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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ La modification de la Constitution permettant à Xi Jinping d’être président à vie ouvre, paradoxalement, une période d’incertitude, estime l’universitaire chinois Lun Zhang dans une tribune au « Monde ».
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« La Chine entre dans une période de contre-réforme au nom de la réforme »

La modification de la Constitution permettant à Xi Jinping d’être président à vie ouvre, paradoxalement, une période d’incertitude, estime l’universitaire chinois Lun Zhang dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    13.03.2018 à 16h35
    |

Lun Zhang (Professeur des universités à l’université de Cergy-Pontoise)







                        



                                


                            

Tribune. Le 11 mars, l’abolition dans la constitution chinoise de la limite du nombre de mandats présidentiels marque de manière symbolique la fin d’une période commencée il y a exactement quarante ans : en 1978, sur les ruines de la Révolution culturelle, la Chine entamait une réforme et une ouverture.
Désormais, si la réforme est toujours officiellement à l’ordre du jour et si nous pouvons encore voir apparaître certaines mesures techniques en vue d’une amélioration administrative et de la performance économique, l’âme de la réforme est bel et bien enterrée. La Chine entre dans une période de contre-réforme au nom de la réforme, dans une phase de « grande réaction historique » qui vise à faire table rase de cette réforme qui a libéré l’énergie de centaines de millions de Chinois et modifié en profondeur le paysage mondial.
Corruption hallucinante et inégalité sociale
Cet événement est une étape décisive de la tendance amorcée depuis cinq ans sous Xi Jinping. Certains Chinois n’hésitent pas à qualifier cette date de « 3.11 » (11 mars) faisant allusion au « 9.11 » (11 septembre [2001]) aux Etats-Unis.
Au cours de ces dernières décennies, malgré une ligne autoritaire sur le plan politique, la réforme impulsée par Deng Xiaoping a accordé beaucoup plus de liberté au peuple chinois par rapport à l’époque de Mao, d’où sa réussite mais aussi les crises que nous constatons tous de nos jours : en effet, les citoyens ne sont que des sujets incomplets possédant des libertés, des droits partiels dans la réforme.

Ainsi la corruption hallucinante et l’inégalité sociale marchent-elles de pair et empoisonnent-elles cette réforme qui a perdu progressivement le soutien de la population et sa vitalité. Les privilégiés contrôlent le pouvoir et les ressources, formant des groupes d’intérêt qui freinent le plus possible la mise en œuvre de véritables mesures de réforme. Le modèle de développement qui fonctionnait jusqu’à présent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ L’extension du décret Montebourg ne suffira pas à protéger l’indépendance des entreprises du CAC 40… sauf si les salariés entrent massivement à leur capital, explique l’économiste Gérard Lafay dans une tribune au « Monde ».
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Indépendance des grandes entreprises : « La solution doit être trouvée dans un renouveau de la participation »

L’extension du décret Montebourg ne suffira pas à protéger l’indépendance des entreprises du CAC 40… sauf si les salariés entrent massivement à leur capital, explique l’économiste Gérard Lafay dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    13.03.2018 à 15h37
    |

Gérard Lafay (Professeur émérite d’économie à l’université Panthéon-Assas-Paris-II)







                        



                                


                            

Tribune. Parmi les problèmes des entreprises françaises, l’un des plus importants est la faiblesse de la structure capitalistique. Très souvent, leur capital est trop dispersé, faute d’être détenu par des groupes cohérents d’actionnaires.
De nombreuses entreprises, solides et efficaces, grandes ou petites, tombent ainsi entre les mains de capitaux étrangers. Tantôt elles sont absorbées par des groupes concurrents, qui s’approprient leur technologie avant de délocaliser leurs centres de recherche puis leurs activités productives ; tantôt elles sont la proie de fonds d’investissement vautours, qui ont pour effet de les dépecer « par appartement ».
Le secteur industriel français a ainsi vu disparaître successivement des noms emblématiques comme Pechiney, Arcelor, Alcatel, et il voit maintenant des entreprises prestigieuses se faire absorber par morceaux, comme c’est le cas de Lafarge ou d’Alstom.
Des décennies d’inaction
La faiblesse de la maîtrise du capital concerne la plupart des grandes entreprises du CAC 40, qui sont détenues à plus de 50 % par des étrangers. Elle concerne aussi les petites et moyennes entreprises, et en particulier les start-up qui cèdent bien souvent à la convoitise de leurs concurrents. Il est vrai que les autorités françaises commencent à se préoccuper de la situation, après des décennies d’inaction.
En 2014, le décret Montebourg soumettait à une autorisation préalable les investissements dans le secteur de la défense, de l’énergie, de l’eau, des transports, des communications électroniques et de la santé publique. Ce périmètre va être élargi par la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) du gouvernement Philippe afin de couvrir « les activités essentielles à la garantie du pays en matière d’ordre public, de sécurité publique ou de défense nationale ».
Pour utiles qu’elles soient, ces mesures ne feront cependant pas face à l’ampleur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Pour l’économiste Jean-Pierre Petit, l’attitude du président américain relève d’une posture, à la fois vis-à-vis des partenaires commerciaux et vis-à-vis de ses électeurs avant les élections de mi-mandat en novembre.
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La « guerre commerciale de Trump » n’aura pas lieu

Pour l’économiste Jean-Pierre Petit, l’attitude du président américain relève d’une posture, à la fois vis-à-vis des partenaires commerciaux et vis-à-vis de ses électeurs avant les élections de mi-mandat en novembre.



Le Monde
 |    13.03.2018 à 12h58
    |

                            Jean-Pierre Petit (Economiste et président de la société de conseil Les Cahiers verts de l'économie)








                        



                                


                            

L’éclairage. La menace d’une guerre commerciale déclenchée par Donald Trump n’est pas nouvelle. Elle a hanté les marchés durant la campagne pour l’élection présidentielle de 2016, puis de temps à autre en 2017. Il est vrai que le président américain dispose en matière commerciale de pouvoirs étendus. Mais signalons avant toute chose que les conflits commerciaux avec les Etats-Unis sont plus la règle que l’exception depuis la grande phase de libéralisation des échanges au début des années 1980.
En moyenne, depuis 1980, la US International Trade Commission a ouvert environ cinquante enquêtes par an sur les pratiques déloyales en matière de commerce extérieur, sur des produits représentant en moyenne 0,4 % des importations américaines. Parfois les tensions sont un peu plus fortes parce qu’elles concernent des grands pays, ou des secteurs considérés comme stratégiques ou politiquement sensibles. Ces enquêtes ont abouti à des sanctions représentant plus de 1 % du total des importations américaines dans deux cas particuliers.
Pas d’impact macroéconomique significatif
A peine arrivé à la Maison Blanche, Bill Clinton a lancé entre le début 1993 et mai 1995 des actions restrictives à l’encontre du Japon dans le secteur automobile. Cela a notamment abouti à des droits de douane de 100 % sur les importations de voitures de luxe. Plus récemment, George W. Bush Junior avait lancé une procédure à l’encontre des exportations européennes d’acier vers les Etats-Unis, qui ont abouti en mars 2002 à des hausses de droits de 8 % à 30 % sur certains produits. Ce contentieux a été porté par l’Europe devant l’Organisation mondiale du commerce, qui lui donna raison en juillet 2003.
Mais aucun de ces conflits n’a eu d’impact macroéconomique significatif.
Les mesures annoncées par Donald Trump restent du même ordre de grandeur que ces cas précédents. Elles ne concernent pas plus de 2 % des importations de biens et 0,2 % du PIB américain....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Tout, à la City, à Londres, est organisé pour les hommes. La finance reste l’un des secteurs les plus machos, constate le correspondant du « Monde » à Londres, Eric Albert.
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« Petite balade » dans la « Cité » des hommes

Tout, à la City, à Londres, est organisé pour les hommes. La finance reste l’un des secteurs les plus machos, constate le correspondant du « Monde » à Londres, Eric Albert.



Le Monde
 |    13.03.2018 à 12h21
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance)








                        



                                


                            

Lettre de la City. Parfois, l’évidence est devant nous mais on ne la voit plus. Alors – mea culpa – il a fallu qu’une banquière française me la pointe du doigt pour que la vérité apparaisse à ma vue : à la City, dans les rues, tout est organisé pour les hommes.
Les statistiques sont connues. Au Royaume-Uni, d’après le think tank New Financial, seuls 14 % des membres des comités de direction des sociétés financières sont des femmes (la France est à peu près au même niveau, à 16 %, contre 34 % en Scandinavie). Le bonnet d’âne revient au private equity (10 %) et aux hedge funds (11 %). Sous pression depuis quelques années, les conseils d’administration ont fait un effort, mais la proportion demeure de seulement 23 %.
Un relent de cadeaux achetés par ces messieurs
Mais nul besoin de faire de sérieux calculs statistiques pour le savoir. « Promenez-vous à la City : tous les magasins sont pour les hommes. Il n’y a que des coiffeurs pour hommes, des boutiques de complets, des vêtements pour hommes. Impossible d’y faire la moindre course », souligne cette banquière, qui tient à rester anonyme. Elle est arrivée à Londres il y a quatre ans, et la différence avec Paris lui a sauté aux yeux.
Petite démonstration, un mardi en fin de journée, au Royal Exchange, un ancien bâtiment reconverti en cafés et magasins, situé en face de la Banque d’Angleterre, au cœur de la City. Le défilé des vitrines est sans appel : un magasin de chaussures pour homme, un autre de lunettes avec un rayon pour femme quasi inexistant, un troisième de cosmétiques pour homme, un quatrième de sacoches en cuir…

Et quand les produits sont pour les femmes, il y a comme un relent de cadeaux achetés par ces messieurs sur le chemin du retour chez eux, avec beaucoup de bijoutiers. A l’intérieur du bâtiment, des collègues de bureau prennent un verre après le travail : à 18 heures, ce jour-là, on trouve quarante hommes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ En revenant à une position conservatrice, le président américain bouscule les différents courants politiques qui traversent le monde des pixels.
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Jeux vidéo violents : comment Trump a divisé la communauté des joueurs

En revenant à une position conservatrice, le président américain bouscule les différents courants politiques qui traversent le monde des pixels.



Le Monde
 |    13.03.2018 à 12h08
 • Mis à jour le
13.03.2018 à 14h20
    |

            William Audureau








                        



   


Analyse. Quand il s’agit de redessiner les lignes de clivage, Donald Trump possède un talent incontestable. En accusant les jeux vidéo les plus violents d’influencer la jeunesse, le locataire de la Maison Blanche n’a pas seulement allumé un contre-feu bien commode face aux appels à mieux encadrer le port d’arme aux Etats-Unis après la tuerie du lycée de Parkland, en Floride. Il a également pris à revers une partie de ses propres électeurs, et a amené l’industrie et les différents courants politiques qui la traversent à devoir reconsidérer leur position.
Historiquement, les débats sur le jeu vidéo ont toujours été centrés sur la santé, qu’elle soit physique — épilepsie, addiction — ou mentale. Bien que jamais établi, le lien supposé entre violence et jeux sanglants comme Doom ou Mortal Kombat a été suggéré à de nombreuses occasions, notamment depuis le massacre de Columbine, en 1999. Une association le plus souvent introduite par des personnalités conservatrices, des médias institutionnels et des associations de défense de la famille.

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          18 ans après Columbine, les vieux démons du jeu vidéo



Face à ces accusations récurrentes, un contre-discours s’est organisé à partir du milieu des années 1990. Il a d’abord pris la forme d’un lobbying, celui de l’Entertainment Software Association (ESA) aux Etats-Unis, défendant l’image d’une industrie responsable, autoréglementée, et guère plus violente que le cinéma ou la télévision. Il a également été le fait, à partir des années 2000, de chercheurs en sociologie et en psychologie. Ou tout simplement de joueurs et journalistes spécialisés qui ont usé d’Internet pour exprimer leur énervement et leur lassitude face à l’éternelle méfiance que suscite leur passion.
Nouveaux clivages
On avait pu croire ces vieux débats ensevelis, remplacés par de nouvelles grilles de lecture plus sociétales. Dans les années 2010, a en effet émergé un nouveau discours critique, venu cette fois de l’intérieur, c’est-à-dire des joueurs et des joueuses eux-mêmes, et de leur aile gauche.
Hostiles aux thèses conservatrices des années 1990 mais sensibles à la dimension politique des jeux vidéo, celles-ci et ceux-ci militent pour la prise en considération des stéréotypes sexistes et racistes que véhiculent — sans en avoir forcément conscience — des classiques comme Super Mario Bros. ou Call of Duty : Modern Warfare. Ainsi en va-t-il des femmes, le plus souvent réduites à des rôles d’objet sexuel ou de récompense, et des minorités ethniques, résumées à des clichés sur le gangstérisme ou le terrorisme, etc., au profit d’un type de consommateur longtemps identifié comme blanc et masculin.
En réaction à ce nouveau discours, une autre ligne de front s’est ouverte, avec l’émergence en 2014 du GamerGate, un mouvement de joueurs hostiles à ce qu’ils perçoivent comme une tentative de politisation, ou plutôt de repolitisation de leur loisir, voire d’intrusion du « politiquement correct ». Au nom de leurs droits en tant que consommateurs et de la liberté d’expression, les voilà auto-intronisés résistants d’un ordre ancien menacé, celui des « gamers ».
Cette population jeune, ultraconnectée et méfiante à l’égard des médias a beau se dire apolitique, elle a rapidement fait l’objet d’une campagne de séduction de la part de la nouvelle vague de l’extrême droite américaine, l’alt-right. Non sans un certain succès : sur Internet, une partie de ces joueurs s’est mue, en 2016, en partisans du nouveau héraut du politiquement incorrect, Donald Trump.
Télescopage des époques
Tout cela, c’était avant la tuerie de Parkland, le 14 février. En pointant du doigt la possible responsabilité des jeux vidéo dans les massacres en milieu scolaire, le président américain a pris le contre-pied complet d’une partie de ses électeurs et soutiens en ligne.
Finie, l’icône politique iconoclaste et libertarienne de 2016 : voilà que le magnat de l’immobilier se drape dans la posture conservatrice et interventionniste des anti-jeux vidéo des années 1990. Du côté du GamerGate, plutôt que de se scandaliser de la volte-face présidentielle, on s’amuse plutôt de l’embarras que celui-ci a pu provoquer dans le camp des progressistes et dans la presse spécialisée.
Avec cette nouvelle approche, Donald Trump place en effet le discours progressiste des années 2010 face à une contradiction. Si les mouvements féministes et antiracistes appellent à réformer les jeux vidéo pour qu’ils cessent de reconduire une vision stéréotypée de la société aux joueurs, pourquoi la question de leur influence sur la violence des jeunes ne devrait-elle pas elle aussi être posée ? Le journaliste néoconservateur Ian Miles Cheong jubile ainsi du dilemme posé aux partisans de l’influente vidéaste féministe Anita Sarkeesian : « Soit les jeux vidéo influencent ceux qui y jouent, soit ils ne les influencent pas. Les journalistes jeux vidéo passent leur temps à babiller sur le fait que “les jeux ne rendent pas violents” mais d’une certaine manière “autorisent la violence” et causent assurément des attitudes violentes envers les femmes et les minorités. Alors, que choisir ? », fait-il mine de s’interroger, mélangeant violence physique — armée — d’une part, et violence symbolique — discriminatoire — de l’autre.
Crise de conscience du jeu vidéo
La migraine est réelle. Considérer le jeu vidéo comme un art en son for intérieur dispense-t-il de s’interroger sur ses éventuels excès ? Quelle place pour l’inclusivité du jeu vidéo quand un président conservateur préempte sa repolitisation ? Peut-on avoir défendu le jeu vidéo dans les années 1990 et se ranger du côté de ses contempteurs vingt-cinq ans plus tard ?
Depuis la publication de la vidéo de la Maison Blanche, de nouvelles lignes de partage politique lézardent un peu plus encore les positions défendues au sein de l’industrie et brouillent le message des discours politiques actuels.
« Rendre les jeux responsables d’une tuerie, c’est complètement idiot, la science le dit, mais ça empêche de discuter sereinement de l’image du monde et de l’humanité qu’on renvoie en général à travers les jeux », s’inquiète Sandra Duval, conceptrice-narratrice au studio lyonnais Arkane.
Positions figées
D’autant que ces saillies vieilles de plusieurs décennies provoquent des réactions épidermiques. Olivier Mauco, enseignant à Sciences Po, confirme un débat « hystérisé » : un sentiment de persécution hérité du siècle précédent rend la plupart des joueurs hermétiques à toute critique, grossière comme pondérée, de la production vidéoludique actuelle.
Rares sont les voix qui se sont élevées pour tenter de concilier, comme Warren Spector, célèbre concepteur américain de Deus Ex, à la fois rejet des thèses sur l’influence néfaste de ce loisir et critique du mauvais goût des superproductions ultraviolentes. Cette position nuancée lui a valu de nombreuses réponses ulcérées. Syndrome d’une industrie tiraillée entre l’avant-garde sociétale, celle du progressisme, et ses démons d’un autre siècle, que Trump réincarne.
Ironiquement, d’un point de vue législatif, le président américain a pieds et poings liés. En 2010, la Cour suprême américaine a reconnu aux jeux vidéo le statut d’œuvres relevant du premier amendement, les protégeant de toute politique de censure.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Analyse. L’initiative lancée par Paris vient s’ajouter à une quinzaine de stratégies régionales existantes au bilan au mieux qualifié de « mitigé » et plus souvent d’« échec », explique la journaliste du « Monde », Laurence Caramel.
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Au Sahel, le discours et la méthode

Analyse. L’initiative lancée par Paris vient s’ajouter à une quinzaine de stratégies régionales existantes au bilan au mieux qualifié de « mitigé » et plus souvent d’« échec », explique la journaliste du « Monde », Laurence Caramel.



Le Monde
 |    13.03.2018 à 11h48
 • Mis à jour le
13.03.2018 à 12h39
    |

            Laurence Caramel








                        



   


Analyse. Au Sahel, l’engagement militaire de la France et l’aide au développement serviront désormais le même objectif : la lutte contre les groupes djihadistes et la radicalisation de la jeunesse. Cette convergence souhaitée par Emmanuel Macron doit se traduire par une concentration des projets financés par la coopération française dans les zones les plus fragiles susceptibles de basculer et de voir s’enraciner de nouveaux foyers terroristes.
Les experts du ministère de la défense et de l’Agence française de développement (AFD) ont travaillé pendant six mois pour parvenir à une cartographie commune de cette géographie des risques. Elle coïncide en grande partie avec celle sur laquelle se déploient déjà les forces françaises de l’opération « Barkhane » dans le centre et le nord du Mali ou dans la région dite « des trois frontières » entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. La région du lac Tchad, où sévit Boko Haram, est également ciblée comme l’une des zones prioritaires d’intervention.

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Symbole de cette volonté, un premier projet de 10 millions d’euros consacré à l’éducation dans la région de Mopti a été annoncé. Le chiffre est conséquent : il équivaut au dixième du budget d’investissement dont dispose le ministre de l’éducation malien pour tout le pays.
Le choix de cette localité qui borde le fleuve Niger ne doit rien au hasard. Des dizaines d’écoles ont dû être fermées après avoir été les cibles d’attaques, et les enseignants terrorisés refusent aujourd’hui de rejoindre leurs classes. C’est ici, surtout, que les troupes de l’opération « Serval » avaient stoppé, en janvier 2013, l’avancée des djihadistes sur Bamako.
Mais, cinq ans après que Paris a volé au secours du gouvernement malien, la présence des troupes étrangères accueillies en libératrices ne soulève plus autant d’enthousiasme. Et le risque qu’une part croissante de la population voie dans les soldats français des « forces d’occupation » est pris au sérieux.
Il devient urgent d’adresser un autre message. « Pour des raisons humanitaires et politiques, il faut montrer aux populations qu’elles ne sont pas abandonnées », insiste Laurent Bossard, directeur du Club du Sahel, en décrivant des territoires privés de toute administration en dehors des grandes villes.
« Frustration de la jeunesse »
Les militaires sont parmi les premiers à avoir mis en avant les limites d’une approche exclusivement sécuritaire. « Nous pouvons produire de la sécurité, mais c’est le développement qui apportera la paix. La frustration de la jeunesse qui aspire à un autre avenir augmente », soulignait, en janvier, le général Luc du Perron de Revel, lors d’une conférence au ministère des affaires étrangères.
Cette nécessité a conduit M. Macron à souhaiter la création d’une Alliance pour le Sahel qui est parvenue, depuis son lancement, en juillet 2017, à rassembler les principaux bailleurs bilatéraux et multilatéraux. Fin février, l’Alliance pour le Sahel a dévoilé un portefeuille de 500 projets pour un montant de 6 milliards d’euros comme un gisement prêt à être exploité pour qu’adviennent des jours meilleurs, propres de surcroît à écarter les jeunes des routes migratoires. Il est question de développement rural, d’accès à l’énergie et aux services de base, d’emplois pour les jeunes, de gouvernance et de sécurité.

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Mais, comme met en garde le chercheur Serge Michailof, auteur, en 2015, d’un essai remarqué, Africanistan (Fayard) : « N’oublions pas que, dans la décennie qui a précédé l’effondrement du Mali en 2012, ce pays a pu absorber un milliard de dollars d’aide par an pour se retrouver dans un état où quelques bandes de djihadistes ont failli en prendre le contrôle. Comment imaginer, dès lors, que le simple doublement des ressources d’aide sans modification radicale des conditions de son emploi pourrait faciliter la sortie de crise ? »
Changer de méthode, c’est aussi ce que promet l’Alliance pour le Sahel en dépassant les travers bien connus de l’aide internationale : absence de coordination entre les bailleurs, lourdeur des procédures d’approbation des projets, lenteur dans le décaissement des fonds, inadéquation avec les besoins des populations… Elle parle ainsi de créer « des circuits courts », des « projets à impact rapide ».
Tant de bonnes intentions
L’initiative lancée par Paris vient s’ajouter à une quinzaine de stratégies régionales déjà existantes, dont le bilan est qualifié au mieux de « mitigé » mais plus souvent d’« échec ». Si cela ne la condamne pas a priori, cela conduit à la prudence. Les annales du développement sont peuplées de tant de bonnes intentions. Paris fut, en 2005, l’hôte de la conférence internationale où fut adoptée la déclaration sur l’harmonisation de l’aide. 

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                Tony Blair : « Il faut une nouvelle approche du partenariat avec les pays du Sahel »



« Tous les bailleurs parlent de coordination, mais aucun ne veut être coordonné », observe Tertius Zongo, ancien premier ministre du Burkina Faso. Il remarque que, pendant que les bailleurs parlent entre eux de bonnes pratiques, ils continuent de faire comme si les intéressés eux-mêmes n’avaient aucun avis : « L’aide ne doit plus être quelque chose qu’on vient nous mettre dans la bouche sans que nous ayons décidé ce que nous allons manger. Imposer des solutions qui n’ont rien à voir avec l’histoire de nos pays ne peut que conduire à l’échec. »
M. Zongo, chercheur associé à la Fondation pour les études et recherches sur le développement international, a inauguré, au début de l’année, à Ouagadougou, une chaire Sahel. Sous des dehors académiques, le projet est bien d’encourager les donateurs à s’appuyer sur un vivier de jeunes experts locaux qui, assure-t-il, existe désormais. Tout autant capables d’élaborer des programmes que d’aller sur des terrains où, pour des raisons de sécurité, les Blancs ne peuvent plus aller. S’il réussit, il y aurait, au-delà du discours, véritablement un changement de méthode.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Editorial. La précipitation avec laquelle le directeur de cabinet de Juncker a été nommé au secrétariat général de la Commission est du plus mauvais effet sur l’image des institutions européennes.
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Martin Selmayr, une embarrassante promotion express à Bruxelles

Editorial. La précipitation avec laquelle le directeur de cabinet de Juncker a été nommé au secrétariat général de la Commission est du plus mauvais effet sur l’image des institutions européennes.



Le Monde
 |    13.03.2018 à 11h13
 • Mis à jour le
13.03.2018 à 18h05
   





                        



   


Editorial du « Monde ». La promotion express, fin février, du directeur de cabinet de Jean-Claude Juncker, Martin Selmayr, au poste-clé de secrétaire général de la Commission européenne, a provoqué une fronde sans précédent, à Bruxelles comme à Strasbourg. Lundi 12 mars, les eurodéputés de tous bords ont dénoncé cette nomination au sommet de l’administration bruxelloise, dans un concert de critiques dont l’intensité a surpris.

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                Martin Selmayr ou l’ivresse du pouvoir de Bruxelles



Les compétences de l’intéressé ne sont pas en cause. Pas plus que sa nationalité – allemande – ni ses convictions européennes. C’est la méthode qui est contestée : le fait du prince, un choix personnel du président Juncker en faveur de son conseiller le plus proche, au mépris, sinon de la lettre, du moins de l’esprit des règles. La procédure est peut-être respectée, mais la précipitation avec laquelle M. Selmayr, 47 ans, a été promu, l’absence de compétition et de transparence qui a prévalu dans l’attribution de ce poste stratégique, considéré comme celui du plus puissant des 32 000 fonctionnaires de la Commission, sont du plus mauvais effet sur l’image des institutions européennes.
A un an de la fin de son mandat, M. Juncker n’a pas à rougir de son bilan : il est parvenu, sans grande difficulté il est vrai, à faire oublier son prédécesseur, José Manuel Barroso, lui-même discrédité par son pantouflage au service de la banque Goldman Sachs. L’ancien premier ministre luxembourgeois aime à dire qu’il dirige une Commission plus « politique », présentée comme la Commission de « la dernière chance » lorsqu’il a pris ses fonctions début 2015.
Petits arrangements entre amis
A la différence du précédent collège, l’actuelle Commission n’est pas restée passive face aux graves crises qui n’ont cessé de se multiplier après celle de l’euro, qu’il s’agisse de l’arrivée massive des demandeurs d’asile, du Brexit, ou du défi présenté par l’élection de M. Trump à la tête des Etats-Unis. S’il a pu être à la hauteur, en dépit d’une santé chancelante, M. Juncker le doit en partie à son directeur de cabinet, un juriste de formation apte à brandir les traités européens pour imposer ses vues. Bourreau de travail, Martin Selmayr l’a aidé à affronter les capitales européennes, quitte à prendre le contre-pied des positions de son pays d’origine, l’Allemagne, en particulier dans la gestion de la zone euro.
A ce titre, M. Selmayr ne s’est sans doute pas fait que des amis. Mais le problème est ailleurs : à l’heure où les partis eurosceptiques ont remporté la moitié des suffrages en Italie, où l’extrême droite prospère dans plusieurs Etats de l’UE, où des dirigeants d’Europe centrale remettent en cause l’Etat de droit, la Commission ne peut s’offrir le luxe de ce type de petits arrangements entre amis.

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                Polémique autour du parachutage du bras droit de Juncker au sommet de l’administration bruxelloise



A quatorze mois des élections européennes, dans un contexte de poussée europhobe et antisystème, Bruxelles doit se garder de présenter l’image d’une élite ­coupée du peuple. L’« affaire Selmayr », celle d’un technocrate qui n’aurait de comptes à rendre à personne sinon à son mentor, donne au pire moment le spectacle d’une administration qui vit dans une bulle, où rivalisent calculs de carrière et vains jeux de pouvoir. Jean-Claude Juncker s’était fixé pour objectif de se concentrer sur les sujets essentiels et d’en finir avec la bureaucratie procédurière, dans laquelle l’Europe perdait son âme et sa popularité. Plus qu’un faux pas, cette nomination montre qu’il a oublié cet engagement. Il n’est pas trop tard pour y remédier.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le juriste Thibault Schrepel dénonce la montée en puissance d’un courant idéologique qui plaide en faveur d’un démantèlement des géants du numérique.
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« Diaboliser les GAFA est politiquement porteur, mais éloigné de toute démarche scientifique »

Dans une tribune au « Monde », le juriste Thibault Schrepel dénonce la montée en puissance d’un courant idéologique qui plaide en faveur d’un démantèlement des géants du numérique.



Le Monde
 |    13.03.2018 à 10h45
 • Mis à jour le
13.03.2018 à 10h53
    |

Thibault Schrepel (Docteur en droit, chercheur associé à l’université Paris-1-Panthéon-Sorbonne et membre de l’institut Droit & croissance)







                        



                                


                            

Tribune. Saviez-vous qu’une cinquième maison de Poudlard a le vent en poupe  J. K. Rowling, maître de la série fantastique des Harry Potter, semble être prise de cours par la réalité.
Cette cinquième maison, c’est celle du « Break Up Companies » qui trouve un écho de plus en plus fréquent. Son « mojo » [pouvoir magique] ? Casser les entreprises relevant des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) en autant de morceaux que possible. Sa méthode ? Jeter des sorts un peu hasardeux dont on ne connaît rien des effets, mais qui ont une forte résonance politique.
Elle prône ainsi un démantèlement des géants du numérique sous couvert de protéger le consommateur, quand bien même les études les plus sérieuses en droit de la concurrence et en macroéconomie reconnaissent dans ce populisme nouveau le spectre du protectionnisme radical dont on peine encore à identifier les effets bénéfiques.

Cette maison idéologique qui a un poulpe pour blason – animal tentaculaire qui est suffisamment flasque pour être modelée selon l’intérêt politique du moment – n’est jamais que la chimère de plusieurs groupes de lobbyists, dont l’Open Markets Institute, étant précisé que son appellation ne reflète en rien son contenu
Ses membres ont bon vent de se référer aux cas AT&T et Standard Oil, relevant que par le passé ces deux entreprises ont été scindées en deux sans que cela n’ait causé de débâcle majeure.
Puissance toute relative
Sans entrer dans une analyse plus réaliste des cas visés, relevons simplement à quel point la situation de ces deux entreprises ne peut en rien être comparée avec celle des GAFA. Analyser les seules parts de marché est en effet trop réducteur ; encore faut-il tenir compte, notamment, de la robustesse de ces dernières ainsi que de la pression concurrentielle.
Or, notons à quel point les membres du GAFA se font tous concurrence entre eux : Amazon est désormais un acteur technologique majeur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans cette longue interview avec Régis Meyran, Rony Brauman réfléchit à ce que peut et doit être aujourd’hui la guerre humanitaire dans la continuité du « droit d’ingérence » tel qu’il fut théorisé par Mario Bettati et Bernard Kouchner.
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Quand Rony Brauman veut repenser la guerre

Dans cette longue interview avec Régis Meyran, Rony Brauman réfléchit à ce que peut et doit être aujourd’hui la guerre humanitaire dans la continuité du « droit d’ingérence » tel qu’il fut théorisé par Mario Bettati et Bernard Kouchner.



Le Monde
 |    13.03.2018 à 09h00
    |

            Marc Semo








                        



                                


                            

Le livre. La guerre humanitaire sonne comme un oxymore. Bon nombre de ces interventions, à commencer par celle en Libye, « notre guerre d’Irak à nous à ceci près qu’elle était légale », comme la définit Rony Brauman, furent effectivement des fiascos. Mais l’ancien président de Médecin sans Frontières (MSF) qui a toujours mené une réflexion de fond sur le sens de son action n’est pas opposé par principe à l’usage de la force y compris quand il est en délicatesse avec le droit international.
Il a ainsi soutenu l’intervention de l’OTAN au Kosovo en 1999 « même si elle n’était pas légale car décidée en dehors du conseil de sécurité mais on peut arguer de sa légitimité » mais il était contre – et il fut l’un des rares – celle en Libye qui était pourtant légale « car on peut douter de sa légitimité ». En août 2013, il fut l’un des plus ardents partisans de frappes ciblées contre le régime Assad en Syrie après qu’il eut employé du gaz sarin contre son peuple révolté.

Dans cette longue interview avec Régis Meyran, Rony Brauman réfléchit notamment à ce que peut et doit être aujourd’hui la guerre humanitaire dans la continuité du « droit d’ingérence » tel qu’il fut théorisé par Mario Bettati et Bernard Kouchner avec la fin de la guerre froide puis de la « R2P » – la responsabilité de protéger – telle qu’elle fut élaborée par Kofi Annan alors secrétaire général de l’ONU.
« Guerre juste »
Ses critères pour une « guerre juste », en partie inspirés de l’héritage de Saint-Augustin puis Saint-Thomas d’Aquin, insistent sur sa légalité – elle doit être décidée par le Conseil de sécurité – et sur le fait que la violence de la réponse ne doit pas excéder celles des exactions. Une telle intervention se doit en outre être un ultime recours alors que tout le reste a échoué et surtout « il doit exister des chances raisonnables de succès ».
Ce dernier point, celui de fixer des objectifs « précis...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’avocat pénaliste craint que se passer des jurés populaires pousse le gouvernement à vouloir professionnaliser définitivement la justice criminelle.
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Henri Leclerc : « Les jurés citoyens sont des témoins nécessaires de l’acte de justice »

Dans une tribune au « Monde », l’avocat pénaliste craint que se passer des jurés populaires pousse le gouvernement à vouloir professionnaliser définitivement la justice criminelle.



Le Monde
 |    13.03.2018 à 07h06
 • Mis à jour le
13.03.2018 à 11h05
    |

Henri Leclerc (Avocat)







                        



                                


                            

Tribune. Le gouvernement veut chasser les jurés des cours d’assises. Certes, ce n’est qu’une exclusion partielle et provisoire qui nous est annoncée mais ceux qui applaudissent à l’annonce de la réforme ne se cachent guère pour laisser entendre que ces réserves ne sont que des prudences politiques et constituent l’ultime sursaut de cette institution qui serait archaïque et délabrée, et qu’il faudrait remplacer par une justice résolument moderne, c’est-à-dire rendue par les seuls magistrats dont c’est le métier.

Ce n’est pas la première fois depuis que le jury français est né en 1791 dans les débats enfiévrés de la Constituante qu’on cherche à renvoyer ces citoyens – juges dans leurs foyers ou au bar du café du commerce pour ne participer qu’au tribunal de l’opinion. Déjà Napoléon était allé présider lui-même le Conseil d’Etat qui rédigeait le Code d’instruction criminelle pour tenter de revenir à l’Ancien régime qui donnait aux seuls magistrats statuant en secret le pouvoir de juger les criminels.
Mais, chose rare pour lui, il avait dû reculer et y renoncer. En compensation, l’Empereur avait obtenu que la procédure d’information préparatoire soit totalement écrite, secrète et conduite sous la direction du tout nouveau juge d’instruction. Les jurés dont on ne cessa par la suite de remettre en cause les pouvoirs, sont restés jusqu’à nous, même si la réforme du garde des sceaux de Vichy Joseph Barthélemy en 1941 a considérablement réduit leur pouvoir en les faisant siéger avec les magistrats et sous la direction du président qui, à l’aide du dossier écrit par le juge d’instruction, a déjà conduit les débats à l’audience.
Garantir l’oralité des débats
Quelles que soient les critiques que l’on peut adresser aujourd’hui au fonctionnement des cours d’assises, et les contradictions théoriques et pratiques qui résultent des évolutions récentes sous la pression de la Cour européenne des droits de l’homme, voire du Conseil...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Les journalistes Maryline Dumas et Mathieu Galtier offrent un regard unique sur les convulsions libyennes à travers un carnet de bord chroniquant les jours qui passent, mosaïque de scènes de vie et de portraits, loin de la sécheresse des analyses géopolitiques.
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La Libye inattendue

Les journalistes Maryline Dumas et Mathieu Galtier offrent un regard unique sur les convulsions libyennes à travers un carnet de bord chroniquant les jours qui passent, mosaïque de scènes de vie et de portraits, loin de la sécheresse des analyses géopolitiques.



Le Monde
 |    13.03.2018 à 07h00
    |

            Frédéric Bobin (Tunis, correspondant)








                        



                                


                            

Le livre. La Libye, vue de loin, c’est le fantôme de Kadhafi, des brigades belliqueuses, des raïs au petit pied, des champs de pétrole à l’arrêt et des migrants subsahariens s’embarquant pour l’Europe. Vue de près, c’est aussi cela, bien sûr. Mais c’est surtout des êtres humains, de simples familles, qui se débattent dans un quotidien tourmenté sans trop comprendre ce qui leur arrive, désarroi et lassitude mêlés.
Cette humanité modeste et interloquée nous est restituée avec empathie par Maryline Dumas et Mathieu Galtier dans leurs Jours tranquilles à Tripoli, déclinaison libyenne de la collection « Jours tranquilles à… » de l’éditeur Riveneuve.
Les deux auteurs, journalistes indépendants ayant vécu à Tripoli de 2012 à 2015 avant de continuer à couvrir la Libye à partir de Tunis, nous offrent un regard unique sur les convulsions libyennes à travers un carnet de bord chroniquant les jours qui passent, mosaïque de scènes de vie et de portraits. Au fil des rencontres émerge une Libye émouvante, loin de la sécheresse des analyses géopolitiques, racontée avec une bienveillance mâtinée d’humour car les Libyens savent aussi être cocasses.
Lente descente aux enfers
Les auteurs font partager leur découverte d’un pays qui, au lendemain de la chute du tyran Kadhafi à l’automne 2011, nourrissait les espoirs les plus fervents. On l’a un peu oublié maintenant mais l’euphorie avait grisé les esprits au lendemain de la révolution. La douce ivresse de matches de football au stade de Tripoli, où les supporteurs peuvent s’égosiller sans devoir hurler des slogans à la gloire de Kadhafi, témoignait d’une promesse encore intacte jusqu’à la mi-2013. Et puis tout s’est gâté, processus presque insensible avec ces petits signaux fâcheux qui ont fini par s’agglomérer en nuée orageuse.
A l’essor de l’extrémisme djihadiste s’est conjuguée la grande fracture entre les héritiers de la révolution de 2011 et les tenants d’une solution...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ « Le FN ne s’est pas affranchi de ses vieux démons », pointe Gérard Courtois, éditorialiste au « Monde » dans sa chronique.
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Article sélectionné dans La Matinale du 12/03/2018
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« Au FN, une rénovation en trompe-l’œil »

« Le FN ne s’est pas affranchi de ses vieux démons », pointe Gérard Courtois, éditorialiste au « Monde » dans sa chronique.



Le Monde
 |    13.03.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
13.03.2018 à 08h32
    |

            Gérard Courtois (éditorialiste au "Monde")








                        



                                


                            

Chronique. Changer de nom est tout sauf un acte anodin. Cela revient, pour un individu, à se dépouiller de son identité originelle pour faire oublier ce qu’elle pouvait avoir de stigmatisant et, pour une entreprise, à effacer une marque jugée obsolète pour mieux accompagner un changement de stratégie et d’image. De même pour un parti politique. Il y a trois ans, Nicolas Sarkozy avait ainsi rebaptisé Les Républicains une UMP qui n’était pourtant pas bien vieille, mais qu’il entendait rénover du sol au plafond. Jean-Luc Mélenchon avait suivi, un an plus tard, en troquant son tristounet Parti de gauche pour la conquérante France insoumise.
Après avoir entretenu pendant des semaines un suspense assez artificiel, Marine Le Pen vient, à son tour, de sauter le pas à l’occasion du congrès de son mouvement, organisé à Lille les 10 et 11 mars : sous réserve que les adhérents approuvent le choix de leur présidente (et que quelque mauvais coucheur ne vienne contester la propriété du label), le Front national (FN) deviendra, demain, le Rassemblement national.
C’est faire d’une pierre trois coups : gommer le sigle forgé par son père lors de la création du parti en 1972, lever le « frein psychologique » que cette appellation par trop guerrière constitue pour beaucoup de Français, démontrer enfin que le mouvement d’extrême droite entend achever sa mue et s’imposer demain comme un parti de gouvernement.
Nouveau look et vieux démons
Il y a loin, pourtant, de la coupe aux lèvres. Comme le congrès de Lille l’a amplement démontré, ce changement de nom ne suffira pas à convaincre qu’il est porteur d’un véritable changement de cap.
Il est d’abord évident, en effet, que le futur « RN » est loin d’avoir tranché les racines anciennes du FN. Comme pour se faire pardonner sa transgression œdipienne, Mme Le Pen elle-même a rappelé que ce Rassemblement national était l’étiquette choisie par Jean-Marie Le Pen pour accompagner ses candidats...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ La réussite de la transformation de notre appareil judiciaire se mesurera à l’aune des moyens affectés aux juridictions et à la gestion de la délicate question des ressources humaines, analyse le magistrat dans une tribune au « Monde ».
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Jean-Paul Jean : « Ce projet de réforme de la justice marque une évolution significative pertinente »

La réussite de la transformation de notre appareil judiciaire se mesurera à l’aune des moyens affectés aux juridictions et à la gestion de la délicate question des ressources humaines, analyse le magistrat dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    13.03.2018 à 06h29
 • Mis à jour le
13.03.2018 à 11h00
    |

Jean-Paul Jean (Magistrat, président de chambre à la Cour de cassation)







                        



                                


                            

Tribune. Président de la République, premier ministre, garde des sceaux, tout l’exécutif s’est mobilisé pour annoncer la programmation de réformes de la justice au nom de l’efficacité et du pragmatisme. L’idéologie du pragmatisme, c’est affirmer ne pas en avoir tout en cachant des orientations difficiles à assumer. Quelles sont donc les difficultés à réformer la justice judiciaire ?
Le Conseil d’Etat a lancé et conduit progressivement lui-même depuis vingt ans une révolution silencieuse modernisant l’organisation et les procédures de la justice administrative. La justice judiciaire, elle, en permanence sous le regard de l’opinion, subit des poussées telluriques à chaque changement politique par des réformes ponctuelles qui ébranlent et affaiblissent le système en le rendant souvent plus complexe et moins efficace pour le citoyen.
Ce projet de réforme marque une évolution significative pertinente en voulant penser « en même temps » la simplification des procédures pénale et civile, tout en s’appuyant pour l’essentiel sur les transformations numériques à venir. Les annonces du volet carte judiciaire consistent surtout à rassurer les petites juridictions en affirmant qu’aucun site ne fermera.
En matière pénale, on ne peut que partager l’approche présidentielle sur le sens de la peine pour revenir sur les errements de la loi de 2009 aux termes de laquelle le juge est invité à une injonction paradoxale puisqu’il peut prononcer une lourde condamnation allant jusqu’à deux années d’emprisonnement ferme tout en indiquant au condamné qu’il n’ira pas en prison, le juge de l’application des peines aménageant une peine alternative.
Une politique claire alternative à l’emprisonnement devrait assumer d’interdire, comme en Allemagne, toutes les courtes peines de prison – la relance du travail d’intérêt général plus ouvert sur les réalités du monde économique va dans ce sens – et devrait viser à réduire la détention provisoire....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans sa foisonnante « Histoire populaire du football », Mickaël Correia remonte aux origines de la discipline pour montrer à quel point elle est devenue, depuis le XIXe siècle, une prodigieuse « arme d’émancipation »
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Le football comme terrain des luttes sociales

Dans sa foisonnante « Histoire populaire du football », Mickaël Correia remonte aux origines de la discipline pour montrer à quel point elle est devenue, depuis le XIXe siècle, une prodigieuse « arme d’émancipation »



Le Monde
 |    13.03.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
13.03.2018 à 10h22
    |

            Rémi Dupré








                        



                                


                            

Le livre. La période qui précède les Coupes du monde de football draine coutumièrement son lot d’ouvrages encyclopédiques, rétrospectifs ou analytiques autour du ballon rond et des exploits de ses icônes à crampons. Avant le prochain tournoi planétaire, organisé du 14 juin au 15 juillet en Russie, le journaliste indépendant Mickaël Correia a, lui, choisi de présenter l’autre face du sport roi, loin de ses dérives chroniques et de sa marchandisation galopante.
Dans sa foisonnante Histoire populaire du football, l’auteur remonte aux origines de la discipline pour montrer à quel point elle est devenue, depuis le XIXe siècle, une prodigieuse « arme d’émancipation ». Tout en dressant un inventaire des contre-cultures footballistiques, il souligne le caractère éminemment subversif de ce sport « construit par en bas » et devenu un efficace instrument lors des luttes sociales.
Du « proto-football » pratiqué dans l’Angleterre du Moyen Age à la création des premiers clubs professionnels, la genèse du ballon rond est marquée par un glissement d’ordre sociologique : la classe ouvrière finit par s’approprier cette discipline à l’origine réservée à l’élite industrielle sous l’ère victorienne. En atteste la première victoire en finale de la Coupe d’Angleterre d’un club de la « working class », le Blackburn Olympic FC, en 1883.
Les grandes étapes de la structuration
Avec minutie, Mickaël Correia raconte les grandes étapes de la structuration du football en Europe à travers un prisme social et au gré des bouleversements politiques. Nombreuses sont les équipes bâties grâce au mouvement ouvrier (Arsenal), créées ou soutenues par des groupes industriels (Sochaux avec Peugeot, PSV Eindhoven avec Philips, Juventus Turin avec Fiat). L’ouvrage aborde également les grandes avancées sociales dans l’Hexagone comme la création, en 1961, du syndicat des joueurs, l’Union nationale des footballeurs professionnels,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Un collectif de signataires, parmi lesquels Dimitris Christopoulos, président de la Fédération internationale des droits de l’homme, et la député européenne Eva Joly, dans une tribune au « Monde », appellent l’Union européenne à participer à la négociation en cours à l’ONU d’une régulation juridique de la responsabilité des entreprises en matière de droits humains.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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« Il est dans l’intérêt des entreprises que l’Europe fasse respecter l’universalité des droits humains »

Un collectif de signataires, parmi lesquels Dimitris Christopoulos, président de la Fédération internationale des droits de l’homme, et la député européenne Eva Joly, dans une tribune au « Monde », appellent l’Union européenne à participer à la négociation en cours à l’ONU d’une régulation juridique de la responsabilité des entreprises en matière de droits humains.



Le Monde
 |    12.03.2018 à 17h28
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Jeudi 8 mars, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a tenu une réunion consacrée entre autres au « traité sur les entreprises et les droits humains », en discussion depuis 2014 au sein d’un groupe de travail intergouvernemental placé sous les auspices du Conseil. Lors de la session la plus récente de ce groupe, qui s’est tenue à Genève en octobre 2017, les premiers éléments avaient été soumis aux délégations pour orienter les débats. L’Union européenne (UE) avait initialement refusé d’y prendre part. Elle a finalement accepté, à contrecœur.
Nous regrettons cette réticence. En tant qu’Européens, nous sommes profondément attachés au principe d’une UE dont les politiques externes sont fondées sur ses valeurs, notamment l’universalité et l’indivisibilité des droits humains et la promotion du multilatéralisme pour résoudre des problèmes communs. Il est dans l’intérêt de l’UE elle-même de contribuer aux négociations, pour plusieurs raisons.
« Plans de vigilance »
Premièrement, en refusant de s’engager de manière constructive, l’UE aura plus de mal, à l’avenir, à mobiliser des soutiens en faveur de ses propres priorités. Quand il s’agira de dénoncer les manquements des autres gouvernements, sa crédibilité sera considérablement ébranlée en raison de son attitude dans ce dossier.
Deuxièmement, les entreprises domiciliées dans l’UE sont déjà, de loin, les plus encadrées en matière de respect des droits humains, ce qui garantit qu’elles ne commettent pas de violations et ne deviennent pas complices de violations des droits humains.

Au niveau des Etats membres également, des progrès notables peuvent être notés : la France a montré l’exemple dans ce domaine, en adoptant en mars 2017 une loi qui oblige les sociétés d’une certaine taille à adopter des « plans de vigilance », notamment afin de garantir le respect des droits humains tout au long de leurs chaînes d’approvisionnement.
Les Pays-Bas s’inscrivent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Stéphane Lhomme, conseiller municipal et militant antinucléaire, s’élève dans une tribune au « Monde » contre les arguments utilisés par vingt-six députés « En marche » en faveur des « compteurs intelligents », publiés sur le site du « Monde » le 2 mars.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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« Plus de 500 municipalités s’opposent aux compteurs Linky »

Stéphane Lhomme, conseiller municipal et militant antinucléaire, s’élève dans une tribune au « Monde » contre les arguments utilisés par vingt-six députés « En marche » en faveur des « compteurs intelligents », publiés sur le site du « Monde » le 2 mars.



Le Monde
 |    12.03.2018 à 16h28
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                            Stéphane Lhomme (Directeur de l’Observatoire du nucléaire)








                        



                                


                            

Tribune. Vingt-six députés de La République en marche (LRM) ont publié une tribune favorable au déploiement par Enedis des compteurs communicants Linky (« Le Monde » du 2 mars 2018). Leurs arguments méritent d’être discutés… et même rectifiés.
En premier lieu, il faut noter que ce texte aligne les affirmations gratuites et les slogans creux, certains étant même scandés deux fois : « Les compteurs Linky sont un outil majeur au service de la transition énergétique », « Ils permettent de piloter plus efficacement le réseau », « Ils permettent aux consommateurs de mieux maîtriser leur consommation électrique » ou (encore !) « C’est une composante majeure de la transition énergétique »…
Un abonnement plus cher
Par ailleurs, les signataires avancent une étude qui assure que le Linky « pourrait permettre jusqu’à 23 % d’économies d’énergie » : on n’est pas loin du régime qui permet de « perdre 25 kg en 5 jours en mangeant à volonté ».

Mais il ne faut pas oublier que le distributeur Enedis est une filiale à 100 % d’EDF… qui vit en nous vendant de l’électricité et qui, déjà proche de la faillite, n’aurait assurément pas autorisé un programme sabrant ses rentrées financières. De toute façon, alors que le déploiement des Linky n’en est qu’à son début, il apparaît déjà un peu partout que, loin de permettre des économies, ces compteurs démultiplient beaucoup de factures et obligent de nombreux usagers à prendre un abonnement plus cher pour ne pas disjoncter continuellement.
Les députés LRM démontrent qu’ils sont autant « hors-sol » que leurs prédécesseurs en avouant d’abord qu’ils ne sont que des courroies de transmission au service de l’Elysée, promouvant « la transition énergétique promue actuellement au plus haut sommet de l’Etat français ». Mais le plus édifiant est qu’ils prétendent – peut-être le croient-ils vraiment ! – qu’« il n’existe pas de dysfonctionnement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans une tribune au « Monde », la sociologue turque Pinar Selek, exilée en France, estime que la société turque, sous le coup d’une surveillance étroite de la part du régime d’Erdogan, a peu réagi au mouvement #metoo.
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Pinar Selek : « Le mouvement “#metoo” est un peu du “déjà-vu” en Turquie »

Dans une tribune au « Monde », la sociologue turque Pinar Selek, exilée en France, estime que la société turque, sous le coup d’une surveillance étroite de la part du régime d’Erdogan, a peu réagi au mouvement #metoo.



Le Monde
 |    12.03.2018 à 16h00
    |

Pinar Selek (Sociologue-docteure en science politique, université Nice Sophia Antipolis)







                        



                                


                            

Tribune. En 2017, la fameuse action féministe #metoo a secoué plusieurs hommes de différents secteurs du pouvoir. Les nouvelles technologies de communication – les nouvelles ressources militantes de notre époque – ont joué un rôle important dans la libération et la diffusion des paroles des femmes. Ce mouvement est rapidement devenu non seulement populaire mais aussi transnational. S’il est le fruit des luttes féministes de longue date, il a suscité une revitalisation politique des mouvements féministes, généralement occidentaux.
L’autoritarisme rampant du régime islamo-conservateur met en place une politique de réislamisation de la société
Et la Turquie ? Celles ou ceux qui connaissent l’importance du mouvement féministe dans l’espace des luttes sociales de ce pays, se demandent comment les femmes en Turquie ont réagi à cette tempête ? La réponse est courte : le mouvement #metoo n’a pas eu un impact en Turquie.
Pourquoi ? Pouvons-nous expliquer cette situation avec la peur qui domine dans toute la société ? Les femmes n’ont pas osé révéler leurs expériences, parce qu’elles avaient peur ? Parce que le patriarcat en Turquie est plus fort qu’ailleurs ? Ce n’est pas si simple. L’exemple de Turquie, par sa complexité frappante, nous impose d’éviter des catégorisations classiques, mais de voir les liens entre plusieurs facteurs.
Nous parlons d’un contexte politique où règne la masculinité meurtrière qui se renforce avec la violence politique dans un climat de guerre. L’autoritarisme rampant d’un régime islamo-conservateur met en place, en parallèle aux mesures de plus en plus répressives, une politique de réislamisation de la société. Cela serait utopique, voire anodin, d’attendre que, dans ce contexte, un tel mouvement émerge ? Non, pas du tout, car aujourd’hui malgré le tableau général, le mouvement féministe constitue l’un des plus dynamiques en Turquie.
Radicalisme pragmatique
Apparu dans un climat de paralysie,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Faute de propositions concrètes, le voyage du chef de la diplomatie de Donald Trump tourne à vide, selon l’ancien ambassadeur américain en République centrafricaine.
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Point de vue

Rex Tillerson en Afrique : « Une tournée d’excuses… et rien d’autre »

Faute de propositions concrètes, le voyage du chef de la diplomatie de Donald Trump tourne à vide, selon l’ancien ambassadeur américain en République centrafricaine.

Par                Jeffrey Hawkins



LE MONDE
              datetime="2018-03-12T15:25:26+01:00"

        Le 12.03.2018 à 15h25

     •
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        Mis à jour le 12.03.2018 à 15h51






    
Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson avant son départ de l’aéroport Jomo-Kenyatta à Nairobi, le 12 mars 2018.
Crédits : Jonathan Ernst/AP


Tribune. Après l’Ethiopie, Djibouti, le Kenya, où il a annulé samedi un certain nombre de rencontres suite à un malaise, le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson poursuit, lundi 12 mars, sa première visite en Afrique par le Tchad et le Nigeria. Voyage qui doit finalement être écourté d’une journée.
Même avant son départ, sa tournée en Afrique s’annonçait peu propice à une nette amélioration des relations entre Washington et ses partenaires africains. Plus d’un an après les élections aux Etats-Unis, le locataire de la Maison Blanche ne se penchait que rarement sur les questions africaines. Le président Donald Trump n’a eu qu’une seule réunion multilatérale avec des chefs d’Etats africains, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2017. Quant à son chef de la diplomatie, lui aussi n’avait organisé qu’une seule rencontre avec des Africains deux mois après. Ni l’un ni l’autre n’envisageait de faire de déplacement sur le continent. L’intérêt de l’administration Trump était clairement ailleurs.
De l’indifférence aux insultes
Et puis, au mois de janvier, on est passé d’une approche d’indifférence quasi totale vis-à-vis de l’Afrique à des insultes émanant directement du leader des Etats-Unis. Dans une conférence avec des membres du Congrès sur l’immigration, le président Trump a traité de « pays de merde » des partenaires africains d’où partaient des migrants pour les Etats-Unis et l’Europe. Il va de soi que ces propos ont été très mal reçus.
Il fallait donc faire quelque chose. Le président Trump avait beau ignorer l’Afrique, les enjeux pour les Etats-Unis y sont très importants, de la lutte contre le terrorisme à l’exploitation des riches ressources sous le sol africain. M. Trump a donc décidé d’envoyer son ministre en tournée d’excuses.

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                Rex Tillerson en tournée de rattrapage et d’explication sur le continent africain



Il y avait quelques torts individuels à réparer aussi, ce qui pourrait expliquer le choix de plusieurs pays sur l’itinéraire de M. Tillerson. Le Nigeria ? En juin, Donald Trump avait apparemment dit qu’une fois entrés aux Etats-Unis, les visiteurs nigérians « ne retourneraient jamais dans leurs huttes ». L’Union africaine (UA) ? Le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, s’était rendu à Washington pour rencontrer M. Tillerson juste après sa prise de fonction, mais ce dernier avait annulé à la dernière minute le rendez-vous. Le Tchad ? Le pays, acteur clé pour la sécurité sous-régionale, avait subitement et apparemment sans explication préalable été inclus sur la liste noire des pays dont les ressortissants étaient provisoirement interdits du territoire américain par crainte d’attaque terroriste.
M. Tillerson avait donc du pain sur la planche. Mais, dès le début, le département d’Etat et le chef de la diplomatie américaine ont été clairs. Un voyage pour « promouvoir une relation importante ? » Certes. Une tournée pour « faire suite » à la rencontre entre Rex Tillerson et les leaders africains au mois de novembre 2017. Oui. Mais, comme l’a souligné un responsable du ministère dans un briefing avant le départ, il n’y aura pas de « deliverable ». Pas d’initiative nouvelle donc. Le secrétaire d’Etat partait en Afrique pour écouter ses interlocuteurs. Et certainement pas pour lancer une nouvelle politique régionale.
Rien de neuf
Le 6 mars, Rex Tillerson a prononcé un discours à Washington sur les relations entre l’Amérique et l’Afrique. Une belle occasion pour le ministre de remettre les choses à plat avant son départ, de montrer aux Africains que l’administration Trump cherchait à refonder les bases d’un engagement avec le continent.
S’il a annoncé le versement de 533 millions de dollars (432 millions d’euros) d’assistance humanitaire pour la Somalie, l’Ethiopie et l’Afrique centrale, dont les besoins sont criants, il ne parlait que de vieux programmes déjà en cours. Le Trans-Sahara Counter-Terrorism Partnership destiné à aider les pays du Sahel à combattre le terrorisme ? Cela date de l’administration Bush. Les autres formes d’assistance vantées par Rex Tillerson dans son discours ? AGOA, Power Africa, YALI, PEPFAR, initiatives pour promouvoir l’économie, la santé, et la jeunesse africaine, toutes ont été lancées sous les présidents Bush ou Obama. Rien de neuf.

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                « L’Afrique ne tiendra pas un rôle très important dans la politique étrangère de Trump »



Et son effort pour être « à l’écoute » des Africains ? Si M. Tillerson a dû annuler une partie de sa visite au Kenya, c’est parce qu’il est trop occupé à gérer des surprises « trumpiennes » : des tractations diplomatique avec la Corée du Nord ou l’annonce de nouvelles taxes jugées protectionnistes sur l’importation de l’acier et de l’aluminum.
Un président qui insulte des Africains. Une administration qui n’annonce rien de nouveau. Un secrétaire d’Etat tellement distrait par des questions internes qu’il n’arrive même pas à suivre son agenda sur le continent. Pas certain dans ces conditions que la « tournée d’excuses » porte de bons fruits.
Jeffrey Hawkins a été ambassadeur des Etats-Unis en République centrafricaine de 2015 à 2017. Il dirige aujourd’hui la Bibliothèque américaine de Paris.


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’historien revient sur la comparaison, qu’il avait lui-même faite dans nos colonnes, entre le sort des juifs avant la guerre et celui des Palestiniens aujourd’hui.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Zeev Sternhell : « En Israël, il n’existe qu’une seule droite, la droite extrême nationaliste et raciste »

Dans une tribune au « Monde », l’historien revient sur la comparaison, qu’il avait lui-même faite dans nos colonnes, entre le sort des juifs avant la guerre et celui des Palestiniens aujourd’hui.



Le Monde
 |    12.03.2018 à 15h24
 • Mis à jour le
12.03.2018 à 16h03
    |

                            Zeev Sternhell (Historien)








                        



                                


                            
Dans ce texte, l’historien Zeev Sternhell répond au journaliste israélien Ben-Dror Yemini, auteur d’une tribune parue dans « Le Monde », elle-même en réponse à un point de vue du premier, paru également dans nos colonnes.
Tribune. Dans sa tentative de réponse à ma tribune du 18 février le journaliste Ben-Dror Yemini, depuis longtemps cheville ouvrière d’une propagande droitière naïve et grossière bien connue en Israël, a quand même raison sur un point important : voilà plus de quarante ans que je crains pour le sort de la démocratie israélienne et que je mets en garde mes compatriotes contre le pourrissement de notre société qu’engendrent nécessairement l’occupation, la colonisation et l’apartheid dans les territoires conquis en 1967.
La démocratie peut mourir lentement, en silence, sans tomber nécessairement dans un fracas de fin du monde
Il faut être aveugle pour ne pas voir la réalité : cette perception d’un avenir sombre me préoccupait dès avant la guerre du Kippour de 1973, mais l’accession de la droite au pouvoir en 1977 et les débuts de la colonisation à outrance qui, aujourd’hui, avec plus de 300 000 colons, est parvenue à découper la Cisjordanie en peau de léopard m’ont convaincu que j’assistais à un processus que je craignais plus que tout : la lente agonie du sionisme des fondateurs.
J’avoue être assez fier de mes articles des années 1970 et 1980 : je voyais alors se dessiner un processus long, lent et continu de détérioration de la démocratie israélienne, je voyais venir le début de la fin d’un nationalisme juif qui pouvait avoir été de droite mais à facette libérale ou de gauche avec une vague coloration socialisante.

C’est ce nationalisme-là qui fut le fondement d’Israël à sa naissance et qui permit, en dépit de ses imperfections et de ses faiblesses, d’édifier la démocratie libérale et d’assurer l’égalité juridique et politique de tous les citoyens, et donc de la minorité arabe. C’est ce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Résonance. Dès ses origines, l’enseignement supérieur a affirmé avec force, face aux papes et aux princes, son autonomie et la liberté de ses recherches. La communauté universitaire pourrait s’inspirer de ce passé pour les transformations profondes qui s’annoncent.
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Les leçons toujours actuelles de l’université médiévale

Résonance. Dès ses origines, l’enseignement supérieur a affirmé avec force, face aux papes et aux princes, son autonomie et la liberté de ses recherches. La communauté universitaire pourrait s’inspirer de ce passé pour les transformations profondes qui s’annoncent.



Le Monde
 |    12.03.2018 à 14h40
    |

                            Claire Judde de Larivière








                        



                                


                            
Il aura suffi de 49 députés, moins d’un dixième de l’Assemblée nationale, pour adopter définitivement, le 15 février, la loi « orientation et réussite des étudiants ». Quelques semaines d’un débat peu suivi et sans éclat, pour mettre en place une réforme de l’université qui a pris de court les enseignants comme les étudiants, présents et à venir.
Car, que l’on soit d’accord ou non avec les intentions de la nouvelle législation, on ne peut que se désoler de l’absence de discussions préalables et du fait que les établissements aient été contraints d’organiser la mise en place de ­Parcoursup avant même le vote de la loi. De telles méthodes sont en rupture majeure avec les principes mêmes de ce qu’est l’université.
Car l’institution a une histoire longue, que ses membres aiment à rappeler, dans un récit des origines qui tient encore lieu d’une identité commune, en partie mythifiée. L’université est en effet une invention médiévale, apparue entre les XIIe et XIIIe siècles dans différentes villes d’Europe. Universitas, « communauté » en latin, ne qualifie pas seulement à l’époque ces regroupements de maîtres et d’élèves, mais de nombreuses autres associations rassemblant des personnes aux intérêts communs, liées par un serment et jouissant de droits collectifs. A Bologne, Oxford ou Paris, c’est sur ce principe que se rassemblent des enseignants et leurs étudiants, une petite révolution par rapport à l’ordre féodal et à la tradition de l’Eglise.
Autonomie et liberté des enseignements
Car voilà en effet des hommes qui, sans être nécessairement ecclésiastiques, revendiquent comme seules activités celles de penser, d’écrire et de transmettre le savoir, en affirmant avec force leur autonomie et la liberté de leurs enseignements. Pour autant, l’institution s’intègre parfaitement dans le contexte politique, économique et culturel de l’époque, en même temps qu’elle est étroitement liée aux pouvoirs des princes et de l’Eglise....




                        

                        

