<FILE-date="2018/03/14/19">

<article-nb="2018/03/14/19-1">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ La choriste complice des Rolling Stones a collaboré avec le chorégraphe Alonzo King pour le spectacle « The Propelled Heart », à Chaillot.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤                     
                                                

Lisa Fischer, une voix et un cœur parmi douze corps

La choriste complice des Rolling Stones a collaboré avec le chorégraphe Alonzo King pour le spectacle « The Propelled Heart », à Chaillot.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 18h04
 • Mis à jour le
14.03.2018 à 18h05
    |

                            Rosita Boisseau








                        



   


La chanteuse afro-américaine Lisa Fischer fait palpiter le spectacle The Propelled Heart, créé en 2015 en collaboration avec le chorégraphe Alonzo King. Cette pièce pour douze danseurs, à l’affiche jusqu’au 16 mars du Théâtre de Chaillot, à Paris, est centrée sur la présence et la voix de Fischer, même si celle-ci reste souvent humblement postée en vigie bienveillante sur le côté du plateau. Elle semble taillée sur elle, comme un vêtement qu’on enroule, les mouvements d’ensemble composant un cocon de gestes soyeux.
Que la star des choristes, complice des Rolling Stones depuis 1989 – son duo avec Jagger sur Gimme Shelter a fait des millions de vues sur YouTube –, mais aussi de Sting, Tina Turner, Beyoncé, Aretha Franklin, Lou Reed et beaucoup d’autres, se risque dans un spectacle chorégraphique est une jolie anomalie. « J’ai découvert le travail d’Alonzo au Joyce Theater, à New York, et je suis tombée amoureuse de son flow, raconte-t-elle. Je n’avais jamais travaillé avec une compagnie de danse et j’étais assez anxieuse de créer de la musique pour un spectacle entier. Mais après avoir rencontré Alonzo, j’ai été convaincue par sa chaleur et son ouverture. » Epaulée par son directeur musical JC Maillard, présent en direct pour mixer les sons, Lisa Fischer donne corps et poids à la pensée d’Alonzo King, ici inspiré par le yogi Sri Yukteswar. Sa voix, dans ce qu’elle possède de plus intime, de plus tremblé mais aussi de plus technique et sophistiqué, soulève l’écriture néoclassique spiralée du chorégraphe.
Echanges entre chant et mouvement
Si Lisa Fischer, un micro dans chaque main, mène la troupe des danseurs, elle veille aussi sur eux, tout en les entraînant dans ses vocalises. Pendant les répétitions, elle s’est prêtée au jeu de l’échange, se glissant dans le mouvement pendant que les interprètes apprenaient à chanter. « Mon expérience avec Alonzo et sa troupe est une exploration très profonde et très personnelle qui inclut tout ce qu’il y a autour de moi, confie la chanteuse. Chaque performance est un nouveau voyage plein de magie, alors que, paradoxalement, le cadre de création est très solide. Je plonge dans un rêve à travers le mouvement et la musique. » Elle évoque la sensation d’un « cœur collectif » que sa chanson fétiche How Can I Ease the Pain, qui récolta un Grammy Award en 1992, fait vibrer en profondeur. Passer à l’avant-scène en devenant l’héroïne chorégraphique, discrète mais impériale, de l’univers élégant et spirituel d’Alonzo King est un destin qui va décidément bien à Lisa Fischer.
The Propelled Heart, de Alonzo King. Théâtre national de Chaillot, jusqu’au 16 mars.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-2">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Notre choix du soir. En pressentant l’élection de Hillary Clinton, la série s’est trouvée en porte-à-faux avec l’actualité nord-américaine mais a su faire fi de ce revirement inattendu (sur Canal+ Séries à la demande).
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤                     
                                                

TV – « Homeland » au tournant de la réalité politique

Notre choix du soir. En pressentant l’élection de Hillary Clinton, la série s’est trouvée en porte-à-faux avec l’actualité nord-américaine mais a su faire fi de ce revirement inattendu (sur Canal+ Séries à la demande).



Le Monde
 |    14.03.2018 à 17h45
    |

            Renaud Machart








                        


Série sur Canal+ Séries à la demande

Homeland avait inévitablement parié sur l’élection d’Hillary Clinton à la présidence des Etats-Unis. Et c’est donc une femme qui, au cours de la saison 6, devint la présidente de la vraie-fausse Amérique dépeinte par la série créée en 2011 par Howard Gordon et Alex Gansa, d’après la version originale israélienne Hatufim, créée l’année précédente par Gideon Raff.
Faut-il regretter que le cours des saisons et le calendrier politique n’aient pas davantage coïncidé ? Avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump – dont beaucoup de séries se sont fait l’écho –, il semblait que Homeland soit contrainte de débrider les liens de la fiction et du réel, et donc de perdre de sa force « docu-fictionnelle ».
La saison 7 a ainsi donné un coup de braquet au récit pour coller un tant soit peu à la réalité du chaos trumpien – tout en évitant de se confronter au personnage de l’actuel président. Comme l’ont répété beaucoup d’acteurs (dont Julia Louis-Dreyfus, la présidente hautement caricaturale de la série Veep) et de metteurs en scène, Donald Trump est en lui-même un personnage dont la réalité dépasse largement la fiction.

Mais il fallait cependant coller au réel : au début de cette saison, la présidente se trouve donc en porte-à-faux avec les services de renseignement. Aussi, après un attentat raté contre elle, décide-t-elle d’un bras de fer avec la CIA en emprisonnant deux cents de ses représentants. Carrie Mathison (Claire Danes), qui n’y travaille plus, continue d’agir en sous-main. Mais son accoutumance au lithium, le médicament qu’elle prend pour juguler les effets de sa bipolarité, la mène au bord d’actes violents et dangereux.
Saul Berenson (Mandy Patinkin) devient conseiller présidentiel. Il va se trouver confronté à Brett O’Keefe (Jake Weber), hôte ultraconservateur d’une émission de radio dont la radicalité populiste va mener à un drame.
Il semble que Homeland – contrairement à Baron noir, également diffusé par Canal+ – ait réussi à transformer à son profit ce revirement politique en forme de coup de théâtre et sache décidément comment tenir en haleine ses spectateurs.
Homeland, saison 7, série créée par Howard Gordon, Alex Gansa et Gideon Raff. Avec Claire Danes, Elisabeth Marvel, Mandy Patinkin, Maury Sterling, Jake Weber (EU, 2018, 12 × 50 min).



                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-3">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Le réalisateur franco-marocain Nabil Ayouch revient sur le tollé provoqué par son précédent film et sur la sortie en salles de son nouveau long-métrage, « Razzia ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

« L’interdiction de “Much Loved” reste une blessure »

Le réalisateur franco-marocain Nabil Ayouch revient sur le tollé provoqué par son précédent film et sur la sortie en salles de son nouveau long-métrage, « Razzia ».



Le Monde
 |    14.03.2018 à 17h43
 • Mis à jour le
14.03.2018 à 17h50
    |

            Charlotte Bozonnet (Marrakech, envoyée spéciale)








                        



   


Il y a trois ans, la sortie de votre film Much Loved, qui racontait le quotidien de quatre prostituées à Marrakech, provoquait un tollé au Maroc. Le film a été interdit, l’une des actrices a été agressée. Quel impact cela a-t-il eu sur vous ?
Nabil Ayouch Ça reste d’abord une blessure. On fait des films pour les montrer. L’interdire dans mon pays d’origine, c’était couper le lien avec ce public. De plus, la manière dont il a été interdit en a fait ce qu’il n’était pas : un objet diabolique. Le torrent de violence et de haine qui a suivi m’a choqué. Dans le même temps, ça m’a permis d’éprouver ma relation avec le Maroc. Je me suis rendu compte que j’étais très attaché à ce pays, aux gens. Mais je n’oublie pas. Les mots que j’ai entendus, lus. Cela va bien au-delà des milliers de « like » sur des pages Facebook appelant à ma mort. Ce sont les insultes sur mes origines, ma famille.
Avec le recul, vous avez compris pourquoi le film avait provoqué un tel déferlement de haine ?
Parce qu’il présente une sorte d’anthropologie inversée : si j’avais construit des personnages féminins harcelés, dominés, battus, il n’y aurait pas eu de réaction. Mais j’ai construit des personnages féminins qui ont pris le pouvoir, des femmes fortes et indépendantes. Surtout, c’est une blessure narcissique. On se focalise toujours sur ce que vont penser les autres de nous. Le problème n’est pas la prostitution mais de faire un film qui en parle. Il faut arrêter de se poser cette question car elle est paralysante. Nous ne sommes ni meilleurs, ni pires que les autres.
Ce souvenir a-t-il pesé lorsque vous avez travaillé sur votre nouveau film, Razzia ?
Non, ça a au contraire renforcé ma conviction qu’il y a une urgence à dire, à montrer, et à parler librement. Et puis c’est trop difficile de faire un film – trois ans de ma vie – pour qu’à l’arrivée, il ne soit pas en accord avec ce que je pense.

        Lire aussi :
         

                « Razzia » : les maux du royaume passés au crible



Le film a-t-il eu des difficultés pour sortir ?
Non. J’ai suivi la procédure classique en demandant un visa au Centre cinématographique. Par contre, il a été interdit aux moins de 16 ans. Une décision totalement injustifiée et qui nous coupe d’une partie du public.
Much Loved était né de l’observation de femmes obligées de se prostituer à Marrakech pour gagner leur vie. Quelle est l’origine du film Razzia ?
Des rencontres que j’ai pu faire depuis vingt ans que je vis ici, et ma propre expérience de vie. Je me sens proche de certains personnages. Hakim, le musicien qui veut devenir rock star : c’est une partie de ma jeunesse en banlieue parisienne, et celle d’un jeune rencontré au centre culturel de Sidi Moumen. Inès, c’est un peu ma fille et ses copines à l’école française. Joe, le restaurateur juif marocain, ça vient beaucoup de moi. Pas seulement parce que ma mère est juive mais aussi par cette capacité à vivre dans le déni. Il y a des choses que je ne veux pas voir car elles m’affecteraient trop, alors je regarde ailleurs pour avancer. Il y a aussi Salima, très inspirée par Maryam [Touzani, actrice, coscénariste du film et compagne de Nabil Ayouch] qui a un immense courage.
Qu’est-ce que tous ces personnages ont en commun ?
Une soif incommensurable de liberté, de vivre comme ils l’entendent. Une soif d’aimer, de s’aimer. Mais aussi une solitude profonde.
Vous pensez que les libertés individuelles régressent ou progressent au Maroc ?
C’est très variable. De temps à autre, sur certains sujets, il y a des avancées. On a récemment adopté une loi contre le harcèlement. Mais nous avons aussi reculé, par exemple sur la place des femmes dans la société – je ne parle pas de leurs droits. Il y a vingt ans, il y avait des femmes en politique avec des postes importants, aujourd’hui nous avons une femme ministre et deux ou trois secrétaires d’Etat reléguées au bout de la table. Nous avons un gouvernement et un espace politique d’hommes. Même chose dans l’espace public : il est aussi beaucoup plus dur à conquérir pour les femmes. On a laissé trop d’espace à ceux qui veulent confiner la femme et nous ramener à un modèle de société ancestral.

        Lire aussi :
         

                Le cinéaste Nabil Ayouch en tournée au Maroc pour délier les langues



Dans Razzia, vous situez la source de ces problèmes aux années 1980 avec ce personnage d’instituteur, dans les montagnes de l’Atlas, contraint par l’Etat de faire la classe à ses élèves, non plus en berbère, leur langue, mais en arabe auquel ils ne comprennent rien.
Oui, pour moi, c’est la source : le grand virage de l’éducation n’a pas été pris. Il est extrêmement difficile de trouver la bonne manière de faire avancer une société dans un contexte d’ignorance. Ce n’est pas seulement à cause de la langue, mais de l’hégémonisme culturel que ça a amené. Aujourd’hui, pour beaucoup de gens, être Marocain, c’est être un bon musulman pratiquant. Je ne sais pas si ça a été totalement volontaire. Disons qu’à un moment de l’histoire, on a cru pouvoir se développer sans passer par la case éducation. Quand on en a pris conscience, il y a quinze ans, il était trop difficile de repartir en arrière. Ça n’est pas fichu mais ça ne viendra pas seulement de la politique. Il faut que les acteurs économiques, sociaux, prennent des initiatives. Je suis de ceux qui pensent que les grands changements viennent de minorités agissantes qui influent sur le destin d’une nation.
L’autre grand thème de Razzia – avec celui des libertés individuelles – est la question sociale et celle des inégalités. Le film montre des manifestations – comme le royaume en a connu cette dernière année – mais aussi de la violence. Vous pensez que c’est un danger qui guette le Maroc ?
Oui, si on n’arrive pas à résoudre l’équation des inégalités et de l’injustice sociale, ces mouvements vont se multiplier. C’est une inquiétude. Nous avons atteint une certaine limite dans le domaine de la justice sociale, mais aussi des libertés individuelles. Il faut faire des choix clairs, qui vont nous engager, en matière de répartition des richesses, d’éducation, d’inclusion des jeunes, du statut de la femme.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-4">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Une histoire complexe et originale sur l’enfance, la paternité et l’identité sexuelle, racontée en une minute.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ 
<article-nb="2018/03/14/19-5">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Les aînés Hallyday réclament, dans une procédure distincte, une part de l’héritage de leur père.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

Laura et David fixent un ultimatum à Laeticia Hallyday sur l’album posthume de leur père

Les aînés Hallyday réclament, dans une procédure distincte, une part de l’héritage de leur père.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 17h34
 • Mis à jour le
14.03.2018 à 18h01
   





                        


Laura Smet et David Hallyday réclament un droit de regard sur l’album posthume de leur père « dans un délai de quarante-huit heures », selon l’assignation en référé consultée par l’Agence France-presse qui sera examinée jeudi 15 mars.
Les enfants aînés de Johnny Hallyday veulent « pouvoir se prononcer sur ce projet d’album d’enregistrements posthumes de Jean-Philippe Smet » et réclament une « astreinte de 10 000 euros par jour de retard » à la dernière épouse du rockeur Laeticia Hallyday en cas de non-respect de leur souhait.
Laura Smet, 34 ans, et David Hallyday, 51 ans, demandent dans l’attente du règlement de ce litige des « mesures conservatoires sur les biens immobiliers » de la star. Les requérants réclament également « la mise sous séquestre » des « redevances perçues au titre des droits d’auteur » de l’artiste. Selon l’assignation, 1 160 œuvres de Johnny Hallyday sont concernées.

        Lire aussi :
         

                Ce que l’on sait sur l’album posthume de Johnny Hallyday, attendu ce printemps



Dans le détail, les enfants assignent dix personnes physiques et morales devant le tribunal des référés. Outre Laeticia Hallyday et ses deux filles, Jade et Joy, sont visés la société SLJ (la SCI détenant la villa de Marnes-la-Coquette), la Sacem, la société civile pour l’Administration des droits des artistes et musiciens interprètes (Adami), Warner Music France, Warner Chappell Music France, Decibel Productions et la société de perception et de distribution des droits des artistes interprètes.
Un héritage contesté
Dans une procédure distincte, Laura Smet et David Hallyday réclament une part de l’héritage de leur père, s’appuyant sur un testament rédigé par celui-ci le 3 avril 2014 et qui confie l’ensemble de sa fortune à sa femme et ses deux dernières filles. D’après eux, ce testament, rédigé en France, ne respecte pas la loi française, qui interdit de déshériter ses enfants.
Les deux aînés réclament que 25 % du patrimoine de la star disparue le 6 décembre revienne à Laeticia Hallyday et 18,75 % à chacun des quatre enfants, conformément au droit français. Le testament sur lequel s’appuie la partie adverse a été rédigé postérieurement, en juillet 2014 et en Californie, un Etat où la loi permet de répartir un héritage comme on le souhaite.
Le patrimoine immobilier du rockeur mort à 74 ans est constitué de trois villas à Los Angeles, Saint-Barthélemy et Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine). Cette dernière est détenue par une société civile immobilière dont les associés sont Laeticia Hallyday, Jade et Joy. Johnny Hallyday détenait en outre plusieurs véhicules de luxes et des motos, dont il était passionné.




                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-6">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ A voir aussi ce soir. La magnifique adaptation, par le cinéaste danois Gabriel Axel, du conte de Karen Blixen, accompagnée d’une subtile partition d’avant-garde (sur OCS à la demande).
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

TV – « Le Festin de Babette », pour l’œil et l’oreille

A voir aussi ce soir. La magnifique adaptation, par le cinéaste danois Gabriel Axel, du conte de Karen Blixen, accompagnée d’une subtile partition d’avant-garde (sur OCS à la demande).



Le Monde
 |    14.03.2018 à 17h30
    |

            Renaud Machart








                        


Film sur OCS à la demande

Le Festin de Babette (1987), de Gabriel Axel, d’après le conte de Karen Blixen, est sorti sur les écrans français en mars 1988, il y a trente ans exactement. Ce film demeure glaçant et poignant dans sa peinture du refus du désir et du plaisir dont témoigne une petite communauté religieuse ultrarigoriste, réunie dans un hameau sinistre de la côte déserte du Danemark.
Leur pudibonderie va être secouée par le défi magnifique, et purement français, que leur lance Babette Hersant (Stéphane Audran, stupéfiante), une réfugiée parisienne qui a été recommandée aux deux filles d’un pasteur défunt et dont elle devient la servante. Alors que cette communarde a tout perdu – dont son poste de chef cuisinière au fameux Café anglais, sur les Grand Boulevards –, Babette apprend qu’elle vient de gagner 10 000 francs à la Loterie française, à laquelle elle souscrit chaque année par l’entremise de son neveu. Cette somme lui permettrait de retrouver une indépendance financière. Mais Babette décide de rester et de remercier ses maîtresses en cuisinant, à l’occasion de l’anniversaire de la mort du pasteur révéré par tout le hameau, un somptueux dîner français dans les règles. La somme entière y sera engloutie.
Dangers de la tentation
La communauté, qui se nourrit de soupe à la bière et de poisson séché, voit, terrifiée, se profiler les dangers de la tentation. La langue est faite pour parler, pas pour jouir, dit en substance un membre de cette austère congrégation, ébaubie devant les cargaisons de victuailles, de vaisselle raffinée et de grands crus arrivées de Paris par bateau.
Filmée comme un orgasme collectif progressivement partagé, la scène du repas demeure l’un des très grands moments de sen­sualité au cinéma. L’une des particularités du Festin de Babette est que son réalisateur a fait ­appel à un compositeur de musique d’avant-garde, Per Norgard (né en 1932), le doyen de la musique contemporaine danoise.
Comme le film, sa partition est taiseuse. Elle s’exprime en séquences courtes, en « ponctuations » atonales et dissonantes, comme au moment où l’on voit, accompagné d’un piano et de quelques cordes, l’officier à cheval gravir une colline. Sur les génériques de début et de fin, Norgard décadre et désintègre une mélopée au piano qui semble s’égarer et se dissoudre dans une spirale chromatique sans fin, qui sied si bien à ce terrain du désespoir qu’est ce hameau.

   


De nombreux cinéastes japonais (dont Akira Kurosawa) ont fait appel au grand compositeur Toru Takemitsu. Paolo Sorrentino sait placer dans ses films les musiques les plus raffinées – celle d’Arvo Pärt, par exemple, dont My Heart’s in the Highlands, pour contralto et orgue, dans La Grande Bellezza (2013). L’Italien a osé faire entendre, dans la longue séquence finale de sa série The Young Pope (2016), l’intégralité du sublime mouvement lent de Naive and Sentimental Music, du compositeur nord-américain John Adams.
Son compatriote Luca Guadagnino, le réalisateur de Call Me by Your Name (2017), est aussi une très fine oreille : pour Amore (2009), il avait obtenu de John Adams l’autorisation d’utiliser des extraits de ses œuvres pour constituer un extraordinaire patchwork sonore.
Alors que les Oscars récompensent aujourd’hui les auteurs, habiles mais si prévisibles, de soupes musicales aux recettes recuites, il est bon de savoir que ces audaces perdurent. Un vrai festin pour ceux dont l’œil écoute.
Le Festin de Babette, de Gabriel Axel. Avec Stéphane Audran, Bodil Kjer, Birgitte Federspiel, Jarl Kulle, Jean-Philippe Lafont (Danemark, 1987, 100 min).



                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-7">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Le centre d’art parisien, spécialisé dans les cultures numériques, se cherche un nouveau directeur général après une période agitée.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

La Gaîté-Lyrique en quête d’une nouvelle tête

Le centre d’art parisien, spécialisé dans les cultures numériques, se cherche un nouveau directeur général après une période agitée.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 17h23
    |

            Emmanuelle Jardonnet








                        



   


La discrétion aura été de mise malgré la crise. Le 5 février, une annonce était publiée sur NewsTank Culture, site dédié aux équipes de direction du secteur culturel, sous le titre : « Gaîté Lyrique : recrutement d’un nouveau directeur général pour le printemps 2018 ». Derrière une formulation sobre, la nouvelle levait le voile sur une situation agitée ces derniers mois au sein du centre d’art parisien spécialisé dans les cultures numériques, qui avait changé de tête à l’été 2016.
Petit rappel des faits : la Gaîté-Lyrique, propriété de la Mairie de Paris, avait construit son identité culturelle en 2011 sous la houlette de l’entrepreneur Steven Hearn (président) et de Jérôme Delormas (directeur artistique), duo qui avait recruté l’ensemble de l’équipe. En 2016, à la fin du premier mandat de cette délégation de service public et malgré un bon bilan, la Mairie de Paris avait créé la surprise en préférant au projet initial, qui candidatait à sa propre succession, un projet outsider porté par Marc Dondey qui présentait l’avantage, selon les élus, de mieux intégrer la nouvelle donne budgétaire : une baisse substantielle de la subvention annuelle (passant de 5,9 à 4,4 millions d’euros). La contrainte appelait à multiplier les partenariats et les coproductions, or le profil de ce Franco-Américain, passé par de multiples structures artistiques et culturelles, semblait offrir des garanties pour s’adapter à la situation.
« Désordre et paralysie »
De fait membre du comité d’administration de la nouvelle structure gestionnaire (qui regroupe sa propre société, MuZ Connexions, spécialisée dans les arts du spectacle vivant, la société ARTER, spécialisée dans la conception et la production de projets artistiques, et la Société des arts technologiques de Montréal), ce dernier avait pris des fonctions à la fois en qualité de directeur général et de directeur artistique pour un mandat de six ans, dans un climat de malaise. Celui-ci, loin de se dissiper, est allé grandissant, jusqu’à l’envoi d’une lettre collective, le 3 octobre 2017, au conseil d’administration.
« La pression exercée sur les salariés a généré des situations de stress et de violence psychologique »
Le document, consulté par Le Monde, faisait état d’« une situation de désordre et de paralysie » dans le centre d’art, causée par un problème de management. « La pression exercée sur les salariés a généré des situations de stress et de violence psychologique, entraînant des départs et de nombreux arrêts maladie », détaillait la lettre, qui pointait le « comportement inflexible » du directeur général, « son manque de considération et de confiance » envers ses collaborateurs, et son « incapacité […] à diriger son équipe ».
La baisse budgétaire n’aura pas aidé au passage de relais : « Un des principaux leviers d’économies a été la masse salariale. Elle s’élève aujourd’hui à une cinquantaine d’équivalents temps plein », contre près de 80 auparavant, détaille une source interne. Avec pour conséquence, soulignait la lettre d’octobre, « une désorganisation du travail, un brouillage des périmètres de responsabilité de chacun et une surcharge durable et insoutenable de travail sur de nombreux postes ». Faisant le constat d’une « absence évidente de cohésion générale [mettant] en péril le fonctionnement de l’entreprise », le texte demandait explicitement à Marc Dondey de « quitter ses fonctions de directeur général et artistique ».
Un recrutement en juin
Depuis, un audit a été effectué, et le responsable a été écarté des équipes, même s’il conserve officiellement ses fonctions jusqu’à la nomination de son successeur. C’est un autre membre du CA qui assure la direction générale déléguée pendant la période de transition : l’architecte Jean-Dominique Secondi, directeur de l’agence ARTER. « Une fiche de poste sera publiée courant avril pour un recrutement en juin », précise ce dernier au Monde. « Nous recherchons une direction générale qui ait un projet global d’établissement à même de trouver un modèle économique innovant », précise-t-il, tout en se voulant rassurant : « Nous avons un super lieu, une super mission et une super équipe, qui aime la Gaîté-Lyrique et a retrouvé la sérénité. On est à l’équilibre et nous travaillons à la consolidation du modèle économique. »
« Il n’y aura pas de recrutement d’un directeur artistique. Une direction des programmes correspond plus à notre réalité » Jean-Dominique Secondi, directeur général délégué
Quid de la direction artistique ? « La Gaîté-Lyrique est un lieu culturel, pas uniquement artistique : c’est une maison de création et de production, mais aussi de formation, d’initiation, d’information, de débats, etc. Il n’y aura donc pas de recrutement d’un directeur artistique. Une direction des programmes correspond plus à notre réalité : on a surtout besoin de travailler collégialement à l’écriture de la ligne culturelle et artistique », assure-t-il. Le lieu recherche en revanche un(e) nouveau directeur (trice) de la communication, le poste ayant été laissé vacant après de récents départs.
« Marc Dondey comme moi-même sommes sexagénaires et notre séniorité nous porte à être des accompagnateurs : l’encadrement, le conseil, c’est plus ça notre rôle d’associés », analyse le directeur délégué. « Lorsqu’un nouveau directeur général sera choisi, nous l’accompagnerons, moi du côté de la production, Marc Dondey a priori pour le réseau de partenaires nationaux et internationaux, mais pas forcément, et pas seulement. Rien n’est fixé aujourd’hui, cela dépendra du réseau du candidat, détaille-t-il. Joint par téléphone, Marc Dondey confirme son « évolution de fonctions opérationnelles vers des fonctions stratégiques », sans que les choses ne soient encore « calées ».
Certains salariés pointent du doigt le fonctionnement même de la délégation de service public concernant les centres d’art parisiens : « On se dit que ce système de gestion rend les choses difficiles car on peut remplacer tout un projet à chaque mandat et repartir de zéro. Cela crée une perte de temps, démotive les équipes, ça crée un malaise. » De nouveaux départs, dus à « une perte de motivation » et à l’« épuisement » lié à la crise interne ne sont pas à exclure en attendant l’arrivée d’un nouveau directeur général, nécessairement fédérateur.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-8">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Le lauréat du Pritzker Prize en 1984, âgé de 83 ans, se retire de ses agences à la suite d’une enquête du « New York Times », qui publie les témoignages de cinq femmes.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

L’architecte Richard Meier écarté après des accusations de harcèlement sexuel

Le lauréat du Pritzker Prize en 1984, âgé de 83 ans, se retire de ses agences à la suite d’une enquête du « New York Times », qui publie les témoignages de cinq femmes.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 16h28
 • Mis à jour le
14.03.2018 à 16h36
    |

            Jean-Jacques Larrochelle








                        



   


Cinq femmes américaines disent avoir subi des actes de harcèlement sexuel de la part de leur compatriote Richard Meier. Après l’annonce de ces révélations, relatées par le New York Times dans son édition de mardi 13 mars, l’architecte de 83 ans, lauréat en 1984 du Pritzker Prize, considéré comme la plus haute distinction dans le domaine de l’architecture, a choisi de se retirer de ses agences de Los Angeles et de New York pour une durée de six mois. « Je suis profondément troublé et embarrassé par les récits de plusieurs femmes qui ont été offensées par mes paroles et mes actes, a déclaré l’architecte dans un communiqué. Bien que nos souvenirs puissent différer, je présente mes sincères excuses à tous ceux [celles] qui ont été offensé[e]s par mon comportement. »
« Il lui a offert un verre de vin, lui a montré des photographies de femmes nues qu’il avait prises et lui a ensuite demandé de se déshabiller »
Laura Trimble Elbogen et Alexis Zamlich, deux assistantes, ont détaillé des incidents survenus en 2009, alors qu’elles étaient âgées respectivement de 24 et 22 ans. La première, recrutée depuis peu, avait été invitée dans l’appartement de M. Meier à New York pour fêter son embauche. « Quand elle est arrivée, raconte le New York Times, il lui a offert un verre de vin, lui a montré des photographies de femmes nues qu’il avait prises et lui a ensuite demandé de se déshabiller. » Après avoir fait part de cette expérience à sa direction, elle a été mise à pied dans le cadre de ce que l’entreprise lui a présenté, dit-elle, comme la conséquence d’« une réduction des effectifs ».
Mme Zamlich a également été invitée à travailler, chaque vendredi, dans l’appartement de M. Meier pour aider à la conception de collages de l’architecte qui comprenaient, notamment, des images d’organes génitaux féminins. A une occasion, il a baissé son pantalon devant elle, ce qui lui a fait quitter l’appartement. Elle a révélé ce qui s’était passé à d’autres collègues femmes ainsi qu’à des associés de l’entreprise. Elle aurait reçu un règlement judiciaire de 150 000 dollars (121 300 euros) assorti d’un accord de confidentialité lui interdisant d’évoquer les circonstances de son départ.
Peignoir ouvert
« Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour examiner les réclamations [de Mmes Elbogen et Zamlich] et mettre en place une politique et une formation solides sur le harcèlement sexuel, a déclaré le directeur de l’exploitation de l’agence entre 2003 et 2010, Scott Johnson. Tout le monde y a participé, y compris Richard. »
Stella Lee, autre femme citée par le quotiden, a, elle, commencé à travailler pour Richard Meier en 2000. Mise en garde contre les agissements de l’architecte par la directrice de la communication de l’agence, Lisetta Koe, la jeune femme a consigné par mail le détail des situations auxquelles elle a été confrontée. Ainsi, arrivant à peine dans l’appartement de l’architecte, elle avait trouvé ce dernier vêtu d’un simple peignoir ouvert lui permettant d’exhiber son sexe. Mme Lee dit avoir été « pétrifiée ». Plus tard dans la journée, il l’invitera à se rendre avec lui dans son sauna, ce qu’elle refusera.
« Ne reste pas au bureau tardivement » : Judi Shade Monk, entrée dans l’agence d’architecture en 2003, à l’âge de 26 ans, avait, elle aussi, été prévenue par des collègues. Deux mois plus tard, alors qu’il la guidait pour lui faire rencontrer deux éminents confrères, Richard Meier a glissé sa main de son dos vers ses fesses, jouant avec ses sous-vêtements qu’il a commencé à « rouler dans ses doigts », témoigne-t-elle. « Un des plus anciens membres de l’agence, qui avait vu ce qui se passait, m’a demandé si tout allait bien. »
Un mode opératoire
La dernière femme à témoigner ne fait pas partie de l’agence. Carol Vena-Mondt, designer de meubles, aujourd’hui âgée de 70 ans, a eu, dit-elle, « une expérience traumatisante » avec Richard Meier dans les années 1980 à Los Angeles, à l’époque où il travaillait sur le projet du Getty Center. Invitée dans sa résidence à un dîner qu’elle imaginait en équipe, elle s’est retrouvée être la seule convive. M. Meier a tenté de l’embrasser de force, et alors qu’elle essayait de partir, il l’a rattrapée et tirée vers lui. « Il a attrapé un de mes bras et commencé à me traîner dans le couloir vers la chambre à coucher, a t-elle expliqué au New York Times. Il m’a poussée sur le lit et s’est couché sur moi pendant que je me tordais et le repoussais. Je n’avais jamais rien vu de pareil. » Elle est parvenue à se libérer, a rejoint sa voiture, fermé toutes les portières, puis s’est arrêtée au fond de la longue allée. « Je me suis mise à pleurer et à trembler. »
Comble du cynisme, Richard Meier a soutenu certaines causes féministes
Le mode opératoire dont rendent compte ces témoignages rappelle celui du producteur de cinéma Harvey Weinstein dont les agissements ont à la fois suscité une réprobation internationale et amené les nombreuses victimes d’autres prédateurs sexuels à sortir du silence. Comble du cynisme, Richard Meier a soutenu certaines causes féministes. Il a été signataire d’une pétition réclamant la reconnaissance de Denise Scott Brown, épouse et associée de Robert Venturi, injustement exclue du Pritzker Prize obtenu par son mari en 1991. Il avait également créé au mois de janvier une bourse d’études supérieures au sein de l’école d’architecture de l’Université Cornell (New York) afin de « recruter et de retenir les candidates les plus talentueuses ».
Après avoir pris connaissance de l’article du Times, le doyen de l’établissement, Kent Kleinman, a déclaré dans une lettre ouverte publiée sur le site de l’école que le comportement de l’architecte était « inacceptable » et que Cornell refuserait son nouveau cadeau. L’école va explorer « les actions supplémentaires appropriées » concernant les bourses et les dons antérieurs. Les responsables du Pritzker Prize ne se sont pour l’instant pas encore officiellement manifestés.
James Levine licencié du Met
Par ailleurs, le Metropolitan Opera de New York a licencié lundi 12 mars son directeur musical honoraire, James Levine, âgé de 74 ans, déjà mis à pied, au terme d’une enquête qui a confirmé que le puissant chef d’orchestre s’était rendu coupable d’abus sexuels. « L’enquête a mis en évidence des preuves crédibles que M. Levine s’était livré à du harcèlement et à un comportement abusif sexuellement » avant qu’il n’arrive au Met, puis pendant sa collaboration avec l’opéra de New York, a indiqué l’institution dans un communiqué.

        Lire aussi :
         

                Abus sexuels : James Levine licencié par le Metropolitan Opera de New York



Les agissements du chef d’orchestre auraient notamment visé des « artistes vulnérables en début de carrière, sur lesquels M. Levine avait autorité », précise le Met. Compte tenu des conclusions de cette enquête, menée par un ancien procureur de l’Etat du New Jersey, Robert J. Cleary, la direction de l’opéra et son conseil d’administration ont estimé qu’il serait « inapproprié et impossible » que James Levine continue à travailler au Met. Outre la direction musicale honoraire, le maestro déchu a été également licencié de son poste de directeur du programme consacré aux jeunes artistes.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-9">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Les œuvres complètes de l’écrivain russe qui a défié Staline, et en est mort en 1938, paraissent. On y saisit la cohérence d’une voix qui a su magnifiquement exalter le vivant.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Ossip Mandelstam, un poète contre la terreur

Les œuvres complètes de l’écrivain russe qui a défié Staline, et en est mort en 1938, paraissent. On y saisit la cohérence d’une voix qui a su magnifiquement exalter le vivant.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 16h00
    |

                            Eric Marty (Ecrivain et universitaire)








                        



                                


                            
Œuvres complètes, d’Ossip Mandelstam, traduit du russe par Jean-Claude Schneider, édité par Jean-Claude Schneider et Anastasia de La Fortelle, deux tomes sous coffret (Tome I : Œuvres poétiques, bilingue ; tome II : Œuvres en prose), Le Bruit du temps/La Dogana, 1 520 p., 59 €.

L’âpre XXe siècle n’a cessé de lancer de cruels défis à la poésie. Le plus redoutable a sans doute été celui dont s’est passionnément emparé Ossip Mandelstam (1891-1938) : vérifier la validité de l’acte poétique à même la terreur de l’histoire. Celle de la révolution soviétique et du système stalinien dont il fut le contemporain, mais aussi l’un des revenants majeurs.
En octobre 1917, Mandelstam a 26 ans, il n’a publié qu’un recueil de poèmes – La Pierre (1916) – et, jusqu’à sa mort, le 27 décembre 1938 dans un camp de transit vers le goulag, il aura donc fait du stalinisme, ce déloyal adversaire, une passion négative à la mesure du poète, « l’ami de tout vivant », comme il se définit lui-même en mars 1937, alors qu’il était exilé à Voronej pour avoir écrit une épigramme contre Staline, « Le montagnard du Kremlin ». ­Ultime provocation du poète au tyran dans ce duel sans merci dont il aura fait son destin.
Livrer la poésie aux Enfers
Il faut saluer les éditions Le Bruit du temps (au nom mandelstamien) et La ­Dogana, qui publient aujourd’hui ses œuvres complètes, en deux magnifiques volumes de prose et de poésie. Cette parution ne donne pas seulement l’occasion de se réjouir de nouvelles traductions (après celle d’Henri Abril, limitée à la poésie, chez Circé). Mais aussi, par l’unité verbale d’un unique traducteur, Jean-Claude Schneider, de mesurer la cohérence d’une décision poétique qui, alors, se révèle dans toute son amplitude comme verbe. La méthode ? Celle d’Orphée : livrer la poésie aux Enfers et la ramener au monde sous la forme préservée d’une absence, d’une exténuation, d’un...




                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-10">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Au Théâtre Déjazet, le metteur en scène présente un spectacle délicat où brille Anouk Grinberg.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤                     
                                                

Théâtre : Alain Françon dans le climat d’« Un mois à la campagne »

Au Théâtre Déjazet, le metteur en scène présente un spectacle délicat où brille Anouk Grinberg.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 15h46
 • Mis à jour le
14.03.2018 à 17h15
    |

                            Fabienne Darge








                        



   


« Il n’y a rien de plus fatigant que l’intelligence, quand elle est triste », observe Natalia Petrovna, l’héroïne d’Un mois à la campagne. Toute la pièce d’Ivan Tourgueniev est là, telle qu’on la retrouve, mise en scène par Alain Françon, en un spectacle délicat, qui, après avoir tourné en région, s’installe au Théâtre Déjazet, à Paris, jusqu’à fin avril.
Natalia Petrovna est au cœur de ce « théâtre de la vie » que l’auteur russe invente, au milieu du XIXe siècle, cinquante ans avant son illustre successeur, Anton Tchekhov. Il ne se passe rien de notable ou de spectaculaire dans cette pièce atmosphérique, où les moindres changements dans la qualité de l’air, le bruissement des arbres ou des brins d’herbe traduisent les mouvements insaisissables des âmes, mouvements aussi secrets que violents, qui mèneront à ce résultat : « Cœurs brisés, amitiés rompues. »
C’est l’été dans la propriété d’Arkadi Serguéitch Islaïev, et Natalia Petrovna, son épouse, s’ennuie doucement, en compagnie de Rakitine, son ami de cœur, avec qui elle a une relation toute platonique. « Parfois, vous et moi quand nous causons c’est comme si nous faisions de la dentelle », soupire-t-elle. Mais la vie, la vraie, va s’engouffrer comme un grand coup de vent dans cette ambiance à la langueur un peu malade, en la personne d’Alexeï, le nouveau précepteur de Kolia, l’enfant de la maison.
Une peinture subtile
Alexeï est jeune, il est la vie même qui éclate comme un feu d’artifice, et il va réveiller les belles endormies. Natalia Petrovna d’abord, qui, sans comprendre comment, va tomber follement amoureuse de lui. Mais aussi Verotchka, la jeune orpheline adoptée par Natalia et son mari. Alexeï ne pourra aimer aucune des deux, dans cette époque prisonnière de conventions sociales qui sont encore largement les nôtres. Bolchintsov, propriétaire terrien du voisinage, âgé de 50 ans, épousera Verotchka, qui n’a que 17 ans. Mais, pour Natalia Petrovna, il est impensable de donner corps aux sentiments qu’elle éprouve pour le précepteur de son fils.

   


Anouk Grinberg est fabuleuse, dans cette peinture subtile de personnages qui passent à côté de leur vie. C’est une actrice rare, dans tous les sens du terme : d’abord parce qu’elle apparaît peu sur les planches, choisissant ses spectacles avec exigence. Et surtout parce qu’elle a un jeu qui n’appartient qu’à elle. Sa composition ici est toute musicale, elle semble avoir une connaissance intime du texte, peut-être parce c’est son père, le dramaturge Michel Vinaver, qui signe cette nouvelle et excellente traduction de la pièce de Tourgueniev.
C’est une virtuose des climats de l’âme et du cœur, et elle offre une richesse de nuances inouïe à cette Natalia qui est un personnage très théâtral, jouant sa vie en permanence plutôt que de la vivre, à la fois légère et profonde, tendre et tyrannique. Autour d’elle, ce sont surtout les femmes qui brillent. Il y a un vrai bonheur à retrouver Laurence Côte, comédienne rare elle aussi, qui s’était fait remarquer dans La Bande des quatre (1989), de Jacques Rivette, et qui joue ici Lizaveta, la gouvernante de la maison.
Les hommes en retrait
Bonheur aussi avec India Hair, actrice intense et singulière, qui était déjà formidable dans Rester vertical, le film d’Alain Guiraudie sorti en 2016, et qui incarne une Verotchka éminemment vivante et émouvante. A leurs côtés, les hommes semblent un peu en retrait, même le grand Micha Lescot, qui joue Rakitine. Un Rakitine languide et un peu évanescent dans ses costumes de lin blanc : il n’est certes pas évident de donner de la consistance à un personnage qui n’en a pas, à un de ces « hommes de trop », comme les appelait Tourgueniev, guettés par l’hypertrophie du cerveau au détriment du sens de l’action.
Alain Françon parle de sa mise en scène

L’Alexeï de Nicolas Avinée pourrait également être dessiné plus nettement, dans ce spectacle qui prend place dans le très beau décor de Jacques Gabel : Alain Françon et lui n’ont pas voulu aller du côté du naturalisme campagnard, et c’est plutôt une atmosphère qu’ils ont créée dans cet espace quasiment vide, comme une toile blanche parsemée de taches symbolistes. Les superbes costumes de Marie La Rocca, qui sont à la fois d’hier et d’aujourd’hui, concourent à l’élégance de l’ensemble.
Tout cela donne bien des raisons d’aller au Théâtre Déjazet, d’autant plus que cette salle, qui est l’une des plus charmantes de Paris, revit depuis la rentrée avec une programmation de haut niveau. Même s’il manque à ce Mois à la campagne ce petit je-ne-sais-quoi, cette alchimie mystérieuse qui fait les grandes soirées de théâtre – cette qualité particulière de l’air qui, au fil des soirs, aura sans doute le temps de se fixer un peu plus entre les acteurs.
Un mois à la campagne, d’Ivan Tourgueniev (traduit du russe par Michel Vinaver, L’Arche éditeur). Mise en scène : Alain Françon. Théâtre Déjazet, 41, boulevard du Temple, Paris 3e. Tél. : 01-48-87-52-55. Du lundi au samedi à 20 h 30, jusqu’au 28 avril. De 21 à 42 €. Durée : 2 heures.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-11">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Rhianna Pratchett, scénariste du « Tomb Raider » adapté au cinéma, souhaiterait que les héroïnes de jeu vidéo se diversifient en vieillissant ou en devenant mères.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤                     
                                                

Et si Lara Croft cessait d’être immuablement jeune ?

Rhianna Pratchett, scénariste du « Tomb Raider » adapté au cinéma, souhaiterait que les héroïnes de jeu vidéo se diversifient en vieillissant ou en devenant mères.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 15h14
    |

            William Audureau








                        


Qui a dit que la plus célèbre icône féminine du jeu vidéo n’avait pas le droit de vieillir ? Pas Rhianna Pratchett, fille du romancier Terry Pratchett et scénariste en chef des jeux Tomb Raider (2013) et Rise of the Tomb Raider (2015), qui ont donné un nouveau départ à la série. « J’aimerais écrire une Lara Croft plus vieille, dans la cinquantaine, qui soit grisonnante et lessivée, comme il y en a pour les personnages masculins », explique l’écrivaine au site américain Entertainment Weekly à l’occasion de la sortie du film Tomb Raider, mercredi 14 mars.
« Snake [du jeu “Metal Gear Solid”] a évolué avec les années, tout comme Sam Fisher de “Splinter Cell”. Il a été autorisé à vieillir, et j’aimerais voir ça avec un personnage comme Lara, plus âgée, endurcie par les batailles. Et peut-être qu’elle aurait un autre personnage sous son aile, ce qu’on voit souvent avec les figures de papa dans les jeux – c’est la “papaisation”, comme John dans “The Last of Us” ou Booker dans “BioShock Infinite”. »

        Lire aussi :
         

          Jeux vidéo : « On s’éloigne du principe de la Schtroumpfette »



Explorer la vulnérabilité
L’auteure, qui n’est plus chargée du scénario de la série, suggère ainsi l’idée que Lara Croft devienne mère – et que davantage de mères soient mises en scènes dans des jeux d’action : « Il y a tant de choses imaginables, tellement d’histoires à raconter, nous ne faisons qu’effleurer la surface. » 
Avec le « reboot » de la saga en 2013, Rhianna Pratchett a tiré un trait sur la personnalité d’héroïne intrépide et insouciante qu’affichait l’icône du jeu vidéo depuis ses débuts en 1996. Le film s’inspire de sa vision du personnage :
« Avec cette Lara, je voulais qu’elle soit plus ancrée (…), nous voulions explorer la vulnérabilité et la peur derrière son grand courage… et la voie pour devenir une pilleuse de tombe [tomb raider en anglais]. »
A ses yeux, le jeu Tomb Raider de 2013, qui a été critiqué à sa sortie pour une scène de tentative de viol, a contribué par son succès commercial à rendre les éditeurs moins frileux à l’idée de mettre en scène des femmes comme personnages secondaires (Ellie dans The Last of Us) et principaux (Aloy dans Horizon: Zero Dawn, Chloe Frazer dans Uncharted: The Lost Legacy).

        Lire aussi :
         

          De Lara Croft à Chloe Frazer, les jeux à l’école du féminisme



Des héros masculins de plus en plus souvent vieillis
A sa naissance, l’héroïne de Tomb Raider ne devait pas être une icône féministe. « A l’origine du projet, Lara Croft était un homme, plus proche de son modèle, Indiana Jones », rappelait en 2017 Alexandre Serel, auteur de L’Histoire de Tomb Raider (éditions Pix’n Love, 2017). « Si elle est devenue une femme, c’est en grande partie pour se démarquer de la concurrence de l’époque, qui employait des mâles ou des mascottes. »
Depuis quelques années, de plus en plus de superproductions mettent en scène des héros masculins vieillis, voire en situation de paternité, comme Kratos dans le prochain God of War, en s’appuyant sur le vécu des développeurs. « Nous savions que la franchise avait besoin d’un nouveau départ », expliquait l’an passé Aaron Kaufman, porte-parole du studio derrière le jeu, Sony Santa Monica Studio. « Comme Cory Barlog [directeur créatif de God of War 2] en avait été éloigné pendant plusieurs années, il a apporté une vision fraîche, très spécifique, liée à l’épopée d’un père et son fils, et de sa propre relation à son fils, qui a 3 ou 4 ans aujourd’hui. Il venait seulement de naître. »
« Je pense que c’est la progression de l’industrie. Le cinéma le fait beaucoup, les séries aussi, constate Shaun Escayg, directeur créatif d’Uncharted: The Lost Legacy. (…) C’est bien que l’on puisse explorer l’évolution du personnage y compris d’un point de vue physique, sans se dire qu’il est éternel, qu’il sera à jamais jeune, etc. » Un traitement réservé pour l’instant aux personnages masculins.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-12">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ A la télévision, le célèbre astrophysicien n’hésitait pas à se moquer de lui-même. Il a incarné son propre rôle dans « Star Trek », « The Big Bang Theory » ou « Les Simpsons ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ 
<article-nb="2018/03/14/19-13">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Alicia Vikander incarne l’héroïne baroudeuse dans cette relance de la saga, dépourvue de rythme et de suspense.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤                     
                                                

« Tomb Raider » : une pâle quête des origines pour Lara Croft

Alicia Vikander incarne l’héroïne baroudeuse dans cette relance de la saga, dépourvue de rythme et de suspense.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 14h27
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à éviter
Jusqu’au début des années 2000, Lara Croft, l’héroïne de l’univers Tomb Raider (Angelina Jolie dans ses deux premiers volets au cinéma), était une aristocrate millionnaire, baroudeuse et sexy, arpentant des sites exotiques en tenues moulantes. En 2018, à l’occasion du reboot (« redémarrage ») de la saga, le personnage, sous la silhouette plus fluette de la Suédoise Alicia Vikander, est désormais devenu une jeune Londonienne sans le sou qui livre sur son vélo des repas à domicile, se refusant de toucher à l’héritage d’un père absent.

        Lire aussi :
         

                Quand un jeu vidéo est adapté en film, la qualité est rarement au rendez-vous (et c’est vous qui le dites)



Pas sûr que sa refonte aux standards contemporains du « politiquement correct » puisse repêcher de quelque façon cette franchise, tirée d’une série de jeux vidéo des années 1990-2000, qui surfait sur l’imaginaire des récits d’exploration à énigme et détournait le motif de la femme forte au profit d’un pur fantasme « geek ». Cette nouvelle mouture, signée aux Etats-Unis par le réalisateur norvégien Roar Uthaug, joue comme beaucoup d’autres la carte du récit originel, c’est-à-dire remontant aux sources juvéniles d’un personnage tel qu’identifié par la culture populaire.
Sur les traces de son père
Qu’était donc Lara Croft avant de devenir Lara Croft ? Evidemment, une jeune fille à la recherche elle-même de ses origines, en la personne d’un père adoré, Lord Richard Croft (Dominic West), explorateur porté disparu depuis des années et sur les traces duquel elle décide de partir. Elle se plonge alors dans ses travaux inachevés sur Himiko, reine maléfique dont la sépulture gît dans une île perdue au sud du Japon, en pleine mer du Diable. Arrivée sur place, grâce à l’aide d’un chalutier hongkongais (Daniel Wu), elle tombe sur les mercenaires d’une organisation nommée Trinity, lancés eux aussi sur la piste de la sépulture maudite.

A aucun moment Roar Uthaug ne parvient à sortir de la platitude cette aventure de près de deux heures, plombée par une mise en place aussi interminable qu’inutile, et imbibée de conventions et de facilités. Le parcours d’énigmes, normalement le sel du récit, est survolé avec une paresse inimaginable (les différents casse-tête qui se présentent à Lara Croft sont tous réglés en moins de deux), l’action réduite à la portion congrue et la relation père-fille d’une teneur émotionnelle quasiment nulle. On se demande bien ce qu’il reste même de Tomb Raider dans ce film si craintif de prêter le flanc à la moindre forme de défouloir (c’était en partie le but des jeux vidéo) ou de mauvaise pulsion qu’il en devient parfaitement insipide.
Film américain de Roar Uthaug. Avec Alicia Vikander, Dominic West, Daniel Wu, Kristin Scott Thomas, Walton Goggins (1 h 58).



                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-14">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ La première radio généraliste française quitte son siège historique parisien pour des locaux flambant neufs à Neuilly. Sans nostalgie et sans grande fête.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤                     
                                                

A RTL, l’heure du départ de la rue Bayard a sonné

La première radio généraliste française quitte son siège historique parisien pour des locaux flambant neufs à Neuilly. Sans nostalgie et sans grande fête.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 11h41
    |

            François Bougon








                        



   


Sans tambour ni trompette, ni fête extravagante, RTL quitte son siège de la rue Bayard, dans le 8e arrondissement de Paris, non loin des Champs-Elysées. La façade années 1970 conçue par Victor Vasarely avec ses lames en aluminium a déjà été démontée, offerte à la Fondation de l’artiste située à Aix-en-Provence. Le moment est historique, car la première radio généraliste de France occupait ces lieux – numéro 22 – depuis 1936.
Si certaines émissions phares, comme « Les Grosses têtes » animées par Laurent Ruquier, bénéficient d’un sursis – le temps que soit aménagé le studio qui accueillera à la fois l’animateur, ses complices, les invités et le public –, la rédaction, elle, fera ses adieux à la capitale au cours du week-end. Elle rejoindra les locaux flambant neufs de Neuilly (Hauts-de-Seine), où se trouvent déjà RTL2 et Fun Radio, juste en face de l’immeuble du groupe de télévision M6, leur nouveau propriétaire. Dimanche 18 mars, il est prévu que le journal de 18 heures soit diffusé depuis cette banlieue chic de Paris.
Avant ce départ, aucun grand raout, on marque le coup avec mesure : chaque service organisera son pot, et la rédaction comme les autres. Comme aussi la brasserie d’en face, Savy, présente depuis 1923 et qui va perdre de bons clients… Mais l’heure n’est pas à la nostalgie, explique-t-on rue Bayard. « Nous ne sommes pas nostalgiques parce que nous allons écrire une nouvelle page, explique au Monde Jacques Esnous, directeur de l’information de RTL. C’est comme un déménagement personnel : vous avez vécu des moments sympathiques, mais vous vous projetez sur un nouvel appartement, la vie continue. »

        Lire aussi :
         

                Audiences : RTL en tête, les radios généralistes en baisse, sauf France Inter



Craintes d’ingérence
Dans les colonnes du Figaro, le président du directoire de M6 Nicolas de Tavernost avait jugé que le déménagement, à l’image de l’intégration de RTL, se passait « extrêmement correctement ». Il avait cependant dû apaiser les craintes de la rédaction sur une éventuelle ingérence après avoir mis son veto à l’invitation de Jean-Pierre Pernaut, présentateur du 13 heures de TF1, un concurrent, sur l’antenne de la radio. « Nicolas de Tavernost a reçu les représentants des journalistes qui s’en étaient émus. C’était plus une question de forme que de fond », explique M. Esnous.

        Lire aussi :
         

                Europe 1 poursuit sa dégringolade



Ce départ de la rue Bayard marque aussi la fin programmée du « triangle des médias » dans ce quartier bourgeois de Paris. Non loin de là, une autre radio périphérique, Europe 1, prépare ses cartons pour un déménagement prévu à l’été. D’ailleurs, la rédaction de la radio du groupe Lagardère accueillera jeudi matin ses concurrents sur le départ dans ses locaux, rue François-Ier. Pas pour un pot, mais pour un petit-déjeuner : une dernière « fête des voisins ».



                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-15">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Cinq maisons de ventes raflent, en valeur, 50 % des enchères mondiales. Les ventes d’œuvres supérieures à 8 millions d’euros ont progressé de 125 % en 2017.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

L’embellie du marché de l’art ne profite qu’à une poignée d’acteurs

Cinq maisons de ventes raflent, en valeur, 50 % des enchères mondiales. Les ventes d’œuvres supérieures à 8 millions d’euros ont progressé de 125 % en 2017.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 11h23
 • Mis à jour le
14.03.2018 à 11h51
    |

                            Roxana Azimi








                        



   


La raison du plus fort est toujours la meilleure… Le rapport 2018 sur le marché de l’art, publié le 13 mars par la foire suisse Art Basel et la banque UBS, confirme la morale du Loup et l’Agneau de Jean de La Fontaine.

        Lire aussi :
         

                La maison de ventes aux enchères Sotheby’s confiante pour 2018



Si le commerce mondial de l’art affiche une santé insolente, avec un total de 63,7 milliards de dollars (soit 51,3 milliards d’euros), en hausse de 12 % par rapport à 2016, l’embellie ne profite qu’à une poignée d’acteurs au plus haut niveau. « On peut faire, pour le marché de l’art, le même constat que pour la richesse mondiale, dont 88 % sont détenus par 10 % des gens les plus fortunés », résume l’économiste Clare McAndrew, auteure du rapport. Et la théorie du ruissellement n’est guère d’actualité.
La concentration des pouvoirs est d’abord géographique. Les Etats-Unis, la Chine et la Grande-Bretagne représentent à eux seuls 83 % du marché mondial. En comparaison, la France n’en détient que 7 %, l’Allemagne 2 %. Cinq maisons de ventes – sur plus de 14 000 répertoriées – raflent 50 % des enchères, en valeur. De même, sur plus de 52 000 artistes passés en vente, à peine 1 % décroche des prix supérieurs à un million de dollars. On ne prête qu’aux riches.
Grand écart entre petits et grands marchands
La hausse de 27 % des ventes aux enchères en 2017 repose sur les créateurs les plus chers. Les ventes d’œuvres supérieures à 10 millions de dollars ont progressé de 125 % en un an. Dans le même temps, les transactions d’œuvres évaluées entre 5 000 à 50 000 euros ont dégringolé de 17,5 %.
Les embardées ne concernent pas non plus toutes les catégories du marché. En hausse de 12 %, l’art d’après-guerre et contemporain se taille la part du lion, avec 46 % des ventes aux enchères. En revanche, le record de 450 millions de dollars généré par le Salvator Mundi de Léonard de Vinci n’a aucune incidence sur le segment des tableaux anciens, en chute de 11 % en raison d’une raréfaction galopante.

        Lire aussi :
         

                La défiscalisation a permis aux Galeries Lafayette de créer un nouveau lieu consacré à l’art contemporain à Paris



L’écart se creuse de la même façon entre petits et grands marchands. Les chiffres d’affaires des galeries pesant plus de 50 millions de dollars ont progressé de 10 % en 2017. Leurs rendements sont parmi les plus importants. Normal : les marchands dont le bilan dépasse 10 millions de dollars s’autorisent des marges supérieures à la moyenne, jusqu’à 30 % selon les spécialités. En revanche, les structures qui engrangent moins de 500 000 dollars par an ont vu leurs chiffres d’affaires chuter de 4 %.
Vingt galeries de taille intermédiaire, comme la new-yorkaise Andrea Rosen, ont fermé l’an dernier. « L’écart ente le haut et le bas du panier s’est creusé depuis la chute du marché en 2009, explique Mme McAndrew. Beaucoup de galeries de taille moyenne se plaignent que les plus grosses enseignes leur prennent des artistes avec lesquels elles arrivaient à vivre. »
Importance croissante des foires
Le rapport souligne l’importance croissante des foires d’art, où les galeries réalisent 46 % de leurs ventes. Si les transactions sur les salons ont progressé de 17 % en 2017, les coûts de participation à ces événements ont grimpé de 15 %. Une galerie surpuissante comme l’américaine Gagosian peut participer à seize foires. En revanche une petite structure est incapable d’engager de tels frais. Là encore, le retour sur investissement n’est pas le même selon qu’on soit gros ou petit.
Quelle que soit leur taille, tous les marchands ont un même objectif : trouver des nouveaux clients. Ces derniers ont représenté 30 % de leurs ventes en 2017. Mais, prévient Clare McAndrew, « tout le monde est focalisé sur 2 % des gros acheteurs, alors qu’il faudrait atteindre 98 % de la population. Il ne faut pas que ces gens-là pensent que le marché de l’art se résume à des prix records et qu’ils finissent par en être dégoûtés ».
Pour l’économiste, Internet permettrait de ferrer et rassurer les nouveaux acheteurs. Justement, les ventes en ligne d’œuvres d’art – 8 % du marché global – ont progressé de 10 % en 2017 pour atteindre 5,4 milliards de dollars.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-16">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ La musicienne ouvre le festival Détours de Babel, vendredi 16 mars à Grenoble.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Rokia Traoré, des racines au Mali et des pieds partout

La musicienne ouvre le festival Détours de Babel, vendredi 16 mars à Grenoble.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 11h05
    |

                            Patrick Labesse








                        



                                


                            

Le vendredi 16 mars, à Grenoble (Isère), Rokia Traoré ouvrira le festival Détours de Babel avec Dream Mandé-Djourou, un récital construit sur des classiques bambara. La musicienne malienne y sera accompagnée par Mamah Diabaté, Mamadyba Camara et des musiciens et vocalistes issus de la fondation Passerelle qu’elle a créée, en 2009, à Bamako, pour aider de jeunes artistes à se perfectionner. Un spectacle qui valorise ce qu’elle nomme ses « sources ». Comme l’été 2017, lorsqu’elle avait emballé la ville d’Avignon avec le conte musical Dream Mandé Djata, un spectacle conçu et écrit par elle, qui contait une partie de l’épopée mandingue, avec Mamah Diabaté au luth ngoni et Mamadyba Camara à la kora.
Ses sources ? Celles que lui ont transmises ses parents, au Mali (elle y est née en 1974, à Kati, une ville située à 15 kilomètres de la capitale, Bamako), mais aussi ailleurs. Dès l’enfance, Rokia ­Traoré a mené une vie nomade, au fil des affectations de son père ­diplomate. « J’ai eu le privilège de grandir entre deux parents qui avaient pour souci constant de faire en sorte que l’on n’oublie pas d’où l’on vient, tout en nous ouvrant au monde », confiait-elle il y a quelques années pour expliquer l’« entre-deux » de sa musique, un tissage entre les sonorités traditionnelles mandingues et ­celles du monde occidental (rock, folk, classique ou contemporaine).
Griots et griottes
Dans les années 1990, après des études en Europe, elle a décidé d’aller se ressourcer au Mali. Révélée en Afrique par le Prix découverte Afrique de Radio France Internationale, elle se produit la première fois en France, en 1997, au festival Musiques métisses d’Angoulême, dont le directeur, Christian Mousset, lui fait enregistrer son premier album Mouneïssa.
Ses sources d’inspiration fondamentales, elle est allée les chercher au plus près de celles et ceux qui savent, les griots et griottes, les porteurs et porteuses de mémoire...




                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-17">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Laura Smet et David Hallyday ont saisi la justice afin de pouvoir écouter le disque attendu par des milliers de fans, mais dont on sait peu de chose.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤                     
                                                

Ce que l’on sait sur l’album posthume de Johnny Hallyday, attendu ce printemps

Laura Smet et David Hallyday ont saisi la justice afin de pouvoir écouter le disque attendu par des milliers de fans, mais dont on sait peu de chose.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 10h26
 • Mis à jour le
14.03.2018 à 15h53
    |

            Sylvain Siclier








                        



   


L’album « le plus attendu de l’année ». La formule est utilisée chaque semaine dans des critiques, des communiqués, des autocollants, sur les pochettes des disques… Mais elle peut s’appliquer sans paraître exagérée, cette fois, à propos de l’album posthume de Johnny Hallyday, mort le 5 décembre 2017, à l’âge de 74 ans, des suites d’un cancer du poumon. Le disque est attendu par les centaines de milliers de fans du chanteur, par le public plus large encore de celles et ceux qui auraient la curiosité de découvrir les dernières interprétations de l’un des chanteurs les plus populaires en France.

        Lire aussi :
         

                Héritage Hallyday : les deux aînés de Johnny intentent une nouvelle action en justice



Cet album est aussi l’un des éléments de la procédure en cours sur la validité des dispositions testamentaires prises par Johnny Hallyday en faveur de sa seule épouse, Laeticia Hallyday. Des dispositions que contestent David Hallyday, né en 1966, fils du chanteur et de Sylvie Vartan, et Laura Smet, née en 1983, fille du chanteur et de Nathalie Baye. Il s’agira d’établir si le testament relève du droit de l’Etat de Californie, là où il a été rédigé, ou si c’est le droit français qui doit s’appliquer, auquel cas Laura Smet et David Hallyday ne pourraient en être exclus. Ils hériteraient ainsi d’une partie des biens du musicien, et pourraient exercer le droit moral transmis aux descendants.

        Lire aussi :
         

                Cinq questions sur l’héritage de Johnny Hallyday



Première étape d’un litige qui pourrait durer plusieurs années, Laura Smet et David Hallyday ont saisi, le 17 février, la justice en référé sur deux points : d’une part, ils réclament de pouvoir écouter l’album afin de vérifier s’il respecte « l’intégrité artistique » de l’œuvre de leur père, comme indiqué dans un communiqué ; d’autre part, ils veulent qu’en attente du jugement sur le fond soient gelés le patrimoine immobilier et les revenus d’artiste-interprète (plus de mille chansons) et de compositeur (une centaine de chansons) de Johnny Hallyday. L’audience doit avoir lieu jeudi 15 mars, au tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine). La décision pourrait être rendue dans plusieurs jours, voire semaines.
Rien ne filtre
De cet album, on ne sait à ce jour que peu de chose. Et, depuis la procédure de référé, il est logique que rien ne filtre. En l’état, les fans s’échangent quelques courtes informations publiées par la presse à mesure qu’avançaient les séances d’enregistrement. Les premières auraient eu lieu à Los Angeles, à partir de mi-mars 2017. L’annonce en a été faite par le chanteur par un message publié sur son compte Instagram, « En studio pour un nouvel album Fuck the Cancer ! », accompagné d’une photographie remontant à 2014, où le chanteur fait un doigt d’honneur, entouré des musiciens de sa tournée d’alors. Dont les guitaristes Robin Le Mesurier et Yarol Poupaud, qui devraient être parmi les musiciens ayant participé à cet album.

        Lire aussi :
         

                Johnny Hallyday, son héritage et le mythe de la « veuve abusive »



Autre nom, celui de Maxim Nucci, dit « Yodelice », déjà réalisateur de De l’amour, sorti en 2015, et qui a mis en ligne quelques messages et images sur l’avancement des séances, une partie ayant eu lieu durant l’été à Los Angeles, d’autres, à l’automne, à Paris. On y voit notamment une section de vents, une batterie, des guitares et basses, près d’amplificateurs. Enfin, des enregistrements de cordes ont été organisés à Londres, sous la direction d’Yvan Cassar. Autant de musiciens qui ont travaillé régulièrement avec Hallyday. Ce qui laisse supposer que le disque sera dans la veine rock-blues des albums précédents.
Si l’information sur une date de sortie au printemps a circulé en début d’année, Warner Music, la compagnie phonographique de Johnny Hallyday, n’a pas confirmé. Pas plus que le nombre de chansons. On ignore s’il s’agit d’un répertoire de nouveautés composées et écrites pour ce projet, s’il y a des reprises. Un titre d’album possible a aussi circulé, Je te promets. Rappel de l’une des chansons écrites par Jean-Jacques Goldman pour Hallyday dans l’album Gang (juin 1987), qui bénéficierait d’une nouvelle version, ou titre similaire d’une chanson nouvelle ?
« S’il s’agit d’enregistrements déjà validés par l’artiste, interprète, compositeur, en vue d’une compilation, une réédition, une anthologie, etc., le producteur peut publier sans accord spécifique. » Me Emmanuel Pierrat
Au-delà de la sortie de ce disque, c’est aussi, plus globalement, la question de la parution d’albums posthumes qui est posée. « S’il s’agit d’enregistrements déjà validés par l’artiste, interprète, compositeur, en vue d’une compilation, une réédition, une anthologie, etc., le producteur peut publier sans accord spécifique, indique Emmanuel Pierrat, avocat spécialiste en droit de la propriété intellectuelle. Pour s’y opposer, il faudrait que l’intitulé d’une compilation, par exemple “le pire de X ou Y”, l’utilisation pour la pochette d’une caricature à caractère pornographique ou raciste, par exemple, viennent porter atteinte à l’image et à la mémoire de l’artiste. » L’ancienne maison de disques du chanteur, Universal Music, vient d’annoncer la réédition de ses albums publiés entre 1961 et 2005.
Dans le cas de la publication d’inédits après la mort de l’artiste, « qu’ils datent de dizaines d’années ou de quelques mois, qu’il s’agisse d’enregistrements en studio ou en public, il est nécessaire d’avoir l’accord des ayants droit », précise Me Pierrat. Ce qui s’applique ici est le droit moral des interprètes, auteurs et compositeurs à ce que soit préservée leur intégrité artistique. « Si des inédits dénaturent de manière flagrante la mémoire artistique, les ayants droit peuvent donc s’y opposer auprès du producteur. » Un droit moral reconnu en France et dans la plupart des pays du monde, mais pas aux Etats-Unis.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-18">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ La réalisatrice Ava DuVernay transforme un roman à succès en un conte sirupeux.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤                     
                                                

« Un raccourci dans le temps » : la cause des femmes à la sauce Disney

La réalisatrice Ava DuVernay transforme un roman à succès en un conte sirupeux.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 10h01
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Propulsée en 2012, quand son Middle of Nowhere remporta le grand prix au festival de Sundance, Ava DuVernay a acquis une reconnaissance internationale avec Selma (2014), évocation d’un épisode crucial du combat de Martin Luther King et des Afro-Américains pour les droits civiques. Poursuivant sa trajectoire météorique, la réalisatrice a été choisie pour diriger une superproduction Disney, dont la projection de presse française, le 8 mars, a été introduite par un livestream d’une heure, filmé depuis Los Angeles et retransmis par YouTube.

        Lire l’interview d’Ava DuVernay :
         

          « Je veux faire entendre la voix d'une femme noire au cinéma »



Ava DuVernay y apparaissait entourée de ses actrices : Oprah Winfrey, Reese Witherspoon, la jeune Storm Reid… S’adressant aux jeunes filles du monde entier, cœur de cible du film, elles déclinaient les formules d’un bréviaire d’empowerment made in Disney – « crois en toi, trouve ta voie, provoque ta chance » –, tout en martelant que le film était formidable.
Eprouvant ratage
Après la sortie de Black Panther, de Ryan Coogler, ce conte fantastique incarné par une jeune héroïne afro-américaine et dont le casting est composé en majorité d’acteurs issus des minorités, confirme le nouveau positionnement de l’empire de l’entertainment. A l’instar de Mattel, qui vient de lancer une gamme de poupées Barbie modelées sur des femmes fortes et célèbres (Ava DuVernay en a une à son effigie), Disney s’empare des rêves d’émancipation des minorités pour renouveler son stock de récits et élargir ses sources de revenus.

Cette instrumentalisation de la cause des femmes est apparue d’autant plus cynique que le film est un éprouvant ratage. Adapté d’un roman à succès de Madeleine L’Engle, il conte l’aventure de la jeune Meg à la recherche de son père, scientifique disparu dans une pliure de l’espace-temps. Lissant les aspérités de ses personnages, la réalisatrice pioche dans des films récents, d’Interstellar à Avatar, de Divergente à Premier contact, en passant par la série Stranger Things, pour en faire une matière sirupeuse et roborative. Les jeunes filles méritent mieux.
Film américain d’Ava DuVernay. Avec Storm Reid, Oprah Winfrey, Reese Witherspoon, Mindy Kaling, Chris Pine (1 h 50).



                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-19">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ A partir du texte de l’écrivain suisse Jacques Chessex, le cinéaste Jacob Berger revient sur un épisode longtemps tu de l’histoire de son pays.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤                     
                                                

« Un juif pour l’exemple » : esquisse d’une adaptation

A partir du texte de l’écrivain suisse Jacques Chessex, le cinéaste Jacob Berger revient sur un épisode longtemps tu de l’histoire de son pays.



Le Monde
 |    14.03.2018 à 10h00
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’AVIS DU « MONDE » – POURQUOI PAS
La brièveté de cette adaptation, tirée de l’ultime texte du romancier suisse Jacques Chessex, est à la fois un aveu d’impuissance et le signe de la lucidité du metteur en scène. Un juif pour l’exemple voudrait mettre en scène la résurgence de souvenirs enfouis dans la mémoire d’un septuagénaire. Des images et des situations perçues et vécues soixante ans plus tôt, en 1942, lorsque la Suisse se tenait précautionneusement au bord du gouffre, refoulant les juifs qui lui demandaient asile, redoutant (dans sa majorité) ou espérant (c’était le cas d’une fraction militante de la population) de subir le sort de la Pologne ou de la France, de tomber sous la domination nazie.
Dans la ville de Payerne, romande et protestante, l’écolier Jacques Chessex voit un camarade juif passé à tabac, déshabillé, ligoté. Le garagiste du coin, Fernand Ischi, mène une bande d’hitlériens composée d’éleveurs et de chômeurs, dont le référent idéologique est un pasteur défroqué. Au printemps 1942, à l’approche de l’anniversaire d’Adolf Hitler, la phalange décide de tuer un juif pour célébrer l’événement. Ils choisissent d’abattre Arthur Bloch, marchand de bestiaux. Longtemps tu en Suisse, cet épisode a fait l’objet d’une enquête journalistique avant d’être évoquée sur le mode de la réminiscence par Jacques Chessex. Peu de temps après la sortie du livre, l’écrivain, pris à partie pendant une rencontre avec ses lecteurs, meurt d’une crise cardiaque.
Lâcheté collective
A chacune des questions que soulève la mise en scène de cette histoire de contamination, de lâcheté collective, de persistance du mal, Jacob Berger esquisse une réponse. Certaines sont prometteuses, comme l’idée de refuser la reconstitution pour placer des personnages en costume d’époque dans des décors – bâtiments, véhicules, uniformes… – contemporains. D’autres sont d’un formalisme classique : quand il faut montrer le sadisme sexuel du garagiste nazi, on sent le metteur en scène si embarrassé qu’il en devient maladroit.
Il se contente essentiellement d’énoncer les faits, refusant aussi bien l’abstraction que le drame, deux possibilités qu’offrait le récit. Le lien avec la période contemporaine est à la fois suggéré par le parti pris déjà évoqué et souligné par des répliques explicatives sur le chômage et l’émigration. Mobilisant deux grands acteurs, Bruno Ganz et André Wilms, pour jouer Arthur Bloch et Jacques Chessex, c’est à peine si Jacob Berger use de leur talent. Ils passent à l’écran comme les ombres d’un film fantôme, qui reste à faire.
Film suisse de Jacob Berger. Avec Bruno Ganz, André Wilms, Elisa Löwensohn, Aurélien Patouillard (1 h 19).



                            


                        

                        


<article-nb="2018/03/14/19-20">
<filnamedate="20180314"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180314"><AAMMJJHH="2018031419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Trois ans après l’hostilité qui avait entouré la sortie de « Much Loved », le réalisateur franco-marocain a présenté son nouveau film, « Razzia ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le cinéaste Nabil Ayouch en tournée au Maroc pour délier les langues

Trois ans après l’hostilité qui avait entouré la sortie de « Much Loved », le réalisateur franco-marocain a présenté son nouveau film, « Razzia ».



Le Monde
 |    14.03.2018 à 09h59
 • Mis à jour le
14.03.2018 à 18h46
    |

            Charlotte Bozonnet (Marrakech, Maroc)








                        



                                


                            

Il a d’abord fallu digérer le ­déferlement de haine qui avait accompagné la sortie du film Much Loved, en 2015. « Une blessure », assure, trois ans après, le cinéaste franco-marocain Nabil Ayouch. Le film, qui ­racontait l’univers de la prostitution à Marrakech à travers le ­portrait de quatre femmes, avait provoqué un tollé dans le pays. L’une des actrices principales, Loubna Abidar, avait dû se réfugier à Paris, après avoir été agressée physiquement à ­Casablanca. Quant au film, il avait été interdit de diffusion au Maroc pour « atteinte flagrante à l’image du pays ».
En ce mois de février 2018, Nabil Ayouch est de retour avec Razzia. « Un film de personnages dans des luttes à la fois très personnelles et qui les dépassent », souligne le ­réalisateur. Abdallah, l’instituteur des montagnes de l’Atlas, ­contraint aux débuts des années 1980 d’enseigner en arabe à des enfants qui ne comprennent que le berbère ; Hakim, musicien rêveur, en permanence tiré vers le bas par les préjugés ; Inès, adolescente perdue des beaux quartiers… Le tout sur fond d’inégalités et de contestation sociale croissantes. Un Maroc que Nabil Ayouch tente de raconter avec force et bienveillance depuis vingt ans, de Mektoub (1997) aux Chevaux de Dieu (2012), sur le basculement de jeunes Casablancais dans le terrorisme, en passant par Ali Zaoua, prince de la rue (2000), sur les enfants des rues.
« Tout ça, je l’ai vécu »
Pour présenter son nouveau film, Nabil Ayouch, 48 ans, a décidé de partir en tournée dans plusieurs villes du pays. Avec une partie des comédiens et comédiennes, il s’est rendu à Casablanca, Rabat, Fès ou encore Agadir, parce que « les échanges me nourrissent et me donnent du courage pour ­continuer », dit-il. Dans la salle du Megarama de Marrakech, ce soir-là, l’émotion étreint une jeune fille après la projection. Etudiante en terminale, elle vient d’un foyer de jeunes...




                        

                        

