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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Des étudiants devant les grilles fermées de l’usine Renault à Billancourt : cette image télévisée masque des « rencontres improbables » entre les deux mondes attestées par de nombreux témoignages.
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Etudiants et ouvriers ont-ils fait la jonction en Mai 68 ?

Des étudiants devant les grilles fermées de l’usine Renault à Billancourt : cette image télévisée masque des « rencontres improbables » entre les deux mondes attestées par de nombreux témoignages.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h58
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 18h10
    |

                            Julie Clarini








                        



                                


                            

A l’époque, c’est encore un voyage. Quarante kilomètres. Quand, au soir du 6 juin, les étudiants de la Sorbonne décident de rejoindre l’usine Renault de Flins (Yvelines), ils sont pourtant nombreux, plusieurs centaines : ils partent soutenir les « camarades » ouvriers menacés d’expulsion par les forces de l’ordre. Affolée par plusieurs mots d’ordre de rassemblement, la police forme des barrages et arrête les automobilistes aux cheveux longs, suspects. Dans la nuit, plus de trois cents personnes sont interpellées. Parmi elles, une moitié d’étudiants, a compté Ludivine Bantigny dans 1968. De grands soirs en petits matins (Seuil, 464 p., 25 euros) : chez les ouvriers, cette entraide « marque les esprits et en bouleverse plus d’un ». La distance sociale semble s’être évanouie, au moins quelques jours.
C’est pourtant une autre image de « 68 » qui s’imposera : celle de l’usine de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), qui se déclare en grève, mais reste fermée, close sur elle-même, à l’arrivée des étudiants. Cette séquence du 16 mai, filmée par la télévision – des jeunes piétinant devant les grilles –, figure dans de nombreuses émissions de commémoration : elle illustre la coupure entre les deux mondes. Comme une évidence. D’ailleurs, comment ces jeunes contestataires, avides de liberté sexuelle et prônant la révolution, auraient-ils pu rencontrer la classe ouvrière, particulièrement méfiante à l’égard de ces « fils à papa » ? C’était invraisemblable. Si bien que la mémoire en a effacé la possibilité même.
Collisions inattendues
Mieux, le désir de « jonction » exprimé par les étudiants, leur emprunt des signes de l’agitation ouvrière (drapeaux rouges et barricades), leur slogan « Les étudiants avec les travailleurs », ont prêté le flanc à une ironie mordante – fantasmes de petits-bourgeois. Cela participe pourtant d’un « déni », expliquent vigoureusement les deux historiens Xavier Vigna et Michelle Zancarini-Fournel...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ L’usage des armes à feu a été exceptionnel pendant les événements. Mais les nombreuses exactions des forces de l’ordre ont contribué à radicaliser les étudiants.
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Y a-t-il eu des violences policières en Mai 68 ?

L’usage des armes à feu a été exceptionnel pendant les événements. Mais les nombreuses exactions des forces de l’ordre ont contribué à radicaliser les étudiants.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h58
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 18h10
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            

Il y a eu sept morts au cours des manifestations de mai-juin 1968, selon la plupart des historiens. L’usage des armes à feu fut exceptionnel. Les forces de l’ordre ont tiré deux fois à balles réelles : le 30 mai, dans le Calvados, tuant un jeune homme, et le 11 juin, devant l’usine de Sochaux à Montbéliard, abattant l’ouvrier-serrurier Pierre Beylot, 24 ans. Les manifestants de rue n’ont pas utilisé d’armes létales. Mais si Mai 1968 n’a pas été une révolution sanglante, ni même une « révolution » au sens classique d’une tentative de renversement politique, ce ne fut pas non plus un « carnaval », un « psychodrame », ou des « saturnales » menées par « la jeunesse dorée du XVIe arrondissement », comme a pu l’écrire Raymond Aron.
L’historienne Michelle Zancarini-Fournel met en garde contre cette « interprétation aronienne », qui « gomme la violence » à l’œuvre pendant ces deux mois. Fabien Jobard, sociologue de la police, prévient lui aussi : « La thèse développée après coup d’une police responsable, pleine de sang-froid, à la violence contenue ne correspond pas à la réalité, même si, grâce à des hommes comme le préfet Maurice Grimaud, le pire a été évité. »
Faute originelle
Dès les premiers jours, le gouvernement gaulliste entend étouffer dans l’œuf l’agitation étudiante née à l’université de Nanterre, où la mobilisation contre la guerre du Vietnam s’étend – comme elle le fait sur les campus américains et européens. Le 3 mai, il fait évacuer manu militari la Sorbonne, où se tient un meeting. C’est la faute originelle de Mai 1968. Aussitôt, la nouvelle se répand au Quartier latin. Il faut comprendre l’émoi qui saisit les étudiants et les professeurs. Comme le rappellent Hervé Hamon et Patrick Rotman dans Génération (Seuil, 1987), la dernière fois que la Sorbonne, protégée depuis des siècles par une tradition ­d’invio­la­bilité, a été fermée, c’était sous l’occupation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Presque toutes les villes universitaires a été touchées par le mouvement, et les grèves et occupations d’entreprises ont eu lieu dans l’ensemble du pays.
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Mai 68 a-t-il été un mouvement essentiellement parisien ?

Presque toutes les villes universitaires a été touchées par le mouvement, et les grèves et occupations d’entreprises ont eu lieu dans l’ensemble du pays.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h57
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 18h09
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Mai 1968. Dans sa belle bâtisse du Gers, Mme Vieuzac est victime d’une crise cardiaque. La famille accourt pour un ultime hommage, mais celui-ci va prendre une tournure inattendue… Car le vent révolutionnaire qui souffle sur la capitale propage ses effluves jusqu’à cette campagne cossue, si joliment filmée par Louis Malle dans ­Milou en mai (1990). Campagne dans ­laquelle n’apparaît pas le moindre contestataire, laissant croire, comme souvent, que les événements de mai-juin restèrent essentiellement parisiens.
Villes universitaires
Rien de plus faux ! Dans certains cas, la ­province précéda même la capitale. ­Toulouse est ainsi la première ville universitaire à avoir réagi au mouvement lancé le 22 mars à la ­faculté de Nanterre. Dès le 25 avril – soit plusieurs jours avant le 3 mai, où l’évacuation par la police de 500 étudiants de la faculté de la Sorbonne entraîne l’apparition des ­premières barricades dans le Quartier latin –, la faculté des lettres y ­informe sur les événements, et des affrontements se produisent entre extrême ­gauche et extrême droite. Du 6 au 8 mai, des appels à la grève sont lancés à Montpellier, Strasbourg, Marseille et Lyon. Dans la cité phocéenne, dès le 8 mai, une fraction des étudiants passe même une ­alliance précoce avec la CGT et le PCF, qui encadrent à leur demande une manifestation de 2 500 étudiants.
« Au total, c’est quasiment l’ensemble des ­villes universitaires de province qui est touché par le mouvement, avec des chiffres qui, proportionnellement à leur population ­étudiante, sont comparables à ceux de ­Paris », résume l’historienne Michelle ­Zancarini-Fournel, qui a codirigé l’ouvrage 68. Une histoire collective (1962-1981) (La Découverte, 2008). Très vite, le mouvement dépasse le cadre estudiantin. Le 8 mai, les neuf départements de Bretagne et des Pays de la Loire manifestent avec le même ­slogan, « L’Ouest veut vivre » : plus de 100 000 personnes défilent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Si les formules politico-poétiques tracées sur les murs du Quartier latin montrent le désir, alors largement partagé, de changer la vie, ils ne sauraient représenter l’état d’esprit des 10 millions de personnes qui ont pris part au mouvement.
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Les slogans résument-ils l’esprit de Mai 68 ?

Si les formules politico-poétiques tracées sur les murs du Quartier latin montrent le désir, alors largement partagé, de changer la vie, ils ne sauraient représenter l’état d’esprit des 10 millions de personnes qui ont pris part au mouvement.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h56
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 18h08
    |

                            Marion Rousset








                        



                                


                            

C’était le printemps. A côté des rangées de platanes bien taillés, des aphorismes ont soudain fleuri sur les murs comme pousse la mauvaise herbe, aussi piquants qu’un chardon des champs, aussi légers qu’un pissenlit duveteux, aussi poétiques qu’un coquelicot au bord d’une autoroute. « Il est interdit d’interdire », « Sous les pavés, la plage », « Jouissez sans entraves », « Ne perdez pas votre vie à la gagner », « L’imagination au pouvoir », « Tout, tout de suite » : ces slogans poético-politiques restent enracinés dans la mémoire collective telle une trace vivace de l’esprit de Mai.
Cerveaux créatifs
Leur succès a contribué à orienter la vision d’une révolution placée sous le signe du refus de l’autorité, de l’individualisme, de la libération sexuelle, de l’éloge du présent. Et l’on oublie ce faisant que l’on ne doit pourtant leur existence qu’à quelques cerveaux créatifs : « La plupart ont été inventés par une toute petite minorité, qu’on a appelée les “enragés de Nanterre”. Moins d’une dizaine de personnes dont les idées étaient celles de l’Internationale situationniste », assure l’historienne Michelle Zancarini-Fournel. A savoir, Guy Debord, René Viénet, René ­Riesel, Raoul Vaneigem, Mustapha Khayati… qui tiennent le premier comité d’occupation de la Sorbonne. C’est Viénet en personne qui aurait peint : « L’humanité ne sera heureuse que quand le dernier bureaucrate sera pendu avec les tripes du dernier capitaliste. » Et c’est à Debord que l’on doit d’avoir tracé à la craie « Ne travaillez jamais », pour la première fois, rue de Seine, en 1953.
« Ces slogans ne sont pas représentatifs de l’état d’esprit des 10 millions de participants. Le registre d’un ouvrier de La Rochelle ou d’ailleurs n’était pas forcément le même que celui des situationnistes », reconnaît l’historienne Ludivine Bantigny. De fait, les tracts qui circulent dans les usines en grève et au sein des organisations d’extrême gauche...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Certes, Daniel Cohn-Bendit a interpellé le ministre des sports sur les « problèmes sexuels des jeunes », mais la question a été peu abordée pendant le mouvement. C’est au cours des décennies suivantes que la parole sur le corps et la sexualité s’est libérée.
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Mai 68 marque-t-il l’an I de la révolution sexuelle ?

Certes, Daniel Cohn-Bendit a interpellé le ministre des sports sur les « problèmes sexuels des jeunes », mais la question a été peu abordée pendant le mouvement. C’est au cours des décennies suivantes que la parole sur le corps et la sexualité s’est libérée.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h56
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 18h07
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            

« Jouissez sans entraves », « Plus je fais l’amour, plus j’ai envie de faire la révolution. Plus je fais la révolution, plus j’ai envie de faire l’amour »… Les graffitis inscrits sur les murs de Paris en Mai 1968 ont construit une légende : ce joli mois marquerait l’an I de la révolution sexuelle. Un mythe que déconstruit patiemment Michelle Zancarini-Fournel. « Il faut distinguer les représentations qui se sont imposées au cours des décennies qui ont suivi 1968 et les pratiques réelles de l’époque », prévient l’historienne, qui a dirigé, avec Philippe Artières, 68. Une histoire collective (1962-1981) (La Découverte, 2008).
Les féministes aux avant-postes
En 1968, il y eut certes l’interpellation de Daniel Cohn-Bendit au ministre des sports de De Gaulle – « J’ai lu votre Livre blanc sur la jeunesse, en 300 pages, il n’y a pas un seul mot sur les problèmes sexuels des jeunes » – et les revendications du Mouvement du 22-Mars sur l’accès des garçons à la résidence universitaire des filles de Nanterre. Mais ce fut à peu près tout. « La question de la sexualité intéressait les étudiants en sociologie de Nanterre avant 1968, mais elle n’a quasiment pas été abordée lors des assemblées générales dans les universités, souligne Michelle Zancarini-Fournel. Et, dans le mouvement social, on en parlait peu ou pas du tout – sauf dans quelques entreprises de femmes. »
C’est plutôt au cours des décennies qui suivent Mai 1968 que la parole sur le corps et la sexualité, peu à peu, se libère. Les féministes sont aux avant-postes de ce mouvement qui bouscule la morale, la pudeur et la bienséance. « Elles insistent sans relâche sur le fait que leur corps leur appartient, raconte Michelle Zancarini-Fournel. C’est d’ailleurs le titre d’un livre témoignage écrit par des femmes de Boston et publié en France en 1977 : Notre corps, nous-mêmes [Albin Michel]. Ces mouvements luttent surtout en faveur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Etudiants, mais aussi lycéens, ouvriers, immigrés, banlieusards, paysans... La figure du « soixante-huitard » converti au néolibéralisme par opportunisme masque une réalité plurielle.
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Existe-t-il une « génération 68 » ?

Etudiants, mais aussi lycéens, ouvriers, immigrés, banlieusards, paysans... La figure du « soixante-huitard » converti au néolibéralisme par opportunisme masque une réalité plurielle.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h55
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 18h05
    |

                            Marion Rousset








                        



                                


                            

Depuis des décennies, on se repasse le même film. Celui d’une génération d’étudiants qui évoluent dans un tout petit périmètre parisien, entre la Seine et le Luxembourg, la rue d’Ulm et le boulevard Saint-Michel. On raconte l’histoire de ces jeunes gens qui ont décidé, un joli jour de mai, de transformer la cour de la Sorbonne en agora. On évoque en toile de fond les guerres d’Algérie et du Vietnam, la révolution cubaine et les projets de Mao, trame de leur engagement politique. On parle de ces rebelles d’un soir qui se sont convertis au néolibéralisme pour occuper des postes de pouvoir.
Figures de proue
Ces trajectoires sont-elles vraiment emblématiques d’une « génération 68 » – expression devenue un lieu commun ? « Un certain nombre de porte-parole autoproclamés ont construit cette idée de “génération 68” sur la base de leur devenir propre, qui n’était pas représentatif des destinées des soixante-huitards ordinaires. Leur vision a évacué la masse des lycéens, des ouvriers, des employés qui ont participé à l’événement », estime la sociologue Julie Pagis.
Un livre joue un rôle crucial dans la construction de ce mythe : Génération (Seuil). Le best-seller d’Hervé Hamon et de Patrick Rotman, dont les deux tomes paraissent en 1987 et 1988, donne naissance à une série documentaire diffusée sur TF1 à la fin des années 1990. Il popularise le mythe d’une jeunesse révoltée, privilégiée, hédoniste et opportuniste. Au fil des commémorations, une poignée de « vedettes » ayant un accès direct aux médias ont contribué à façonner ce portrait à leur image.
Dans les années 2000, ce sont les mêmes figures de proue que fait revivre l’écrivain Olivier Rolin dans ­Tigre en papier (Seuil, 2002), roman amer sur les ruines de la révolution. Et quand, quarante ans après les événements, Virginie Linhart publie Le Jour où mon père s’est tu (Seuil), c’est toujours aux plus célèbres des intellectuels militants – Benny Lévy, Blandine...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ La novlangue managériale, mélange d’acronymes, d’anglicismes et de concepts évanescents, crée une « insécurité linguistique » chez ceux qui ne la maîtrisent pas, selon la sociologue Agnès Vandevelde-Rougale.
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« Tu benchmarkes la solution, j’attends ton feed-back » : le jargon d’entreprise, dialecte impénétrable


                      La novlangue managériale, mélange d’acronymes, d’anglicismes et de concepts évanescents, crée une « insécurité linguistique » chez ceux qui ne la maîtrisent pas, selon la sociologue Agnès Vandevelde-Rougale.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h00
    |

                            Nicolas Santolaria








                              

                        

Pour vivre une expérience linguistique véritablement dépaysante, pas besoin de partir à la rencontre d’une lointaine peuplade amazonienne qui serait restée des siècles en marge de la civilisation. Tout en vous évitant de croiser la route d’une mygale, pousser la porte d’une société du tertiaire suffira alors à vous confronter à un dialecte potentiellement impénétrable : le jargon d’entreprise. « C’est un discours qui sert à mobiliser les êtres humains au service d’un objectif. Ce n’est pas vraiment une langue à part entière, comme le français ou l’allemand, plutôt une façon de s’exprimer qui détourne les mots et les codes idiomatiques classiques à son profit, à l’image d’un virus. Les formulations managériales utilisent par exemple le présent de l’indicatif et la forme affirmative, pour ne pas laisser de place au doute », explique la sociologue Agnès ­Vandevelde-Rougale, auteure de l’ouvrage La ­Novlangue managériale. Emprise et résistance paru chez Erès, en 2017.
Autrement dénommée « technolecte » par les spécialistes, cette façon de parler est parfois si impénétrable qu’elle semble avoir pour fonction inavouée de maintenir les étrangers à distance, à l’aide d’un mélange d’acronymes, d’anglicismes et de concepts évanescents. La novlangue managériale créerait alors une « insécurité linguistique » chez ceux qui ne la maîtrisent pas. « Chaque organisation ou secteur d’activité possède son jargon, poursuit la sociologue. Cela produit un effet d’appartenance. Si l’on veut pouvoir être entendu et reconnu, il est souvent impératif d’adopter cette façon de parler. »
ASAP, TLDR, LMK, TBD
Bien souvent, le premier réflexe de survie du stagiaire arrivant dans l’« open space » sera alors de se constituer un lexique lui permettant de saisir les enjeux des conversations alentour. Sinon, impossible de comprendre cette phrase qui vous serait adressée par un supérieur sur le ton de l’évidence : « Tu prends la demi-journée...




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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ De la haute langue littéraire à la novlangue de la start-up nation, le français ne cesse de se transformer. Faut-il se réjouir de cette diversité ou regretter le morcellement ?
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                
                                       
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Les sept langues du français : du « disruptif  » au « croquignolesque  »


                      De la haute langue littéraire à la novlangue de la start-up nation, le français ne cesse de se transformer. Faut-il se réjouir de cette diversité ou regretter le morcellement ?



Le Monde
 |    16.03.2018 à 16h00
    |

            Eric Collier








                              

                        

« Nobody’s perfect ! » La réplique finale de Certains l’aiment chaud (Billy Wilder, 1959) est l’une des premières expressions en anglais à avoir trouvé bonne place dans la conversation française. Facile à comprendre, aisée à prononcer, un rien chic, allons-y ! Depuis, c’est un déferlement, toutes les lois et tous les quotas n’y ont rien changé : près de mille ans après l’invasion terrestre et linguistique de Guillaume le Conquérant, le mouvement inverse est en marche, la langue de Shakespeare a envahi celle de Molière. Le process, comme on dit aujourd’hui au gouvernement ou dans les salles de réunion, paraît irrémédiablement engagé. Et on ne voit pas, à l’heure de la globalisation, ce qui pourrait le freiner. Des « élus » du gouvernement des lettres rêvent-ils d’une langue qui résisterait mieux aux outrages de l’anglais ? « Bullshit », comme dirait le nouveau chantre de la France éternelle (la province, donc), le normalien et agrégé d’histoire Laurent Wauquiez.
Le refrain est connu, il y aurait deux France qui s’éloignent l’une de l’autre. Deux France qui ne se « parlent » pas ou plus assez.
L’anglais est chez lui chez nous – comme partout dans le monde –, mais il n’est peut-être pas la seule langue « étrangère » du pays. Le refrain est connu, il y aurait deux France qui s’éloignent l’une de l’autre. Deux France qui ne se « parlent » pas ou plus assez. Deux France, deux langues et une incompréhension ? Dans un ouvrage récent, Notre langue française (Fayard, 220 p., 18 €), l’historien Jean-Michel Delacomptée a, lui, répertorié pas moins de sept « sous-domaines » de français : « la haute langue », « la langue standard », « les langues régionales ou minoritaires », « les langues métissées », « la langue technique, celle des spécialistes », « la langue des rues » et « la langue des cités, nouvelle venue ».

A première vue, aucune raison d’affirmer que ces sept niveaux...




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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le juriste Philippe Blachèr estime nécessaire l’inscription dans un article constitutionnel de principes fondamentaux sur la transparence de la vie publique.
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« La déontologie de la vie politique, grande absente de la réforme constitutionnelle »

Dans une tribune au « Monde », le juriste Philippe Blachèr estime nécessaire l’inscription dans un article constitutionnel de principes fondamentaux sur la transparence de la vie publique.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 15h42
    |

Philippe Blachèr (Professeur à l’université de Lyon)







                        



                                


                            

Tribune. La réforme constitutionnelle, qui fait actuellement l’objet de consultations et devrait être présentée en conseil des ministres au mois d’avril, vise à moderniser la Constitution de 1958 sans affecter les grands équilibres institutionnels qui ont forgé la longévité du régime de la Cinquième République.
Les mesures en discussion concernent la diminution du nombre des députés et sénateurs, la limitation du nombre des mandats parlementaires à trois, la réforme du Conseil économique social et environnemental, la suppression de la Cour de justice de la République, la réforme du Conseil supérieur de la magistrature, la suppression des membres de droit au Conseil constitutionnel, la limitation du droit d’amendement des parlementaires, l’inscription de la Corse et la référence à la protection climatique dans le préambule.
Curieusement, aucune référence n’est faite à ce qui constitue, sans nul doute, le cœur de la rénovation du système politique : la déontologie de la vie politique. Les pouvoirs publics se sont pourtant engagés, bien avant l’affaire Cahuzac de 2013, dans un processus de codification de règles de bonne conduite et de transparence (notamment en matière de financement de la vie politique et de comportement des élus) et dans la mise en place de mécanismes sectoriels d’enquête et de sanction pour lutter contre les conflits d’intérêts, pour sanctionner les manquements grave à l’éthique et pour rappeler les élus et les décideurs au devoir d’exemplarité en raison du caractère public de leur charge.
« Il ne peut y avoir de réforme sans confiance »
Si le législateur français a adopté, depuis 1988, des lois afin d’injecter des règles déontologiques dans le financement de la vie politique, les lois relatives à la transparence de la vie publiquede 2013, à la lutte contre la corruption dite « Sapin 2 » de 2016 et à la confiance dans la vie politique de 2017, énoncent les règles de comportement attendues...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Une jeune fille victime pendant 24 mois de bâillements incoercibles. Elle bâillait vingt à trente fois d’affilée, et ce dix à douze fois par jour !
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Le marché du livre d’occasion a été redynamisé grâce au développement des plates-formes de vente en ligne. Cette révolution numérique a aussi tiré les prix vers le bas, estime le sociologue Vincent Chabault dans une tribune au « Monde ».
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« Le livre est aujourd’hui pris en charge par “la France du Bon coin” »

Le marché du livre d’occasion a été redynamisé grâce au développement des plates-formes de vente en ligne. Cette révolution numérique a aussi tiré les prix vers le bas, estime le sociologue Vincent Chabault dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    16.03.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 15h52
    |

Vincent Chabault (Sociologue)







                        



                                


                            
Tribune. Préoccupés par l’essor du livre numérique, les éditeurs français n’ont pas prêté attention aux mutations du marché de l’occasion. Son extension, sous l’effet du développement des plates-formes, modifie les normes du rapport marchand que les lecteurs entretiennent au livre.
La crise économique de 2008 a déplacé certaines dépenses des Français vers le marché de seconde main
Méconnu, le marché du livre d’occasion est central pour la circulation de l’imprimé. Les consommations des lecteurs sont estimées depuis peu par le ministère de la culture : plus d’un acheteur de livres neufs sur quatre acquiert aussi des volumes d’occasion ; près de deux livres achetés sur dix le sont sur le marché de seconde main. Concernant la littérature dans plus de la moitié des cas, l’achat du livre d’occasion, dont le prix moyen est de 4,20 euros, est un livre de poche dans 40 % des cas. Enfin, les lieux d’achat sont les plates-formes numériques (50 %), les librairies (10 %), puis les brocantes, les marchés et les boutiques caritatives.
Le dynamisme du marché s’explique par trois facteurs. L’essor des plates-formes de vente en ligne a démocratisé les pratiques marchandes des particuliers pour l’achat comme pour la revente. La crise économique de 2008 a également déplacé certaines dépenses des Français vers le marché de seconde main. Enfin, le livre, comme le prêt-à-porter ou l’ameublement, est aujourd’hui concerné par les nouvelles valeurs de consommation axées sur la circulation et le réemploi des biens durables.
Planche de salut
Dans ce contexte, le marché du livre d’occasion est traversé par plusieurs logiques. D’une part, sa transformation numérique déplace les transactions sur Internet. Aujourd’hui, n’importe quelle librairie d’occasion réalise une part substantielle de ses ventes sur le Web, qui a constitué, même à contrecœur, une planche de salut pour ces indépendants. D’autre part, de nouveaux détaillants sont apparus en revendiquant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Dans sa chronique, la journaliste Annie Kahn cite une récente étude américaine qui indique que les dirigeants les plus inclusifs sont ceux qui se sous-estiment le plus sur ce critère et que les femmes sont plus tolérantes que les hommes.
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« Les manageurs sont-ils aussi ouverts à la différence qu’ils l’affirment ? »

Dans sa chronique, la journaliste Annie Kahn cite une récente étude américaine qui indique que les dirigeants les plus inclusifs sont ceux qui se sous-estiment le plus sur ce critère et que les femmes sont plus tolérantes que les hommes.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 14h00
    |

            Annie Kahn








                        



                                


                            
Ma vie en boîte. Que de déclarations n’a-t-on pas entendues en faveur de la parité et de la diversité durant cette désormais traditionnelle Journée des droits des femmes. Mais leurs auteurs agissent-ils conformément à ce qu’ils prônent ? Hélas, il se pourrait bien que ce ne soit pas le cas pour une majorité d’entre eux.
C’est en tout cas la conclusion que l’on peut tirer d’une récente étude dirigée par Jack Zenger et Joseph Folkman, respectivement directeur général et président du cabinet de conseil qui porte leurs deux noms. Les résultats de leurs travaux ont été publiés dans la Harvard Business Review d’octobre 2017. Ces deux consultants cherchaient à savoir si, d’une façon générale, les manageurs sont aussi ouverts à la différence qu’ils l’affirment.
Certes, pour le prouver, on peut dire qu’il est facile de compter le pourcentage de femmes dans un service, ou celui de personnes issues de « minorités visibles », et, ainsi, quantifier la diversité d’une équipe et penser répondre à la question. Il n’en est rien, car ce procédé est très réducteur. En effet, bien d’autres critères que le genre ou la couleur de la peau sont porteurs de diversité : depuis les diplômes obtenus, les réseaux fréquentés, jusqu’aux modes de raisonnement ou aux passions extraprofessionnelles.
Le « 360 degrés »
A défaut de pouvoir tous les identifier et les mesurer, il est donc pertinent et complémentaire de s’intéresser aux qualités globales d’ouverture d’esprit des manageurs. Ne serait-ce, aussi, que pour mieux apprécier ce qui relève vraiment de leurs actions, et non de facteurs extérieurs comme le secteur d’activité ou la nature du service qu’ils dirigent.
Le grand groupe choisi pour cette étude était réputé pour ses excellents résultats en matière de parité et de diversité d’origines, que ce soit pour l’embauche ou la promotion de collaborateurs
Pour répondre à la question de savoir si les chefs qui se disent les plus inclusifs le sont...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’économiste Christian Saint-Etienne estime qu’on ne peut viser à la fois l’objectif d’un marché unique ouvert à la mondialisation et celui de faire de l’Europe une économie qui compte.
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Seul « un cadre d’action intergouvernemental de dix à douze pays » pourra faire de l’Europe une puissance

Dans une tribune au « Monde », l’économiste Christian Saint-Etienne estime qu’on ne peut viser à la fois l’objectif d’un marché unique ouvert à la mondialisation et celui de faire de l’Europe une économie qui compte.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 14h00
    |

Christian Saint-Etienne (Professeur titulaire de la Chaire d’économie industrielle au Conservatoire national des arts et métiers)







                        



                                


                            
Tribune. Le nouveau gouvernement allemand fait profession de foi européenne. Mais est-ce celle d’Emmanuel Macron, ou celle de Mark Rutte, premier ministre des Pays-Bas, qui s’est opposé, dans un discours à Berlin, le 2 mars, à l’idée d’un budget et d’un ministre des finances spécifiques à la zone euro ? Pour lui, l’urgence est de réduire les déficits et la dette des pays membre de la zone ainsi que le budget 2021-2027 de l’Union à 27 à la suite du départ du Royaume-Uni ; et il est hors de question que le Nord de la zone euro prenne en charge les dettes du Sud. Cette position est partagée à mi-voix par l’Allemagne, et par d’autres pays nord-européens. Pour les tenants de cette Europe minimale, la reprise économique semble régler les problèmes et il n’y aurait pas besoin de réformes systémiques.
Les populistes, mais aussi beaucoup de pro-européens, rejettent l’Europe sans frontières et l’ouverture au commerce international sans réciprocité
Or, il y a deux failles gravissimes dans le raisonnement de M. Rutte. La première est que, avec la consolidation de l’AFD en Allemagne en septembre 2017 et la poussée de la Ligue du Nord et du Mouvement cinq étoiles en Italie en mars 2018, la vague populiste n’a en réalité pas diminué. Les populistes, mais aussi beaucoup de pro-européens, rejettent l’Europe sans frontières et l’ouverture au commerce international sans réciprocité, notamment vis-à-vis des Etats-Unis et de la Chine. Ils attendent une politique crédible face à l’immigration débridée et au chômage élevé, notamment chez les jeunes dans les pays du Sud.
La deuxième faille est, qu’en dépit des excédents extérieurs mirobolants de l’Allemagne et des Pays-Bas, l’Europe s’effondre face à la Chine et aux Etats-Unis dans la guerre numérique. Il n’y a pas de grandes plates-formes numériques en Europe, y compris en Allemagne et aux Pays-Bas, face aux Gafam américains (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) et aux BATX chinois (Baidu, Alibaba,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Editorial. Alors que le chef de l’Etat « assume » la hausse de la CSG imposée aux seniors depuis le début de l’année, leur mobilisation, jeudi 15 mars, est prise très au sérieux par le gouvernement.
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Emmanuel Macron face à la contestation des retraités

Editorial. Alors que le chef de l’Etat « assume » la hausse de la CSG imposée aux seniors depuis le début de l’année, leur mobilisation, jeudi 15 mars, est prise très au sérieux par le gouvernement.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 11h53
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 12h07
   





                        


Editorial du « Monde ». Macron n’est pas « foutu » parce que les vieux sont dans la rue ! Mais la mobilisation des retraités, jeudi 15 mars, constitue un sérieux avertissement. Dans la capitale comme dans de nombreuses villes, ils étaient, en effet, plusieurs dizaines de milliers, venus manifester pour défendre leur pouvoir d’achat.
Cette crispation était prévisible. Depuis le 1er janvier, une bonne moitié des retraités – ceux qui touchent plus de 1 289 euros net par mois – ont vu le taux de contribution sociale généralisée (CSG) ponctionnée sur leur pension passer 6,6 % à 8,3 %. Or, contrairement aux salariés du secteur privé et aux fonctionnaires, cette hausse de 1,7 point n’est pas – ou pas encore – compensée et se traduit donc par une perte équivalente de revenu.

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                Manifestation de retraités : « C’est fini le vote pour Macron, à part pour les nantis »



La philosophie du chef de l’Etat est connue. Elle figurait en bonne place dans sa campagne présidentielle et il l’a répété et « assumé » à plusieurs reprises depuis. Le 15 mars encore, en déplacement en Touraine, Emmanuel Macron a réexpliqué que « ce sont les actifs qui paient » les pensions des retraités. La priorité est donc de « remettre la France dans le travail » et, au nom de la « solidarité générationnelle », de demander un effort aux seniors. D’autant qu’ils bénéficient, globalement, d’un niveau de vie légèrement supérieur à celui de l’ensemble de la population. En outre, plaide le gouvernement, si la hausse de la CSG touche effectivement, dans l’immédiat, près de 60 % des retraités, l’impact de la mesure s’atténuera progressivement grâce à la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % d’entre eux.
Gros bataillons d’électeurs
Il n’empêche que le mécontentement est inévitable. D’abord à cause du calendrier des mesures : la CSG augmente dès à présent alors que la suppression de la taxe d’habitation sera étalée sur trois ans et ne produira ses premiers effets qu’à partir de l’automne. Ensuite, s’il est exact que le seuil de déclenchement de la hausse de la CSG correspond, à quelques euros près, au niveau moyen des retraites, il est difficile pour les intéressés d’admettre qu’ils font partie des retraités « aisés ». Enfin, cette mesure vient s’ajouter à plusieurs autres prises ces dernières années (suppression progressive de la demi-part des veuves, fiscalisation de la majoration de pension pour les parents ayant élevé trois enfants, contribution additionnelle de 0,3 % pour financer la prise en charge de la dépendance…).

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                Les retraités, « privilégiés » ou « vaches à lait » ?



Pour le gouvernement et le président, le risque de cette grogne est tout sauf négligeable. Les 16 millions de retraités français constituent de gros bataillons d’électeurs (un tiers de l’électorat), et d’électeurs déterminants, moins abstentionnistes et moins volatils que les plus jeunes. Ils avaient largement contribué à la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007, et leur désaffection relative lui avait été fatale en 2012. De même, en 2017, 76 % des plus de 65 ans ont voté pour Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle, soit 10 points de plus que son score national.
Si les seniors continuent à soutenir plus fermement le chef de l’Etat que la moyenne des Français, leur grogne actuelle est très perceptible : depuis janvier, Emmanuel Macron a perdu, chez les plus de 65 ans, 9 points de confiance selon la Sofres et 6 points selon l’IFOP. Il n’y a pas encore péril en la demeure. Mais un sérieux effort de pédagogie va être nécessaire pour convaincre les retraités qu’ils ne sont pas les laissés-pour-compte du « nouveau monde » macronien.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Alors que s’ouvre le Salon Livre Paris, qui met à l’honneur la Russie, le traducteur et poète revient sur son travail de passeur de la littérature russe en France.
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André Markowicz : « Traduire, c’est rendre compte de la matérialité de la langue »

Alors que s’ouvre le Salon Livre Paris, qui met à l’honneur la Russie, le traducteur et poète revient sur son travail de passeur de la littérature russe en France.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 10h56
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 12h30
    |

            Cécile Bouanchaud








                        



   


Mettre la Russie à l’honneur au moment où le torchon brûle entre les capitales occidentales et Moscou relève de la gageure pour le Salon Livre Paris. La plus grande manifestation littéraire de France ouvre ses portes au public à la porte de Versailles, vendredi 16 mars, pour se terminer lundi. Préparé depuis des mois, le Salon Livre Paris met en avant le renouveau des lettres russes, en invitant trente-huit auteurs russes, dont Ludmila Oulitskaïa, lauréate du prix Médicis étranger en 1996.

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Le traducteur André Markowicz, qui a retraduit tout Fiodor Dostoïevski (1821-1881), est un passeur de la littérature russe en France ; il revient sur son travail et l’impossibilité de traduire une œuvre « dans l’absolu », emmenant ainsi le lecteur « entre deux mondes ».

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Quelles sont les grandes règles de tout travail de traduction ?
Le premier principe, c’est qu’il n’y a pas de principe. Si je devais en trouver, je dirai que c’est rendre sensible à autrui la lecture que je fais d’un texte. C’est une lecture appliquée, la traduction doit rendre compte de la structure du texte et doit prendre en compte tous les éléments de cette construction, c’est particulièrement vrai pour le style. Traduire, c’est rendre compte de la matérialité de la langue.
Les textes que je traduis n’ont pas été pensés en langue française, donc ils ne doivent pas répondre à des règles d’une langue littéraire française préétablies. La traduction est un exercice d’accueil et d’enrichissement des possibilités de la langue française. On ne peut pas juger un texte traduit en fonction de lois qui ne sont pas les siennes.
C’est pour cela que j’ai traduit les œuvres complètes de Dostoïevski, pour que le lecteur puisse s’habituer, qu’il comprenne que ce n’est pas la langue de San Antonio, par exemple, et qu’il n’y a pas à comparer. C’est pour cela que je traduis par cycle, par grands ensembles, aucun livre séparé ne peut exister.
Qu’est-ce qui vous anime dans le travail de traduction ?
Ce qui me plaît, c’est le travail sur la langue. Ou plutôt, le travail sur les langues, celle au départ et celle à l’arrivée. La traduction, c’est toujours un entre-deux, on est ni là ni ailleurs. Il ne faut jamais penser que le livre en français d’un auteur russe équivaut au livre russe. Aucune traduction n’existe d’une façon absolue, c’est à chaque fois des interprétations, des tentatives, non pas pour passer d’un monde à l’autre, mais pour faire comprendre au lecteur que l’on est entre deux mondes.
Je décris cela dans mon nouveau livre, L’Appartement [Inculte], dans lequel j’explique comment un traducteur vit entre deux mondes, entre deux temps, en l’occurrence entre la Russie et la France. La traduction est un lieu physique, qui redevient un lieu mental, puis un nouveau lieu physique.
Est-ce que cela n’est justement pas frustrant de ne jamais pouvoir traduire un texte dans son « absolu » ?
Il ne faut pas prendre cette situation de déplacement comme quelque chose de tragique, mais comme quelque chose de l’ordre de la nature : c’est comme ça. Comme quand il pleut, ce n’est ni bien ni mal, c’est comme ça. Il y a toujours de la frustration et du renoncement. Mais que voulez-vous, plus le temps passe, plus je m’aperçois qu’il y a des personnes plus jeunes que moi, c’est frustrant, mais qu’est-ce que je peux y faire ? Je me plains beaucoup ou je pleure.
Qu’est-ce qui est constitutif de la culture russe et qui vous pose des difficultés en tant que traducteur ?
J’ai commencé à traduire Dostoïevski avec L’Adolescent. Ce personnage a une idée : il veut être Rothschild, non pas pour être l’homme le plus riche du monde, mais pour être l’homme le plus libre. Car Rothschild est le seul à pouvoir faire ce qu’il veut ou à ne pas le faire. La liberté russe, ce n’est pas la liberté de l’action, c’est un accord libre et sans contrainte avec un ordre préexistant. Un Occidental américanisé a du mal à comprendre cette idée. Par ailleurs, dans la culture russe, la prise en compte de l’individu n’existe pas, elle est toujours secondaire.
Un autre exemple que l’on retrouve dans la culture russe : dans la vie de tous les jours, il y a une exacerbation des sentiments et des choses, une sorte de violence extrême et en même temps une sorte de grande chaleur humaine. Une confrontation tragique entre la conscience de l’histoire et la conscience de la valeur d’une vie humaine, dans laquelle Fiodor Dostoïevski n’entre pas, à l’inverse de Léon Tolstoï, Mikhaïl Boulgakov ou Vassili Grossman.
Dans La Fille du capitaine, d’Alexandre Pouchkine, quand Pougatchev prend une forteresse et va pendre les officiers de celle-ci, les hommes chargés de les traîner à la potence, leur disent « ça va aller ». Tout cela est dit avec compassion, gentiment, mais ils les pendent. Cet état d’esprit est une caractéristique russe. Evidemment, la Russie ne se résume pas à cela. D’ailleurs, je ne sais pas ce que c’est la Russie, je n’ai absolument pas envie de le savoir, il n’y a pas d’essence sur le sujet de la culture.
Y a-t-il des mots russes qui sont particulièrement difficiles à traduire ?
Les difficultés fondamentales de traduction sont dans Dostoïevski. Dans Crime et Châtiment, un personnage mineur, qui n’apparaît que deux fois sans être nommé, aperçoit Raskolnikov, et lui dit un seul mot : « assassin ». Mais ce n’est pas exactement cela, il s’agit d’un mot russe, imprégné de langue populaire et de légende biblique, et qui ne signifie pas exactement qu’il est un assassin, mais qu’il a enfreint le commandement de Dieu en tuant. Si je traduis « assassin », je traduis l’intrigue du roman, mais pas l’idée, pas le sens. C’est pour cela que j’ai délibérément mal traduit, en disant : « tu as tué ». C’est cela qui compte. Ces difficultés-là, c’est constant, il y en a des centaines auxquelles les traducteurs se confrontent.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Le « projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire » a été présenté le 14 mars en conseil des ministres. Si Emmanuel Macron a lié le statut des cheminots à la dette de la SNCF, pour Orange et pour La Poste, la fin du statut des fonctionnaires n’était pas un projet en soi mais une conséquence de l’ouverture à la concurrence.
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Réforme de la SNCF : une opération de long terme à prévoir

Le « projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire » a été présenté le 14 mars en conseil des ministres. Si Emmanuel Macron a lié le statut des cheminots à la dette de la SNCF, pour Orange et pour La Poste, la fin du statut des fonctionnaires n’était pas un projet en soi mais une conséquence de l’ouverture à la concurrence.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 10h43
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 11h29
    |

            Anne Rodier








                        


Le projet de loi autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnances, présenté le 14 mars en conseil des ministres, prévoit la transformation de la SNCF en société anonyme, la disparition du statut de cheminot pour les futurs embauchés et l’ouverture à la concurrence du rail français.
Comparaison n’est pas raison... Seules la SNCF et à La Poste répondent à un message politique commun : le désendettement. En revanche, les trois entités font face à une pression commune, à savoir l’ouverture à la concurrence poussée par Bruxelles et une transformation du modèle économique qui aboutit à la fin du statut de fonctionnaire.
Il faut remonter aux années 1990 pour comprendre sa mise en œuvre et ses conséquences pour l’entreprise, pour l’organisation du travail et pour les salariés. Car c’est à cette période que l’administration des Postes et télécommunications s’est scindée pour donner naissance à des établissements autonomes de droit public, transformés dans un second temps en sociétés anonymes, qui deviendront à terme Orange et La Poste. Deux entreprises de taille hors normes, à l’image de la SNCF, avec respectivement quelque 90 000 et 215 000 collaborateurs en France, hors filiales.
Si, pour la SNCF, Emmanuel Macron, lors de son entretien du 1er juillet 2017 avec un panel de cheminots, a lié le statut des cheminots à la dette de la SNCF, pour Orange comme pour La Poste, la fin du statut des fonctionnaires n’était pas un projet en soi mais une conséquence de l’ouverture à la concurrence.
« Il y a eu un double mouvement d’évolution des structures juridiques d’une part et d’autre part de recrutement sous contrat privé », se souvient Sébastien Crozier, président CFE-CGC Orange.
Il a fallu attendre vingt ans
Ce fut une opération de long terme. Pour les deux entreprises, il a fallu attendre vingt ans après l’arrêt des recrutements de fonctionnaires pour passer sous la barre des 50 % de l’effectif. La part de fonctionnaire devrait être de 40 % chez Orange en 2019 et à La Poste, au dernier bilan du 31 décembre 2017, elle était de près de 43 %. Pour une fois, la France peut se comparer à l’Allemagne : « le départ du dernier fonctionnaire de la poste allemande est attendu en 2043. On est à peu près sur le même calendrier en France », souligne Nicolas Galepides, secrétaire fédéral à Sud-PTT.

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                SNCF : les cheminots optent pour une grève d’usure sur trois mois



Le recrutement des fonctionnaires s’est arrêté en 1997 chez France télécom, à l’occasion de l’entrée en Bourse. A La Poste, c’est en 2001 que la fin du recrutement par concours a été annoncée. « On avait alors protesté debout sur les tables, car pour nous c’était un déni du service public », se souvient Nicolas Galepides.
Mais la première conséquence de ce changement a été de pouvoir recruter sur des postes précis. « Jusque-là, France télécom recrutait par masse, des inspecteurs, par exemple, qu’on redistribuait ensuite dans les différents métiers selon les besoins », indique Bernard Bresson, qui fut responsable des ressources humaines de France télécom à partir de 1988, puis DRH groupe de 2000 à 2005, et représentant du groupe à Bruxelles jusqu’en 2007.
L’harmonisation des statuts est passée par des adaptations successives. Les caractéristiques liées au statut de fonctionnaire variaient en fonction des corps qui étaient très nombreux. Chez France télécom, des lignards qui montaient aux poteaux téléphoniques, aux dessinateurs projeteurs ou aux jardiniers, chaque corps avait ses propres règles, ses conditions de travail, ou ses primes.
L’organisation était horizontale pour les cadres et verticale pour les autres. Les corps structurés verticalement par métier pour les non-cadres ont été fusionnés. « On a commencé à travailler à la classification horizontale par la « pesée des postes » pour l’ensemble des non-cadres. C’est cette politique d’emploi qui a permis un redéploiement d’un corps à l’autre », explique Bernard Bresson.
« Beaucoup d’accompagnement »
« La sortie des corps a posé des problèmes qu’on a résolu par un pacte social implicite qui promettait le maintien du niveau de rémunération, la fin de l’obligation de déménager [liée au statut de fonctionnaire] et la possibilité de changer de métier. Mais d’un corps à l’autre, les salariés issus d’un même concours se retrouvaient dans des fonctions de niveaux différents, ce qui a provoqué des difficultés. Il a fallu faire beaucoup d’accompagnement, se souvient M. Bresson.
« La nouvelle classification a bousculé les habitudes. Des salariés se retrouvaient avec des supérieurs qui n’avaient pas fait leurs classes à l’intérieur », se rappelle Bruno Diehl, coauteur de Orange, le déchirement. France télécom ou la dérive du management (Gallimard, 2010). A France télécom comme à La Poste, on est passé d’une logique de niveau à une logique de fonction. Puis une convention collective commune a été écrite, qui est toujours en vigueur.
Côté rémunération, l’harmonisation s’est faite avec la création de ce qu’on a appelé le « complément France télécom », dont La Poste s’est inspirée à son tour. Le principe retenu a été d’additionner le traitement indiciaire des fonctionnaires aux diverses primes pour établir le nouveau salaire de base des cadres. Ce qui permettait de rendre la main aux managers sur les promotions. « Puis le complément France télécom a été appliqué aux non-cadres, mais sans introduire d’évolution individualisée de la rémunération », précise M. Bresson. A savoir que les cadres dépendent de l’augmentation indiciaire et les non-cadres des hausses décidées par accord d’entreprise.
Bilan, aujourd’hui, la question de la rémunération n’est pas conflictuelle entre les personnels, « mais le manque de transparence a laissé un sentiment d’iniquité. Pour un même travail, les bruts diffèrent et pour un même montant brut, les nets sont différents. Et on est en permanence obligé de gérer le double statut », regrette Sébastien Crozier.
Fonctionnaires en moyenne mieux payés
A La Poste, les fonctionnaires sont en moyenne mieux payés que les salariés de droit privé, avec une rémunération mensuelle brute moyenne de 2 629 euros pour les fonctionnaires contre 2 338 euros pour les salariés. « Les nouveaux facteurs sont embauchés sous contrats privés ont des salaires plutôt faibles. Mais l’avantage pour les CDI est que La Poste ne fait pas de plan social », note Nicolas Galepides.
Le maintien en emploi, qui est un des premiers avantages associés au statut de fonctionnaire, n’est pas devenu un problème, ni à Orange ni à La Poste. « Les salariés sous contrat privé n’ont pas d’épée de Damoclès au-dessus de la tête », résume Stéphane Chevet, secrétaire national CFDT, chargé du pôle poste, finance, distribution de La Poste.
« En revanche, il peut y avoir des jalousies, car les fonctionnaires sont majoritairement plus âgés et peuvent bénéficier des préretraites », précise-t-il. Chez Orange, il n’y a pas de plan social non plus et la courbe des départs à la retraite est aussi à la hausse, mais surtout « il y a d’autant moins de tension que les fonctionnaires ont été très malmenés sous la période Lombard », rappelle M. Crozier.
La période Lombard, c’est « l’accident managérial », comme le qualifie Bruno Diehl, qui a été rendu possible par l’obligation de mobilité géographique des fonctionnaires. « Didier Lombard a utilisé le droit des fonctionnaires et le fait qu’ils étaient sans protection sur la question des mobilités », explique Sébastien Crozier. C’est pourquoi, à l’époque, les fonctionnaires ont parlé de rupture du « pacte social ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ La Russie est le pays invité d’honneur au Salon Livre Paris qui s’ouvre vendredi.
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Offensive russe dans le soft power littéraire

La Russie est le pays invité d’honneur au Salon Livre Paris qui s’ouvre vendredi.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 11h21
    |

            Benoît Vitkine et 
Nicole Vulser








                        



                                


                            

Cent livres incontournables, c’est le compte rond choisi par l’Agence fédérale russe de la presse et de la communication de masse pour faire connaître au monde la littérature russe. Une « bibliothèque russe », pensée comme un pur concentré d’âme slave. Dans la droite ligne du programme esquissé par Vladimir Poutine en 2012 pour les lycéens russes, ce projet, censé donner une idée de la qualité et de la variété littéraire de ce pays – toutes époques confondues –, a déjà débuté en Chine, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.
Le principe est simple. Chaque pays peut choisir, dans une liste comptant près de 150 titres, les fameux cent livres, dont l’agence, qui n’impose aucun calendrier aux éditeurs, finance intégralement la traduction et la publication. Les premiers effets de cette politique d’influence – ou « soft power », selon le concept développé par l’Américain Joseph Nye en 1990 – seront visibles en France au salon Livre Paris, qui ouvre ses portes vendredi 16 mars et dont la Russie est le pays invité d’honneur.

D’ores et déjà quatre traductions françaises soutenues par l’Agence y seront présentées. Verdier a édité le roman autobiographique du peintre Iouri Annenkov, De petits riens sans importance, qui n’était plus disponible (traduit du russe par Anne Coldefy-Faucard, 320 p., 23 €). Louison sort Le Chemin des tourments, d’Alexis Tolstoï (traduit du russe par Alice Orane, 832 p., 26 €), tandis que Les Syrtes, en Suisse, rééditent, le 22 mars, Pétersbourg, un chef-d’œuvre épuisé d’Andreï Biely, en y ajoutant un appareil critique (traduit du russe par Jacques Catteau et Georges Nivat, 576 p., 15 €). A l’occasion du bicentenaire d’Ivan Tourgueniev, Stock publie Le Roi Lear des steppes, un recueil de textes peu connus (traduit du russe par Nastasia Dahuron et Anne Godart-Marchal, 400 p., 20,50 €).
« Faire paraître des textes majeurs mais exigeants »
Garant du sérieux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Dans sa chronique, Nicolas Chapuis, chef du service politique du « Monde », estime que l’ancien président du FN jouit d’une forme de réhabilitation médiatique depuis qu’il s’est retiré de la politique.
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Article sélectionné dans La Matinale du 15/03/2018
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« Autrefois indésirable, Jean-Marie Le Pen est l’objet de toutes les attentions journalistiques »

Dans sa chronique, Nicolas Chapuis, chef du service politique du « Monde », estime que l’ancien président du FN jouit d’une forme de réhabilitation médiatique depuis qu’il s’est retiré de la politique.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 08h42
    |

            Nicolas Chapuis (chef adjoint du service politique du « Monde »)








                        



                                


                            

Chronique. Les retraités sont des privilégiés, en politique tout du moins. Il n’existe pas, en effet, de meilleur remède à l’impopularité, qu’une bonne cure d’éloignement. Cela pourrait s’appeler le « syndrome Chirac », tant l’estime dont jouit aujourd’hui l’ancien chef de l’Etat contraste avec l’image qui accompagna ses derniers pas au pouvoir.
On découvre toujours chez l’homme politique inactif une valeur insoupçonnée, qu’on peine à discerner chez ceux qui exercent le pouvoir à sa place. On pourrait gager que Nicolas Sarkozy et François Hollande, victimes en leur temps du désamour des Français, bénéficieront un jour aussi de cette mansuétude.
Il aurait été difficile en revanche de prévoir que Jean-Marie Le Pen ferait lui aussi l’objet d’une forme de réhabilitation, tout du moins médiatique, sur le tard. Chez l’ancien président du Front national (FN), la retraite (forcée) a tout de l’opération blanchisserie. Autrefois indésirable ou invité avec des précautions quasi sanitaires, il est ces dernières semaines l’objet de toutes les attentions journalistiques, sous couvert de promotion du premier tome de ses Mémoires : bonnes feuilles dans les journaux, invitations dans les matinales radio, entretien « exclusif » au 20 heures de TF1, participation à « L’Emission politique » de France 2… Tapis rouge partout, modération nulle part.
La promesse d’un buzz
Il existe une « mode » Jean-Marie Le Pen. Une espèce de fascination publique pour le « Menhir » qui de responsable d’extrême droite infréquentable est devenu en quelques années une espèce de patrimoine national, dont il faudrait s’accommoder. En témoignent les commentaires sur la sortie de son livre, présenté comme le témoignage d’un homme qui incarne un morceau de l’histoire française, quand il s’agit surtout de mettre en morceau l’histoire de France, à travers une relecture toute personnelle du pétainisme notamment.
Ce succès repose en grande part sur l’économie médiatique....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », explique que s’il oppose le droit à ses contempteurs, le chanteur semble ne pas avoir pris l’entière mesure des changements qui se sont opérés dans l’opinion depuis l’affaire Weinstein.
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« Cantat demande une deuxième chance, comme pour les autres. Mais il n’est pas comme les autres »

Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », explique que s’il oppose le droit à ses contempteurs, le chanteur semble ne pas avoir pris l’entière mesure des changements qui se sont opérés dans l’opinion depuis l’affaire Weinstein.



Le Monde
 |    16.03.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
16.03.2018 à 15h57
   





                        



                                


                            
Chronique. Tant de sentiments se croisent autour de Bertrand Cantat, entre douleur, gâchis, gêne et indignation, qu’il est difficile de dire si le chanteur rock a le droit de remonter sur scène. Dans la bataille qui oppose le droit et la morale, traité dans des tas de livres, c’est souvent la seconde qui l’emporte. Parce que le droit est froid, et l’opinion passionnée. Or l’opinion a tranché. Du reste, les défenseurs de l’ancien chanteur du groupe Noir Désir s’expriment avec des pincettes, alors que ses contempteurs parlent haut et fort. D’abord la famille, surtout Nadine Trintignant, qui juge « dégueulasse » que Cantat ose aller sur scène après avoir tué sa fille Marie.
Le musicien en a tiré les conséquences. Chahuté, insulté, escorté, il se retire des festivals de l’été mais maintient ses concerts. Ce choix s’explique. Un concert n’attire que les fans. Dans un festival, il fait partie d’un programme, où il est associé à d’autres têtes d’affiche et peut se retrouver face à un public hostile. Il peut brouiller un événement porté financièrement par des élus et des mécènes qui le jugent indésirable.
Des atouts qui se muent en ennemis
D’autres ne veulent pas de Cantat du tout. Difficile de savoir comment vont se passer ses concerts à venir, notamment ceux à l’Olympia, les 29 et 30 mai. Aussi le musicien dénonce-t-il une censure. Une double peine. A 54 ans, il demande une deuxième chance, comme d’autres y ont droit. Le problème est qu’il n’est pas comme les autres. Il est un chanteur public au talent fou, dont les atouts se muent en ennemis.

Arrêtons-nous sur le droit. Bertrand Cantat a été condamné à huit ans de prison par un tribunal lituanien pour avoir porté des « coups mortels » en 2003 à l’actrice Marie Trintignant, dans un hôtel de Vilnius. Incarcéré près de Toulouse, il sort de prison quatre ans plus tard, bénéficiant d’une libération conditionnelle. Mais pas d’un traitement de faveur – il aurait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dès l’été 1968, des penseurs ont tenté d’analyser le mouvement qui venait à peine de s’achever. Voici des extraits de textes de l’époque.
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Edgar Morin, Paul Ricœur, Raymond Aron, Alain Touraine... ce qu’ils ont écrit à chaud sur Mai 68

Dès l’été 1968, des penseurs ont tenté d’analyser le mouvement qui venait à peine de s’achever. Voici des extraits de textes de l’époque.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 14h50
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 18h55
   





                        



                                


                            

Comment les intellectuels ont-ils analysé, sur le moment, le mouvement qui a secoué la France en mai et juin 1968 ? Réponses avec quatre textes publiés entre le printemps et l’été qui a suivi les événements.
Raymond Aron : « Cette révolution a été à la fois anachronique et futuriste »
« Un psychodrame », c’est ainsi que le philosophe (1905-1983) a interprété la révolte étudiante de Mai dans La Révolution introuvable (Fayard), publié en juillet 1968. Mais s’il moque l’« anachronisme » de la « commune estudiantine », il voit un « contenu moderne », donc selon lui légitime, dans les aspirations des cadres d’entreprise à une « décentralisation du pouvoir de décision ».
Edgar Morin : « Une extase de l’histoire »
Le sociologue, qui enseigne brièvement à l’université de Nanterre au printemps 1968, observe les événements avec sympathie. Dans une série d’articles écrit pour Le Monde pendant les événements, par la suite repris dans l’ouvrage collectif Mai 1968 : la brèche (Fayard), il salue notamment la « commune étudiante », « riche, folle, géniale comme une révolution », et s’interroge sur son devenir : finira-t-elle en s’étiolant dans la confusion ou en trouvant la force de sa métamorphose ?
Paul Ricœur : « L’Occident est entré dans une révolution culturelle »
En 1968, le philosophe enseigne à la faculté de Nanterre et suit de près les événements. « Cette révolution attaque le nihilisme d’une société qui, tel un tissu cancéreux, n’a pas d’autre but que sa propre croissance », écrit-il notamment dans l’une des trois contributions qu’il livre au Monde en juin 1968. Nous republions un extrait de ces textes, qui ont été par la suite repris dans la revue Esprit.
Alain Touraine : « Une nouvelle lutte des classes »
Le sociologue, alors professeur à l’université de Nanterre,...




                        

                        

