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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Le pianiste a donné le coup d’envoi de la 35e édition du festival de jazz séquano-dionysien.
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Jazz : Abdullah Ibrahim et l’Afrique du Sud sur le devant de la scène à Banlieues bleues

Le pianiste a donné le coup d’envoi de la 35e édition du festival de jazz séquano-dionysien.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 11h03
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 15h06
    |

                            Francis Marmande








                        



                                


                            

Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), Espace 1789 : à 22 heures, M. Abdullah Ibrahim entre en scène. Grand, silhouette imposante, complet gris acier, chemise noire, magnétique. Il lui suffit d’apparaître. Ibrahim Abdullah, son nom de conversion, Adolph Johannes Brand le prend en 1968. Il n’empêche, discographie et plus ou moins vieux amateurs continuent à le nommer parfois « Dollar Brand » : « C’est le pseudo affectueux que les marins africains-américains en escale au port du Cap m’avaient donné : pas mal d’entre eux étaient musiciens, d’ailleurs. »
Il lui suffit d’entrer, et plus rien n’existe. Au point qu’assez injustement la première partie, le chanteur et guitariste de folk sud-africain Sibusile Xaba (né en 1984, cinquante ans après le maître), en trio très novateur avec Kholofelo Mphago et Nhlanhla Mpila (percussions), pourrait être renvoyée à quelque anecdote divertissante. Or le jeune public de banlieue le connaît bien. Sibusile Xaba compose comme Einstein théorise : en dormant. « Je dors, et je rêve que des ancêtres zoulous chantent pendant des cérémonies. Je me réveille en sursaut avec leurs chansons dans la tête, je prends ma guitare et je les retranscris telles quelles. »
Question : combien de temps les mélodies d’Abdullah Ibrahim restent-elles en tête ? Il entre en scène, joue solo, comme il le fit en 1969 pour le label ECM, mais avec une douceur de toucher, un piano/pianissimo qui sera la marque de tout le récital. Quelque chose de bleu, de voulu, à l’envers de toute hystérie racoleuse, passe encore, mais aussi de cette frappe africaine, qu’on a pu lui connaître à d’autres époques.
Simplicité biblique
Entrent à leur heure Cleave Guyton Jr. (flûte traversière) et Noah Jackson (violoncelle). Plus tard, les cuivres – trombone, trompette, sax ténor –, sur fond de contrebasse (Noah Jackson) et batterie subliminale (Will Terrill). L’instrumentarium étonne, les arrangements...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Des milliers de manuscrits passent entre leurs mains. Souvent surdiplômés, sous-payés, les lecteurs accomplissent une tâche essentielle, mais parfois ingrate, dans le processus de publication.
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Les « orpailleurs » des maisons d’édition, des lecteurs qui passent au tamis tous les manuscrits

Des milliers de manuscrits passent entre leurs mains. Souvent surdiplômés, sous-payés, les lecteurs accomplissent une tâche essentielle, mais parfois ingrate, dans le processus de publication.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 17h41
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

Chaque jour, trente à quarante manuscrits arrivent par la poste chez Gallimard. Leurs auteurs, jusqu’à 8 000 par an, espèrent être publiés dans la collection « Blanche », le nec plus ultra de l’édition. Des montagnes de projets de romans enveloppés dans du papier kraft se reforment quotidiennement. La personne chargée du tri lit en diagonale tout ce qui arrive dans la journée. Secoue les manuscrits pour en faire tomber une fleur séchée ou un ticket de métro et éviter d’être accusée de ne pas avoir lu l’œuvre de A à Z. Il s’agit d’effectuer à vive allure une sélection entre les ouvrages qui ne sont pas aboutis, ceux qui ne correspondent pas à la maison, les très mauvais, les moyens et les rares excellents.
Environ 10 % à 15 % des manuscrits filtrés par ce premier tamis seront confiés à des lecteurs. Une armada de professionnels, dont le travail consiste à lire pour les grands éditeurs une masse de manuscrits pour ne conserver que ce qui pourra être publié. « J’ai trouvé des pépites formidables », raconte Ludovic Escande, lecteur et éditeur chez Gallimard. « C’est au courrier qu’ont été découverts les romans de Tristan Garcia, Aurélien Bellanger, David Foenkinos ou Joy Sorman… et même L’Art français de la guerre, le premier roman d’Alexis Jenni, le Goncourt de 2011. »
Le salon Livre Paris, qui se tient jusqu’au 19 mars, permet un coup de projecteur sur ces lecteurs sous-payés, qui jouent, dans l’ombre, un rôle essentiel dans le processus de publication. Lire un manuscrit, en rédiger un résumé et une fiche argumentée sur l’intérêt ou non de le publier n’est rémunéré qu’entre 30 et 60 euros, selon le nombre de pages. Seuls les 640 lecteurs du Centre national du livre (CNL) perçoivent jusqu’à 150 euros pour expertiser chaque année, dans le cadre des aides à la traduction, près de 2 500 ouvrages en langue originale et en français. Impossible de vivre de cette activité, même pour les lecteurs les plus compulsifs.
Très...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ A voir dans la journée. Patrick Boucheron rééclaire dix dates qui ont marqué l’histoire de l’humanité. Un voyage dans le temps vif et intelligent (sur Arte à 16 h 30).
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TV – « Quand l’histoire fait dates »

A voir dans la journée. Patrick Boucheron rééclaire dix dates qui ont marqué l’histoire de l’humanité. Un voyage dans le temps vif et intelligent (sur Arte à 16 h 30).



Le Monde
 |    17.03.2018 à 11h00
    |

                            Antoine Flandrin








                        


Série documentaire sur Arte à 16 h 30


Quand l'Histoire fait dates BA EP4 VF from Les Films d'Ici on Vimeo.

Patrick Boucheron raffole des dates. Il en avait retenu 146 pour l’Histoire mondiale de la France (Seuil, 2017) et présenté 25 pour L’Avent des historiens, série présentée avec Sylvain Venayre, publiée chaque jour par Le Monde, du 1er au 25 décembre 2017. Voilà que l’historien signe une belle collection documentaire intitulée Quand l’histoire fait dates, diffusée les samedis après-midi sur Arte.
Conçue comme une invitation au voyage dans le temps, cette émission en dix épisodes porte sur dix dates qui ont marqué l’histoire de l’humanité. Certaines, comme 1789 ou 1945 sont ancrées dans notre mémoire collective. Patrick Boucheron en restitue la densité et la complexité. Ainsi, 1492 n’est pas seulement l’année du voyage de Christophe Collomb, c’est aussi celle de la prise de Grenade et de l’expulsion des juifs d’Espagne. Si cette année ouvre un temps nouveau, l’époque moderne, elle, appartient aussi au Moyen Age féodal et conquérant.
Eclairages pointus
L’historien, dont on aurait été surpris qu’il se contente des dates inévitables, s’intéresse également aux dates moins connues et moins certaines, telle la chute d’Angkor en 1431. « On peut aimer les moments où l’histoire est prise en défaut, où on est plongés dans un océan d’incertitudes », observe-t-il. La temporalité d’Angkor, qu’il étale sur plus de douze siècles – de sa fondation en 802 à aujourd’hui –, lui permet de ­porter son attention sur une « date très certaine, qui forme une entaille dans la mémoire du XXe siècle » :le 17 avril 1975, qui voit les Khmers rouges entrer dans Phnom Penh.
Patrick Boucheron montre ainsi que, selon les ères géographiques et selon les époques, il existe différentes textures de temps. Il en offre une belle illustration dans les deux épisodes diffusés samedi 17 mars, consacrés à des dates de fondation. Dans le premier, dont le sujet est la crucifixion du Christ en 33, il remarque avec finesse que, si le temps chrétien commence avec la naissance du Christ, c’est la crucifixion qui lui donne son sens et sa direction. Lucide, l’historien, qui insiste sur « cette manière que le christianisme a eue de coloniser le temps », rappelle que cette « colonisation imperceptible » repose sur une croyance feinte : l’Occident suppose que le monde se plie à son calendrier.

   


Le second épisode sur l’Hégire, année zéro de l’islam (622 de notre ère), est, pour lui, l’occasion d’évoquer un « temps compacté », un « temps dramatisé », celui du passage de Mohamed, de La Mecque vers Médine. Il montre, carte à l’appui, comment le Prophète et ses compagnons ont pu fonder l’islam dans un « angle mort géopolitique », avant de se muer en communauté politique porteuse de croissance. Soucieux de restituer l’islam à son histoire, ne cédant rien aux fondamentalistes, il conclut sur une fulgurance : « Au fond, être historien, c’est refuser de se laisser intimider par une scène originelle. »
Merveilleux conteur, pédagogue à la diction élégante, il met également à contribution des spécialistes pour répondre à des questions précises. Les éclairages pointus d’Anne-Emmanuelle Veïsse sur l’Egypte ou de François-Xavier Fauvelle sur le discours de Nelson Mandela en 1990 permettent ainsi de changer de rythme et d’introduire d’autres visages. Servi par une iconographie variée et des animations ludiques et agrémenté par des images tournées à Angkor, Le Caire, La Mecque, Jérusalem ou Grenade, chaque épisode donne à voir une petite enquête de vingt-six minutes, bâtie avec une énergie joyeuse. Brillant.
Quand l’histoire fait dates, de Patrick Boucheron et Denis van Waerebeke (Fr., 2017, 10x26 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Longtemps, les Français ont considéré le livre audio comme étant réservé aux non-voyants. Mais sur ce marché dominé par Hachette, de nouveaux acteurs comme la Fnac et Editis vont se lancer.
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Le livre audio, nouveau relais de croissance pour l’édition

Longtemps, les Français ont considéré le livre audio comme étant réservé aux non-voyants. Mais sur ce marché dominé par Hachette, de nouveaux acteurs comme la Fnac et Editis vont se lancer.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 11h00
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

A l’instar des Etats-Unis, de l’Allemagne, de la Suède ou de la Grande-Bretagne, un soudain tropisme se fait jour pour le livre audio en France. De nouveaux acteurs (comme la Fnac ou Editis) s’apprêtent à se lancer sur un marché dominé par Hachette (Audiolib). Gallimard et Amazon (Audible) sont déjà bien implantés et tant Apple (iTunes) que Google (Google Play Livres Audio) essaient de s’y faire une place.
Une effervescence rare dans le domaine morose de l’édition – dont les ventes ont légèrement baissé de 1,2 % l’an dernier à 4 milliards d’euros selon l’institut GFK – qui tient au fait que ce micromarché semble très porteur, grâce à l’engouement pour les téléchargements numériques. Au niveau mondial, l’association des éditeurs audio l’estime à 2,1 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros), en hausse de 18,2 % par rapport à 2016.
« Livres parlants »
Selon Valérie Lévy-Soussan, PDG d’Audiolib, « dans le numérique, le marché français connaît une croissance à deux chiffres. Nos volumes globaux ont progressé de 50 % entre 2014 et 2017, grâce aux téléchargements de livres, qui ont été multipliés par 2,8, tandis que les ventes de CD se maintiennent ».
Il est possible d’écouter « Du côté de chez Swann de Proust », lu par André Dussollier, sur son vélo ou en faisant de la course à pied.
Pendant longtemps, les Français ont considéré que ces livres étaient réservés aux non-voyants, ou à ceux qui n’aimaient pas ouvrir un ouvrage. Mais ces préjugés tendent à disparaître doucement, et le marché reste à conquérir. Le nombre de titres enregistrés augmente, ce qui permet d’écouter Du côté de chez Swann de Proust, lu par André Dussollier (Audible), ou La Chambre claire de Roland Barthes, récitée par Daniel Mesguich (Audiolib), tout en faisant du vélo, de la course à pied ou en restant calé dans un canapé.
Les Editions des femmes-Antoinette Fouque avaient lancé la première collection en France de « livres parlants »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ L’auteur revisite les contes occidentaux pour raconter la surprenante relation d’une petite fille et d’une créature aux longues cornes. Rencontre avec cet autodidacte féru d’animaux à l’occasion du Salon du livre de Paris.
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« L’Enfant et le Maudit » : Nagabe, le mangaka qui fait cavalier seul

L’auteur revisite les contes occidentaux pour raconter la surprenante relation d’une petite fille et d’une créature aux longues cornes. Rencontre avec cet autodidacte féru d’animaux à l’occasion du Salon du livre de Paris.





Le Monde
 |    17.03.2018 à 10h00
    |

                            Alexis Orsini





Au cœur de la forêt, entre les grands arbres qui semblent tutoyer les cieux, une frêle silhouette blanche jure avec l’obscurité ambiante. Au premier abord, on pourrait croire que cette petite fille blonde se balade seule. Mais la jeune Sheeva est en réalité accompagnée de celui qu’elle surnomme affectueusement « Professeur », une créature cornue et noire comme la suie, qui se fond dans le décor.
Sheeva a pour interdiction formelle de toucher son protecteur, sous peine d’être « maudite », comme lui, et de se transformer en monstre. Pourquoi ces deux êtres cohabitent-ils alors que tout les oppose ? Le Professeur se résoudra-t-il à avouer à la petite fille qu’elle a été abandonnée et que sa tante, dont elle attend le retour, ne viendra jamais la chercher ?
En quelques planches d’une grande simplicité, servies par un style graphique épuré, volontairement avare en dialogues, Nagabe pose l’ambiance et les enjeux de L’Enfant et le Maudit.
« Mes personnages galopent librement »

   


Le jeune auteur, 24 ans, de passage en France à l’occasion du Salon du livre de Paris et d’une tournée de dédicaces, admet volontiers que le mystère entourant ses deux héros l’oblige lui-même à naviguer à vue : « Avant de commencer L’Enfant et le Maudit, je m’étais fixé plusieurs idées, mais je ne m’y tiens pas toujours car les personnages évoluent à leur gré, avec une certaine liberté. »
Comme dans ce passage du premier volume, où le Professeur tente d’aider Sheeva, blessée, à marcher. Comment faire pour lui prêter main-forte sans la toucher ? Le maudit finit par lui tendre le manche de son parapluie, qui s’impose comme un substitut inattendu.
« Je n’avais pas du tout pensé à cette scène au début, mais c’est en commençant à dessiner le paysage que mes personnages se sont mis à faire ça. […] Sheeva et le Professeur sont très libres, ils sont comme des chevaux qui galopent dans une plaine : dans ma tête, ils galopent librement, et j’ai parfois du mal à les rattraper ! »
La métaphore animale s’impose naturellement dans l’esprit de Nagabe : son œuvre entière repose sur des créatures aux caractéristiques bestiales ou anthropomorphes. Son premier manga, Buchou wa Onee (inédit en France), raconte ainsi le quotidien d’un dragon-patron en costume cravate, respecté de ses pairs japonais. Ceux-ci ignorent toutefois qu’il passe ses soirées dans un bar en tant qu’hôtesse, aux côtés d’autres serveurs musclés vêtus de minijupes et perchés sur de haut talons… Nagabe était le premier à s’interroger sur le potentiel commercial du titre, comme il le confiait en 2017 au site Pixivision : « Vu que le héros est un dragon baraqué et travesti, je me suis demandé si ce type de manga marcherait bien dans un magazine [rires]. »
Un auteur repéré sur Twitter

   


Outre son style graphique singulier, Nagabe a en effet pour autre particularité d’avoir été repéré sur Internet, très jeune, par une maison d’édition, séduite par ses dessins amateur.
« J’avais l’habitude de poster des illustrations sur [la plate-forme de partage artistique] Pixiv comme sur Twitter quand j’étais encore étudiant à l’université. En deuxième année de fac, un éditeur a repéré mes dessins et m’a proposé de réaliser un manga à partir des illustrations que j’avais publiées. C’est ainsi que j’ai pu publier mon premier manga professionnel alors que j’étais encore étudiant. »
S’il envisageait de signer quelques mangas en tant qu’amateur, l’idée de devenir professionnel n’avait jusque-là jamais traversé l’esprit de ce passionné de dessin, qui a fait ses premières armes à l’enfance, en recopiant ses héros préférés. Au collège, il se met à inventer ses propres personnages. Et pas n’importe quel type : des kemonomimi, ces figures humaines emblématiques de la pop culture japonaise, reconnaissables à leurs caractéristiques animales plus ou moins marquées, comme des oreilles de chat ou une queue de chien.
Après avoir commencé à publier L’Enfant et le Maudit sous la forme d’un dôjinshi (un recueil de mangas amateurs), la sortie de Buchou Wa Onee l’amène à reconsidérer ses envies :
« Lorsque j’ai eu en main mon premier manga en volume relié, j’étais très content mais, en même temps, frustré, parce que je trouvais que la qualité n’était pas au rendez-vous, que je pouvais encore améliorer plein de choses… C’est seulement à ce moment-là que je me suis dit : “Pourquoi ne pas devenir un mangaka professionnel ?” »
« Je suis frustré de garder ces personnages séparés »

   


Le défi est de taille, à plusieurs titres. D’abord parce qu’il devient ainsi le maillon d’une longue chaîne d’intermédiaires, alors qu’il travaillait jusque-là seul, sans pression extérieure. Ensuite parce que Nagabe se trouve obligé d’acquérir un attribut jusque-là manquant : la capacité à dessiner des décors.
Pour pallier cette lacune, il s’abreuve du maximum d’influences graphiques, dont les œuvres de l’illustratrice américaine Tasha Tudor, dont il s’inspire pour donner vie aux nombreux jardins et maisons qui parsèment le monde de L’Enfant et le Maudit. L’interdiction formelle de contact entre Sheeva et le Professeur complique aussi les choses :
« Quand vous dessinez deux personnages qui vivent ensemble et s’apprécient, on a vraiment envie qu’ils se touchent, qu’il y ait un contact entre les deux… Plus je dessine, plus je ressens de frustration à les montrer aussi détachés l’un de l’autre, alors que j’aimerais renforcer leurs liens ! »
Enfin, avec L’Enfant et le Maudit, le mangaka débutant doit non seulement apprendre à imaginer un scénario mais aussi à maintenir l’intérêt périodique de ses lecteurs à la parution de chaque nouveau chapitre. Une gageure quand on choisit de raconter le quotidien tranche-de-vie d’une petite fille et de son protecteur : « Pour moi, c’est très difficile de concevoir le scénario ! […] Depuis que je suis devenu mangaka professionnel, je passe mon temps à acheter les mangas d’autres auteurs pour voir comment faire pour garder les lecteurs en haleine, pour y trouver des astuces… »
Un manga « silencieux »

   


Sans surprise, le jeune artiste est aussi fin connaisseur des héros anthropomorphes européens, qu’il s’agisse des Moomins, ou des animaux mis en scène par le duo espagnol Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido dans la célèbre bane dessinée Blacksad, qu’il aime beaucoup. L’artiste, habitué à dessiner son manga avec des feutres standard, disponibles dans n’importe quelle supérette de quartier, accorde un soin particulier au style graphique inhabituel de L’Enfant et le Maudit, plus proche d’un album illustré que d’un manga.
Cette particularité joue pour beaucoup dans son ambiance souvent contemplative, mais jamais ennuyeuse, grâce à un rythme et un sens du rebondissement particulièrement maîtrisés. L’auteur s’essaye en outre à une forme de narration novatrice :
« J’essaye d’utiliser le moins possible d’onomatopées, parce que je veux que mon manga soit silencieux. Au-delà de son style graphique, c’est peut-être ça sa plus grosse différence [avec les autres mangas], sans compter le fait que je réalise tout moi-même, sans assistant. »
Dernièrement, Nagabe s’est notamment essayé à un nouvel exercice avec Daisy Mata Ashita, une histoire courte publiée dans un recueil (inédit en France) consacré aux histoires d’amour entre des humains et des non-humains. Il y raconte la relation improbable d’une petite fille handicapée, qui ne peut pas marcher, et d’un corbeau géant, pour montrer « comment deux être qui ne parlent pas la même langue peuvent communiquer leur affection de façon non verbale ».
Si sa carrière ne fait que commencer, Nagabe envisage-t-il un jour de réaliser un manga totalement dénué d’animaux ou de créatures de son invention ? « Jamais ! Il faut absolument qu’il y ait un animal dans mes mangas, parce que je les aime ! Et puis, on trouve déjà plein de mangas dont les héros sont des humains… […] Créer ces personnages, ça représente une forme de liberté pour moi. »




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ John Bailey, qui dirige l’institution hollywoodienne depuis août 2017, fait l’objet d’une enquête après trois accusations de harcèlement sexuel.
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Harcèlement sexuel : le président de l’Académie des Oscars visé par une enquête interne

John Bailey, qui dirige l’institution hollywoodienne depuis août 2017, fait l’objet d’une enquête après trois accusations de harcèlement sexuel.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 08h18
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 11h02
   





                        


Le président de l’Académie des arts et sciences du cinéma, qui remet les prestigieux Oscars, fait l’objet d’une enquête interne à la suite d’accusations de harcèlement sexuel, rapportaient, vendredi 17 mars, plusieurs médias américains. La chaîne de télévision CBS et le magazine spécialisé dans l’industrie du film Variety, citant des sources proches du dossier, écrivent notamment que l’Académie a reçu ces trois accusations, mercredi, au sujet de John Bailey et a aussitôt ouvert une enquête.
En réponse aux questions de l’AFP, l’Académie s’est contentée de répondre qu’elle « traite toutes les plaintes de façon confidentielle pour protéger toutes les parties prenantes ». « La commission des membres examine toutes les plaintes contre des membres de l’Académie au regard de nos règles de conduite, et après cet examen, elle soumet ses conclusions au conseil des gouverneurs », a-t-elle précisé dans sa déclaration.
Séisme de l’affaire Weinstein
John Bailey, directeur de la photographie de 75 ans, préside la vénérable institution d’Hollywood depuis août 2017. En février, lors d’un déjeuner réunissant tous les artistes nommés aux Oscars cette année, il avait affirmé avec force que l’Académie se « réinventait » et qu’Hollywood était en train « d’enfoncer dans l’oubli à coup de marteau-piqueur le lit fossilisé de beaucoup de [ses] pires abus ». Il faisait allusion au séisme de l’affaire Harvey Weinstein, le producteur déchu accusé de harcèlement, agression sexuelle ou viol par une centaine de femmes, dont des stars comme Gwyneth Paltrow, Léa Seydoux ou Angelina Jolie.

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                Une cérémonie des Oscars particulièrement politique



Le scandale sur Weinstein a provoqué une vague de révélations sur des abus sexuels d’hommes puissants à Hollywood, dont Kevin Spacey, Jeffrey Tambor, Dustin Hoffman, Steven Seagal ou le producteur Brett Ratner, entre autres. Weinstein a été exclu de l’Académie et la puissante institution du cinéma américain a annoncé la mise en place d’un nouveau code de conduite destiné à contrer le harcèlement sexuel sur les plateaux.
John Bailey a succédé à Cheryl Boone Isaacs, qui avait mené la charge pour réformer l’Académie et l’ouvrir plus aux minorités ethniques. Elle-même noire, elle avait dû répondre à de nombreuses accusations de discrimination raciale au sein de l’Académie dans la foulée de la campagne #OscarsSoWhite sur les réseaux sociaux. La filmographie de Bailey inclut 84 titres, dont Les Divins Secrets, Un Jour sans fin ou American Gigolo.

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Ce rendez-vous annuel de la jeune photographie européenne a lieu du 17 mars au 7 mai, au Centquatre, à Paris, accueille dix-sept nationalités d’artistes.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Chaque samedi, « La Matinale » propose une sélection de programmes à voir ou à écouter en différé.
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Deuil, sang et superpouvoirs : nos choix de replays

Chaque samedi, « La Matinale » propose une sélection de programmes à voir ou à écouter en différé.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 06h36
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Au programme de notre liste de replays hebdomadaire : un court-métrage sur le deuil, un documentaire radio sur les règles et une série animée pour les enfants, en 3D, très réussie.
« Pépé le Morse » est mort, et alors…

   


Après avoir notamment été couronné du prix du public à Annecy en 2017, Pépé le Morse, de Lucrèce Andreae, sélectionné au dernier Festival de Cannes, vient de recevoir le César 2018 du meilleur court-métrage d’animation. Visible sur Arte, d’une durée de quatorze minutes, il évoque le deuil de façon très atypique, par un subtil mélange de poésie et de trivialité.
Lucas, sa mère, son petit frère, ses sœurs et leur grand-mère forment un étrange cortège, sur une plage déserte fouettée par le vent. Maman hurle et jure ; les filles s’ennuient grave ; Lucas rêvasse ; et mamie prie. Pépé est mort d’avoir trop bronzé et fumé sur cette plage, mais peu importe : même si la petite famille accompagne mamie à reculons, grand-mère tient à tout prix à lui bâtir un autel de sable, de coquillages et de mégots…
Habillé d’un élégant graphisme à l’aquarelle, le scénario parvient à évoquer la mort de ce bizarre grand-père avec malice, délicatesse et une touche de surnaturel. Martine Delahaye
« Pépé le morse », de Lucrèce Andreae (France, 2017, 14 min). Sur Arte.tv
« Sang tabou », ou comment j’ai arrêté les tampons

   


Arte Radio a eu l’excellente et malicieuse idée de lancer, le 8 mars, officiellement jour des droits des femmes, le documentaire Sang tabou (23 minutes), sur une des préoccupations féminines les plus secrètes : les règles.
Choix d’autant plus judicieux que les jeunes filles qui en parlent ici, dont la réalisatrice du doc, Nina Almberg, ont décidé que les tampons, à risques, et les serviettes, incommodes, n’étaient vraiment plus pour elles. Estimant qu’il serait bon de protéger les femmes de ces « protections », en réalité toxiques. Quant à la « mooncup » (coupe menstruelle en silicone, réutilisable, que l’on se met dans le vagin), elles la jugent tout simplement démodée.
Et pour cause. Ces jeunes filles racontent la libération que représente la technique du « flux instinctif libre », qui, comme pour l’urine, consiste à contracter son périnée et à se retenir, avant de laisser le sang s’écouler de lui-même lorsqu’on va aux toilettes. Ce qui marche aussi la nuit. Après quelques mois d’ajustage, comme le concède la documentariste, il est possible de « prendre le pouvoir sur ses règles », s’étonne-t-elle elle-même : « une révolution » dont il est « dingue » de penser, ajoute-t-elle à raison, qu’elle reste toujours aussi secrète. M. De. 
« Sang tabou », de Nina Almberg (France, 2018, 26 min). Sur Arteradio
« Les Pyjamasques », mini-héros aux superpouvoirs

Les nuits de Yoyo, Gluglu et Bibou sont, à n’en pas douter, plus palpitantes que leurs journées. Car à partir de minuit, les trois lascars – deux garçons et une fille – enfilent leurs pyjamas dotés de pouvoirs spéciaux et partent résoudre énigmes, phénomènes étranges et faits qui ne tournent pas rond.
Yoyo rebondit comme une balle en caoutchouc ; Gluglu court sur les murs sans jamais tomber ; et Bibou vole dans les airs. Mais surtout, ces trois-là sont des amis inséparables qui partagent la même bonne humeur et le sens commun de la solidarité. Des valeurs que cette série animée en 3D communique aux jeunes téléspectateurs, à partir d’un divertissement qui privilégie l’action et le mouvement, en s’autorisant quelques clins d’œil aux films d’aventures et de super-héros.
Série animée franco-britannique en 3D, réalisée par Christian de Vita, Les Pyjamasques est l’adaptation des livres éponymes de l’auteur français Romuald. Une série d’aventures faites sur mesure pour les petits qui rêvent de devenir de minijusticiers, sans peur et sans reproche. Véronique Cauhapé
« Les Pyjamasques », série d’animation réalisée par Christian de Vita (France - Royaume-Uni, 2015, 52 x 11 minutes). Sur Francetv



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ La première épouse du chanteur, mort en décembre 2017, lui a rendu hommage en reprenant une dizaine de ses tubes avant un émouvant duo virtuel.
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Article sélectionné dans La Matinale du 16/03/2018
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Sur la scène du Grand Rex, Sylvie Vartan fait revivre Johnny

La première épouse du chanteur, mort en décembre 2017, lui a rendu hommage en reprenant une dizaine de ses tubes avant un émouvant duo virtuel.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 04h28
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 07h10
    |

            Sandrine Blanchard








                        


« Malgré cette affaire sordide d’héritage, Sylvie a rendu un hommage très émouvant à Johnny Hallyday. » Fabienne et Nadine, deux sexagénaires parisiennes, sortent les larmes aux yeux du concert de Sylvie Vartan. Pour la première fois depuis le décès du rockeur, sa première épouse est remontée sur scène vendredi 16 mars, au Grand Rex à Paris, en plein psychodrame autour du testament de la star.
L’heure, cette fois, n’est pas à la polémique mais au souvenir. Devant une salle comble, la chanteuse, accompagnée de neuf musiciens et trois choristes, livre une rétrospective de son répertoire. Puis, en fin de concert, troquant sa veste à paillettes dorées contre un blazer noir, elle rend un hommage d’une demi-heure à celui qu’elle considère comme « un être exceptionnel ». 
« Il a mis le feu à une génération et nous l’avons tous suivi. »
Grâce à « la magie de la technologie », Sylvie Vartan a choisi, dit-elle, « d’ouvrir une fenêtre dans le ciel ». Un écran descend à ses côtés, et commence alors, avec l’hologramme de Johnny Hallyday, un duo virtuel. Le couple mythique des années 1960 chante le tube J’ai un problème et une partie des spectateurs, venus spécialement pour cet hommage, brandissent des ballons gonflables rouges en forme de cœur.
Auparavant, de nombreuses photos du couple, mais aussi de David Hallyday, de Nathalie Baye et de Laura Smet, ont défilé en fond de scène, pendant que Sylvie Vartan interprétait Tendres années. Cette mise en scène retraçant la vie d’avant Laeticia Hallyday résonne alors comme le symbole d’un clan uni, au moment où le fils et la fille aînés du chanteur réclament un droit de regard sur l’album posthume de leur père et leur part d’héritage.

Duo virtuel entre #JohnnyHallyday et #SylvieVartan ❤️ https://t.co/NkqkWj6QPJ— LeGrandRex (@Le Grand Rex)


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Vidéo sur écran géant
Dos au public, face à un immense portrait de Johnny, Sylvie Vartan entonne La plus belle pour aller danser. Puis se lance dans un medley de sept chansons de son ancien complice – parmi lesquelles Noir c’est noir, Retiens la nuit, Gabrielle et Que je t’aime – en incitant le public à « chanter en son honneur ». « Pendant vingt ans, lui et moi avons grandi ensemble. Nous avons vécu des moments inoubliables sur scène et, même si la vie nous a séparés, rien n’a pu altérer notre amour et le respect que nous avions l’un pour l’autre », explique-t-elle.
Visiblement émue, la chanteuse rend un dernier adieu à son ex-mari :
« Merci Johnny. Merci pour les merveilleuses années que tu as partagées avec tes fans et avec ta famille. Tu me manques déjà. »
Et elle laisse la place à une vidéo, retransmise sur un écran géant, où l’on voit le couple reprendre ensemble deux chansons d’Edith Piaf, L’Hymne à l’amour et Non, je ne regrette rien enregistrées lors d’un concert à l’Olympia en 2009.

Le final... ❤️🖤 Merci Sylvie et merci Johnny #SylvieVartan https://t.co/T2lA3udDk4— LeGrandRex (@Le Grand Rex)


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« Une Hallyday au féminin »
Que ce soit à travers de nombreuses images d’archives, ou le choix de Sylvie Vartan de commencer le concert par Le Bon temps du rock and roll, l’un des classiques de « l’idole des jeunes », Johnny Hallyday n’aura cessé d’être présent durant ces deux heures et demie de show auquel assistaient, notamment, les filles de son fils David, mais aussi Etienne Daho et le photographe Jean-Marie Périer. « Vous savez, je suis très attachée à ma famille », a rappelé la chanteuse devant un public criant des « je t’aime » et comblé par ce flash-back musical.
« Ce couple Vartan-Hallyday représente notre jeunesse, l’insouciance des années 1960 », témoigne Fabienne, fan de la première heure, à la sortie du concert. Le déchirement familial autour de l’héritage passe au second plan en cette soirée de nostalgie.
« Cette histoire de testament ne m’intéresse pas parce qu’elle est privée », assure Patrice, qui a déjà assisté à dix-huit concerts de Sylvie Vartan. « Mon premier était en 1977 au Palais des congrès, elle avait une robe panthère et c’était un vrai show à l’américaine », se souvient-il. Pour ce commerçant âgé de 55 ans, « Sylvie est comme une Hallyday au féminin, la dernière star française vivante, une mère et une femme idéale ».
« Elle s’en est sortie avec respect et finesse, l’ambiance ce soir était au rassemblement »
Corinne, elle, ne cache pas qu’elle était « curieuse de voir comment la chanteuse allait rendre hommage à Johnny en pleine polémique ». Avec sa copine Annie, elles assurent ne pas avoir été déçues : « Elle s’en est sortie avec respect et finesse, l’ambiance ce soir était au rassemblement. » Edith et Jean-Pierre, venus de Rouen, jugent le show « bouleversant », mais se disent « persuadés que le clan Hallyday ne lâchera pas l’affaire de l’héritage, il y a trop de fierté ».
Jeudi 15 mars, au micro de LCI, Sylvie Vartan a livré ses doutes sur la rédaction du fameux testament : « Tout ce qui a été fait lui a été dicté par des gens dans son entourage », estime-t-elle. Elle donnera un nouveau concert, le 14 avril au Grand Rex, avec, une fois encore, l’hommage à Johnny. Dans l’intervalle, l’héritage du rocker devrait connaître de nouveaux épisodes judiciaires.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Considérés comme désuets il y a une décennie encore, des artistes des années 1950 et 1960 ont réapparu dans les galeries. Un engouement esthétique ou spéculatif ?
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Marché de l’art : la revanche d’Hartung et des cinétiques

Considérés comme désuets il y a une décennie encore, des artistes des années 1950 et 1960 ont réapparu dans les galeries. Un engouement esthétique ou spéculatif ?



Le Monde
 |    16.03.2018 à 18h44
    |

                            Philippe Dagen








                        



                                


                            

D’octobre à décembre 2017, la Galerie Emmanuel Perrotin, rue de Turenne (3e arrondissement parisien), présentait sous le titre « Bifurcations » l’artiste d’origine argentine Julio Le Parc. Cette phrase toute simple aurait été impensable il y a dix ans. La galerie existait, depuis 2005. Le Parc était, depuis bien plus longtemps – il est né en 1928 –, l’un des principaux artistes du cinétisme, apparu autour de 1960 et auquel il est demeuré attaché. Mais, chez Perrotin, il y a dix ans, les stars se nommaient Maurizio Cattelan (né en 1960), Takashi ­Murakami (1962) ou Jean-Michel Othoniel (1964) : trois figures de l’art actuel, aimées des foires, des collectionneurs « prescripteurs » et des musées. Le contraire de ­Le Parc.

L’exposition s’accompagne d’un catalogue de type muséal. L’artiste y est interrogé par Hans-Ulrich Obrist, critique fétiche de la scène internationale. Lequel lance à Le Parc : « Aujourd’hui, nous assistons à un remarquable renouveau d’intérêt en faveur de l’art cinétique et de la génération d’artistes liés à ce courant. En novembre dernier, vous avez eu à New York votre première exposition personnelle depuis 1973. » Autrement dit : depuis plus de quarante ans, vous aviez disparu des radars de l’art contemporain – y compris, du reste, de celui d’Obrist. Pourquoi et comment une galerie spécialisée dans le très contemporain comme Perrotin en vient-elle à défendre un octogénaire dont la visibilité et la notoriété s’étaient peu à peu réduites ?

Elle se pose d’autant plus fort que Le Parc n’est qu’un exemple de cet étrange revirement, flagrant chez Perrotin. En janvier et février, son espace new-yorkais était dévolu à Hans Hartung (1904-1989), l’un des champions de l’expressionnisme abstrait européen des décennies 1950 et 1960. Son nom était alors indissociable de ceux de ses plus proches amis, Zao Wou-ki (1920-2013) et Pierre Soulages (né en 1919). Gros catalogue là encore, promotion intense. La...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ A écouter cette semaine : un opéra inédit sur Pinocchio, des œuvres de Rachmaninov, Scriabine et Prokofiev, la réédition de « You’ve Come a Long Way, Baby »…
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Sélection albums : Philippe Boesmans, Jean-Paul Gasparian, Fatboy Slim…

A écouter cette semaine : un opéra inédit sur Pinocchio, des œuvres de Rachmaninov, Scriabine et Prokofiev, la réédition de « You’ve Come a Long Way, Baby »…



Le Monde
 |    16.03.2018 à 17h51
   





                        


Philippe Boesmans Pinocchio Divers solistes, Orchestre symphonique de la Monnaie, Patrick Davin (direction)

   


Un opéra inédit sans support visuel ? Celui de Philippe Boesmans – le septième de ce Belge de 81 ans – tient la gageure. A l’écoute de ce Pinocchio (découpé en 23 scènes avoisinant un total de deux heures), on peut se passer de mise en scène (tout comme du DVD d’accompagnement, qui caricature les pratiques du compositeur), d’autant que le spectacle débute par une évocation musicale de ce qu’a longtemps vu… un aveugle. L’imaginaire fonctionne donc d’abord à partir du son. L’Ouverture en témoigne d’emblée. « Ouverture », au sens propre de partition d’accueil, où s’entrecroisent de nombreuses musiques, populaires ou savantes. La captation en live (à la Monnaie de Bruxelles, où l’œuvre a été donnée en 2017, trois mois après sa création au Festival d’Aix-en-Provence) permet d’apprécier la vitalité d’une distribution de grande classe (emmenée par l’irrésistible Stéphane Degout) et le tour de force (tant vocal qu’instrumental) d’une écriture illusionniste, donc trompeuse, judicieusement mise au service d’un conte sur les méfaits du mensonge. Pierre Gervasoni 
2 CD et 1 DVD Cyprès.
Jean-Paul Gasparian Etudes-Tableaux, op. 39, de Rachmaninov. Sonate pour piano n° 2, op. 19, de Scriabine. Trois Etudes, op. 65, de Scriabine. Sonate pour piano n° 2 en ré mineur, op. 14, de Prokofiev

   


C’est avec trois compositeurs russes que Jean-Paul Gasparian, pianiste de 22 ans formé au Conservatoire de Paris, se présente pour son entrée au disque : Rachmaninov, Scriabine et Prokofiev. En ouverture, les Etudes-Tableaux, de Rachmaninov, dans lesquelles l’autorité pianistique du jeune homme s’impose. Aisance, équilibre et clarté règnent dans les neuf pièces qui constituent le cycle unifié sous ses doigts. Gasparian évoque sans asséner, laissant à l’auditeur l’espace pour se créer son propre parcours narratif. Dans la Sonate n° 2 de Scriabine, empreinte d’un « pianisme chopinien », sonne un piano ductile, aux lignes amples. Une atmosphère qui contraste avec les Trois Etudes écrites près de quinze plus tard, dans lesquelles Gasparian se délecte de la richesse harmonique aux multiples climats d’un Scriabine explorant de nouvelles sonorités. C’est avec une autre facette de la modernité russe, celle de la percussive Sonate n° 2, de Prokofiev, impeccable de rigueur et de précision rythmique, que se clôt le programme de cet album plus que prometteur. Anna Sigalevitch
1 CD Evidence Classics.
Fatboy Slim You’ve Come a Long Way, Baby

   


En octobre 1998, sortait You’ve Come a Long Way, Baby, le deuxième album de Fatboy Slim, pseudonyme du multi-instrumentiste, producteur et DJ anglais Norman Cook. Vingt ans plus tard, réédité dans la collection « The Art of the Album », il a conservé tout son impact et sa fantaisie musicale. Même ceux qui ne juraient que par le rock et se montraient rétifs à l’électro, forme globale du disque, ont été alors emballés. De fait, les figures rythmiques renvoient souvent aux motifs de base employés dans le rock, comme les ponctuations de riffs de guitare (The Rockafeller Skank, Fucking In Heaven), les parties chantées sont restreintes à quelques mots dans l’évidence de seuls refrains, les samples renvoient à une histoire musicale large. Ici et là, des traces de gospel (Praise You), de funk, de soul (Soul Surfing), de calypso (Gangster Tripping) viennent donner une impulsion swing. Toujours excitant pour les oreilles, donc, et désormais institué à raison en classique, au-delà de sa capacité à susciter l’envie de danser. Sylvain Siclier
1 CD Skint Records/BMG.
Zuco 103 Etno Chic

   


Enregistré à Amsterdam (hormis pour le percussionniste « VIP » Marcos Suzano, qui a fourni sa partie depuis un studio de Rio), Etno Chic est le sixième album du trio brésilo-néerlandais formé par Lilian Vieira (chant), Stefan Schmid (claviers, programmations) et Stefan Kruger (batterie, programmations). Joyeuse, funky (avec une pointe de ragga), dansante, leur mixture électro-pop et samba a l’élégance de la légèreté. Quasiment toutes les chansons sont de la plume de Lilian Vieira, à la voix acidulée ou amoureuse. Elle parle de ses états d’âme, hybrides et changeants, entre amour désabusé et nouvelle aurore sentimentale, fait allusion à la réalité politique chaotique du Brésil (Na Luta) et rend hommage à l’architecte brésilien Joao da Gama Filgueiras Lima (Song For Lelé), un « poète du béton » qui a amélioré la vie de beaucoup. Patrick Labesse
1 CD Zucosound/Inouïe Distribution.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Notre choix du soir. Dans un parc d’attractions, les visiteurs peuvent revivre le frisson de la conquête de l’Ouest, avec des figurants androïdes. Un grand spectacle métaphysique (sur Canal+ Séries à 20 h 55).
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TV – « Westworld », horde de robots dans le Far West

Notre choix du soir. Dans un parc d’attractions, les visiteurs peuvent revivre le frisson de la conquête de l’Ouest, avec des figurants androïdes. Un grand spectacle métaphysique (sur Canal+ Séries à 20 h 55).



Le Monde
 |    16.03.2018 à 17h45
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 18h03
    |

                            Martine Delahaye








                        


Série sur Canal+ Séries à 20 h 55

Que produiriez-vous si vous n’aviez pour seule limite que votre imagination ? Une question que se pose tout scénariste avant de se lancer dans l’écriture d’une série. Une question qui s’impose aussi aux visiteurs du parc Westworld, débarqués du train qui les transporte dans un Ouest « sauvage » de la fin du XIXe siècle parfaitement reconstitué (à l’image des westerns d’Hollywood), et peuplé d’humanoïdes à leur entière disposition.
Sachant tout de même que, comme dans toute fiction, la mort ici n’est jamais réelle. Ni pour les mâles venus à Westworld jouer les cow-boys, car ces visiteurs sont des clients que l’on compte bien voir revenir (les balles qu’ils reçoivent ne les blessent aucu­nement), ni pour les humanoïdes (programmés pour paraître aussi vrais que des humains), puisque même égorgés, saignés à blanc ou scalpés, ils seront vite récupérés par le personnel du parc. Puis remis en état et vidés de toute mémoire avant de reprendre place dans la vie de ce western virtuel.

   


Ces « hôtes » humanoïdes, qui, chaque jour, accueillent des invités venus vivre une expérience exotique, sont la création d’un chercheur-showrunner, Robert Ford (Anthony Hopkins), qui vit dans un laboratoire situé sous le parc. Non content d’avoir imaginé et encodé des centaines de personnages différents, il souhaite maintenant les amener à un stade supérieur de sophistication : leur permettre de rêver. Un projet faustien qui va entraîner des dysfonctionnements chez ses personnages, puisque l’étoffe des rêves se tisse de souvenirs…
Qui plus est, enrichir les androïdes de plus d’humanité suppose une vision de ce qui rend un personnage attachant, et son histoire intrigante pour le public. Or, le chercheur-créateur de Westworld n’en a pas la même perception que son scénariste en chef, censé lui proposer, pour la saison suivante, une nouvelle approche de la fiction que livre le parc. A ce scénariste sûr de lui, qui estime que chaque invité attend de se découvrir lui-même à travers son expérience dans le parc, Robert Ford oppose un non catégorique : « L’idée, ce n’est pas de donner aux gens ce que vous croyez qu’ils veulent. Ils ne viennent pas pour une histoire qui leur raconte qui ils sont. Ça, ils le savent déjà. Ils sont là parce qu’ils veulent entrevoir ce qu’ils pourraient être. »
Rendre le spectateur conscient
A la manière brechtienne, Westworld casse ainsi constamment le quatrième mur entre scène et public, rendant le spectateur conscient, à chaque viol ou massacre, de l’overdose à laquelle il se soumet passivement dans nombre de séries (notamment dans la série Game of Thrones, produite par HBO comme West­world) et critique. Ce qui, et l’exploit est là, n’empêche pas de s’attacher à l’histoire des androïdes, parce qu’ils vont connaître le doute, évoluent et aspirent à une forme de liberté, contrairement à leurs invités, dans les seuls quatre épisodes que nous avons pu voir.
Un conseil : ne pas délaisser Westworld au vu du premier épisode, qui agit en trompe-l’œil. On est sans doute là face à une grande série. Qui ouvre une ère, à la fois fiction et réflexion sur la création de fictions. Une métasérie.
Westworld, série créée par Lisa Joy et Jonathan Nolan. Avec Evan Rachel Wood, Jeffrey Wright, Sidse Babett Knudsen, Anthony Hopkins (EU, 2016, 70 min, puis 9×45 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ A voir aussi ce soir. Portrait du brillant et explosif batteur dont le caractère et la vie ont dépassé tous les repères de la raison (sur Arte à 23 heures).
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TV – « Ginger Baker, batteur inconditionnel »

A voir aussi ce soir. Portrait du brillant et explosif batteur dont le caractère et la vie ont dépassé tous les repères de la raison (sur Arte à 23 heures).



Le Monde
 |    16.03.2018 à 17h30
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 18h00
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur Arte à 23 heures



Le destin de Ginger Baker, né en Angleterre en 1939 et ­vedette de ce passionnant documentaire, dépasse tout ce que l’on peut imaginer. Musicien génial, caractériel notoire, héroïnomane impénitent, l’ancien batteur mythique de Cream, Blind Faith ou de Fela Kuti n’a jamais pu tenir en place. Riche puis ruiné à plusieurs reprises, il a vécu en ­Angleterre, en Californie, au Colorado, à Hawaï, en Jamaïque, en Italie, au Nigeria, en Afrique du Sud. Il a joué avec les plus grands, s’est fâché avec tout le monde ou presque, s’est pris de passion pour le polo et n’a jamais abandonné la batterie jusqu’à ce que des problèmes cardiaques lui interdisent, en 2016, de rejouer sur scène.
Orphelin de père à 4 ans, sa vie semble placée sous le signe de l’insécurité permanente. Et de la nécessité de prendre du plaisir (derrière sa batterie, en jouant au polo, avec les femmes, en s’enfilant des substances illicites), dès que l’occasion se présente.
Visage émacié et regard fou
Les archives filmées des années 1960 et 1970 dénichées par le réalisateur Jay Bulger montrent un grand rouquin au visage émacié et au regard fou. Elles font entendre aussi un batteur d’une puissance et d’une aisance rythmique inouïes. Les nombreux témoignages de partenaires musiciens ou de proches (ex-épouses, enfants) parlent de Ginger Baker avec, selon les cas, admiration, tendresse, effroi, tristesse ou mélancolie. D’Eric Clapton à Carlos Santana en passant par Charlie Watts, Nick Mason ou Stewart Copeland, pour ne citer que les plus célèbres, tous évoquent un personnage dont les traits et la vie dépassent l’entendement. Et un batteur aussi à l’aise avec un orchestre de jazz qu’avec un groupe de rock.
« Doux Jésus, Ginger joue comme un nègre », s’est exclamé un jour le mythique Max Roach (1924-2007). Le plus beau compliment que Ginger Baker pouvait recevoir de la part d’une de ses quatre idoles, les autres étant Phil Seamen (1926-1972), Art Blakey (1919-1990) et ­Elvin Jones (1927-2004). Des types qui, baguettes en main, ont élevé la batterie au rang d’un art. Filmé en 2012 dans son repaire sud-africain, Baker n’a rien perdu de son humour, de ses colères, de ses angoisses. Il parle de sa vie chaotique et douloureuse, de la musique, d’argent, de drogues, de femmes, de chevaux. Une belle vie.
Ginger Baker, batteur inconditionnel, de Jay Bulger (Etats-Unis, 2012, 90 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Ces entités s’occupent des problèmes fiscaux liés à la succession des artistes décédés. Mais aussi de valoriser leur œuvre, une mission pour laquelle elles s’associent souvent à des marchands d’art.
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Gérer le patrimoine des héritiers, un travail d’« estate »

Ces entités s’occupent des problèmes fiscaux liés à la succession des artistes décédés. Mais aussi de valoriser leur œuvre, une mission pour laquelle elles s’associent souvent à des marchands d’art.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 17h27
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 18h46
    |

            Harry Bellet








                        



                                


                            

« Je ne veux voir entrer dans mon bureau que des artistes morts », disait un célèbre marchand parisien, décédé aussi depuis. Pour une galerie, travailler sur une œuvre déjà constituée, sinon close, évite bien des mauvaises surprises, à part un faux toujours possible. Pour pallier ce dernier souci, le mieux est de s’associer avec les ayants droit, l’« estate », comme disent les Américains, de l’artiste.

Il s’agit, littéralement, de la gestion de son patrimoine. Et, aux Etats-Unis, ces héritages sont lourds : l’IRS (Internal Revenue Service), chargé de collecter l’impôt, réclame en effet aux héritiers 40 % de la valeur, estimée par des experts – et gare à ne pas sous-évaluer, la pénalité est alors de 20 % –, de la totalité de l’œuvre restée à l’atelier, payable dans les neuf mois suivant le décès de l’artiste. La création d’un « estate », confié à des administrateurs, souvent des avocats, contraints par la loi d’en gérer la réalisation au mieux des intérêts de leurs clients, permet de les aider à faire face.
Promouvoir l’œuvre sur la durée
Le plus souvent, l’« estate » se tourne vers les maisons de ventes aux enchères, les mieux à même de réaliser une liquidation sur le court terme, ce qui peut toutefois avoir un effet catastrophique sur la cote, le marché ayant rarement la capacité d’absorber une offre trop abondante. Qui veut au contraire valoriser l’œuvre a plutôt recours à un marchand, suffisamment puissant financièrement pour aider à faire face à l’impôt, puis à promouvoir l’œuvre sur la durée.
Mais la frontière peut être floue. Ainsi, en 1996, le rachat par Sotheby’s de la galerie d’André Emmerich, qui représentait certains des plus grands noms de la peinture, de Josef Albers à Keith Haring en passant par Sam Francis ou Morris Louis, avait créé quelque émoi dans la profession. Plus récemment, l’association entre la Pace Gallery de New York et l’Art Agency Partners, entité appartenant à Sotheby’s, pour la gestion de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Presque toutes les villes universitaires a été touchées par le mouvement, et les grèves et occupations d’entreprises ont eu lieu dans l’ensemble du pays.
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Mai 68 a-t-il été un mouvement essentiellement parisien ?

Presque toutes les villes universitaires a été touchées par le mouvement, et les grèves et occupations d’entreprises ont eu lieu dans l’ensemble du pays.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h57
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 18h09
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Mai 1968. Dans sa belle bâtisse du Gers, Mme Vieuzac est victime d’une crise cardiaque. La famille accourt pour un ultime hommage, mais celui-ci va prendre une tournure inattendue… Car le vent révolutionnaire qui souffle sur la capitale propage ses effluves jusqu’à cette campagne cossue, si joliment filmée par Louis Malle dans ­Milou en mai (1990). Campagne dans ­laquelle n’apparaît pas le moindre contestataire, laissant croire, comme souvent, que les événements de mai-juin restèrent essentiellement parisiens.
Villes universitaires
Rien de plus faux ! Dans certains cas, la ­province précéda même la capitale. ­Toulouse est ainsi la première ville universitaire à avoir réagi au mouvement lancé le 22 mars à la ­faculté de Nanterre. Dès le 25 avril – soit plusieurs jours avant le 3 mai, où l’évacuation par la police de 500 étudiants de la faculté de la Sorbonne entraîne l’apparition des ­premières barricades dans le Quartier latin –, la faculté des lettres y ­informe sur les événements, et des affrontements se produisent entre extrême ­gauche et extrême droite. Du 6 au 8 mai, des appels à la grève sont lancés à Montpellier, Strasbourg, Marseille et Lyon. Dans la cité phocéenne, dès le 8 mai, une fraction des étudiants passe même une ­alliance précoce avec la CGT et le PCF, qui encadrent à leur demande une manifestation de 2 500 étudiants.
« Au total, c’est quasiment l’ensemble des ­villes universitaires de province qui est touché par le mouvement, avec des chiffres qui, proportionnellement à leur population ­étudiante, sont comparables à ceux de ­Paris », résume l’historienne Michelle ­Zancarini-Fournel, qui a codirigé l’ouvrage 68. Une histoire collective (1962-1981) (La Découverte, 2008). Très vite, le mouvement dépasse le cadre estudiantin. Le 8 mai, les neuf départements de Bretagne et des Pays de la Loire manifestent avec le même ­slogan, « L’Ouest veut vivre » : plus de 100 000 personnes défilent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Si les formules politico-poétiques tracées sur les murs du Quartier latin montrent le désir, alors largement partagé, de changer la vie, ils ne sauraient représenter l’état d’esprit des 10 millions de personnes qui ont pris part au mouvement.
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Les slogans résument-ils l’esprit de Mai 68 ?

Si les formules politico-poétiques tracées sur les murs du Quartier latin montrent le désir, alors largement partagé, de changer la vie, ils ne sauraient représenter l’état d’esprit des 10 millions de personnes qui ont pris part au mouvement.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h56
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 18h08
    |

                            Marion Rousset








                        



                                


                            

C’était le printemps. A côté des rangées de platanes bien taillés, des aphorismes ont soudain fleuri sur les murs comme pousse la mauvaise herbe, aussi piquants qu’un chardon des champs, aussi légers qu’un pissenlit duveteux, aussi poétiques qu’un coquelicot au bord d’une autoroute. « Il est interdit d’interdire », « Sous les pavés, la plage », « Jouissez sans entraves », « Ne perdez pas votre vie à la gagner », « L’imagination au pouvoir », « Tout, tout de suite » : ces slogans poético-politiques restent enracinés dans la mémoire collective telle une trace vivace de l’esprit de Mai.
Cerveaux créatifs
Leur succès a contribué à orienter la vision d’une révolution placée sous le signe du refus de l’autorité, de l’individualisme, de la libération sexuelle, de l’éloge du présent. Et l’on oublie ce faisant que l’on ne doit pourtant leur existence qu’à quelques cerveaux créatifs : « La plupart ont été inventés par une toute petite minorité, qu’on a appelée les “enragés de Nanterre”. Moins d’une dizaine de personnes dont les idées étaient celles de l’Internationale situationniste », assure l’historienne Michelle Zancarini-Fournel. A savoir, Guy Debord, René Viénet, René ­Riesel, Raoul Vaneigem, Mustapha Khayati… qui tiennent le premier comité d’occupation de la Sorbonne. C’est Viénet en personne qui aurait peint : « L’humanité ne sera heureuse que quand le dernier bureaucrate sera pendu avec les tripes du dernier capitaliste. » Et c’est à Debord que l’on doit d’avoir tracé à la craie « Ne travaillez jamais », pour la première fois, rue de Seine, en 1953.
« Ces slogans ne sont pas représentatifs de l’état d’esprit des 10 millions de participants. Le registre d’un ouvrier de La Rochelle ou d’ailleurs n’était pas forcément le même que celui des situationnistes », reconnaît l’historienne Ludivine Bantigny. De fait, les tracts qui circulent dans les usines en grève et au sein des organisations d’extrême gauche...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Certes, Daniel Cohn-Bendit a interpellé le ministre des sports sur les « problèmes sexuels des jeunes », mais la question a été peu abordée pendant le mouvement. C’est au cours des décennies suivantes que la parole sur le corps et la sexualité s’est libérée.
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Mai 68 marque-t-il l’an I de la révolution sexuelle ?

Certes, Daniel Cohn-Bendit a interpellé le ministre des sports sur les « problèmes sexuels des jeunes », mais la question a été peu abordée pendant le mouvement. C’est au cours des décennies suivantes que la parole sur le corps et la sexualité s’est libérée.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h56
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 18h07
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            

« Jouissez sans entraves », « Plus je fais l’amour, plus j’ai envie de faire la révolution. Plus je fais la révolution, plus j’ai envie de faire l’amour »… Les graffitis inscrits sur les murs de Paris en Mai 1968 ont construit une légende : ce joli mois marquerait l’an I de la révolution sexuelle. Un mythe que déconstruit patiemment Michelle Zancarini-Fournel. « Il faut distinguer les représentations qui se sont imposées au cours des décennies qui ont suivi 1968 et les pratiques réelles de l’époque », prévient l’historienne, qui a dirigé, avec Philippe Artières, 68. Une histoire collective (1962-1981) (La Découverte, 2008).
Les féministes aux avant-postes
En 1968, il y eut certes l’interpellation de Daniel Cohn-Bendit au ministre des sports de De Gaulle – « J’ai lu votre Livre blanc sur la jeunesse, en 300 pages, il n’y a pas un seul mot sur les problèmes sexuels des jeunes » – et les revendications du Mouvement du 22-Mars sur l’accès des garçons à la résidence universitaire des filles de Nanterre. Mais ce fut à peu près tout. « La question de la sexualité intéressait les étudiants en sociologie de Nanterre avant 1968, mais elle n’a quasiment pas été abordée lors des assemblées générales dans les universités, souligne Michelle Zancarini-Fournel. Et, dans le mouvement social, on en parlait peu ou pas du tout – sauf dans quelques entreprises de femmes. »
C’est plutôt au cours des décennies qui suivent Mai 1968 que la parole sur le corps et la sexualité, peu à peu, se libère. Les féministes sont aux avant-postes de ce mouvement qui bouscule la morale, la pudeur et la bienséance. « Elles insistent sans relâche sur le fait que leur corps leur appartient, raconte Michelle Zancarini-Fournel. C’est d’ailleurs le titre d’un livre témoignage écrit par des femmes de Boston et publié en France en 1977 : Notre corps, nous-mêmes [Albin Michel]. Ces mouvements luttent surtout en faveur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Etudiants, mais aussi lycéens, ouvriers, immigrés, banlieusards, paysans... La figure du « soixante-huitard » converti au néolibéralisme par opportunisme masque une réalité plurielle.
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Existe-t-il une « génération 68 » ?

Etudiants, mais aussi lycéens, ouvriers, immigrés, banlieusards, paysans... La figure du « soixante-huitard » converti au néolibéralisme par opportunisme masque une réalité plurielle.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h55
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 18h05
    |

                            Marion Rousset








                        



                                


                            

Depuis des décennies, on se repasse le même film. Celui d’une génération d’étudiants qui évoluent dans un tout petit périmètre parisien, entre la Seine et le Luxembourg, la rue d’Ulm et le boulevard Saint-Michel. On raconte l’histoire de ces jeunes gens qui ont décidé, un joli jour de mai, de transformer la cour de la Sorbonne en agora. On évoque en toile de fond les guerres d’Algérie et du Vietnam, la révolution cubaine et les projets de Mao, trame de leur engagement politique. On parle de ces rebelles d’un soir qui se sont convertis au néolibéralisme pour occuper des postes de pouvoir.
Figures de proue
Ces trajectoires sont-elles vraiment emblématiques d’une « génération 68 » – expression devenue un lieu commun ? « Un certain nombre de porte-parole autoproclamés ont construit cette idée de “génération 68” sur la base de leur devenir propre, qui n’était pas représentatif des destinées des soixante-huitards ordinaires. Leur vision a évacué la masse des lycéens, des ouvriers, des employés qui ont participé à l’événement », estime la sociologue Julie Pagis.
Un livre joue un rôle crucial dans la construction de ce mythe : Génération (Seuil). Le best-seller d’Hervé Hamon et de Patrick Rotman, dont les deux tomes paraissent en 1987 et 1988, donne naissance à une série documentaire diffusée sur TF1 à la fin des années 1990. Il popularise le mythe d’une jeunesse révoltée, privilégiée, hédoniste et opportuniste. Au fil des commémorations, une poignée de « vedettes » ayant un accès direct aux médias ont contribué à façonner ce portrait à leur image.
Dans les années 2000, ce sont les mêmes figures de proue que fait revivre l’écrivain Olivier Rolin dans ­Tigre en papier (Seuil, 2002), roman amer sur les ruines de la révolution. Et quand, quarante ans après les événements, Virginie Linhart publie Le Jour où mon père s’est tu (Seuil), c’est toujours aux plus célèbres des intellectuels militants – Benny Lévy, Blandine...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ La novlangue managériale, mélange d’acronymes, d’anglicismes et de concepts évanescents, crée une « insécurité linguistique » chez ceux qui ne la maîtrisent pas, selon la sociologue Agnès Vandevelde-Rougale.
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« Tu benchmarkes la solution, j’attends ton feed-back » : le jargon d’entreprise, dialecte impénétrable


                      La novlangue managériale, mélange d’acronymes, d’anglicismes et de concepts évanescents, crée une « insécurité linguistique » chez ceux qui ne la maîtrisent pas, selon la sociologue Agnès Vandevelde-Rougale.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h00
    |

                            Nicolas Santolaria








                              

                        

Pour vivre une expérience linguistique véritablement dépaysante, pas besoin de partir à la rencontre d’une lointaine peuplade amazonienne qui serait restée des siècles en marge de la civilisation. Tout en vous évitant de croiser la route d’une mygale, pousser la porte d’une société du tertiaire suffira alors à vous confronter à un dialecte potentiellement impénétrable : le jargon d’entreprise. « C’est un discours qui sert à mobiliser les êtres humains au service d’un objectif. Ce n’est pas vraiment une langue à part entière, comme le français ou l’allemand, plutôt une façon de s’exprimer qui détourne les mots et les codes idiomatiques classiques à son profit, à l’image d’un virus. Les formulations managériales utilisent par exemple le présent de l’indicatif et la forme affirmative, pour ne pas laisser de place au doute », explique la sociologue Agnès ­Vandevelde-Rougale, auteure de l’ouvrage La ­Novlangue managériale. Emprise et résistance paru chez Erès, en 2017.
Autrement dénommée « technolecte » par les spécialistes, cette façon de parler est parfois si impénétrable qu’elle semble avoir pour fonction inavouée de maintenir les étrangers à distance, à l’aide d’un mélange d’acronymes, d’anglicismes et de concepts évanescents. La novlangue managériale créerait alors une « insécurité linguistique » chez ceux qui ne la maîtrisent pas. « Chaque organisation ou secteur d’activité possède son jargon, poursuit la sociologue. Cela produit un effet d’appartenance. Si l’on veut pouvoir être entendu et reconnu, il est souvent impératif d’adopter cette façon de parler. »
ASAP, TLDR, LMK, TBD
Bien souvent, le premier réflexe de survie du stagiaire arrivant dans l’« open space » sera alors de se constituer un lexique lui permettant de saisir les enjeux des conversations alentour. Sinon, impossible de comprendre cette phrase qui vous serait adressée par un supérieur sur le ton de l’évidence : « Tu prends la demi-journée...




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ De la haute langue littéraire à la novlangue de la start-up nation, le français ne cesse de se transformer. Faut-il se réjouir de cette diversité ou regretter le morcellement ?
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Les sept langues du français : du « disruptif  » au « croquignolesque  »


                      De la haute langue littéraire à la novlangue de la start-up nation, le français ne cesse de se transformer. Faut-il se réjouir de cette diversité ou regretter le morcellement ?



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h00
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            Eric Collier








                              

                        

« Nobody’s perfect ! » La réplique finale de Certains l’aiment chaud (Billy Wilder, 1959) est l’une des premières expressions en anglais à avoir trouvé bonne place dans la conversation française. Facile à comprendre, aisée à prononcer, un rien chic, allons-y ! Depuis, c’est un déferlement, toutes les lois et tous les quotas n’y ont rien changé : près de mille ans après l’invasion terrestre et linguistique de Guillaume le Conquérant, le mouvement inverse est en marche, la langue de Shakespeare a envahi celle de Molière. Le process, comme on dit aujourd’hui au gouvernement ou dans les salles de réunion, paraît irrémédiablement engagé. Et on ne voit pas, à l’heure de la globalisation, ce qui pourrait le freiner. Des « élus » du gouvernement des lettres rêvent-ils d’une langue qui résisterait mieux aux outrages de l’anglais ? « Bullshit », comme dirait le nouveau chantre de la France éternelle (la province, donc), le normalien et agrégé d’histoire Laurent Wauquiez.
Le refrain est connu, il y aurait deux France qui s’éloignent l’une de l’autre. Deux France qui ne se « parlent » pas ou plus assez.
L’anglais est chez lui chez nous – comme partout dans le monde –, mais il n’est peut-être pas la seule langue « étrangère » du pays. Le refrain est connu, il y aurait deux France qui s’éloignent l’une de l’autre. Deux France qui ne se « parlent » pas ou plus assez. Deux France, deux langues et une incompréhension ? Dans un ouvrage récent, Notre langue française (Fayard, 220 p., 18 €), l’historien Jean-Michel Delacomptée a, lui, répertorié pas moins de sept « sous-domaines » de français : « la haute langue », « la langue standard », « les langues régionales ou minoritaires », « les langues métissées », « la langue technique, celle des spécialistes », « la langue des rues » et « la langue des cités, nouvelle venue ».

A première vue, aucune raison d’affirmer que ces sept niveaux...



