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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ La ville, qui accueille une bouture de la foire londonienne 1:54, bénéficie du dynamisme de la scène marocaine et d’infrastructures attractives.
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Décryptage

Marrakech se rêve en carrefour de l’art contemporain en Afrique francophone

La ville, qui accueille une bouture de la foire londonienne 1:54, bénéficie du dynamisme de la scène marocaine et d’infrastructures attractives.

Par                                            Roxana Azimi (Marrakech, envoyée spéciale)




LE MONDE
              datetime="2018-02-25T18:00:30+01:00"

        Le 25.02.2018 à 18h00






    
Au Musée Yves-Saint-Laurent de Marrakech, au Maroc, en octobre 2017.
Crédits : FADEL SENNA/AFP


Au Comptoir des mines de Marrakech, jeudi 22 février, c’était art, performances et musique gnaoua à tous les étages du superbe bâtiment art déco reconverti en galerie-centre d’art. Le propriétaire des lieux, Hicham Daoudi, ne s’en cache pas : il rêve de faire de ce lieu une galerie internationale, un tremplin pour une scène marocaine portée par des figures comme Mustapha Akrim ou Noureddine Tilsaghani.
Pour cet entrepreneur ambitieux, le Maroc vit un tournant sur le plan artistique. « Nous n’avons pas le PIB des puissances occidentales, mais il existe un dynamisme qui permet le commerce de nombreuses formes d’art », insiste-t-il. Et d’ajouter, volontiers lyrique : « Il se passe quelque chose de grandiose actuellement, car nous avons la chance de voir émerger une génération en or, accompagnée de professionnels audacieux et talentueux qui bouleversent les codes anciens. »

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Touria Al-Glaoui, fondatrice de la foire 1:54, en fait partie. Après le lancement à Londres, voilà cinq ans, de ce salon dédié à l’art du continent africain, la jeune femme a inauguré jeudi une bouture à Marrakech, dans l’hôtel La Mamounia (jusqu’à dimanche). Un coup d’envoi prudent – à peine 17 galeries – mais réussi, avec quelques expositions remarquables consacrées à Abdoulaye Konaté ou Ernest Mancoba et une foule d’artistes talentueux à découvrir, comme le Guinéen Nu Barreto, le Marocain Hicham Benohoud et l’Américain Kyle Meyer.
« Les Marocains préféraient se cacher »
Le choix de Marrakech pour le lancement d’une greffe africaine n’est pas anodin. Cosmopolite, la ville jouit d’une infrastructure hôtelière et de charmes patrimoniaux qui séduisent les touristes. Elle compte aussi beaucoup d’expatriés, notamment exilés fiscaux français, enclins à la dépense. « C’est une ville-carrefour, un pont parfait entre le nord du continent, le Sud, le Moyen-Orient et l’Europe », résume Touria Al-Glaoui. Hicham Daoudi l’avait bien compris en lançant en 2010 la Marrakech Art Fair, qui s’est arrêtée après deux éditions, à la suite des printemps arabes, faute de sponsors publics et privés.

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De l’eau a coulé sous les ponts. Même si les collectionneurs marocains restent plus portés sur l’art classique, quelques-uns s’aventurent sur les travées de l’art actuel. Le magnat de l’immobilier Alami Lazraq a ainsi créé à Marrackech le Musée d’art contemporain africain Al-Maaden (Macaal), inauguré fin 2016. Patron du groupe immobilier TGCC, Mohamed Bouzoubaa a quant à lui ouvert en novembre 2017 un espace pour déployer sa collection d’art au sein de son siège social.
Après avoir reçu 5 000 visiteurs en 2017, le Macaal s’est professionnalisé. « Il y a encore cinq ans, un tel musée aurait été impossible, confie son président, Othman Lazraq, 29 ans. Les Marocains ont longtemps été superstitieux, ils préféraient se cacher. L’architecture de Marrakech même en témoigne, avec la médina, ses murs aveugles. Mais aujourd’hui on s’ouvre ! Et il y aura d’autres initiatives de ce type. »
Un marché intérieur encore embryonnaire
La scène marocaine est plus dynamique que jamais. « De plus en plus d’artistes étrangers vont venir s’installer ici pour produire, dans de bonnes conditions, avec tout un système de résidences comme le Jardin rouge ou le Comptoir des mines », observe Meryem Sebti, rédactrice en chef de la revue d’art Diptyk. Et certains artistes étrangers ont déjà pris leurs quartiers à Marrakech, à l’instar du Belge Eric van Hove.
Cette effervescence nourrit beaucoup d’espoirs et pose une question : le Maroc peut-il devenir un carrefour du marché de l’art en Afrique francophone, au même titre que l’Afrique du Sud pour le versant anglophone ? « Oui, car il y a un marché intérieur, et pour les ressortissants de pays africains, il est plus facile d’aller au Maroc qu’ailleurs », estime Nicole Louis-Sidney, directrice de la galerie LouiSimone Guirandou, à Abidjan : « Pour nous Ivoiriens, il y a des vols directs et pas besoin de visa. »

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« L’avantage du Maroc, c’est aussi sa stabilité politique, quand beaucoup de pays africains sont dans des situations incertaines », complète la galeriste parisienne Nathalie Obadia, qui a donné le 23 février une conférence sur la géopolitique et le marché de l’art contemporain au Musée Yves-Saint-Laurent de Marrackech. Mais le marché intérieur marocain est encore embryonnaire par rapport à celui de l’Afrique du Sud, faute de grand musée d’art contemporain de la taille du Zeitz Mocaa, au Cap.
« Le contrôle des changes est un problème »
A Marrakech, l’activité est saisonnière, de novembre à mai. Le triangle vertueux du collectionneur enclin au risque, de la galerie courageuse et de l’artiste prometteur reste rare. « Ce cercle est encore grippé chez nous, car beaucoup d’artistes prometteurs ou déjà bien lancés, comme Younes Rahmoun ou Mounir Fatmi, n’ont pas de galerie au Maroc, admet Meryem Sebti. Le collectionneur marocain a du mal à suivre leur carrière pourtant formidable à l’étranger. Même si certaines de nos plus grosses galeries font des foires, aucune d’entre elles n’a encore passé la taille critique pour pouvoir animer une cote et une carrière internationale pour ses artistes. »

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Restent deux écueils de taille : le contrôle des changes et une TVA à l’importation de 10 %, à laquelle se greffent 4 % de taxes diverses. « Les taxes ne sont pas rédhibitoires, mais le contrôle des changes est un vrai problème, admet Philippe Boutté, directeur de la galerie Magnin-A, à Paris. C’est très handicapant car pour des raisons administratives, une transaction peut mettre plus de huit mois avant d’être soldée. »


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir ce soir. Avec ses dialogues crus et ses héroïnes attachantes, l’adaptation de la série norvégienne relate le quotidien d’une bande d’adolescents (sur France 4 à 19 h 50).
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TV – « Skam France », le nombril jeune

A voir ce soir. Avec ses dialogues crus et ses héroïnes attachantes, l’adaptation de la série norvégienne relate le quotidien d’une bande d’adolescents (sur France 4 à 19 h 50).



Le Monde
 |    25.02.2018 à 16h00
    |

            Pauline Croquet








                        


Série sur France 4 à 19 h 50

En Norvège, Skam est un véritable phénomène. Souvent comparée à la britannique Skins, cette série, dont le titre signifie « honte », ne s’impose aucun tabou pour raconter le quotidien d’une poignée de lycéens de la banlieue aisée d’Oslo, au cœur d’un récit presque sans adultes : les cours, leurs soirées très alcoolisées, leurs amis, la quête de popularité et la sexualité à explorer. Cette authenticité a également séduit à l’étranger, notamment en Europe, où la série connaît diverses adaptations. En France, les deux premières saisons de la version française sont diffusées sur France 4.
Toutefois, les téléspectateurs ont déjà pu se familiariseravec le casting hexagonal. En effet, la série a été lancée début février sur les réseaux sociaux, l’une des ­particularités de Skam. Les épisodes sont construits avant tout comme un programme à consommer en ligne plutôt que devant un écran de télévision.
Les premiers moments se concentrent sur Emma (Philippine Stindel), jeune femme taciturne et plutôt esseulée depuis qu’Ingrid et sa bande peu amène l’ont écartée. Emma va finir par tisser des liens d’amitié avec Manon, Daphné, Alexia et Imane, quatre autres filles de 2de qui ont décidé de s’allier pour organiser la fête la plus impressionnante de l’année et gagner enfin leurs galons de « meufs cool ».

Un des enjeux majeurs pour le réalisateur, David Hourrègue, était de confier la tête d’affiche à de jeunes actrices devant remplacer leurs homologues norvégiennes devenues iconiques. Le casting spontané et représentatif d’une féminité plurielle et multiculturelle a d’ailleurs contribué au succès de Skam. Ici, la présence d’Assa Sylla, découverte dans Bande de filles, de Céline Sciamma, et l’exubérance de Coline Preher pimentent un jeu de groupe relativement policé. Pour autant, Skam France fait partie de ces séries esthétiques et réalistes qui renouvellent les programmes pour adolescents autrefois cantonnés aux grilles des matinales pour enfants et souvent caricaturaux. Les préoccupations ne sont pas niaises, les dialogues parfois crus. Et les blessures profondes. Les Grands, diffusé sur OCS, avait brillamment ouvert la brèche en racontant, à travers le passage du collège au lycée, les tourments de l’entrée dans l’âge adulte d’une bande d’amis attachante et turbulente.
Sur le fond, Skam France reprend la trame et les personnages de sa grande sœur norvégienne, tout en les retravaillant afin qu’ils puissent trouver un meilleur ancrage dans la société française. Et si les premiers épisodes de la VF collent quasi plan par plan à la version originale, les suivants s’en affranchissent peu à peu. La réalisation sage, soignée et respectueuse de l’œuvre originale risque cependant d’ennuyer les fans de la première heure.

   


Chaque épisode de Skam consiste en une compilation de séquences de quelques minutes qui s’étendent sur une semaine. Les chapitres sont au préalable publiés en temps réel sur une page Facebook et sur France TV Slash, un nouvel espace en ligne de France Télévisions dévolu aux 18-30 ans. De même, onze des personnages ont un compte Instagram alimenté quotidiennement en photos et vidéos dans la temporalité de la série, brouillant agréablement la frontière entre réalité et fiction. Une ambitieuse expérience en ligne qui semble maintenir l’internaute dans la confidence et permet de développer la psychologie des personnages.
Skam France, adaptée de la série créée par Julie Andem. Avec Philippine Stindel, Lula Cotton Frapier, Marilyn Lima (Fr., 2018, 9x20 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Dans un récit né d’un voyage et de conversations dans l’est de la Turquie, l’écrivaine fait le point sur son combat pour la démocratie et sur l’état de son pays.
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Oya Baydar bouleversée au Kurdistan

Dans un récit né d’un voyage et de conversations dans l’est de la Turquie, l’écrivaine fait le point sur son combat pour la démocratie et sur l’état de son pays.



Le Monde
 |    25.02.2018 à 09h00
    |

            Marie Jégo (Istanbul, correspondante)








                        



                                


                            
Dialogues sous les remparts (Suronu diyaloglari), d’Oya Baydar, traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy, Phébus, 160 p., 15 €.

Auteure engagée, militante de gauche, emprisonnée dans sa jeunesse pour ses idées, Oya Baydar, 77 ans, n’est pas femme à se laisser décourager. C’est pourtant ce qui lui est arrivé, le 31 décembre 2015, face aux remparts de Diyarbakir, la grande ville kurde du sud-est de la Turquie. Pétrifiée, impuissante, l’auteure entend les tirs et les explosions qui, de l’autre côté de la muraille, émergent de Sur, le quartier historique. Voici des semaines que son lacis de ruelles, sa mosquée Kursunlu du XVIe siècle, ses églises arméniennes, sont devenues le terrain d’affrontement des rebelles kurdes armés contre les forces turques.
La guerre la plonge dans le désarroi. « Je n’en saisis pas la logique, je ne comprends pas ceux qui l’ont décidée, je ne sais plus quoi penser. Je suis démunie. » Venue dans la région avec un groupe d’intellectuelles compatissantes, elle en repart bouleversée. « Pourquoi suis-je là alors que je sais très bien qu’il me sera impossible d’éteindre ce brasier ? »
Du côté de la vie
Le brasier va se consumer pendant des mois. Des adolescents armés ont creusé des tranchées au centre des villes kurdes au nom de « l’autonomie ». La riposte des forces de l’ordre est féroce, la population se retrouve prise entre deux feux. La rébellion est écrasée au printemps 2016 au prix de plusieurs milliers de morts et de plusieurs centaines de milliers de déplacés. Tout un pan du centre historique de Diyarbakir est alors rasé, un projet immobilier voit le jour, tracé au cordeau, sans ruelles et sans âme.
De ces émotions, de ces doutes, Oya Baydar a fait un livre, Dialogues sous les remparts, le déroulé d’une conversation entre deux intellectuelles. L’une est turque, l’autre kurde. L’une et l’autre sont tiraillées...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ L’artiste français est en lice, avec Agnès Varda, pour l’Oscar du meilleur documentaire qui sera décerné le 4 mars. Il termine dans la ville californienne une fresque murale à laquelle 1 000 habitants ont participé.
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A San Francisco, JR au royaume des sans-abri et du street art

L’artiste français est en lice, avec Agnès Varda, pour l’Oscar du meilleur documentaire qui sera décerné le 4 mars. Il termine dans la ville californienne une fresque murale à laquelle 1 000 habitants ont participé.



Le Monde
 |    25.02.2018 à 06h44
    |

            Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)








                        


LETTRE DE SAN FRANCISCO
La star du moment en Californie est le « street artist » français connu sous le surnom de « JR ». Ses gigantesques photos en noir et blanc, découpées dans des morceaux de carton, sont partout. Comme le chapeau et les Ray-Ban dont il ne se sépare jamais : une garantie, dit-il, de son anonymat. Quand il passe les frontières et filme sans autorisation, on ne le reconnaît pas. « Je ne travaille pas que dans des démocraties », insiste-t-il.
JR vient de passer un mois à San Francisco. Il y a photographié les habitants pour son projet de fresque multimédia géante – quarante mètres de long sur six mètres de haut – qui sera exposée en 2019 au SFMoMA, le Musée d’art moderne de la ville. C’est son premier « mural » depuis celui de la cité des Bosquets à Montfermeil (Seine-Saint-Denis), qui l’a fait passer du rang d’auteur de graffitis à celui d’artiste-activiste exposé dans les musées.
Pourquoi San Francisco ? Parce que la ville recèle à la fois « une immense richesse » et un nombre insupportable de sans-abri. C’est aussi la capitale américaine des « murals ». Diego Rivera y a travaillé en 1931 et en 1940 ; le peintre mexicain a laissé trois fresques, dont la légendaire Pan American Unity – et nombre d’émules du côté de Mission Street.
JR n’est pas passé inaperçu dans la Baie. Le 8 février, l’artiste était invité chez Salesforce, le géant du logiciel d’entreprise, pour une rencontre avec le premier ministre canadien, Justin Trudeau, en visite en Californie. Il a réussi à lui glisser dans les bras l’Agnès Varda de carton qui l’accompagne partout depuis que le documentaire qu’ils ont tourné ensemble, Visages, Villages, primé à Cannes en 2017, est en lice pour l’Oscar. Le trophée sera décerné le 4 mars à Hollywood. D’ici là, JR aura commencé à afficher à New York les visages géants de réfugiés syriens saisis dans le camp de Zaatari, en Jordanie. « Si proches » (« So close ») : c’est le nom qu’il a donné à l’exposition qui ouvrira à l’Armory Show.
« Rapprocher les gens »
Le Français a touché le cœur de la Californie lorsqu’il a suspendu l’effigie d’un enfant d’un an au-dessus de la frontière mexicaine, en septembre 2017. « Kikito » (c’est le nom du bambin, dont la famille vit dans le voisinage) est perché sur un échafaudage de 20 mètres de haut et regarde au-dessus du mur, curieux de savoir ce qu’il y a de l’autre côté. Par coïncidence, Donald Trump venait juste d’annoncer qu’il mettait fin au programme DACA protégeant les jeunes « Dreamers » amenés clandestinement aux Etats-Unis par leurs parents.
L’image de l’enfant a attendri le monde entier. Des centaines de visiteurs ont afflué des deux côtés de la frontière. La police a laissé faire. « Les images sont des prétextes pour rapprocher les gens », revendique l’artiste.

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Ce 11 février, JR stationne une dernière fois dans les rues de San Francisco avec son camion-studio photo. Il est à Bayview, un ancien quartier noir en voie de gentrification. Pas de casting, tout est laissé au hasard des rencontres.
Voilà Iheem Antone, 17 ans, un acrobate du vélo. JR et lui se sont compris tout de suite. Le jeune Américain passe et repasse sur son vélo jaune, une roue en l’air, un pied sur la selle. JR filme avec son iPhone. Le clip sera aussitôt sur Instagram, où l’artiste compte 1,1 million d’abonnés. Le street art n’a pas de frontières.
« Vous faites un truc bizarre, et vous trouvez des gens qui font la même chose à l’autre bout du monde, s’amuse-t-il. On a l’impression de faire partie de la même famille. »
« Une fresque, c’est le miroir d’une ville »
Dans son camion, JR a installé un studio, avec un panneau tendu sur un fond vert sur lequel les gens posent dans la tenue de leur choix. Les volontaires enregistrent d’abord une brève déclaration. Nom, âge, présentation. Jeanice Smith, 57 ans, chaussures vermillon à talons, ne savait pas quoi dire. Elle sortait de la messe, elle a chanté Amazing Grace. Le suivant est un PDG, Joe Gebbia, le cofondateur d’Airbnb, qui est venu avec son chien Bélo.
« Ce n’est pas une photo de groupe. C’est un groupe de photos. Chacun a une place. Personne n’a plus de place qu’un autre » JR
Les photos sont immédiatement imprimées en miniature et découpées. JR les place sur un panneau où il compose la fresque. Il déroule une histoire, un scénario comme si les inconnus du monde étaient reliés les uns aux autres sans s’en douter.
En tout, plus de mille habitants de San Francisco ont fait la queue pour figurer sur le « mural ». L’équipe avait compté sur 700 participants. Plutôt que de refouler des candidats, elle a décidé d’agrandir l’œuvre. « Une fresque, c’est le miroir d’une ville », explique JR. En noir et blanc, les inégalités sont estompées. « Ce n’est pas une photo de groupe. C’est un groupe de photos. Chacun a une place. Personne n’a plus de place qu’un autre », insiste-t-il.
JR dit qu’il n’a jamais vu autant de sans-abri qu’à San Francisco. Il s’est mis à les photographier, en marge de son « mural ». Aussitôt imprimées, les photos géantes de homeless étendus sont collées sur le toit du semi-remorque. Filmées par un drone, les images sont postées sur les réseaux sociaux. On y voit des sans-abri qui flottent dans la ville, endormis au milieu des véhicules en mouvement. Dans le monde de JR, tout fait art, et sens, même le toit d’un camion.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. Rencontre aux Deux-Magots, à Paris, avec la parolière à succès qui sort de l’ombre, à 88 ans, grâce à son autobiographie.
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Article sélectionné dans La Matinale du 24/02/2018
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Un apéro avec Vline Buggy : « La chanson a été ma joie, elle m’a sauvée »


                      Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. Rencontre aux Deux-Magots, à Paris, avec la parolière à succès qui sort de l’ombre, à 88 ans, grâce à son autobiographie.



Le Monde
 |    25.02.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 18h03
    |

            Denis Cosnard








                              

                        

« Vline Buggy ». Gamin, j’avais été frappé par ce nom étrange au dos des pochettes de disques qui passaient dans les boums. « Adapt. Vline Buggy » : je ne comprenais pas pourquoi il revenait à un Américain de transformer If I Had a Hammer en Si j’avais un marteau. Un Français n’aurait pas été plus à l’aise ?
Cet après-midi de février, quelques décennies plus tard, le voici face à moi, ce fameux Vline : une délicieuse Parisienne aux yeux pétillants et à la mèche blonde fraîchement laquée. Aux Deux-Magots, avec Saint-Germain-des-Prés en arrière-plan, elle prend la pose entre deux tables, sourit au photographe. « A 88 ans, je commence ma vie de star ! »
Jusqu’à présent, les vedettes étaient les autres, l’étincelante cohorte des chanteurs pour qui elle a écrit des centaines de textes à succès : Johnny Hallyday (Le Pénitencier), Michel Sardou (Les Bals populaires), Hugues Aufray (Céline), Herbert Léonard (Pour le plaisir), mais aussi France Gall, Dalida, Juliette Gréco, Régine et tant d’autres. Sans oublier « Cloclo », son client numéro un : 73 chansons au compteur, dont Belles ! Belles ! Belles ! et Le Jouet extraordinaire. De façon étonnante, elle a d’ailleurs intitulé Claude François son autobiographie qui sort ce mois-ci (L’Archipel, 220 p., 18 €) et la fait sortir de l’ombre. Comme si leurs destins étaient liés à ­jamais, quarante ans après le décès brutal du chanteur malheureux.
« Avec Claude, nous avions tissé une relation fraternelle, très forte », raconte-t-elle en commandant un verre d’eau – « avec un peu de menthe, si vous avez ». Elle ­reprend : « J’ai beaucoup écrit pour lui, avec lui. Il me suggérait des musiques, des mots, je rebondissais. Il voulait des refrains simples et directs, je les lui fournissais. Je lui ai préparé des gâteaux à la cannelle. J’ai dessiné des costumes pour les Clodettes. Je lui ai même...




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ L’Ours d’or est allé à « Touch Me Not » de la Roumaine Adina Pintilie, le Grand Prix du jury à « Twarz » de la Polonaise Malgorzata Szumowska.
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Article sélectionné dans La Matinale du 24/02/2018
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Berlinale : deux réalisatrices d’Europe de l’Est couronnées

L’Ours d’or est allé à « Touch Me Not » de la Roumaine Adina Pintilie, le Grand Prix du jury à « Twarz » de la Polonaise Malgorzata Szumowska.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 20h14
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h21
    |

                            Thomas Sotinel (Berlin, envoyé spécial)








                        



   


Deux réalisatrices d’Europe de l’Est ont remporté les principales récompenses du palmarès de la 68e Berlinale qui s’est achevée samedi 25 février. L’Ours d’or du meilleur film est allé à Touch Me Not, premier long-métrage de la Roumaine Adina Pintilie, l’Ours d’argent, Grand Prix du jury, a distingué Twarz (tronche), de la Polonaise Malgorzata Szumowska.
Le jury paritaire, présidé par le cinéaste allemand Tom Tykwer, et qui réunissait l’actrice Cécile de France, la productrice Adele Romanski et la critique Stephanie Zacharek, toutes deux américaines, le musicien japonais Ryuichi Sakamoto et l’ex-directeur de la cinémathèque espagnole Chema Prado, a su faire face à la sous-représentation des femmes dans les films retenus pour la compétition.
Sur les dix-neuf longs-métrages qui concouraient pour l’Ours d’or, quatre seulement étaient l’œuvre de réalisatrices. Or, dès la soirée d’ouverture, cette édition de la Berlinale a été marquée par le mouvement féministe qui a enflé dans le sillage de l’affaire Weinstein.

        Lire le reportage :
         

          Lutte contre le harcèlement, débat sur la parité, la Berlinale se met à l’heure #metoo



Une excursion dans l’intimité
Touch Me Not est loin d’avoir fait l’unanimité parmi la critique et les premiers spectateurs (la Berlinale est un festival ouvert au public). Entre manuel de développement personnel et exercice formel, le film met en scène les efforts d’une femme (l’actrice britannique Laura Benson) pour surmonter sa phobie des contacts physiques.
De thérapie de groupe en expériences tarifées, la réalisatrice mêle personnages de pure fiction et des hommes et des femmes qui tiennent le rôle qui est le leur dans la réalité. Cette excursion dans l’intimité, guidée par deux regards féminins, celui de l’actrice, celui de la réalisatrice, parfois présente à l’écran, a séduit un second jury, celui qui attribuait le prix du meilleur premier film.

   


Twarz n’aborde pas la thématique du genre, si ce n’est par le biais d’une violente critique de l’emprise de l’Eglise catholique sur la population d’un petit village polonais. Le film de Malgorzata Szumowska est, comme l’a expliqué la réalisatrice en recevant son prix, un avertissement sur l’état de son pays « mais aussi de toute l’Europe et du monde entier ». A travers le destin d’un marginal qui travaille à l’érection de la plus grande statue du Christ jamais dressée au monde, et manque d’y perdre la vie, Twarz recourt à toutes les armes, y compris les plus éprouvées, de la satire.
« La Valse de Waldheim », meilleur documentaire
Développant un thème voisin – le repli d’un pays sur lui-même –, le film de l’Autrichienne Ruth Beckermann, Waldheims Walzer (La Valse de Waldheim) qui raconte l’élection de l’ex-secrétaire général des Nations unies à la présidence autrichienne en 1986, alors que les révélations sur son passé pendant la seconde guerre mondiale se multipliaient, a reçu le prix du meilleur documentaire, attribué par un troisième jury.

        Lire le compte-rendu :
         

          A la Berlinale, la démocratie trébuche



Le prix d’interprétation masculine est allé au jeune acteur français Anthony Bajon qui incarne un toxicomane cherchant la guérison au sein d’une communauté catholique dans La Prière, de Cédric Kahn. La comédienne paraguayenne Ana Brun a reçu l’Ours d’argent de la meilleure actrice pour son rôle dans Las Herederas (Les Héritières) de son compatriote Marcelo Martinessi par ailleurs distingué par le prix Alfred Bauer qui va à un long-métrage « ouvrant de nouvelles perspectives ».
L’Ours d’argent du meilleur réalisateur est allé à Wes Anderson pour L’Ile aux chiens, son beau film d’animation présenté en ouverture du festival, le 15 février. Bill Murray, qui prête sa voix à l’un des héros canins, a, en recevant cette récompense à la place du cinéaste, absent, remarqué : « C’est la première fois que je pars au travail comme un chien et que j’en reviens avec un ours ».

        Lire le récit :
         

          Menu pantagruélique à la Berlinale






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Faute de programmes consacrés au genre à la télévision, les artistes créent leurs talk-shows sur YouTube.
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TV – Les émissions hip-hop cartonnent sur le Net

Faute de programmes consacrés au genre à la télévision, les artistes créent leurs talk-shows sur YouTube.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 15h00
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 18h00
    |

                            Stéphanie Binet








                        



Depuis quelques mois, les émissions de hip-hop sur le Web, telles « Rapelite », « Rentre dans le cercle » et « Le Mike et l’Enclume » d’Arte Radio, battent des records de vues. Et le phénomène fait des émules, à l’instar du « Grand Pari ». Cette émission de deux heures, enregistrée avec les moyens de la télé, est le fruit d’une rencontre entre une figure de la culture hip-hop, Juliette Fievet, et une productrice, Sabrina Iwanski, de LGM Télévision, qui réalisait jusque-là des captations de concerts pour la télévision. Lors de celle qui a été tournée en public à l’Aérosol de Paris, le 6 décembre 2017, la présentatrice plantait ainsi le décor : « On va faire les choses par nous et pour tous. » Un mois après la diffusion sur YouTube du programme – qui se veut une version moderne du « Grand Echiquier » de Jacques Chancel –, le pari est relevé, avec plus de 100 000 vues cumulées.
Ces dernières années, Juliette Fievet, rédactrice en chef et présentatrice, a tenté de proposer aux chaînes « des programmes généralistes de divertissement et d’information qui avaient pour principaux protagonistes des rappeurs ». En vain. « A chaque rendez-vous, je me retrouvais soit dans le département diversité, soit devant des chefs d’antenne, complètement armoires », affirme-t-elle. Celle qui a été, entre autres, manageuse du rappeur Kery James puis chroniqueuse pour France Ô et RFI, a un avis assez tranché sur les directeurs de chaîne qu’elle a pu rencontrer : « Ils ne sont pas conscients de ce que sont les Français aujourd’hui. Ils ont la tête dans leurs audiences et sont très manichéens. Pour eux, par exemple, il est inconcevable que je puisse être de culture ch’ti et aimer le rap. »

Dans « Le Grand Pari », les artistes ont le temps de montrer toutes leurs facettes. Ainsi Lino, rappeur du groupe Arsenik, donne des conseils sur la nutrition, sur la lecture de la presse, et modère les avis de son interlocutrice sur la musique dans les médias ou sur la condition des femmes dans le rap. L’émission met en évidence le traitement des artistes hip-hop en télé. Ainsi Vald, rappeur d’Aulnay-sous-Bois, refuse de se rendre dans les talk-shows. « Quand ils invitent des rappeurs, ils essaient de trouver des accroches pour toucher leur cœur de cible. Malheureusement, leurs accroches sont toujours les mêmes : l’insécurité ou la misogynie. Finalement, ça donne un truc d’abruti et d’analphabète. »
Battle d’artistes émergents
Silvain Gire, responsable d’Arte Radio et producteur depuis cinq ans du podcast « Le Mike et l’Enclume », une émission critique sur le rap, confirme : « Les médias généralistes continuent de s’adresser au Parisien, blanc, la cinquantaine, qui a de l’argent, c’est-à-dire moi. Mais la France d’aujourd’hui, ce n’est pas Silvain Gire. » Animé par une équipe de cinq passionnés non professionnels, « Le Mike et l’Enclume » ne veut s’adresser qu’à ceux qui partagent leur amour du rap : « Ce qu’on perd en rigueur journalistique, assure le producteur, on le gagne en passion. »

C’est également la démarche de Max Brodi, 27 ans, avec « Le Règlement », une émissioncréée sur YouTubeen novembre 2016 qui compte plus de 290 000 abonnés et 15 millions de vues. Originaire de la Drôme, cet ancien étudiant d’une école de commerce propose à chaque épisode une analyse littéraire et iconographique de ses rappeurs préférés. « Je voulais partager mon intérêt pour le rap, et faire des ponts entre toutes les cultures. » Et aussi combler un vide : « Depuis deux, trois ans, l’actualité du rap s’accélère mais les médias traditionnels ne suivent pas. » Afin de poursuivre son activité, il fait appel aux dons de ses abonnés, à qui il propose deux fois par mois des analyses et, toutes les semaines, un nouveau freestyle. Et vient de lancer une radio Web.
Le rappeur Sofiane a également créé son programme sur YouTube en septembre 2017. Là encore, les chiffres sont impressionnants : plus de 13 millions de vues cumulées. Fort de ce succès, il lancera en mars une nouvelle saison de ce qui s’apparente à une « battle » où s’affrontent en rime des artistes émergents, départagés par le public et des professionnels du rap. « Je ne l’ai pas fait contre les médias généralistes, affirme-t-il, mais en complément. En fait, c’est très “has been” de dire que le rap est boycotté par les médias. »

Même son de cloche du côté de Mouloud Achour, producteur et présentateur de « Clique dimanche » sur Canal+ et du site Clique-TV : « Pendant longtemps, on a fait de la télé avec l’esprit rock’n’roll incarné par Antoine de Caunes ou Thierry Ardisson. Aujourd’hui, il faudrait qu’elle se renouvelle avec l’esprit hip-hop, soit une grille de lecture de l’actualité bien à elle. Tant pis si cette culture grandit en dehors des médias traditionnels. C’est même mieux. Regardez Clique : nous avons commencé à fonctionner quand la première version de notre émission s’est fait virer de l’antenne après une saison en 2014. En fait, c’est en s’affranchissant des codes de la télé, de ses limites de temps que nous avons pu évoluer. » Aujourd’hui « Clique dimanche » cumule plus de 100 millions de vues sur le Net, dont 60 % proviennent de l’international.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Organisée à Evian, la 25e édition a confirmé l’ascension de la soprano colorature.
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Victoires de la musique classique 2018 : Sabine Devieilhe sacrée reine

Organisée à Evian, la 25e édition a confirmé l’ascension de la soprano colorature.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 13h02
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h34
    |

                            Marie-Aude Roux








                        



   


Après Paris, Toulouse, Metz, Montpellier, Lille et Bordeaux, c’est à Evian-les-Bains (Haute-Savoie), dans la Grange au lac en bois construite il y a plus de vingt ans pour le festival Rostropovitch, que s’est déroulée, vendredi 23 février, la 25e édition des Victoires de la musique classique. Une soirée anniversaire diffusée en direct sur France 3 et France Musique, présentée par le binôme Leila Kaddour-Boudadi et Frédéric Lodéon – qui tire sa révérence après avoir officié dix-sept ans dans ce qui reste aujourd’hui l’une des rares émissions télévisées de musique classique en prime time.
L’aventure des Victoires de la musique a commencé le 23 novembre 1985, toutes catégories confondues. Le violoncelliste Frédéric Lodéon, qui n’était pas encore homme de radio et présentateur, figurait parmi les nommés aux côtés de Katia et Marielle Labèque. Neuf ans plus tard, les Victoires de la musique classique naissaient au Palais des congrès, à Paris. C’est seulement au tournant du XXIe siècle qu’elles se délocaliseront en région. En l’an 2000, à Lyon, les deux phalanges symphoniques se succèdent au cours de la soirée – l’Orchestre national de Lyon conduit par Emmanuel Krivine, celui de l’Opéra de Lyon sous la baguette de Louis Langrée. De 1998 à 2002, une partie est encore dédiée au jazz, avant qu’il ne prenne lui aussi ses propres quartiers.
Frédéric Lodéon tire sa révérence après avoir présenté l’émission pendant dix-sept ans
A Evian, l’orchestre de l’Opéra de Lyon est de nouveau à pied d’œuvre sous la direction de Pierre Bleuse, l’assistant du nouveau directeur musical, Daniele Rustioni, nommé à la succession de Kazushi Ono. Rustioni fera un passage éclair avec l’ouverture du Guillaume Tell de Rossini. Parmi la pléiade d’artistes invités – les pianistes Anna Vinnitskaya, Nelson Goerner, le contreténor Jakub Jozef Orlinski –, difficile de faire plus antagonique que les deux shows présentés par les sopranos Angela Gheorghiu et Barbara Hannigan. D’un côté l’ancien monde : la brune diva roumaine en majesté dans « Un bel di, vedremo » de Madame Butterfly (Puccini). De l’autre le nouveau, avec la blonde et bondissante Canadienne qui dirige, joue, danse et chante I Got Rhythm de Gershwin, arrangé par Bill Elliott (extrait de son disque Crazy Girl Crazy, paru chez Alpha). Les deux se suivront au Palais Garnier : la seconde dans la reprise de La Voix humaine de Poulenc mis en scène par Krzysztof Warlikowski (du 17 mars au 11 avril), la première en récital, le 17 juin.
Dix-huit concurrents sont encore là sur les quelque 305 instrumentistes, 152 chanteurs, 45 révélations lyriques et instrumentales, 72 compositeurs et 443 enregistrements présents sur la ligne de départ. L’organisation du scrutin, auquel participe un collège de 300 représentants de la filière (artistes, compositeurs, agents, producteurs, éditeurs, presse, etc.), se tient à présent en deux tours, afin de diminuer le risque de lobbying depuis qu’une scandaleuse récompense du « meilleur enregistrement de l’année » en 2010 avait distingué le pianiste Cyril Huvé, alors président de la Spedidam (société de droits des artistes), devant Philippe Jaroussky et Cecilia Bartoli.
Si l’on avait encore des doutes quant à la suprématie du violoncelle en France, il se seraient envolés à l’annonce des résultats qui ont couronné deux des 12 finalistes du prestigieux Concours reine Elisabeth de Belgique en 2017. Le blond Bruno Philippe a été désigné dans la catégorie « révélation soliste instrumental » devant le pianiste Sélim Mazari et le corniste Nicolas Ramez, tandis que son aîné, Victor Julien-Laferrière, grand vainqueur du « Reine Elisabeth », se voyait décerné le titre de « soliste instrumental » devant son concurrent et homologue Gautier Capuçon et le pianiste Lucas Debargue.
Réalisation soignée
Natalie Dessay est jusqu’à présent la plus titrée des Victoires de la musique classique – six récompenses toutes catégories confondues. Mais il semble que Sabine Devieilhe, qui remporte cette année pas moins de deux trophées, lui emboîte sérieusement le pas. Outre celui de l’« enregistrement de l’année », avec Mirages (Warner Classics), un disque d’airs d’opéra et mélodies français, qui s’impose devant le Daphnis et Chloé de Ravel dirigé par François-Xavier Roth (Harmonia Mundi) et l’intégrale Schumann de la pianiste Dana Ciocarlie (La Dolce Volta), la soprano colorature de 32 ans est à nouveau sacrée, comme en 2015, « artiste lyrique de l’année », laissant derrière elle les barytons François Le Roux et Ludovic Tézier. Rien d’étonnant quand on sait que Sabine Devieilhe vient de triompher à l’Opéra de Vienne dans le rôle créé par Laurent Pelly pour Natalie Dessay dans La Fille du régiment, de Donizetti. Appelons les mêmes augures pour ses « cadettes » de la catégorie « révélation artiste lyrique », où la soprano Chloé Briot, remarquable Pinocchio dans l’opéra éponyme de Philippe Boesmans au dernier Festival d’Aix-en-Provence, s’est fait damer le pion par la mezzo-soprano Eva Zaïcik, troisième Prix au récent Concours Voix Nouvelles.
Parmi les trois compositeurs nommés, Karol Beffa (Le Bateau ivre) sera finalement retenu devant Bernard Cavanna (Geek Bagatelles, pour chœur de smartphones et orchestre) et Tristan Murail (Sogni, ombre et fumi, pour quatuor à cordes). Mais c’est un extrait du Concerto pour clarinette de Thierry Escaich, lauréat de l’année précédente comme le veut la coutume, qui sera interprété par Paul Meyer. Particulièrement soignée, la réalisation a dévoilé en version drone les jeux de mains des pianistes. Quant aux incrustations de séquences mémorielles – Rostropovitch, Menuhin, Ciccolini, Gitlis, Engerer, Dessay, Alagna… –, elles auront fait apparaître autant la maturité rayonnante des grands disparus que l’émouvante juvénilité des talents d’aujourd’hui.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Réactions au multiplexe local, où le nouveau film de Dany Boon est sorti en avant-première.
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Séance en ch’tite famille à Saint-Omer

Réactions au multiplexe local, où le nouveau film de Dany Boon est sorti en avant-première.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 12h26
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h34
    |

            Laurent Carpentier (Saint-Omer (Pas-de-Calais), envoyé spécial)








                        



                                


                            

Une « Chortie din Ch’nord » qui précède de quelques jours la sortie nationale : le coup avait fait miracle en 2008 avec Bienvenue chez les Ch’tis. Dix ans plus tard, Pathé et Dany Boon remettent ça pour La Ch’tite Famille qui, sans être une suite, joue également sur la fibre régionale. Le film est présenté dans 76 villes des Hauts-de-France, soit 85 écrans sur les quelque 800 qui devraient le projeter dans tout le pays à partir de mardi, histoire de rappeler que tout est parti d’ici. Car c’est bien là le sujet de La Ch’tite Famille : « N’jamais oublier d’où ch’est qu’in vient », comme l’explique le personnage joué par Line Renaud à son fils embourgeoisé et ingrat.

Saint-Omer, Pas-de-Calais, 15 000 habitants. Sa cathédrale, son ancien bunker de fusées V2, sa cour d’assises (l’affaire Outreau), à la frontière des Flandres et de l’Artois. Daniel Farid Hamidou, alias Dany Boon, est né à une cinquantaine de kilomètres à l’Est, à Armentières, en 1966. Son père était chauffeur pour la compagnie de transport Gilliet à Saint-Omer. Autant dire quasi un môme du pays, dont le Bienvenue chez les Ch’tis avait rempli la salle de cinéma comme jamais. « Franchement j’avais jamais vu ça, s’esbaudit encore Philippe Coppey, le directeur d’Ociné. 84 000 entrées pour un bassin de population de 100 000 habitants ! 2008 n’était pas une bonne année, Bienvenue chez les Ch’tis nous a sauvés. »
Philippe Coppey gère les salles, Cathy, la sœur, s’occupe de la programmation, et bien qu’il soit à la retraite, Bernard, le père, s’agite dans tous les sens, serre une main ici, donne un conseil là. Ociné : une ch’tite famille. Après la guerre, à Bourbourg (à quelques battements d’ailes de mouettes vers le nord), le grand-père déjà avait une « salle ». Comprendre : un café qui faisait dancing ou cinéma, « avec un poêle à bois au milieu, des films au nitrate qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ L’écrivain américain, Man Booker Prize en 2016 pour « Moi contre les Etats-Unis d’Amérique », a le don de mettre au jour les contradictions du monde dans lequel il évolue – et de s’en amuser. « Tuff », extravagant roman de formation, en témoigne.
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Paul Beatty, la vigilance du satiriste

L’écrivain américain, Man Booker Prize en 2016 pour « Moi contre les Etats-Unis d’Amérique », a le don de mettre au jour les contradictions du monde dans lequel il évolue – et de s’en amuser. « Tuff », extravagant roman de formation, en témoigne.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h53
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Dans le brouhaha d’une brasserie parisienne retentit le rire de Paul Beatty. Un rire doux et grave qui souffle tout, dès notre première question. L’écrivain américain rit comme il écrit, à double tranchant. Il ne recherche pas l’adhésion et avance tel un bulldozer, mettant au jour les contradictions de ce monde. Ces choses qu’il trouve « funny ». Ça sera son premier et son dernier mot. Qui ne désigne pas uniquement ce qu’il trouve drôle, mais ce qu’il a envie de creuser dans ses livres – des livres dont on sort alerte et hilare d’avoir vu nos certitudes chavirer.
Paul Beatty ne slame pas
En vingt ans, quatre romans dont un Man Booker Prize, l’écrivain né à Los Angeles en 1962 et professeur à l’université Columbia, à New York, s’est forgé une réputation de maître de la scansion et de la satire politique. Première révélation de la rencontre : il ne slame pas. Celui dont on loue le phrasé, depuis sa découverte en France avec Slumberland (Seuil, 2009), « déteste » le slam. Il ne relit même pas ses textes à voix haute. Certes, Beatty est monté sur scène au début du mouvement, ce qui lui a permis de publier son premier recueil de poésie, en 1991, mais ça le mettait mal à l’aise. La performance recherche les applaudissements. Ce n’était pas lui. Et il ne rappe pas non plus. Même si la presse salue son flow et si le chanteur Biggie Smalls, alias The Notorious B.I.G. (1972-1997), lui a inspiré Tuff, héros du roman du même nom, qui paraît en France. « Quand Tuff est sorti aux Etats-Unis, raconte-t-il, en 2000, des journalistes se sont écriés : “Il n’existe aucun jeune Noir-Américain comme ce personnage, aucun Noir ne peut être passionné de films étrangers !” » Avant de conclure, rieur : « Il faut être sacrément étroit d’esprit et prétentieux pour décider qui peut être quoi ! » Et dire qu’on pensait que Paul Beatty forçait le trait dans ses satires féroces. Hélas, la réception critique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde », raconte la rencontre et les liens qui unissent désormais Fabien Vehlmann, auteur de bande dessinée, et Fodé Condé, jeune migrant guinéen.
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BD : « Fabien Vehlmann n’en revient toujours pas d’avoir “rencontré un personnage qu’il a créé” »

Dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde », raconte la rencontre et les liens qui unissent désormais Fabien Vehlmann, auteur de bande dessinée, et Fodé Condé, jeune migrant guinéen.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 07h08
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h51
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            

Chronique. Fabien Vehlmann est un auteur de bande dessinée à succès. On lui doit le scénario de Seuls (Dupuis, avec Bruno Gazzotti), une série mettant en scène des enfants livrés à eux-mêmes dans un monde sans adultes. Depuis 2009, il a repris le personnage de Spirou, héros iconique de la BD franco-belge, avec le dessinateur Yoann. Cette position lui permet d’avoir accès aux médias. Médias qu’il s’est résolu à contacter pour relater une histoire dont il n’est pas, pour une fois, le narrateur, mais l’acteur direct, aux côtés d’un jeune migrant guinéen qu’il abrite sous son toit : Fodé Condé, 18 ans, élève en BTS « management des unités commerciales », à Nantes.
« Son seul tort est d’avoir fui la misère et de ne pas venir d’un pays en guerre. » Fabien Vehlmann
Menacé d’expulsion, ce dernier fait partie de ces nombreux exilés qui n’ont pas quitté leur pays pour des raisons politiques ou de conflit armé. Classés « migrants économiques », ces hommes et ces femmes ont beaucoup moins de chances que les autres de pouvoir rester légalement en France ; et ce n’est pas le projet de loi sur le droit d’asile et l’immigration, présenté mercredi 21 février par le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb – texte qui durcit le droit des étrangers (Le Monde du 21 février) –, qui devrait faciliter leurs démarches.
« Fodé possède pourtant un dossier idéal. Peu de migrants peuvent se prévaloir d’être logés à l’année dans une famille d’accueil, de faire des études, de jouer dans un club de foot… Son seul tort est d’avoir fui la misère et de ne pas venir d’un pays en guerre, ni d’être surdiplômé, selon la distinction qui est faite aujourd’hui entre les “bons” et les “mauvais” migrants », se désole Fabien Vehlmann, qui héberge chez lui le jeune homme depuis 14 mois. Le 16 janvier dernier, la préfecture de Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour.
Un attachement...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Chaque samedi, « La Matinale du Monde » vous propose des programmes à voir ou à écouter en différé.
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Article sélectionné dans La Matinale du 23/02/2018
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Histoire de la coiffure et voyage en Inde : nos idées de replays

Chaque samedi, « La Matinale du Monde » vous propose des programmes à voir ou à écouter en différé.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h38
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Un documentaire sur Kadour Ziani, le roi du dunk (smash popularisé par le basketteur américain Michael Jordan), une émission consacrée à l’anthropologie de la coiffure, et un drôle de voyage en Inde. Voici notre sélection hebdomadaire de replays.
« Kadour Ziani, dunker pour ne pas mourir »

Difficile d’imaginer ce gaillard d’un mètre soixante-dix-neuf s’envolant tel un oiseau à hauteur d’un panier de basket. Pourtant, celui que l’on surnomme « Zianimal », est devenu maître dans la discipline du dunk. Comprenez « smash » en français. Dans Kadour Ziani, dunker pour ne pas mourir, Nicolas de Virieu nous raconte l’histoire de ce smasheur, des playgrounds du quartier Vert-Bois à Saint-Dizier (Haute-Marne), à la Slam Nation, confrérie des meilleurs dunkeurs du pays.
Kadour le dit lui-même, il aurait pu très mal tourner. Son salut, il le doit à la légende du basket, Michael Jordan qu’il découvre à la télévision. Pour l’adolescent – il a 16 ans –, c’est une révélation. Il se met alors à décortiquer la technique des meilleurs joueurs outre-Atlantique et s’entraîne jour et nuit. Le dunk devient une véritable drogue. En 1997, Kadour intègre la Slam Nation, collectif au sein duquel il effectuera plus de 400 shows, quasiment tous suivis par la caméra du réalisateur, dans plus de vingt-sept pays.
Sur la forme, le documentaire n’a rien de transcendant. Néanmoins, les nombreuses images d’archives, notamment celles de Kadour à ses débuts, et les témoignages de ses proches dessinent un portrait complet et touchant. Au-delà du basket-ball, c’est bel et bien l’histoire d’un homme d’une bravoure et d’une humilité déconcertantes qui passionne. Mathieu Ait Lachkar.
Kadour Ziani, dunker pour ne pas mourir, de Nicolas de Virieu. Sur L’Equipe Explore.
« Quand nos coiffures racontent ce que nous sommes »

   


Quinze jours après les poils, l’émission « Grand bien vous fasse » de France Inter, orientée vie quotidienne et questions sociétales, s’intéresse cette fois-ci à nos coiffures et ce qu’elles reflètent notamment de notre identité. Coupe afro, rasée, tressée ou encore punk, chacun donne de sa personnalité à travers ses cheveux.
Au croisement de l’anthropologie et de la mode, l’émission nous éclaire sur la dimension sociale et politique de nos matières fibreuses, grâce à la présence de Christian Bromberger, auteur de l’ouvrage Les Sens du poil – une anthropologie de la pilosité (Créaphis, collection Poche) ; de Rokhaya Diallo, journaliste et auteure d’Afro (éd. Les Arènes), et de Michel Messu, sociologue, auteur de Un ethnologue chez le coiffeur (Fayard).
Sont ainsi évoqués la tonte des cheveux (quand elle est utilisée pour déposséder un individu de son identité), le salon de coiffure (véritable lieu politique, entre socialisation et ghettoïsation), le rôle du coiffeur (psychologue du quotidien, devenu confident malgré lui). Ali Rebeihi et ses invités passent en revue les enjeux que revêt l’une des plus vieilles professions de l’humanité. M.A.L.
Quand nos coiffures racontent ce que nous sommes, émission présentée par Ali Rebeihi. Sur franceinter.fr
« Les Zozos migrateurs en Inde »

   


Bander, oui, mais comment ? Thomas, 40 ans, n’y arrive plus. Sex-shop, porno, magasins de lingerie fine, rien n’y fait. Ses deux amis, Julien et Sébastien, décident de lui venir en aide, avec une solution qu’ils espèrent radicale. Direction l’Inde, le pays de la spiritualité, de la sexualité, et donc de la sexualité par la spiritualité.
Le problème d’érection de Julien offre un prétexte au groupe de potes pour lancer le premier épisode de cette série documentaire « zozoesque ». Julien Cazarre, Thomas Séraphine et Sébastien Thoen, ex-membres de l’émission « Action discrète » (Canal+), revisitent le tourisme en sac à dos dans un « Darjeeling Limited » sauce parisienne. Les voilà donc partis pour le pays du Kama-sutra, voyage qui commence à New Delhi, où Thomas apprend notamment comment caresser son pénis en urinant, avant de se faire prescrire une boîte de Viagra rouge, avec pour illustration des chevaux. Le ton est donné, ou presque.
Car là où l’on aurait pu s’attendre à une épopée en dessous de la ceinture, c’est avant tout un voyage au bout de la méditation indienne qui nous est proposé. Animaux et plantes aphrodisiaques, fleuve sacré, yoga… tout y passe. Et on s’y laisse prendre. Car les anciens trublions d’« Action discrète » qui semblent s’être assagis depuis l’époque des parodies et des caméras cachées, savent y faire pour nous faire partager leur découverte de l’Inde, de ses coutumes et de ses habitants. Les Zozos migrateurs en Inde nous font plus sourire que rire, mais le dépaysement reste assuré. Camille Langlade
Les Zozos migrateurs en Inde, de Maxime Charden et Cyril Tellenne (Fr., 2018, 58 min). Sur Mycanal



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ La vision d’un même film par la même personne à plusieurs décennies d’intervalle dit bien des choses sur ce qui est survenu entre-temps, souligne Thomas Sotinel, critique de cinéma au « Monde ».
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Revoir les films de Woody Allen à l’heure de #metoo

La vision d’un même film par la même personne à plusieurs décennies d’intervalle dit bien des choses sur ce qui est survenu entre-temps, souligne Thomas Sotinel, critique de cinéma au « Monde ».



Le Monde
 |    24.02.2018 à 06h30
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            
J’ai vu Wonder Wheel, de Woody Allen, son dernier film en date (et peut-être le dernier tout court, puisque son actuel financier, Amazon, envisage de lui couper les vivres), un jour de grand froid, dans une salle à moitié vide, à peine chauffée, dont la température contrastait avec la moiteur stéréotypée qui baigne cet hommage à/pastiche de l’univers du dramaturge Eugene O’Neill.
Le film n’est pas très réussi, mais, comme toujours chez Woody Allen, il est émaillé de moments qui témoignent de la science et de l’art de l’auteur. Cette fois, ce sont quelques plans-séquences qui suivent les allées et venues de Kate Winslet dans l’appartement minable que son personnage, une femme mal mariée, jalouse de sa belle-fille, occupe, à Coney ­Island, dans les années 1950. A ce moment, Woody Allen, plutôt que de l’énoncer, met en scène la claustrophobie, l’impatience, sans un mot.

Mais, pour être honnête, ces mouvements de caméra, je les ai remarqués presque incidemment. Voir un film de Woody Allen aujourd’hui, c’est – qu’on y résiste ou qu’on se livre avec ardeur à cet exercice – chercher les traces d’une existence devenue l’enjeu d’un procès sans fin. En 1992, Woody ­Allen a été accusé par Mia Farrow d’avoir agressé sexuellement leur fille adoptive Dylan, 7 ans. Il s’est toujours défendu de cette accusation et, à l’époque, la justice du Connecticut, où l’agression aurait eu lieu selon les témoignages de Mia et Dylan Farrow, avait classé l’affaire.
A la fin de Wonder Wheel (autant le dire tout de suite, la rédaction de cet article nécessite de dévoiler la fin de la plupart des films évoqués), Ginny, la quadragénaire frustrée que joue Kate Winslet, commet un acte infâme, par jalousie, par lassitude, par dégoût de soi. Mia Farrow avait signalé l’agression contre Dylan après avoir découvert la liaison entre Woody Allen et Soon-Yi, fille adoptive de l’actrice et de son précédent mari, André Previn.
Un peu de pureté
Magic in...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Les deux cinéastes racontent pour « Le Monde » leur parcours en duo. Leur dernier film, « Le Sens de la fête », cumule dix nominations aux Césars, dont la cérémonie se déroulera vendredi 2 mars.
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Article sélectionné dans La Matinale du 24/02/2018
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Eric Toledano et Olivier Nakache : « L’amour des dialogues a forgé notre amitié »

Les deux cinéastes racontent pour « Le Monde » leur parcours en duo. Leur dernier film, « Le Sens de la fête », cumule dix nominations aux Césars, dont la cérémonie se déroulera vendredi 2 mars.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h48
    |

            Pascale Krémer








                        



                                


                            
Plusieurs de leurs longs-métrages, Intouchables en tête, ont rencontré un grand succès populaire. Leur dernier film, Le Sens de la fête, a réuni plus de trois millions de spectateurs et cumule dix nominations aux Césars, dont la cérémonie se déroulera vendredi 2 mars. Eric Toledano et Olivier Nakache, amis de presque trente ans, ont toujours travaillé en duo.
Je ne serais pas arrivé là si…
Eric Toledano... Si je ne m’étais pas un peu ennuyé à l’adolescence. J’ai trouvé dans le cinéma l’ouverture au monde qui me manquait. Je grandissais à Versailles dans une famille pleine d’amour, mais où l’on exprimait peu les choses. Mes parents étaient arrivés du Maroc en 1967. Mon père avait fait l’ENA.
Le mot d’ordre, était : « On s’adapte ! », il fallait être brillant, ne pas se faire remarquer. Mes frère et sœur étaient sur ce chemin, moi j’étais un élève moyen, plutôt réfractaire au système – jusqu’à l’université où je me suis senti plus en phase. De ma période d’ennui est née une envie artistique dont je ne pensais pas qu’elle puisse devenir un moyen de subsistance. Mes parents n’avaient aucune connexion, et leur ambition était de nous voir devenir avocat ou médecin, pas artiste. C’est pour ça que « je ne serais pas arrivé là » non plus sans la rencontre avec Olivier. Sans ce partage d’envie.
Et vous, Olivier Nakache, vous ne seriez pas arrivé là si… ?
… Si je n’avais pas rencontré Eric. Mon parcours est indissociable du sien.
Votre enfance a ressemblé à la sienne ?
Olivier Nakache... Oui, nous sommes tous les deux de banlieue. Je viens d’un quartier populaire, la cité HLM Lorilleux, sur les hauts de Puteaux. Mes parents sont arrivés d’Algérie après l’indépendance. Leur histoire est assez semblable à celles des personnages du Coup de Sirocco. Le bateau en 1962, Marseille, et puis la région parisienne.
A...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Les moines bénédictins, trappistes, cisterciens, prémontrés ou chartreux que Nicolas Diat a interrogés ne se présentent pas comme des superhéros du bond dans le Ciel. Ils parlent avec simplicité, humilité, de la douleur de perdre leurs frères et de la tristesse des agonies.
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Moine ou mécréant, « chacun meurt comme il peut »

Les moines bénédictins, trappistes, cisterciens, prémontrés ou chartreux que Nicolas Diat a interrogés ne se présentent pas comme des superhéros du bond dans le Ciel. Ils parlent avec simplicité, humilité, de la douleur de perdre leurs frères et de la tristesse des agonies.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 19h15
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            

Le livre. « Les hommes ne savent plus comment mourir », écrit Nicolas Diat au début de son récit, sentence qui inquiète un peu sur la nature de cette exploration des rapports que les moines catholiques entretiennent avec la mort : l’art de trépasser mérite-t-il vraiment qu’on lui consacre un guide pratique ? Mais certains livres, par bonheur, valent mieux que l’idée que leur auteur s’en fait.
Et si Nicolas Diat, connu pour les essais qu’il a coécrits avec le cardinal guinéen Robert Sarah et pour sa somme sur le pontificat de Benoît XVI, L’Homme qui ne voulait pas être pape (Albin Michel, 2014), reprend sporadiquement, au long d’Un temps pour mourir, cette position de surplomb au-dessus de nos petites vies et de nos morts brouillonnes, un virage est vite pris, et le livre décolle, pour atterrir dans des zones plus mouvantes et plus riches.
Toute la question est au fond de savoir si le fait de croire en un au-delà – d’y croire assez profondément pour tout envoyer balader et y consacrer sa vie – transforme la mort en un simple passage, aplanissant l’angoisse, la révolte charnelle contre la destruction. C’est la question qui hante le Dialogue des carmélites de Georges Bernanos (1949), cité en exergue, où la peur, la pauvre et commune peur de mourir, conduit mystérieusement à la sainteté.
La joie présente aussi
Les moines bénédictins, trappistes, cisterciens, prémontrés ou chartreux que Nicolas Diat a interrogés ne se présentent pas comme des superhéros du bond dans le Ciel. Ils parlent avec simplicité, humilité, et souvent une sorte de force poétique brute, de la douleur de perdre leurs frères, de la tristesse des agonies, de la souffrance, de la frayeur. « La mort est une rupture violente, explique le père Joseph-Michel Lemaire, infirmier de Solesmes. L’âme et le corps sont faits pour être ensemble. »
La joie est présente aussi, bien sûr, voire l’exaltation à l’idée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ A écouter cette semaine : un précoce maître de l’orgue, du jazz classique porté à l’incandescence, l’héritage afrobeat entre de bonnes mains…
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Sélection albums : Thomas Ospital, Gaël Horellou, Femi Kuti…

A écouter cette semaine : un précoce maître de l’orgue, du jazz classique porté à l’incandescence, l’héritage afrobeat entre de bonnes mains…



Le Monde
 |    23.02.2018 à 18h20
 • Mis à jour le
23.02.2018 à 18h24
   





                        


Ludwig Van Beethoven Symphonie n° 1 en ut majeur, op. 21. Concerto pour piano et orchestre en ut majeur, op. 15 Martha Argerich (piano), Mito Chamber Orchestra, Seiji Ozawa (direction)

   


La rencontre phonographique de deux monstres sacrés – le chef d’orchestre Seiji Ozawa et la pianiste Martha Argerich – n’est pas forcément spectaculaire. Comme si les deux artistes aux cheveux d’argent n’avaient jamais rompu le fil qui les lia quarante ans plus tôt alors que la « lionne » faisait des débuts fracassants avec l’Orchestre symphonique de Boston dans le Troisième concerto de Prokofiev. Enregistré à Oita, au Japon, dans le cadre de la 19e édition du Festival de Beppu que préside la pianiste, l’album professe un do majeur énergique et sanguin, encore inféodé à la lumineuse élégance mozartienne. Argerich puise visiblement dans le Premier concerto un élixir de jouvence. Vertigineux de précision, de lyrisme, de poésie, son piano chambriste lève des mystères insoupçonnés, laissant parfois l’articulation flirter avec les contours plus secs du pianoforte. Seiji Ozawa tend à la belle un miroir idéal. Magiques moments d’introspection à deux, quasi atemporels, dans le « Largo ». A la tête de son Mito Chamber Orchestra, Ozawa livrera une Symphonie d’une maturité étonnamment juvénile, dépourvue de la moindre mièvrerie jusque dans le magnifique « Andante cantabile ». De savoureuses vendanges tardives beethovéniennes inimitables de belle jeunesse. Marie-Aude Roux
1 CD Decca/Universal Music.
Thomas Ospital Convergences Œuvres de Jean-Sébastien Bach et Thierry Escaich. Improvisations de Thomas Ospital (orgue)

   


Thomas Ospital (né en 1990) apparaît déjà comme un maître de l’orgue, instrument-orchestre qui exige autant de créativité dans l’instant que dans le long terme. Enregistré sur le titanesque Grenzing de l’auditorium de Radio France, ce programme intelligemment conçu illustre l’aptitude du musicien à échafauder une architecture de cathédrale tout en tenant compte des moindres variations de luminosité d’un vitrail. L’image est valable pour Jean-Sébastien Bach (Prélude et fugue en la mineur, entre autres), autant que pour Thierry Escaich dont les Etudes-Chorals – pièces rayonnantes, au devenir imprévisible – pourraient tout aussi bien être qualifiées de « fantaisies ». En revanche, les improvisations glissées par Thomas Ospital entre les œuvres de ses aînés portent bien leur nom. Et ces Visions confirment que leur auteur possède le sens de la trajectoire. Pierre Gervasoni
1 CD Radio France/Outhere.
Gaël Horellou Coup de vent

   


Membre du formidable collectif Mu, au milieu des années 1990, pépinière de talents du jazz, fondateur avec le batteur Philippe Garcia de Cosmik Connection, formation novatrice de l’électro-jazz, le saxophoniste Gaël Horellou va et vient entre le jazz des années 1950 et 1960 et l’exploration de ses liens avec des formes plus électriques, à l’occasion les musiques dites « du monde » (celles de La Réunion en particulier). Pour Coup de vent, son nouvel album, il enthousiasme en formation acoustique, en référence avec le hard bop (Art Blakey) et les propulsions lyriques du quartette de John Coltrane. Avec lui, un ensemble soudé, le pianiste Etienne Déconfin, le contrebassiste Viktor Nyberg, le batteur Antoine Paganotti et, en invité, le trompettiste américain Jeremy Pelt. Les compositions, solides, avec de belles nuances d’écriture (The Gale Force, Spiral Dance…), signées Horellou, à l’exception de Melody écrite par Déconfin et de Blame It on My Youth, standard des années 1930, d’Oscar Levant et Edward Heyman, permettent aux musiciens un déploiement soliste généreux et expressif. Du jazz classique porté à l’incandescence. Sylvain Siclier
1 CD Fresh Sound Records (série « NewTalent »)/Socadisc.
Ezra Furman Transangelic Exodus

   


Grandi à Chicago, Ezra Furman a produit, depuis 2007, en solo ou accompagné de groupes (The Harpoons, The Boyfriends), une demi-douzaine d’albums titubant entre glam, swing rétro et punk émacié. Foutraque, attachant, irrégulier, ce prolifique excentrique, dont la bisexualité s’affiche en robe et hauts talons chancelants, présente cette fois un opus, Transangelic Exodus, aux allures de road-movie. Incarnant un garçon amoureux d’un ange, pourchassé par une Amérique réprimant les différences, le chanteur distille une fresque springsteenienne dont les antihéros ne sont pas des laissés-pour-compte prolétaires, mais des rebelles transgenres. Vibrant d’un lyrisme écorché et rageur, accentué par la rugosité de la production, les chansons s’emballent souvent avec panache (Suck the Blood from My Wound, Maraschino Red Dress $ 8.99 at Goodwill…), même si les saturations colériques usent parfois les nerfs. Le magnifique God Lifts Up the Lowly constituant un des rares moments d’apaisement de ce Born to Run queer. Stéphane Davet
1 CD Bella Union/PIAS.
Femi Kuti One People One World

   


Femi sort son dixième album une semaine avant celui de son frère cadet, Seun (Black Times, sur le label anglais Strut Records), qui, lui, en est à son quatrième. Vingt ans séparent les deux frères nigérians. Ils partagent la même flamme et le même héritage : l’afrobeat, le puissant cocktail dansant inventé par leur père, Fela, décédé en 1997, et son sens du coup de gueule et de la diatribe mis en chansons. Chanteur, saxophoniste, mais également, claviériste et trompettiste, Femi, dont la voix nerveuse s’affine parfois de douceur soul, signe un album palpitant, enregistré et produit à Lagos par Sodi, le producteur français avec lequel il travaille depuis des années. Il s’entoure d’une solide section de cuivres qui donne une brillance étincelante à sa musique, funky en diable. S’il n’a rien perdu de sa pugnacité, après No Place for My Dream, son album précédent (2013), il semble aujourd’hui accepter de rêver, au point de lancer quelques messages d’espoir (Africa Will Be Great Again) et de réconciliation (One People One World). Et de faire de l’utopie son nouveau carburant ? Patrick Labesse
1 CD Knitting Factory-Partisan/PIAS.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Les gouaches sur papier de cet artiste péruvien, interné dès l’âge de 28 ans, sont montrées pour la première fois.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤                     
                                                

Sélection galerie : John Ricardo Cunningham chez Christian Berst

Les gouaches sur papier de cet artiste péruvien, interné dès l’âge de 28 ans, sont montrées pour la première fois.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 17h49
    |

                            Philippe Dagen








                        



   


L’histoire de Cunningham tient en quelques mots : naissance au Pérou en 1913 d’un père marin écossais et d’une mère péruvienne, mort précoce de celle-ci, dépression à partir de 19 ans, diagnostic de schizophrénie et internement à 28, trente-deux ans d’hôpital psychiatrique à Lima, treize dans un institut religieux, mort en 1991. Il reste des poèmes de sa main, assez obscurs, et surtout des gouaches sur papier des années 1960. On y reconnaît des cartes du monde, des hommes à long nez et chapeau haut de forme, des sapins, des étoiles, des oiseaux, des éléphants, des félins étirés et des créatures cornues ou couronnées. On y lit des noms de continents, de pays ou d’hommes politiques et des mots – « miséricorde », « esprit saint », « bolchevique ». Les pictogrammes sont disproportionnés les uns par rapport aux autres, les corrélations entre figures et mots insaisissables. On dirait des bribes de géographie et d’histoire en désordre. Mais les gestes sont précis, les couleurs légères, les calligraphies fluides. Ces planisphères chaotiques sont de la poésie. C’est la première fois qu’ils sont montrés car les collections psychiatriques latino-américaines commencent à peine à être explorées.
« Otro mundo ». Galerie Christian Berst Art Brut, 3-5, passage des Gravilliers, Paris 3e. Du mardi au samedi, de 14 heures à 19 heures. Jusqu’au 3 mars. christianberst.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Notre choix du soir. Retour sur un mouvement musical qui fit danser la planète entière (sur Arte à 23 heures).
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TV – « Disco Europe Express »

Notre choix du soir. Retour sur un mouvement musical qui fit danser la planète entière (sur Arte à 23 heures).



Le Monde
 |    23.02.2018 à 17h45
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur Arte à 23 heures


Disco Europe Express (extrait) from Kaos Films on Vimeo.

Jubilatoire dans sa forme, passionnant dans ses propos, ce documentaire s’attache à reconsidérer la musique disco sous son angle européen. Pendant cinquante-deux minutes, les témoignages précieux (arrangeurs, musiciens de studio, producteurs, DJ) alternent avec des extraits d’une vingtaine de tubes mondiaux, nous montrant ainsi à quel point ont compté les apports de musiciens et de producteurs européens à cette musique dansante dont la plupart des pépites ont été enregistrées non pas dans des studios new-yorkais ou californiens, mais bien à Munich, Francfort, Stockholm, Paris, Bruxelles ou Milan.
Du mythique producteur Giorgio Moroder à Donna Summer en passant par Marc Cerrone et beaucoup d’autres acteurs de la scène disco, on assiste à la naissance de tubes, à l’évolution d’un style musical plus complexe que prévu, et à des histoires étonnantes. Comme ces arrangeurs français séduisant l’Amérique ou ces producteurs allemands pulvérisant les frontières avec des tubes calibrés qui font se trémousser la planète. Sans oublier des Suédois touchés par la grâce qui, avec ABBA, cisèlent des chansons irrésistibles. Boum, boum, le disco ? Pas seulement.
La choriste Donna Summer
L’Europe, terre de prédilection du disco, puisque tout commence à Munich, en 1975. A l’époque, les bases militaires américaines en RFA programment des émissions de radio avec beaucoup de musique noire made in USA. Un duo germano-hongrois fonde un pseudo-groupe baptisé Silver Convention, et Fly, Robin, Fly, ­produit par Harold Faltermeyer, devient un succès.
A Munich, ­Giorgio Moroder et son complice Pete Bellotte décident de se ­lancer : dans leur studio baptisé Music Land, ils tentent un coup avec une choriste américaine­­ arrivée à Munich avec la troupe de la comédie musicale Hair. Elle ­s’appelle Donna Summer. Le coup d’essai se transforme en coup de maître : Love to Love You Baby fait un tabac. Un phénomène nouveau va, en outre, bousculer l’industrie musicale : pour la première fois, les radios perdent de leur pouvoir prescripteur en matière d’achat de disques au profit des clubs et boîtes de nuit, où le disco va régner dans le monde entier jusqu’au début des années 1980.
« Le beat disco a l’air très simple quand tu l’écoutes. Mais c’est un des plus difficiles à faire. Il faut que cela ressemble à une machine, mais que cela groove en même temps. Il y a d’excellents batteurs qui sont incapables de jouer du disco », souligne le batteur et DJ Simon Le Saint. Une bonne ligne de basse et surtout une batterie sans pitié (quatre coups de grosse caisse à chaque mesure), tels sont les ingrédients de base d’une bonne recette disco.

L’apparition des synthétiseurs, à la fin des années 1970, va permettre au genre de perdurer encore quelque temps. Parfois, une simple idée permet à une vieille chanson de devenir un tube planétaire. Comme en 1976, lorsqu’un vrai-faux groupe baptisé Boney M et produit par l’Allemand Frank Farian reprend Sunny, jolie ballade que chantait en douceur, dans les années 1960, l’Américain Bobby Hebb. « Je me suis dit : la mélodie est belle, on va la jouer deux fois plus vite », se rappelle Frank Farian, qui faisait la basse, la batterie… et la voix du (faux) chanteur noir de Boney M.
Le disco donnera aussi naissance à des films à succès (Saturday Night Fever en 1977, Thank God It’s Friday en 1978) avant de laisser place à d’autres styles musicaux. Dernier méga-tube du genre produit en Europe ? Sans doute le Born to Be Alive du Français Patrick Hernandez, produit en Belgique en 1979. Un titre vendu à plus de vingt millions d’exemplaires.
Disco Europe Express, d’Olivier Monssens (France-Belgique, 2017, 52 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ A voir aussi ce soir. La vie de la claveciniste tchèque, rescapée des camps de concentration nazis et épargnée par les purges communistes (sur Histoire à 20 h 40).
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TV – « Zuzana Ruzickova, la musique d’une vie »

A voir aussi ce soir. La vie de la claveciniste tchèque, rescapée des camps de concentration nazis et épargnée par les purges communistes (sur Histoire à 20 h 40).



Le Monde
 |    23.02.2018 à 17h30
    |

            Renaud Machart








                        


Documentaire sur Histoire à 20 h 40



La claveciniste tchèque Zuzana Ruzickova n’aurait pas dû mourir à 90 ans, en septembre 2017 à Prague, mais dans le camp de concentration de Bergen-Belsen, en 1945. Ce qui faillit advenir et dont elle réchappa de manière presque miraculeuse alors qu’elle n’avait que 18 ans.
Ce remarquable documentaire de Peter Getzels fait parler, quelques mois avant sa disparition, celle qui fut la première – pour une maison de disques française, Erato – à enregistrer l’intégrale de l’œuvre pour clavecin de Bach.
Ruzickova, cigarette à la main, l’œil vif, le sourire voilé par de rares larmes, parle de tout. De tout ce qui est dicible tant, elle le rappelle, il est impossible de dire vraiment ce que fut cette expérience des limites de soi et de « l’horreur calculée dans les moindres détails » de la « solution finale » nazie.
Elle se souvient avoir pensé, avant de partir pour le camp de Theresienstadt (aujourd’hui Terezin), le premier des trois camps qu’elle connaîtra, dès l’âge de 13 ans : « Quand on a eu une enfance heureuse, rien ne peut vraiment vous gâcher la vie… » Mais d’ajouter : « Ce fut l’image la plus atroce de la vie, alors que nous ne connaissions encore rien d’elle. »
Opiniâtre comme peu
Après leur libération, la musicienne et sa mère sont reçues dans leur ville natale, Plzen, comme des « revenantes » par d’anciens voisins qui les croyaient mortes. Elles sont à la rue mais pas un ne leur propose de les accueillir.
Ses professeurs découragent Zuzana : malgré le contact avec des musiciens éminents à Terezin, les cinq années passées en camps ont retardé sa formation. Mais, opiniâtre comme peu, Ruzickova travaille d’arrache-pied et devient une pianiste puis, exclusivement, une claveciniste de renom.
Le récit de cette vie se poursuit avec l’évocation de son pays natal placé, en 1948, sous le joug communiste. Ruzickova, juive et « politiquement incorrecte » – c’est-à-dire non communiste –, sera longtemps sujette à une double peine
Mais, bientôt reconnue internationalement, la claveciniste sera épargnée par le pouvoir en place, et même volontiers envoyée à l’étranger (les cachets qu’elle y reçoit sont ponctionnés par l’Etat). Elle ne connaîtra la vraie liberté qu’en 1989. Une année qu’elle vivra comme un nouveau miracle.
Zuzana Ruzickova, la musique d’une vie, de Peter Getzels (GB., 2016, 80 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ L’actrice, scénariste et réalisatrice est nommée cinq fois aux Oscars pour son film « Lady Bird », qui s’inspire de son parcours.
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Article sélectionné dans La Matinale du 23/02/2018
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Greta Gerwig, la funambule du cinéma indépendant

L’actrice, scénariste et réalisatrice est nommée cinq fois aux Oscars pour son film « Lady Bird », qui s’inspire de son parcours.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 16h41
 • Mis à jour le
25.02.2018 à 17h12
    |

                            Maroussia Dubreuil








                        



                                


                            

Il y a des voyages qui comptent plus que d’autres. Pour l’actrice, scénariste et réalisatrice américaine Greta Ger­wig, il a consisté à traverser, il y a quinze ans, les Etats-Unis d’ouest en est. De Sacramento, Californie, là où elle a grandi, à New York, où elle s’est installée à 19 ans, avant de devenir une des figures du cinéma indépendant.
Son premier film en tant que réalisatrice, Lady Bird (sortie prévue le 28 février), retrace ce voyage inaugural à travers la détermination de Christine McPherson, une lycéenne qui n’a qu’un rêve : quitter sa mère envahissante, son père chômeur et Sacramento pour le bouillonnement culturel new-yorkais. « Mes parents ont toujours été heureux au travail et se sont beaucoup impliqués dans la vie locale de Sacramento, explique Gerwig, comme pour rectifier son autoportrait cinématographique. Leur engagement m’a appris à ne jamais rester passive. »
Adolescente, Greta Gerwig fait donc à Sacramento tout ce qu’une jeune femme consciente de sa citoyenneté peut entreprendre. Elle sert des repas au Loaves & Fishes, un refuge pour sans-abri, assiste à des conférences à la bibliothèque publique, applaudit les spectacles donnés dans les petits théâtres de la ville et distribue des tracts pour soutenir des campagnes électorales locales. « Mais la grande figure culturelle de la ville que je vénérais était l’écrivaine Joan Didion, dont la maison d’enfance était à quinze minutes de chez moi », ajoute-t-elle. Elève au lycée privé catholique de jeunes filles St. Francis, elle enfile tous les matins une jupe sur un bas de pyjama et consigne dans un cahier sketchs et pièces de théâtre qu’elle fait lire à ses camarades de classe.
Héritiers de Cassavetes
« Je n’ai jamais écrit de poèmes ni de nouvelles, précise-t-elle. J’ai toujours écrit pour des acteurs. Et c’est devenu sérieux à l’université. » Le Barnard College, faculté affiliée à Columbia, réservée aux filles, où...




                        

                        

