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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Des milliers de manuscrits passent entre leurs mains. Souvent surdiplômés, sous-payés, les lecteurs accomplissent une tâche essentielle, mais parfois ingrate, dans le processus de publication.
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Les « orpailleurs » des maisons d’édition, des lecteurs qui passent au tamis tous les manuscrits

Des milliers de manuscrits passent entre leurs mains. Souvent surdiplômés, sous-payés, les lecteurs accomplissent une tâche essentielle, mais parfois ingrate, dans le processus de publication.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 17h41
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

Chaque jour, trente à quarante manuscrits arrivent par la poste chez Gallimard. Leurs auteurs, jusqu’à 8 000 par an, espèrent être publiés dans la collection « Blanche », le nec plus ultra de l’édition. Des montagnes de projets de romans enveloppés dans du papier kraft se reforment quotidiennement. La personne chargée du tri lit en diagonale tout ce qui arrive dans la journée. Secoue les manuscrits pour en faire tomber une fleur séchée ou un ticket de métro et éviter d’être accusée de ne pas avoir lu l’œuvre de A à Z. Il s’agit d’effectuer à vive allure une sélection entre les ouvrages qui ne sont pas aboutis, ceux qui ne correspondent pas à la maison, les très mauvais, les moyens et les rares excellents.
Environ 10 % à 15 % des manuscrits filtrés par ce premier tamis seront confiés à des lecteurs. Une armada de professionnels, dont le travail consiste à lire pour les grands éditeurs une masse de manuscrits pour ne conserver que ce qui pourra être publié. « J’ai trouvé des pépites formidables », raconte Ludovic Escande, lecteur et éditeur chez Gallimard. « C’est au courrier qu’ont été découverts les romans de Tristan Garcia, Aurélien Bellanger, David Foenkinos ou Joy Sorman… et même L’Art français de la guerre, le premier roman d’Alexis Jenni, le Goncourt de 2011. »
Le salon Livre Paris, qui se tient jusqu’au 19 mars, permet un coup de projecteur sur ces lecteurs sous-payés, qui jouent, dans l’ombre, un rôle essentiel dans le processus de publication. Lire un manuscrit, en rédiger un résumé et une fiche argumentée sur l’intérêt ou non de le publier n’est rémunéré qu’entre 30 et 60 euros, selon le nombre de pages. Seuls les 640 lecteurs du Centre national du livre (CNL) perçoivent jusqu’à 150 euros pour expertiser chaque année, dans le cadre des aides à la traduction, près de 2 500 ouvrages en langue originale et en français. Impossible de vivre de cette activité, même pour les lecteurs les plus compulsifs.
Très...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Longtemps, les Français ont considéré le livre audio comme étant réservé aux non-voyants. Mais sur ce marché dominé par Hachette, de nouveaux acteurs comme la Fnac et Editis vont se lancer.
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Le livre audio, nouveau relais de croissance pour l’édition

Longtemps, les Français ont considéré le livre audio comme étant réservé aux non-voyants. Mais sur ce marché dominé par Hachette, de nouveaux acteurs comme la Fnac et Editis vont se lancer.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 11h00
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

A l’instar des Etats-Unis, de l’Allemagne, de la Suède ou de la Grande-Bretagne, un soudain tropisme se fait jour pour le livre audio en France. De nouveaux acteurs (comme la Fnac ou Editis) s’apprêtent à se lancer sur un marché dominé par Hachette (Audiolib). Gallimard et Amazon (Audible) sont déjà bien implantés et tant Apple (iTunes) que Google (Google Play Livres Audio) essaient de s’y faire une place.
Une effervescence rare dans le domaine morose de l’édition – dont les ventes ont légèrement baissé de 1,2 % l’an dernier à 4 milliards d’euros selon l’institut GFK – qui tient au fait que ce micromarché semble très porteur, grâce à l’engouement pour les téléchargements numériques. Au niveau mondial, l’association des éditeurs audio l’estime à 2,1 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros), en hausse de 18,2 % par rapport à 2016.
« Livres parlants »
Selon Valérie Lévy-Soussan, PDG d’Audiolib, « dans le numérique, le marché français connaît une croissance à deux chiffres. Nos volumes globaux ont progressé de 50 % entre 2014 et 2017, grâce aux téléchargements de livres, qui ont été multipliés par 2,8, tandis que les ventes de CD se maintiennent ».
Il est possible d’écouter « Du côté de chez Swann de Proust », lu par André Dussollier, sur son vélo ou en faisant de la course à pied.
Pendant longtemps, les Français ont considéré que ces livres étaient réservés aux non-voyants, ou à ceux qui n’aimaient pas ouvrir un ouvrage. Mais ces préjugés tendent à disparaître doucement, et le marché reste à conquérir. Le nombre de titres enregistrés augmente, ce qui permet d’écouter Du côté de chez Swann de Proust, lu par André Dussollier (Audible), ou La Chambre claire de Roland Barthes, récitée par Daniel Mesguich (Audiolib), tout en faisant du vélo, de la course à pied ou en restant calé dans un canapé.
Les Editions des femmes-Antoinette Fouque avaient lancé la première collection en France de « livres parlants »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ L’auteur revisite les contes occidentaux pour raconter la surprenante relation d’une petite fille et d’une créature aux longues cornes. Rencontre avec cet autodidacte féru d’animaux à l’occasion du Salon du livre de Paris.
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« L’Enfant et le Maudit » : Nagabe, le mangaka qui fait cavalier seul

L’auteur revisite les contes occidentaux pour raconter la surprenante relation d’une petite fille et d’une créature aux longues cornes. Rencontre avec cet autodidacte féru d’animaux à l’occasion du Salon du livre de Paris.





Le Monde
 |    17.03.2018 à 10h00
    |

                            Alexis Orsini





Au cœur de la forêt, entre les grands arbres qui semblent tutoyer les cieux, une frêle silhouette blanche jure avec l’obscurité ambiante. Au premier abord, on pourrait croire que cette petite fille blonde se balade seule. Mais la jeune Sheeva est en réalité accompagnée de celui qu’elle surnomme affectueusement « Professeur », une créature cornue et noire comme la suie, qui se fond dans le décor.
Sheeva a pour interdiction formelle de toucher son protecteur, sous peine d’être « maudite », comme lui, et de se transformer en monstre. Pourquoi ces deux êtres cohabitent-ils alors que tout les oppose ? Le Professeur se résoudra-t-il à avouer à la petite fille qu’elle a été abandonnée et que sa tante, dont elle attend le retour, ne viendra jamais la chercher ?
En quelques planches d’une grande simplicité, servies par un style graphique épuré, volontairement avare en dialogues, Nagabe pose l’ambiance et les enjeux de L’Enfant et le Maudit.
« Mes personnages galopent librement »

   


Le jeune auteur, 24 ans, de passage en France à l’occasion du Salon du livre de Paris et d’une tournée de dédicaces, admet volontiers que le mystère entourant ses deux héros l’oblige lui-même à naviguer à vue : « Avant de commencer L’Enfant et le Maudit, je m’étais fixé plusieurs idées, mais je ne m’y tiens pas toujours car les personnages évoluent à leur gré, avec une certaine liberté. »
Comme dans ce passage du premier volume, où le Professeur tente d’aider Sheeva, blessée, à marcher. Comment faire pour lui prêter main-forte sans la toucher ? Le maudit finit par lui tendre le manche de son parapluie, qui s’impose comme un substitut inattendu.
« Je n’avais pas du tout pensé à cette scène au début, mais c’est en commençant à dessiner le paysage que mes personnages se sont mis à faire ça. […] Sheeva et le Professeur sont très libres, ils sont comme des chevaux qui galopent dans une plaine : dans ma tête, ils galopent librement, et j’ai parfois du mal à les rattraper ! »
La métaphore animale s’impose naturellement dans l’esprit de Nagabe : son œuvre entière repose sur des créatures aux caractéristiques bestiales ou anthropomorphes. Son premier manga, Buchou wa Onee (inédit en France), raconte ainsi le quotidien d’un dragon-patron en costume cravate, respecté de ses pairs japonais. Ceux-ci ignorent toutefois qu’il passe ses soirées dans un bar en tant qu’hôtesse, aux côtés d’autres serveurs musclés vêtus de minijupes et perchés sur de haut talons… Nagabe était le premier à s’interroger sur le potentiel commercial du titre, comme il le confiait en 2017 au site Pixivision : « Vu que le héros est un dragon baraqué et travesti, je me suis demandé si ce type de manga marcherait bien dans un magazine [rires]. »
Un auteur repéré sur Twitter

   


Outre son style graphique singulier, Nagabe a en effet pour autre particularité d’avoir été repéré sur Internet, très jeune, par une maison d’édition, séduite par ses dessins amateur.
« J’avais l’habitude de poster des illustrations sur [la plate-forme de partage artistique] Pixiv comme sur Twitter quand j’étais encore étudiant à l’université. En deuxième année de fac, un éditeur a repéré mes dessins et m’a proposé de réaliser un manga à partir des illustrations que j’avais publiées. C’est ainsi que j’ai pu publier mon premier manga professionnel alors que j’étais encore étudiant. »
S’il envisageait de signer quelques mangas en tant qu’amateur, l’idée de devenir professionnel n’avait jusque-là jamais traversé l’esprit de ce passionné de dessin, qui a fait ses premières armes à l’enfance, en recopiant ses héros préférés. Au collège, il se met à inventer ses propres personnages. Et pas n’importe quel type : des kemonomimi, ces figures humaines emblématiques de la pop culture japonaise, reconnaissables à leurs caractéristiques animales plus ou moins marquées, comme des oreilles de chat ou une queue de chien.
Après avoir commencé à publier L’Enfant et le Maudit sous la forme d’un dôjinshi (un recueil de mangas amateurs), la sortie de Buchou Wa Onee l’amène à reconsidérer ses envies :
« Lorsque j’ai eu en main mon premier manga en volume relié, j’étais très content mais, en même temps, frustré, parce que je trouvais que la qualité n’était pas au rendez-vous, que je pouvais encore améliorer plein de choses… C’est seulement à ce moment-là que je me suis dit : “Pourquoi ne pas devenir un mangaka professionnel ?” »
« Je suis frustré de garder ces personnages séparés »

   


Le défi est de taille, à plusieurs titres. D’abord parce qu’il devient ainsi le maillon d’une longue chaîne d’intermédiaires, alors qu’il travaillait jusque-là seul, sans pression extérieure. Ensuite parce que Nagabe se trouve obligé d’acquérir un attribut jusque-là manquant : la capacité à dessiner des décors.
Pour pallier cette lacune, il s’abreuve du maximum d’influences graphiques, dont les œuvres de l’illustratrice américaine Tasha Tudor, dont il s’inspire pour donner vie aux nombreux jardins et maisons qui parsèment le monde de L’Enfant et le Maudit. L’interdiction formelle de contact entre Sheeva et le Professeur complique aussi les choses :
« Quand vous dessinez deux personnages qui vivent ensemble et s’apprécient, on a vraiment envie qu’ils se touchent, qu’il y ait un contact entre les deux… Plus je dessine, plus je ressens de frustration à les montrer aussi détachés l’un de l’autre, alors que j’aimerais renforcer leurs liens ! »
Enfin, avec L’Enfant et le Maudit, le mangaka débutant doit non seulement apprendre à imaginer un scénario mais aussi à maintenir l’intérêt périodique de ses lecteurs à la parution de chaque nouveau chapitre. Une gageure quand on choisit de raconter le quotidien tranche-de-vie d’une petite fille et de son protecteur : « Pour moi, c’est très difficile de concevoir le scénario ! […] Depuis que je suis devenu mangaka professionnel, je passe mon temps à acheter les mangas d’autres auteurs pour voir comment faire pour garder les lecteurs en haleine, pour y trouver des astuces… »
Un manga « silencieux »

   


Sans surprise, le jeune artiste est aussi fin connaisseur des héros anthropomorphes européens, qu’il s’agisse des Moomins, ou des animaux mis en scène par le duo espagnol Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido dans la célèbre bane dessinée Blacksad, qu’il aime beaucoup. L’artiste, habitué à dessiner son manga avec des feutres standard, disponibles dans n’importe quelle supérette de quartier, accorde un soin particulier au style graphique inhabituel de L’Enfant et le Maudit, plus proche d’un album illustré que d’un manga.
Cette particularité joue pour beaucoup dans son ambiance souvent contemplative, mais jamais ennuyeuse, grâce à un rythme et un sens du rebondissement particulièrement maîtrisés. L’auteur s’essaye en outre à une forme de narration novatrice :
« J’essaye d’utiliser le moins possible d’onomatopées, parce que je veux que mon manga soit silencieux. Au-delà de son style graphique, c’est peut-être ça sa plus grosse différence [avec les autres mangas], sans compter le fait que je réalise tout moi-même, sans assistant. »
Dernièrement, Nagabe s’est notamment essayé à un nouvel exercice avec Daisy Mata Ashita, une histoire courte publiée dans un recueil (inédit en France) consacré aux histoires d’amour entre des humains et des non-humains. Il y raconte la relation improbable d’une petite fille handicapée, qui ne peut pas marcher, et d’un corbeau géant, pour montrer « comment deux être qui ne parlent pas la même langue peuvent communiquer leur affection de façon non verbale ».
Si sa carrière ne fait que commencer, Nagabe envisage-t-il un jour de réaliser un manga totalement dénué d’animaux ou de créatures de son invention ? « Jamais ! Il faut absolument qu’il y ait un animal dans mes mangas, parce que je les aime ! Et puis, on trouve déjà plein de mangas dont les héros sont des humains… […] Créer ces personnages, ça représente une forme de liberté pour moi. »




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Chaque samedi, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nancy Pena.
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Article sélectionné dans La Matinale du 16/03/2018
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« Le chat Madame, grand reporter », par Nancy Pena (épisode 38)

Chaque samedi, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nancy Pena.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 07h05
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Fantômas, « SAS » ou « Détective » y cotoient les archives des grandes et petites affaires judiciaires. Seul lieu consacré à l’univers du crime sur papier, la Bilipo – Bibliothèque des littératures policières – a, pour la première fois, une carte blanche au Salon du livre.
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Descente à la Bilipo, la caverne des littératures policières 
                  
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Le Monde
 |
                  16.03.2018 à 14h34
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 15h31


Fantômas, « SAS » ou « Détective » y cotoient les archives des grandes et petites affaires judiciaires. Seul lieu consacré à l’univers du crime sur papier, la Bilipo – Bibliothèque des littératures policières – a, pour la première fois, une carte blanche au Salon du livre.

Par                             Pierre Sorgue





                     
L’ascenseur s’ouvre sur Humphrey Bogart, ­chapeau mou et costard-cravate, qui tire sur sa clope en vous fixant de son regard à la fois ironi­que et mélancolique. La ­silhouette cartonnée, relique d’une exposition passée, est oubliée ici, de guingois, entre une armoire métallique et des cartons à dessins. Le héros est fatigué. Au rez-de-chaussée, c’est ­Fantômas, plus reluisant, en haut-de-forme et en frac sur la célèbre affiche de la Gaumont où il piétine les toits de Paris et son Palais de ­justice, qui accueille le visiteur dans cette Bibliothèque des littératures policières et d’espionnage, dont l’acronyme (Bilipo) fleure bon les facéties littéraires des Queneau, Perec et autres membres de l’Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo), d’ailleurs admirateurs enthousiastes du bandit masqué. Au cœur du Quartier latin, cette bibliothèque est un sanctuaire de héros.

Ce week-end, le Salon du livre accorde pour la première fois « une scène » au polar, genre le plus lu en France, et a invité la Bilipo pour une carte blanche durant trois jours. Fantômas rôde donc aussi du côté de la porte de Versailles. Ce vendredi 16 mars, des universitaires (Loïc Artiaga, Carole Aurouet, ­Dominique Kalifa) devaient rappeler que le personnage imaginé par Souvestre et Allain à la veille de la Grande Guerre, premier héros récurrent en France (32 épisodes et cinq millions de volumes vendus entre 1911 et 1913), vénéré par les surréalistes, fut bien plus violent et transgressif que son adaptation dans les comédies gentillettes avec Jean Marais et Louis de Funès. Samedi 17 mars, la Bilipo doit présenter les quatre auteurs sélectionnés pour « Les mordus du polar », un prix décerné par les enfants qui fréquentent les bibliothèques de Paris. Dimanche, elle recevra les frères Emmanuel et Jérôme Pierrat, l’un avocat, l’autre journaliste, qui évoqueront quelques affaires criminelles à travers des pièces à conviction (la cuisinière de Landru, la moto du juge Michel, les cordelettes...





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Descente à la Bilipo, la caverne des littératures policières
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Un apéro avec Cécile et Bernard Pivot : « Creuse. Dis de quoi la lecture t’a sauvée »


                      Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. Journalistes et lecteurs, le père et la fille cosignent un ouvrage sur… l’amour des livres. Echanges devant un café.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 14h33
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 06h45
    |

            Raphaëlle Leyris








                              

                        

Pour la photo, et parce qu’il n’est pas tout à fait 11 heures, les Pivot père et fille sont en train de boire un café. La rencontre ne s’annonce pas partie pour s’inscrire dans la lignée éthylique des plus célèbres épisodes d’« Apostrophes », ceux dont les gens parlent souvent à l’homme qui présenta l’émission de 1975 à 1990.
Soit, dans l’ordre chronologique : la fameuse interview, le 30 mai 1975, de Vladimir Nabokov, le seul dans toute l’histoire à avoir reçu en amont les questions, auxquelles il répondait en sirotant du thé – lequel, on l’apprit plus tard, était en réalité du whisky dissimulé dans une théière (Bernard Pivot rit encore en mimant : « Encore un petit peu de thé, monsieur Nabokov ? »). Soit, encore, le célébrissime passage, le 22 septembre 1978, de Charles Bukowski : après avoir bu trois bouteilles de sancerre au goulot en direct, insulté tous les autres invités et passé la main sous la jupe de l’écrivaine Catherine Paysan (#balancetonbuk), l’Américain quitta le plateau en titubant. Sans oublier les confidences de Marguerite Duras, le 28 septembre 1984, sur l’alcoolisme : « On boit parce que Dieu n’existe pas. »
Rien de tout ça, a priori, au programme ce jour-là. Par un respect quasi professionnel de journaliste pour le concept « apéro » de la rencontre, Bernard Pivot opte quand même pour un Martini rouge. Après avoir hésité à le suivre, sa fille Cécile (qui a pioché dans l’héritage génétique paternel nez et vivacité du regard, c’est frappant) fait finalement, comme nous, le sage choix d’un jus de fruits. Nous n’aurons donc pas l’occasion d’échanger sur le vin avec le natif de Lyon, porte-étendard de la région du Beaujolais, auteur d’un Dictionnaire amoureux sur le sujet (Plon, 2006).
Lire assis à table
De toute façon, on est là pour parler littérature. Là, c’est-à-dire au Fumoir, à Paris, tout près du Louvre, où les lumières tamisées et les canapés Chesterfield semblent inviter à se prélasser...




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Le marché du livre d’occasion a été redynamisé grâce au développement des plates-formes de vente en ligne. Cette révolution numérique a aussi tiré les prix vers le bas, estime le sociologue Vincent Chabault dans une tribune au « Monde ».
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édition abonné


« Le livre est aujourd’hui pris en charge par “la France du Bon coin” »

Le marché du livre d’occasion a été redynamisé grâce au développement des plates-formes de vente en ligne. Cette révolution numérique a aussi tiré les prix vers le bas, estime le sociologue Vincent Chabault dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    16.03.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 15h52
    |

Vincent Chabault (Sociologue)







                        



                                


                            
Tribune. Préoccupés par l’essor du livre numérique, les éditeurs français n’ont pas prêté attention aux mutations du marché de l’occasion. Son extension, sous l’effet du développement des plates-formes, modifie les normes du rapport marchand que les lecteurs entretiennent au livre.
La crise économique de 2008 a déplacé certaines dépenses des Français vers le marché de seconde main
Méconnu, le marché du livre d’occasion est central pour la circulation de l’imprimé. Les consommations des lecteurs sont estimées depuis peu par le ministère de la culture : plus d’un acheteur de livres neufs sur quatre acquiert aussi des volumes d’occasion ; près de deux livres achetés sur dix le sont sur le marché de seconde main. Concernant la littérature dans plus de la moitié des cas, l’achat du livre d’occasion, dont le prix moyen est de 4,20 euros, est un livre de poche dans 40 % des cas. Enfin, les lieux d’achat sont les plates-formes numériques (50 %), les librairies (10 %), puis les brocantes, les marchés et les boutiques caritatives.
Le dynamisme du marché s’explique par trois facteurs. L’essor des plates-formes de vente en ligne a démocratisé les pratiques marchandes des particuliers pour l’achat comme pour la revente. La crise économique de 2008 a également déplacé certaines dépenses des Français vers le marché de seconde main. Enfin, le livre, comme le prêt-à-porter ou l’ameublement, est aujourd’hui concerné par les nouvelles valeurs de consommation axées sur la circulation et le réemploi des biens durables.
Planche de salut
Dans ce contexte, le marché du livre d’occasion est traversé par plusieurs logiques. D’une part, sa transformation numérique déplace les transactions sur Internet. Aujourd’hui, n’importe quelle librairie d’occasion réalise une part substantielle de ses ventes sur le Web, qui a constitué, même à contrecœur, une planche de salut pour ces indépendants. D’autre part, de nouveaux détaillants sont apparus en revendiquant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ La chronique BD de Kidi Bebey. Deux garçons cherchent un oiseau qu’ils croient avoir blessé… et découvrent une vieille femme. Une aventure à la fois réaliste et pleine de mystère.
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Chronique

Album jeunesse : un drôle d’oiseau à Porto-Novo

La chronique BD de Kidi Bebey. Deux garçons cherchent un oiseau qu’ils croient avoir blessé… et découvrent une vieille femme. Une aventure à la fois réaliste et pleine de mystère.

Par                Kidi Bebey



LE MONDE
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        Le 16.03.2018 à 13h50

     •
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        Mis à jour le 16.03.2018 à 15h02






    
« Le Lance-pierres de Porto-Novo », de Florent Couao-Zotti et Alexandra Huard, publié aux éditions Sarbacane.
Crédits : Sarbacane


Chronique BD. Articles, textes dramatiques, scénarios, romans… Florent Couao-Zotti écrit comme il respire. « C’est d’autant plus important que je n’ai pas d’autre métier ! » fait-il remarquer dans un éclat de rire. L’auteur béninois est repéré au milieu des années 1990, lorsqu’il signe une pièce de théâtre, Ce soleil où j’ai toujours soif (L’Harmattan, 1995), puis le premier roman qui le fait entrer sur la scène littéraire, Notre pain de chaque nuit (Le Serpent à plumes, 1998). Depuis, il a aligné avec régularité une douzaine d’autres textes dans des genres divers – nouvelles, romans, polars – et destinés à des publics de tous les âges, notamment aux adolescents pour son fameux Charly en guerre (Dapper, 2001), qui évoque la problématique des enfants soldats.
Avec Le Lance-pierres de Porto-Novo, Couao-Zotti propose, cette fois, un album pour les plus jeunes, planté dans le décor de la capitale du Bénin, où il est installé depuis une quinzaine d’années. « J’avais envie, explique-t-il, de faire voir et de réinventer les lieux emblématiques de Porto-Novo. Je n’en suis pas originaire, mais je porte cette ville dans mon cœur depuis les vacances que j’y passais, enfant, auprès de l’un de mes oncles. Alexandra Huard, l’illustratrice à l’origine du projet, est venue plusieurs fois au Bénin et a été fascinée par les couleurs du pays. Elle m’a donné l’occasion de me raccorder un peu à mon enfance, que je ne parvenais plus à raconter dans mes textes. »
Chenue, étrange et solitaire
Deux garçons partent à la recherche d’un bel oiseau qu’ils croient avoir mortellement blessé à coups de pierres. Mais au lieu du volatile soudainement disparu, c’est une vieille femme qui attire leur attention. Les deux pourraient bien, en effet, former une seule et même personne. Ne dit-on pas que, « lorsqu’ils reçoivent de trop gros coups, les oiseaux se transforment en humains pour supporter le choc et éviter d’en mourir » ? Se sentant aussi intrigués que coupables, les deux garçons vont suivre la vieille dans les rues de la ville, jusqu’à sa maison.

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Ils découvrent alors avec stupéfaction que sa cour abrite une véritable volière où les oiseaux viennent par dizaines, paradant et voletant, échangeant avec elle comme des humains au sein d’une cour de notables. Et si la vieille était une dangereuse sorcière, comme le murmurent les mauvaises langues du quartier ? D’ailleurs, la rumeur ne cesse d’enfler, les adultes s’inquiètent de ce que cette femme chenue, étrange et solitaire pourrait faire aux enfants qui sont entrés chez elle. Ils s’en alarment tant qu’ils préviennent la police. Et les gendarmes embarquent la pauvre vieille, sans autre forme de procès. Que va-t-il lui arriver ?

    
L’auteur Florent Couao-Zotti et l’illustratrice Alexandra Huard ont choisi la capitale du Bénin comme cadre de leur album jeunesse « Le Lance-pierres de Porto-Novo ».
Crédits : Sarbacane


Le travail chatoyant d’Alexandra Huard accompagne subtilement la magie du texte de Florent Couao-Zotti et ajoute à l’émotion de cette petite enquête, à la fois réaliste et pleine de mystère. « J’adore son trait et ses couleurs, dit l’écrivain. Elle a mis en images ce que je souhaitais : qu’un enfant lisant ce livre puisse se dire qu’un petit jeu peut être le début d’une aventure… qui elle-même peut devenir grave. De plus, les oiseaux appartiennent à notre environnement. On peut les admirer, jouer avec eux, sans pour autant les agresser, car leur mouvement dit l’ailleurs, le reste du monde. Leur mouvement est poésie. »
« Les enfants nous font avancer »
Comme dans ces contes où d’une petite chose presque sans importance peut naître une catastrophe, un simple caillou lancé avec maladresse risque bien de conduire à la mise à mort d’une grand-mère dont le seul tort est de vivre différemment des autres gens. A moins que les garçons, prenant conscience de la portée de leur acte, ne parviennent à mettre un terme à la folie des hommes…
« Les enfants savent mieux que nous qu’il ne faut pas toujours se fier aux apparences, rappelle Florent Couao-Zotti. Cette vieille femme que l’on accuse de sorcellerie est en réalité une âme en peine. Les deux garçons de mon histoire comprennent qu’il faut la défendre ou compatir à son sort au lieu de l’isoler comme le font les adultes, qui la mettent au ban de la société. On dit que les enfants sont naïfs, mais ce sont eux, en réalité, qui nous font avancer. »

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Finalement libérée, la vieille offre aux garçons ces paroles de sagesse : « Le plus fort n’est pas celui qui possède une arme mais celui qui choisit de ne pas l’utiliser. » En refermant le livre, le lecteur soulagé se rassure : l’oiseau n’est pas mort, mais la peur s’est envolée. Reste ce lance-pierre de Porto-Novo, sur lequel est gravée l’image d’un masque de cérémonie guèlèdè. Une image complexe et ambivalente, comme le cœur tiraillé des êtres humains.
Le Lance-pierres de Porto-Novo, de Florent Couao-Zotti et Alexandra Huard, éditions Sarbacane (octobre 2017).


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Ce genre typiquement japonais, dans lequel les héros doivent lutter pour leur survie à tout prix, est exubérant et sans limite. Sélection des grands classiques et des nouveautés qui méritent le détour.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Alors que s’ouvre le Salon Livre Paris, qui met à l’honneur la Russie, le traducteur et poète revient sur son travail de passeur de la littérature russe en France.
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André Markowicz : « Traduire, c’est rendre compte de la matérialité de la langue »

Alors que s’ouvre le Salon Livre Paris, qui met à l’honneur la Russie, le traducteur et poète revient sur son travail de passeur de la littérature russe en France.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 10h56
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 12h30
    |

            Cécile Bouanchaud








                        



   


Mettre la Russie à l’honneur au moment où le torchon brûle entre les capitales occidentales et Moscou relève de la gageure pour le Salon Livre Paris. La plus grande manifestation littéraire de France ouvre ses portes au public à la porte de Versailles, vendredi 16 mars, pour se terminer lundi. Préparé depuis des mois, le Salon Livre Paris met en avant le renouveau des lettres russes, en invitant trente-huit auteurs russes, dont Ludmila Oulitskaïa, lauréate du prix Médicis étranger en 1996.

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Le traducteur André Markowicz, qui a retraduit tout Fiodor Dostoïevski (1821-1881), est un passeur de la littérature russe en France ; il revient sur son travail et l’impossibilité de traduire une œuvre « dans l’absolu », emmenant ainsi le lecteur « entre deux mondes ».

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Quelles sont les grandes règles de tout travail de traduction ?
Le premier principe, c’est qu’il n’y a pas de principe. Si je devais en trouver, je dirai que c’est rendre sensible à autrui la lecture que je fais d’un texte. C’est une lecture appliquée, la traduction doit rendre compte de la structure du texte et doit prendre en compte tous les éléments de cette construction, c’est particulièrement vrai pour le style. Traduire, c’est rendre compte de la matérialité de la langue.
Les textes que je traduis n’ont pas été pensés en langue française, donc ils ne doivent pas répondre à des règles d’une langue littéraire française préétablies. La traduction est un exercice d’accueil et d’enrichissement des possibilités de la langue française. On ne peut pas juger un texte traduit en fonction de lois qui ne sont pas les siennes.
C’est pour cela que j’ai traduit les œuvres complètes de Dostoïevski, pour que le lecteur puisse s’habituer, qu’il comprenne que ce n’est pas la langue de San Antonio, par exemple, et qu’il n’y a pas à comparer. C’est pour cela que je traduis par cycle, par grands ensembles, aucun livre séparé ne peut exister.
Qu’est-ce qui vous anime dans le travail de traduction ?
Ce qui me plaît, c’est le travail sur la langue. Ou plutôt, le travail sur les langues, celle au départ et celle à l’arrivée. La traduction, c’est toujours un entre-deux, on est ni là ni ailleurs. Il ne faut jamais penser que le livre en français d’un auteur russe équivaut au livre russe. Aucune traduction n’existe d’une façon absolue, c’est à chaque fois des interprétations, des tentatives, non pas pour passer d’un monde à l’autre, mais pour faire comprendre au lecteur que l’on est entre deux mondes.
Je décris cela dans mon nouveau livre, L’Appartement [Inculte], dans lequel j’explique comment un traducteur vit entre deux mondes, entre deux temps, en l’occurrence entre la Russie et la France. La traduction est un lieu physique, qui redevient un lieu mental, puis un nouveau lieu physique.
Est-ce que cela n’est justement pas frustrant de ne jamais pouvoir traduire un texte dans son « absolu » ?
Il ne faut pas prendre cette situation de déplacement comme quelque chose de tragique, mais comme quelque chose de l’ordre de la nature : c’est comme ça. Comme quand il pleut, ce n’est ni bien ni mal, c’est comme ça. Il y a toujours de la frustration et du renoncement. Mais que voulez-vous, plus le temps passe, plus je m’aperçois qu’il y a des personnes plus jeunes que moi, c’est frustrant, mais qu’est-ce que je peux y faire ? Je me plains beaucoup ou je pleure.
Qu’est-ce qui est constitutif de la culture russe et qui vous pose des difficultés en tant que traducteur ?
J’ai commencé à traduire Dostoïevski avec L’Adolescent. Ce personnage a une idée : il veut être Rothschild, non pas pour être l’homme le plus riche du monde, mais pour être l’homme le plus libre. Car Rothschild est le seul à pouvoir faire ce qu’il veut ou à ne pas le faire. La liberté russe, ce n’est pas la liberté de l’action, c’est un accord libre et sans contrainte avec un ordre préexistant. Un Occidental américanisé a du mal à comprendre cette idée. Par ailleurs, dans la culture russe, la prise en compte de l’individu n’existe pas, elle est toujours secondaire.
Un autre exemple que l’on retrouve dans la culture russe : dans la vie de tous les jours, il y a une exacerbation des sentiments et des choses, une sorte de violence extrême et en même temps une sorte de grande chaleur humaine. Une confrontation tragique entre la conscience de l’histoire et la conscience de la valeur d’une vie humaine, dans laquelle Fiodor Dostoïevski n’entre pas, à l’inverse de Léon Tolstoï, Mikhaïl Boulgakov ou Vassili Grossman.
Dans La Fille du capitaine, d’Alexandre Pouchkine, quand Pougatchev prend une forteresse et va pendre les officiers de celle-ci, les hommes chargés de les traîner à la potence, leur disent « ça va aller ». Tout cela est dit avec compassion, gentiment, mais ils les pendent. Cet état d’esprit est une caractéristique russe. Evidemment, la Russie ne se résume pas à cela. D’ailleurs, je ne sais pas ce que c’est la Russie, je n’ai absolument pas envie de le savoir, il n’y a pas d’essence sur le sujet de la culture.
Y a-t-il des mots russes qui sont particulièrement difficiles à traduire ?
Les difficultés fondamentales de traduction sont dans Dostoïevski. Dans Crime et Châtiment, un personnage mineur, qui n’apparaît que deux fois sans être nommé, aperçoit Raskolnikov, et lui dit un seul mot : « assassin ». Mais ce n’est pas exactement cela, il s’agit d’un mot russe, imprégné de langue populaire et de légende biblique, et qui ne signifie pas exactement qu’il est un assassin, mais qu’il a enfreint le commandement de Dieu en tuant. Si je traduis « assassin », je traduis l’intrigue du roman, mais pas l’idée, pas le sens. C’est pour cela que j’ai délibérément mal traduit, en disant : « tu as tué ». C’est cela qui compte. Ces difficultés-là, c’est constant, il y en a des centaines auxquelles les traducteurs se confrontent.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Le Salon Livre Paris 2018 ouvre ses portes vendredi. En 2017, ce sont plus de 68 000 livres qui ont été publiés en France.
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L’édition française de livres en quelques chiffres

Le Salon Livre Paris 2018 ouvre ses portes vendredi. En 2017, ce sont plus de 68 000 livres qui ont été publiés en France.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 09h14
    |

            Edouard Pflimlin








                        



   


Comment se porte l’édition en France, dont on annonce régulièrement la disparition prochaine ? A l’occasion du Salon Livre Paris, qui se tient du 16 au 19 mars, à la porte de Versailles, tour d’horizon d’un secteur qui a bien démarré l’année.
68 199
C’est le nombre de livres (nouveautés et nouvelles éditions) publiés en 2017 en France, selon les données Livres Hebdo/Electre.com. La production est restée stable (+ 0,2 %) par rapport à 2016.
356 millions
C’est le nombre de livres vendus en France en 2017 (– 1 %), pour un chiffre d’affaires de 3,97 milliards d’euros, selon l’étude annuelle de l’institut GfK.
La part du livre physique est toujours largement majoritaire : 343 millions d’exemplaires ont été vendus, contre moins de 14 millions de livres numériques. La part de l’édition numérique est toutefois en hausse de 9 %.
+ 2 %
C’est la croissance de la bande dessinée en 2017, dopée par la parution du dernier Astérix en octobre : il s’agit du seul domaine du livre à progresser fortement, selon Livres Hebdo. Le roman, la jeunesse et le poche ont aussi enregistré des performances supérieures à la moyenne, alors que les beaux livres et les dictionnaires ont connu des chutes importantes.
+ 4,5 %
C’est la croissance du marché du livre en janvier 2018, selon les derniers chiffres de Livres Hebdo. Ce dynamisme entraîne un net redressement de la tendance annuelle des ventes, de bon augure en ce début d’année.
116 euros
Les acheteurs ont dépensé en moyenne 116 euros par an en 2017 pour acheter des livres, papier ou numériques.
4 455
C’est le nombre d’éditeurs qui ont publié au moins un titre en 2017, selon Livres Hebdo, le premier étant L’Harmattan (2 567 titres) — qui publie beaucoup de thèses et de travaux d’étudiants —, le deuxième Hachette (2 213 titres) et le troisième Gallimard (1 330 titres).
1,59 million
C’est le nombre d’exemplaires écoulés du dernier album des Aventures d’Astérix le Gaulois, Astérix et la Transitalique, de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad (éd. Albert René), paru en octobre 2017. Le deuxième livre le plus vendu en France en 2017 est Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une, de Raphaëlle Giordano (Pocket, « Best », 2015), tiré à 735 400 exemplaires. Sur la troisième place du podium, L’Amie prodigieuse : enfance adolescence, d’Elena Ferrante (Folio, 2016), avec 519 100 exemplaires vendus.
Un petit nombre d’auteurs, tels Guillaume Musso (967 300 exemplaires pour ses différents livres), Aurélie Valognes (641 800), Michel Bussi (486 100) et Marc Lévy (478 500), concentrent l’essentiel des ventes.
Les 410 500 exemplaires vendus de La Fille du train, de Paula Hawkins (Sonatine, 2015), montrent aussi que le polar reste très populaire.
299 700
Ce sont les ventes du Goncourt 2017, L’ordre du jour, d’Eric Vuillard (Actes Sud, « Un endroit où aller »). La Disparition de Josef Mengele, d’Olivier Guez (Grasset « Littérature française », prix Renaudot), s’est vendu à 195 600 exemplaires et le Goncourt des lycéens, L’Art de perdre, d’Alice Zeniter (Flammarion, « Littérature française »), à 177 700 exemplaires.
45
C’est le nombre de pays invités au Salon Livre Paris, la Russie étant à l’honneur avec trente-huit auteurs présents. L’Ukraine, la Chine et la Hongrie participeront pour la première fois à cet événement et le pavillon des Lettres d’Afrique réunira treize pays contre sept en 2017.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ La Russie est le pays invité d’honneur au Salon Livre Paris qui s’ouvre vendredi.
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édition abonné


Offensive russe dans le soft power littéraire

La Russie est le pays invité d’honneur au Salon Livre Paris qui s’ouvre vendredi.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 11h21
    |

            Benoît Vitkine et 
Nicole Vulser








                        



                                


                            

Cent livres incontournables, c’est le compte rond choisi par l’Agence fédérale russe de la presse et de la communication de masse pour faire connaître au monde la littérature russe. Une « bibliothèque russe », pensée comme un pur concentré d’âme slave. Dans la droite ligne du programme esquissé par Vladimir Poutine en 2012 pour les lycéens russes, ce projet, censé donner une idée de la qualité et de la variété littéraire de ce pays – toutes époques confondues –, a déjà débuté en Chine, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.
Le principe est simple. Chaque pays peut choisir, dans une liste comptant près de 150 titres, les fameux cent livres, dont l’agence, qui n’impose aucun calendrier aux éditeurs, finance intégralement la traduction et la publication. Les premiers effets de cette politique d’influence – ou « soft power », selon le concept développé par l’Américain Joseph Nye en 1990 – seront visibles en France au salon Livre Paris, qui ouvre ses portes vendredi 16 mars et dont la Russie est le pays invité d’honneur.

D’ores et déjà quatre traductions françaises soutenues par l’Agence y seront présentées. Verdier a édité le roman autobiographique du peintre Iouri Annenkov, De petits riens sans importance, qui n’était plus disponible (traduit du russe par Anne Coldefy-Faucard, 320 p., 23 €). Louison sort Le Chemin des tourments, d’Alexis Tolstoï (traduit du russe par Alice Orane, 832 p., 26 €), tandis que Les Syrtes, en Suisse, rééditent, le 22 mars, Pétersbourg, un chef-d’œuvre épuisé d’Andreï Biely, en y ajoutant un appareil critique (traduit du russe par Jacques Catteau et Georges Nivat, 576 p., 15 €). A l’occasion du bicentenaire d’Ivan Tourgueniev, Stock publie Le Roi Lear des steppes, un recueil de textes peu connus (traduit du russe par Nastasia Dahuron et Anne Godart-Marchal, 400 p., 20,50 €).
« Faire paraître des textes majeurs mais exigeants »
Garant du sérieux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Dès l’été 1968, des penseurs ont tenté d’analyser le mouvement qui venait à peine de s’achever. Voici des extraits de textes de l’époque.
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Edgar Morin, Paul Ricœur, Raymond Aron, Alain Touraine... ce qu’ils ont écrit à chaud sur Mai 68

Dès l’été 1968, des penseurs ont tenté d’analyser le mouvement qui venait à peine de s’achever. Voici des extraits de textes de l’époque.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 14h50
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 18h55
   





                        



                                


                            

Comment les intellectuels ont-ils analysé, sur le moment, le mouvement qui a secoué la France en mai et juin 1968 ? Réponses avec quatre textes publiés entre le printemps et l’été qui a suivi les événements.
Raymond Aron : « Cette révolution a été à la fois anachronique et futuriste »
« Un psychodrame », c’est ainsi que le philosophe (1905-1983) a interprété la révolte étudiante de Mai dans La Révolution introuvable (Fayard), publié en juillet 1968. Mais s’il moque l’« anachronisme » de la « commune estudiantine », il voit un « contenu moderne », donc selon lui légitime, dans les aspirations des cadres d’entreprise à une « décentralisation du pouvoir de décision ».
Edgar Morin : « Une extase de l’histoire »
Le sociologue, qui enseigne brièvement à l’université de Nanterre au printemps 1968, observe les événements avec sympathie. Dans une série d’articles écrit pour Le Monde pendant les événements, par la suite repris dans l’ouvrage collectif Mai 1968 : la brèche (Fayard), il salue notamment la « commune étudiante », « riche, folle, géniale comme une révolution », et s’interroge sur son devenir : finira-t-elle en s’étiolant dans la confusion ou en trouvant la force de sa métamorphose ?
Paul Ricœur : « L’Occident est entré dans une révolution culturelle »
En 1968, le philosophe enseigne à la faculté de Nanterre et suit de près les événements. « Cette révolution attaque le nihilisme d’une société qui, tel un tissu cancéreux, n’a pas d’autre but que sa propre croissance », écrit-il notamment dans l’une des trois contributions qu’il livre au Monde en juin 1968. Nous republions un extrait de ces textes, qui ont été par la suite repris dans la revue Esprit.
Alain Touraine : « Une nouvelle lutte des classes »
Le sociologue, alors professeur à l’université de Nanterre,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ L’écrivain et réalisateur franco-américain, très remarqué pour son prix Goncourt en 2006, « Les Bienveillantes », signe un nouveau roman, « Une vieille histoire ».
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Jonathan Littell : « Je m’intéresse aux pulsions, sous toutes leurs formes »

L’écrivain et réalisateur franco-américain, très remarqué pour son prix Goncourt en 2006, « Les Bienveillantes », signe un nouveau roman, « Une vieille histoire ».



Le Monde
 |    15.03.2018 à 12h43
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 16h19
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Une vieille histoire. Nouvelle version, de Jonathan Littell, Gallimard, 384 p., 21 €.

Douze ans après Les Bienveillantes (Gallimard, 2006), dont la noirceur n’avait pas rebuté le million de lecteurs qui avaient accepté d’adopter, durant quelque 900 pages, le point de vue d’un officier SS durant la seconde guerre mondiale, il signe Une vieille histoire (nouvelle version). En sept chapitres, le roman reprend, revisite et redéploie la matrice d’un texte sorti en 2012 aux éditions Fata Morgana.
Prolongeant et approfondissant la structure obsessionnelle de celui-ci, le roman propose sept variations sur une même trame narrative. Au début de chaque chapitre, un narrateur nage dans une piscine. Quand il en sort, c’est pour s’engouffrer dans un couloir obscur, et franchir les portes que le hasard, ou son inconscient, le conduisent à pousser. Chacune d’elle ouvre sur un territoire (une maison, une chambre d’hôtel, un studio, un espace plus vaste, une ville ou une zone sauvage), dans lequel se remettent en jeu, selon des modalités chaque fois différentes, les relations humaines fondamentales (ou leur absence), telles que la famille, le couple, la solitude, le groupe ou la guerre.
Roman fascinant par sa capacité à relancer sans cesse la curiosité du lecteur à l’égard d’un récit dont les motifs ne cessent de se charger d’une valeur nouvelle, Une vieille histoire ne ménage, pas plus que ne le faisaient Les Bienveillantes, la sensibilité du lecteur. Des relations sexuelles sous toutes leurs formes à la guerre selon toutes ses modalités, il explore et met en lumière les formes obscures de violence et de domination qui mettent le monde en mouvement, et dont le métier de vivre exige de s’accommoder.
Pourquoi avez-vous éprouvé le besoin de proposer une « nouvelle version » d’un livre déjà publié ?
Ce n’est pas si original que cela. D’autres...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ L’exposition « Malmaison, un jardin d’expérience » fait revivre les grandes heures du domaine à l’époque de l’impératrice Joséphine.
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<filnamedate="20180317"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180317"><AAMMJJHH="2018031719">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ En 2008, le philosophe montrait que la « pensée anti-68 » attribuait aux événements de Mai la crise des valeurs occidentales. Dix ans plus tard, il constate dans ces milieux une surenchère conservatrice.
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Serge Audier : « Le discours anti-68 s’est radicalisé »

En 2008, le philosophe montrait que la « pensée anti-68 » attribuait aux événements de Mai la crise des valeurs occidentales. Dix ans plus tard, il constate dans ces milieux une surenchère conservatrice.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 14h23
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            

Serge Audier enseigne la philosophie morale et politique à l’université Paris-IV. Dernier ouvrage paru : La Société écologique et ses ennemis. Pour une histoire alternative de l’émancipation (La Découverte, 2017).
Vous avez publié en 2008 « La Pensée ­anti-68 », un ouvrage dans lequel vous étudiez la genèse de la critique des événements de Mai. Dix ans plus tard, ce discours a-t-il beaucoup changé ?
Dans les milieux conservateurs de la droite et de l’extrême droite françaises, le discours s’est radicalisé. Sous le quinquennat de François Hollande, La Manif pour tous s’est voulue un Mai 1968 à l’envers : semblant parfois mimer l’activisme subversif soixante-huitard, elle a accentué la rhétorique conservatrice sur le déclin des valeurs, de l’autorité et des cadres familiaux.
La croisade « anti-genre » a instrumentalisé la cause de la nature, avec la revue Limite et son « écologie intégrale ». S’ils se réclament du pape François, certains de ses protagonistes ont des affinités avec les milieux catholiques intégristes et d’extrême droite, qui n’ont jamais digéré l’émancipation des femmes. Enfin, le contexte international pèse en ce sens, avec l’élection de Donald Trump, incarnation d’un « virilisme » haïssant les luttes des années 1960 des Noirs, des femmes et des homosexuels.
Il suffit en outre de parcourir la littérature monotone des milieux conservateurs pour saisir leur détestation de ce qu’ils appellent parfois le « libéralisme libertaire », fruit empoisonné de Mai 1968. Le philosophe catholique Pierre Manent voit ainsi dans Mai 1968 une catastrophe individualiste décomposant l’Etat-nation, l’intellectuel François-Xavier Bellamy fustige la mise à mort de la transmission culturelle contenue dans la sociologie de Pierre Bourdieu, l’essayiste Bérénice Levet, proche d’Alain Finkielkraut, accuse la génération de 68 d’avoir décomposé la famille, l’école et la nation.
« Le parti Les Républicains...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Claro est fasciné par le mystère Babouillec.
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Le feuilleton. L’invention des étincelles

Claro est fasciné par le mystère Babouillec.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 09h32
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Rouge de soi, de Babouillec, préface de Julie Bertuccelli, Rivages, 142 p., 15 €.

Les livres vont et viennent, ils semblent parfois aller de soi, et même y retourner, dans ce petit soi établi, s’avançant l’air de rien et n’ayant souvent que cet air à fredonner, l’air du rien, qu’ils entonnent sans complexe, satisfaits que l’encre ait fini par sécher comme un ersatz de sang sorti d’aucune blessure. Pour la plupart, on le sent bien, l’enjeu est de papier, leur horizon une table de libraire où faire pile, le nirvana un frisson télévisé. A l’origine de leur apparition, on sent, quoi ? Une molle envie de dire, un petit besoin d’exprimer, le goût gracieux de raconter, bref, l’impérieuse inutilité de réciter quelque chose de vaguement déjà rédigé.
A force de voir déferler sur l’écran de nos boîtes crâniennes tous ces romans-plumes (la décence nous interdit de préciser où exactement ces plumes semblent s’être logées…), on finirait par oublier que certains livres sont travaillés, eux, par des forces abrasives, des pulsions ignées – par une urgence. Une urgence qui les rend uniques, les irrigue et nous contraint à questionner notre rapport au langage. C’est le cas de l’extraordinaire Rouge de soi, premier roman de Babouillec, une jeune trentenaire autiste, de son vrai nom Hélène Nicolas, révélée au grand public par des spectacles adaptés de ses textes (A nos étoiles et Forbidden di sporgersi) et un film de Julie Bertuccelli (Dernières nouvelles du cosmos, 2016).
Il y a un mystère Babouillec, dans la mesure où l’auteure ne « parle » pas, n’a jamais appris à lire et à écrire. Grâce à sa mère, elle est parvenue, au moyen de petites lettres plastifiées, à former des mots, des phrases, des textes. A surgi alors un univers mental incroyablement complexe, formidablement articulé, riche en images et pétri de pensées, au lexique foisonnant, dénotant une expérience ontologique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Eloge de l’hypocrisie », d’Olivier Babeau.
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Figures libres. Pour une société protectrice de l’hypocrisie

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Eloge de l’hypocrisie », d’Olivier Babeau.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 09h30
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 09h37
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Eloge de l’hypocrisie, d’Olivier Babeau, Le Cerf, « Idées », 312 p., 20 €.

Se souvient-on de Rousseau, de La Nouvelle Héloïse (1761) ? De cette lettre où Saint-Preux, qui ressemble à Jean-Jacques comme un frère, a quitté Julie, la douceur du Léman, et découvre Paris ? Il s’offusque d’y voir tout un chacun promettre monts et merveilles à ses semblables sans jamais rien tenir. Qu’apprend-on, dans cette ville si policée, si aimable ? Rien qu’à « plaider avec art la cause du mensonge, à ébranler à force de philosophie tous les principes de la vertu, à colorer de sophismes subtils ses passions et ses préjugés, et à donner à l’erreur un certain tour à la mode selon les maximes du jour ». Bref, à être hypocrite, c’est-à-dire inauthentique, artificieux, fourbe et faux.
Olivier Babeau, professeur à l’université de Bordeaux, pourrait faire se retourner Jean-Jacques dans sa tombe au Panthéon. Car il ose, carrément, faire l’éloge de l’hypocrisie. En toute franchise, si l’on ose dire. Il ne propose en effet aucun de ces éloges paradoxaux, fréquents de l’Antiquité jusqu’à Molière, où l’on jouait à célébrer le parasite, la mouche ou le tabac. Olivier Babeau plaide pour l’hypocrisie, vraiment : à ses yeux, elle ne constitue pas un défaut, moins encore un vice. Il s’agit en fait pour lui du « socle même » de la société, de son assise. Et ce « fondement de la civilisation » se trouve aujourd’hui mortellement menacé par la dictature de la transparence.
Evidemment, quelques éclaircissements s’imposent. D’abord, c’est bien à une extension du domaine de l’hypocrisie, à un élargissement considérable de sa définition, que convie cet économiste libéral, pas vraiment politiquement correct, auquel on doit déjà, entre autres, La Nouvelle Ferme des animaux et L’Horreur politique (Les Belles Lettres, 2016 et 2017). « Hypocrisie », selon Olivier Babeau, est le nom du voile...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Alain Boyer et Jean-Fabien Spitz reviennent chacun dans un essai sur les liens entre liberté et justice, propriété et redistribution. Stimulant.
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Philosophie. L’autre visage du libéralisme

Alain Boyer et Jean-Fabien Spitz reviennent chacun dans un essai sur les liens entre liberté et justice, propriété et redistribution. Stimulant.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 09h39
    |

                            Serge Audier (Philosophe et collaborateur du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Apologie de John Rawls, d’Alain Boyer, PUF, 336 p., 29 €.
La Propriété de soi. Essai sur le sens de la liberté individuelle, de Jean-Fabien Spitz, Vrin, « Philosophie concrète », 232 p., 19 €.

Une des évolutions idéologiques les plus spectaculaires, dans la France des dernières décennies, est la démonisation du mot « libéralisme ». Alors que la critique frontale du capitalisme reste minoritaire, le rejet du libéralisme fédère des milieux divers, de la gauche radicale aux catholiques conservateurs. Exploitant cette tendance, quelques éditeurs ont multiplié les essais à succès contre cet épouvantail, catégorie fourre-tout où sont amalgamés le libéralisme culturel et la financiarisation de l’économie.
Il se pourrait que ces procès reposent sur des confusions conceptuelles et historiques. Outre le fait qu’ils dissimulent parfois un fantasme de restauration traditionaliste, ils risquent de nous priver des outils pour comprendre et transformer le capitalisme. C’est en tout cas ce que suggèrent deux livres importants. Leurs auteurs, Alain Boyer et Jean-Fabien Spitz, sont des philosophes rigoureux qui se méfient des effets de manches. Tous deux démontrent que la famille libérale est clivée sur des questions cruciales comme l’inviolabilité absolue de la propriété. Les implications n’en sont rien de moins que l’avenir de l’Etat social, du partage et de la redistribution des richesses.
Tirs croisés
Un bon point de départ est la Théorie de la justice (Seuil, 1987), du philosophe américain John Rawls (1921-2002). Ce classique du libéralisme social définit une société juste selon deux principes : celui des libertés égales, correspondant aux droits fondamentaux, et celui pour lequel, dans le cadre de l’égalité des chances, les inégalités sociales et économiques doivent être agencées de manière à apporter le bénéfice maximal aux moins bien lotis. Car...




                        

                        


<article-nb="2018/03/17/19-20">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Il est temps de repenser le temps, montre le physicien dans un essai défiant nos certitudes.
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Les horloges affolées de Carlo Rovelli

Il est temps de repenser le temps, montre le physicien dans un essai défiant nos certitudes.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 07h45
    |

                            Céline Henne (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
L’Ordre du temps (L’Ordine del tempo), de Carlo Rovelli, traduit de l’italien par Sophie Lem, Flammarion, 288 p., 21 €.

Qu’est-ce que le temps ? « Si personne ne me pose la question, je le sais ; si quelqu’un pose la question et que je veuille expliquer, je ne sais plus », écrivait saint Augustin à l’orée du Ve siècle. Quelque 1 600 ans et combien de révolutions scientifiques plus tard, difficile de savoir si la confusion s’est dissipée ou si elle n’en est que plus grande. Dans un essai à la fois exigeant, didactique et poétique, le physicien Carlo Rovelli, auteur du best-seller mondial Sept brèves leçons de physique (Odile Jacob, 2015), nous offre un bel aperçu de ce que la science actuelle répond, quand la question lui est posée.
L’essai se présente comme un voyage initiatique en trois étapes. Il commence par « l’effritement du temps », ou plutôt de nos intuitions les plus familières sur sa nature. Il n’y a pas un seul « maintenant » mais une infinité de présents locaux ; le temps ne s’écoule pas uniformément ; aucun cadre temporel absolu ne permet de mesurer le changement. De là, on débouche sur « l’étrange paysage de la physique relativiste », sans toutefois s’arrêter à Einstein. Ce qui entraîne – dans un chapitre parfois ardu pour le novice – jusqu’à la toute récente « théorie de la gravitation quantique à boucles », dont Rovelli est l’un des pères fondateurs. C’est l’un des principaux modèles prétendant aujourd’hui unifier mécanique quantique et relativité générale, sans qu’un consensus soit encore atteint dans la communauté scientifique.

Rovelli dépeint ensuite le « monde sans temps » imaginé par cette théorie. Attention, tout, dans cette deuxième étape, n’est pas « gelé et immobile » comme dans « l’Univers-bloc » de la cosmologie éternaliste. Selon cette conception, défendue par Bertrand Russell (1872-1970) ou Stephen...




                        

                        

