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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Elles mesurent 34 cm et pèsent 3,9 kg : les récompenses du cinéma américain sont issues d’un processus de fabrication technique et précis. Explications.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Réalisateur de films cultes, il est, entre autres, l’auteur d’« Invasion » présenté au Festival de Cannes en 1969.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤                     
                                                

Le cinéaste franco-argentin Hugo Santiago est mort

Réalisateur de films cultes, il est, entre autres, l’auteur d’« Invasion » présenté au Festival de Cannes en 1969.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 10h32
    |

                            Paulo A. Paranagua








                        



   


Hugo Santiago, réalisateur de films cultes, figure de la communauté intellectuelle argentine et résidant en France, est mort à Paris, mardi 27 février, à l’âge de 78 ans. Auteur du fameux Invasion, présenté à la première Quinzaine des réalisateurs, au Festival de Cannes, en 1969, il était un homme de la renaissance, imprégné d’une culture musicale, littéraire et théâtrale. Il cultivait la conversation avec une exubérance tempérée par sa curiosité, ce qui lui a valu l’amitié de nombreux intellectuels français et argentins. « Je suis un Portègne à Paris et un Français en Argentine », disait-il.
Hugo Santiago Muchnik était né à Buenos Aires le 12 décembre 1939, dans une famille juive de professionnels de la télévision. L’apprentissage de la musique éveille sa sensibilité artistique dès l’enfance. Etudiant à la faculté de philosophie et de lettres de l’université de Buenos Aires, il fait la connaissance de l’écrivain Jorge Luis Borges, qui enseigne la littérature anglo-saxonne ancienne. Grâce à une bourse, il se rend à Paris, où il devient l’assistant attitré de Robert Bresson pendant plusieurs années. Avec la fréquentation assidue de la Cinémathèque française, il complète ainsi sa formation au septième art. Auprès de Bresson, il fait l’expérience d’une ascèse qui l’aide à épurer son expression, comme le montre son premier long-métrage, Invasion, tourné en Argentine, salué d’emblée comme un chef-d’œuvre.
Polar expressionniste
Invasion a été écrit en collaboration avec Borges et son vieux complice Adolfo Bioy Casares, tous les deux grands amateurs de culture populaire et de roman policier. Dans une ville imaginaire qui transfigure les signes d’identité de Buenos Aires, une bande de résistants à l’allure désuète tente de repousser des envahisseurs qui se distinguent à peine par l’utilisation plus fréquente d’imperméables. L’argument sert de prétexte à une mise en scène éblouissante par son utilisation du noir et blanc et des éclairages, des cadrages inattendus, d’une interprétation à l’apparence décontractée, qui ménage l’émotion et la surprise. Aucun film de cette époque aux radicalités militantes ne ressemble à Invasion, qui tient un discours sur l’honneur et le courage sous ses airs de polar expressionniste légèrement fantastique. Film allégorique sans doute, politique à sa manière, mais à la sensibilité unique.

Puisque l’époque était effectivement troublée en Argentine, Hugo Santiago reste en France, où il parvient après moult péripéties et avec l’aide de Vincent et Louis Malle à tourner Les Autres, également fruit de sa collaboration avec Borges et Bioy Casares. Cette fois, la présentation au Festival de Cannes, en 1974, est une catastrophe. La longue séquence initiale, sous des airs d’opéra, sans paroles ni logique apparente, provoque les huées. Pour contrer ce jeu de massacre, de nombreux intellectuels se mobilisent pour défendre le film, à commencer par Gilles Deleuze. Les Autres détonnent dans le paysage du cinéma français. Les spectateurs peinent à comprendre ces envolées expérimentales. Dans Ecoute voir (1979), l’auteur fait endosser à Catherine Deneuve les habits du privé, un travestissement plus accessible au public.
« Objets audiovisuels »
Le réalisateur tire le meilleur parti de son écartèlement entre deux cultures dans Les Trottoirs de Saturne (1986), brillante variation sur les déchirements d’exilés argentins en France, qui auraient pu être les survivants d’Invasion. Les airs de tango lui donnent un air envoûtant, tantôt lancinant, tantôt séduisant. Ensuite, Hugo Santiago met sa rigueur et sa méticulosité au service de ce qu’il appelle, par modestie ou ironie, des « objets audiovisuels », produits par l’Institut national de l’audiovisuel (INA) et par la chaîne Arte. Il alterne ainsi la captation de spectacles sur les planches, théâtre ou danse, avec notamment des mises en scène d’Antoine Vittez. Ses documentaires montrent son intérêt à la fois pour l’écrivain Maurice Blanchot (1997) et pour la chanteuse brésilienne Maria Bethania (2001), qu’il cerne de près. Il ne délaisse pas pour autant la fiction, avec Le Loup de la Côte Ouest (2002).
Le Ciel du Centaure (2015), tourné à Buenos Aires, reste le dernier avatar de sa recherche labyrinthique, qui n’a cessé de se dérober et de le révéler tel qu’en lui-même. A la fin, il a affronté une longue maladie. Dans Invasion, il avait déjà choisi parmi les milongas (chansons) de Borges, celle qui dit : « Mourir est une habitude que les gens partagent volontiers ».

Hugo Santiago en quelques dates
2 décembre 1939 Naissance à Buenos Aires
1969 « Invasion » à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes
1986 « Les Trottoirs de Saturne »
27 février 2018 Mort à Paris





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Parité, quotas, lutte contre les violences faites aux femmes… A la veille des Césars, les prises de parole se multiplient.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

Le cinéma français veut changer d’ère

Parité, quotas, lutte contre les violences faites aux femmes… A la veille des Césars, les prises de parole se multiplient.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 09h46
    |

            Sandrine Blanchard








                        



   


C’est une 43e ­céré­monie des ­Césars pas tout à fait comme les autres qui se déroulera vendredi 2 mars à Paris. Cinq mois après l’affaire Harvey Weinstein, le cinéma français s’organise et s’engage. A la veille de cette grand-messe du 7e art, retransmise en direct et en clair sur Canal+, deux tribunes, chacune signée par plus d’une centaine de professionnels du ­cinéma, pourraient susciter, sur la scène de la Salle Pleyel, des prises de parole engagées en faveur des femmes.
La première, publiée mercredi 28 février dans Libération sous le titre « Maintenant on agit », est un appel aux dons pour lutter contre la violence faite aux femmes. A l’image du fonds Time’s Up, lancé par 300 personnalités du ­cinéma américain pour lutter concrètement contre le harcè­lement sexuel après le scandale ­Weinstein, des actrices, acteurs, productrices, réalisatrices ­fran­çaises – parmi lesquelles Julie Gayet, Vanessa Paradis (qui présidera la cérémonie), Emmanuelle Devos, Sandrine Bonnaire, Adèle Haenel, Cédric Klapisch, etc. – se sont associés à l’initiative lancée par la Fondation des femmes. ­Objectif : soutenir les associations « qui œuvrent sur le terrain afin qu’aucune femme n’ait plus ­jamais à dire #metoo ». Après avoir « subi », « enduré », « s’être tu », puis avoir « crié », « balancé », ­« polémiqué », les femmes ­victi­mes de violences sexuelles « méritent d’être dignement accompagnées » pour ne pas être « vulnérables face à la justice », ­réclament les signataires.

        Lire l’entretien avec Julie Gayet :
         

          « Ce que l’on vit, ce n’est pas un moment, c’est un mouvement »



A l’instar des Golden Globes en janvier et des British Academy Film Awards (BAFA) en février, les participants à la cérémonie sont invités à afficher leur solidarité à l’égard des femmes harcelées ou violentées. Non pas en s’habillant de noir, mais en arborant un ruban blanc (comme celui, rouge, de la lutte contre le sida). « Je ­souhaite que tout le monde en porte à sa boutonnière avec ­conviction ! C’est une façon modeste mais très déterminée de marquer les esprits et une manière aussi de dire tout notre dégoût de ce qui s’est passé à Hollywood », a indiqué, mercredi 28 février, le producteur Alain Terzian, président de l’Académie des Césars dans un entretien sur le site du Journal du dimanche (JDD). « Il faut qu’on soit obsédé par la question de l’égalité entre les femmes et les hommes. La révolution sociale est indispensable », a-t-il ajouté.
« Une ­occasion historique »
La seconde tribune, publiée dans Le Monde daté du 2 mars, demande la création de quotas dans le ­financement du cinéma pour « vaincre les inégalités » et parvenir à la parité. Signée notamment par Juliette Binoche, Charles ­Berling, Coline Serreau, Isabelle Carré, Antoine de Caunes, Agnès Jaoui, Jacques Weber, ce texte ­rappelle que dans le cinéma et l’audiovisuel, « comme dans bien des domaines d’activité, les femmes restent discriminées : moins d’un long-métrage sur ­quatre agréé par le Centre national du ­cinéma (CNC) est réalisé par une femme. Aucune exposition à la Cinémathèque française n’a été consacrée à une cinéaste. En soixante et onze ans de Festival de Cannes : une demi-Palme d’or a été décernée à Jane Campion en 1993, partagée avec Chen Kaige. Sans parler des inégalités salariales ».

        Lire la tribune :
         

          « Les quotas, une étape inévitable pour vaincre les inégalités »



Pour la cinéaste Charlotte Silvera, membre du collectif SexismesurEcrans à l’initiative de cette tribune, « les positions de la ministre de la culture en faveur de l’égalité hommes-femmes sont une ­occasion historique ».

        Lire le compte-rendu :
         

          Quotas, malus, budget… Le plan de Françoise Nyssen pour l’égalité femmes-hommes



Que ce soit sur la question des violences ou sur celle de la parité, Françoise Nyssen a clairement pris position. Mercredi 7 février, elle tenait un discours très volontariste lors du comité ministériel pour l’égalité entre les hommes et les femmes, se donnant quatre ans pour tendre vers la parité dans le monde de la culture et ­assumant « le recours aux quotas de progression et aux objectifs chiffrés ». Lundi 26 février, lors du dîner des producteurs organisé par l’Académie des Césars, elle considérait que ces derniers avaient la « responsabilité » de « combattre avec la plus grande force les stéréotypes, les discri­minations, le harcèlement » et de« n’avoir aucune tolérance, aucune complaisance pour les actes qui s’en rapprochent – quel qu’en soit l’auteur ».

        Lire le décryptage :
         

          Vingt recommandations pour l’égalité femmes-hommes dans la culture



Peu de mesures concrètes
Certaines personnalités – notamment les réalisatrices Julie ­Bertucelli et Lola Doillon, les comédiennes Anna Mouglalis et Alice Pol – ont signé les deux tribunes. Mais la question des quotas ne fait pas l’unanimité au sein des organisations professionnelles, syndicales et associatives de la culture. Si Pascal Rogard, directeur général de la SACD, a salué « l’ampleur de l’engagement de la ministre » en estimant que « jamais on n’aura été aussi loin dans la mise en place d’outils, de dispositions et même de sanctions à l’égard de ceux qui traîneraient les pieds pour accorder aux femmes leur juste place », peu d’autres se sont manifestés en faveur de quotas.
« Il faut d’abord débattre, ­discuter en profondeur avant de donner des solutions toutes faites. Les quotas n’arriveront pas de ­sitôt en France », considère Bérénice Vincent, exportatrice de films et porte-parole du nouveau collectif 5050 pour 2020 lancé par l’association Le Deuxième Regard dont elle est l’une des fondatrices. « Cela fait cinq ans qu’on est sur le sujet », rappelle-t-elle.
En 2013, une Charte pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans le cinéma était signée par Aurélie ­Filippetti (alors ministre de la ­culture), Najat Vallaud-Belkacem (alors ministre des droits des femmes), Frédérique Bredin ­ (présidente du CNC) et Véronique Cayla (présidente d’Arte). Mais elle avait été suivie de peu de mesures concrètes.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ La productrice et actrice, signataire de l’appel « Maintenant on agit », estime que la question des quotas demande réflexion.
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Julie Gayet : « Ce que l’on vit, ce n’est pas un moment, c’est un mouvement »

La productrice et actrice, signataire de l’appel « Maintenant on agit », estime que la question des quotas demande réflexion.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 09h45
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 09h47
    |

            Sandrine Blanchard








                        



                                


                            

Actrice et productrice, Julie Gayet est l’une des signataires de l’appel « Maintenant on agit » paru dans Libé­ration le 28 février pour lutter contre les violences sexuelles. Un film et un documentaire, produits par Rouge international, la ­société de production qu’elle a fondée en 2007 avec Nadia Turincev, sont nommés aux Césars : Grave, de Julia Ducournau (six nominations, dont meilleur ­premier film, meilleure réalisation et meilleur espoir féminin), et Visages Villages, d’Agnès Varda et JR (nommé dans les caté­gories meilleur documentaire et meilleure musique originale).

A la veille des Césars, pourquoi avez-vous signé ­l’appel « Maintenant on agit » lancé par la Fondation des ­femmes ?
Nous voulions profiter d’être mises en lumière pour aider ­toutes celles qui sont dans des ­milieux moins visibles que le ­cinéma et soutenir les associations sur le terrain. Le détonateur a été la fermeture du standard ­téléphonique de l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) parce qu’il était submergé par des appels de femmes victimes de violences sexuelles. Ce manque de moyens était scan­daleux. Il s’agit aussi de dire : ­arrêtons la polémique et soyons concrets, donnons de l’argent pour que les associations de ­défense des femmes puissent ­travailler. Cette réflexion sur les rapports hommes-femmes n’est pas nouvelle. J’avais parrainé en 2016 la campagne « Sexisme pas notre genre » lancée par ­Laurence Rossignol, alors ministre des droits des femmes, pour tenter de susciter une prise de conscience et changer les ­comportements. Mais là, ce qu’il s’est passé, c’est autre chose.

C’est-à-dire ?
On a assisté à une campagne présidentielle aux Etats-Unis avec un futur président d’un sexisme incroyable. La réaction a été la Marche des femmes [à Washington DC, le 21 janvier 2017, et dans d’autres villes dans le monde]. Puis,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Habituée des films d’époque, Anaïs Romand est nommée pour la quatrième fois aux Césars pour son travail sur les costumes des « Gardiennes », de Xavier Beauvois.
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Anaïs Romand, costumière historique


                      Habituée des films d’époque, Anaïs Romand est nommée pour la quatrième fois aux Césars pour son travail sur les costumes des « Gardiennes », de Xavier Beauvois.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 08h30
    |

                            Zineb Dryef








   


Bertrand Bonello, Olivier Assayas, Leos Carax… La costumière Anaïs Romand a habillé les films des réalisateurs les plus exigeants. Elle est nommée pour la quatrième fois consécutive aux Césars, qui se déroulent le 2 mars.
Femme de théâtre
Après des débuts dans la peinture décorative, Anaïs Romand fait la rencontre du couple de costumiers italiens de théâtre Ezio Frigerio et Franca Squarciapino, qui collaborent notamment avec les metteurs en scène Giorgio Strehler et Peter Brook. Ils lui apprennent le métier. Depuis 1999, elle travaille surtout pour le cinéma (Olivier Assayas, Bertrand Bonello, Benoît Jacquot, Leos Carax…). Elle est la costumière du très attendu Un peuple et son roi, de Pierre Schoeller, dont la sortie est prévue en septembre.

        Lire aussi :
         

                L’été révolutionnaire de Pierre Schoeller



Tisseuse de liens
Elle garde un souvenir réjouissant du tournage des Gardiennes, de Xavier Beauvois, qui lui vaut une nomination aux Césars cette année. Notamment avec les figurants – des paysans qui ont trouvé « agréables » ces « costumes de travail ! » – et avec la jeune Iris Bry, révélation du film : « C’était merveilleux de lui faire découvrir mon travail, l’élaboration de costumes et de l’aider ainsi à entrer dans le personnage. » Elle ajoute : « Je ne suis pas une folle du vêtement : ce qui me passionne, c’est de rendre un univers vivant et crédible. »

Historienne
Anaïs Romand est réputée pour la rigueur et la créativité qu’elle déploie dans les films d’époque. « Pour une histoire qui se déroule au xvie siècle, on doit tout recréer puisqu’on ne trouve plus de tissus, d’accessoires, etc. Mais un film contemporain, c’est aussi du costume, de la dramaturgie, du mouvement. » Guillaume Nicloux (La Clef, La Religieuse, Valley of Love) est l’un des rares réalisateurs qui lui demande du contemporain. « Travailler avec lui est très ludique : il sait exprimer avec précision l’univers qu’il raconte. »
Césarisée
L’Apollonide (2012), Saint Laurent (2015) et La Danseuse (2017) lui ont déjà valu trois trophées. Pour le biopic de Bertrand Bonello, elle n’avait pas pu disposer des trésors conservés par la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent. « J’ai collaboré avec le collectionneur Olivier Châtenet et j’ai eu accès à une documentation exceptionnelle. C’était difficile, mais j’ai finalement eu beaucoup plus de liberté que si on avait eu des pièces de musée, dans lesquelles les acteurs ne peuvent pas se mouvoir. »



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Dans une tribune au « Monde », un collectif de professionnels du septième art demandent la création de quotas dans le financement du cinéma.
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Article sélectionné dans La Matinale du 28/02/2018
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Sexisme au cinéma : « Les quotas, une étape inévitable pour vaincre les inégalités »

Dans une tribune au « Monde », un collectif de professionnels du septième art demandent la création de quotas dans le financement du cinéma.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 18h07
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. En France, chacun, chacune peut créer, inventer, s’exprimer librement au travers de la création artistique. Grâce à l’exception culturelle, notre Etat considère que le fruit de cette création n’est pas un bien marchand comme les autres, préservant ainsi la réalisation des œuvres culturelles. Avec son cinéma et ses actrices, la France incarne le septième art à travers le monde par sa diversité, sa singularité et son glamour.

Malgré tout, comme dans bien des domaines d’activité, les femmes restent discriminées dans le cinéma : moins d’un long-métrage sur quatre agréé par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) est réalisé par une femme. Aucune exposition à la Cinémathèque française n’a été consacrée à une cinéaste. En soixante et onze ans de Festival de Cannes : une demi-Palme d’or a été décernée à Jane Campion en 1993, partagée avec Chen Kaige. Et un César de la meilleure réalisatrice pour Tonie Marshall en 2000. Sans parler d’inégalités salariales, avec un écart de 42 % en défaveur des femmes, et d’inégalité des chances, avec seulement 28 % des avances sur recettes attribuées par le CNC pour des projets menés par des femmes.
Le talent n’est pas qu’un don reçu au berceau
Si la France ne cesse d’œuvrer pour que les femmes parviennent à peser de la même façon que les hommes sur la société et sur son évolution, le chemin à parcourir reste encore long et sinueux. Ailleurs, dans le monde, émerge une prise de conscience pour une réelle égalité des sexes dans les métiers du cinéma.

La Suède et l’Irlande ont adopté des quotas avec pour objectif que, d’ici trois ans, 50 % des subventions aillent à des projets portés par des femmes. L’Espagne, elle, a choisi un système de points, qui bonifie les projets des femmes pour l’attribution des aides. Le Canada s’est donné trois ans pour atteindre et maintenir la parité en ce qui concerne le nombre de productions réalisées par des femmes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Le magazine « Variety », qui a recueilli les propos de l’artiste américaine, dit publier « peut-être sa plus grande révélation ».
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La chanteuse Barbra Streisand raconte avoir fait deux clones de sa chienne avant sa mort

Le magazine « Variety », qui a recueilli les propos de l’artiste américaine, dit publier « peut-être sa plus grande révélation ».



Le Monde
 |    28.02.2018 à 20h07
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 07h15
   





                        



   


Barbra Streisand a révélé avoir cloné sa chienne, pas une fois mais deux. L’actrice, chanteuse et réalisatrice américaine, qui est à la « une » du magazine américain Variety consacré aux Oscars, se confie dans les colonnes du journal sur ce que le magazine décrit comme « peut-être sa plus grande révélation ».
Dans cet entretien, publié mardi 27 février, l’artiste revient sur sa carrière, sur sa lutte pour se faire une place dans un milieu dominé par les hommes, sur le mouvement MeToo et sur l’origine de ses trois chiens.
Yeux marron
Elle explique avoir récupéré des cellules dans la bouche et l’estomac de sa chienne Samantha peu avant sa mort. Samantha, qui appartenait à la race coton de Tuléar — de petits chiens au poil cotonneux — est morte l’an dernier, elle avait vécu quatorze ans avec l’actrice. Ses clones s’appellent Miss Violet et Miss Scarlett, ainsi nommées en raison de la couleur dont les a habillées Barbra Streisand en les ramenant chez elle pour les distinguer.

    Happy New Year from my three girls... Pink, Blue & Violet. Une publication partagée par  Barbra Streisand (@barbrastreisand) le 1 Janv. 2018 à 6 :34 PST 

« Elles ont des personnalités différentes » de celle de Samantha, assure Barbra Streisand. « J’attends qu’elles grandissent pour voir si elles ont ses yeux marron et son sérieux », dit-elle. La star, âgée de 75 ans, couronnée à deux reprises d’un Oscar, a également une troisième chienne, apparentée à Samantha, qu’elle a nommée Miss Fanny.

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                TV – Barbra Streisand, le dernier concert ?






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Héritier de Jack Smith et de Luis Buñuel, le cinéaste explore l’érotisme surréaliste et se joue des carcans.
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Bertrand Mandico, mage des désirs polymorphes

Héritier de Jack Smith et de Luis Buñuel, le cinéaste explore l’érotisme surréaliste et se joue des carcans.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 08h15
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

Avec sa crinière de jais, son bouc sensuel savamment taillé, son regard doux et intense qui prend étrangement la tangente par instants, avec sa grosse bague en ivoire sculpté et ses écharpes soyeuses, Bertrand Mandico ne passe pas inaperçu. Les Garçons sauvages est son premier long-métrage, mais pas son coup d’essai. A 46 ans, ce dandy excentrique est l’auteur d’une œuvre proliférante et protéiforme (une trentaine de courts et de moyens-métrages au total), dont la liberté, l’esthétique « camp » à la fois ­sophistiquée et artisanale, les visions surréalistes empreintes d’un érotisme capiteux et tendanciellement burlesque lui valent depuis des années les honneurs de la cri­tique et des plus grands festivals.

Accaparé d’un côté par les avant-premières des Garçons sauvages, de l’autre par la postproduction de son nouveau moyen-métrage, Ultra-Pulp, Bertrand Mandico a passé les dernières semaines tendu comme un arc. Rien n’y paraît, toutefois, quand il reçoit dans l’ancien atelier de sculpture aux allures de jardin d’hiver où il a fait son nid, au dernier étage d’un immeuble ouvert sur les hauteurs de Montmartre, dans le 18e arrondissement parisien. L’histoire de ce lieu, hôtel bâti pour l’exposition universelle de 1925, où auraient résidé un temps les danseurs des Ballets russes, semble irriguer le cabinet de curiosités qu’il abrite aujourd’hui : une fabuleuse collection de dessins érotiques, d’animaux empaillés, de poupées plus ou moins flippantes, de plantes folâtres, de masques de monstres bulgares et autres grigris rapportés de voyages au bout du monde, de beaux livres aux titres sulfureux. Sans oublier, au milieu de la pièce, le totem des Garçons sauvages : un crâne humain serti de pierres précieuses multicolores.

Veine nippone
Pour cet esthète habité, l’esprit des lieux n’est pas une mince affaire. Encouragé par son producteur, l’intrépide Emmanuel Chaumet, Bertrand Mandico a d’abord...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le conte initiatique de Bertrand Mandico, au noir et blanc lustré, oscille entre récit d’exploration et odyssée transformiste.
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« Les Garçons sauvages » : cinq mauvais garçons dans la jungle du masculin

Le conte initiatique de Bertrand Mandico, au noir et blanc lustré, oscille entre récit d’exploration et odyssée transformiste.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 08h13
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 08h16
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Les épithètes pleuvent dès qu’il s’agit de qualifier le cinéma foisonnant de Bertrand Mandico : symboliste, ésotérique, érotomane, décadentiste, hétéroclite… Toutes lui conviennent, mais aucune ne décrit parfaitement cet art qui remonte au fondement du pacte cinématographique, où les coutures entre images et sons ouvrent autant de brèches vers l’imaginaire. Suggestifs, les films de Mandico le sont donc littéralement. Et c’est encore le cas des Garçons sauvages, son premier long-métrage après vingt ans d’aventures dans le domaine du court, conçu comme un grand jaillissement de formes et de textures, d’artifices et d’effets mis à nu, le tout s’agglomérant en une somptueuse pâte à modeler les fantasmes. Un formalisme débridé qui convoque les puissances du récit, pour dérouler bien plus qu’une simple histoire : un songe, une fantasmagorie, une bouffée délirante ou une chimère.

        Lire le portrait :
         

          Bertrand Mandico, mage des désirs polymorphes



Le film se présente sous la forme du conte initiatique, au noir et blanc lustré, entre récit d’exploration et odyssée transformiste. Une bande de cinq garçons, dans la fureur de l’adolescence, déchaîne une violence pulsionnelle sur leur professeure (Nathalie Richard), provoquant sa mort. En guise de correction, ils sont remis aux mains d’un capitaine hollandais (Sam Louwyck) qui les embarque sur son navire pour une éprouvante traversée. A terme, ils débarquent sur une île mystérieuse, à la géographie instable, où une nature luxuriante les entraîne sur la voie de plaisirs insoupçonnés, produisant sur eux d’étranges bouleversements. Ne seraient-ils pas les cobayes d’une expérience secrète, comme semble l’attester la présence d’un savant fou nommé Séverin (Elina Löwensohn) ? Leur séjour prolongé achève leur métamorphose : les garçons sont devenus des filles.
Masculinité en devenir
Ici comme dans les autres films de Bertrand Mandico, l’aventure se situe avant tout au niveau du sexe, dont il s’agit de brouiller les habituelles lignes de partage, pour mieux orchestrer l’expérience d’une pansexualité polymorphe. C’est d’ailleurs moins le changement de sexe en lui-même qui mobilise le film que la zone instable de fluctuation et de glissement conduisant d’un genre à l’autre.
Mais le coup de génie de Mandico est sans doute d’avoir confié les rôles des garçons violents à de jeunes actrices – Vimala Pons, Pauline Lorillard, Diane Rouxel, Anaël Snoek et Mathilde Warnier –, investissant l’androgynie de l’adolescence dans un numéro transformiste de haute volée. A elles cinq, elles dressent un formidable poste d’observation de la mascu­linité en devenir, aux prises avec ses rituels grégaires : rodomontades, goguenardise, vantardise, donjuanisme, priapisme, despotisme… Une masculinité perçue depuis le corps féminin, comme de l’extérieur. Leur transfor­mation consiste ainsi à décloisonner l’empire du phallus, pour ­élargir sa fonction érogène au corps tout entier, devenant dans sa métamorphose le réceptacle ­intégral du plaisir.
Mandico ne montre que ra­rement la sexualité de front, pré­férant stimuler un imaginaire érotique en la désignant par une série de litotes visuelles
Mandico ne montre que ra­rement la sexualité de front, pré­férant stimuler un imaginaire érotique en la désignant par une série de litotes visuelles. Ce faisant, l’idée du sexe contamine le monde alentour, rejaillit partout dans l’environnement des personnages, comme une hypostase miroitante du désir et de ses ­multiples configurations. A commencer par le décor du navire, qui, avec ses jougs, ses chaînes, ses entraves, ressemble à un théâtre sadomasochiste, où les pires sévices n’en attisent pas moins la concupiscence secrète des garçons. Ou encore cette jungle où se perd l’équipage, dont la végétation turgescente contient dans ses formes lascives une invi­tation à la débauche.
La forme baroque du film n’est, en elle-même, qu’une grande montée de sève : poudroiements, surimpressions, passages instantanés à la couleur, rétroprojections, bricolages visuels… Autant de procédés primitifs, réalisés à même le plateau, qui font revivre la candeur et la poésie illusionniste du cinéma muet. Leur prolifération pousse la pellicule dans ses retranchements, à travers une série d’états extatiques qui s’apparentent à la jouissance. Car, dans le cinéma de Bertrand Mandico, l’image est une zone érogène comme les autres, qui se prolonge et s’épanouit dans l’œil transi du spectateur.



Film français de Bertrand Mandico. Avec Pauline Lorillard, Vimala Pons, Diane Rouxel, Anaël Snoek, Mathilde Warnier et Elina Löwensohn (1 h 50). Sur le Web : www.eccefilms.fr/LES-GARCONS-SAUVAGES et fr-fr.facebook.com/bertrandmandicofilms



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ A travers l’objectif d’une jeune photographe, le cinéaste Mehdi Ben Attia dresse un portrait composite de la jeunesse tunisienne.
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« L’Amour des hommes » : regarde les hommes poser

A travers l’objectif d’une jeune photographe, le cinéaste Mehdi Ben Attia dresse un portrait composite de la jeunesse tunisienne.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 08h12
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Amel (Hafsia Herzi), jeune photographe tunisienne, vient de perdre son mari dans un accident. Terrassée par le deuil, elle est accueillie par la famille du défunt et épaulée par son beau-père, qui l’encourage dans sa pratique artistique. Pour conjurer son chagrin, elle entame une série de photographies mettant en scène de jeunes hommes dénudés qu’elle choisit au hasard dans les rues de Tunis. Devant L’Amour des hommes, troisième long-métrage du réalisateur et scénariste tunisien Mehdi Ben Attia, on saisit très vite qu’à l’origine du projet préside le désir d’une interversion : celle de donner à un personnage féminin le statut de sujet désirant, et à la gent masculine, celui d’objet du désir.
Si le geste est louable, il n’épuise pas tout l’intérêt suscité par le film, dont l’intelligence réside précisément dans la manière dont ce fantasme d’interversion, loin d’être souverain, se trouve sans cesse confronté à la réalité des rapports entre hommes et femmes dans la société tunisienne. Car on pourrait penser que lorsqu’elle photographie, Amel est dans sa bulle, exerçant sa pratique sans aucune entrave morale. Quant aux hommes qui la suivent, ils se prennent au jeu de son désir à condition d’être isolés.
Suspense érotique
Lors d’une très belle séquence, un ancien ami de son mari accepte de poser pour elle en plein après-midi, dans l’appartement déserté des beaux-parents. A sa demande, le jeune homme se dénude lentement. La scène, très érotique, laisse planer un doute : on ne sait pas si on assiste aux prémices d’un rapport sexuel dont le prétexte serait une séance de travail. Le doute reste entier avec l’arrivée des beaux-parents, sidérés de voir dans leur salon leur bru penchée sur un homme à moitié nu.
Malicieusement, Mehdi Ben Attia agrippe l’attention par un suspense érotique qui ne laisse jamais savoir comment se termineront les séances photo, toujours interrompues pour des raisons différentes. Ces instants que l’on pensait suspendus et à l’abri du monde et des regards se révéleront poreux et précaires, l’air extérieur s’y engouffre tellement que ces séances figurent peu à peu un portrait composite de la jeunesse tunisienne. Toute une galerie de personnages défilent devant l’appareil d’Amel, et la diversité de leurs réactions permet au film de ne jamais figer son propos et d’échapper à une lecture binaire qui ferait de la jeune femme un ange et des personnages masculins des prédateurs en puissance.
A tous les niveaux, Mehdi Ben Attia cultive savamment l’ambiguïté, renverse ce qui avait l’air fixé pour de bon
A tous les niveaux, Mehdi Ben Attia cultive savamment l’ambiguïté, renverse ce qui avait l’air fixé pour de bon. Ainsi, le désir d’Amel n’est peut-être qu’un outil de travail comme un autre qui lui permet d’obtenir ce qu’elle veut de ses modèles. Quant à son appareil, il est un bouclier qui lui permet de tenir les hommes à distance, mais qui peut aussi se retourner contre elle et la fragiliser. Femme photographiant des hommes, Amel prend inévitablement le risque de devenir l’objet d’un désir dont elle ne veut pas, mais c’est dans ce risque que se loge toute la valeur de son projet.
De ce dispositif ludique, le cinéaste tire ainsi une matière infiniment riche dont la complexité tient à la faculté de retournement permanent. Ainsi du très beau personnage du beau-père (Raouf Ben Amor), patriarche cultivé et ouvert d’esprit, complice et mécène de la photographe, que la frustration sexuelle rendra pourtant violent. Ni Amel ni le film ne le condamneront, car Mehdi Ben Attia est bien trop affairé à déjouer habilement les attentes pour s’octroyer le droit de juger ses personnages. Entre le noir et le blanc, L’Amour des hommes a la grande délicatesse de s’en tenir au gris.

Film français et tunisien de Mehdi Ben Attia. Avec Hafsia Herzi, Raouf Ben Amor, Haythem Achour (1 h 45). Sur le Web : www.epicentrefilms.com/L-Amour-des-hommes-Mehdi



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Le premier long-métrage de Marie Garel-Weiss documente par la fiction le quotidien d’un centre de désintoxication.
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« La fête est finie » : Clémence Boisnard et Zita Hanrot donnent corps à la marginalité

Le premier long-métrage de Marie Garel-Weiss documente par la fiction le quotidien d’un centre de désintoxication.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 08h09
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 12h29
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Céleste, jeune toxicomane, est admise dans un centre de désintoxication. Elle fait la connaissance de Sihem, qui vient d’intégrer le centre en même temps qu’elle, une jeune femme très solitaire qui refuse de se mêler au reste du groupe. Peu à peu, Sihem et Céleste deviennent inséparables, au risque d’être montrées du doigt par les soignants qui y voient un obstacle à leur guérison. Après s’être échappé du centre en pleine nuit pour dévorer un kebab, les deux amies en seront définitivement exclues. Livrées à elles-mêmes dans une petite chambre, elles devront survivre et tenter par la seule force de leur volonté de ne pas replonger dans leurs anciennes addictions.
Premier long-métrage de Marie Garel-Weiss, La fête est finie documente par la fiction le quotidien d’un centre de désintoxication rythmé par des séances de thérapies de groupe qui deviendront vite bien trop étriquées pour accueillir la fougue désespérée des deux héroïnes. Si le film est porté par le charme et l’énergie de ses deux actrices (Clémence Boisnard et Zita Hanrot), il ne parvient pas à éviter les automatismes du cinéma dit naturaliste.
Evidente complicité
Des scènes d’engueulades aux virées en boîte de nuit, La fête est finie aurait pu se permettre d’être encore plus sauvage et imprévisible et donne le sentiment de contenir sa frénésie à l’intérieur d’un espace scénaristiquement très convenu, à l’image de Céleste et Sihem étouffant dans leur centre de désintoxication.
Pour autant, l’amitié fusionnelle des deux héroïnes et l’évidente complicité des deux actrices arrivent à faire émerger quelques beaux moments et à donner corps à la marginalité qu’elles incarnent. A force de ne pas tenir en place, les deux jeunes femmes parviennent ainsi partiellement à emporter le récit au-delà de ses limites.

Film français de Marie Garel-Weiss. Avec Clémence Boisnard, Zita Hanrot, Michel Muller (1 h 33). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/la-fete-est-finie.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le western de John Ford conte la quête subtile d’une unité perdue.
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Reprise : entre remariage et lien filial, la grandeur de « Rio Grande »

Le western de John Ford conte la quête subtile d’une unité perdue.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 08h05
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


Sur la musique de Victor Young et à la suite d’un générique martial, une compagnie de cavalerie rentre au fort après ce que l’on devine être une bataille sanglante. Personne ne semble avoir la force ou le courage de parler. La colonne est lente, les hommes ont sur le visage l’expression d’un épuisement total. Les blessés semblent nombreux. Les femmes attendent, scrutent le régiment, espérant retrouver debout, vivant pour le moins, un mari, un fils, un père. C’est le début de Rio Grande, de John Ford. Jamais, sans doute, le cinéma n’avait donné une telle sensation d’hébétude et de souffrance, exprimé en quelques plans muets une telle impression de dévastation humaine.
Jamais, sans doute, le cinéma n’avait exprimé en quelques plans muets une telle impression de dévastation humaine
Rio Grande (1950) est le troisième volet de ce que l’on a appelé la première trilogie de la cavalerie, après Le Massacre de Fort Apache (1948) et La Charge héroïque (1949). C’est sans doute le film le moins aimé de la série. C’est peut-être le plus beau des trois. On n’y critique pas la politique d’extermination des Indiens comme dans le premier titre. On n’y dresse pas non plus le portrait mélancolique d’un vieil officier qui n’aimait pas la guerre et partait en retraite comme dans le second. Rio Grande apparaît, avec le concours du chœur des Sons of the Pioneers, qui poussent la chansonnette durant quelques moments cruciaux, comme une des œuvres les plus sentimentales de Ford. De quoi rebuter a priori tout spectateur blasé ou cynique.
L’enjeu de Rio Grande est ailleurs : il réside dans la manière dont le trauma historique de la division des Etats-Unis s’incarne dans un mariage brisé, et la quête de l’unité perdue dans les retrouvailles d’époux séparés par l’Histoire. De surcroît, le lieutenant-colonel Yorke (John Wayne) a la surprise de découvrir que son fils (le juvénile Claude Jarman Jr), après avoir échoué à l’école d’officiers de West Point, a été muté dans son propre régiment comme simple soldat. Il est bien résolu à traiter celui-ci sans aucun égard. Sa femme (Maureen O’Hara), dont il est séparé depuis des années, depuis qu’il a brûlé la propriété de celle-ci parce qu’elle était du côté des confédérés, débarque un jour, suppliant son mari de rendre sa liberté à leur fils et de lui éviter les dangers de la guerre.
Pudeur et justesse
Rio Grande pourrait être qualifié de western du remariage. Comment, progressivement, le lien amoureux va se reformer entre les deux époux. Mais c’est aussi un film sur le lien filial, envisagé sous un angle inattendu et complexe. Tout comme les premières images du film refusent l’image triomphante et consolante de la guerre, Rio Grande détourne un programme tout tracé. Le fils de Yorke devra faire la preuve de son courage et de sa maturité en sauvant un groupe d’enfants blancs enlevés par les Apaches – ce qu’il parviendra à faire.
C’est aussi un film sur le lien filial, envisagé sous un angle inattendu et complexe
Pourtant, la prescription exigeant du fils la reproduction d’une virilité paternelle est contredite par un plan, un seul, qu’il est même possible de ne pas remarquer – grandeur, pudeur et justesse du cinéma de Ford. Lorsque le lieutenant-colonel, à la tête de ses hommes, surgit dans l’église où les enfants sont regroupés, il cherche des yeux son propre rejeton. Le visage de celui-ci surgit au milieu des gamins. Malgré ses exploits précédents, le fils de Yorke ne peut à ce moment même être perçu par le spectateur adoptant le regard de son père que comme un enfant parmi les autres.
C’est un plan qui subvertit ce commandement de l’idéologie patriarcale. Ce « tu es toujours un enfant, mon fils » contredit en effet ce que l’on pensait être un ordre immuable. A l’heure où le cinéma classique est parfois considéré comme une représentation complaisante de la domination masculine et de ses valeurs (« tu seras un homme, mon fils »), voilà un exemple qui dément les fondements de cette analyse.

Film américain de John Ford. Avec John Wayne, Maureen O’Hara, Claude Jarman Jr (1 h 45). Sur le Web : www.swashbuckler-films.com/rio-grande.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Laurent Roth s’interroge sur ce que filmer la guerre veut dire.
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DVD : « Les Yeux brûlés » ou comment regarder la mort en face

Laurent Roth s’interroge sur ce que filmer la guerre veut dire.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 08h04
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’objet, étonnant et oublié, date de 1986. Il est signé Laurent Roth, futur artisan multicarte (réalisateur, scénariste, acteur, critique de cinéma, poète, dramaturge), à cette date conscrit au Service cinématographique des armées. Il y remporte un concours à l’occasion du quarantième anniversaire du martial organisme, qui va lui permettre de tourner, dans une liberté assez remarquable, Les Yeux brûlés.
Le résultat consiste en un montage de deux régimes d’images. Archives prélevées au Fort d’Ivry d’un côté. Entretien avec quelques grands reporters de guerre de l’autre. Ce pourrait être un film de pure propagande à la gloire de l’armée française, ce sera tout autre chose, une réflexion ambitieuse sur ce que signifie le fait de filmer la guerre. Les archives y forment un grand bain non chronologique, dans lequel des images des deux guerres mondiales et d’Indochine se télescopent.
Du côté discursif, quelque chose qui tient du dispositif s’installe, à la croisée du documentaire et de la fiction
De grands moments de foule fébrile (la mobilisation, le départ des conscrits, le retour) y côtoient les intenses solitudes et les cruelles souffrances des hommes au combat, le vide hagard des regards, l’abstraction meurtrière des bombes lâchées du ciel. Scènes répertoriées, non sans beauté ni composition, que le montage excède pourtant, les transformant en spectacle dément.
Du côté discursif, quelque chose qui tient du dispositif s’installe, à la croisée du documentaire et de la fiction. Soit l’aéroport de Roissy en 1986, une cantine militaire qui tourne sur un tapis vide (celle du reporter de guerre Jean Peraud, tué le 8 mai 1954 à Diên Biên Phu), et une jeune femme qui la réceptionne, qui se trouve être l’actrice Mireille Perrier, droit sortie du désenchantement amoureux de Boy Meets Girl, de Leos Carax. Des photographies sont sorties de la boîte, qui sont prétexte à nouer dialogue avec quelques illustres baroudeurs de l’image de guerre, parmi les plus illustres desquels se trouvent Raoul Coutard et Pierre Schoendoerffer.
Esthétique et innommable
Il en ressort un exquis dialogue de sourds entre les rôles aussi bien qu’entre les sexes. La femme jette un regard faussement candide sur les photographies, cherche à comprendre, tâtonne, module ses questions, touche, l’air de rien, là où ça fait mal, fait sortir de leurs gonds, avec une douceur intolérablement insistante, ces hommes qui ont vu le pire. Les professionnels, durs à cuire revenus des fronts, qui ont photographié la mort en face, qui cultivent les valeurs viriles et fraternelles de l’amitié et de la pudeur, semblent, pour certains d’entre eux, excédés de devoir s’expliquer, pour d’autres se réfugient derrière un discours faussement impavide.
« Les Yeux brûlés » doit être à ce jour le film le plus antibelliciste jamais commandé par l’Armée française
Car ces hommes sont comme les autres. Ils n’approchent pas la mort sans frémir, ils ne la filment pas sans effroi. Ils ne composent par leurs plans sans s’interroger sur le rapport entre l’esthétique et l’innommable, sur cet immense désastre qu’ils s’appliquent à figurer, donc à cacher, mais qu’ils révèlent quand même et qui s’appelle la guerre. Encore faut-il ne pas le laisser paraître. Chacun d’entre eux est une casemate à prendre, que la jeune femme force, regard clair et front soucieux, selon une rhétorique sinueuse. C’est qu’on approche ici l’idée du sacrilège de la mort cinématographique, moment inaliénable de la vie humaine que le cinéma entreprend de voler et de répéter mécaniquement, telle qu’André Bazin l’a formulée dans un texte célèbre (« Mort tous les après-midi »).
Jamais distribué en son temps, tiré de l’oubli par le distributeur Thomas Ordonneau, Les Yeux brûlés, qui doit être à ce jour le film le plus antibelliciste jamais commandé par l’Armée française (honneur à elle), a été présenté à Cannes, puis est sorti en salle en 2015. La présente édition DVD lui ajoute l’intégralité des entretiens enregistrés de Raoul Coutard et Pierre Schoendoerffer.



Film français de Laurent Roth (1986). 1 DVD et 1 livret. Ed. Shellac. Sur le Web : www.shellac-altern.org/films/376



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ « Flagellations » et « Mortelles confessions », du cinéaste britannique, ressortent en Blu-ray.
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DVD : Pete Walker, maître ès châtiments

« Flagellations » et « Mortelles confessions », du cinéaste britannique, ressortent en Blu-ray.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 08h03
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


Les films du Britannique Pete Walker ont été peu (et mal) distribués en France, essentiellement tardivement dans des salles de quartier et parfois uniquement en cassettes vidéo dans les années 1980, soit bien après que le cinéaste eut abandonné la réalisation pour se recycler dans l’immobilier. Raison de plus pour se féliciter de cette édition en Blu-ray par Artus Films de deux de ses titres les plus marquants.
Prototype du réalisateur indépendant ayant spéculé sur le recul de la censure, Pete Walker a débuté dans les saucy pictures (comédies érotiques et grivoises), en vogue à la fin des années 1960. Les grands mythes du fantastique gothique exaltés notamment par le studio Hammer Film donnent des signes d’épuisement au cinéma. L’horreur sera désormais réaliste et malsaine, et Walker s’engouffrera dans cette brèche. Flagellations (1974) est ainsi le premier titre annonçant une série de films construits sur le même principe. Sa singularité, ainsi que celle de Mortelles confessions repose sur une profonde ambiguïté.
Sensations érotiques et sadiques
Dans Flagellations, un jeune homme ténébreux, Mark E. Desade (prononcer Marquis de Sade !) séduit une top-modèle posant nue et lui propose de l’emmener dans sa famille. Elle se trouvera enfermée dans une sordide prison privée, où elle subira une parodie de procès, avant d’être enfermée et maltraitée par celle qui se présente comme la directrice et par deux gardiennes mentalement dérangées.
Variation déformée sur le genre dit WIP (films sur des femmes en prison), Flagellations décrit le calvaire de victimes livrées à d’insensibles bourreaux, fouettées avant d’être promises à une mort certaine par pendaison, dont le protocole (pesée, coupe de cheveux, etc.) est froidement détaillé. A l’instar de ce qu’incarne le cinéma d’exploitation dans son essence, le film flatte les mauvaises pulsions d’un spectateur avide de sensations érotiques et sadiques, une jouissance contradictoire avec la charge pamphlétaire dont semble se doter le film, qui s’attaquerait superficiellement à un rigorisme moral dépassé par la libéralisation des mœurs.

   


Réalisé deux ans plus tard, Mortelles confessions enfonce le clou avec son prêtre assassinant ou poussant au suicide les jeunes femmes venues se confesser, en excitant son désir sexuel. Il est facile, au-delà de sa dimension anticléricale, de déceler dans ce récit une vision perverse et anglicane du catholicisme, fustigé pour sa pratique de la confession considérée comme une rédemption à bon compte et son injonction de célibat imposé aux ministres du culte.
Méchants incestueux
Les films de Walker se distinguent par leur peinture de méchants très réussie. Ceux-ci sont volontiers incestueux (les rapports entre la directrice de la prison dans Flagellations et son propre fils, l’attachement maladif du prêtre à sa mère dans Mortelles confessions) et tourmentés par le refoulement. N’apparaissent-ils pas comme plus complexes que la jeunesse jouisseuse et puérile qu’incarnent leurs victimes ? Intervenant en supplément, un spécialiste du cinéma d’exploitation, David Didelot, insiste sur les convictions politiques d‘un cinéaste plutôt conservateur, peu disposé à s’identifier aux jeunes protagonistes de ses films, voyant dans leur hédonisme une manière d’ouvrir la porte d’une répression sans garde-fous.
Alors que la critique française a souvent exalté le cinéma d’horreur comme une volonté subversive de s’en prendre à l’ordre social, dans une optique parodique et dégénérée du rapport des surréalistes aux « mauvais objets » cinématographiques, la possibilité d’une telle sensibilité chez un cinéaste qui a dû, en outre, souvent lutter contre la censure, ouvre un gouffre sous les pieds du spectateur. Flagellations, dit un carton au début du générique, « est dédié à ceux que le relâchement des codes moraux actuel inquiète et qui attendent impatiemment le retour des châtiments corporels et de la peine de mort ». Dont acte.


Flagellations (1974) et Mortelles confessions (1976), films britanniques de Pete Walker. Vendus séparément en DVD ou Blu-ray, Artus films. Sur le Web : www.artusfilms.com/british-horror/preco-flagellations-250 et www.artusfilms.com/british-horror/preco-mortelles-confessions-249



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Adapté du roman d’André Aciman, le film de Luca Guadagnino sublime la rencontre entre un adolescent et un jeune chercheur en archéologie.
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« Call Me by Your Name » : entre ombre et secret, l’été amoureux de deux garçons

Adapté du roman d’André Aciman, le film de Luca Guadagnino sublime la rencontre entre un adolescent et un jeune chercheur en archéologie.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 07h31
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 11h26
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Sensation du dernier festival de Sundance, Call Me by Your Name arrive sur les écrans français nimbé d’une aura de film prodige. Classique dans sa forme, moderne dans sa manière d’aborder une histoire d’amour entre garçons, ce récit de formation, coulé dans une bande originale où Bach dialogue avec Ravel, Sufjan Stevens et John Adams, propulse sur l’avant de la scène son réalisateur, Luca Guadagnino. Adapté du roman Appelle-moi par ton nom, d’André Aciman (Grasset, 336 pages, 20,90 euros), le film se déroule durant l’été 1983 dans la campagne lombarde, où les Perlman passent leurs étés dans une belle demeure. Le père, américain (excellent Michael Stuhlbarg), est professeur d’archéologie et d’histoire de l’art à l’université. La mère (Amira ­Casar, parfaite comme à son habitude) est franco-italienne, traductrice de profession. Leur fils, Elio (Timothée Chalamet, coqueluche d’Hollywood), 17 ans, est versé dans la musicologie.

        Lire le portrait :
         

          Luca Guadagnino, le cinéma de bas en haut



Le film commence avec l’entrée en scène d’Oliver (Armie Hammer), splendide créature blonde à l’allure virile qui déboule dans la propriété au volant d’une voiture de sport rouge. Doctorant en archéologie, il vient passer l’été chez les Perlman pour assister le professeur dans ses recherches. Entre Elio et lui, une attraction immédiate produit étincelles et courts-circuits. Rompu à un art du double jeu que se devaient encore de maîtriser, au début des années 1980, les homosexuels de la bonne société WASP (white anglo-saxon protestant, c’est-à-dire « blancs, anglo-saxons et protestants »), le bel étranger mène la danse en soufflant le chaud et le froid et pose les règles du jeu telles qu’il estime qu’elles doivent se jouer : dans l’ombre et le secret. Elio observe le nouveau venu, le flaire, l’approche, se rétracte. Dérouté par sa superbe assurance, son apparent détachement, il transfère son désir sur la jeune Marzia (Esther Garrel)… Avant de se caler sur une même fréquence, il va leur falloir du temps.
Electrisée par les embardées pianistiques de John Adams, par un montage nerveux, tout en coupes sèches, en collages ludiques (mention spéciale à la série de maillots de bain qui gouttent dans la ­baignoire), cette longue première partie accompagne la montée du désir et le torrent d’émotions ­contradictoires qu’elle libère chez Elio. Epousant le point de vue de l’adolescent, exaltant les textures et les couleurs en plasticien de la pellicule, Guadagnino érotise la flore en pleine éclosion, les corps dénudés des garçons, autant que la parole qui circule sans cesse.

   


L’archéologie comme matrice
C’est toute la beauté du film que d’inscrire le coup de foudre dans un biotope complexe qui relie ses personnages à la nature, à la petite société qui gravite autour de la grande maison, mais aussi à un passé millénaire. L’archéologie, de fait, y opère comme une matrice. Elle permet de penser l’identité comme une sédimentation fluide de couches d’histoire et de culture qui ne demande qu’à être fécondée par la rencontre d’une altérité. Et la création comme une métamorphose.
Call Me by Your Name peut ainsi se concevoir comme une relecture du Maurice, de James Ivory, à la lumière du Guépard, de Visconti, dont la beauté élégiaque semble le hanter. L’ethos quasi aristocratique des Perlman, cette aisance qu’ils ont à concilier une ouverture d’esprit et une érudition dignes de Michel Foucault, et un train de vie que ne renieraient pas les Finzi-Contini, a fait d’Elio ce garçon sensible, capable d’accueillir la brûlure de l’amour, d’accepter la vulnérabilité qu’elle révèle chez lui et d’y puiser la force de devenir qui il est.
On pourrait s’agacer de la fascination dont le film témoigne pour cette famille, mais ce serait ignorer le parti pris d’idéalisation délibérée qu’opère ici la fiction. En ravivant le souvenir de cette passion, Call Me by Your Name fait remonter à la surface un paradis perdu : cette époque bénie où l’utopie hédoniste forgée au sein de la communauté gay semblait sur le point de gagner toute la société, à laquelle mit brutalement fin le fléau du sida.

Film américain, français et italien de Luca Guadagnino. Avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg (2 h 12). Sur le Web : www.callmebyyourname-lefilm.com et sonyclassics.com/callmebyyourname

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 28 février)
Call Me by Your Name, film américain, français et italien de Luca Guadagnino (à ne pas manquer)Lady Bird, film américain de Greta Gerwig (à ne pas manquer)Les Garçons sauvages, film français de Bertrand Mandico (à ne pas manquer)L’Amour des hommes, film français et tunisien de Mehdi Ben Attia (à voir)La Ch’tite Famille, film français de Danny Boon (pourquoi pas)La fête est finie, film français de Marie Garel-Weiss (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
Citadel, première mondiale, documentaire britannique d’Alastair LeeGangsta, film belge d’Adil El Arbi et Bilall FallahHurricane, film américain de Rob CohenTrait de vie, documentaire français de Sophie Arlot et Fabien Rabin





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Avec « Call Me by Your Name », l’art polymorphe du réalisateur italien atteint une forme d’apogée.
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Article sélectionné dans La Matinale du 27/02/2018
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Luca Guadagnino, le cinéma de bas en haut

Avec « Call Me by Your Name », l’art polymorphe du réalisateur italien atteint une forme d’apogée.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 08h36
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

Lorsqu’ils visaient le ciel, les artistes de la Renaissance disaient qu’ils peignaient de bas en haut, di sotto in su. Les cinéastes ont opté pour le terme, plus aquatique et dialectique, de contre-plongée. Appelez ça comme bon vous semble, le fait est que Call Me by Your Name, le film de Luca Guadagnino, regorge de ce procédé. C’est d’ailleurs tout ce qu’il donne à voir : Elio, aspirant pianiste, et Oliver, aspirant archéologue, se mirent et s’admirent, jusqu’au vertige. Verticalité de leur été : regardez-les arpentant tel sentier escarpé ; retrouvez-les repêchant quelque ruine au fond d’un lac ; surprenez-les, au fil de la même eau, escaladant tous les puits de science et d’indécence qui s’offrent à eux…

Les prises de vues ne pouvaient être qu’à l’image de leurs amours, ascendantes. « Avec mon chef opérateur thaïlandais, Sayombhu Mukdeeprom, nous avons pensé aux films de John Ford, à leurs perspectives “d’en bas”. L’amour, le désir, l’admiration sont des émotions qui vous arrachent à la terre, qui vous élèvent. » Ainsi parle Luca Guadagnino : l’homme a beau être polyglotte, le cinéma reste sa première langue, celle dont toutes les autres découlent.
Demandez-lui pourquoi le film a été tourné dans ses pénates lombardes, près de Crema : ses réponses mentionneront Renoir, Rivette ou Pialat avant d’aborder des considérations plus logistiques. « Je voulais retrouver l’atmosphère de Partie de campagne, Hurlevent ou A nos amours, énumère-t-il, d’une voix enamourée. Le roman d’André Aciman se passait sur la riviera ligure. Avec le coscénariste, James Ivory, nous l’avons transposé à Crema. Cela a rendu le tournage plus familial et familier. La vastité de l’océan est absente, mais mille cours d’eau parcourent le paysage. »
­Bertolucci, son « maître »
Guadagnino n’a pas toujours vécu au nord de la Botte. Il s’y est hissé, au gré d’un parcours aussi cosmopolite que son...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 27/02/2018
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Doux oiseaux de la jeunesse et ailes du désir : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 13h07
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
C’est une semaine à faire chauffer les cartes d’abonnement : où donner de la tête entre l’idylle solaire que conte Luca Guadagnino et les souvenirs d’adolescence de Greta Gerwig ? Quand il faut y ajouter les variations sur le thème du genre de Bertrand Mandico et la reprise d’un classique du western.
UN ÉTÉ DE DÉSIRS : « Call Me by Your Name », de Luca Guadagnino

Adapté du roman Appelle-moi par ton nom, d’André Aciman (Grasset, 2018), Call Me by Your Name se déroule durant l’été 1983 dans la campagne lombarde, où les Perlman passent leurs étés dans une splendide demeure du XVIIe siècle.
Le père, américain (excellent Michael Stuhlbarg), est professeur d’archéologie et d’histoire de l’art à l’université. La mère (Amira Casar, parfaite comme à son habitude) est franco-italienne, traductrice de profession. Leur fils, Elio (Timothée Chalamet, la nouvelle coqueluche d’Hollywood), 17 ans, est versé dans la musicologie. Entre en scène Oliver (Armie Hammer), splendide créature blonde à l’allure virile, au volant d’une voiture de sport rouge. Il vient passer l’été chez les Perlman pour assister le professeur dans ses recherches. Entre Elio et lui, une attraction immédiate produit étincelles et courts-circuits.
Classique dans sa forme, moderne dans la manière qu’il a d’aborder une histoire d’amour entre garçons, ce récit de formation brûlé au soleil d’Italie, coulé dans une bande originale voluptueuse où Bach dialogue avec Ravel, Sufjan Stevens et John Adams, inscrit le coup de foudre dans un biotope complexe qui relie ses personnages à la nature, à la petite société qui gravite autour de la grande maison, mais aussi à un passé millénaire. L’archéologie, de fait, y opère comme une matrice. Elle permet de penser l’identité comme une sédimentation fluide de couches d’histoire et de culture qui ne demande qu’à être fécondée par la rencontre d’une altérité. Isabelle Regnier
« Call Me by Your Name », film américain de Luca Guadagnino. Avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg, Esther Garrel (2 h 12).
LA DANSE FÉBRILE DE L’ADOLESCENCE : « Lady Bird », de Greta Gerwig

Grande fille empruntée au charme nébuleux, Greta Celeste Gerwig, 34 ans, passe à la réalisation avec un genre, plus goudronné qu’une autoroute, le récit de formation, à soubassement autobiographique. Autant dire que parvenir à y faire entendre une note singulière relève de l’exploit. Ici atteint, avec grâce, justesse et élégance, ce qui suffit au plaisir du spectateur.
Le cadre est Sacramento, capitale de l’Etat de Californie, placée par la cinéaste, native de la ville, sous l’invocation assassine d’une citation de sa compatriote, la romancière Joan Didion : « Quiconque parle d’hédonisme californien n’a jamais passé Noël à Sacramento. » Là, pousse comme le chiendent la fantasque adolescente Christine McPherson, alias « Lady Bird », à laquelle la jeune actrice américano-irlandaise Saoirse Ronan, cheveux rouges et regard ciel, confère la juste mesure de déprime et de piment.
Parents aimants qui se sacrifient pour elles, dernière année d’un collège religieux, ennui provincial, rêve d’émancipation new-yorkaise, attente du grand amour. Tout cela et tous ceux-là dansent avec Christine la danse incertaine, fébrile, rayonnante et étrange de l’adolescence, au rythme d’une mise en scène dont le premier et le dernier mot restent la délicatesse. Jacques Mandelbaum
« Lady Bird », film américain de Greta Gerwig. Avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts, Timothée Chalamet, Beanie Feldstein, Lucas Hedges (1 h 34).
CONTE INITIATIQUE : « Les Garçons sauvages », de Bertrand Mandico

Les épithètes pleuvent dès qu’il s’agit de qualifier le cinéma foisonnant de Bertrand Mandico : symboliste, ésotérique, érotomane, hétéroclite… Tous lui conviennent, mais aucun ne décrit parfaitement cet art qui remonte au fondement du pacte cinématographique, où les coutures entre images et sons ouvrent autant de brèches vers l’imaginaire.
Suggestifs, les films de Mandico le sont donc littéralement. Et c’est encore le cas des Garçons sauvages, son premier long-métrage après vingt ans d’aventures dans le domaine du court, conçu comme un grand jaillissement de formes et de textures, d’artifices et d’effets mis à nu, le tout s’agglomérant en une somptueuse pâte à modeler les fantasmes.
Le film se présente sous la forme du conte initiatique, au noir et blanc lustré, quelque part entre récit d’exploration et odyssée transformiste. Une bande de cinq vilains garçons, dans la fureur de l’adolescence, sont remis aux mains d’un capitaine hollandais (Sam Louwyck) qui les embarque sur son navire pour une longue et éprouvante traversée.
Ici comme dans les autres films de Mandico, l’aventure se situe avant tout au niveau du sexe, dont il s’agit de brouiller les habituelles lignes de partage. Le coup de génie est sans doute d’avoir confié les rôles des garçons violents à une troupe de jeunes actrices – Vimala Pons, Pauline Lorillard, Diane Rouxel, Anaël Snoek et Mathilde Warnier –, investissant l’androgynie de l’adolescence dans un numéro transformiste de haute volée. Mathieu Macheret
« Les Garçons sauvages », film français de Bertrand Mandico. Avec Pauline Lorillard, Vimala Pons, Diane Rouxel, Anaël Snoek, Mathilde Warnier, Sam Louwyck, Elina Löwensohn et Nathalie Richard (1 h 50).
CHASSÉ-CROISÉ DE GENRES À TUNIS : « L’Amour des hommes », de Mehdi Ben Attia

Amel (Hafsia Herzi), jeune photographe tunisienne, vient de perdre son mari dans un accident. Terrassée par le deuil, elle est accueillie par la famille du défunt et épaulée par son beau-père, qui l’encourage dans sa pratique artistique. Pour conjurer son chagrin, elle entame une série de photographies mettant en scène de jeunes hommes dénudés qu’elle choisit au hasard dans les rues de Tunis.
A l’origine de L’Amour des hommes, troisième long-métrage du réalisateur et scénariste tunisien Mehdi Ben Attia, préside le désir d’une interversion : celle de donner à un personnage féminin le statut de sujet désirant, et à la gent masculine, celui d’objet du désir. Si le geste est louable, il n’épuise pas tout l’intérêt suscité par le film, dont l’intelligence réside précisément dans la manière dont ce fantasme d’interversion, loin d’être souverain, se trouve sans cesse confronté à la réalité des rapports entre les hommes et les femmes dans la société tunisienne.
Malicieusement, Mehdi Ben Attia agrippe l’attention par un suspense érotique qui ne laisse jamais savoir comment se termineront les séances photo, toujours interrompues pour des raisons différentes. Murielle Joudet
« L’Amour des hommes », film franco-tunisien de Mehdi Ben Attia. Avec Hafsia Herzi, Raouf Ben Amor, Haythem Achour (1 h 45).
SÉCESSION ET REMARIAGE : « Rio Grande », de John Ford

   


Sur la musique de Victor Young et à la suite d’un générique martial, une compagnie de cavalerie rentre au fort après ce que l’on devine être une bataille sanglante. Personne ne semble avoir la force ou le courage de parler. La colonne est lente, les hommes ont sur le visage l’expression d’un épuisement total.
Les femmes attendent, scrutent le régiment, espérant retrouver debout, vivant pour le moins, un mari, un fils, un père. C’est le début de Rio Grande, de John Ford. Jamais sans doute le cinéma n’avait donné une telle sensation d’hébétude et de souffrance, exprimé en quelques plans muets, une telle impression de dévastation humaine.
Rio Grande (1950) est le troisième volet de ce que l’on a appelé la première trilogie de la cavalerie, après Le Massacre de Fort Apache (1948) et La Charge héroïque (1949). C’est sans doute le film le moins aimé de la série. C’est peut-être le plus beau des trois. Avec le concours du chœur des Sons of the Pioneers, qui poussent la chansonnette durant quelques moments cruciaux, c’est l’une des œuvres les plus sentimentales de Ford. De quoi rebuter a priori tout spectateur blasé ou cynique.
L’enjeu de Rio Grande est ailleurs : il réside dans la manière dont le trauma historique de la division des Etats-Unis s’incarne dans un mariage brisé, et la quête de l’unité perdue dans les retrouvailles d’époux séparés par l’Histoire. Rio Grande pourrait être qualifié de western du remariage. Comment, progressivement, le lien amoureux va se reformer entre les deux époux. Mais c’est aussi un film sur le lien filial, envisagé sous un angle inattendu et complexe. Jean-François Rauger
« Rio Grande », film américain de John Ford. Avec John Wayne, Maureen O’Hara, Claude Jarman Jr (1 h 45).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 28 février)
Call Me by Your Name, film américain, français et italien de Luca Guadagnino (à ne pas manquer)Lady Bird, film américain de Greta Gerwig (à ne pas manquer)Les Garçons sauvages, film français de Bertrand Mandico (à ne pas manquer)L’Amour des hommes, film français et tunisien de Mehdi Ben Attia (à voir)La Ch’tite Famille, film français de Danny Boon (pourquoi pas)La fête est finie, film français de Marie Garel-Weiss (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
Citadel, première mondiale, documentaire britannique d’Alastair LeeGangsta, film belge d’Adil El Arbi et Bilall FallahHurricane, film américain de Rob CohenTrait de vie, documentaire français de Sophie Arlot et Fabien Rabin





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Afin de donner une touche d’authenticité au pays fictif du Wakanda, les acteurs du dernier film Marvel ont appris le xhosa, une langue à clics d’Afrique du Sud.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤                     
                                                

Derrière le pays imaginaire de « Black Panther », une langue sud-africaine bien réelle

Afin de donner une touche d’authenticité au pays fictif du Wakanda, les acteurs du dernier film Marvel ont appris le xhosa, une langue à clics d’Afrique du Sud.



Le Monde
 |    27.02.2018 à 19h12
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 10h30
    |

            William Audureau








                        



   


On peut être un super-héros Marvel et parler une langue bantoue inconnue de la majorité du grand public. C’est le cas de Chadwick Boseman, l’acteur qui incarne T’Challa, roi du royaume africain fictif du Wakanda dans Black Panther, la superproduction qui bat des records au box-office, sortie le 14 février en France. Pour les besoins du film, cet Américain a appris, comme plusieurs autres membres du casting, le xhosa, également appelé coussa ou cafre, une des onze langues officielles d’Afrique du Sud.
La langue figure dès les premières répliques du film, « lorsque je dis “tu m’as manqué mon fils, cela faisait longtemps” », raconte l’acteur sud-africain John Kani, qui interprète le père de T’Challa, lors de l’avant-première du film à Los Angeles, à la fin de janvier.

    Loved this moment on the #BlackPanther red carpet. South African actor John Kani speaking isiXhosa ❤He is wearing @laduma! #BlackPantherSoLit Une publication partagée par  makhondlovu (@makhondlovu) le 29 Janv. 2018 à 7 :51 PST 

L’introduction du xhosa dans une superproduction hollywoodienne est une première. Plusieurs acteurs sud-africains du film s’en sont félicités lors de l’avant-première, à la mi-février, à Johannesburg, même si l’accent des acteurs américains ayant appris la langue pour les besoins du long-métrage était loin d’être parfait, souligne ABC News. Le xhosa « est l’une des langues les plus difficiles sur terre », a convenu l’actrice mexico-kényane Lupita Nyong’o, qui incarne une espionne wakanda dans le film.
« Pourquoi parlerais-je en anglais à mon fils ? »
John Kani a eu l’idée d’introduire le xhosa dans le film lors du tournage de Captain America: Civil War, première apparition cinématographique du personnage de Black Panther dans la nouvelle galaxie Marvel période Disney. Le journal Brand South Africa relate que John Kani, lui-même locuteur natif de la langue, s’est tourné vers les réalisateurs Joe et Anthony Russo lors du tournage d’une scène initialement écrite dans la langue de Shakespeare :
« Je leur ai demandé : “Pourquoi parlerais-je en anglais à mon fils ? Nous sommes censés être africains.” »
Joe et Anthony Russo ont été convaincus et ont intégré cette langue atypique, du point de vue occidental — il s’agit en effet d’une langue à clics, c’est-à-dire dont certaines consonnes sont émises d’un son de claquement de langue à l’arrière de la bouche. Celle-ci s’est imposée comme la langue officielle du Wakanda. « Lorsque j’ai tourné Civil War, j’étais l’expert de la langue et mes collègues américains me demandaient de leur donner quelque chose à dire avec un clic — ils faisaient référence au xhosa, relate John Kani dans la version sud-africaine de MTV. Mon fils et moi avons tourné à Atlanta ensemble, quand je suis parti, il est resté pour le tournage. Il a pris le relais comme consultant linguistique. » 
Le xhosa, qui appartient à la grande famille des langues bantoues et au groupe nguni, compte huit millions de locuteurs. Il est parlé quasi exclusivement en Afrique du Sud, où il est l’une des onze langues officielles du pays et la seconde en nombre de locuteurs — 16 % des Sud-Africains la parlent. C’est notamment la langue majoritaire du Cap-Oriental, dans le sud-est du pays.
Le xhosa est célèbre pour ses clics, dont il existe trois variantes, selon qu’ils sont associés au son « k », « s », ou « t ». Le nom même de la langue se prononce « k*osa », en claquant l’arrière de la langue. A la rédaction de Pixels, on n’a pas réussi, mais l’humoriste sud-africain et présentateur de télévision Trévor Noah clique haut la main.

Un système d’écriture inspiré des idéogrammes nigérians
A noter que dans Black Panther, la civilisation wakanda utilise un alphabet qui, lui, n’a pas de lien avec le xhosa. En revanche, le long-métrage de Marvel puise dans une authentique écriture traditionnelle, le nsibidi, un système d’idéogrammes utilisé par la confraternité ékpé, dans la région du Nigeria et du Cameroun depuis au moins le XVe siècle. Celui-ci a été réinterprété pour l’occasion par Hannah Bleacher, production designer du film, relate Indie Wire.
Contrairement à une idée reçue qui voudrait que les colons européens aient apporté l’écriture aux langues d’Afrique, plusieurs systèmes préexistaient à l’arrivée des explorateurs portugais, dont certains de longue date. Le guèze éthiopien date du IVe siècle avant Jésus-Christ, le tifinagh berbère, du IIIe siècle, sans même évoquer les différents systèmes égyptiens, comme le hiéroglyphe, le hiératique et le démotique.

   


Dans le contexte du film, le nsibidi a été en partie réinterprété pour coller à l’idée d’une civilisation africaine futuriste, explique Hannah Bleacher. « L’écriture devait évoluer des anciens hiéroglyphes en une version plus moderne. Nous l’avons utilisée d’une manière pictographique mais le système numérique est resté le même. »
Les costumes empruntent par ailleurs de nombreux symboles adinkra, un système de codes visuels développé dans la région du Ghana et de la Côte d’Ivoire pour représenter des concepts ou des devises. Ceux-ci avaient déjà été largement utilisés comme clins d’œil culturels par l’artiste Afua Richardson, autrice du livre d’illustration World of Wakanda.

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Une centaine d’actrices et de personnalités ont lancé, mardi, un appel aux dons. Un ruban blanc sera porté vendredi lors de la 43ᵉ cérémonie des Césars du cinéma.
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#MaintenantOnAgit : des actrices se mobilisent avant les Césars contre les violences faites aux femmes

Une centaine d’actrices et de personnalités ont lancé, mardi, un appel aux dons. Un ruban blanc sera porté vendredi lors de la 43ᵉ cérémonie des Césars du cinéma.



Le Monde
 |    27.02.2018 à 16h55
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 15h36
   





                        



   


Une centaine d’actrices et de personnalités ont lancé, mardi 27 février, un appel aux dons pour lutter contre les violences envers les femmes, avec un symbole, un ruban blanc, qui sera porté vendredi 2 mars lors de la 43ᵉ cérémonie des Césars du cinéma. Et un mot d’ordre : « Maintenant, on agit. »
« Nous sommes inquiètes : mal accompagnées, les femmes sont vulnérables face à la justice. Il est temps d’agir. Ensemble, soutenons celles et ceux qui œuvrent concrètement pour qu’aucune n’ait plus jamais à dire #MeToo. Donnons », disent cent trente personnalités dans un appel aux dons lancé par la Fondation des femmes et publié sur le site de Libération.
Les comédiennes Julie Gayet, Adèle Haenel ou Sandrine Bonnaire, l’écrivaine Leïla Slimani, la chanteuse Christine and the Queens, la championne de boxe Sarah Ourahmoune, la réalisatrice Tonie Marshall font partie des premières donatrices de cette campagne baptisée #MaintenantOnAgit.

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« Souvent, nous n’avons rien dit. Par crainte. Par habitude. Pour oublier. Ou parce que nous espérions être l’exception plutôt que la règle, poursuivent-elles. Il y a quelques mois, des actrices ont percé le mur du silence. »
Ce mouvement, inspiré du fonds Time’s Up, lancé par trois cents personnalités du cinéma américain pour lutter contre le harcèlement sexuel au travail à la suite du scandale Weinstein, vise à recueillir des dons qui seront reversés à des associations proposant un accompagnement juridique aux victimes de violences sexistes ou sexuelles.
« Ce n’est que le début », prévient la comédienne Anna Mouglalis. La récente libération de la parole n’est « pas un effet de mode », « il y a eu une prise de conscience » qui doit « s’incarner dans des actes. Sinon, les femmes parleront dans le vent », dit-elle à l’Agence France-Presse. « Toutes les femmes ont été confrontées à des harceleurs (...), ça nous est toutes arrivé », déclarait à la fin de janvier l’actrice Julie Gayet, qualifiant le mouvement Time’s Up de « formidable ».

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S’associant à la Fondation des femmes, l’Académie des Césars proposera vendredi un ruban blanc, symbole de ce mouvement et de la lutte contre les violences faites aux femmes, aux dix-sept cents invités de sa 43e cérémonie, présidée par une des signataires, Vanessa Paradis. « On va porter ce ruban avec détermination et conviction », a assuré lundi Alain Terzian, président de l’Académie des Césars.
Lever de fonds pour aider des associations « débordées »
L’objectif de #MaintenantOnAgit est de lever « un million d’euros » pour aider des associations « débordées », a dit à l’AFP Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, évoquant le Collectif féministe contre le viol, l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), l’Espace femmes Geneviève D., et Prendre le droit.

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Un premier bilan du mouvement pourrait être fait en mai, lors du Festival de Cannes. « On ne veut pas se substituer à l’Etat. On dit juste qu’il y a urgence à comprendre que la lutte contre les violences faites aux femmes requiert des moyens. Que fera-t-on le jour où les deux cent trente mille femmes battues viendront porter plainte ? », poursuit-elle.
Loin de la polémique suscitée par la tribune de cent femmes, dont l’actrice Catherine Deneuve, défendant la « liberté d’importuner », Mme Mailfert espère que la centaine de personnalités apportera « la lumière » aux victimes de violences.
Dans le sillage de l’affaire Weinstein, le nombre de plaintes déposées en 2017 pour viol et agression sexuelle a connu en France une hausse respectivement de 12 % et de 10 % par rapport à 2016. Plusieurs associations, dont l’AVFT, ont alerté les pouvoirs publics sur leurs difficultés à répondre aux victimes, faute de moyens.

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La secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a déclaré mardi qu’elle trouvait « formidable que des artistes adorées des Françaises et des Français s’engagent », rappelant que « de nombreuses associations dont l’action est importante sont financées uniquement depuis des années par de l’argent public ».

Bravo aux artistes françaises qui s’engagent pour lever des fonds pour accompagner les femmes victimes de violences… https://t.co/gPURn68grS— MarleneSchiappa (@MarleneSchiappa)


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Josza Anjembe signe un premier court-métrage nommé aux Césars 2018.
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LE MONDE
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        Le 27.02.2018 à 10h33

     •
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        Mis à jour le 27.02.2018 à 11h27






Durée : 04:33 | 

Seyna est une adolescente camerounaise née en France et passionnée par l’histoire et la politique françaises. A 17 ans, son baccalauréat en poche, elle se lance dans les démarches pour acquérir la nationalité française. Mais son père, Amidou, ne comprend pas son impatience.
Dans ce premier film de fiction, Josza Anjembe, journaliste et documentariste qui se présente comme une « accidentée du cinéma », aborde le thème de l’identité. Le court-métrage a reçu 37 récompenses et est nommé aux Césars 2018.


                

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