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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ L’avenir de cette publication culturelle, créé en 1991 par l’Institut du monde arabe, est mis en cause, alerte son rédacteur en chef.
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Inquiétudes sur l’avenir du magazine « Qantara »

L’avenir de cette publication culturelle, créé en 1991 par l’Institut du monde arabe, est mis en cause, alerte son rédacteur en chef.



Le Monde
 |    03.03.2018 à 12h00
    |

            Charlotte Bozonnet








                        



                                


                            
La revue de l’Institut du monde arabe (IMA), Qantara, va-t-elle disparaître ? C’est ce que craint son rédacteur en chef, François ­Zabbal, qui a adressé une lettre au directeur de l’institut, Jack Lang, le 8 février, pour l’alerter sur cette question. « Le mardi 30 janvier, écrit M. Zabbal, le secrétaire général de l’IMA, M. David Bruckert, m’a annoncé, au cours d’une réunion, l’arrêt du magazine Qantara (…). J’avoue ne pas comprendre : arrêter Qantara c’est perdre un titre connu, un symbole, un réseau. » L’historien et écrivain dénonce une « mise à mort bureaucratique et subreptice. »
Créée en 1991, Qantara (« le pont ») est un magazine trimestriel bien connu de ceux qui s’intéressent au monde arabe. Consacré à la culture – de l’édition au théâtre en passant par la poésie, la littérature ou encore l’histoire –, il a notamment bâti sa réputation sur son dossier central d’une trentaine de pages, très fouillé, et sur le choix de ses contributeurs – universitaires, intellectuels, journalistes ayant une connaissance pointue de ces sujets. 
« C’est une revue unique au monde, résume François Zabbal. Il existe bien deux revues littéraires, à Londres et aux Etats-Unis, mais aucune revue généraliste comme celle-ci, qui couvre toute l’actualité artistique et culturelle du monde arabe – les arts, les expositions, la musique, les films –, qui permet de vulgariser mais aussi d’ouvrir des fenêtres sur des sujets peu couverts, comme nous l’avons fait récemment sur le Moyen-Orient dans la première guerre mondiale. »
« Consternation et incrédulité »
A la tête de la revue depuis vingt-deux ans, François Zabbal, qui part cette année à la retraite, ne comprend pas pourquoi les devants n’ont pas été pris pour préparer la relève : « Au lieu de mettre à profit le départ du rédacteur en chef pour relancer et renouveler le magazine en révisant le sommaire et la ligne éditoriale...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Editorial. Dans le sillage de l’affaire Weinstein, le milieu du cinéma commence à adopter des mesures concrètes contre les violences faites aux femmes et pour l’égalité entre les genres.
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Séisme sur la planète cinéma

Editorial. Dans le sillage de l’affaire Weinstein, le milieu du cinéma commence à adopter des mesures concrètes contre les violences faites aux femmes et pour l’égalité entre les genres.



Le Monde
 |    03.03.2018 à 11h04
 • Mis à jour le
03.03.2018 à 14h32
   





                        


Editorial du « Monde ». C’est le propre du show-business : des robes noires des Golden Globes californiens et des Bafta londoniens, les 7 janvier et 18 février, jusqu’aux rubans blancs arborés lors de la remise des Césars parisiens, vendredi 2 mars, les grandes industries cinématographiques ont ostensiblement déployé leur soutien à la cause des femmes. Ces démonstrations, que prolongera, à n’en pas douter, la remise des Oscars américains ce week-end, témoignent de la place centrale que le cinéma a prise dans le combat pour l’égalité entre les genres.

        Lire le récit :
         

          Les Césars, du ruban rouge au ruban blanc



Ce rôle, le cinéma le doit à Harvey Weinstein. Depuis la révélation par le New York Times et le New Yorker, le 5 octobre 2017, des agressions sexuelles en série commises par le producteur de Pulp Fiction et de Gangs of New York, accusations et mises à l’écart n’ont plus cessé. L’acteur Kevin Spacey et le responsable de création chez Disney-Pixar John Lasseter, le vénérable Dustin Hoffman et le juvénile Casey Affleck, cibles de mises en causes circonstanciées, ont dû renoncer qui à un rôle aussitôt confié à un autre, qui à l’un des postes les plus prestigieux du cinéma américain, qui, enfin, à participer à la cérémonie des Oscars.

        Lire le compte-rendu :
         

          « 120 battements par minute » et « Au revoir là-haut » grands gagnants des Césars 2018



Parole libérée d’une autre manière
Le séisme qui secoue la planète cinéma n’est pas moindre en Europe. Si les droits et les cultures y rendent plus difficiles les accusations nominatives, la parole des femmes s’est libérée d’une autre manière. Les professionnelles du cinéma ont relancé le débat sur l’inégalité entre genres dans leurs métiers. Aux Etats-Unis, la directrice de la photographie Rachel Morrison est la première femme, depuis la fondation des Oscars en 1929, à être nommée dans sa catégorie. En France, Tonie Marshall, qui a remporté le César de la réalisation en 2000, récompense qui n’était jamais allée à une femme, attend toujours une successeure.
Si bien que les regards se tournent vers l’Europe du Nord, en particulier vers la Suède, où la parité dans les instances attribuant les fonds publics a été instituée, où ces fonds devront pour moitié être attribués à des projets portés par des femmes, à condition que le personnel et les dirigeants des sociétés produisant ces films aient consacré une journée de formation à la lutte contre le harcèlement.
Dans le sillage de l’affaire Weinstein, on est donc passé en quelques mois du déballage au débat, et l’on voit maintenant poindre l’adoption de mesures concrètes. La rapidité et l’ampleur de la secousse tiennent à la nature même du cinéma, à son exposition au regard de tous, à son extrême sensibilité aux mouvements de l’opinion – lorsqu’un producteur remercie un acteur ou un metteur en scène qui fait l’objet d’accusations, la décision est au moins autant économique qu’éthique, il s’agit de protéger la campagne de marketing et les recettes au box-office.
Ce serait pourtant une erreur de considérer que les ingrédients de la crise actuelle – les violences faites aux femmes, l’inégalité dans les salaires, l’accès aux financements ou aux postes de responsabilité – bouillonnent en vase clos. Les gens de cinéma ont beau s’habiller différemment des autres les soirs de Césars ou d’Oscars, ils vivent dans la même société que le commun des mortels. C’est à l’ensemble de cette société de faire en sorte que le débat en cours ne reste pas l’apanage du seul 7e art. C’est à l’ensemble de cette société de promouvoir les avancées salutaires dont il est porteur, afin qu’elles bénéficient à toutes et à tous.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ La mathématisation extrême de la finance explique la déconnexion des marchés face à l’environnement, relève dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au service « Planète ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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« Les marchés ont perdu toute faculté à délivrer la moindre information sur l’état du monde réel »

La mathématisation extrême de la finance explique la déconnexion des marchés face à l’environnement, relève dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au service « Planète ».



Le Monde
 |    03.03.2018 à 10h34
 • Mis à jour le
03.03.2018 à 14h28
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            
Chronique. Il ne s’est rien produit de très important le 1er février. Aucun grand séisme, aucun accident industriel notable, aucune déclaration de guerre, aucune catastrophe qui eût été à la fois majeure et mondiale n’a été à déplorer. Pourtant, ce jour-là, dans un même élan, le Nasdaq, le Dow Jones, le Footsie, le S&P 500, le CAC 40, le DAX et toute la congrégation des indices boursiers décrochaient brutalement et entamaient une inquiétante glissade jusqu’au 9 février. Le cours normal des choses reprenait alors, sans que, là encore, nul ne puisse détecter ce qui, dans le monde réel, eût pu être à l’origine de la reprise.

Dans son dernier livre (Le Mensonge de la finance. Les mathématiques, le signal-prix et la planète, Editions de l’Atelier, 224 pages, 20 euros), le mathématicien et philosophe Nicolas Bouleau interroge et décortique cette déconnexion entre notre environnement au sens large et les informations que nous prodiguent les marchés par leurs fluctuations. Témoin privilégié de l’émergence des maths financières – il a dirigé pendant dix ans le département de mathématiques de l’Ecole des Ponts –, l’auteur montre comment la mathématisation extrême de la finance a rendu les marchés fondamentalement instables et volatils.
Des marchés « fumigènes »
A mesure qu’ils se sont harnachés d’une mathématique complexe et impénétrable, bardés de produits dérivés et d’instruments informatiques de trading à haute fréquence (plusieurs centaines d’ordres peuvent être passés par un unique opérateur en l’espace d’une fraction de seconde), les marchés ont perdu toute faculté à délivrer la moindre information sur l’état du monde réel – sur la raréfaction ou la disponibilité d’une ressource naturelle par exemple. Ils sont non seulement devenus myopes mais aussi, comme le dit joliment Nicolas Bouleau, « fumigènes ». Ils brouillent et occultent la réalité.
Ce constat est à la fois très...




                        

                        


<article-nb="2018/03/03/19-4">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ L’Assemblée populaire de Chine devrait autoriser le président actuel à renouveler son mandat sans limite. Cela annoncerait un grand bond en arrière de la vie politique du pays, analyse l’universitaire Jean-Pierre Cabestan, dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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« Xi Jinping monte en puissance et se “poutinise” »

L’Assemblée populaire de Chine devrait autoriser le président actuel à renouveler son mandat sans limite. Cela annoncerait un grand bond en arrière de la vie politique du pays, analyse l’universitaire Jean-Pierre Cabestan, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    03.03.2018 à 08h00
    |

Jean-Pierre Cabestan (Professeur à l’université baptiste de Hong Kong.)







                        



                                


                            
Tribune. Lors de sa séance annuelle qui s’ouvre le 5 mars, l’Assemblée populaire nationale (APN) chinoise devrait entériner l’abolition de la limite de deux mandats de cinq ans imposée par la Constitution à la fonction de président de la République. Approuvé par le comité central du Parti communiste chinois (PCC) dans des circonstances qui demeurent obscures et rendues publiques le 25 février, cet amendement constitutionnel permettra à Xi Jinping de se maintenir à la tête de l’Etat aussi longtemps qu’il le souhaite.
Assurément, cette décision consacre une montée en puissance et même une « poutinisation » de Xi à l’œuvre depuis son accession au pouvoir en 2012. Elle permet au numéro un chinois, contrairement à Vladimir Poutine, de continuer de cumuler les trois fonctions suprêmes qu’il occupe aussi longtemps qu’il lui plaît : aucune règle ne limite officiellement le mandat du secrétaire général et de président de la Commission militaire du PCC.

Pour autant, l’on peut s’interroger sur le sens d’une mesure rétrograde qui remet directement en cause l’une des réformes institutionnelles essentielles de Deng Xiaoping introduite après la mort de Mao Zedong, en 1976 : éviter toute instauration d’un pouvoir à vie. Par ailleurs, si elle consolide indéniablement le statut de Xi, celui-ci est-il aussi puissant que ses thuriféraires le laissent entendre ? Pourra-t-il véritablement introduire les réformes qu’il a promises ?
Xi assez fort pour imposer ce changement
Les médias officiels, dont le très nationaliste Global Times, ont rapidement tenté de justifier la suppression de cette limite constitutionnelle. Ils ont d’une part indiqué que cette décision était un gage de stabilité et de puissance, « une clé magique capable d’unifier la société » et de « renforcer sa dignité face à l’Occident » (sic). Ils ont d’autre part assuré de manière assez défensive que cette réforme ne signifiait pas que le poste de président...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Si l’on veut que l’immigration soit mieux acceptée, il faut maîtriser les arrivées et tenir compte  de l’insécurité culturelle, analyse le politologue dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
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Jérôme Fourquet : « La ligne de fermeté choisie par le gouvernement va dans le sens de l’opinion »

Si l’on veut que l’immigration soit mieux acceptée, il faut maîtriser les arrivées et tenir compte  de l’insécurité culturelle, analyse le politologue dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    03.03.2018 à 07h00
    |

Jérôme Fourquet (directeur du département Opinion et stratégie d’entreprise de l’Ifop)







                        



                                


                            
Tribune. Même si l’ampleur des flux migratoires traversant la Méditerranée a fortement diminué depuis 2015, ils n’ont pas été taris. Dans ce contexte, les opinions publiques européennes et française prennent de plus en plus conscience que l’arrivée en nombre de migrants sur les côtes européennes n’a pas constitué un phénomène passager lié à des facteurs géopolitiques conjoncturels (les révolutions arabes), mais est une donnée structurelle qui est amenée à durer dans le temps et à devenir récurrente. Alors que, en septembre 2015, au pic de la crise des migrants, 46 % des Français estimaient que ces arrivées massives allaient durer au plus un ou deux ans, ils n’étaient plus, à l’automne 2017, que 19 % à formuler ce diagnostic, 56 % pensant qu’il faudra faire avec ces arrivées de migrants et de réfugiés pendant plus de quatre ans, une opinion en progression de 27 points en deux ans, selon un sondage IFOP pour la Fondation Jean Jaurès et la Friedrich Ebert Stiftung.
Le scénario d’un phénomène de longue durée semble également se dessiner à l’aune d’un autre indicateur. En effet, seulement 28 % considéraient que nous avions principalement affaire à des migrants économiques en septembre 2015, cette proportion est ensuite montée à 34 % en mars 2016 puis à 44 % à l’automne 2017.
Echec patent de notre modèle d’intégration
Progressivement, le regard a changé et la question des migrants est apparue comme étant l’une des illustrations parmi d’autres du phénomène plus large de l’immigration puisque les personnes arrivant sont perçues de plus en plus comme des migrants économiques venant chercher des conditions de vie meilleures sur notre continent. Si la dimension humanitaire de cette question n’a pas disparu (et les images de migrants africains franchissant au péril de leur vie les cols alpins enneigés viennent la rappeler), l’idée qu’il serait de notre devoir d’accueillir ces populations n’est partagée que par 56 % de nos concitoyens (contre 75 %...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Hugo Desnoyer, entrepreneur et boucher, rappelle que les bouchers de tradition française ne maltraitent pas les animaux et ont été les premiers à avoir adopté une démarche écologiste.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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« Recevoir des leçons des ayatollahs de la religion anti-viande est insupportable »

Dans une tribune au « Monde », Hugo Desnoyer, entrepreneur et boucher, rappelle que les bouchers de tradition française ne maltraitent pas les animaux et ont été les premiers à avoir adopté une démarche écologiste.



Le Monde
 |    03.03.2018 à 06h37
    |

Hugo Desnoyer (entrepreneur, boucher)







                        



                                


                            

Ainsi donc, notre activité, la boucherie de tradition française, serait coupable de multiples délits : favoriser le réchauffement climatique, promouvoir la surconsommation de viande, maltraiter les animaux, être complice de l’industrie alimentaire dans la propagation de la « malbouffe »… Et j’en passe certainement.
Autant le dire d’emblée : recevoir des leçons de ces ayatollahs fraîchement convertis à la religion anti-viande est insupportable. Comme si nous les avions attendus pour nous préoccuper de l’environnement, de la qualité de nos produits, du bien-être animal, de la préservation des écosystèmes et de la ruralité !

Abuser d’un aliment, en l’occurrence de la viande, serait nocif pour la santé ? Nous le savons depuis longtemps. Dans « boucherie », il y a « bouchée », ce qui indique déjà une quantité. Des préparations comme la blanquette, le pot-au-feu, le navarin sont aussi des plats de légumes, des mariages d’aliments complémentaires qui n’impliquent pas d’orgie carnivore.
Nous savons parfaitement qu’une côte de bœuf est un mets rare, une viande précieuse, magnifique, qui a toute sa place dans un régime alimentaire harmonieux. Je préfère d’ailleurs ce qualificatif à celui, très galvaudé, d’équilibré. Dans ma conception de la vie, un régime alimentaire doit tenir compte de nos humeurs, de nos envies, de notre désir de faire parfois la fête. Lorsqu’une grand-mère me demande de lui trancher une belle entrecôte parce qu’elle reçoit son petit-fils à dîner, j’y vois une marque de tendresse et d’affection.
Un métier aux antipodes de l’élevage intensif
Nos animaux seraient maltraités ? Le prétendre serait méconnaître l’essence même de notre métier. Il est aux antipodes de l’élevage intensif, que nous ne cessons de dénoncer, et, pendant longtemps, nous avons même été les seuls à le faire. Cela fait des années que nous, les bouchers de tradition, proposons une alimentation alternative par l’excellence.
Il suffit de se...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Résonances. Les prothèses numériques vont-elles nous priver de moments de vague-à-l’âme ? Retour sur cette catégorie de la vie affective scrutée par les historiens des sensibilités.
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Prêtons attention à l’ennui

Résonances. Les prothèses numériques vont-elles nous priver de moments de vague-à-l’âme ? Retour sur cette catégorie de la vie affective scrutée par les historiens des sensibilités.



Le Monde
 |    03.03.2018 à 06h37
    |

                            Emmanuelle Loyer (Historienne)








                        



                                


                            

A l’heure des campus numériques et des pratiques pédagogiques « innovantes » à tout-va, une plaisante enquête sociologique, diffusée auprès des enseignants d’une grande institution académique parisienne, est venue calmer les ardeurs technophiles de nos contemporains. Elle étudie les effets de l’usage de l’ordinateur dans la qualité de la prise de notes pendant les cours.
Il apparaît que les étudiants, atteints d’un « biais optimiste », croient pouvoir écouter, synthétiser et s’approprier le discours du professeur en même temps qu’ils poursuivent leurs petites affaires sur ­les réseaux sociaux. En réalité, leur travail en est négativement affecté. Celui des autres (les archaïques écrivant à la plume) aussi, également happés par les sortilèges de l’écran…
Acédie, spleen, embêtement
Anticipant ce résultat, certains téméraires ont interdit les prothèses informatiques en cours, rejoignant, sans le savoir, un mouvement plus général : « No ­Device ». La forêt d’écrans évanouie, comme par miracle, reviennent les visages et les paysages variés d’une attention nouvelle, soutenue ou intermittente, perplexe ou goguenarde et parfois même la face longue de l’ennui, celui que Charles Baudelaire, dans son « Adresse au lecteur », appelait le « monstre délicat ». Surgit alors l’impression de renouer avec une figure répertoriée de notre imaginaire républicain – le bâillement scolaire – mais aussi un état d’âme oublié.
Car la distraction vibrionnante que permet l’infinie navigation numérique apparaît comme le contraire de l’ennui – elle n’a pas son détachement désolé avec le monde –, à moins qu’elle n’en soit une nouvelle métamorphose ?
L’ennui est en effet un objet labile et pourtant profond, une catégorie de la vie affective qui, comme le montrent les historiens des sensibilités (avec notamment L’Ennui. Histoire d’un état d’âme : XIXe-XXe siècles, sous la direction de Sylvain Venayre, avec...




                        

                        


<article-nb="2018/03/03/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Le film « Sono tornato », qui imagine le retour du Duce, est sorti en Italie le 1er février dans un contexte politique tendu.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Le salut fasciste revient en Italie, Mussolini aussi (mais à l’écran)

Le film « Sono tornato », qui imagine le retour du Duce, est sorti en Italie le 1er février dans un contexte politique tendu.



Le Monde
 |    03.03.2018 à 06h30
    |

            Jérôme Gautheret (Rome, correspondant)








                        



                                


                            

Autant le dire tout de suite, Sono tornato (« Je suis revenu »), de Luca Miniero, sorti dans les salles italiennes le 1er février, n’est pas un film réaliste. Ajoutons même, pour être plus clair, que ce n’est vraiment pas un chef-d’œuvre. Qu’on en juge plutôt : soixante-douze ans après son exécution, le 28 avril 1945, Benito Mussolini tombe du ciel et apparaît dans un nuage de fumée, en uniforme et bottes de cuir, au milieu d’un jardin public du centre de Rome.
Alors qu’il erre dans les rues de sa capitale, qu’il ne reconnaît plus (« Où suis-je ? A Addis-Abeba ? »), un jeune réalisateur le repère, pense voir en lui un ­acteur un peu allumé et l’emmène à bord d’une ­camionnette pour un tour d’Italie, caméra en main, au cours duquel le Duce rencontre des habitants désabusés, fatigués de la démocratie, voire nostalgiques de l’homme providentiel.
Le retour du pire
Le film que ce vidéaste tire de ce roadtrip, et diffuse sur Internet, rencontre un tel succès qu’une chaîne de télévision privée s’en empare. Après s’être vu suggérer d’éviter les discours trop racistes et les éloges d’Hitler (« Je suis d’accord avec vous, ça m’a déjà coûté très cher une fois », répond-il à la directrice qui lui prodigue ce conseil), Benito Mussolini est lancé dans le grand bain de la télévision. Son succès est ful­gurant. Dans les couloirs de la chaîne, pour ­fêter les victoires sur la concurrence, on chante ­Faccetta nera, l’hymne fasciste des temps de la guerre d’Ethiopie…
Les affaires vont si bien que le dictateur se prend à rêver de reprendre le pouvoir. Jusqu’à ce qu’une vieille femme atteinte d’Alzheimer, dont on apprend qu’elle est rescapée des camps de la mort nazis, ­reconnaisse son regard et dessille les yeux du réalisateur, qui comprend soudain qu’en transformant en vedette un simple amuseur, il a ouvert la voie au retour du pire.
Sorti en salle à moins de cinq semaines des élections...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ 60 000 soldats en mission pour reboiser la Chine : une nouvelle illustration de la place prépondérante que tiennent l’arbre et la forêt dans l’imaginaire public.
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En Chine et ailleurs, l’arbre s’enracine dans la politique

60 000 soldats en mission pour reboiser la Chine : une nouvelle illustration de la place prépondérante que tiennent l’arbre et la forêt dans l’imaginaire public.



Le Monde
 |    03.03.2018 à 06h30
    |

                            Julie Clarini








                        



                                


                            

Une armée de jardiniers. A bout de bras, non pas un fusil mais un outil, de ceux qui évoquent la terre, la vie : une pelle. L’image est tellement forte que, prise en 2007, elle illustre à nouveau les articles qui concernent la nouvelle campagne de reforestation lancée en Chine. Soixante mille soldats de l’Armée de libération populaire viennent d’être déplacés des frontières du nord du pays aux régions intérieures. Avec une nouvelle mission : planter des arbres. D’ici à la fin de l’année, la Chine, qui s’est toujours battue contre l’avancée du désert, entend regarnir 84 000 kilomètres carrés, une étendue peu ou prou équivalente à celle de l’Irlande. Le gros des soldats devrait s’activer aux environs de Pékin, dans la région du Hebei, où la déforestation est massive.
Mais que peut nous évoquer une telle rangée de pelles ? Pour ce qu’elle recèle de végétal, l’expression « la fleur au fusil » vient à l’esprit. Pourtant, point d’enthousiasme martial dans la belle discipline que donne à voir l’armée chinoise. C’est une sage reconquête qui transparaît de ce cliché et non un lyrisme guerrier. Sage mais déterminée : d’ici deux ans, la couverture forestière devra être passée de 21 % à 23 % du pays.
Symbole de la Révolution
Geste militaire, geste militant. L’initiative rappelle celle prise en mars 2017 par une poignée de scientifiques, aux Etats-Unis, pour lutter contre le climatoscepticisme du président : « Trump Forest » invite chaque citoyen du monde à planter à arbre, où qu’il se trouve. Un an après, on en compte déjà 1 million en terre.
L’arbre est décidément de retour dans l’imaginaire politique. Mais en a-t-il disparu un jour ? Les arbres de la liberté plantés à la Révolution française avaient inspiré à l’historienne Mona Ozouf un très bel ouvrage, La Fête révolutionnaire (Gallimard, 1976). Elle évoquait l’éclatant privilège dont jouissaient ces arbres parmi les autres symboles de la Révolution ; on le mesurait à « sa résurgence...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’anthropologue Michel Agier note que le projet de loi asile-immigration va ajouter au chaos actuel qui distingue déjà ce gouvernement. Il faut au contraire reconnaître plus de droits aux migrants.
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Michel Agier : « Notre pays n’a pas besoin de plus de police pour surveiller les migrants »

Dans une tribune au « Monde », l’anthropologue Michel Agier note que le projet de loi asile-immigration va ajouter au chaos actuel qui distingue déjà ce gouvernement. Il faut au contraire reconnaître plus de droits aux migrants.



Le Monde
 |    03.03.2018 à 06h30
    |

                            Michel Agier (Anthropologue, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD)








                        



                                


                            
Tribune. Alors qu’à Calais, quatre jeunes migrants érythréens sont toujours entre la vie et la mort après les violences du 1er février, et qu’à la frontière franco-italienne les cas de refoulement illégal de demandeurs d’asile et de mineurs non accompagnés par la police française sont constatés tous les jours, le projet de loi asile-immigration présenté le 21 février va ajouter au chaos actuel de l’inhospitalité qui est d’ores et déjà la marque de ce gouvernement.
Essentiellement, il accélère les procédures aboutissant à plus d’enfermements et d’expulsions, de plus en plus au mépris du droit. La procédure d’examen des demandes d’asile auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et des recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) sera accélérée, alors que le dispositif est déjà saturé. Cela aboutira, de fait, par le manque de personnel dans le dispositif, à des dossiers bâclés, migrants et associations n’ayant pas le temps de constituer des dossiers que les employés de l’Ofpra et de la CNDA n’auront pas le temps d’examiner. D’où une pression bureaucratique plus grande aboutissant à plus d’enfermements en centre de rétention administrative (CRA). Rallonger, à l’inverse, la durée légale de la rétention à trois mois (le double de la situation actuelle) aboutira à un plus grand nombre de personnes en CRA, dans des conditions qui sont en fait très proches de celles de la prison.
Gaz lacrymogène, destruction de tentes
Rétrospectivement, la déclaration d’Emmanuel Macron fin juillet 2017, « je ne veux plus personne dans les rues, dans les bois d’ici la fin de l’année », a quelque chose d’effrayant, voire de pervers. Sous ces mots ambigus, il ouvrait la voie, non à plus d’« humanité » comme certains ont pu le croire, mais à ce qui se dessine par la pratique, les paroles et maintenant le projet de loi de son ministre de l’intérieur : plus d’enfermements et plus d’éloignements,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’universitaire Emmanuel Combe explique que la théorie économique et l’expérience montrent que les mesures du président américain seront contre-productives.
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Article sélectionné dans La Matinale du 02/03/2018
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« La décision de Trump sur l’acier et l’aluminium est une mauvaise nouvelle pour l’emploi américain »

Dans une tribune au « Monde », l’universitaire Emmanuel Combe explique que la théorie économique et l’expérience montrent que les mesures du président américain seront contre-productives.



Le Monde
 |    02.03.2018 à 18h16
 • Mis à jour le
03.03.2018 à 07h03
    |

Emmanuel Combe (Professeur à l’université Paris-I, professeur affilié à Skema Business School)







                        



                                


                            

Tribune. « Vous aurez peut-être des prix plus élevés mais vous aurez des emplois. Pour moi, ce sont les emplois qui comptent. » C’est en ces termes que le président des Etats-Unis a justifié, jeudi 1er mars, sa décision de porter les droits de douane à 25 % sur les importations d’acier et à 10 % sur l’aluminium. Un discours assez efficace, puisqu’il met chacun en demeure de choisir son camp : satisfaire le pouvoir d’achat des consommateurs et donc importer à bas prix ; ou bien défendre la production et l’emploi et donc se protéger.

Ce raisonnement a l’apparence du bon sens. Mais il faut toujours se méfier en économie du bon sens, qui joue souvent des tours. Rappelons l’arithmétique du protectionnisme. Ce dernier a trois effets sur le pays qui se protège.
Premier effet, positif : il permet à l’Etat de récupérer des taxes douanières. Second effet, lui aussi positif : les entreprises domestiques vendent plus sur le marché domestique, puisqu’elles sont protégées en partie de la concurrence étrangère. Troisième effet, négatif : les utilisateurs du produit taxé le paieront plus cher.
Ces utilisateurs, dans le cas de l’acier et de l’aluminium, ce sont d’autres entreprises américaines, comme les fabricants de produits métalliques, dont les coûts de production vont augmenter.

Une réduction des quantités consommées
Pour savoir si le protectionnisme est un bon calcul, il suffit alors d’additionner les gains pour l’Etat et les producteurs domestiques avec les pertes pour les usagers du produit taxé. Le résultat est sans appel : les pertes l’emportent toujours sur les gains. Tout simplement parce que la hausse du prix conduit à une réduction des quantités consommées dans le pays.
Dit en d’autres termes, le protectionnisme ne transfère pas seulement de la richesse des consommateurs vers les producteurs et l’Etat : il diminue aussi la richesse globale du pays qui se protège.
Rapporter...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Dans sa chronique, la journaliste Annie Kahn s’appuie sur une enquête américaine qui démontre que les personnes qui obtiennent les meilleurs résultats travaillent plutôt moins, mais en se concentrant davantage sur un nombre limité de tâches à accomplir.
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« Travailler moins, mais mieux »

Dans sa chronique, la journaliste Annie Kahn s’appuie sur une enquête américaine qui démontre que les personnes qui obtiennent les meilleurs résultats travaillent plutôt moins, mais en se concentrant davantage sur un nombre limité de tâches à accomplir.



Le Monde
 |    02.03.2018 à 17h25
 • Mis à jour le
02.03.2018 à 17h43
    |

            Annie Kahn








                        



                                


                            
Ma vie en boîte. Les dernières statistiques de la Caisse nationale d’assurance-maladie peuvent sembler alarmantes. Les arrêts maladie se multiplieraient. De fait, les dépenses d’indemnités journalières ont bondi de 8 % en janvier (par rapport au mois de janvier 2017) et de 5,2 % sur les douze derniers mois.
On ne discutera pas des raisons de cette situation : outil statistique inadapté, disent les uns, vieillissement de la population active, stress accru en raison du développement des outils numériques, dégradation des conditions de travail pour les autres…
Toujours est-il que la statistique aurait pu être bien pire. Pour une raison apparemment paradoxale, mais qui est en fait parfaitement logique. A savoir que, si l’absentéisme augmente, le présentéisme est aussi très vaillant. Des personnes malades, qui de ce fait auraient dû s’absenter pour leur santé et celle de leurs collègues, et ainsi dégrader la statistique encore davantage, ne le font pas. « Près de 20 % des arrêts de travail prescrits en 2016 n’ont pas été suivis », avertissait ainsi le groupe Malakoff Médéric dans un communiqué publié le 22 novembre 2017.
Le syndrome du bon élève, qui vous pousse à toujours répondre positivement à toute demande de travail accrue, est contre-productif
Plus précisément, 7 % des arrêts ont été pris, mais pas en totalité ; et 12 % n’ont pas été pris du tout. Les raisons évoquées sont diverses : financières pour 29 % des personnes concernées, par crainte de se retrouver avec une charge de travail trop importante à leur retour (23 %) ; par peur de la pression hiérarchique (22 %) ; en raison de ce sentiment qui vous fait croire que vous êtes indispensable et qu’il ne vous est pas possible de déléguer vos tâches (20 %). Un grand nombre évoquant plus largement qu’« ils n’ont pas l’habitude de se laisser aller ». Cette position est absurde, juge Andrew Hill, chroniqueur au Financial Times, dans son billet du 8 janvier.
Le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Frédérique Couzigou, psychologue et écrivain, dénonce le discours systématique contre les « privilèges des fainéants », antichambre de la croyance dans une élite de « surhommes », étalon de la « réussite ».
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« J’ai été femme de cheminot »

Dans une tribune au « Monde », Frédérique Couzigou, psychologue et écrivain, dénonce le discours systématique contre les « privilèges des fainéants », antichambre de la croyance dans une élite de « surhommes », étalon de la « réussite ».



Le Monde
 |    02.03.2018 à 17h00
 • Mis à jour le
02.03.2018 à 17h27
    |

Frédérique Couzigou (Psychologue et écrivain)







                        



                                


                            
Tribune. J’ai été femme de cheminot. J’ai suivi, tous les trois ans, les mutations professionnelles et donc connu à chaque mouvement de poste, le chômage, la précarité dans mon propre parcours professionnel. Etre cheminot, c’est accepter une mobilité, c’est dormir dans des foyers plutôt que chez soi, c’est déblayer la voie de chemin de fer sous la neige et dans le froid, c’est vérifier au quotidien la sécurité du matériel, la fonctionnalité des équipements, la sécurité des voyageurs. C’est garder malgré tout la courtoisie quand, assis confortablement et au chaud, un voyageur râle après dix minutes de retard.
Au-delà de cette actualité navrante sur les soi-disant privilèges du cheminot, du retraité, du fonctionnaire – qui est aussi une infirmière épuisée, un policier suicidaire, un professeur accablé, un chercheur en précarité – il en va de comment la société, notre communauté, prend soin de la fragilité.
Désespérante décadence de l’humanité
Quand on réfléchit à baisser l’âge de la maturité sexuelle des enfants, quand on laisse crever dans leurs excréments nos anciens, quand on retrouve au matin des hommes et des femmes morts de froid, j’ai comme un doute sur notre civilisation, trop d’échos à la barbarie. Dans cette idéologie de la réussite, de l’étalon, du surhomme, du mérite, du premier de cordée… on frôle cette idée de l’homme supérieur de par son rang, son mérite et, pourquoi pas, son ADN. On frôle l’idéologie d’une classe supérieure, de par leur rang social, leur capital, leur intelligence… Il y a comme une répétition de ce qui a favorisé le chaos et le crime il n’y a pas si longtemps.

Les autres, les fainéants, les assistés, les handicapés, les vieux, les enfants, ne valent rien. Etre utile à l’idéologie, à la soumission par le travail, par le crédit, par la terreur de finir congelé sur un trottoir, limite notre réflexion, notre intelligence, notre lucidité, notre courage à se révolter contre cette concurrence entre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Livre. Dans son dernier essai, la chercheuse Anne-Clémentine Larroque décrit comment l’exercice du pouvoir a transformé, en Tunisie, en Egypte et au Maroc, l’idéologie et la sociologie de l’islamisme politique.
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Quand l’islamisme se confronte aux réalités du pouvoir

Livre. Dans son dernier essai, la chercheuse Anne-Clémentine Larroque décrit comment l’exercice du pouvoir a transformé, en Tunisie, en Egypte et au Maroc, l’idéologie et la sociologie de l’islamisme politique.



Le Monde
 |    02.03.2018 à 15h00
 • Mis à jour le
02.03.2018 à 15h48
    |

            Charlotte Bozonnet








                        



                                


                            

Livre. Comment les islamistes se sont-ils adaptés à l’exercice du pouvoir ? Vainqueurs des élections dans plusieurs pays arabes après les soulèvements de 2011, ils en ont été profondément changés. Loin de l’idée simpliste d’« un agenda caché » de ces formations, le livre d’Anne-Clémentine Larroque, historienne de formation et déjà auteure d’une Géopolitique des islamismes (PUF, « Que sais-je ? », 2e édition, 2016), s’attache à décortiquer comment leur arrivée au pouvoir a transformé leur idéologie et leur sociologie mais aussi leurs relations avec les groupes plus radicaux, des salafistes aux djihadistes.
« Insuffisante préparation »
La chercheuse, maître de conférences à Sciences Po, s’est penchée sur trois cas. Celui de la Tunisie où les islamistes du parti Ennahda ont été élus en novembre 2011, quelques mois après la chute du dictateur Ben Ali. Celui du Maroc où le Parti de la justice et du développement (PJD) a remporté les élections législatives anticipées de novembre 2011, octroyées par le roi Mohammed VI. Ainsi que le cas de l’Egypte, où le parti de la liberté et de la justice (PLJ) du président Morsi a été chassé du pouvoir deux ans après sa victoire électorale.
L’ouvrage revient notamment sur les circonstances de leur victoire après des révolutions – des manifestations dans le cas du Maroc – dont ils n’étaient pas responsables et auxquels ils n’avaient pour certains même pas participé. Dans les trois pays, « la volonté de nouveauté a été plus forte que l’inexpérience du pouvoir des islamistes – un marqueur clé de la volonté de rupture avec le système précédent ». Leur exercice du pouvoir diffère d’un pays à l’autre, mais il est globalement marqué par « des projets flous et des agendas inexistants », « une insuffisante préparation de ces partis, plus habitués à organiser leur survie dans l’ombre qu’à penser un programme politique viable ».
« Prise de distance »
Le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Livre. Dans un stimulant essai, l’historien des idées Bernard Bruneteau montre que cette europhobie, de plus en plus prégnante, s’inscrit dans le temps long mais pourrait bien, au gré des vents, refluer.
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L’Europe ou le Traité du vain combat

Livre. Dans un stimulant essai, l’historien des idées Bernard Bruneteau montre que cette europhobie, de plus en plus prégnante, s’inscrit dans le temps long mais pourrait bien, au gré des vents, refluer.



Le Monde
 |    02.03.2018 à 15h00
    |

            Alain Beuve-Méry








                        



                                


                            

Livre. A l’heure où l’Union européenne, sous l’égide du commissaire Michel Barnier entame son premier exercice réel de « déconstruction », en cherchant un accord pour parvenir au retrait du Royaume-Uni du « club européen », l’essai de Bernard Bruneteau tombe à pic. Ce professeur de sciences politiques à l’université de Rennes entreprend une vaste fresque historique et intellectuelle de tous les opposants (hommes, idées, mouvements) à la construction européenne, qui court sur tout le XXe siècle. Sous-titrée, de Lénine à Marine Le Pen, la liste comprend d’ailleurs un grand nombre d’Anglais.
Brexit, poussée des populismes européens à chaque élection ou presque, reflux communautaire, à la lecture de cet essai stimulant, une question affleure : sommes-nous à la veille d’une Europe de Weimar ? Comparaison certes n’est pas raison, mais si la République allemande s’est effondrée de l’intérieur, ce qui a permis la prise de pouvoir par Adolf Hitler en 1933, c’est parce qu’elle était devenue « une République sans républicains ». Or, aujourd’hui, l’Union européenne pourrait bien être menacée de dislocation, faute d’Européens convaincus.
Ce que démontre en effet a l’envi Bernard Bruneteau, c’est que les militants d’une Europe unie se sont toujours présentés comme des porteurs « d’une troisième voie ». Ils sont « ni à droite, ni à gauche, ni même au centre, mais plutôt en marge des familles idéologiques existantes », écrit-il. Ce faisant, ils n’ont pas cessé de subir les coups de boutoir des trois matrices idéologiques, les plus puissantes du XXe siècle : l’internationalisme, le nationalisme et le mondialisme (les partisans du marché).
Tigre de papier
De fait dans leur projet d’origine, les pères de la construction européenne – et Jean Monnet au premier chef – ont peut-être commis une faute : ils ont donné l’impression d’avancer masqués et de ne pas être suffisamment clair et ambitieux dans leur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Quatorze économistes et parlementaires européens appellent, dans une tribune au « Monde », à dépasser les compromis sur les solutions techniques et financières à la crise de la dette afin d’apporter une réponse politique durable aux défaillances de l’union économique et monétaire.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Zone euro : « Une nouvelle approche politique » est nécessaire

Quatorze économistes et parlementaires européens appellent, dans une tribune au « Monde », à dépasser les compromis sur les solutions techniques et financières à la crise de la dette afin d’apporter une réponse politique durable aux défaillances de l’union économique et monétaire.



Le Monde
 |    02.03.2018 à 14h00
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                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Au cours des derniers mois, la Commission européenne ainsi qu’un groupe de quatorze économistes franco-allemands ont rendu publiques des propositions pour renforcer l’architecture de la zone euro. Ces propositions sont utiles pour faire vivre le débat, mais elles restent guidées par un fort esprit de compromis, et leurs ambitions sont limitées par les contraintes politiques perçues par leurs auteurs.
Des propositions qui ignorent le profond soubassement institutionnel, politique et démocratique de la crise de la zone euro
A cause de cela, ces propositions se concentrent sur les conditions nécessaires pour stabiliser la zone euro, mais restent très insuffisantes sur ce qu’il faudrait faire pour que la zone euro prospère réellement. En se limitant à des solutions graduelles et principalement économiques, ces propositions permettent sans doute à un compromis d’émerger, mais elles ignorent le profond soubassement institutionnel, politique et démocratique de la crise de la zone euro et négligent le fait que, si l’union monétaire ne devient pas rapidement un succès économique, elle risque de devenir politiquement insoutenable.
Depuis la crise de la zone euro, le consensus intellectuel s’est progressivement cristallisé autour de l’idée que, une fois le système financier réparé, la création d’une union bancaire complétée par une union des marchés de capitaux devrait permettre de partager suffisamment de risques pour stabiliser l’union monétaire, comme dans un régime assurantiel. Une sorte d’architecture de Maastricht complétée par, d’un côté, le filet de sécurité minimal créé durant la crise pour le secteur public (le Mécanisme européen de stabilité), accessible seulement à des conditions punitives, et par, d’un autre côté, un plus grand partage des risques par le biais des marchés financiers.
Une combinaison de règles complexes
Les économistes classiques croient que les marchés financiers, les signaux de prix et les incitations...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Vingt-six députés de La République en marche prennent parti, dans une tribune au « Monde », en faveur du déploiement des « compteurs intelligents » d’Enedis.
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« Les compteurs Linky sont un outil majeur au service de la transition énergétique »

Vingt-six députés de La République en marche prennent parti, dans une tribune au « Monde », en faveur du déploiement des « compteurs intelligents » d’Enedis.



Le Monde
 |    02.03.2018 à 12h49
 • Mis à jour le
02.03.2018 à 13h15
   





                        



                                


                            

Tribune. Les compteurs Linky, dont le déploiement par Enedis est en cours sur tout le territoire, n’en finissent plus de susciter des débats : sur leurs coûts, sur leurs effets présumés sur la santé, sur les enjeux liés aux données personnelles, sur des dysfonctionnements supposés répétés.
Il est urgent et nécessaire de faire preuve de pédagogie sur ce sujet, car les compteurs Linky sont un outil majeur au service de la transition énergétique. Outre la simplification évidente qu’ils représentent pour les opérateurs, ils permettent de piloter plus efficacement le réseau, d’intégrer de nouveaux moyens de production, de nouvelles formes de consommation et, surtout, ils permettent aux consommateurs de mieux connaître et donc de mieux maîtriser leur consommation électrique.

Cet accès à l’information pourrait permettre jusqu’à 23 % d’économies d’énergie, selon une étude du CNRS (« What do people “learn by looking” at direct feedback on their energy consumption ? Results of a field study in Southern France », Adnane Kendel, Nathalie Lazaric, Kevin Maréchal - CNRS, Universités de Nice Sophia Antipolis et de Liège -, Energy Policy n° 108, septembre 2017).
Huit millions de consommateurs déjà équipés
Il nous semble que c’est une chance car c’est une composante majeure de la transition énergétique promue actuellement au plus haut sommet de l’Etat français. Le déploiement de ces nouveaux compteurs, prévu par la loi de transition énergétique, est une composante qui est chère aux députés de la nation que nous sommes. Au 31 décembre 2017, près de huit millions de consommateurs sont déjà équipés de compteurs Linky. Il n’existe pas de dysfonctionnement et ou de plainte généralisés.
Les ondes émises par le système Linky sont du même ordre de grandeur que celles émises par un téléviseur ou un écran cathodique
Sébastien Lecornu, secrétaire d’Etat auprès de Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, l’a...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ A l’« Observatoire des passions » qu’il anime au Centre Pompidou, ce penseur explore l’époque avec vitalité. A Act Up comme à la revue « Vacarme » ou dans sa classe de khâgne, il défend sans relâche les vertus de l’échange et de la parole
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Philippe Mangeot, intellectuel collectif

A l’« Observatoire des passions » qu’il anime au Centre Pompidou, ce penseur explore l’époque avec vitalité. A Act Up comme à la revue « Vacarme » ou dans sa classe de khâgne, il défend sans relâche les vertus de l’échange et de la parole



Le Monde
 |    02.03.2018 à 12h30
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                            Catherine Portevin








                        



                                


                            

Fluide, droit, dansant : il faut voir bouger Philippe Mangeot sur la petite scène du Centre Pompidou, à Paris, pour comprendre ce qu’est un « intellectuel de l’agir ». C’est ainsi que le présente Jean-Max Colard, responsable du « service de la parole » de l’institution : il l’a choisi pour être le « compagnon intellectuel » de Beaubourg durant l’année 2018. Avec un thème, inspiré par la perspective du cinquantenaire de Mai 68 : les passions. En dix séances sous forme de « magazine parlé », Philippe Mangeot, ancien président d’Act Up (1997-1999) et cofondateur de la revue Vacarme, animera un « Observatoire des passions » contemporaines.
Mettre en lien l’hétéroclite
S’y croiseront des collectionneurs, des joueurs, des fondus, des drogués, des savants, des artistes. On y parlera de Spinoza, de Hume et de Stendhal, de l’économie des affects et du deuil politique, du ressentiment, de l’ennui et de la guerre sans doute, de sexe et d’amour sûrement, d’Internet et des réseaux sociaux évidemment puisque, remarque Philippe Mangeot, « la Toile représente une archive de toutes les passions du monde, un terrain d’exercice et d’invention de passions nouvelles ».
Il veut comprendre son époque par les ­ « enchantements » du sujet, par ce qui le fait chanter et l’enchaîne à la fois, convaincu que toute forme de rationalité est arrachée à nos passions. Voilà le programme. Nul ne sait où il mènera. Philippe Mangeot impulse la démarche : fluidité, pour mettre en lien l’hétéroclite ; droiture, pour l’attention aux paroles et aux savoirs de tous à égalité d’intensité ; danse, pour la joie des corps à penser à plusieurs. S’il est un « intellectuel de l’agir », c’est d’abord par le mouvement qu’il donne à toute chose.
Figure éminente de la pensée de gauche « d’après » (après Mai 68 et la chute du Mur) et « d’avec » (le sida, le mouvement des minorités, les migrations mondiales), l’intellectuel de l’action...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Pascal Chassaing, président de la Chambre des notaires de Paris, met en garde dans une tribune au « Monde » contre l’emballement autour du « droit à déshériter », qui caricature les réalités juridiques actuelles.
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Succession Hallyday : Attention à « ne pas simplifier à l’excès le débat »

Pascal Chassaing, président de la Chambre des notaires de Paris, met en garde dans une tribune au « Monde » contre l’emballement autour du « droit à déshériter », qui caricature les réalités juridiques actuelles.



Le Monde
 |    02.03.2018 à 12h04
 • Mis à jour le
02.03.2018 à 12h57
    |

Pascal Chassaing (Président de la Chambre des notaires de Paris)







                        



                                


                            
Tribune. La succession de Johnny Hallyday a enflammé les médias et troublé les Français. Il s’agit à la fois de mort, d’argent, de lien conjugal et parental concernant une vedette hors normes pour laquelle le public éprouve des sentiments mêlés d’admiration et d’étonnement.
L’opinion s’est divisée en deux camps, le premier prônant la liberté de chacun à disposer de ses biens, le second rejetant l’idée qu’un parent puisse déshériter totalement ses enfants. Les juristes d’occasion ont eu tôt fait de traduire en proposition de réforme une telle actualité : faut-il, à l’image des Californiens, changer la loi pour mieux respecter la volonté, et donc la liberté de chacun, de disposer de ses biens ? Ou, au contraire, est-il meilleur de continuer à protéger les familles, et notamment les enfants et les conjoints contre un vent de libéralisme qui oublierait les liens du sang ?
C’est une erreur de généraliser à partir d’un cas particulier, surtout quand celui-ci est aussi exceptionnel que la famille Hallyday
Il me semble, en qualité de notaire praticien des successions, que ces commentaires égarent le public en simplifiant à l’excès le débat. C’est une erreur de généraliser à partir d’un cas particulier, surtout quand celui-ci est aussi exceptionnel que la famille Hallyday. Les données de la succession du chanteur, en termes de ruptures conjugales et de différence d’âge des époux, sont devenues banales.
Mais elles se doublent ici de changements de domicile national et fiscal. Il ne s’agit donc plus d’une affaire française, puisqu’une des clés du litige réside dans le choix de la loi nationale applicable. Or, la France ne pourra pas, quel que soit son volontarisme, légiférer pour les autres pays, ni empêcher les allers-retours de ses nationaux.

C’est une erreur de céder à la facilité d’opposer des solutions théoriques quand chaque système juridique a ses règles et ses exceptions, ses zones de clarté et d’ombre. La loi française...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Editorial. L’annonce du projet de supprimer la limite de deux mandats à la tête de la Chine renforce encore la concentration des pouvoirs et l’opacité mises en place par Xi Jinping depuis son accession au pouvoir.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

Chine : l’avènement de l’empereur Xi, aux pouvoirs sans partage

Editorial. L’annonce du projet de supprimer la limite de deux mandats à la tête de la Chine renforce encore la concentration des pouvoirs et l’opacité mises en place par Xi Jinping depuis son accession au pouvoir.



Le Monde
 |    02.03.2018 à 11h30
 • Mis à jour le
02.03.2018 à 16h40
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Il fut un temps, pas si lointain, où le président Xi Jinping promenait sur un parterre de PDG admiratifs un regard bienveillant de libre-échangiste radieux. C’était en janvier 2017, et l’Occident avait envie d’y croire. Donald Trump prenait ses quartiers à la Maison Blanche, au terme d’une campagne virulente qui avait voué aux gémonies multilatéralisme et mondialisation. Le président chinois, lui, prononçait à Davos le discours que l’on aurait aimé entendre d’un président américain. Il se posait en champion des valeurs d’un monde ouvert, et son auditoire était conquis.

        Lire aussi :
         

                Chine  : Xi Jinping s’assure un pouvoir illimité



Treize mois plus tard, la magie a disparu. Le vrai visage de Xi Jinping n’est plus celui du défenseur enthousiaste du libre-échange heureux, mais celui d’un dirigeant aspirant à un pouvoir personnel sans limites. Dimanche 25 février, l’agence officielle Xinhua a annoncé que le Parti communiste chinois (PCC) proposait d’abandonner la règle de la limite de deux mandats consécutifs pour le poste de chef de l’Etat, poste que M. Xi occupe depuis 2013. En clair, l’abandon de cette règle permettra à son actuel titulaire, qui est aussi secrétaire général du PCC et président de la commission militaire centrale, de se maintenir à la tête de l’Etat au-delà de 2023, lorsque prendra fin son deuxième mandat. Ses deux autres fonctions n’étant pas statutairement limitées dans le temps, Xi Jinping, 64 ans, peut ainsi imaginer conserver indéfiniment tous les leviers du pouvoir en régnant sur l’Etat, le parti et l’armée.
Dans un pays de 1,4 milliard d’habitants qui est déjà la deuxième économie mondiale, cela fait beaucoup pour un seul homme. Deng Xiaoping, le père de la réforme, avait quelque raison d’introduire la limite à deux mandats, dans les années 1980 : le long règne de Mao, de 1949 jusqu’à sa mort, en 1976, et les tragédies de la Révolution culturelle avaient montré les dérives du pouvoir illimité. Il fallait à la Chine, pensait Deng, une « direction collective », pour prévenir « la concentration excessive du pouvoir ».
Emprise personnelle
Xi Jinping rompt avec cette sage doctrine. Loin de démocratiser la Chine, ses réformes vont toutes dans le même sens, celui de l’opacité et de la concentration du pouvoir. Le 19e congrès du PCC, en octobre 2017, avait déjà consolidé son emprise personnelle sur l’organisation en associant son nom et sa théorie politique à la constitution du parti : sa « Pensée sur le socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère » est désormais la doctrine officielle.
Le numéro un chinois contrôle aussi de la manière la plus ferme qui soit les médias et l’éducation. Les dissidents sont pourchassés sans pitié. Les modes d’expression liés à Internet font l’objet d’une vigilance particulière. Les avancées technologiques chinoises, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle, lui permettent une surveillance de plus en plus sophistiquée de ses concitoyens.
Quelques optimistes feront valoir que dans un pays aussi peuplé, transformé par des mutations aussi gigantesques, la stabilité du pouvoir peut présenter des avantages. Pour les démocraties occidentales, l’autoritarisme désormais sans limites de Xi Jinping, ajouté à celui de Vladimir Poutine, qui s’apprête à entamer son quatrième mandat, enterre l’illusion post-guerre froide selon laquelle l’ouverture économique mène à la démocratie. Mais là n’est pas le plus grave : le vrai danger de ces régimes pour le monde est celui de leur nationalisme, défendu d’une main de fer.



                            


                        

                        

