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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Pour la journaliste Inès Oueslati, la femme tunisienne vit encore menacée, discriminée au sein même de sa famille, avec la bénédiction de la loi.
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Point de vue

Journée des femmes : « Il est gênant de voir que l’on fait de son genre un événement marketing »

Pour la journaliste Inès Oueslati, la femme tunisienne vit encore menacée, discriminée au sein même de sa famille, avec la bénédiction de la loi.

Par                Inès Oueslati



LE MONDE
              datetime="2018-03-08T18:10:59+01:00"

        Le 08.03.2018 à 18h10






    
Une manifestante lors de la Journée internationale des droits des femmes, à Marseille, le 4 mars 2017.
Crédits : ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP


Tribune. 8 mars, jour où la femme se fête. Pourtant, fêter la femme dans un contexte qui lui est partiellement hostile revient à faire une fête de sa propre défaite. Loin d’être une victoire, en effet, de constater que les réussites que nous célébrons, dont le Code du statut personnel, fruit de la vision bourguibienne, sont celles des générations passées, que les plus grandes réalisations sont le fruit des combats de nos grands-mères et mères.
Droit à l’avortement, droit de vote, divorce par consentement mutuel… sont des acquis reçus en héritage. Ils étaient censés garantir à la femme tunisienne une place confortable et stable dans sa société. Mais la Tunisienne du XXIe siècle vit encore, dans bien des cas et dans certaines villes, son genre comme une menace, comme une discrimination au sein même de sa famille, avec la bénédiction de la loi.
Archaïsmes législatifs et sociaux
Nos prédécesseur(e) s ont lutté pour des lois, nous luttons pour des lois et contre un état d’esprit. Oui, nous sommes, nous, en train de mener un combat (encore un) contre l’obscurantisme, le machisme devenu sociétal et des inégalités en nombre.
En Tunisie, les femmes sont en confrontation quotidienne avec une législation anachronique, un mal profond qui s’ajoute au lot d’injustices normalisées. Le dossier en cours étant l’égalité dans l’héritage car, dans ce pays qui se reconstruit, l’inégalité (dans l’héritage) est défendue à coup de versets coraniques et d’accusations d’apostasie. Oui, on en est encore là !

        Lire aussi :
         

                #MeToo : « La politisation de ce mouvement est indispensable »



C’est bien au nom du Coran que le frère continue d’hériter le double de sa sœur en Tunisie. Une transposition des dispositions religieuses dans la législation qui dérange beaucoup. Et elles sont nombreuses à s’ériger contre cette règle de partage vécue comme une injustice. Une coalition nationale pour légalité dans l’héritage a même vu le jour et prévoit une marche ce samedi 10 mars. L’objectif est de soutenir une initiative proposée par le président de la République, Béji Caïd Essebsi, le 13 août 2017, à l’occasion de la célébration de la femme (encore une fois), qui appelait à l’autorisation de l’égalité dans l’héritage et du mariage des Tunisiennes à de non-musulmans.
Les enjeux actuels pour la femme tunisienne sont importants. La Tunisienne lutte contre les archaïsmes législatifs et sa lutte est d’autant plus rude que les archaïsmes sociaux persistent, que le machisme est enraciné, que les mentalités rétrogrades ont leurs arguments et que ceux-ci peuvent être exploités politiquement.
Nivellement par le bas
Nous en sommes encore, femmes du monde, toutes cultures confondues, abstraction faite de nos avancées respectives, dans des phases décisives, en lutte contre une réflexion galvaudée devenue norme, contre le sexisme, contre le harcèlement de rue, au travail, dans les transports. En attestent les #MeToo et les #Time’sUp : que l’on soit musulmane, chrétienne ou juive, française, américaine ou tunisienne, nous sommes unies par nos similarités dans les disparités !

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                Les droits des femmes dans le monde : de très fortes disparités entre Nord et Sud



Paradoxalement, cette fête de la femme gêne et ne fait pas qu’honorer. Pas seulement parce qu’il n’y a pas, dans le calendrier des fêtes, une occasion pour rendre la pareille à la gente masculine, ni parce que cela est gênant de voir fêter son appartenance, alors que c’est, pour elle, que le combat se poursuit. Cela est gênant de voir que l’on fait de son genre un événement marketing, un instrument de propagande politique, un sujet d’études, un objet de fonds. Alors que les bases acquises en matière de droit sont en péril et que le nivellement par le bas opère, alors qu’on normalise avec le sexisme et qu’on l’autorise à trouver sens dans le système judiciaire, il est dur de se laisser fêter, même une fois l’an.
Ceci nous rappelle que, dans « ségrégation positive », il y a « ségrégation » et que, pour être « positives », il faut sortir de la bulle, cesser le silence, hausser la voix, s’imposer et faire le changement.
Inès Oueslati est une journaliste tunisienne qui vit à Tunis.


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Comment confronter un système qui sert les hommes quand on est soi-même un homme ? Le journaliste Jérémy Patinier et le sociologue Raphaël Liogier croient avoir trouvé la parade à ces difficultés : ils disent tous deux s’adresser aux hommes ou en tant qu’homme.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
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Féminisme : parole d’hommes !

Comment confronter un système qui sert les hommes quand on est soi-même un homme ? Le journaliste Jérémy Patinier et le sociologue Raphaël Liogier croient avoir trouvé la parade à ces difficultés : ils disent tous deux s’adresser aux hommes ou en tant qu’homme.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 17h03
    |

            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            

Livres. Une parole ne s’est pas libérée depuis l’affaire Weinstein, celle des hommes. Et pour cause. Comment apporter son soutien à une question que l’on estime juste, alors que ce moment consacre plutôt l’expression des femmes ? Comment confronter un système qui sert les hommes quand on est soi-même un homme ?
Deux auteurs se risquent néanmoins et croient avoir trouvé la parade à ces difficultés : ils disent tous deux s’adresser aux hommes ou en tant qu’homme. L’intention de Jérémy Patinier, journaliste et éditeur, n’est pas de prendre position directement dans le débat, mais de faire œuvre de pédagogie afin de démontrer à ses congénères qu’ils ont tout à gagner à se convertir au féminisme.
Il propose au lecteur, un terme qui échappe donc ici à l’écriture inclusive, un guide pratique sur le mode du développement personnel. Comment et pourquoi devenir féministe ? Comment échapper aux griffes du patriarcat ? Comment le combattre au quotidien ? Voilà certaines des questions abordées. Sa conviction est que l’« on ne naît pas féministe, mais on peut tous le devenir ».
Passe-droits dont profitent les hommes
Puis il ajoute, « le seul risque que prend l’homme féministe, c’est de devenir moins con », expression qui peut faire sourciller en un tel lieu, puisqu’elle emprunte à un vocabulaire ordurier dénigrant le corps des femmes. L’auteur démontre ainsi, en dépit de lui-même, la profonde imprégnation de références sexistes dans notre quotidien.
Au-delà cet oubli, Jérémy Patinier s’emploie en toute bonne foi et avec inventivité à révéler ces mécanismes qui depuis trop longtemps servent la gent masculine. Son livre alterne les courts articles avec des courts quiz qui incitent à la prise de conscience. Il propose notamment une « roue des privilèges », quarante situations qui relèvent des assignations de genre, par exemple « on ne vous traitera pas de prude ou d’allumeur facilement si vous refusez...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Marie Petitcuénot, consultante en communication, explique dans une tribune au « Monde » comment les femmes, dans les grandes entreprises, sont amenées à « garder le silence », se privant ainsi de la reconnaissance nécessaire.
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« Les femmes sont l’actif le plus silencieux de l’entreprise »

Marie Petitcuénot, consultante en communication, explique dans une tribune au « Monde » comment les femmes, dans les grandes entreprises, sont amenées à « garder le silence », se privant ainsi de la reconnaissance nécessaire.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 16h11
    |

Marie Petitcuénot (Associée fondatrice de 15 Juillet, cabinet de conseil en communication)







                        



                                


                            

Tribune. Il y a trois ans, Sheryl Sandberg, la directrice générale de Yahoo, dénonçait la confiscation de la parole des femmes en entreprise. Selon elle, les hommes qui parlent beaucoup en réunion seraient jugés 10 % plus compétents que les autres, alors qu’une femme qui parle beaucoup serait considérée 14 % moins compétente que celles qui se taisent.
Le « double bind » des femmes est le réflexe culturel le mieux partagé en entreprise : si elles parlent avec autorité, on méprise les femmes au prétexte qu’elles se comportent comme des hommes. Si elles font preuve d’empathie, on doute de leur capacité au leadership. Entre ces deux maux, on comprend que les femmes choisissent souvent le silence.
Invisibilisation des grandes oratrices de l’histoire
Cette confiscation résonne avec l’invisibilisation des grandes oratrices de l’histoire. Êtes-vous capable d’en citer cinq ? Non, mais cela ne vient pas de vous. Vous avez sûrement pensé à Olympe de Gouge, plus récemment à Emma Watson ou encore à Malala Yousafzai. Dans les récits historiques, les femmes n’ont pas le droit à la parole.
Est-ce la théorie rousseauiste selon laquelle elles ne peuvent dominer leur nature irrationnelle et leurs émotions ? Est-ce la violence que l’image d’une oratrice capable de lever les foules inflige au mythe de la Madone et de « l’Ange du Foyer » comme l’appelait Virginia Woolf ? Aujourd’hui encore, les plateaux de télévision éclipsent la parole des femmes : elles n’obtiennent que 32,8 % du temps de parole et elles ne représentent que 20 % des experts interrogés selon le Conseil supérieur de l’audiovisuel lui-même.
Le « manterrupting » (contraction de « man » et « interrupting ») et le « mansplaining » (« man » et « explaining ») conceptualisent désormais des scènes du quotidien. Les femmes sont plus souvent interrompues lorsqu’elles prennent la parole. Elles courent alors...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Les documents concernant les femmes ayant demandé à se faire avorter entre 1975 et 1992 disparaîtraient des archives. Une grave erreur estiment, dans une tribune au « Monde », des historiens, des sociologues et des politistes.
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Politique des archives publiques : « Les femmes ordinaires seront les premières sacrifiées »

Les documents concernant les femmes ayant demandé à se faire avorter entre 1975 et 1992 disparaîtraient des archives. Une grave erreur estiment, dans une tribune au « Monde », des historiens, des sociologues et des politistes.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 15h00
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 15h18
    |

Collectif







                        



                                


                            
Tribune. Comme le laissait entrevoir un document de travail du ministère de la Culture révélé par le journal Le Monde du 14 novembre 2017, afin de faire face au manque de place, la politique de collecte des archives publiques doit désormais « être concentrée sur les archives essentielles pour les générations futures ». Une pétition lancée par des historiennes et historiens, signée par près de dix mille personnes, s’en inquiétait : « les archives ne sont pas des stocks à réduire ».
Associations professionnelles en histoire et syndicats des métiers de l’archive imaginaient le pire : qui allait décider ? Qu’est-ce qui allait être conservé ? N’allait-on pas se concentrer sur les papiers des « grands hommes » et passer à côté de documents inestimables et dont l’utilité n’apparaîtrait que demain ? Quid des traces des individus ordinaires, de leurs carrières, de leur vie quotidienne ?
La version statistique n’est pas exhaustive mais, qu’importe, la direction des Archives nationales estime qu’il s’agit de doublons !
On sait maintenant que ces inquiétudes étaient fondées. Les archives des femmes ordinaires seront les premières sacrifiées. Car voilà qu’à l’avant-garde des « archives non définitives » désignées pour être éliminées sont les formulaires individuels des femmes qui ont demandé une interruption de grossesse de 1975 à 1992. Anonymes et remplies par les médecins pour chaque patiente ou par les femmes elles-mêmes afin de nourrir les statistiques publiques produites par l’INED (en lien avec l’Inserm), ces archives ne semblent plus « essentielles » une fois les chiffres globaux produits.
Elles regorgent pourtant d’une foule de renseignements : âge, nombre de maternités et d’IVG, profession, lieu de l’avortement, nom du praticien, etc. La version statistique n’est pas exhaustive mais, qu’importe, la direction des Archives nationales estime qu’il s’agit de doublons !
Très riche matériau de l’histoire
Pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Au nom de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH), Audrey Richard et Aline Crépin proposent, dans une tribune au « Monde », une série de mesures destinées à favoriser l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.
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« Huit impulsions pour l’égalité réelle »

Au nom de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH), Audrey Richard et Aline Crépin proposent, dans une tribune au « Monde », une série de mesures destinées à favoriser l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 14h58
    |

Audrey Richard (Membre du bureau national et porte-parole de l’ANDRH, présidente du groupe Neuilly-Levallois-Clichy) et Aline Crépin (Animatrice de...







                        



                                


                            
Tribune. Il est indéniable que l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes progresse. Les femmes des générations récentes sont même plus diplômées que les hommes : en 2016, 32 % des femmes (contre 26 % des hommes) de 25 à 34 ans sont diplômées du supérieur.
La part des femmes parmi les cadres est passée de 31 % en 1995 à 42 % en 2015, avec une progression encore plus marquée pour les jeunes générations (source Insee 27/02/2018).

Mais, il est aussi indéniable qu’elle progresse lentement et que le plafond de verre a du mal à se fissurer. Seulement 22,5 % des cadres dirigeants en 2014 étaient des femmes (contre 21,5 % en 2010) (source Insee 21/02/2018) et en 2017, on ne compte encore que cinq femmes directrices générales dans les entreprises du SBF120 [les cent vingt premiers groupes cotés français, la catégorie juste au-dessous du CAC40].
Dans la fonction RH, ce n’est guère mieux. Les femmes y sont surreprésentées par rapport aux autres services de l’entreprise. Selon le baromètre de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC)/Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH) du 29 novembre 2017, elles représentent 80 % des cadres présents dans la fonction RH contre seulement 37 % pour toutes les fonctions cadres confondues.
Mieux et plus vite
Si sur les premiers niveaux de cadres RH, 81 % sont des femmes, sur les postes de management marqués par une responsabilité budgétaire, le taux de femmes n’est plus que de 38 %. Et s’agissant des DRH du CAC 40 les femmes sont actuellement moins d’un tiers. Cette pyramide inversée des ressources humaines révèle des paradoxes non négligeables.

Nous sommes persuadées que les entreprises peuvent faire mieux et plus vite, si nous, professionnels des ressources humaines prenons ce sujet ensemble. C’est pourquoi nous proposons au nom de l’ANDRH, huit impulsions pour une égalité réelle.
Impulsion n° 1 : Augmenter le nombre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Le thème du désir traverse les romans et les essais de cette auteure délicate, qui défend un féminisme universaliste dans la lignée de Simone de Beauvoir.
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L’écrivaine Belinda Cannone, un bel appétit d’égalité

Le thème du désir traverse les romans et les essais de cette auteure délicate, qui défend un féminisme universaliste dans la lignée de Simone de Beauvoir.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 14h42
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Quand son père était enfant, en Tunisie, ses compagnons de jeu lui firent une mauvaise blague. « Tu vois cette ânesse ? On va lui dire qu’elle a perdu son petit, et ça va la bouleverser. » Ils s’approchent de l’oreille de la bête, et celle-ci, aussitôt, se met à braire de façon déchirante. Ils finissent par révéler à l’enfant le pot aux roses : ils ont jeté un mégot dans le conduit auriculaire de l’animal. « Mon père n’en revenait pas. La violence du monde le stupéfiait, et il m’a transmis cette stupeur. C’est pour ça que j’écris. Parce qu’il faut bien que je me rende raison. De l’ânesse, et de tout le reste. »
La violence du monde
Pour la romancière et essayiste Belinda ­Cannone, professeure de littérature comparée à l’université Caen-Normandie, la violence des hommes est un « noyau brûlant », « c’est-à-dire ce qui me brûle, ce qui me travaille, que j’essaie de comprendre en le déployant ». C’est pour cela que son premier roman, Dernières promenades à Petropolis (Seuil, 1990), réédité en poche sous le titre L’Adieu à Stefan Zweig (Points, 2013), interroge le suicide de l’écrivain autrichien, au Brésil, en 1942. Parce qu’il pose la question de ­ « l’humanité en nous ».
La violence du monde, c’est aussi celle des hommes sur les femmes. Le sujet la concerne, ô combien, elle qui a tant réfléchi sur la séduction et le désir. Mais cette féministe convaincue « depuis l’âge de 16 ans » – elle va sur ses 60 –, une féministe universaliste dans la lignée de Simone de Beauvoir, n’a guère de chance lorsqu’elle tente de se faire entendre dans ce domaine.
En 2010, elle publie La Tentation de Pénélope (Stock), « écrit parce que la dérive différentialiste que prenait le féminisme français m’inquiétait, et se répandait dans la société » : son livre entre en collision avec Le Conflit. La femme et la mère (Flammarion, 2010), un ouvrage d’Elisabeth Badinter (dont elle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Dans sa chronique, Corine Lesnes, correspondante du « Monde » à San Francisco, revient sur le combat idéologique opposant, dans la « vallée du silicium », la « droite crypto » à la « gauche IA », illustré par le départ de l’investisseur libertarien Peter Thiel.
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édition abonné


« On ne sera bientôt plus républicain ou démocrate dans la Silicon Valley. On sera “crypto” ou “IA” »

Dans sa chronique, Corine Lesnes, correspondante du « Monde » à San Francisco, revient sur le combat idéologique opposant, dans la « vallée du silicium », la « droite crypto » à la « gauche IA », illustré par le départ de l’investisseur libertarien Peter Thiel.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 14h00
    |

            Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)








                        



                                


                            
Transformations. Emoi dans la Silicon Valley ! Peter Thiel déménage. Peter Thiel est l’un des seigneurs de la Tech. Le trublion de San Francisco, toujours aux avant-postes de la bataille idéologique. L’investisseur – libertarien – a fondé PayPal avec Elon Musk et quelques autres. Il a été l’un des premiers à investir dans Facebook. Et il a toujours été très à droite. A Stanford, il avait lancé en 1987 une revue professant que le multiculturalisme affaiblit l’excellence académique. Après l’université, il a regretté de ne pas avoir été recruté par le juge Antonin Scalia, le maestro de la pensée conservatrice à la Cour suprême.
A L.A., on prête l’intention à ce trublion de lancer une chaîne câblée conservatrice : une alternative à Fox News dotée d’un peu de subtilité
En 2016, Thiel a pris parti pour Donald Trump, spécimen quasi unique parmi ses pairs. Il a figuré dans l’équipe de transition du nouveau président. Rapidement, il a pris ses distances et il est revenu à San Francisco, non sans avoir placé quelques amis dans l’administration à Washington. D’origine allemande, Peter Thiel, 50 ans, est un anticonformiste, ou comme on le dit aux Etats-Unis, un « contrarien ». Il ne suit personne, pas même sur Twitter. Quand son départ a été annoncé par le Wall Street Journal, certains ont pensé qu’il s’embarquait pour la Nouvelle-Zélande, où, comme plusieurs des milliardaires de la Vallée, il s’est construit un bunker, « une assurance sur l’apocalypse », comme dit son ancien camarade de Stanford, Reid Hoffman, le cofondateur de LinkedIn.

Mais non. Peter Thiel s’en va tout simplement à Los Angeles. Il délocalise ses sociétés Thiel Capital et Thiel Foundation, mais ne claque pas complètement la porte : son Founders Fund, qui a pris très tôt des parts dans Space X et dans Airbnb, reste à San Francisco. A L.A., on lui prête l’intention de lancer une chaîne câblée conservatrice : une alternative à Fox News dotée d’un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans sa chronique, l’économiste Pierre-Yves Gomez estime que le projet de loi Pacte devra préciser en quoi l’entreprise est l’objet d’un « intérêt commun » pour les parties prenantes, à commencer par les différents détenteurs d’actions.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Quand « Cigale » et « Fourmi » vont à l’assemblée générale

Dans sa chronique, l’économiste Pierre-Yves Gomez estime que le projet de loi Pacte devra préciser en quoi l’entreprise est l’objet d’un « intérêt commun » pour les parties prenantes, à commencer par les différents détenteurs d’actions.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 15h15
    |

                            Pierre-Yves Gomez (Professeur à l'EM Lyon)








                        



                                


                            
Entreprises. En perspective du prochain « plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises » (Pacte), dont le projet de loi devrait être discuté au Parlement au printemps, on s’agite beaucoup pour redéfinir la responsabilité des entreprises, notamment à l’égard de ses parties prenantes et de la société tout entière. Mais que dira-t-on de la responsabilité des actionnaires à l’égard de l’entreprise ?
Pour justifier de la qualité d’actionnaire, il suffit aujourd’hui de posséder des actions d’une entreprise au moins trois jours ouvrés avant l’assemblée générale (AG) annuelle. Le détenteur d’un titre acheté soixante-douze heures avant l’AG et revendu le lendemain a le même droit de participer aux votes que celui qui le détient et le conserve durant de longues années.

La plupart des entreprises cotées découvrent ainsi, le jour de l’AG, qui contrôle la part fluctuante de leur actionnariat – justement appelée « le flottant », représentant souvent les deux tiers des titres des très grandes entreprises.
Orthodoxie néolibérale
Dans la même veine, le dividende voté en AG est perçu par l’actionnaire quelle que soit la durée de détention des actions, et même s’il vient de les acquérir le jour du paiement. Certes, depuis 2009, « une majoration de dividendes dans la limite de 10 % peut être attribuée par les statuts » à un actionnaire justifiant d’une détention d’action « depuis deux ans au moins et du maintien de celle-ci à la date de mise en paiement du dividende » (article L 232-14 du code de commerce).
Tout se passe comme si les touristes avaient le droit exorbitant de participer aux élections au seul prétexte qu’ils le traversent le jour du scrutin
La fidélité est récompensée. Mais, attachée à l’orthodoxie néolibérale selon laquelle tous les détenteurs d’actions sont identiques, la Banque centrale européenne a observé que ce dividende majoré conduit à une intolérable inégalité de traitement....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Sylvie Jéhanno, PDG de Dalkia, déplore que les femmes n’occupent pas les mêmes emplois que les hommes et appelle à changer la représentation sexuée des carrières scientifiques et techniques.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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« Nos entreprises et nos clients ont besoin des énergies féminines »

Dans une tribune au « Monde », Sylvie Jéhanno, PDG de Dalkia, déplore que les femmes n’occupent pas les mêmes emplois que les hommes et appelle à changer la représentation sexuée des carrières scientifiques et techniques.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 14h59
    |

Sylvie Jéhanno (Présidente directrice générale de Dalkia, entreprise spécialisée dans les services énergétiques)







                        



                                


                            
Tribune. Je fais souvent cet exercice mental, quand j’entre dans une salle de réunion, de compter le nombre de femmes présentes. Il m’arrive encore de n’en voir aucune autre. Quand je fais la remarque à voix haute, on me dit que les choses changent, mais que cela prend du temps, que l’évolution des mentalités exige de la patience. C’est probablement vrai.
On me dit aussi que c’est la faute du « sourcing », du manque de vivier de recrutement, parce que trop peu de femmes choisissent les filières industrielles. Nous avons effectivement dans l’industrie beaucoup de mal à recruter des femmes sur les métiers techniques. En attendant, depuis mes études jusqu’à aujourd’hui, mon constat reste le même : je n’ai toujours travaillé qu’avec une majorité d’hommes.
Les femmes et les hommes n’occupent pas les mêmes emplois, notamment parce que leurs parcours scolaires sont différenciés
L’égalité femmes-hommes est l’un des maillons de la cohésion sociale dans l’ensemble des organisations. Le chantier est vaste, et les chevaux de bataille de l’égalité femmes-hommes nombreux. Il y a évidemment l’évolution des représentations dès l’enfance – cet âge délicat où l’on offre des dînettes aux filles et des kits de mécanicien aux garçons. Il y a le phénomène d’autocensure, la remise en question par certaines femmes de leurs capacités, de leur légitimité, même. Il y a aussi le sujet connu de l’égalité des salaires, avec un écart de plus de 20 % en 2014 en France, selon l’Insee.
Mais il y a aussi, donc, cette sous-représentation des femmes dans les carrières scientifiques. Les femmes et les hommes n’occupent pas les mêmes emplois, notamment parce que leurs parcours scolaires sont différenciés. L’enjeu est donc de favoriser la diversification des choix d’orientation scolaire et professionnelle des filles et des garçons, des jeunes femmes et des jeunes hommes, pour parvenir à une plus grande mixité des filières et des métiers. Si les filles obtiennent un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Avocate de la neutralité du Net, la présidente de Mozilla multiplie les initiatives afin de contrer la décision de la Commission fédérale des communications aux Etats-Unis.
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Mitchell Baker : « La question est de savoir quel Internet nous voulons »

Avocate de la neutralité du Net, la présidente de Mozilla multiplie les initiatives afin de contrer la décision de la Commission fédérale des communications aux Etats-Unis.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 12h00
    |

            Vincent Fagot








                        



                                


                            

Présidente de Mozilla, l’entreprise qui développe le navigateur Firefox, Mitchell Baker dirige également la Fondation Mozilla qui défend « la santé d’Internet ». Son combat du moment : la neutralité du Net aux Etats-Unis.
Pourquoi Mozilla se mobilise-t-elle pour défendre la neutralité du Net ?
L’idée derrière la neutralité du Net, c’est que tous les contenus sont égaux sur le réseau et vous pouvez décider quels contenus vous voulez voir. Avec la nouvelle réglementation établie par la Federal Communications Commission (FCC), l’autorité des télécommunications américaine, votre fournisseur d’accès à Internet (FAI) peut décider que des sites qui n’accepteraient pas de payer pour utiliser leurs services seront difficiles à trouver, voire plus du tout disponibles. C’est le même modèle que celui des télévisions par câble aux Etats-Unis : le contenu est éparpillé entre différents acteurs, et si vous voulez avoir accès à tout le contenu, vous devez vous abonner à chacun d’eux. Basculer dans ce système, c’est sûrement plus rentable pour les FAI, mais très préjudiciable pour les citoyens. Et puis ça empêche des nouveaux acteurs numériques, qui n’ont pas l’assise financière pour le faire, d’émerger. Voulu ou non, cela renforce la position des gros acteurs.

Que pouvez-vous faire contre cela ?
D’abord mener la charge contre la FCC et sa décision d’abroger la neutralité du Net. C’est pour ça que nous avons déposé une plainte afin d’obtenir une annulation par la justice de cette décision. Et puis agir auprès des Etats. Il y en a déjà plusieurs qui ont pris des initiatives contre cette mesure [dont celui de Washington qui a signé une loi en ce sens le 5 mars]. Aujourd’hui, une majorité d’Américains défendent la neutralité du Net. Cette décision n’est pas populaire dans le pays.

Vous défendez l’idée d’un Internet plus sain. Que voulez-vous...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Editorial. Après l’assassinat d’un journaliste slovaque qui enquêtait sur la corruption au sommet de l’Etat, le premier ministre Robert Fico tente de détourner l’attention.
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Slovaquie, la liberté bafouée

Editorial. Après l’assassinat d’un journaliste slovaque qui enquêtait sur la corruption au sommet de l’Etat, le premier ministre Robert Fico tente de détourner l’attention.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 11h56
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Pour la deuxième fois en cinq mois, un journaliste d’investigation a été assassiné dans un pays membre de l’Union européenne. Jan Kuciak et sa compagne, Martina Kusnirova, tous deux âgés de 27 ans, ont été retrouvés tués par balles, le 24 février, dans leur maison de Velka Maca, à une heure de Bratislava.

        Lire aussi :
         

                Après le meurtre d’un journaliste en Slovaquie, inquiétudes sur les liens entre pouvoir et mafia



En octobre, Daphne Caruana Galizia, journaliste à Malte, avait été tuée par l’explosion d’une bombe déclenchée dans sa voiture. Ces deux journalistes avaient en commun d’enquêter sur la corruption et la fraude au sommet de l’Etat, chacun dans son pays. Le premier article de l’enquête sur laquelle travaillait Jan Kuciak, publié après sa mort, fait état de liens entre deux proches du gouvernement, une conseillère du premier ministre slovaque, Robert Fico, et un collaborateur du conseil de sécurité, et des hommes d’affaires italiens liés à la mafia calabraise, la’Ndrangheta. Ces deux personnes ont démissionné, tout en niant toute responsabilité dans le meurtre de l’enquêteur et de sa compagne.
L’assassinat d’un journaliste est en soi un acte très grave. Il est particulièrement troublant lorsqu’il se produit dans une communauté d’Etats fondée sur les valeurs de la démocratie, de l’Etat de droit et de la liberté d’expression. Mais il l’est encore plus lorsque les autorités de l’Etat mis en cause ne réagissent pas de manière adéquate.
A Malte, trois suspects, des malfaiteurs notoires, ont été arrêtés et placés en détention. Leur silence n’a pas permis pour l’instant de lever le voile sur les commanditaires du meurtre de Daphne Caruana Galizia, et l’enquête piétine.
Bouc émissaire
A Bratislava, le comportement du premier ministre Fico depuis l’assassinat de Jan Kuciak est tout simplement confondant. Populiste de gauche réputé pour ses prises de position provocatrices, notamment à l’égard des journalistes, Robert Fico a d’abord pensé s’en sortir en offrant une récompense de 1 million d’euros, qu’il a exposés sous forme de piles de liasses de billets, comme dans les films policiers, à quiconque permettrait l’arrestation des coupables.
M. Fico a mal jugé le choc profond provoqué par le double meurtre au sein de la société civile slovaque, qui a très vite réagi. Le 2 mars, au soir de l’inhumation du jeune couple, 25 000 personnes ont protesté dans les rues de la capitale. Le ministre de la culture a démissionné. Le président de Slovaquie, Andrej Kiska, a mis en demeure le premier ministre de remanier son gouvernement ou de convoquer des élections anticipées. Robert Fico a alors tenté de détourner l’attention en attaquant le président et en trouvant un bouc émissaire bien connu dans la région, ennemi numéro un du dirigeant voisin, Viktor Orban : le milliardaire et philanthrope américain d’origine hongroise George Soros.

Lundi, M. Fico a accusé le président Kiska d’avoir rencontré M. Soros, « un homme à la réputation douteuse », en septembre, à New York, et de chercher, poussé par cette influence étrangère, à déstabiliser son gouvernement. Sa ministre de la justice, membre d’un parti de coalition, lui a aussitôt reproché « de faire appel aux plus bas instincts avec des théories du complot ». Le premier ministre slovaque est à présent confronté à une véritable crise politique. Il doit à ses concitoyens, à la mémoire du couple assassiné et à ses partenaires de l’Union européenne de protéger enfin le travail des journalistes, au lieu de les insulter, et de tout mettre en œuvre pour établir les responsabilités dans le meurtre de Jan Kuciak.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Montée de l’autoritarisme politique, retour de la course aux armements nucléaires et esquisse d’une guerre commerciale. Dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », revient sur trois journées récentes à Pékin, Moscou et Washington.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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« Trois jours dans le monde multipolaire d’aujourd’hui »

Montée de l’autoritarisme politique, retour de la course aux armements nucléaires et esquisse d’une guerre commerciale. Dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », revient sur trois journées récentes à Pékin, Moscou et Washington.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 11h40
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 16h04
    |

            Alain Frachon








                        



                                


                            
Chronique. A quoi ressemble le monde multipolaire d’aujourd’hui ? Il n’est jamais facile d’attraper le souffle de l’air du temps. L’exercice est aussi périlleux qu’ambitieux. Modestement, prenons les trois dernières manifestations des super grands de l’époque – Pékin, Moscou, Washington. Chacune a sa singularité, certes, mais, mises bout à bout, elles confirment trois tendances majeures : la montée de l’autoritarisme politique, le retour de la course aux armements nucléaires et l’esquisse d’une guerre commerciale.
La promotion de l’autocratie fait partie de la bataille idéologique à mener dans le monde d’aujourd’hui, dit l’un des quotidiens du Parti communiste chinois
Pékin, lundi 26 février. Les autorités annoncent une prochaine réforme de la Constitution pour permettre au chef de l’Etat de rester en poste à vie. Depuis les années 1980, la règle était de limiter l’exercice de la présidence à deux mandats. La mémoire des dérives de l’époque Mao était encore vive. Il fallait se prémunir contre les risques du pouvoir personnel et assurer une relève régulière de la direction politique.
Retour en arrière : le pouvoir de Xi Jinping sur le Parti communiste chinois (PCC) est tel que le président, déjà pourvu de tous les leviers de commande, a pu exiger « sa » réforme. S’il le veut, Xi Jinping, qui commence un deuxième mandat de cinq ans, peut rester président à vie.
Dans un régime de parti unique, la limitation dans le temps de l’exercice de la présidence faisait de la Chine une exception. Elle avait trouvé le moyen de remédier au point le plus faible des autocraties : passer sans drame d’un chef à l’autre – ni putsch ni guerre civile. Ce fut d’ailleurs le cas lors de la transition entre Jiang Zemin et Hu Jintao, les prédécesseurs de Xi Jinping. L’abolition de la règle des deux mandats ressemble fort à une dérive vers un régime de plus en plus autocratique.

Mais comme l’autocratie est un bon système de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans sa chronique, Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde », estime que le parti d’Epinay risque d’être, au mieux, une force d’appoint dans les prochaines années.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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« Au PS, reconstruire ne suffira pas, il faut tout réinventer du sol au plafond »

Dans sa chronique, Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde », estime que le parti d’Epinay risque d’être, au mieux, une force d’appoint dans les prochaines années.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 11h13
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 14h18
    |

            Françoise Fressoz (éditorialiste au "Monde")








                        



                                


                            
Mitterrand ! Ils ont cité son nom comme un exemple et une bouée de sauvetage. Mitterrand et l’alliance avec les communistes, Mitterrand et le pouvoir d’achat, Mitterrand et l’art de la synthèse. Tour à tour, les prétendants à la direction du Parti socialiste, qui débattaient mercredi 7 mars sur LCI avant le vote des militants les 15 et 29 mars, ont invoqué, comme un talisman, le nom de l’homme qui, le 10 mai 1981, a conduit la gauche au pouvoir.

Mais c’était un non-sens car François Mitterrand ne peut plus rien pour eux. Ils doivent l’oublier. Ce qui arrive au PS, cette quasi-mort qui a frappé le parti au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle (6,4 % des suffrages exprimés seulement pour Benoît Hamon, quatre fois moins que le score d’Emmanuel Macron, trois fois moins que celui de Jean-Luc Mélenchon), signe la fin d’un cycle : celui d’Epinay qui avait vu le PS, à partir de 1971, affirmer progressivement son hégémonie sur la gauche en s’alliant avec le PCF – puis en le dévitalisant –, et en satellisant les petits partis tels que les radicaux de gauche ou les écologistes.
Aujourd’hui, tout l’édifice est en ruine et ce qui en constituait l’épicentre est mortellement touché. Le PS a été pillé des deux côtés : sur sa droite par Emmanuel Macron, sur sa gauche par le chef de file de La France insoumise. Le casse a été si violent qu’à l’issue de la double séquence présidentielle et législatives, celui qui fut naguère l’un des deux grands partis de l’alternance ne peut plus prétendre à une quelconque hégémonie. Il risque d’être au mieux une force d’appoint dans les prochaines années, mais pour qui ?
Un possible futur ?
Et le pire, c’est qu’il ne peut s’en prendre qu’à lui-même, dans la mesure où les contradictions internes qui le tiraillaient depuis des années sur son rapport au libéralisme et à l’Europe ont toutes explosé sous le quinquennat de François Hollande, transformant l’histoire de la gauche en une tragédie. Alors reconstruire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Analyse. Cinq mois après l’affaire Weinstein, les journalistes Hélène Bekmezian et Sylvie Kauffman estiment qu’en France le mouvement est plus complexe qu’aux Etats-Unis.
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« #metoo est toujours là, tout à la fois libérateur, dérangeant, encombrant. Critiqué, aussi »

Analyse. Cinq mois après l’affaire Weinstein, les journalistes Hélène Bekmezian et Sylvie Kauffman estiment qu’en France le mouvement est plus complexe qu’aux Etats-Unis.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 10h30
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 15h11
    |

            Sylvie Kauffmann et 
Hélène Bekmezian








                        



                                


                            
Analyse. Cinq mois, déjà. Il y a cinq mois éclatait l’affaire Weinstein, celle d’un des plus grands producteurs d’Hollywood qui se révélait être, depuis des années, un des plus grands prédateurs sexuels de l’histoire du cinéma. Derrière cette histoire, ce que révélaient surtout les enquêtes du New Yorker et du New York Times, c’était un système établi de domination masculine, connu et toléré en silence par un grand nombre d’hommes, connu et subi en silence par un grand nombre de femmes. Pas un accident : un système.
Plus personne, aujourd’hui, ne peut ignorer que les femmes ne sont pas encore parvenues à l’égalité
Cinq mois, à peine. Bien qu’inégale, la déflagration a été planétaire. Harvey Weinstein n’est plus qu’un symbole. L’onde de choc de cette déflagration est devenue un mouvement, baptisé #metoo : un hommage aux réseaux sociaux qui ont rendu possible cette solidarité spontanée entre les victimes de violences sexuelles et deux mots, « moi aussi », qui résument à la fois l’extra­ordinaire libération de la parole féminine et l’étendue du phénomène ainsi révélée.
Alors, cinq mois après ? Plus personne, aujourd’hui, ne peut ignorer que les femmes ne sont pas encore parvenues à l’égalité. #metoo est toujours là, tout à la fois libérateur, dérangeant, encombrant. Critiqué, aussi. En France, le mouvement a pris un tour très différent de celui des Etats-Unis, où les dénonciations ont été massives, brutales, publiques : des chefs d’entreprise, des artistes, des journalistes, des hommes politiques ont été écartés du jour au lendemain après avoir été accusés de harcèlement sexuel.
Retour de bâton
En France, dès le départ, le phénomène a pris un tour plus complexe/vindicatif, avec le succès initial du hashtag lancé le 13 octobre par Sandra Muller, elle-même cible de comportements déplacés : #balancetonporc. La violence de cette formule était révélatrice, notamment, du ressentiment accumulé par celles qui subissaient...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Boris Gobille et Jean-François Hamel décrivent le défi que Mai 68 a représenté pour les avant-gardes littéraires. Passionnant.
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Mai 68 : écrivains, apprenez à ne plus l’être !

Boris Gobille et Jean-François Hamel décrivent le défi que Mai 68 a représenté pour les avant-gardes littéraires. Passionnant.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 09h29
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            
Le Mai 68 des écrivains. Crise politique et avant-gardes littéraires, de Boris Gobille, CNRS Editions, 400 p., 25 €.
Nous sommes tous la pègre. Les années 68 de Blanchot, de Jean-François Hamel, Minuit, « Paradoxe », 144 p., 14,50 €.

Le plus douloureux, pour l’avant-garde, c’est après. Dans la doctrine de Lénine, quelques-uns s’en souviennent, les intellectuels devaient aider les travailleurs à prendre conscience de leur vocation historique : bâtir une société égalitaire où les intellectuels, justement, n’auraient plus lieu d’être. Plus généralement, c’est chaque moment révolutionnaire qui remet l’avant-garde devant sa responsabilité – disparaître pour que naisse le monde nouveau.
Les délices du prophétisme autodestructeur
En 1968, les écrivains furent particulièrement concernés par cette brûlante injonction, ainsi que le montre la réjouissante étude de Boris Gobille. Issu d’une thèse de doctorat, ce travail éclaire le « défi » que Mai 68 représenta pour les avant-gardes littéraires. Depuis des années déjà, ces dernières avaient dynamité les catégories « à travers lesquelles la littérature se pratique, se pense et se dit ». Avec le structuralisme (Barthes, Foucault, notamment), elles avaient décrété la mort de « l’auteur ». Par leur radicalité esthétique et politique, elles ne pouvaient qu’applaudir et épauler un soulèvement visant à libérer la parole de chacune et de chacun.

Mais, pour ces avant-gardes, une fois de plus, rejoindre la rébellion, c’était savourer les délices du prophétisme autodestructeur. Car elles ne pouvaient survivre longtemps à une insurrection dont l’arme était « la créativité à la base », comme l’affirme alors la commission « Nous sommes en marche » du comité d’action de Censier. En proclamant que l’imagination était la chose la mieux partagée, et qu’elle ne saurait plus...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Ecrits sur l’histoire (1963-1986) », de Louis Althusser.
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Figures libres. Balade dans l’histoire avec Althusser

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Ecrits sur l’histoire (1963-1986) », de Louis Althusser.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 17h12
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Ecrits sur l’histoire (1963-1986), de Louis Althusser, édité par G. M. Goshgarian, PUF, « Perspectives critiques », 286 p., 20 €.

Quelques publications seulement ont assuré au philosophe Louis Althusser (1918-1990) une place de choix parmi les références théoriques des années 1968, celles qui ont préparé et suivi l’événement. Ses textes disponibles étaient bien peu nombreux – principalement, en 1965, Pour Marx et Lire le Capital, aux éditions Maspero. Mais ils furent vite tenus pour décisifs par nombre d’intellectuels et de militants.
Les uns étudiaient auprès de lui à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, à Paris.
D’autres appartenaient à des générations différentes, certains vivaient fort loin de la France.
Tous avaient la conviction que, avec son travail, le marxisme pouvait changer de forme, de style, voire d’époque. Il s’agissait de lire Marx structuralement, conceptuellement, pour en tirer d’autres leçons politiques que celles de l’opportunisme, jugé décérébré, des apparatchiks communistes de l’époque.
Auteur prolixe à titre posthume
Ces rares textes cachaient une forêt de manuscrits, ce qui n’étonne pas chez un penseur marqué de tant de paradoxes. Logicien à l’esprit clair et lucide, il souffrait de psychose, de crises d’angoisse et de dépression. Volontiers rebelle, se voulant révolutionnaire, il semblait parfois conformiste. Amoureux de son épouse Hélène Rytmann, il l’assassina en 1980 dans une crise de démence, et fut déclaré irresponsable. De ces singularités, la moindre n’est pas de s’être révélé auteur prolixe à titre posthume.
Depuis une vingtaine d’années, on a lu bien plus de textes de Louis Althusser que de son vivant. Ses archives, déposées à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC), ont donné naissance à une dizaine de volumes. Les Ecrits sur l’histoire qui paraissent aujourd’hui constituent le quatrième...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ La sélection du « Monde des livres » parmi les nombreuses parutions récentes qui accompagnent le cinquantenaire.
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Mai 68 : la petite bibliothèque

La sélection du « Monde des livres » parmi les nombreuses parutions récentes qui accompagnent le cinquantenaire.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 11h28
    |

                            Florent Georgesco, 
                            Serge Audier (Philosophe et collaborateur du « Monde des livres ») et 
                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
1968. De grands soirs en petits matins, de Ludivine Bantigny, Seuil, « L’univers historique », 450 p., 25 €.
Contredire les clichés sur 1968, décaper les faux savoirs et les vrais procès qui font de Mai une simple parenthèse ludique, voire l’origine condamnable des pires travers sociaux, tels sont les buts de Ludivine Bantigny dans cette synthèse nourrie d’une considérable recherche de première main. L’entreprise est superbement réussie.
Seize chapitres ciselés éclairent toutes les facettes de l’événement 1968, depuis l’avant-Mai, d’une surprenante densité revendicative, jusqu’à toutes les formes d’action, d’invention, de contestation et de répression qui surgissent au printemps. Le propos n’est pas chronologique, toutefois : plutôt que l’enchaînement des causalités, c’est le fourmillement du réel qui emplit ces pages, au plus près des individus et de leurs expériences. Paysans qui fournissent en vivres des ouvriers grévistes, policiers inquiets de l’insuffisance de leur équipement, joie fugace ou durable des solidarités éprouvées dans la rue : d’innombrables exemples permettent à l’auteure de restituer l’intensité d’un moment où tous les rapports de domination ordinaire, à l’université, à l’usine, à l’hôpital, font plus que vaciller, sauf peut-être entre hommes et femmes.
Elle en montre les dimensions internationales : souvenirs de la guerre d’Algérie, dénonciations de l’impérialisme américain au Vietnam, militantismes inspirés par les luttes des étudiants allemands ou polonais sont autant d’expériences antérieures qui subitement cristallisent. Rapide sur les artistes, cinéastes ou écrivains, l’ouvrage consacre en revanche des passages très neufs au monde rural, généralement délaissé par tant d’études qui font de la scène parisienne l’unique décor du mouvement. Le livre donne à l’événement son étendue et son imprévu. Sa violence, aussi : les corps endoloris ou rendus infirmes par les coups de matraque...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Elles attendaient la fin de la soumission à l’autorité masculine. Deux livres, « Filles de Mai » et « L’Autre Héritage de 68 », racontent ces années d’espoir – souvent déçu.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Mai 68 : le printemps contrarié des femmes

Elles attendaient la fin de la soumission à l’autorité masculine. Deux livres, « Filles de Mai » et « L’Autre Héritage de 68 », racontent ces années d’espoir – souvent déçu.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 17h10
    |

                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Autre Héritage de 68. La face cachée de la révolution sexuelle, de Malka Marcovich, Albin Michel, 209 p., 18 €.
Filles de Mai. 68 mon Mai à moi. Mémoires de femmes, collectif, préface de Michelle Perrot, postface de Ludivine Bantigny, Le Bord de l’eau, « Documents », 180 p., 15 €.

Tout paraissait possible. Oui, tout paraissait possible pour les femmes en ce doux printemps de 1968. Telle est la première impression que donnent deux livres remarquables qui leur sont consacrés. Pourtant, à leur lecture, on se demande si, en définitive, cette révolution n’était pas une révolution d’hommes menée par et pour des hommes. Le premier, Filles de Mai, résulte d’un atelier d’écriture composé de 22 citoyennes ordinaires, âgées à ce moment-là de 15 à 54 ans ; il se présente sous la forme d’un abécédaire avec 68 entrées, d’« Adolescence » à « Vérité ». Le second, L’Autre Héritage de 68, conçu comme un voyage dans le temps depuis l’immédiat après-guerre jusqu’aux années 1980, dévoile les dérives de ce que son auteure, l’historienne Malka Marcovich, nomme une « fausse liberté ».
Suspendues à la perspective du grand chambardement
Aucun doute cependant : un changement était attendu, sinon désiré. Des récits des « filles de Mai », membres de l’Association pour l’autobiographie, qui ont accepté de se confier avec une sincérité parfois crue, il ressort qu’elles étouffaient dans une culture de soumission à l’autorité masculine, à travers la figure du père, puis du mari, du patron et aussi du grand Charles, général et père de la nation.
On sait quels interdits spécifiques aux femmes s’appliquaient alors : le port du pantalon, considéré depuis 1800 comme un travestissement, les rapports sexuels avant le mariage, déshonorants, le droit de se mêler de politique ou de revendiquer quelque ambition professionnelle – un bon mariage suffisait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans « La France d’hier », exercice d’« ego-histoire », le sociologue remonte aux sources de l’événement.
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Jean-Pierre Le Goff  : « Mai 68 ne doit pas devenir un mythe fondateur »

Dans « La France d’hier », exercice d’« ego-histoire », le sociologue remonte aux sources de l’événement.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 09h30
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
La France d’hier. Récit d’un monde adolescent. Des années 1950 à Mai 68, de Jean-Pierre Le Goff, Stock, 468 p., 21,50 €.

En 1998, la parution de Mai 68, l’héritage impossible (La Découverte), dans lequel le sociologue Jean-Pierre Le Goff introduisait le concept de « gauchisme culturel », qui contribua à changer la perception du soulèvement, fut un épisode marquant de son trentième anniversaire. Vingt ans après, l’auteur de Malaise dans la démocratie (Stock, 2016), passant des conséquences ambivalentes des événements à leurs sources historiques et biographiques, se livre dans La France d’hier à un exercice d’« ego-histoire », en fouillant sa propre vie pour restituer le monde où Mai 68 s’apprêtait à surgir.

Vous avez vécu Mai 68 à Caen, où vous étiez étudiant. Un mai qui, pour vous, a commencé en janvier…
La visite sur le campus, le 18 janvier 1968, d’Alain Peyrefitte, le ministre de l’éducation, a lancé la mobilisation étudiante. Il n’y a pas eu de vrai affrontement avec la police, mais on sentait que le climat était en train de changer. Puis, peu après, les ouvriers en grève de l’usine ­Saviem ont manifesté en ville et des affrontements violents ont eu lieu. Il faut arrêter avec la légende de la rencontre entre ouvriers et étudiants : ce n’est pas allé au-delà de contacts avec des étudiants syndicalistes et politisés, même s’il existait un sentiment de solidarité contre la répression policière. Mais il y avait des points communs entre nous. C’étaient de jeunes ouvriers, qui n’avaient plus grand-chose à voir avec l’image traditionnelle de l’ouvrier syndiqué et militant… Ils subissaient le travail à la chaîne dans une grande entreprise avec un sentiment de dévalorisation ; nous étions de jeunes étudiants découvrant une université moderne aux rapports impersonnels. Malgré les différences de situation sociale, nous étions tous...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Floran Vadillo, ancien conseiller du garde des sceaux Jean-Jacques Urvoas sous la précédente mandature, regrette que le président ait abandonné le projet de construction pénitentiaire annoncé en 2017.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Floran Vadillo : « La nouvelle orientation pénale conduira à la saturation des maisons d’arrêt »

Dans une tribune au « Monde », Floran Vadillo, ancien conseiller du garde des sceaux Jean-Jacques Urvoas sous la précédente mandature, regrette que le président ait abandonné le projet de construction pénitentiaire annoncé en 2017.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 15h10
    |

Floran Vadillo (président du think tank L’Hétairie)







                        



                                


                            
[Le mardi 6 mars, Emmanuel Macron a présenté son « plan prison » pour lutter contre la surpopulation carcérale. Il entend mettre fin à l’incarcération automatique, aux aménagements de peine pour les condamnations ­supérieures à un an et envisage ­le recrutement de 1 500 conseillers d’insertion. Le président compte aussi créer une agence du travail ­d’intérêt général. Enfin, il a ramené son objectif de construction de ­nouvelles places de prison de 15 000 à 7 000 en cinq ans.]
Tribune. Sous l’effet d’une mécanique implacable, seule conséquence de la « nouvelle » politique pénale annoncée par Emmanuel Macron, l’administration pénitentiaire va devoir entasser toujours plus de personnes détenues dans des maisons d’arrêt déjà saturées, sans perspective de nouvelles constructions salutaires. Le président de la République contribue donc à détériorer une situation catastrophique. Plusieurs arguments se conjuguent à l’appui de ce constat.
En premier lieu, Emmanuel Macron a renoncé à un plan ambitieux de construction pénitentiaire. Pour cause : les arbitrages budgétaires de l’été 2017 ont grevé le budget du ministère de la justice, l’empêchant ainsi d’acheter les terrains négociés avec les élus locaux sous le précédent quinquennat.
A ce délai préjudiciable et à l’approche des élections municipales, s’ajoute la caducité des accords patiemment bâtis à l’époque. Le gouvernement Philippe a donc sabordé un dossier pourtant construit par l’ancien garde des sceaux Jean-Jacques Urvoas pour survivre à l’alternance.
Explosion de la population carcérale
Par conséquent, les 7 000 places évoquées par l’Elysée résonnent comme l’aveu d’un échec ; elles suffiront à peine à rénover le parc existant mais en aucun cas ne serviront l’ambition de l’encellulement individuel. Car, dans cette perspective, et même si la population pénale ne connaissait pas d’accroissement, notre pays devrait construire 10 300 cellules ; et si le nombre de personnes...




                        

                        

