouge), Scott Cooper a cherché l’Histoire sous la légende. La démarche n’est pas inédite – dès le début des années 1950, ­Delmer Daves entreprenait, avec La Flèche brisée, de redire la ­conquête, en prenant en compte la souffrance des peuples bannis de leur propre territoire. Elle se distingue ici par une rigueur presque calviniste, que le ­réalisateur fait contraster avec le lyrisme sensuel des terres traversées, puisqu’il s’agit d’une odyssée qui mène ses prota­gonistes du ­Nouveau-Mexique au ­Montana.
Archétypes et personnages complexes
Dans sa première moitié, ­Hostiles parvient à retrouver la simplicité des grands westerns tragiques, mettant aux prises des figures qui sont à la fois des ­archétypes et des personnages complexes, luttant pour un enjeu qui les dépasse. A mi-parcours, le film de Scott Cooper se met à ­accumuler des épisodes, qui tous visent à étayer la thèse déjà ­esquissée par le seul mou­vement du récit. Alourdi, le film n’en ­conserve pas moins sa part de grandeur.

        Lire aussi :
         

                A l’affiche du western « Hostiles », Christian Bale, l’acteur-éponge



Au Nouveau-Mexique, le ­capi­taine Joseph Blocker ­ (Christian Bale) se morfond dans un fort où sont incarcérés ­quelques guerriers apaches. ­Ancien combattant de toutes les guerres indiennes, il a massacré les Sioux à Wounded Knee, pourchassé les Cheyennes jusqu’à la disparition de leur nation. Au bord de la retraite, il passe ses soirées à lire La Guerre des Gaules dans le texte et ses journées à pourchasser les évadés qui ­tentent de rejoindre la réserve apache.
On est en 1892, et l’armée des Etats-Unis n’a plus besoin de cette génération d’officiers qui pensaient, comme le général Sherman, que le seul bon Indien est un Indien mort. Comme pour lui faire sentir son obsolescence, le supérieur hiérarchique de ­Blocker lui confie, pour ultime mission, la tâche de convoyer le chef cheyenne Yellow Hawk ­ (­Wes Studi) jusque sur le territoire de ses ancêtres, dans le Montana. Yellow Hawk est mourant, et le président Benjamin Harrison a décidé de faire un geste en direction de la minorité qui s’agite en faveur des droits des premiers ­occupants.
Colère et remords
Blocker accepte de mauvaise grâce, et se met en route avec ­Yellow Hawk, sa femme et ses enfants ainsi qu’une petite escorte. Ils recueillent bientôt Rosalee Quaid (Rosamund Pike), qui vient de perdre mari et enfants, tués par une bande de renégats ­coman­ches. Dans ces premières séquences, on retrouve des ­figures familières du western – l’attaque de la ferme, le cheminement à travers des reliefs trop grands pour ceux qui y passent. La lumière brute du chef opérateur Masanobu Takayanagi ­confère une immédiateté quasi documentaire aux images numériques des paysages que les personnages en costume ­traversent comme des fantômes.
Avec une minutie qui n’entrave pas pour autant le mouvement, Scott Cooper évoque les fractures qui divisaient les Indiens, ici entre Cheyennes et Comanches, ou cette étrange organisation qu’était l’armée des Etats-Unis à la fin du XXe siècle, gendarme de son propre territoire avant de ­devenir celui du monde.

En criminel de guerre chez qui se fait jour la conscience de sa faute, Christian Bale puise dans ses inépuisables ressources de colère, de remords. C’est lui qui, lorsque Hostiles perd le rythme ­ample qui est celui de sa première partie, permet au film de garder sa cohérence. Dans les épisodes égrenés au long de la seconde ­partie (succession de rencontres sanglantes entre la petite troupe et les nouveaux maîtres de la terre, trappeurs ou fermiers), ­celui qui met Blocker, certain de n’avoir jamais failli à l’honneur, face à un ancien combattant des guerres indiennes qui vient de massacrer une famille de pionniers, reste le plus convaincant. Dans le rôle du tueur en série, Ben Foster oppose une vitalité ­morbide à la lassitude du ­capi­taine. La question implicite que pose Hostiles est alors clairement formulée : comment faire émerger la paix et la justice d’un passé criminel ?
Film américain de Scott Cooper. Avec Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi (2 h 13).



                            


                        

                        

