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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Héritier de Jack Smith et de Luis Buñuel, le cinéaste explore l’érotisme surréaliste et se joue des carcans.
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Bertrand Mandico, mage des désirs polymorphes

Héritier de Jack Smith et de Luis Buñuel, le cinéaste explore l’érotisme surréaliste et se joue des carcans.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 08h15
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

Avec sa crinière de jais, son bouc sensuel savamment taillé, son regard doux et intense qui prend étrangement la tangente par instants, avec sa grosse bague en ivoire sculpté et ses écharpes soyeuses, Bertrand Mandico ne passe pas inaperçu. Les Garçons sauvages est son premier long-métrage, mais pas son coup d’essai. A 46 ans, ce dandy excentrique est l’auteur d’une œuvre proliférante et protéiforme (une trentaine de courts et de moyens-métrages au total), dont la liberté, l’esthétique « camp » à la fois ­sophistiquée et artisanale, les visions surréalistes empreintes d’un érotisme capiteux et tendanciellement burlesque lui valent depuis des années les honneurs de la cri­tique et des plus grands festivals.

Accaparé d’un côté par les avant-premières des Garçons sauvages, de l’autre par la postproduction de son nouveau moyen-métrage, Ultra-Pulp, Bertrand Mandico a passé les dernières semaines tendu comme un arc. Rien n’y paraît, toutefois, quand il reçoit dans l’ancien atelier de sculpture aux allures de jardin d’hiver où il a fait son nid, au dernier étage d’un immeuble ouvert sur les hauteurs de Montmartre, dans le 18e arrondissement parisien. L’histoire de ce lieu, hôtel bâti pour l’exposition universelle de 1925, où auraient résidé un temps les danseurs des Ballets russes, semble irriguer le cabinet de curiosités qu’il abrite aujourd’hui : une fabuleuse collection de dessins érotiques, d’animaux empaillés, de poupées plus ou moins flippantes, de plantes folâtres, de masques de monstres bulgares et autres grigris rapportés de voyages au bout du monde, de beaux livres aux titres sulfureux. Sans oublier, au milieu de la pièce, le totem des Garçons sauvages : un crâne humain serti de pierres précieuses multicolores.

Veine nippone
Pour cet esthète habité, l’esprit des lieux n’est pas une mince affaire. Encouragé par son producteur, l’intrépide Emmanuel Chaumet, Bertrand Mandico a d’abord...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Le conte initiatique de Bertrand Mandico, au noir et blanc lustré, oscille entre récit d’exploration et odyssée transformiste.
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« Les Garçons sauvages » : cinq mauvais garçons dans la jungle du masculin

Le conte initiatique de Bertrand Mandico, au noir et blanc lustré, oscille entre récit d’exploration et odyssée transformiste.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 08h13
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 08h16
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Les épithètes pleuvent dès qu’il s’agit de qualifier le cinéma foisonnant de Bertrand Mandico : symboliste, ésotérique, érotomane, décadentiste, hétéroclite… Toutes lui conviennent, mais aucune ne décrit parfaitement cet art qui remonte au fondement du pacte cinématographique, où les coutures entre images et sons ouvrent autant de brèches vers l’imaginaire. Suggestifs, les films de Mandico le sont donc littéralement. Et c’est encore le cas des Garçons sauvages, son premier long-métrage après vingt ans d’aventures dans le domaine du court, conçu comme un grand jaillissement de formes et de textures, d’artifices et d’effets mis à nu, le tout s’agglomérant en une somptueuse pâte à modeler les fantasmes. Un formalisme débridé qui convoque les puissances du récit, pour dérouler bien plus qu’une simple histoire : un songe, une fantasmagorie, une bouffée délirante ou une chimère.

        Lire le portrait :
         

          Bertrand Mandico, mage des désirs polymorphes



Le film se présente sous la forme du conte initiatique, au noir et blanc lustré, entre récit d’exploration et odyssée transformiste. Une bande de cinq garçons, dans la fureur de l’adolescence, déchaîne une violence pulsionnelle sur leur professeure (Nathalie Richard), provoquant sa mort. En guise de correction, ils sont remis aux mains d’un capitaine hollandais (Sam Louwyck) qui les embarque sur son navire pour une éprouvante traversée. A terme, ils débarquent sur une île mystérieuse, à la géographie instable, où une nature luxuriante les entraîne sur la voie de plaisirs insoupçonnés, produisant sur eux d’étranges bouleversements. Ne seraient-ils pas les cobayes d’une expérience secrète, comme semble l’attester la présence d’un savant fou nommé Séverin (Elina Löwensohn) ? Leur séjour prolongé achève leur métamorphose : les garçons sont devenus des filles.
Masculinité en devenir
Ici comme dans les autres films de Bertrand Mandico, l’aventure se situe avant tout au niveau du sexe, dont il s’agit de brouiller les habituelles lignes de partage, pour mieux orchestrer l’expérience d’une pansexualité polymorphe. C’est d’ailleurs moins le changement de sexe en lui-même qui mobilise le film que la zone instable de fluctuation et de glissement conduisant d’un genre à l’autre.
Mais le coup de génie de Mandico est sans doute d’avoir confié les rôles des garçons violents à de jeunes actrices – Vimala Pons, Pauline Lorillard, Diane Rouxel, Anaël Snoek et Mathilde Warnier –, investissant l’androgynie de l’adolescence dans un numéro transformiste de haute volée. A elles cinq, elles dressent un formidable poste d’observation de la mascu­linité en devenir, aux prises avec ses rituels grégaires : rodomontades, goguenardise, vantardise, donjuanisme, priapisme, despotisme… Une masculinité perçue depuis le corps féminin, comme de l’extérieur. Leur transfor­mation consiste ainsi à décloisonner l’empire du phallus, pour ­élargir sa fonction érogène au corps tout entier, devenant dans sa métamorphose le réceptacle ­intégral du plaisir.
Mandico ne montre que ra­rement la sexualité de front, pré­férant stimuler un imaginaire érotique en la désignant par une série de litotes visuelles
Mandico ne montre que ra­rement la sexualité de front, pré­férant stimuler un imaginaire érotique en la désignant par une série de litotes visuelles. Ce faisant, l’idée du sexe contamine le monde alentour, rejaillit partout dans l’environnement des personnages, comme une hypostase miroitante du désir et de ses ­multiples configurations. A commencer par le décor du navire, qui, avec ses jougs, ses chaînes, ses entraves, ressemble à un théâtre sadomasochiste, où les pires sévices n’en attisent pas moins la concupiscence secrète des garçons. Ou encore cette jungle où se perd l’équipage, dont la végétation turgescente contient dans ses formes lascives une invi­tation à la débauche.
La forme baroque du film n’est, en elle-même, qu’une grande montée de sève : poudroiements, surimpressions, passages instantanés à la couleur, rétroprojections, bricolages visuels… Autant de procédés primitifs, réalisés à même le plateau, qui font revivre la candeur et la poésie illusionniste du cinéma muet. Leur prolifération pousse la pellicule dans ses retranchements, à travers une série d’états extatiques qui s’apparentent à la jouissance. Car, dans le cinéma de Bertrand Mandico, l’image est une zone érogène comme les autres, qui se prolonge et s’épanouit dans l’œil transi du spectateur.



Film français de Bertrand Mandico. Avec Pauline Lorillard, Vimala Pons, Diane Rouxel, Anaël Snoek, Mathilde Warnier et Elina Löwensohn (1 h 50). Sur le Web : www.eccefilms.fr/LES-GARCONS-SAUVAGES et fr-fr.facebook.com/bertrandmandicofilms



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ A travers l’objectif d’une jeune photographe, le cinéaste Mehdi Ben Attia dresse un portrait composite de la jeunesse tunisienne.
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« L’Amour des hommes » : regarde les hommes poser

A travers l’objectif d’une jeune photographe, le cinéaste Mehdi Ben Attia dresse un portrait composite de la jeunesse tunisienne.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 08h12
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Amel (Hafsia Herzi), jeune photographe tunisienne, vient de perdre son mari dans un accident. Terrassée par le deuil, elle est accueillie par la famille du défunt et épaulée par son beau-père, qui l’encourage dans sa pratique artistique. Pour conjurer son chagrin, elle entame une série de photographies mettant en scène de jeunes hommes dénudés qu’elle choisit au hasard dans les rues de Tunis. Devant L’Amour des hommes, troisième long-métrage du réalisateur et scénariste tunisien Mehdi Ben Attia, on saisit très vite qu’à l’origine du projet préside le désir d’une interversion : celle de donner à un personnage féminin le statut de sujet désirant, et à la gent masculine, celui d’objet du désir.
Si le geste est louable, il n’épuise pas tout l’intérêt suscité par le film, dont l’intelligence réside précisément dans la manière dont ce fantasme d’interversion, loin d’être souverain, se trouve sans cesse confronté à la réalité des rapports entre hommes et femmes dans la société tunisienne. Car on pourrait penser que lorsqu’elle photographie, Amel est dans sa bulle, exerçant sa pratique sans aucune entrave morale. Quant aux hommes qui la suivent, ils se prennent au jeu de son désir à condition d’être isolés.
Suspense érotique
Lors d’une très belle séquence, un ancien ami de son mari accepte de poser pour elle en plein après-midi, dans l’appartement déserté des beaux-parents. A sa demande, le jeune homme se dénude lentement. La scène, très érotique, laisse planer un doute : on ne sait pas si on assiste aux prémices d’un rapport sexuel dont le prétexte serait une séance de travail. Le doute reste entier avec l’arrivée des beaux-parents, sidérés de voir dans leur salon leur bru penchée sur un homme à moitié nu.
Malicieusement, Mehdi Ben Attia agrippe l’attention par un suspense érotique qui ne laisse jamais savoir comment se termineront les séances photo, toujours interrompues pour des raisons différentes. Ces instants que l’on pensait suspendus et à l’abri du monde et des regards se révéleront poreux et précaires, l’air extérieur s’y engouffre tellement que ces séances figurent peu à peu un portrait composite de la jeunesse tunisienne. Toute une galerie de personnages défilent devant l’appareil d’Amel, et la diversité de leurs réactions permet au film de ne jamais figer son propos et d’échapper à une lecture binaire qui ferait de la jeune femme un ange et des personnages masculins des prédateurs en puissance.
A tous les niveaux, Mehdi Ben Attia cultive savamment l’ambiguïté, renverse ce qui avait l’air fixé pour de bon
A tous les niveaux, Mehdi Ben Attia cultive savamment l’ambiguïté, renverse ce qui avait l’air fixé pour de bon. Ainsi, le désir d’Amel n’est peut-être qu’un outil de travail comme un autre qui lui permet d’obtenir ce qu’elle veut de ses modèles. Quant à son appareil, il est un bouclier qui lui permet de tenir les hommes à distance, mais qui peut aussi se retourner contre elle et la fragiliser. Femme photographiant des hommes, Amel prend inévitablement le risque de devenir l’objet d’un désir dont elle ne veut pas, mais c’est dans ce risque que se loge toute la valeur de son projet.
De ce dispositif ludique, le cinéaste tire ainsi une matière infiniment riche dont la complexité tient à la faculté de retournement permanent. Ainsi du très beau personnage du beau-père (Raouf Ben Amor), patriarche cultivé et ouvert d’esprit, complice et mécène de la photographe, que la frustration sexuelle rendra pourtant violent. Ni Amel ni le film ne le condamneront, car Mehdi Ben Attia est bien trop affairé à déjouer habilement les attentes pour s’octroyer le droit de juger ses personnages. Entre le noir et le blanc, L’Amour des hommes a la grande délicatesse de s’en tenir au gris.

Film français et tunisien de Mehdi Ben Attia. Avec Hafsia Herzi, Raouf Ben Amor, Haythem Achour (1 h 45). Sur le Web : www.epicentrefilms.com/L-Amour-des-hommes-Mehdi



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Le premier long-métrage de Marie Garel-Weiss documente par la fiction le quotidien d’un centre de désintoxication.
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« La fête est finie » : Clémence Boisnard et Zita Hanrot donnent corps à la marginalité

Le premier long-métrage de Marie Garel-Weiss documente par la fiction le quotidien d’un centre de désintoxication.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 08h09
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 12h29
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Céleste, jeune toxicomane, est admise dans un centre de désintoxication. Elle fait la connaissance de Sihem, qui vient d’intégrer le centre en même temps qu’elle, une jeune femme très solitaire qui refuse de se mêler au reste du groupe. Peu à peu, Sihem et Céleste deviennent inséparables, au risque d’être montrées du doigt par les soignants qui y voient un obstacle à leur guérison. Après s’être échappé du centre en pleine nuit pour dévorer un kebab, les deux amies en seront définitivement exclues. Livrées à elles-mêmes dans une petite chambre, elles devront survivre et tenter par la seule force de leur volonté de ne pas replonger dans leurs anciennes addictions.
Premier long-métrage de Marie Garel-Weiss, La fête est finie documente par la fiction le quotidien d’un centre de désintoxication rythmé par des séances de thérapies de groupe qui deviendront vite bien trop étriquées pour accueillir la fougue désespérée des deux héroïnes. Si le film est porté par le charme et l’énergie de ses deux actrices (Clémence Boisnard et Zita Hanrot), il ne parvient pas à éviter les automatismes du cinéma dit naturaliste.
Evidente complicité
Des scènes d’engueulades aux virées en boîte de nuit, La fête est finie aurait pu se permettre d’être encore plus sauvage et imprévisible et donne le sentiment de contenir sa frénésie à l’intérieur d’un espace scénaristiquement très convenu, à l’image de Céleste et Sihem étouffant dans leur centre de désintoxication.
Pour autant, l’amitié fusionnelle des deux héroïnes et l’évidente complicité des deux actrices arrivent à faire émerger quelques beaux moments et à donner corps à la marginalité qu’elles incarnent. A force de ne pas tenir en place, les deux jeunes femmes parviennent ainsi partiellement à emporter le récit au-delà de ses limites.

Film français de Marie Garel-Weiss. Avec Clémence Boisnard, Zita Hanrot, Michel Muller (1 h 33). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/la-fete-est-finie.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le western de John Ford conte la quête subtile d’une unité perdue.
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Reprise : entre remariage et lien filial, la grandeur de « Rio Grande »

Le western de John Ford conte la quête subtile d’une unité perdue.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 08h05
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


Sur la musique de Victor Young et à la suite d’un générique martial, une compagnie de cavalerie rentre au fort après ce que l’on devine être une bataille sanglante. Personne ne semble avoir la force ou le courage de parler. La colonne est lente, les hommes ont sur le visage l’expression d’un épuisement total. Les blessés semblent nombreux. Les femmes attendent, scrutent le régiment, espérant retrouver debout, vivant pour le moins, un mari, un fils, un père. C’est le début de Rio Grande, de John Ford. Jamais, sans doute, le cinéma n’avait donné une telle sensation d’hébétude et de souffrance, exprimé en quelques plans muets une telle impression de dévastation humaine.
Jamais, sans doute, le cinéma n’avait exprimé en quelques plans muets une telle impression de dévastation humaine
Rio Grande (1950) est le troisième volet de ce que l’on a appelé la première trilogie de la cavalerie, après Le Massacre de Fort Apache (1948) et La Charge héroïque (1949). C’est sans doute le film le moins aimé de la série. C’est peut-être le plus beau des trois. On n’y critique pas la politique d’extermination des Indiens comme dans le premier titre. On n’y dresse pas non plus le portrait mélancolique d’un vieil officier qui n’aimait pas la guerre et partait en retraite comme dans le second. Rio Grande apparaît, avec le concours du chœur des Sons of the Pioneers, qui poussent la chansonnette durant quelques moments cruciaux, comme une des œuvres les plus sentimentales de Ford. De quoi rebuter a priori tout spectateur blasé ou cynique.
L’enjeu de Rio Grande est ailleurs : il réside dans la manière dont le trauma historique de la division des Etats-Unis s’incarne dans un mariage brisé, et la quête de l’unité perdue dans les retrouvailles d’époux séparés par l’Histoire. De surcroît, le lieutenant-colonel Yorke (John Wayne) a la surprise de découvrir que son fils (le juvénile Claude Jarman Jr), après avoir échoué à l’école d’officiers de West Point, a été muté dans son propre régiment comme simple soldat. Il est bien résolu à traiter celui-ci sans aucun égard. Sa femme (Maureen O’Hara), dont il est séparé depuis des années, depuis qu’il a brûlé la propriété de celle-ci parce qu’elle était du côté des confédérés, débarque un jour, suppliant son mari de rendre sa liberté à leur fils et de lui éviter les dangers de la guerre.
Pudeur et justesse
Rio Grande pourrait être qualifié de western du remariage. Comment, progressivement, le lien amoureux va se reformer entre les deux époux. Mais c’est aussi un film sur le lien filial, envisagé sous un angle inattendu et complexe. Tout comme les premières images du film refusent l’image triomphante et consolante de la guerre, Rio Grande détourne un programme tout tracé. Le fils de Yorke devra faire la preuve de son courage et de sa maturité en sauvant un groupe d’enfants blancs enlevés par les Apaches – ce qu’il parviendra à faire.
C’est aussi un film sur le lien filial, envisagé sous un angle inattendu et complexe
Pourtant, la prescription exigeant du fils la reproduction d’une virilité paternelle est contredite par un plan, un seul, qu’il est même possible de ne pas remarquer – grandeur, pudeur et justesse du cinéma de Ford. Lorsque le lieutenant-colonel, à la tête de ses hommes, surgit dans l’église où les enfants sont regroupés, il cherche des yeux son propre rejeton. Le visage de celui-ci surgit au milieu des gamins. Malgré ses exploits précédents, le fils de Yorke ne peut à ce moment même être perçu par le spectateur adoptant le regard de son père que comme un enfant parmi les autres.
C’est un plan qui subvertit ce commandement de l’idéologie patriarcale. Ce « tu es toujours un enfant, mon fils » contredit en effet ce que l’on pensait être un ordre immuable. A l’heure où le cinéma classique est parfois considéré comme une représentation complaisante de la domination masculine et de ses valeurs (« tu seras un homme, mon fils »), voilà un exemple qui dément les fondements de cette analyse.

Film américain de John Ford. Avec John Wayne, Maureen O’Hara, Claude Jarman Jr (1 h 45). Sur le Web : www.swashbuckler-films.com/rio-grande.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Laurent Roth s’interroge sur ce que filmer la guerre veut dire.
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DVD : « Les Yeux brûlés » ou comment regarder la mort en face

Laurent Roth s’interroge sur ce que filmer la guerre veut dire.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 08h04
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’objet, étonnant et oublié, date de 1986. Il est signé Laurent Roth, futur artisan multicarte (réalisateur, scénariste, acteur, critique de cinéma, poète, dramaturge), à cette date conscrit au Service cinématographique des armées. Il y remporte un concours à l’occasion du quarantième anniversaire du martial organisme, qui va lui permettre de tourner, dans une liberté assez remarquable, Les Yeux brûlés.
Le résultat consiste en un montage de deux régimes d’images. Archives prélevées au Fort d’Ivry d’un côté. Entretien avec quelques grands reporters de guerre de l’autre. Ce pourrait être un film de pure propagande à la gloire de l’armée française, ce sera tout autre chose, une réflexion ambitieuse sur ce que signifie le fait de filmer la guerre. Les archives y forment un grand bain non chronologique, dans lequel des images des deux guerres mondiales et d’Indochine se télescopent.
Du côté discursif, quelque chose qui tient du dispositif s’installe, à la croisée du documentaire et de la fiction
De grands moments de foule fébrile (la mobilisation, le départ des conscrits, le retour) y côtoient les intenses solitudes et les cruelles souffrances des hommes au combat, le vide hagard des regards, l’abstraction meurtrière des bombes lâchées du ciel. Scènes répertoriées, non sans beauté ni composition, que le montage excède pourtant, les transformant en spectacle dément.
Du côté discursif, quelque chose qui tient du dispositif s’installe, à la croisée du documentaire et de la fiction. Soit l’aéroport de Roissy en 1986, une cantine militaire qui tourne sur un tapis vide (celle du reporter de guerre Jean Peraud, tué le 8 mai 1954 à Diên Biên Phu), et une jeune femme qui la réceptionne, qui se trouve être l’actrice Mireille Perrier, droit sortie du désenchantement amoureux de Boy Meets Girl, de Leos Carax. Des photographies sont sorties de la boîte, qui sont prétexte à nouer dialogue avec quelques illustres baroudeurs de l’image de guerre, parmi les plus illustres desquels se trouvent Raoul Coutard et Pierre Schoendoerffer.
Esthétique et innommable
Il en ressort un exquis dialogue de sourds entre les rôles aussi bien qu’entre les sexes. La femme jette un regard faussement candide sur les photographies, cherche à comprendre, tâtonne, module ses questions, touche, l’air de rien, là où ça fait mal, fait sortir de leurs gonds, avec une douceur intolérablement insistante, ces hommes qui ont vu le pire. Les professionnels, durs à cuire revenus des fronts, qui ont photographié la mort en face, qui cultivent les valeurs viriles et fraternelles de l’amitié et de la pudeur, semblent, pour certains d’entre eux, excédés de devoir s’expliquer, pour d’autres se réfugient derrière un discours faussement impavide.
« Les Yeux brûlés » doit être à ce jour le film le plus antibelliciste jamais commandé par l’Armée française
Car ces hommes sont comme les autres. Ils n’approchent pas la mort sans frémir, ils ne la filment pas sans effroi. Ils ne composent par leurs plans sans s’interroger sur le rapport entre l’esthétique et l’innommable, sur cet immense désastre qu’ils s’appliquent à figurer, donc à cacher, mais qu’ils révèlent quand même et qui s’appelle la guerre. Encore faut-il ne pas le laisser paraître. Chacun d’entre eux est une casemate à prendre, que la jeune femme force, regard clair et front soucieux, selon une rhétorique sinueuse. C’est qu’on approche ici l’idée du sacrilège de la mort cinématographique, moment inaliénable de la vie humaine que le cinéma entreprend de voler et de répéter mécaniquement, telle qu’André Bazin l’a formulée dans un texte célèbre (« Mort tous les après-midi »).
Jamais distribué en son temps, tiré de l’oubli par le distributeur Thomas Ordonneau, Les Yeux brûlés, qui doit être à ce jour le film le plus antibelliciste jamais commandé par l’Armée française (honneur à elle), a été présenté à Cannes, puis est sorti en salle en 2015. La présente édition DVD lui ajoute l’intégralité des entretiens enregistrés de Raoul Coutard et Pierre Schoendoerffer.



Film français de Laurent Roth (1986). 1 DVD et 1 livret. Ed. Shellac. Sur le Web : www.shellac-altern.org/films/376



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ « Flagellations » et « Mortelles confessions », du cinéaste britannique, ressortent en Blu-ray.
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DVD : Pete Walker, maître ès châtiments

« Flagellations » et « Mortelles confessions », du cinéaste britannique, ressortent en Blu-ray.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 08h03
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


Les films du Britannique Pete Walker ont été peu (et mal) distribués en France, essentiellement tardivement dans des salles de quartier et parfois uniquement en cassettes vidéo dans les années 1980, soit bien après que le cinéaste eut abandonné la réalisation pour se recycler dans l’immobilier. Raison de plus pour se féliciter de cette édition en Blu-ray par Artus Films de deux de ses titres les plus marquants.
Prototype du réalisateur indépendant ayant spéculé sur le recul de la censure, Pete Walker a débuté dans les saucy pictures (comédies érotiques et grivoises), en vogue à la fin des années 1960. Les grands mythes du fantastique gothique exaltés notamment par le studio Hammer Film donnent des signes d’épuisement au cinéma. L’horreur sera désormais réaliste et malsaine, et Walker s’engouffrera dans cette brèche. Flagellations (1974) est ainsi le premier titre annonçant une série de films construits sur le même principe. Sa singularité, ainsi que celle de Mortelles confessions repose sur une profonde ambiguïté.
Sensations érotiques et sadiques
Dans Flagellations, un jeune homme ténébreux, Mark E. Desade (prononcer Marquis de Sade !) séduit une top-modèle posant nue et lui propose de l’emmener dans sa famille. Elle se trouvera enfermée dans une sordide prison privée, où elle subira une parodie de procès, avant d’être enfermée et maltraitée par celle qui se présente comme la directrice et par deux gardiennes mentalement dérangées.
Variation déformée sur le genre dit WIP (films sur des femmes en prison), Flagellations décrit le calvaire de victimes livrées à d’insensibles bourreaux, fouettées avant d’être promises à une mort certaine par pendaison, dont le protocole (pesée, coupe de cheveux, etc.) est froidement détaillé. A l’instar de ce qu’incarne le cinéma d’exploitation dans son essence, le film flatte les mauvaises pulsions d’un spectateur avide de sensations érotiques et sadiques, une jouissance contradictoire avec la charge pamphlétaire dont semble se doter le film, qui s’attaquerait superficiellement à un rigorisme moral dépassé par la libéralisation des mœurs.

   


Réalisé deux ans plus tard, Mortelles confessions enfonce le clou avec son prêtre assassinant ou poussant au suicide les jeunes femmes venues se confesser, en excitant son désir sexuel. Il est facile, au-delà de sa dimension anticléricale, de déceler dans ce récit une vision perverse et anglicane du catholicisme, fustigé pour sa pratique de la confession considérée comme une rédemption à bon compte et son injonction de célibat imposé aux ministres du culte.
Méchants incestueux
Les films de Walker se distinguent par leur peinture de méchants très réussie. Ceux-ci sont volontiers incestueux (les rapports entre la directrice de la prison dans Flagellations et son propre fils, l’attachement maladif du prêtre à sa mère dans Mortelles confessions) et tourmentés par le refoulement. N’apparaissent-ils pas comme plus complexes que la jeunesse jouisseuse et puérile qu’incarnent leurs victimes ? Intervenant en supplément, un spécialiste du cinéma d’exploitation, David Didelot, insiste sur les convictions politiques d‘un cinéaste plutôt conservateur, peu disposé à s’identifier aux jeunes protagonistes de ses films, voyant dans leur hédonisme une manière d’ouvrir la porte d’une répression sans garde-fous.
Alors que la critique française a souvent exalté le cinéma d’horreur comme une volonté subversive de s’en prendre à l’ordre social, dans une optique parodique et dégénérée du rapport des surréalistes aux « mauvais objets » cinématographiques, la possibilité d’une telle sensibilité chez un cinéaste qui a dû, en outre, souvent lutter contre la censure, ouvre un gouffre sous les pieds du spectateur. Flagellations, dit un carton au début du générique, « est dédié à ceux que le relâchement des codes moraux actuel inquiète et qui attendent impatiemment le retour des châtiments corporels et de la peine de mort ». Dont acte.


Flagellations (1974) et Mortelles confessions (1976), films britanniques de Pete Walker. Vendus séparément en DVD ou Blu-ray, Artus films. Sur le Web : www.artusfilms.com/british-horror/preco-flagellations-250 et www.artusfilms.com/british-horror/preco-mortelles-confessions-249



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Adapté du roman d’André Aciman, le film de Luca Guadagnino sublime la rencontre entre un adolescent et un jeune chercheur en archéologie.
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« Call Me by Your Name » : entre ombre et secret, l’été amoureux de deux garçons

Adapté du roman d’André Aciman, le film de Luca Guadagnino sublime la rencontre entre un adolescent et un jeune chercheur en archéologie.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 07h31
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 12h04
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Sensation du dernier festival de Sundance, Call Me by Your Name arrive sur les écrans français nimbé d’une aura de film prodige. Classique dans sa forme, moderne dans sa manière d’aborder une histoire d’amour entre garçons, ce récit de formation, coulé dans une bande originale où Bach dialogue avec Ravel, Sufjan Stevens et John Adams, propulse sur l’avant de la scène son réalisateur, Luca Guadagnino. Adapté du roman Appelle-moi par ton nom, d’André Aciman (Grasset, 336 pages, 20,90 euros), le film se déroule durant l’été 1983 dans la campagne lombarde, où les Perlman passent leurs étés dans une belle demeure. Le père, américain (excellent Michael Stuhlbarg), est professeur d’archéologie et d’histoire de l’art à l’université. La mère (Amira ­Casar, parfaite comme à son habitude) est franco-italienne, traductrice de profession. Leur fils, Elio (Timothée Chalamet, coqueluche d’Hollywood), 17 ans, est versé dans la musicologie.

        Lire le portrait :
         

          Luca Guadagnino, le cinéma de bas en haut



Le film commence avec l’entrée en scène d’Oliver (Armie Hammer), splendide créature blonde à l’allure virile qui déboule dans la propriété au volant d’une voiture de sport rouge. Doctorant en archéologie, il vient passer l’été chez les Perlman pour assister le professeur dans ses recherches. Entre Elio et lui, une attraction immédiate produit étincelles et courts-circuits. Rompu à un art du double jeu que se devaient encore de maîtriser, au début des années 1980, les homosexuels de la bonne société WASP (white anglo-saxon protestant, c’est-à-dire « blancs, anglo-saxons et protestants »), le bel étranger mène la danse en soufflant le chaud et le froid et pose les règles du jeu telles qu’il estime qu’elles doivent se jouer : dans l’ombre et le secret. Elio observe le nouveau venu, le flaire, l’approche, se rétracte. Dérouté par sa superbe assurance, son apparent détachement, il transfère son désir sur la jeune Marzia (Esther Garrel)… Avant de se caler sur une même fréquence, il va leur falloir du temps.
Electrisée par les embardées pianistiques de John Adams, par un montage nerveux, tout en coupes sèches, en collages ludiques (mention spéciale à la série de maillots de bain qui gouttent dans la ­baignoire), cette longue première partie accompagne la montée du désir et le torrent d’émotions ­contradictoires qu’elle libère chez Elio. Epousant le point de vue de l’adolescent, exaltant les textures et les couleurs en plasticien de la pellicule, Guadagnino érotise la flore en pleine éclosion, les corps dénudés des garçons, autant que la parole qui circule sans cesse.

   


L’archéologie comme matrice
C’est toute la beauté du film que d’inscrire le coup de foudre dans un biotope complexe qui relie ses personnages à la nature, à la petite société qui gravite autour de la grande maison, mais aussi à un passé millénaire. L’archéologie, de fait, y opère comme une matrice. Elle permet de penser l’identité comme une sédimentation fluide de couches d’histoire et de culture qui ne demande qu’à être fécondée par la rencontre d’une altérité. Et la création comme une métamorphose.
Call Me by Your Name peut ainsi se concevoir comme une relecture du Maurice, de James Ivory, à la lumière du Guépard, de Visconti, dont la beauté élégiaque semble le hanter. L’ethos quasi aristocratique des Perlman, cette aisance qu’ils ont à concilier une ouverture d’esprit et une érudition dignes de Michel Foucault, et un train de vie que ne renieraient pas les Finzi-Contini, a fait d’Elio ce garçon sensible, capable d’accueillir la brûlure de l’amour, d’accepter la vulnérabilité qu’elle révèle chez lui et d’y puiser la force de devenir qui il est.
On pourrait s’agacer de la fascination dont le film témoigne pour cette famille, mais ce serait ignorer le parti pris d’idéalisation délibérée qu’opère ici la fiction. En ravivant le souvenir de cette passion, Call Me by Your Name fait remonter à la surface un paradis perdu : cette époque bénie où l’utopie hédoniste forgée au sein de la communauté gay semblait sur le point de gagner toute la société, à laquelle mit brutalement fin le fléau du sida.

Film américain, français et italien de Luca Guadagnino. Avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg (2 h 12). Sur le Web : www.callmebyyourname-lefilm.com et sonyclassics.com/callmebyyourname

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 28 février)
Call Me by Your Name, film américain, français et italien de Luca Guadagnino (à ne pas manquer)Lady Bird, film américain de Greta Gerwig (à ne pas manquer)Les Garçons sauvages, film français de Bertrand Mandico (à ne pas manquer)L’Amour des hommes, film français et tunisien de Mehdi Ben Attia (à voir)La Ch’tite Famille, film français de Danny Boon (pourquoi pas)La fête est finie, film français de Marie Garel-Weiss (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
Citadel, première mondiale, documentaire britannique d’Alastair LeeGangsta, film belge d’Adil El Arbi et Bilall FallahHurricane, film américain de Rob CohenTrait de vie, documentaire français de Sophie Arlot et Fabien Rabin





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Avec « Call Me by Your Name », l’art polymorphe du réalisateur italien atteint une forme d’apogée.
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Article sélectionné dans La Matinale du 27/02/2018
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Luca Guadagnino, le cinéma de bas en haut

Avec « Call Me by Your Name », l’art polymorphe du réalisateur italien atteint une forme d’apogée.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 08h36
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

Lorsqu’ils visaient le ciel, les artistes de la Renaissance disaient qu’ils peignaient de bas en haut, di sotto in su. Les cinéastes ont opté pour le terme, plus aquatique et dialectique, de contre-plongée. Appelez ça comme bon vous semble, le fait est que Call Me by Your Name, le film de Luca Guadagnino, regorge de ce procédé. C’est d’ailleurs tout ce qu’il donne à voir : Elio, aspirant pianiste, et Oliver, aspirant archéologue, se mirent et s’admirent, jusqu’au vertige. Verticalité de leur été : regardez-les arpentant tel sentier escarpé ; retrouvez-les repêchant quelque ruine au fond d’un lac ; surprenez-les, au fil de la même eau, escaladant tous les puits de science et d’indécence qui s’offrent à eux…

Les prises de vues ne pouvaient être qu’à l’image de leurs amours, ascendantes. « Avec mon chef opérateur thaïlandais, Sayombhu Mukdeeprom, nous avons pensé aux films de John Ford, à leurs perspectives “d’en bas”. L’amour, le désir, l’admiration sont des émotions qui vous arrachent à la terre, qui vous élèvent. » Ainsi parle Luca Guadagnino : l’homme a beau être polyglotte, le cinéma reste sa première langue, celle dont toutes les autres découlent.
Demandez-lui pourquoi le film a été tourné dans ses pénates lombardes, près de Crema : ses réponses mentionneront Renoir, Rivette ou Pialat avant d’aborder des considérations plus logistiques. « Je voulais retrouver l’atmosphère de Partie de campagne, Hurlevent ou A nos amours, énumère-t-il, d’une voix enamourée. Le roman d’André Aciman se passait sur la riviera ligure. Avec le coscénariste, James Ivory, nous l’avons transposé à Crema. Cela a rendu le tournage plus familial et familier. La vastité de l’océan est absente, mais mille cours d’eau parcourent le paysage. »
­Bertolucci, son « maître »
Guadagnino n’a pas toujours vécu au nord de la Botte. Il s’y est hissé, au gré d’un parcours aussi cosmopolite que son...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 27/02/2018
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Doux oiseaux de la jeunesse et ailes du désir : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 13h07
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
C’est une semaine à faire chauffer les cartes d’abonnement : où donner de la tête entre l’idylle solaire que conte Luca Guadagnino et les souvenirs d’adolescence de Greta Gerwig ? Quand il faut y ajouter les variations sur le thème du genre de Bertrand Mandico et la reprise d’un classique du western.
UN ÉTÉ DE DÉSIRS : « Call Me by Your Name », de Luca Guadagnino

Adapté du roman Appelle-moi par ton nom, d’André Aciman (Grasset, 2018), Call Me by Your Name se déroule durant l’été 1983 dans la campagne lombarde, où les Perlman passent leurs étés dans une splendide demeure du XVIIe siècle.
Le père, américain (excellent Michael Stuhlbarg), est professeur d’archéologie et d’histoire de l’art à l’université. La mère (Amira Casar, parfaite comme à son habitude) est franco-italienne, traductrice de profession. Leur fils, Elio (Timothée Chalamet, la nouvelle coqueluche d’Hollywood), 17 ans, est versé dans la musicologie. Entre en scène Oliver (Armie Hammer), splendide créature blonde à l’allure virile, au volant d’une voiture de sport rouge. Il vient passer l’été chez les Perlman pour assister le professeur dans ses recherches. Entre Elio et lui, une attraction immédiate produit étincelles et courts-circuits.
Classique dans sa forme, moderne dans la manière qu’il a d’aborder une histoire d’amour entre garçons, ce récit de formation brûlé au soleil d’Italie, coulé dans une bande originale voluptueuse où Bach dialogue avec Ravel, Sufjan Stevens et John Adams, inscrit le coup de foudre dans un biotope complexe qui relie ses personnages à la nature, à la petite société qui gravite autour de la grande maison, mais aussi à un passé millénaire. L’archéologie, de fait, y opère comme une matrice. Elle permet de penser l’identité comme une sédimentation fluide de couches d’histoire et de culture qui ne demande qu’à être fécondée par la rencontre d’une altérité. Isabelle Regnier
« Call Me by Your Name », film américain de Luca Guadagnino. Avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg, Esther Garrel (2 h 12).
LA DANSE FÉBRILE DE L’ADOLESCENCE : « Lady Bird », de Greta Gerwig

Grande fille empruntée au charme nébuleux, Greta Celeste Gerwig, 34 ans, passe à la réalisation avec un genre, plus goudronné qu’une autoroute, le récit de formation, à soubassement autobiographique. Autant dire que parvenir à y faire entendre une note singulière relève de l’exploit. Ici atteint, avec grâce, justesse et élégance, ce qui suffit au plaisir du spectateur.
Le cadre est Sacramento, capitale de l’Etat de Californie, placée par la cinéaste, native de la ville, sous l’invocation assassine d’une citation de sa compatriote, la romancière Joan Didion : « Quiconque parle d’hédonisme californien n’a jamais passé Noël à Sacramento. » Là, pousse comme le chiendent la fantasque adolescente Christine McPherson, alias « Lady Bird », à laquelle la jeune actrice américano-irlandaise Saoirse Ronan, cheveux rouges et regard ciel, confère la juste mesure de déprime et de piment.
Parents aimants qui se sacrifient pour elles, dernière année d’un collège religieux, ennui provincial, rêve d’émancipation new-yorkaise, attente du grand amour. Tout cela et tous ceux-là dansent avec Christine la danse incertaine, fébrile, rayonnante et étrange de l’adolescence, au rythme d’une mise en scène dont le premier et le dernier mot restent la délicatesse. Jacques Mandelbaum
« Lady Bird », film américain de Greta Gerwig. Avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts, Timothée Chalamet, Beanie Feldstein, Lucas Hedges (1 h 34).
CONTE INITIATIQUE : « Les Garçons sauvages », de Bertrand Mandico

Les épithètes pleuvent dès qu’il s’agit de qualifier le cinéma foisonnant de Bertrand Mandico : symboliste, ésotérique, érotomane, hétéroclite… Tous lui conviennent, mais aucun ne décrit parfaitement cet art qui remonte au fondement du pacte cinématographique, où les coutures entre images et sons ouvrent autant de brèches vers l’imaginaire.
Suggestifs, les films de Mandico le sont donc littéralement. Et c’est encore le cas des Garçons sauvages, son premier long-métrage après vingt ans d’aventures dans le domaine du court, conçu comme un grand jaillissement de formes et de textures, d’artifices et d’effets mis à nu, le tout s’agglomérant en une somptueuse pâte à modeler les fantasmes.
Le film se présente sous la forme du conte initiatique, au noir et blanc lustré, quelque part entre récit d’exploration et odyssée transformiste. Une bande de cinq vilains garçons, dans la fureur de l’adolescence, sont remis aux mains d’un capitaine hollandais (Sam Louwyck) qui les embarque sur son navire pour une longue et éprouvante traversée.
Ici comme dans les autres films de Mandico, l’aventure se situe avant tout au niveau du sexe, dont il s’agit de brouiller les habituelles lignes de partage. Le coup de génie est sans doute d’avoir confié les rôles des garçons violents à une troupe de jeunes actrices – Vimala Pons, Pauline Lorillard, Diane Rouxel, Anaël Snoek et Mathilde Warnier –, investissant l’androgynie de l’adolescence dans un numéro transformiste de haute volée. Mathieu Macheret
« Les Garçons sauvages », film français de Bertrand Mandico. Avec Pauline Lorillard, Vimala Pons, Diane Rouxel, Anaël Snoek, Mathilde Warnier, Sam Louwyck, Elina Löwensohn et Nathalie Richard (1 h 50).
CHASSÉ-CROISÉ DE GENRES À TUNIS : « L’Amour des hommes », de Mehdi Ben Attia

Amel (Hafsia Herzi), jeune photographe tunisienne, vient de perdre son mari dans un accident. Terrassée par le deuil, elle est accueillie par la famille du défunt et épaulée par son beau-père, qui l’encourage dans sa pratique artistique. Pour conjurer son chagrin, elle entame une série de photographies mettant en scène de jeunes hommes dénudés qu’elle choisit au hasard dans les rues de Tunis.
A l’origine de L’Amour des hommes, troisième long-métrage du réalisateur et scénariste tunisien Mehdi Ben Attia, préside le désir d’une interversion : celle de donner à un personnage féminin le statut de sujet désirant, et à la gent masculine, celui d’objet du désir. Si le geste est louable, il n’épuise pas tout l’intérêt suscité par le film, dont l’intelligence réside précisément dans la manière dont ce fantasme d’interversion, loin d’être souverain, se trouve sans cesse confronté à la réalité des rapports entre les hommes et les femmes dans la société tunisienne.
Malicieusement, Mehdi Ben Attia agrippe l’attention par un suspense érotique qui ne laisse jamais savoir comment se termineront les séances photo, toujours interrompues pour des raisons différentes. Murielle Joudet
« L’Amour des hommes », film franco-tunisien de Mehdi Ben Attia. Avec Hafsia Herzi, Raouf Ben Amor, Haythem Achour (1 h 45).
SÉCESSION ET REMARIAGE : « Rio Grande », de John Ford

   


Sur la musique de Victor Young et à la suite d’un générique martial, une compagnie de cavalerie rentre au fort après ce que l’on devine être une bataille sanglante. Personne ne semble avoir la force ou le courage de parler. La colonne est lente, les hommes ont sur le visage l’expression d’un épuisement total.
Les femmes attendent, scrutent le régiment, espérant retrouver debout, vivant pour le moins, un mari, un fils, un père. C’est le début de Rio Grande, de John Ford. Jamais sans doute le cinéma n’avait donné une telle sensation d’hébétude et de souffrance, exprimé en quelques plans muets, une telle impression de dévastation humaine.
Rio Grande (1950) est le troisième volet de ce que l’on a appelé la première trilogie de la cavalerie, après Le Massacre de Fort Apache (1948) et La Charge héroïque (1949). C’est sans doute le film le moins aimé de la série. C’est peut-être le plus beau des trois. Avec le concours du chœur des Sons of the Pioneers, qui poussent la chansonnette durant quelques moments cruciaux, c’est l’une des œuvres les plus sentimentales de Ford. De quoi rebuter a priori tout spectateur blasé ou cynique.
L’enjeu de Rio Grande est ailleurs : il réside dans la manière dont le trauma historique de la division des Etats-Unis s’incarne dans un mariage brisé, et la quête de l’unité perdue dans les retrouvailles d’époux séparés par l’Histoire. Rio Grande pourrait être qualifié de western du remariage. Comment, progressivement, le lien amoureux va se reformer entre les deux époux. Mais c’est aussi un film sur le lien filial, envisagé sous un angle inattendu et complexe. Jean-François Rauger
« Rio Grande », film américain de John Ford. Avec John Wayne, Maureen O’Hara, Claude Jarman Jr (1 h 45).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 28 février)
Call Me by Your Name, film américain, français et italien de Luca Guadagnino (à ne pas manquer)Lady Bird, film américain de Greta Gerwig (à ne pas manquer)Les Garçons sauvages, film français de Bertrand Mandico (à ne pas manquer)L’Amour des hommes, film français et tunisien de Mehdi Ben Attia (à voir)La Ch’tite Famille, film français de Danny Boon (pourquoi pas)La fête est finie, film français de Marie Garel-Weiss (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
Citadel, première mondiale, documentaire britannique d’Alastair LeeGangsta, film belge d’Adil El Arbi et Bilall FallahHurricane, film américain de Rob CohenTrait de vie, documentaire français de Sophie Arlot et Fabien Rabin





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Afin de donner une touche d’authenticité au pays fictif du Wakanda, les acteurs du dernier film Marvel ont appris le xhosa, une langue à clics d’Afrique du Sud.
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Derrière le pays imaginaire de « Black Panther », une langue sud-africaine bien réelle

Afin de donner une touche d’authenticité au pays fictif du Wakanda, les acteurs du dernier film Marvel ont appris le xhosa, une langue à clics d’Afrique du Sud.



Le Monde
 |    27.02.2018 à 19h12
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 10h30
    |

            William Audureau








                        



   


On peut être un super-héros Marvel et parler une langue bantoue inconnue de la majorité du grand public. C’est le cas de Chadwick Boseman, l’acteur qui incarne T’Challa, roi du royaume africain fictif du Wakanda dans Black Panther, la superproduction qui bat des records au box-office, sortie le 14 février en France. Pour les besoins du film, cet Américain a appris, comme plusieurs autres membres du casting, le xhosa, également appelé coussa ou cafre, une des onze langues officielles d’Afrique du Sud.
La langue figure dès les premières répliques du film, « lorsque je dis “tu m’as manqué mon fils, cela faisait longtemps” », raconte l’acteur sud-africain John Kani, qui interprète le père de T’Challa, lors de l’avant-première du film à Los Angeles, à la fin de janvier.

    Loved this moment on the #BlackPanther red carpet. South African actor John Kani speaking isiXhosa ❤He is wearing @laduma! #BlackPantherSoLit Une publication partagée par  makhondlovu (@makhondlovu) le 29 Janv. 2018 à 7 :51 PST 

L’introduction du xhosa dans une superproduction hollywoodienne est une première. Plusieurs acteurs sud-africains du film s’en sont félicités lors de l’avant-première, à la mi-février, à Johannesburg, même si l’accent des acteurs américains ayant appris la langue pour les besoins du long-métrage était loin d’être parfait, souligne ABC News. Le xhosa « est l’une des langues les plus difficiles sur terre », a convenu l’actrice mexico-kényane Lupita Nyong’o, qui incarne une espionne wakanda dans le film.
« Pourquoi parlerais-je en anglais à mon fils ? »
John Kani a eu l’idée d’introduire le xhosa dans le film lors du tournage de Captain America: Civil War, première apparition cinématographique du personnage de Black Panther dans la nouvelle galaxie Marvel période Disney. Le journal Brand South Africa relate que John Kani, lui-même locuteur natif de la langue, s’est tourné vers les réalisateurs Joe et Anthony Russo lors du tournage d’une scène initialement écrite dans la langue de Shakespeare :
« Je leur ai demandé : “Pourquoi parlerais-je en anglais à mon fils ? Nous sommes censés être africains.” »
Joe et Anthony Russo ont été convaincus et ont intégré cette langue atypique, du point de vue occidental — il s’agit en effet d’une langue à clics, c’est-à-dire dont certaines consonnes sont émises d’un son de claquement de langue à l’arrière de la bouche. Celle-ci s’est imposée comme la langue officielle du Wakanda. « Lorsque j’ai tourné Civil War, j’étais l’expert de la langue et mes collègues américains me demandaient de leur donner quelque chose à dire avec un clic — ils faisaient référence au xhosa, relate John Kani dans la version sud-africaine de MTV. Mon fils et moi avons tourné à Atlanta ensemble, quand je suis parti, il est resté pour le tournage. Il a pris le relais comme consultant linguistique. » 
Le xhosa, qui appartient à la grande famille des langues bantoues et au groupe nguni, compte huit millions de locuteurs. Il est parlé quasi exclusivement en Afrique du Sud, où il est l’une des onze langues officielles du pays et la seconde en nombre de locuteurs — 16 % des Sud-Africains la parlent. C’est notamment la langue majoritaire du Cap-Oriental, dans le sud-est du pays.
Le xhosa est célèbre pour ses clics, dont il existe trois variantes, selon qu’ils sont associés au son « k », « s », ou « t ». Le nom même de la langue se prononce « k*osa », en claquant l’arrière de la langue. A la rédaction de Pixels, on n’a pas réussi, mais l’humoriste sud-africain et présentateur de télévision Trévor Noah clique haut la main.

Un système d’écriture inspiré des idéogrammes nigérians
A noter que dans Black Panther, la civilisation wakanda utilise un alphabet qui, lui, n’a pas de lien avec le xhosa. En revanche, le long-métrage de Marvel puise dans une authentique écriture traditionnelle, le nsibidi, un système d’idéogrammes utilisé par la confraternité ékpé, dans la région du Nigeria et du Cameroun depuis au moins le XVe siècle. Celui-ci a été réinterprété pour l’occasion par Hannah Bleacher, production designer du film, relate Indie Wire.
Contrairement à une idée reçue qui voudrait que les colons européens aient apporté l’écriture aux langues d’Afrique, plusieurs systèmes préexistaient à l’arrivée des explorateurs portugais, dont certains de longue date. Le guèze éthiopien date du IVe siècle avant Jésus-Christ, le tifinagh berbère, du IIIe siècle, sans même évoquer les différents systèmes égyptiens, comme le hiéroglyphe, le hiératique et le démotique.

   


Dans le contexte du film, le nsibidi a été en partie réinterprété pour coller à l’idée d’une civilisation africaine futuriste, explique Hannah Bleacher. « L’écriture devait évoluer des anciens hiéroglyphes en une version plus moderne. Nous l’avons utilisée d’une manière pictographique mais le système numérique est resté le même. »
Les costumes empruntent par ailleurs de nombreux symboles adinkra, un système de codes visuels développé dans la région du Ghana et de la Côte d’Ivoire pour représenter des concepts ou des devises. Ceux-ci avaient déjà été largement utilisés comme clins d’œil culturels par l’artiste Afua Richardson, autrice du livre d’illustration World of Wakanda.

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Une centaine d’actrices et de personnalités ont lancé, mardi, un appel aux dons. Un ruban blanc sera porté vendredi lors de la 43ᵉ cérémonie des Césars du cinéma.
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#MaintenantOnAgit : des actrices se mobilisent avant les Césars contre les violences faites aux femmes

Une centaine d’actrices et de personnalités ont lancé, mardi, un appel aux dons. Un ruban blanc sera porté vendredi lors de la 43ᵉ cérémonie des Césars du cinéma.



Le Monde
 |    27.02.2018 à 16h55
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 15h36
   





                        



   


Une centaine d’actrices et de personnalités ont lancé, mardi 27 février, un appel aux dons pour lutter contre les violences envers les femmes, avec un symbole, un ruban blanc, qui sera porté vendredi 2 mars lors de la 43ᵉ cérémonie des Césars du cinéma. Et un mot d’ordre : « Maintenant, on agit. »
« Nous sommes inquiètes : mal accompagnées, les femmes sont vulnérables face à la justice. Il est temps d’agir. Ensemble, soutenons celles et ceux qui œuvrent concrètement pour qu’aucune n’ait plus jamais à dire #MeToo. Donnons », disent cent trente personnalités dans un appel aux dons lancé par la Fondation des femmes et publié sur le site de Libération.
Les comédiennes Julie Gayet, Adèle Haenel ou Sandrine Bonnaire, l’écrivaine Leïla Slimani, la chanteuse Christine and the Queens, la championne de boxe Sarah Ourahmoune, la réalisatrice Tonie Marshall font partie des premières donatrices de cette campagne baptisée #MaintenantOnAgit.

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« Souvent, nous n’avons rien dit. Par crainte. Par habitude. Pour oublier. Ou parce que nous espérions être l’exception plutôt que la règle, poursuivent-elles. Il y a quelques mois, des actrices ont percé le mur du silence. »
Ce mouvement, inspiré du fonds Time’s Up, lancé par trois cents personnalités du cinéma américain pour lutter contre le harcèlement sexuel au travail à la suite du scandale Weinstein, vise à recueillir des dons qui seront reversés à des associations proposant un accompagnement juridique aux victimes de violences sexistes ou sexuelles.
« Ce n’est que le début », prévient la comédienne Anna Mouglalis. La récente libération de la parole n’est « pas un effet de mode », « il y a eu une prise de conscience » qui doit « s’incarner dans des actes. Sinon, les femmes parleront dans le vent », dit-elle à l’Agence France-Presse. « Toutes les femmes ont été confrontées à des harceleurs (...), ça nous est toutes arrivé », déclarait à la fin de janvier l’actrice Julie Gayet, qualifiant le mouvement Time’s Up de « formidable ».

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S’associant à la Fondation des femmes, l’Académie des Césars proposera vendredi un ruban blanc, symbole de ce mouvement et de la lutte contre les violences faites aux femmes, aux dix-sept cents invités de sa 43e cérémonie, présidée par une des signataires, Vanessa Paradis. « On va porter ce ruban avec détermination et conviction », a assuré lundi Alain Terzian, président de l’Académie des Césars.
Lever de fonds pour aider des associations « débordées »
L’objectif de #MaintenantOnAgit est de lever « un million d’euros » pour aider des associations « débordées », a dit à l’AFP Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, évoquant le Collectif féministe contre le viol, l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), l’Espace femmes Geneviève D., et Prendre le droit.

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Un premier bilan du mouvement pourrait être fait en mai, lors du Festival de Cannes. « On ne veut pas se substituer à l’Etat. On dit juste qu’il y a urgence à comprendre que la lutte contre les violences faites aux femmes requiert des moyens. Que fera-t-on le jour où les deux cent trente mille femmes battues viendront porter plainte ? », poursuit-elle.
Loin de la polémique suscitée par la tribune de cent femmes, dont l’actrice Catherine Deneuve, défendant la « liberté d’importuner », Mme Mailfert espère que la centaine de personnalités apportera « la lumière » aux victimes de violences.
Dans le sillage de l’affaire Weinstein, le nombre de plaintes déposées en 2017 pour viol et agression sexuelle a connu en France une hausse respectivement de 12 % et de 10 % par rapport à 2016. Plusieurs associations, dont l’AVFT, ont alerté les pouvoirs publics sur leurs difficultés à répondre aux victimes, faute de moyens.

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La secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a déclaré mardi qu’elle trouvait « formidable que des artistes adorées des Françaises et des Français s’engagent », rappelant que « de nombreuses associations dont l’action est importante sont financées uniquement depuis des années par de l’argent public ».

Bravo aux artistes françaises qui s’engagent pour lever des fonds pour accompagner les femmes victimes de violences… https://t.co/gPURn68grS— MarleneSchiappa (@MarleneSchiappa)


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Josza Anjembe signe un premier court-métrage nommé aux Césars 2018.
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« Le Bleu Blanc Rouge de mes cheveux », un film à fleur de peau



LE MONDE
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        Le 27.02.2018 à 10h33

     •
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        Mis à jour le 27.02.2018 à 11h27






Durée : 04:33 | 

Seyna est une adolescente camerounaise née en France et passionnée par l’histoire et la politique françaises. A 17 ans, son baccalauréat en poche, elle se lance dans les démarches pour acquérir la nationalité française. Mais son père, Amidou, ne comprend pas son impatience.
Dans ce premier film de fiction, Josza Anjembe, journaliste et documentariste qui se présente comme une « accidentée du cinéma », aborde le thème de l’identité. Le court-métrage a reçu 37 récompenses et est nommé aux Césars 2018.


                

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ La réalisatrice Greta Gerwig aborde avec justesse et délicatesse l’adolescence tumultueuse d’une jeune fille dans ce joli film cinq fois nommé aux Oscars.
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Article sélectionné dans La Matinale du 26/02/2018
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« Lady Bird » : l’ir­répressible désir d’ailleurs d’une ado américaine

La réalisatrice Greta Gerwig aborde avec justesse et délicatesse l’adolescence tumultueuse d’une jeune fille dans ce joli film cinq fois nommé aux Oscars.



Le Monde
 |    27.02.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 11h08
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Grande fille empruntée au charme nébuleux, Greta Celeste Gerwig, 34 ans, fut longtemps connue des cinéphiles comme la star d’un cinéma du « marmonnement » (« mumblecore » en anglais, mouvement caractérisant des productions fauchées, souvent tournées en appartement), prisé par une minorité d’esthètes new-yorkais, notamment sous la direction de son compagnon et réalisateur Noah Baumbach. Il était en même temps prévisible que cette jeune femme sensible, intelligente et ambitieuse, qu’on retrouvait parfois collaboratrice à l’écriture des films, passerait un jour derrière la caméra. Prédiction à moitié réalisée dès 2008 avec Nights and Weekends, co­signé avec Joe Swanberg, et totalement aujourd’hui, avec Lady Bird, très joli petit film qui s’arroge rien moins que cinq nominations aux Oscars.

        Lire le portrait :
         

          Greta Gerwig, la funambule du cinéma indépendant



Le genre, plus goudronné qu’une autoroute, est celui du récit de formation, à soubassement autobiographique. Autant dire que parvenir à y faire entendre une note singulière relève de l’exploit. Ici atteint, avec grâce, justesse et élégance, ce qui suffit au plaisir du spectateur quand bien même on n’en serait pas au niveau chef-d’œuvral du genre (Les Quatre Cents Coups, de François Truffaut, Deep End, de Jerzy Skolimowski). Le cadre est Sacramento, capitale de l’Etat de Californie, nonobstant placée par la cinéaste, native de la ville, sous l’invocation assassine d’une citation de la romancière Joan Didion, autre native : « Quiconque parle d’hédonisme californien n’a jamais passé Noël à Sacramento. »

        Lire le compte-rendu :
         

          Les femmes en majesté pour les nominations aux Oscars 2018



Là, pousse comme le chiendent la fantasque adolescente Christine McPherson, alias « Lady Bird », à laquelle la jeune actrice améri­cano-irlandaise Saoirse Ronan, cheveux rouges et regard ciel, ­confère la juste mesure de ­déprime et de piment. Parents aimants qui se sacrifient pour elle, dernière année d’un collège religieux, ennui provincial, rêve d’émancipation new-yorkaise, attente du grand amour. Topo classique, autour duquel sont disposés quelques personnages-clés. Mère infirmière, sa plus chère ennemie, femme de principes, dure au mal mais cœur ouvert. Père informaticien fondant comme une crème, nappé de la mélancolie du chômage forcé. Frère punk tendance vegane, fourré chez les parents avec sa petite amie qui lui rend des points.

   


La danse fébrile de l’adolescence
Dans le cercle non familial, ­entre Julie, la très vieille amie ­tendanciellement obèse (interprétée avec gourmandise par ­Beanie Feldstein, qui n’est autre que la sœur de l’acteur, producteur et scénariste Jonah Hill) ; puis Danny (Lucas Hedges), premier fiancé franchement rouquin issu d’une famille patricienne ; puis Kyle (Timothée Chalamet), second fiancé ombrageux, aux origines plus tortueuses, « guitar hero » rimbaldien d’un groupe de rock français. La répétition d’une comédie musicale à l’école, un trajet en voiture avec sa mère, un déflorage express, une présen­tation à la famille de son fiancé, sont le type de situations archi-triviales qui organisent le récit, de la linéarité routinière de laquelle l’héroïne (mais aussi bien la réali­satrice, dans sa manière de ­conduire ledit récit) va tenter à toute force de s’échapper, par exemple en sautant de la voiture en marche durant une séance de remontage de bretelles.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Timothée Chalamet, la douceur de vivre



Tout cela et tous ceux-là dansent avec Christine la danse incertaine, fébrile, rayonnante et étrange de l’adolescence, au rythme d’une mise en scène dont le premier et le dernier mot restent la délicatesse. Greta Gerwig ne s’appesantit jamais, elle va vite, distancie, décale, effleure, varie les degrés sur le baromètre de l’humeur, traite les bonheurs et les malheurs sur un pied d’égalité, et trouve dans cette vivacité même la formule de mise en tension de sa jeune héroïne. Partir, se tirer, s’éclipser, se carapater, mettre les bouts, s’enfuir, détaler, plier bagage, mettre les voiles : comment mieux dire le violent, l’ir­répressible désir d’ailleurs qui taraude Lady Bird ? C’est à ce diapason que le film module la jeune femme, tendue tout entière vers le rendez-vous que la vie lui fixe avec elle-même, qui serait déjà une autre.

Film américain de Greta Gerwig. Avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts, Timothée Chalamet, Beanie Feldstein, Lucas Hedges (1 h 34). Sur le Web : ladybird.movie et fr-fr.facebook.com/ladybirdmovie



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le procureur général de l’Etat de New York a annoncé avoir engagé des poursuites au civil contre la Weinstein Company, qui auraient fait échouer les négociations de reprise.
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The Weinstein Company va se déclarer en faillite

Le procureur général de l’Etat de New York a annoncé avoir engagé des poursuites au civil contre la Weinstein Company, qui auraient fait échouer les négociations de reprise.



Le Monde
 |    26.02.2018 à 09h58
 • Mis à jour le
26.02.2018 à 10h37
   





                        


Le conseil d’administration de The Weinstein Company a annoncé, dimanche 25 février au soir, que le studio de cinéma et de télévision allait se déclarer en faillite, les discussions portant sur sa vente n’ayant pas abouti, ont rapporté plusieurs médias.
« The Weinstein Company était engagée dans un processus actif de vente afin de préserver les actifs et les emplois, dit le conseil d’administration dans un communiqué, cité notamment par le San Francisco Chronicle et le Los Angeles Times. Ces discussions se sont terminées aujourd’hui sans accord signé. » Le conseil n’avait « d’autre choix que de choisir la seule option viable pour maximiser ce qu’il reste de la valeur de la compagnie : une procédure de faillite en bonne et due forme. »
Poursuites engagées par l’Etat de New York
Le 11 février, le procureur général de l’Etat de New York a annoncé avoir engagé des poursuites au civil contre la Weinstein Company, pour ne pas avoir protégé ses employés contre son ancien patron et producteur de cinéma Harvey Weinstein. Plusieurs médias américains ont affirmé que cette assignation en justice avait fait échouer les négociations de reprise quasiment abouties.
Le studio était en discussion pour être repris par un groupe d’investisseurs mené par une ancienne membre de l’administration Obama, Maria Contreras-Sweet, soutenue par les investisseurs Ronald Burkle et Lantern Asset Management, une société de capital investissement de Dallas.
Harvey Weinstein était l’un des hommes les plus influents d’Hollywood avant d’être accusé de nombreuses agressions sexuelles, dont des viols, par plus de 70 femmes. Le cofondateur des studios Miramax dément avoir eu des relations sexuelles non consenties avec quiconque.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ L’Ours d’or de la 68e édition a récompensé « Touch Me Not », premier film de la Roumaine Adina Pintilie.
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édition abonné


La Berlinale, au risque d’un palmarès politique

L’Ours d’or de la 68e édition a récompensé « Touch Me Not », premier film de la Roumaine Adina Pintilie.



Le Monde
 |    26.02.2018 à 09h39
    |

                            Thomas Sotinel (Berlin, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Plus qu’un jugement de valeur esthétique, le palmarès d’un festival de ­cinéma est souvent le moyen, pour le jury, de construire un récit autour des films projetés. En attribuant, le 24 février, l’Ours d’or à Touch Me Not, de la ­Roumaine Adina Pintilie, et l’Ours d’argent-Grand Prix du jury, à Twarz (« tronche ») de la Polonaise Malgorzata Szu­­mowska, le président du jury de la 68e Berlinale, le réalisateur allemand Tom Tykwer, et ses ­collègues ont signifié que cette édition était celle des mouvements #metoo et Time’s Up, que les tendances politiques à l’œuvre dans toute l’Europe et particulièrement à l’Est font peser une ­menace réelle sur la liberté de penser et de créer.

De fait, cette édition, organisée du 15 au 25 février, a été marquée par le lancement d’une initiative visant à prévenir le harcèlement sexuel durant les festivals, par des débats sur les moyens de parvenir à la parité des genres dans l’industrie cinématographique, et le ­palmarès fera oublier qu’un quart seulement des dix-neuf films en compétition pour l’Ours d’or étaient réalisés par des femmes. Et pendant que la Berlinale ­accueillait, toutes sections ­confondues, de nombreux films venus d’Europe de l’Est, documentaires ou fictions, qui disaient l’angoisse face au retour de l’intolérance et de la censure, elle projetait aussi une remarquable rétrospective consacrée au cinéma de la République de Weimar, qui démontrait que la richesse d’un art ne garantit en rien l’avenir des ­libertés.

La compétition a été marquée, comme c’est souvent le cas à Berlin, par de violentes différences de niveau
Un palmarès ainsi construit, sans trop se soucier de cinéma stricto sensu, fait courir de grands risques à ses bénéficiaires. L’honneur fait à Touch Me Not, premier long-métrage de son auteure, ne respecte pas les proportions fort modestes du film. La quête d’intimité de Laura (l’actrice britannique Laura Benson), quinquagénaire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ L’Ours d’or est allé à « Touch Me Not » de la Roumaine Adina Pintilie, le Grand Prix du jury à « Twarz » de la Polonaise Malgorzata Szumowska.
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Article sélectionné dans La Matinale du 24/02/2018
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Berlinale : deux réalisatrices d’Europe de l’Est couronnées

L’Ours d’or est allé à « Touch Me Not » de la Roumaine Adina Pintilie, le Grand Prix du jury à « Twarz » de la Polonaise Malgorzata Szumowska.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 20h14
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h21
    |

                            Thomas Sotinel (Berlin, envoyé spécial)








                        



   


Deux réalisatrices d’Europe de l’Est ont remporté les principales récompenses du palmarès de la 68e Berlinale qui s’est achevée samedi 25 février. L’Ours d’or du meilleur film est allé à Touch Me Not, premier long-métrage de la Roumaine Adina Pintilie, l’Ours d’argent, Grand Prix du jury, a distingué Twarz (tronche), de la Polonaise Malgorzata Szumowska.
Le jury paritaire, présidé par le cinéaste allemand Tom Tykwer, et qui réunissait l’actrice Cécile de France, la productrice Adele Romanski et la critique Stephanie Zacharek, toutes deux américaines, le musicien japonais Ryuichi Sakamoto et l’ex-directeur de la cinémathèque espagnole Chema Prado, a su faire face à la sous-représentation des femmes dans les films retenus pour la compétition.
Sur les dix-neuf longs-métrages qui concouraient pour l’Ours d’or, quatre seulement étaient l’œuvre de réalisatrices. Or, dès la soirée d’ouverture, cette édition de la Berlinale a été marquée par le mouvement féministe qui a enflé dans le sillage de l’affaire Weinstein.

        Lire le reportage :
         

          Lutte contre le harcèlement, débat sur la parité, la Berlinale se met à l’heure #metoo



Une excursion dans l’intimité
Touch Me Not est loin d’avoir fait l’unanimité parmi la critique et les premiers spectateurs (la Berlinale est un festival ouvert au public). Entre manuel de développement personnel et exercice formel, le film met en scène les efforts d’une femme (l’actrice britannique Laura Benson) pour surmonter sa phobie des contacts physiques.
De thérapie de groupe en expériences tarifées, la réalisatrice mêle personnages de pure fiction et des hommes et des femmes qui tiennent le rôle qui est le leur dans la réalité. Cette excursion dans l’intimité, guidée par deux regards féminins, celui de l’actrice, celui de la réalisatrice, parfois présente à l’écran, a séduit un second jury, celui qui attribuait le prix du meilleur premier film.

   


Twarz n’aborde pas la thématique du genre, si ce n’est par le biais d’une violente critique de l’emprise de l’Eglise catholique sur la population d’un petit village polonais. Le film de Malgorzata Szumowska est, comme l’a expliqué la réalisatrice en recevant son prix, un avertissement sur l’état de son pays « mais aussi de toute l’Europe et du monde entier ». A travers le destin d’un marginal qui travaille à l’érection de la plus grande statue du Christ jamais dressée au monde, et manque d’y perdre la vie, Twarz recourt à toutes les armes, y compris les plus éprouvées, de la satire.
« La Valse de Waldheim », meilleur documentaire
Développant un thème voisin – le repli d’un pays sur lui-même –, le film de l’Autrichienne Ruth Beckermann, Waldheims Walzer (La Valse de Waldheim) qui raconte l’élection de l’ex-secrétaire général des Nations unies à la présidence autrichienne en 1986, alors que les révélations sur son passé pendant la seconde guerre mondiale se multipliaient, a reçu le prix du meilleur documentaire, attribué par un troisième jury.

        Lire le compte-rendu :
         

          A la Berlinale, la démocratie trébuche



Le prix d’interprétation masculine est allé au jeune acteur français Anthony Bajon qui incarne un toxicomane cherchant la guérison au sein d’une communauté catholique dans La Prière, de Cédric Kahn. La comédienne paraguayenne Ana Brun a reçu l’Ours d’argent de la meilleure actrice pour son rôle dans Las Herederas (Les Héritières) de son compatriote Marcelo Martinessi par ailleurs distingué par le prix Alfred Bauer qui va à un long-métrage « ouvrant de nouvelles perspectives ».
L’Ours d’argent du meilleur réalisateur est allé à Wes Anderson pour L’Ile aux chiens, son beau film d’animation présenté en ouverture du festival, le 15 février. Bill Murray, qui prête sa voix à l’un des héros canins, a, en recevant cette récompense à la place du cinéaste, absent, remarqué : « C’est la première fois que je pars au travail comme un chien et que j’en reviens avec un ours ».

        Lire le récit :
         

          Menu pantagruélique à la Berlinale






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Réactions au multiplexe local, où le nouveau film de Dany Boon est sorti en avant-première.
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Séance en ch’tite famille à Saint-Omer

Réactions au multiplexe local, où le nouveau film de Dany Boon est sorti en avant-première.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 12h26
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h34
    |

            Laurent Carpentier (Saint-Omer (Pas-de-Calais), envoyé spécial)








                        



                                


                            

Une « Chortie din Ch’nord » qui précède de quelques jours la sortie nationale : le coup avait fait miracle en 2008 avec Bienvenue chez les Ch’tis. Dix ans plus tard, Pathé et Dany Boon remettent ça pour La Ch’tite Famille qui, sans être une suite, joue également sur la fibre régionale. Le film est présenté dans 76 villes des Hauts-de-France, soit 85 écrans sur les quelque 800 qui devraient le projeter dans tout le pays à partir de mardi, histoire de rappeler que tout est parti d’ici. Car c’est bien là le sujet de La Ch’tite Famille : « N’jamais oublier d’où ch’est qu’in vient », comme l’explique le personnage joué par Line Renaud à son fils embourgeoisé et ingrat.

Saint-Omer, Pas-de-Calais, 15 000 habitants. Sa cathédrale, son ancien bunker de fusées V2, sa cour d’assises (l’affaire Outreau), à la frontière des Flandres et de l’Artois. Daniel Farid Hamidou, alias Dany Boon, est né à une cinquantaine de kilomètres à l’Est, à Armentières, en 1966. Son père était chauffeur pour la compagnie de transport Gilliet à Saint-Omer. Autant dire quasi un môme du pays, dont le Bienvenue chez les Ch’tis avait rempli la salle de cinéma comme jamais. « Franchement j’avais jamais vu ça, s’esbaudit encore Philippe Coppey, le directeur d’Ociné. 84 000 entrées pour un bassin de population de 100 000 habitants ! 2008 n’était pas une bonne année, Bienvenue chez les Ch’tis nous a sauvés. »
Philippe Coppey gère les salles, Cathy, la sœur, s’occupe de la programmation, et bien qu’il soit à la retraite, Bernard, le père, s’agite dans tous les sens, serre une main ici, donne un conseil là. Ociné : une ch’tite famille. Après la guerre, à Bourbourg (à quelques battements d’ailes de mouettes vers le nord), le grand-père déjà avait une « salle ». Comprendre : un café qui faisait dancing ou cinéma, « avec un poêle à bois au milieu, des films au nitrate qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ La vision d’un même film par la même personne à plusieurs décennies d’intervalle dit bien des choses sur ce qui est survenu entre-temps, souligne Thomas Sotinel, critique de cinéma au « Monde ».
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Revoir les films de Woody Allen à l’heure de #metoo

La vision d’un même film par la même personne à plusieurs décennies d’intervalle dit bien des choses sur ce qui est survenu entre-temps, souligne Thomas Sotinel, critique de cinéma au « Monde ».



Le Monde
 |    24.02.2018 à 06h30
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            
J’ai vu Wonder Wheel, de Woody Allen, son dernier film en date (et peut-être le dernier tout court, puisque son actuel financier, Amazon, envisage de lui couper les vivres), un jour de grand froid, dans une salle à moitié vide, à peine chauffée, dont la température contrastait avec la moiteur stéréotypée qui baigne cet hommage à/pastiche de l’univers du dramaturge Eugene O’Neill.
Le film n’est pas très réussi, mais, comme toujours chez Woody Allen, il est émaillé de moments qui témoignent de la science et de l’art de l’auteur. Cette fois, ce sont quelques plans-séquences qui suivent les allées et venues de Kate Winslet dans l’appartement minable que son personnage, une femme mal mariée, jalouse de sa belle-fille, occupe, à Coney ­Island, dans les années 1950. A ce moment, Woody Allen, plutôt que de l’énoncer, met en scène la claustrophobie, l’impatience, sans un mot.

Mais, pour être honnête, ces mouvements de caméra, je les ai remarqués presque incidemment. Voir un film de Woody Allen aujourd’hui, c’est – qu’on y résiste ou qu’on se livre avec ardeur à cet exercice – chercher les traces d’une existence devenue l’enjeu d’un procès sans fin. En 1992, Woody ­Allen a été accusé par Mia Farrow d’avoir agressé sexuellement leur fille adoptive Dylan, 7 ans. Il s’est toujours défendu de cette accusation et, à l’époque, la justice du Connecticut, où l’agression aurait eu lieu selon les témoignages de Mia et Dylan Farrow, avait classé l’affaire.
A la fin de Wonder Wheel (autant le dire tout de suite, la rédaction de cet article nécessite de dévoiler la fin de la plupart des films évoqués), Ginny, la quadragénaire frustrée que joue Kate Winslet, commet un acte infâme, par jalousie, par lassitude, par dégoût de soi. Mia Farrow avait signalé l’agression contre Dylan après avoir découvert la liaison entre Woody Allen et Soon-Yi, fille adoptive de l’actrice et de son précédent mari, André Previn.
Un peu de pureté
Magic in...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Les deux cinéastes racontent pour « Le Monde » leur parcours en duo. Leur dernier film, « Le Sens de la fête », cumule dix nominations aux Césars, dont la cérémonie se déroulera vendredi 2 mars.
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Article sélectionné dans La Matinale du 24/02/2018
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Eric Toledano et Olivier Nakache : « L’amour des dialogues a forgé notre amitié »

Les deux cinéastes racontent pour « Le Monde » leur parcours en duo. Leur dernier film, « Le Sens de la fête », cumule dix nominations aux Césars, dont la cérémonie se déroulera vendredi 2 mars.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h48
    |

            Pascale Krémer








                        



                                


                            
Plusieurs de leurs longs-métrages, Intouchables en tête, ont rencontré un grand succès populaire. Leur dernier film, Le Sens de la fête, a réuni plus de trois millions de spectateurs et cumule dix nominations aux Césars, dont la cérémonie se déroulera vendredi 2 mars. Eric Toledano et Olivier Nakache, amis de presque trente ans, ont toujours travaillé en duo.
Je ne serais pas arrivé là si…
Eric Toledano... Si je ne m’étais pas un peu ennuyé à l’adolescence. J’ai trouvé dans le cinéma l’ouverture au monde qui me manquait. Je grandissais à Versailles dans une famille pleine d’amour, mais où l’on exprimait peu les choses. Mes parents étaient arrivés du Maroc en 1967. Mon père avait fait l’ENA.
Le mot d’ordre, était : « On s’adapte ! », il fallait être brillant, ne pas se faire remarquer. Mes frère et sœur étaient sur ce chemin, moi j’étais un élève moyen, plutôt réfractaire au système – jusqu’à l’université où je me suis senti plus en phase. De ma période d’ennui est née une envie artistique dont je ne pensais pas qu’elle puisse devenir un moyen de subsistance. Mes parents n’avaient aucune connexion, et leur ambition était de nous voir devenir avocat ou médecin, pas artiste. C’est pour ça que « je ne serais pas arrivé là » non plus sans la rencontre avec Olivier. Sans ce partage d’envie.
Et vous, Olivier Nakache, vous ne seriez pas arrivé là si… ?
… Si je n’avais pas rencontré Eric. Mon parcours est indissociable du sien.
Votre enfance a ressemblé à la sienne ?
Olivier Nakache... Oui, nous sommes tous les deux de banlieue. Je viens d’un quartier populaire, la cité HLM Lorilleux, sur les hauts de Puteaux. Mes parents sont arrivés d’Algérie après l’indépendance. Leur histoire est assez semblable à celles des personnages du Coup de Sirocco. Le bateau en 1962, Marseille, et puis la région parisienne.
A...




                        

                        

