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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Du canard digérateur de Jacques de Vaucanson aux versions humanoïdes les plus évoluées... « Le Monde » consacre un hors-série au pays des robots.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
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Omniprésents robots

Du canard digérateur de Jacques de Vaucanson aux versions humanoïdes les plus évoluées... « Le Monde » consacre un hors-série au pays des robots.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 15h47
    |

                            Alain Abellard








                        



                                


                            

Il fait rêver, fantasmer. Pourtant, ce n’est qu’une machine créée par l’homme et pour l’homme. Parfois, le robot emprunte selon un narcissisme terriblement humain l’apparence de son créateur, avec des versions humanoïdes. Depuis les premiers automates, la robotique est devenue sophistiquée ; à l’échelle du temps humain son histoire est brève, mais indissociable de l’Intelligence artificielle, en pleine expansion, qui simule et reproduit le fonctionnement de l’intelligence humaine avec l’absorption de données gérées avec une puissance de calcul phénoménale.
Le mot « robot » est né en 1920 sous la plume de l’auteur tchèque Karel Capek, qui l’utilisa dans sa pièce de théâtre R.U.R. (Rossum’s Universal Robots). Dérivé de robota, terme tchèque qui signifie « travail, corvée, besogne », le mot dit tout. La robotique, le processus qui permet la conception et la réalisation de machines, mobilise les chercheurs pour maîtriser l’interaction avec le monde réel, à travers des capteurs, des contacts, des actionneurs.
Les robots tiennent aussi de la magie, voire du charme, que leur a donné un Jacques de Vaucanson au XVIIIe siècle avec son canard digérateur et ses autres automates. Voltaire chanta en quelques vers les louanges de cet homme qui osa imiter la vie avec ses créations : « Le hardi Vaucanson, rival de Prométhée, Semblait, de la nature imitant les ressorts, Prendre le feu des cieux pour animer les corps. »
Fiable, sans état d’âme, bosseur
Si les robots ont battu les champions du jeu d’échecs et du jeu de go, grâce aux progrès fulgurants de l’intelligence artificielle, ils demeurent patauds. Hors conditions expérimentales, la maîtrise de la bipédie nécessite des ressources hallucinantes, le toucher pareillement, pour des résultats médiocres, et quant aux émotions et sentiments, voire la conscience, inutile d’en parler, sauf à être un passionné de romans de science-fiction et de transhumanisme, mouvement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’économiste Sébastien estime que la réplique de l’Union européenne à la volonté de Donald Trump de taxer fortement les importations d’acier et d’aluminium doit être ferme et coordonnée avec ses partenaires.
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Guerre commerciale : « Il faut répondre à Trump par la politique »

Dans une tribune au « Monde », l’économiste Sébastien estime que la réplique de l’Union européenne à la volonté de Donald Trump de taxer fortement les importations d’acier et d’aluminium doit être ferme et coordonnée avec ses partenaires.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
09.03.2018 à 15h05
    |

Sébastien Jean (Directeur du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii)







                        



                                


                            
Tribune. L’annonce par Donald Trump de la décision imminente de frapper les importations américaines d’acier d’une taxe de 25 % et celles d’aluminium de 10 % n’est pas seulement un incident commercial de plus. Si elle était confirmée, elle serait profondément déstabilisante pour les relations commerciales internationales et leur cadre institutionnel, pour plusieurs raisons.
Cette annonce suggère que les tenants du nationalisme économique tiennent désormais le haut du pavé à la maison blanche
La taille, d’abord. Les mesures annoncées concerneraient près de 50 milliards de dollars d’importations, une valeur probablement sans précédent pour ce type de mesures, qui plus est dans des secteurs sensibles et sans limitation de durée. La manière, ensuite. En invoquant la sécurité nationale, le président américain signifie on ne peut plus clairement que le politique prime l’économique dans son approche des questions commerciales. C’est aller à l’encontre de l’essence même du système commercial multilatéral, dont l’objet est de s’entendre sur des règles permettant de gérer les tensions éventuelles sans avoir recours au rapport de force politique.

La signification politique, enfin. La question commerciale est âprement débattue depuis le début du mandat de Donald Trump au sein même de la Maison Blanche. Cette annonce suggère que les tenants du nationalisme économique tiennent désormais le haut du pavé, ce que confirme la démission annoncée mardi 6 mars de Gary Cohn, principal conseiller économique du président et représentant emblématique des milieux d’affaires parmi ses proches.
Eviter la surenchère
Même si rien n’est figé dans une administration aussi instable et imprévisible, cela n’augure rien de bon pour la suite, d’autant que l’enquête en cours sur les violations présumées de droits de propriété intellectuelle par la Chine pourrait bientôt venir jeter de l’huile sur le feu, et que le signal envoyé aux lobbys les incitera à redoubler...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Dans une tribune au « Monde », les membres du Cercle Freyssinet Philippe Deleur et Denis Tersen estiment que l’Union européenne doit à la fois préserver les règles multilatérales du commerce et leur donner une nouvelle légitimité.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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Guerre commerciale : « Pour l’Europe, c’est un moment de vérité » face à Washington

Dans une tribune au « Monde », les membres du Cercle Freyssinet Philippe Deleur et Denis Tersen estiment que l’Union européenne doit à la fois préserver les règles multilatérales du commerce et leur donner une nouvelle légitimité.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 14h00
    |

Philippe Delleur et Denis Tersen (Membres  du Cercle Freyssinet, réseau d’anciens responsables  de la direction des relations économiques extérieures)







                        



                                


                            
Tribune. Le président des Etats-Unis avait commencé fort. Dès le lendemain de son installation à la Maison Blanche, il retirait son pays du projet de Partenariat transpacifique, qui devait intégrer commercialement les deux rives du Pacifique, sauf la Chine, et demandait la renégociation de l’Alena, le traité de libre-échange nord-américain. Puis plus rien, ou presque, sur le plan commercial, comme une pause.
Pour le président américain, « les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner »
Profitant des règlements de comptes au sein de l’administration américaine, les « faucons » ont repris l’initiative. Donald Trump vient d’annoncer l’imposition de droits de douane de respectivement 25 % et 10 % sur l’acier et l’aluminium importés aux Etats-Unis. Et quand le président de la Commission européenne répond que l’Europe fera valoir ses droits et prendra des mesures miroirs contre des produits américains – ce qu’autoriseraient les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) –, le président américain double la mise en prévoyant dans ce cas des droits supplémentaires sur les automobiles européennes (allemandes) achetées par les consommateurs américains, proclamant que « les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner ».
Si la Chine est l’objectif principal – ou devrait l’être –, elle ne pèse que 6 % des importations américaines d’acier et d’aluminium. Ce sont donc les alliés des Etats-Unis – Europe, Corée du Sud, peut-être Canada – qui sont ciblés en priorité. La désinvolture du président américain n’étonne plus. Restrictions commerciales, escalade des rétorsions et contre-rétorsions, effets de contagion (car il faut bien vendre ailleurs les produits détournés des Etats-Unis)…, la menace est réelle pour toutes les économies majeures.
Un statu quo intenable
Pour l’Europe, c’est un moment de vérité. Elle est en première ligne et va devoir s’affirmer. L’épreuve est sérieuse tant elle peut être tiraillée...




                        

                        


<article-nb="2018/03/09/19-4">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ L’économiste Thomas Breda rappelle, dans une tribune au « Monde », que l’introduction en 2006 en Suisse d’un logiciel mesurant les « écarts injustifiés » n’a guère modifié les inégalités observées.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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« Le logiciel ne permet pas de s’attaquer au problème central du plafond de verre des salaires »

L’économiste Thomas Breda rappelle, dans une tribune au « Monde », que l’introduction en 2006 en Suisse d’un logiciel mesurant les « écarts injustifiés » n’a guère modifié les inégalités observées.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 13h02
    |

Thomas Breda (Chercheur à l’Ecole d’économie de Paris et au CNRS)







                        



                                


                            
Tribune. A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le gouvernement a présenté une cinquantaine de mesures pour s’attaquer à ce qui fut annoncé par le président comme « grande cause du quinquennat », à savoir les inégalités entre les femmes et les hommes. L’une des mesures phares consiste à créer un programme informatique pour les entreprises de plus de cinquante salariés. Il serait intégré aux logiciels de paie et permettrait de calculer les écarts « injustifiés » de salaires.
Le résultat serait obligatoirement rendu public dans l’entreprise et communiqué aux élus du personnel et aux délégués syndicaux. Les entreprises auraient alors trois ans pour résorber ces éventuels écarts « injustifiés » calculés par le logiciel, sous peine de se voir appliquer une pénalité financière, qui serait de 1 % de la masse salariale.

Aurait-on enfin trouvé l’arme ultime pour supprimer les écarts de salaire entre les femmes et les hommes, si difficiles à résorber ? Il se trouve que la proposition faite par le gouvernement n’est en fait pas tellement novatrice. La Suisse en 2006, puis l’Allemagne, le Luxembourg et l’Union européenne, ont mis en place ou proposé des outils similaires. Et il existe déjà un logiciel en accès libre pour la France (http://www.equal-pace.eu/france/). La réforme suisse de 2006 ne rend pas l’utilisation du logiciel obligatoire, mais les entreprises qui détiennent des marchés publics peuvent en revanche être contrôlées et inviter, sous peine de sanctions, à réduire les écarts calculés par le logiciel si les écarts injustifiés dépassent 5 %.

Pour évaluer cette réforme (lien vers PDF en anglais, http://www.sole-jole.org/16275.pdf), l’économiste Giannina Vaccaro a utilisé le fait que seules les entreprises de plus de cinquante salariés sont concernées. En comparant l’évolution des écarts de salaire avant et après la réforme suisse dans les entreprises dont l’effectif est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Le risque pour les marchés financiers aujourd’hui n’est pas la volatilité, mais l’instabilité, qui est tout autre chose, juge dans sa chronique pour « Le Monde » Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement de Carmignac.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

« Le véritable risque réside dans des ruptures d’ampleur suffisante pour hypothéquer des années d’accumulation d’épargne »

Le risque pour les marchés financiers aujourd’hui n’est pas la volatilité, mais l’instabilité, qui est tout autre chose, juge dans sa chronique pour « Le Monde » Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement de Carmignac.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 12h54
 • Mis à jour le
09.03.2018 à 14h49
    |

Didier Saint-Georges (Membre du comité d’investissement de Carmignac)







                        



   


Tout observateur un peu attentif n’a pu manquer de remarquer que la soudaine correction des marchés d’actions au début du mois de février s’est accompagnée d’une brutale remontée des indicateurs de volatilité. Il n’en faut probablement pas davantage pour conforter la perception que volatilité équivaut à risque, et que le fameux indice « Vix » mérite bien son surnom médiatique d’« indicateur de la peur ».
La volatilité représente, techniquement, rien de plus que l’ampleur des variations d’un indicateur quelconque autour de sa moyenne historique. Et les indicateurs de volatilité couramment utilisés, comme le « Vix », sont simplement ceux qui sont implicitement retenus par les professionnels de marchés dans le prix des options sur indices boursiers qu’ils proposent.

        Lire aussi :
         

                Comprendre la correction des marchés



Par un mouvement de prudence bien naturel des teneurs de marché, ces volatilités implicites bondissent quand des investisseurs paniqués en grand nombre cherchent à leur acheter des options pour protéger leurs positions. Et cette envolée soudaine de la volatilité est d’autant plus spectaculaire qu’elle fait suite à une longue période où le sentiment de grande confiance des investisseurs (merci les banques centrales !) se reflétait dans un besoin de couvertures très faible, donc des volatilités stables et très basses.
La réalité est qu’il est normal qu’un marché, soumis par nature à de très nombreuses incertitudes, affiche une certaine volatilité
Au fond, c’est d’un seul coup la « volatilité de la volatilité » qui se réveille. Mais tout ceci n’a vraiment d’importance que pour les traders, ou les apprentis spéculateurs qui auraient parié un peu prématurément sur la mort de la volatilité. La réalité est qu’il est normal qu’un marché, soumis par nature à de très nombreuses incertitudes, affiche une certaine volatilité. Depuis le pic de février, l’indice « Vix » est d’ailleurs revenu à des niveaux d’une grande banalité.

        Lire aussi :
         

                « Les indices de volatilité seraient les détonateurs de la crise de février »



Le véritable risque de marché pour un investisseur est ailleurs. Il réside dans des ruptures d’ampleur suffisante pour hypothéquer parfois des années d’accumulation d’épargne. De tels phénomènes restés célèbres se sont produits dans les marchés actions lors du krach d’octobre 1987, lors de l’invasion du Koweït par l’Irak en août 1990, en 2002 dans le sillage de l’éclatement de la bulle Internet, et bien sûr en 2008.
Facteurs de déstabilisation
En se gardant d’exagérer les parallèles entre des situations radicalement différentes, il faut toutefois reconnaître dans ces phénomènes de véritables déstabilisations de situations d’équilibre apparemment bien installées. On peut même voir dans les périodes de grande stabilité l’origine, si ce n’est la cause, d’une grande vulnérabilité à un choc externe, lui-même souvent très difficile à anticiper. Si l’on veut scruter les risques de marchés aujourd’hui, c’est dans les éventuels facteurs de déstabilisation de la longue et fructueuse convalescence des marchés post-2008 qu’il faut donc chercher.
En partant du constat que l’intervention extraordinaire des banques centrales a été la première cause de confort des marchés depuis 2009, la modification de leur attitude constitue bien le premier risque de déstabilisation. Les banques centrales ont acheté pour 11 000 milliards de dollars d’actifs financiers depuis 2009. En 2018, la Fed en revendra pour 400 milliards, et la banque centrale européenne réduira progressivement à zéro ses achats. Ce renversement de tendance constitue un risque d’instabilité majeur, a fortiori dans un monde toujours surendetté.
L’intervention des banques centrales a eu une autre conséquence indirecte : le creusement des inégalités entre les détenteurs de patrimoines financiers, qui ont profité de la hausse des marchés, et les simples salariés qui n’ont pas constaté d’amélioration de leur niveau de vie. Ce creusement a favorisé (parmi d’autres facteurs) l’avènement de dynamiques contestataires puissantes (de ce point de vue, l’issue des récentes élections en Italie fait écho à l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis en 2016).

        Lire aussi :
         

                Des « dérivés sur indice » à la dérive des marchés



Ces mouvements sont enclins à remettre en cause les credo du libéralisme économique et de la globalisation, au profit de ceux du keynésianisme et du protectionnisme. Ils représentent en ce sens pour les marchés une menace à l’équilibre qui les a portés depuis de longues années.
Moteur économique
Heureusement pour les investisseurs, les marchés ont pour moteur central la microéconomie (la santé des entreprises) et la macroéconomie (la santé des économies), qui est capable de transcender ces risques. Tant que ce moteur économique tourne lui-même de façon équilibrée sur tous ses cylindres, les marchés peuvent s’accommoder de beaucoup de menaces hypothétiques. C’est encore le cas aujourd’hui. Mais il faut être lucide sur le fait que le prochain ralentissement économique mettra à jour ces fragilités.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Le sociologue Vincent-Arnaud Chappe rappelle dans une tribune au « Monde » la généalogie de la mesure des inégalités de salaire homme-femme en entreprise, et le risque de s’en tenir à des évaluations biaisées.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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« Les indicateurs ne peuvent se substituer à une réelle politique d’égalité professionnelle »

Le sociologue Vincent-Arnaud Chappe rappelle dans une tribune au « Monde » la généalogie de la mesure des inégalités de salaire homme-femme en entreprise, et le risque de s’en tenir à des évaluations biaisées.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 12h30
 • Mis à jour le
09.03.2018 à 14h41
    |

Vincent-Arnaud Chappe (Sociologue)







                        



                                


                            

Tribune. Le gouvernement vient de décider de généraliser l’usage d’un logiciel pour calculer l’écart de salaire entre les femmes et les hommes dans les entreprises, afin d’obliger ces dernières à résorber les inégalités salariales d’ici 2022. Ce logiciel s’inscrit dans une longue histoire des équipements statistiques des entreprises en faveur de l’égalité.
A l’origine, avec la grande loi Roudy de 1983 sur l’égalité professionnelle, les entreprises de plus de 300 salariées et salariés se voient obligées de produire annuellement un « rapport de situation comparée entre les femmes et les hommes » (RSC). On attend de lui qu’il objective les écarts de situation avec l’idée que leur révélation suffira à faire bouger les directions. Mais l’outil reste très peu défini par la loi et sera de fait très peu utilisé.
Changement de logique
Un tournant a lieu en 2001, avec le vote de la « loi Génisson » qui instaure pour les entreprises de plus de 50 salariés une obligation de négocier sur l’égalité professionnelle. Dans cette optique, le RSC est rénové, l’Etat fixant un nombre important d’indicateurs obligatoires.
En 2006, une loi sur l’égalité salariale oblige les entreprises à résorber les écarts salariaux d’ici 2010. Cette date butoir sera finalement supprimée, mais entame un changement de logique : le passage d’une obligation de moyen – négocier avec les syndicats – à une obligation de résultat – supprimer les écarts. Le RSC ne sert plus tant à établir un constat en amont qu’à être un outil de suivi des politiques d’égalité.

Dans cette optique, une commission est mise sur pied et aboutit à la création d’un modèle Excel standardisé. Progressivement, les différents acteurs investissent le RSC, surtout avec l’apparition, à partir de 2013, de sanctions pour les entreprises qui n’ont pas négocié. Les syndicats créent des formations, les cabinets de conseil aident les entreprises à produire et analyser leur diagnostic chiffré.
L’Agence...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Pour l’économiste à l’OCDE et enseignant à Sciences Po, le compte personnel de formation crédité en euros est une « avancée majeure ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Formation professionnelle : « Un système plus équitable », selon Stéphane Carcillo

Pour l’économiste à l’OCDE et enseignant à Sciences Po, le compte personnel de formation crédité en euros est une « avancée majeure ».



Le Monde
 |    09.03.2018 à 12h08
 • Mis à jour le
09.03.2018 à 14h44
    |

            Sarah Belouezzane








                        



                                


                            
Stéphane Carcillo, économiste à l’OCDE et directeur de la chaire de sécurisation des parcours professionnels à Sciences Po, donne son avis au Monde sur la réforme de la formation professionnelle, qui prévoit notamment une transformation du compte personnel de formation.
Quel regard portez-vous sur la réforme ?
C’est une réforme qui va clairement dans le bon sens et qui est très ambitieuse, beaucoup plus que celles que nous avons connues ces dernières années sur la formation professionnelle. Elle vise à augmenter considérablement la transparence du système mais aussi à améliorer son efficacité et son équité vis-à-vis des personnes les moins qualifiées.

Quels sont les points qui ont retenu votre attention ?
Il y a d’abord, selon moi, la mise en place d’une certification systématique des organismes de formation. C’est une mesure très exigeante, qui a aussi été mise en place en Allemagne au début des années 2000. Et qui a permis d’assurer la qualité des formations et de monter en professionnalisme dans ce secteur. L’autre point important est bien sûr la transformation du compte personnel de formation [CPF].
Anciennement crédité en heures, il le sera désormais en euros. C’est une avancée majeure qui rend le système plus équitable. Jusqu’ici on subventionnait la formation des cadres, car leurs heures de formation coûtent beaucoup plus cher que celles d’un employé ou d’un ouvrier. Pour le même nombre d’heures, un cadre se retrouve donc avec plus d’argent. C’était totalement antiredistributif.
Enfin, je pense aussi à la fin de la catégorisation des formations par listes. Jusqu’ici ce système ne permettait pas à tous d’avoir accès à la même formation. Certaines étaient disponibles dans telle branche et pas dans l’autre, ce qui ne favorisait pas particulièrement le recours au CPF.
Le CPF en euros inquiète pourtant certains syndicats et acteurs de la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ La ministre de la justice annonce une expérimentation pour les crimes punis jusqu’à vingt ans de prison. Ils seront jugés par des magistrats et non plus par des jurés.
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Nicole Belloubet veut un « tribunal criminel » à la place des assises

La ministre de la justice annonce une expérimentation pour les crimes punis jusqu’à vingt ans de prison. Ils seront jugés par des magistrats et non plus par des jurés.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 12h06
 • Mis à jour le
09.03.2018 à 14h43
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            Jean-Baptiste Jacquin








                        



                                


                            

Le premier ministre, Edouard Philippe, et la ministre de la justice, Nicole Belloubet, devaient annoncer à Reims, vendredi 9 mars, les axes de la réforme de la justice. Une loi de programmation devrait être présentée en conseil des ministres le 11 avril. La garde des sceaux en dévoile les points forts, dont une remise en cause des cours d’assises.

Quelle est la mesure phare de la réforme de la justice que vous proposerez avec la loi de programmation ?
Il y en a plusieurs. Par exemple au civil, nous allons simplifier radicalement la saisine des juridictions. Il y aura un seul mode de saisine contre cinq différents aujourd’hui. Autre mesure importante, le caractère exécutoire des décisions de première instance, pour renforcer l’efficacité de la justice, qui est aujourd’hui la principale attente des justiciables. Au pénal, nous permettrons le dépôt de plainte en ligne et la mise en place d’un dossier numérique unique, de la plainte jusqu’au jugement, qui permettra à chacun des acteurs d’y accéder, selon les étapes de la procédure avec des droits différents, qu’il soit policier, avocat, magistrat ou justiciable.
Dernier exemple, nous allons expérimenter un tribunal criminel départemental. Il interviendra en première instance pour les crimes punis de quinze ans ou de vingt ans de réclusion, par exemple les viols, les coups mortels, les vols à main armée. Le seuil précis sera fixé avec les acteurs de l’expérimentation. L’objectif est d’accélérer considérablement le jugement des affaires criminelles.
Pourquoi décider ce qui ressemble à la fin de la cour d’assises, au profit de tribunaux composés de juges ­professionnels ?
Les cours d’assises demeurent et resteront compétentes pour les crimes les plus graves, ceux punis de plus de vingt ans de prison, comme les meurtres et assassinats, ou ceux commis en récidive. L’objectif est de permettre au justiciable d’avoir un jugement rendu dans des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Un syndicat de copropriétaires peut-il, grâce à la « prescription acquisitive » trentenaire, s’approprier un bien privatif ? La journaliste Rafaële Rivais apporte une réponse dans sa chronique bimensuelle.
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Il achète un garage à vélos qui ne pouvait être vendu

Un syndicat de copropriétaires peut-il, grâce à la « prescription acquisitive » trentenaire, s’approprier un bien privatif ? La journaliste Rafaële Rivais apporte une réponse dans sa chronique bimensuelle.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
09.03.2018 à 14h59
    |

            Rafaële Rivais








                        



                                


                            
SOS Conso. Il arrive fréquemment que des copropriétaires empiètent sur les parties communes, sans en avoir l’autorisation. L’un s’attribue un couloir, en le fermant avec une porte ; l’autre prend possession d’un grenier en perçant une ouverture dans son plafond. Si le syndicat des copropriétaires ne réagit pas dans un délai de trente ans, personne ne peut plus rien dire aux contrevenants : ils se sont appropriés les surfaces annexées, par « prescription acquisitive », ou « usucapion ». Mais le contraire est-il possible ? Un syndicat de copropriétaires peut-il s’approprier un bien privatif grâce à cette prescription trentenaire ? La question ne s’était jamais posée, jusqu’à ce que survienne l’affaire suivante.
Son garage étant un peu étroit, Alfred X. envisage d’acquérir le lot qui lui est mitoyen, et dans lequel certains habitants rangent vélos et poussettes
En mars 2005, Alfred X. (tous les prénoms ont été changés), 66 ans, achète un appartement et un garage dans une copropriété de Reims (Marne). Le garage étant un peu étroit, il envisage d’acquérir le lot qui lui est mitoyen, et dans lequel certains habitants rangent vélos et poussettes. Ce lot est répertorié dans le règlement de copropriété sous le numéro 16 ; il y est décrit comme « garage, ancienne buanderie », avec le nombre de parts qui lui est attribué (« 9 millièmes »). Mais Alfred constate que son propriétaire n’apparaît jamais sur les feuilles de présence établies lors des assemblées générales annuelles, auxquelles il n’est d’ailleurs pas convoqué – une anomalie. Lorsqu’il demande au syndic à qui le lot appartient, il « n’obtient  pas de réponse ».
Il s’adresse alors à la conservation des hypothèques de Reims ; devenue le service de la publicité foncière, elle enregistre les actes de propriété et lui indique qu’il s’agit de Pierre Y. Cet ancien représentant en vins et spiritueux auprès d’épiceries fines a, autrefois, possédé tout l’immeuble,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ La journaliste Mathilde Golla a arpenté les marchés de producteurs et les épiceries coopératives, testé une Association pour le maintien d’une agriculture paysanne et les paniers recettes, dont elle a tiré un guide pratique.
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Comment vivre 100 jours sans supermarché ?

La journaliste Mathilde Golla a arpenté les marchés de producteurs et les épiceries coopératives, testé une Association pour le maintien d’une agriculture paysanne et les paniers recettes, dont elle a tiré un guide pratique.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 11h45
    |

            Audrey Garric








                        



                                


                            

Le livre. Elle a passé cent jours sans mettre un pied dans un supermarché. A la place, la journaliste du Figaro Mathilde Golla a arpenté les marchés de producteurs, les épiceries coopératives et autres potagers urbains, a adhéré à une Association pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap) et a testé la cueillette en plein champ. Elle a tiré de ce défi, réalisé en février 2016, un guide pratique qui vient de paraître aux éditions Flammarion.
Tout débute par une rencontre, celle d’un éleveur normand qui décide d’arrêter son activité faute de continuer à en vivre. Une situation loin d’être isolée. « En France, un agriculteur sur cinq perd de l’argent, tandis qu’un sur trois gagne moins de 350 euros par mois », rappelle la journaliste de 37 ans, spécialisée en économie. Car en dix ans, les paysans ont perdu plus de 30 % de plus-value au profit des transformateurs et des distributeurs. Et Mathilde Golla d’interroger : les circuits courts – des produits agricoles commercialisés en vente directe ou avec un seul intermédiaire – peuvent-ils être le « salut d’une agriculture aux abois » ?

Avec l’aide des internautes, la journaliste se lance alors dans une aventure pavée de bonnes intentions et de produits frais et locaux. Elle se fixe des règles : boycotter les grandes surfaces et petites supérettes, y compris bio, et éviter les commerces de bouche. Côté nourriture, l’auteure traque les petits producteurs sur les marchés mais aussi via des structures qui essaiment partout en France : La Ruche qui dit oui – forte de ses 1 300 points de distribution –, le Comptoir local – qui livre chez les consommateurs des produits frais et de saison provenant d’Ile-de-France –, Okadran ou Poiscaille – vente directe de viande et de poisson.
Investissement en temps
Elle teste également les paniers recettes (Foodette, Quitoque, Les Commis, etc.), les épiceries tenues par les adhérents (La Louve, Supercoop,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Editorial. En insistant pour pérenniser la piétonnisation des berges sur la rive droite de la Seine, la maire de Paris ouvre la voie dans le combat des villes contre la pollution.
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Pollution : Anne Hidalgo va dans le bon sens

Editorial. En insistant pour pérenniser la piétonnisation des berges sur la rive droite de la Seine, la maire de Paris ouvre la voie dans le combat des villes contre la pollution.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 11h30
 • Mis à jour le
09.03.2018 à 14h45
   





                        


Editorial du « Monde ». C’est la nouvelle bataille de Paris. Le sujet est à ne surtout pas aborder dans un taxi. L’objet de la querelle ? Ces 3 300 mètres de quais sur la rive droite de la Seine, qui hystérisent la vie parisienne depuis leur fermeture à la circulation automobile, en octobre 2016. Un rassemblement est organisé samedi 10 mars là où Paris Plages déploie ses transats l’été, avec comme cri de ralliement : « Des poussettes contre la pollution ! Non au retour des voitures ! »
Car le vrombissement des moteurs thermiques menace de chasser les promeneurs de ce tronçon de la voie Georges-Pompidou, cette autoroute urbaine traversant la capitale d’ouest en est. Le tribunal administratif de Paris a annulé la fermeture des voies sur berges le 21 février, au motif que l’étude d’impact environnemental comportait « des inexactitudes, des omissions et des insuffisances ».
Cette décision a obligé Anne Hidalgo à prendre un nouvel arrêté, le 8 mars. Pour éviter qu’il soit à son tour rejeté, la Mairie de Paris a soigneusement gommé toute référence à un objectif de réduction de la pollution atmosphérique ou de santé publique, se contentant d’invoquer la valorisation patrimoniale d’un site hautement touristique.
2 500 morts prématurées
Les voies sur berges, au centre de toutes les crispations, ne représentent que 0,16 % du kilométrage francilien. Mais leur fermeture s’inscrit dans une politique plus large de restriction de la place de la voiture dans la cité. Paris n’est pas la première ville du monde, ni de France, à s’attaquer à ce chantier. Bordeaux et Lyon ont achevé il y a bien longtemps leur reconquête des quais de la Garonne et du Rhône.
Mme Hidalgo a voulu aller plus loin, en instaurant les fameuses vignettes Crit’Air pour bannir progressivement les véhicules les plus polluants. D’ici à 2024, année où Paris accueillera les Jeux olympiques, les diesels ne pourront plus y circuler. En 2030, ce sera au tour des voitures à l’essence. Dans ce combat contre la pollution, la maire de Paris n’avance pas à contresens, elle ouvre la voie. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, veut en finir avec le moteur thermique à l’échelle du pays à l’horizon 2040. Certaines villes d’Allemagne, comme Stuttgart, berceau de Porsche et de Mercedes, envisagent même désormais de barrer leurs rues au diesel.

        Lire aussi.
         

          Voies sur berge à Paris : le nouvel arrêté ne se réfère plus à la réduction de la pollution



Valérie Pécresse, la présidente de la région Ile-de-France, a beau critiquer la « méthode autoritaire » de sa rivale politique, Mme Hidalgo a raison de viser les véhicules polluants. Question de santé publique. Un Parisien sur deux est surexposé au dioxyde d’azote, majoritairement émis par le trafic routier. Des dépassements qui concernent également d’autres agglomérations et valent à la France d’être sous la menace d’un renvoi devant la Cour de justice de l’Union européenne. Les rejets de gaz toxiques sont responsables d’environ 48 000 morts prématurées en France chaque année, dont 2 500 à Paris.
Reste tous ces automobilistes désorientés que l’Etat a, pendant des décennies, incités à investir dans le diesel. Les alternatives font encore défaut. Les modèles électriques ou hybrides restent chers. Le changement d’opérateur des vélos en libre-service tourne à l’accident industriel. Les métros et RER sont en surchauffe.
L’Allemagne, qui est aussi dans le collimateur de Bruxelles, envisage la gratuité des transports en commun dans certaines villes. A Paris, cette mesure a déjà été expérimentée lors des pics de pollution. Valérie Pécresse y a mis fin. A la gratuité, pas aux pics.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », revient sur l’actualité et les problématiques du plus grand musée de la planète.
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Article sélectionné dans La Matinale du 08/03/2018
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« Quelle place pour les passionnés d’art au Louvre ? »

Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », revient sur l’actualité et les problématiques du plus grand musée de la planète.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
09.03.2018 à 07h52
    |

            Michel Guerrin (rédacteur en chef au "Monde")








                        



                                


                            

Chronique. Dans les jours prochains, Jean-Luc Martinez sera reconduit pour trois ans comme patron du Louvre. S’il s’était éclipsé après un premier mandat, cela aurait été une surprise, d’autant que ce spécialiste de la Grèce antique tient la boutique que son prédécesseur, Henri Loyrette, a gardée pendant quatre mandats.
Mais déjà, dans le plus grand musée du monde, qui remonte la pente après une chute de fréquentation (8,1 millions d’entrées en 2017) – véritable baromètre de la santé du pays – et où Emmanuel Macron a endossé son costume de président, un sujet vient polluer cette nomination : La Joconde peut-elle être prêtée ?
La ministre de la culture le souhaite. Pour Françoise Nyssen, les œuvres d’art doivent sortir des musées et rencontrer le public qui n’y va pas. Elle a assimilé Mona Lisa au pigeon voyageur de la culture pour tous lors de ses vœux en début d’année. Les gardiens du temple avaient alors levé les yeux au ciel : La Joconde, peinte sur du bois fin et fendu, présentée dans une vitrine blindée, que l’on sort de sa boîte une fois par an pour lui faire passer un check-up digne d’un chef d’Etat, est si fragile qu’elle ne peut quitter le Louvre, et même sa salle. Au point qu’elle ne sera pas de la rétrospective Léonard de Vinci, en 2019, dans ce même musée.
On pensait que Françoise Nyssen voulait juste signifier sa détermination sociale. Mais elle a récidivé, le 1er mars au micro d’Europe 1, ajoutant qu’elle aimait les idées disruptives. Ce n’est plus de l’ignorance, plutôt de la démagogie. Jean-Luc Martinez aurait certes pu répondre publiquement que son idée était impossible. Pas le moment. Pas son genre. Il a une autre raison de dire non. La Joconde aimante les touristes, elle est centrale dans l’économie du musée.
L’équation périlleuse des publics
Mme Nyssen a pu avoir cette idée parce que, depuis dix ans, les grands musées se sont lancés dans une vaste...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Le politiste Christophe Jaffrelot décrit la lente émergence d’une conscience hindouiste, prélude à l’avénement d’un nationalisme religieux.
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« Il a fallu des siècles pour qu’une communauté hindoue émerge »

Le politiste Christophe Jaffrelot décrit la lente émergence d’une conscience hindouiste, prélude à l’avénement d’un nationalisme religieux.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
09.03.2018 à 09h06
    |

            Julien Bouissou (New Delhi, correspondant régional)








                        



                                


                            
Docteur en sciences politiques, Christophe Jaffrelot est directeur de recherches au Centre de recherches internationales de Sciences Po-CNRS. Il est notamment l’auteur d’Inde, l’envers de la puissance. Inégalités et révoltes (CNRS Editions, 2012).
Existe-t-il un « hindouisme » et quelles sont ses origines ?
A l’origine, l’hindouisme représente davantage une juxtaposition de religions qu’une religion homogène. On n’y trouve pas de Livre ou de dogme, pas de clergé unifié : les prêtres sont les desservants des temples de père en fils et ne suivent pas de formation commune. L’unité de base de l’hindouisme est en réalité la secte, émanation d’un maître spirituel, dont l’essence réside dans la transmission ininterrompue de la parole du gourou fondateur. Certains gourous ont une telle créativité qu’il est impossible de les classer ! Le célèbre Sai Baba [1926-2011] a, par exemple, emprunté à l’islam autant qu’à l’hindouisme. Les sectes sont traditionnellement cloisonnées et même rivales.

En outre, l’hindouisme connaît des variations en fonction de la caste. Par exemple, les lieux de culte des brahmanes, la plus haute caste, ne sont pas, d’après les coutumes, ceux des dalits (les ex-intouchables) – même si la Constitution de 1950, largement rédigée par un dalit, le Dr Ambedkar, prévoit l’ouverture des temples à tous les dévots sans distinction.
Comment cette hétérogénéité de castes et de sectes a-t-elle donné naissance à un mouvement nationaliste ?
Il a fallu des siècles pour qu’une communauté hindoue émerge. L’appellation « hindou » elle-même est venue de l’extérieur. Le mot, d’origine persane, a été utilisé par les envahisseurs musulmans pour désigner ceux qui vivaient au-delà de l’Indus et est entré dans le vocabulaire courant à partir du sultanat de Delhi, au XIe siècle. Comment les ­ « hindous » auraient-ils pu se considérer eux-mêmes comme hindous alors...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Avec l’arrivée au pouvoir en 2014 du nationalisme hindou, l’idée d’une nation séculière célébrée par Nehru semble vivre ses derniers jours. Enquête, à l’occasion de la visite d’Etat de Macron jusqu’au 12 mars.
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L’Inde dans une bataille identitaire

Avec l’arrivée au pouvoir en 2014 du nationalisme hindou, l’idée d’une nation séculière célébrée par Nehru semble vivre ses derniers jours. Enquête, à l’occasion de la visite d’Etat de Macron jusqu’au 12 mars.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
09.03.2018 à 09h00
    |

            Julien Bouissou (New Delhi, correspondant régional)








                        



                                


                            
Qu’est-ce qu’être indien ? Dans un pays peuplé de 1,3 milliard d’habitants qui ne parlent pas la même langue et qui n’ont ni la même histoire ni la même religion, la question fait à nouveau débat. « Tous les Indiens sont hindous », a tranché, fin février, Mohan Bhagwat, le chef du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), l’organisation nationaliste hindoue dont est issu le premier ministre indien, Narendra Modi. Soixante et onze ans après l’indépendance, l’idée d’une Inde séculière vit sans doute ses derniers jours.
Aux yeux des étrangers, l’identité indienne a longtemps été une énigme. Rien de ce qui définit les vieilles nations européennes ne peut s’appliquer à l’Inde – ni la langue ni la religion, encore moins l’ethnicité. Pour John Strachey (1823-1907), ancien gouverneur général des Indes sous l’Empire britannique, il n’y avait pas l’ombre d’un doute. « Il n’y a pas, il n’y a jamais eu d’Inde, ni même de pays indien possédant, selon les critères européens, une forme quelconque d’unité physique, sociale ou religieuse ; pas de nation, pas de “peuple de l’Inde” dignes de ce nom. » Une idée reprise en 1931 par Winston Churchill : « L’Inde n’est pas plus une nation unie que ne l’est l’équateur terrestre. »
Une idée plus qu’une identité ?
Comment imaginer ce pays si fragmenté, qui s’étire des chaînes de l’Himalaya aux mers chaudes de l’océan Indien, devenant un jour une nation ? Comment penser l’unité de cette contrée qui, avant son indépendance, était morcelée en Etats princiers et hiérarchisée en castes ? « Chacune de ces castes forme une petite nation à part, qui a son esprit, ses usages, ses lois, son gouvernement à part, observait déjà, au XIXe siècle, Alexis de Tocqueville. C’est dans la caste que s’est renfermé l’esprit national des Indous. La patrie, pour eux, c’est la caste, on la chercherait vainement ailleurs, mais là, elle est vivante. »
La phrase célèbre du Prix Nobel de littérature Rabindranath...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ L’économiste Jérôme Mathis revient, dans une tribune au « Monde », sur la spéculation qui a fait exploser, aux Etats-Unis, le coût d’un médicament contre une maladie mortelle, ouvrant un débat sur la moralité de la finance.
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« Immoral mais légal, le scandale du Daraprim interroge la régulation des marchés financiers »

L’économiste Jérôme Mathis revient, dans une tribune au « Monde », sur la spéculation qui a fait exploser, aux Etats-Unis, le coût d’un médicament contre une maladie mortelle, ouvrant un débat sur la moralité de la finance.



Le Monde
 |    09.03.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
09.03.2018 à 12h01
    |

Jérôme Mathis (Professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine)







                        



                                


                            

Tribune. Les Américains attendent avec impatience, le 9 mars, le verdict du procès de Martin Shkreli, l’homme le plus détesté des Etats-Unis, accusé d’avoir spéculé sur le prix d’un médicament.
Rappel des faits. Le matin du 21 septembre 2015, les Américains atteints de toxoplasmose (une infection parasitaire potentiellement mortelle) se retrouvent confrontés à une atroce réalité. Les chaînes d’information diffusent en boucle un message qui éclate comme un coup de tonnerre dans un ciel serein.
Le prix de leur médicament, le Daraprim, a été multiplié du jour au lendemain par plus de cinquante, passant de 13,50 à 750 dollars l’unité. L’ahurissante envolée tarifaire est intervenue sans alerte, peu après que Martin Shkreli, un financier trentenaire et cofondateur d’un fonds spéculatif, a racheté à un laboratoire pharmaceutique les droits exclusifs de sa commercialisation.
Quelques casseroles judiciaires
À l’échelle de la nation, la pilule a du mal à passer. Hillary Clinton et Donald Trump, les deux candidats en lice pour la présidentielle américaine, fustigent publiquement la pratique. D’autant que l’intéressé n’en est ni à son premier scandale ni à sa première tentative de s’enrichir sur le dos de personnes vulnérables. Un an auparavant, il s’était livré à une opération similaire en multipliant par vingt, du jour au lendemain, le prix d’un médicament destiné au traitement de la cystinurie, une maladie rare à l’origine de calculs rénaux héréditaires.

Immoral mais légal, ce scandale interroge la régulation des marchés financiers. Aucun texte relatif à l’encadrement des pratiques financières ne permet toutefois de sanctionner cette opération. Fort heureusement pour l’opinion publique, le spéculateur, dont l’arrogance affichée n’a de cesse de souffler sur les braises de la colère nationale, a quelques casseroles judiciaires à son actif (pyramide de Ponzi, manipulations comptables et autres formes de fraudes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Eva Delacroix-Bastien, chercheuse en management, expose dans une tribune au « Monde » les résultats d’une enquête sur l’utilisation de Facebook par des femmes isolées et précaires pour améliorer leurs revenus.
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« Pour 9 % des ménages français, vendre via des plates-formes collaboratives génère plus de la moitié du revenu disponible »

Eva Delacroix-Bastien, chercheuse en management, expose dans une tribune au « Monde » les résultats d’une enquête sur l’utilisation de Facebook par des femmes isolées et précaires pour améliorer leurs revenus.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 20h00
    |

Eva Delacroix-Bastien (Chercheuse à Paris-Dauphine Recherches en Management)







                        



                                


                            

Tribune. La reprise économique est là mais le chômage de longue durée ne recule pas. Malgré les politiques de redistribution, la pauvreté est devenue un phénomène massif, enkysté. Quels sont les leviers d’action face à un problème crucial pour la cohésion nationale, affichée comme une priorité pour 2018 par le gouvernement ? Nos recherches font entrevoir de nouvelles pistes.
Au sein des populations les plus pauvres, on a assisté ces dernières années à une forte augmentation des échanges de biens et services entre particuliers via Internet. Ils ont peu attiré l’attention. Les réseaux sociaux et l’économie dite collaborative sont en effet beaucoup plus associés dans les esprits au monde des « geeks », des diplômés, des citadins. Mais ces réseaux ont aussi engendré la création dans les zones défavorisées d’une multitude de petites entreprises informelles.
Petits objets faits main
Sur Facebook, de nombreuses communautés virtuelles, géographiquement très localisées, ont éclos sous la forme de groupes de vente.
Notre recherche dans les Hauts-de-France montre par exemple comment des jeunes femmes au faible niveau d’études, souvent seules avec plusieurs enfants, généralement sans permis de conduire, parviennent régulièrement à compléter les minima sociaux et « finir les mois » en vendant de petits objets faits main, mis en valeur ou réparés par leur soin, des biens dont elles n’ont plus l’usage, ou en proposant des services (couture, traiteur, onglerie, coiffure, etc.). Pour 9 % des ménages français, ce type d’échanges via des plates-formes collaboratives représente plus de la moitié du revenu disponible !

Dans les pays pauvres, ces menues activités de subsistance sont très fréquentes. Mais de tels échanges entre pairs étaient devenus beaucoup plus difficiles dans les quartiers populaires français. En effet, monter par exemple une échoppe à ciel ouvert exige ici une série d’autorisations. De nombreuses réglementations restreignent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Pour la journaliste Inès Oueslati, la femme tunisienne vit encore menacée, discriminée au sein même de sa famille, avec la bénédiction de la loi.
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Point de vue

« Il est gênant de voir que l’on fait de son genre un événement marketing »

Pour la journaliste Inès Oueslati, la femme tunisienne vit encore menacée, discriminée au sein même de sa famille, avec la bénédiction de la loi.

Par                Inès Oueslati



LE MONDE
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        Le 08.03.2018 à 18h10

     •
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        Mis à jour le 08.03.2018 à 19h11






    
Une manifestante lors de la Journée internationale des droits des femmes, à Marseille, le 4 mars 2017.
Crédits : ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP


Tribune. 8 mars, jour où la femme se fête. Pourtant, fêter la femme dans un contexte qui lui est partiellement hostile revient à faire une fête de sa propre défaite. Loin d’être une victoire, en effet, de constater que les réussites que nous célébrons, dont le Code du statut personnel, fruit de la vision bourguibienne, sont celles des générations passées, que les plus grandes réalisations sont le fruit des combats de nos grands-mères et mères.
Droit à l’avortement, droit de vote, divorce par consentement mutuel… sont des acquis reçus en héritage. Ils étaient censés garantir à la femme tunisienne une place confortable et stable dans sa société. Mais la Tunisienne du XXIe siècle vit encore, dans bien des cas et dans certaines villes, son genre comme une menace, comme une discrimination au sein même de sa famille, avec la bénédiction de la loi.
Archaïsmes législatifs et sociaux
Nos prédécesseur(e) s ont lutté pour des lois, nous luttons pour des lois et contre un état d’esprit. Oui, nous sommes, nous, en train de mener un combat (encore un) contre l’obscurantisme, le machisme devenu sociétal et des inégalités en nombre.
En Tunisie, les femmes sont en confrontation quotidienne avec une législation anachronique, un mal profond qui s’ajoute au lot d’injustices normalisées. Le dossier en cours étant l’égalité dans l’héritage car, dans ce pays qui se reconstruit, l’inégalité (dans l’héritage) est défendue à coup de versets coraniques et d’accusations d’apostasie. Oui, on en est encore là !

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                #MeToo : « La politisation de ce mouvement est indispensable »



C’est bien au nom du Coran que le frère continue d’hériter le double de sa sœur en Tunisie. Une transposition des dispositions religieuses dans la législation qui dérange beaucoup. Et elles sont nombreuses à s’ériger contre cette règle de partage vécue comme une injustice. Une coalition nationale pour légalité dans l’héritage a même vu le jour et prévoit une marche ce samedi 10 mars. L’objectif est de soutenir une initiative proposée par le président de la République, Béji Caïd Essebsi, le 13 août 2017, à l’occasion de la célébration de la femme (encore une fois), qui appelait à l’autorisation de l’égalité dans l’héritage et du mariage des Tunisiennes à de non-musulmans.
Les enjeux actuels pour la femme tunisienne sont importants. La Tunisienne lutte contre les archaïsmes législatifs et sa lutte est d’autant plus rude que les archaïsmes sociaux persistent, que le machisme est enraciné, que les mentalités rétrogrades ont leurs arguments et que ceux-ci peuvent être exploités politiquement.
Nivellement par le bas
Nous en sommes encore, femmes du monde, toutes cultures confondues, abstraction faite de nos avancées respectives, dans des phases décisives, en lutte contre une réflexion galvaudée devenue norme, contre le sexisme, contre le harcèlement de rue, au travail, dans les transports. En attestent les #MeToo et les #Time’sUp : que l’on soit musulmane, chrétienne ou juive, française, américaine ou tunisienne, nous sommes unies par nos similarités dans les disparités !

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                Les droits des femmes dans le monde : de très fortes disparités entre Nord et Sud



Paradoxalement, cette fête de la femme gêne et ne fait pas qu’honorer. Pas seulement parce qu’il n’y a pas, dans le calendrier des fêtes, une occasion pour rendre la pareille à la gente masculine, ni parce que cela est gênant de voir fêter son appartenance, alors que c’est, pour elle, que le combat se poursuit. Cela est gênant de voir que l’on fait de son genre un événement marketing, un instrument de propagande politique, un sujet d’études, un objet de fonds. Alors que les bases acquises en matière de droit sont en péril et que le nivellement par le bas opère, alors qu’on normalise avec le sexisme et qu’on l’autorise à trouver sens dans le système judiciaire, il est dur de se laisser fêter, même une fois l’an.
Ceci nous rappelle que, dans « ségrégation positive », il y a « ségrégation » et que, pour être « positives », il faut sortir de la bulle, cesser le silence, hausser la voix, s’imposer et faire le changement.
Inès Oueslati est une journaliste tunisienne qui vit à Tunis.


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Comment confronter un système qui sert les hommes quand on est soi-même un homme ? Le journaliste Jérémy Patinier et le sociologue Raphaël Liogier croient avoir trouvé la parade à ces difficultés : ils disent tous deux s’adresser aux hommes ou en tant qu’homme.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Féminisme : parole d’hommes !

Comment confronter un système qui sert les hommes quand on est soi-même un homme ? Le journaliste Jérémy Patinier et le sociologue Raphaël Liogier croient avoir trouvé la parade à ces difficultés : ils disent tous deux s’adresser aux hommes ou en tant qu’homme.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 17h03
    |

            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            

Livres. Une parole ne s’est pas libérée depuis l’affaire Weinstein, celle des hommes. Et pour cause. Comment apporter son soutien à une question que l’on estime juste, alors que ce moment consacre plutôt l’expression des femmes ? Comment confronter un système qui sert les hommes quand on est soi-même un homme ?
Deux auteurs se risquent néanmoins et croient avoir trouvé la parade à ces difficultés : ils disent tous deux s’adresser aux hommes ou en tant qu’homme. L’intention de Jérémy Patinier, journaliste et éditeur, n’est pas de prendre position directement dans le débat, mais de faire œuvre de pédagogie afin de démontrer à ses congénères qu’ils ont tout à gagner à se convertir au féminisme.
Il propose au lecteur, un terme qui échappe donc ici à l’écriture inclusive, un guide pratique sur le mode du développement personnel. Comment et pourquoi devenir féministe ? Comment échapper aux griffes du patriarcat ? Comment le combattre au quotidien ? Voilà certaines des questions abordées. Sa conviction est que l’« on ne naît pas féministe, mais on peut tous le devenir ».
Passe-droits dont profitent les hommes
Puis il ajoute, « le seul risque que prend l’homme féministe, c’est de devenir moins con », expression qui peut faire sourciller en un tel lieu, puisqu’elle emprunte à un vocabulaire ordurier dénigrant le corps des femmes. L’auteur démontre ainsi, en dépit de lui-même, la profonde imprégnation de références sexistes dans notre quotidien.
Au-delà cet oubli, Jérémy Patinier s’emploie en toute bonne foi et avec inventivité à révéler ces mécanismes qui depuis trop longtemps servent la gent masculine. Son livre alterne les courts articles avec des courts quiz qui incitent à la prise de conscience. Il propose notamment une « roue des privilèges », quarante situations qui relèvent des assignations de genre, par exemple « on ne vous traitera pas de prude ou d’allumeur facilement si vous refusez...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Marie Petitcuénot, consultante en communication, explique dans une tribune au « Monde » comment les femmes, dans les grandes entreprises, sont amenées à « garder le silence », se privant ainsi de la reconnaissance nécessaire.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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« Les femmes sont l’actif le plus silencieux de l’entreprise »

Marie Petitcuénot, consultante en communication, explique dans une tribune au « Monde » comment les femmes, dans les grandes entreprises, sont amenées à « garder le silence », se privant ainsi de la reconnaissance nécessaire.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 16h11
    |

Marie Petitcuénot (Associée fondatrice de 15 Juillet, cabinet de conseil en communication)







                        



                                


                            

Tribune. Il y a trois ans, Sheryl Sandberg, la directrice générale de Yahoo, dénonçait la confiscation de la parole des femmes en entreprise. Selon elle, les hommes qui parlent beaucoup en réunion seraient jugés 10 % plus compétents que les autres, alors qu’une femme qui parle beaucoup serait considérée 14 % moins compétente que celles qui se taisent.
Le « double bind » des femmes est le réflexe culturel le mieux partagé en entreprise : si elles parlent avec autorité, on méprise les femmes au prétexte qu’elles se comportent comme des hommes. Si elles font preuve d’empathie, on doute de leur capacité au leadership. Entre ces deux maux, on comprend que les femmes choisissent souvent le silence.
Invisibilisation des grandes oratrices de l’histoire
Cette confiscation résonne avec l’invisibilisation des grandes oratrices de l’histoire. Êtes-vous capable d’en citer cinq ? Non, mais cela ne vient pas de vous. Vous avez sûrement pensé à Olympe de Gouge, plus récemment à Emma Watson ou encore à Malala Yousafzai. Dans les récits historiques, les femmes n’ont pas le droit à la parole.
Est-ce la théorie rousseauiste selon laquelle elles ne peuvent dominer leur nature irrationnelle et leurs émotions ? Est-ce la violence que l’image d’une oratrice capable de lever les foules inflige au mythe de la Madone et de « l’Ange du Foyer » comme l’appelait Virginia Woolf ? Aujourd’hui encore, les plateaux de télévision éclipsent la parole des femmes : elles n’obtiennent que 32,8 % du temps de parole et elles ne représentent que 20 % des experts interrogés selon le Conseil supérieur de l’audiovisuel lui-même.
Le « manterrupting » (contraction de « man » et « interrupting ») et le « mansplaining » (« man » et « explaining ») conceptualisent désormais des scènes du quotidien. Les femmes sont plus souvent interrompues lorsqu’elles prennent la parole. Elles courent alors...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Les documents concernant les femmes ayant demandé à se faire avorter entre 1975 et 1992 disparaîtraient des archives. Une grave erreur estiment, dans une tribune au « Monde », des historiens, des sociologues et des politistes.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Politique des archives publiques : « Les femmes ordinaires seront les premières sacrifiées »

Les documents concernant les femmes ayant demandé à se faire avorter entre 1975 et 1992 disparaîtraient des archives. Une grave erreur estiment, dans une tribune au « Monde », des historiens, des sociologues et des politistes.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 15h00
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 15h18
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Collectif







                        



                                


                            
Tribune. Comme le laissait entrevoir un document de travail du ministère de la Culture révélé par le journal Le Monde du 14 novembre 2017, afin de faire face au manque de place, la politique de collecte des archives publiques doit désormais « être concentrée sur les archives essentielles pour les générations futures ». Une pétition lancée par des historiennes et historiens, signée par près de dix mille personnes, s’en inquiétait : « les archives ne sont pas des stocks à réduire ».
Associations professionnelles en histoire et syndicats des métiers de l’archive imaginaient le pire : qui allait décider ? Qu’est-ce qui allait être conservé ? N’allait-on pas se concentrer sur les papiers des « grands hommes » et passer à côté de documents inestimables et dont l’utilité n’apparaîtrait que demain ? Quid des traces des individus ordinaires, de leurs carrières, de leur vie quotidienne ?
La version statistique n’est pas exhaustive mais, qu’importe, la direction des Archives nationales estime qu’il s’agit de doublons !
On sait maintenant que ces inquiétudes étaient fondées. Les archives des femmes ordinaires seront les premières sacrifiées. Car voilà qu’à l’avant-garde des « archives non définitives » désignées pour être éliminées sont les formulaires individuels des femmes qui ont demandé une interruption de grossesse de 1975 à 1992. Anonymes et remplies par les médecins pour chaque patiente ou par les femmes elles-mêmes afin de nourrir les statistiques publiques produites par l’INED (en lien avec l’Inserm), ces archives ne semblent plus « essentielles » une fois les chiffres globaux produits.
Elles regorgent pourtant d’une foule de renseignements : âge, nombre de maternités et d’IVG, profession, lieu de l’avortement, nom du praticien, etc. La version statistique n’est pas exhaustive mais, qu’importe, la direction des Archives nationales estime qu’il s’agit de doublons !
Très riche matériau de l’histoire
Pour...




                        

                        

