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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Agrégé d’histoire, Pierre Milza avait consacré sa thèse aux relations franco-italiennes à la fin du XIXe et au début du XXe siècles.
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L’historien Pierre Milza est mort

Agrégé d’histoire, Pierre Milza avait consacré sa thèse aux relations franco-italiennes à la fin du XIXe et au début du XXe siècles.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 17h49
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 17h56
   





                        



   


L’historien Pierre Milza, né le 16 avril 1932 à Paris, s’est éteint à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) mercredi 28 février, à l’âge de 85 ans. Son fils, Olivier Milza de Cadenet, également historien, a annoncé la mort de son père dans un hommage publié sur son compte Facebook :
« Historien du fascisme italien, des relations internationales et de l’immigration italienne en France, il fut aussi le biographe d’hommes qu’il admirait ou dont l’existence le passionnait (Verdi, Voltaire, Mussolini, Napoléon III...). (...) L’homme de gauche, d’une sincérité totale, sut, avec la rigueur intellectuelle qui fut sans doute la marque du grand universitaire qu’il demeurera, s’éloigner de la passion communiste quand il en découvrit les ressorts totalitaires, et accompagner les douloureuses mutations du socialisme français. »
Une monumentale histoire de l’immigration italienne
Agrégé d’histoire, Pierre Milza avait consacré sa thèse, dirigée par Jean-Baptiste Duroselle, aux relations franco-italiennes à la fin du XIXe et au début du XXe siècles. Fils d’un immigré italien, il avait publié une monumentale histoire de l’immigration italienne en France, dans Voyage en Ritalie (Plon, 1993).
Professeur émérite des universités à l’Institut d’études politiques de Paris, Pierre Milza avait également enseigné à Florence, Parme et Genève. Président d’honneur de la Revue d’histoire moderne et contemporaine, il a dirigé le centre d’histoire de Sciences Po et présidé le Comité franco-italien d’études historiques et le Centre d’études et de documentation sur l’émigration italienne (CEDEI).
Il fut également l’auteur de nombreux manuels, en collaboration avec Serge Berstein, dont L’Italie contemporaine. Des nationalistes aux Européens, (Armand Colin, 1973) et Dictionnaire historique des fascismes et du nazisme (éd. André Versaille, 2010), ainsi que Histoire de l’Europe contemporaine, (Hatier, 2002). Modèles de rigueur et de clarté, les « Milza-Berstein » ont été la bible de nombreux étudiants de Sciences Po et et de khâgne.

        Lire :
         

          Concours d’entrée à Sciences Po : quelques conseils pour l’épreuve d’histoire






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Militant communiste, l’auteur rédige « Mourir après le jour des Rois » dans les années 1940 en attendant, avec d’autres républicains, le peloton franquiste. Un témoignage incandescent qui paraît aujourd’hui en français.
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L’hommage de Manuel de la Escalera aux victimes de Franco

Militant communiste, l’auteur rédige « Mourir après le jour des Rois » dans les années 1940 en attendant, avec d’autres républicains, le peloton franquiste. Un témoignage incandescent qui paraît aujourd’hui en français.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 17h24
    |

                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Mourir après le jour des Rois (Muerte despues de reyes), de Manuel de la Escalera, traduit de l’espagnol (Mexique) par Marie-Blanche Requejo Carrio, Christian Bourgois, 208 p., 15 €.

Noël 1944. Manuel de la Escalera attend d’être fusillé. « Cette nuit nous avons enfin dormi entre les murs blanchis du cube que l’on nous réserve pour ultime domicile. De là, dans le petit matin noir d’un jour d’hiver, nous passerons, par la fumée des armes, à une autre géométrie, de terre, cette fois », note l’écrivain et cinéaste.
Engagé aux côtés de l’armée républicaine pendant la guerre d’Espagne (1936-1939), ce militant communiste, né au Mexique en 1895, a été une première fois arrêté par les forces franquistes après la chute des Asturies (1937). Condamné pour avoir créé plusieurs ciné-clubs prolétariens et tourné des documentaires de propagande, il s’évadera puis sera repris quelques années plus tard. Quand le récit commence, il vient de repasser devant le Conseil de guerre et d’être condamné à mort. Son crime ? Avoir tenté de se suicider et, ce faisant, de « fuir la justice ».

C’est sa détention dans le couloir de la mort de la prison d’Alcala de Henares, et celle de ses compagnons d’infortune, que décrit l’auteur dans Mourir après le jour des Rois, son livre phare, conçu dès ses premières lignes comme un témoignage historique sur les exactions franquistes. Publié pour la première fois sous pseudonyme au Mexique en 1966, cet ouvrage, parfois comparé au Dernier jour d’un condamné, de Victor Hugo (1829), paraît aujourd’hui en France.
« Farce tragique »
Dans ce journal de bord écrit en captivité, entre le 15 décembre 1944 et le 17 janvier 1945, et enrichi de six textes écrits postérieurement, transparaît l’urgence de relater dans leurs moindres détails les dernières journées des détenus. Ou du moins les avant-dernières, car une trêve de Noël leur offre un court...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Ses œuvres évoquent généralement le quotidien des Japonais au fil de l’histoire. « Le Goût d’Emma », qui sort mercredi en France, se penche quant à lui sur l’histoire de la première inspectrice du « Guide Michelin ».
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Emma, tout juste promue inspectrice pour le célèbre « Guide Michelin », partage dans cet ouvrage dessiné par Kan Takahama ses premières expériences culinaires et professionnelles.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

Manga : « Le Goût d’Emma », dans la peau de la première inspectrice du « Guide Michelin »

Emma, tout juste promue inspectrice pour le célèbre « Guide Michelin », partage dans cet ouvrage dessiné par Kan Takahama ses premières expériences culinaires et professionnelles.



Le Monde
 |    28.02.2018 à 08h59
 • Mis à jour le
28.02.2018 à 16h42
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


C’est une curieuse alchimie qui compose Le Goût d’Emma et son alliage d’auteurs franco-japonais, Emmanuelle Maisonneuve pour le témoignage et Kan Takahama pour le dessin. On aurait cru que le Japon y prendrait plus de place, par le fait que la narratrice, première inspectrice du Guide Michelin, a tissé avec ce pays un rapport particulier. Mais aussi parce que le plus grand éditeur japonais, Kodansha, connu en France pour ses mangas, a été séduit très tôt par cette histoire, au point de la publier en avant-première au Japon. Ce manga est publié en France mercredi 28 février.

        Lire aussi :
         

                De l’histoire du Japon au « Guide Michelin » : Kan Takahama, la mangaka atypique



Les Japonais sont friands de ces récits culinaires, et de cette notion de terroirs immémoriaux qui sont souvent donnés en exemple d’une proximité culturelle forte avec la France. Et il est vrai que la description de ces merveilles gastronomiques nous parle en profondeur de nos traditions, réveille notre appétit, et fait bien travailler notre géographie.
Mais non, le passage consacré au Japon est anecdotique, dans Le Goût d’Emma, comme une parenthèse dans le parcours initiatique de la narratrice.

   


Les aventures d’Emmanuelle Maisonneuve au sein du Guide Michelin ne pourraient être adaptées autrement qu’à l’écrit ou en bande dessinée, au risque de se voir amputées de ce qui fait tout leur sel : la description détaillée des procédés usités au Michelin, la peinture, littéralement, des spécialités gastronomiques, et la façon dont les choses doivent être en matière de bon goût.
Un trio qui pourrait n’être que descriptif mais qui s’agrémente d’une dimension humaine importante car le métier d’inspecteur du Michelin ne s’entend pas sans ses rencontres, parfois improbables. Celle des maîtres initiateurs, tout d’abord, qui vont instruire la jeune apprentie, mais aussi celle de tous les restaurateurs, hôteliers et personnels satellites qui, au-delà de la technicité pure de leur métier, viennent insuffler leur personnalité et leur philosophie personnelle dans la pratique de leur métier.

   


C’est tout cet univers que vient croquer Kan Takahama, déjà auteure de plusieurs ouvrages sur la société japonaise et le statut des femmes dans cette société (Le Dernier Envol du papillon, Tokyo, amours et libertés). Le choix coule de source tant les thématiques sont proches de celles d’Emmanuelle Maisonneuve : comment s’imposer dans un monde d’hommes, comment échapper aux jugements caricaturaux… Et sur le plan du dessin, Kan Takahama a déjà la réputation d’être la plus européenne des mangakas par un trait moins déformé par les banalités du manga japonais. Si on ne la connaissait pas, on ne saurait distinguer la patte japonaise de la dessinatrice.
On pourrait continuer à lire à l’infini ces chroniques de notre terroir, tout comme on peut regarder sans se lasser des photos de cuisine ou des émissions télévisées sur les secrets de cuistots. Le seul reproche peut-être à faire à l’ouvrage est d’être trop court. Comme dans Le Gourmet solitaire, de Jirô Taniguchi, on verrait bien notre héroïne errer indéfiniment dans les régions françaises et japonaises, et continuer de décrire ses expériences culinaires.
Le Goût d’Emma, d’Emmanuelle Maisonneuve, Julia Pavlowitch & Kan Takahama, Les Arènes BD, tome unique sorti le 28 février, 200 pages, 18 euros.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Le musicien et rédacteur en chef de la revue « Schnock » publie un livre sur les femmes du dandysme.
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Alister, un dandy pas comme les autres

Le musicien et rédacteur en chef de la revue « Schnock » publie un livre sur les femmes du dandysme.



Le Monde
 |    26.02.2018 à 08h51
    |

            Laurent Carpentier








                        



                                


                            

Dandy lui ? Pas du tout, dit-il. « Je suis trop laborieux pour ça. J’essaye de gommer tout ce qui ressemble à de la laboriosité – ça existe ce mot ? Je ne sais pas mais ça me plaît. Je suis un perfectionniste. Enfin vous appelez ça comme vous voulez. Un névrosé ? » Scénariste de sketchs pour la télé (La Minute blonde, Un gars une fille…), musicien de pop française (trois albums au compteur), directeur et cofondateur, depuis 2011, de la revue ultrabranchée Schnock, Christophe Ernault, alias « Alister » pour la gloire, publie aujourd’hui La Femme est une dandy comme les autres (Pauvert, 200 p., 18 euros).
Sa façon de laisser voir qu’il n’est justement pas comme les autres, son genre faussement dilettante, son goût pour les mots rares (« prolégomènes », « idiosyncrasie »). Mais aussi, hormis son peu d’intérêt pour la toilette, le fait qu’Alister ressemble à Alistair, ce compagnon élégant et malicieux de Candy, manga à qui il doit le surnom dont ses copains d’école l’avaient affublé. Tout cela concourt à donner de ce livre le sentiment d’une plongée déguisée dans le surmoi.
Alister : « Il ne faut pas compter sur la femme dandy pour changer la société, ce n’est pas son problème »
Deux choses pourtant vont à l’encontre de cette analyse. La première, c’est que, au contraire des dandys, ce fan absolu de Barbey d’Aurevilly – lequel préférait définir ceux-ci par leur tournure d’esprit plutôt que par leur tenue – est un historien intéressé par la marche du monde. On s’arrête dans son livre malin et documenté sur les propos virulents de Colette contre les suffragettes ou ceux de Françoise Sagan, qui affirmait : « J’ai sans doute un point de vue retardataire et parfaitement latin, mais je suis convaincue que ce n’est pas en se liguant contre les hommes que les femmes obtiendront quelque chose. Ou alors, elles ne l’obtiendront que dans la loi. Et la loi ce n’est pas tout. »
Alister explique : « Il...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Tous les lundis, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nine Antico.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 25/02/2018
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« Maléfiques », par Nine Antico (épisode 21)

Tous les lundis, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nine Antico.



Le Monde
 |    26.02.2018 à 06h51
 • Mis à jour le
26.02.2018 à 07h05
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Dans un récit né d’un voyage et de conversations dans l’est de la Turquie, l’écrivaine fait le point sur son combat pour la démocratie et sur l’état de son pays.
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Oya Baydar bouleversée au Kurdistan

Dans un récit né d’un voyage et de conversations dans l’est de la Turquie, l’écrivaine fait le point sur son combat pour la démocratie et sur l’état de son pays.



Le Monde
 |    25.02.2018 à 09h00
    |

            Marie Jégo (Istanbul, correspondante)








                        



                                


                            
Dialogues sous les remparts (Suronu diyaloglari), d’Oya Baydar, traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy, Phébus, 160 p., 15 €.

Auteure engagée, militante de gauche, emprisonnée dans sa jeunesse pour ses idées, Oya Baydar, 77 ans, n’est pas femme à se laisser décourager. C’est pourtant ce qui lui est arrivé, le 31 décembre 2015, face aux remparts de Diyarbakir, la grande ville kurde du sud-est de la Turquie. Pétrifiée, impuissante, l’auteure entend les tirs et les explosions qui, de l’autre côté de la muraille, émergent de Sur, le quartier historique. Voici des semaines que son lacis de ruelles, sa mosquée Kursunlu du XVIe siècle, ses églises arméniennes, sont devenues le terrain d’affrontement des rebelles kurdes armés contre les forces turques.
La guerre la plonge dans le désarroi. « Je n’en saisis pas la logique, je ne comprends pas ceux qui l’ont décidée, je ne sais plus quoi penser. Je suis démunie. » Venue dans la région avec un groupe d’intellectuelles compatissantes, elle en repart bouleversée. « Pourquoi suis-je là alors que je sais très bien qu’il me sera impossible d’éteindre ce brasier ? »
Du côté de la vie
Le brasier va se consumer pendant des mois. Des adolescents armés ont creusé des tranchées au centre des villes kurdes au nom de « l’autonomie ». La riposte des forces de l’ordre est féroce, la population se retrouve prise entre deux feux. La rébellion est écrasée au printemps 2016 au prix de plusieurs milliers de morts et de plusieurs centaines de milliers de déplacés. Tout un pan du centre historique de Diyarbakir est alors rasé, un projet immobilier voit le jour, tracé au cordeau, sans ruelles et sans âme.
De ces émotions, de ces doutes, Oya Baydar a fait un livre, Dialogues sous les remparts, le déroulé d’une conversation entre deux intellectuelles. L’une est turque, l’autre kurde. L’une et l’autre sont tiraillées...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.
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Article sélectionné dans La Matinale du 24/02/2018
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Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 90)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.



Le Monde
 |    25.02.2018 à 06h45
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 07h06
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ L’écrivain américain, Man Booker Prize en 2016 pour « Moi contre les Etats-Unis d’Amérique », a le don de mettre au jour les contradictions du monde dans lequel il évolue – et de s’en amuser. « Tuff », extravagant roman de formation, en témoigne.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Paul Beatty, la vigilance du satiriste

L’écrivain américain, Man Booker Prize en 2016 pour « Moi contre les Etats-Unis d’Amérique », a le don de mettre au jour les contradictions du monde dans lequel il évolue – et de s’en amuser. « Tuff », extravagant roman de formation, en témoigne.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h53
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Dans le brouhaha d’une brasserie parisienne retentit le rire de Paul Beatty. Un rire doux et grave qui souffle tout, dès notre première question. L’écrivain américain rit comme il écrit, à double tranchant. Il ne recherche pas l’adhésion et avance tel un bulldozer, mettant au jour les contradictions de ce monde. Ces choses qu’il trouve « funny ». Ça sera son premier et son dernier mot. Qui ne désigne pas uniquement ce qu’il trouve drôle, mais ce qu’il a envie de creuser dans ses livres – des livres dont on sort alerte et hilare d’avoir vu nos certitudes chavirer.
Paul Beatty ne slame pas
En vingt ans, quatre romans dont un Man Booker Prize, l’écrivain né à Los Angeles en 1962 et professeur à l’université Columbia, à New York, s’est forgé une réputation de maître de la scansion et de la satire politique. Première révélation de la rencontre : il ne slame pas. Celui dont on loue le phrasé, depuis sa découverte en France avec Slumberland (Seuil, 2009), « déteste » le slam. Il ne relit même pas ses textes à voix haute. Certes, Beatty est monté sur scène au début du mouvement, ce qui lui a permis de publier son premier recueil de poésie, en 1991, mais ça le mettait mal à l’aise. La performance recherche les applaudissements. Ce n’était pas lui. Et il ne rappe pas non plus. Même si la presse salue son flow et si le chanteur Biggie Smalls, alias The Notorious B.I.G. (1972-1997), lui a inspiré Tuff, héros du roman du même nom, qui paraît en France. « Quand Tuff est sorti aux Etats-Unis, raconte-t-il, en 2000, des journalistes se sont écriés : “Il n’existe aucun jeune Noir-Américain comme ce personnage, aucun Noir ne peut être passionné de films étrangers !” » Avant de conclure, rieur : « Il faut être sacrément étroit d’esprit et prétentieux pour décider qui peut être quoi ! » Et dire qu’on pensait que Paul Beatty forçait le trait dans ses satires féroces. Hélas, la réception critique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde », raconte la rencontre et les liens qui unissent désormais Fabien Vehlmann, auteur de bande dessinée, et Fodé Condé, jeune migrant guinéen.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
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BD : « Fabien Vehlmann n’en revient toujours pas d’avoir “rencontré un personnage qu’il a créé” »

Dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde », raconte la rencontre et les liens qui unissent désormais Fabien Vehlmann, auteur de bande dessinée, et Fodé Condé, jeune migrant guinéen.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 07h08
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h51
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            

Chronique. Fabien Vehlmann est un auteur de bande dessinée à succès. On lui doit le scénario de Seuls (Dupuis, avec Bruno Gazzotti), une série mettant en scène des enfants livrés à eux-mêmes dans un monde sans adultes. Depuis 2009, il a repris le personnage de Spirou, héros iconique de la BD franco-belge, avec le dessinateur Yoann. Cette position lui permet d’avoir accès aux médias. Médias qu’il s’est résolu à contacter pour relater une histoire dont il n’est pas, pour une fois, le narrateur, mais l’acteur direct, aux côtés d’un jeune migrant guinéen qu’il abrite sous son toit : Fodé Condé, 18 ans, élève en BTS « management des unités commerciales », à Nantes.
« Son seul tort est d’avoir fui la misère et de ne pas venir d’un pays en guerre. » Fabien Vehlmann
Menacé d’expulsion, ce dernier fait partie de ces nombreux exilés qui n’ont pas quitté leur pays pour des raisons politiques ou de conflit armé. Classés « migrants économiques », ces hommes et ces femmes ont beaucoup moins de chances que les autres de pouvoir rester légalement en France ; et ce n’est pas le projet de loi sur le droit d’asile et l’immigration, présenté mercredi 21 février par le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb – texte qui durcit le droit des étrangers (Le Monde du 21 février) –, qui devrait faciliter leurs démarches.
« Fodé possède pourtant un dossier idéal. Peu de migrants peuvent se prévaloir d’être logés à l’année dans une famille d’accueil, de faire des études, de jouer dans un club de foot… Son seul tort est d’avoir fui la misère et de ne pas venir d’un pays en guerre, ni d’être surdiplômé, selon la distinction qui est faite aujourd’hui entre les “bons” et les “mauvais” migrants », se désole Fabien Vehlmann, qui héberge chez lui le jeune homme depuis 14 mois. Le 16 janvier dernier, la préfecture de Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour.
Un attachement...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Les moines bénédictins, trappistes, cisterciens, prémontrés ou chartreux que Nicolas Diat a interrogés ne se présentent pas comme des superhéros du bond dans le Ciel. Ils parlent avec simplicité, humilité, de la douleur de perdre leurs frères et de la tristesse des agonies.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
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Moine ou mécréant, « chacun meurt comme il peut »

Les moines bénédictins, trappistes, cisterciens, prémontrés ou chartreux que Nicolas Diat a interrogés ne se présentent pas comme des superhéros du bond dans le Ciel. Ils parlent avec simplicité, humilité, de la douleur de perdre leurs frères et de la tristesse des agonies.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 19h15
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            

Le livre. « Les hommes ne savent plus comment mourir », écrit Nicolas Diat au début de son récit, sentence qui inquiète un peu sur la nature de cette exploration des rapports que les moines catholiques entretiennent avec la mort : l’art de trépasser mérite-t-il vraiment qu’on lui consacre un guide pratique ? Mais certains livres, par bonheur, valent mieux que l’idée que leur auteur s’en fait.
Et si Nicolas Diat, connu pour les essais qu’il a coécrits avec le cardinal guinéen Robert Sarah et pour sa somme sur le pontificat de Benoît XVI, L’Homme qui ne voulait pas être pape (Albin Michel, 2014), reprend sporadiquement, au long d’Un temps pour mourir, cette position de surplomb au-dessus de nos petites vies et de nos morts brouillonnes, un virage est vite pris, et le livre décolle, pour atterrir dans des zones plus mouvantes et plus riches.
Toute la question est au fond de savoir si le fait de croire en un au-delà – d’y croire assez profondément pour tout envoyer balader et y consacrer sa vie – transforme la mort en un simple passage, aplanissant l’angoisse, la révolte charnelle contre la destruction. C’est la question qui hante le Dialogue des carmélites de Georges Bernanos (1949), cité en exergue, où la peur, la pauvre et commune peur de mourir, conduit mystérieusement à la sainteté.
La joie présente aussi
Les moines bénédictins, trappistes, cisterciens, prémontrés ou chartreux que Nicolas Diat a interrogés ne se présentent pas comme des superhéros du bond dans le Ciel. Ils parlent avec simplicité, humilité, et souvent une sorte de force poétique brute, de la douleur de perdre leurs frères, de la tristesse des agonies, de la souffrance, de la frayeur. « La mort est une rupture violente, explique le père Joseph-Michel Lemaire, infirmier de Solesmes. L’âme et le corps sont faits pour être ensemble. »
La joie est présente aussi, bien sûr, voire l’exaltation à l’idée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Yuhki Kamatani aborde tout en finesse et en poésie le coming out d’un adolescent victime d’homophobie.
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« Eclat(s) d’âme » : un manga beau et subtil sur l’homosexualité

Yuhki Kamatani aborde tout en finesse et en poésie le coming out d’un adolescent victime d’homophobie.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 09h15
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Dans un paysage où le manga évoquant l’homosexualité se résume le plus souvent aux styles Boys Love et Girls Love, des romances gays aussi appelées Yaoi et Yuri, la sortie de Le Mari de mon frère en 2016 en France avait agréablement surpris. Saluée au Festival international de BD d’Angoulême l’année suivante, cette courte série grand public en quatre tomes s’attachait à démonter des préjugés homophobes en relatant la rencontre entre un Japonais et sa fillette avec l’époux canadien de son défunt frère.
L’éditeur Akata poursuit son exploration dans le manga LGBT+ avec une pépite, Eclat(s) d’âme, sorti jeudi 22 février en France. Dans ce récit mais aussi avec son dessin, Yukhi Kamatani sonde la psyché de Tasuku, un adolescent provincial victime d’homophobie depuis que ses camarades ont surpris des vidéos de porno gay sur son smartphone.

   


Il suffit des premières pages pour se convaincre du fait que Yuhki Kamatani connaît et aborde avec délicatesse la question du coming out. Ce(tte) mangaka trentenaire qui se revendique du genre neutre (ni féminin ni masculin) s’est pourtant fait connaître en France dans un tout autre registre avec Nabari, un manga shonen d’action et de surnaturel.
Avant de questionner sa place dans la société, Yuhki Kamatani met son héros face à lui-même. Tasuku, solitaire et rejeté, monologue. Une introspection retranscrite par des dessins de songes et malaises de l’adolescent. Des planches fragmentées, des éclats d’âme en somme.

   


Mais c’est aussi le sentiment de submersion que Yuhki Kamatani met merveilleusement en scène : il revêt dans ce premier tome toutes ses formes, des quolibets incessants à l’envie de se jeter dans le vide. Loin d’acculer le personnage, il s’agit de le placer sur le chemin de l’acceptation au travers de rencontres bienveillantes ou mystérieuses. C’est notamment « l’hôte », jeune femme lunaire et grave, sorte de mentor chimérique qui, en ouvrant sa maison à des personnes en marge, va offrir des perspectives inattendues à Tasuku.
Ce manga tout en nuances tant dans son propos que dans ses dessins, avec des paysages lumineux qui contrastent avec le malaise du héros, exploite également avec finesse la frontière entre réalité et imaginaire. Tasuku a-t-il rêvé « l’hôte » ? Avance-t-il dans un état second ? S’est-il réfugié dans un recoin, un éclat de son âme pour se protéger ?

   


Eclat(s) d’âme, de Yuhki Kamatani, traduction de Aurélien Estager, tome 1 le 22 février, éditions Akata, 176 pages, 7,95 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Dans une série empreinte de violence et de bons sentiments, Takumaru Sasaki raconte la relation entre un ancien flic solitaire et une fillette menacée par la pègre.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                

Flic déchu, course contre la mort et autres ficelles au service du manga « Re: Load »

Dans une série empreinte de violence et de bons sentiments, Takumaru Sasaki raconte la relation entre un ancien flic solitaire et une fillette menacée par la pègre.



Le Monde
 |    22.02.2018 à 10h02
 • Mis à jour le
23.02.2018 à 10h25
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Ce sont des ressorts classiques que Takumaru Sasaki met au service de sa série Re: Load, éditée depuis le début de février en France chez Doki Doki. L’intrigue se noue en effet autour d’un duo qui se forme au hasard et au cœur du danger : Makoto, une enfant menacée par le clan mafieux Gomon, et Shokichi Inui, un ancien flic borderline. La ficelle n’est pas sans rappeler des films comme Le Client (1994), de Joel Schumacher, ou tout simplement Léon (1994), de Luc Besson, que le mangaka cite comme référence.
A la manière de Léon, le flic paumé et à vif qu’incarne Shokichi Inui va d’abord envisager comme une gêne cette petite voisine qui lui demande de l’aide alors que sa famille vient d’être abattue par la pègre, avant d’embrasser sa cause et de lui vouer une indéfectible amitié. Il faut dire que c’est aussi à cause du clan Gomon, qui traque ce témoin embarrassant, que la vie de l’inspecteur a basculé. L’innocente Makoto porte une considération nouvelle à l’homme désocialisé et enragé, lui redonnant un soupçon d’humanité. Toutefois, la nature de la relation qui se noue entre les deux héros passe trop rapidement du badinage à une amitié à la vie-à la mort. Un défaut imputable, probablement, au format manga, qui oblige les auteurs à appuyer sur les enjeux dès les premiers chapitres pour convaincre.

   


Le dessinateur japonais écule également un autre code du polar et des récits d’action en mettant en scène un héros torturé en marge de la loi et en quête de vengeance. A ce titre, Shokichi Inui en est une représentation parfaite, tant dans ses propos nihilistes que dans ses actions suicidaires. L’ex-flic n’a rien à perdre et verse sans sourciller dans la violence la plus pure.
Un personnage bien mis en scène qui rend d’autant plus dommage le fait que la menace que fait peser le clan Gomon, décrit comme une famille mafieuse très dangereuse, n’est qu’esquissée. Seul un des hommes de main s’avère véritablement néfaste ; les chefs yakuzas ne sont, eux, qu’évoqués.
Le manga n’édulcore pas, cependant, les scènes de violences, nombreuses. La brutalité, que l’auteur rend savamment au travers de plusieurs doubles pages sombres et nerveuses, éloignera de ce manga les lecteurs les plus sensibles.

   


Re: Load, de Takumaru Sasaki, traduction d’Aurélien Estager, tome 1 le 7 février, éditions Doki Doki, 200 pages, 7,50 euros. Série complète en trois volumes.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
      

Trans|poésie. Flûte enchantée…

Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.



Le Monde
 |    22.02.2018 à 07h45
    |

                            Didier Cahen








                        



   


Dans tes doubles jumelles
J’ai deux langues
Tu ne vois pas que j’ai deux langues ?
§
Comme l’oiseleur du temps
Je capture au matin
Les paroles qui ont encore des ailes
§
Nous bâtissons des palais de papier
Wir bauen, pflanzen
Des forêts de mots sur le terrain de chasse
Lola et son fantôme Lilou partagent toutes leurs phobies avec l’étrange « Docteur ès peur ». Qui est-il ? Psychiatre, exorciste, deus ex machina ? Et que vient faire Johnny ? Allez savoir… En auteure avisée, Violaine Schwartz (née en 1969) donne sa langue au chat.
André Velter (né en 1945) nous fait aimer le souffle du grand large. On suit avec bonheur ce « fils des solitudes » dans ses voyages en compagnie de Gongora, Garcia Lorca, Nerval et quelques autres, « nombreux à être seuls et en ­rupture de ban ».
Rose Ausländer (1907-1988), Rose « l’étrangère », a écrit son dernier livre dans un lit d’invalide de la maison de retraite Nelly-Sachs. Comme si, mutatis mutandis, les noms propres avaient scellé le destin de cette immense poète…
J’empêche, peur du chat, que mon moineau ne sorte, de Violaine Schwartz, P.O.L, 176 p., 16 €.
Les Solitudes, d’André Velter, Gallimard, 176 p., 18 €.
Ich spiele noch. Je joue encore, de Rose Ausländer, traduit de l’allemand par Alba Chouillou, édition bilingue, Le Bousquet-la Barthe, 184 p., 13 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Romans, récit, poésie, histoire, BD, polar, thriller… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 23 février.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Livres en bref

Romans, récit, poésie, histoire, BD, polar, thriller… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 23 février.



Le Monde
 |    22.02.2018 à 07h45
    |

            Frédéric Potet, 
Abel Mestre, 
                                Serge Audier (Philosophe et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Eric Loret, 
                            Cécile Dutheil (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Philippe-Jean Catinchi et 
                            Florent Georgesco








                        



                                


                            Roman. La société des invisibles
L’Homme qui est tombé dans l’oubli (Mannen som föll i glömska), de Mia Ajvide, traduit du suédois par Johanna Chatellard-Schapira, Actes Sud, 380 p., 23 €.
Depuis les contes et légendes populaires, en passant par la fantasy et la science-fiction, l’idée d’une possible invisibilité de l’être humain a toujours été source de fantasmes. Et de création. Dans son premier roman, la Suédoise Mia Ajvide (née en 1950) met en scène un personnage qui s’efface de la mémoire des gens à l’instant même où il quitte leur champ visuel. Même ses proches n’arrivent plus à se souvenir de lui ni à le reconnaître. Tombé dans l’oubli et donc devenu « invisible » sur le plan social et affectif, ce héros découvre alors une société parallèle, faite d’êtres semblables à lui, un groupe dont les racines remontent à un passé séculaire. Une idée féconde qui donne lieu à de multiples péripéties, tantôt originales, tantôt plus conventionnelles, mais dont l’ensemble forme un récit que l’on suit avec plaisir. E. Ba.
Roman. 6 ans, objet
Simon, de Jocelyne Desverchère, P.O.L, 128 p., 9 €.
Un enfant décrit son quotidien. Dès le début, quelque chose cloche dans son niveau de maturité : « J’ai 6 ans et ce sentiment d’être responsable m’exalte. » L’auteure a choisi non pas, comme il est de coutume, d’imaginer ce que pense un enfant, mais de mettre dans sa bouche ce que les adultes pensent de lui, comme s’il était leur objet. Ce faisant, elle met au jour un des fantasmes de l’époque : notre désir de régression et d’infantilisation (dont la face médiatique est l’obsession pédophilique). Né dans un couple apparemment dysfonctionnel, l’enfant connaîtra un malheur terrible, qu’il ne ressent pas comme tel et qu’il surmontera en apprenant à embaumer un oiseau tombé du nid. C’est donc un récit de « réparation », qui reprend les codes du mélo mais en les positivant : toutes les épreuves...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Claro est renversé par l’Eurydice ­d’Elfriede Jelinek.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. Femme douleur fantôme

Claro est renversé par l’Eurydice ­d’Elfriede Jelinek.



Le Monde
 |    22.02.2018 à 07h45
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Ombre (Eurydice parle) (Schatten (Eurydike sagt)), d’Elfriede Jelinek, traduit de l’allemand (Autriche) par Sophie Andrée Herr, L’Arche, 120 p., 14 €.

Parce qu’ils ne sont souvent liés à aucun texte princeps, les mythes nous parviennent pour ainsi dire par la voie des airs ou la voix des arias, celles des variantes et de la tradition orale, condamnés à survivre au gré des réécritures, livrés en pâture aux poètes ou mitonnés à la sauce romanesque. On les presse comme des citrons sacrés, on les dilue dans l’ironie, on en tire le suc narratif ou le jus symbolique, on les tord, les écourte ou les prolonge. Ils sont parfois de faciles synopsis, propices à d’habiles adaptations, des rêves confus appelant l’analyse. Réduits à leur fibre première, ils livrent une saveur immanquablement contemporaine.
On a pu le constater dans ces colonnes, où il a été question ces derniers mois de Calypso (avec Anne Luthaud), de Télémaque (avec Constantin Alexandrakis), de Godzilla (avec Jim Shepard). Le mythe d’Orphée ne fait guère exception, loin de là. Ovide, Gluck, Cocteau, Anouilh, Rilke. Nick Cave, Jacques Demy… longue est la liste. Ajoutons-y aujourd’hui le nom d’Elfriede Jelinek, qui, avec Ombre (Eurydice parle), fait mieux que relancer la donne puisque, à sa façon en apparence nihiliste, elle broie le mythe dans l’œuf.
Créé il y a deux ans à la Schaubühne, à Berlin, le spectacle mis en scène par la Britannique Katie Mitchell à partir du texte de Jelinek, spectacle qu’on a pu voir à Paris en janvier, au Théâtre de la Colline, a capté avec une inventivité scénique redoutable le long monologue écrit par l’auteure de La Pianiste (Jacqueline Chambon, 1988), en traduisant littéralement la descente aux enfers par une mise en abyme, puisque la quête d’Orphée nous était rendue à la fois sur scène et à l’écran, dans le présent affolé de sa transmission filmée. Traduit au plus...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ A l’origine de « Détour », road-movie fatal de 1945, un roman signé Martin M. Goldsmith, que voici traduit. Mal au cœur garanti.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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Noir. La route est longue jusqu’à Hollywood

A l’origine de « Détour », road-movie fatal de 1945, un roman signé Martin M. Goldsmith, que voici traduit. Mal au cœur garanti.



Le Monde
 |    22.02.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
22.02.2018 à 09h38
    |

                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Détour (Detour), de Martin M. Goldsmith, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Simon Baril, Rivages, « Noir », inédit, 250 p., 6,90 €.

Dites Détour et fermez les yeux. Ce qui, dans l’instant, vous saute à la mémoire et à celle de tous les fondus de films noirs, c’est l’image rayée d’un costaud, suant et poussiéreux, donnant du pouce en bordure d’une route écrasée de soleil. Celle, ensuite, d’une furie sexy, le cinglant de lazzis et se jouant de lui comme d’un chien de cirque, un tandem qu’accompagnent des visions de corps morts et de comptoirs d’un soir, d’arnaque à l’héritage et de motels sans lendemain. Personnages iconiques campés par Tom Neal et Ann Savage, vedettes mythiques d’une série B d’Edgar G. Ulmer, 68 mi­nutes de pure noirceur tournées en six jours pour 30 000 dollars, et sortie en 1945.
A l’origine de ce classique du cinéma précaire et du road-movie tragique, un livre signé Martin M. Goldsmith (qui signa également le scénario du film d’Ulmer), paru en 1939, une rareté désormais lisible en français grâce à l’éditrice Jeanne Guyon, chez Rivages, et au traducteur Simon Baril. Et la découverte n’est pas mince, car le roman de Gold­smith égale largement le film d’Ulmer, lui rendant coup pour coup en termes de dialogues teigneux, de monologues dépressifs, de coups de blues et de coups du sort.
Implacable enchaînement
Né à New York en 1913, finançant son errance et ses voyages grâce à la publication de nouvelles, à l’écriture de scénarios et d’histoires originales (notamment L’Enigme du Chicago Express, de ­Richard Fleischer, 1953, qui lui vaut une nomination aux Oscars), Martin M. Goldsmith s’inspira pour ce récit de sa propre expérience de convoyeur automobile, transbahutant en Buick familiale, d’une côte à l’autre, pour 25 dollars, des fournées de six personnes. ­Souvenirs de conversations entre passagers de rencontre, silences, somnolences et arrêt, d’étape ont nourri...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « Serena », de Terkel Risbjerg et Anne-Caroline Pandolfo.
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C’est graphique. Rapace

La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « Serena », de Terkel Risbjerg et Anne-Caroline Pandolfo.



Le Monde
 |    22.02.2018 à 07h45
    |

                            Pénélope Bagieu (Dessinatrice)








                        



                                


                            
Serena, de Terkel Risbjerg (dessin) et Anne-Caroline Pandolfo (scénario), Sarbacane, 216 p., 23,50 € (en librairie le 7 mars).
Serena est un excellent roman de Ron Rash, paru aux éditions JC Lattès en 2011. C’est désormais également une bande dessinée passionnante et magnifique d’Anne­-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg, chez Sarbacane.
Nous sommes dans les Smoky Mountains, dans le vieux Sud des Etats-Unis, en 1930, au lendemain du krach boursier qui a jeté sur les routes des milliers de malheureux et leur famille, prêts à tout pour survivre dans cette société tourmentée qui ne sait plus quoi faire de ses paysans. En échange d’un salaire de misère, ils coupent du bois dans l’immense propriété forestière du riche George Pemberton. Le travail est pénible, dangereux, souvent fatal. Armés de leurs pauvres outils, de leur foi et occasionnellement d’une patte de lapin, ces hommes vivent dans la boue, sous la neige, entre deux attaques de serpents à sonnette et de pumas. Mais tout cela n’est rien comparé au péril bien plus grand qui les guette : la nouvelle épouse de Pemberton, la mystérieuse Serena.
A la descente du train qui l’amène de Boston, tous s’attendent à découvrir la nouvelle femme-trophée, douce et réservée, de leur patron. Mais elle donne immédiatement le tempo à ce boys club de vieux bûcherons en privant l’un d’eux de sa paye pendant deux semaines pour l’avoir contredite. Serena paraît, dans un premier temps, ne chercher qu’à arracher un peu de respect à ces ouvriers bornés et rustres, mais c’est une fausse impression. Sorte de croisement entre Cersei Lannister (personnage de Game of Thrones) et de l’essayiste libertarienne Ayn Rand (1905-1982), bien plus cupide et cruelle que son mari, elle voit en cette période sombre une occasion bénie d’étendre l’empire d’un entrepreneur pas assez ambitieux et trop tendre à son goût.
Le blanc, le noir, le rouge
Qu’elle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Si près, tout autre. De l’écart et de la rencontre », de François Jullien.
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Figures libres. Trouver de l’inouï dans la vie banale

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Si près, tout autre. De l’écart et de la rencontre », de François Jullien.



Le Monde
 |    22.02.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
22.02.2018 à 10h23
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            

La philosophie, somme toute, n’a qu’un objectif : penser autrement. D’Héraclite à Derrida, de Platon à Foucault, en passant par Hegel et par Nietzsche, entre tant d’autres, elle s’y efforce de mille façons. Ces tentatives si diverses mettent toutes en jeu les questions de l’autre et de l’altérité – multipliant définitions, usages, attraits et défiances.
Il ne s’agit, pour penser, que de discerner les opposés, de repérer les similitudes, de séparer ou de combiner les contraires… Accoutumés à ces stratégies, nous les jugeons légitimes et pertinentes. Mais il se pourrait que nous nous trompions, obnubilés que nous sommes par des évidences illusoires, piégés par des mots insuffisamment questionnés. Voilà ce que suggère le philosophe François Jullien (né en 1951) dans son nouvel essai.
Ce livre, pas loin d’être son quarantième, possède la qualité remarquable de renouveler, une fois encore, le regard. Car ce penseur est aussi surprenant qu’il est fécond. Intitulé Si près, tout autre, le texte est lui-même très proche et très différent des précédents. Il s’inscrit dans le cadre du travail conduit par François Jullien au sein de sa chaire « altérité » à la Fondation Maison des sciences de l’homme. Son ambition : « penser l’autre » – indiquer du moins comment s’y prendre, en commençant par défaire les principaux malentendus empêchant d’avancer.
En scrutant la langue et ses usages, en critiquant leurs présupposés, François Jullien défait les illusions qui nous font croire que l’autre est forcément synonyme d’opposé, de lointain, de contraire. Il montre combien les opposés (joie-tristesse, vie-mort, etc.) sont dépendants parce qu’appariés, comment les contraires se révèlent, en fait, partenaires. Et c’est là qu’il convient de creuser, sans se laisser démonter par les caprices des vocables : « Qu’un mot qui paraît si proche d’un autre par le sens puisse se retourner contre lui au point de laisser paraître un tout autre sens,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Avec « Composition », Michel Charles se replonge dans les classiques (La Fayette, Balzac…) pour déployer une théorie de la lecture qui ne force jamais le sens du texte.
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Poétique. Comment ne pas lire entre les lignes

Avec « Composition », Michel Charles se replonge dans les classiques (La Fayette, Balzac…) pour déployer une théorie de la lecture qui ne force jamais le sens du texte.



Le Monde
 |    22.02.2018 à 07h30
    |

                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Composition, de Michel Charles, Seuil, « Poétique », 480 p., 26 €.

Quatre essais marquants, publiés à quelque dix ans d’intervalle chacun dans la collection « Poétique » au Seuil : Michel Charles poursuit, depuis Rhétorique de la lecture (1977), une entreprise théorique d’une cohérence et d’une rigueur exemplaires. Composition en offre aujourd’hui l’aboutissement. Indifférent à l’égard des modes critiques, Charles fonde une théorie de la lecture capable de fonctionner comme une rhétorique, autrement dit comme un ensemble organisé de règles valant pour tout texte, écrit ou à écrire.
Cette rhétorique se doit d’être aussi simple qu’efficace, tout en étant adaptée à notre culture du commentaire, où, par méfiance à l’égard de la théorie (la peur de l’abstraction…), l’accent est entièrement mis sur les œuvres dans leur singularité et sur l’élucidation de leur sens. La rhétorique dit comment se compose un texte ; le commentaire, ce qu’il signifie : une rhétorique de la lecture, ce serait donc une forme de commentaire partageable par tous, qui s’en tienne à la composition des textes et s’interdise (enfin) d’en forcer le sens.
Nul jargon n’est à craindre chez Michel Charles, qui prend appui sur des exemples très classiques, de Madame de La Fayette à Marcel Proust, et s’attache à en déceler les « possibles ». Car, de chaque œuvre, il est de multiples interprétations, qui tiennent à ce que les lecteurs en agencent les unités de manières différentes.
« La Princesse de Clèves », intrigue amoureuse ou chronique de cour
Soit La Princesse de Clèves (1678) : que faire du long tableau de la cour d’Henri II par lequel débute le récit ? Est-il pure mise en situation historique, retardant d’autant l’entrée en scène de l’héroïne et le spectacle de ses amours malheureuses, ou le cœur du propos ? Dans ce cas, l’histoire de Madame de Clèves et de Nemours ne serait que...




                        

                        

