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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Le romancier fut le lauréat du prix Goncourt en 1976 pour « Les Flamboyants », il est également membre du jury du prix Médicis.
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Patrick Grainville est élu à l’Académie française au fauteuil d’Alain Decaux

Le romancier fut le lauréat du prix Goncourt en 1976 pour « Les Flamboyants », il est également membre du jury du prix Médicis.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 17h25
   





                        



   


L’écrivain Patrick Grainville a été élu à l’Académie française, jeudi 8 mars, a annoncé l’institution. Il occupera le fauteuil de l’historien Alain Decaux, mort le 27 mars 2016.
Patrick Grainville, 70 ans, a été choisi au premier tour de scrutin par treize voix contre deux, celles-ci étant allées à Dominique-Marie Dauzet, écrivain et prêtre catholique prémontré, un ordre suivant la règle de vie de saint Augustin. Il y a eu deux bulletins blancs et sept bulletins marqués d’une croix précise l’Académie sur son site.
Patrick Grainville, membre du jury du prix Médicis, fut le lauréat du prix Goncourt en 1976 pour Les Flamboyants. Dernièrement, il a publié Falaise des fous, une histoire de la peinture de Courbet à Monet à travers le parcours immobile d’un petit rentier d’Etretat.

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                Patrick Grainville a posé son chevalet sur la côte normande






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Boris Gobille et Jean-François Hamel décrivent le défi que Mai 68 a représenté pour les avant-gardes littéraires. Passionnant.
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Mai 68 : écrivains, apprenez à ne plus l’être !

Boris Gobille et Jean-François Hamel décrivent le défi que Mai 68 a représenté pour les avant-gardes littéraires. Passionnant.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 09h29
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            
Le Mai 68 des écrivains. Crise politique et avant-gardes littéraires, de Boris Gobille, CNRS Editions, 400 p., 25 €.
Nous sommes tous la pègre. Les années 68 de Blanchot, de Jean-François Hamel, Minuit, « Paradoxe », 144 p., 14,50 €.

Le plus douloureux, pour l’avant-garde, c’est après. Dans la doctrine de Lénine, quelques-uns s’en souviennent, les intellectuels devaient aider les travailleurs à prendre conscience de leur vocation historique : bâtir une société égalitaire où les intellectuels, justement, n’auraient plus lieu d’être. Plus généralement, c’est chaque moment révolutionnaire qui remet l’avant-garde devant sa responsabilité – disparaître pour que naisse le monde nouveau.
Les délices du prophétisme autodestructeur
En 1968, les écrivains furent particulièrement concernés par cette brûlante injonction, ainsi que le montre la réjouissante étude de Boris Gobille. Issu d’une thèse de doctorat, ce travail éclaire le « défi » que Mai 68 représenta pour les avant-gardes littéraires. Depuis des années déjà, ces dernières avaient dynamité les catégories « à travers lesquelles la littérature se pratique, se pense et se dit ». Avec le structuralisme (Barthes, Foucault, notamment), elles avaient décrété la mort de « l’auteur ». Par leur radicalité esthétique et politique, elles ne pouvaient qu’applaudir et épauler un soulèvement visant à libérer la parole de chacune et de chacun.

Mais, pour ces avant-gardes, une fois de plus, rejoindre la rébellion, c’était savourer les délices du prophétisme autodestructeur. Car elles ne pouvaient survivre longtemps à une insurrection dont l’arme était « la créativité à la base », comme l’affirme alors la commission « Nous sommes en marche » du comité d’action de Censier. En proclamant que l’imagination était la chose la mieux partagée, et qu’elle ne saurait plus...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Ecrits sur l’histoire (1963-1986) », de Louis Althusser.
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Figures libres. Balade dans l’histoire avec Althusser

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Ecrits sur l’histoire (1963-1986) », de Louis Althusser.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 17h12
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Ecrits sur l’histoire (1963-1986), de Louis Althusser, édité par G. M. Goshgarian, PUF, « Perspectives critiques », 286 p., 20 €.

Quelques publications seulement ont assuré au philosophe Louis Althusser (1918-1990) une place de choix parmi les références théoriques des années 1968, celles qui ont préparé et suivi l’événement. Ses textes disponibles étaient bien peu nombreux – principalement, en 1965, Pour Marx et Lire le Capital, aux éditions Maspero. Mais ils furent vite tenus pour décisifs par nombre d’intellectuels et de militants.
Les uns étudiaient auprès de lui à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, à Paris.
D’autres appartenaient à des générations différentes, certains vivaient fort loin de la France.
Tous avaient la conviction que, avec son travail, le marxisme pouvait changer de forme, de style, voire d’époque. Il s’agissait de lire Marx structuralement, conceptuellement, pour en tirer d’autres leçons politiques que celles de l’opportunisme, jugé décérébré, des apparatchiks communistes de l’époque.
Auteur prolixe à titre posthume
Ces rares textes cachaient une forêt de manuscrits, ce qui n’étonne pas chez un penseur marqué de tant de paradoxes. Logicien à l’esprit clair et lucide, il souffrait de psychose, de crises d’angoisse et de dépression. Volontiers rebelle, se voulant révolutionnaire, il semblait parfois conformiste. Amoureux de son épouse Hélène Rytmann, il l’assassina en 1980 dans une crise de démence, et fut déclaré irresponsable. De ces singularités, la moindre n’est pas de s’être révélé auteur prolixe à titre posthume.
Depuis une vingtaine d’années, on a lu bien plus de textes de Louis Althusser que de son vivant. Ses archives, déposées à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC), ont donné naissance à une dizaine de volumes. Les Ecrits sur l’histoire qui paraissent aujourd’hui constituent le quatrième...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Claro use sa plume sergent-major sur le ­nouveau livre de Denis Tillinac.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. La croix et l’artichaut

Claro use sa plume sergent-major sur le ­nouveau livre de Denis Tillinac.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 07h30
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Caractériel, de Denis Tillinac, Albin Michel, 176 p., 15 €.

De tous les genres ­littéraires imaginables, il en est un qui sidère – on n’est même pas sûr qu’il s’agisse d’un genre littéraire. Difficile d’en définir la forme, d’en fixer les canons. Il remonte à une époque révolue mais séduit encore quelques assis éclairés à la bougie. Peu d’écrivains l’osent, tant il est risqué. Situé à égale distance du suranné et du ridicule, il récompense ceux qui s’y collent par une ankylose stylistique sans doute incurable. Il sait pourtant se dilater telle une vessie dès qu’on l’agite devant un auditoire égrotant, seul capable de discerner, sous l’enduit de l’ennui, le papier peint de la sincérité (pardon).
Ce genre littéraire, pourtant, il faut bien ici le nommer. Appelons-le, faute d’un terme plus technique, la « TLD » – la très longue dictée. Contrairement à la « DO » – la dictée ordinaire –, qui s’épanche laborieusement en salle de classe tel un ru de mots croisés mais ne dure jamais plus d’une vingtaine de lignes, la TLD, elle, n’hésite pas à occuper l’espace entier d’un livre. Hypnotique au point de courir le risque du soporifique, elle sidère par sa foi dans un récit entièrement constitué de carton-pâte, dans le choix de mots bibelots nimbés de poussière, extraits d’un lexique qui a tout d’une vitrine et, comme elle, ne réfléchit que la bouche qui l’embue.
Oyez. Denis Tillinac vient de porter la TLD à son paroxysme. Après lui, gageons-le, plus personne n’osera relever le gant. A peine a-t-on entrouvert Caractériel qu’on entend déjà crisser la plume sur le papier réglé. Il faut dire que Tillinac a l’ouïe fine et la sergent-major affûtée. Bien, prenez une feuille, notez votre nom et votre prénom en haut à gauche, inscrivez le titre au milieu puis écrivez, gaffe aux liaisons, c’est parti : « Le silence grésillait [virgule] modulé plutôt que rompu par les chants des grillons...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ La chronique de Leïla Slimani, à propos du « Réconfort », de Pierre Daymé.
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Premier roman. Spectateur des autres

La chronique de Leïla Slimani, à propos du « Réconfort », de Pierre Daymé.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 09h34
    |

                            Leïla Slimani (Ecrivaine)








                        



                                


                            
Le Réconfort, de Pierre Daymé, Fayard, 220 p., 17 €.

Imaginez-vous dans une pièce couverte de miroirs. S’y reflète le visage de l’être aimé et les visages de tous ceux que lui-même a aimés. C’est cette impression vertigineuse qui vous envahit en lisant Le Réconfort, premier roman de Pierre Daymé. Le narrateur aime Quentin, qui aime Kristian Hansen. Les personnages se croisent entre Malmö, Berlin, Paris et la Corse, dans un monde rendu tout petit par la magie des sentiments et de l’attraction physique. La géographie a subi une sorte de rétractation ; les grandes villes se résument à quelques rues, où l’on se croise et où l’on se quitte. On se connaît avant de se connaître, chaque personnage est d’abord un visage virtuel que l’on fait défiler sous son pouce. Avec ­Facebook, Instagram et Tinder, les corps se choisissent et se consomment.
Le narrateur est tout entier spectateur des autres. Fasciné par les corps étrangers, toujours un peu dominé, il regarde ses amants avec les yeux d’un enfant fasciné par ces corps d’hommes. Lorsqu’il apprend que Quentin est mort, victime d’une balle perdue, il décide de mener une sorte d’enquête, de rencontrer sa famille et de retrouver le fameux Kristian Hansen, dont Quentin avait tant souffert qu’il ne l’aime plus.
Simplicité cristalline
L’auteur construit son récit autour du schéma très classique du triangle amoureux. Il y explore des sentiments qui sont au cœur de la littérature depuis des siècles : la passion, la jalousie, la crainte de perdre l’être aimé. « Une histoire très banale, comme tu as dû en vivre toi aussi, comme j’en ai vécu beaucoup, avec des inconnus, tous interchangeables, mais qui, sur le moment, me paraissaient uniques », écrit Daymé. Qu’est-ce qui fait alors que cette histoire est si attachante ? Peut-être la simplicité cristalline de l’écriture, et ce mélange troublant de dureté et de désinvolture dans la description...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Parmi les parutions en poche de ce début d’année 2018, « Le Monde » vous recommande…
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Sélection. Livres de poche

Parmi les parutions en poche de ce début d’année 2018, « Le Monde » vous recommande…



Le Monde
 |    08.03.2018 à 07h15
    |

                            Philippe-Jean Catinchi, 
                            Benjamin Hourticq, 
Amaury da Cunha, 
Nicolas Weill et 
Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Mauvaise mère (In a Country of Mothers), d’A. M. Homes, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Arlette Stroumza, Babel, 448 p., 9,80 €.
Quand l’Américaine A. M. Homes a écrit son troisième roman, publié aux Etats-Unis en 1993 et en France en 1997 (chez Belfond), la jeune femme, née en 1961, n’avait pas encore été contactée par la mère biologique qui l’avait abandonnée à la naissance – ce qui advint peu de temps après, et qu’elle a raconté dans le formidable Le Sens de la famille (Actes Sud, 2007). Mais son livre, travaillé – comme toute son œuvre délicieusement corrosive – par la question des rapports entre parents et enfants et par l’identité, imaginait déjà des « retrouvailles ».
Dans Mauvaise mère, Claire, une psy ayant réussi sa carrière et sa famille (un mari aimant, deux garçons charmants), se persuade en effet que sa nouvelle patiente, Joy, est la fille qu’elle a abandonnée vingt-cinq ans plus tôt, dans des conditions terribles, alors qu’elle était une adolescente – un secret qui la hante et la ronge depuis. L’idée, un peu vague et folle au départ, se transforme chez la psy en obsession, tandis que sa patiente, qui était venue la consulter parce qu’elle ne parvenait pas à se convaincre d’aller étudier à l’autre bout du pays dans la prestigieuse université où elle avait été acceptée, ne se doute de rien, mais s’attache à sa thérapeute.
Alternant le récit de Claire et celui de Joy, A. M. Homes orchestre la montée de la tension dans ce roman qui emprunte au thriller autant qu’à la comédie sociale et explore la dimension toxique des liens familiaux, réels ou fantasmés, avec lucidité et humour. Avec, aussi, un impressionnant sens du rythme dans la narration. Premier roman publié en France d’A. M. Homes, Mauvaise mère n’était plus disponible depuis longtemps, alors qu’il constitue une excellente porte d’entrée dans l’œuvre de cette talentueuse Américaine, auteure notamment de La Fin d’Alice...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Après « Cartel », le romancier américain revient à un propos plus intimiste, sinon moins audacieux, avec un remake rock’n’roll de « The Long Goodbye ».
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Winslow refait Chandler

Après « Cartel », le romancier américain revient à un propos plus intimiste, sinon moins audacieux, avec un remake rock’n’roll de « The Long Goodbye ».



Le Monde
 |    08.03.2018 à 07h15
    |

            Yann Plougastel








                        



                                


                            
Missing : Germany, de Don Winslow, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Loubat-Delranc, Seuil, 320 p., 21,50 €.

Le diable se niche parfois dans les détails. Surtout si l’on s’appelle Don Winslow et que l’on a écrit deux romans majeurs, La Griffe du chien et Cartel (Fayard, 2007 ; Seuil, 2016), sur trente ans de guerre antidrogue entre le Mexique et les Etats-Unis, où, à cheval entre thriller et journalisme, l’on a inventé une sorte de nouveau genre, le polar documentaire. Dans quoi se lancer après pareilles sommes ?
Une solution à ce problème : relire les grands classiques, qui sont à l’origine de son envie. Tel Raymond Chandler (1888-1959), l’inventeur de Philip Marlowe, devenu l’archétype du détective privé, et dont Winslow s’inspirait déjà largement dans ses premiers romans (Cirque à Piccadilly ou Le Miroir de Bouddha, Gallimard, « Série noire », 1995 et 1996).
Le Marlowe de Winslow
En se replongeant dans la dernière aventure de Marlowe, The Long Goodbye (Gallimard, « Série noire », 1954 ; traduction révisée en 2014), le romancier tombe en arrêt devant le personnage de Terry Lennox. Pendant la seconde guerre mondiale, en Allemagne, ce brave garçon avait sauvé Marlowe d’une mort certaine en repoussant un obus non explosé, ce qui lui valut d’être à moitié défiguré par un éclat. Il épousa ensuite à Hollywood une milliardaire, devint alcoolique et, par amitié, Marlowe, dans le bouquin de Chandler, enquête sur son suicide suspect. Bingo, se dit Winslow.
Son propre Marlowe, l’écrivain l’a déjà : il s’agit de Franck Decker, dont le lecteur a fait la connaissance dans Missing : New York (Seuil, 2015). C’est un ancien sergent de police à Lincoln (Nebraska), devenu détective privé pour mener sa propre enquête sur la disparition d’une jeune afro-américaine. Ancien vétéran de la guerre en Irak, cet individualiste forcené, désabusé...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Avec « Ne préfère pas le sang à l’eau », la romancière se place sur le terrain de l’empathie pour évoquer le sort des réfugiés dans les démocraties occidentales.
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Céline Lapertot fait le portrait du désespoir et de l’inhumanité

Avec « Ne préfère pas le sang à l’eau », la romancière se place sur le terrain de l’empathie pour évoquer le sort des réfugiés dans les démocraties occidentales.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 07h15
    |

                            Eric Loret








                        



                                


                            
Ne préfère pas le sang à l’eau, de Céline Lapertot, Viviane Hamy, 152 p., 17 €.

Le troisième roman de Céline Lapertot, 31 ans, se présente comme une fable. Il s’ouvre pourtant sur une situation rien moins qu’inventée, en faisant déferler trois cents réfugiés sur ses premières pages : « Ils étaient assis, le long des routes qu’on leur avait assignées. Les yeux tournés à l’intérieur d’eux-mêmes. L’âme un peu vaste des nombreux chemins empruntés, de douleur, de soif et d’impatience. Attendre ici, quelques heures, bâtir un camp de fortune pendant quelques jours, le temps de savoir où aller, où se rendre exactement, où construire sa vie dans cette partie de monde qu’on ne connaît que par très lointain ouï-dire. » Ils arrivent à Cartimandua, démocratie occidentale en miniature. On les appelle les « nez-verts ». Ils viennent de contrées désertiques, chercher un peu d’eau dans cette oasis qui en regorge.
Le roman alterne deux types de chapitres : d’un côté, l’histoire de la petite Karole, 10 ans, habituée à « la morsure de la soif, jusqu’à la sensation d’évanouissement », dont on sait dès le début qu’elle mourra par cette eau qui devait la sauver. Son cadavre, dont le regard est « aussi bleu que l’océan en plein juillet », est charrié par un long thrène qui hausse Ne préfère pas le sang à l’eau au niveau d’une épopée crucifiante. Les autres chapitres mettent en scène Thiego et son ami ­Titouan, qu’on découvre en prison à l’enseigne d’un chapitre au titre aussi poétique que politique : « Méfie-toi de tes idées, on en meurt. »
La bêtise humaine
C’est qu’à Cartimandua, après « l’explosion de la Grande Citerne » et la raréfaction de l’eau, les « nez-verts » sont désormais des boucs émissaires : « Il n’y a pas plus envahisseur que celui qui vient en demandant qu’on lui règle le prix de la vie. » Or, comme le fait remarquer la mère de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Dans le subtil « Terres promises », la romancière sarde lance ses personnages à la poursuite de chimères destructrices.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Milena Agus est revenue des ailleurs illusoires

Dans le subtil « Terres promises », la romancière sarde lance ses personnages à la poursuite de chimères destructrices.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 07h15
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Terres promises (Terre promesse), de Milena Agus, traduit de l’italien par Marianne Faurobert, Liana Levi, 176 p., 15 €.

Le septième roman de Milena Agus ? Déjà ? On se rappelle ses débuts, il y a dix ans. Les éditions Liana Levi lançaient une auteure italienne inconnue. Une Sarde, timide et effacée… A l’époque, ses premiers livres, Quand le requin dort et Mal de pierres (2005 et 2006 ; Liana Levi, 2010 et 2007), n’avaient connu qu’un succès d’estime en Italie. En France, en revanche, Mal de pierres allait devenir un best-seller. Rafler des prix et inspirer à la réalisatrice ­Nicole Garcia un magnifique long-métrage présenté à Cannes en 2016.
Pas facile de survivre à pareil début. Surtout quand on déteste le feu des projecteurs. Agus choisit le travail, la discrétion. A Cagliari, chaque jour, elle s’assied à son humble écritoire, une petite table de bois, à l’ombre de la Vierge. En dix ans, elle a bâti une œuvre à part, forte et fantasque, affranchie des modes : sept romans où ses grands yeux étonnés se posent sur ce que nos existences ont de « misérable et de merveilleux ». Simultanément.
Comme chez Baudelaire, chacun sa chimère
« Mon prochain s’appellera Terres promises. Le pluriel est important », avait-elle insisté lorsque nous l’avions rencontrée chez elle en 2016. On comprend pourquoi. Chacun la sienne. Comme chez Baudelaire, chacun sa chimère. Cette bête griffue colle au corps de ses personnages telle une seconde peau. Tantôt elle les euphorise et les fait rêver. Tantôt elle pèse sur eux « comme le fourniment d’un fantassin romain ». Parfois, elle fait les deux, elle les dope et les accable en même temps.
Au départ, l’intrigue est simple. Raffaele, un fils de paysans sardes, est amoureux d’Ester. Pour échapper à un destin tout tracé de berger ou d’ouvrier agricole, l’homme part à Gênes et s’engage dans la marine....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Romans, récits… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 9 mars 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
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Livres en bref

Romans, récits… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 9 mars 2018.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 09h33
    |

                            Stéphanie Dupays (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Xavier Houssin (Collaborateur du "Monde des livres"), 
                            Pierre Deshusses (Collaborateur du "Monde des livres"), 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
Raphaëlle Leyris, 
                                Florence Bouchy (Collaboratrice du "Monde des livres") et 
                            Ariane Singer (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            Roman. Sous le velours
Les Spectateurs, de Nathalie Azoulai, P.O.L, 320 p., 17,90 €.
Cela s’appelle un « velours » : une liaison fautive. Ainsi, lors d’une fameuse conférence de presse, le 27 novembre 1967, de Gaulle parle-t-il des juifs, « qui étaient restés ce qu’ils avaient-z-été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur ». Regardant la télévision avec ses parents et sa petite sœur, un garçon de 12 ans est fasciné par cette faute, tandis que la phrase fait naître l’inquiétude chez les adultes, exilés avant sa naissance d’un pays d’Orient. Autour de ce velours, et d’une famille dont la mère ne rêve qu’aux robes des stars hollywoodiennes, Nathalie Azoulai déploie un récit impressionniste, qui travaille la langue comme un tissu, de même que dans Titus n’aimait pas Bérénice (P.O.L, prix Médicis 2015), la phrase était sculptée à même le marbre de la légende racinienne. Ici, elle cache dans les plis du texte les secrets et les angoisses de ses personnages, ainsi que les motifs récurrents de son œuvre, telles la figure du frère, la maternité et la capacité des mots à exclure, brillamment explorée dans Les Manifestations (Seuil, 2005). R. L.
Roman. Tout mettre à feu
Si nous ne brûlons pas, de Justine Bo, Equateurs, 296 p., 20 €.
Le titre, entre crainte et menace, en donne un indice : il y a dans Si nous ne brûlons pas une rage incendiaire, qui emporte tout sur son passage. Revisitant son histoire à travers les territoires qu’elle a traversés, la narratrice pratique au fil de ce texte, au lyrisme intense et dur, une politique de la terre brûlée. Celle qui annonce dès les premières lignes : « Je n’ai pas 30 ans et je suis déjà en pièces », porte un regard extraordinairement sombre sur la ville portuaire où elle est née et a vécu sa jeunesse, et sur sa famille. Ainsi que sur Sciences Po, où elle étudie,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ La sélection du « Monde des livres » parmi les nombreuses parutions récentes qui accompagnent le cinquantenaire.
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Mai 68 : la petite bibliothèque

La sélection du « Monde des livres » parmi les nombreuses parutions récentes qui accompagnent le cinquantenaire.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 11h28
    |

                            Florent Georgesco, 
                            Serge Audier (Philosophe et collaborateur du « Monde des livres ») et 
                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
1968. De grands soirs en petits matins, de Ludivine Bantigny, Seuil, « L’univers historique », 450 p., 25 €.
Contredire les clichés sur 1968, décaper les faux savoirs et les vrais procès qui font de Mai une simple parenthèse ludique, voire l’origine condamnable des pires travers sociaux, tels sont les buts de Ludivine Bantigny dans cette synthèse nourrie d’une considérable recherche de première main. L’entreprise est superbement réussie.
Seize chapitres ciselés éclairent toutes les facettes de l’événement 1968, depuis l’avant-Mai, d’une surprenante densité revendicative, jusqu’à toutes les formes d’action, d’invention, de contestation et de répression qui surgissent au printemps. Le propos n’est pas chronologique, toutefois : plutôt que l’enchaînement des causalités, c’est le fourmillement du réel qui emplit ces pages, au plus près des individus et de leurs expériences. Paysans qui fournissent en vivres des ouvriers grévistes, policiers inquiets de l’insuffisance de leur équipement, joie fugace ou durable des solidarités éprouvées dans la rue : d’innombrables exemples permettent à l’auteure de restituer l’intensité d’un moment où tous les rapports de domination ordinaire, à l’université, à l’usine, à l’hôpital, font plus que vaciller, sauf peut-être entre hommes et femmes.
Elle en montre les dimensions internationales : souvenirs de la guerre d’Algérie, dénonciations de l’impérialisme américain au Vietnam, militantismes inspirés par les luttes des étudiants allemands ou polonais sont autant d’expériences antérieures qui subitement cristallisent. Rapide sur les artistes, cinéastes ou écrivains, l’ouvrage consacre en revanche des passages très neufs au monde rural, généralement délaissé par tant d’études qui font de la scène parisienne l’unique décor du mouvement. Le livre donne à l’événement son étendue et son imprévu. Sa violence, aussi : les corps endoloris ou rendus infirmes par les coups de matraque...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Elles attendaient la fin de la soumission à l’autorité masculine. Deux livres, « Filles de Mai » et « L’Autre Héritage de 68 », racontent ces années d’espoir – souvent déçu.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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Mai 68 : le printemps contrarié des femmes

Elles attendaient la fin de la soumission à l’autorité masculine. Deux livres, « Filles de Mai » et « L’Autre Héritage de 68 », racontent ces années d’espoir – souvent déçu.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 17h10
    |

                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Autre Héritage de 68. La face cachée de la révolution sexuelle, de Malka Marcovich, Albin Michel, 209 p., 18 €.
Filles de Mai. 68 mon Mai à moi. Mémoires de femmes, collectif, préface de Michelle Perrot, postface de Ludivine Bantigny, Le Bord de l’eau, « Documents », 180 p., 15 €.

Tout paraissait possible. Oui, tout paraissait possible pour les femmes en ce doux printemps de 1968. Telle est la première impression que donnent deux livres remarquables qui leur sont consacrés. Pourtant, à leur lecture, on se demande si, en définitive, cette révolution n’était pas une révolution d’hommes menée par et pour des hommes. Le premier, Filles de Mai, résulte d’un atelier d’écriture composé de 22 citoyennes ordinaires, âgées à ce moment-là de 15 à 54 ans ; il se présente sous la forme d’un abécédaire avec 68 entrées, d’« Adolescence » à « Vérité ». Le second, L’Autre Héritage de 68, conçu comme un voyage dans le temps depuis l’immédiat après-guerre jusqu’aux années 1980, dévoile les dérives de ce que son auteure, l’historienne Malka Marcovich, nomme une « fausse liberté ».
Suspendues à la perspective du grand chambardement
Aucun doute cependant : un changement était attendu, sinon désiré. Des récits des « filles de Mai », membres de l’Association pour l’autobiographie, qui ont accepté de se confier avec une sincérité parfois crue, il ressort qu’elles étouffaient dans une culture de soumission à l’autorité masculine, à travers la figure du père, puis du mari, du patron et aussi du grand Charles, général et père de la nation.
On sait quels interdits spécifiques aux femmes s’appliquaient alors : le port du pantalon, considéré depuis 1800 comme un travestissement, les rapports sexuels avant le mariage, déshonorants, le droit de se mêler de politique ou de revendiquer quelque ambition professionnelle – un bon mariage suffisait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Dans « La France d’hier », exercice d’« ego-histoire », le sociologue remonte aux sources de l’événement.
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Jean-Pierre Le Goff  : « Mai 68 ne doit pas devenir un mythe fondateur »

Dans « La France d’hier », exercice d’« ego-histoire », le sociologue remonte aux sources de l’événement.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 09h30
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
La France d’hier. Récit d’un monde adolescent. Des années 1950 à Mai 68, de Jean-Pierre Le Goff, Stock, 468 p., 21,50 €.

En 1998, la parution de Mai 68, l’héritage impossible (La Découverte), dans lequel le sociologue Jean-Pierre Le Goff introduisait le concept de « gauchisme culturel », qui contribua à changer la perception du soulèvement, fut un épisode marquant de son trentième anniversaire. Vingt ans après, l’auteur de Malaise dans la démocratie (Stock, 2016), passant des conséquences ambivalentes des événements à leurs sources historiques et biographiques, se livre dans La France d’hier à un exercice d’« ego-histoire », en fouillant sa propre vie pour restituer le monde où Mai 68 s’apprêtait à surgir.

Vous avez vécu Mai 68 à Caen, où vous étiez étudiant. Un mai qui, pour vous, a commencé en janvier…
La visite sur le campus, le 18 janvier 1968, d’Alain Peyrefitte, le ministre de l’éducation, a lancé la mobilisation étudiante. Il n’y a pas eu de vrai affrontement avec la police, mais on sentait que le climat était en train de changer. Puis, peu après, les ouvriers en grève de l’usine ­Saviem ont manifesté en ville et des affrontements violents ont eu lieu. Il faut arrêter avec la légende de la rencontre entre ouvriers et étudiants : ce n’est pas allé au-delà de contacts avec des étudiants syndicalistes et politisés, même s’il existait un sentiment de solidarité contre la répression policière. Mais il y avait des points communs entre nous. C’étaient de jeunes ouvriers, qui n’avaient plus grand-chose à voir avec l’image traditionnelle de l’ouvrier syndiqué et militant… Ils subissaient le travail à la chaîne dans une grande entreprise avec un sentiment de dévalorisation ; nous étions de jeunes étudiants découvrant une université moderne aux rapports impersonnels. Malgré les différences de situation sociale, nous étions tous...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Tous les jeudis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 07/03/2018
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« Pop corn », par Salch (épisode 25)

Tous les jeudis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 06h33
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 07h03
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Chaque jeudi, « Le Monde des Livres » partage ses conseils de lecture avec les abonnés de « La Matinale ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

Mai-68 et autres utopies : notre sélection littéraire

Chaque jeudi, « Le Monde des Livres » partage ses conseils de lecture avec les abonnés de « La Matinale ».



Le Monde
 |    08.03.2018 à 06h31
   





                        



   


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, deux essais nous replongent au cœur des événements de Mai 68 pour mieux en analyser l’héritage. Côté roman, Milena Agus explore la nostalgie des paradis perdus.
ESSAI. « 1968. De grands soirs en petits matins », de Ludivine Bantigny
Contredire les clichés sur 1968, décaper les faux savoirs et les vrais procès qui font de Mai une simple parenthèse ludique, voire l’origine condamnable des pires travers sociaux, tels sont les buts de Ludivine Bantigny dans cette synthèse nourrie d’une considérable recherche de première main. Seize chapitres ciselés éclairent toutes les facettes de l’événement 1968, depuis l’avant-Mai, d’une surprenante densité revendicative, jusqu’à toutes les formes d’action, d’invention, de contestation et de répression qui surgissent au printemps.
Le livre donne à l’événement son étendue et son imprévu. Sa violence, aussi : les corps endoloris ou rendus infirmes par les coups de matraque au mois de mai et les « morts oubliés de juin » sont évoqués avec une rare force. Ce texte engagé reste pourtant pleinement de l’histoire. De l’histoire, pas seulement au sens disciplinaire et méthodologique mais d’une manière bien plus profonde : un travail sur les acteurs, leurs émotions et leurs mots, sur les temporalités et les possibles, qui donne toute son intelligibilité au passé. André Loez

   


« 1968. De grands soirs en petits matins », de Ludivine Bantigny, Seuil, « L’univers historique », 450 p., 25 €.
ESSAI. « 68, et après. Les héritages égarés », de Benjamin Stora
L’historien Benjamin Stora revient sur son passé politique, de son entrée, en mai 1968, à l’Organisation communiste internationaliste (OCI), jusqu’à son bref passage par le PS. Pour ce jeune rapatrié d’Algérie, Mai-68 fut l’occasion à la fois de « s’intégrer et [de] contester ». Il relie avec beaucoup de finesse son « romantisme » d’alors et l’intransigeance extrémiste et dogmatique du trotskisme pratiqué à l’OCI, dont il finit par comparer les militants aux jeunes djihadistes d’aujourd’hui, concluant cette évocation par un glaçant : « Heureusement que nous n’avons pas pris le pouvoir. »
Que restait-il à faire, une fois dissipées les illusions de cette radicalité ? Le récit de l’arrivée au PS en 1986 devient vite celui du passage d’une impasse à une autre, ce qui tend à transformer le livre en chant funèbre d’une génération.
Mais les pages finales, sur la transition de l’engagement politique à l’engagement intellectuel, métamorphose du même ancien désir de justice, sonnent comme un réveil, un renouvellement des élans évanouis. Et, si aucune aberration idéologique ni aucune trahison ne s’en trouve justifiée, le passé semble se faire plus léger, et laisser enfin la place aux promesses et aux surprises du présent. Florent Georgesco

   


« 68, et après. Les héritages égarés », de Benjamin Stora, Stock, « Un ordre d’idées », 184 p., 17,50 €.
ROMAN. « Ne préfère pas le sang à l’eau », de Céline Lapertot
Le troisième roman de Céline Lapertot, 31 ans, se présente comme une fable. Il s’ouvre pourtant sur une situation rien moins qu’inventée, en faisant déferler trois cents réfugiés sur ses premières pages. Ils arrivent à Cartimandua, démocratie occidentale en miniature. On les appelle les « nez-verts ». Ils viennent de contrées désertiques, chercher un peu d’eau dans cette oasis qui en regorge.
Le roman alterne deux types de chapitres : d’un côté, l’histoire de la petite Karole, 10 ans, habituée à « la morsure de la soif » ; de l’autre, ceux mettant en scène Thiego et son ami Titouan, qu’on découvre en prison après qu’à Cartimandua, avec « l’explosion de la Grande Citerne » et la raréfaction de l’eau, les « nez-verts » sont devenus des boucs émissaires. Céline Lapertot excelle à animer le monde des prisonniers comme celui des nez-verts, à faire le portrait du désespoir et de l’inhumanité sans jamais sonner faux. Contre la haine et l’égoïsme, Lapertot appelle au « partage » du monde « par toute l’humanité ». Eric Loret

   


« Ne préfère pas le sang à l’eau », de Céline Lapertot, Viviane Hamy, 152 p., 17 €.
ROMAN. « La Dissipation », de Nicolas Richard
Entre « le traître », « le cinéaste », « le journaliste qui croit se souvenir d’avoir assisté à l’unique conférence de presse de P », « le traducteur », « l’étudiante » ou encore « celui qui va trop loin », le livre de Nicolas Richard ne manque pas de locuteurs, tous intarissables sur leur objet de recherche ou d’enquête.
Roman ventriloque plutôt que polyphonique, La Dissipation se passe de narrateur pour évoquer, en un concert de voix parfois dissonantes, la figure fuyante de P, un auteur dont le choix de ne rien livrer au public de sa vie privée alimente les fantasmes tout autant qu’il impose le respect. S’il ne fait aucun doute que ce mystérieux P trouve sa source chez Thomas Pynchon, le texte n’a rien d’une synthèse biographique sur le romancier américain contemporain le plus secret, le plus commenté et le plus culte.
Ceux qui le souhaitent peuvent bien prendre le roman comme le point de départ d’un jeu incitant à enquêter par soi-même pour démêler le vrai du faux, comme y invitent les romans de Pynchon eux-mêmes. Mais La Dissipation est avant tout une machinerie bien huilée, qui réussit à produire de la fiction et de la littérature en dépassant les contraintes qu’elle s’est imposées. A l’image des plus beaux textes oulipiens de Georges Perec, et en premier lieu le lipogramme en « e » de La Disparition (Gallimard, 1969), auquel Nicolas Richard rend un hommage aussi évident qu’élégant. Florence Bouchy

   


« La Dissipation », de Nicolas Richard, Inculte, 188 p., 17,90 €.
ROMAN. « Terres promises », de Milena Agus
Terres promises. Si Milena Agus – l’auteure de Mal de pierres (Liana Levi, 2007) – insiste sur ce pluriel, c’est que chacun ici a la sienne. Exaltante parfois, accablante hélas le plus souvent, comme les asphyxiantes chimères de Baudelaire.
Celle de Raffaele est sentimentale. Ce fils de paysan sarde vit dans la nostalgie de son paradis perdu, Gênes, la ville où il a découvert la mer et la Marine. Pour son épouse Ester, c’est le contraire : elle a tant idéalisé la Sardaigne, son île natale, qu’elle n’a plus que ça en tête : y retourner. Tandis que pour Felicita, leur fille, le salut ne peut venir que du communisme…
Ce que décrit fort bien Milena Agus, ce n’est pas seulement le côté illusoire de ces constructions mentales. C’est aussi leur potentiel destructeur. Incompatibles entre elles, les terres promises de chacun minent la vie de famille, en particulier, où l’addition des rêves individuels finit par ne plus produire que de la frustration pour tous. Il n’empêche : chacun s’y agrippe, comme si son identité profonde en dépendait.
Entre les lignes, Agus s’amuse. Elle montre comment chaque personnage se bricole un petit idéal portatif – souvent le pur fruit du hasard ou des circonstances – et se met à y croire dur comme fer. La morale de l’histoire ? Il n’y en a pas, c’est un roman. Mais en exergue, Milena Agus a mis cet extrait d’Amos Oz : l’histoire de croisés partis délivrer Jérusalem et qui, après avoir souffert mille morts, décident d’achever leur épuisant périple. Ils s’arrêtent dans un endroit agréable et le nomment Jérusalem. Et si la terre, ferme, là, maintenant, tout de suite, valait mieux que la promise ? Florence Noiville
« Terres promises », de Milena Agus, traduit de l’italien par Marianne Faurobert, Liana Levi, 176 p., 15 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Il peut se transformer en peluche géante. Elle utilise ses charmes et le chantage pour le posséder. « Gleipnir » est un bijou de perversité, psychédélique et psychanalytique.
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Dans le manga « Gleipnir », peluches géantes, uniformes et transgression sexuelle

Il peut se transformer en peluche géante. Elle utilise ses charmes et le chantage pour le posséder. « Gleipnir » est un bijou de perversité, psychédélique et psychanalytique.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 19h05
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


Les uniformes sont populaires au Japon, signes de l’effacement de l’individu face au collectif, ce collectif porté par le confucianisme qui irrigue toute la culture japonaise. L’uniforme est partout dans le manga réaliste japonais, tout aussi iconique que son double en peluche, le yuru-chara – la mascotte mignonne qui peuple les supermarchés et le marketing de l’archipel.
C’est tout à la fois une histoire de mascotte, d’uniformes et de transgression des normes que nous propose Gleipnir, un manga de Sun Takeda, auteur peu connu en France mais qui dispose déjà d’une production considérable aux thématiques dérangeantes de transformation sexuelle (Sekai no Hate), ou de personnalités duales et perverses (Haru a Natsu).

   


Shûichi Kagaya est un jeune homme tout ce qu’il y a de normal en apparence, dans son collège, avec ses copains et doté d’un naturel plutôt affable. Un problème vient toutefois empoisonner son quotidien : il est capable de se transformer en une peluche géante et surpuissante, dans les moments de stress ou simplement comme ça. Essayant à tout prix de cacher ce problème, il sauve cependant Claire, une fille de son école, d’un incendie. Mauvaise pioche, la jeune fille avait une sœur avec les mêmes capacités que Shûichi, mais qui a disparu. Elle va tout faire pour exploiter le talent de son nouvel ami pour la retrouver.
Comme nombre de ses contemporains dans le manga, Sun Takeda se complaît à présenter la jeunesse mâle comme faible et indécise. Même affublé d’un super-pouvoir, le héros de Gleipnir ne sait que faire de cette puissance et se laisse manipuler aisément par Claire, laquelle use éhontément de ses charmes. De deux ans sa cadette, la jeune fille réussit, littéralement, à prendre le contrôle de Shûichi, le jour où elle découvre que sa peluche est vide et qu’elle peut y entrer pour assumer la puissance que le jeune homme évite.

   


Véritable exercice de possession, double jeu masculin/féminin ou le féminin domine (en petite culotte), chantage, inversion du rôle bienveillant de la mascotte, soumission sexuelle… les thématiques véhiculées par Gleipnir dans un environnement scolaire sont sidérantes. Il faut y ajouter ce jeu étrange de l’empilement des travestissements : l’uniforme scolaire (qui marque la norme et la soumission), dans une peluche (qui marque la douceur) doublé d’une réflexion sur le dedans/dehors et sur la provocation sexuelle. Très lourd programme.

   


Il faut hélas reprocher au manga une mise en scène un peu chaotique, qui complique parfois une histoire dont la richesse psychanalytique est évidente. Et aussi ce travers énervant de la niaiserie qui habite souvent les personnages adolescents des mangas japonais. C’est dommage. Sur la couverture de Gleipnir, il est bien inscrit « pour public averti ». Vous êtes avertis.
Gleipnir, de Sun Takeda, aux éditions Dark Kana, t. 1 paru le 12 février (t. 2 le 6 avril), 200 p., 6,85 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Cinquante ans après, les commémorations se répètent mais l’histoire se renouvelle. L’écrivain Yannick Haenel, Prix Médicis 2017, a ainsi lu deux livres collectifs sur le soulèvement à Lyon et à Marseille.
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édition abonné


Mai 68 hors les murs

Cinquante ans après, les commémorations se répètent mais l’histoire se renouvelle. L’écrivain Yannick Haenel, Prix Médicis 2017, a ainsi lu deux livres collectifs sur le soulèvement à Lyon et à Marseille.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 09h30
    |

                            Yannick Haenel (écrivain)








                        



                                


                            
Marseille années 68, sous la direction d’Olivier Fillieule et Isabelle Sommier, Les Presses de Sciences-Po, « Académique », 480 p., 25 € (en librairie le 15 mars).
Lyon en luttes dans les années 68. Lieux et trajectoires de la contestation, collectif de la Grande Côte, PUL, « Actions collectives », 390 p., 20 €.

C’est reparti : on commémore les 50 ans de Mai 68. D’emblée, on aurait envie de faire du mauvais esprit : les commémorations ne relèvent-elles pas du bla-bla, de la fausse mémoire ? Guy Debord n’écrivait-il pas, dans La Société du spectacle (Buchet-Chastel, 1967), que les ­ « vérités respectables » ne sont que des « mensonges » ?
On ne peut s’empêcher de penser que, aujourd’hui, quand tout le monde commémore Mai 68, c’est-à-dire la réussite petite-bourgeoise du mouvement, le point de vue révolutionnaire ne parvient nulle part à se faire entendre.
A une époque où la fausse vie exerce son emprise dans tous les domaines, où l’oppression économique n’admet plus aucune contestation, on peut comprendre que la liberté, l’effervescence, la radicalité d’un tel passage à l’acte soulèvent encore maintenant des passions : nostalgie de la part des frustrés de la révolution, ressentiment de la part des verrouilleurs du capitalisme.
Mai 68 témoigne à présent d’une insolente maturité
Si certains d’entre nous pleurent sur le beau rêve bafoué de Mai 68 et en idéalisent l’aventure, le libéralisme désormais planétaire en organise en toute impunité l’évacuation pure et simple. Et n’est-ce pas une manière efficace de neutraliser les luttes que d’en célébrer le folklore, et de faire spectacle du ­Quartier latin avec ses barricades en noir et blanc ?
Alors, affaire classée ? Eh bien non. Mai 68 a grandi, s’est modifié avec le temps – et rien en lui ne s’est tassé : au contraire, cette date symbolique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ « La Disparition de Stephanie Mailer », en librairie le 7 mars, est la quatrième tentative de l’auteur de « La Vérité sur l’affaire Harry Quebert », best-seller mondial. Mais la littérature reste introuvable.
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Joël Dicker fit chou blanc

« La Disparition de Stephanie Mailer », en librairie le 7 mars, est la quatrième tentative de l’auteur de « La Vérité sur l’affaire Harry Quebert », best-seller mondial. Mais la littérature reste introuvable.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 06h31
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
La Disparition de Stephanie Mailer, de Joël Dicker, De Fallois, 630 p., 23 €.

Oh, l’horrible personnage ! Il s’appelle Meta Ostrovski, sème la terreur depuis trente ans avec ses critiques (de théâtre et de littérature) et professe « une discipline inflexible » : « Surtout, ne jamais aimer. Aimer, c’est être faible. » Le croirez-vous ? On découvrira qu’Ostrovski est en fait un artiste raté : il rêve d’écrire… La place de ce personnage dans La Disparition de Stephanie Mailer, quatrième roman de Joël Dicker, la récurrence des gags autour de cet homme détestant par principe tout ce qui a du succès nous le disent : rien, sans doute, ne saurait convaincre l’auteur suisse du best-seller planétaire La Vérité sur l’affaire Harry Quebert (L’Age d’homme/De Fallois, 2012) qu’un critique peut porter un regard dubitatif sur son travail pour d’autres raisons que l’aigreur, le dogmatisme et la haine du plaisir que procure parfois la fiction.
Pure mécanique
Pourtant, c’est justement l’absence de ce plaisir qui sidère dans La Disparition de Stephanie Mailer. La si fameuse Vérité… (prix de l’Académie française, Goncourt des lycéens, etc.) était un honnête polar très surcoté littérairement au prétexte qu’il avait pour protagonistes des écrivains alignant des considérations plus ou moins inspirées sur leur art. Mais il serait malhonnête de lui nier le sens du suspense qui rendit accros des millions de lecteurs à travers le monde – en attendant, au mois d’avril, son adaptation en série par Jean-Jacques Annaud. Ici, tout se passe comme si l’auteur avait repris les ingrédients de son succès (une intrigue située aux Etats-Unis, centrée sur un drame ancien), sans trop avoir d’idée sur les enjeux de son texte, mais bien décidé à multiplier les rebondissements.
Le mystère fonctionne ainsi comme de la pure mécanique, avec les deux trucs de Dicker, abondamment employés...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Tous les lundis, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nine Antico.
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Article sélectionné dans La Matinale du 04/03/2018
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« Maléfiques », par Nine Antico (épisode 22)

Tous les lundis, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nine Antico.



Le Monde
 |    05.03.2018 à 06h43
 • Mis à jour le
05.03.2018 à 07h33
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Une pétition demande le retrait de la vente de l’ouvrage, l’accusant de véhiculer des « clichés et [une] image dégradante » des femmes.
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« On a chopé la puberté », jugé sexiste, ne sera pas réédité par les éditions Milan

Une pétition demande le retrait de la vente de l’ouvrage, l’accusant de véhiculer des « clichés et [une] image dégradante » des femmes.



Le Monde
 |    04.03.2018 à 11h41
 • Mis à jour le
04.03.2018 à 11h49
   





                        


Les éditions Milan ont annoncé qu’elles ne réimprimeraient pas un livre pour préadolescentes, On a chopé la puberté, qui a suscité un tollé sur les réseaux sociaux car jugé sexiste et dont une pétition, qui rassemblait dimanche 4 mars au matin près de 144 000 signatures demande le retrait.
La publication, en février, de ce livre destiné aux enfants à partir de 9 ans « a donné lieu depuis quelques jours à une campagne d’une violence extrême sur les réseaux sociaux », relatent les éditions Milan dans un communiqué diffusé samedi soir.
Par conséquent, la maison d’édition a décidé de ne pas « réimprimer cet ouvrage, aujourd’hui en rupture de stock ». Il s’en est vendu environ 5 000 exemplaires, selon Christophe Tranchant, directeur général des éditions Milan.
Thème sensible, sujet à interprétations
« On comprend que le thème soit extrêmement sensible, sujet à interprétations (…), on entend que ça pose question et on souhaite apaiser le contexte », a-t-il dit. Pour lui, il était « important de lire l’ensemble du texte », qui met en scène quatre adolescentes, « quatre points de vue différents (…) dont une est plutôt écologiste et féministe », assure-t-il.
Les éditions Milan promettent de continuer à « accompagner les enfants dans leurs questionnements » et à s’engager « en faveur de l’égalité des sexes dans un esprit laïque, moderne, d’ouverture et de mesure ».
Sur change.org, la pétition pour demander le retrait de cet ouvrage de la vente l’accuse de véhiculer des « clichés et [une] image dégradante » des femmes. Une page en particulier a provoqué la colère d’internautes. On y voit une adolescente se promenant dans la rue interpellée par un garçon, « Mignons, ces petits tétons ! ». Le livre conseille de changer de soutien-gorge ou de superposer des débardeurs pour cacher ces tétons.



                            


                        

                        

