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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ On ne peut comprendre la vie intellectuelle française des XIXe et XXe siècles sans avoir à l’esprit l’immense influence de l’œuvre du comte de Saint-Simon, soutient le politiste Pierre Musso.
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Pierre Musso : « Nous sommes en train de redécouvrir l’importance de la pensée industrialiste »

On ne peut comprendre la vie intellectuelle française des XIXe et XXe siècles sans avoir à l’esprit l’immense influence de l’œuvre du comte de Saint-Simon, soutient le politiste Pierre Musso.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 17h20
    |

                            Julie Clarini








                        



                                


                            
Pierre Musso, spécialiste de sciences politiques, auteur de Saint-Simon et le saint-simonisme (« Que sais-je ? », PUF, 1999) et coéditeur des Œuvres complètes (PUF, 2013), s’attelle à faire redécouvrir le comte de Saint-Simon (1760-1825), père d’une véritable utopie sociale.

Saint-Simon passe pour un auteur inclassable, ce qui explique sans doute pourquoi il est à ce point méconnu. Pourtant, le sociologue Emile Durkheim disait qu’on trouvait chez lui « le germe de tous les grands courants qui se sont produits au XIXe ».
Durkheim a raison. Tous les grands courants du XIXe siècle s’en réclament : les socialistes (Marx l’a lu en français), mais aussi les libéraux ­ (l’économiste Friedrich Hayek dit ce qu’il doit à Saint-Simon) ; il est à la source du positivisme : Auguste Comte, jeune polytechnicien, est son secrétaire de 1817 à 1824, un an avant son décès ; il est également à la source de l’industrialisme, la philosophie associée à industrialisation. Et, bien sûr, il ne faut pas oublier le saint-simonisme.
On ne se rend plus compte à quel point le XIXe siècle est saint-simonien, et pas seulement la pensée : des écrivains comme Hugo ou Musset sont influencés par les saint-simoniens. Qu’est-ce que le saint-simonisme ? On trouve sous cette bannière une multitude de personnalités très différentes, avec des points de vue très divers. Ce qui a unifié la pensée saint-simonienne, ce sont les cours publics, les conférences, qui ont été donnés par ses disciples et publiés sous le titre Doctrine de Saint-Simon en 1830. L’interprétation qui y était donnée de la pensée de Saint-Simon n’avait que peu à voir avec l’œuvre véritable. Or, tout le XIXe siècle e st passé par ce filtre déformant…
Si l’on en revient au vrai Saint-Simon, comment présenter sa pensée ? Ce n’est ni l’Etat ni le marché ; c’est un pouvoir qui n’est pas vertical, plutôt horizontal,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Au début du XIXe siècle, le père de l’industrialisme exaltait les producteurs, honnissait les rentiers et se méfiait du « monde d’avant ». Les échos entre sa pensée et celle du président sont nombreux : analyse du politiste Bruno Cautrès.
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Ce que Macron doit à Saint-Simon

Au début du XIXe siècle, le père de l’industrialisme exaltait les producteurs, honnissait les rentiers et se méfiait du « monde d’avant ». Les échos entre sa pensée et celle du président sont nombreux : analyse du politiste Bruno Cautrès.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 17h19
   





                        



                                


                            

Par Bruno Cautrès
Analyser la généalogie politique et même philosophique d’Emmanuel Macron et du macronisme n’est pas une chose facile. En dehors même de la complexité de toute trajectoire politique, faite de choix et d’affirmations mais aussi de hasard et de circonstances, plusieurs risques existent : l’anachronisme en premier lieu, plaquer artificiellement sur une trajectoire politique du XXIe siècle une grille de lecture issue d’une autre expérience historique, ou encore forcer le trait en obligeant Emmanuel Macron, son parcours ou sa vision politique, à ne rentrer que dans une seule case.
Or, Emmanuel Macron n’est certainement pas facile à cataloguer. Une pluralité d’influences s’exprime dans ses discours et ses actions, pluralité qui reflète un parcours composite bien que fortement inscrit dans le modèle méritocratique de production des élites françaises. Une trame commune se repère néanmoins : la mobilité et la fluidité (qu’elle soit sociale, économique ou géographique) constituent le cœur de sa conception de la société. Plusieurs auteurs ont déjà souligné ce que cette conception doit à un « libéralisme égalitaire », où l’égalité des chances veut renforcer les capacités de chacun à accomplir son destin.
Si le discours sur l’égalité des chances et la société des statuts acquis plutôt qu’hérités évoque fortement Alexis de Tocqueville et l’égalisation des conditions, cet emprunt se mêle aux théories de la justice sociale du philosophe américain John Rawls (1921-2002) et à celle des « capabilités » de l’économiste indien Amartya Sen. Mais même là, tout est complexe : ainsi, si l’on peut lire dans Emmanuel Macron en relisant Tocqueville, la centralité de la société civile chez Tocqueville entrave ce rapprochement, car le philosophe en fait un point cardinal de la démocratie, ­tandis qu’Emmanuel Macron n’a pas, pour le moment, pleinement assumé ce choix.
Personnalité complexe et hybride
Au jeu de cache-cache...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Brève biographie de ce penseur du début du XIXe siècle, convaincu que la société de son temps se restructurait autour de l’industrie.
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L’œuvre du comte de Saint-Simon, colossale et foisonnante

Brève biographie de ce penseur du début du XIXe siècle, convaincu que la société de son temps se restructurait autour de l’industrie.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 17h18
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 17h22
    |

                            Julie Clarini








                        


Il avait bien un lien de parenté avec le fameux duc, mémorialiste de Louis XIV, mais le comte de Saint-Simon était fait d’un tout autre bois. Né en 1760, Claude-Henri de Rouvroy n’était pas particulièrement attaché à sa particule : « Je renonce à jamais à ce titre de comte que je regarde comme très inférieur à celui de citoyen », aurait-il déclaré en 1790.
Il faut se garder de n’y voir qu’opportunisme. A 19 ans, le jeune homme était parti combattre en Amérique aux côtés de La Fayette. Revenu en Europe, il s’était intéressé aux canaux et à la politique des grands travaux, en Hollande et en Espagne. Esprit encyclopédique, avide d’apprendre, il fréquente alors les milieux scientifiques ­ (notamment le mathématicien Gaspard Monge) et profite des bouleversements politiques de la période révolutionnaire pour faire fortune en spéculant.
Ciment spirituel
Ce n’est qu’en 1798 qu’il décide de se consacrer entièrement aux études et à la pensée. Après une visite à Madame de Staël, en 1802, il s’installe dans la capitale suisse où il rédige l’un de ses textes les plus fameux : Lettres d’un habitant de Genève à ses contemporains. Bientôt ruiné, il vit de petites missions (copiste, bibliothécaire…), puis d’expédients.

        Lire aussi :
         

                Ce que Macron doit à Saint-Simon



Pour l’écriture de son œuvre, colossale et foisonnante, il collabore avec Augustin Thierry, puis Auguste Comte. Il publie les cahiers de L’Industrie, ayant acquis la conviction que la société était en train de se restructurer autour de cette dernière. En 1819, le texte, connu plus tard sous le titre Parabole, lui vaut des poursuites judiciaires et un début de notoriété : il y défend que seules les abeilles (les producteurs) sont utiles à la société quand les frelons (les rentiers) sont des parasites.

        Lire l’entretien avec Pierre Musso :
         

          « Nous sommes en train de redécouvrir l’importance de la pensée industrialiste »



Le Nouveau Christianisme, son dernier ouvrage, voulait être le ciment spirituel de la société à venir. Le 19 mai 1825, avant de mourir, il déclare : « Toute ma vie se résume à une seule pensée : assurer à tous les hommes le plus libre développement de leurs facultés. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Dans une tribune au « Monde », David Godest, président d’une entreprise spécialisée dans le marketing éthique, estime que les GAFA, confrontées aux critiques tous azimuts vont devoir repenser leur modèle.
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« Les GAFA seront bientôt à la croisée des chemins »

Dans une tribune au « Monde », David Godest, président d’une entreprise spécialisée dans le marketing éthique, estime que les GAFA, confrontées aux critiques tous azimuts vont devoir repenser leur modèle.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 14h00
    |

David Godest (Président et fondateur de Dolmen, entreprise spécialisée dans le marketing éthique et la numérisation des commerces de proximité en B...







                        



                                


                            
Tribune. Il était temps. Après des années d’utilisation insouciante des ­réseaux sociaux et autres services numériques « gracieusement » mis à la disposition des ­consommateurs par les « philanthropes » de la Silicon Valley, l’heure semble être à la prise de conscience.
Longtemps resté lettre morte, l’aphorisme « si c’est gratuit, c’est vous le produit » n’est plus une abstraction. Enquêtes d’opinion et prises de parole se succèdent pour dénoncer la collecte des données personnelles en ­ligne. Une étude internationale menée récemment en Chine, en Inde, en France et aux Etats-Unis par l’agence BETC révélait l’inquiétude des internautes à propos de l’usage de leurs données personnelles par les entreprises.

Du côté des intellectuels, la dénonciation est également de mise malgré des divergences sur la façon de mettre un terme à cette captation. Si pour certains, comme le philosophe d’inspiration libérale Gaspard Koenig, la monétisation des données par ­chaque consommateur tient lieu de martingale, d’autres plaident pour l’intégration du respect des informations personnelles dans les stratégies des entreprises.
No man’s land
Enfin quelques voix se sont également élevées pour défendre l’idée ­selon laquelle le droit à la propriété privée – plus que le droit de propriété – est le meilleur outil pour protéger ses données personnelles.
Pendant longtemps, les géants ­d’Internet ont usé et abusé des spécificités de leur environnement numérique : celles d’un no man’s land. « Les données en ligne ne sont la propriété de personne ? Eh bien approprions-les nous », ainsi pourrait-on résumer leur philosophie. Mais, malheureusement pour eux et heureusement pour les internautes, il semblerait que les têtes de gondole de la Valley aient mangé leur pain blanc.

La prise de conscience populaire grandissante, associée aux dispositions législatives communautaires et nationales, est sur le point d’accoucher...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Dans sa chronique, la journaliste Audrey Tonnelier regrette que le chef de l’Etat se montre frileux par rapport à sa promesse de campagne de réduire les dépenses publiques et à son corrollaire : l’allocation des deniers publics.
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« La crédibilité du gouvernement se jouera sur le budget 2019 »

Dans sa chronique, la journaliste Audrey Tonnelier regrette que le chef de l’Etat se montre frileux par rapport à sa promesse de campagne de réduire les dépenses publiques et à son corrollaire : l’allocation des deniers publics.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 14h00
    |

            Audrey Tonnelier








                        



                                


                            
Tendance France. Réformes du marché du travail, du logement, de la Constitution, de l’apprentissage, de l’Etat, de la formation professionnelle ou encore du droit d’asile et de la SNCF : le rythme auquel l’exécutif mène la « modernisation » du pays – terme consacré à l’Elysée – commence à donner le tournis. Passé l’enthousiasme de la nouveauté, l’opinion se montre plus dubitative sur cette frénésie de changements, et le fait sentir. La popularité d’Emmanuel Macron a chuté de quatre points en un mois, révélait, mercredi 28 février, un sondage réalisé par BVA et Orange pour RTL et La Tribune. Les syndicats, eux, espèrent retirer les fruits de cette grogne, et retrouver un peu du poids qui leur a manqué durant l’été et l’automne 2017.
du point de vue des investisseurs et des chefs d’entreprise, le compte n’y est pas
Et pourtant. En dépit de l’image de volontarisme, voire d’autoritarisme qui colle à la peau d’Emmanuel Macron, il est un sujet sur lequel le chef de l’Etat s’est montré particulièrement frileux par rapport à ses promesses de campagne : la réduction des dépenses publiques. La baisse brutale de 5 euros de l’aide personnalisée au logement (APL) annoncée en juillet 2017, les coupes dans les emplois aidés ou encore la grogne – justifiée – de ce début d’année dans les Ehpad, les prisons ou les hôpitaux, ont contribué à brouiller le message. Mais, du point de vue des investisseurs et des chefs d’entreprise, le compte n’y est pas.
Dans son analyse de la loi de programmation des finances publiques, début février, la Cour des comptes déplorait des efforts repoussés en fin de quinquennat. « Le déficit public affiché reste proche de trois points de produit intérieur brut jusqu’en 2019 et ne commence réellement à baisser qu’à partir de 2020 », soulignaient les magistrats financiers ; il est attendu à 2,9 % en 2019, avant de chuter à 1,5 % en 2020. La faute à des éléments imprévus (invalidation par le Conseil constitutionnel...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Dans sa chronique mensuelle, le chercheur au CNRS Thibault Gajdos estime que si le diagnostic posé par le député LRM Aurélien Taché dans son rapport sur la politique d’intégration est incontestable, il ne clôt pas le débat, il ne fait qu’en poser les bases.
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« Faire de l’accès à la nationalité un véritable outil d’intégration »

Dans sa chronique mensuelle, le chercheur au CNRS Thibault Gajdos estime que si le diagnostic posé par le député LRM Aurélien Taché dans son rapport sur la politique d’intégration est incontestable, il ne clôt pas le débat, il ne fait qu’en poser les bases.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 16h54
    |

                            Thibault Gajdos (Chercheur au CNRS)








                        



                                


                            
Politiques publiques. Bien sûr, la publication du rapport que vient de remettre le député Aurélien Taché au premier ministre sur la politique d’intégration (« Pour une politique ambitieuse d’intégration des étrangers en France ») relève de l’habileté politique : ce rapport, qui n’engage à rien, peut être brandi comme une contrepartie à un projet de loi sur l’asile et l’immigration, d’ores et déjà présenté en conseil des ministres. Mais cela a néanmoins deux mérites : d’une part de démontrer que ce texte aurait, en effet, grandement besoin d’être amendé ; et d’autre part d’ouvrir, enfin, un débat sérieux sur les politiques publiques d’intégration.
Il n’y a, de fait, pas grand-chose à redire au travail du député du Val-d’Oise. Il pose un diagnostic incontestable : la politique d’intégration en France est inexistante, faute d’orientation et de moyens. Il définit un objectif clair : l’intégration, la plus rapide et la plus efficace possible, des immigrés au marché du travail et à la société.
Acquisition difficile
Il propose, enfin, des pistes dont l’efficacité a été démontrée : raccourcir le délai d’accès au marché du travail ; faciliter l’accès le plus rapide possible au logement et aux soins (en prenant notamment en charge les stress post-traumatiques) ; mettre en place une véritable formation et orientation professionnelle des migrants ; faciliter les procédures d’obtention et allonger la durée des titres de séjour. Naturellement, ce rapport ne saurait clore le débat : il ne fait qu’en poser les bases. Il s’agit, maintenant, d’y contribuer.

La question de l’accès à la nationalité constitue l’un des points sur lesquels le rapport Taché mériterait d’être enrichi. Le député note que l’acquisition de la nationalité française est difficile : ceux qui l’obtiennent doivent en moyenne attendre une douzaine d’années, ce qui paraît excessif. Le nombre de naturalisations par décret s’est par ailleurs spectaculairement effondré de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Editorial. Jean-Luc Mélenchon, Laurent Wauquiez et Marine Le Pen ont livré ces derniers jours des attaques d’une rare virulence contre la presse et les journalistes.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

Mélenchon, Le Pen et Wauquiez déclarent la guerre aux médias

Editorial. Jean-Luc Mélenchon, Laurent Wauquiez et Marine Le Pen ont livré ces derniers jours des attaques d’une rare virulence contre la presse et les journalistes.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 11h41
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 12h36
   





                        


Editorial du « Monde ». Laurent Wauquiez, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont dénoncé en chœur, ces derniers jours, les attaques dont ils se disent les victimes. Ainsi, l’on a entendu le leader de La France insoumise témoigner sa sollicitude au président des Républicains, avant que la présidente du Front national ne tende une main solidaire aux deux premiers. Et quel est l’adversaire contre lequel ils forment cet insolite front commun ? Les médias, qu’ils accablent des critiques les plus cinglantes.
Epinglé après les propos intempestifs qu’il avait tenus devant des étudiants à Lyon, M. Wauquiez a dénoncé le « déchaînement médiatique surréaliste », le violent « défouloir » et le « travail de démolition » dont il s’estime « la cible ». Ulcéré que les journalistes aient jugé de leur devoir d’informer que la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques avait certes validé le compte de sa campagne présidentielle, mais également souligné de nombreuses irrégularités et 430 000 euros de dépenses insuffisamment justifiées, M. Mélenchon a été beaucoup plus loin.
« Meute médiatique »
Sur son blog, le 26 février, le député de Marseille s’est en effet livré à une charge d’une violence ahurissante : les informations en question ne sont, à ses yeux, que « basse besogne », « coup monté », « bourrage de crâne » et « manipulation » de la « CIA médiatique »… Suit un réquisitoire digne de Saint-Just. « La presse est la première ennemie de la liberté d’expression », elle est « le dernier pouvoir absolu », qui plus est « d’essence complotiste », écrit-il, avant de conclure : « La haine des médias et de ceux qui les animent est juste et saine. » Bref, le journaliste, voilà l’ennemi !, a-t-il théorisé devant les députés de La France insoumise, comme nous le rapportons aujourd’hui dans ces colonnes. Quant à Mme Le Pen, elle a fait depuis longtemps de la dénonciation de « l’acharnement » de la « meute médiatique » l’un de ses thèmes favoris.

        Lire aussi :
         

                Mélenchon théorise la « guerre permanente » contre « le parti médiatique »



Nous en sommes là. Les responsables de trois des quatre principaux partis politiques nationaux – ensemble, ils ont réuni quelque 60 % des voix à l’élection présidentielle – ne trouvent rien de plus urgent et de salutaire que de déclarer la guerre aux médias. Et il convient d’ajouter, même si c’est dans un registre différent, que le président de la République n’hésite pas à jouer sur une corde similaire. Il y a peu, en aparté lors d’une réunion avec des parlementaires de la majorité, ne fustigeait-il pas cette « honte de la République » que constitue apparemment, à ses yeux, le fonctionnement ou la production de l’audiovisuel public ?

        L’éclairage :
         

          De Wauquiez à Le Pen, la « trumpisation » du discours politique gagne du terrain



Affligeant constat. Non que les médias soient au-dessus de tout reproche. Qui peut y prétendre ? Mais cela ne saurait justifier de passer par pertes et profits la mission permanente à laquelle ils s’emploient : informer scrupuleusement, enquêter solidement, raconter honnêtement, décrypter aussi intelligemment que possible la réalité, au service de leurs lecteurs ou auditeurs. Bref, transmettre la culture, nourrir la lucidité des citoyens.
Inquiétant constat. Car il suffit de rappeler combien la presse reste muselée, censurée, voire embastillée, dans tous les pays autoritaires ou illibéraux du monde pour savoir que l’information est un ressort essentiel de la démocratie. Un contre-pouvoir indispensable à sa vitalité. Que nos éminences politiques ne le supportent pas, au point de jeter les journalistes en pâture, est le symptôme d’une démocratie défaillante.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Le « Journal inédit » de l’entre-deux-guerres, ainsi qu’un essai de Michel Onfray, enténèbrent la réputation d’aimable sagesse du philosophe.
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Alain, antisémite opiniâtre

Le « Journal inédit » de l’entre-deux-guerres, ainsi qu’un essai de Michel Onfray, enténèbrent la réputation d’aimable sagesse du philosophe.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 07h45
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Journal inédit 1937-1950, d’Alain, édité par Emmanuel Blondel, Les Equateurs, 832 p., 32 €.
Solstice d’hiver. Alain, les juifs, Hitler et l’Occupation, de Michel Onfray, L’Observatoire, 112 p., 12,50 €.

Le philosophe Alain (1868-1951) est-il un astre mort ? Son étoile, conservée pieusement par quelques associations et musées, ne brille plus guère. La publication, à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de sa naissance, du journal rédigé pendant les dernières années de sa vie – du nazisme à la ­Libération, en passant par Vichy – risque de la ternir tout à fait.
Pour bien saisir ce qui se joue, un rappel est nécessaire, car cette figure ne dit pas grand-chose aux étudiants d’aujourd’hui, ni même à bien des professeurs. Il parut pourtant, entre 1920 et 1940, incarner tout à la fois l’humanisme républicain, la grandeur pédagogique, le bon sens cultivé et matois, la réflexion libre menant à la sagesse philosophique. Autant dire qu’une mythologie s’est cristallisée, au XXe siècle, autour de sa silhouette et de son œuvre.
Parmi ses élèves : Simone Weil, Raymond Aron, Georges Canguilhem, André Maurois, ­Julien Gracq
Parmi les composantes du mythe vient d’abord la méritocratie républicaine. Alain, de son vrai nom Emile-Auguste Chartier, est un enfant de la France rurale, né à Mortagne-au-Perche (Orne). Son père y est vétérinaire, ses grands-parents commerçants. Il apprend grec et latin au lycée d’Alençon et prépare l’Ecole normale supérieure, à Vanves, dans la classe du philosophe Jules Lagneau (1851-1894). Cette rencontre décide de sa vie : lui aussi sera professeur et pensera tout haut, l’air méditatif et exigeant, devant des fournées de jeunes âmes ébahies, avides de vérité…
L’agrégation en poche, il enseigne dans des lycées de l’Ouest (Pontivy, Lorient, Rouen) avant de régner à Paris, de 1909 à 1933, sur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ La critique de l’abus moderne de « remémorations » par l’essayiste américain dans « Eloge de l’oubli » manque sa cible.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Le mauvais procès fait à la mémoire par David Rieff

La critique de l’abus moderne de « remémorations » par l’essayiste américain dans « Eloge de l’oubli » manque sa cible.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 07h45
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Eloge de l’oubli. La mémoire collective et ses pièges (In Praise of Forgetting. Historical Memory and Its Ironies), de David Rieff, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Frédéric Joly, Premier Parallèle, 226 p., 18 €.

L’époque est à l’arrogance du présent, à la phobie du passé ou de l’« ancien monde ». L’ouvrage de l’écrivain américain David Rieff reflète cet air du temps tout en le flattant. Pour cet ancien spécialiste de l’humanitaire, la mémoire collective, dont le culte serait obsessionnel, n’a pas plus de consistance qu’une figure de style, une métaphore. Croire à ses bienfaits expose soit à être rangé dans la catégorie des « idéalistes » – à quoi l’auteur réduit, sans trop s’embarrasser de détail ni de nuance, la pensée de Kant –, soit à se montrer aveugle aux mythes politiques que la « remémoration » suscite et que le « devoir de mémoire » entretient.
La thèse défendue par David Rieff, telle qu’on peut la dégager d’un maquis de citations, entend dépasser ceux qui, comme les philosophes Paul Ricœur (1913-2005) ou Tzvetan Todorov (1939-2017), s’en sont pris aux abus de mémoire tout en cherchant à trouver une « juste » place au souvenir. Eloge de l’oubli entend souligner le caractère intrinsèquement pernicieux de la mémoire collective. Pas question, comme le pensait le philosophe israélien Avishai Margalit, dans la foulée de la guerre dans l’ex-Yougoslavie et des attentats du 11 septembre 2001 (Ethique du souvenir, ­Climats, 2006), d’imaginer une communauté morale susceptible de transcender les frontières et de se rassembler autour de souvenirs, fussent-ils traumatiques. N’est-ce pas le fait d’entretenir la mémoire du passé qui, aux Etats-Unis, a perpétué indûment la Confédération et son racisme après la guerre de Sécession, objecte Rieff, ou, en Irlande, entretenu le chauvinisme des nationalistes, tant raillé par Joyce et Beckett ?
Bon connaisseur des débats français,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Bonheurs du jour », de Marc Augé.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Les instants heureux résistent à tout

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Bonheurs du jour », de Marc Augé.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 07h30
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Bonheurs du jour. Anthropologie de l’instant, de Marc Augé, Albin Michel, 162 p., 15 €.

Les livres traitant du bonheur sont… un grand malheur ! Les uns accablent le lecteur de conseils stupides pour devenir idiot, d’autres de conseils idiots pour finir stupide. Quelques-uns, moins nombreux, parfois moins affligeants, se donnent pour objectif unique de traquer par la pensée cette mystérieuse condition, de construire sa définition et d’expliquer ainsi en quoi, finalement, le bonheur consiste vraiment. Entreprise louable, sans doute, mais qui tourne bien vite à la dissertation ennuyeuse et vaine puisque, comme Kant l’a montré puissamment, il s’agit seulement d’un « idéal de l’imagination », propre à chacun, et non d’une notion philosophique à proprement parler.
C’est donc avec soulagement qu’on lit, en ouverture du nouvel essai de Marc Augé : « Ce livre ne traitera pas du bonheur, mais des bonheurs. » D’emblée, l’anthropologue-écrivain renonce à échafauder une théorie de plus au sujet de la félicité en général et de la béatitude terrestre en particulier. Ce qui l’intéresse, c’est le pluriel de quelques instants singuliers, le surgissement et la persistance de moments et mouvements qui ravissent – à tel point que leur seul souvenir, en dépit du temps, continue à diffuser de la joie. De ces instants pleins, parfaits en leur genre, Marc Augé esquisse un élégant catalogue, à la fois personnel et générique, nonchalant et réfléchi.
Voir son grand-père, pas loin de mourir à l’hôpital, venir dire adieu à sa maison, contempler une dernière fois son jardin et sourire. Se souvenir de la joie des retours, des rencontres, de toutes les premières fois. Célébrer la place des chansons, ritournelles et refrains, la saveur et le rôle subtil des pâtes, inconnues naguère dans la culture alimentaire française, ou encore les plaisirs de l’âge. Voilà certains de ces instants dont la lumière...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ La chronique de Bruno Latour, à propos de « La Révolution antispéciste ».
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Qui a la parole ? Anti- ou multi- spécistes ?

La chronique de Bruno Latour, à propos de « La Révolution antispéciste ».



Le Monde
 |    01.03.2018 à 07h30
    |

                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            
La Révolution antispéciste, sous la direction d’Yves Bonnardel, Thomas Lepeltier et Pierre Sigler, PUF, 360 p., 17 €.

Vous avez aimé ­l’antiracisme et l’antisexisme ? Vous n’adorerez pas forcément l’antispécisme… C’est qu’il s’agit de se débarrasser de l’idée même d’espèce – qu’elle soit humaine ou animale –, qui établit des différences injustifiables entre les êtres capables de ressentir leur propre existence (les plantes, par un étrange préjugé neurocentrique, sont exclues de ce vaste chambardement : sans système neuronal, elles ne peuvent ni jouir ni ­pâtir de leur propre existence).
Le but ultime, c’est de considérer chaque individu – chat, escargot, vache ou brebis – pour lui-même, de le nommer en quelque sorte par son nom propre. Sans établir aucune hiérarchie, classe ou catégorie qui permettrait de justifier son exclusion. D’où le préfixe « anti » emprunté à la longue lutte pour l’éman­cipation des humains.
Difficile, en lisant ce recueil d’articles, de savoir si les militants de ces luttes ­seraient très enthousiastes de voir leurs combats alignés sur ceux pour le droit des bêtes. Il n’empêche que les militants antispécistes rassemblés dans ce volume paru, chose étrange, chez un éditeur ­universitaire, n’hésitent pas à lier tous les mouvements « anti » dans un seul combat contre la domination et l’exploitation. C’est ce front commun qui justifie l’usage du mot « révolution » dans le titre.
Mais attention, il ne s’agit pas d’écologie. Quand les écologistes se réjouissent du retour du loup dans les montagnes, les antispécistes s’indignent que l’Etat vienne aider un nouveau carnassier à exercer sa cruauté sur un mouton – mouton qu’il est évidemment indigne des bergers de préparer à l’abattoir.
Quoi ? Le loup est-il cruel ? Hélas, oui, comme les humains, mais à plus petite échelle.
Raisonnements bizarres
On comprend alors pourquoi les anti­spécistes combattent...




                        

                        


<article-nb="2018/03/01/19-12">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Le politologue Gil Delannoi, auteur de « La Nation contre le nationalisme », et le philosophe Heinz Weinmann, qui signe « Etat-nation, tyrannie et droits humains », débattent pour « Le Monde des livres » de la place de l’idée nationale dans un monde globalisé.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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Deux essais sur l’idée nationale : « La nation est un instrument d’inclusion »

Le politologue Gil Delannoi, auteur de « La Nation contre le nationalisme », et le philosophe Heinz Weinmann, qui signe « Etat-nation, tyrannie et droits humains », débattent pour « Le Monde des livres » de la place de l’idée nationale dans un monde globalisé.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 09h16
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
La Nation contre le nationalisme, de Gil Delannoi, PUF, 264 p., 19 €.
Etat-nation, tyrannie et droits humains. Archéologie de l’ordre politique, d’Heinz Weinmann, Liber, 402 p., 38 €.

La nation est-elle un modèle politique dépassé ? A l’heure où la mondialisation, la construction européenne mais aussi la mémoire des tragédies que le nationalisme a provoquées semblent remettre en cause ses fondements mêmes, il semble aller de soi pour beaucoup de commentateurs qu’elle n’est qu’une survivance du passé. Pourtant, elle résiste et reste plus que jamais au centre de la vie politique mondiale. Comment analyser cette permanence ? Que signifie la nation dans le contexte contemporain ? Que peut-elle encore apporter à nos démocraties ?
« Le Monde des livres » a réuni deux spécialistes de l’histoire et de l’actualité de la nation. Le politologue et sociologue Gil Delannoi, professeur à Sciences Po et directeur de recherche au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), signe La Nation contre le nationalisme. Codirecteur avec Pierre-André Taguieff de deux livres collectifs sur le nationalisme (dont Nationalisme en perspective, Berg international, 2001), il est également l’auteur de Sociologie de la nation (Armand Colin, 1999) et La ­Nation (Le Cavalier bleu, 2010). Philosophe et spécialiste de littérature comparée, Heinz Weinmann, Allemand installé au Canada depuis 1969, a écrit plusieurs livres sur l’histoire du Québec et coécrit avec Edgar Morin La Complexité humaine (Flammarion, 1994) ; il publie aujourd’hui Etat-nation, tyrannie et droits humains.
Les nations peuvent-elles disparaître ?
Gil Delannoi Dans Qu’est-ce qu’une nation ?, Ernest Renan [1823-1892] écrit : « Les nations ont commencé, elles finiront. »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans sa chronique, Christophe Ayad, chef du service International du « Monde », observe que les récents mouvements de contestation ont révélé l’existence de sérieuses failles au sein du régime.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     


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« En Iran, la peur a changé de camp »

Dans sa chronique, Christophe Ayad, chef du service International du « Monde », observe que les récents mouvements de contestation ont révélé l’existence de sérieuses failles au sein du régime.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 07h52
    |

            Christophe Ayad (chef du service International du "Monde")








                        



                                


                            

Chronique. L’histoire retiendra peut-être que c’est là, sur ce caisson électrique gris et anonyme au croisement des avenues Enghelab et Taleghani, dans le centre de Téhéran, que tout a commencé. Que tout a commencé ou que tout a fini, cela dépend du point de vue.
Le 27 décembre 2017, Vida Movahed, 31 ans, a grimpé sur le caisson et, sans un mot, après avoir ôté son voile blanc, l’a agité au bout d’une perche. Depuis, des dizaines d’autres femmes de tous âges et de toutes tendances l’imitent. Une protestation tranquille et débonnaire, comme une manifestation de pêcheurs à la ligne.
Il y a, dans ce geste, comme l’écho inversé de celui de Mohamed Bouazizi, le vendeur ambulant tunisien qui s’était immolé le 17 décembre 2010 devant la mairie de Sidi Bouzid, donnant le signal d’une contestation qui allait déboucher sur la révolution tunisienne et le soulèvement d’une bonne moitié du monde arabe. Mais là où Mohamed, désespéré, ne voyait d’autre issue que la mort, Vida, elle, est du côté de la vie. Et c’est pourquoi sa protestation gêne tellement les autorités iraniennes, qui ne savent comment s’y prendre pour y mettre fin, allant jusqu’à recouvrir le fameux caisson.
Emeutes contre la vie chère et le chômage
Quelque chose a changé en République islamique d’Iran. Est-ce grâce à Vida Movahed ou à d’autres ? Peu importe, mais le fait est là : la peur a changé de camp, ou plutôt, les Iraniens n’ont plus peur de leur régime.

Le geste de Vida Movahed est intervenu en pleine vague de manifestations, qui ont agité l’Iran fin décembre 2017 et début janvier. Cette contestation, qui a débuté à Machhad, une ville conservatrice, n’avait rien à voir avec la demande de libéralisation portée par la jeune femme. Elle aurait pour origine la colère de petits épargnants ruinés par la faillite d’instituts de crédit aux pratiques similaires à la pyramide de Ponzi. La capitale, Téhéran, est restée plutôt à l’écart de la protestation,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans une tribune au « Monde », un collectif de professionnels du septième art demandent la création de quotas dans le financement du cinéma.
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Sexisme au cinéma : « Les quotas, une étape inévitable pour vaincre les inégalités »

Dans une tribune au « Monde », un collectif de professionnels du septième art demandent la création de quotas dans le financement du cinéma.



Le Monde
 |    01.03.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 18h07
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. En France, chacun, chacune peut créer, inventer, s’exprimer librement au travers de la création artistique. Grâce à l’exception culturelle, notre Etat considère que le fruit de cette création n’est pas un bien marchand comme les autres, préservant ainsi la réalisation des œuvres culturelles. Avec son cinéma et ses actrices, la France incarne le septième art à travers le monde par sa diversité, sa singularité et son glamour.

Malgré tout, comme dans bien des domaines d’activité, les femmes restent discriminées dans le cinéma : moins d’un long-métrage sur quatre agréé par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) est réalisé par une femme. Aucune exposition à la Cinémathèque française n’a été consacrée à une cinéaste. En soixante et onze ans de Festival de Cannes : une demi-Palme d’or a été décernée à Jane Campion en 1993, partagée avec Chen Kaige. Et un César de la meilleure réalisatrice pour Tonie Marshall en 2000. Sans parler d’inégalités salariales, avec un écart de 42 % en défaveur des femmes, et d’inégalité des chances, avec seulement 28 % des avances sur recettes attribuées par le CNC pour des projets menés par des femmes.
Le talent n’est pas qu’un don reçu au berceau
Si la France ne cesse d’œuvrer pour que les femmes parviennent à peser de la même façon que les hommes sur la société et sur son évolution, le chemin à parcourir reste encore long et sinueux. Ailleurs, dans le monde, émerge une prise de conscience pour une réelle égalité des sexes dans les métiers du cinéma.

La Suède et l’Irlande ont adopté des quotas avec pour objectif que, d’ici trois ans, 50 % des subventions aillent à des projets portés par des femmes. L’Espagne, elle, a choisi un système de points, qui bonifie les projets des femmes pour l’attribution des aides. Le Canada s’est donné trois ans pour atteindre et maintenir la parité en ce qui concerne le nombre de productions réalisées par des femmes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Livre. Très documenté, le dernier essai de l’ancien journaliste du « Monde » Stephen Smith a pour vocation de dépassionner, avec une approche à contre-courant des politiques, le débat autour de l’immigration venue d’Afrique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Jusqu’où l’Europe peut-elle accueillir des migrants africains sans perdre son identité ?

Livre. Très documenté, le dernier essai de l’ancien journaliste du « Monde » Stephen Smith a pour vocation de dépassionner, avec une approche à contre-courant des politiques, le débat autour de l’immigration venue d’Afrique.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 17h00
    |

            Maryline Baumard








                        



                                


                            

Livre. Les sacs sont quasi bouclés. Bientôt, ils seront jetés à l’arrière d’un pick-up, avant de passer dans un canot de fortune… Les Africains et leur migration vers l’Europe seraient une histoire déjà écrite, si l’on en croit Stephen Smith dans son dernier essai. Ce départ est prêt, comme une esquisse au crayon de papier, qui ne demande qu’à être repassée d’un trait d’encre pour devenir effective.
Celui qui raconte ces grands préparatifs est un amoureux des chiffres, un fin connaisseur de l’Afrique et un globe-trotter qui a lui-même vécu entre Europe, Afrique et Etats-Unis. Aujourd’hui, il enseigne les Affaires africaines à l’université de Duke (Etats-Unis), après avoir été spécialiste du jeune continent pour Libération, de 1988 à 2000, et Le Monde, de 2000 à 2005, et avoir prêté son expertise à des organisations internationales (ONU, International Crisis Group).
Très documentée, riche en références littéraires, son analyse se nourrit d’abord d’un suivi longitudinal des statistiques africaines, avec, en arrière-plan, le fait que 10 % des terriens se partagent 50 % des richesses, quand la moitié le plus pauvre de l’humanité ne dispose, elle, que de 10 % des biens. Circonstance particulièrement indigeste pour les 40 % d’Africains qui ont moins de 15 ans et rien à perdre à tenter le grand voyage. Aujourd’hui ou demain.
L’habit du « stress écologique »
Il faut en effet se souvenir comme le rappelle l’auteur, que l’Afrique n’est pas un pays de cartes postale partout arriéré. C’est un continent très pauvre, certes, mais pénétré par la modernité. Ce qui n’est pas incompatible, ni dans les quarante villes subsahariennes qui dépassent déjà le million d’habitants, ni dans beaucoup d’autres… Des lieux qui fonctionnent comme une étape, un premier arrêt dans le grand exode qui travaille ce continent depuis plusieurs décennies.
L’Afrique est à un tournant : les deux conditions majeures de la ruée vers l’Europe...



                        

                        


<article-nb="2018/03/01/19-16">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Trente-cinq prix Nobel appellent, dans une tribune au « Monde », le président turc à libérer sans délai journalistes et écrivains incarcérés.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     


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« Nous demandons à Erdogan un retour rapide à l’Etat de droit et à une totale liberté de parole et d’expression »

Trente-cinq prix Nobel appellent, dans une tribune au « Monde », le président turc à libérer sans délai journalistes et écrivains incarcérés.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 15h37
 • Mis à jour le
01.03.2018 à 08h26
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Nous souhaitons attirer l’attention du président turc Recep Tayyip Erdogan sur les atteintes qui sont actuellement portées à la République turque, à sa réputation, à la dignité et au bien-être de ses citoyens, à travers ce que les plus hautes autorités internationales en matière de liberté d’expression estiment être la détention arbitraire et l’inculpation injustifiée d’écrivains et de penseurs, coupables uniquement d’avoir exercé ce droit universel qu’est la liberté d’expression. Nous attirons son attention sur le Mémorandum sur la liberté d’expression en Turquie (2017) rédigé par Nils Muiznieks, le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, où figure cette mise en garde :
« L’espace du débat démocratique en Turquie s’est réduit de manière inquiétante à la faveur du harcèlement judiciaire croissant dont sont victimes de larges pans de la société – dont des journalistes, des parlementaires, des universitaires et des citoyens ordinaires – et d’une action gouvernementale qui restreint le pluralisme et mène à l’autocensure. Cette dégradation est apparue dans un contexte extrêmement difficile, mais ni la tentative de coup d’Etat, ni les autres menaces terroristes qui planent sur la Turquie ne sauraient justifier la prise de mesures bafouant la liberté des médias et violant l’Etat de droit à ce point. Les autorités devraient changer de cap dans les plus brefs délais en refondant la législation et la procédure pénales, reconsolider l’indépendance de la justice et réaffirmer leur engagement à protéger la liberté d’expression. »
Un vaste programme de répression
Il n’est d’exemple plus clair des inquiétudes du commissaire Muiznieks que la détention, en septembre 2016, d’Ahmet Altan, éditorialiste et romancier renommé, de Mehmet Altan, son frère, professeur d’économie et essayiste, et de Nazli Ilicak, éminente journaliste – tous font partie d’une vague d’arrestations qui a suivi le coup d’Etat...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le président d’IBM France Nicolas Sekkaki estime que travailler avec une matière aussi disruptive que l’intelligence artificielle implique la confiance… Et son corollaire, la transparence.
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« Un usage humaniste et responsable de l’intelligence artificielle » est possible

Dans une tribune au « Monde », le président d’IBM France Nicolas Sekkaki estime que travailler avec une matière aussi disruptive que l’intelligence artificielle implique la confiance… Et son corollaire, la transparence.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 14h30
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Nicolas Sekkaki (Président d’IBM France)







                        



                                


                            

Tribune. A l’approche de la publication des conclusions de la mission sur l’intelligence artificielle présidée par Cédric Villani [député LRM], le débat semble figé entre deux camps qui correspondent à deux opinions diamétralement opposées sur le progrès. D’un côté, ceux qui craignent perpétuellement le pire, et notamment que les avancées techniques ne servent que quelques intérêts particuliers. Ceux-là considèrent comme naïfs ceux qui, de l’autre côté, espèrent toujours que l’innovation résoudra tous nos maux. Entre ces deux opinions, nous défendons une voie médiane où le progrès sert à tous.

Pas un jour ne s’écoule sans que la technologie, intelligence artificielle en tête, véhicule de nouvelles craintes. Et si la machine dominait le monde ? Et si nous étions espionnés ? Et si nous perdions nos emplois ? Pourtant, nous le savons bien, les technologies améliorent la vie quotidienne : meilleur accès aux soins, meilleure appréciation des risques et anticipation des catastrophes, éducation personnalisée et partage accru de la connaissance.
Les entreprises doivent pouvoir expliquer ce qui a été intégré dans les recommandations de leurs algorithmes, quelles sources sont utilisées et pourquoi
Le progrès n’est accepté socialement que s’il est inclusif. Donc, ce qui en est fait est l’affaire de tous : citoyens, entreprises, pouvoirs publics. Créée par l’homme et pour l’homme, la technologie reste un outil permettant de faire ce qui est hors de portée physique ou intellectuelle. Autrement dit, elle nous augmente.
Avec chaque nouvelle génération technologique, de nouveaux rôles, de nouveaux modèles économiques et sociaux sont inventés ; des aptitudes différentes et des compétences inédites voient le jour. Notre responsabilité collective est d’en faciliter l’éclosion. Pour que le progrès serve à tous, nous savons que rien ne remplace la vigilance, le travail ou quelques principes inaliénables. Travailler avec une...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ L’utilisation de robots supprimera certes des emplois, mais en créera d’autres, estime Ulrich Spiesshofer, PDG d’un groupe international d’ingénierie, dans une tribune au « Monde ».
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Intelligence artificielle : « Les “machines intelligentes” ne sont pas près de remplacer les êtres humains »

L’utilisation de robots supprimera certes des emplois, mais en créera d’autres, estime Ulrich Spiesshofer, PDG d’un groupe international d’ingénierie, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    28.02.2018 à 14h30
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 14h34
    |

Ulrich Spiesshofer (PDG d’ABB, l’un des leadeurs mondiaux dans  les technologies de l’énergie et de l’automation)







                        



                                


                            
Tribune. Les titres de certains articles publiés récemment sont alarmistes : « L’automatisation menace 800 millions d’emplois », « Travaillerons-nous au service des robots ? »… A chaque nouvelle évolution dans les domaines de l’intelligence artificielle et du machine learning (apprentissage automatique), les prévisions quant aux mutations du marché du travail se veulent toujours plus extrêmes. Pour autant, cette crainte grandissante de l’obsolescence de l’homme dans le monde du travail n’est pas fondée – comme en témoignait déjà il y a des décennies le philosophe hongrois Michael Polanyi dans son désormais célèbre paradoxe.
Le marché du travail va évoluer entraînant la suppression de certains emplois tout en en créant de nouveaux que nous ne pouvons même pas imaginer aujourd’hui
En 1966, Polanyi, alors chercheur à Oxford, expliquait pourquoi les machines étaient imbattables pour certaines tâches, mais totalement incompétentes pour d’autres. Après avoir évalué les aptitudes de l’homme, il concluait : « Nous en savons plus que ce que nous pouvons exprimer. » En d’autres termes, l’homme excelle dans des tâches dont il est incapable d’expliquer clairement la réalisation. De ce fait, il est quasi impossible de programmer une machine pour réaliser ces tâches-là à sa place.
En se fondant sur le paradoxe de Polanyi, on peut raisonnablement penser que les « machines intelligentes » ne sont pas près de remplacer les êtres humains, même si les toutes dernières évolutions en matière d’intelligence artificielle et d’automatisation feront évoluer le marché du travail, entraînant la suppression de certains emplois tout en en créant de nouveaux que nous ne pouvons même pas imaginer aujourd’hui.
A titre d’exemple, l’agence Associated Press utilise désormais des programmes d’intelligence artificielle pour rédiger des dépêches, certes peu élégantes du point de vue stylistique, mais parfaitement compréhensibles, relatives à des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans cette chronique, l’ancien membre du directoire de la BCE Jürgen Stark estime que la politique monétaire expansionniste de l’institution n’est pas adaptée à la réalité économique.
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« La politique actuelle de la Banque centrale européenne est tout simplement irresponsable »

Dans cette chronique, l’ancien membre du directoire de la BCE Jürgen Stark estime que la politique monétaire expansionniste de l’institution n’est pas adaptée à la réalité économique.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 14h30
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Jürgen Stark (Ex-membre du directoire de la Banque centrale européenne et ancien vice-président de la Bundesbank)







                        



                                


                            
Vu d’ailleurs. Le récent plongeon de presque 1 600 points de l’indice Dow Jones montre à quel point les marchés financiers et les acteurs économiques se sont accoutumés à une politique monétaire expansionniste. Des taux d’intérêt faibles et un relâchement monétaire de longue durée ont incité les investisseurs à prendre des risques inconsidérés. Plus ces mesures seront prolongées, plus forte sera la menace qui pèse sur la stabilité du système financier mondial.
Depuis fin 2015, la Fed augmente peu à peu son principal taux directeur qui atteint maintenant 1,5 %
Il y a longtemps que les mesures de relâchement monétaire extrême ne sont plus appropriées. L’économie mondiale connaît une reprise de plus en plus marquée. Selon la dernière mise à jour des « Perspectives de l’économie mondiales » du Fonds monétaire international (FMI), la croissance va se prolonger dans les trimestres à venir, surtout aux Etats-Unis et dans la zone euro.
Pourtant, les institutions internationales, dont le FMI, craignent la correction brutale des marchés due aux changements en matière d’attente d’inflation et de taux d’intérêt et continuent à proclamer que le resserrement de la politique monétaire ne doit se faire que très progressivement. Aussi les banques centrales continuent-elles à reporter la normalisation de leur politique, ce qui entraîne une hausse du prix des actifs suscitant des distorsions boursières spectaculaires qui rendent ces corrections inévitables.
Il est vrai que la Réserve fédérale américaine (Fed) s’éloigne de sa politique d’expansion monétaire depuis fin 2013, lorsqu’elle a commencé à réduire son bilan et à diminuer progressivement ses rachats d’obligations jusqu’à y mettre fin. Depuis fin 2015, elle augmente peu à peu son principal taux directeur, qui atteint maintenant 1,5 %.
Polarisation
Mais elle est loin d’avoir normalisé sa politique. Considérant le stade avancé du cycle économique, les prévisions relatives à la croissance...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Editorial. L’exécutif est déterminé à engager une réforme en profondeur de l’entreprise ferroviaire, qui doit faire face à l’ouverture du rail à la concurrence en 2020.
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Dette, concertation, usagers... les trois défis de la SNCF

Editorial. L’exécutif est déterminé à engager une réforme en profondeur de l’entreprise ferroviaire, qui doit faire face à l’ouverture du rail à la concurrence en 2020.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 11h54
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 12h20
   





                        


Editorial du « Monde ». On ne change pas une méthode qui marche – ou, en tout cas, qui a marché jusqu’à présent. Telle pourrait être la devise du pouvoir exécutif. Déterminé à engager une réforme en profondeur de la SNCF, il procède comme il l’a fait à l’automne 2017 sur le dossier réputé hautement inflammable du droit du travail, puis sur ceux non moins épineux de l’entrée à l’université et du baccalauréat.
Dans chaque cas, avec des variantes, la démarche politique est la même. Le gouvernement se présente comme un réformateur avisé, affrontant enfin avec lucidité des transformations indispensables et trop longtemps différées. Ainsi pour la SNCF : personne ne peut le contester, la situation de l’entreprise ferroviaire est lourdement handicapée par une dette cumulée de quelque 50 milliards d’euros, elle n’a donc pas réalisé depuis des années les investissements nécessaires à sa modernisation et elle va aborder en position de faiblesse l’ouverture du rail à la concurrence à partir de 2020.

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                Alors que le gouvernement s’apprête à la réformer, la SNCF affiche d’excellents résultats



Devant cette situation « intenable », il y a donc urgence à réagir, comme l’a plaidé le premier ministre, lundi 26 février. Dix jours après le rapport de M. Spinetta posant le diagnostic, Edouard Philippe a fixé un calendrier des plus rigoureux pour boucler la réforme avant l’été. Sans craindre de heurter les syndicats qui dénoncent ce « passage en force » autant que les parlementaires de droite ou de gauche qui déplorent un « déni de démocratie », il a choisi de déposer, dès la mi-mars, après une très courte phase de discussion avec les syndicats, un projet de loi l’autorisant à procéder par ordonnances. Vite fait, bien fait, tel est le premier pari.
Efficacité de la manœuvre gouvernementale
Pour réussir, il lui importe de gagner la deuxième bataille du rail, celle de l’opinion. Sans craindre de forcer le trait. Faisant du statut des cheminots l’un des archaïsmes majeurs qui pèsent sur la gestion de la SNCF, soulignant la dégradation de la qualité du service public ferroviaire (ponctualité, sécurité, prix des billets, maillage du territoire), il s’est posé en premier défenseur des usagers du train.
Non sans habileté, il a circonscrit la suppression du statut aux futurs embauchés, renvoyé à 2019, dans le cadre de la réforme générale des retraites, la question délicate de celle des cheminots, et à 2020, au moment de l’ouverture à la concurrence, celle des petites lignes déficitaires. Quelle que soit leur volonté de combattre la réforme, les syndicats ne mésestiment pas l’efficacité de la manœuvre gouvernementale. Plutôt que de foncer tête baissée, ils ont renvoyé à la mi-mars le choix de leur riposte, bien conscients que nous ne sommes plus dans la situation de 1995, lorsque les cheminots, largement soutenus par les Français, avaient paralysé le pays et fait reculer le gouvernement Juppé.

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                Début d’une phase de concertation à la SNCF



Reste une évidence. Quoi qu’il advienne de ces deux premières batailles, leur sort ne réglera en rien la plus stratégique : celle de la dette qui plombe terriblement la SNCF, sa capacité à se moderniser et à affronter, demain, la concurrence. Or c’est le point aveugle du plan gouvernemental. Si l’Etat se dit prêt à prendre sa part de cette dette, il reste des plus évasif sur le calendrier (d’ici à « la fin du quinquennat »…), le montant qu’il envisage d’éponger et les modalités de cet apurement.
Au-delà des aménagements de statut ou de gouvernance, c’est la question cruciale. Faute d’y répondre clairement, le gouvernement s’expose, au bout du compte, à apparaître plus matamore que réformateur.



                            


                        

                        

