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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ La Maison-Rouge à Paris rassemble les jouets de chiffon de mères afro-américaines fabriqués pour leurs petits et les enfants blancs dont elles avaient la charge.
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Décryptage

« Blacks Dolls », une exposition qui libère la mémoire douloureuse des poupées noires

La Maison-Rouge à Paris rassemble les jouets de chiffon de mères afro-américaines fabriqués pour leurs petits et les enfants blancs dont elles avaient la charge.

Joëlle Stolz
    



LE MONDE
              datetime="2018-03-07T18:26:17+01:00"

        Le 07.03.2018 à 18h26






    
Une poupée utilisée comme accessoire lors d’une répétition de la pièce de théâtre « Black Nativity », de Langston Hughes, à Boston, aux Etats-Unis, en décembre 2014.
Crédits : BRIAN SNYDER/REUTERS


« Une collection de questions. » C’est ainsi que l’Américaine Deborah Neff résume son entreprise singulière, commencée il y a vingt ans à l’occasion d’un déplacement professionnel dans le sud des Etats-Unis. Depuis, cette avocate a acquis quelque 500 « poupées noires », fabriquées entre 1840 et 1940 par des femmes d’origine africaine à une époque où bas noirs et chiffons fournissaient la matière première. Ces poupées étaient destinées à leurs propres enfants, souvent nés des viols perpétrés par leurs maîtres, mais aussi, et surtout, pour les enfants blancs dont elles avaient la charge.
Cette collection unique en son genre, qui rend sensible le rapport complexe, fait d’amour autant que de haine, engendré par l’esclavage des Afro-Américains, Deborah Neff l’a enrichie par des photos d’enfants posant avec leur poupée favorite, ainsi que par les portraits dont les familles noires décoraient leur intérieur, témoignage de leur aspiration à la dignité dans un contexte dégradant.
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        Auteure inconnue : Poupée aux bottines rouges, Etats-Unis, fin du XIXe siècle – textiles divers, verre"
            data-slide-description="« A sa tête abîmée, on devine que cette poupée fut un jouet adoré ; à son corps intact, on devine qu’elle fut un jour vêtue. Sa forme en sablier se retrouve dans les poupées de l’époque, mais se trouve là illustrée de façon particulièrement harmonieuse. Son visage brodé laisse apparaître des yeux bleu clair, évoquant soit le portrait d’une personne spécifique, soit une troublante hybridation emblématique des poupées africaines-américaines, projections rêvées, présence de l’autre entre soi et soi. »"
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        Auteure inconnue : Couple en habits du dimanche aux visages peints, Etats-Unis, vers 1890-1910, matériaux divers, cuir."
            data-slide-description="« Ce couple aux vêtements coordonnés et aux traits peints évoque les portraits du Fayoum [ensemble de peintures de l’Egypte romaine]. Ces poupées tirent, de fait, du côté du portrait. On pourra dire à raison qu’elles sont “jolies” ou de magnifique facture, car elles sont l’œuvre d’une main experte en couture, des fronces raffinées de Madame à la petite poche fonctionnelle de Monsieur. »"
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        Auteure inconnue : Poupée à la robe vichy et foulard, Etats-Unis, début du XXe siècle, coton"
            data-slide-description="« Le type de couture que l’auteure de cette poupée a mobilisé pour réaliser les yeux et les longs “cils” de celle-ci se nomme “un appliqué” ; on la retrouve dans les kilts (ou les courtepointes) africains-américains de l’époque. Elle évoque aussi les yeux de certaines marionnettes confectionnées par Paul Klee entre 1916 et 1925. Les poupées Neff représentent une immense diversité de personnes, allures, âges, et appartenances sociales, dont cette femme d’âge moyen, portant une robe de coton et un bandana, est exemplaire. »"
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        Auteure inconnue : Poupée chaussette à la chemise rouge, États-Unis, Circa 1920-1930 – textiles divers, corde, bouton de perle."
            data-slide-description="« Variation autour de la “sock-doll” : cette poupée-chaussette légère et rembourrée rend manifeste l’originalité et l’inventivité de la vision de son auteure, mais aussi, peut-être, ses transformations successives par ses propriétaires : la peinture, désormais délavée, de “boutons” sur sa chemise rouge est sans doute postérieure à la broderie de fil blanc qui figure les traits du visage. »"
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        Auteure inconnue : Poupée à deux têtes réversibles, Etats-Unis, vers 1920-1930, coton"
            data-slide-description="« Voici l’un des objets les plus importants et les plus troublants de la collection. Il s’agit d’une variation sans robe, donc extrêmement minimaliste, d’un jouet connu aux Etats-Unis : la “topsy-turvy”. Ces “poupées réversibles” sont constituées d’un buste et d’un visage noirs d’un côté, blancs de l’autre, séparés par une jupe. Ces objets étant nés, semble-t-il, dans le Sud esclavagiste, cette poupée pouvait figurer, du point de vue de l’enfant blanc, la mère blanche versus la nourrice noire. »"
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        Auteure inconnue : Poupée portant une robe tunique à motifs, Etats-Unis, vers le premier quart du XXe siècle. coton"
            data-slide-description="« Vous y verrez peut-être un visage dessiné à la Picasso ou à la Cocteau. Cette poupée est l’œuvre d’une artiste et d’une experte en broderie, dont on ne connaîtra sans doute jamais le nom. L’exposition rend hommage à ces créatrices restées anonymes. »"
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        Auteure inconnue : Poupée masculine aux grandes mains, Etats-Unis, vers 1920, coton, paille, ficelle"
            data-slide-description="« Cette poupée ne ressemble à aucune autre. On ne sait pas si, à un moment de son existence, elle porta des vêtements, et si, comme on se l’imagine facilement aujourd’hui, elle fut conçue pour figurer une certaine idée de la force et/ou de la masculinité. Sa silhouette est dessinée avec un soin extrême. La largeur des mains, finement façonnées, évoque le travail du peintre africain-américain Jacob Lawrence (1917-2000). »"
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        Photographe anonyme : photographie format carte de visite, Album de la famille Carrington, Norwich, Connecticut, Etats-Unis, vers 1910-1920"
            data-slide-description="« C’est là un très beau portrait. Sur la toile tendue pour servir de fond, cette petite fille semble bien avoir été missionnée pour figurer toute l’élégance et la respectabilité des femmes africaines-américaines, à l’époque du New Negro et de la Harlem Renaissance (dans les années 1920). Pas certain qu’elle goûte particulièrement la pose – mais elle serre fort dans ses bras ce qui peut bien être sa poupée préférée, tout en étant un symbole social : une poupée blanche toute en robe et porcelaine. »"
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        Photographe anonyme : daguerréotype, Etats-Unis, vers 1855-1865"
            data-slide-description="« Il existe très peu de daguerréotypes montrant une enfant qui tient dans ses bras une poupée de tissu noir. Celle-ci, remarquable et singulière dans sa forme, semble bien avoir été réalisée par une Africaine-Américaine. De là à imaginer que l’auteure est la nounou de cette petite Jean Frantz née quelques années avant la guerre de Sécession (1861-1865), il n’y a qu’un pas. Les poupées noires sur les photos des enfants blancs sont bien souvent le signe d’une invisibilité. »"
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        Photographe anonyme : photographie format carte de visite, Burnham Studio, Norway, Maine, Etats-Unis, vers 1870-1885"
            data-slide-description="« Le style de la poupée ici représentée diffère grandement des poupées de la collection Neff ; on suppose qu’elle a été faite par une personne blanche, vision stéréotypique des Noires que vient confirmer la légende de la photographie: “Mary Jones and Dinah”, ce prénom étant le cliché onomastique de la servante noire. La ressemblance de la poupée avec un masque est redoublée par le masque du visage de la fillette (dont on reconnaît le sexe non pas à la robe, qui pouvait être unisexe, mais à la raie au milieu), qui s’affranchit quelque peu des canons de la joliesse de l’époque. »"
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Auteure inconnue : Poupée aux bottines rouges, Etats-Unis, fin du XIXe siècle – textiles divers, verre            
« A sa tête abîmée, on devine que cette poupée fut un jouet adoré ; à son corps intact, on devine qu’elle fut un jour vêtue. Sa forme en sablier se retrouve dans les poupées de l’époque, mais se trouve là illustrée de façon particulièrement harmonieuse. Son visage brodé laisse apparaître des yeux bleu clair, évoquant soit le portrait d’une personne spécifique, soit une troublante hybridation emblématique des poupées africaines-américaines, projections rêvées, présence de l’autre entre soi et soi. »

ELLEN MCDERMOTT, NEW YORK CITY
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Remarquablement mise en scène à la Maison-Rouge, à Paris, par Nora Philippe, l’exposition « Black Dolls » a donné lieu à un colloque passionnant, le 27 février au Musée du quai Branly, en présence de Deborah Neff, dans une salle bondée où se côtoyaient des intellectuels afro-américains, des anthropologues, des artistes – dont le sculpteur Alex Burke, qui utilise des poupées de tissu coloré – et des curieux. Il a fourni des pistes sur un phénomène peu documenté.
A l’intersection du sacré et du profane
La responsable du patrimoine africain du musée, Hélène Joubert, a ainsi analysé le statut « hybride » des poupées issues des cultures subsahariennes, que les Occidentaux assimilent tantôt à des « fétiches », tantôt à des jouets, à l’intersection du sacré et du profane. Parfois ces objets stylisés (une tête ronde sur un morceau de bois allongé) sont portés dans le dos par des jeunes femmes qui n’arrivent pas à concevoir d’enfant. Parfois leur corps est constitué d’épis de maïs rebondis. Parfois ils figurent l’Autre que l’on est venu dominer, telles les poupées de bushmen que cousaient les paysannes boers durant le Grand Trek en Afrique australe.
Professeure de droit à l’université Columbia, Patricia Williams voit dans les poupées bicolores à deux corps – qu’on appelait topsy turvy – un « sens dessus dessous racial » emblématique de la société américaine, aujourd’hui comme hier. Elle rappelle que les jeunes filles noires sont vues comme moins « innocentes » que les autres (elles peuvent être soumises en pleine rue à des fouilles vaginales par la police), plus précocement sexualisées. Une violence camouflée sous les chapeaux à frous-frous et les crinolines dont se parent les belles du Sud auxquelles Donald Trump a rendu visite en décembre 2016 à Mobile, Alabama, après son élection à la Maison Blanche. Sur les photos reprises à l’époque par les médias américains, l’une de ces poupées vivantes est noire, note Patricia Williams, et « la légende implicite est : regardez le chemin que nous avons fait ! ».

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                « Des Nègres marrons aux Black Panthers, l’histoire de l’autodéfense peut inspirer l’Afrique »



Pour l’universitaire française Elsa Dorlin, qui a travaillé sur les archives coloniales d’Aix-en-Provence, les « négrilles » et « négrillons » qui accompagnent les femmes de l’aristocratie et leurs enfants sur les tableaux du XVIIIe siècle, tels des animaux de compagnie, sont à la fois des doubles serviles et des objets ludiques : on offrait souvent au nouveau-né blanc un petit Noir esclave. Ce sont ces « enfants-jouets » qui vont permettre aux petits Blancs de « devenir Blancs », grâce à la « triade » constituée par la nourrice noire, l’enfant blanc et l’enfant-poupée noir. Les expériences menées en 1939 et 1940 par les psychologues Kenneth et Mamie Clarke ont mis en lumière à quel point les poupées blanches, souvent les seules disponibles dans le commerce, ont participé d’une dévalorisation de soi des Noirs.
Renversement canarvalesque
La chercheuse Marie Gautheron a quant à elle rapproché la célèbre mission ethnographique Dakar-Djibouti de 1931-1933, conduite par Marcel Griaule et Michel Leiris – qui constatèrent que les petites filles africaines avaient comme les autres des poupées mais se sont peu intéressés à l’usage qu’elles en faisaient –, et le « roman d’un fétiche nègre », baptisé Bass Bassina Boulou, publié en 1935 par l’écrivain belge Franz Hellens et l’illustratrice Elisabeth Ivanovsky. L’invention de ce « fétiche dégradé », dont les aventures ont marqué l’imaginaire européen durant l’entre-deux-guerres, survient « à un moment clé où commence la déconstruction de la race et du genre », relève-t-elle.
Le spécialiste d’art contemporain Thierry Dufrêne s’est pour sa part interrogé sur l’agressivité déployée par la romancière Toni Morrison, prix Nobel de littérature en 1993, contre la poupée aux yeux bleus de son héroïne Pecola Breedlove, victime d’abus incestueux dans L’Œil le plus bleu (1970) : « Toni se fait dure pour résister », dans un renversement carnavalesque « où les méchants ne sont pas les vainqueurs. »

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                James Baldwin et l’invention du « Nègre »



Nora Philippe avait également invité le plasticien Pascale Marthine Tayou à parler de ses « poupées Pascale », dans lesquelles il combine un matériau inconnu dans la statuaire traditionnelle, le cristal moulé par des artisans italiens (transparente, la poupée change de couleur de peau suivant les personnes qui l’approchent), avec des chiffons noués de ficelles, hérissés de cure-dents. Cet artiste autodidacte, qui a féminisé son nom, joue avec les codes des « fétiches » tout en affirmant sa liberté de créateur. Son travail revendique une « manière douce » d’exprimer la violence subie et de sortir du ressassement victimaire. Une « mutation individuelle », une « quête d’aspirine » pour soigner avec « des épines douces » les blessures du passé.
« Black Dolls », la collection Deborah Neff, exposition à la Maison-Rouge, Paris-XIIe, jusqu’au 20 mai 2018.


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Jouer à cache-cache avec Marx et Engels au parc Dubovy, prendre un bain de vapeur au Zhirghal Banya ou errer parmi les échoppes du bazar de la soie... La capitale du Kirghizistan recèle des trésors méconnus.
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Bichkek, entre mémoire socialiste et Orient exotique


                      Jouer à cache-cache avec Marx et Engels au parc Dubovy, prendre un bain de vapeur au Zhirghal Banya ou errer parmi les échoppes du bazar de la soie... La capitale du Kirghizistan recèle des trésors méconnus.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 18h15
   




Snobée par les voyageurs, qui lui préfèrent les steppes et les lacs, la capitale du Kirghizistan offre pourtant une plaisante approche du pays, entre souvenirs historiques et circuits cosmopolites.
Immersion soviétique

   


Révolution au parc Dubovy. Dans ce poumon vert planté de chênes, le jeu consiste à reconnaître Marx et Engels parmi la centaine de statues érigées à partir de 1984 pour célébrer le 60e anniversaire de la fondation de la République socialiste soviétique kirghize. Pour identifier les héros soviétiques moins connus, il faut déchiffrer le cyrillique.
Au bout de l’avenue Erkindik, derrière la statue de Kourmanjan Datka.
Flânerie sur la place Ala-Too. Bordée d’imposants bâtiments en marbre, cette place est le point de rendez-vous incontournable des Kirghiz. La relève de la garde devant le drapeau rouge et jaune y a lieu toutes les deux heures. Et le début de soirée permet d’observer les jeunes qui draguent en bandes, entre fontaines et parterres de fleurs.
A l’angle de l’avenue Chuy et de la rue Erkindik.

   


Chaud-froid au Zhirgal Banya. Le rituel des banyas russes s’est taillé une place de choix dans la culture kirghize. Sous deux dômes non mixtes aux allures d’ovnis en béton, les clients se délassent dans les vapeurs d’eau brûlante avant de se faire fouetter par des branches de bouleau, puis réveiller à l’eau gelée. Epuisant, mais on en sort tout neuf.
Environ 4 €, serviette incluse. A l’angle des rues Toktogul et Sultan Ibraimov.
Rock’n’roll chez Old Edgar. Le lieu est peuplé d’accordéons, de machines à écrire et de magnétophones du début du xxe siècle. Ceux qui se seront lassés des plats de mouton seront ravis d’y manger une pizza. Mais Edgar est avant tout un bar-concert où l’on boit des bières bon marché devant des groupes de jazz ou de rock locaux.
Bière à partir de 1,50 €, pizza à 5 €. Dubovy Park, sous-sol du Théâtre russe.
Excursion exotique

   


Magie d’orient chez Navat. Ne pas se laisser rebuter par la façade fade : le restaurant sert des beshbarmaks (viande et nouilles plates) et des boorsoks (beignets soufflés) dans un décor de conte persan. Aux beaux jours, les tapis moelleux de la terrasse invitent à se détendre autour d’une théière coiffée de feutre de laine, typique du pays.
Plat dès 2 €. 114, rue Togolok Moldo. www.navat.kg
En roue libre au Roller’s Club. Voilà qui devrait plaire aux amateurs de teen movies américains des années 1980. Chaussés de patins à roulettes rétro, les jeunes Kirghiz se retrouvent dans cette salle aux couleurs criardes pour danser sur les derniers tubes à la mode en sirotant des cocktails sans alcool (présence de mineurs oblige).
Environ 2 € l’heure, location de patins incluse. 45, av. Erkindik.

   


Route de la soie au bazar d’Och. Ce dédale d’échoppes rappelle à qui l’aurait oublié que la Route de la soie traversait le Kirghizistan. Inutile de chercher à se repérer entre les stands de porcelaine chinoise, de caftans turcs, de pistaches iraniennes, de poivres indiens ou de fromages fermentés. Mieux vaut se perdre et demander la sortie une fois exténué.
Entrée principale à l’angle des rues Beyshenaleva et Kiev.
Nuits au sommet à l’Asia Mountains 1. Avec ses chambres kitsch tapissées de photos de sommets enneigés, cet hôtel prisé des alpinistes semble tout droit sorti d’un film de Wes Anderson. Le beau jardin est étonnamment calme pour le centre-ville.
A partir de 50 € la chambre double avec petit déjeuner. 1A, rue de Lineinaya. A ne pas confondre avec l’Asia Mountains 2, plus excentré. www.asiamountains-hotels.com
Y aller
Pas de vol direct depuis la France. Aeroflot propose des vols quotidiens avec une courte escale à Moscou depuis Paris-Charles-de-Gaulle. A partir de 310 € A/R. www.aeroflot.ru/fr-fr



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Notre choix du soir. Le réalisateur Nabil Ayouch porte un regard empreint d’empathie et de chaleur sur ses personnages (sur OCS City à 20 h 40).
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TV – « Much Loved » : femmes perdues à Marrakech

Notre choix du soir. Le réalisateur Nabil Ayouch porte un regard empreint d’empathie et de chaleur sur ses personnages (sur OCS City à 20 h 40).



Le Monde
 |    07.03.2018 à 17h45
    |

                            Thomas Sotinel








                        


Film sur OCS City à 20 h 40

Much Loved (« très aimées ») se voit comme une histoire – celle de trois femmes tenues pour perdues par le reste du monde, mais qui se sont au moins trouvées – avant d’être un document sur la pros­titution à Marrakech (et donc sur la sexualité au Maroc).
Noha (Loubna Abidar), Randa (Asmaa Lazrak) et Soukaina (Halima Karaouane) cohabitent dans une villa de Marrakech. Elles en sortent pour travailler, accompagnées par un chauffeur factotum, un homme bienveillant – ce sera le seul du film. La première, mère caractérielle, cajole et martyrise ses colocataires, plus jeunes. Randa est une jeune fille moderne aux cheveux courts, qui ne veut coucher qu’avec des Européens, et rêve de partir pour l’Espagne. Un peu fleur bleue, Soukaina vit une fausse idylle avec un client saoudien qui la touche à peine et lui dit des poèmes, et une vraie idylle avec un beau jeune homme qui n’a pas l’air de rouler sur l’or.
L’énergie dramatique de Much Loved repose sur les étincelles produites par la confrontation entre ces personnalités plus que sur l’inventivité du scénario. Il arrive, au fil des rencontres ­tarifées, que la sensation de répétition (qui, c’est vrai, est un élément essentiel de la vie professionnelle des prostituées) étouffe la vivacité du film.
Une typologie désespérante
Mais, justement, cette vivacité est irrépressible. Ces trois femmes tentent par tous les moyens de ­vivre là où tout est organisé pour qu’elles se contentent de survivre. Face à elles, elles trouvent des clients marocains qui les méprisent, les Saoudiens qui leur servent de beaux compliments, tant ils sont contents d’avoir échappé un instant à la prison sexuelle de leur pays, les Européens qui font semblant de croire que les Marocaines sont soumises aux mêmes contraintes que les Françaises ou les Allemandes. Ces hypocrisies, Noha et ses compagnes les dynamitent du mieux qu’elles peuvent. Pour elles, une nuit n’est vraiment réussie que si elles ont pu se refuser tout en gagnant de l’argent. Elles déploient des trésors d’invention et de science de la psyché mâle pour parvenir à leurs fins. Seule exception à cette typologie désespérante du désir masculin, le personnage incarné par Carlo Brandt, amoureux éperdu de Noha, qui se refuse à le croire.

   


Quand le film sort du commerce des corps, il se fait plus grave. Noha tente en vain, à coups de billets et de cadeaux, de conserver l’estime d’une famille qui ne la tolère que parce qu’elle tient à l’écart la pauvreté ; Randa rêve d’Europe, mais se voit refuser un passeport ; Soukaina voudrait pouvoir aimer son pauvre soupirant, mais quelques éléments de mise en scène mettent en doute la sincérité de celui-ci. Il arrive aussi que la tragédie s’impose, que les lois qui assurent la soumission des femmes en général, des prostituées en particulier, s’imposent dans toute leur brutalité.
Pour raconter cette histoire, Nabil Ayouch filme avec une espèce de curiosité furtive, faisant glisser sa caméra le long des rues de Marrakech, se contentant d’éclairages chiches quand les circonstances l’exigent. La sensation d’enfermement est omniprésente. Pour l’alléger, le réalisateur fait intervenir un quatrième personnage central, aux deux tiers du film. Hlima (Sara Elmhamdi Elalaoui) est une paysanne venue chercher fortune à la ville. Nabil Ayouch oppose sa silhouette massive à l’élégance des trois colocataires, son bon sens naïf et son âpreté au gain à leurs rêves. Cette opposition produit un peu de comédie, tout en rompant l’unité de Much Loved. L’artifice est racheté par un joli final, mélancolique et lumineux.
Much Loved, de Nabil Ayouch (Fr.-Mar, 2015, 104 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ A voir aussi ce soir. Pour son deuxième numéro, le magazine de reportages s’intéresse aux Français qui ont dû surmonter une catastrophe (sur France 3 à 23 h 40).
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

TV – « Réseau d’enquêtes » : l’instinct de vie

A voir aussi ce soir. Pour son deuxième numéro, le magazine de reportages s’intéresse aux Français qui ont dû surmonter une catastrophe (sur France 3 à 23 h 40).



Le Monde
 |    07.03.2018 à 17h30
    |

                            Mathieu Ait Lachkar








                        


Magazine sur France 3 à 23 h 40

« Réseau d’enquêtes », le nouveau magazine de France 3 produit par les ­rédactions régionales de la chaîne,s’est donnépour mission de plonger « au cœur de la nature humaine et de l’instinct de vie, à la découverte des ressources incroyables dont l’homme peut faire preuve dans les situations les plus délicates ». Et ce, à travers des témoignages d’individus qui, à un moment de leur existence, ont dû faire face à une situation exceptionnelle, douloureuse, traumatique telle la pauvreté – sujet abordé dans le premier numéro. Ou encore un accident de voiture, une catastrophe naturelle, un ­attentat… drames sur lesquels se concentre ce deuxième volet.
Qu’il s’agisse d’une perte d’autonomie, d’une perte humaine ou matérielle, comment revivre après l’horreur ? Où aller chercher la force de se relever et de continuer ? A quelles ressources fait appel l’être humain pour surmonter l’impensable ? Autant de questions que soulève Charles-Henry Boudet, depuis Nice, ville meurtrie en juillet 2016 par un attentat sur la promenade des Anglais qui a fait 86 morts et plus de 400 blessés.
« Rien n’est impossible »
Parmi les victimes, Caroline, 45 ans, a perdu ce soir-là quatre membres de sa famille. Son moyen de survie, elle l’a trouvé dans l’écriture d’un journal – dont elle nous fait partager les confidences –, qui lui a permis d’exprimer (de déposer) sa tristesse et son sentiment de culpabilité d’avoir survécu.
Pour Philippe Croizon, 49 ans, le chemin est autre. Cet ouvrier de Châtellerault, dans la Vienne, a été électrocuté le 5 mars 1994, puis amputé de ses bras et de ses jambes après avoir voulu démonter son antenne TV sur le toit de sa maison. Il s’obstine à croire et à répéter que « rien n’est impossible ». Il l’a prouvé, en réalisant ­notamment l’exploit d’une tra­versée de la Manche à la nage, en septembre 2010.
Chacun des reportages porte évidemment son poids de souffrance, de passion et d’affect. Un poids qu’allège cependant un peu la parole des psychologues. Ainsi que le témoignage de ­Philippe Croizon et celui d’Amandine, une jeune femme aspirante mannequin de 22 ans, freinée dans son ascension par un accident de moto.
L’instinct de vie, présenté par Charles-Henry Boudet (Fr., 2017, 52 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Ce disciple du Français Le Corbusier devient ainsi le lauréat le plus âgé et le premier Indien à remporter l’équivalent, pour un architecte, du prix Nobel.
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Architecture : le prix Pritzker attribué à l’Indien Balkrishna Doshi

Ce disciple du Français Le Corbusier devient ainsi le lauréat le plus âgé et le premier Indien à remporter l’équivalent, pour un architecte, du prix Nobel.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 16h52
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 17h15
   





                        



   


Le prix Pritzker, plus prestigieuse récompense d’architecture au monde, a été attribué, mercredi 7 mars, à Balkrishna Doshi, qui devient, à 90 ans, le lauréat le plus âgé et le premier Indien à l’emporter.
Disciple du Français Le Corbusier, Balkrishna Doshi s’est illustré par son architecture moderniste, qui tranchait avec une Inde encore très traditionaliste, et son engagement pour une architecture durable et des logements peu coûteux.
La fondation Hyatt, qui finance le prix (environ 100 000 dollars, soit quelque 80 700 euros), a d’ailleurs défini le travail de Balkrishna Doshi comme à la fois « poétique et fonctionnel ». 
« « Doshi est très au fait du contexte dans lequel sont situées ses réalisations », a ajouté le jury du prix Pritzker. « Ses solutions prennent en compte les dimensions sociale, environmentale et économique et, de ce fait, son architecture est complètement en prise avec la notion de durabilité ».
Parmi les œuvres principales de Balkrishna Doshi, on trouve des immeubles Aranya à Indore, où vivent plus de 80 000 personnes à bas revenus.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Cinquante ans après, les commémorations se répètent mais l’histoire se renouvelle. L’écrivain Yannick Haenel, Prix Médicis 2017, a ainsi lu deux livres collectifs sur le soulèvement à Lyon et à Marseille.
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Mai 68 hors les murs

Cinquante ans après, les commémorations se répètent mais l’histoire se renouvelle. L’écrivain Yannick Haenel, Prix Médicis 2017, a ainsi lu deux livres collectifs sur le soulèvement à Lyon et à Marseille.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 16h12
    |

                            Yannick Haenel (écrivain)








                        



                                


                            
Marseille années 68, sous la direction d’Olivier Fillieule et Isabelle Sommier, Les Presses de Sciences-Po, « Académique », 480 p., 25 € (en librairie le 15 mars).
Lyon en luttes dans les années 68. Lieux et trajectoires de la contestation, collectif de la Grande Côte, PUL, « Actions collectives », 390 p., 20 €.

C’est reparti : on commémore les 50 ans de Mai 68. D’emblée, on aurait envie de faire du mauvais esprit : les commémorations ne relèvent-elles pas du bla-bla, de la fausse mémoire ? Guy Debord n’écrivait-il pas, dans La Société du spectacle (Buchet-Chastel, 1967), que les ­ « vérités respectables » ne sont que des « mensonges » ?
On ne peut s’empêcher de penser que, aujourd’hui, quand tout le monde commémore Mai 68, c’est-à-dire la réussite petite-bourgeoise du mouvement, le point de vue révolutionnaire ne parvient nulle part à se faire entendre.
A une époque où la fausse vie exerce son emprise dans tous les domaines, où l’oppression économique n’admet plus aucune contestation, on peut comprendre que la liberté, l’effervescence, la radicalité d’un tel passage à l’acte soulèvent encore maintenant des passions : nostalgie de la part des frustrés de la révolution, ressentiment de la part des verrouilleurs du capitalisme.
Mai 68 témoigne à présent d’une insolente maturité
Si certains d’entre nous pleurent sur le beau rêve bafoué de Mai 68 et en idéalisent l’aventure, le libéralisme désormais planétaire en organise en toute impunité l’évacuation pure et simple. Et n’est-ce pas une manière efficace de neutraliser les luttes que d’en célébrer le folklore, et de faire spectacle du ­Quartier latin avec ses barricades en noir et blanc ?
Alors, affaire classée ? Eh bien non. Mai 68 a grandi, s’est modifié avec le temps – et rien en lui ne s’est tassé : au contraire, cette date symbolique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Alors que le salon Livre Paris démarre le 16 mars, la Société des gens de lettres a obtenu gain de cause. Les écrivains présents seront enfin rémunérés pour leurs participations aux tables rondes.
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Les organisateurs du salon Livre Paris ouvrent le tiroir caisse aux auteurs

Alors que le salon Livre Paris démarre le 16 mars, la Société des gens de lettres a obtenu gain de cause. Les écrivains présents seront enfin rémunérés pour leurs participations aux tables rondes.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 15h35
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 16h38
    |

            Nicole Vulser








                        



   


« C’est tout de même une aberration que le salon dispose d’un budget plantes vertes plutôt qu’un budget pour les auteurs » déplorait, mordante, dans le site spécialisé ActuaLitté du mardi 6 mars, une éditrice jeunesse. A quelques jours de l’ouverture du 28e salon Livre Paris, du 16 au 19 mars porte de Versailles, qui attend quelque 3 000 écrivains, la révolte des auteurs grondait. Ils ont obtenu gain de cause mercredi en fin de matinée.
Les co-organisateurs de Livre Paris, le Syndicat national de l’édition (SNE) et Reed Expositions France ont finalement promis de rémunérer tous les auteurs qui interviendraient au salon, sauf pour les séances de dédicaces qui ne sont jamais payées.
Dans un premier temps, Pierre Dutilleul, directeur général du SNE comptait « rémunérer toutes les interventions, toutes les tables rondes, ateliers, rencontres qui font l’objet d’un travail, comme cela se fait habituellement et au tarif en vigueur conseillé par la charte des auteurs ». Seules étaient exclues les interventions « de promotion », comme les entretiens au cours desquels les auteurs sont invités à parler de leurs livres.
Or, c’est bien cette notion de « promotion » qui divisait les protagonistes. Tous les salons qui perçoivent une subvention du Centre national du livre (CNL) sont tenus de payer chaque auteur 150 euros pour un plateau mettant en scène plus de trois personnes. Livre Paris ne recevant aucune subvention du CNL, ses organisateurs considéraient que cette logique ne pouvait s’appliquer. Les auteurs ont eu beau jeu de rappeler que l’entrée du salon Livre Paris est payante, à raison de 8 euros par visiteur, et que ce sont eux qui font venir le public.
Soutien de Françoise Nyssen
Interpellée mercredi 7 mars sur France Inter, la ministre de la culture, Françoise Nyssen – qui a mis en sommeil ses activités chez Actes Sud pendant qu’elle est au gouvernement – a pris la défense des écrivains. « Quand on leur demande de faire des prestations, il me paraît légitime qu’ils soient rémunérés », a-t-elle déclaré. Ce qui semble avoir pesé dans la balance.
Marie Sellier, présidente de la Société des gens de lettres (SGDL) déclare : « Je ne veux plus entendre parler de promotion. C’est une hypocrisie incroyable. Le livre profite à tout le monde – aux éditeurs, aux libraires, aux distributeurs – sauf aux auteurs, dont le temps est considéré comme quantité négligeable. Les à-valoir se sont déjà considérablement réduits, comme les tirages des livres. »
Geoffroy Pelletier, directeur de la SGDL complétait : « Dans un salon, un auteur invité à une conférence et une dédicace vendra 15 livres. Dans dix-huit mois, il touchera 30 euros sur les ventes. C’est, en effet, une situation très enviable… » Une récente étude du ministère de la culture montre en effet que 41 % des auteurs gagneraient moins que le smic.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ La Franco-Danoise a proposé un récital détonnant en hommage à John Coltrane à l’Éléphant Paname.
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Elsa Dreisig, la jeune soprano qui n’a pas froid aux yeux

La Franco-Danoise a proposé un récital détonnant en hommage à John Coltrane à l’Éléphant Paname.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 15h18
    |

                            Marie-Aude Roux








                        



                                


                            

S’il est un terme qui ne convient pas à Elsa Dreisig, c’est conventionnel : à 26 ans, la jeune soprano affiche une forte personnalité à la mesure d’un talent rare dont son récital à l’Éléphant Paname, mardi 6 mars, a donné un large aperçu – de Nat King Cole à Wagner, en passant par Strauss, Debussy, Nina Simone et Ray Charles, sans oublier Berg, Rachmaninov, Ella Fitzgerald et Gershwin. Eclectique donc, et pour tout dire plutôt culottée, comme lorsqu’elle avait sidéré les Victoires de la Musique, dont elle était « Révélation artiste lyrique » en 2016, faisant fi des usages pour déclarer qu’elle ne souhaitait pas formuler de remerciement particulier car cela la « rendrait obéissante », avant d’enfoncer le clou : « …Jamais je ne me soumettrai ni aux avis extérieurs ni aux certitudes toutes faites dictées par une loi venue de je ne sais où et qui ne peuvent, à mon sens, que ruiner la création. »

Si cette forte tête ne s’est pas attirée ce soir-là que des amis, la blonde Franco-Danoise – voix de vierge guerrière : un timbre riche, entre fruit et laser, au vibrato serré, un souffle idéalement projeté – a raflé dans la foulée le prestigieux Prix Operalia fondé par Placido Domingo, tandis qu’elle démultipliait à chacune de ses apparitions le nombre de ses admirateurs. C’est visiblement le cas du public qui remplit la petite salle parisienne de la rue Volney, non loin de l’Opéra Garnier, dans le 2e arrondissement de Paris, où l’équipe enthousiaste de l’Instant lyrique, cercle de mélomanes dont le directeur artistique, Richard Plaza (entouré de Sophie de Ségur et Julien Benhamou), organise pour la quatrième saison des récitals carte blanche pour les jeunes chanteurs.

Un programme très personnel
Avec le pianiste Karolos Zouganelis et le jeune comédien Lorenzo Lefebvre, Elsa Dreisig a conçu un programme très personnel en hommage au mythique album enregistré en 1964 par John Coltrane,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ En une décennie, de 1968 à 1978, le couple est devenu une figure de premier plan de la mémoire de la Shoah.
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<filnamedate="20180307"><AAMM="201803"><AAMMJJ="20180307"><AAMMJJHH="2018030719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ « Le Monde » s’est procuré le document transmis par l’exécutif aux députés LRM, qui servira de base à la proposition de loi censée freiner la diffusion de fausses nouvelles.
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« Fake news » : les pistes du texte de loi en préparation

« Le Monde » s’est procuré le document transmis par l’exécutif aux députés LRM, qui servira de base à la proposition de loi censée freiner la diffusion de fausses nouvelles.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 11h16
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 11h39
    |

            Martin Untersinger et 
Alexandre Piquard








                        



                                


                            

Les travaux sur la future loi de lutte contre les « fake news », ou fausses nouvelles, ont avancé : Le Monde s’est procuré une copie du texte qui a été transmis par le gouvernement au groupe La République en marche de l’Assemblée nationale. Il doit servir de base de travail à la proposition de loi que déposeront les députés du parti d’Emmanuel Macron. Après désignation d’un rapporteur, le texte est susceptible d’être modifié et doit être examiné par le Conseil d’Etat, avant d’être débattu par l’Assemblée, a priori vers fin avril ou mai.
Politiquement sensible, le texte, annoncé par le président de la République, le 3 janvier, semble fortement inspiré par les récentes élections, en France et à l’étranger : « Propager puissamment une fausse nouvelle sur les réseaux sociaux ne requiert aujourd’hui que quelques dizaines de milliers d’euros », avait affirmé M. Macron, fustigeant « le bobard inventé pour salir ». Autant d’allusions aux rumeurs dont le futur chef de l’Etat estime avoir été victime pendant la campagne, ou aux enquêtes sur l’ingérence de la Russie dans la présidentielle américaine.

« C’est une loi nécessaire pour protéger notre démocratie contre les ingérences extérieures », a renchéri, dans Le Figaro du 5 mars, la ministre de la culture, Françoise Nyssen, précisant avoir travaillé sur ce dossier avec l’exécutif « depuis l’été » et avoir associé les parlementaires « depuis le début de l’année ».
Référé en période électorale 
Comme l’a martelé le ministère de la culture, la loi sur la liberté de la presse de 1881 réprime déjà la diffusion « de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique ». Le texte cherche à en freiner la diffusion. Il propose une procédure judiciaire d’urgence pour les élections présidentielles, législatives,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Le banquier d’affaires a fait composer une musique pour « soigner par une catharsis l’extrême peine » que lui a infligée François Fillon lors de la présidentielle 2017.
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Le requiem de Philippe Villin « en hommage à la droite défunte »…

Le banquier d’affaires a fait composer une musique pour « soigner par une catharsis l’extrême peine » que lui a infligée François Fillon lors de la présidentielle 2017.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 11h08
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 13h41
    |

            Raphaëlle Bacqué








                        


La file des invités s’étend jusque sur le quai, devant la Seine. Il y a là des avocats d’affaires, des directeurs financiers de grandes entreprises, l’un des gendres de Serge Dassault, des Français installés à Londres, Paul Hermelin, le PDG de Capgemini, qui joue souvent les conseillers de l’ombre d’Emmanuel Macron, et tout un aréopage de patrons venus autant par curiosité politique que par amour de la musique. A l’entrée, un majordome distribue le programme de la soirée : « Création mondiale du Tenebrae, bref Requiem de Karol Beffa. Commande de Philippe Villin en hommage à une droite défunte. »
Ce mardi 6 mars, le banquier d’affaires donne un concert privé dans les salons de son duplex décoré d’œuvres d’art figuratifs des années 1930, lampes « seventies » et bronzes contemporains. Un an auparavant, Philippe Villin avait passé des journées pendu au téléphone, conjurant Nicolas Sarkozy d’obliger François Fillon à retirer sa candidature à l’élection présidentielle. Puis, cet adversaire acharné d’Emmanuel Macron, avait assisté devant sa télévision au baroud désespéré du candidat, place du Trocadéro.
« Ce jour-là, j’avais juré de faire créer un requiem en hommage à la droite défunte, raconte-t-il en souriant devant ses convives. Nous y voilà. »
La veille, un camion de déménagement est venu emporter les meubles de prix et des chaises ont été disposées pour la soixantaine d’invités. Deux violonistes, un flûtiste et un violoncelliste ont pris place, devant le compositeur, Karol Beffa. C’est à ce normalien, huit fois premier prix au Conservatoire de musique de Paris et neveu de l’ancien patron de Saint-Gobain Jean-Louis Beffa, que M. Villin a commandé, pour quelques milliers d’euros, son requiem. « La commande privée la plus originale qui m’ait été passée », reconnaît le compositeur.
« Karol Beffa l’a cependant immédiatement accepté, assure M. Villin. Il a compris qu’au-delà de la boutade, elle reflétait chez moi la nécessité de soigner par une catharsis l’extrême peine que m’avaient infligée M. Fillon et sa clique. » 
De droite, mais pourfendeur de l’euro, homosexuel militant, le banquier n’a jamais admis l’association du candidat Les Républicains avec Sens commun, ce groupement catholique farouchement opposé au mariage gay, et surtout le maintien de sa candidature malgré les affaires qui compromettaient définitivement ses chances d’élection.
« Ce sont mes reflux biliaires »
Le requiem tient en dix minutes et deux mouvements inquiétants et amers, dont l’harmonie finit par dérailler comme si les musiciens ne parvenaient plus à s’accorder. « Ce sont mes reflux biliaires », plaisante M. Villin avant de lancer à cette assemblée qui a voté en grande partie pour le candidat de la droite au premier tour de la présidentielle, puis s’est résolue à choisir Emmanuel Macron : « Je voudrais que Fillon écoute ces tonalités crépusculaires en boucle pour mieux expier sa faute. » 
Aux dernières notes funèbres, une convive souffle « là, il est définitivement enterré… » Nicolas Sarkozy, que le banquier a informé de son initiative musicale en a, paraît-il, « beaucoup ri ». Mardi, pour ne pas risquer d’ajouter une fausse note aux difficultés de l’opposition, il s’est abstenu d’assister au concert.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ « La Disparition de Stephanie Mailer », en librairie le 7 mars, est la quatrième tentative de l’auteur de « La Vérité sur l’affaire Harry Quebert », best-seller mondial. Mais la littérature reste introuvable.
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Joël Dicker fit chou blanc

« La Disparition de Stephanie Mailer », en librairie le 7 mars, est la quatrième tentative de l’auteur de « La Vérité sur l’affaire Harry Quebert », best-seller mondial. Mais la littérature reste introuvable.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 11h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
La Disparition de Stephanie Mailer, de Joël Dicker, De Fallois, 630 p., 23 €.

Oh, l’horrible personnage ! Il s’appelle Meta Ostrovski, sème la terreur depuis trente ans avec ses critiques (de théâtre et de littérature) et professe « une discipline inflexible » : « Surtout, ne jamais aimer. Aimer, c’est être faible. » Le croirez-vous ? On découvrira qu’Ostrovski est en fait un artiste raté : il rêve d’écrire… La place de ce personnage dans La Disparition de Stephanie Mailer, quatrième roman de Joël Dicker, la récurrence des gags autour de cet homme détestant par principe tout ce qui a du succès nous le disent : rien, sans doute, ne saurait convaincre l’auteur suisse du best-seller planétaire La Vérité sur l’affaire Harry Quebert (L’Age d’homme/De Fallois, 2012) qu’un critique peut porter un regard dubitatif sur son travail pour d’autres raisons que l’aigreur, le dogmatisme et la haine du plaisir que procure parfois la fiction.
Pure mécanique
Pourtant, c’est justement l’absence de ce plaisir qui sidère dans La Disparition de Stephanie Mailer. La si fameuse Vérité… (prix de l’Académie française, Goncourt des lycéens, etc.) était un honnête polar très surcoté littérairement au prétexte qu’il avait pour protagonistes des écrivains alignant des considérations plus ou moins inspirées sur leur art. Mais il serait malhonnête de lui nier le sens du suspense qui rendit accros des millions de lecteurs à travers le monde – en attendant, au mois d’avril, son adaptation en série par Jean-Jacques Annaud. Ici, tout se passe comme si l’auteur avait repris les ingrédients de son succès (une intrigue située aux Etats-Unis, centrée sur un drame ancien), sans trop avoir d’idée sur les enjeux de son texte, mais bien décidé à multiplier les rebondissements.
Le mystère fonctionne ainsi comme de la pure mécanique, avec les deux trucs de Dicker, abondamment employés...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Le Mémorial de la Shoah a réuni des archives personnelles du couple.
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Exposition : 1968-1978, une décennie décisive pour les Klarsfeld

Le Mémorial de la Shoah a réuni des archives personnelles du couple.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 10h44
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 12h40
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            

Sans les archives du Mémorial de la Shoah à Paris et du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), Serge et Beate Klarsfeld n’auraient pu retrouver la trace de nombreux déportés juifs de France, ni poursuivre en justice d’anciens nazis restés impunis. Le couple n’aura cessé de témoigner sa reconnaissance aux équipes du Mémorial pour leur aide précieuse. Celui-ci leur rend aujourd’hui hommage à son tour, en consacrant une exposition foisonnante aux combats qu’ils ont menés entre 1968 et 1978.
Cette scansion chronologique s’avère pertinente à plus d’un titre. Elle permet tout d’abord de resserrer le propos sur une période décisive pour les Klarsfeld : pendant celle-ci, ils renouvellent leur pratique militante et deviennent des figures de premier plan de la mémoire de la Shoah.

Ce parti pris donne également l’occasion au Mémorial de mettre en perspective deux anniversaires : les 50 ans de la campagne menée contre le chancelier ouest-allemand Kurt Kiesinger – le 7 novembre 1968, en plein congrès de la CDU, Beate Klarsfeld administrait une gifle à celui qui fut, sous le IIIe Reich, le directeur adjoint de la propagande radiophonique – et les 40 ans de la publication du Mémorial de la déportation des juifs de France, de Serge Klarsfeld, fruit d’un travail colossal de recensement des 75 500 juifs de France déportés.
Démêlés judiciaires
Toutefois, l’exposition se garde de célébrer les coups d’éclat du couple. La gifle est traitée sans émotion. Seule une photo de Kiesinger se tenant la joue est présentée. L’événement est replacé dans son contexte : si le geste fait la « une » de France-Soir et Bild, ­reléguant l’élection de Richard Nixon à la présidence des Etats-Unis au second plan, Beate Klarsfeld est représentée en sorcière dans la Süddeutsche Zeitung. Avec un courage énorme, le couple, soutenu par un noyau de militants, affronte alors les démêlés judiciaires : Beate Klarsfeld est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Après Hongkong, Séoul, Tokyo…, le marchand d’art parisien annonce une ouverture en Chine en septembre.
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De New York… à Shanghaï : Emmanuel Perrotin unlimited

Après Hongkong, Séoul, Tokyo…, le marchand d’art parisien annonce une ouverture en Chine en septembre.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 10h42
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 17h16
    |

            Emmanuelle Jardonnet (New York)








                        



                                


                            

« World’s Best Artists » (« les meilleurs artistes du monde »), promettent les lettres peintes à même la façade de son nouveau QG new-yorkais. Emmanuel Perrotin serait-il mégalo ? Il a surtout un savoureux sens de l’à-propos. La galerie est en effet installée dans l’immeuble d’un iconique vendeur de tissu du Lower East Side, S. Beckenstein, dont les enseignes et les slogans à la typo vintage ont été non seulement conservés mais complétés en trompe-l’œil avec ce que l’on peut désormais trouver (et acheter) dans les lieux : « Paintings, Sculptures, Videos, Installations ».
Mais Emmanuel Perrotin a aussi le sens du timing. Ce week-end, tandis qu’il fêtait en grande pompe l’ouverture intégrale de cette nouvelle galerie, personne ne se doutait qu’il annoncerait quelques jours plus tard la création d’une nouvelle galerie – sa sixième – à Shanghaï.
Lire le portrait d’Emmanuel Perrotin : Le cow-boy de l’art contemporain
« Chutzpah ! C’est le mot que l’on utilise à New York pour dire à la fois avoir du cran et une énergie intense. » C’est ainsi que le jeune architecte Nathan Rich, chargé des travaux, décrit le galeriste, qui n’a pas ménagé ses efforts (et signé pour vingt ans). Le défi a été d’unifier ce qui était devenu avec le temps un ensemble hétéroclite de boutiques, stocks et appartements. Soit 2 300 m2, sur trois niveaux, de surfaces d’exposition, plus une librairie ouverte sur la rue, des bureaux et une réserve en sous-sol – sans compter deux penthouses et même un speak easy caché dans un entresol. Dans le Lower East Side, où se concentrent de jeunes galeries, le Français détonne par ses dimensions.
Samedi 3 mars, le public est venu découvrir le nouvel espace. Y culmine une salle haute de 6 mètres avec lumière zénithale où Jean-Michel Othoniel a déployé de monumentales Tornades, mobiles ou stabiles de perles miroitées aux reflets noirs et argentés....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Cette décision a été prise suite au désistement de certains partenaires et mécènes du festival qui aura lieu en juin.
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Bertrand Cantat déprogrammé de l’Ardèche Aluna Festival

Cette décision a été prise suite au désistement de certains partenaires et mécènes du festival qui aura lieu en juin.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 09h49
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 12h01
   





                        



   


Face aux « manifestations et désistements de certains festivaliers et mécènes », l’Ardèche Aluna Festival annonce avoir retiré l’ex-leadeur de Noir Désir de sa programmation. Le concert était prévu pour le 14 juin.
Sans ces partenaires, « le festival ne peut avoir lieu », justifie la direction, confirmant une information du Dauphiné libéré. Un autre artiste sera annoncé en remplacement dans les deux jours mais les festivaliers ont la possibilité de se faire rembourser leur billet.
Libéré en 2007 de la prison de Muret, Bertrand Cantat avait purgé plus de la moitié de sa peine après avoir été condamné à huit ans de prison par la justice pour avoir tué sa compagne, Marie Trintignant, en 2003.
Bertrand Cantat a commencé à la fin de février une nouvelle tournée pour présenter son premier album solo Amor Fati. Sa sortie, le 1er décembre, avait été marquée par de nouvelles accusations de comportement violent. Près d’une quarantaine de dates et participations à des festivals sont programmées d’ici à l’été dans le cadre de cette tournée.
Annulation et pétition
Jusqu’à présent, un seul concert du chanteur avait été annulé, celui prévu à la fin de juillet au festival Les Escales de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), dont le maire socialiste, David Samzun, avait exprimé sa « désapprobation » dans une lettre aux organisateurs.
Une pétition réunissant plus de 70 000 signatures réclame par ailleurs sa déprogrammation dans la Manche au festival Les Papillons de nuit. Valérie Dontenwille, qui a pris l’initiative de cette pétition et se présente comme « une citoyenne féministe » de 33 ans, explique qu’« en mettant en lumière Bertrand Cantat, vous banalisez les violences faites aux femmes et vous les cautionnez ».
Et le conseil départemental de la Manche a retiré sa subvention à l’événement. Mais les organisateurs maintiennent leur programmation. Ils estiment « que les institutions politiques, quelles qu’elles soient, n’ont pas de droit d’ingérence dans ses choix artistiques ».
Au mois d’octobre, la décision de l’hebdomadaire Les Inrockuptibles de consacrer sa couverture à Bertand Cantat avait suscité de vives réactions.

        Lire :
         

          Les explications des « Inrocks » une semaine après leur « une » polémique avec Bertrand Cantat






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ 200 millions d’euros seront nécessaires pour remettre en état les milliers de mètres carrés du château de l’Aisne où le chef de l’Etat souhaite bâtir les bases d’un haut lieu de la francophonie.
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Villers-Cotterêts, le chantier d’Emmanuel Macron

200 millions d’euros seront nécessaires pour remettre en état les milliers de mètres carrés du château de l’Aisne où le chef de l’Etat souhaite bâtir les bases d’un haut lieu de la francophonie.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 09h30
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 09h38
    |

            Laurent Carpentier








                        



   


Joyau de la ­Renaissance, au bord de l’effondrement et muré aux deux tiers, le château de Villers-Cotterêts (Aisne) est devenu la pierre angulaire de la politique patrimoniale d’Emmanuel Macron. C’est là que le président de la République, en septembre 2017, a officiellement donné à Stéphane Bern ses lettres de mission. C’est aussi là, dans ce pavillon de chasse de François Ier où fut dictée l’ordonnance royale faisant du français la langue des textes officiels, que le chef de l’Etat souhaite bâtir les bases d’un haut lieu de la francophonie.

        Lire l’entretien avec Stéphane Bern :
         

          « J’ai le rôle de poil à gratter »



Mais le chantier est énorme : 200 millions d’euros au bas mot seront nécessaires pour remettre en état ces milliers de mètres carrés. L’Etat ne peut y arriver seul. La perspective aurait, dit-on, fait grincer à la direction du patrimoine du ministère de la culture : « Oh ! La folie des grandeurs du président, on s’en fout. » Ce qui a été répété. De fait, l’Elysée a repris la main sur le dossier.
A la manœuvre, Philippe Bélaval, le directeur du Centre des monuments nationaux, a en tout cas planché sur un large projet. C’est lui qui devrait prendre en charge la partie muséale. Mais il y a aussi le centre de la francophonie, des résidences d’artistes, un hôtel… pour lequel est envisagé un opérateur privé, dans le cadre de ces partenariats public-privé, aujourd’hui privilégiés par l’Etat. Emmanuel Macron devrait annoncer son projet pour Villers-Cotterêts à l’occasion de la Journée internationale de la francophonie, le 20 mars.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Grâce au clip de son tube « Vai Malandra », la chanteuse brésilienne a atteint plus de 200 millions de vues sur YouTube.
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Anitta, la Beyoncé carioca


                      Grâce au clip de son tube « Vai Malandra », la chanteuse brésilienne a atteint plus de 200 millions de vues sur YouTube.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 08h33
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 08h38
    |

            Claire Gatinois (Sao Paulo, correspondante)








   


Anitta a des formes généreuses, un bumbum (« popotin ») au « déhanché appétissant », dit la chanson, des seins gonflés comme des pommes, une peau métisse masquée aux endroits stratégiques par un bikini en ruban adhésif, un sens aigu du business et, accessoirement, une voix ample. Ce cocktail explosif a fait de la chanteuse de pop funk brésilienne et du tube Vai Malandra (« Va coquine ! »), où collaborent d’autres artistes, tel l’Américain Maejor Ali, un phénomène planétaire. Postée le 18 décembre sur YouTube, la vidéo du clip s’est hissée en moins de douze heures en 16e position du classement Spotify’s Viral Charts au Brésil et reste aujourd’hui dans les 200 titres Spotify les plus écoutés au monde. Vue 203 millions de fois sur YouTube à la mi-février, la chanson confirme le succès de celle qui est décrite comme la « Beyoncé do Brasil ».
De son vrai nom Larissa de Macedo Machado, Anitta, née à Rio de Janeiro en 1993, participe d’un mouvement suivi avec attention par les experts musicaux : le funk brésilien, hier cantonné aux bailes des favelas et aux torrides boîtes de nuit de la périphérie de São Paulo, sort enfin de ses frontières. Longtemps, la musique dite latine fut uniquement hispanophone. Mais « 2017 aura été l’année où les talents brésiliens ont cassé la barrière de la langue », affirmait Sandra Jimenez, à la tête du département musique de YouTube en Amérique latine, dans la revue Billboard du 27 janvier.
Ainsi, en plus d’Anitta, d’autres artistes ont explosé dans le monde entier. Comme MC Kevinho, et surtout MC Fioti, chanteur affublé d’une mèche bleue dont le Bum Bum Tam Tam, qui reprend un extrait de la Partita pour flûte seule de Bach, a été vu plus d’un demi-milliard de fois sur YouTube. Ce succès hors des frontières brésiliennes est, selon Carlos Palombini, professeur de musicologie à l’université fédérale du Minas Gerais, signe d’une évolution du funk. A l’origine agressif, revendicatif et émaillé de gros mots, il a muté depuis le début des années 2010, empruntant les codes de la pop, plus polis, mélodieux et donc exportables.
« Elle est charismatique, drôle en interview, indépendante, à l’aise en anglais et en espagnol, capable de nouer des partenariats étrangers… » Braulio Lorentz, « O Globo »
Mais, à en croire les aficionados, Anitta a un petit truc en plus. Elle incarnerait quelque chose de la société brésilienne contemporaine. Invitée à l’anniversaire de Neymar, l’attaquant vedette du PSG, le 5 février à Paris, Anitta est aussi à l’affiche de la prochaine Brazil Conference à Boston, un cycle de débats organisés en avril par Harvard et le Massachusetts Institute of Technology, auquel participent penseurs, hommes d’affaires et politiques.
Sur le site G1 du journal O Globo, le critique musical Braulio Lorentz explique que la jeune Anitta « est charismatique, drôle en interview, indépendante, à l’aise en anglais et en espagnol, capable de nouer des partenariats étrangers… ». « Au Brésil, elle a su séduire les filles de toutes classes sociales. C’est une figure du women empowerment », affirme-t-il.
Le clip de « Vai Malandra » d’Anitta

Anitta, figure du féminisme ? Si la starlette adopte les codes de la femme-objet chère aux rappeurs nord-américains, elle assume aussi, sans complexe, ses fesses gorgées de cellulite dans les dix premières secondes du clip de Vai Malandra. Un acte militant. « Elle s’habille et se déshabille mais le message est clair : c’est elle qui décide », explique Braulio Lorentz. Dans ce tube, Anitta chante : « Se prepara, vou dançar, presta atenção », soit, en français, « prépare-toi, je vais danser, regarde-moi ! ». Une manière de dire que c’est elle qui mène la danse.



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Le premier film kabarde de Kantemir Balagov peint le déchirement d’une héroïne plongée dans les tensions communautaires.
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« Tesnota » : la chaleur du clan, l’appel de l’ailleurs

Le premier film kabarde de Kantemir Balagov peint le déchirement d’une héroïne plongée dans les tensions communautaires.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 07h31
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 07h49
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Il arrive parfois qu’une première œuvre, de celles qu’on dit « de jeunesse », nous donne à reconnaître d’emblée l’apparition d’un véritable cinéaste. Ce fut le cas de Tesnota. Une vie à l’étroit, du jeune Russe Kantemir Balagov, né en 1991 et disciple de l’éminent Alexandre Sokourov, lors du dernier Festival de Cannes, où il reçut le prix Fipresci de la critique internationale dans la section Un certain regard. Rares, en effet, sont les premiers longs-métrages qui parviennent, comme celui-ci, à trouver d’emblée une note aussi intense, ou, pour mieux le dire, une « voix ». Celle de Tesnota résonne, à la fois sourde et profonde, entêtante et navrée, amère et lancinante, comme un écho déchirant arraché aux ténèbres.

        Lire l’entretien avec Kantemir Balagov :
         

          « L’exiguïté et la culture du conflit marquent mon film »



Cette voix, c’est celle qui nous cueille dès les premiers cartons du film : en quelques lignes, Balagov s’adresse au spectateur en son nom propre, lui disant « je ». Il se présente comme kabarde, natif de la ville de Naltchik, capitale de la République de Kabardino-Balkarie, dans le Caucase nord. L’histoire qu’il s’apprête à raconter, ­tirée d’un fait divers survenu en ces lieux vingt ans plus tôt, n’est pas directement personnelle, mais engage néanmoins son point de vue de Kabarde, comme une question posée à sa propre communauté. Le film se présente donc comme une démarche de compréhension, voire de reconstitution.

        Lire la critique de « Tesnota » (parue lors du Festival de Cannes) :
         

          Grand est le cousin caucasien de « Little Odessa »



Amoncellement de préjugés
Le fait divers en question ­concerne une sombre affaire d’enlèvement, celle de jeunes fiancés juifs, David et Léa, dont les familles furent soumises à d’exorbitantes demandes de rançon – et l’on devine que ce ne fut pas un cas isolé. Mais le récit s’entortille ailleurs : autour d’Ilana (Darya Zhovner), la grande sœur de David, qui va subir, en quelque sorte, les contrecoups intimes de cet enlèvement. Avant cela, on la découvre les mains dans le cambouis, travaillant dans le garage de son père, puis comme l’électron libre du foyer.
Ilana, infiniment mobile, se faufile d’un recoin à l’autre du champ, glisse entre les silhouettes, prend bientôt la tangente pour rejoindre son petit ami, Zalim, un Kabarde qu’elle aime d’un amour clandestin. Personnage fuyant, insaisissable, elle est la promesse fragile d’un trait d’union entre deux communautés qui s’ignorent et laissent s’amonceler entre elles de dangereux préjugés.
L’enlèvement tombe comme un coup de hache, une déflagration. Il révèle, en premier lieu, le sombre relent d’antisémitisme, vieux fond de méfiance et de persécution qui infecte, en Russie et ailleurs, les relations intercommunautaires. Il signale aussi des fissures et des crispations au sein même de la société juive, dont la solidarité n’ira pas jusqu’à réunir la rançon.
Le visage de Darya Zhovner, traversé d’humeurs changeantes, offre au film une véritable plaque sensible
Parmi les Kabardes, peuple récemment converti à l’islam et jadis persécuté par l’expansionnisme russe, les juifs forment comme une minorité dans la minorité, une poche à l’intérieur d’une autre poche. Et c’est précisément ce double enfermement, à la fois intégré et subi, qui menace d’engloutir, comme un piège, le personnage d’Ilana, rattrapé par les nécessités du clan, sommé de choisir entre l’intérieur et l’extérieur, le sacrifice familial ou la possibilité d’une vie ordinaire.
Kantemir Balagov filme ces existences recroquevillées avec un art du cadre (aux dimensions carrées) et des présences remarquables. L’étroitesse du champ, saturé de corps et de visages, ne vise pas tant à redoubler l’enfermement des personnages (redondance) qu’à s’imprégner de leur profonde densité humaine – celle, chaleureuse et englobante, du clan. La caméra investit le cœur brûlant du foyer, cette place centrale et sans cesse mouvante, où les relations entre parents et enfants se nouent, se crispent et s’entrechoquent.
La tension constante entre l’intérieur et l’extérieur se traduit, dans la photographie du film, par une lutte des dominantes colorées, entre les reflets ocre bouillant ou bleu glacial qui s’entre-dévorent. Mais l’essentiel repose sur le personnage splendide d’Ilana (et sur la force d’incarnation de la comédienne Darya Zhovner), qui entraîne le récit dans de déroutantes embardées nocturnes, et dont le visage, sans cesse traversé d’humeurs changeantes, offre au film une véritable plaque sensible.
Douche froide
Comme lors de cette scène terrassante où Ilana, passant la soirée chez Zalim, inhale une drogue dure et plonge dans une profonde catatonie. Surgit alors à la télévision, comme une hallucination, une vidéo amateur de la première guerre tchétchène (qui précède de peu le récit), où des massacres ignobles ont lieu en direct. Douche froide. L’abjecte réalité du conflit séparatiste vient de faire irruption au cœur de la nuit, comme le ­contrechamp infernal des animosités communautaires. Le visage d’Ilana, et derrière lui sa conscience, en gardera la trace irréparable. Et le film, dont on se demande s’il n’est pas allé trop loin, vient de passer de l’autre côté du miroir.
Mais alors qu’on croyait la violence imminente, Tesnota entre dans une dernière phase, déroutante car plus psychanalytique, explorant le complexe qui gît au cœur du personnage d’Ilana. Complexe d’une fille aînée qui n’a jamais ­obtenu de sa mère l’amour qu’elle en escomptait, celui-ci s’étant reporté sur son frère. Complexe qui, paradoxalement, motive à la fois son désir d’indépendance et l’attache indéfectiblement au giron ­familial, dans une quête illusoire et inépuisable de reconnaissance maternelle. Les dimensions ­historique, sociale et familiale se nouent ainsi dans une résolution intime de l’héroïne. Rester ou partir ? Vivre seule ou en groupe ? Avec les siens ou avec les autres ? Questions inéluctables qui, depuis toujours, relancent le grinçant ­balancier des générations.

Film russe et kabarde de Kantemir Balagov. Avec Darya Zhovner, Olga Dragunova, Artem Tsypin (1 h 58). Sur le Web : www.arpselection.com/category/tous-nos-films/drame/tesnota---une-vie-a-letroit-409.html

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 7 mars)
La Caméra de Claire, film sud-coréen et français de Hong Sang-soo (à ne pas manquer)Tesnota. Une vie à l’étroit, film russe et kabarde de Kantemir Bagalov (à ne pas manquer)Atlal, documentaire algérien de Djamel Kerkar (à voir)La nuit a dévoré le monde, film français de Dominique Rocher (à voir)Signer, documentaire français de Nurith Aviv (à voir)The Disaster Artist, film américain de et avec James Franco (à voir)Eva, film français de Benoît Jacquot (pourquoi pas)Il figlio, Manuel, film italien de Dario Albertini (pourquoi pas)Le Jour de mon retour, film britannique de James Marsh (pourquoi pas)L’Ordre des choses, film italien d’Andrea Segre (pourquoi pas)Ouaga Girls, documentaire burkinabé, français et suédois de Theresa Traore Dahlberg (pourquoi pas)Le Secret des Marrowbone, film espagnol et britannique de Sergio G. Sanchez (pourquoi pas)Venus Obscura, film français de Christophe Karabache (pourquoi pas)
Nous n’avons pas vu voir :
Féminin plurielles, film français de Sébastien BaillyHair, film iranien de Mahmoud GhaffariLes Etoiles restantes, film français de Loïc PaillardLiberté. 13 films-poèmes de Paul Eluard, film d’animation collectif françaisMadame Mills, une voisine si parfaite, film français de Sophie Marceau





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Le jeune réalisateur a puisé dans ses souvenirs et dans son expérience en République de Kabardino-Balkarie.
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Kantemir Balagov : « L’exiguïté et la culture du conflit marquent mon film »

Le jeune réalisateur a puisé dans ses souvenirs et dans son expérience en République de Kabardino-Balkarie.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 08h56
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            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Kantemir Balagov ne se souvenait pas vraiment du fait divers crapuleux et antisémite qui s’est déroulé en 1998 dans sa ville natale ­ (Naltchik, capitale de la République de Kabardino-Balkarie) et qui inspire son film. Il y a une raison simple à cela : il n’avait que 7 ans à l’époque. Autant dire que c’est un très jeune homme de 25 ans qui a fait sensation, en mai 2017, au Festival de Cannes avec ce formidable premier long-métrage.

Qu’est-ce qui a motivé ce ­retour sur un fait divers aussi lointain pour vous ?
En fait, je voulais installer mon film dans l’atmosphère de cette époque, qui était très particulière dans le Caucase. La jeunesse y était dans un état d’esprit critique, les rivalités ethniques ressortaient au grand jour, les kidnappings étaient monnaie courante et, en même temps, c’était un moment de liberté intense. Mais ce qui m’intéressait surtout, c’était cette famille et le personnage de la fille. Car dans le Caucase, à l’époque, il n’y avait que dans les familles juives que les femmes étaient porteuses de rébellion.
Comment en êtes-vous arrivé à cette conclusion ?
De la manière la plus personnelle qui soit : ma petite amie était juive, et je découvrais en la fréquentant ce qu’était une société matriarcale. Sa mère, d’ailleurs, était fortement opposée à notre relation. Je me suis servi de ces souvenirs pour installer cette histoire d’enlèvement, que je tenais de mon père, mais j’ai naturellement inventé beaucoup de choses.
On ne sait pas grand-chose, vu de France, de la République de Kabardino-Balkarie. Sa mixité ethnique – on y trouve ­des Kabardes, des Balkars, mais aussi des Russes et des Tchétchènes – est pourtant un aspect important de votre film. Quel est l’état des relations entre ces peuples ?
Ils ne se sont jamais entendus. Surtout les Balkars et les Kabardes, qui sont pourtant tous deux de religion musulmane. Les premiers sont un peuple...




                        

                        


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« La Caméra de Claire » : l’échappée cannoise d’Hong Sang-soo

Le cinéaste sud-coréen a tourné son film pendant le Festival avec Isabelle Huppert.



Le Monde
 |    07.03.2018 à 07h28
 • Mis à jour le
07.03.2018 à 11h05
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                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Certains cinéastes sont loués pour leur maîtrise, cette capacité à dominer le moindre paramètre de leur création. Avec Hong Sang-soo, divine exception dans le paysage cinématographique sud-coréen, il s’agirait plutôt de « déprise », soit une forme d’ouverture (aux quatre vents) et de largesse qui rend son cinéma si léger, quand bien même il déboucherait sur des abîmes de tristesse. La Caméra de Claire – qui sort en France deux mois seulement après Seule sur la plage la nuit – fait partie de ces « rêves de film » nés spontanément, germés et accomplis dans un même élan, comme on brosse une esquisse en deux temps trois mouvements. Tournée en catimini pendant l’édition 2016 du Festival de Cannes, avec la complicité d’Isabelle Huppert (une nouvelle fois après In Another Country en 2012), cette courte bande, presque inconséquente, semble pourtant la concrétisation d’une utopie : celle de filmer comme on respire, comme on pense, comme on souffre ou comme on chante.

        Lire les critiques du « Jour d’après » et de « La Caméra de Claire » (Festival de Cannes) :
         

          La nuit et le jour de Hong Sang-soo



Le film se présente comme une nouvelle étude des turpitudes amoureuses, avec ses motifs habituels d’hésitation et de déshérence, familiers de l’univers intime du cinéaste. Mais son déplacement à l’étranger, sur la Côte d’Azur, lui donne une coloration nouvelle, ainsi qu’une certaine distance réflexive, qui tranche avec la noirceur et le désespoir de ses précédents films. La Caméra de Claire, illuminée par le printemps méridional, a la limpidité de trait, la clarté éclatante et les motifs papillotants d’un Matisse période niçoise.

        Lire le récit :
         

          Un Festival de claps



Pendant le Festival de Cannes, sous le pavillon sud-coréen, Manhee (Kim Min-hee), une jeune employée, est licenciée sans ménagement par sa patronne, Nam (Chang Mi-hee), d’âge mûr. Ce geste arbitraire révèle une jalousie qui ne dit pas son nom, puisque les deux femmes aiment ou ont aimé le même homme : So Wansoo (Jung Jin-young, troublant sosie de Hong Sang-soo), un réalisateur alcoolique et débonnaire, venu présenter son dernier film. Claire (Isabelle Huppert), une Française en goguette, rencontre les trois membres de ce trio disloqué et les prend tour à tour en photographie. Ses images circulant de l’un à l’autre permettent aux Coréens de se reconsidérer mutuellement et de faire évoluer leur relation à distance.

        Lire l’entretien avec Kim Min-hee à Cannes :
         

          « Isabelle Huppert m’a prise sous son aile »



Cadre presque enchanteur
De par sa simplicité, sa brièveté et son indétermination flottante, ce dernier film de Hong Sang-soo pourrait facilement passer pour une récréation. Mais l’essentiel est précisément là : dans ce geste synthétique qui condense les données de son cinéma et n’en conserve plus que la grâce instantanée, ce « petit rien » des rencontres et du hasard, des conversations à bâtons rompus et de la gêne ordinaire, qui touche au cœur des relations humaines et de leur profonde incongruité.
Le film se concentre plus particulièrement sur les relations féminines, selon deux axes contraires : d’un côté, la rivalité amoureuse entre Nam et Manhee, qui ouvre une brèche de ressentiment ; de l’autre, l’amitié désintéressée de Manhee et Claire, qui soigne les plaies ouvertes. Le décor cannois offre au récit un cadre presque enchanteur, avec ses murs jaune « brioche », l’azur profond du ­littoral, son morceau de plage perdue et son dédale de rues qui transforme le chassé-croisé entre les personnages en un ­singulier jeu de piste – comme s’ils étaient seuls au monde.
Claire fonde en ses photographies un pouvoir secret, mais considérable, celui de transformer les êtres et les choses
Dans ce jeu charmant, où l’on communique entre étrangers dans un anglais approximatif (et source de malentendus burlesques), le personnage de Claire revêt une fonction quasiment magique. D’abord parce que son affabilité et sa douceur ont un effet guérisseur sur la pauvre Manhee, victime des circonstances – douceur qui dissimule en fait un drame personnel déchirant.
Mais surtout, peut-être, parce qu’elle fonde en ses photographies un pouvoir secret, mais considérable, celui de transformer les êtres et les choses. Et ses images modifient bel et bien la réalité, du moins sentimentale, de la situation, puisqu’elles rappellent à chacun la présence d’un autre qu’il croyait absent. « La seule façon de changer les choses est de les regarder très lentement une fois encore », confie Claire à Manhee, sur le lieu même de son licenciement. Fable idéaliste sur le regard, La Caméra de Claire nous apprend ainsi, incidemment, que la vérité du monde ne se situe peut-être pas ailleurs que dans l’œil de celui qui prend le temps de l’observer.



Film sud-coréen et français de Hong Sang-soo. Avec Isabelle Huppert, Kim Min-hee, Chang Mi-hee, Jung Jin-young (1 h 09). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/la-camera-de-claire



                            


                        

                        

