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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Editorial. La décision de la Russie de ne pas opposer de veto à la résolution du conseil de sécurité de l’ONU exigeant un cessez-le-feu « sans délai » marque une certaine inflexion de Moscou sur le dossier syrien.
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Vladimir Poutine et l’enfer syrien

Editorial. La décision de la Russie de ne pas opposer de veto à la résolution du conseil de sécurité de l’ONU exigeant un cessez-le-feu « sans délai » marque une certaine inflexion de Moscou sur le dossier syrien.



Le Monde
 |    26.02.2018 à 11h49
 • Mis à jour le
26.02.2018 à 15h13
   





                        


Editorial du « Monde » Que peut l’ONU contre « l’enfer sur terre » ? L’expression est de son secrétaire général, Antonio Guterres ; elle désigne la situation des 300 000 à 400 000 civils piégés sous les bombes dans les immeubles en ruine de la Ghouta orientale, aux abords de Damas. Première zone à se rebeller contre la dictature de Bachar Al-Assad en 2011, la Ghouta orientale est aujourd’hui l’une des rares poches de résistance que le régime syrien, appuyé par la Russie et l’Iran, n’ait pas encore vaincues. Cible d’attaques chimiques en 2013, pilonnée sans relâche, elle connaît aujourd’hui, avec le Yémen, la pire situation humanitaire de la planète. Des enfants y meurent tous les jours, les hôpitaux y sont systématiquement bombardés. En droit international, cela s’appelle des crimes de guerre.

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                En Syrie, un cessez-le-feu sans illusions



Alors, que peut l’ONU ? Produire une résolution du Conseil de sécurité, pour commencer. La résolution 2401, adoptée samedi 24 février à l’issue de pénibles tractations qui ont permis d’éviter un douzième veto russe depuis le début de la guerre, exige une cessation des hostilités « sans délai » sur l’ensemble du territoire syrien, pendant un mois, pour permettre aux organisations humanitaires de venir en aide à la population. Le texte est évidemment piégé par les limites qui ont permis à ses négociateurs d’obtenir l’unanimité au Conseil de sécurité : des exceptions au cessez-le-feu sont prévues pour les combats contre l’organisation Etat islamique (EI), Al-Qaida et le Front Al-Nosra. A la demande de Moscou, elles intègrent aussi « d’autres individus, groupes, entités, associés avec Al-Qaida et l’EI, ainsi que d’autres groupes terroristes désignés par le Conseil de sécurité ».
Ces exceptions ont immédiatement été mises en avant par Moscou, ainsi que par Ankara, dont les troupes sont engagées dans la région d’Afrin, dans le nord de la Syrie. Lundi 26 février au matin, aucune trêve n’était observée ; selon notre correspondant à Beyrouth, cependant, les bombardements aériens sur la Ghouta orientale avaient baissé d’intensité et fait place à des affrontements au sol.
Trump aux abonnés absents
La balle est maintenant dans le camp du président Vladimir Poutine. La décision de la Russie de ne plus opposer son veto pourrait indiquer une volonté de Moscou de participer à la recherche d’une solution concertée à ce conflit vieux de sept ans, qui a fait des centaines de milliers de morts et provoqué le déplacement de la moitié de la population syrienne. Moscou, après avoir changé le cours de la guerre en Syrie en y intervenant militairement en 2015, peine à trouver la porte de sortie. La Russie a sauvé Assad au moment où son régime s’effondrait, elle l’a protégé contre les accusations sur l’usage d’armes chimiques, elle a encore limité les dégâts lorsque, tout récemment, la tension est montée entre l’Iran et Israël en Syrie.
En s’y impliquant aussi profondément, le président Poutine a fait de la Syrie « sa » guerre. Dans ce conflit devenu le théâtre des rivalités des grandes puissances et des puissances régionales, le chef du Kremlin ne peut guère compter sur les Etats-Unis pour l’aider à négocier une solution : le président Donald Trump est aux abonnés absents. C’est dans ce contexte que la France et l’Allemagne tentent à présent de peser auprès de la Russie, et que le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, se rend à Moscou mardi. Bonne chance, monsieur le Ministre.

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                Syrie : Poutine, Macron et Merkel ont prôné la « poursuite des efforts communs » pour la mise en place de la trêve






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Longtemps prisonnière du conflit israélo-palestinien, la diplomatie indienne avance aujourd’hui ses pions dans la région en privilégiant les relations bilatérales dans un souci constant de neutralité, analyse le correspondant du « Monde » à New-Delhi.
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L’Inde accélère son rapprochement avec le Moyen-Orient

Longtemps prisonnière du conflit israélo-palestinien, la diplomatie indienne avance aujourd’hui ses pions dans la région en privilégiant les relations bilatérales dans un souci constant de neutralité, analyse le correspondant du « Monde » à New-Delhi.



Le Monde
 |    26.02.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
26.02.2018 à 10h21
    |

            Julien Bouissou (New Delhi, correspondant régional)








                        



                                


                            

Analyse. Après avoir longtemps regardé vers l’Asie, New Delhi se tourne vers le Moyen-Orient. Après la visite en Inde du premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, au début de l’année, le premier ministre indien, Narendra Modi, s’est rendu à la mi-février à Oman, aux Emirats arabes unis et en Palestine. Puis il a reçu le président iranien, Hassan Rohani, pour une visite d’Etat, du 15 au 17 février.
La coopération entre l’Inde et Israël se révèle très prometteuse dans trois domaines : l’eau, l’agriculture et la défense
« L’Inde est engagée au Moyen-Orient comme jamais au cours des dernières décennies », déclarait, en janvier, l’ancien secrétaire aux affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar. Cet « engagement » est avant tout économique et stratégique. Il s’agit pour l’Inde de sécuriser ses approvisionnements énergétiques, de mieux protéger ses huit à neuf millions de migrants qui travaillent dans les pays du Golfe, et de sortir de l’encerclement chinois dans la région.
La diplomatie de New Delhi au Moyen-Orient a longtemps été prisonnière du conflit israélo-palestinien. L’Inde, qui voyait la création de l’Etat d’Israël comme un nouvel avatar de l’impérialisme occidental, ne l’a reconnu qu’en 1950, alors qu’elle fut le premier pays non arabe à accueillir un bureau de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), en 1975.
Mais, depuis que le conflit israélo-palestinien ne cristallise plus les tensions dans la région et que les relations entre les monarchies arabes sunnites et l’Etat hébreu se sont apaisées, l’Inde a accéléré son rapprochement avec ­Israël, commencé au début des années 2000. La coopération entre les deux pays se révèle très prometteuse dans trois domaines : l’eau, l’agriculture et la défense.
Partenaire-clé
Autre nouveau partenaire dans la région : l’Arabie saoudite. Depuis son élection en 2014, M. Modi s’est rendu à deux reprises à Riyad pour approfondir les relations avec un...




                        

                        


<article-nb="2018/02/26/19-3">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Dans une tribune au « Monde », trois sociologues considèrent que la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants (ORE) pourrait entretenir la discrimination contre les femmes notamment par le biais des « attendus » affichés sur la plate-forme « Parcoursup ».
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Orientation : « La nouvelle loi risque de renforcer les différences entre filles et garçons »

Dans une tribune au « Monde », trois sociologues considèrent que la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants (ORE) pourrait entretenir la discrimination contre les femmes notamment par le biais des « attendus » affichés sur la plate-forme « Parcoursup ».



Le Monde
 |    26.02.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
26.02.2018 à 13h44
    |

Collectif







                        



                                


                            
Tribune. Alors que la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants (ORE) votée le 15 février dernier entend « rétablir l’égalité des chances », tout laisse à penser qu’elle entraînera au contraire une hausse des inégalités d’accès à l’enseignement supérieur, et notamment des inégalités filles-garçons.

Quasi absentes de l’enseignement supérieur au début du XXe siècle, les filles représentent aujourd’hui près de 60 % des étudiants dans les universités, mais sont toujours moins nombreuses à intégrer certaines filières sélectives comme les classes préparatoires (42,6 %) et, surtout, les grandes écoles scientifiques (22,2 %). L’enseignement supérieur apparaît plus généralement largement divisé entre des filières « masculinisées » (essentiellement en sciences et techniques) et des filières « féminisées », comme les formations paramédicales et sociales (85 % de filles) ou les licences en lettres et sciences humaines (70 %).
Perpétuation de certains stéréotypes de genre
Ces différences d’orientations reflètent les rôles attribués aux hommes et aux femmes dans la société, ainsi que la socialisation genrée qui, dès le plus jeune âge, contribue à valoriser des compétences différentes chez les filles et les garçons. L’institution scolaire participe elle-même à la perpétuation de certains stéréotypes de genre, comme le montre une enquête récente : à appétences équivalentes pour les matières scientifiques et à notes égales à celles des garçons, les filles sont toujours moins orientées que ces derniers vers la filière scientifique du bac.

Or la loi ORE risque d’entretenir, voire de renforcer, cette différenciation sexuée des orientations, par le biais des « attendus » désormais affichés sur la plate-forme « Parcoursup » pour chaque formation universitaire. En effet, ces attendus se fondent largement sur des compétences supposées déjà acquises par les candidats, qui renvoient à des dispositions...




                        

                        


<article-nb="2018/02/26/19-4">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Dans sa chronique, Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde », estime qu’une réduction du chômage de masse nécessite une réforme profonde de la formation professionnelle.
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Article sélectionné dans La Matinale du 25/02/2018
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« Pour s’attaquer au chômage de masse, il faut réformer la formation professionnelle »

Dans sa chronique, Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde », estime qu’une réduction du chômage de masse nécessite une réforme profonde de la formation professionnelle.



Le Monde
 |    26.02.2018 à 06h50
 • Mis à jour le
26.02.2018 à 07h03
    |

            Stéphane Lauer








                        



                                


                            
Chronique. Laurent Wauquiez a raison. Ce qui se dit « sur un plateau médiatique » peut parfois tenir du « bullshit », des foutaises en langage châtié, comme l’a affirmé le patron des Républicains (LR) lors de son fameux « cours » devant les élèves de l’Ecole de management de Lyon, dont des extraits ont fuité dans la presse.
Gilles Platret, le porte-parole de son parti, en a donné une illustration pathétique quelques jours après sur une radio. Croyant fustiger le travail des journalistes à l’origine de la diffusion de l’enregistrement, il a taxé celui-ci d’« exercice au niveau CAP d’ajusteur-monteur ».

Cette polémique a au moins le mérite de concrétiser à travers ce mot malheureux, péjoratif et dévalorisant pour une formation professionnalisante, tout le mépris d’une partie de l’élite politique pour les filières d’enseignement technique.
Ce dédain, rarement verbalisé, mais largement répandu dans les esprits, en dit long sur la façon dont nous tenons en considération la formation professionnelle et qui explique en partie pourquoi la France s’accommode d’un taux de chômage structurel bien plus élevé que ce qui est supportable dans les autres pays développés. Quand l’Allemagne compte 3,6 % de sans-emploi, le Royaume-Uni 4,3 %, les Etats-Unis 4,1 %, la France affiche un taux de chômage à 8,9 % de la population active.
« Une véritable anomalie »
On peut prendre le problème dans tous les sens, souligner que des millions d’Américains, découragés de ne pas trouver un emploi, se sont retirés du marché du travail et disparaissent ainsi des statistiques, remarquer que les Allemands et les Britanniques ont décidé de flexibiliser leur système au prix d’une précarisation de l’emploi, on est forcé de constater que la France assume une certaine « préférence pour le chômage », comme l’avait dénoncé avec justesse Denis Olivennes dans une note pour la Fondation Saint-Simon en 1994.
En trente ans, le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Dans sa chronique, Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde », observe que Gérald Darmanin, visé par une affaire, a du mal à mener la bataille de l’exécutif sur ce dossier.
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Article sélectionné dans La Matinale du 25/02/2018
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« Mais où est donc passé Gérald Darmanin, le ministre du pouvoir d’achat ? »

Dans sa chronique, Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde », observe que Gérald Darmanin, visé par une affaire, a du mal à mener la bataille de l’exécutif sur ce dossier.



Le Monde
 |    26.02.2018 à 06h49
 • Mis à jour le
26.02.2018 à 10h27
    |

            Françoise Fressoz








                        



                                


                            
Chronique. On allait voir ce qu’on allait voir ! Le ministre du pouvoir d’achat, c’était lui, Gérald Darmanin, chargé des comptes publics. « N’écoutez pas les démagogues et les prophètes de malheur », lançait-il fin août au micro d’Europe 1. « Le budget 2018 va protéger les plus populaires », assurait alors l’élu de Tourcoing (Nord), choisi par Emmanuel Macron pour porter la politique fiscale du quinquennat parce qu’il « cochait » toutes les cases : d’origine modeste, venu de la droite sociale et populaire, il était assurément le mieux à même d’incarner le « travailler plus pour gagner plus » qui avait naguère fait le succès de Nicolas Sarkozy.

Mauvaises surprises
Mais en janvier, les mesures fiscales sont entrées en application et rien ne s’est passé comme l’avait pronostiqué le « M. Pouvoir d’achat » du gouvernement. Certes, les salariés ont un peu gagné au transfert progressif des cotisations sociales vers la contribution sociale généralisée (CSG), mais les retraités, eux, ont perdu au change : 60 % ont été affectés par la hausse de la CSG sans autre consolation que de voir leur taxe d’habitation s’alléger, puis disparaître, mais progressivement d’ici à la fin du quinquennat et sans que l’on sache encore par quoi elle sera remplacée. Et comme à chaque fois, ce sont les mécontents qui se sont fait entendre, pas ceux qui avaient un peu gagné.
D’autant que d’autres mauvaises surprises ont accompagné ce budget censé « protéger les plus populaires » : la hausse du prix du gazole (+ 7,6 centimes d’euro par litre) notamment ou encore celle du tabac prévue le 1er mars (près d’un euro supplémentaire le paquet). Cela a suffi aux opposants de tous bords, Parti socialiste, Front national et surtout Les Républicains pour orchestrer une vigoureuse campagne de défense du pouvoir d’achat face à un ministre aux abonnés absents.
Muet du sérail
Mais où était donc passé Gérald Darmanin ? Qu’avait-il...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Au pouvoir à trois reprises depuis 1958, rappelle Louis Maurin, le directeur de l’Observatoire des inégalités, le PS n’a fait, selon lui, que « retourner sa veste en matière de politique fiscale, se privant des moyens pour moderniser la France ».
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Inégalités en France : « le Parti socialiste a une grande part de responsabilité »

Au pouvoir à trois reprises depuis 1958, rappelle Louis Maurin, le directeur de l’Observatoire des inégalités, le PS n’a fait, selon lui, que « retourner sa veste en matière de politique fiscale, se privant des moyens pour moderniser la France ».



Le Monde
 |    26.02.2018 à 06h30
    |

                            Louis Maurin (directeur de l’Observatoire des inégalités)








                        



                                


                            

Tribune. Tout en dénonçant les inégalités, une grande partie des élites de gauche s’intéresse surtout à l’école de ses enfants, à ses loisirs ou à son environnement. Le sort des ouvriers ou des caissières n’est pas vraiment son problème. Elle célèbre la « mixité » tant qu’elle s’applique aux autres catégories et n’envahit pas ses quartiers. Le débat sur les inégalités en France est marqué par une profonde hypocrisie. Elle ne vient pas des conservateurs qui estiment que la liberté prime sur tout mais des progressistes qui affirment que, sans l’égalité, la liberté ne peut se construire. Il faut essayer d’en comprendre les raisons.
Pour défendre leurs privilèges, ces bourgeois culturels utilisent plusieurs artifices. Ils mettent en avant les inégalités qui ne bousculent pas leur pouvoir : écarts entre les sexes, les générations, les inégalités territoriales et les discriminations. Ces « nouvelles inégalités » font paravent aux inégalités entre groupes sociaux. Ensuite, ils jouent les victimes. Si précarité, déclassement, mauvaises conditions de travail et chômage touchent tout le monde, ils ne touchent plus personne en particulier. Ils dénoncent les « vrais » riches, qui se situent toujours un cran au-dessus d’eux : cette poignée d’ultra-fortunés capitalistes qui maîtrisent le monde. Enfin, une part croissante de ces privilégiés est sensible aux discours xénophobes sur l’incompatibilité culturelle d’une partie des immigrés.

Dénoncer l’hypocrisie n’empêche pas d’essayer d’en comprendre les ressorts profonds. L’embourgeoisement des organisations qui représentaient les catégories populaires est la première explication qui vient à l’esprit. Les associations, les instances dirigeantes des syndicats et les partis politiques sont de plus en plus des regroupements de diplômés. Mais cette explication idéalise le bon vieux temps de la politique, alors que les instances dirigeantes des partis n’ont jamais été très représentatives....




                        

                        


<article-nb="2018/02/26/19-7">
<filnamedate="20180226"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180226"><AAMMJJHH="2018022619">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ La femme et deux des trois enfants de Ghyslain Wattrelos étaient à bord du vol de la Malaysia Airlines qui a disparu des radars début mars 2014.
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Disparition du Vol MH370 : le cri de colère d’un père

La femme et deux des trois enfants de Ghyslain Wattrelos étaient à bord du vol de la Malaysia Airlines qui a disparu des radars début mars 2014.



Le Monde
 |    26.02.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
26.02.2018 à 10h05
    |

            Florence de Changy (Hongkong, correspondance)








                        



   


Livre. « On a commencé par le début, il m’a raconté, j’ai enregistré puis retranscris, c’est son récit à lui », explique Gaëlle Legenne, journaliste au service Actualités de Paris-Match qui a mis en forme le témoignage de Ghyslain Wattrelos, dans Vol MH370, une vie détournée, cet homme d’affaire et père de famille français, qui a perdu sa femme et deux de ses trois enfants dans le vol MH370. Le Boeing 777 de Malaysia Airlines qui effectuait la liaison Kuala Lumpur-Pékin a disparu des écrans radars au-dessus du Golfe de Thaïlande dans la nuit du 7 au 8 mars 2014 avec 239 personnes à bord, parmi lesquels se trouvaient quatre citoyens français, les trois membres de la famille Wattrelos ainsi que la petite amie franco-chinoise du fils, qui voyageait avec eux.
L’histoire d’un cauchemar de quatre ans raconté avec les tripes, par un homme solide, intelligent et bien élevé, mais écorché vif
Ce livre est donc l’histoire d’un cauchemar de quatre ans raconté avec les tripes, par un homme solide, intelligent et bien élevé, mais écorché vif et totalement révolté par l’ineptie et l’injustice de ce qui lui arrive.
Le récit débute avec le message du consul de France à l’aéroport de Pékin : « Il est arrivé quelque chose à ta famille. » Cette annonce « coup de poignard bien sec et lame de fond à la fois » l’engloutit. Et sa vie devient un roulé-boulé émotionnel. Régulièrement, un hôte sadique s’invite dans sa tête. C’est l’espoir ou le faux espoir, toujours suivi de son valet, le désespoir. Première crise aiguë d’espoir quatre jours après la perte de l’appareil, quand le Wall Street Journal annonce que l’avion aurait « continué de voler pendant plusieurs heures ».
Une guerre d’usure, mentale et morale
Si l’avion a été détourné, on va les retrouver. Les bruits dans la maison reviennent, le piano et la batterie, les rires, les cris. « C’est dangereux l’espoir. Je m’y engouffre », écrit-il. Chaque soir, il leur envoie des SMS. « Je vous attends, où êtes-vous ? » En apparence, il donne plus ou moins le change mais intérieurement, il s’enferme et sombre dans un cercle vicieux d’insomnies, d’accablement et de désarroi.

        Lire aussi :
         

                Un an après, l’improbable disparition du MH370



Dix jours plus tard, de retour au bureau à Paris, c’est une vague de colère froide qui le submerge quand il reçoit un SMS de Malaysia Airlines qui a le « profond regret d’annoncer que, selon toute vraisemblance, le vol MH370 a été perdu et qu’aucun de ses occupants n’a survécu ». « En pleine réunion, je lis que l’avion est tombé à l’eau et que mes enfants ont péri dans l’océan. Je suis calme. C’est le calme de la colère. Le monde s’écroule. Ils viennent de mourir une seconde fois. » Cette fois, c’est un électrochoc. Il déclare la guerre à cette histoire absurde ou plutôt à l’absurdité de cette histoire. Mais cela va devenir une guerre de tranchées. Une guerre d’usure, mentale et morale. Et tout vaillant que soit le soldat, il connaît de nouveau ses heures de doutes. « Je mange. Trop. Je bois », dit-il alors. Puis, il se ressaisit, il le leur doit, et il le doit à son fils aîné, Alexandre, sa dernière raison de vivre.
En janvier 2015, Malaysia Airlines l’appelle et lui donne consigne « d’allumer CNN ». Enorme émotion, précipitation vers la télévision qui annonce que « le vol MH370 a été victime d’un accident ». L’espoir est comme une drogue à laquelle il faudrait avoir renoncé depuis longtemps…
Ces quatre années de survie et d’enquête sont rythmées par de nombreuses rencontres. Certaines sont désastreuses
Dans sa quête de vérité, il remue ciel et terre. Il écrit au pape et à Barack Obama. On lui doit des explications. Pourtant, Laurent Fabius, alors ministre des affaires étrangères, lui promet « ne rien savoir de plus que [lui] », ce que lui rediront plus tard le président de la République et le chef des services secrets français.
Ces quatre années de survie et d’enquête sont rythmées par de nombreuses rencontres. Certaines sont désastreuses. Elles déçoivent, blessent, ou découragent, comme cet échange surréaliste avec un jeune prêtre qui au lieu d’écouter le père et le fils affligés par leur triple perte, les sermonne et leur parle de ses soucis. Ratée aussi la première rencontre avec un grand psychiatre parisien qui s’endort pendant l’entretien… Exit le curé, exit le psy, et tous les fous plus ou moins bien intentionnés qui lui écrivent en lui jurant qu’ils savent où est l’avion. On lui propose aussi la vidéo de l’avion en train d’atterrir, pour 1 million de dollars.
Les familles malmenées, voire maltraitées
L’homme blessé a peu de patience. Mais il croise aussi la route de beaucoup de gens bien et ce livre leur rend hommage ; à commencer par le docteur Christophe Schmit, conseiller médical du centre de gestion des crises du Quai d’Orsay. « J’ai oublié beaucoup de choses de ces premières semaines, mais le docteur Schmit je m’en souviens. Cet homme m’a aidé », déclare Ghyslain Wattrelos. Il cite aussi « un moment de pur bonheur », qu’il doit à sœur Catherine, une religieuse as du volant, journaliste de Radio Vatican rencontrée à Rome, avec qui il aurait voulu que « l’interview ne s’arrête jamais ».
Restent les amis, les vrais. Il a la chance d’être bien entouré. « Leur patience infinie, leurs paroles indulgentes réamorcent mon indulgence. Ils sont ma boussole. » Avec les médias, il entretient des relations ambiguës. Attrait, méfiance, frustration. Ce sont des alliés complexes dans son combat. Sa douleur est terriblement télégénique…

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                Disparition du vol MH370 : les recherches sous-marines sont suspendues



Le lecteur curieux de savoir où en est l’enquête sur cet incroyable « mystère » ne trouvera pas de révélations dans Une vie détournée, au mieux quelques indices, comme l’information lâchée par cet ami dont il connaît par ailleurs la puissance du réseau qui lui dit dès les premiers jours : « Il y avait deux Awacs [système de détection et de commandement aéroporté] américains sur zone. Les Américains savent ce qui s’est passé. C’est tout ce que je peux te dire. »
Si le livre expose à quel point les familles de ce drame ont été malmenées, voire maltraitées par les autorités, c’est avant tout un cri, un cri lancé par un homme en colère confronté à une réalité inacceptable, à une douleur indicible, un cri lancé contre l’oubli avec l’espoir de connaître un jour la vérité sur cette sombre affaire.
Vol MH370, une vie détournée, Ghyslain Wattrelos avec Gaëlle Legenne, Flammarion, 350 pages, 19,90 euros



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ L’existence d’une extrême droite en Israël n’en fait pas un pays qui met en œuvre une politique proche du nazisme, affirme Ben-Dror Yemini, journaliste israélien, qui réagit à la récente tribune de l’historien Zeev Sternhell dans « Le Monde ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 25/02/2018
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« Depuis quarante ans, Zeev Sternhell essaie de faire passer Israël pour un Etat fasciste »

L’existence d’une extrême droite en Israël n’en fait pas un pays qui met en œuvre une politique proche du nazisme, affirme Ben-Dror Yemini, journaliste israélien, qui réagit à la récente tribune de l’historien Zeev Sternhell dans « Le Monde ».



Le Monde
 |    26.02.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
26.02.2018 à 12h55
    |

Ben-Dror Yemini (journaliste au quotidien israélien Yediot Aharonot)







                        



                                


                            

Tribune. L’historien Zeev Sternhell a publié une tribune dans Le Monde du 18 février, sous le titre : « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts ». Des articles, où il pointait ce danger ont par le passé été publiés par Sternhell en hébreu. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Cela fait quarante ans que Sternhell essaie de faire passer Israël pour un Etat fasciste. Déjà, en 1982, au moment de la guerre du Liban, dans un entretien au quotidien Yedioth Aharonot, Sternhell voyait poindre la menace d’un pays où une seule formation politique serait tolérée.
En février 2001, après l’accession d’Ariel Sharon au pouvoir, toujours dans les colonnes du Yedioth Aharonot, il percevait la même menace fasciste, dont il aurait vu les signes en Israël dès 1973. En mai 2016, dans une interview au site Al-Monitor, l’historien nous avertissait de ce même danger.
Quarante ans que ce dernier réitère la même stance, avec un goût amer prononcé de racisme. Il y a déjà quarante ans, Sternhell évoquait un Israël libéral, modéré et éduqué, au caractère « très ashkénaze occidental », opposé à l’autre Israël composé de Juifs séfarades, qualifiés d’« agressifs, extrêmes et cléricaux ».
Il ne fait aucun doute qu’Israël est un pays différent
Sternhell s’est vu décerner en 2008 « le prix Israël » pour ses travaux en sciences politiques, le prix le plus prestigieux décerné par l’Etat d’Israël. Il ne fait aucun doute qu’Israël est un pays différent puisqu’il accorde cette récompense à un lauréat le qualifiant de « fasciste ». Il n’existe nulle part d’Etat « fasciste » de la sorte.
Mais Sternhell ne recule pas. Le fascisme ne suffit plus. Il passe désormais à l’accusation de « nazisme ». Pour dissiper le moindre doute, Sternhell affirme clairement qu’Israël est « devenu pour les non-juifs, sous sa domination, un monstre ». « Un monstre », ni plus, ni moins.
Chacun...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Rapport d’étonnement.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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La montagne au Moyen Age, un laboratoire d’innovation

Rapport d’étonnement.



Le Monde
 |    25.02.2018 à 12h00
    |

                            Valérie Theis (Historienne)








                        



                                


                            
Si, comme moi, vous vous apprêtez à chausser des skis ou avez déjà eu la chance de le faire cette année, gardez-vous de vous représenter comme un aventurier sous prétexte de quelques excursions hors des pistes balisées. Ayez plutôt une petite pensée pour ceux qui furent autrefois les vrais conquérants de la montagne, les hommes et les femmes du Moyen Âge.
Un espace producteur de richesses
On aurait en effet vite fait, en buvant une chartreuse, d’en rester aux clichés d’une montagne médiévale qui aurait été une alternative au désert des premiers ermites chrétiens, alors qu’elle était un espace plus peuplé qu’on ne l’imagine et, surtout, plus producteur de richesse. Si des ermites pouvaient s’y retirer, c’est parce qu’ils étaient assurés d’y être rattrapés par le monde et épaulés par des abbayes, ce qui leur permettait d’être nourris, et donc de prolonger leur expérience spirituelle au-delà des quelques jours nécessaires pour mourir de faim et de froid.
Pourtant, la montagne médiévale a longtemps été oubliée. On la voit apparaître dans la recherche française au moment de la fondation de la revue des Annales, dont le projet consistait, entre autres, à explorer des territoires de la vie sociale jusque-là négligés. Dès le deuxième numéro, en 1929, deux articles furent consacrés à la circulation dans les montagnes. L’un, de Charles Gilliard, évoquait les conditions de l’ouverture aux convois commerciaux réguliers de la route du Saint-Gothard, au XIIIe siècle, et les exploits des premiers constructeurs d’un pont sur la Reuss. Le second était signé par Thérèse Sclafert, qui fut la première femme à écrire dans les ­Annales et une des premières médiévistes à signer de son nom la publication de ses recherches. Il portait sur les routes du Dauphiné et de la Provence et leurs lucratifs péages à l’époque où, au XIVe siècle, une partie de l’organisation des circuits commerciaux européens dépendait de la présence des papes à Avignon.
Déforestation
Mais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Le psychiatre Jean Maisondieu et la sociologue Laëtitia Ngatcha-Ribert sont les auteurs de deux ouvrages sur la maladie d’Alzheimer qui invitent à changer de regard sur les patients.
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Vivre avec la démence

Le psychiatre Jean Maisondieu et la sociologue Laëtitia Ngatcha-Ribert sont les auteurs de deux ouvrages sur la maladie d’Alzheimer qui invitent à changer de regard sur les patients.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 19h00
    |

            Paul Benkimoun








                        



                                


                            
Les livres. Les livres sur la maladie d’Alzheimer ne sont pas une denrée rare. Rien de surprenant quand on sait qu’en France le ministère de la santé évalue à 860 000 le nombre des personnes atteintes et à 225 000 celui des nouveaux cas chaque année. Viennent de paraître deux ouvrages aux objectifs différents.
Avec « Le Crépuscule de la raison », Jean Maisondieu, psychiatre honoraire des hôpitaux, défend deux thèses.

La première est que « les troubles démentiels si fréquents chez les personnes âgées ne sont pas exclusivement dus à des atteintes organiques du cerveau » mais « peuvent aussi résulter des difficultés relationnelles de la personne avec elle-même » (psyché), « et/ou avec les autres » (social) ou « encore témoigner de certains dysfonctionnements communications » (langage).

Sa seconde thèse est que « l’angoisse de la mort joue un rôle essentiel dans leur apparition. »
Jean Maisondieu livre une description sans fard de l’état dans lequel se trouvent les pensionnaires d’institutions. Néanmoins, le raisonnement par lequel, l’auteur étaye ses conceptions cliniques laisse parfois dubitatif.
L’apport de la vidéo
L’une de ses patientes âgée de 76 ans, Alice reconnaissait sur un écran les autres patients hospitalisés mais pas elle-même. Il en déduit, face à un « symptôme aussi fin » qu’il « faudrait une lésion bien extraordinaire pour le provoquer. » Il serait donc « plus raisonnable d’imaginer que la conduite d’Alice avait un sens, qu’elle était dictée par son psychisme avant d’être inscrite dans un trouble organique ? » Ne pas tout réduire au biologique est sage, mais récuser une base organique au motif de la finesse d’un symptôme n’est pas convaincant.
Jean Maisondieu invite à changer le regard sur les patients et souligne l’apport en cela de la vidéo pour « dépasser cette non-reconnaissance de soi chez...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ « Manger local » n’est pas une fin en soi, mais un moyen vers d’autres fins. Or, vantée par tous les bords politiques, mise en avant par les supermarchés, la notion a été dévoyée, souligne la géographe Flaminia Paddeu.
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« On peut manger du local plein de pesticides »

« Manger local » n’est pas une fin en soi, mais un moyen vers d’autres fins. Or, vantée par tous les bords politiques, mise en avant par les supermarchés, la notion a été dévoyée, souligne la géographe Flaminia Paddeu.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 12h00
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            
Flaminia Paddeu, enseignante-chercheuse en géographie à l’université Paris-XIII, travaille sur l’engagement associatif environnemental et alimentaire en France et aux Etats-Unis. Elle est l’auteure de « Manger local. Leurres et promesses », publié dans la revue Vacarme (n° 81, octobre 2017).
Le Salon de l’agriculture se tient à Paris jusqu’au dimanche 4 mars. « Manger local » est-il toujours une piste pour résoudre les problèmes posés par le système agricole (pollution, appauvrissement des sols, etc.) ?
A l’origine de l’idée de manger local, il y a un projet radical et alternatif qui s’oppose aux systèmes de production de l’agro-industrie et de la grande distribution. Il s’agit de renforcer les liens entre producteurs et consommateurs, de soutenir l’économie locale en favorisant les échanges entre personnes d’un même territoire, d’éviter la dépendance envers des systèmes mondialisés et de réduire les émissions de gaz à effet de serre liées au transport alimentaire.
Pour autant, malgré les vertus qui lui sont associées, le local n’est pas une échelle intrinsèquement progressiste. Deux exemples le montrent. Premièrement, « manger local » est récupéré par des tendances politiques opposées : lors de la campagne présidentielle de 2017, tous les candidats, y compris d’extrême droite, ont pris position en faveur des circuits courts, certains s’engageant à soutenir les producteurs, d’autres les consommateurs. Aussi, manger local n’est plus systématiquement clivant politiquement. Deuxièmement, ce mot d’ordre est récupéré par les enseignes de la grande distribution. Celles-ci capturent les valeurs positives associées au manger local : la proximité, le lien avec les producteurs, l’écologie. Désormais, les acteurs de l’économie capitaliste en font un nouveau front de profit, tout en captant des bénéfices importants pour leur image. C’est ainsi que des supermarchés installent de l’agriculture urbaine sur leur toit : un Carrefour en...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Dans un contexte géopolitique devenu défavorable aux partis issus des Frères musulmans, le mouvement islamiste cherche à normaliser son image. Une mue doctrinale qui interroge le correspondant du « Monde » à Tunis Frédéric Bobin.
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En Tunisie, la quête de respectabilité d’Ennahda

Dans un contexte géopolitique devenu défavorable aux partis issus des Frères musulmans, le mouvement islamiste cherche à normaliser son image. Une mue doctrinale qui interroge le correspondant du « Monde » à Tunis Frédéric Bobin.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 10h30
    |

            Frédéric Bobin (Tunis, correspondant)








                        



                                


                            
Analyse. C’était le 15 février, au cœur du quartier du Bardo à Tunis, ciel noir et chaussées mouillées. Dans la salle des pas perdus de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Naoufel Jammali, un échalas au verbe délié, évoquait l’évolution doctrinale de son parti, Ennahda, le mouvement islamiste tunisien. Président de la commission des droits, des libertés et des relations extérieures de l’ARP, l’homme est au carrefour de bien des débats agitant la jeune démocratie tunisienne, seule rescapée de la vague des « printemps arabes ».
On n’« attendait pas » Ennahda sur le terrain de la séduction de la communauté juive tunisienne ni sur celui du front des droits des femmes
Ce jour-là, il s’expliquait sur l’opposition de son parti à une proposition de loi visant à « criminaliser » les relations avec Israël et dont la discussion a été repoussée sine die par sa commission. Au centre de ses préoccupations : le sort des investissements étrangers en Tunisie qui, s’alarmait-il, pourraient être affectés si une telle loi devait être votée. « Il faut protéger les intérêts supérieurs de l’économie tunisienne », affirmait-il. « Nous [les partisans d’Ennahda], ajoutait-il, sommes toujours présents là où l’on ne nous attend pas. »
Quelques jours plus tard, la formule a pris tout son sens. Un porte-parole d’Ennahda annonçait qu’un juif tunisien, Simon Slama, serait candidat sur une liste du parti islamiste à Monastir (côte orientale), à l’occasion des élections municipales du 6 mai. La nouvelle a fait sensation en Tunisie, et au-delà. On n’« attendait pas » Ennahda sur ce terrain de la séduction de la communauté juive tunisienne. Tout comme on ne l’« attendait pas » sur le front des droits des femmes.

En juillet 2017, le parti a soutenu l’adoption d’une loi réprimant les violences faites aux femmes. En ce qui concerne la perspective d’instaurer l’égalité entre hommes et femmes en matière d’héritage,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Editorial. Le gouvernement veut aller au-delà des accords conclus entre partenaires sociaux sur la formation professionnelle et sur l’assurance chômage. Il songe aussi aux ordonnances pour réformer la SNCF. Dangereux.
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Un dialogue social en trompe-l’œil

Editorial. Le gouvernement veut aller au-delà des accords conclus entre partenaires sociaux sur la formation professionnelle et sur l’assurance chômage. Il songe aussi aux ordonnances pour réformer la SNCF. Dangereux.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 10h11
 • Mis à jour le
24.02.2018 à 11h35
   





                        


Editorial du « Monde ». A quoi le gouvernement joue-t-il ? Les organisations syndicales, à l’exception de la CGT, et patronales ont bouclé positivement deux négociations nationales interprofessionnelles d’importance. Jeudi 22 février à l’aube, elles ont conclu un accord sur la réforme de la formation professionnelle. Dans la soirée du même jour, elles ont trouvé un compromis – jugé encore la veille très improbable – sur la transformation de l’assurance-chômage. Sur ces deux chantiers annoncés par Emmanuel Macron durant sa campagne électorale, les partenaires sociaux estiment avoir suivi, dans les grandes lignes, les « feuilles de route » de Muriel Pénicaud, la ministre du travail. Mais rien n’indique que le gouvernement en tiendra compte quand il présentera le projet de loi qui doit englober les deux réformes. Au contraire.
Sur la formation professionnelle, Mme Pénicaud a qualifié le résultat d’« insuffisant », tout en reconnaissant « un vrai progrès pour les droits des salariés ». La ministre a indiqué qu’elle dévoilerait, mardi 27 février, les contours du « big bang » qu’elle juge impératif sur « l’architecture du système ».
Un scénario similaire se profile sur l’assurance-chômage. M. Macron avait prôné un système de bonus-malus sanctionnant les entreprises s’adonnant avec excès à la pratique des contrats de travail courts. L’accord prévoit des négociations dans les branches professionnelles pour prendre des « mesures permettant de modérer le recours aux contrats courts et d’allonger les durées d’emploi ». Il prend acte de la volonté du gouvernement, « si ces mesures étaient insuffisantes », d’instaurer des pénalités pour les entreprises n’ayant pas assez œuvré à la réduction de la précarité. Là encore, la ministre dira, « dans quelques jours », « ce qu’on retient et aussi si on considère qu’il faut aller plus loin ».
« Big bang » et « effet boomerang »
Le gouvernement n’a pas pris les partenaires sociaux en traître. Dès le départ, il a prévenu qu’il ne serait pas automatiquement engagé par d’éventuels accords. Mais, en les considérant comme des chiffons de papier, il est en train d’inventer l’accord suspensif, soumis à son bon vouloir. Les syndicats conditionnent leur aval aux garanties que leur donnera l’exécutif. « On ne sera signataire, a prévenu la CFDT sur l’assurance-chômage, que si l’Etat s’engage à respecter l’accord dans tous ses termes. » Force ouvrière a décidé de signer sur la formation, mais a averti en même temps que les acteurs sociaux « ne sauraient être des sous-traitants gouvernementaux » : « La liberté de négociation ne se découpe pas en rondelles et tout big bang peut avoir un effet boomerang. »
M. Macron a habilement organisé une vraie concertation sur la réforme du code du travail. En acceptant des négociations sur la formation et l’assurance-chômage, il avait privilégié la même voie. Mais l’attitude de l’exécutif sur leurs résultats ressemble à une marche arrière. Un dialogue social en trompe-l’œil ? Sur la réforme, nécessaire, de la SNCF, le gouvernement n’écarte pas un passage en force. Christophe Castaner, secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement, a évoqué la « possibilité » de recourir aux ordonnances pour « aller vite ». Une fausse bonne idée, qui escamoterait tout débat public et jetterait surtout de l’huile sur le feu. Divisés, les syndicats n’ont prévu pour l’heure qu’une manifestation nationale le 22 mars. Des ordonnances feraient courir le risque d’un conflit social majeur.



                            


                        

                        


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<filnamedate="20180226"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180226"><AAMMJJHH="2018022619">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Le « Monde » Campus publie, chaque samedi, une recette sélectionnée dans un livre de cuisine étudiante. Voici pour commencer une idée pour l’apéritif.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                

La cuisine des étudiants (1/9) : les rouleaux apéro au thon

Le « Monde » Campus publie, chaque samedi, une recette sélectionnée dans un livre de cuisine étudiante. Voici pour commencer une idée pour l’apéritif.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 08h30
   





                        


Parce qu’il est important de se nourrir correctement quand on est étudiant, nous partageons une série de recettes de cuisine simples et appétissantes, réalisables dans une kitchenette avec peu d’ustensiles et à petit prix.
Commençons par l’apéritif, avec cette recette des rouleaux au thon. Elle est extraite de l’ouvrage Simplissime, le livre de cuisine pour étudiants le + facile du monde, de Jean-François Mallet (13,95 euros chez Hachette Cuisine, 2017), qui s’est fixé pour objectif que chaque plat ne coûte pas plus de 2 euros par personne.
N’hésitez pas à commenter et améliorer cette recette sur notre page Facebook Le Monde Campus. Et rendez-vous samedi prochain pour un nouveau plat.

   



   



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde », raconte la rencontre et les liens qui unissent désormais Fabien Vehlmann, auteur de bande dessinée, et Fodé Condé, jeune migrant guinéen.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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BD : « Fabien Vehlmann n’en revient toujours pas d’avoir “rencontré un personnage qu’il a créé” »

Dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde », raconte la rencontre et les liens qui unissent désormais Fabien Vehlmann, auteur de bande dessinée, et Fodé Condé, jeune migrant guinéen.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 07h08
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h51
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            

Chronique. Fabien Vehlmann est un auteur de bande dessinée à succès. On lui doit le scénario de Seuls (Dupuis, avec Bruno Gazzotti), une série mettant en scène des enfants livrés à eux-mêmes dans un monde sans adultes. Depuis 2009, il a repris le personnage de Spirou, héros iconique de la BD franco-belge, avec le dessinateur Yoann. Cette position lui permet d’avoir accès aux médias. Médias qu’il s’est résolu à contacter pour relater une histoire dont il n’est pas, pour une fois, le narrateur, mais l’acteur direct, aux côtés d’un jeune migrant guinéen qu’il abrite sous son toit : Fodé Condé, 18 ans, élève en BTS « management des unités commerciales », à Nantes.
« Son seul tort est d’avoir fui la misère et de ne pas venir d’un pays en guerre. » Fabien Vehlmann
Menacé d’expulsion, ce dernier fait partie de ces nombreux exilés qui n’ont pas quitté leur pays pour des raisons politiques ou de conflit armé. Classés « migrants économiques », ces hommes et ces femmes ont beaucoup moins de chances que les autres de pouvoir rester légalement en France ; et ce n’est pas le projet de loi sur le droit d’asile et l’immigration, présenté mercredi 21 février par le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb – texte qui durcit le droit des étrangers (Le Monde du 21 février) –, qui devrait faciliter leurs démarches.
« Fodé possède pourtant un dossier idéal. Peu de migrants peuvent se prévaloir d’être logés à l’année dans une famille d’accueil, de faire des études, de jouer dans un club de foot… Son seul tort est d’avoir fui la misère et de ne pas venir d’un pays en guerre, ni d’être surdiplômé, selon la distinction qui est faite aujourd’hui entre les “bons” et les “mauvais” migrants », se désole Fabien Vehlmann, qui héberge chez lui le jeune homme depuis 14 mois. Le 16 janvier dernier, la préfecture de Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour.
Un attachement...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ L’ouvrage collectif dirigé par Alice Ekman s’efforce de montrer que la volonté de la Chine est de dépasser les Etats-Unis et de façonner un nouvel ordre mondial où l’hégémonie américaine est remise en cause.
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Pékin impose sa « pax sinica »

L’ouvrage collectif dirigé par Alice Ekman s’efforce de montrer que la volonté de la Chine est de dépasser les Etats-Unis et de façonner un nouvel ordre mondial où l’hégémonie américaine est remise en cause.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 07h00
    |

            François Bougon








                        



                                


                            

Le livre. En une ou deux générations, la Chine a réussi à sortir de la pauvreté maoïste pour se hisser au rang de deuxième puissance économique mondiale. Au XIXe congrès, en octobre 2017, le secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC), Xi Jinping, qui venait d’être consacré pour un deuxième mandat de cinq ans, a fixé la feuille de route d’ici 2050 : « prendre une place encore plus centrale sur la scène internationale. »
Bref, si l’on lit entre les lignes des discours jargonnants, il s’agit de dépasser les Etats-Unis et de façonner un nouvel ordre mondial où l’hégémonie américaine est remise en cause. Si les défis intérieurs sont nombreux – trouver un nouveau modèle économique, stimuler l’innovation, lutter contre la pollution et les inégalités –, les enjeux diplomatiques le sont tout autant.

C’est ce que montre l’ouvrage collectif dirigé par Alice Ekman, responsable des activités Chine au Centre Asie de l’Institut français des relations internationales (IFRI). Elle a réuni sept autres spécialistes francophones de l’ex-Empire du milieu. Et leurs huit contributions permettent un tour d’horizon complet sur les conséquences de l’engagement croissant de Pékin sur la scène internationale.
Adieu au « profil bas » de Deng Xiaoping
La Chine de Xi – dont le mandat est caractérisé par un « véritable activisme diplomatique », écrit Jean-Pierre Cabestan dans un chapitre consacré à la diplomatie de l’homme fort de Pékin – a dit adieu au « profil bas » prôné par Deng Xiaoping à la fin des années 1970 : la croissance économique a entraîné une puissance géopolitique, un « droit à la parole » affirmé de la puissance asiatique et des revendications territoriales assumées en mer de Chine. La modernisation de l’armée, marquée par une grande réforme lancée fin 2015, est au service de cette « renaissance chinoise », remarque Antoine Bondaz.

Mais cette présence renforcée, avec la mise en avant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le sociologue Thierry Brugvin note que l’achat de terres dans des pays pauvres par des capitaux issus de pays développés se développe mais rencontre une opposition de plus en plus structurée.
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Thierry Brugvin : « L’accaparement des terres agricoles du Sud renforce les famines »

Dans une tribune au « Monde », le sociologue Thierry Brugvin note que l’achat de terres dans des pays pauvres par des capitaux issus de pays développés se développe mais rencontre une opposition de plus en plus structurée.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
24.02.2018 à 08h16
    |

Thierry Brugvin (Sociologue)







                        



                                


                            
Tribune. La famine a sévi fortement dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Est (Somalie, Kenya, Ethiopie, Djibouti, Ouganda, Soudan du Sud) en 2017. Elle a touché 20 millions de personnes selon l’ONU, notamment parce que la sécheresse qui frappait ces territoires depuis fin 2016 se conjugue avec la pauvreté économique, les guerres… Avec le réchauffement climatique et la croissance de la population, les enjeux alimentaires et agricoles deviennent progressivement de plus en plus tendus. Cette tension affecte donc aussi les terres agricoles disponibles.
En 2016, le groupe China Hongyang, bien que spécialisé dans la fabrication et la commercialisation d’équipements pour les stations-service et l’industrie pétrolière a acquis 1700 hectares de terres agricoles dans le département de l’Indre. C’est la « branche investissement » de ce groupe qui a racheté, selon la presse locale « à prix d’or », ces parcelles à trois exploitants. Selon le gouvernement français des « connexions avec des groupes agro-industriels » avaient été établies « pour exporter la farine » vers la Chine car celle-ci « n’assure pas son autonomie alimentaire ».
Transactions discrètes
Des capitaux russes intéressés par des vignobles réputés, des fonds de pension belges attirés par les grandes cultures céréalières, des investisseurs chinois dans le lait… Une course aux hectares agricoles semble avoir démarré. Alors que les terres cultivables risquent de se faire rares, « il va y avoir une concurrence importante sur la production agricole, pronostique Robert Levesque, un des dirigeants de la Fédération nationale des sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (FNSafer), qui regroupe les vingt-six Safer, ces structures d’intérêt général en charge de l’aménagement de l’espace rural. Ces fonds cherchent à maîtriser les exploitations qui produisent les biens agricoles ».
Une course aux hectares agricoles semble avoir démarré
Cependant,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Malgré plusieurs enquêtes judiciaires pour corruption le concernant, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou rejette toute possibilité de démissionner. Dans une tribune au « Monde », l’historien Steve Jourdin explique pourquoi ces accusations n’ont aucun effet sur l’opinion.
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« En Israël, l’injonction éthique a quitté la sphère publique »

Malgré plusieurs enquêtes judiciaires pour corruption le concernant, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou rejette toute possibilité de démissionner. Dans une tribune au « Monde », l’historien Steve Jourdin explique pourquoi ces accusations n’ont aucun effet sur l’opinion.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 07h00
    |

Steve Jourdin (Doctorant en histoire et civilisations à l’Ecole des hautes études en sciences sociales)







                        



                                


                            
Tribune. « Ces dernières années, plus de 15 enquêtes judiciaires ont été ouvertes à mon encontre. Celle-ci, comme les précédentes, ne débouchera sur rien. » D’un ton assuré, dans une rhétorique travaillée, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, balaie, dans un message diffusé le 13 février sur les réseaux sociaux, les conclusions des enquêtes policières, lesquelles indiquent qu’il existe des preuves de son implication dans des faits de corruption. Dans le « dossier 1000 », il est soupçonné d’avoir bénéficié de largesses estimées à environ 240 000 euros de la part de deux milliardaires et, dans le « dossier 2000 », la police met en cause des liens délictueux avec le propriétaire du plus grand quotidien israélien, Yediot Aharonot : en échanges de divers avantages accordés au journal, Nétanyahou aurait cherché à obtenir une couverture favorable dans ses pages. Il clame une nouvelle fois son innocence et repousse tout appel à la démission.
Légalement, Yithzak Rabin aurait pu rester en poste et briguer un second mandat. Mais la pression de la rue comme la personnalité de Rabin ont joué.
Avril 1977, autre affaire, autre époque : à la télévision publique, le premier ministre Yitzhak Rabin annonce, d’un ton solennel, sans note ni artifice, sa démission imminente. Il ne briguera pas un second mandat aux élections législatives suivantes. Une décision prise, dit-il, pour des considérations « morales ». Trois semaines plus tôt, un journaliste du quotidien Haaretz avait découvert le pot aux roses : Yitzhak et sa femme, Leah, détiennent un compte bancaire aux Etats-Unis, chose alors interdite par la loi israélienne. Entre ces révélations et l’annonce de la démission du premier ministre, des poursuites judiciaires ont été engagées contre Leah Rabin ; Yitzhak Rabin n’est pas inquiété par la police, qui considère que Leah est la véritable gestionnaire des comptes de la famille. Légalement, Yithzak Rabin aurait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ La vision d’un même film par la même personne à plusieurs décennies d’intervalle dit bien des choses sur ce qui est survenu entre-temps, souligne Thomas Sotinel, critique de cinéma au « Monde ».
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Revoir les films de Woody Allen à l’heure de #metoo

La vision d’un même film par la même personne à plusieurs décennies d’intervalle dit bien des choses sur ce qui est survenu entre-temps, souligne Thomas Sotinel, critique de cinéma au « Monde ».



Le Monde
 |    24.02.2018 à 06h30
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            
J’ai vu Wonder Wheel, de Woody Allen, son dernier film en date (et peut-être le dernier tout court, puisque son actuel financier, Amazon, envisage de lui couper les vivres), un jour de grand froid, dans une salle à moitié vide, à peine chauffée, dont la température contrastait avec la moiteur stéréotypée qui baigne cet hommage à/pastiche de l’univers du dramaturge Eugene O’Neill.
Le film n’est pas très réussi, mais, comme toujours chez Woody Allen, il est émaillé de moments qui témoignent de la science et de l’art de l’auteur. Cette fois, ce sont quelques plans-séquences qui suivent les allées et venues de Kate Winslet dans l’appartement minable que son personnage, une femme mal mariée, jalouse de sa belle-fille, occupe, à Coney ­Island, dans les années 1950. A ce moment, Woody Allen, plutôt que de l’énoncer, met en scène la claustrophobie, l’impatience, sans un mot.

Mais, pour être honnête, ces mouvements de caméra, je les ai remarqués presque incidemment. Voir un film de Woody Allen aujourd’hui, c’est – qu’on y résiste ou qu’on se livre avec ardeur à cet exercice – chercher les traces d’une existence devenue l’enjeu d’un procès sans fin. En 1992, Woody ­Allen a été accusé par Mia Farrow d’avoir agressé sexuellement leur fille adoptive Dylan, 7 ans. Il s’est toujours défendu de cette accusation et, à l’époque, la justice du Connecticut, où l’agression aurait eu lieu selon les témoignages de Mia et Dylan Farrow, avait classé l’affaire.
A la fin de Wonder Wheel (autant le dire tout de suite, la rédaction de cet article nécessite de dévoiler la fin de la plupart des films évoqués), Ginny, la quadragénaire frustrée que joue Kate Winslet, commet un acte infâme, par jalousie, par lassitude, par dégoût de soi. Mia Farrow avait signalé l’agression contre Dylan après avoir découvert la liaison entre Woody Allen et Soon-Yi, fille adoptive de l’actrice et de son précédent mari, André Previn.
Un peu de pureté
Magic in...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans une tribune au « Monde », plusieurs universitaires soulignent que la future loi Collomb a le mérite d’expliciter une démarche politique déjà à l’œuvre tacitement. Mais « l’humanité » des mesures présentées n’est qu’un leurre qui va rendre l’ensemble inefficace.
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Loi sur l’immigration, « un projet ni humain ni efficace »

Dans une tribune au « Monde », plusieurs universitaires soulignent que la future loi Collomb a le mérite d’expliciter une démarche politique déjà à l’œuvre tacitement. Mais « l’humanité » des mesures présentées n’est qu’un leurre qui va rendre l’ensemble inefficace.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
24.02.2018 à 08h08
    |

Collectif







                        



                                


                            
Tribune. Le 21 février a été présenté en conseil des ministres un projet de loi relatif à une « immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif ». S’agissant de l’asile, les réformes successives s’enchaînent à un rythme toujours plus important – à tel point que le Conseil d’Etat s’interroge sur l’opportunité même de cette nouvelle réforme, qui survient alors que certaines modifications apportées par la loi de 2015 ne sont opérationnelles que depuis moins d’un an.
Quoi qu’il en soit, ce nouveau projet se situe dans la logique des politiques précédentes : quelques mesures de plus, qui viennent restreindre encore davantage les droits et garanties des demandeurs d’asile. Cette réforme présente pourtant une réelle nouveauté : elle affiche sans pudeur ce que d’autres tentaient de masquer. Ce serait en effet faire injure à ses concepteurs de considérer son intitulé comme une simple maladresse. Il est au contraire une profession de foi.

On sait dorénavant et sans ambiguïté en quoi consiste l’effectivité du droit français de l’asile. Il ne s’agit pas, comme l’a proclamé le président de la République à maintes reprises, de le rendre « plus humain ». Non : un droit d’asile effectif doit être un droit qui poursuit une logique d’endiguement des flux de réfugiés.
Obstacles administratifs et procéduraux
L’effectivité du droit d’asile se mesure ainsi non à son humanité, mais à l’efficacité des obstacles administratifs et procéduraux qui jonchent le parcours du demandeur. La lecture des motifs du projet enseigne ainsi que les mesures prévues le sont en réaction à l’« arrivée de flux migratoires d’ampleur inédite », dont la diminution entre 2015 et 2016 est présentée – peut-on être plus explicite ? – comme un point positif.
Ce n’est donc pas pour réagir aux drames personnels quotidiens dont sont victimes les demandeurs d’asile qu’il faut légiférer, mais pour mettre fin à la pression que les arrivées...




                        

                        

