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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Afin de donner une touche d’authenticité au pays fictif du Wakanda, les acteurs du dernier film Marvel ont appris le xhosa, une langue à clics d’Afrique du Sud.
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Derrière le pays imaginaire de « Black Panther », une langue sud-africaine bien réelle

Afin de donner une touche d’authenticité au pays fictif du Wakanda, les acteurs du dernier film Marvel ont appris le xhosa, une langue à clics d’Afrique du Sud.



Le Monde
 |    27.02.2018 à 19h12
 • Mis à jour le
27.02.2018 à 19h27
    |

            William Audureau








                        



   


On peut être un super-héros Marvel et parler une langue bantoue inconnue de la majorité du grand public. C’est le cas de Chadwick Boseman, l’acteur qui incarne T’Chaka, roi du royaume africain fictif du Wakanda dans Black Panther, la superproduction qui bat des records au box-office, sortie le 14 février en France. Pour les besoins du film, cet Américain a appris, comme plusieurs autres membres du casting, le xhosa, également appelé coussa ou cadre, une des onze langues officielles d’Afrique du Sud.
La langue figure dès les premières répliques du film, « lorsque je dis “tu m’as manqué mon fils, cela faisait longtemps” », raconte l’acteur sud-africain John Kani, qui interprète le père de T’Chaka, lors de l’avant-première du film à Los Angeles, à la fin de janvier.

    Loved this moment on the #BlackPanther red carpet. South African actor John Kani speaking isiXhosa ❤He is wearing @laduma! #BlackPantherSoLit Une publication partagée par  makhondlovu (@makhondlovu) le 29 Janv. 2018 à 7 :51 PST 

L’introduction du xhosa dans une superproduction hollywoodienne est une première. Plusieurs acteurs sud-africains du film s’en sont félicités lors de l’avant-première, à la mi-février, à Johannesburg, même si l’accent des acteurs américains ayant appris la langue pour les besoins du long-métrage était loin d’être parfait, souligne ABC News. Le xhosa « est l’une des langues les plus difficiles sur terre », a convenu l’actrice mexico-kényane Lupita Nyong’o, qui incarne une espionne wakanda dans le film.
« Pourquoi parlerais-je en anglais à mon fils ? »
John Kani a eu l’idée d’introduire le xhosa dans le film lors du tournage de Captain America: Civil War, première apparition cinématographique du personnage de Black Panther dans la nouvelle galaxie Marvel période Disney. Le journal Brand South Africa relate que John Kani, lui-même locuteur natif de la langue, s’est tourné vers les réalisateurs Joe et Anthony Russo lors du tournage d’une scène initialement écrite dans la langue de Shakespeare :
« Je leur ai demandé : “Pourquoi parlerais-je en anglais à mon fils ? Nous sommes censés être africains.” »
Joe et Anthony Russo ont été convaincus et ont intégré cette langue atypique, du point de vue occidental — il s’agit en effet d’une langue à clics, c’est-à-dire dont certaines consonnes sont émises d’un son de claquement de langue à l’arrière de la bouche. Celle-ci s’est imposée comme la langue officielle du Wakanda. « Lorsque j’ai tourné Civil War, j’étais l’expert de la langue et mes collègues américains me demandaient de leur donner quelque chose à dire avec un clic — ils faisaient référence au xhosa, relate John Kani dans la version sud-africaine de MTV. Mon fils et moi avons tourné à Atlanta ensemble, quand je suis parti, il est resté pour le tournage. Il a pris le relais comme consultant linguistique. » 
Le xhosa, qui appartient à la grande famille des langues bantoues et au groupe nguni, compte huit millions de locuteurs. Il est parlé quasi exclusivement en Afrique du Sud, où il est l’une des onze langues officielles du pays et la seconde en nombre de locuteurs — 16 % des Sud-Africains la parlent. C’est notamment la langue majoritaire du Cap-Oriental, dans le sud-est du pays.
Le xhosa est célèbre pour ses clics, dont il existe trois variantes, selon qu’ils sont associés au son « k », « s », ou « t ». Le nom même de la langue se prononce « k*osa », en claquant l’arrière de la langue. A la rédaction de Pixels, on n’a pas réussi, mais l’humoriste sud-africain et présentateur de télévision Trévor Noah clique haut la main.

Un système d’écriture inspiré des idéogrammes nigérians
A noter que dans Black Panther, la civilisation wakanda utilise un alphabet qui, lui, n’a pas de lien avec le xhosa. En revanche, le long-métrage de Marvel puise dans une authentique écriture traditionnelle, le nsibidi, un système d’idéogrammes utilisé par la confraternité ékpé, dans la région du Nigeria et du Cameroun depuis au moins le XVe siècle. Celui-ci a été réinterprété pour l’occasion par Hannah Bleacher, production designer du film, relate Indie Wire.
Contrairement à une idée reçue qui voudrait que les colons européens aient apporté l’écriture aux langues d’Afrique, plusieurs systèmes préexistaient à l’arrivée des explorateurs portugais, dont certains de longue date. Le guèze éthiopien date du IVe siècle avant Jésus-Christ, le tifinagh berbère, du IIIe siècle, sans même évoquer les différents systèmes égyptiens, comme le hiéroglyphe, le hiératique et le démotique.

   


Dans le contexte du film, le nsibidi a été en partie réinterprété pour coller à l’idée d’une civilisation africaine futuriste, explique Hannah Bleacher. « L’écriture devait évoluer des anciens hiéroglyphes en une version plus moderne. Nous l’avons utilisée d’une manière pictographique mais le système numérique est resté le même. »
Les costumes empruntent par ailleurs de nombreux symboles adinkra, un système de codes visuels développé dans la région du Ghana et de la Côte d’Ivoire pour représenter des concepts ou des devises. Ceux-ci avaient déjà été largement utilisés comme clins d’œil culturels par l’artiste Afua Richardson, autrice du livre d’illustration World of Wakanda.

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Josza Anjembe signe un premier court-métrage nommé aux Césars 2018.
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« Le Bleu Blanc Rouge de mes cheveux », un film à fleur de peau



LE MONDE
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        Le 27.02.2018 à 10h33

     •
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        Mis à jour le 27.02.2018 à 11h27






Durée : 04:33 | 

Seyna est une adolescente camerounaise née en France et passionnée par l’histoire et la politique françaises. A 17 ans, son baccalauréat en poche, elle se lance dans les démarches pour acquérir la nationalité française. Mais son père, Amidou, ne comprend pas son impatience.
Dans ce premier film de fiction, Josza Anjembe, journaliste et documentariste qui se présente comme une « accidentée du cinéma », aborde le thème de l’identité. Le court-métrage a reçu 37 récompenses et est nommé aux Césars 2018.


                

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ La réalisatrice Greta Gerwig aborde avec justesse et délicatesse l’adolescence tumultueuse d’une jeune fille américaine.
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Article sélectionné dans La Matinale du 26/02/2018
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« Lady Bird » : un ir­répressible désir d’ailleurs

La réalisatrice Greta Gerwig aborde avec justesse et délicatesse l’adolescence tumultueuse d’une jeune fille américaine.



Le Monde
 |    27.02.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
27.02.2018 à 07h38
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Grande fille empruntée au charme nébuleux, Greta Celeste Gerwig, 34 ans, fut longtemps connue des cinéphiles comme la star d’un cinéma du « marmonnement » (« mumblecore » en anglais, mouvement caractérisant des productions fauchées, souvent tournées en appartement), prisé par une minorité d’esthètes new-yorkais, notamment sous la direction de son compagnon et réalisateur Noah Baumbach. Il était en même temps prévisible que cette jeune femme sensible, intelligente et ambitieuse, qu’on retrouvait parfois collaboratrice à l’écriture des films, passerait un jour derrière la caméra. Prédiction à moitié réalisée dès 2008 avec Nights and Weekends, co­signé avec Joe Swanberg, et totalement aujourd’hui, avec Lady Bird, très joli petit film qui s’arroge rien moins que cinq nominations aux Oscars.

Le genre, plus goudronné qu’une autoroute, est celui du récit de formation, à soubassement autobiographique. Autant dire que parvenir à y faire entendre une note singulière relève de l’exploit. Ici atteint, avec grâce, justesse et élégance, ce qui suffit au plaisir du spectateur quand bien même on n’en serait pas au niveau chef-d’œuvral du genre (Les Quatre Cents Coups, de François Truffaut, Deep End, de Jerzy Skolimowski). Le cadre est Sacramento, capitale de l’Etat de Californie, nonobstant placée par la cinéaste, native de la ville, sous l’invocation assassine d’une citation de la romancière Joan Didion, autre native : « Quiconque parle d’hédonisme californien n’a jamais passé Noël à Sacramento. »

Là, pousse comme le chiendent la fantasque adolescente Christine McPherson, alias « Lady Bird », à laquelle la jeune actrice améri­cano-irlandaise Saoirse Ronan, cheveux rouges et regard ciel, ­confère la juste mesure de ­déprime et de piment. Parents aimants qui se sacrifient pour elle, dernière année d’un collège religieux, ennui provincial, rêve d’émancipation new-yorkaise,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Le procureur général de l’Etat de New York a annoncé avoir engagé des poursuites au civil contre la Weinstein Company, qui auraient fait échouer les négociations de reprise.
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The Weinstein Company va se déclarer en faillite

Le procureur général de l’Etat de New York a annoncé avoir engagé des poursuites au civil contre la Weinstein Company, qui auraient fait échouer les négociations de reprise.



Le Monde
 |    26.02.2018 à 09h58
 • Mis à jour le
26.02.2018 à 10h37
   





                        


Le conseil d’administration de The Weinstein Company a annoncé, dimanche 25 février au soir, que le studio de cinéma et de télévision allait se déclarer en faillite, les discussions portant sur sa vente n’ayant pas abouti, ont rapporté plusieurs médias.
« The Weinstein Company était engagée dans un processus actif de vente afin de préserver les actifs et les emplois, dit le conseil d’administration dans un communiqué, cité notamment par le San Francisco Chronicle et le Los Angeles Times. Ces discussions se sont terminées aujourd’hui sans accord signé. » Le conseil n’avait « d’autre choix que de choisir la seule option viable pour maximiser ce qu’il reste de la valeur de la compagnie : une procédure de faillite en bonne et due forme. »
Poursuites engagées par l’Etat de New York
Le 11 février, le procureur général de l’Etat de New York a annoncé avoir engagé des poursuites au civil contre la Weinstein Company, pour ne pas avoir protégé ses employés contre son ancien patron et producteur de cinéma Harvey Weinstein. Plusieurs médias américains ont affirmé que cette assignation en justice avait fait échouer les négociations de reprise quasiment abouties.
Le studio était en discussion pour être repris par un groupe d’investisseurs mené par une ancienne membre de l’administration Obama, Maria Contreras-Sweet, soutenue par les investisseurs Ronald Burkle et Lantern Asset Management, une société de capital investissement de Dallas.
Harvey Weinstein était l’un des hommes les plus influents d’Hollywood avant d’être accusé de nombreuses agressions sexuelles, dont des viols, par plus de 70 femmes. Le cofondateur des studios Miramax dément avoir eu des relations sexuelles non consenties avec quiconque.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ L’Ours d’or de la 68e édition a récompensé « Touch Me Not », premier film de la Roumaine Adina Pintilie.
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La Berlinale, au risque d’un palmarès politique

L’Ours d’or de la 68e édition a récompensé « Touch Me Not », premier film de la Roumaine Adina Pintilie.



Le Monde
 |    26.02.2018 à 09h39
    |

                            Thomas Sotinel (Berlin, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Plus qu’un jugement de valeur esthétique, le palmarès d’un festival de ­cinéma est souvent le moyen, pour le jury, de construire un récit autour des films projetés. En attribuant, le 24 février, l’Ours d’or à Touch Me Not, de la ­Roumaine Adina Pintilie, et l’Ours d’argent-Grand Prix du jury, à Twarz (« tronche ») de la Polonaise Malgorzata Szu­­mowska, le président du jury de la 68e Berlinale, le réalisateur allemand Tom Tykwer, et ses ­collègues ont signifié que cette édition était celle des mouvements #metoo et Time’s Up, que les tendances politiques à l’œuvre dans toute l’Europe et particulièrement à l’Est font peser une ­menace réelle sur la liberté de penser et de créer.

De fait, cette édition, organisée du 15 au 25 février, a été marquée par le lancement d’une initiative visant à prévenir le harcèlement sexuel durant les festivals, par des débats sur les moyens de parvenir à la parité des genres dans l’industrie cinématographique, et le ­palmarès fera oublier qu’un quart seulement des dix-neuf films en compétition pour l’Ours d’or étaient réalisés par des femmes. Et pendant que la Berlinale ­accueillait, toutes sections ­confondues, de nombreux films venus d’Europe de l’Est, documentaires ou fictions, qui disaient l’angoisse face au retour de l’intolérance et de la censure, elle projetait aussi une remarquable rétrospective consacrée au cinéma de la République de Weimar, qui démontrait que la richesse d’un art ne garantit en rien l’avenir des ­libertés.

La compétition a été marquée, comme c’est souvent le cas à Berlin, par de violentes différences de niveau
Un palmarès ainsi construit, sans trop se soucier de cinéma stricto sensu, fait courir de grands risques à ses bénéficiaires. L’honneur fait à Touch Me Not, premier long-métrage de son auteure, ne respecte pas les proportions fort modestes du film. La quête d’intimité de Laura (l’actrice britannique Laura Benson), quinquagénaire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ L’Ours d’or est allé à « Touch Me Not » de la Roumaine Adina Pintilie, le Grand Prix du jury à « Twarz » de la Polonaise Malgorzata Szumowska.
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Article sélectionné dans La Matinale du 24/02/2018
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Berlinale : deux réalisatrices d’Europe de l’Est couronnées

L’Ours d’or est allé à « Touch Me Not » de la Roumaine Adina Pintilie, le Grand Prix du jury à « Twarz » de la Polonaise Malgorzata Szumowska.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 20h14
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h21
    |

                            Thomas Sotinel (Berlin, envoyé spécial)








                        



   


Deux réalisatrices d’Europe de l’Est ont remporté les principales récompenses du palmarès de la 68e Berlinale qui s’est achevée samedi 25 février. L’Ours d’or du meilleur film est allé à Touch Me Not, premier long-métrage de la Roumaine Adina Pintilie, l’Ours d’argent, Grand Prix du jury, a distingué Twarz (tronche), de la Polonaise Malgorzata Szumowska.
Le jury paritaire, présidé par le cinéaste allemand Tom Tykwer, et qui réunissait l’actrice Cécile de France, la productrice Adele Romanski et la critique Stephanie Zacharek, toutes deux américaines, le musicien japonais Ryuichi Sakamoto et l’ex-directeur de la cinémathèque espagnole Chema Prado, a su faire face à la sous-représentation des femmes dans les films retenus pour la compétition.
Sur les dix-neuf longs-métrages qui concouraient pour l’Ours d’or, quatre seulement étaient l’œuvre de réalisatrices. Or, dès la soirée d’ouverture, cette édition de la Berlinale a été marquée par le mouvement féministe qui a enflé dans le sillage de l’affaire Weinstein.

        Lire le reportage :
         

          Lutte contre le harcèlement, débat sur la parité, la Berlinale se met à l’heure #metoo



Une excursion dans l’intimité
Touch Me Not est loin d’avoir fait l’unanimité parmi la critique et les premiers spectateurs (la Berlinale est un festival ouvert au public). Entre manuel de développement personnel et exercice formel, le film met en scène les efforts d’une femme (l’actrice britannique Laura Benson) pour surmonter sa phobie des contacts physiques.
De thérapie de groupe en expériences tarifées, la réalisatrice mêle personnages de pure fiction et des hommes et des femmes qui tiennent le rôle qui est le leur dans la réalité. Cette excursion dans l’intimité, guidée par deux regards féminins, celui de l’actrice, celui de la réalisatrice, parfois présente à l’écran, a séduit un second jury, celui qui attribuait le prix du meilleur premier film.

   


Twarz n’aborde pas la thématique du genre, si ce n’est par le biais d’une violente critique de l’emprise de l’Eglise catholique sur la population d’un petit village polonais. Le film de Malgorzata Szumowska est, comme l’a expliqué la réalisatrice en recevant son prix, un avertissement sur l’état de son pays « mais aussi de toute l’Europe et du monde entier ». A travers le destin d’un marginal qui travaille à l’érection de la plus grande statue du Christ jamais dressée au monde, et manque d’y perdre la vie, Twarz recourt à toutes les armes, y compris les plus éprouvées, de la satire.
« La Valse de Waldheim », meilleur documentaire
Développant un thème voisin – le repli d’un pays sur lui-même –, le film de l’Autrichienne Ruth Beckermann, Waldheims Walzer (La Valse de Waldheim) qui raconte l’élection de l’ex-secrétaire général des Nations unies à la présidence autrichienne en 1986, alors que les révélations sur son passé pendant la seconde guerre mondiale se multipliaient, a reçu le prix du meilleur documentaire, attribué par un troisième jury.

        Lire le compte-rendu :
         

          A la Berlinale, la démocratie trébuche



Le prix d’interprétation masculine est allé au jeune acteur français Anthony Bajon qui incarne un toxicomane cherchant la guérison au sein d’une communauté catholique dans La Prière, de Cédric Kahn. La comédienne paraguayenne Ana Brun a reçu l’Ours d’argent de la meilleure actrice pour son rôle dans Las Herederas (Les Héritières) de son compatriote Marcelo Martinessi par ailleurs distingué par le prix Alfred Bauer qui va à un long-métrage « ouvrant de nouvelles perspectives ».
L’Ours d’argent du meilleur réalisateur est allé à Wes Anderson pour L’Ile aux chiens, son beau film d’animation présenté en ouverture du festival, le 15 février. Bill Murray, qui prête sa voix à l’un des héros canins, a, en recevant cette récompense à la place du cinéaste, absent, remarqué : « C’est la première fois que je pars au travail comme un chien et que j’en reviens avec un ours ».

        Lire le récit :
         

          Menu pantagruélique à la Berlinale






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Réactions au multiplexe local, où le nouveau film de Dany Boon est sorti en avant-première.
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Séance en ch’tite famille à Saint-Omer

Réactions au multiplexe local, où le nouveau film de Dany Boon est sorti en avant-première.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 12h26
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h34
    |

            Laurent Carpentier (Saint-Omer (Pas-de-Calais), envoyé spécial)








                        



                                


                            

Une « Chortie din Ch’nord » qui précède de quelques jours la sortie nationale : le coup avait fait miracle en 2008 avec Bienvenue chez les Ch’tis. Dix ans plus tard, Pathé et Dany Boon remettent ça pour La Ch’tite Famille qui, sans être une suite, joue également sur la fibre régionale. Le film est présenté dans 76 villes des Hauts-de-France, soit 85 écrans sur les quelque 800 qui devraient le projeter dans tout le pays à partir de mardi, histoire de rappeler que tout est parti d’ici. Car c’est bien là le sujet de La Ch’tite Famille : « N’jamais oublier d’où ch’est qu’in vient », comme l’explique le personnage joué par Line Renaud à son fils embourgeoisé et ingrat.

Saint-Omer, Pas-de-Calais, 15 000 habitants. Sa cathédrale, son ancien bunker de fusées V2, sa cour d’assises (l’affaire Outreau), à la frontière des Flandres et de l’Artois. Daniel Farid Hamidou, alias Dany Boon, est né à une cinquantaine de kilomètres à l’Est, à Armentières, en 1966. Son père était chauffeur pour la compagnie de transport Gilliet à Saint-Omer. Autant dire quasi un môme du pays, dont le Bienvenue chez les Ch’tis avait rempli la salle de cinéma comme jamais. « Franchement j’avais jamais vu ça, s’esbaudit encore Philippe Coppey, le directeur d’Ociné. 84 000 entrées pour un bassin de population de 100 000 habitants ! 2008 n’était pas une bonne année, Bienvenue chez les Ch’tis nous a sauvés. »
Philippe Coppey gère les salles, Cathy, la sœur, s’occupe de la programmation, et bien qu’il soit à la retraite, Bernard, le père, s’agite dans tous les sens, serre une main ici, donne un conseil là. Ociné : une ch’tite famille. Après la guerre, à Bourbourg (à quelques battements d’ailes de mouettes vers le nord), le grand-père déjà avait une « salle ». Comprendre : un café qui faisait dancing ou cinéma, « avec un poêle à bois au milieu, des films au nitrate qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ La vision d’un même film par la même personne à plusieurs décennies d’intervalle dit bien des choses sur ce qui est survenu entre-temps, souligne Thomas Sotinel, critique de cinéma au « Monde ».
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Revoir les films de Woody Allen à l’heure de #metoo

La vision d’un même film par la même personne à plusieurs décennies d’intervalle dit bien des choses sur ce qui est survenu entre-temps, souligne Thomas Sotinel, critique de cinéma au « Monde ».



Le Monde
 |    24.02.2018 à 06h30
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            
J’ai vu Wonder Wheel, de Woody Allen, son dernier film en date (et peut-être le dernier tout court, puisque son actuel financier, Amazon, envisage de lui couper les vivres), un jour de grand froid, dans une salle à moitié vide, à peine chauffée, dont la température contrastait avec la moiteur stéréotypée qui baigne cet hommage à/pastiche de l’univers du dramaturge Eugene O’Neill.
Le film n’est pas très réussi, mais, comme toujours chez Woody Allen, il est émaillé de moments qui témoignent de la science et de l’art de l’auteur. Cette fois, ce sont quelques plans-séquences qui suivent les allées et venues de Kate Winslet dans l’appartement minable que son personnage, une femme mal mariée, jalouse de sa belle-fille, occupe, à Coney ­Island, dans les années 1950. A ce moment, Woody Allen, plutôt que de l’énoncer, met en scène la claustrophobie, l’impatience, sans un mot.

Mais, pour être honnête, ces mouvements de caméra, je les ai remarqués presque incidemment. Voir un film de Woody Allen aujourd’hui, c’est – qu’on y résiste ou qu’on se livre avec ardeur à cet exercice – chercher les traces d’une existence devenue l’enjeu d’un procès sans fin. En 1992, Woody ­Allen a été accusé par Mia Farrow d’avoir agressé sexuellement leur fille adoptive Dylan, 7 ans. Il s’est toujours défendu de cette accusation et, à l’époque, la justice du Connecticut, où l’agression aurait eu lieu selon les témoignages de Mia et Dylan Farrow, avait classé l’affaire.
A la fin de Wonder Wheel (autant le dire tout de suite, la rédaction de cet article nécessite de dévoiler la fin de la plupart des films évoqués), Ginny, la quadragénaire frustrée que joue Kate Winslet, commet un acte infâme, par jalousie, par lassitude, par dégoût de soi. Mia Farrow avait signalé l’agression contre Dylan après avoir découvert la liaison entre Woody Allen et Soon-Yi, fille adoptive de l’actrice et de son précédent mari, André Previn.
Un peu de pureté
Magic in...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Les deux cinéastes racontent pour « Le Monde » leur parcours en duo. Leur dernier film, « Le Sens de la fête », cumule dix nominations aux Césars, dont la cérémonie se déroulera vendredi 2 mars.
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Eric Toledano et Olivier Nakache : « L’amour des dialogues a forgé notre amitié »

Les deux cinéastes racontent pour « Le Monde » leur parcours en duo. Leur dernier film, « Le Sens de la fête », cumule dix nominations aux Césars, dont la cérémonie se déroulera vendredi 2 mars.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h48
    |

            Pascale Krémer








                        



                                


                            
Plusieurs de leurs longs-métrages, Intouchables en tête, ont rencontré un grand succès populaire. Leur dernier film, Le Sens de la fête, a réuni plus de trois millions de spectateurs et cumule dix nominations aux Césars, dont la cérémonie se déroulera vendredi 2 mars. Eric Toledano et Olivier Nakache, amis de presque trente ans, ont toujours travaillé en duo.
Je ne serais pas arrivé là si…
Eric Toledano... Si je ne m’étais pas un peu ennuyé à l’adolescence. J’ai trouvé dans le cinéma l’ouverture au monde qui me manquait. Je grandissais à Versailles dans une famille pleine d’amour, mais où l’on exprimait peu les choses. Mes parents étaient arrivés du Maroc en 1967. Mon père avait fait l’ENA.
Le mot d’ordre, était : « On s’adapte ! », il fallait être brillant, ne pas se faire remarquer. Mes frère et sœur étaient sur ce chemin, moi j’étais un élève moyen, plutôt réfractaire au système – jusqu’à l’université où je me suis senti plus en phase. De ma période d’ennui est née une envie artistique dont je ne pensais pas qu’elle puisse devenir un moyen de subsistance. Mes parents n’avaient aucune connexion, et leur ambition était de nous voir devenir avocat ou médecin, pas artiste. C’est pour ça que « je ne serais pas arrivé là » non plus sans la rencontre avec Olivier. Sans ce partage d’envie.
Et vous, Olivier Nakache, vous ne seriez pas arrivé là si… ?
… Si je n’avais pas rencontré Eric. Mon parcours est indissociable du sien.
Votre enfance a ressemblé à la sienne ?
Olivier Nakache... Oui, nous sommes tous les deux de banlieue. Je viens d’un quartier populaire, la cité HLM Lorilleux, sur les hauts de Puteaux. Mes parents sont arrivés d’Algérie après l’indépendance. Leur histoire est assez semblable à celles des personnages du Coup de Sirocco. Le bateau en 1962, Marseille, et puis la région parisienne.
A...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le confiseur suisse était lié à un contrat de sponsoring avec l’entreprise du producteur américain.
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A la suite de la chute du studio Weinstein, le chocolatier Lindt assigne l’entreprise en justice

Le confiseur suisse était lié à un contrat de sponsoring avec l’entreprise du producteur américain.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 22h03
   





                        



   


Le chocolatier suisse Lindt & Sprüngli vient d’ajouter son nom à la longue liste d’assignations en justice contre le studio Weinstein, accusé de ne pas avoir honoré les termes d’un contrat de sponsoring lié aux Golden Globes.
Dans une plainte déposée mercredi 21 février devant la Cour suprême de l’Etat de New York, le chocolatier explique avoir signé à la fin de 2015 un contrat de sponsoring avec The Weinstein Company, le studio fondé par le producteur éponyme déchu et son frère Robert.
Ce contrat prévoyait que Lindt sponsoriserait, pour un montant total de 400 000 dollars et durant trois années consécutives, les soirées organisées par The Weinstein Company dans le cadre des cérémonies de remise des Golden Globes. Ces soirées de parrainage se sont déroulées normalement en 2016 et en 2017. Mais pour les Golden Globes de janvier 2018, « la soirée n’a pas eu lieu », rappelle Lindt dans sa plainte.

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                Affaire Weinstein : le producteur exclu de l’Académie des Oscars



Et pour cause : The Weinstein Company (TWC) n’avait plus rien à célébrer, étant au bord de la faillite après que l’ancien magnat de Hollywood eut été accusé par plus d’une centaine de femmes d’abus sexuels allant du harcèlement au viol.
La société Lindt, qui réclame des dommages d’un montant non précisé, dit avoir demandé dès décembre le remboursement des 133 333 dollars correspondant, selon elle, à cette partie du contrat. En vain, dit-elle, alors même que TWC a « admis le non-respect du contrat et promis le paiement ».
Eviter la faillite
Depuis que le scandale Weinstein a éclaté, au début d’octobre, des dizaines de plaintes au civil, y compris deux au moins en nom collectif, ont été déposées contre Harvey Weinstein et la Weinstein Company. Surtout par des femmes qui affirment avoir été abusées par le producteur, et qui réclament parfois des millions de dommages et intérêts.
Le 11 février, l’Etat de New York a assigné en justice le studio pour ne pas avoir protégé ses employés du harcèlement sexuel. Cette assignation portait des accusations de violations des droits humains, des droits individuels, et du droit du travail. « TWC a violé à plusieurs reprises le droit new-yorkais en ne protégeant pas ses employés d’un harcèlement sexuel invasif, des intimidations et de la discrimination », a notamment déclaré Eric Schneiderman, cité dans un communiqué.

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                Agressions sexuelles : l’Etat de New York assigne le studio Weinstein en justice



Cette plainte avait bloqué de fait la vente du studio à un consortium emmené par une ex-responsable de l’administration Obama, vue comme l’une des rares possibilités pour le studio d’éviter la faillite.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ L’actrice, scénariste et réalisatrice est nommée cinq fois aux Oscars pour son film « Lady Bird », qui s’inspire de son parcours.
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Greta Gerwig, la funambule du cinéma indépendant

L’actrice, scénariste et réalisatrice est nommée cinq fois aux Oscars pour son film « Lady Bird », qui s’inspire de son parcours.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 16h41
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h12
    |

                            Maroussia Dubreuil








                        



                                


                            

Il y a des voyages qui comptent plus que d’autres. Pour l’actrice, scénariste et réalisatrice américaine Greta Ger­wig, il a consisté à traverser, il y a quinze ans, les Etats-Unis d’ouest en est. De Sacramento, Californie, là où elle a grandi, à New York, où elle s’est installée à 19 ans, avant de devenir une des figures du cinéma indépendant.
Son premier film en tant que réalisatrice, Lady Bird (sortie prévue le 28 février), retrace ce voyage inaugural à travers la détermination de Christine McPherson, une lycéenne qui n’a qu’un rêve : quitter sa mère envahissante, son père chômeur et Sacramento pour le bouillonnement culturel new-yorkais. « Mes parents ont toujours été heureux au travail et se sont beaucoup impliqués dans la vie locale de Sacramento, explique Gerwig, comme pour rectifier son autoportrait cinématographique. Leur engagement m’a appris à ne jamais rester passive. »
Adolescente, Greta Gerwig fait donc à Sacramento tout ce qu’une jeune femme consciente de sa citoyenneté peut entreprendre. Elle sert des repas au Loaves & Fishes, un refuge pour sans-abri, assiste à des conférences à la bibliothèque publique, applaudit les spectacles donnés dans les petits théâtres de la ville et distribue des tracts pour soutenir des campagnes électorales locales. « Mais la grande figure culturelle de la ville que je vénérais était l’écrivaine Joan Didion, dont la maison d’enfance était à quinze minutes de chez moi », ajoute-t-elle. Elève au lycée privé catholique de jeunes filles St. Francis, elle enfile tous les matins une jupe sur un bas de pyjama et consigne dans un cahier sketchs et pièces de théâtre qu’elle fait lire à ses camarades de classe.
Héritiers de Cassavetes
« Je n’ai jamais écrit de poèmes ni de nouvelles, précise-t-elle. J’ai toujours écrit pour des acteurs. Et c’est devenu sérieux à l’université. » Le Barnard College, faculté affiliée à Columbia, réservée aux filles, où...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ L’acteur et réalisateur se remet en scène dans une comédie un peu trop chargée en rebondissements.
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« La Ch’tite Famille » : Dany Boon en son terreau d’origine

L’acteur et réalisateur se remet en scène dans une comédie un peu trop chargée en rebondissements.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 16h21
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h32
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Dix ans net après le film aux vingt millions d’entrées – Bienvenue chez les Ch’tis, son meilleur à ce jour –, Dany Boon, originaire du cru, a éprouvé le désir de repasser une petite couche nordiste sur sa ­filmographie. Non que son aura ait faibli, puisqu’il reste l’un des chouchous du box-office national avec plusieurs autres succès (Rien à déclarer, Raid dingue). Non qu’il ait tenté, avec La Ch’tite Famille, de donner une suite au titre anthologique. Il a voulu simplement revenir au terreau d’origine après s’en être longtemps éloigné, quand bien même le film ne s’y installe qu’à peine.

La fable, subtile, est d’ailleurs conçue pour susciter un effet de miroir entre fiction et réalité. Dany Boon incarne dans le film un artiste, Valentin, designer parvenu, avec son épouse, Constance (Laurence Arné), au top niveau de la création et de la snoberie internationales. On ne compte plus les riches éclopés qui se sont essayés à s’asseoir sur leur célèbre chaise à trois pieds. Derrière, beau-papa, une singulière ordure, active la machine à communiquer aussi bien que celle à billets. Valentin, quant à lui, s’est forgé un passé d’enfant abandonné qui lui permet d’occulter, y compris auprès de sa femme et de son beau-père, ses origines « honteuses » de Ch’ti pur jus, et sa famille, avec laquelle il a lâchement coupé les ponts.

Manque de chance, les 80 ans de sa mère poussent la truculente tribu à lui rendre une visite groupée, débarquant au débotté en plein pince-fesses au Palais de Tokyo, à Paris. Il y a là la mère (Line Renaud), le frère (Guy Lecluyse), la belle-sœur (Valérie Bonneton) et la nièce (Juliane Lepoureau). Seul le père (Pierre Richard), les pieds dans la boue mais drapé dans sa dignité, a préféré rester dans sa casse automobile, près du mobil-home familial.
Moment amnésique
Clan sans manières, mais solidaire, chaleureux, le cœur sur la main, antithétique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ « Sérénade à trois », chef-d’œuvre irrévérencieux du cinéaste, ressort en version restaurée.
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Reprise : le triangle amoureux selon Ernst Lubitsch

« Sérénade à trois », chef-d’œuvre irrévérencieux du cinéaste, ressort en version restaurée.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
23.02.2018 à 16h48
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


« Il m’est arrivé une chose qui arrive habituellement aux hommes. » Gilda Farrell (Miriam Hopkins), séduisante caricaturiste, est amoureuse de deux hommes qui, pour couronner le tout, sont meilleurs amis. Sérénade à trois, d’Ernst Lubitsch, sort en 1933, dernière année avant que le code Hays entre en vigueur. Détail ­important, car le film condense à peu près tout ce que ce code de censure comptait interdire : triangle amoureux, infidélité, évocation crue de la sexualité des personnages. D’abord autorisé en salle, le film sera finalement bloqué par la censure en 1934.
Imaginez un monde où coucher avec un homme et son meilleur ami vous pose moins de scrupules moraux que de soucis pratiques : l’extrême modernité de Sérénade à trois tient dans cet amoralisme tranquille, qui pose les bases de la comédie romantique moderne où le sentiment, plus que la morale, devient un problème en soi et où formuler ce qu’on ressent, c’est agir sur soi-même et les autres.
« Distinguer la science de l’expérience »
Dans un magnifique texte, « Le Paradis des eaux troubles » (Ernst Lubitsch, ouvrage collectif, Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma/Cinémathèque française, 2006), le critique Charles Tesson évoquait très justement ce qui caractérise le héros lubitschien et, avec lui, tout un paradigme amoureux qui fait encore date :
« La force du héros lubitschien, c’est qu’il a du temps par rapport à ses désirs (jeu, calcul, stratégie), avant (pour agir) et après (pour réfléchir), et qu’il sait distinguer en permanence la science (du désir) de l’expérience (du plaisir). (…) Littéralement, le héros lubitschien ajoute de la mise en scène (il aménage un espace et un temps de parole autour de la femme, échafaude un plan). »
L’espace lubitschien est modulé par la parole, par ce qu’on cache ou révèle, par ce qu’on veut dire et qui reste dissimulé derrière une porte vouée à s’ouvrir inévitablement. Car, dans sa suprême élégance, son cinéma tend à la transparence et à la plénitude langagière : le triangle amoureux délesté du jugement moral, un espace de communication s’étend à perte de vue devant les personnages. Un espace où donner forme à ses sentiments en en communiquant la moindre nuance, le moindre changement.
Faute de pouvoir choisir entre son peintre (Gary Cooper) et son dramaturge (Fredric March), Gilda choisit de continuer à fréquenter les deux hommes, à la condition que ces relations restent platoniques. Cette résolution finira par se cogner contre la réalité du sentiment amoureux : chassez le sexe, il revient au galop.
Antiromantique
Tout l’enjeu du film sera de se débarrasser avec beaucoup de joie et d’irrévérence d’une certaine idée de l’amour qui se complaît dans ses blessures narcissiques : la douleur n’a pas sa place dans le monde heureux et idéal de Lubitsch. En cela, Sérénade à trois est absolument antiromantique, réagissant à une conception de l’amour recroquevillée sur un impératif d’exclusivité et de possession, perçue comme une vision bourgeoise de la conjugalité. Bourgeoise, car le triangle amoureux s’épanouit au moment où les deux artistes sont tout en bas de l’échelle sociale, vivotant dans une studette dans un Paris bohème, mais ce trio se disloque au profit de leur ascension sociale et artistique. Il suffira d’une ultime scène en voiture pour que ce monde vaudevillesque, où l’amour est incompatible avec le chiffre trois, soit balayé d’un geste, ouvrant ainsi les vannes à un sentiment enfin autorisé à s’épanouir et à circuler.
Ce serait peut-être l’ultime morale du film : prenons le parti de l’honnêteté (avec soi-même et les autres), car, en amour, tout finit par se savoir. On pourrait s’aventurer à dire du monde lubitschien qu’il est adulte. Non pas au sens où chacun finit par comprendre que son désir doit inévitablement composer avec des entraves morales et un principe de réalité, mais en un sens beaucoup plus profond et réjouissant, qui revient pour Gilda à comprendre qu’il ne faut surtout pas céder sur son désir.

Film américain (1933) d’Ernst Lubitsch (1 h 31). Sortie de la version restaurée le 21 février. Sur le Web : www.splendor-films.com et www.facebook.com/SplendorFilms



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ La course aux Oscars ne les concerne plus. Ces preneurs de son, décorateurs, acteurs à la retraite coulent des jours paisibles à Woodland Hills, en Californie, dans une maison financée par l’industrie du cinéma, qui leur garantit une fin de vie douce.
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Retraite cinq-étoiles à Hollywood 
                  
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 |
                  23.02.2018 à 12h11
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h58


La course aux Oscars ne les concerne plus. Ces preneurs de son, décorateurs, acteurs à la retraite coulent des jours paisibles à Woodland Hills, en Californie, dans une maison financée par l’industrie du cinéma, qui leur garantit une fin de vie douce.

Par                             Clémentine Goldszal





                     
C’est un jeudi matin comme un autre, à la maison de retraite du Motion Picture & Television Fund (MPTF), à Woodland Hills, un quartier cossu planté sur les collines du nord de Los Angeles. Un peu avant 10 heures, une quinzaine de résidents papotent autour d’un café, servi dans des gobelets en polystyrène, en attendant que commence leur cours d’« écriture créative ». Arrive une vieille dame pimpante, qui pousse son yorkshire dans une poussette. Un octogénaire la suit, aidé d’un déambulateur. Un autre s’avance vaillamment, appuyé sur des béquilles.
Et voilà « Liz », hiératique dans son fauteuil roulant électrique. Baskets rose vif, lunettes de soleil, veste noire imitation astrakan, longs ongles à la manucure fatiguée et rouge à lèvres irisé sommairement appliqué, Lisabeth Hush, 83 ans, est partiellement paralysée, mais elle a de l’allure. « Vous étiez actrice ? », tente-t-on timidement. « Tapez mon nom dans Google ! » Une cinquantaine d’occurrences figure en effet sur sa page IMDb, la base de données de référence de l’industrie du cinéma : dans les années 1960 et 1970, Liz était bien une vedette du petit écran. Elle a joué dans les séries Mission impossible et Perry Mason, et partagé l’affiche sur grand écran avec Richard Bronson, dans Le Cercle noir (1973), et Julie Andrews, dans Millie (1967).
La chapelle de John Ford
De tels personnages, cette maison de retraite pas comme les autres en a vu passer beaucoup depuis sa création, il y a soixante-seize ans. Fondé en 1921 par Charlie Chaplin, Mary Pickford, Douglas Fairbanks et D.W. Griffith, le MPTF est à ses débuts une simple cagnotte caritative, conçue pour venir en aide aux travailleurs du cinéma en difficulté. A la fin des années 1920, le fonds porte secours aux employés mis au chômage par le passage du muet au parlant. En 1940, enfin, il acquiert le terrain sur lequel sera inauguré, deux ans plus tard, le Motion Picture & Television Country House...





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Retraite cinq-étoiles à Hollywood
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Retraite cinq-étoiles à Hollywood
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Article sélectionné dans La Matinale du 25/02/2018
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Timothée Chalamet, la douceur de vivre


                      A l’affiche de « Lady Bird » et de « Call Me by Your Name », film pour lequel il est nommé aux Oscars, l’acteur de 22 ans séduit Hollywood avec ses faux airs de James Dean. Le côté rebelle en moins.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 12h11
 • Mis à jour le
26.02.2018 à 07h16
    |

                            Maroussia Dubreuil








                              

                        

Hollywood s’est trouvé une nouvelle coqueluche : Timothée Chalamet, 22 ans, jeune comédien aux yeux verts, à la mèche rebelle et aux faux airs de James Dean.
Mais, à l’écran, l’acteur incarne tout le contraire de celui qui mourut au volant de sa Porsche 550 Spyder un jour de septembre 1955. Dans ses rôles, Chalamet est du genre cultivé, enthousiaste et bien aimé. A l’image de son personnage dans Call Me by Your Name (en salle le 28 février), de l’Italien Luca Guadagnino, qui lui vaut d’être nommé pour l’Oscar du meilleur acteur. Il y joue Elio, 17 ans, lecteur invétéré et musicien entouré d’une famille bienveillante, qui, lors d’un été en Italie, vit son premier amour avec un étudiant américain.
Le 4 mars, la 90e cérémonie des Oscars sera aussi pour lui l’occasion de soutenir l’équipe de Lady Bird, première réalisation de l’actrice Greta Gerwig (qui sort aussi le 28 février), nommée dans cinq catégories, et dans laquelle il interprète également le rôle d’un jeune érudit. « Timothée est assez intimidant, confie la réalisatrice. J’ai pensé que son intelligence conviendrait bien au personnage de Kyle, dont les idées peuvent faire rire mais sont toujours fondées sur une réelle réflexion. »
Un père Français, une mère Américaine
Dans ce palace parisien, fin janvier, Timothée Chalamet parle et rit en même temps. S’emballe et soudain se tait. Français par son père, Américain par sa mère, le jeune homme passe d’une langue à l’autre. Même s’il est plus à l’aise en anglais.
La France, il l’a surtout connue l’été, dans la maison de sa grand-mère à Saint-Agrève, un petit village d’Ardèche. « Mes vacances en France ? s’interroge-t-il. Cela consistait à aller jouer dehors pendant que les adultes prenaient le café, et puis à coacher des petits au foot. Je dois mon sens de l’observation à mon côté français, tandis que mes origines américaines m’ont davantage poussé au métier d’acteur. »

Il...




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A la Berlinale, les souvenirs très proches du cinéma de la république de Weimar

Une rétrospective montre des films oubliés en écho aux soubresauts de l’époque.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 08h10
    |

                            Thomas Sotinel (Berlin, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Il y a presque un siècle, les Berlinois emplissaient les salles de la capitale de la toute nouvelle république pour faire un triomphe aux épopées historiques célébrant la grandeur prussienne, les comédies lestes qui mettaient en scène les mœurs libérées du corset impérial, les films orientalisants qui laissaient entrevoir une autre réalité que les convulsions de la société allemande. Alors qu’on s’apprête à célébrer le centenaire de la première république qu’ait connue l’Allemagne, les Berlinois de 2018 se précipitent pour découvrir les films qu’aimaient leurs (arrière)-grands-parents : la rétrospective « Weimarer Kino – neu gesehen » (le cinéma de Weimar, un regard neuf) est l’un des grands succès de la 68e Berlinale.
Dans les années qui suivirent la défaite de l’Empire, le cinéma allemand émergea comme le plus vigoureux d’Europe
Dans les années qui suivirent la défaite de l’Empire, le cinéma allemand émergea comme le plus vigoureux d’Europe. Fritz Lang, Friedrich Wilhelm Murnau, Ernst Lubitsch, Georg Wilhelm Pabst firent de la distraction foraine d’avant-guerre un art majeur. Mais – à l’exception du dernier – ces grands noms sont absents de « Weimarer Kino ». Pour Rainer Rother, commissaire de la rétrospective et directeur de la cinémathèque de Berlin, il s’agissait de rendre compte de l’infinie diversité d’une cinématographie en une trentaine de films dont la plupart sont aujourd’hui oubliés. La programmation est divisée entre histoire, exotisme et quotidien. Il n’est sans doute pas un film qui soit imperméable aux soubresauts qui agitent alors l’Allemagne. Au hasard de la programmation, on entend les échos du débat qui divisa la communauté juive, entre assimilation et identité, des velléités coloniales de l’Allemagne, de l’industrialisation et de l’urbanisation.
Das alte Gesetz (la loi ancienne) réalisé par Ewald Andre Dupont en 1923 est un grand spectacle qui va et vient entre un shtetl aux marches de...




                        

                        


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Le duel Tonya Harding et Nancy Kerrigan, fantasme d’une Amérique avide de mélodrames

Le film « Moi, Tonya » porte sur grand écran le destin brisé d’une des plus grandes patineuses de l’histoire, devenue paria du pays après l’agression de sa rivale.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 15h26
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 15h44
    |

            Charlotte Chabas








                        



Les volants de son justaucorps vert amande rehaussé de strass ont à peine le temps de tournoyer. Après trois tours et demi à plus d’un mètre vingt de hauteur, Tonya Harding, 21 ans, retombe sur la glace du Target Center de Minneapolis, dans le Minnesota.
Ses cuisses musculeuses n’ont pas tremblé. La jeune femme, queue-de-cheval tirée et frange bombée, ne peut réprimer un cri de joie. Ses mains se serrent brièvement en poings, avant de reprendre leur chorégraphie. La patineuse de Portland (Oregon) le sait : elle est entrée dans l’histoire de sa discipline.
En plein championnat des Etats-Unis 1991, Tonya Harding devient la première Américaine à réaliser un triple axel, et remporte la compétition. Mais le sacre sera de courte durée. Et le reste de la vie de Tonya Harding une longue et douloureuse chute.
Car Tonya Harding n’est pas Nancy Kerrigan, son éternelle rivale. Aussi brune qu’elle est blonde. Aussi grande et élancée qu’elle est petite et toute en puissance. Aussi féminine qu’elle est « garçon manqué » – « j’ai toujours détesté le mot féminité, qui me rappelle les tampons ou les serviettes hygiéniques », explique Tonya Harding.
C’est la « princesse de la glace » contre « le petit barracuda », comme les surnommait l’ancien entraîneur de Tonya Harding, Dody Teachman. Un duel fratricide remis en lumière par la sortie, mercredi 21 février, du long-métrage Moi, Tonya de Craig Gillespie.

        Lire :
         

          « Moi, Tonya » : la patineuse Tonya Harding zigzague entre documentaire et farce



« Why, why, why ? »
Dans les mémoires, l’affrontement Harding-Kerrigan, c’est surtout un cri. Celui d’une jeune femme habillée d’un body de dentelle blanche, effondrée dans un couloir de la Cobo Arena de Detroit (Michigan). D’une voix lancinante, Nancy Kerrigan, s’époumone : « Why, why, why ? » (« Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?).

Le 6 janvier 1994, six semaines avant les Jeux olympiques d’hiver de Lillehammer, en Norvège, la jeune espoir du patinage artistique américain – médaille de bronze aux JO de 1992, championne des Etats-Unis 1993 – vient d’être agressée, juste après son échauffement. Quelques centimètres au-dessus de son genou droit, un homme l’a frappée avec une matraque télescopique avant de prendre la fuite.
L’enquête progresse vite. La police retrouve l’homme qui a tenté de briser le destin de celle qui était programmée pour briller. Pour 6 500 dollars, Shane Stant, 22 ans et un physique nourri aux barils de protéines et UV, a accepté d’« éliminer une patineuse ».
Le talon d’Achille refusé
C’est un coup de fil qui lui a permis de décrocher le contrat. Le lendemain de Noël 1993, Shane Stant conduit vingt-deux heures d’Arizona vers Portland pour rencontrer les commanditaires de l’attaque : Shawn Eckhardt, l’ancien garde du corps de Tonya Harding, et Jeff Gillooly, son ex-mari.
Après avoir d’abord envisagé de sectionner le tendon d’Achille de Nancy Kerrigan – une demande que Stant refuse –, les trois hommes s’accordent pour viser la jambe droite de la sportive. Celle sur laquelle elle se réceptionne lors des sauts. Celle sans laquelle elle ne pourra pas faire partie de l’équipe olympique américaine. Celle qui, hors d’état de concourir, garantit surtout un peu plus à Tonya Harding son ticket pour les Jeux.
Le scandale éclate. C’est « le mariage ultime du pouvoir des grands événements et du pouvoir du voyeurisme », résume Dick Ebersol, alors patron de NBC Sports.
La blessure de Nancy Kerrigan n’est pourtant pas si grave. La patineuse est finalement du voyage olympique, tout comme Tonya Harding – le comité olympique américain envisage un temps une exclusion, mais se rétracte sous la menace d’un procès du clan Harding. Sur la glace norvégienne, les deux sportives partagent un entraînement, mais pas un regard. Nancy Kerrigan porte pourtant la même tenue que le jour de son agression – difficile de ne pas y voir un geste de défi.

   


126,6 millions d’Américains devant la télé
Pour l’épreuve du programme court, 126,6 millions d’Américains sont devant leur petit écran – la quatrième plus forte audience de l’histoire de la télé américaine de l’époque, selon L’Equipe. Rebelote pour le programme libre.
Nancy Kerrigan, l’ange brun, patine comme jamais, mais doit se contenter de l’argent. Une caméra de CBS oubliée dans un couloir de la patinoire olympique filme la blonde Tonya Harding, paniquée par un lacet cassé qu’il faut remplacer au pied levé. Echevelée, la jeune femme fait son entrée en retard, s’élance avant de fondre en larmes devant le jury en se tenant le pied. Elle échoue à la huitième place.
Quelques semaines plus tard, en mars, Jeff Gillooly et Eckhardt plaident coupables de racket. Tout en niant avoir participé au complot, Tonya Harding, pour éviter tout procès, plaide coupable d’entrave à la justice. Elle affirme avoir appris après coup l’attaque, et reconnaît seulement n’avoir pas prévenu immédiatement la police. Elle est condamnée à trois ans de probation, 500 heures de travaux d’intérêt général, et 160 000 dollars d’amende (soit environ 130 000 euros). L’association de patinage artistique américaine la bannit définitivement.
« J’ai toujours été la méchante de l’histoire »
Sa vie, dès lors, n’est qu’une suite de justifications inaudibles. Personne ne veut croire en l’innocence de celle dont le nom devient synonyme de trahison – « Je ne ferais pas une “Tonya Harding” », promet d’ailleurs Barack Obama durant sa campagne pour la primaire démocrate en 2007.
Qui pourrait croire, après tout, cette enfant de l’Amérique « white-trash » qui s’est déshonorée ? « J’ai toujours été la méchante de l’histoire », analyse-t-elle, lucide. Car Tonya Harding est issue d’un milieu social défavorisé. « Enfant, elle patine sur du ZZ Top quand les autres glissent sur du Mozart », écrit le New York Times dans un long portrait consacré à la sportive à l’occasion de la sortie du film.
Surtout, Tonya Harding vient d’une famille de violence. Dans la presse, la patineuse raconte comment ses parents lui ont tiré dessus, un jour de colère. Comment sa mère, alcoolique, cousait ses costumes « en les truffant de sequins pour que ses cuisses en soient coupées ». « On me disait que j’étais grosse. Que j’étais moche. Que je ne ferais jamais rien de ma vie », raconte-t-elle au NYT.
Une violence dont elle n’échappera que pour échouer dans les bras d’un mari qui la frappe tout autant. Il vendra d’ailleurs en septembre 1994 la vidéo de leurs ébats sexuels pendant leur nuit de noces pour 200 000 dollars à Penthouse. 
« C’était une princesse »
De son côté, Nancy Kerrigan n’est pas née non plus avec une cuillère en argent dans la bouche. Son père, soudeur, passait la surfaceuse dans la patinoire de Woburn (Massachusetts) pour financer les heures d’entraînement de sa fille. Sa mère, presque aveugle, grévait le budget familial pour lui acheter des costumes griffés de la styliste new-yorkaise Vera Wang.
Mais avec son physique de jeune première et son port altier, Nancy attire l’œil. Elle décroche vite des contrats publicitaires avec les soupes Campbell, Ray-Ban, Reebok, devient égérie de Disney… « C’était une princesse, et moi un tas de merde », résumera en 2014 Tonya Harding. 

   


Boxeuse professionnelle
Déchue, Tonya Harding ne reprendra jamais le chemin des patinoires, et tente de vivoter sur son nom. C’est d’abord une incursion à Hollywood, dans un nanar d’action. Arrêtée pour conduite en état d’ivresse, elle s’illustre en 1994 dans un gala de catch, puis dans l’émission américaine Celebrity Boxing, où elle met KO Paula Jones, cette femme qui avait accusé Bill Clinton de harcèlement sexuel. L’ancienne patineuse tente de devenir boxeuse professionnelle en 2003, mais abandonne − la faute à son asthme, officiellement −, sans avoir réussi à se départir de son image de paria.
Plusieurs fois, elle tente pourtant de se justifier dans des émissions télévisées. Mais elle se contredit, s’échine à convaincre ceux qui ne veulent pas être convaincus. « J’ai déçu tout un pays, comment est-ce même possible ? », se demande-t-elle face à Oprah Winfrey, la star de la télévision américaine.
Pour les vingt ans de « l’affaire », deux documentaires sur la déchéance de l’ancienne virtuose des patins sont diffusés. Le réalisateur Steven Rogers en rachète les droits cinématographiques pour 1 500 dollars. Dans Moi, Tonya, la patineuse est incarnée par l’actrice australienne Margot Robbie, qui s’attelle à redorer le blason entaché de l’ancien « vilain petit canard » des patinoires. Ce n’est qu’en janvier, pour la promotion du film, que Tonya Harding avouera finalement avoir « entendu des choses, des gens parler » avant l’agression de Nancy Kerrigan.
« Pour une fille comme moi, la jouer gentille et en fonction des règles ne m’aurait jamais permis d’aller nulle part, résume Tonya Harding au New York Times. Si j’avais réussi, on aurait dit que j’étais l’incarnation du rêve américain. Maintenant, je suis juste l’incarnation de l’Américain tout court. » 



                            


                        

                        


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« Winter Brothers » : au fond de la mine, la routine et le drame

Grâce à son personnage principal, le film d’Hlynur Palmason baigne dans une étrangeté angoissante.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h55
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 08h18
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Tout commence dans un noir d’encre, traversé parfois de taches lumineuses produites par ce que l’on devine être des lampes de mineur. Des hommes s’invectivent dans l’obscurité et creusent la pierre. Puis l’espace s’ouvre, la caméra revenue en plein air, sur un décor impressionnant des installations d’une carrière de calcaire, lieu à la fois authentique et théâtral où va se situer l’essentiel du récit. Il y aura là déjà de quoi s’interroger, après avoir vu ce premier long-métrage du cinéaste islandais Hlynur Palmason, sur la nature même du décor de cinéma, qu’il soit artificiel ou réel. Celui-ci peut tout autant fournir des gages à un réel qui définirait les protagonistes que favoriser une forme d’abstraction, produite par sa bizarrerie même, une bizarrerie appartenant pourtant au monde.

        Lire l’entretien avec Hlynur Palmason :
         

          « J’aime explorer des zones inconnues »



Ouvrier dans une mine de calcaire, Emil se distingue par un comportement légèrement asocial, une manière de transgresser la loi par son comportement et ses actions, une façon de se détacher d’autrui. Profitant des heures de fermeture, il s’introduit dans les réserves du lieu pour y subtiliser des produits chimiques dont il se sert pour fabriquer un alcool, que l’on devine plutôt frelaté, qu’il revend à ses compagnons de travail.
Traquer un ordre abstrait
Amoureux sans espoir d’une jeune fille lui préférant son frère Johan, qui travaille aussi dans la carrière, le personnage passe son temps à absorber ses propres décoctions tout en trouvant, dans une cassette vidéo d’instruction militaire détaillant l’utilisation d’un fusil semi-automatique, une manière d’occuper son temps, et peut-être de lui trouver un sens.
La singulière beauté du film réside précisément dans une manière toute personnelle de dénaturaliser ce qui pourrait se réduire à un simple drame social, de traquer un ordre abstrait derrière les prescriptions du monde social. Le trafic d’Emil est mis au jour en même temps que celui-ci apprend que ses breuvages ont provoqué la mort d’un de ses camarades. Il découvre aussi la liaison qu’entretient son frère, qui a semblé représenter pour lui l’incarnation d’un principe de réalité et de la sagesse.
Le temps répétitif du travail humain s’entremêle avec des moments d’une bizarrerie jamais artificielle
Les deux événements pourraient ainsi faire figure d’adjuvants au drame qui couve. Mais si le drame couve, il ne survient pas véritablement. Tout se passe comme si le film d’Hlynur Palmason entendait proposer un scénario conduisant vers une catastrophe attendue sans jamais remplir ce programme. S’y entremêle plutôt le temps répétitif du travail humain avec des moments d’une bizarrerie pourtant jamais artificielle, tel ce passage où le film soudain semble s’ouvrir sur une performance chorégraphique contemporaine, un corps-à-corps des deux frères, nus, après qu’Emil a découvert la relation de Johan avec la jeune femme dont il semblait faire le siège.
Intenses ou insignifiantes, les situations semblent quasiment prélevées au hasard, dans une quête qui s’attache à scruter la matière d’un réel dont on sait que le cinéma ne pourra que s’approcher un peu. C’est une combinaison de cadrages et de montages, mise au service de la captation de moments arrachés au fil de la vie, avec le souci de ne pas perdre de vue l’unité des sentiments en jeu.
Personnage burlesque
L’architecture de l’usine, avec ses turbines géantes dont la rotation inscrit le tragique du temps et l’âpreté d’un travail inhumain, est restituée dans toute sa beauté, dans une sorte de puissant souffle constructiviste. La couche de poussière grise qui semble éternellement recouvrir hommes et choses contribue à donner une dimension fantastique aux événements qui se succèdent sous les vrombissements d’une musique signée Toke Brorson Odin.
Mais nul doute que le film ne serait pas si remarquable s’il n’inventait pas une étonnante figure humaine. Elliott Crosset Hove, qui incarne Emil, est une sorte de personnage burlesque, aux yeux perpétuellement écarquillés. C’est à lui sans doute que l’on doit le plus évidemment ce sentiment d’étrangeté angoissante qui nimbe un film qui n’oublie pas pourtant de s’inscrire dans une réalité sociale particulièrement rugueuse.

Film islandais et danois d’Hlynur Palmason. Avec Elliott Crosset Hove, Lars Mikkelsen, Peter Plaugborg (1 h 34). Sur le Web : www.arizonafilms.fr/wb_entretien.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Le réalisateur islandais de « Winter Brothers », aussi plasticien, se voit avant tout comme un artiste qui travaille avec le son, l’image et la matière.
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Hlynur Palmason : « J’aime explorer des zones inconnues »

Le réalisateur islandais de « Winter Brothers », aussi plasticien, se voit avant tout comme un artiste qui travaille avec le son, l’image et la matière.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h53
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 07h55
    |

                            Murielle Joudet








                        



                                


                            

Venu des arts plastiques, l’Islandais Hlynur Palmason signe, avec Winter Brothers, un premier long-métrage très remarqué dans les festivals (Grand Prix d’Angers, Prix d’interprétation masculine à Locarno). Le film suit la trace d’un jeune ouvrier travaillant dans une carrière de calcaire et qui, à ses heures perdues, vend de l’alcool frelaté à ses collègues. Un œuvre âpre et sensuelle, plongée dans la matière blanche et vibrante de l’hiver, marquée par la présence burlesque et enfantine de son acteur principal, Elliott Crosset Hove.

Le personnage principal de votre film, Emil, et la manière dont Elliott Crosset Hove l’incarne évoquent la silhouette des grands acteurs burlesques, de Chaplin à Buster Keaton. Comme eux, c’est d’ailleurs un inadapté. Aviez-vous ces modèles en tête ?
J’avoue que si je devais choisir un modèle qui a influencé l’élaboration d’Emil, ce serait certainement Buster Keaton. C’est même la seule véritable référence à laquelle nous pensions pendant le film. J’ai dû voir Le Mécano de la générale [Buster Keaton, 1926] une cinquantaine de fois avec ma fille lorsqu’elle était bébé. Cela m’a bien évidemment marqué.
Comment vous est venue l’idée de ce personnage qui fabrique et vend de l’alcool frelaté ?
Pour Emil, fabriquer et vendre de l’alcool est sa manière à lui d’être quelqu’un et de faire partie d’un groupe. Par ailleurs, lorsque j’étais plus jeune, il était normal de faire son propre alcool. En Islande, il était interdit de consommer de la bière jusqu’en 1989… L’idée du film doit certainement venir en partie de là.
Tout le début du film se passe dans la carrière de calcaire où l’obscurité est quasiment totale, et l’on se dirige progressivement vers la lumière et l’hiver, saison qui jusqu’au titre, est centrale...
A travers ce paysage et ce monde ouvrier plongé dans l’hiver j’ai voulu que le spectateur fasse l’expérience...




                        

                        


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« L’Insoumis » : portrait d’un Mélenchon sans défauts

Gilles Perret déçoit avec son nouveau documentaire, consacré au chef de La France insoumise.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h51
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 08h03
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Auteur d’une douzaine de documentaires de facture sinon militante du moins fortement engagée, Gilles Perret a su souvent, néanmoins, trouver le chemin des salles par la singularité de sa démarche, qui consiste à aborder des problèmes sociaux d’intérêt général à travers le prisme local de sa région natale, la Savoie. Un ancrage bénéfique à ses films, enracinant ses sujets (Ma mondialisation, 2006 ; Walter, retour en résistance, 2009 ; De mémoire d’ouvriers, 2012 ; La Sociale, 2016) dans une réalité triviale, concrète, effective, avec des personnages attachants, des moments forts, et le grand air des montagnes en bonus.

        Lire le récit :
         

          Sortie en salle sous haute tension pour « L’Insoumis », de Gilles Perret



On a suffisamment décrit, dans ces colonnes, la valeur de ces films pour dire de manière sereine – dans le contexte polémique qui entoure la sortie de son nouveau film de fait déprogrammé dans plusieurs salles – notre relative déception devant celui-ci. L’Insoumis est la chronique de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, dirigeant de La France insoumise.
Plus irénique que critique
Sans musique, sans commentaire, c’est un pur film d’immersion (visites de sites, réunions d’équipe, monologues réflexifs dans le train), qui présente, hélas, plus de défauts que de qualités liés au genre. Soit, en un mot, un portrait irénique de l’intéressé plutôt qu’un portrait critique (au bon sens de ce terme), qui laisserait supposer que le filmé a réussi à imposer au filmeur une image de lui-même qui ne donne pas de prise au réel.
Par-delà les convictions supposées du réalisateur ou avérées de son personnage, qui importent assez peu en l’occurrence, c’est le fait que le formidable pouvoir de révélation du médium cinématographique (creuser les apparences, ouvrir des perspectives inattendues, montrer l’ambiguïté du réel) semble ici annihilé. Rien ne bouge : les tenants auront ainsi toutes les raisons d’être emballés et les opposants d’être scandalisés.
Le Mélenchon que nous montre Gilles Perret est même mieux (car épuré de ses défauts) que celui que nous connaissons
Le Mélenchon que nous montre Gilles Perret, non seulement nous le connaissons dans ses grandes lignes, mais il est même mieux (car épuré de ses défauts) que celui que nous connaissons. D’où l’impression, embarrassante, même si le réalisateur n’en a pas eu la volonté délibérée, d’avoir affaire à un portrait hagiographique qui rejoue – mais en vertu de quel enjeu ? – un événement déjà connu du spectateur.
Un exemple concret, parmi d’autres : l’absence, ipso facto assourdissante, de toute allusion au discours du soir de la défaite au premier tour, le dimanche 23 avril 2017. Un discours amer, terrible et déconcertant, humainement comme politiquement, et pour cette raison si mémorable, si âprement discuté. Comment sérieusement consacrer un film à la campagne de Jean-Luc Mélenchon sans s’y confronter, d’une manière ou d’une autre ? Difficile de ne pas penser ici, évidemment, au fameux 1974, une partie de campagne (1974), de Raymond Depardon, qui, à partir de la même échéance électorale et sur les mêmes principes de tournage, parvenait, en filmant Valéry Giscard d’Estaing, à poser en pied l’animal politique, à montrer l’arrivée en force de la communication, à révéler aussi l’abyme au-dessus duquel l’homme de pouvoir ne cesse secrètement de se tenir.



Documentaire français de Gilles Perret (1 h 35). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/linsoumis



                            


                        

                        

