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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ L’auteur de BD François Boucq s’est amusé à illustrer les messages envoyés sur Twitter par le président américain, avant et après son élection.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Considéré comme l’un des meilleurs spécialistes du fascisme et de l’Italie du XIXe et XXe siècles, célèbre entre autres pour ses ouvrages cosignés avec Serge Berstein, Pierre Milza est mort le 28 février, à l’âge de 85 ans.
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Mort de l’historien Pierre Milza

Considéré comme l’un des meilleurs spécialistes du fascisme et de l’Italie du XIXe et XXe siècles, célèbre entre autres pour ses ouvrages cosignés avec Serge Berstein, Pierre Milza est mort le 28 février, à l’âge de 85 ans.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 14h29
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 14h45
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            

Auteur d’innombrables manuels sur l’histoire des relations internationales au XXe siècle, spécialiste du fascisme, Pierre Milza est mort à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), le 28 février, à l’âge de 85 ans.
Né le 16 avril 1932 à Paris, ce fils d’un immigré italien, ancien combattant de la première guerre mondiale, et d’une ouvrière française a construit une œuvre historique originale et féconde, réputée des deux côtés des Alpes. L’auteur du Voyage en Ritalie (Plon, 1993), monumentale histoire de l’immigration italienne en France, était fier de se compter parmi la grande famille des « Ritals », aux côtés d’Yves Montand, de Coluche, de François Cavanna ou de Michel Platini.
Accueilli chez une tante à San Remo, en Ligurie, après le décès de son père en 1943, il découvre alors ses racines italiennes. Il a 16 ans et apprend l’italien en un tournemain. Il n’aura de cesse de retourner dans le pays de Dante pour y poursuivre ses recherches dans les archives à Rome, y enseigner dans les universités de Parme et de Florence, mais aussi pour s’y ressourcer.
Instituteur avant de devenir professeur d’histoire
D’abord instituteur, il hérite en 1953 d’une classe de cours élémentaire de 53 élèves dans une école primaire du 16e arrondissement, à Paris. Un baptême du feu dans le monde de l’enseignement qu’il n’oubliera jamais. Serge Berstein, dont il a fait la connaissance à l’école normale des instituteurs de la Seine, l’encourage à devenir professeur d’histoire.
Pierre Milza renonce alors à devenir professeur d’éducation physique. Pratiquant le judo et le karaté, il est également amateur de football. « Le foot, c’est un phénomène aussi important que le carnaval au Moyen Age », dira-t-il plus tard. Reçu premier à l’agrégation d’histoire à l’âge de 32 ans, Pierre Milza se lance alors à la conquête de son identité italienne perdue. Son mémoire de diplôme d’études spécialisées porte sur les Villani,...




                        

                        


<article-nb="2018/03/02/19-3">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Le « Journal inédit » de l’entre-deux-guerres, ainsi qu’un essai de Michel Onfray, enténèbrent la réputation d’aimable sagesse du philosophe.
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Alain, antisémite opiniâtre

Le « Journal inédit » de l’entre-deux-guerres, ainsi qu’un essai de Michel Onfray, enténèbrent la réputation d’aimable sagesse du philosophe.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 07h45
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Journal inédit 1937-1950, d’Alain, édité par Emmanuel Blondel, Les Equateurs, 832 p., 32 €.
Solstice d’hiver. Alain, les juifs, Hitler et l’Occupation, de Michel Onfray, L’Observatoire, 112 p., 12,50 €.

Le philosophe Alain (1868-1951) est-il un astre mort ? Son étoile, conservée pieusement par quelques associations et musées, ne brille plus guère. La publication, à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de sa naissance, du journal rédigé pendant les dernières années de sa vie – du nazisme à la ­Libération, en passant par Vichy – risque de la ternir tout à fait.
Pour bien saisir ce qui se joue, un rappel est nécessaire, car cette figure ne dit pas grand-chose aux étudiants d’aujourd’hui, ni même à bien des professeurs. Il parut pourtant, entre 1920 et 1940, incarner tout à la fois l’humanisme républicain, la grandeur pédagogique, le bon sens cultivé et matois, la réflexion libre menant à la sagesse philosophique. Autant dire qu’une mythologie s’est cristallisée, au XXe siècle, autour de sa silhouette et de son œuvre.
Parmi ses élèves : Simone Weil, Raymond Aron, Georges Canguilhem, André Maurois, ­Julien Gracq
Parmi les composantes du mythe vient d’abord la méritocratie républicaine. Alain, de son vrai nom Emile-Auguste Chartier, est un enfant de la France rurale, né à Mortagne-au-Perche (Orne). Son père y est vétérinaire, ses grands-parents commerçants. Il apprend grec et latin au lycée d’Alençon et prépare l’Ecole normale supérieure, à Vanves, dans la classe du philosophe Jules Lagneau (1851-1894). Cette rencontre décide de sa vie : lui aussi sera professeur et pensera tout haut, l’air méditatif et exigeant, devant des fournées de jeunes âmes ébahies, avides de vérité…
L’agrégation en poche, il enseigne dans des lycées de l’Ouest (Pontivy, Lorient, Rouen) avant de régner à Paris, de 1909 à 1933, sur...




                        

                        


<article-nb="2018/03/02/19-4">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ La critique de l’abus moderne de « remémorations » par l’essayiste américain dans « Eloge de l’oubli » manque sa cible.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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Le mauvais procès fait à la mémoire par David Rieff

La critique de l’abus moderne de « remémorations » par l’essayiste américain dans « Eloge de l’oubli » manque sa cible.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 07h45
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Eloge de l’oubli. La mémoire collective et ses pièges (In Praise of Forgetting. Historical Memory and Its Ironies), de David Rieff, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Frédéric Joly, Premier Parallèle, 226 p., 18 €.

L’époque est à l’arrogance du présent, à la phobie du passé ou de l’« ancien monde ». L’ouvrage de l’écrivain américain David Rieff reflète cet air du temps tout en le flattant. Pour cet ancien spécialiste de l’humanitaire, la mémoire collective, dont le culte serait obsessionnel, n’a pas plus de consistance qu’une figure de style, une métaphore. Croire à ses bienfaits expose soit à être rangé dans la catégorie des « idéalistes » – à quoi l’auteur réduit, sans trop s’embarrasser de détail ni de nuance, la pensée de Kant –, soit à se montrer aveugle aux mythes politiques que la « remémoration » suscite et que le « devoir de mémoire » entretient.
La thèse défendue par David Rieff, telle qu’on peut la dégager d’un maquis de citations, entend dépasser ceux qui, comme les philosophes Paul Ricœur (1913-2005) ou Tzvetan Todorov (1939-2017), s’en sont pris aux abus de mémoire tout en cherchant à trouver une « juste » place au souvenir. Eloge de l’oubli entend souligner le caractère intrinsèquement pernicieux de la mémoire collective. Pas question, comme le pensait le philosophe israélien Avishai Margalit, dans la foulée de la guerre dans l’ex-Yougoslavie et des attentats du 11 septembre 2001 (Ethique du souvenir, ­Climats, 2006), d’imaginer une communauté morale susceptible de transcender les frontières et de se rassembler autour de souvenirs, fussent-ils traumatiques. N’est-ce pas le fait d’entretenir la mémoire du passé qui, aux Etats-Unis, a perpétué indûment la Confédération et son racisme après la guerre de Sécession, objecte Rieff, ou, en Irlande, entretenu le chauvinisme des nationalistes, tant raillé par Joyce et Beckett ?
Bon connaisseur des débats français,...




                        

                        


<article-nb="2018/03/02/19-5">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Bonheurs du jour », de Marc Augé.
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Figures libres. Les instants heureux résistent à tout

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Bonheurs du jour », de Marc Augé.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 07h30
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Bonheurs du jour. Anthropologie de l’instant, de Marc Augé, Albin Michel, 162 p., 15 €.

Les livres traitant du bonheur sont… un grand malheur ! Les uns accablent le lecteur de conseils stupides pour devenir idiot, d’autres de conseils idiots pour finir stupide. Quelques-uns, moins nombreux, parfois moins affligeants, se donnent pour objectif unique de traquer par la pensée cette mystérieuse condition, de construire sa définition et d’expliquer ainsi en quoi, finalement, le bonheur consiste vraiment. Entreprise louable, sans doute, mais qui tourne bien vite à la dissertation ennuyeuse et vaine puisque, comme Kant l’a montré puissamment, il s’agit seulement d’un « idéal de l’imagination », propre à chacun, et non d’une notion philosophique à proprement parler.
C’est donc avec soulagement qu’on lit, en ouverture du nouvel essai de Marc Augé : « Ce livre ne traitera pas du bonheur, mais des bonheurs. » D’emblée, l’anthropologue-écrivain renonce à échafauder une théorie de plus au sujet de la félicité en général et de la béatitude terrestre en particulier. Ce qui l’intéresse, c’est le pluriel de quelques instants singuliers, le surgissement et la persistance de moments et mouvements qui ravissent – à tel point que leur seul souvenir, en dépit du temps, continue à diffuser de la joie. De ces instants pleins, parfaits en leur genre, Marc Augé esquisse un élégant catalogue, à la fois personnel et générique, nonchalant et réfléchi.
Voir son grand-père, pas loin de mourir à l’hôpital, venir dire adieu à sa maison, contempler une dernière fois son jardin et sourire. Se souvenir de la joie des retours, des rencontres, de toutes les premières fois. Célébrer la place des chansons, ritournelles et refrains, la saveur et le rôle subtil des pâtes, inconnues naguère dans la culture alimentaire française, ou encore les plaisirs de l’âge. Voilà certains de ces instants dont la lumière...




                        

                        


<article-nb="2018/03/02/19-6">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ La chronique de Bruno Latour, à propos de « La Révolution antispéciste ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Qui a la parole ? Anti- ou multi- spécistes ?

La chronique de Bruno Latour, à propos de « La Révolution antispéciste ».



Le Monde
 |    01.03.2018 à 07h30
    |

                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            
La Révolution antispéciste, sous la direction d’Yves Bonnardel, Thomas Lepeltier et Pierre Sigler, PUF, 360 p., 17 €.

Vous avez aimé ­l’antiracisme et l’antisexisme ? Vous n’adorerez pas forcément l’antispécisme… C’est qu’il s’agit de se débarrasser de l’idée même d’espèce – qu’elle soit humaine ou animale –, qui établit des différences injustifiables entre les êtres capables de ressentir leur propre existence (les plantes, par un étrange préjugé neurocentrique, sont exclues de ce vaste chambardement : sans système neuronal, elles ne peuvent ni jouir ni ­pâtir de leur propre existence).
Le but ultime, c’est de considérer chaque individu – chat, escargot, vache ou brebis – pour lui-même, de le nommer en quelque sorte par son nom propre. Sans établir aucune hiérarchie, classe ou catégorie qui permettrait de justifier son exclusion. D’où le préfixe « anti » emprunté à la longue lutte pour l’éman­cipation des humains.
Difficile, en lisant ce recueil d’articles, de savoir si les militants de ces luttes ­seraient très enthousiastes de voir leurs combats alignés sur ceux pour le droit des bêtes. Il n’empêche que les militants antispécistes rassemblés dans ce volume paru, chose étrange, chez un éditeur ­universitaire, n’hésitent pas à lier tous les mouvements « anti » dans un seul combat contre la domination et l’exploitation. C’est ce front commun qui justifie l’usage du mot « révolution » dans le titre.
Mais attention, il ne s’agit pas d’écologie. Quand les écologistes se réjouissent du retour du loup dans les montagnes, les antispécistes s’indignent que l’Etat vienne aider un nouveau carnassier à exercer sa cruauté sur un mouton – mouton qu’il est évidemment indigne des bergers de préparer à l’abattoir.
Quoi ? Le loup est-il cruel ? Hélas, oui, comme les humains, mais à plus petite échelle.
Raisonnements bizarres
On comprend alors pourquoi les anti­spécistes combattent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Claro salue Emilie de Turckheim et l’héroïne de latex de « L’Enlèvement des Sabines ».
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Le feuilleton. Le sommeil léger de la violence

Claro salue Emilie de Turckheim et l’héroïne de latex de « L’Enlèvement des Sabines ».



Le Monde
 |    01.03.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 13h54
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
L’Enlèvement des Sabines, d’Emilie de Turckheim, Héloïse d’Ormesson, 208 p., 17 €.

Toute histoire du féminisme un tant soit peu exhaustive se devrait de comporter une section consacrée au thème de la « femme figée ». Il y serait question d’agalmatophilie, cette attirance sexuelle pour les statues, et donc du mythe de Pygmalion, on y aborderait (avec des gants) la nécrophilie, mais aussi les poupées gonflables et les modernes sexdolls – et sans doute y aurait-il mille et un renvois aux chapitres sur le viol et les violences conjugales. Le fait que tous ces thèmes puissent cohabiter serait, je crois, assez éloquent. Le fantasme de la femme-objet, au sens littéral, qu’elle soit de chair violentée ou en élastomère thermoplastique, pourrait même constituer le cœur d’un tel ouvrage.
Bizarrement, la fiction ne s’est guère intéressée aux poupées sexuelles, comme si les légions de Bovary et de Cendrillon lui suffisaient amplement. On citera néanmoins Wilt, de Tom Sharpe (Sorbier, 1982), et Le Regard de la poupée gonflable, de Javier Tomeo (Christian Bourgois, 2007), tous deux écrits par des hommes (tiens, tiens), mais le fait est qu’il n’y a pas encore de quoi leur consacrer une section sur une étagère de librairie. Pourtant, l’existence même des sexdolls est sidérante. Proust disait que la jalousie est la vérité de l’amour. Ne pourrait-on avancer que la sexdoll est la vérité de la domination masculine ? Son angle mort ? Je laisse à d’autres le soin d’étudier la question. Ne comptez pas non plus sur moi pour vous aider à choisir entre Eléa et Soline, qui vous coûteront pas loin de 2 000 euros chacune, frais de port non inclus, pas la peine d’écrire au journal. Ouvrons plutôt le nouveau roman d’Emilie de Turckheim, L’Enlèvement des Sabines, et faisons connaissance avec Sayana et Sabine.

Sayana vit en couple avec M. Takemoto depuis un an et tout semble très bien se passer...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ « Le Jardin des Cosaques », du Néerlandais Jan Brokken, suit le grand écrivain russe en Sibérie, où le tsar l’a relégué. Surprenant.
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Dostoïevski en bouillant bagnard

« Le Jardin des Cosaques », du Néerlandais Jan Brokken, suit le grand écrivain russe en Sibérie, où le tsar l’a relégué. Surprenant.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 07h15
    |

                            Cécile Dutheil (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Jardin des Cosaques (De Kozakkentuin), de Jan Brokken, traduit du néerlandais par Mireille Cohendy, Vuibert, 370 p., 24,90 €.

Jan Brokken, néerlandais, est un écrivain que l’on peut dire voyageur, même s’il évoque aussi un ethnologue. Le Jardin des Cosaques, le second de ses livres traduit en français, se déroule loin, dans une Sibérie ignorée, au cœur du XIXe siècle, et relate l’amitié qui lia le jeune baron germano-balte Alexandre von Wrangel à Fiodor Dostoïevski (1821-1881). Jan Brokken a pris le parti de raconter cette amitié à la première personne, celle de Wrangel.
Grand lecteur des journaux belges et allemands
Nous sommes en 1849. Dostoïevski a été arrêté parce qu’il appartient au cercle de Petrachevski, un jeune socialiste utopiste jugé séditieux, voire terroriste. L’écrivain a été condamné à la peine capitale pour avoir lu, lors d’une réunion chez Petrachevski, une lettre du critique littéraire Belinski à Gogol. Il échappe à la mort quelques secondes avant d’être exécuté et sa peine est d’abord commuée à huit ans de travaux forcés « de seconde catégorie ». Puis en liberté surveillée, quand il rencontre Alexandre von Wrangel, qui vient d’être nommé officier de justice à Semipalatinsk, en Sibérie (aujourd’hui au Kazakhstan). « Le Jardin des Cosaques » était le nom de la datcha où Wrangel logeait et accueillait l’écrivain.
Le livre auquel elle donne son nom n’est pas un nouveau portrait de Dostoïevski en écrivain maudit, vu par un officier humaniste. Jan Brokken le montre sous son jour quotidien, amoureux de Maria Issaïeva, en vérité peu révolté, passionné par l’actualité, grand lecteur des journaux belges et allemands que reçoit son ami Wrangel. Il rectifie des erreurs communes, telle l’idée que l’épilepsie de l’écrivain serait due au bagne, alors qu’il en souffrait bien avant. Le cœur du livre est l’année 1855 : Dostoïevski commence à rédiger Souvenirs...




                        

                        


<article-nb="2018/03/02/19-9">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Avec « Peut-être ou La Nuit de dimanche », le vénérable oulipien signe un récit de son existence. Il y joue avec la langue, les faits, la mémoire – et avec le lecteur.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Jacques Roubaud, autobiografiction

Avec « Peut-être ou La Nuit de dimanche », le vénérable oulipien signe un récit de son existence. Il y joue avec la langue, les faits, la mémoire – et avec le lecteur.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 07h15
    |

                            Eric Loret








                        



                                


                            
Peut-être ou La Nuit de dimanche (Brouillon de prose), de Jacques Roubaud, Seuil, « La librairie du XXIe siècle », 192 p., 20 €.

« A mon âge (84 ans), et dans mon état (plutôt précaire), il était temps. » Ainsi ou presque s’ouvre l’« autobiographie romanesque » de Jacques Roubaud. Inutile de préciser que, venant de la part d’un membre de l’Ouvroir de littérature potentielle (il a été « recruté » à l’Oulipo en 1966), un tel projet ne peut être pris que sur un mode ludique et, dans le cas de Roubaud, plutôt retors. Le texte sera feuilleté, explique-t-il, comportant des régimes d’écriture différents, marqués visuellement par des choix de typographie correspondant à des époques et des niveaux de conscience multiples.
Une autobiographie, on le sait, peut atteindre à une certaine véridicité, mais à partir du moment où elle est un récit, elle est fictive et ment nécessairement. A un moment, Roubaud explique, à propos de poésie, qu’« on ne peut pas réduire un poème à sa forme externe. Tant qu’un poème n’entre pas dans une tête, il n’existe pas ». Le sens du texte n’est pas ailleurs que dans l’interprétation qu’on en fait. Cette théorie tombe assez bien, car toute la fin de Peut-être ou La Nuit de dimanche consiste en un règlement de comptes avec deux personnes que Roubaud accuse d’avoir fait les « coucous » dans le nid de l’Oulipo. Il sème des indices visiblement maquillés et recombinés, déballe et critique la vie privée de l’un d’eux, ironisant par exemple sur ce que ses enfants auraient été « obtenus d’une mère porteuse présentant toutes les garanties voulues de blancheur dans son pedigree ». Tout étant fictif, rien n’indique que ces détails familiaux sont « vrais », mais le doute est instillé. Un piège pervers se referme sur le lecteur.
Maintenir un suspense
Si ce règlement de comptes n’est pas le centre exact du livre, il n’y est pas...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Romans, récits, auteurs du « Monde »… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 2 mars 2018.
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Livres en bref

Romans, récits, auteurs du « Monde »… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 2 mars 2018.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 07h15
    |

                            Pierre Deshusses (Collaborateur du « Monde des livres »), 
Christine Rousseau, 
Raphaëlle Leyris, 
                                Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres ») et 
                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Roman. Le salut du Pakistan
Le Sang et le Pardon (The Golden Legend), de Nadeem Aslam, traduit de l’anglais (Pakistan) par Claude et Jean Demanuelli, Seuil, 368 p., 22 €.
Massud et Nargis sont mariés depuis trente ans et aucune ombre ne semble flotter au-dessus de ce couple d’architectes qui vit à Zamana, une ville imaginaire du Pakistan. Seules des mosquées de papier – Cordoue et Sainte Sophie – se balancent au vent au-dessus de leur bureau où vient étudier Helen, une jeune chrétienne qu’ils ont prise sous leur aile après l’assassinat de sa mère par un islamiste. Mais Massud est tué par une balle perdue lors d’une fusillade. Apeurée à l’idée que le secret sur lequel repose sa vie soit révélé, Nargis choisit de fuir. A sa suite, elle entraîne Helen, recherchée pour blasphème, et un jeune Cachemiri qui a déserté le camp d’entraînement où il se formait à tuer. Autour de ce trio, Nadeem Aslam tisse une fresque sociale et politique, poétique et intimiste, dessinant le combat d’individus ordinaires dans une société en proie à la violence, la corruption, la terreur. Le combat, aussi, d’un écrivain qui s’évertue à peindre les beautés fragiles du monde pour mieux en repousser les ténèbres. C. R.
Récit. Non crédité
Le Figurant, de Didier Blonde, Gallimard, 160 p., 15 €.
Des Fantômes du muet à Leïla Mahi 1932 (Gallimard, 2007, et prix Renaudot Essais 2015), Didier Blonde exhume les figures somnolentes d’un passé qu’il revisite avec méthode. Qui mieux qu’un « rôle de complément » au cinéma peut incarner cette présence-absence dont l’écrivain s’efforce de mettre au jour les traces ? Le Figurant revient sur le tournage de Baisers volés, le film de François Truffaut dans lequel Didier Blonde s’est laissé enrôler par hasard en 1968. Inaugurant ainsi sa « brève carrière de figurant », l’étudiant qu’il était traversa ensuite une vingtaine...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Ariel Magnus conte son grand-père, juif de Hambourg en exil en Argentine, et la 8e Olympiade d’échecs qui s’y tint l’été 1939.
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Le joueur d’échecs de Buenos Aires

Ariel Magnus conte son grand-père, juif de Hambourg en exil en Argentine, et la 8e Olympiade d’échecs qui s’y tint l’été 1939.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 09h19
    |

                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        


                                                        
Une partie d’échecs avec mon grand-père (El que mueve las piezas), d’Ariel Magnus, traduit de l’espagnol (Argentine) par Serge Mestre, Rivages, 313 p., 22,50 €.
Il faut avoir le goût du risque pour oser inventer une suite à la vie d’un célèbre personnage de fiction. Le romancier argentin Ariel Magnus l’a assurément qui, dans son premier livre traduit en français, a choisi de redonner chair au héros du Joueur d’échecs, de Stefan Zweig (1943) : un certain Mirko Czentovic, champion du monde de sa discipline.
Prenant à la lettre les indications de la nouvelle, dont l’histoire se déroule sur un paquebot reliant New York à Buenos Aires, Magnus imagine la destination finale de cet homme : la 8e Olympiade d’échecs, qui se tint en Argentine à la fin de l’été 1939, au moment où la seconde guerre mondiale éclatait. Une compétition dont nombre de participants, en majorité juifs, décidèrent de rester à Buenos Aires sitôt les hostilités engagées. Mais, comme dans la nouvelle de Zweig, où Czentovic est vite supplanté par le Dr B., un Autrichien fuyant le nazisme qui va le défier sur l’échiquier, le personnage principal du roman est en fait un second rôle : Heinz Magnus, le grand-père de l’auteur, un juif de Hambourg qui quitta lui aussi son pays pour l’Argentine en 1937.
A défaut d’avoir connu cet aïeul, mort à la cinquantaine, le romancier, né en 1975, l’évoque à travers des extraits émouvants du journal intime qu’il a laissé à sa descendance. On y découvre un homme érudit, grand lecteur de Zweig, justement, qui se rêvait écrivain mais dut abandonner ses ambitions pour financer son exil forcé et celui de sa famille. Un juif attaché à sa tradition mais qui renonça à l’étude des textes sacrés pour se consacrer à sa carrière dans l’industrie textile. La malice d’Ariel Magnus consiste à contrebalancer le destin tragique de ce grand-père en le mettant en scène dans des situations pour le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Dans « Une longue impatience », Gaëlle Josse convoque le roman réaliste du XIXe siècle pour raconter la mise à mort sociale d’une femme.
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D’amères secondes noces

Dans « Une longue impatience », Gaëlle Josse convoque le roman réaliste du XIXe siècle pour raconter la mise à mort sociale d’une femme.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 07h15
    |

                            Virginia Bart (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        


                                                        
Une longue impatience, de Gaëlle Josse, Notabilia, 192 p., 14 €.
Une longue impatience, de Gaëlle Josse, se déroule sur une scène géographique aussi réduite que typique – un village breton – et à une époque bien précise – le début des années 1950. Mais c’est un tourment éternel et universel que l’auteure explore : la culpabilité maternelle. Celle d’avoir fait les mauvais choix quand on pensait faire les bons, justement dans l’intérêt des enfants.
Veuve de pêcheur et mère d’un garçon, Anne accepte la demande en mariage d’Etienne, un ancien ami d’enfance. D’autant que ce fils de bonne famille, devenu pharmacien, arrive avec « des promesses plein les bras, plein la bouche », dont celle de s’occuper du jeune orphelin et de lui garantir un avenir. Mais après quelques mois, le courant ne passe plus : « Etienne ne supporte plus mon fils, le témoin encombrant d’une autre vie, le rappel permanent que j’ai été possédée par un autre homme. » Le conflit larvé dégénère en coups de ceinturon, devant une mère déchirée entre son fils et ce mari qui l’a sortie de sa condition de veuve et d’ouvrière, et dont elle a eu deux autres enfants. Après un coup de trop, Louis, 16 ans, disparaît. Il s’est, en fait, embarqué comme marin sur un cargo. Sa mère commence alors à lui écrire, lui faisant part de son inquiétude, de son chagrin et de ses regrets, mais surtout pour lui décrire le « festin » qu’elle compte lui préparer pour fêter son retour.
Ce roman épistolaire unilatéral – les lettres d’Anne restent sans réponse – s’insère dans un récit plus large qui convoque le roman réaliste du XIXe siècle. Car la greffe n’a pas plus pris entre Louis et son beau-père qu’entre Anne et son nouveau milieu, celui des notables : « C’est un autre monde que le mien qui se dressait devant moi, qui me regardait. » Un monde dont elle ignore les codes et où elle se sent étrangère :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Le politologue Gil Delannoi, auteur de « La Nation contre le nationalisme », et le philosophe Heinz Weinmann, qui signe « Etat-nation, tyrannie et droits humains », débattent pour « Le Monde des livres » de la place de l’idée nationale dans un monde globalisé.
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Deux essais sur l’idée nationale : « La nation est un instrument d’inclusion »

Le politologue Gil Delannoi, auteur de « La Nation contre le nationalisme », et le philosophe Heinz Weinmann, qui signe « Etat-nation, tyrannie et droits humains », débattent pour « Le Monde des livres » de la place de l’idée nationale dans un monde globalisé.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 09h16
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
La Nation contre le nationalisme, de Gil Delannoi, PUF, 264 p., 19 €.
Etat-nation, tyrannie et droits humains. Archéologie de l’ordre politique, d’Heinz Weinmann, Liber, 402 p., 38 €.

La nation est-elle un modèle politique dépassé ? A l’heure où la mondialisation, la construction européenne mais aussi la mémoire des tragédies que le nationalisme a provoquées semblent remettre en cause ses fondements mêmes, il semble aller de soi pour beaucoup de commentateurs qu’elle n’est qu’une survivance du passé. Pourtant, elle résiste et reste plus que jamais au centre de la vie politique mondiale. Comment analyser cette permanence ? Que signifie la nation dans le contexte contemporain ? Que peut-elle encore apporter à nos démocraties ?
« Le Monde des livres » a réuni deux spécialistes de l’histoire et de l’actualité de la nation. Le politologue et sociologue Gil Delannoi, professeur à Sciences Po et directeur de recherche au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), signe La Nation contre le nationalisme. Codirecteur avec Pierre-André Taguieff de deux livres collectifs sur le nationalisme (dont Nationalisme en perspective, Berg international, 2001), il est également l’auteur de Sociologie de la nation (Armand Colin, 1999) et La ­Nation (Le Cavalier bleu, 2010). Philosophe et spécialiste de littérature comparée, Heinz Weinmann, Allemand installé au Canada depuis 1969, a écrit plusieurs livres sur l’histoire du Québec et coécrit avec Edgar Morin La Complexité humaine (Flammarion, 1994) ; il publie aujourd’hui Etat-nation, tyrannie et droits humains.
Les nations peuvent-elles disparaître ?
Gil Delannoi Dans Qu’est-ce qu’une nation ?, Ernest Renan [1823-1892] écrit : « Les nations ont commencé, elles finiront. »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Tous les jeudis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 28/02/2018
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« Pop corn », par Salch (épisode 24)

Tous les jeudis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn », signée Eric Salch.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 07h02
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Chaque jeudi, « Le Monde des livres » partage ses conseils de lecture avec les abonnés de « La Matinale ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 28/02/2018
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Mystère du bonheur, témoignage sur les exactions franquistes : notre sélection littéraire

Chaque jeudi, « Le Monde des livres » partage ses conseils de lecture avec les abonnés de « La Matinale ».



Le Monde
 |    01.03.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 07h23
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, nous vous proposons trois romans qui revisitent des périodes sombres de notre histoire, et un essai sur ces instants parfaits que le bonheur procure.
ROMAN. « Mourir après le jour des rois », de Manuel de la Escalera 
Engagé aux côtés de l’armée républicaine pendant la guerre d’Espagne, Manuel de la Escalera commence à tenir ce journal le 15 décembre 1944, alors qu’il vient d’être condamné à mort par le conseil de guerre. Son crime ? Avoir tenté de se suicider et, ce faisant, de « fuir la justice ». C’est sa détention dans le couloir de la mort de la prison d’Alcala de Henares, et celle de ses compagnons d’infortune, que décrit l’auteur dans Mourir après le jour des rois, son livre phare, conçu dès ses premières lignes comme un témoignage historique sur les exactions franquistes. Publié pour la première fois au Mexique en 1966, cet ouvrage, parfois comparé au Dernier jour d’un condamné, de Victor Hugo (1829), paraît aujourd’hui en France.
La force de ce texte, à l’écriture claire et posée, sans effet appuyé de tragique, tient à l’exemplaire solidarité qu’il dépeint entre les détenus, affirmant avec constance la nécessité de conserver la trace de ceux qui vont disparaître. Qui ont disparu. le Basque Jesus Carreras, l’ancien cuisinier Lazar, Félix Pascual et tant d’autres… A l’intention de ces hommes dont il égrène les noms, précisant qu’« à la fin, chacun se comporta comme il avait vécu », Manuel de la Escalera compose une magistrale épitaphe. Un mémorial pour tous ceux qui risquèrent leur vie à combattre le franquisme, et souvent la perdirent. Ariane Singer

   


« Mourir après le jour des rois » (Muerte despues de reyes), de Manuel de la Escalera, traduit de l’espagnol (Mexique) par Marie-Blanche Requejo Carrio, Christian Bourgois, 208 p., 15 €.
ESSAI. « Bonheurs du jour », de Marc Augé
Dans son nouvel essai, Marc Augé renonce à échafauder une théorie de plus au sujet du bonheur. Ce qui l’intéresse, c’est le pluriel de quelques instants singuliers, le surgissement et la persistance de moments et mouvements qui ravissent – à tel point que leur seul souvenir, en dépit du temps, continue à diffuser de la joie. De ces instants pleins, parfaits en leur genre, l’anthropologue-écrivain esquisse un élégant catalogue, à la fois personnel et générique, nonchalant et réfléchi. Comme souvent avec lui, le charme discret de ce livre donne l’impression de poursuivre une conversation avec un ami sensible, pudique et malicieux. Toutefois, on aurait tort de croire cette lecture seulement intelligente et agréable. En fait, au détour d’une page, çà et là, une fulgurance attend. Par exemple : « L’amour, c’est donc l’épreuve combinée de l’autre et du temps. » Voilà qui pourrait bien s’appeler un bonheur. Parmi d’autres, comme un instant qui s’établit, demeure, et fait de la lumière. Roger-Pol Droit

   


« Bonheurs du jour. Anthropologie de l’instant », de Marc Augé, Albin Michel, 162 p., 15 €.
ROMAN. « Le Bon Cœur », de Michel Bernard
Mais qu’a pu dire à Jean de Metz la petite Jeanne de 17 ans pour qu’à l’instant il prenne fait et cause pour elle ? Pour qu’il accepte ses étranges visions, saint Michel, sainte Marguerite et sainte Catherine et, sans barguigner, sa folle mission de bouter les Anglais hors de France ? Qu’il convainque enfin Robert de Baudricourt, seigneur de Vaucouleurs, dont il est l’écuyer, et qui a déjà jeté par deux fois la drôlesse hors de son château, de lui donner escorte, vêtue en habit d’homme, jusqu’au dauphin à Chinon ? Lui-même est incapable d’expliquer. Elle a parlé. Il l’a écoutée. Maintenant, il la croit. Il croit.
Comment, aussi, en quelques mots, a-t-elle pu décider Charles de Valois de lui laisser mener ses troupes ? Il l’a crue, lui aussi, quand elle a affirmé, faisant fi de la réalité du désastre, qu’elle le conduirait à Reims se faire sacrer roi dans la cathédrale. Comment s’est-elle imposée aux capitaines de guerre, aux hommes d’armes, à toute une troupe de soudards, pour qu’ils la suivent ainsi ? Et que répondait-elle aux gens d’Eglise, aux investigations torses des théologiens ?
C’est là le mystère de Jeanne d’Arc. Et Michel Bernard, dans ce roman ardent, lyrique, nous le fait approcher. Un mystère aussi troublant que celui des saisons qui changent. Que celui des paysages, du Barrois au val de Loire. Un mystère aussi simple, aussi pur, que peut l’être l’âme d’une jeune fille. Et aussi grand que les cœurs peuvent le porter. Xavier Houssin

   


« Le Bon Cœur », de Michel Bernard, La Table ronde, 238 p., 20 €.
ROMAN. « Des jours d’une stupéfiante clarté », d’Aharon Appelfeld
Une zone et un instant crépusculaires, entre deux mondes, dressent le décor de l’un des derniers romans d’Aharon Appelfeld, dont la traduction fut achevée quelques semaines avant sa disparition, le 4 janvier 2018. Il traite du moment où, dans les camps nazis à peine libérés, les ex-détenus s’attardent sur les lieux de leur misère, faute d’avoir la possibilité physique ou matérielle, le courage ou l’entêtement, de retourner là d’où on les a déportés. Dans la lumière du mois de mai 1945, le jeune Theo Kornfeld décide de faire le chemin en sens inverse et de sillonner une campagne hantée par la seule présence des juifs errants et des souvenirs.
On a pu reprocher à Aharon Appelfeld une vision convenue des personnages féminins, souvent relégués à une place secondaire, en position d’assistante ou de consolatrice. Yetti, la mère fantasque à la recherche de laquelle part Theo, fait exception. Son culte de la musique comme religion de substitution, de la beauté des monastères et des icônes, a beau avoir des aspects ridicules, il entretiendra l’humanité de Yetti jusqu’à ce que son destin soit scellé, et en fera une figure finalement admirable. Nicolas Weill

   


« Des jours d’une stupéfiante clarté » (Yamin shel behirout madhima), d’Aharon Appelfeld, traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti, L’Olivier, 270 p., 20,50 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Agrégé d’histoire, Pierre Milza avait consacré sa thèse aux relations franco-italiennes à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                

L’historien Pierre Milza est mort

Agrégé d’histoire, Pierre Milza avait consacré sa thèse aux relations franco-italiennes à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 17h49
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 19h22
   





                        



   


L’historien Pierre Milza, né le 16 avril 1932 à Paris, s’est éteint à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) mercredi 28 février, à l’âge de 85 ans. Son fils, Olivier Milza de Cadenet, également historien, a annoncé la mort de son père dans un hommage publié sur son compte Facebook :
« Historien du fascisme italien, des relations internationales et de l’immigration italienne en France, il fut aussi le biographe d’hommes qu’il admirait ou dont l’existence le passionnait (Verdi, Voltaire, Mussolini, Napoléon III…). […] L’homme de gauche, d’une sincérité totale, sut, avec la rigueur intellectuelle qui fut sans doute la marque du grand universitaire qu’il demeurera, s’éloigner de la passion communiste quand il en découvrit les ressorts totalitaires, et accompagner les douloureuses mutations du socialisme français. »
Une monumentale histoire de l’immigration italienne
Agrégé d’histoire, Pierre Milza avait consacré sa thèse, dirigée par Jean-Baptiste Duroselle, aux relations franco-italiennes à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Fils d’un immigré italien, il avait publié une monumentale histoire de l’immigration italienne en France, dans Voyage en Ritalie (Plon, 1993).
Professeur émérite des universités à l’Institut d’études politiques de Paris, Pierre Milza avait également enseigné à Florence, Parme et Genève. Président d’honneur de la Revue d’histoire moderne et contemporaine, il a dirigé le centre d’histoire de Sciences Po et présidé le Comité franco-italien d’études historiques et le Centre d’études et de documentation sur l’émigration italienne (CEDEI).
Il fut également l’auteur de nombreux manuels, en collaboration avec Serge Berstein, dont L’Italie contemporaine des nationalistes aux Européens, (Armand Colin, 1973) et Dictionnaire historique des fascismes et du nazisme (Ed. André Versaille, 2010), ainsi que Histoire de l’Europe contemporaine, (Hatier, 2002). Modèles de rigueur et de clarté, les « Milza-Berstein » ont été la bible de nombreux étudiants de Sciences Po et de khâgne.

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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Militant communiste, l’auteur rédige « Mourir après le jour des Rois » dans les années 1940 en attendant, avec d’autres républicains, le peloton franquiste. Un témoignage incandescent qui paraît aujourd’hui en français.
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L’hommage de Manuel de la Escalera aux victimes de Franco

Militant communiste, l’auteur rédige « Mourir après le jour des Rois » dans les années 1940 en attendant, avec d’autres républicains, le peloton franquiste. Un témoignage incandescent qui paraît aujourd’hui en français.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 17h24
    |

                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Mourir après le jour des Rois (Muerte despues de reyes), de Manuel de la Escalera, traduit de l’espagnol (Mexique) par Marie-Blanche Requejo Carrio, Christian Bourgois, 208 p., 15 €.

Noël 1944. Manuel de la Escalera attend d’être fusillé. « Cette nuit nous avons enfin dormi entre les murs blanchis du cube que l’on nous réserve pour ultime domicile. De là, dans le petit matin noir d’un jour d’hiver, nous passerons, par la fumée des armes, à une autre géométrie, de terre, cette fois », note l’écrivain et cinéaste.
Engagé aux côtés de l’armée républicaine pendant la guerre d’Espagne (1936-1939), ce militant communiste, né au Mexique en 1895, a été une première fois arrêté par les forces franquistes après la chute des Asturies (1937). Condamné pour avoir créé plusieurs ciné-clubs prolétariens et tourné des documentaires de propagande, il s’évadera puis sera repris quelques années plus tard. Quand le récit commence, il vient de repasser devant le Conseil de guerre et d’être condamné à mort. Son crime ? Avoir tenté de se suicider et, ce faisant, de « fuir la justice ».

C’est sa détention dans le couloir de la mort de la prison d’Alcala de Henares, et celle de ses compagnons d’infortune, que décrit l’auteur dans Mourir après le jour des Rois, son livre phare, conçu dès ses premières lignes comme un témoignage historique sur les exactions franquistes. Publié pour la première fois sous pseudonyme au Mexique en 1966, cet ouvrage, parfois comparé au Dernier jour d’un condamné, de Victor Hugo (1829), paraît aujourd’hui en France.
« Farce tragique »
Dans ce journal de bord écrit en captivité, entre le 15 décembre 1944 et le 17 janvier 1945, et enrichi de six textes écrits postérieurement, transparaît l’urgence de relater dans leurs moindres détails les dernières journées des détenus. Ou du moins les avant-dernières, car une trêve de Noël leur offre un court...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Ses œuvres évoquent généralement le quotidien des Japonais au fil de l’histoire. « Le Goût d’Emma », qui sort mercredi en France, se penche quant à lui sur l’histoire de la première inspectrice du « Guide Michelin ».
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Emma, tout juste promue inspectrice pour le célèbre « Guide Michelin », partage dans cet ouvrage dessiné par Kan Takahama ses premières expériences culinaires et professionnelles.
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Manga : « Le Goût d’Emma », dans la peau de la première inspectrice du « Guide Michelin »

Emma, tout juste promue inspectrice pour le célèbre « Guide Michelin », partage dans cet ouvrage dessiné par Kan Takahama ses premières expériences culinaires et professionnelles.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 08h59
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 16h42
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


C’est une curieuse alchimie qui compose Le Goût d’Emma et son alliage d’auteurs franco-japonais, Emmanuelle Maisonneuve pour le témoignage et Kan Takahama pour le dessin. On aurait cru que le Japon y prendrait plus de place, par le fait que la narratrice, première inspectrice du Guide Michelin, a tissé avec ce pays un rapport particulier. Mais aussi parce que le plus grand éditeur japonais, Kodansha, connu en France pour ses mangas, a été séduit très tôt par cette histoire, au point de la publier en avant-première au Japon. Ce manga est publié en France mercredi 28 février.

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                De l’histoire du Japon au « Guide Michelin » : Kan Takahama, la mangaka atypique



Les Japonais sont friands de ces récits culinaires, et de cette notion de terroirs immémoriaux qui sont souvent donnés en exemple d’une proximité culturelle forte avec la France. Et il est vrai que la description de ces merveilles gastronomiques nous parle en profondeur de nos traditions, réveille notre appétit, et fait bien travailler notre géographie.
Mais non, le passage consacré au Japon est anecdotique, dans Le Goût d’Emma, comme une parenthèse dans le parcours initiatique de la narratrice.

   


Les aventures d’Emmanuelle Maisonneuve au sein du Guide Michelin ne pourraient être adaptées autrement qu’à l’écrit ou en bande dessinée, au risque de se voir amputées de ce qui fait tout leur sel : la description détaillée des procédés usités au Michelin, la peinture, littéralement, des spécialités gastronomiques, et la façon dont les choses doivent être en matière de bon goût.
Un trio qui pourrait n’être que descriptif mais qui s’agrémente d’une dimension humaine importante car le métier d’inspecteur du Michelin ne s’entend pas sans ses rencontres, parfois improbables. Celle des maîtres initiateurs, tout d’abord, qui vont instruire la jeune apprentie, mais aussi celle de tous les restaurateurs, hôteliers et personnels satellites qui, au-delà de la technicité pure de leur métier, viennent insuffler leur personnalité et leur philosophie personnelle dans la pratique de leur métier.

   


C’est tout cet univers que vient croquer Kan Takahama, déjà auteure de plusieurs ouvrages sur la société japonaise et le statut des femmes dans cette société (Le Dernier Envol du papillon, Tokyo, amours et libertés). Le choix coule de source tant les thématiques sont proches de celles d’Emmanuelle Maisonneuve : comment s’imposer dans un monde d’hommes, comment échapper aux jugements caricaturaux… Et sur le plan du dessin, Kan Takahama a déjà la réputation d’être la plus européenne des mangakas par un trait moins déformé par les banalités du manga japonais. Si on ne la connaissait pas, on ne saurait distinguer la patte japonaise de la dessinatrice.
On pourrait continuer à lire à l’infini ces chroniques de notre terroir, tout comme on peut regarder sans se lasser des photos de cuisine ou des émissions télévisées sur les secrets de cuistots. Le seul reproche peut-être à faire à l’ouvrage est d’être trop court. Comme dans Le Gourmet solitaire, de Jirô Taniguchi, on verrait bien notre héroïne errer indéfiniment dans les régions françaises et japonaises, et continuer de décrire ses expériences culinaires.
Le Goût d’Emma, d’Emmanuelle Maisonneuve, Julia Pavlowitch & Kan Takahama, Les Arènes BD, tome unique sorti le 28 février, 200 pages, 18 euros.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Le musicien et rédacteur en chef de la revue « Schnock » publie un livre sur les femmes du dandysme.
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Alister, un dandy pas comme les autres

Le musicien et rédacteur en chef de la revue « Schnock » publie un livre sur les femmes du dandysme.



Le Monde
 |    26.02.2018 à 08h51
    |

            Laurent Carpentier








                        



                                


                            

Dandy lui ? Pas du tout, dit-il. « Je suis trop laborieux pour ça. J’essaye de gommer tout ce qui ressemble à de la laboriosité – ça existe ce mot ? Je ne sais pas mais ça me plaît. Je suis un perfectionniste. Enfin vous appelez ça comme vous voulez. Un névrosé ? » Scénariste de sketchs pour la télé (La Minute blonde, Un gars une fille…), musicien de pop française (trois albums au compteur), directeur et cofondateur, depuis 2011, de la revue ultrabranchée Schnock, Christophe Ernault, alias « Alister » pour la gloire, publie aujourd’hui La Femme est une dandy comme les autres (Pauvert, 200 p., 18 euros).
Sa façon de laisser voir qu’il n’est justement pas comme les autres, son genre faussement dilettante, son goût pour les mots rares (« prolégomènes », « idiosyncrasie »). Mais aussi, hormis son peu d’intérêt pour la toilette, le fait qu’Alister ressemble à Alistair, ce compagnon élégant et malicieux de Candy, manga à qui il doit le surnom dont ses copains d’école l’avaient affublé. Tout cela concourt à donner de ce livre le sentiment d’une plongée déguisée dans le surmoi.
Alister : « Il ne faut pas compter sur la femme dandy pour changer la société, ce n’est pas son problème »
Deux choses pourtant vont à l’encontre de cette analyse. La première, c’est que, au contraire des dandys, ce fan absolu de Barbey d’Aurevilly – lequel préférait définir ceux-ci par leur tournure d’esprit plutôt que par leur tenue – est un historien intéressé par la marche du monde. On s’arrête dans son livre malin et documenté sur les propos virulents de Colette contre les suffragettes ou ceux de Françoise Sagan, qui affirmait : « J’ai sans doute un point de vue retardataire et parfaitement latin, mais je suis convaincue que ce n’est pas en se liguant contre les hommes que les femmes obtiendront quelque chose. Ou alors, elles ne l’obtiendront que dans la loi. Et la loi ce n’est pas tout. »
Alister explique : « Il...




                        

                        

