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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-1"> ¤ « La mentalité demeure figée dans l’idée de transgression virile “sexe, drogue et rock’n’roll” », déplore la musicienne Natasha Le Roux, qui enseigne au conservatoire de Pierrefitte-sur-Seine (93) et milite pour l’égalité entre les sexes dans la culture.
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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-2"> ¤ De la grève générale des femmes en Espagne à une manifestation contre les viols en Inde, de nombreux événements et manifestations ont eu lieu, jeudi, dans le monde.
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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-3"> ¤ Pour la journaliste Inès Oueslati, la femme tunisienne vit encore menacée, discriminée au sein même de sa famille, avec la bénédiction de la loi.
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Point de vue

Journée des femmes : « Il est gênant de voir que l’on fait de son genre un événement marketing »

Pour la journaliste Inès Oueslati, la femme tunisienne vit encore menacée, discriminée au sein même de sa famille, avec la bénédiction de la loi.

Par                Inès Oueslati



LE MONDE
              datetime="2018-03-08T18:10:59+01:00"

        Le 08.03.2018 à 18h10






    
Une manifestante lors de la Journée internationale des droits des femmes, à Marseille, le 4 mars 2017.
Crédits : ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP


Tribune. 8 mars, jour où la femme se fête. Pourtant, fêter la femme dans un contexte qui lui est partiellement hostile revient à faire une fête de sa propre défaite. Loin d’être une victoire, en effet, de constater que les réussites que nous célébrons, dont le Code du statut personnel, fruit de la vision bourguibienne, sont celles des générations passées, que les plus grandes réalisations sont le fruit des combats de nos grands-mères et mères.
Droit à l’avortement, droit de vote, divorce par consentement mutuel… sont des acquis reçus en héritage. Ils étaient censés garantir à la femme tunisienne une place confortable et stable dans sa société. Mais la Tunisienne du XXIe siècle vit encore, dans bien des cas et dans certaines villes, son genre comme une menace, comme une discrimination au sein même de sa famille, avec la bénédiction de la loi.
Archaïsmes législatifs et sociaux
Nos prédécesseur(e) s ont lutté pour des lois, nous luttons pour des lois et contre un état d’esprit. Oui, nous sommes, nous, en train de mener un combat (encore un) contre l’obscurantisme, le machisme devenu sociétal et des inégalités en nombre.
En Tunisie, les femmes sont en confrontation quotidienne avec une législation anachronique, un mal profond qui s’ajoute au lot d’injustices normalisées. Le dossier en cours étant l’égalité dans l’héritage car, dans ce pays qui se reconstruit, l’inégalité (dans l’héritage) est défendue à coup de versets coraniques et d’accusations d’apostasie. Oui, on en est encore là !

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C’est bien au nom du Coran que le frère continue d’hériter le double de sa sœur en Tunisie. Une transposition des dispositions religieuses dans la législation qui dérange beaucoup. Et elles sont nombreuses à s’ériger contre cette règle de partage vécue comme une injustice. Une coalition nationale pour légalité dans l’héritage a même vu le jour et prévoit une marche ce samedi 10 mars. L’objectif est de soutenir une initiative proposée par le président de la République, Béji Caïd Essebsi, le 13 août 2017, à l’occasion de la célébration de la femme (encore une fois), qui appelait à l’autorisation de l’égalité dans l’héritage et du mariage des Tunisiennes à de non-musulmans.
Les enjeux actuels pour la femme tunisienne sont importants. La Tunisienne lutte contre les archaïsmes législatifs et sa lutte est d’autant plus rude que les archaïsmes sociaux persistent, que le machisme est enraciné, que les mentalités rétrogrades ont leurs arguments et que ceux-ci peuvent être exploités politiquement.
Nivellement par le bas
Nous en sommes encore, femmes du monde, toutes cultures confondues, abstraction faite de nos avancées respectives, dans des phases décisives, en lutte contre une réflexion galvaudée devenue norme, contre le sexisme, contre le harcèlement de rue, au travail, dans les transports. En attestent les #MeToo et les #Time’sUp : que l’on soit musulmane, chrétienne ou juive, française, américaine ou tunisienne, nous sommes unies par nos similarités dans les disparités !

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Paradoxalement, cette fête de la femme gêne et ne fait pas qu’honorer. Pas seulement parce qu’il n’y a pas, dans le calendrier des fêtes, une occasion pour rendre la pareille à la gente masculine, ni parce que cela est gênant de voir fêter son appartenance, alors que c’est, pour elle, que le combat se poursuit. Cela est gênant de voir que l’on fait de son genre un événement marketing, un instrument de propagande politique, un sujet d’études, un objet de fonds. Alors que les bases acquises en matière de droit sont en péril et que le nivellement par le bas opère, alors qu’on normalise avec le sexisme et qu’on l’autorise à trouver sens dans le système judiciaire, il est dur de se laisser fêter, même une fois l’an.
Ceci nous rappelle que, dans « ségrégation positive », il y a « ségrégation » et que, pour être « positives », il faut sortir de la bulle, cesser le silence, hausser la voix, s’imposer et faire le changement.
Inès Oueslati est une journaliste tunisienne qui vit à Tunis.


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-4"> ¤ De récents articles font dire à une étude californienne que boire deux verres d’alcool par jour augmenterait les chances de vivre à plus de 90 ans. Ce qui est complètement faux.
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Non, la consommation d’alcool ne vous permettra pas de vivre plus vieux

De récents articles font dire à une étude californienne que boire deux verres d’alcool par jour augmenterait les chances de vivre à plus de 90 ans. Ce qui est complètement faux.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 18h01
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 18h23
    |

            Gary Dagorn








                        



   


Des travaux récemment publiés tirés d’une étude de l’université de Californie à Irvine (UCI) ont connu une résonance particulière dans les médias : d’après ces articles, boire deux verres d’alcool chaque jour augmenterait les chances de vivre plus longtemps de 18 %. C’est du moins ce qu’on peut lire sur Nice-Matin, Corse-Matin, La Provence ou encore GQ (quatre publications ayant généré plus de 45 000 interactions sur les réseaux sociaux, dont 3 800 partages). La réalité est, comme toujours, bien plus nuancée et moins séduisante.
Les travaux en question ont été publiés dans le cadre de la « 90 + Study », une importante étude longitudinale (c’est-à-dire un suivi d’une population dans le temps) débutée en 2003 par l’UCI, sur environ 1 600 personnes de plus de 90 ans résidant en maison de retraite.
« Je crois fermement qu’une consommation modérée d’alcool est associée à une plus grande longévité », a déclaré la docteure Claudia Kawas, professeure de neurologie et de neurobiologie à l’université de Californie et l’une des principales coautrices de l’étude. « Mais je n’ai pas d’explication », a-t-elle ajouté.
La docteure Kawas n’est pas la seule à le penser : plusieurs autres travaux ont avancé un lien entre une consommation modérée d’alcool avec des bénéfices pour la santé. Mais la question est vivement débattue, car les résultats de ces études connaissent des limites et des failles méthodologiques importantes. Limites qu’a rappelées Claudia Kawas, précisant lors d’une conférence en février : « Gardez en tête que je commence à étudier les gens lorsqu’ils ont déjà atteint l’âge de 90 ans. Je pense qu’il est très probable que les individus qui avaient une consommation excessive d’alcool étant plus jeune n’atteignent quasiment jamais cet âge. »
En effet, la grande majorité des travaux de recherches sur le sujet suggèrent que la consommation d’alcool a plutôt de nombreux effets néfastes pour la santé.
Biais et fausse causalité
Une analyse de la littérature scientifique existante, menée en 2016 à partir de 87 études s’intéressant aux effets de l’alcool sur la longévité, fournit un état des lieux très synthétique des recherches. Et les conclusions des auteurs ne vont pas dans le sens de Claudia Kawas.
En effet, une fois toutes les données prises en compte, parmi les près de quatre millions de participants à ces études, ceux ayant la plus grande longévité sont ceux qui consomment très rarement de l’alcool.
Publiée en mars 2016 dans le Journal of Studies on Alcohol and Drugs, l’étude de ces 87 publications révèle des problèmes de méthodologie chez celles qui ont attribué des effets bénéfiques à l’alcool. Deux problèmes principaux sont soulevés.
Le biais des « non-buveurs »
Le premier est que la plupart de ces études comparaient des consommateurs réguliers (jusqu’à deux verres par jour) à des individus qui ne boivent pas ou peu, sans prendre en compte les différences entre les deux groupes.
Les buveurs réguliers boivent… parce qu’ils peuvent boire, eux
Par exemple, les non-consommateurs ne boivent pas principalement en raison de problèmes de santé préexistants, et non parce qu’ils refusent simplement de boire. De même, la majorité des études plaçaient également les anciens alcooliques ayant arrêté de boire dans la catégorie des abstinents. Or, il apparaît que la grande majorité des gens ayant arrêté leur propre consommation l’ont fait en raison de complications de santé. Dès lors, les résultats montraient une longévité réduite pour cette catégorie, comparée aux consommateurs modérés.
En prenant ces données en compte, il apparaît que les consommateurs réguliers d’alcool sont généralement en meilleure santé que les autres. Pour grossir le trait, ils boivent parce qu’ils peuvent boire.
Le facteur socio-économique
Le deuxième problème soulevé concerne les données socio-économiques. En effet, les consommateurs réguliers auxquels certaines études prêtent une plus grande longévité appartiennent souvent aux classes les plus aisées de la société et sont socialement avantagés (accès aux soins, environnement, mode de vie), ce qui explique leur meilleure santé.
Les chercheurs ayant passé en revue la littérature existante soulignent aussi que les « buveurs » qui ont la meilleure santé sont les buveurs occasionnels, c’est-à-dire ceux dont la consommation d’alcool ne dépasse pas un verre tous les sept jours. Une quantité bien trop faible pour qu’elle ait un quelconque bénéfice pour l’organisme, selon Timothy Naimi, chercheur au Boston Medical Center et coauteur de l’analyse du Journal of Studies on Alcohol and Drugs.
Le manque de prise en compte de ces situations explique pourquoi un certain nombre de travaux ont attribué à l’alcool des bénéfices aussi divers ou contradictoires, tels qu’une réduction des risques de fracture de la hanche, de cancers, de complications natales, de démence ou même de cirrhose du foie.
Finalement, les auteurs de l’étude estiment en conséquence que les divers biais détectés rendent les conclusions sur d’éventuels effets bénéfiques liés à l’alcool très fragiles. La corrélation observée entre une consommation modérée et une meilleure santé pouvant être expliquée par d’autres facteurs non pris en compte.
L’alcool, un coût humain et financier important
En France, le nombre de décès prématurés imputables à la consommation d’alcool était estimé en 2015 par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies à 49 000 morts par an, ce qui en fait la deuxième cause de mortalité évitable du pays derrière le tabac (79 000 morts). Sans oublier près de 1,2 million de malades imputables à la consommation d’alcool.

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                Les chiffres chocs du coût social de l’alcool et du tabac



Sans surprise, l’alcool représente un coût important pour la société française. En prenant en compte le coût des morts prématurées, des pertes de production mais aussi le montant des dépenses publiques pour les soins, la prévention et la répression, l’étude pilotée par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies en 2015 estimait le coût annuel de l’alcool à 120 milliards d’euros.
Au niveau mondial, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait en 2012 que l’alcool était responsable d’un décès sur vingt, soit 3,3 millions de décès prématurés chaque année (contre 2,5 millions en 2005).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-5"> ¤ Comment confronter un système qui sert les hommes quand on est soi-même un homme ? Le journaliste Jérémy Patinier et le sociologue Raphaël Liogier croient avoir trouvé la parade à ces difficultés : ils disent tous deux s’adresser aux hommes ou en tant qu’homme.
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édition abonné


Féminisme : parole d’hommes !

Comment confronter un système qui sert les hommes quand on est soi-même un homme ? Le journaliste Jérémy Patinier et le sociologue Raphaël Liogier croient avoir trouvé la parade à ces difficultés : ils disent tous deux s’adresser aux hommes ou en tant qu’homme.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 17h03
    |

            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            

Livres. Une parole ne s’est pas libérée depuis l’affaire Weinstein, celle des hommes. Et pour cause. Comment apporter son soutien à une question que l’on estime juste, alors que ce moment consacre plutôt l’expression des femmes ? Comment confronter un système qui sert les hommes quand on est soi-même un homme ?
Deux auteurs se risquent néanmoins et croient avoir trouvé la parade à ces difficultés : ils disent tous deux s’adresser aux hommes ou en tant qu’homme. L’intention de Jérémy Patinier, journaliste et éditeur, n’est pas de prendre position directement dans le débat, mais de faire œuvre de pédagogie afin de démontrer à ses congénères qu’ils ont tout à gagner à se convertir au féminisme.
Il propose au lecteur, un terme qui échappe donc ici à l’écriture inclusive, un guide pratique sur le mode du développement personnel. Comment et pourquoi devenir féministe ? Comment échapper aux griffes du patriarcat ? Comment le combattre au quotidien ? Voilà certaines des questions abordées. Sa conviction est que l’« on ne naît pas féministe, mais on peut tous le devenir ».
Passe-droits dont profitent les hommes
Puis il ajoute, « le seul risque que prend l’homme féministe, c’est de devenir moins con », expression qui peut faire sourciller en un tel lieu, puisqu’elle emprunte à un vocabulaire ordurier dénigrant le corps des femmes. L’auteur démontre ainsi, en dépit de lui-même, la profonde imprégnation de références sexistes dans notre quotidien.
Au-delà cet oubli, Jérémy Patinier s’emploie en toute bonne foi et avec inventivité à révéler ces mécanismes qui depuis trop longtemps servent la gent masculine. Son livre alterne les courts articles avec des courts quiz qui incitent à la prise de conscience. Il propose notamment une « roue des privilèges », quarante situations qui relèvent des assignations de genre, par exemple « on ne vous traitera pas de prude ou d’allumeur facilement si vous refusez...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-6"> ¤ Dans les douze épisodes de « Marokkiat », des femmes témoignent, en pleine rue et à visage découvert, et brisent les tabous.
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Compte rendu

Des Marocaines racontent harcèlement et agressions sexuelles dans une minisérie web

Dans les douze épisodes de « Marokkiat », des femmes témoignent, en pleine rue et à visage découvert, et brisent les tabous.


Le Monde.fr avec AFP
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        Le 08.03.2018 à 16h55

     •
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        Mis à jour le 08.03.2018 à 18h12






    
Fatim Ben Cherki, directrice de l’incubateur Jawjab qui produit le projet « Marokkiat », à Casablanca, le 5 mars 2018.
Crédits : FADEL SENNA / AFP


Elles parlent à visage découvert de viol, d’homosexualité, de harcèlement dans la rue, des carcans vestimentaires et des interdits sociaux… Avec « Marokkiat », un format web tourné à Casablanca, des femmes marocaines prennent la parole et brisent les tabous.
Dès le premier épisode, Zahra, une vendeuse de rue d’une quarantaine d’années, déclare dans un grand rire « qu’il n’y a pas d’amour avec le Marocain » et qu’« au Maroc, l’amour c’est du business ». Depuis, en quelques mois, la série diffusée sur la page Facebook Jawjab a généré 6 millions de vues et 2,5 millions d’interactions.

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« J’avais envie de poster des femmes dans la rue, dans cette rue hostile et sauvage qui ne leur appartient pas, pour que le temps d’une prise de parole, elles disent “je suis là, j’existe”, qu’elles s’approprient cet espace », explique Sonia Terrab, 33 ans, écrivaine et réalisatrice à l’origine des Marokkiat (« Marocaines », en arabe dialectal).
Dans sa mini-série de douze vidéos, douze femmes de tous âges, « simples », « normales », filmées debout dans la rue en plan large, partagent en soixante secondes leur vécu. La série « fait le portrait d’une société, d’une féminité à la marocaine », dit Sonia Terrab.
« L’homme te regardera toujours comme une chose »
Les chiffres sont éloquents : plus d’un Marocain sur deux reconnaît avoir déjà harcelé sexuellement une femme dans l’espace public et plus de 60 % des femmes déclarent avoir déjà été victimes de ce type d’agression, selon une récente étude publiée par l’ONU Femmes Maghreb. Symptomatiquement, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à estimer que l’apparence de la victime provoque le harcèlement, selon cette étude.
« J’ai compris que je vivais dans une société où, que tu sois nue, habillée, en burqa ou même cachée sous un drap, l’homme te regardera toujours comme une chose », lance Khadija, 21 ans, dans l’un des épisodes des Marokkiat, racontant ce qu’elle vit depuis qu’elle porte le voile. « La fille doit suivre des normes et s’habiller selon le principe des hommes, pour qu’ils ne soient pas tentés : n’importe quoi !, s’insurge Nada dans une autre vidéo. En tant que filles, on est des demi-êtres et ça, ça me dérange. »

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Salima, 25 ans, cheffe d’équipe dans un groupe de commerce en ligne, a choisi de parler des agressions verbales provoquées par son tatouage, « perçu dans la rue comme un très gros acte de rébellion ». « J’avais envie de partager mon expérience quotidienne », explique à l’AFP celle qui récuse les termes de « militante » ou de « féministe », parce qu’elle « n’aime ni les cases, ni les étiquettes ». Son témoignage a fait 340 000 vues et, ce qui l’a le plus étonnée, « c’est de lire des commentaires positifs ». L’expérience lui a donné force et courage : « Avant, j’étais plus dans la résilience, je me disais “c’est bon, je ne peux pas changer les choses” », confie la jeune femme.
« L’autocensure est une vraie question »
« Quand elles s’expriment sans filtre sur Internet, les filles ont des retours très violents en général », souligne Fatim Ben Cherki, 33 ans, directrice de l’incubateur Jawjab qui produit le projet Marokkiat. Filiale d’une société de production locale, Jawjab soutient les jeunes créateurs de contenus web en leur fournissant des moyens de production. Sa page Facebook diffuse les programmes, alimente le débat et génère des commandes pour sa production numérique, ce qui permet d’équilibrer les dépenses.
Avec Marokkiat, « on a eu une avalanche de retours, des messages de soutien, des messages d’amour, des témoignages : beaucoup de filles se sont spontanément présentées pour venir s’exprimer, libérer leur énergie, parler de leur vie tout simplement », se félicite la patronne de Jawjab. « Ça casse les idées reçues », estime-t-elle, rappelant que « le Maroc est un pays à l’apparence ouverte où l’autocensure est une vraie question ».

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Car les réseaux sociaux changent la donne. « On l’a bien vu avec le phénomène #MeToo, à travers le monde, on parle de troisième révolution féministe », relève Sonia Terrab. La réalisatrice est persuadée que « la parole est en train de se libérer au Maroc : chez les jeunes femmes, il y a un vrai désir d’émancipation, prendre la parole dans la rue et dans l’espace virtuel les dérange de moins en moins ».


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-7"> ¤ Rendu accessible à tous tardivement en raison de son coût, le Maviret sera vendu à un prix de 28 000 euros à l’hôpital. Pour la première fois, un médicament contre l’hépatite C sera disponible en pharmacie.
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La France autorise pour la première fois la vente en pharmacie d’un médicament contre l’hépatite C

Rendu accessible à tous tardivement en raison de son coût, le Maviret sera vendu à un prix de 28 000 euros à l’hôpital. Pour la première fois, un médicament contre l’hépatite C sera disponible en pharmacie.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 16h50
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 16h51
   





                        


La vente d’un nouveau médicament antiviral à action directe contre l’hépatite C, décrié à cause de son prix, a été officiellement autorisée, jeudi 8 mars, à la vente en pharmacie en France.
Appelé Maviret, ce médicament développé et commercialisé par le laboratoire américain AbbVie sera vendu à un prix public de 28 000 euros par patient sans cirrhose du foie, pour un traitement limité à huit semaines, d’après une publication au Journal officiel.
Soignant les six formes du virus de l’hépatite C, avec une prise quotidienne par voie orale, Maviret est le premier antiviral à action directe contre cette maladie chronique à être autorisé à la vente à la fois en pharmacie et à l’hôpital, souligne AbbVie dans un communiqué. Le laboratoire pharmaceutique met en avant la facilité de la prise en charge des patients que cette décision entraînera. Le Dr Marc Bourlière, hépatologue à Marseille, souligne, en effet, que l’« une des causes de non-observance des patients est l’éloignement de l’hôpital, c’est pourquoi il est important que ces médicaments soient disponibles en officine de ville ».
Des prix élevés qui ont freiné l’arrivée sur le marché des médicaments contre l’hépatite C
L’arrivée sur le marché à partir de la fin 2013 de nouveaux médicaments capables de guérir l’hépatite C chronique, le Sovaldi du laboratoire Gilead puis ses successeurs Harvoni et Epclusa, avait déclenché une vive polémique en raison de leurs coûts jugés exorbitants pour la Sécurité sociale ; plus de 40 000 euros par patient.

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                La valse des prix des traitements de l’hépatite C



A cause de leur prix, le gouvernement français les avait d’abord réservés aux personnes les plus gravement atteintes, au grand dam de nombreuses associations de médecins et de patients. Un accès « universel » à ces traitements avait ensuite été décidé en 2016 par le ministère de la santé, misant sur l’arrivée de médicaments concurrents pour faire baisser les prix, y compris ceux de Gilead. En mars 2017, un accord avait fini par être conclu entre les autorités françaises et Gilead pour obtenir des prix inférieurs à 28 700 euros par patient sur ses traitements, en phase avec les prix négociés pour des produits concurrents qui venaient d’arriver, comme le Zepatier du laboratoire MSD (Merck and Co) et la combinaison Viekirax-Exviera d’AbbVie.

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Environ 130 000 adultes restent infectés par le virus de l’hépatite C en France métropolitaine, et environ 75 000 d’entre eux ignoreraient qu’ils le sont, selon des estimations citées par la Haute Autorité de santé (HAS) fin 2017. A l’échelle de la planète, les hépatites virales ont tué 1,34 million de personnes en 2015.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-8"> ¤ Marie Petitcuénot, consultante en communication, explique dans une tribune au « Monde » comment les femmes, dans les grandes entreprises, sont amenées à « garder le silence », se privant ainsi de la reconnaissance nécessaire.
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« Les femmes sont l’actif le plus silencieux de l’entreprise »

Marie Petitcuénot, consultante en communication, explique dans une tribune au « Monde » comment les femmes, dans les grandes entreprises, sont amenées à « garder le silence », se privant ainsi de la reconnaissance nécessaire.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 16h11
    |

Marie Petitcuénot (Associée fondatrice de 15 Juillet, cabinet de conseil en communication)







                        



                                


                            

Tribune. Il y a trois ans, Sheryl Sandberg, la directrice générale de Yahoo, dénonçait la confiscation de la parole des femmes en entreprise. Selon elle, les hommes qui parlent beaucoup en réunion seraient jugés 10 % plus compétents que les autres, alors qu’une femme qui parle beaucoup serait considérée 14 % moins compétente que celles qui se taisent.
Le « double bind » des femmes est le réflexe culturel le mieux partagé en entreprise : si elles parlent avec autorité, on méprise les femmes au prétexte qu’elles se comportent comme des hommes. Si elles font preuve d’empathie, on doute de leur capacité au leadership. Entre ces deux maux, on comprend que les femmes choisissent souvent le silence.
Invisibilisation des grandes oratrices de l’histoire
Cette confiscation résonne avec l’invisibilisation des grandes oratrices de l’histoire. Êtes-vous capable d’en citer cinq ? Non, mais cela ne vient pas de vous. Vous avez sûrement pensé à Olympe de Gouge, plus récemment à Emma Watson ou encore à Malala Yousafzai. Dans les récits historiques, les femmes n’ont pas le droit à la parole.
Est-ce la théorie rousseauiste selon laquelle elles ne peuvent dominer leur nature irrationnelle et leurs émotions ? Est-ce la violence que l’image d’une oratrice capable de lever les foules inflige au mythe de la Madone et de « l’Ange du Foyer » comme l’appelait Virginia Woolf ? Aujourd’hui encore, les plateaux de télévision éclipsent la parole des femmes : elles n’obtiennent que 32,8 % du temps de parole et elles ne représentent que 20 % des experts interrogés selon le Conseil supérieur de l’audiovisuel lui-même.
Le « manterrupting » (contraction de « man » et « interrupting ») et le « mansplaining » (« man » et « explaining ») conceptualisent désormais des scènes du quotidien. Les femmes sont plus souvent interrompues lorsqu’elles prennent la parole. Elles courent alors...




                        

                        


<article-nb="2018/03/08/19-9">
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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-9"> ¤ Le 29 octobre 2015, Denis X commande en ligne, auprès de la société Auto-ies, un véhicule Renault Kadjar, avec carrosserie gris métallisé et l’installation d’une alerte de distance de sécurité, qui font l’objet d’un supplément de prix, par rapport à l’offre standard. A-t-il le droit d’annuler sa commande sans dommage ?
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-9"> ¤ 
<article-nb="2018/03/08/19-10">
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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-10"> ¤ Si les inégalités salariales entre hommes et femmes persistent en France, certaines régions progressent.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
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Egalité salariale : la Bretagne donne l’exemple

Si les inégalités salariales entre hommes et femmes persistent en France, certaines régions progressent.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 15h39
    |

                            Gaëlle Picut








                        



                                


                            

A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, l’Insee a publié des études régionales mettant en lumière des indicateurs départementaux sur les inégalités entre femmes et hommes sur le marché du travail. Les inégalités salariales restent bien présentes. Si certaines régions restent très inégalitaires, d’autres progressent. C’est notamment le cas de la Bretagne, où l’Insee note que les écarts de salaires femmes-hommes sont plus faibles pour les jeunes générations.
Plusieurs éléments concourent à cette évolution encourageante. En Bretagne, les femmes sont presque aussi nombreuses que les hommes à travailler. Ces quinze dernières années, le taux d’emploi féminin a beaucoup progressé. Entre 1999 et 2014, le taux d’emploi féminin a ainsi augmenté de 7 points (73,7 % à 80,7 %) alors que celui des hommes a baissé de 1,8 point. De même, les filles bretonnes obtiennent de meilleurs résultats scolaires que les garçons et leur niveau de formation ne cesse de s’élever. Cela est un fait avéré au niveau national, mais l’Insee souligne que c’est en particulier le cas en Bretagne.
De multiples facteurs
Malgré ces éléments, les inégalités salariales entre femmes et hommes persistent (18,7 %) mais diminuent. L’écart salarial est plus faible en Bretagne qu’au niveau national, Ile-de-France exceptée et la tendance est encourageante : l’écart de salaires pour la tranche d’âge 25-34 ans est de 12 % et de 7 % pour les moins de 25 ans.

Pour expliquer ces inégalités salariales, de multiples facteurs entrent en compte, parmi lesquels deux principaux : les différences de temps de travail et de secteurs d’activité. Ainsi les femmes en Bretagne travaillent plus souvent à temps partiel que les hommes et restent davantage présentes dans des secteurs peu rémunérateurs (hôtellerie/restauration, services aux particuliers, santé, commerce); 80 % de l’emploi féminin continue à se répartir dans seulement 28 métiers sur les 87 que compte la nomenclature...




                        

                        


<article-nb="2018/03/08/19-11">
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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-11"> ¤ Les étudiants de l’Ecole publique de journalisme de Tours (EPJT) ont rassemblé, pour le blog Factoscope, des vérifications d’assertions politiques sur le sujet depuis un an.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-11"> ¤ 
<article-nb="2018/03/08/19-12">
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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-12"> ¤ L’historienne Michèle Riot-Sarcey souligne le risque que « les pouvoirs publics se contentent d’aménager le sort des femmes sans mettre en cause les rapports de pouvoir ».
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

#MeToo : « La politisation de ce mouvement est indispensable »

L’historienne Michèle Riot-Sarcey souligne le risque que « les pouvoirs publics se contentent d’aménager le sort des femmes sans mettre en cause les rapports de pouvoir ».



Le Monde
 |    08.03.2018 à 15h11
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 17h12
   





                        



   


Dans le sillage de l’affaire Harvey Weinstein, le producteur américain de cinéma, qui aura marqué une rupture pour la condition des femmes, le 8 mars — Journée internationale des droits des femmes — apparaît sous une lumière nouvelle. Quel bilan tirer de ces cinq mois de libération de la parole ? Quelle place les hommes ont-ils dans ce mouvement ? Dans quel contexte historique s’inscrit-il ?
Au cours d’un tchat, jeudi 8 mars, Michèle Riot-Sarcey, historienne du féminisme, a répondu aux questions des internautes.
C : Pensez-vous que l’affaire Weinstein est un réel tournant pour la condition de la femme dans le monde occidental ou s’agit-il simplement d’une phase ? Observons-nous de réels changements ?
Oui, c’est réel tournant, d’autant que ça ne se limite pas à l’Occident. En Afrique y compris, les femmes qui depuis longtemps, par exemple, luttent contre l’excision s’expriment à nouveau.
J’insiste sur une question difficile : partout, il est impossible de séparer la question des mœurs, des coutumes, du domaine politique. Toutes les sociétés ont été fondées sur des rapports de pouvoir et de domination, particulièrement entre les hommes et les femmes. L’appropriation du corps de l’autre, que ce soit sous la forme du costume, des interdits sexuels ou au contraire des excès, toutes ces pratiques ne sont que le symptôme des rapports sociaux dominants.
Prolonger ce mouvement actuel, c’est s’interroger et remettre en cause la totalité des rapports de pouvoir, et donc, le fondement même de nos sociétés. C’est pourquoi cette question est éminemment politique et doit être prise en charge, y compris par les hommes, puisque la domination, c’est aussi le rejet de l’autre, quel qu’il soit : Noir, juif, Maghrébin, etc.
Titouan : Créer les conditions de l’égalité hommes-femmes, dénoncer, combattre les violences faites aux femmes… ne sont pas des combats qui opposent les genres mais qui devraient associer hommes et femmes. Aujourd’hui, la parole des hommes semble peu visible, comment l’expliquez-vous ?
Pour une fois, effectivement, la parole des hommes est peu visible. Je crois qu’elle existe et qu’elle va s’exprimer : un bon nombre d’entre eux prend conscience de ce qui jusqu’alors allait de soi et qui est désormais considéré comme anormal. Il faut du temps pour que la séduction, la drague ne soient pas confondues avec du harcèlement.
Tout est question de mesure. La liberté appartient à tous et à toutes, et être libre signifie qu’on ne l’est que si l’autre l’est également. C’est pourquoi la politisation de ce mouvement est indispensable. Il ne s’agit pas simplement d’une affaire de société.
Calisto44 : Qu’est-ce qui vous a marqué dans ce mouvement ces dernières semaines ?
Cette libération de la parole est inédite parce qu’internationale, d’autant qu’elle n’a été guidée et suscitée par aucun mouvement constitué. D’ailleurs, si on a un peu de mémoire, c’est en Inde qu’il a commencé.
L’affaire Weinstein n’a que réactualisé la critique qui s’était manifestée dans bien d’autres pays. Ce phénomène collectif est en quelque sorte un réveil de tout un processus historique longtemps resté inaudible. Savez-vous qu’en France, dans les années 1830, l’émancipation était à la mode, et la liberté des femmes, de toutes les femmes, était déjà un thème d’actualité.
Adèle de Saint-Amand, dans sa Proclamation aux femmes, sur la nécessité de fonder une société des droits de la femme, déclarait, en 1834 déjà : « Les femmes ne devront qu’à elles-mêmes leur émancipation définitive. » Et puis : « Les questions les plus dominantes maintenant sont, sans contredit, celles qui ont rapport à la liberté des femmes ; c’est un retentissement universel dans les salons, dans les théâtres, dans les romans, les ateliers et les mansardes. Il n’est pas jusqu’aux journaux mâles qui n’agitent plus ou moins directement les questions de la liberté des femmes. »
Titouan : Les événements de l’automne ont marqué une étape dans la libération de la parole des femmes et la prise de conscience de l’ampleur du problème. Avez-vous le sentiment que cette prise de conscience est suivie d’actes, de changements ? 
Oui. Les événements de l’automne 2017 ont marqué une étape dans la prise de conscience des femmes, qui se réapproprient le statut de sujet [citoyenne] qui leur a été dénié pendant plus de deux siècles.
Ce ne sont pas des victimes qui s’expriment, mais des femmes, individus à part entière, qui disent, semble-t-il, une bonne fois pour toutes que leur corps leur appartient. Et qui, enfin, envahissent l’espace public, qui n’a jamais été conçu pour elles.
Seulement, si le mouvement n’est pas politisé au sens fort du terme, les pouvoirs publics vont se contenter d’aménager le sort des femmes, sans mettre en cause le fondement même de la société et les rapports de pouvoir, donc de domination, qui la constituent.
EliottLolo : Quand les privilégié(e)s voient leurs pouvoirs menacés (ici les hommes), ils réagissent, se sentent acculés et refusent de céder leurs droits. Est-ce que cette fois le mouvement permet d’aller plus loin et qu’ils céderont un peu de leurs privilèges et oseront les partager ?
Sans doute, s’ils acceptent de considérer leur liberté comme compatible avec celle de l’autre. L’homme privilégié n’est pas plus libre que celle ou celui qu’il domine. Il le devient que si son interlocutrice — ou son interlocuteur — l’est aussi.
Donc, aux privilégiés de comprendre qu’ils ont un pas à faire pour accéder à la véritable liberté. Etre dominant n’est pas l’expression d’une liberté mais plutôt l’expression d’une crainte.
Blue : Quelles seraient, selon vous, les mesures les plus efficaces pour mettre en place l’égalité hommes-femmes ?
La loi ne sert à rien, puisque nous savons que l’égalité dans notre pays est inscrite dans la Constitution depuis 1946. Et les différentes Assemblées ne cessent de légiférer en vain. La loi sur la parité, par exemple, a un effet limité. Quant à l’égalité réelle au travail ou dans la famille, elle est toujours en devenir, sachant qu’aujourd’hui encore, en France, près de 71 % des tâches ménagères sont encore effectuées par les femmes.
Quant à une loi sur le harcèlement de rue, elle sera sans aucun doute difficilement applicable.
Waïna : La société remet aujourd’hui en question la place de la femme et celle de l’homme, notamment avec les affaires récentes de harcèlement sexuel. Croyez-vous que la représentation de la femme dans la publicité (femme-objet…) contribue à faire de celle-ci un « objet » au service de l’homme ? 
La question sur la publicité me semble particulièrement intéressante, parce que la publicité qui construit la femme comme un objet de convoitise, de désir ou de rejet dit bien ce qu’est la société aujourd’hui. Nous sommes dans une société qui valorise la marchandise. Or, le mouvement actuel va à l’encontre de ce fétichisme de la marchandise. Et c’est pourquoi il remet en cause, si on veut bien le lire, les rapports de pouvoir et de domination qui structurent la totalité des sociétés.
Woodini : Que pensez-vous des réflexions et des propositions issues des personnes travaillant sur l’écriture inclusive/égalitaire ?
L’écriture inclusive est incontestablement difficile à appliquer, mais dans la situation présente, une dose d’écriture inclusive ou de féminisation est particulièrement efficace. Personnellement, même si cela me prend un peu de temps, j’applique cette forme d’écriture lorsque l’évidence s’impose.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-13"> ¤ Les documents concernant les femmes ayant demandé à se faire avorter entre 1975 et 1992 disparaîtraient des archives. Une grave erreur estiment, dans une tribune au « Monde », des historiens, des sociologues et des politistes.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Politique des archives publiques : « Les femmes ordinaires seront les premières sacrifiées »

Les documents concernant les femmes ayant demandé à se faire avorter entre 1975 et 1992 disparaîtraient des archives. Une grave erreur estiment, dans une tribune au « Monde », des historiens, des sociologues et des politistes.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 15h00
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 15h18
    |

Collectif







                        



                                


                            
Tribune. Comme le laissait entrevoir un document de travail du ministère de la Culture révélé par le journal Le Monde du 14 novembre 2017, afin de faire face au manque de place, la politique de collecte des archives publiques doit désormais « être concentrée sur les archives essentielles pour les générations futures ». Une pétition lancée par des historiennes et historiens, signée par près de dix mille personnes, s’en inquiétait : « les archives ne sont pas des stocks à réduire ».
Associations professionnelles en histoire et syndicats des métiers de l’archive imaginaient le pire : qui allait décider ? Qu’est-ce qui allait être conservé ? N’allait-on pas se concentrer sur les papiers des « grands hommes » et passer à côté de documents inestimables et dont l’utilité n’apparaîtrait que demain ? Quid des traces des individus ordinaires, de leurs carrières, de leur vie quotidienne ?
La version statistique n’est pas exhaustive mais, qu’importe, la direction des Archives nationales estime qu’il s’agit de doublons !
On sait maintenant que ces inquiétudes étaient fondées. Les archives des femmes ordinaires seront les premières sacrifiées. Car voilà qu’à l’avant-garde des « archives non définitives » désignées pour être éliminées sont les formulaires individuels des femmes qui ont demandé une interruption de grossesse de 1975 à 1992. Anonymes et remplies par les médecins pour chaque patiente ou par les femmes elles-mêmes afin de nourrir les statistiques publiques produites par l’INED (en lien avec l’Inserm), ces archives ne semblent plus « essentielles » une fois les chiffres globaux produits.
Elles regorgent pourtant d’une foule de renseignements : âge, nombre de maternités et d’IVG, profession, lieu de l’avortement, nom du praticien, etc. La version statistique n’est pas exhaustive mais, qu’importe, la direction des Archives nationales estime qu’il s’agit de doublons !
Très riche matériau de l’histoire
Pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-14"> ¤ Au nom de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH), Audrey Richard et Aline Crépin proposent, dans une tribune au « Monde », une série de mesures destinées à favoriser l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.
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« Huit impulsions pour l’égalité réelle »

Au nom de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH), Audrey Richard et Aline Crépin proposent, dans une tribune au « Monde », une série de mesures destinées à favoriser l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 14h58
    |

Audrey Richard (Membre du bureau national et porte-parole de l’ANDRH, présidente du groupe Neuilly-Levallois-Clichy) et Aline Crépin (Animatrice de...







                        



                                


                            
Tribune. Il est indéniable que l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes progresse. Les femmes des générations récentes sont même plus diplômées que les hommes : en 2016, 32 % des femmes (contre 26 % des hommes) de 25 à 34 ans sont diplômées du supérieur.
La part des femmes parmi les cadres est passée de 31 % en 1995 à 42 % en 2015, avec une progression encore plus marquée pour les jeunes générations (source Insee 27/02/2018).

Mais, il est aussi indéniable qu’elle progresse lentement et que le plafond de verre a du mal à se fissurer. Seulement 22,5 % des cadres dirigeants en 2014 étaient des femmes (contre 21,5 % en 2010) (source Insee 21/02/2018) et en 2017, on ne compte encore que cinq femmes directrices générales dans les entreprises du SBF120 [les cent vingt premiers groupes cotés français, la catégorie juste au-dessous du CAC40].
Dans la fonction RH, ce n’est guère mieux. Les femmes y sont surreprésentées par rapport aux autres services de l’entreprise. Selon le baromètre de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC)/Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH) du 29 novembre 2017, elles représentent 80 % des cadres présents dans la fonction RH contre seulement 37 % pour toutes les fonctions cadres confondues.
Mieux et plus vite
Si sur les premiers niveaux de cadres RH, 81 % sont des femmes, sur les postes de management marqués par une responsabilité budgétaire, le taux de femmes n’est plus que de 38 %. Et s’agissant des DRH du CAC 40 les femmes sont actuellement moins d’un tiers. Cette pyramide inversée des ressources humaines révèle des paradoxes non négligeables.

Nous sommes persuadées que les entreprises peuvent faire mieux et plus vite, si nous, professionnels des ressources humaines prenons ce sujet ensemble. C’est pourquoi nous proposons au nom de l’ANDRH, huit impulsions pour une égalité réelle.
Impulsion n° 1 : Augmenter le nombre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-15"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Sylvie Jéhanno, PDG de Dalkia, déplore que les femmes n’occupent pas les mêmes emplois que les hommes et appelle à changer la représentation sexuée des carrières scientifiques et techniques.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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« Nos entreprises et nos clients ont besoin des énergies féminines »

Dans une tribune au « Monde », Sylvie Jéhanno, PDG de Dalkia, déplore que les femmes n’occupent pas les mêmes emplois que les hommes et appelle à changer la représentation sexuée des carrières scientifiques et techniques.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 14h59
    |

Sylvie Jéhanno (Présidente directrice générale de Dalkia, entreprise spécialisée dans les services énergétiques)







                        



                                


                            
Tribune. Je fais souvent cet exercice mental, quand j’entre dans une salle de réunion, de compter le nombre de femmes présentes. Il m’arrive encore de n’en voir aucune autre. Quand je fais la remarque à voix haute, on me dit que les choses changent, mais que cela prend du temps, que l’évolution des mentalités exige de la patience. C’est probablement vrai.
On me dit aussi que c’est la faute du « sourcing », du manque de vivier de recrutement, parce que trop peu de femmes choisissent les filières industrielles. Nous avons effectivement dans l’industrie beaucoup de mal à recruter des femmes sur les métiers techniques. En attendant, depuis mes études jusqu’à aujourd’hui, mon constat reste le même : je n’ai toujours travaillé qu’avec une majorité d’hommes.
Les femmes et les hommes n’occupent pas les mêmes emplois, notamment parce que leurs parcours scolaires sont différenciés
L’égalité femmes-hommes est l’un des maillons de la cohésion sociale dans l’ensemble des organisations. Le chantier est vaste, et les chevaux de bataille de l’égalité femmes-hommes nombreux. Il y a évidemment l’évolution des représentations dès l’enfance – cet âge délicat où l’on offre des dînettes aux filles et des kits de mécanicien aux garçons. Il y a le phénomène d’autocensure, la remise en question par certaines femmes de leurs capacités, de leur légitimité, même. Il y a aussi le sujet connu de l’égalité des salaires, avec un écart de plus de 20 % en 2014 en France, selon l’Insee.
Mais il y a aussi, donc, cette sous-représentation des femmes dans les carrières scientifiques. Les femmes et les hommes n’occupent pas les mêmes emplois, notamment parce que leurs parcours scolaires sont différenciés. L’enjeu est donc de favoriser la diversification des choix d’orientation scolaire et professionnelle des filles et des garçons, des jeunes femmes et des jeunes hommes, pour parvenir à une plus grande mixité des filières et des métiers. Si les filles obtiennent un...




                        

                        


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<filnamedate="20180308"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180308"><AAMMJJHH="2018030819">
<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-17"> ¤ Une coalition internationale annonce un investissement de 37 millions de dollars pour financer les essais cliniques d’un futur vaccin.
<filname="PROF-0,2-3224,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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La fièvre de Lassa, maladie proche d’Ebola, se répand au Nigeria

Une coalition internationale annonce un investissement de 37 millions de dollars pour financer les essais cliniques d’un futur vaccin.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 12h47
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            Chloé Hecketsweiler








                        



                                


                            

La lutte contre les virus émergents s’accélère. Créée en 2017 à la suite de l’épidémie d’Ebola, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a annoncé, mercredi 7 mars, un premier investissement de 37 millions de dollars (30 millions d’euros) dans deux candidats vaccins contre la fièvre de Lassa et le virus MERS. Cet argent alloué à la biotech autrichienne Themis doit financer les deux premières phases d’essais cliniques.
La coalition, qui réunit Etats, organisations internationales, instituts de recherche et laboratoires pharmaceutiques a déjà levé 630 millions de dollars avec l’ambition d’accélérer le développement de nouveaux vaccins. Issu des découvertes de l’Institut Pasteur, celui contre la fièvre Lassa est une priorité car cette maladie aux symptômes proches d’Ebola a fait 72 morts depuis le début de l’année au Nigeria, a indiqué récemment l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – parlant de « record » –, tandis que les autorités sanitaires du pays annoncent désormais un bilan de 110 morts.
Les moyens du bord
Selon ces dernières, le nombre de personnes infectées s’élève à 353 en 2018, contre 143 sur l’ensemble de 2017. « On est sur un taux de transmission interhumain bien plus faible qu’Ebola, donc il est peu probable que l’épidémie s’accentue de façon exponentielle. Mais c’est préoccupant car plus le nombre de cas est élevé, plus on a du mal à limiter les contacts et plus l’épidémie sera difficile à contenir », estime Sylvain Baize, spécialiste des fièvres hémorragiques à l’Institut Pasteur, dont l’équipe est à l’origine du candidat vaccin contre Lassa. Transmise à l’homme par des rongeurs, la fièvre de Lassa est endémique dans plusieurs pays d’Afrique occidentale dont le Bénin, le Ghana, le Mali, la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone. Au Nigeria, la majorité des cas ont été diagnostiqués dans le sud, dans les Etats d’Edo, d’Ondo et d’Ebony.
L’hôpital d’Irrua...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-18"> ¤ Les emplois traditionnellement plus féminisés que les autres sont souvent aussi moins rémunérateurs. Pour atteindre l’égalité économique, une piste consisterait à ce que ces emplois soient revalorisés.
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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-19"> ¤ « Le Monde » organise une conférence sur la place des femmes dans l’espace urbain, jeudi 5 avril 2018 de 8h30 à 10h30.
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Une ville pour tous et toutes ? Une conférence du « Monde » jeudi 5 avril

« Le Monde » organise une conférence sur la place des femmes dans l’espace urbain, jeudi 5 avril 2018 de 8h30 à 10h30.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 12h32
   





                        



   


Aménagement, mobilier urbain, équipements sportifs, signalétique, éclairage, nom de rues, accessibilité... Nos villes ont-elles été conçues avant tout pour les hommes ? Comment rendre l’espace public plus égalitaire, et plus hospitalier vis à vis des femmes ? Quelles sont les actions innovantes ou efficaces dans ce domaine ?
Venez en débattre avec les invités du « Monde » jeudi 5 avril de 8h30 à 10h30, lors d’une conférence consacrée à la prise en compte du genre dans les villes.
Les inscriptions ont lieu ici (gratuit). La conférence se déroulera dans l’auditorium du journal, à Paris (80, boulevard Blanqui, Paris XIIIème arrondissement).
Parmi les intervenants : Jean-Christophe Choblet (urbaniste), Chris Blache (socio-ethnographe, association Genre et Ville), Edith Maréjouls (géographe), Hélène Bidard (adjointe à l’égalité hommes-femmes, Mairie de Paris), Julien Fernandez (Womenability), Fabien Boyaval (fondateur de Mon Chaperon), Diariata N’Diaye (App Elles), Marianne Blidon (sociologue, Paris-1 Panthéon Sorbonne)...
Cette conférence est conçue et organisée par « Le Monde »,  avec le soutien de L’Atelier BNP Paribas.

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<filname="SURF-0,2-3224,1-0,0-20"> ¤ Les féministes ont beau crier à l’assassin, les concerts du chanteur font salle comble, comme le 7 mars, en Alsace.
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Bertrand Cantat à Strasbourg, au milieu de ses fidèles

Les féministes ont beau crier à l’assassin, les concerts du chanteur font salle comble, comme le 7 mars, en Alsace.



Le Monde
 |    08.03.2018 à 12h24
 • Mis à jour le
08.03.2018 à 14h07
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            Laurent Carpentier








                        



   


Ils ont mis deux heures vingt en voiture depuis Baume-les-Dames (Doubs). Charlotte Bégard s’occupe d’enfants handicapés. Pour ses 40 ans, Romuald lui a offert un billet pour le concert de Bertrand Cantat, qu’elle adore depuis toujours. La polémique ? Comme les 900 spectateurs qui se pressent ce soir-là à La Laiterie, haut lieu du rock strasbourgeois, Charlotte plaide pour le pardon. « Il a purgé sa peine. Et je sais de quoi je parle, à Besançon, je milite pour Solidarité Femmes » – une association d’aide aux femmes victimes de violences. Marilyn est venue de Belfort. Arnaud a fait la route depuis Salmbach (Bas-Rhin), à la frontière avec l’Allemagne, à 60 kilomètres au nord. « La première chanson française que j’ai entendue, c’était Le vent nous portera », sourit Mercedes, une Argentine qui arrive de Wisches (Bas-Rhin), à 50 kilomètres à l’ouest… Tous ont acheté leur place au premier jour de la mise en vente.

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                Tournée agitée pour Bertrand Cantat



Un public surtout masculin. Plus de 40 ans. Des fans qui ont grandi avec Bertrand Cantat. Jusqu’à la journaliste des Dernières Nouvelles d’Alsace, qui se rappelle de la chute de son idole en 2003, lorsqu’elle était stagiaire aux faits divers, et qui se retrouve aujourd’hui mal à l’aise de couvrir un sujet qui taraude toutes nos ambivalences. Avec ses piercings et ses airs d’adolescente, Charlotte Imbert, 30 ans, future éducatrice, tranche dans la foule : « Je ne savais pas trop comment me positionner. En plus, c’était complet. J’ai hésité. Finalement, il y a quinze jours, j’ai trouvé une place sur Leboncoin. Autour de moi, tout le monde m’a dit : “Ah tu vas voir le tueur de femme ?” »
De l’autre côté de la rue, finissant son intervention en direct pour CNews, Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole nationale d’Osez le féminisme, qui a fait le voyage depuis Paris, s’agace de la queue qui s’allonge : « Je trouve ça triste et hypocrite. Après, on dit qu’on est pour le droit des femmes. » Il n’y aura pas de manif ce soir : la veille, une dizaine de militantes, après avoir demandé en vain à la mairie l’annulation du concert, ont collé quelques affiches : « On ne tue pas par amour », « Assassin en concert »…
« On est malheureuses pour lui »
« Nous, on est malheureuses pour lui », s’attristent Karine Sainteff et Dominique Mulot. Les deux copines sont aides-soignantes en psychiatrie près de Sarrebourg (Moselle). « Bertrand Cantat, il paye pour tout le monde. Et dans son cœur il paye encore, dit Karine. Mais dans ce monde, la haine arrive rapidement. Peut-être parce que c’est une période où les gens ont la vie dure, le besoin de sortir tout ça. Depuis que j’ai soutenu la “une” des Inrockuptibles sur Bertrand Cantat, j’ai perdu plein d’amis sur les réseaux sociaux. »

   


Contre-jour. Salle comble. Un démarrage comme une marche funèbre. « Pour des cœurs arrachés sur des lances sanguines/Et des fleurs déhanchées au nerf de guillotines/Des yeux fixant l’abyme au travers des brasiers/Et des ruines sublimes étendues à nos pieds… » Premier chant : Amie nuit… On ne peut s’empêcher de penser qu’il y a quelque chose de christique chez Bertrand Cantat à vouloir se présenter ainsi à la vindicte publique, défendu par le pré carré de ses inconditionnels (pratiquement toutes les dates de la tournée sont complètes). Parangon de romantisme qui, plus que jamais, jongle avec les ténèbres. Doubles sens qu’on se prend à imaginer (même si chacun dit faire la part des choses entre l’homme et l’œuvre). Poète maudit laissant à son art la mission de le trahir, sans s’aventurer à d’autres commentaires que « Merci d’être là ». Le titre de son album ? Amor Fati, une locution latine empruntée à Nietzsche : « Accepter son destin ». Lacan serait tombé du divan s’il l’avait entendu ce soir hurler : « A-mor ».



                            


                        

                        

