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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Les rencontres du cinéma latino-américain fêtent le cinquantenaire de cette année dont l’actualité, très riche, marqua un grand nombre de films.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Analyse. Cette répartition entre divertissement mondialisé et galéjade nationale n’est pas que française, relève le journaliste du « Monde », Jacques Mandelbaum.
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Cinéma : super-héros planétaires et infra-héros nationaux se partagent le haut de l’affiche

Analyse. Cette répartition entre divertissement mondialisé et galéjade nationale n’est pas que française, relève le journaliste du « Monde », Jacques Mandelbaum.



Le Monde
 |    10.03.2018 à 12h39
 • Mis à jour le
11.03.2018 à 13h38
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Analyse. Connaissez-vous beaucoup de films qui, en l’espace de cinq jours, rassemblent 2 millions de spectateurs dans les salles françaises ? C’est ce qui s’est produit avec La Ch’tite Famille, sixième long-métrage de Dany Boon, sorti mercredi 28 février, qui fait une entrée en fanfare en tête du box-office. Il s’ajoute à l’autre « phénomène » national de ce début 2018, Les Tuche (troisième du nom), d’Olivier Baroux, qui agrège 5 millions de spectateurs en cinquième semaine d’exploitation.
Face à ce tandem français typé, un autre prodige, hollywoodien et globalisé celui-ci, domine la partie, avec 2 400 000 entrées en troisième semaine d’exploitation. On a évidemment nommé Black Panther, de Ryan Coogler, qui engrange à ce jour la somme faramineuse de 800 millions de dollars (650 millions d’euros) dans le monde. Le succès rencontré par ces films, qui se joue dans un cas à l’échelle planétaire, dans les autres sur la scène nationale, est incommensurable. Il n’en reste pas moins intéressant à souligner, tant le cinéma y apparaît comme un bon marqueur du découplage qui caractérise le phénomène de la mondialisation.
Menace hégémonique de Disney
L’affaire n’est pas nouvelle. Voilà beau temps que blockbusters hollywoodiens et comédies françaises se partagent le haut de l’affiche du box-office national. Cette répartition entre divertissement mondialisé, dont Hollywood se pose en maître absolu, et galéjade nationale, localement plébiscitée mais plus ou moins inexportable, n’est pas que française. On retrouve ce schéma à peu près partout en Europe.
Chez nous, sans surprise, la confrontation oppose au sommet mythologie planétaire et légende gauloise, esprit d’aventure et irréductibilité du terroir, rêve de grandeur universelle et passion du particularisme. Jacques Tati, génie hors sol, l’avait vu très tôt, en incarnant, dès Jour de fête (1949), un facteur berrichon qui, sous la double influence...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Pour créer les décors du film, la décoratrice Hannah Beachler a croisé des éléments d’architecture africaine à des références futuristes.
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Comment le film « Black Panther » rebâtit l’Afrique

Pour créer les décors du film, la décoratrice Hannah Beachler a croisé des éléments d’architecture africaine à des références futuristes.



Le Monde
 |    10.03.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
11.03.2018 à 08h55
    |

            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            

Au creux de montagnes verdoyantes, une ville s’élève. Son architecture est difficile à identifier et si l’homme a laissé une profonde empreinte, hérissant le paysage de gratte-ciel, il s’est aussi entouré d’arbres. Une oasis plutôt qu’une jungle urbaine, c’est ainsi que l’on pourrait décrire la capitale du royaume africain du Wakanda, Golden City. Ici règne le prince T’Challa, alias Black Panther, superhéros du film du même nom réalisé par Ryan Coogler, véritable phénomène de société aux Etats-Unis et au-delà. En mettant en scène quasi uniquement des acteurs à la peau noire, l’œuvre casse les codes jusque-là en vigueur à Hollywood, où les Afro-Américains sont souvent cantonnés à des rôles de voyous ou de subalternes.
Ici, c’est tout le contraire. L’homme et la femme noirs en imposent à l’homme blanc. Leur ville est à l’image de la civilisation qu’ils ont construite : résolument africaine, technologiquement avancée et harmonieuse, à l’opposé des « shithole countries » (« pays de merde »), ainsi que Donald Trump aurait qualifié les pays d’Afrique, Haïti et le Salvador. Le film invente une nation africaine qui aurait échappé à l’esclavage grâce au vibranium, un métal aux propriétés extraordinaires. Pour faire vivre ce monde fantastique, la chef décoratrice Hannah Beachler a dû inventer tout un univers. « Le défi était d’imaginer une vision futuriste de l’Afrique. Qu’est-ce que les Africains auraient fait s’ils avaient gardé le contrôle de leur culture, s’ils n’avaient pas été colonisés ? Comment leurs cultures se seraient-elles entremêlées ? », ­explique-t-elle au magazine Wired.
L’horizon urbain qu’elle déploie associe différentes références à l’architecture du continent noir. Les tours du palais royal, qui figure au premier plan, sont hérissées de poutres. Elles évoquent ainsi la ville de Tombouctou, au Mali, où certaines des mosquées construites aux XIVe et XVe siècles sont faites de briques de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Pour son troisième film en tant que réalisatrice, Sophie Marceau s’essaye au récit fantaisiste.
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« Madame Mills, une voisine si parfaite » : une comédie sans ressort

Pour son troisième film en tant que réalisatrice, Sophie Marceau s’essaye au récit fantaisiste.



Le Monde
 |    10.03.2018 à 07h49
 • Mis à jour le
10.03.2018 à 10h45
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – On peut éviter
Troisième incursion de Sophie Marceau derrière la caméra après Parlez-moi d’amour (2002) et La Disparue de Deauville (2007), Madame Mills marque ses débuts dans la comédie. L’actrice-réalisatrice s’y met en scène dans le rôle d’Hélène, une femme à qui l’on est bien en peine de donner un âge tant son visage a été lavé de toute aspérité, et qu’elle a omis par ailleurs de doter d’une véritable personnalité. Héritière d’une maison d’édition spécialisée dans des romans de gare qui peinent de plus en plus à trouver un public, Hélène n’a pas de famille, pas d’amant, pas d’ami, pas de vie sociale. Elle vit par procuration à travers les fantasmes que lui inspirent ces histoires surannées. Jusqu’au jour où un hurluberlu interprété par Pierre Richard, vieil escroc travesti en américaine farfelue (la Madame Mills du titre), s’installe dans l’appartement voisin du sien et chamboule son existence.
Le récit se veut fantaisiste, mais faute de savoir-faire, il est surtout indigeste. Voire indigent. Pourquoi Hélène n’a pas de vie ? Pourquoi aime-t-elle tant ces récits à l’eau de rose ? Pourquoi tient-elle à les publier contre vents et marées ? Pourquoi le personnage de Pierre Richard a-t-il besoin de se déguiser en femme pour l’approcher ? Pourquoi Hélène s’entiche-t-elle de cette ridicule Madame Mills, pourquoi l’appointe-t-elle égérie de sa maison d’édition ? Pourquoi Madame Mills devient-elle du jour au lendemain la coqueluche des médias, et pourquoi décide-t-elle de « récupérer sa paire de couilles » ? À toutes ces questions, une seule et même réponse : mystère et boule de gomme.
Agrippée à son vieil acteur dont elle n’arrive à tirer que de grossières clowneries, à son scénario maladroitement inspiré des comédies à l’ancienne de Philippe de Broca, et plus encore à son désir de maintenir intacte l’image d’égérie bobo qu’elle a si bien incarné, de La Boum (1980) jusqu’à LOL (2009) en passant par L’Étudiante (1988), Sophie Marceau perd son spectateur en route. Si toutefois on accepte de voir le film comme un autoportrait à deux faces – face A : la femme qui s’accroche pathétiquement à un âge d’or révolu, face B : l’escroc qui a lâché prise et a décidé de s’amuser – il en devient assez touchant.
Film français de Sophie Marceau. Avec Sophie Marceau, Pierre Richard, Nicolas Vaude (1h28)



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ L’acteur et réalisateur surfe sur le culte qui entoure son navet, « The Room », dont s’est inspiré James Franco pour « The Disaster Artist ».
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Tommy Wiseau fait étalage de ses ratages

L’acteur et réalisateur surfe sur le culte qui entoure son navet, « The Room », dont s’est inspiré James Franco pour « The Disaster Artist ».



Le Monde
 |    09.03.2018 à 17h42
 • Mis à jour le
10.03.2018 à 17h00
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

Cuillers en plastique et ballons de foot américain qui voltigent de siège en siège ; florilège d’insultes adressées par le public aux personnages qui défilent sur l’écran – « Ta gueule la vioque ! », « Salope ! », « Arrête de toucher cet enfant, pédophile ! »… – ; formules ésotériques – « La porte ! », « San Francisco ! », « Oh hi ! »… – récitées par une foule fanatisée : c’est un spectacle d’un autre siècle que le Grand Rex a donné à voir, les 15 et 16 février. Le film projeté, The Room, a beau avoir été réalisé en 2003, l’impression était tenace, à la sortie de la salle parisienne, de revenir aux premiers âges du cinéma, lorsqu’il n’était qu’un art forain parmi d’autres. « Je n’ai jamais rien vécu d’aussi horrible ! », pestait une spectatrice. « Quel kif ! », se pâmait un autre, qui s’était plié au dress-code de la soirée : costard trop large pour les hommes, robe rouge pour les femmes.
Ils étaient près de cinq mille ainsi rassemblés pour voir ou, dans l’immense majorité des cas, revoir « le meilleur mauvais film jamais réalisé », selon la formule des organisateurs, le distributeur et éditeur Carlotta, le ciné-club Panic ! Cinema, le webzine Chroma et le site Nanarland. L’événement visait à promouvoir l’arrivée dans les cinémas français, le 7 mars, de The Disaster Artist, la fiction de James Franco sur la genèse de The Room, et celle dans les librairies, concomitante, de l’ouvrage dont Franco s’est inspiré, lui aussi intitulé The Disaster Artist, signé Greg Sestero et Tom Bissell.
Entre le corbeau et le paon
Pour l’occasion, Tommy Wiseau, le drôle d’oiseau qui avait pondu The Room, s’était posé quelques jours à Paris. Perché, le volatile tient à la fois du corbeau et du paon. Lunettes noires, toison de jais, veste bleu pétrole, manières de vampire et rire de croque-mort, Piotr Wieczorkiewicz a eu plusieurs vies avant de se pavaner sur toutes les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le 5 mars, l’association « Pour les femmes dans les médias » remettait ses trophées au Pavillon Dauphine, à Paris, dans une ambiance post-affaire Weintein. Guillemette Faure, la chroniqueuse de « M », y était.
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#metoo à la française : stupeur et… frémissement


                      Le 5 mars, l’association « Pour les femmes dans les médias » remettait ses trophées au Pavillon Dauphine, à Paris, dans une ambiance post-affaire Weintein. Guillemette Faure, la chroniqueuse de « M », y était.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 15h05
    |

                            Guillemette Faure








   


« Mais pourquoi en France, ça ne sort pas… », me faisait remarquer une journaliste après l’affaire Weinstein. Pourquoi n’avait-on pas vu de stars de la télé, de grands chefs cuisiniers, d’entraîneurs sportifs remerciés en rafale pour des affaires de harcèlement sexuel ? S’il y avait un endroit pour poser la question, c’était aux Trophées PFDM (Pour les femmes dans les médias) décernés lundi dernier au Pavillon Dauphine.
Pour les femmes dans les médias est une association d’une soixantaine de femmes « plutôt dirigeantes », comme dit leur patronne, Françoise Laborde. Ce soir, elles organisent une remise de prix et une table ronde sur le harcèlement dans les médias – « Différences des prises de parole des femmes en France et aux USA ».
Présidente des Césars 2018, « Vanessa Paradis a une trop petite voix pour dire à toute une salle de se lever, façon Frances McDormand », explique la réalisatrice Tonie Marshall.
Trois jours plus tôt se tenait la soirée des Césars. « Je me suis dit, là on va assister à quelque chose, raconte Françoise Laborde. D’accord, il y a eu les rubans blancs, mais je suis un peu restée sur ma faim… », dit-elle à propos du militantisme qui consiste à épingler à son vêtement ce qu’on vous distribue à l’entrée. La réalisatrice Tonie Marshall essaie d’expliquer ce qui s’est passé dans le milieu du cinéma : « C’était un peu compliqué… Il y avait des associations avec des initiatives qui partaient dans tous les sens, qui n’ont pas réussi à se coordonner, tâtonne-t-elle. Et puis, de toute façon, Vanessa Paradis a une trop petite voix pour dire à toute une salle de se lever, façon Frances McDormand. »
Les groupes de femmes dans les médias ne sont pas monolithiques. Il y a aussi le collectif Prenons la Une, par exemple, qui trouve leurs aînées bien sages. Peut-être parce que les « plutôt dirigeantes » ne s’en sont pas si mal sorties et qu’elles sont de l’école du féminisme qui commence toujours par remercier les hommes qui sont là.

        Lire aussi :
         

                Le collectif Prenons la « une » devient une association pour aider les victimes de harcèlement dans les médias



L’UNEF, les syndicats, l’affaire Baupin… Brigitte Grésy, spécialiste de l’égalité entre hommes et femmes, est plus optimiste. On ne peut pas dire qu’il ne se soit rien passé en France. « Dès qu’un foyer s’éteint, un autre s’allume ailleurs… » Elle sent un mouvement frémir du côté des hommes. « Il faudrait seulement qu’ils se désolidarisent des sexistes pour faire passer leurs grosses blagues pour des ringardises. »
Des sacs « Féministes » chez Monoprix
Flavie Flament est là. Françoise Laborde lui dit que « c’était extrêmement courageux de dire : “Il y a un vieux con qui m’a violée et il s’appelle David Hamilton”… » « Ce qui nous empêche de parler, c’est qu’on sait qu’on a en soi du moche, répond l’animatrice [qui, avec la réalisatrice Magaly Richard-Serrano a reçu ce soir-là le prix Fiction pour La Consolation, adaptation de son roman autobiographique pour la télévision]. En octobre 2016, j’étais toute seule… » Aujourd’hui, on achète des sacs imprimés « Féministes » chez Monoprix à 19,99 euros mais le mouvement #metoo n’a pas secoué la société française aussi profondément que la société américaine.
La secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa a également été invitée. Elle aussi pense que « c’est plus difficile en France ». Au buffet, l’ancienne ministre Laurence Rossignol regrette qu’on soit allé « aussi vite pour poser un couvercle sur la marmite ». Elle cite les mots d’Emmanuel Macron, le 25 novembre, qui ne voulait pas « qu’on tombe dans un quotidien de la délation ». Il aura fallu peu de temps pour que celles qui portent plainte passent pour des menteuses, pour qu’on s’en prenne à Caroline De Haas plus qu’aux harceleurs. « Y a qu’en France qu’on a trouvé cent femmes pour signer une pétition pour défendre les hommes… »

        Lire aussi :
         

                Marlène Schiappa : « On ne m’a jamais dit : “Ce ne sera pas possible” »



« Il est où notre harcelé ? », demande une femme en se servant un verre. Car une heure plus tôt, à la fin de la table ronde, c’est un homme qui a levé la main en premier dans cette salle féminine à 99 %. Il s’appelle Laurent et il a une question. En fait, il a juste quelque chose à dire, avec ces phrases très longues qui poussent les animateurs à demander si vous avez une question. « Il ne faudrait quand même pas qu’on en arrive à une dérive comme aux Etats-Unis… » Mais l’argument de « l’Amérique qui fait peur », comme dirait Frédéric Mitterrand à propos de l’affaire Polanski, ne fait plus mouche. La spécialiste des Etats-Unis Nicole Bacharan met les choses au point : les histoires de couples américains tenus à sortir des contrats de consentement avant de s’embrasser, ce sont des légendes urbaines, elle n’en a jamais vu.
Mais l’homme qui a pris le micro ne le lâche plus. Il s’excuse d’être arrivé en cours de route, ce qui ne l’empêche pas d’avoir des remarques sur ce qu’il n’a pas entendu. Par exemple, il dit qu’il n’y a pas que les femmes, que lui aussi a été harcelé. Françoise Laborde se tourne vers lui : « Vous avez été harcelé ? Mais on veut des détails… D’ailleurs vous étiez habillé comment ? »



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Le beau-frère, devenu héros populaire au cinéma en beauf, reste celui dont on attend le moins dans le cercle familial.
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Moqué, méprisé... le beauf vaut-il mieux que sa caricature ?


                      Le beau-frère, devenu héros populaire au cinéma en beauf, reste celui dont on attend le moins dans le cercle familial.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 15h03
 • Mis à jour le
10.03.2018 à 15h28
    |

                            Michel Dalloni








                              

                        

Le beau-père a son film, Beau-père. Une œuvre sombre tournée par Bertrand Blier (1981), d’après son propre roman ­ (Robert Laffont, 1980). Le beau-fils a son livre, Le Beau-fils. Un ouvrage tout aussi sombre signé par Emmanuel Bove (Grasset, 1934 ; réédition au Castor Astral, 2016). Le beau-frère, lui, n’a pas grand-chose. Mis à part une tête d’affiche à moustache, Gérard Jugnot dans Le Beauf (Yves Amoureux, 1986), ou récemment, une incarnation sur grand écran sous les traits de Jeff Tuche (moustache toujours, coupe mulet, chaussettes de sport à toute heure) et, dans la vraie vie, une place aux dîners de fête familiaux, généralement située pile en face d’un des quatre pieds de la table. La vie du beau-frère n’est pas un long fleuve tranquille, plutôt un interminable bizutage.
Alors que, selon les chercheurs, la famille du XXIe siècle prospère plus par les alliances que par les liens du sang, on aurait pu croire que ce germain affin (son nom scientifique) montre la voie, qu’il incarne la modernité malgré les pulls marron et les cravates en tricot qu’on s’obstine à lui offrir. Eh bien non, cette occasion-là aussi, il l’a ratée. Il reste pour l’éternité une pièce rapportée, un inconnu, un dadais quand il est grand, une demi-portion quand il est trop petit, et, dans tous les cas, le mari de votre sœur (ou de votre frère depuis la loi du 17 mai 2013 sur le mariage pour tous). Bref, le type qui a commis l’irréparable.
Le mariage ne suffit pas à l’intégration du beau-frère  
Tout commence à la mairie la plus proche. Deux familles. Des amis. Un sermon républicain. Deux « oui ». Un baiser. Des applaudissements. Quelques youyous, s’il le faut. Des registres à signer. Un concert d’avertisseurs, un convoi de véhicules automobiles (le Hummer jaune canari piloté par Jeff Tuche). Et hop, le beau-frère nouveau est arrivé ! A partir de maintenant, il va lui falloir déployer une stratégie, faire ses preuves. Devenir un autre,...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Isild Le Besco, Isabelle Carré, Aure Atika… Les acteurs écrivains sont de plus en plus nombreux. Les éditeurs tablent sur leur renommée pour réaliser de bonnes ventes. Eux se réapproprient l’art de la narration littéraire.
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Les acteurs écrivains, nouveau filon de l’édition


                      Isild Le Besco, Isabelle Carré, Aure Atika… Les acteurs écrivains sont de plus en plus nombreux. Les éditeurs tablent sur leur renommée pour réaliser de bonnes ventes. Eux se réapproprient l’art de la narration littéraire.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 14h40
 • Mis à jour le
11.03.2018 à 06h36
    |

                            Valentin Pérez








                              

                        

D’ordinaire, on le voit filer et apparaître au générique des films. Cette semaine, c’est bien fixé, embossé sur une couverture cartonnée, que se retrouve le nom d’Isild Le Besco. Paru le 7 mars chez Grasset, son recueil de nouvelles s’intitule S’aimer quand même. L’actrice de 35 ans explique avoir voulu écrire « un voyage dans l’intime ». « Le récit de destins de femmes qui cherchent à reprendre leurs émotions en main, à penser différemment. J’ai écrit à mon rythme et, entre la première ligne et la publication, six ans se sont écoulés. »
Comme elle, de plus en plus de comédiens français s’essaient à la littérature. A l’image d’Isabelle Carré, dont le roman Les Rêveurs (Grasset) est l’un des succès de la rentrée de janvier, avec plus de 60 000 exemplaires vendus, pour un premier tirage de 7 000. Mais aussi Hélène Zimmer, Manuel Blanc et beaucoup d’autres… Depuis un an, une dizaine d’entre eux s’invite en librairies. Et contrairement à nombre de leurs prédécesseurs, leurs livres ne font pas référence à leurs carrières. Il ne s’agit pas de carnets de tournage, comme l’avait fait Catherine Deneuve, ni de coulisses de plateaux, comme Sylvie Testud, ou de recueils de souvenirs, comme de nombreuses personnalités plutôt âgées. Mais d’ouvrages à vocation littéraire.
  Alexandre Steiger, auteur de « La Distance »
Aux Etats-Unis, le même phénomène existe : après les nouvelles de Tom Hanks (publiées en français en octobre 2017 au Seuil), le premier roman de Sean Penn est attendu pour le 27 mars dans sa version anglophone, chez Atria Books. Habitués à se laisser diriger par un metteur en scène, ces interprètes prennent désormais en charge leur propre narration. Et l’écriture, par définition solitaire, ne dépend pas du bon vouloir d’un réalisateur, d’un agent ou d’un directeur de casting....




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Dans son documentaire, Theresa Traoré Dahlberg filme le quotidien d’une classe d’apprenties mécaniciennes au Burkina Faso.
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Cinéma : « Ouaga Girls », mécanos et briseuses de clichés


Propos recueillis par                                            Coumba Kane et 
                            Laureline Savoye




LE MONDE
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        Le 09.03.2018 à 14h29

     •
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        Mis à jour le 09.03.2018 à 14h47






Durée : 03:17 | 

A Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, Chantale, Dina et Bintou sont bien décidées à devenir mécaniciennes, un métier réputé masculin. Entre rêves d’indépendance et contraintes familiales, chacune cherche à tracer sa propre voie. Dans ce documentaire intitulé Ouaga Girls, la réalisatrice Theresa Traoré Dahlberg, née d’un père burkinabé et d’une mère suédoise, met en lumière une histoire d’amitié et de solidarité entre femmes.


                

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Analyse. Cinq mois après l’affaire Weinstein, les journalistes Hélène Bekmezian et Sylvie Kauffman estiment qu’en France le mouvement est plus complexe qu’aux Etats-Unis.
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« #metoo est toujours là, tout à la fois libérateur, dérangeant, encombrant. Critiqué, aussi »

Analyse. Cinq mois après l’affaire Weinstein, les journalistes Hélène Bekmezian et Sylvie Kauffman estiment qu’en France le mouvement est plus complexe qu’aux Etats-Unis.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 10h30
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 15h11
    |

            Sylvie Kauffmann et 
Hélène Bekmezian








                        



                                


                            
Analyse. Cinq mois, déjà. Il y a cinq mois éclatait l’affaire Weinstein, celle d’un des plus grands producteurs d’Hollywood qui se révélait être, depuis des années, un des plus grands prédateurs sexuels de l’histoire du cinéma. Derrière cette histoire, ce que révélaient surtout les enquêtes du New Yorker et du New York Times, c’était un système établi de domination masculine, connu et toléré en silence par un grand nombre d’hommes, connu et subi en silence par un grand nombre de femmes. Pas un accident : un système.
Plus personne, aujourd’hui, ne peut ignorer que les femmes ne sont pas encore parvenues à l’égalité
Cinq mois, à peine. Bien qu’inégale, la déflagration a été planétaire. Harvey Weinstein n’est plus qu’un symbole. L’onde de choc de cette déflagration est devenue un mouvement, baptisé #metoo : un hommage aux réseaux sociaux qui ont rendu possible cette solidarité spontanée entre les victimes de violences sexuelles et deux mots, « moi aussi », qui résument à la fois l’extra­ordinaire libération de la parole féminine et l’étendue du phénomène ainsi révélée.
Alors, cinq mois après ? Plus personne, aujourd’hui, ne peut ignorer que les femmes ne sont pas encore parvenues à l’égalité. #metoo est toujours là, tout à la fois libérateur, dérangeant, encombrant. Critiqué, aussi. En France, le mouvement a pris un tour très différent de celui des Etats-Unis, où les dénonciations ont été massives, brutales, publiques : des chefs d’entreprise, des artistes, des journalistes, des hommes politiques ont été écartés du jour au lendemain après avoir été accusés de harcèlement sexuel.
Retour de bâton
En France, dès le départ, le phénomène a pris un tour plus complexe/vindicatif, avec le succès initial du hashtag lancé le 13 octobre par Sandra Muller, elle-même cible de comportements déplacés : #balancetonporc. La violence de cette formule était révélatrice, notamment, du ressentiment accumulé par celles qui subissaient...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ La Journée internationale des droits des femmes apparaît cette année sous un jour nouveau. #balancetonporc, #metoo... : depuis l’affaire Weinstein, la parole des femmes s’est libérée.
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Droits des femmes : cinq mois après l’affaire Weinstein, un 8 mars à la résonance inédite

La Journée internationale des droits des femmes apparaît cette année sous un jour nouveau. #balancetonporc, #metoo... : depuis l’affaire Weinstein, la parole des femmes s’est libérée.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 04h56
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 12h32
    |

            Cécile Bouanchaud








                        



   


C’est un 8 mars aux tonalités inédites qui s’apprête à être célébré jeudi. La Journée internationale des droits des femmes, censée donner la parole à celles qui ne l’ont que trop peu le reste de l’année, s’inscrit, cette fois, dans une histoire en mouvement, amorcée au début du mois d’octobre 2017. Cette parole, les femmes l’ont prise d’autorité et ne comptent plus la rendre.
Le 5 octobre, Harvey Weinstein, l’un des producteurs les plus influents des Etats-Unis, a été accusé de viol, d’agression sexuelle et de harcèlement par des dizaines de femmes. Le monde des paillettes côtoie, lui aussi, chaque jour, la trivialité des agresseurs, ont alors révélé des actrices célèbres. Ce cataclysme dans le septième art aurait pu y rester cloisonné. Mais des milliers de femmes ont dit : « moi aussi ».

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                Comment l’affaire du hashtag #balancetonporc est née



« #balancetonporc !! toi aussi raconte en donnant le nom et les détails d’un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends », publie sur Twitter, le 13 octobre, la journaliste Sandra Muller, qui dénonce les propos tenus à son égard par Eric Brion, ex-directeur général de la chaîne Equidia, consacrée au cheval – « Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit. »
Dans son sillage, des centaines, puis des milliers de femmes témoignent, à leur tour, sur le réseau social. L’engouement autour du mot-clé est inédit : en seulement trois jours, #balancetonporc atteint plus de 200 000 mentions sur les réseaux sociaux (un chiffre qui grimpera à 500 000 en un mois). Outre-Atlantique, c’est le mot-clé #metoo, lancé par l’actrice Alyssa Milano, qui est repris.

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Vertige
Les récits donnent un vertige accentué par leur déconcertante ressemblance. L’âge, le contexte, le pays, le milieu social varient au gré des témoignages. L’histoire, elle, est immuable dans ce qu’elle dénonce : une domination masculine coriace. Celle des frotteurs dans le métro, des patrons tout-puissants, des maris, oncles, frères, pères abusifs. Ces hommes qui ont forcé un baiser, caressé une cuisse sans ménagement, envoyé des messages déplacés, de façon répétée. Ces hommes qui ont harcelé, agressé, violé. Voire, au stade le plus extrême de la domination patriarcale, tué des femmes, parce qu’elles étaient des femmes.
Certains témoignages sont anonymes. D’autres pas ; des têtes tombent. Aux Etats-Unis, Weinstein est licencié, l’acteur Kevin Spacey est effacé en catastrophe du dernier film de Ridley Scott, l’humoriste Louis C. K. et l’acteur Ed Westwick connaissent le même sort. Matt Lauer, de NBC News, est licencié pour harcèlement sexuel. Au Congrès américain, un sénateur et deux membres de la chambre des représentants, accusés d’agression sexuelle, ont démissionné en décembre. Outre-Manche, Michael Fallon, le ministre de la défense britannique, a démissionné à la suite d’accusations de harcèlement sexuel. Le politicien Roy Moore, sur qui pèsent des accusations similaires, semble, lui, inamovible.

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En France, Thierry Marchal-Beck, ex-président du Mouvement des jeunes socialistes français (MJS), le producteur québécois Gilbert Rozon, le journaliste Frédéric Haziza ont rapidement vu leur nom émerger dans des affaires allant du harcèlement sexuel au viol. Tout comme Jean-Baptiste Prévost, ancien président de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) et le journaliste Patrice Bertin, voix historique de France Inter, quelques mois plus tard. Mais, à la différence de ce qu’il se passe outre-Atlantique, aucune personnalité française importante ne s’est retrouvée réellement en difficulté. Des affaires commencent à émerger. Seul l’islamologue suisse Tariq Ramadan a été mis en examen le 2 février pour « viol » et « viol sur personne vulnérable ».
Au-delà des accusations visant des personnalités publiques, toutes les sphères professionnelles sont ébranlées par les accusations de harcèlement sexuel, à l’université, à l’hôpital, à l’usine, dans le sport.
Hausse des plaintes
Cette libération de la parole permet une prise de conscience de ce qui est tolérable et de ce qui ne l’est plus. Les propos sexistes deviennent insupportables, comme celui tenu par l’humoriste Tex, un habitué des propos à la limite de la misogynie, remercié mi-décembre par France Télévisions pour une blague de trop – « Les gars, vous savez ce qu’on dit à une femme qui a déjà les deux yeux au beurre noir ? On ne lui dit plus rien, on vient déjà de lui expliquer deux fois ! » Plus récemment, une centaine de signalements a été adressée au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) à la suite des déclarations du producteur Dominique Besnehard, qui a confié sur CNews son « envie de gifler » la féministe Caroline De Haas, sans être repris par Jean-Pierre Elkabbach qui menait l’entretien.
Le mois de l’affaire Weinstein, les plaintes pour violences sexuelles déposées en zone de gendarmerie (c’est-à-dire dans les communes comptant moins de 20 000 habitants) ont augmenté de 30 % par rapport à l’année précédente, soit 360 faits.
Pour l’ensemble de l’année 2017, les femmes ont été plus nombreuses à franchir les portes des commissariats, faisant augmenter le nombre de plaintes déposées pour violences sexuelles de 10 % à 12 %, selon les chiffres du ministère de l’intérieur, publiés le 25 janvier. Cette augmentation se concentre sur la fin de l’année. Ainsi, au quatrième trimestre, les plaintes pour agression sexuelle progressent de 31,5 % par rapport à la même période en 2016.

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                Les plaintes pour viol et agression sexuelle en nette hausse en 2017



D’une même voix, les associations contre les violences faites aux femmes se disent « submergées par un flot ininterrompu de saisines des femmes victimes de violences sexuelles », comme l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), qui s’est battue dès les années 1980 pour obtenir une loi sur le harcèlement sexuel en France et qui a dû fermer son accueil téléphonique face à l’afflux de demandes. Trente ans plus tard, les autorités semblent prêtes à légiférer pour rattraper ces décennies de retard en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Egalité femmes-hommes : les mesures prévues par le gouvernement
Une cinquantaine de mesures pour faire progresser l’égalité femmes-hommes vont être présentées jeudi 8 mars lors d’un comité interministériel présidé par le premier ministre, Edouard Philippe. Un projet de loi sur les violences sexuelles sera présenté, dans un second temps, le 21 mars, en conseil des ministres. Certaines mesures ont déjà été avancées, comme l’âge du consentement sexuel, fixé à 15 ans, l’allongement les délais de prescription pour les victimes mineures de violences sexuelles, mais aussi la sanction du harcèlement de rue par une amende de 90 euros.

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Salaires femmes-hommes : 60 % des entreprises ne respectant pas les accords sur l’égalité, le gouvernement a annoncé que les sociétés de plus de 50 salariés présentant des écarts « injustifiés » de salaires seraient sanctionnées à partir de 2022 avec une pénalité pouvant aller jusqu’à 1 % de leur masse salariale.Education : le chef de l’Etat défend l’instauration, dans chaque école, dès 2018, d’un « module d’enseignement » consacré « à la prévention et à la lutte contre le sexisme, le harcèlement et les violences » faites aux femmes.Harcèlement sur Internet : Emmanuel Macron entend instaurer une meilleure régulation des contenus, grâce à un encadrement plus strict des réseaux sociaux, de la pornographie en ligne ou encore des jeux vidéo.Accompagnement des victimes : le président compte mettre en place un signalement en ligne pour les victimes de violences, de harcèlement ou de discriminations.


Dans le secteur privé, des entreprises n’attendent pas que les autorités publiques légifèrent pour prendre des mesures. Plusieurs grandes multinationales françaises, comme la SNCF, Axa ou Peugeot, mettent volontiers en avant l’existence de leurs « réseaux de femmes » d’autant plus qu’elles ont mesuré l’intérêt économique à s’afficher féministes. Créé en janvier 2014 pour défendre une meilleure représentation des femmes dans les médias, le collectif de femmes journalistes Prenons la « une », s’est transformé en association destinée à accompagner dans leurs démarches juridiques les femmes journalistes victimes de harcèlement ou d’agressions sexuelles.
Contre-mouvement
A la suite des révélations de harcèlement et d’agressions sexuelles dont ont été accusés plusieurs grands photographes de mode, le Council of Fashion Designers of America (CFDA – « Conseil des créateurs de mode d’Amérique »), syndicat américain de la mode, a recommandé en février aux professionnels du secteur d’organiser leurs défilés dans des espaces « permettant aux mannequins de se changer à l’abri des regards ».
Mais beaucoup de revendications n’ont pas encore été écoutées, notamment dans le milieu du septième art. Un collectif de professionnels du cinéma, dont Juliette Binoche, Agnès Jaoui, ou encore Charles Berling ont demandé, dans une tribune publiée dans Le Monde le 1er mars, la création de quotas dans le financement du cinéma, pour tendre vers plus de parité – une demande soutenue par la ministre de la culture, Françoise Nyssen. A l’occasion des Césars, une centaine d’actrices et de personnalités ont lancé un appel aux dons pour lutter contre les violences envers les femmes, avec un symbole, un ruban blanc, qui était porté vendredi 2 mars lors de la 43ᵉ cérémonie. Et un mot d’ordre : « Maintenant, on agit. »

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Ces derniers mois, les prises de position ont largement dépassé le sujet des violences faites aux femmes, ouvrant un débat sur la place des femmes dans la société, et faisant émerger des thématiques comme la charge mentale, le congé paternité, l’écriture inclusive, les violences obstétricales… Comme tout mouvement, cette libération de la parole s’est accompagnée d’un courant antiféministe, porté par des femmes et des hommes célèbres.
Dès le début du mouvement, et tout au long de ce dernier, les révélations se sont accompagnées de prises de position critiquant une « société de la délation » où l’on « ne peut plus rien dire ». Des propos antiféministes qui disent sensiblement la même chose : qu’il ne faut pas politiser les questions sexuelles, au nom de la liberté, du respect de la vie privée ou d’un droit revendiqué à la séduction.
Ce contre-mouvement s’est notamment exprimé par le biais d’une tribune publiée dans Le Monde le 10 janvier, dans laquelle une centaine de femmes, dont l’écrivaine et critique d’art Catherine Millet et l’actrice Catherine Deneuve, revendiquaient le droit à la « liberté d’importuner ». Une tribune qui a constitué une occasion de réaffirmer haut et fort la nécessité de continuer à prendre la parole pour défendre les droits des femmes. La Journée internationale du 8 mars apparaît ainsi comme le moment opportun de rappeler que ces avancées fulgurantes restent fragiles et toujours menacées.

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le premier film kabarde de Kantemir Balagov peint le déchirement d’une héroïne plongée dans les tensions communautaires.
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« Tesnota » : la chaleur du clan, l’appel de l’ailleurs

Le premier film kabarde de Kantemir Balagov peint le déchirement d’une héroïne plongée dans les tensions communautaires.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 07h31
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 07h49
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Il arrive parfois qu’une première œuvre, de celles qu’on dit « de jeunesse », nous donne à reconnaître d’emblée l’apparition d’un véritable cinéaste. Ce fut le cas de Tesnota. Une vie à l’étroit, du jeune Russe Kantemir Balagov, né en 1991 et disciple de l’éminent Alexandre Sokourov, lors du dernier Festival de Cannes, où il reçut le prix Fipresci de la critique internationale dans la section Un certain regard. Rares, en effet, sont les premiers longs-métrages qui parviennent, comme celui-ci, à trouver d’emblée une note aussi intense, ou, pour mieux le dire, une « voix ». Celle de Tesnota résonne, à la fois sourde et profonde, entêtante et navrée, amère et lancinante, comme un écho déchirant arraché aux ténèbres.

        Lire l’entretien avec Kantemir Balagov :
         

          « L’exiguïté et la culture du conflit marquent mon film »



Cette voix, c’est celle qui nous cueille dès les premiers cartons du film : en quelques lignes, Balagov s’adresse au spectateur en son nom propre, lui disant « je ». Il se présente comme kabarde, natif de la ville de Naltchik, capitale de la République de Kabardino-Balkarie, dans le Caucase nord. L’histoire qu’il s’apprête à raconter, ­tirée d’un fait divers survenu en ces lieux vingt ans plus tôt, n’est pas directement personnelle, mais engage néanmoins son point de vue de Kabarde, comme une question posée à sa propre communauté. Le film se présente donc comme une démarche de compréhension, voire de reconstitution.

        Lire la critique de « Tesnota » (parue lors du Festival de Cannes) :
         

          Grand est le cousin caucasien de « Little Odessa »



Amoncellement de préjugés
Le fait divers en question ­concerne une sombre affaire d’enlèvement, celle de jeunes fiancés juifs, David et Léa, dont les familles furent soumises à d’exorbitantes demandes de rançon – et l’on devine que ce ne fut pas un cas isolé. Mais le récit s’entortille ailleurs : autour d’Ilana (Darya Zhovner), la grande sœur de David, qui va subir, en quelque sorte, les contrecoups intimes de cet enlèvement. Avant cela, on la découvre les mains dans le cambouis, travaillant dans le garage de son père, puis comme l’électron libre du foyer.
Ilana, infiniment mobile, se faufile d’un recoin à l’autre du champ, glisse entre les silhouettes, prend bientôt la tangente pour rejoindre son petit ami, Zalim, un Kabarde qu’elle aime d’un amour clandestin. Personnage fuyant, insaisissable, elle est la promesse fragile d’un trait d’union entre deux communautés qui s’ignorent et laissent s’amonceler entre elles de dangereux préjugés.
L’enlèvement tombe comme un coup de hache, une déflagration. Il révèle, en premier lieu, le sombre relent d’antisémitisme, vieux fond de méfiance et de persécution qui infecte, en Russie et ailleurs, les relations intercommunautaires. Il signale aussi des fissures et des crispations au sein même de la société juive, dont la solidarité n’ira pas jusqu’à réunir la rançon.
Le visage de Darya Zhovner, traversé d’humeurs changeantes, offre au film une véritable plaque sensible
Parmi les Kabardes, peuple récemment converti à l’islam et jadis persécuté par l’expansionnisme russe, les juifs forment comme une minorité dans la minorité, une poche à l’intérieur d’une autre poche. Et c’est précisément ce double enfermement, à la fois intégré et subi, qui menace d’engloutir, comme un piège, le personnage d’Ilana, rattrapé par les nécessités du clan, sommé de choisir entre l’intérieur et l’extérieur, le sacrifice familial ou la possibilité d’une vie ordinaire.
Kantemir Balagov filme ces existences recroquevillées avec un art du cadre (aux dimensions carrées) et des présences remarquables. L’étroitesse du champ, saturé de corps et de visages, ne vise pas tant à redoubler l’enfermement des personnages (redondance) qu’à s’imprégner de leur profonde densité humaine – celle, chaleureuse et englobante, du clan. La caméra investit le cœur brûlant du foyer, cette place centrale et sans cesse mouvante, où les relations entre parents et enfants se nouent, se crispent et s’entrechoquent.
La tension constante entre l’intérieur et l’extérieur se traduit, dans la photographie du film, par une lutte des dominantes colorées, entre les reflets ocre bouillant ou bleu glacial qui s’entre-dévorent. Mais l’essentiel repose sur le personnage splendide d’Ilana (et sur la force d’incarnation de la comédienne Darya Zhovner), qui entraîne le récit dans de déroutantes embardées nocturnes, et dont le visage, sans cesse traversé d’humeurs changeantes, offre au film une véritable plaque sensible.
Douche froide
Comme lors de cette scène terrassante où Ilana, passant la soirée chez Zalim, inhale une drogue dure et plonge dans une profonde catatonie. Surgit alors à la télévision, comme une hallucination, une vidéo amateur de la première guerre tchétchène (qui précède de peu le récit), où des massacres ignobles ont lieu en direct. Douche froide. L’abjecte réalité du conflit séparatiste vient de faire irruption au cœur de la nuit, comme le ­contrechamp infernal des animosités communautaires. Le visage d’Ilana, et derrière lui sa conscience, en gardera la trace irréparable. Et le film, dont on se demande s’il n’est pas allé trop loin, vient de passer de l’autre côté du miroir.
Mais alors qu’on croyait la violence imminente, Tesnota entre dans une dernière phase, déroutante car plus psychanalytique, explorant le complexe qui gît au cœur du personnage d’Ilana. Complexe d’une fille aînée qui n’a jamais ­obtenu de sa mère l’amour qu’elle en escomptait, celui-ci s’étant reporté sur son frère. Complexe qui, paradoxalement, motive à la fois son désir d’indépendance et l’attache indéfectiblement au giron ­familial, dans une quête illusoire et inépuisable de reconnaissance maternelle. Les dimensions ­historique, sociale et familiale se nouent ainsi dans une résolution intime de l’héroïne. Rester ou partir ? Vivre seule ou en groupe ? Avec les siens ou avec les autres ? Questions inéluctables qui, depuis toujours, relancent le grinçant ­balancier des générations.

Film russe et kabarde de Kantemir Balagov. Avec Darya Zhovner, Olga Dragunova, Artem Tsypin (1 h 58). Sur le Web : www.arpselection.com/category/tous-nos-films/drame/tesnota---une-vie-a-letroit-409.html

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 7 mars)
La Caméra de Claire, film sud-coréen et français de Hong Sang-soo (à ne pas manquer)Tesnota. Une vie à l’étroit, film russe et kabarde de Kantemir Bagalov (à ne pas manquer)Atlal, documentaire algérien de Djamel Kerkar (à voir)La nuit a dévoré le monde, film français de Dominique Rocher (à voir)Signer, documentaire français de Nurith Aviv (à voir)The Disaster Artist, film américain de et avec James Franco (à voir)Eva, film français de Benoît Jacquot (pourquoi pas)Il figlio, Manuel, film italien de Dario Albertini (pourquoi pas)Le Jour de mon retour, film britannique de James Marsh (pourquoi pas)L’Ordre des choses, film italien d’Andrea Segre (pourquoi pas)Ouaga Girls, documentaire burkinabé, français et suédois de Theresa Traore Dahlberg (pourquoi pas)Le Secret des Marrowbone, film espagnol et britannique de Sergio G. Sanchez (pourquoi pas)Venus Obscura, film français de Christophe Karabache (pourquoi pas)
Nous n’avons pas vu voir :
Féminin plurielles, film français de Sébastien BaillyHair, film iranien de Mahmoud GhaffariLes Etoiles restantes, film français de Loïc PaillardLiberté. 13 films-poèmes de Paul Eluard, film d’animation collectif françaisMadame Mills, une voisine si parfaite, film français de Sophie Marceau





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Le jeune réalisateur a puisé dans ses souvenirs et dans son expérience en République de Kabardino-Balkarie.
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Kantemir Balagov : « L’exiguïté et la culture du conflit marquent mon film »

Le jeune réalisateur a puisé dans ses souvenirs et dans son expérience en République de Kabardino-Balkarie.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 08h56
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Kantemir Balagov ne se souvenait pas vraiment du fait divers crapuleux et antisémite qui s’est déroulé en 1998 dans sa ville natale ­ (Naltchik, capitale de la République de Kabardino-Balkarie) et qui inspire son film. Il y a une raison simple à cela : il n’avait que 7 ans à l’époque. Autant dire que c’est un très jeune homme de 25 ans qui a fait sensation, en mai 2017, au Festival de Cannes avec ce formidable premier long-métrage.

Qu’est-ce qui a motivé ce ­retour sur un fait divers aussi lointain pour vous ?
En fait, je voulais installer mon film dans l’atmosphère de cette époque, qui était très particulière dans le Caucase. La jeunesse y était dans un état d’esprit critique, les rivalités ethniques ressortaient au grand jour, les kidnappings étaient monnaie courante et, en même temps, c’était un moment de liberté intense. Mais ce qui m’intéressait surtout, c’était cette famille et le personnage de la fille. Car dans le Caucase, à l’époque, il n’y avait que dans les familles juives que les femmes étaient porteuses de rébellion.
Comment en êtes-vous arrivé à cette conclusion ?
De la manière la plus personnelle qui soit : ma petite amie était juive, et je découvrais en la fréquentant ce qu’était une société matriarcale. Sa mère, d’ailleurs, était fortement opposée à notre relation. Je me suis servi de ces souvenirs pour installer cette histoire d’enlèvement, que je tenais de mon père, mais j’ai naturellement inventé beaucoup de choses.
On ne sait pas grand-chose, vu de France, de la République de Kabardino-Balkarie. Sa mixité ethnique – on y trouve ­des Kabardes, des Balkars, mais aussi des Russes et des Tchétchènes – est pourtant un aspect important de votre film. Quel est l’état des relations entre ces peuples ?
Ils ne se sont jamais entendus. Surtout les Balkars et les Kabardes, qui sont pourtant tous deux de religion musulmane. Les premiers sont un peuple...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le cinéaste sud-coréen a tourné son film pendant le Festival avec Isabelle Huppert.
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« La Caméra de Claire » : l’échappée cannoise d’Hong Sang-soo

Le cinéaste sud-coréen a tourné son film pendant le Festival avec Isabelle Huppert.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 07h28
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 11h05
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Certains cinéastes sont loués pour leur maîtrise, cette capacité à dominer le moindre paramètre de leur création. Avec Hong Sang-soo, divine exception dans le paysage cinématographique sud-coréen, il s’agirait plutôt de « déprise », soit une forme d’ouverture (aux quatre vents) et de largesse qui rend son cinéma si léger, quand bien même il déboucherait sur des abîmes de tristesse. La Caméra de Claire – qui sort en France deux mois seulement après Seule sur la plage la nuit – fait partie de ces « rêves de film » nés spontanément, germés et accomplis dans un même élan, comme on brosse une esquisse en deux temps trois mouvements. Tournée en catimini pendant l’édition 2016 du Festival de Cannes, avec la complicité d’Isabelle Huppert (une nouvelle fois après In Another Country en 2012), cette courte bande, presque inconséquente, semble pourtant la concrétisation d’une utopie : celle de filmer comme on respire, comme on pense, comme on souffre ou comme on chante.

        Lire les critiques du « Jour d’après » et de « La Caméra de Claire » (Festival de Cannes) :
         

          La nuit et le jour de Hong Sang-soo



Le film se présente comme une nouvelle étude des turpitudes amoureuses, avec ses motifs habituels d’hésitation et de déshérence, familiers de l’univers intime du cinéaste. Mais son déplacement à l’étranger, sur la Côte d’Azur, lui donne une coloration nouvelle, ainsi qu’une certaine distance réflexive, qui tranche avec la noirceur et le désespoir de ses précédents films. La Caméra de Claire, illuminée par le printemps méridional, a la limpidité de trait, la clarté éclatante et les motifs papillotants d’un Matisse période niçoise.

        Lire le récit :
         

          Un Festival de claps



Pendant le Festival de Cannes, sous le pavillon sud-coréen, Manhee (Kim Min-hee), une jeune employée, est licenciée sans ménagement par sa patronne, Nam (Chang Mi-hee), d’âge mûr. Ce geste arbitraire révèle une jalousie qui ne dit pas son nom, puisque les deux femmes aiment ou ont aimé le même homme : So Wansoo (Jung Jin-young, troublant sosie de Hong Sang-soo), un réalisateur alcoolique et débonnaire, venu présenter son dernier film. Claire (Isabelle Huppert), une Française en goguette, rencontre les trois membres de ce trio disloqué et les prend tour à tour en photographie. Ses images circulant de l’un à l’autre permettent aux Coréens de se reconsidérer mutuellement et de faire évoluer leur relation à distance.

        Lire l’entretien avec Kim Min-hee à Cannes :
         

          « Isabelle Huppert m’a prise sous son aile »



Cadre presque enchanteur
De par sa simplicité, sa brièveté et son indétermination flottante, ce dernier film de Hong Sang-soo pourrait facilement passer pour une récréation. Mais l’essentiel est précisément là : dans ce geste synthétique qui condense les données de son cinéma et n’en conserve plus que la grâce instantanée, ce « petit rien » des rencontres et du hasard, des conversations à bâtons rompus et de la gêne ordinaire, qui touche au cœur des relations humaines et de leur profonde incongruité.
Le film se concentre plus particulièrement sur les relations féminines, selon deux axes contraires : d’un côté, la rivalité amoureuse entre Nam et Manhee, qui ouvre une brèche de ressentiment ; de l’autre, l’amitié désintéressée de Manhee et Claire, qui soigne les plaies ouvertes. Le décor cannois offre au récit un cadre presque enchanteur, avec ses murs jaune « brioche », l’azur profond du ­littoral, son morceau de plage perdue et son dédale de rues qui transforme le chassé-croisé entre les personnages en un ­singulier jeu de piste – comme s’ils étaient seuls au monde.
Claire fonde en ses photographies un pouvoir secret, mais considérable, celui de transformer les êtres et les choses
Dans ce jeu charmant, où l’on communique entre étrangers dans un anglais approximatif (et source de malentendus burlesques), le personnage de Claire revêt une fonction quasiment magique. D’abord parce que son affabilité et sa douceur ont un effet guérisseur sur la pauvre Manhee, victime des circonstances – douceur qui dissimule en fait un drame personnel déchirant.
Mais surtout, peut-être, parce qu’elle fonde en ses photographies un pouvoir secret, mais considérable, celui de transformer les êtres et les choses. Et ses images modifient bel et bien la réalité, du moins sentimentale, de la situation, puisqu’elles rappellent à chacun la présence d’un autre qu’il croyait absent. « La seule façon de changer les choses est de les regarder très lentement une fois encore », confie Claire à Manhee, sur le lieu même de son licenciement. Fable idéaliste sur le regard, La Caméra de Claire nous apprend ainsi, incidemment, que la vérité du monde ne se situe peut-être pas ailleurs que dans l’œil de celui qui prend le temps de l’observer.



Film sud-coréen et français de Hong Sang-soo. Avec Isabelle Huppert, Kim Min-hee, Chang Mi-hee, Jung Jin-young (1 h 09). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/la-camera-de-claire



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le documentaire de Djamel Kerkar donne la parole à trois hommes de Ouled Allal, ville marquée par le Groupe islamique armé.
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« Atlal » : l’Algérie, trois souffrances à la suite

Le documentaire de Djamel Kerkar donne la parole à trois hommes de Ouled Allal, ville marquée par le Groupe islamique armé.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 07h27
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 08h03
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Tariq Teguia (Revolution Zendj, 2013), Hassen Ferhani (Dans ma tête un rond-point, 2015), Karim Moussaoui (En attendant les hirondelles, 2017)… N’insistons pas sur l’impression de regain légèrement miraculeux qui, grâce aux individus précités, souffle fort d’Algérie depuis quelques années. Bien sûr, tout se jouera sur la durée. Rien n’est gagné d’avance, d’autant qu’on a connu des contextes plus favorables au développement artistique. En attendant de voir, on peut toujours noter le nom de Djamel Kerkar, et l’ajouter à cette liste provisoire.
Son premier long-métrage, remarqué voici deux ans dans cet excellent festival qu’est le FIDMarseille, s’est frayé – là encore, petit miracle véhiculé par Capricci – un chemin jusqu’aux salles. C’est du cinéma brut, un film document, élaboré par une mise en scène qui prend le temps de faire parler les choses, troue la parole pour mieux la sertir. Le lieu se nomme Ouled Allal. A mi-chemin entre Alger et le maquis du Groupe islamique armé (GIA), la ville est, à partir de 1992, à feu et à sang. Sa population la déserte, laissant derrière elle un village en ruines.
Chassés par les islamistes
Djamel Kerkar y est retourné aujourd’hui pour voir s’il y avait âme qui vive, et si ces âmes parlaient. Filmant longuement les ruines et les bâtiments en construction, les arbres abattus, la nature traumatisée et pourtant renaissante, le vent qui souffle, un chien qui joue, des hommes qui tentent comme ils peuvent de se reconstruire, il nous rapporte dans ce film âprement ressenti le fruit de trois rencontres essentielles. Trois hommes, de générations différentes, chassés de chez eux par les islamistes, qui nous disent qu’avoir vingt ans en Algérie, c’est faire, peu importe la date à laquelle on les vit, l’expérience stoïque de la guerre, de la pauvreté, de la souffrance.
Le plus ancien, qui a vécu l’indépendance et qui a pris les armes contre les islamistes, porte sur lui les stigmates de ses guerres, mais reste viscéralement attaché à sa terre et à son village. Le plus jeune, Abdou, qui est né durant la guerre civile, ne pense, lui, qu’à partir. Ray-Ban de soleil sur le nez, blouson Lacoste classieux, « beau gosse » comme il se nomme, fumeur de clopes en mode locomotive et tchatcheur polyglotte émérite, ce jeune homme inoubliable de vingt printemps dit par tous les moyens que lui offre sa langue la nausée que lui donne l’Algérie. Père assassiné par les islamistes, jeunesse saccagée, pauvreté chronique, sans passé et sans avenir, Etat dirigé par « une marionnette », il dit préférer mourir de faim à l’étranger que d’humiliation chez lui.
Entre les deux, Lakhdar, grand gars maigre au visage émacié, regard brûlant, a été jeune soldat durant les événements et a assisté à des atrocités qui sont comme inscrites aujourd’hui sur son visage. Un nourrisson délibérément déchiqueté, qui lui fait penser à l’heure nocturne où l’on se confie à ses propres enfants dont il est séparé. Alors lui aussi fume à la lueur des braseros, grille sa clope aussi intensément que la vie l’a brûlé, et puis écoute Cheb Hasni, et pleure.

Documentaire algérien de Djamel Kerkar (1 h 41). Sur le Web : www.capricci.fr/atlal-djamel-kerkar-2017-418.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Après Joseph Losey, le cinéaste Benoît Jacquot offre une pâle adaptation du roman de James Hadley Chase.
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« Eva » : une liaison toxique sans aucun piquant

Après Joseph Losey, le cinéaste Benoît Jacquot offre une pâle adaptation du roman de James Hadley Chase.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 07h25
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Roman noir de l’écrivain ­britannique James Hadley Chase publié en 1945, Eva fit l’objet d’une adaptation par ­Joseph Losey, en 1962. Cen’est certainement pas le film le plus inspiré de sa filmographie. Cette nouvelle version, signée Benoît Jacquot, ne nous laissera pas non plus un souvenir des plus marquants.
On comprend pourtant ce qui a pu intéresser le cinéaste, qui entame là sa sixième collaboration avec Isabelle Huppert. D’abord, l’envie de réactualiser l’une des facettes du jeu de celle qui a souvent campé des rôles de femmes fatales et vénéneuses, peu sentimentales, au contact desquelles les hommes finissent toujours par se détraquer – notamment dans La Truite, de Losey (1982). Enfin, Jacquot traitant l’écart d’âge en l’inversant (le héros est plus jeune qu’Eva), s’ajoute le souvenir d’un film tourné avec Huppert, L’Ecole de la chair (1998), où l’actrice entamait une liaison aussi brève qu’intense avec un homme plus jeune qu’elle.
Imaginaire sulfureux
Dans ce thriller psychologique noué à une idylle sexuelle entre Bertrand, un imposteur devenu dramaturge à succès (Gaspard ­Ulliel), et Eva, une prostituée de luxe, Jacquot peine à faire naître la moindre étincelle. On pense à Elle, de Paul Verhoeven (2016), pour cette liaison toxique traitée comme une confrontation. Mais là où le cinéaste hollandais parvenait à faire émerger une matière infiniment subversive et poétique, la mise en scène de Benoît Jacquot fait montre d’un tel désinvestissement qu’on semble naviguer à l’intérieur d’une intrigue qui a la profondeur d’un roman-photo.
Le cinéaste jongle avec des motifs et des situations de film noir sans prendre la peine de les investir d’un regard, se reposant entièrement sur son actrice et sur l’imaginaire sulfureux qu’elle semble invoquer par sa seule présence – on se prend à rêver de ce que Claude Chabrol aurait pu en tirer. A l’intérieur de ce monde de clichés et de rebondissements téléphonés, les acteurs font pourtant ce qu’ils peuvent pour rehausser le goût de cette histoire qui, après deux adaptations, semble vouée à n’offrir que des films faussement corrosifs et très peu inspirés.

Film français de Benoît Jacquot. Avec Isabelle Huppert, Gaspard Ulliel, Julia Roy (1 h 40). Sur le Web : www.europacorp.com/fr/films/eva



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ La plateforme e-cinema.com diffuse un film étrange de Marc Meyers adapté d’une BD sur l’enfance du « cannibale de Milwaukee ».
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E-cinema : « My Friend Dahmer » ou l’ado devenu tueur en série

La plateforme e-cinema.com diffuse un film étrange de Marc Meyers adapté d’une BD sur l’enfance du « cannibale de Milwaukee ».



Le Monde
 |    07.03.2018 à 07h24
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Voilà un drôle d’objet. Un étrange projet. Un film qu’il est possible de percevoir de façon très différente selon ce que l’on sait de la personnalité de son principal protagoniste. John « Derf » Backderf est un dessinateur de bande dessinée qui eut, comme compagnon de lycée, un futur tueur en série, Jeffrey Dahmer, surnommé « le cannibale de Milwaukee ». Dahmer assassina dix-sept personnes entre 1978 et 1991, essentiellement des jeunes hommes qu’il draguait dans des bars gays. Certaines victimes furent démembrées, dépecées et parfois dévorées par le tueur, ange blond aux yeux bleus pratiquant quelquefois des actes de nécrophilie sur les cadavres.
Derf Backderf a tiré un album de BD racontant ses années de lycée dont ce film, réalisé par Marc Meyers, est l’adaptation fidèle. ­Jeffrey Dahmer y apparaît comme un collégien solitaire, introverti, un peu bizarre. Il ramasse des ­animaux morts sur le bord des routes, qu’il conserve dans des bocaux pour se livrer à des expériences chimiques. Son comportement, qui parfois frise ce que l’on pense être une extravagance comique (il mime par exemple des crises d’épilepsie), lui vaut l’admiration des quelques-uns de ses compagnons de classe (dont Backderf), qui, voyant en lui un amuseur public, une distraction arrachée à l’ennuyeuse routine du collège, créent un « Jeff Dahmer fan-club ».
Ambiguïté savamment dosée
Si l’on ignorait tout de l’avenir de ce personnage, on pourrait ne voir, dans My Friend Dahmer, qu’un de ces nombreux films relevant de la catégorie des high school movies, ces films « de lycée » produits industriellement à Hollywood et mettant en scène des adolescents, naviguant entre récits de formation et burlesque potache un peu idiot. Tout au plus remarquerait-on ici le comportement parfois un peu étrange d’un protagoniste opaque, sinon obtus. Mais le premier intérêt du film réside sans doute dans le fait que la connaissance par le spectateur de l’avenir du personnage central subvertit ­insidieusement le genre. Comment déceler, dans les manières de ­Dahmer, ses tics et ses lubies, le jeu du comédien (incroyable Ross Lynch), dans ces différents détails qui pourraient n’être qu’insignifiants, ce qui annoncerait l’avenir sanglant du tueur ?
Portrait d’un psychopathe avant qu’il ne passe véritablement à l’acte, le film éparpille une série de notations dont il faudrait (ou pas, tout est dans une ambiguïté savamment dosée) saisir le caractère prémonitoire. Y a-t-il une détermination implacable des choses dont le cinéma pourrait rendre compte ? Comment travaille l’esprit d’un spectateur poussé, en regardant le film de Marc Meyers, à effectuer une sorte de travail analytique sauvage, condamné à chercher la cause invisible d’un effet futur et fatal ?
Jeffrey Dahmer est aussi un malheureux dont on sait qu’aucune providence ne pourra le sauver
Mais, en saisissant ainsi la jeunesse d’un monstre, le cinéma retrouve aussi, étrangement, une capacité de rédemption sans doute inhérente au médium. Il est ainsi impossible de ne pas ressentir une forme de compassion pour un personnage qui aurait pu être une figure burlesque et qui sera l’objet d’un sort triste et misérable. Immergé dans une famille composée d’une mère hystérique, sujette à de violentes crises (c’est elle qu’il imite lorsqu’il est secoué de ­convulsions en faisant rire, dans les couloirs du lycée, ses congénères), et d’un père faible et ­absent, livré à lui-même, refoulant visiblement une homosexualité perçue comme douloureuse et honteuse, Jeffrey Dahmer est aussi un malheureux dont on sait qu’aucune providence ne pourra le sauver.
C’est dans la capacité qu’a le film à changer insidieusement de genre que s’affirme dès lors sa nature. Dans ses ultimes moments, My Friend Dahmer glisse insensiblement vers le film de terreur. La peur s’installe et une forme de suspense se construit, qui mène progressivement au premier meurtre, accompli après sa dernière année scolaire, à la sortie du lycée, à la fin du film, préparant à une horreur à venir qui restera hors-champ.

Film américain de Marc Meyers. Avec Ross Lynch, Alex Wolff, Anne Heche (1 h 47). Diffusé sur la plateforme e-cinema.com.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le film de Dee Rees met en scène l’exode intérieur de millions d’Afro-Américains dans les années 1940.
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Netflix : « Mudbound », la blessure profonde du Sud

Le film de Dee Rees met en scène l’exode intérieur de millions d’Afro-Américains dans les années 1940.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 07h23
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Ces champs de coton ­gorgés d’eau sous un ciel lourd, ces intérieurs misérables pauvrement éclairés qui s’ouvrent sur la terre du Sud, il faudra les voir sur un petit écran. Mudbound est diffusé en France par Netflix. Ce qui n’a pas empêché le film de Dee Rees d’être nommé quatre fois aux Oscars, qui ont eu lieu dimanche 4 mars à Los Angeles, après être sorti (en même temps qu’il était mis en ligne, c’est ­autorisé aux Etats-Unis) dans quelques salles américaines.

        Lire la critique de « Mudbound » parue dans les pages TV :
         

          Deux hommes liés par l’intolérance



Et au bout de deux heures, ­fussent-elles passées sur le ­canapé du salon plutôt que dans le fauteuil d’une salle, on est bien obligé de convenir que ­Mudbound, c’est du cinéma, jusque dans ses imperfections. Ce troisième long-métrage de la réalisatrice (après Pariah, film indépendant couronné à Sundance, et Bessie, biographie de la chanteuse de blues Bessie Smith réalisée pour HBO) emprunte une vieille forme hollywoodienne, celle du Géant, de George Stevens, ou de Celui par qui le scandale arrive, de Vincente Minnelli, des histoires de familles et de générations qui laissent apparaître à travers les haines et les passions les fractures de toute une société.
Mudbound, adapté par la réalisatrice et Virgil Williams d’un ­roman d’Hillary Jordan, fouille la blessure la plus profonde. La première séquence montre deux ­frères, Jamie (Garrett Hedlund) et Henry (Jason Clarke) McAllan creusant une tombe sous la pluie. A six pieds sous terre, ils exhument un squelette enchaîné. Henry, l’aîné, dit à son frère : ­ « Notre père n’aurait pas voulu être enterré avec un esclave. »
Mythologie sudiste
Situé dans le delta intérieur du Mississippi, pendant les années 1940, Mudbound met en scène la société qu’ont fuie des millions d’Afro-Américains lors du grand exode vers le nord et vers la ­Californie, cette société où le métayage avait remplacé l’esclavage, où le Ku Klux Klan assurait l’ordre que faisaient régner jadis les ­contremaîtres des plantations. Henry McAllan est un ingénieur qui se pique d’agriculture. Pour faire prospérer la ferme qu’il a achetée, et sur laquelle il a traîné sa femme Laura (Carey Mulligan) et leurs deux petites filles, il a ­besoin du concours d’une autre famille. Les Jackson auraient pu être eux aussi propriétaires, si le Klan n’avait pas détruit les titres obtenus pendant la période de la reconstruction.

   


Ce type de récit suppose le ­tissage d’une toile de liens – amours, amitiés, rancœurs, jalousies. Florence et Laura, les deux mères, finissent par s’estimer. A son retour de la guerre, Jamie McAllan se lie d’amitié avec ­Ronsel Jackson (Jason Mitchell), qui a lui aussi combattu en Europe. Mais quand la mort de la mule de Hap Jackson, le métayer (Rob Morgan) l’empêche de ­planter le coton de sa parcelle, Henry lui impose des conditions usuraires en échange du prêt d’un autre animal. Et c’est l’amitié même entre les deux jeunes gens qui mènera à la tragédie.
D’un côté, il y a le lyrisme de l’image (la photographie de ­Rachel Morrison a valu à celle-ci de devenir la première chef opératrice à être nommée à l’Oscar). De l’autre, la violence essentielle d’un système hérité en droite ­ligne de l’esclavage. Dee Rees le ­regarde sans ciller, sans assigner à ses personnages des caractères de victimes ou de bourreaux. Dans le rôle du fermier blanc, Jason Clarke est remarquable : il compose un personnage pas antipathique, que sa seule place dans la société ségrégationniste amène à commettre les pires ignominies. Comme The Birth of a Nation, de Nate Parker, Mudbound redit une histoire que Hollywood, éternellement fasciné par la mythologie sudiste, ne s’est jamais lassé de conter.
Avec plus de générosité et de nuances que Parker, Dee Rees ramène la mythologie vers l’histoire. Celle qui fait que toutes les nuances, tous les liens qui font la tapisserie de son histoire prennent finalement la texture et les couleurs désespérantes d’un ­système qui soumet à sa règle les oppresseurs et les opprimés.

Film américain de Dee Rees. Avec Carey Mulligan, Garrett Hedlund, Jason Mitchell (2 h 14), sur Netflix. Sur le Web : www.netflix.com/fr/title/80175694



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ La documentariste Nurith Aviv est partie en Israël à la rencontre de familles, de traducteurs, de chercheurs, de scientifiques, d’artistes.
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« Signer » : une plongée au cœur de la langue des signes

La documentariste Nurith Aviv est partie en Israël à la rencontre de familles, de traducteurs, de chercheurs, de scientifiques, d’artistes.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 07h22
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
A la suite de sa trilogie consacrée au langage (D’une langue à l’autre, 2004 ; Langue sacrée, langue parlée, 2008 ; Traduire, 2011) et de l’installation Signer en langues, conçue avec la comédienne Emmanuelle Laborit en 2016 pour le MuCEM, la documentariste Nurith Aviv se penche cette fois sur la langue des signes. Elle part en Israël, à la rencontre de familles, de traducteurs, de chercheurs, de scientifiques, d’artistes, afin d’explorer les zones de transmission, de communication et d’étude, qui entretiennent la connaissance de cette langue.
Mais ce qui l’intéresse plus particulièrement, c’est le caractère vernaculaire des langues signées, qui, à l’instar des langues orales, diffèrent d’un pays à l’autre, voire d’une région à l’autre. Certaines émergent de foyers inattendus, comme le village palestinien de Kafr Qassem où est né un système de signes spécifique. Processus de différenciation fascinant, qui indique qu’une langue est façonnée par l’environnement et le milieu dans lesquels elle apparaît.
Sensualité des corps
Mais Nurith Aviv reconnaît encore dans la langue des signes le siège d’une expression physique, aux prises avec le réel, mettant en jeu la sensualité des corps, là où la langue orale crée souvent une déconnexion intellectuelle avec l’environnement immédiat.
Enfin, elle observe comment celle-ci ouvre la porte d’une forme de théâtralité, où les artistes peuvent inventer de nouvelles hybridations de mots et de postures. C’est alors le corps humain tout entier qui, se faisant signe, se fond dans le langage.



Documentaire français de Nurith Aviv (1 heure). Sur le Web : www.24images.fr/fr/catalogue/documentaire/article/signer



                            


                        

                        


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« Il figlio, Manuel » : devenir un homme dans la jungle italienne

Le premier long-métrage de Dario Albertini met en scène les tribulations d’un garçon forcé de devenir le gardien de sa mère.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 07h22
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
En suivant les tribulations de Manuel, un très jeune homme – il va avoir 19 ans – précipité dans une situation impossible, des titres, des bribes de dépêches reviennent à la mémoire. Quand le garçon arrive dans une misérable ville balnéaire du Latium, on pense au succès électoral des néonazis d’Ostie ; quand l’un de ses amis lui vante la vie facile que l’on mène en Croatie, les discours antieuropéens de la campagne électorale se font entendre. Le premier long-métrage de fiction de Dario Albertini a beau relever du mélodrame, il est perméable au monde qui l’entoure. Avec l’interprétation remarquable du débutant Andrea Lattanzi, c’est ce qui l’empêche de sombrer dans la banalité à laquelle l’expose une mise en scène convenue.
Manuel vit, avec d’autres adolescents, mais aussi de petits enfants, dans une institution encadrée par des animateurs laïcs et des religieux. On découvre un garçon soucieux des autres, rebelle juste ce qu’il faut et l’on comprend bientôt que – désormais majeur – il va devoir quitter ce cocon un peu rude. Son retour à la vie civile présente un caractère d’urgence : détenue depuis cinq ans pour une raison qui ne sera jamais révélée, sa mère ne peut être assignée à résidence que si Manuel se porte garant.
Piété filiale
Méthodiquement, le scénario développe les tempêtes qui se forment sous le crâne du jeune homme, dans les jours qui précèdent l’audience qui décidera de la sortie de prison de sa mère. Il rencontre un marginal qui s’est retiré de la société, une jeune actrice, un ami d’enfance (qui l’expose à la tentation croate), un ancien pensionnaire de l’établissement dont il sort – un homme sympathique, installé dans une médiocre existence hédoniste.
A ces hypothèses de vie, Manuel oppose son intégrité, sa piété filiale, que l’on trouvera d’autant plus méritoire que sa mère, telle que l’interprète Francesca Antonelli, ne la suscite pas. Ces situations sont mises en scène comme bien des films italiens du moment, selon les règles du réalisme numérique. En émerge cette belle figure, butée et discrètement séduisante, de jeune homme qui cherche sa voie.

Film italien de Dario Albertini. Avec Andrea Lattanzi, Francesca Antonelli (1 h 37). Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/il-figlio-manuel



                            


                        

                        

