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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Dès l’été 1968, des penseurs ont tenté d’analyser le mouvement qui venait à peine de s’achever. Voici des extraits de textes de l’époque.
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Edgar Morin, Paul Ricœur, Raymond Aron, Alain Touraine... ce qu’ils ont écrit à chaud sur Mai 68

Dès l’été 1968, des penseurs ont tenté d’analyser le mouvement qui venait à peine de s’achever. Voici des extraits de textes de l’époque.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 14h50
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 18h49
   





                        



                                


                            

Comment les intellectuels ont-ils analysé, sur le moment, le mouvement qui a secoué la France en mai et juin 1968 ? Réponses avec quatre textes publiés entre le printemps et l’été qui a suivi les événements.
Raymond Aron : « Cette révolution a été à la fois anachronique et futuriste »
« Un psychodrame », c’est ainsi que le philosophe (1905-1983) a interprété la révolte étudiante de Mai dans La Révolution introuvable (Fayard), publié en juillet 1968. Mais s’il moque l’« anachronisme » de la « commune estudiantine », il voit un « contenu moderne », donc selon lui légitime, dans les aspirations des cadres d’entreprise à une « décentralisation du pouvoir de décision ».
Edgar Morin : « Une extase de l’histoire »
Le sociologue, qui enseigne brièvement à l’université de Nanterre au printemps 1968, observe les événements avec sympathie. Dans une série d’articles écrit pour Le Monde pendant les événements, par la suite repris dans l’ouvrage collectif Mai 1968 : la brèche (Fayard), il salue notamment la « commune étudiante », « riche, folle, géniale comme une révolution », et s’interroge sur son devenir : finira-t-elle en s’étiolant dans la confusion ou en trouvant la force de sa métamorphose ?
Paul Ricœur : « L’Occident est entré dans une révolution culturelle »
En 1968, le philosophe enseigne à la faculté de Nanterre et suit de près les événements. « Cette révolution attaque le nihilisme d’une société qui, tel un tissu cancéreux, n’a pas d’autre but que sa propre croissance », écrit-il notamment dans l’une des trois contributions qu’il livre au Monde en juin 1968. Nous republions un extrait de ces textes, qui ont été par la suite repris dans la revue Esprit.
Alain Touraine : « Une nouvelle lutte des classes »
Le sociologue, alors professeur à l’université de Nanterre,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Ex-lieutenant-colonel, engagé dans l’opération Turquoise au Rwanda, il contredit la version officielle d’une intervention strictement humanitaire.
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Retour sur l’opération Turquoise au Rwanda : « Qu’on mente aux Français est inacceptable »

Ex-lieutenant-colonel, engagé dans l’opération Turquoise au Rwanda, il contredit la version officielle d’une intervention strictement humanitaire.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 14h05
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 15h10
    |

                            David Servenay








                        



   


Engagé dans l’opération militaro-humanitaire Turquoise, en juin et juillet 1994 au Rwanda, en tant qu’officier de guidage de tir aérien, Guillaume Ancel, aujourd’hui âgé de 52 ans, a quitté l’armée en 2005. Il publie vendredi 16 mars Rwanda, la fin du silence, témoignage d’un officier français, un récit brut et gênant pour les décideurs politiques.

        Lire aussi :
         

                « Rwanda, la fin du silence » : un ancien officier français raconte



Pourquoi publier votre témoignage vingt-quatre ans après les faits ? Quelles sont vos motivations ?
Je témoignerai jusqu’à ce que cela ne fasse plus débat en France. En 2014, j’ai évoqué ces faits dans un polar, Vent sombre sur le lac Kivu (TheBookEdition), juste pour raconter de l’intérieur cette opération. J’ai alors fait face à des pressions et des menaces, émanant de responsables politiques. Cela m’a convaincu de témoigner publiquement.
Depuis vingt-quatre ans en effet, je parle de ces faits à cause du décalage entre la réalité et ce qu’on en dit. Qu’on mente aux Français de manière éhontée, c’est inacceptable. Qu’on mente aux députés, c’est aussi un beau déni de démocratie. En refusant de mettre les choses sur la table, nous acceptons de ne pas les comprendre et de recommencer, c’est un déni à l’intelligence collective. Qu’est-ce que je gagne dans cette polémique ? Rien d’autre que des ennuis et des tensions.
Quelque 2 500 hommes ont participé à l’opération Turquoise, pourquoi êtes-vous si peu nombreux à vous exprimer ?
Sur 300 officiers environ, nous sommes cinq à avoir publié des témoignages, dont deux auraient pu être écrits par le Sirpa (le service de communication des armées). Pourquoi les autres se taisent ? Si Turquoise avait été une opération classifiée, cela se comprendrait, mais c’était censé être une intervention humanitaire…
Une des raisons de ce mutisme, c’est la culture du silence. Il y a confusion dans l’armée française entre l’obligation de réserve, qui relève du secret professionnel, et ce silence assourdissant qui consiste à taire ce qui s’est passé. Il peut sembler protéger les militaires, mais en réalité il les expose bien au-delà de leurs propres responsabilités. Il permet surtout aux décideurs d’échapper à leur responsabilité. C’est particulièrement nocif en démocratie, et je ne veux pas que ce silence devienne une amnésie.

        Lire aussi notre enquête :
         

          Les secrets de la France au Rwanda : les ambiguïtés de l’opération « Turquoise »



D’après vous, comment vont réagir les autres protagonistes de cette histoire ?
Je redoute plusieurs choses. Pour commencer, que mes compagnons d’armes craignent que je les mette en cause, alors que j’ai admiré leur professionnalisme et leur courage, sur le terrain. Ma deuxième crainte est que ce débat sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi n’ait pas lieu. Ce que je dis devrait susciter l’effroi, l’histoire que nous racontons depuis vingt-quatre ans ne correspond pas à la réalité. C’est une question de société. Je ne prétends pas avoir raison, je dis simplement que mon témoignage est incompatible avec cette fable humanitaire. Je crains enfin que nous n’ayons pas le courage de reconnaître que nous nous sommes trompés. Pourtant, personne ne nous condamnerait, au contraire, on nous respecterait de dire la vérité et de faire preuve d’un peu d’humilité. Ce serait aussi honorer la mémoire du million de victimes que nous n’avons pas su empêcher.
Vous racontez avoir commis un crime de guerre en faisant exécuter de sang-froid, par vos légionnaires, une bande de miliciens Interahamwe (extrémistes hutu). Pourquoi un tel aveu ?
Je ne considère pas que ce soit un crime de guerre de les avoir éliminés, ces miliciens ont voulu faire une démonstration de leurs crimes en exhibant notamment le gilet pare-balles d’un camarade belge massacré par leurs soins à Kigali. J’ai donc décidé de les empêcher de nuire plus longtemps. J’aurais pu éviter de raconter cet épisode, mais j’ai pris le parti de témoigner de ce qui s’est passé en réalité pendant cette opération Turquoise. Il est grand temps de sortir des fables de nos habiles communicants sur ces opérations militaires camouflées en « interventions humanitaires ». Une opération militaire n’est pas une affaire d’anges…

        Lire aussi :
         

                « Rwanda, la fin du silence » : un ancien officier français raconte



Sur le fond, quelle leçon tirez-vous du Rwanda ?
Le Rwanda, c’est l’amorce de la fin de la Françafrique. C’est la première fois qu’on se prend une raclée et qu’en plus on se ridiculise. Turquoise est un échec. A travers ces événements, l’image donnée à l’Afrique et à nos partenaires européens est que nous faisons n’importe quoi et que nous soutenons des gens infréquentables. D’ailleurs, dans les dix ans qui ont suivi le génocide, la France s’est retrouvée en difficulté dans tout le pré carré africain où les pays implosaient les uns après les autres.
Mais le plus important pour moi est que nous exigions un réel contrôle démocratique sur les opérations menées au nom de la France, alors que la tentation sécuritaire ne cesse d’augmenter.
Faut-il ouvrir les archives, ainsi que le réclament de nombreux universitaires ?
L’ouverture des archives, bien sûr, mais l’ouverture réelle, car les Français sauront alors ce qui s’est vraiment passé. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas et certaines archives sont même « ouvertes, mais non consultables » ! Cela ressemble à cet ordre absurde que j’ai reçu à Sarajevo : « Ripostez, sans tirer. » C’était six mois après le Rwanda…
Tout cela abîme les militaires français engagés au Rwanda. Ils disparaîtront avec un ulcère à l’estomac, exactement comme la génération qui a vécu la guerre d’Algérie et qui n’a jamais pu dire la réalité. Ma génération doit parler, juste pour raconter la réalité de ce qui s’est passé, pour mettre les décideurs face à leurs responsabilités.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Dans sa chronique mensuelle, la journaliste Marie de Vergès revient sur la crise de croissance qui touche ce pays africain « passé en vingt ans d’un système quasi féodal au XXIe siècle ».
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« En Ethiopie, tout est difficile, mais tout reste possible »

Dans sa chronique mensuelle, la journaliste Marie de Vergès revient sur la crise de croissance qui touche ce pays africain « passé en vingt ans d’un système quasi féodal au XXIe siècle ».



Le Monde
 |    15.03.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 17h32
    |

            Marie de Vergès








                        



                                


                            
Emergences. L’Ethiopie, terre des opportunités, nouveau « Far East »… A Addis-Abeba, les autorités connaissent le bréviaire de l’attractivité sur le bout des doigts. « Dans les années 1990, nous étions une toute petite économie. Nous sommes maintenant l’une des plus grosses d’Afrique subsaharienne, une destination sérieuse pour les investissements et un futur hub industriel. » Ministre des finances, Abraham Tekeste s’adresse à un public sagement assis dans les rangées d’un amphithéâtre : les représentants d’une quarantaine d’entreprises françaises, venus, les 8 et 9 mars, en visite exploratoire. Avides d’en savoir plus sur le modèle d’un pays qui connaît depuis une décennie une croissance échevelée, la plus rapide du continent…

L’Ethiopie séduit et, pourtant, l’Ethiopie inquiète. Miracle ou mirage ? La crise politique qui sévit depuis des mois et vient de regagner en intensité brouille les certitudes. L’état d’urgence a été décrété mi-février, pour la seconde fois en un an et demi. Une mesure exceptionnelle prise au lendemain de la démission surprise du premier ministre, Hailemariam Desalegn, auquel le pays cherche aujourd’hui péniblement un successeur. Le tout sur fond de contestation antigouvernementale, notamment des communautés oromo et amhara, majoritaires au sein de la population et très remontées contre un appareil d’Etat contrôlé par l’ethnie des Tigré.
Qu’on ne s’y trompe pas. Politique et économie sont ici étroitement liées. « Ils sont passés, en vingt ans, d’un système quasi féodal au XXIe siècle, analyse Bernard Coulais, directeur général à Addis-Abeba du groupe BGI-Castel (bière et vin), le plus important des investisseurs français en Ethiopie. Forcément, ça bouscule. Ils sont en crise de croissance. »
Clichés misérabilistes
La trajectoire est impressionnante, stupéfiante même. Pendant longtemps, les clichés misérabilistes ont collé à la peau de l’Ethiopie, terre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Dans sa chronique mensuelle, l’économiste Pierre-Cyrille Hautcœur s’inquiète de la concentration du système bancaire européen qui s’est, depuis la crise de 2008, fortement accrue.
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« Lors de la prochaine crise, les Etats ne pourront plus assurer le sauvetage des grandes banques »

Dans sa chronique mensuelle, l’économiste Pierre-Cyrille Hautcœur s’inquiète de la concentration du système bancaire européen qui s’est, depuis la crise de 2008, fortement accrue.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 14h00
    |

Pierre-Cyrille Hautcœur (Directeur d'études à l'EHESS)







                        



                                


                            
Histoire. Dès la crise de la fin des années 2000, l’union monétaire européenne s’est manifestée sous la forme d’une intervention croissante de la Banque centrale européenne (BCE) pour assurer la liquidité des banques et sécuriser les dettes publiques, avec pour effet un triplement de son bilan et un accroissement de son influence. En revanche, la responsabilité de rétablir la solvabilité de banques au bord de la faillite est largement restée du ressort des gouvernements nationaux. L’expérience historique suggère que cette répartition des rôles n’est pas durable.
e siècle, la plupart des banques étaient des entreprises d’assez petite taille, régionales ou spécialisées
Jusqu’au milieu du XIXe siècle, la plupart des banques étaient des entreprises d’assez petite taille, régionales ou spécialisées. La création de banques de grande taille faisait l’objet d’une forte opposition politique, motivée par la crainte de voir de telles banques acquérir une influence excessive. La création de banques (privées) d’émission monétaire était le résultat de compromis entre d’une part les banquiers, qui voulaient s’assurer mutuellement une garantie de liquidités par l’émission de billets, même contrainte par l’obligation de convertibilité métallique, et d’autre part les gouvernements, désireux de s’offrir du crédit bon marché et de faciliter le développement économique. Ces banques ont contribué à l’unification de marchés nationaux du crédit en refinançant les banques régionales et en facilitant les paiements.
Mais cette unification fut surtout assurée par l’émergence de grandes banques de dépôts. Parce que le crédit est une activité à rendements croissants, tant en matière de réserves que de collecte d’informations (comme en témoigne l’extraordinaire service d’information financière créé alors par le Crédit lyonnais), leur activité a commencé à se concentrer. Leurs premières incursions dans le financement des...




                        

                        


<article-nb="2018/03/15/19-5">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ L’exposition « Malmaison, un jardin d’expérience » fait revivre les grandes heures du domaine à l’époque de l’impératrice Joséphine
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ En juin 1968, le philosophe publiait dans « Le Monde » trois contributions, dont voici un extrait. Elles ont été reprises dans la revue « Esprit ».
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Paul Ricœur en 1968 : « L’Occident est entré dans une révolution culturelle »

En juin 1968, le philosophe publiait dans « Le Monde » trois contributions, dont voici un extrait. Elles ont été reprises dans la revue « Esprit ».



Le Monde
 |    15.03.2018 à 12h06
   





                        



                                


                            
En 1968, alors professeur de philosophie à la faculté des lettres et sciences humaines de Nanterre, Paul Ricœur suit de près les événements. Plutôt en phase avec les étudiants, préconisant le dialogue, il figure, au côté d’Alain Touraine, parmi ceux qui, devant la commission disciplinaire, défendent Daniel Cohn-Bendit, alors menacé de renvoi. Dans l’une des trois contributions qu’il donne au Monde en juin 1968, il interprète la situation comme une ­ « révolution culturelle » qui attaque une « société de non-sens ». Ce texte sera reproduit dans la revue Esprit (datée de juin-juillet 1968) sous le titre « Réforme et révolution dans l’université ».
« Les signes sont maintenant éloquents : l’Occident est entré dans une révolution culturelle qui est bel et bien sa révolution, la révolution des sociétés industrielles avancées, même si elle fait écho ou emprunte à la chinoise. C’est une révolution culturelle, parce qu’elle met en cause la vision du monde, la conception de la vie, sous-jacentes à l’économique, au politique et à l’ensemble des rapports humains.
« Cette révolution attaque le nihilisme d’une société qui, tel un tissu cancéreux, n’a pas d’autre but que sa propre croissance »
Cette révolution attaque le capitalisme, non seulement parce qu’il échoue à réaliser la justice sociale, mais aussi parce qu’il réussit trop bien à séduire les hommes par son projet inhumain de bien-être quantitatif. Elle attaque la bureaucratie, non seulement parce que celle-ci est lourde et inefficace, mais parce qu’elle met les hommes en position d’esclaves à l’égard de l’ensemble des pouvoirs, des structures et des rapports hiérarchiques qui leur sont devenus étrangers. Elle attaque enfin le nihilisme d’une société qui, tel un tissu cancéreux, n’a pas d’autre but que sa propre croissance. Face à la société du non-sens, elle tente de donner le pas à la création des biens, des idées et des valeurs, sur leur consommation. L’entreprise...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ En 2008, le philosophe montrait que la « pensée anti-68 » attribuait aux événements de Mai la crise des valeurs occidentales. Dix ans plus tard, il constate dans ces milieux une surenchère conservatrice.
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Serge Audier : « Le discours anti-68 s’est radicalisé »

En 2008, le philosophe montrait que la « pensée anti-68 » attribuait aux événements de Mai la crise des valeurs occidentales. Dix ans plus tard, il constate dans ces milieux une surenchère conservatrice.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 14h23
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            

Serge Audier enseigne la philosophie morale et politique à l’université Paris-IV. Dernier ouvrage paru : La Société écologique et ses ennemis. Pour une histoire alternative de l’émancipation (La Découverte, 2017).
Vous avez publié en 2008 « La Pensée ­anti-68 », un ouvrage dans lequel vous étudiez la genèse de la critique des événements de Mai. Dix ans plus tard, ce discours a-t-il beaucoup changé ?
Dans les milieux conservateurs de la droite et de l’extrême droite françaises, le discours s’est radicalisé. Sous le quinquennat de François Hollande, La Manif pour tous s’est voulue un Mai 1968 à l’envers : semblant parfois mimer l’activisme subversif soixante-huitard, elle a accentué la rhétorique conservatrice sur le déclin des valeurs, de l’autorité et des cadres familiaux.
La croisade « anti-genre » a instrumentalisé la cause de la nature, avec la revue Limite et son « écologie intégrale ». S’ils se réclament du pape François, certains de ses protagonistes ont des affinités avec les milieux catholiques intégristes et d’extrême droite, qui n’ont jamais digéré l’émancipation des femmes. Enfin, le contexte international pèse en ce sens, avec l’élection de Donald Trump, incarnation d’un « virilisme » haïssant les luttes des années 1960 des Noirs, des femmes et des homosexuels.
Il suffit en outre de parcourir la littérature monotone des milieux conservateurs pour saisir leur détestation de ce qu’ils appellent parfois le « libéralisme libertaire », fruit empoisonné de Mai 1968. Le philosophe catholique Pierre Manent voit ainsi dans Mai 1968 une catastrophe individualiste décomposant l’Etat-nation, l’intellectuel François-Xavier Bellamy fustige la mise à mort de la transmission culturelle contenue dans la sociologie de Pierre Bourdieu, l’essayiste Bérénice Levet, proche d’Alain Finkielkraut, accuse la génération de 68 d’avoir décomposé la famille, l’école et la nation.
« Le parti Les Républicains...



                        

                        


<article-nb="2018/03/15/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Cinq dirigeants d’entreprises de la filière de l’éolien en mer protestent, dans une tribune au « Monde », contre la volonté du gouvernement de renégocier les prix des marchés conclus il y a cinq à sept ans, au risque de retarder les chantiers.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Eolien en mer : « Le développement et la pérennité de l’ensemble de la filière française sont menacés »

Cinq dirigeants d’entreprises de la filière de l’éolien en mer protestent, dans une tribune au « Monde », contre la volonté du gouvernement de renégocier les prix des marchés conclus il y a cinq à sept ans, au risque de retarder les chantiers.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 11h42
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Alors que le gouvernement envisage la possibilité de renégocier les appels d’offres dans l’éolien en mer organisés en 2011 et 2013, nous, acteurs-clés du secteur, alertons sur les conséquences d’un énième coup de frein à une filière porteuse de développement économique pour la France.
Le marché de l’éolien en mer est aujourd’hui une réalité. Les énergies renouvelables représentent chaque année plus de la moitié des nouvelles capacités énergétiques installées dans le monde. L’éolien en mer bénéficie à lui seul d’une croissance exceptionnelle : d’ici 2030, la puissance électrique installée devrait atteindre 100 GW selon les projections, presque six fois plus qu’aujourd’hui (17 GW) !
Un rôle capital à jouer
Sous l’impulsion de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne, l’Europe est moteur de cette croissance avec une augmentation spectaculaire des capacités de production de 25 % en 2017, selon le rapport de l’association Wind Europe « Wind in Power 2017 – Annual Combined Onshore and Offshore Wind Energy Statistics » (Secteur éolien 2017 – Statistiques annuelles combinées de l’éolien terrestre et en mer).
Les Etats-Unis ont également opéré un tournant dans ce secteur, avec le projet de Block Island – une ferme éolienne au large de l’île située dans l’Etat du Rhode Island –, et les ambitions des Etats du Massachusetts, de New York, du New Jersey et du Maryland d’ajouter au total 8 GW de capacités de production d’ici à 2030. De même, la Chine s’est fixé un objectif de 5 GW de puissance installée au large de ses côtes d’ici à 2020.
Dans cette nouvelle dynamique porteuse de formidables défis en termes d’innovation, de technologies, de capacités de production et d’exportation, la France a un rôle capital à jouer. Aujourd’hui, nous, industriels majeurs de l’éolien en mer, fournisseurs de turbines, constructeurs de fondations métalliques et béton, armateurs, constructeurs navals, sommes fiers de participer à la structuration...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Editorial. Les représailles britanniques contre Moscou après l’empoisonnement d’un ancien agent double ne pèseront que si d’autres puissances sont prêtes à renforcer ce dispositif.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     
                                                

Ex-espion empoisonné : un front uni pour soutenir Theresa May face à Vladimir Poutine

Editorial. Les représailles britanniques contre Moscou après l’empoisonnement d’un ancien agent double ne pèseront que si d’autres puissances sont prêtes à renforcer ce dispositif.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 11h34
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 13h23
   





                        


Editorial du « Monde ». Fièvre des grands jours à la Chambre des communes, mercredi 14 mars : la première ministre britannique était interrogée par les députés sur les mesures à prendre après l’empoisonnement au gaz neurotoxique, le 4 mars, d’un espion russe réfugié au Royaume-Uni et de sa fille. Theresa May a annoncé l’expulsion, sous huit jours, de vingt-trois diplomates russes et, parmi d’autres mesures de rétorsion, le gel des relations bilatérales de haut niveau avec Moscou.

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                Espion empoisonné : face à la Russie, Theresa May choisit une riposte modérée



La première ministre britannique s’est aussi félicitée du large soutien que lui ont manifesté les députés sur cette question, y compris sur les bancs du Labour – à l’exception notable du chef du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, dont la sensibilité de gauche ne saurait, apparemment, souffrir une condamnation de la Russie.
Mais le gouvernement britannique n’a pas seulement besoin, dans cette affaire, du soutien de Westminster, aussi précieux soit-il. Il lui faut aussi, et surtout, celui de ses alliés. Car ce n’est qu’un début. Si les mesures prises par Londres sont susceptibles d’irriter le Kremlin, elles ne pèseront vraiment que si Moscou sait que d’autres puissances, solidaires, sont prêtes à renforcer ce dispositif. Priver la Coupe du monde de football en Russie de la présence des princes William et Harry revêt sans doute une haute importance symbolique pour les sujets de la Couronne, mais le risque de faire ainsi vaciller les tours du Kremlin reste modeste… Face à un pays qui n’hésite pas à faire assassiner ses anciens agents ou opposants en territoire étranger, le soft power a des limites.
Agressions répétées
L’OTAN a défini l’affaire en termes calibrés. Dans un communiqué, l’organisation a exprimé sa « profonde préoccupation » à l’égard de ce qui constitue « la première utilisation offensive d’un agent innervant sur le territoire de l’Alliance » depuis la création de celle-ci en 1949. Si les mots ont un sens, cela veut dire qu’une attaque à l’arme chimique a été commise dans l’un des pays membres de l’OTAN, même si ce n’est pas cet Etat lui-même qui en était la cible.

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                Ex-espion empoisonné : Londres en quête de soutien international à l’ONU



Mercredi soir, les Etats-Unis, membre le plus important de l’OTAN, ont fait savoir que, comme le Royaume-Uni, ils attribuaient à la Russie la responsabilité de l’attaque contre l’ancien espion Sergueï Skripal et sa fille, toujours hospitalisés dans un état critique. La Maison Blanche précise que cet épisode s’inscrit dans un contexte d’agressions répétées de la Russie contre l’ordre international, la souveraineté des Etats et le processus démocratique des pays occidentaux. Elle ajoute que les Etats-Unis « s’emploient, avec leurs alliés, à ce que ce type d’attaque odieuse ne se reproduise pas ». Là aussi, la formulation est claire : le président Donald Trump, qui a toujours ménagé Vladimir Poutine, a cette fois-ci changé de ton.
Nous sommes donc entrés dans une crise prolongée, bien au-delà des relations bilatérales entre Londres et Moscou. La riposte doit être graduée, de façon à éviter que M. Poutine ne l’exploite dans les derniers jours de sa campagne pour l’élection présidentielle du 18 mars. La question a été ajoutée à l’ordre du jour du Conseil européen du 22 mars ; il est crucial que les partenaires – encore pour quelque temps – européens de la Grande-Bretagne, dont certains, comme la France, ont déjà exprimé leur solidarité avec Londres, se montrent aussi unis qu’ils l’ont été face à la crise ukrainienne. La panoplie des moyens de pression sur Moscou est large. Seule compte la détermination à l’utiliser.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Le sociologue a écrit pour « Le Monde » une série d’articles pendant les événements, par la suite repris dans l’ouvrage collectif « Mai 1968 : la brèche ». Voici l’extrait du texte publié le 21 mai 1968.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
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Edgar Morin en 1968 : « Une extase de l’histoire »

Le sociologue a écrit pour « Le Monde » une série d’articles pendant les événements, par la suite repris dans l’ouvrage collectif « Mai 1968 : la brèche ». Voici l’extrait du texte publié le 21 mai 1968.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 11h33
   





                        



                                


                            
Au printemps 1968, Edgar Morin remplace pour une courte durée à l’université de Nanterre le sociologue Henri Lefebvre. Observateur sympathisant, il est persuadé que les événements qui se déroulent sous ses yeux créeront une brèche dans la société occidentale. Pour Le Monde, il écrit alors une série d’articles à chaud. Celui-ci date du 21 mai et sera repris dans l’ouvrage qu’il cosigne avec ses compagnons de vie intellectuelle et politique, Claude Lefort et Cornélius Castoriadis, Mai 1968 : la brèche (Fayard). Comment cette « commune étudiante » finira-t-elle, s’interroge-t-il ? En s’étiolant dans la confusion ou en trouvant la force de sa métamorphose ?
« En fait, la commune étudiante est presque une révolution pour avoir joué en une seule toutes les révolutions rêvées et défié réellement l’ordre établi. Elle est riche, folle, géniale comme une révolution. Comme une révolution, elle est une explosion utopique et uchronique, et pourtant bien enracinée dans un lieu et un temps. Comme une révolution, elle est une extase de l’histoire. Comme une révolution, elle fait communiquer les individus et les groupes qu’elle transporte dans la fraternité et la générosité. Comme une révolution, elle a porté les individus, quelquefois, oui, au plus bas d’eux-mêmes, mais le plus souvent au meilleur. Je songe à ces gamins n’attendant qu’une seule chose tout au long d’un vendredi : la libération de leurs camarades inconnus, étudiants et non étudiants, français et étrangers ; ces agrégatives quittant l’examen préparé avec tant d’efforts, ces militants se vouant à la cause ouvrière.
Bien sûr, cette quasi ou péri-révolution n’a pas toutes les qualités. Même chez les anarchistes, le sens libertaire ne s’accompagne pas vraiment de ce sens libéral que donne l’expérience de la vraie dictature, ni de cette lucidité à distinguer les mots des choses que donne l’expérience du communisme d’appareil, ni de cette critique véritablement radicale qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Extrait du livre « Le Mouvement de mai, ou le communisme utopique » que le sociologue a écrit pendant l’été 1968.
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Alain Touraine en 1968 : « Une nouvelle lutte des classes »

Extrait du livre « Le Mouvement de mai, ou le communisme utopique » que le sociologue a écrit pendant l’été 1968.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 11h32
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 14h31
   





                        



                                


                            
En 1968, Alain Touraine est professeur de sociologie à l’université de Nanterre. Pendant l’été, il rédige Le Mouvement de mai, ou le communisme utopique (Seuil), dans lequel il soutient que les événements sont liés à la transformation en cours de la société, sous l’effet du progrès technique : le pouvoir technocratique tend à imposer ses impératifs à toutes les dimensions de la vie, y compris celle de l’intime. C’est contre ce nouveau système de domination que s’est érigé le « mouvement de mai », manifestant ainsi l’entrée de la culture dans le champ politique. Remarquant que « ceux pour qui la lutte ne peut être dirigée que contre la propriété capitaliste ont été aussi surpris par la nature du mouvement que ceux qui croyaient à la fin des idéologies et des conflits de classes dans les sociétés industrielles », il insiste sur le fait que le mouvement n’est pas un refus de la société industrielle mais une révélation des nouveaux conflits qu’elle génère.
« Les luttes sociales, le conflit des intérêts n’apparaissent plus seulement dans les usines, mais partout où la société entreprend de se transformer. (…)
La vie urbaine, l’utilisation des besoins et des ressources, l’éducation, autant de domaines qui n’étaient pas considérés naguère comme des activités “productives” et où se manifeste et s’organise maintenant une nouvelle lutte des classes. La sélection des élites s’oppose à l’éducation permanente ; les transports privés entrent en conflit avec la volonté de participation à la vie urbaine ; la manipulation des besoins noie la satisfaction des désirs ; la hantise du niveau étouffe la personnalité.
Le grand mot d’ordre des technocrates qui dirigent la société est : adaptez-vous. Le mouvement de mai a répondu : exprime-toi.
« Le mouvement de mai s’est heurté à une utopie dominante, celle des maîtres de la société, proclamant que les problèmes sociaux consistaient seulement à moderniser, adapter, intégrer »
L’enjeu...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Ce texte du philosophe est extrait de « La Révolution introuvable. Réflexions sur les événements de mai », publié en juillet 1968.
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Raymond Aron en 1968 : « Cette révolution a été à la fois anachronique et futuriste »

Ce texte du philosophe est extrait de « La Révolution introuvable. Réflexions sur les événements de mai », publié en juillet 1968.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 11h31
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 14h17
   





                        



                                


                            
Dans La Révolution introuvable. Réflexions sur les événements de mai (Fayard, 1968), Raymond Aron (1905-1983) échange avec le journaliste Alain Duhamel. Nous sommes en juillet 1968. Le sociologue développe sa célèbre interprétation des événements, celle du « psychodrame ». En effet, explique-t-il, dès lors que le Parti communiste conservait son contrôle sur les ouvriers et n’avait pas d’intentions insurrectionnelles, chacun pouvait se choisir un rôle et se faire plaisir à imiter les grands ancêtres – qui le révolutionnaire, qui Saint-Just, qui Tocqueville – sans que la situation risque de basculer dans la tragédie : « Rien n’était plus frappant que le délire verbal sans mort d’hommes. » L’auteur des Trois essais sur l’Age industriel (Plon, 1966) voit néanmoins poindre dans cette « tragicomédie » des aspirations sociales qui lui semblent raisonnables.
« Ce qu’il y a peut-être de plus original dans la révolution de mai, c’est la part qu’y a prise une certaine bourgeoisie. Dans l’Université, les éléments les plus actifs furent souvent des révolutionnaires venus du 16e arrondissement, ou des assistants, ou des maîtres assistants, petite bourgeoisie ; dans les entreprises industrielles, souvent des cadres se sont sentis dans une position fausse entre des ouvriers qui revendiquaient une augmentation de salaires et une direction qui ne les associait pas à la gestion. Là, j’aperçois une revendication chargée de signification authentique, qui n’a rien à voir avec la commune estudiantine et qui constitue, si je puis dire, le contenu moderne de la révolte apparemment libertaire.
e siècle, et l’assouplissement des organisations, exigence conjointe de la rationalité et de l’humanisation de la société industrielle »
La participation, l’association, ces mots signifient tout et rien, mais la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Eloge de l’hypocrisie », d’Olivier Babeau.
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Figures libres. Pour une société protectrice de l’hypocrisie

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Eloge de l’hypocrisie », d’Olivier Babeau.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 09h30
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 09h37
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Eloge de l’hypocrisie, d’Olivier Babeau, Le Cerf, « Idées », 312 p., 20 €.

Se souvient-on de Rousseau, de La Nouvelle Héloïse (1761) ? De cette lettre où Saint-Preux, qui ressemble à Jean-Jacques comme un frère, a quitté Julie, la douceur du Léman, et découvre Paris ? Il s’offusque d’y voir tout un chacun promettre monts et merveilles à ses semblables sans jamais rien tenir. Qu’apprend-on, dans cette ville si policée, si aimable ? Rien qu’à « plaider avec art la cause du mensonge, à ébranler à force de philosophie tous les principes de la vertu, à colorer de sophismes subtils ses passions et ses préjugés, et à donner à l’erreur un certain tour à la mode selon les maximes du jour ». Bref, à être hypocrite, c’est-à-dire inauthentique, artificieux, fourbe et faux.
Olivier Babeau, professeur à l’université de Bordeaux, pourrait faire se retourner Jean-Jacques dans sa tombe au Panthéon. Car il ose, carrément, faire l’éloge de l’hypocrisie. En toute franchise, si l’on ose dire. Il ne propose en effet aucun de ces éloges paradoxaux, fréquents de l’Antiquité jusqu’à Molière, où l’on jouait à célébrer le parasite, la mouche ou le tabac. Olivier Babeau plaide pour l’hypocrisie, vraiment : à ses yeux, elle ne constitue pas un défaut, moins encore un vice. Il s’agit en fait pour lui du « socle même » de la société, de son assise. Et ce « fondement de la civilisation » se trouve aujourd’hui mortellement menacé par la dictature de la transparence.
Evidemment, quelques éclaircissements s’imposent. D’abord, c’est bien à une extension du domaine de l’hypocrisie, à un élargissement considérable de sa définition, que convie cet économiste libéral, pas vraiment politiquement correct, auquel on doit déjà, entre autres, La Nouvelle Ferme des animaux et L’Horreur politique (Les Belles Lettres, 2016 et 2017). « Hypocrisie », selon Olivier Babeau, est le nom du voile...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Cet ouvrage plein d’esprit embarque le lecteur pour un voyage jusqu’aux confins de la conscience et de l’inconscient.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Le cerveau à livre ouvert

Cet ouvrage plein d’esprit embarque le lecteur pour un voyage jusqu’aux confins de la conscience et de l’inconscient.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 09h00
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15.03.2018 à 09h29
    |

            Paul Benkimoun








                        



                                


                            
Le livre. Partant du constat que les neurosciences résonnent « avec toutes les facettes de nos existences quotidiennes » mais que les termes qu’elles emploient sont souvent hermétiques pour le profane, ­Lionel Naccache, professeur de neurologie à la Pitié-Salpêtrière et chercheur à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière, a élaboré cet ouvrage. Au point de départ se trouve une série diffusée sur France Inter, à l’été 2017. Bien que seul Lionel Naccache ­s’exprime, l’émission comme ce livre ont pris naissance dans un dialogue, une ­« coconstruction », entre l’expert reconnu et son épouse, Karine Naccache, non spécialiste assumée du domaine.
But avoué : « Faire en sorte que la langue des sciences du cerveau ne sonne plus comme une langue étrangère aux oreilles des ­non-initiés. » Et c’est une réussite, tant cet ouvrage est limpide, didactique et plein ­d’esprit, ce qui est pleinement à propos.
Le neurologue a choisi une architecture progressant « du neurone à la pensée », adoptant les composantes d’une langue (mots, syntaxe qui les assemble et grammaire qui fait litière de certaines idées reçues) et jalonnée de liens entre les « mots du cerveau » et notre imaginaire collectif. Chacun des mots du cerveau choisi faisant l’objet d’un chapitre.
« On ne naît pas glie, on le devient ! »
Le voyage débute par le neurone, la cellule nerveuse de base, dont nous possédons quelque 100 milliards dans notre système nerveux, et la glie, population de cellules qui les entourent. Longtemps considérée avec condescendance, la glie possède la même origine que les neurones et remplit des fonctions essentielles. Ce qui fait dire à Lionel Naccache, à l’instar de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas glie, on le devient ! »
Suivent les neurotransmetteurs, la communication entre les neurones qui constituent des réseaux, puis toutes les structures du cerveau, avec une place de choix pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Extraits de « Rwanda, la fin du silence, témoignage d’un officier français », de Guillaume Ancel, et qui paraît vendredi 16 mars aux éditions Les Belles Lettres.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤         

Document

« Rwanda, la fin du silence » : un ancien officier français raconte

Extraits de « Rwanda, la fin du silence, témoignage d’un officier français », de Guillaume Ancel, et qui paraît vendredi 16 mars aux éditions Les Belles Lettres.


LE MONDE
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        Le 15.03.2018 à 08h28

     •
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        Mis à jour le 15.03.2018 à 12h07






                        

Crédits : DR


                    

Bonnes feuilles. [En juin 1994, au moment où la France décide d’intervenir au Rwanda, Guillaume Ancel est officier de guidage de tir aérien. Ce pays de la région des Grands Lacs est alors plongé en plein génocide contre les Tusti mené par les Forces armées rwandaises et par les milices extrémistes hutu, proches du gouvernement intérimaire, soutenu par Paris. Parallèlement, le Front patriotique rwandais, dominé par les Tutsi, a lancé une offensive pour mettre fin aux massacres et s’emparer du pays. Le livre de Guillaume Ancel contredit la version officielle d’une intervention avant tout « humanitaire ». Selon lui, la France a tardé à prendre ses distances avec le régime génocidaire. Extraits.]
Base militaire de Valbonne, près de Lyon, France. 22 juin 1994
(…) En fin d’après-midi, un officier du bureau des opérations entre brusquement et me remet personnellement un exemplaire numéroté d’un ordre préparatoire, dont manifestement Colin (*) dispose déjà. Il s’agit de réaliser un raid terrestre sur Kigali, la capitale du Rwanda, pour remettre en place le gouvernement, ordre expliqué par quelques schémas et des hiéroglyphes militaires appelés « symboles » :
Nous débarquerons en « unité constituée »à Goma [principale ville de l’est du Zaïre, près de la frontière rwandaise], et l’opération s’appuiera sur la vitesse et la surprise liées à notre arrivée ultrarapide. A ce stade, la mission n’est pas encore confirmée, mais elle devient très probable.
Cet ordre ne me surprend pas vraiment. J’apprécie les subtiles analyses de politique internationale et les débats sur la pertinence des interventions, mais en l’occurrence nous serons projetés à 6 000 kilomètres de la métropole pour faire notre métier, qui est de mener des opérations militaires, et celle-ci rentre dans nos cordes.
En théorie, c’est assez simple, je dois dégager un couloir en guidant les frappes des avions de chasse, couloir...



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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Alain Boyer et Jean-Fabien Spitz reviennent chacun dans un essai sur les liens entre liberté et justice, propriété et redistribution. Stimulant.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Philosophie. L’autre visage du libéralisme

Alain Boyer et Jean-Fabien Spitz reviennent chacun dans un essai sur les liens entre liberté et justice, propriété et redistribution. Stimulant.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 07h45
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15.03.2018 à 09h39
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                            Serge Audier (Philosophe et collaborateur du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Apologie de John Rawls, d’Alain Boyer, PUF, 336 p., 29 €.
La Propriété de soi. Essai sur le sens de la liberté individuelle, de Jean-Fabien Spitz, Vrin, « Philosophie concrète », 232 p., 19 €.

Une des évolutions idéologiques les plus spectaculaires, dans la France des dernières décennies, est la démonisation du mot « libéralisme ». Alors que la critique frontale du capitalisme reste minoritaire, le rejet du libéralisme fédère des milieux divers, de la gauche radicale aux catholiques conservateurs. Exploitant cette tendance, quelques éditeurs ont multiplié les essais à succès contre cet épouvantail, catégorie fourre-tout où sont amalgamés le libéralisme culturel et la financiarisation de l’économie.
Il se pourrait que ces procès reposent sur des confusions conceptuelles et historiques. Outre le fait qu’ils dissimulent parfois un fantasme de restauration traditionaliste, ils risquent de nous priver des outils pour comprendre et transformer le capitalisme. C’est en tout cas ce que suggèrent deux livres importants. Leurs auteurs, Alain Boyer et Jean-Fabien Spitz, sont des philosophes rigoureux qui se méfient des effets de manches. Tous deux démontrent que la famille libérale est clivée sur des questions cruciales comme l’inviolabilité absolue de la propriété. Les implications n’en sont rien de moins que l’avenir de l’Etat social, du partage et de la redistribution des richesses.
Tirs croisés
Un bon point de départ est la Théorie de la justice (Seuil, 1987), du philosophe américain John Rawls (1921-2002). Ce classique du libéralisme social définit une société juste selon deux principes : celui des libertés égales, correspondant aux droits fondamentaux, et celui pour lequel, dans le cadre de l’égalité des chances, les inégalités sociales et économiques doivent être agencées de manière à apporter le bénéfice maximal aux moins bien lotis. Car...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Il est temps de repenser le temps, montre le physicien dans un essai défiant nos certitudes.
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Les horloges affolées de Carlo Rovelli

Il est temps de repenser le temps, montre le physicien dans un essai défiant nos certitudes.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 07h45
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                            Céline Henne (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
L’Ordre du temps (L’Ordine del tempo), de Carlo Rovelli, traduit de l’italien par Sophie Lem, Flammarion, 288 p., 21 €.

Qu’est-ce que le temps ? « Si personne ne me pose la question, je le sais ; si quelqu’un pose la question et que je veuille expliquer, je ne sais plus », écrivait saint Augustin à l’orée du Ve siècle. Quelque 1 600 ans et combien de révolutions scientifiques plus tard, difficile de savoir si la confusion s’est dissipée ou si elle n’en est que plus grande. Dans un essai à la fois exigeant, didactique et poétique, le physicien Carlo Rovelli, auteur du best-seller mondial Sept brèves leçons de physique (Odile Jacob, 2015), nous offre un bel aperçu de ce que la science actuelle répond, quand la question lui est posée.
L’essai se présente comme un voyage initiatique en trois étapes. Il commence par « l’effritement du temps », ou plutôt de nos intuitions les plus familières sur sa nature. Il n’y a pas un seul « maintenant » mais une infinité de présents locaux ; le temps ne s’écoule pas uniformément ; aucun cadre temporel absolu ne permet de mesurer le changement. De là, on débouche sur « l’étrange paysage de la physique relativiste », sans toutefois s’arrêter à Einstein. Ce qui entraîne – dans un chapitre parfois ardu pour le novice – jusqu’à la toute récente « théorie de la gravitation quantique à boucles », dont Rovelli est l’un des pères fondateurs. C’est l’un des principaux modèles prétendant aujourd’hui unifier mécanique quantique et relativité générale, sans qu’un consensus soit encore atteint dans la communauté scientifique.

Rovelli dépeint ensuite le « monde sans temps » imaginé par cette théorie. Attention, tout, dans cette deuxième étape, n’est pas « gelé et immobile » comme dans « l’Univers-bloc » de la cosmologie éternaliste. Selon cette conception, défendue par Bertrand Russell (1872-1970) ou Stephen...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Il est un moderne écrivain combattant. « Patriote », il s’est battu en Tchétchénie et soutient les séparatistes prorusses en Ukraine, pour lesquels il signe « Ceux du Donbass ». Il est invité au salon Livre Paris, qui ouvre le 16 mars.
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Sous la cuirasse de Zakhar Prilepine

Il est un moderne écrivain combattant. « Patriote », il s’est battu en Tchétchénie et soutient les séparatistes prorusses en Ukraine, pour lesquels il signe « Ceux du Donbass ». Il est invité au salon Livre Paris, qui ouvre le 16 mars.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 09h48
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            

Quand on rencontre Zakhar Prilepine à Paris, on sent qu’on incarne à ses yeux tout ce que rejette ce « patriote », hier engagé volontaire en Tchétchénie, aujourd’hui soutien inconditionnel des sécessionnistes prorusses du Donbass, en guerre avec l’Ukraine depuis 2014 : un conformisme libéral, occidental et proeuropéen, tel aussi que se l’imagine une longue tradition intellectuelle russe.
Il faut donc s’efforcer de percer une double couche de stéréotypes, celle de nos préjugés sur la Russie et celle nourrie par les « nazbol », les nationaux-bolchévistes d’Edouard Limonov, dont Zakhar Prilepine a été proche, pour lever l’énigme de ce gaillard déroutant, né en 1975, aux apparences rugueuses, à l’allure de videur, condescendant parfois, chaleureux à l’occasion, écrivain prodige, sans doute l’un des plus marquants de la Russie actuelle, comme lui-même le pense sans trop de fausse modestie.
Un provincial peu attiré par l’existence moscovite
Jusqu’en 2015, Zakhar Prilepine avait surtout la réputation d’être le chroniqueur incroyablement prolifique et sans concession d’une Russie sinistrée par l’après-perestroïka et d’une jeunesse à la ramasse (San’kia, Des chaussures pleines de vodka chaude, Actes Sud, 2009 et 2011). Avec coquetterie, il assure ne rien inventer dans ses ouvrages. On lui doit du reste des récits assez crus sur ses propres campagnes dans le Caucase (Pathologies, Les Syrtes, 2007, et Je viens de Russie, La Différence, 2014). Pourtant, avec L’Archipel des Solovki (Actes Sud, 2017), un roman historique de 800 pages consacré à ce qui fut, dans les années 1920, le laboratoire du goulag, il change de genre en adoptant la fiction historique et a produit peut-être « son » chef-d’œuvre.
Ce livre s’est vendu à 150 000 exemplaires dans son pays, alors même que le centenaire de la révolution d’Octobre suscitait le malaise des élites du Kremlin. Il inscrit son auteur dans la constellation des grands...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Le constitutionnaliste Olivier Rouquan estime, dans une tribune au « Monde », que la loi fondamentale n’a cessé d’évoluer au prix d’un affaiblissement de la fonction de premier ministre et d’une dévalorisation de la démocratie parlementaire.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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« Le quatrième âge de la Constitution est entamé »

Le constitutionnaliste Olivier Rouquan estime, dans une tribune au « Monde », que la loi fondamentale n’a cessé d’évoluer au prix d’un affaiblissement de la fonction de premier ministre et d’une dévalorisation de la démocratie parlementaire.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 07h14
    |

Olivier Rouquan (Politologue, constitutionnaliste, chercheur en science politique, associé au CERSA)







                        



                                


                            

La Constitution a soixante ans : elle entame ainsi, un peu tôt, un quatrième âge. En effet, le quinquennat limite la durée du mandat présidentiel et modifie la logique des institutions. Dès lors, l’esprit du constituant a pris un coup de vieux.
Le premier âge constitutionnel, gaullien, est marqué par le charisme du fondateur procédant de l’incarnation de la France. L’usage référendaire gaullien en est la clé : après 1958, de Gaulle l’utilise quatre fois : il réforme substantiellement le pays (indépendance de l’Algérie, élection présidentielle au suffrage universel) et engage sa responsabilité politique. En 1969, lorsqu’il perd sur les régions et le Sénat, il démissionne. Le charisme gaullien, fondé sur une estime de soi héroïque, a pour contrepartie un courage politique certain.

La leçon ne vaut pas pour le deuxième âge de la Constitution. Dès Georges Pompidou (1972), le référendum est normalisé ; jusqu’à Jacques Chirac, son fils spirituel, qui en 2005 perd celui sur l’Union européenne et termine son mandat très affaibli. Pendant la période, l’apport est l’alternance de 1981 : elle montre que le fonctionnement de la démocratie majoritaire est possible en France. Pour le reste, la présidentialisation est confirmée : les présidents de la République gouvernent et conduisent la politique de la nation.
Une légitimité d’opinion problématique
Un troisième âge surgit en 1986 avec la coexistence institutionnelle. François Mitterrand partage le pouvoir avec un premier ministre et un Parlement hostiles. Pendant ces périodes, qui se reproduisent jusqu’en 2002, le chef du gouvernement dispose d’un pouvoir accru, comparable à celui de ses homologues européens. Le président reste éminent en politique étrangère. La Constitution est respectée et la présidentialisation, relativisée : s’agit-il de l’âge de la sagesse ?

L’instauration du quinquennat change la donne. A partir de septembre 2000, le chef de l’Etat a un mandat plus court...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Etat des lieux de l’édition russe alors que s’ouvre le salon Livre Paris, le 16 mars, dont la Russie est le pays ­invité d’honneur, et à ­l’approche de l’élection ­présidentielle.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Russie  : le livre entre deux soubresauts de l’histoire

Etat des lieux de l’édition russe alors que s’ouvre le salon Livre Paris, le 16 mars, dont la Russie est le pays ­invité d’honneur, et à ­l’approche de l’élection ­présidentielle.



Le Monde
 |    15.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
15.03.2018 à 09h34
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            Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)








                        



                                


                            

Cent ans après la révolution, la statue de Lénine trône encore dans la grande salle de lecture, tout juste rénovée, de la prestigieuse bibliothèque qui porte son nom à Moscou. Depuis son piédestal, ou plutôt sa chaire devrait-on dire, tant il paraît faire la lecture au public avec son livre posé sur les genoux, il écrase les étudiants, jeunes et moins jeunes, venus consulter ici l’un des volumes extirpés des quelque 275 kilomètres de rayonnages de l’institution.
Lénine figure aussi en couverture d’un des ouvrages les plus en vue en ce moment. Une savoureuse biographie de Lev Danilkine (2017, non traduite) le dépeint comme il ne l’avait encore jamais été en Russie, sous les traits d’un politicien rusé, amateur de vélo et de virées en montagne. Mais le succès de ce livre a été l’un des rares marqueurs du centenaire de la révolution bolchevique de 1917. Celui-ci, en effet, a été superbement ignoré, en particulier par l’actuel chef du Kremlin, Vladimir Poutine.
Une formidable capacité d’adaptation
Le livre russe a vu passer bien d’autres révolutions. « Vous imaginez lire Tolstoï sur un smartphone ? », soupire Boris Essenkine en jetant un regard navré sur son téléphone portable. Directeur depuis 1989 de la librairie Biblio Globus, l’une des plus importantes de la capitale russe, cet homme a tout vu, tout enduré : la disparition de la littérature soviétique, l’effondrement du marché, les crises financières de 1998 et 2008, l’intrusion du livre électronique, le piratage des œuvres sur Internet (lire ci-dessous)…
A chaque soubresaut de l’histoire, il a fallu s’adapter. Créé en 1957 à deux pas de la place Loubianka, où siègent les services de sécurité soviétiques puis russes, son magasin a d’abord abandonné son nom soviétique, Knigi Mir (« Le monde des livres »), pour une version plus ­ « moderne », Biblio Globus. Même le nom de la rue a changé après la chute de l’URSS : autrefois baptisée Kirov, du nom du révolutionnaire dont...




                        

                        

