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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-1"> ¤ Difficultés d’approvisionnement, impossibilité pour une partie des soignants d’aller travailler… L’unique hôpital du département subit les conséquences des barrages qui paralysent l’île depuis un mois.
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« La situation devient catastrophique sur le plan sanitaire » : l’hôpital de Mayotte tire la sonnette d’alarme

Difficultés d’approvisionnement, impossibilité pour une partie des soignants d’aller travailler… L’unique hôpital du département subit les conséquences des barrages qui paralysent l’île depuis un mois.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 16h55
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 17h26
    |

            Camille Bordenet








                        


« C’est un grand cri d’alarme que je vous adresse. Nous sommes au bord de l’implosion. » L’appel au secours est lancé à plus de 8 000 kilomètres, par une infirmière du Centre hospitalier de Mayotte (CHM), à Mamoudzou. Géraldine se fait l’écho d’une situation devenue critique pour le seul hôpital de l’île et ses structures périphériques, qui subissent de plein fouet les conséquences des barrages paralysant le département depuis près d’un mois.
« En temps normal déjà, nous soignons la population sans distinction dans un quasi-état d’urgence permanent. Nous fonctionnons tout le temps au-delà de nos possibilités techniques et humaines. Mais aujourd’hui, avec les blocages, c’est pire encore. La situation devient catastrophique sur le plan sanitaire », alerte l’infirmière de 41 ans, qui raconte une détresse partagée par l’ensemble de ses collègues soignants, « à bout ».

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« Nos stocks sont quasiment à zéro »
« Nous faisons face à d’importantes difficultés d’approvisionnement puisque le principal stock de médicaments est bloqué au port de Longoni [l’unique port de commerce par lequel transite quasiment toutes les importations de l’île], témoigne le Dr Sophie Olivier, présidente de la commission médicale d’établissement (CME). On commence à manquer de tout : de médicaments (antidouleurs, antibiotiques), d’oxygène, de matériel médical, tenues du personnel, linge, couches-culottes pour bébé… Nos stocks sont quasiment à zéro. Et les déchets ne sont plus évacués. » Une situation qui laisse craindre la pénurie de certains produits, si le port demeurait bloqué trop longtemps.
Autre conséquence des blocages : la difficulté du personnel pour se rendre au travail. « Plus d’un tiers manque tous les jours à l’appel à cause des difficultés de circulation, ou parce qu’ils ne peuvent pas s’approvisionner en carburant. Certains marchent plusieurs heures pour venir à pied », relate la directrice du CHM, Catherine Barbezieux.
« En sous-effectifs au-delà du possible »
Pour ceux présents à l’hôpital et sursollicités depuis un mois, l’épuisement est palpable. « Nous enchaînons les jours de travail pour assurer un service minimum et remplacer ceux qui ne peuvent venir. Tous les jours nous sommes en sous-effectifs au-delà du possible, témoigne Géraldine. Nous nous sentons démunis, seuls, désemparés. »
Les équipes sont à pied d’œuvre pour faire face à ce que tous qualifient de « crise sanitaire ». Les cellules de crise sont quotidiennes, week-end compris… L’établissement a mis en place des navettes maritimes pour le personnel, des logements à disposition pour ceux qui ne peuvent pas rentrer chez eux et a demandé à d’autres de se rendre sur un poste plus proche de leur domicile. « Système D » oblige, certains s’hébergent aussi les uns les autres. L’hôpital vient également de faire appel au soutien de la réserve sanitaire.
Mais davantage que pour leurs conditions, les soignants s’inquiètent surtout pour les malades bloqués chez eux sans possibilité de venir se faire soigner. Notamment pour ceux atteints de pathologies lourdes ou chroniques, qui nécessitent des traitements et des examens réguliers, ou pour la population d’enfants drépanocytaires, « dont la prise en charge de la douleur n’est pas assurée de manière efficiente », souligne le Dr Olivier, qui rappelle également que l’île connaît actuellement une épidémie de bronchiolites, qui touche beaucoup d’enfants en bas âge. « Il n’y a pas non plus de solution de substitution, puisque les cabinets libéraux, peu nombreux, sont tout aussi difficiles d’accès. Quant aux pharmacies, elles ont les mêmes difficultés d’approvisionnement. » 
« Je suis écœurée pour les patients, lâche Géraldine. Et même pour ceux qui parviennent à atteindre l’hôpital, les services sont saturés. Des blocs sont annulés par manque de personnel qualifié sur place. Le plateau technique fonctionne au ralenti, les ambulanciers ne peuvent plus assurer correctement les transports à cause des barrages et de la pénurie d’essence. »
Difficultés pour les évacuations sanitaires
Les barrages entraînent, en effet, des difficultés pour les évacuations sanitaires. Malgré des instructions du collectif à la tête du mouvement pour laisser passer les véhicules de secours, le Dr Philippe Durasnel, chef du pôle des urgences, réanimation et SMUR et vice-président de la CME, fait état de « véhicules ayant été bloqués sur certains barrages ». « Il est arrivé que certains manifestants vérifient la nationalité des patients dans l’ambulance et que nos personnels soient pris à partie quand il s’agissait d’étrangers », déplore-t-il.
Les services d’urgences ont également constaté la mort de deux enfants en bas âge à leur domicile ces derniers jours, et la question se pose de savoir si elles ont un lien plus ou moins direct avec la situation de blocage de l’île.

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« On s’attend à un afflux massif de patients »
La communauté médicale de l’hôpital déplore une situation d’autant plus « préoccupante » que la « crise sanitaire existe déjà en temps normal », dans un département qui souffre d’une pénurie criante de personnel soignant dans tous les domaines, et où l’hôpital public assure l’essentiel de l’offre de soins.
Autre corollaire de la désertification médicale : « en cas de crise, on ne peut compter que sur nos propres ressources, puisque il n’y a pas d’autres structures publiques ou privées, pointe la directrice. L’établissement le plus proche susceptible de nous dépanner est à 2 000 km, à La Réunion ». Cette dernière s’inquiète aussi que cette crise sociale, comme les précédentes, n’aggrave plus encore la difficulté à attirer et fidéliser du personnel soignant à Mayotte – dissuadés notamment par l’insécurité et la faiblesse du niveau scolaire.

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Les soignants appréhendent également la levée des blocages. « Quand la situation de l’île reprendra un cours normal, on s’attend à être débordés par un afflux massif de patients, dans un état très dégradé parce qu’ils n’auront pas pu être soignés pendant des semaines », explique le Dr Durasnel. Une situation que l’hôpital avait déjà connue lors des précédentes crises qui ont secoué Mayotte, en 2011 et en 2016. Pour faire face, les équipes préparent un plan de sortie de crise.
Reste cette amertume, unanimement partagée : « cela fait des années qu’on alerte sur la situation sanitaire criante de l’île et les difficultés de l’hôpital. En vain », déplore le Dr Sophie Olivier.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-2"> ¤ Un dispositif exceptionnel a été activé dans 97 hôpitaux sur 650 pour répondre à un afflux de patients depuis le début mars. Faute de lits, beaucoup passent la nuit sur des brancards.
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Les urgences hospitalières confrontées à une surchauffe inhabituelle sur l’ensemble du territoire

Un dispositif exceptionnel a été activé dans 97 hôpitaux sur 650 pour répondre à un afflux de patients depuis le début mars. Faute de lits, beaucoup passent la nuit sur des brancards.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 10h48
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 11h09
    |

            François Béguin








                        


Confrontées à un afflux de patients âgés et à un manque de lits d’hospitalisation, les urgences explosent. Selon des chiffres fournis par le ministère de la santé vendredi 16 mars, 97 hôpitaux sur les 650 -publics ou privés- comportant une structure d’urgences avaient, au 13 mars, activé le plan « hôpital en tension », un dispositif qui permet notamment de libérer des lits dans les différents services en reportant des opérations programmées. Une saturation inhabituelle à cette époque de l’année.

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Depuis le début du mois, dans les services d’urgences adultes des établissements de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), le taux d’occupation est aussi en augmentation, selon l’heure de la journée, de 15 % à 25 % par rapport au taux moyen en 2016, soit « pratiquement le niveau observé au pic des épidémies hivernales ». Par comparaison, ces deux dernières années, le taux d’occupation en mars était proche du taux moyen annuel (soit + 5 % environ).
Un autre indicateur a également viré au rouge : le nombre de passages de personnes de plus de 75 ans dans les hôpitaux de l’AP-HP a enregistré ces sept derniers jours des hausses comprises entre 8 % et 20 % par rapport à la même période l’année dernière. Dans un prestigieux hôpital parisien, un médecin urgentiste explique avoir été ce mois-ci « en situation de crise permanente ». « Nous n’avons plus de salle d’examen disponible et nous examinons donc les patients dans les couloirs », raconte-t-il sous le couvert de l’anonymat.
« L’hôpital est en train de s’écrouler »
Le phénomène touche toute la France. « On a l’impression de revivre la canicule de 2003, témoigne Pierre Mardegan, le responsable des urgences à l’hôpital de Montauban. Devoir hospitaliser entre 25 et 30 personnes âgées par jour, je n’ai jamais connu ça en vingt ans d’exercice. » Signe de la gravité de la crise, au centre hospitalier de Bourges, il a été expressément demandé aux habitants « de ne venir aux urgences qu’en cas de nécessité absolue ».
A Strasbourg, les syndicats FO et CFTC ont dénoncé une situation « extrêmement critique » et ont lancé un appel à la grève à partir du 20 mars. « Depuis une semaine, c’est la catastrophe », assure Mathias Wargon, le chef des urgences de l’hôpital Delafontaine, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). « On ne prend pas de risque vital avec les patients, mais ce n’est pas de la bonne médecine », regrette-t-il.
« Ça craque de partout, l’hôpital est en train de s’écrouler », juge Christophe Prudhomme, porte-parole de l’association des médecins urgentistes de France et membre de la CGT. « Cette situation est le signe que le modèle hospitalier est au bout du bout et qu’il doit se réorganiser », abonde François Braun, le président de Samu-Urgences de France. Pour mesurer l’ampleur du phénomène, son organisation a mis en place un dispositif de comptage quotidien – sur la base du volontariat – du nombre de personnes admises aux urgences ne trouvant pas de lits d’hospitalisation.
« Dysfonctionnements »
Le résultat est édifiant : entre le 10 janvier et le 9 mars, sur une centaine de services d’urgences (sur un total de 650), plus de 15 000 patients ont passé la nuit sur un brancard, faute de lit d’hospitalisation. « En extrapolant à tous les services, cela représente près de 100 000 patients en deux mois », précise M. Braun. Cette surcharge « entraîne une augmentation de la mortalité de 9 % pour tous les patients et de 30 % pour les patients les plus graves », affirme Samu-Urgences de France, dans un communiqué. La médiatisation de décès survenus ces derniers jours dans plusieurs services d’urgences saturés ont d’ailleurs mis en lumière la situation de crise dans ces hôpitaux. A Reims et à Rennes, des enquêtes judiciaires ont même été ouvertes.

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A quoi attribuer cette fréquentation inhabituelle ? La direction de l’AP-HP fait valoir que « ces derniers jours, l’épidémie de grippe saisonnière, marquée par une proportion plus importante de souche virale B, impacte davantage la population âgée, ce qui a entraîné une augmentation des hospitalisations pour pathologies respiratoires ».
L’hypothèse d’un effet grippe ne suffit pas aux urgentistes. « Le pic de l’épidémie était mi-janvier », assure M. Braun. « On est en dehors de tout épisode épidémique, la situation n’est donc pas liée uniquement à cela », complète M. Mardegan, à Montauban. Pour ces médecins, un tel degré d’engorgement est d’abord la conséquence de toute une série de « dysfonctionnements » de l’hôpital. Alors que la population est vieillissante et que les médecins de ville sont de moins en moins nombreux et accessibles, ils font valoir que l’hôpital ne s’est pas réorganisé en conséquence et ne dispose pas de suffisamment de lits d’hospitalisation générale pour accueillir des personnes âgées polypathologiques.

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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-3"> ¤ A l’ouverture de la quatrième journée d’audience du procès, la présidente du tribunal a tancé les prévenus et l’avocat Jérémie Assous.
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Tarnac : « Si vous voulez un vrai procès, il faut changer votre façon de faire »

A l’ouverture de la quatrième journée d’audience du procès, la présidente du tribunal a tancé les prévenus et l’avocat Jérémie Assous.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 10h27
    |

            Henri Seckel








                        



                                


                            

Pendant quelques heures, vendredi 16 mars, on a presque cru qu’on assisterait désormais à un procès normal. Après trois premières journées marquées par une agitation qui n’aurait pas duré trois minutes dans n’importe quelle autre affaire, la salle des criées avait retrouvé un semblant de sérénité. La veille au soir, la présidente Corinne Goetzmann avait reproché à l’intarissable Julien Coupat et à son turbulent avocat, Me Jérémie Assous, de « monopoliser la parole » et de « créer la confusion » en se défendant sur des points qui n’avaient pas encore été évoqués. « Le tribunal perd pied », s’était-elle agacée.

Alors, vendredi, la quatrième journée d’audience s’est ouverte par un subtil rappel à l’ordre. « J’ai bien conscience qu’il y a chez les prévenus une colère qui avait besoin d’être exprimée compte tenu de l’ancienneté des faits et du traitement de cette affaire. C’est pourquoi il m’a semblé important de leur laisser une place pour s’exprimer. Les débats ont été plutôt atypiques – le mot est faible –, mais ce n’est pas de cette façon que doit se dérouler un procès pénal », a lancé Corinne Goetzmann, soulignant au passage, si l’ambiance potache des premiers jours l’avait fait perdre de vue, que certains prévenus risquaient cinq ans de prison.
La zizanie est revenue
Effet immédiat. Hormis quelques tentatives de coup d’éclat vite réprimées, « Tarnac » a alors été un procès comme un autre, avec une présidente qui préside, des parties qui participent quand c’est leur tour, et un public qui s’ennuie. Et puis, au fil des heures et de l’évocation de points cruciaux que Julien Coupat enrageait de ne pouvoir contester, la zizanie de la veille est revenue.
Si bien qu’à 23 heures, juste avant d’envoyer tout le monde en week-end, la présidente a dû faire, à nouveau, la police de l’audience : « Malgré mes interventions, les débats ne se déroulent pas comme nous le souhaitons. Que les prévenus...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-4"> ¤ Un rapport publié le 1er mars relevant l’accueil indigne des patients du pôle de psychiatrie a provoqué un choc au sein du centre hospitalier de Saint-Etienne.
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Accueil des patients de psychiatrie : au CHU de Saint-Etienne, la parole se libère

Un rapport publié le 1er mars relevant l’accueil indigne des patients du pôle de psychiatrie a provoqué un choc au sein du centre hospitalier de Saint-Etienne.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 10h26
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 10h49
    |

                            Vincent Charbonnier (Saint-Etienne, correspondant)








                        



                                


                            
On n’avait peut-être jamais autant parlé du CHU de Saint-Etienne. Jeudi 1er mars, la publication d’un rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), qui révélait l’indignité de la prise en charge des patients de psychiatrie aux urgences générales, a été relayée par les journaux, les radios, les télés. Après le choc, la parole a commencé à se libérer. Quant aux soignants, ils ont le sentiment d’être déconsidérés dans leur travail.
Malgré les mails envoyés par des cadres dès le 28 février, veille de la publication du rapport, pour inciter les personnels à ne pas parler aux journalistes, certains ont tenu à s’exprimer. Timidement, anonymement. « On a reçu plus d’informations par la presse qu’en interne », déplore un infirmier, dont le blog remporte son petit succès : 4 000 vues et 500 partages sur Facebook. « Mon souci n’est pas de désavouer, mais d’expliquer », observe celui qui est revenu dans un post sur les contentions abusives aux urgences, l’usage disproportionné de l’isolement en psychiatrie, le manque de moyens humains.

Des mesures d’urgence ont été prises : aménagement de « salons d’apaisement » et de quelques lits supplémentaires, sas entre les urgences générales et les urgences psychiatriques pour éviter la relégation des patients dans les couloirs des premières. Autant de réponses dilatoires, selon lui.
Mépris
« Pour nous, la publication du rapport a été un soulagement. On s’est dit : “Ça y est, l’abcès est crevé. Ça va faire bouger les choses.” » Pour ces trois infirmiers rencontrés au domicile de l’un d’eux, loin du CHU, les recommandations du CGLPL ont été perçues comme un « coup de pied dans la fourmilière ». Eux aussi trouvent « anormal et inadmissible qu’on fasse peser sur les patients un manque de moyens ». Sans vouloir incriminer « les personnels des urgences qui, faute de temps, ne peuvent guère faire autrement que...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-5"> ¤ La nuit du sabotage de la ligne TGV était l’objet de l’audience, vendredi.
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Tarnac : le « PV 104 », atout et faiblesse de l’accusation

La nuit du sabotage de la ligne TGV était l’objet de l’audience, vendredi.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 10h19
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 11h12
    |

            Henri Seckel








                        



                                


                            

Parmi les nombreuses curiosités que charrie « l’affaire de Tarnac », celle-ci : la pièce maîtresse de l’accusation est aussi celle de la défense. Il s’agit du « PV 104 », procès-verbal d’une filature de dix-neuf heures entre le 7 et le 8 novembre 2008 sur la Mercedes de Julien Coupat et Yildune Lévy, accusés d’avoir saboté une ligne de TGV, cette nuit-là, en Seine-et-Marne.
Pour le procureur, les sept pages de ce document actent la présence des suspects à proximité immédiate du lieu du sabotage, quelques minutes avant sa commission. Pour les prévenus et leurs avocats, plusieurs invraisemblances disqualifient la pièce, et font tomber l’accusation. Le « PV 104 » était au menu, vendredi 16 mars, d’une audience attendue, et à peine plus calme que les précédentes, qui a permis aux différentes thèses sur le déroulement de la nuit fatidique de s’affronter.

La présidente du tribunal Corinne Goetzmann commence par concéder « un certain nombre de critiques tout à fait pertinentes » soulignées par la défense. L’une des plus spectaculaires concerne un policier présent toute la nuit sur la filature en Seine-et-Marne, selon le procès-verbal, et qui se trouvait au même moment dans son bureau de Levallois-Perret, à 60 kilomètres de là : un autre PV rédigé à 3 h 13 dans la commune des Hauts-de-Seine porte sa signature. « Aucune explication n’a été donnée au sujet de cette incohérence », dit la présidente.
« Pas très adroit »
Le procureur en livre une : ce policier a bien fait l’intégralité de la filature, et c’est en venant au bureau le lendemain qu’il a constaté l’arrivée, dans la nuit, à 3 h 13, d’un fax dont il fallait faire un PV. Or, en pareil cas, « on indique l’heure à laquelle est arrivé le fax, pas l’heure à laquelle on rédige le PV, explique le procureur. Ce n’est évidemment pas très adroit, mais c’est la façon dont fonctionne la police. » Le public rit. La défense grimace.
A l’aide d’une carte...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-6"> ¤ Pour le directeur général de l’AP-HP, la contrainte budgétaire ne sera supportable qu’avec des transformations profondes de l’hôpital.
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Martin Hirsch : « A l’hôpital, il y a un sentiment qui va de la lassitude à la souffrance »

Pour le directeur général de l’AP-HP, la contrainte budgétaire ne sera supportable qu’avec des transformations profondes de l’hôpital.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 10h08
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 10h49
    |

            François Béguin








                        



                                


                            

Quelques jours après avoir annoncé que le déficit de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) serait supérieur à 200 millions d’euros pour 2017, Martin Hirsch, son directeur général, répond aux inquiétudes des soignants et appelle à des « évolutions majeures » des modes de fonctionnement.
Que dites-vous aux médecins et aux personnels qui s’inquiètent d’une baisse des effectifs et d’une dégradation des conditions de travail ?
Après trois ans d’affilée de réduction du déficit, l’année 2017 a été atypique, avec une activité stable et des dépenses que nous n’avons pas ajustées à temps. Le plan que nous mettons en place repose d’abord sur des économies sur les médicaments auxquelles tous adhèrent, et un gel de 0,5 % de la masse salariale que tous redoutent. C’est dur à supporter, mais cela ne met pas en péril l’AP-HP ni la prise en charge des malades. Pour que cela ne pèse pas là où les besoins sont les plus forts, nous organisons, avec les présidents de communauté médicale, une revue des services que nous aurions dû réorganiser plus tôt, pour le faire vite.

Y a-t-il un malaise chez les soignants ?
Incontestablement, et nous en avons pleinement conscience. Il traduit ce que j’appelle la « mue douloureuse » de l’hôpital, avec un sentiment qui va de la lassitude à la souffrance, mais qui ne remet pas en cause l’attachement au service public. Quand nous avons rédigé collectivement les valeurs de l’AP-HP en 2017, c’est clairement ce qui ressortait : « Les valeurs, nous les avons, mais nous avons l’impression de ne pas pouvoir travailler en accord avec elles. »
Ce malaise est-il dû à la tarification à l’activité, qui pousse à faire plus d’actes pour maintenir l’équilibre financier ? L’hôpital est-il arrivé « au bout d’un système », comme le dit la ministre de la santé ?
La tarification concentre toutes les critiques...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-7"> ¤ Parmi les 12 400 médecins et les 53 800 personnels des 39 établissements du « navire amiral » de la santé publique en France, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer un hôpital au bord du « désastre ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 16/03/2018
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« Ras-le-bol », « découragement », « perte de sens » : le malaise de l’AP-HP

Parmi les 12 400 médecins et les 53 800 personnels des 39 établissements du « navire amiral » de la santé publique en France, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer un hôpital au bord du « désastre ».



Le Monde
 |    17.03.2018 à 06h42
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 14h56
    |

            François Béguin








                        



                                


                            
L’hôpital public, pour elle, c’est terminé. A la fin du mois, après douze années comme infirmière de bloc opératoire dans un hôpital de la banlieue parisienne de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Agathe (tous les prénoms ont été modifiés) va raccrocher la blouse. A 43 ans, elle se dit « fatiguée » et « triste » d’avoir dû se résoudre à ce choix. Il y a huit ans, le service d’obstétrique où elle travaille effectuait 2 800 accouchements par an. Il en fait aujourd’hui 900 de plus, à effectif constant. « Ils ont fait de notre service une usine, raconte-t-elle. On nous presse, on nous stresse, on nous demande du rendement… La chef de service nous rappelle constamment que, si on ne fait pas tel chiffre d’activité, on nous réduira les postes… » 
A quelques kilomètres de là, dans un établissement parisien de l’AP-HP, Pascale, une aide-soignante de 35 ans, songe, elle aussi, parfois, à démissionner. Elle dénonce l’évolution « négative et dangereuse » du métier qu’elle exerce depuis treize ans. « Pour payer mes études, j’avais bossé à McDo. Toute la journée, on entendait : “On y va ! On y va !” J’ai retrouvé ça au bloc ces dernières années. On n’a plus le temps de discuter avec les patients angoissés avant une opération… »
« Injonctions contradictoires » des tutelles
Ce constat d’un hôpital « sous pression », « à flux tendu », « rationné », Agathe et Pascale sont loin d’être les seules à le faire parmi les 12 400 médecins et les 53 800 personnels soignants paramédicaux et socio-éducatifs qui font tourner les 39 établissements de l’AP-HP, le « navire amiral » de l’hôpital public en France. L’« AP », c’est une institution, un morceau du patrimoine national, un concentré des atouts et des faiblesses de l’hôpital public – et donc un bon résumé de ses tensions actuelles. On y trouve aussi bien la Pitié-Salpêtrière que l’hôpital mastodonte Georges-Pompidou, le vieil Hôtel-Dieu,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-8"> ¤ Les débats ont été recadrés vendredi. Le tribunal a analysé le procès-verbal de surveillance, qui a révélé de nombreuses incohérences.
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Procès Tarnac : la pièce centrale de l’accusation disséquée

Les débats ont été recadrés vendredi. Le tribunal a analysé le procès-verbal de surveillance, qui a révélé de nombreuses incohérences.



Le Monde
 |    17.03.2018 à 06h06
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 12h25
   





                        


Pièce centrale pour l’accusation, le document est considéré comme un faux par la défense. Au procès Tarnac, le tribunal a passé, vendredi 16 mars, au crible le procès-verbal (PV) de surveillance de Julien Coupat et Yildune Lévy la nuit du sabotage d’une ligne SNCF.
La présidente Corinne Goetzmann a d’abord tenu à recadrer les débats après les débordements des premiers jours, où certains prévenus sont parvenus par leurs interpellations, questionnements et affirmations, à imposer leur tempo.
« J’ai bien conscience que, dans ce procès, il y a chez certains prévenus une colère qui avait besoin de s’exprimer, c’est la raison pour laquelle il m’a semblé important de leur laisser [la parole], ce qui fait que les débats ont été plutôt atypiques. »
« Ce n’est pas comme cela que doit se dérouler un procès pénal, il faut pouvoir discuter des éléments de preuve, s’écouter », a-t-elle lancé. « Ce procès est une affaire sérieuse », a insisté Corinne Goetzmann, soulignant l’aspect « fondamental dans l’architecture du dossier » de ce procès-verbal.

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De nombreuses incohérences
Le PV détaille la surveillance de Julien Coupat et de Yildune Lévy par des policiers de l’antiterrorisme (SDAT) et du renseignement intérieur (DCRI). Combien étaient-ils ? Entre 15 et 20, selon les témoignages. De quels moyens matériels disposaient-ils ? Secret défense.
Engagée le 7 novembre à 11 h 10 à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), la filature prend fin le 8 novembre peu avant 6 heures après le retour du couple à Paris. Entre-temps, la Mercedes empruntée par le couple au père de Coupat sera vue en train d’effectuer des allers-retours durant la nuit sur les routes de Seine-et-Marne. Les policiers affirment avoir observé le véhicule « stationné tous feux éteints à l’entrée d’une voie de service » de la SNCF, en contrebas de la ligne TGV où un crochet en fer a provoqué l’avarie d’un train.

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Celui qui est présenté comme le théoricien de la communauté libertaire de Tarnac (Corrèze) et sa compagne d’alors sont pour cela poursuivis pour dégradation d’une ligne SNCF, des faits passibles de cinq ans de prison et 75 000 euros – et non plus pour terrorisme.
Mais le PV présente de nombreuses incohérences : les policiers disent avoir vu le véhicule passer sous l’autoroute A4 alors que la route passe au-dessus et un policier qui aurait participé à la filature a, à la même heure, signé un PV au siège de la SDAT à Levallois-Perret, près de Paris.
Un PV « adapté » selon Coupat
Le procureur Olivier Christen a tenté de justifier ces erreurs, expliquant que l’auteur du PV l’avait rédigé dans les 24 heures à partir de ses notes et de cartes. Il a affirmé que l’autre policier a bien participé à la filature mais a maladroitement validé par la suite un fax parvenu cette même nuit à la SDAT.
Appelée à la barre, Yildune Lévy a raconté être partie en voiture avec Coupat parce qu’ils se sentaient suivis à Paris et pour se retrouver ensemble : « Cette surveillance créait un sentiment de peur et nous conduisait à faire des choix un peu absurdes. »

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Très vite, le couple se rend compte, sur les petites routes de Seine-et-Marne, qu’il est toujours pisté. « La seule chose dont je me souviens aujourd’hui, c’est de l’hôtel du Mouflon d’or », où ils n’avaient pu trouver de chambre pour la nuit, et de la pizzeria Bella Vita où ils se sont restaurés. Elle évoque aussi un « câlin » dans la voiture avec Coupat « pour se réchauffer » : « On a éclaté de rire et l’on s’est dit : “Ce week-end, c’est trop la loose”. »
« Ce qui s’est passé n’est pas mystérieux », explique Coupat. « Les policiers ont fait une filature jusqu’à minuit, puis ils sont allés se coucher. Mais, le lendemain, ils se sont dit : “aïe”, en découvrant les sabotages aux infos », alors ils ont adapté leur PV « pour insinuer que nous avons un rapport avec tout ça ». Il met en cause « le bon sens » de l’accusation : « des gens qui cherchent un hôtel et se savent suivis sont peu susceptibles de se rendre coupables d’un sabotage. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-9"> ¤ Pour l’écrivaine sénégalaise Ndèye Fatou Kane, les propos d’un philosophe justifiant le viol à la télévision sont révélateurs de l’impunité qui règne dans une société sexiste.
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Point de vue

Sénégal : « Silence, on viole ! »

Pour l’écrivaine sénégalaise Ndèye Fatou Kane, les propos d’un philosophe justifiant le viol à la télévision sont révélateurs de l’impunité qui règne dans une société sexiste.

Par                Ndèye Fatou Kane



LE MONDE
              datetime="2018-03-16T22:29:19+01:00"

        Le 16.03.2018 à 22h29






    
Sur un marché de Dakar, la capitale sénégalaise, en juillet 2015.
Crédits : SEYLLOU/AFP


Tribune. Le professeur Songué Diouf, enseignant en philosophie et chroniqueur dans l’émission « Jakaarlo Bi », diffusée tous les vendredis soirs sur la chaîne de télévision TFM, a jeté un pavé dans la mare. Dans ce programme hebdomadaire de près d’une heure, s’enchaînent pêle-mêle les interventions du présentateur, de ses invités et des chroniqueurs. La règle que tout ce beau monde observe est l’absence d’écoute. Tous les sujets sont « débattus » dans un capharnaüm indescriptible.

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S’exprimant sur la recrudescence des viols au Sénégal, le professeur Songué Diouf a suggéré le 9 mars de « couper la poire en deux », jetant l’opprobre sur les victimes d’abus sexuels. Selon lui, celles-ci ne peuvent s’en prendre qu’à elles-mêmes, car leur habillement « obscène » et leurs atours justifient que les hommes ne puissent se retenir de commettre l’irréparable.
Le plus consternant est que la seule femme présente ce soir-là sur le plateau n’a pas émis la moindre parole de protestation. A part quelques timides réactions d’autres intervenants et des rires gênés, personne n’a osé contredire le professeur, l’encourageant ainsi à continuer sur sa lancée.
Un voile épais sur le sujet du viol
Au moment de l’éclatement de l’affaire Weinstein et de l’émergence des hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc, un pays m’intéressait : le Sénégal. Je m’étonnais de la faiblesse des réactions de mes compatriotes ou de leur absence. Pourtant, dans les colonnes de faits divers des journaux, s’étalent quotidiennement les sordides histoires d’abus sexuels subis par les petites filles, les jeunes femmes et même, parfois, les vieilles dames.
Après avoir participé au mouvement de masse et partagé largement #MeToo et #BalanceTonPorc sur les réseaux sociaux, ce qui n’est pas mauvais en soi, je me suis interrogée sur le regard à porter sur les viols commis au sein même de la société sénégalaise, le plus souvent dans le sutura le plus absolu – sutura signifie discrétion en wolof, ou propension à masquer, à maquiller, laissant croire que tout va bien.

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Pour surfer sur la tendance et transposer l’effet tsunami de #MeToo au Sénégal, j’avais lancé le hashtag #BalanceTonSaïSaï (« balance ton pervers ») qui, après quelques discussions houleuses – le plus souvent suscitées par des hommes –, fut mort-né. D’autres initiatives telles que #Nopiwouma (« je ne me tais pas ») ont vu le jour, mais le voile pudique qui recouvre le sujet du viol est si épais que l’on peine à le soulever.
S’y ajoute le fait que l’on a peur de dénoncer ces pères de famille respectables et respectés, notables de leur quartier, imams, oncles, frères, qui se soulagent sur leurs filles, disciples, nièces, sœurs… Dans la plupart de ces cas, on intime à la victime l’ordre de se taire, de ne pas déposer de plainte, sous peine de faire éclater la cellule familiale.
Le mal est dans les maisons
Au Sénégal, le mal est dans les maisons. Il opère insidieusement, brisant la victime qui doit non seulement vivre avec le traumatisme d’un rapport sexuel non consenti, mais aussi subir le regard insistant de tous, car c’est elle, la fautive, après tout… Elle n’avait qu’à se couvrir ! Il n’est pas rare de lire dans les comptes rendus de procès, si procès il y a, que la mère ou une autre femme de la famille était au courant des agissements du bourreau, mais ne voulait pas le dénoncer.
La victime devient en quelque sorte le bourreau, car il y aurait bien une explication à cet acte contre nature : une poitrine trop précocement développée, un bout de cuisse qui dépasse ou un arrière-train volumineux. Ce qui fait que le violeur ne peut se retenir, le pauvre !
On pourrait même extrapoler sur ce qu’il convient d’appeler la culture du viol au Sénégal en faisant une incursion dans le monde professionnel. Combien sont-ils, patrons, directeurs des ressources humaines, à abuser de jeunes femmes avec la promesse de contrats mirobolants ? Vers qui ces âmes en peine se tourneront-elles, dans une société où une jeune femme violée a forcément fait ou dit quelque chose pour subir ces assauts ?

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Les paroles du professeur Songué Diouf, en plus d’être choquantes et inacceptables, renseignent finalement sur l’état d’esprit de beaucoup de Sénégalais concernant le viol. Ainsi, quand il est question des violences sexuelles, les femmes de ce pays sont – même si des exceptions existent – étrangement aphones.
Mais dans une société où le sutura et le muugn sont érigés en valeurs cardinales, pourquoi s’en étonner ? Le muugn pourrait être assimilé à la propension à endurer stoïquement les épreuves. Un trait de caractère très valorisé chez les femmes qui, associé au sutura, conditionne ces dernières à continuer de prendre sur elles.
Pour se rendre compte de l’ampleur des faits, il suffit d’écouter la radio ou de parcourir la colonne des faits divers des journaux : on viole, on harcèle, on violente impunément les femmes, sœurs, cousines, belles-filles et même filles, on bafoue leur dignité, sans aucune sanction. Mais il faut que cela cesse ! Tant que nous n’arriverons pas à mener à bien ce changement, des propos tels que ceux du professeur Songué Diouf provoqueront encore rires gênés et divisions. En attendant, silence, on viole !
Ndèye Fatou Kane est une blogueuse sénégalaise. Egalement romancière, elle a publié Le Malheur de vivre (L’Harmattan, 2014), puis participé à l’ouvrage collectif Franklin, l’insoumis (La Doxa, 2016). Son dernier livre, l’essai Vous avez dit féministe ?, est paru aux éditions de L’Harmattan en mars 2018.


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-10"> ¤ Patrick Roger, journaliste au service politique du « Monde », actuellement à Mayotte, a répondu aux questions des internautes lors d’un tchat, vendredi.
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« L’Etat a pour devoir d’assumer les conséquences de la départementalisation de Mayotte »

Patrick Roger, journaliste au service politique du « Monde », actuellement à Mayotte, a répondu aux questions des internautes lors d’un tchat, vendredi.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 19h12
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 20h34
   





                        



   


Depuis quatre semaines, le 101e département français est secoué par une importante contestation sociale. Une grève générale touche l’île depuis le 20 février, avec au centre des revendications des Mahorais la question de l’insécurité et des conditions de vie.
Lors d’un tchat, vendredi 16 mars, Patrick Roger, journaliste au service politique du Monde, actuellement à Mayotte, a répondu aux questions des internautes.

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Youpi : Pouvez-nous nous décrire le climat sur place ? On entend beaucoup le discours de peur des Moharais, qui ne se sentent pas en sécurité. Mais qu’en est-il des violences contre les migrants ?
Patrick Roger : Le climat ici est extrêmement tendu. La peur de la population mahoraise est réelle : depuis mon arrivée, je n’ai pas rencontré une seule personne qui ne se soit pas fait agresser, dérober quelque chose ou cambrioler. Plus personne ou presque ne sort la nuit. Les bandes rivales font régner la terreur chaque nuit dans les quartiers, malgré le renforcement de la présence et des patrouilles des forces de l’ordre. Cela ne doit pas faire oublier, pour autant, les risques de représailles, voire pire. Déjà, depuis deux ans, on a assisté à des opérations de « décasage » menées par des habitants pour déloger des clandestins de leurs constructions sauvages.  Récemment a eu lieu le procès de plusieurs individus qui avaient carrément procédé à un lynchage de deux jeunes soupçonnés d’avoir dérobé une télévision. Et cette nuit même a été retrouvé un corps roué de coups sur une plage de l’ouest de Mayotte. Celui-ci n’a pas encore été identifié et une enquête a été ouverte. Il suffit d’une étincelle pour que Mayotte s’embrase. Certains syndicalistes n’hésitent pas à mettre en garde contre les risques d’une guerre civile.
Hubert BDLB : Quelles sont les revendications concrètes des grévistes ? Quelle est la situation concernant les négociations ?
La plate-forme élaborée par l’intersyndicale, le collectif des citoyens et les élus, comporte 61 propositions, portant à la fois sur la restauration de l’autorité de l’Etat (bien affaiblie il est vrai) et la sécurité des citoyens, le renforcement des moyens de la justice et l’« implication de la société civile et des collectivités dans le maintien de l’ordre public et la protection de l’enfance », c’est-à-dire la reconnaissance des associations agissant dans ces domaines, un « plan Marshall » pour Mayotte, avec notamment un fonds exceptionnel de rattrapage de 1,8 milliard d’euros sur 10 ans, la valorisation de Mayotte et de ses atouts culturels.
Lors de la rencontre qui a eu lieu mardi soir 13 mars entre la ministre des outre-mer, Annick Girardin, et une délégation du mouvement, une quinzaine de dispositions en matière de sécurité et de lutte contre l’immigration clandestine ont été acceptées, en sus des mesures de renforcement et d’effectifs supplémentaires que la ministre avait annoncées plus tôt. Mais, depuis, la situation est de nouveau bloquée et les barrages continuent, une partie du mouvement ayant rejeté ces avancées.
Pierre : Vous semble-t-il possible de ne pas adopter une mesure qui remette en cause le droit du sol à Mayotte ? Une procédure de changement total du statut de l’île semble-elle possible à moyen terme ?
Le gouvernement évoquait récemment une possible évolution du statut de la maternité de Mayotte pour en faire une « maternité internationale », posant ainsi la question de son extraterritorialité. Cette option pourrait permettre au gouvernement de contourner la question du droit du sol pour les enfants nés à Mayotte de parents étrangers.
Mais selon Serge Slama, professeur de droit public à l’université de Grenoble, cette option est inenvisageable car elle serait anticonstitutionnelle.

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Webdomi : Comment sortir d’une crise latente depuis de nombreuses années alors que les conflits d’intérêts, les détournements de fonds, les emplois fictifs illustrent cette île depuis bien trop longtemps, avec des autorités préfectorales dépassées et on pourrait dire sans aucun contrôle ni conseils de la France métropolitaine ?
Je comprends que Mayotte puisse apparaître comme un puits sans fond et la situation inextricable. Conflits d’intérêts, détournements de fonds, corruption et autres malversations sont réels. Mais il ne faut pas oublier que Mayotte n’est devenue un département français que depuis sept ans. Même si on peut regretter les conditions, l’impréparation plutôt, dans lesquelles s’est opérée cette départementalisation, l’Etat a pour devoir d’en assumer les conséquences. Et ce qui manque dramatiquement ici, ce sont justement des services de l’Etat à la hauteur des défis et des exigences de rattrapage pour éviter que Mayotte ne sombre. Le personnel politique mahorais, pour une large part, a lui-même été plus que déficient.
Mais émerge aujourd’hui, y compris au sein de ce mouvement, une nouvelle génération d’intellectuels, de responsables associatifs et syndicaux, et dans les milieux économiques, qui représentent en partie l’avenir de Mayotte.
Trantsyx : On peut lire souvent dans les commentaires des articles concernant Mayotte des personnes prônant la rétrocession de Mayotte aux Comores. Est-ce réalisable (et souhaitable) ?
Les gouvernements comoriens font courir la fausse idée que l’avenir de Mayotte ne serait que dans l’union des Comores et exhibent pour ce faire des résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies n’ayant aucune valeur contraignante. La revendication comorienne sur Mayotte vise plutôt à faire oublier l’état d’impéritie totale dans lequel se trouve ce pays. Aucune solution durable, toutefois, ne pourra être trouvée sans établir des accords de coopération bilatéraux avec les Comores.
Catherine : Pour la France, à part les eaux territoriales et un pied dans cette région du monde, qu’apporte Mayotte ?
C’est effectivement un point d’appui stratégique dans la région, y compris en termes de systèmes d’interception dont le Royaume-Uni souhaite continuer à pouvoir bénéficier : c’est un élément en balance dans les discussions en cours sur le Brexit. Mais il ne faut pas s’arrêter à cela. La pêche dans l’océan Indien représente 800 000 tonnes de poisson et 2 milliards d’euros par an. Lorsque la France a négocié la PAC à Bruxelles elle a mis sur la table, en contrepartie des aides pour ses agriculteurs, des autorisations de pêche dans les eaux territoriales mahoraises pour les pêcheurs espagnols et italiens.
L’agriculteur limousin ou auvergnat doit une partie du maintien de ses aides aux ressources halieutiques de Mayotte. Ce département est aussi une formidable réserve écologique, hélas terriblement dégradée aujourd’hui, où l’on trouve des essences et des espèces rares endémiques. Ce que le gouvernement français ne s’est pas privé d’utiliser comme argument lors de la COP21.

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Gautier : On parle souvent de la « base » : qui la compose ? Est-elle vraiment représentative de l’opinion de l’ensemble de la population ? De fait, les barrages sont tenus par un petit nombre d’individus dont le pouvoir de nuisance est très fort…
Un mouvement de cette nature, bien entendu, ne saurait représenter toute la population. Et des manifestations d’exaspération de plus en plus fortes s’expriment car le mouvement, incontestablement, a empiré les difficultés de la vie quotidienne. Y compris en termes de sécurité. Ce mouvement est comparable, en ampleur, à celui de 2011 contre la vie chère. Les collectifs d’associations de citoyens en sont à l’origine, rejoints par l’ensemble des syndicats réunis en intersyndicale mais aussi par une partie des milieux économiques, qui ont participé à l’élaboration de la plate-forme.
Dans une telle diversité, des dissensions se font jour. La durée du mouvement a aussi tendance à accroître la fatigue, l’énervement et les crispations. Dans cette situation, les éléments les plus radicaux semblent avoir pris la main depuis deux jours, ce qui a ramené à cette situation de blocage. Mais en ce moment même se tient à Dzoumonié, dans le nord de l’île, une nouvelle réunion de l’ensemble des dirigeants du mouvement et des élus de tous bords pour tenter une nouvelle fois de calmer le jeu.
Kat : Comment se fait-il que le déplacement sur place de la ministre des outre-mer, Annick Girardin, ait été si mal perçu par les habitants ?
Il était d’abord incroyablement mal organisé. J’ignore comment Annick Girardin avait été briefée par ses services et ceux de la préfecture mais j’ai rarement vu une telle impréparation. Il est même miraculeux qu’il n’y ait pas eu d’incidents plus sérieux. Il faut lui reconnaître aussi du cran et des accents sincères dans ses propos. Je pense qu’elle a une réelle volonté de faire avancer les choses mais elle mérite d’être mieux accompagnée et soutenue par l’ensemble de l’exécutif, alors que j’ai le sentiment que, au sommet de l’Etat, s’exercent des influences contradictoires.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-11"> ¤ Renée fait bénéficier son infirmière de plusieurs assurances-vie ; Raymond lègue ses biens à son médecin ; Nicole fait un testament en faveur de sa psychanalyste. Neveux et compagne contestent ces legs, en invoquant l’article 909 du code civil.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-11"> ¤ 
<article-nb="2018/03/17/19-12">
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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-12"> ¤ Le procureur de la République de Paris a toutefois demandé au ministère des affaires étrangères des précisions sur le statut du camp dans lequel ces femmes sont censées se trouver.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

Les plaintes des parents de françaises détenues en Syrie classées sans suite

Le procureur de la République de Paris a toutefois demandé au ministère des affaires étrangères des précisions sur le statut du camp dans lequel ces femmes sont censées se trouver.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 17h14
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 18h28
   





                        



   


Les plaintes visant l’Etat français, déposées en janvier par les avocats des familles de trois Françaises qui avaient rejoint l’organisation Etat islamique en Syrie et sont aujourd’hui détenues au Kurdistan syrien avec leurs enfants, ont été classées sans suite, a annoncé une source judiciaire, vendredi 16 mars, confirmant une information du Le Parisien.
Le procureur de la République de Paris, François Molins, a cependant demandé au ministère des affaires étrangères le statut du camp dans lequel elles sont censées se trouver et questionné l’autorité administrant le camp, ajoute-t-on de même source. S’agit-il d’un camp de personnes déplacées ou de prisonniers ? Une précision nécessaire pour établir si l’infraction de détention arbitraire peut être caractérisée. Elle viserait alors les geôliers kurdes de ces femmes. Selon une source judiciaire, le Quai d’Orsay n’a pas encore répondu à cette demande d’information.
Dans leurs plaintes, les avocats s’appuient sur l’article 432-5 du code pénal, selon lequel une personne dépositaire de l’autorité publique qui a connaissance d’une détention illégale ou arbitraire et ne fait rien pour y mettre fin, est elle-même coupable d’une infraction. Les autorités françaises en sont clairement la cible, même si la plainte est portée « contre X ».

        Sur les plaintes :
         

          Des parents de djihadistes français arrêtés en Syrie déposent plainte pour « détention arbitraire »



Dans un courrier adressé le 19 février aux avocats Marie Dosée, William Bourdon, Marc Bailly et Martin Pradel, M. Molins estime que l’infraction réprimée par l’article 432-5 du code pénal n’est pas caractérisée. Il s’appuie sur le fait que la France n’a plus de représentation diplomatique en Syrie et n’a pas, en la matière, les moyens d’agir sur un théâtre de conflit armé.
Les avocats contestent
Dans leur réponse à M. Molins, datée du 7 mars, les quatre avocats contestent cette analyse. Ils invoquent le fait que « la France a reconnu l’existence d’un “Kurdistan syrien” à travers la bouche de son porte-parole, Benjamin Griveaux » et rappellent que Jean-Yves Le Drian avait confirmé, il y a deux ans, quand il était ministre de la défense, la présence de forces spéciales françaises en Syrie.
Ils estiment, en outre, que la demande d’information du procureur de la République au Quai d’Orsay est « la parfaite démonstration qu’aucune vérification nécessaire (…) n’a été diligentée par les autorités françaises, pourtant parfaitement informées de la situation » de leurs clientes.
Ils réaffirment encore que rien, à leurs yeux, ne justifie que leurs clientes soient maintenues en captivité, quelle que soit la nature du camp où elles sont retenues. Ils se réservent le droit, en cas de classement sans suite, de prendre toute initiative de nature à garantir ceux de leurs clientes.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/17/19-13">
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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-13"> ¤ Si les formules politico-poétiques tracées sur les murs du Quartier latin montrent le désir, alors largement partagé, de changer la vie, ils ne sauraient représenter l’état d’esprit des 10 millions de personnes qui ont pris part au mouvement.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Les slogans résument-ils l’esprit de Mai 68 ?

Si les formules politico-poétiques tracées sur les murs du Quartier latin montrent le désir, alors largement partagé, de changer la vie, ils ne sauraient représenter l’état d’esprit des 10 millions de personnes qui ont pris part au mouvement.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h56
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 18h08
    |

                            Marion Rousset








                        



                                


                            

C’était le printemps. A côté des rangées de platanes bien taillés, des aphorismes ont soudain fleuri sur les murs comme pousse la mauvaise herbe, aussi piquants qu’un chardon des champs, aussi légers qu’un pissenlit duveteux, aussi poétiques qu’un coquelicot au bord d’une autoroute. « Il est interdit d’interdire », « Sous les pavés, la plage », « Jouissez sans entraves », « Ne perdez pas votre vie à la gagner », « L’imagination au pouvoir », « Tout, tout de suite » : ces slogans poético-politiques restent enracinés dans la mémoire collective telle une trace vivace de l’esprit de Mai.
Cerveaux créatifs
Leur succès a contribué à orienter la vision d’une révolution placée sous le signe du refus de l’autorité, de l’individualisme, de la libération sexuelle, de l’éloge du présent. Et l’on oublie ce faisant que l’on ne doit pourtant leur existence qu’à quelques cerveaux créatifs : « La plupart ont été inventés par une toute petite minorité, qu’on a appelée les “enragés de Nanterre”. Moins d’une dizaine de personnes dont les idées étaient celles de l’Internationale situationniste », assure l’historienne Michelle Zancarini-Fournel. A savoir, Guy Debord, René Viénet, René ­Riesel, Raoul Vaneigem, Mustapha Khayati… qui tiennent le premier comité d’occupation de la Sorbonne. C’est Viénet en personne qui aurait peint : « L’humanité ne sera heureuse que quand le dernier bureaucrate sera pendu avec les tripes du dernier capitaliste. » Et c’est à Debord que l’on doit d’avoir tracé à la craie « Ne travaillez jamais », pour la première fois, rue de Seine, en 1953.
« Ces slogans ne sont pas représentatifs de l’état d’esprit des 10 millions de participants. Le registre d’un ouvrier de La Rochelle ou d’ailleurs n’était pas forcément le même que celui des situationnistes », reconnaît l’historienne Ludivine Bantigny. De fait, les tracts qui circulent dans les usines en grève et au sein des organisations d’extrême gauche...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-14"> ¤ Certes, Daniel Cohn-Bendit a interpellé le ministre des sports sur les « problèmes sexuels des jeunes », mais la question a été peu abordée pendant le mouvement. C’est au cours des décennies suivantes que la parole sur le corps et la sexualité s’est libérée.
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Mai 68 marque-t-il l’an I de la révolution sexuelle ?

Certes, Daniel Cohn-Bendit a interpellé le ministre des sports sur les « problèmes sexuels des jeunes », mais la question a été peu abordée pendant le mouvement. C’est au cours des décennies suivantes que la parole sur le corps et la sexualité s’est libérée.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h56
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 18h07
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            

« Jouissez sans entraves », « Plus je fais l’amour, plus j’ai envie de faire la révolution. Plus je fais la révolution, plus j’ai envie de faire l’amour »… Les graffitis inscrits sur les murs de Paris en Mai 1968 ont construit une légende : ce joli mois marquerait l’an I de la révolution sexuelle. Un mythe que déconstruit patiemment Michelle Zancarini-Fournel. « Il faut distinguer les représentations qui se sont imposées au cours des décennies qui ont suivi 1968 et les pratiques réelles de l’époque », prévient l’historienne, qui a dirigé, avec Philippe Artières, 68. Une histoire collective (1962-1981) (La Découverte, 2008).
Les féministes aux avant-postes
En 1968, il y eut certes l’interpellation de Daniel Cohn-Bendit au ministre des sports de De Gaulle – « J’ai lu votre Livre blanc sur la jeunesse, en 300 pages, il n’y a pas un seul mot sur les problèmes sexuels des jeunes » – et les revendications du Mouvement du 22-Mars sur l’accès des garçons à la résidence universitaire des filles de Nanterre. Mais ce fut à peu près tout. « La question de la sexualité intéressait les étudiants en sociologie de Nanterre avant 1968, mais elle n’a quasiment pas été abordée lors des assemblées générales dans les universités, souligne Michelle Zancarini-Fournel. Et, dans le mouvement social, on en parlait peu ou pas du tout – sauf dans quelques entreprises de femmes. »
C’est plutôt au cours des décennies qui suivent Mai 1968 que la parole sur le corps et la sexualité, peu à peu, se libère. Les féministes sont aux avant-postes de ce mouvement qui bouscule la morale, la pudeur et la bienséance. « Elles insistent sans relâche sur le fait que leur corps leur appartient, raconte Michelle Zancarini-Fournel. C’est d’ailleurs le titre d’un livre témoignage écrit par des femmes de Boston et publié en France en 1977 : Notre corps, nous-mêmes [Albin Michel]. Ces mouvements luttent surtout en faveur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-15"> ¤ Patrick Roger, journaliste au service politique du « Monde », actuellement à Mayotte, a répondu à vos questions.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-15"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-16"> ¤ Le régime de retraite des cheminots leur assure un départ plus tôt et une pension plus confortable que le reste de la population. Mais ce système déséquilibré coûte cher à l’Etat.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-16"> ¤                     
                                                

La retraite des cheminots, un régime spécial largement déficitaire

Le régime de retraite des cheminots leur assure un départ plus tôt et une pension plus confortable que le reste de la population. Mais ce système déséquilibré coûte cher à l’Etat.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 15h28
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 15h42
    |

                            Jean-Gabriel Fernandez








                        



   


Le projet de réforme de la SNCF suscite l’inquiétude des cheminots pour leur avenir. Si le premier ministre, Edouard Philippe, a bien assuré que le projet de loi « n’est pas la réforme des retraites des cheminots », il a aussi annoncé la fin de l’embauche « au statut » des employés de la SNCF. Autrement dit, que les futurs agents ne seront pas sous le statut actuel des cheminots et ne cotiseront pas pour le régime spécial actuellement en vigueur, ce qui signifiera mécaniquement moins de cotisations salariales pour les retraites.
Ce régime spécial dont bénéficient les cheminots est dans le collimateur du gouvernement à cause de son coût élevé. Durant la seule année 2016, les retraites des cheminots ont été déficitaires de 3,3 milliards d’euros, comblés par l’Etat.
Pourquoi ça coûte si cher ?
Ils étaient 260 000 retraités de la SNCF en 2017, un chiffre à rapporter à environ 150 000 personnes actuellement employées par l’entreprise. Ce nombre important est en partie expliqué par l’âge minimum de départ en retraite pour les cheminots : 57 ans pour les agents sédentaires et 52 ans pour les conducteurs. L’âge minimum peut varier jusqu’à deux ans en fonction de l’année de naissance des agents, mais reste très en dessous du minimum de 62 ans en vigueur dans le privé. En 2016, en moyenne, les conducteurs ont pris leur retraite à 53 ans et 5 mois, les autres employés SNCF à 57 ans et 6 mois, contre 62 ans et 5 mois pour les affiliés au régime général.
Plus confortable que la retraite moyenne en France, qui était de 1 376 euros en 2015
La pension de retraite des cheminots est également plutôt avantageuse. A taux plein, elle correspond à 75 % du salaire des six derniers mois d’activité (dans le privé, on fait la moyenne des salaires des vingt-cinq meilleures années), auxquels s’ajoutent une grande part des primes. En 2016, la pension directe moyenne versée aux cheminots était de 24 759 euros par an, soit 2 063 euros par mois. Celle-ci est plus confortable que la retraite moyenne en France, qui était de 1 376 euros en 2015, selon le ministère des solidarités et de la santé.
Ce régime spécial, obtenu en 1909, est antérieur à la fondation de la SNCF. Or, il est aujourd’hui incapable de s’autofinancer et est subventionné par l’Etat, au même titre que dix autres régimes spéciaux (marine, mines, transports urbains). Le coût total des prestations de retraite des cheminots en 2016 était de 5,3 milliards d’euros, que les cotisations ne suffisent pas à couvrir. L’Etat a donc versé 3,3 milliards d’euros pour les cheminots à la retraite, soit près de 60 % du budget total dédié cette année-là aux onze régimes spéciaux, dont fait partie la SNCF.


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Contribution de l'Etat au financement des pensions de retraite de la SNCF depuis 2015


Source : Caisse prévoyance retraite de la SNCF



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Seuls les « agents du cadre permanent » de la SNCF sont affiliés au régime spécial des cheminots, cotisent et en bénéficient. Ils doivent avoir été embauchés avant leurs 30 ans, posséder toutes les qualifications demandées par l’entreprise et passer une période d’évaluation allant d’un an à deux ans et demi. Pour bénéficier de la retraite à taux plein en 2016, ils devaient également avoir accumulé 163 ou 164 trimestres de service à la SNCF, avec un taux de cotisation de 8,2 %. Dans le privé, le taux de cotisation moyen est aux alentours de 11 % pendant 172 trimestres. Les cheminots ont également une cotisation retraite avantageuse par rapport aux fonctionnaires, qui cotisent à hauteur de 10,56 %.
A la SNCF, 0,56 actif pour 1 retraité
Il y a en France 17,5 millions d’actifs qui travaillent, contre 14 millions de retraités. C’est-à-dire que 1,3 actif cotise pour chaque personne à la retraite. A la SNCF, où l’on est passé de 303 000 agents en 1970 à 150 000 aujourd’hui, ce ratio est de 0,56. En 2016, on comptait près de deux retraités pour chaque cotisant à la SNCF, et la situation continue de se dégrader. « Le nombre des cotisants baisse régulièrement à la SNCF, de 1,4 % en 2014, 2 % en 2015 et, en prévision, de 1,2 % en 2017 », note la commission chargée d’examiner les régimes de retraite par le Sénat.


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Nombre de cotisants et de pensionnés dans le régime de la SNCF


Source : Sénat



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Vers une disparition du régime spécial ?
C’était l’une des promesses de campagne d’Emmanuel Macron, qui ne cache pas son ambition d’abolir le régime de retraite des cheminots, qu’il qualifiait d’« injuste » l’été dernier lors d’un échange avec des cheminots.
« Je souhaite que l’on puisse avoir au premier semestre 2018 une loi-cadre qui donne le top départ de cette réforme, par exemple au 1er juillet 2018 ou début 2019. (…) Ceux qui étaient à cinq ans de la retraite ne sont pas touchés, les autres ont des droits acquis dans un régime et à partir de ce jour-là basculent vers un régime unique, où un euro cotisé donne lieu aux mêmes droits. »
Ce n’est pas la première fois que le gouvernement cherche à revenir sur les avantages dont bénéficient les retraités de la SNCF. En 2008, une réforme des régimes spéciaux menée par le gouvernement de Nicolas Sarkozy avait déjà entamé le travail. Dans un premier temps, la réforme de 2008 a allongé la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d’une retraite à taux plein : de 37 ans et deux trimestres, celle-ci est passée à 41 ans et un trimestre aujourd’hui. Elle continuera d’être relevée d’un trimestre par an jusqu’à atteindre la durée en vigueur pour les assurés du régime général, soit 172 trimestres (43 ans). La réforme des retraites a également instauré une décote et une surcote identiques à celles des fonctionnaires.
En 2011, une nouvelle réforme a touché les retraites des cheminots et remonté l’âge d’ouverture des droits de deux ans. Le taux de cotisation salariale des agents du cadre permanent a également été modifié. Passant de 8,15 % en 2015 à 8,79 % en 2018, ce taux continuera d’augmenter jusqu’à atteindre 10,95 % en 2026.


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Evolution du taux de cotisation salariale des cheminots


Source : Legifrance.gouv.fr



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L’une des conséquences observables est l’augmentation de l’âge moyen de départ à la retraite à la SNCF depuis 2009, une augmentation de trois ans pour les conducteurs et de deux ans et deux mois pour les autres. L’objectif poursuivi par la réforme de 2008 était d’aligner le régime des cheminots sur les règles en vigueur dans la fonction publique. Un objectif partiellement atteint, car les cheminots ont perdu quelques-uns de leurs avantages. La nouvelle réforme de la SNCF pourrait accélérer cette convergence vers le régime général des retraites.



                            


                        

                        


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Hautes-Alpes : convoqué pour avoir aidé des migrants, un bénévole soutenu par des manifestants et internautes

Un bénévole a été convoqué dans les Hautes-Alpes par la police des frontières pour avoir porté secours à une famille, dont une femme qui était sur le point d’accoucher.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 15h26
   





                        


Ils sont indignés. Des internautes et 130 manifestants, réunis, mercredi 14 mars, devant la police aux frontières de Montgenèvre, ont apporté leur soutien à Benoît Ducos, convoqué ce même jour par la police aux frontières (PAF). Son tort ? Etre venu en aide à une famille nigériane en montagne, dont une femme sur le point d’accoucher.
Les faits se déroulent samedi 10 mars au soir. Lors d’une maraude, deux bénévoles de l’association Refuges solidaires, dont Benoît Ducos, trouvent les quatre membres d’une famille nigériane et deux autres migrants perdus à 1 850 mètres d’altitude. « La mère est complètement sous le choc, épuisée, elle ne peut plus mettre un pied devant l’autre. Nos thermos de thé chaud et nos couvertures ne suffisent en rien à faire face à la situation de détresse dans laquelle ils se trouvent. En discutant, on apprend que la maman est enceinte de huit mois et demi. C’est l’alarme, je décide de prendre notre véhicule pour l’emmener au plus vite à l’hôpital », explique Benoît Ducos dans un témoignage diffusé par Joël Pruvost, membre de Refuges solidaires, au site d’information locale Dici.fr.
En chemin, la femme enceinte est prise de contractions et à 500 mètres de la maternité, la voiture est arrêtée par un contrôle des douanes. Là, les versions divergent. Selon M. Ducos, les douaniers prennent tardivement la mesure de l’urgence, alors que « la maman continue de se tordre sur le siège passager », et finissent par appeler les pompiers qui transportent la femme à l’hôpital « à 23 heures passées ». Selon la préfecture, le contrôle a eu lieu « à 22 h 15 » et « la femme se plaignant de fortes douleurs abdominales, les douaniers ont sollicité immédiatement les pompiers », « arrivés sur les lieux à 22 h 31 et à 22 h 43 au centre hospitalier [de Briançon] ».

@CecileDuflot L’action de l’État a été irréprochable et ses agents ne sauraient être mis en cause alors qu’ils ont… https://t.co/HzaSaQ24Iu— Prefet05 (@Préfète Hautes-Alpes)


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Le reste du groupe de migrants ainsi que le bénévole sont, eux, conduits au commissariat, où Benoît Ducos est interrogé pendant quinze minutes, selon Libération.
Selon M. Ducos, il a été question d’expulser vers l’Italie le père et les deux enfants, avant que les forces de l’ordre ne se ravisent et ne les conduisent au chevet de la mère, qui les réclamait. La préfecture n’évoque pas de volonté d’expulsion, mais dit simplement qu’ils ont été conduits à l’hôpital à la demande de l’établissement. Ils sont depuis hébergés à Gap par le Samusocial. Les deux autres migrants, eux, ont été reconduits à la frontière dès dimanche.

        Lire aussi :
         

                Bugeat, ce village de Corrèze qui se réjouit tant d’accueillir une famille de réfugiés soudanais



Une convocation et une enquête « pour déterminer le rôle précis » du bénévole
M. Ducos a par la suite reçu une convocation de la PAF pour transport de personnes en situation irrégulière. Lors de son audition mercredi, il a revendiqué « une action humanitaire ». « Si c’était à refaire, je le referais », a-t-il déclaré à l’AFP. Selon le parquet de Gap, l’enquête se poursuit « pour déterminer le rôle précis » du bénévole, « notamment aux fins d’apprécier s’il doit bénéficier de “l’immunité humanitaire” prévue par les dispositions de l’article L622-4 (3°) du Ceseda », code de l’entrée et du séjour des étrangers et droit d’asile.
Les Hautes-Alpes connaissent une pression migratoire forte : 1 900 personnes ont été expulsées en Italie en 2017 contre 315 en 2016, selon la préfecture. De plus, 1 224 migrants se déclarant mineurs ont été enregistrés par le Conseil départemental, qui ne dispose que de 215 places dans trois centres d’accueil.

        Lire aussi :
         

                Le « délit de solidarité », une longue histoire






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-18"> ¤ Avec « Notre langue française », paru chez Fayard, l’écrivain Jean-Michel Delacomptée signe un essai aux allures de manifeste.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-18"> ¤                
                                       
édition abonné


« Un langage qui se déstructure, c’est une pensée qui s’amollit »


                      Avec « Notre langue française », paru chez Fayard, l’écrivain Jean-Michel Delacomptée signe un essai aux allures de manifeste.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 15h23
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 16h21
    |

            Laurent Carpentier








                              

                        
« L’inquiétude de la langue, elle me tient depuis toujours », explique Jean-Michel Delacomptée en tirant sur sa bouffarde. Le gamin de Sartrouville, en banlieue parisienne, un brin voyou, viré du lycée avant d’être envoyé en pension faire ses humanités, est devenu un avocat intraitable de l’orthographe et de la syntaxe. Vingt ans dans la diplomatie culturelle (prof au Japon, au Laos, en Cisjordanie), puis enseignant à l’université Paris-VIII, à Saint-Denis, l’écrivain signe aujourd’hui, à 69 ans, un essai aux allures de manifeste : Notre langue française (Fayard, 220 p., 18 €).


Dans votre livre, vous expliquez qu’il n’y a pas « une » mais « des » langues françaises. Vous en nommez sept. La plus précieuse à vos yeux, c’est ce que vous appelez la « haute langue » ?
C’est la langue de la littérature. La langue écrite de haut vol, exigeante, tenue, qui rend compte de la complexité du monde. Si un type comme de Gaulle n’avait pas eu une telle conscience de la grandeur de la langue, je ne suis pas sûr qu’il aurait pu tenir le discours du 18 juin, ni qu’il aurait été écouté. Une langue, c’est une énergie. Et la nôtre se dévitalise. Comme la poésie, dont elle est l’organe, son destin est celui de la marginalisation. Aujourd’hui, un roman où les phrases dépassent quatre mots, on le dit incompréhensible. Ainsi, elle se déstructure, s’appauvrit.
C’est ce que vous pensez aussi de ce que vous appelez le « langage standard »…
En effet, même la langue du quotidien, pragmatique, utilitaire, se déstructure. Or, un langage qui se déstructure, c’est une pensée qui s’amollit, qui branle dans le manche. Uniformisation. Castration symbolique. La correction politique agit comme un véritable carcan qui la prive de spontanéité. La radio et, surtout, la télé conjuguant l’aplatissement. Le verbe nous insuffle. Il nous traverse, il nous fait être. Or ce souffle-là s’éloigne de notre langue, il s’abolit,...




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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-19"> ¤ Deux mois après son lancement, le magazine a 8 000 abonnés et vend de 8 000 à 10 000 exemplaires en kiosque.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-19"> ¤                     
                                                

« Ebdo », en grande difficulté, cherche des investisseurs

Deux mois après son lancement, le magazine a 8 000 abonnés et vend de 8 000 à 10 000 exemplaires en kiosque.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 14h12
 • Mis à jour le
17.03.2018 à 06h37
    |

            Alexandre Piquard








                        



   


« Nous sommes face à ce moment de crise où tout se résout ou s’encalmine », résume Laurent Beccaria, l’un des deux actionnaires d’Ebdo, dans Libération, jeudi 15 mars. Deux mois après son lancement, le magazine est déjà menacé de disparition, en raison de ventes décevantes et de fonds trop limités pour poursuivre l’activité et investir.
Après une réunion de crise avec la quarantaine de salariés du journal, le cofondateur et son associé, Patrick de Saint-Exupéry, disent chercher à constituer un nouveau tour de table d’investisseurs. « On se bat », résument-ils. Mais le temps est compté. « On n’a pas six mois, déclare M. Beccaria. Cela se compte en semaines. » Faute d’argent, le journal pourrait s’arrêter très rapidement.
Selon nos informations, les ventes en kiosque (exemplaires vendus au numéro, hors abonnements) ont baissé depuis le lancement : 53 000 pour le premier numéro, le 12 janvier, pour une diffusion de 200 000 exemplaires ; 28 000 le 19 janvier, 24 000 le 26 janvier, 21 000 le 2 février, 23 000 le 9 février pour le numéro sur la plainte pour viol déposée contre le ministre Nicolas Hulot, 13 000 le 16 février, 13 000 le 23 février. Et « entre 8 000 à 10 000 » pour les derniers numéros, selon les fondateurs cités par Libération.

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Ces chiffres sont loin des objectifs affichés au départ : 20 000 ventes au numéro et 70 000 abonnements. Ces derniers ne dépassent pas le nombre de 8 000. Les ventes en kiosque sont plus faibles que celles affichées par certains newsmagazines (25 000 en moyenne en 2017 pour L’Express, 29 000 pour L’Obs, qui a des actionnaires communs avec Le Monde) mais, surtout, ces hebdos ont beaucoup plus d’abonnés et disposent de recettes venant d’annonceurs, alors qu’Ebdo est un journal sans publicité. De son côté, le site indépendant Mediapart, après dix ans d’existence et de nombreux scoops, affiche 140 000 abonnés environ, ce qui donne une idée de la difficulté d’atteindre l’objectif fixé par Ebdo.
La levée de fonds n’a pas eu lieu
Quant aux capitaux, la levée de fonds de 2 millions d’euros annoncée pour février n’a pas eu lieu, ce qui a empêché de débloquer 4 millions d’euros de crédits bancaires, expliquent les dirigeants d’Ebdo. Le journal a été lancé avec les 500 000 euros récoltés lors d’un financement participatif (ou crowdfunding) et les quelques réserves de Rollin Publications, la société éditrice, qui publie également les revues trimestrielle et semestrielle XXI et 6 Mois. Avec une équipe de journalistes expérimentés souvent débauchés dans d’autres rédactions, le budget annuel était, lui, estimé à 13 millions d’euros.
Aujourd’hui, Ebdo est en crise. Plusieurs réunions internes ont eu lieu cette semaine. Mercredi, des participants des assises du journalisme de Tours ont remarqué que le journal avait annulé sa participation à un débat. Sollicités, les dirigeants n’ont pas souhaité s’exprimer dans Le Monde. Les journalistes sont peu enclins à commenter, certains lâchant toutefois des tweets sybillins, comme cette photo d’un mug avec une citation de Victor Hugo « Nous périssons faute d’émerveillement ».
Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné jusqu’ici ? MM. Beccaria et Saint-Exupéry pointent clairement du doigt le rôle joué par l’« affaire Hulot ». Cet article – relatant anonymement une plainte pour viol déposée en 2008 à propos de faits datés en 1997, donc classée sans suite – a suscité l’indignation de certains lecteurs. Pour une partie d’entre eux, ce style de scoop offensif ne correspondait pas à un journal qui promettait de prendre du recul par rapport à l’actualité et à son buzz.
Polémique autour de l’« affaire Hulot »
« Ebdo a connu un coup d’arrêt. Il y a eu une crise quand les journalistes ont découvert le sujet, car personne n’était au courant en amont. Une partie de la rédaction, proche de XXI et de 6 Mois, loin de ce journalisme d’enquête, a mal réagi », a expliqué M. Beccaria dans un entretien à Marianne, le 8 mars. Surtout, la polémique autour des accusations visant le ministre de la transition écologique et solidaire aurait fait fuir un investisseur important, selon les dirigeants cités par Libération.
Pourtant, d’autres, au sein de la rédaction, n’ont pas la même vision des choses. La baisse des ventes n’était-elle pas amorcée avant le numéro sur M. Hulot ? Surtout, certains sont surpris que les dirigeants n’aient pas fait la levée de fonds prévue au départ et ne disposent pas, comme ils l’avaient suggéré, de quoi faire tenir Ebdo pendant deux ans.
Aujourd’hui, MM. Beccaria et Saint-Exupéry seraient même prêts à quitter l’aventure, pour laisser la place à de nouveaux investisseurs. « Nous assumerons notre part de responsabilité. Nous ferons tout ce qui est bon pour la société », disent-ils à Libération, en laissant entendre que les actifs XXI et 6 Mois pourraient être laissés dans la structure pour favoriser l’arrivée d’investisseurs.

   


Le directeur de la publication, Thierry Mandon, ancienne figure du Parti socialiste, serait chargé de chercher des fonds qui pourraient permettre le lancement d’une nouvelle formule avec le soutien des membres de la rédaction motivés. Comment le journal serait-il remanié ? Serait-il plus proche de l’actualité ? Jusqu’ici, Ebdo s’en éloignait plutôt, sans pour autant jouer la carte du reportage et du très long format, marque de fabrique de XXI ou de 6 Mois. Les couvertures ont mis en avant la SNCF, le travail, le plaisir des femmes, le Brexit, la défense des services publics… Quant à l’« affaire Hulot », les dirigeants ont laissé entendre qu’ils pourraient à l’avenir publier de nouveaux éléments sur le ministre.
A Marianne, qui lui rappelait « les leçons de journalisme » dispensées dans le manifeste de XXI, M. Beccaria a rappelé que ce texte de 2013 « dit seulement qu’Internet a changé la donne et qu’il faut s’adapter, qu’on peut proposer un autre journalisme ». Tout en reconnaissant que « l’impasse de ce manifeste, c’était l’actualité : comment faire de l’actualité au jour le jour. A l’époque, je ne comprenais pas quand on me disait “c’est facile d’être trimestriel”. Je l’ai bien compris aujourd’hui ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-20"> ¤ Dans sa chronique, la journaliste Annie Kahn cite une récente étude américaine qui indique que les dirigeants les plus inclusifs sont ceux qui se sous-estiment le plus sur ce critère et que les femmes sont plus tolérantes que les hommes.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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« Les manageurs sont-ils aussi ouverts à la différence qu’ils l’affirment ? »

Dans sa chronique, la journaliste Annie Kahn cite une récente étude américaine qui indique que les dirigeants les plus inclusifs sont ceux qui se sous-estiment le plus sur ce critère et que les femmes sont plus tolérantes que les hommes.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 14h00
    |

            Annie Kahn








                        



                                


                            
Ma vie en boîte. Que de déclarations n’a-t-on pas entendues en faveur de la parité et de la diversité durant cette désormais traditionnelle Journée des droits des femmes. Mais leurs auteurs agissent-ils conformément à ce qu’ils prônent ? Hélas, il se pourrait bien que ce ne soit pas le cas pour une majorité d’entre eux.
C’est en tout cas la conclusion que l’on peut tirer d’une récente étude dirigée par Jack Zenger et Joseph Folkman, respectivement directeur général et président du cabinet de conseil qui porte leurs deux noms. Les résultats de leurs travaux ont été publiés dans la Harvard Business Review d’octobre 2017. Ces deux consultants cherchaient à savoir si, d’une façon générale, les manageurs sont aussi ouverts à la différence qu’ils l’affirment.
Certes, pour le prouver, on peut dire qu’il est facile de compter le pourcentage de femmes dans un service, ou celui de personnes issues de « minorités visibles », et, ainsi, quantifier la diversité d’une équipe et penser répondre à la question. Il n’en est rien, car ce procédé est très réducteur. En effet, bien d’autres critères que le genre ou la couleur de la peau sont porteurs de diversité : depuis les diplômes obtenus, les réseaux fréquentés, jusqu’aux modes de raisonnement ou aux passions extraprofessionnelles.
Le « 360 degrés »
A défaut de pouvoir tous les identifier et les mesurer, il est donc pertinent et complémentaire de s’intéresser aux qualités globales d’ouverture d’esprit des manageurs. Ne serait-ce, aussi, que pour mieux apprécier ce qui relève vraiment de leurs actions, et non de facteurs extérieurs comme le secteur d’activité ou la nature du service qu’ils dirigent.
Le grand groupe choisi pour cette étude était réputé pour ses excellents résultats en matière de parité et de diversité d’origines, que ce soit pour l’embauche ou la promotion de collaborateurs
Pour répondre à la question de savoir si les chefs qui se disent les plus inclusifs le sont...




                        

                        

